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19 janvier 2011 3 19 /01 /janvier /2011 17:32

 

L'Atlantide

 

La communauté oubliée et l’impasse politique

 

La communauté est en train de frapper à la porte parce que nous l’avons oubliée. Comme une mère abusive, elle peut nous enchaîner. Mais nous ne pouvons rejeter la mère sinon nous n’aurons plus d’enfants. Il faut simplement lui donner sa juste place pour que la vie de tous puisse s’épanouir. Aujourd’hui, il n’est pas trop tard pour ouvrir notre porte à celle qui est devenue une étrangère. La communauté arrive, chargée de cadeaux : elle peut nous empêcher de tourner en rond et ouvrir à nouveau l’espace de l’avenir.

 

L’intégration des étrangers compromise

En France, l’étranger souffre. Il n’arrive pas à s’intégrer. Il demande l’hospitalité mais, depuis longtemps, nous avons perdu le sens de l’hospitalité ; depuis longtemps, nous avons perdu le sens de la communauté. Nous voudrions qu’il soit comme nous. Mais il ne peut renoncer à ce qu’il a de particulier. Non, il n’est pas comme nous et il le revendique. Nous voudrions lui faire croire que nous sommes en avance sur lui. Parfois il finit par le croire mais très vite il se sent pris au piège d’un mensonge.

 

Nous accusons la communauté mais la communauté nous accuse

La communauté de l’étranger nous effraie. A peine, le mot est-il prononcé, que nous pensons communautarisme. Nous ne voyons pas qu’en rejetant sa communauté nous provoquons une réaction de défense. Écarté, il s’arque boute sur le bien qu’il porte. Manquant d’air, le bien qu’il porte finit par l’enchaîner. Il donne alors naissance à des réflexes communautaristes et engendre l’intégrisme.

 

En fait, la communauté est en nous, rejetée dans l’inconscient. Elle resurgit, réveillée par le miroir de l’étranger. Nous nous obstinons à la tenir enfermée. Mais peu à peu elle se faufile et finit par remonter à la conscience. Ce que nous refusons chez l’étranger, c’est une partie de nous-mêmes, c’est la communauté refoulée. Plus nous la refoulons, plus nous refoulons l’étranger, à qui nous rendons la vie impossible.

 

Elle porte nos racines, parentales, culturelles et spirituelles 

Nous voudrions que l’étranger abandonne la communauté à nos frontières. Mais comment le pourrait-il ? C’est un de ses biens les plus précieux. Elle porte les racines de la vie d’aujourd’hui et de demain. A travers elles, c’est sa filiation qu’elle porte : filiation parentale, filiation culturelle, filiation spirituelle. Alors, nous, qu’avons-nous fait de notre propre filiation si nous persistons à renoncer à la dimension structurelle de la communauté ? Est-il possible que nous ne venions de nulle part ? Est-il possible qu’il faille renoncer à sa filiation pour engager l’avenir ? Est-il possible qu’il faille rayer d’un trait de plume toutes les cultures locales et toutes les cultures étrangères  pour donner naissance à  notre propre société ? C’est là sans doute que se cache l’un de nos plus gros mensonges.

 

En rejetant la communauté, nous rendons la démocratie illusoire

Séparé de la communauté, l’individu devient un être sans chair que l’on peut additionner, soustraire et multiplier. Il est réduit à une marchandise. On peut l’acheter et le vendre au gré de ses intérêts. La société se divise alors en deux classes : ceux qui possèdent et ceux qui sont possédés. On  fait croire à l’individu qu’il est libre parce qu’il est libéré de l’enchaînement communautaire. Il appartiendrait à la société de l’engendrer comme sujet. Mais la société, qui a rompu ses liens avec la communauté, est impuissante à engendrer. En mimant la communauté, elle engendre des sujets fantômes. La démocratie est une abstraction de la démocratie et l’abstraction contribue à inverser tous les processus. L’intérêt privé prend le pas sur le bien commun. L’économie l’emporte sur le politique et l’écologie qui préserve la vie est soumise aux intérêts économiques…

 

La solution politique n’est ni à gauche ni à droite, elle est devant nous dans l’engendrement du sujet 

