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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 15:34

Moïse et le serpent d'airain par Eugène Roger

 

Le coronavirus, un jeu qui nous échappe

 

Actuellement, ce sont des forces étranges qui dirigent notre histoire. Pour une part, elles semblent dangereuses parce qu’elles pourraient nous conduire à la mort. D’un autre côté, elles paraissent plutôt bénéfiques car elles nous engagent vers une renaissance. Sans que nous en soyons conscients, nous sommes conduits par une main invisible dans une alternance de mort et de renaissance. Le mouvement vers la mondialisation est en train d’échouer alors qu’il est inéluctable, sous l’effet de la toute-puissance de l’argent. Sans doute l’argent est-il indispensable pour assurer notre survie et le développement de l’économie. Mais il ne peut être qu’un serviteur au bénéfice de l’humanité tout entière. A travers les événements qui nous submergent aujourd’hui, il s’agit de passer de la toute-puissance de l’argent à la force de la Parole, qui seule est créatrice car elle porte le sens de l’histoire humaine. C’est ainsi que, sans le vouloir, nous sommes en train d’opérer un retournement pour que puisse réussir le mouvement de mondialisation.


Le mythe du serpent d’airain pour analyser la crise

Depuis des millénaires, les hommes ont construit des mythes qui sont des modèles pour les guider dans les événements les plus importants de leur existence. Ces mythes sont encore aujourd’hui à notre disposition car ils n’ont rien perdu de leur pertinence. Il suffit de penser aux mythes d’Œdipe et Antigone, de Narcisse, de Babel ou du déluge : mythes de toutes les aires culturelles, en particulier de l’Egypte, de la Grèce, des pays nordiques ou de la Bible. Pour comprendre et trouver le sens de l’étape importante que nous sommes en train de traverser, nous pouvons nous tourner vers le mythe du serpent d’airain. Les Juifs sont dans le désert, conduits par Moïse. Ils n’ont rien à manger et craignent de mourir de faim. Aussi la nourriture est-elle leur préoccupation principale si bien qu’ils négligent tout ce qui concerne la santé. Ils sont attaqués par de petits serpents que l’on découvre encore aujourd’hui. N’étant pas préparés à une menace de ce type, ils risquent de mourir les uns après les autres. Ils reprennent alors confiance en Moïse, qui, après avoir imploré Dieu, va leur livrer la solution à leur problème.

 

Le serpent d’airain

Les hébreux partirent de Hor-la-Montagne pour la route de la mer de Suph,
Pour contourner le pays d’Edom.
En chemin, le peuple perdit patience.
Il parla contre Dieu et contre Moïse :
« Pourquoi nous avez-vous fait monter d’Egypte, pour mourir en ce désert ?
Car il n’y a ni pain ni eau :
Nous sommes excédés de cette nourriture de famine. »

 

Dieu envoie alors contre le peuple des serpents brûlants,
Dont la morsure fit périr beaucoup de monde en Israël. Le peuple vint dire à Moïse :
« Nous avons péché en parlant contre Yahvé et contre toi.
Intercède auprès de Yahvé Pour qu’il éloigne de nous ces serpents. »

 

Moïse intercéda pour le peuple et Yahvé lui répondit :
« Façonne-toi un Brûlant que tu placeras sur un étendard.
Quiconque aura été mordu et le regardera
Restera en vie. »
Moïse façonna donc un serpent d’airain qu’il plaça sur l’étendard,
Et si un homme était mordu par quelque serpent,

Il regardait le serpent d’airain et restait en vie.
(Bible de Jérusalem, Les Nombres XXI – 4 à 9)


Epreuve de la vie et perte de patience


Les hébreux partirent de Hor-la-Montagne pour la route de la mer de Suph,
Pour contourner le pays d’Edom.
En chemin, le peuple perdit patience.