On voudrait que la vérité soit à gauche ou à droite. La droite défend à juste titre l’initiative mais elle crée d’énormes inégalités. De son côté, la gauche met très justement l’accent sur la solidarité mais elle extirpe le pouvoir du citoyen pour le donner au collectif. Alors les Français sombrent dans le désespoir et le pessimisme : le présent est sombre et leur avenir leur échappe. Chacun cherche des responsables mais il n’y a pas de responsables. C’est le système qui est le vrai responsable mais il travaille dans l’ombre et passe inaperçu. Tous sont trompés par lui ; il a oublié la pièce essentielle de la communauté et rend impossible la constitution du sujet.

 

Alors il convient d’ouvrir la porte à l’étranger qui nous rapporte la communauté perdue. Nous pensons qu’il nous menace. En réalité, il est le mage qui nous montre l’étoile de la vie et de la véritable hospitalité. Il nous offre un cadeau somptueux. Avec la communauté retrouvée il deviendra possible de découvrir la solution politique d’aujourd’hui : elle est devant nous, dans l’engendrement du sujet.

 

Le sujet est, en même temps, fait de chair et d’esprit

Le sujet est un individu de chair, d’une chair que seule la communauté peut lui donner. Seule la communauté peut l’aider à sortir de l’abstraction dans laquelle il se trouve, malgré lui, enfermé. Il est d’autant moins voué à se transformer en marchandise qu’il est, par essence, ouvert à l’universel et au spirituel. Ses pieds sont sur terre mais sa tête est dans le ciel. Pour survivre et se développer, il a besoin de revenir aux sources de la vie, dans ses racines que porte la communauté.

 

Sa place est dans l’espace d’interaction, entre la communauté et la société

La communauté n’est pas la société et la société n’est pas la communauté. Pour simplifier, disons que la communauté est le lieu des racines ; la société est celui des projets. Elles ont besoin d’être séparées parce que leur séparation est la condition de leur interaction. La communauté est toujours particulière alors que la société doit être laïque pour offrir à chacun son espace, quelles que soient ses convictions.

 

Pour se développer le sujet a besoin de l’une et de l’autre. Mais sa place privilégiée est dans l’entre-deux, dans l’interaction qui les fait vivre et permet leur développement respectif.

 

Seul l’engendrement du sujet  peut donner sens à une véritable démocratie.

 

Etienne Duval, le 19 janvier 2011

 

 

 

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Published by Duval Etienne
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Gustav Klimt 01/02/2011 09:44




La vie et la mort de Gustav Klimt


 






Duval Etienne 01/02/2011 09:31



Une communauté qui intègre la mort pour produire la vie


 


Si l’on s’en tient à l’enseignement du conte précédent, on perçoit que la communauté est fondée sur un engagement qui intègre non seulement les vivants mais aussi
les morts. Autrement dit, pour exister, la communauté doit intégrer la mort, car elle est chargée de  communiquer la vie à ses membres et il n’existe pas de vie sans mort. Le
nom est là pour établir un lien entre les vivants et les morts. Il appartient aux morts de porter les graines de la vie. Sans eux, la fécondité de la vie ne peut se manifester.



Conte africain 01/02/2011 09:16



Comme dans l’histoire de Philoctète évoquée plus haut, le conte africain qui suit fonde la communauté sur une sorte d’intégration de la mort et sur une
continuité avec celui est mort ou ceux qui sont morts.


 


Le nom


 


 


Il était une fois un village qui n’avait pas de nom. Personne ne l’avait jamais présenté au monde. Personne n’avait jamais présenté la parole par laquelle une somme
de maisons, un écheveau de ruelles, d’empreintes, de souvenirs sont désignés à l’affection des gens et à la bienveillance de Dieu. On ne l’appelait même pas « le village sans nom », car
ainsi nommé, il se serait aussitôt vêtu de mélancolie, de secret, de mystère, d’habitants crépusculaires, et il aurait pris place dans l’entendement des hommes. Il aurait eu un nom. Or, rien ne
le distinguait des autres, et pourtant il n’était en rien leur parent, car seul il était dépourvu de ce mot sans lequel il n’est pas de halte sûre. Les femmes qui l’habitaient n’avaient pas
d’enfants. Personne ne savait pourquoi. Pourtant nul n’avait jamais songé à aller vivre ailleurs, car c’était vraiment un bel endroit que ce village. Rien n’y manquait et la lumière y était
belle.


 


Or, il advint qu’un jour une jeune femme de cette assemblée de cases s’en fut en chantant par la brousse voisine. Personne, avant elle, n’avait eu l’idée de laisser
aller ainsi les musiques de son coeur. Comme elle ramassait du bois et cueillait des fruits, elle entendit soudain un oiseau répondre à son chant dans le feuillage. Elle leva la tête, étonnée,
contente. « Oiseau, s’écria-t-elle, comme ta voix est heureuse et bienfaisante ! Dis-moi ton nom que nous le chantions ensemble ! » L’oiseau voleta de branche en branche parmi
les feuilles bruissantes, se percha à portée de main et répondit : « Mon nom, femme ? Qu’en feras-tu quand nous aurons chanté ? – Je le dirai à ceux de mon village. – Quel est
le nom de ton village ? – Il n’en a pas, murmura-t-elle, baissant le front. - Alors, devine le mien ! » lui dit l’oiseau dans un éclat moqueur. Il battit des ailes et s’en fut. La
jeune femme, piquée au coeur, ramassa vivement un caillou et le lança à l’envolé. Elle ne voulait que l’effrayer. Elle le tua. Il tomba dans l’herbe, saignant du bec, eut un sursaut misérable et
ne bougea plus. La jeune femme se pencha sur lui, poussa un petit cri désolé, le prit dans sa main et le ramena au village.


 


Au seuil de sa case, les yeux  mouillés de larmes, elle le montra à son mari. L’homme fronça les sourcils, se renfrogna et dit : « Tu as
tué un laro. Un oiseau-marabout. C’est grave ». Les voisins s’assemblèrent autour d’eux, penchèrent leur front soucieux sur la main ouverte où gisait la bestiole. « C’est en effet un
laro, dirent-ils. Cet oiseau est sacré. Le tuer porte malheur. – Que puis-je faire homme, que puis-je faire ? » gémit la femme, tournant partout la tête, baisant le corps sans vie,
essayant de le réchauffer contre ses lèvres tremblantes. « Allons voir le chef du village, dit son mari. »


 


Ils y furent, femmes, époux et voisins. Quand la femme eut conté son aventure, le chef du village catastrophé dit à tous : « Faisons-lui de belles
funérailles pour apaiser son âme. Nous ne pouvons rien d’autre. Trois jours et trois nuits, on battit le tam-tam funèbre et l’on dansa autour de l’oiseau marabout. Puis on le pria de ne point
garder rancune du mal qu’on lui avait fait, et on l’ensevelit.


 


Six semaines plus tard, la femme qui avait la première chanté dans la brousse et tué le laro se sentit un enfant dans le ventre. Jamais auparavant un semblable
événement n’était survenu au village. Dès qu’elle l’eut annoncé, toute rieuse, sous l’arbre au vaste feuillage qui ombrageait la place, on voulut fêter l’épouse féconde et l’honorer comme une
porteuse de miracle. Tous, empressés à la satisfaire, lui demandèrent ce qu’elle désirait. Elle répondit : « L’oiseau-marabout est maintenant enterré chez nous. Je l’ai tué parce que
notre village n’avait pas de nom. Que ce lieu où nous vivons soit donc appelé Laro, en mémoire du mort. C’est là tout ce que je veux. – Bien parlé, dit le chef du village ». On fit des
galettes odorantes, on but jusqu’à tomber dans la poussière et l’on dansa jusqu’à faire trembler le ciel.