En pleine mondialisation, tous les peuples de la terre sont en agitation. Les guerres se multiplient au Moyen-Orient et en Afrique. Les dictatures s’ajoutent les unes aux autres : Chine, URSS, Brésil, Egypte, … On assiste à des replis spectaculaires comme aux Etats-Unis et en Amérique du Sud, et les populismes sont en plein développement. De son côté l’Europe peine à se constituer : les peuples de l’Est sont marqués par leur histoire passée et craignent de perdre leur particularité dans un ensemble dont ils redoutent l’uniformisation. Décidément, il y a, dans la mondialisation, déjà en marche, quelque chose qui contrarie le développement d’une parole créatrice et rassembleuse.


Contestation et sortie de la parole

 

Le peuple parla contre Dieu et contre Moïse :

« Pourquoi nous avez-vous fait monter d’Egypte, pour mourir en ce désert ?

Car il n’y a ni pain ni eau :

Nous sommes excédés de cette nourriture de famine. »

 

Les révoltes et la contestation sont partout. La confiance à l’égard des pouvoirs de toute nature se perd. Il devient très difficile de gouverner. Normalement la parole est inscrite dans la dialectique. Or la dialectique est faite de critique et de dialogue. La contestation oublie le dialogue et ne retient que la critique. De son côté, le pouvoir politique n’écoute pas les véritables revendications du peuple. Parfois il s’enferme dans une autorité arbitraire. Le plus souvent, il n’apporte que des réponses économiques aux problèmes qui s’accumulent, qu’il s’agisse de la santé des habitants et de celle de la planète elle-même ou encore d’exigences culturelles. Comme la finance est reine, c’est elle qu’il faut satisfaire et c’est à travers son prisme qu’il convient de tout analyser. Aussi le pouvoir d’achat de ceux qui travaillent ou de ceux qui sont marginalisés n’est-il pas suffisamment pris en considération. C’est ainsi que la faim ou l’insuffisance de biens essentiels, qui faisaient réagir les Hébreux en plein désert, provoquent même en France d’importantes manifestations dans la rue.

 

Confrontation à la mort

 

Dieu envoie alors contre le peuple des serpents brûlants,
Dont la morsure fit périr beaucoup de monde en Israël.


En évoquant les serpents brûlants, le mythe veut souligner deux problèmes en même temps : la violence et l’affrontement à la mort. Les Hébreux sont entre eux comme des serpents brûlants : une mutinerie provoquée par une violence mimétique est en train de se développer au sein du peuple. Par ailleurs, il y a réellement des serpents dangereux dans le désert, mais les hommes, trop préoccupés par les problèmes économiques en vue d’apaiser leur propre faim, n’ont pas acquis le savoir faire nécessaire pour assurer leur propre défense face à un ennemi qui n’était pourtant pas redoutable.

 

Il est désormais facile de faire le parallèle entre le coronavirus et les serpents du désert. Comme les serpents du désert, le coronavirus ne constitue pas un problème important pour autant qu’une véritable politique de la santé permette de le traiter. Or, une telle politique a été freinée par un pouvoir trop préoccupé de faire des économies sur le dos des soignants et des malades. Il a manqué de tout lorsque le prétendu ennemi a attaqué la population. Mais une telle insuffisance a permis aux hommes du monde entier de passer par une mort symbolique à travers le confinement. Beaucoup ont épilogué sur la nécessité de ce confinement pour des raisons de santé. En fait, il a constitué une opportunité pour que beaucoup d'hommes soient confrontés à la mort. A l’insu de tout le monde, cela faisait partie du traitement global dans sa dimension symbolique.


Renoncement à la toute-puissance et retour à la parole


Le peuple vint dire à Moïse :
« Nous avons péché en parlant contre Yahvé et contre toi.
Intercède auprès de Yahvé pour qu’il éloigne de nous ces serpents. »


La mort vient d’opérer son œuvre : elle a mis les Hébreux en face de leurs limites. La toute-puissance n’est plus possible. Il faut se tourner vers l’autre pour obtenir une solution. En ce qui concerne le coronavirus, l’autre ce n’est pas seulement le pouvoir, ce sont ceux qui savent : chercheurs en médecine et en biologie, médecins praticiens, économistes, sociologues, psychologues… Il ne s’agit pourtant pas de se livrer aux spécialistes car ils ont aussi tendance à nous enfermer dans leur propre toute-puissance. Ils doivent être au service de la parole de chacun, avec sa prise de conscience, son écoute, ses risques assumés, son lâcher prise, car sans elle il n’est pas de création possible pour l’humanité tout entière. Notre avenir à tous est lié à la foi en la parole retrouvée. Peut-être est-ce en cela que consiste la véritable démocratie.

 

L’étendard avec un serpent d’airain ou le paradoxe du coronavirus qui porte, en même temps, notre mort et notre renaissance


Moïse intercéda pour le peuple et Yahvé lui répondit :
« Façonne-toi un Brûlant que tu placeras sur un étendard.
Quiconque aura été mordu et le regardera
Restera en vie. »
Moïse façonna donc un serpent d’airain qu’il plaça sur l’étendard,
Et si un homme était mordu par quelque serpent,

Il regardait le serpent d’airain et restait en vie.

Le serpent d’airain est la représentation du parcours de mort et de renaissance opéré par le peuple juif à l’occasion de l’agression par les serpents brûlants. C’est une manière synthétique de faire comprendre qu’il ne faut pas avoir peur de la mort (symbolique) car elle est condition essentielle pour une renaissance. Il en va de même aujourd’hui pour le coronavirus. Il appartient au pouvoir politique de faire comprendre que le confinement et le déconfinement sont liés. Car si le confinement est symboliquement passage par la mort, le déconfinement est porteur d’une renaissance. Les gouvernants ont en ce moment une responsabilité mondiale : il s’agit d’opérer une action symbolique qui nous fasse passer de la toute-puissance de l’argent à la puissance de la parole. Le vaccin du corps sera inefficace si l’âme elle-même n’a pas été vaccinée.

 

Mise au point (Le 8 et le 9 mai 2020)

 

Il me semble que les lecteurs ont de la peine à voir ce qui est en jeu dans l’opposition entre la toute-puissance de l’argent révélée par la crise actuelle et la force de la parole. C’est pourtant le cœur de l’Evangile qui est ici en cause avec cette idée que l’Evangile ne nous tire pas dans un autre monde mais nous révèle le cœur de l’humain lui-même.

La toute-puissance de l’argent centre tout sur l’intérêt du moi, provoquant la possession et l’accumulation de richesses, et vouant ainsi la société à une forme de stérilité.

De son côté, la parole opère le mouvement inverse. Elle établit le rapport avec l’autre, ce qui va provoquer interactions, multiplication, et finalement création. C’est là que l’histoire de l’humanité trouve son sens, et certainement pas dans le repli sur soi.

Avec le déconfinement, l’angoisse grandit à devoir affronter les désastres économiques qu’aura provoqués le coronavirus. Et, pourtant, si la parole au sens fort du terme prend le pas sur la toute-puissance de l’argent, nous pourrions assister à un rebond extraordinaire, suscité par la multiplication non seulement des biens spirituels et culturels, mais également des biens matériels. Le partage qu’opère la parole nous ferait entrer dans une nouvelle société de la création où la vie invente la vie. Il faudrait alors limiter le pouvoir de la Cour des Comptes, qui nous joue des tours, pour donner la première place à une Cour de  Re-Création.