 


La femme mit au monde un fils. Alors toutes les épouses du village se trouvèrent enceintes. Les ruelles et la brousse alentour s’emplirent bientôt de cris
d’enfants. Et aux voyageurs fourbus qui vinrent (alors que nul n’était jamais venu) et qui demandèrent quel était ce village hospitalier où le chemin du jour les avait conduits, on répondit
fièrement : « C’est celui de Laro ». A ceux qui voulurent savoir pourquoi il était ainsi nommé, on conta cette histoire. Et à ceux qui restèrent incrédules et exigèrent la vérité,
on prit coutume de dire : « D’abord fut le chant d’une femme. Le chant provoqua la question. La question fit surgir la mort. La mort fit germer la vie. La vie mit au monde le
nom ». (Conte africain, Henri Gougaud, L’arbre aux trésors, Ed. du Seuil)


 


 



Duval Etienne 30/01/2011 16:56



Le serment qui fonde la communauté


 


Je ne comprends pas bien le sens de l’intervention précédente sur Philoctète. C’est par la violation d’un serment sacré que Philoctète s’est exclu de la communauté
des hommes. Il s’est tiré une flèche dans le pied et la puanteur qu’a engendrée cette blessure a provoqué concrètement son exclusion. La communauté repose sur un serment de fidélité réciproque et
si ce serment n’est pas respecté, la communauté devient impossible. Il faudra alors, en ce qui concerne Philoctète, une grande période de solitude et de purification, et l’intervention d’Héraclès
trahi, pour que s’ouvre à nouveau la communauté des hommes. C’est alors que la communauté peut trouver les armes qui l’amèneront à triompher de l’adversité.


 


Mais j’aimerais que l’intervenante (ou l’intervenant) précédente nous explique l’idée qu’elle avait derrière la tête.



Philoctète 30/01/2011 13:44



Le pied souffre d'un mal
ancien



On raconte que le pauvre Philoctète, alors
qu'il naviguait avec ses compagnons en direction de Troie, se blessa maladroitement au pied, avec une de ses flèches, la puanteur de la gangrène qui s'y produisit fut telle qu'on l'abandonna dans
une île déserte


D’autres vous diront que
Philoctèteétait un guerrier très
puissant, héritier de l'arc et des
flèches empoisonnées d'Héraclès. Il
s'était engagé, par serment, à ne jamais dire à Personne le lieu où il aurait déposé les cendres d'Héraclès.


Mais les Grecs de l’époque très sensibles aux
oracles envoyèrent des députés à Philoctète, pour apprendre en quel lieu elles étaient cachées les flèches d'Héraclès afin de se rendre maîtres de la ville de Troie


Philoctète, qui ne voulait ni violer son
serment ni priver les Grecs de l'avantage que ces flèches pouvaient leur procurer, après quelque résistance, montra avec le pied l'endroit où il avait inhumé Héraclès, et avoua qu'il avait ses
armes en son pouvoir.


Cette indiscrétion lui coûta cher par la
suite : Lorsqu’il s’embarqua pour la ville de Troie, une de ces flèches tomba sur son pied avec lequel il avait montré le lieu de la sépulture d'Héraclès, il s'y forma un ulcère qui
répandait une odeur si infecte, sous
prétexte que lamentations démoralisent le reste
de l’équipage, son compagnon de combat Ulysse (Personne) décida de l’abandonner sur une île de Lemnos. Philoctète est expulsé de l'humanité même et retourne
presque à un état primitif, à la frontière entre l'homme et l'animal. Il ne peut se tenir debout à cause de sa blessure et est obligé de ramper.


Ce n'est que dans la dixième année de cette
guerre qu'on vint le chercher pour l'amener à Troie,


Ulysse et Néoptolème arrivent à Lemnos, ils
décident de s'emparer de Philoctète par la ruse : Ulysse ne se fera pas voir, et Néoptolème, feignant d'être un ennemi des Grecs, devra s'attirer la sympathie de Philoctète et le conduire à bord
du navire qui les a amenés. Pour la suite, on s'en remettra au hasard. C'est ce qui advient en effet. Le pauvre malade s'abandonne avec confiance au jeune homme, afin qu'il le soustraie à sa
triste solitude, et lui remet le fameux arc d'Héraclès, dont il était possesseur, pour qu'il le garde et le mette en sûreté. Tandis qu'ils s'acheminent vers le navire, Néoptolème se sent
contraint de lui révéler la vérité …



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