Etienne Duval

 

 

 

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commentaires

P
Bravo Etienne, ton analyse est tout à fait juste et elle va se vérifier dans les semaines à venir
FORTE DE LA LECTURE DU TEXTE DU PR Sauvy (J'espère te l'avoir envoyé) il y a après cette grippe plusieurs mois pendant lesquels notre organisme est démuni et surviennent une multitude de complications + ou - graves
Il est impératif de se reposer et c'est à ce niveau que les serpents arrivent c’est l'impossibilité de Faire de l'argent et également cela incite à la réflexion avec son lot d'inquiétude
Pour réussir la guérison il faut de la Patience et savoir se reposer VERTUS peu cultivées Parce que cela ne procure aucun bien matériel et expose à des jugements des autres avec une grille de lecture différente
La parole ? cela rapporte combien ? Mais ne pas lui faire sa place va couter beaucoup à l'économie car à remettre au travail coute que coute les gens va engendrer de nombreuses pertes et souffrances humaines.
Répondre
E
Merci Paule. Je pense que tes propos avisés ont été bien reçus. C’est vrai qu’il faut de l’écoute et beaucoup de patience.K La parole ne rapporte pas beaucoup, mais c’est elle qui construit le tissu social.
Merci pour tes réactions. Et à bientôt pour d’autres réflexions !
J
Bonsoir Etienne ,

merci pour ces analyses éclairantes que je ne suis pas sûre de bien comprendre ...
Nous sommes au pied du mur et devons réagir si nous ne voulons pas être complètement assiégés par la mondialisation qui a déjà rendu les Américains obèses , stressés et repliés sur eux-mêmes, aveuglés par leur " toute puissance " ...
Le capitalisme financier , me semble coupable mais notons quand même des mesures sociales positives de la part du gouvernement français pour surmonter cette crise ( chômage partiel , année blanche pour les intermittents du spectacle ) .
Les gagnants de la pandémie sont les GAFA alors oui , je veux croire à un sursaut de relocalisation etc ...mais soyons vigilants et inventifs !

Porte-toi bien et profite des mesures de déconfinement .
Amitiés . ( Me voici de retour chez moi , soulagée que ma mère puisse reprendre sa vie au Foyer -Logement avec des mesures de vie sociale masquée mais possible !) .

Josiane
Répondre
E
Merci Josiane de tes réactions. J’ai pensé que la crise que nous traversons pouvait être un moment de retournement. L’attrait de l’argent nous fixe sur nous-mêmes. Il convient de nous tourner vers l’autre, en prenant au sérieux la parole, qui nous invité au partage.
Mes meilleurs souhaits pour ta maman qui doit aspirer à une plus grande proximité.
Bien amicalement.
E
Réponse à Bérengère, le 12, mai 2020
Je vais essayer de t’expliquer le cheminement de ma pensée. Si je suis rentré chez les Dominicains, c’est parce qu’avec mon travail dans un cabinet d’organisation, j’ai perçu la perversité du capitalisme et que ce capitalisme ne pouvait pas donner sens à ma vie. Il fallait que je fasse gagner le plus d’argent possible à ceux pour qui je travaillais (ce qui n’était pas le cas avec mon directeur qui avait une orientation plutôt sociale). Je ne pouvais donc pas continuer à m’engager dans cette direction.
Or, dans l’Evangile, le problème de l’argent est au cœur de la réflexion. Est-ce l’argent ou la Parole qui vont donner sens à ma vie ? L’Evangile nous dit que l’on est mis devant un choix fondamental. J’ai donc fait non pas le choix de Dieu mais le choix de l’Evangile, c’est-à-dire de me laisser questionner même après mon choix de départ par la question qu’il pose. Le fait d’être rentré chez les Dominicains n’était pas la solution ultime. Il fallait que je continue à me laisser tarauder par la question de départ.
C’est pourquoi je me suis beaucoup intéressé au marxisme parce qu’il dénonçait l’aliénation provoquée par l’argent dans le capitalisme. Pour moi Marx était un prophète mais il a trop cru qu’il était prophète et il a sombré lui-même dans une forme de toute-puissance. Je ne pouvais donc pas le suivre jusqu’au bout. J’ai donc bricolé en rentrant au ministère du travail pour travailler sur le chômage, le problème des banlieues, l’intérim, l’évolution des entreprises…
Je passe sur tout le reste. Et je me trouve embarqué dans cette affaire du coronavirus, qui a une ampleur mondiale et qui amène tous les hommes à se reposer des questions. Or, en France, je constate qu’on n’a pas eu une véritable politique de la santé parce qu’il fallait faire des économies. Par derrière, même s’il n’y avait pas que cela, j’ai perçu que le capitalisme et ses perversités étaient toujours sous-jacents. Ainsi il continuait à pervertir la politique. Or cette affaire m’a rappelé un voyage effectué en URSS en 1976. J’avais perçu que la plupart des gens ne supportaient plus le régime soviétique. Mais on ne savait pas comment en sortir car il y avait le risque de provoquer des dégâts irréparables. Or il a fallu l’accident de Tchernobyl pour se reposer la question au plus haut niveau (je ne dis pas qu’il n’y a eu que cela) et oser tenter la sortie.
Or, avec le coronavirus, l’occasion nous est peut-être donnée de repartir sur de nouvelles bases, en osant remettre en question le capitalisme, avec une chance non négligeable d’en sortir. Car même dans le traitement de la pandémie, le capitalisme contrarie les meilleures solutions.
Là-dessus je choisis le mythe du serpent d’airain pour comprendre ce qui se passe avec le coronavirus. Ce qui était en cause réellement avec le serpent d’airain, c’étaient les phénomènes de violence, les mutineries, qui mettaient en danger la survie du peuple. Or Moïse a eu une intuition de génie en faisant comprendre avec le serpent d’airain, que la violence était en chacun des Hébreux et pas seulement dans les autres. En le regardant lorsque la violence réciproque redoublait, chacun pouvait sortir de la réciprocité parce qu’il voyait qu’il était lui-même partie prenante dans la violence fratricide : le serpent d’airain était l’image de ce qu’il était.
Or le coronavirus est un révélateur. Il permet de voir comment chacun réagit face à un tel danger. Le régime de la dictature chinoise canalise toute l’information, au risque d’empêcher les vraies solutions à prendre. Il est lui-même pris dans l’idéologie capitaliste en cherchant son propre intérêt. Trump ne pense qu’à lui (America first), croyant avoir une sorte de science infuse et voulant à tout prix protéger l’économie américaine aux dépens des autres économies. Chez nous on voit bien que les intérêts de la finance sont aussi présents dans les choix de la politique de santé et dans la politique en général. Ainsi le coronavirus révèle que nous sommes tous piégés par le capitalisme ambiant et qu’il est, pour une bonne part, responsable des désordres actuels.
Comme les Hébreux sont passés par la mort et ont pu renaître pour poursuivre leur marche dans le désert, ainsi nous-mêmes, après être passés par le confinement, nous pouvons renaître avec le déconfinement, en donnant une priorité à la parole qui nous ouvre aux autres et en renonçant à la toute-puissance de l’argent qui pervertit toute l’évolution du monde. C’est une possibilité qui sollicite notre choix. De toute façon on ne pourra pas repartir sur les bases d’avant la crise. Que nous le voulions ou non, nous sommes sollicités aujourd’hui par la question fondamentale de l’Evangile : la toute-puissance de l’argent qui replie les hommes sur eux-mêmes ou la puissance de la parole qui conduit au partage avec l’autre.
Etienne Duval
Répondre
B
Merci Etienne de me faire part de ton cheminement depuis de très longues années.
Oui, dans les années 70, le marxisme était en vogue et proposait un meilleur partage des richesses mais en assujettissant l’homme à un régime dictatorial, en privant l’homme de sa liberté fondamentale.
Le marxisme est bien sûr une idéologie comme le capitalisme.
Et le marxisme a fait beaucoup de dégâts, non seulement en Russie, mais aussi en Asie, entre autres.
Et en France, c’est stupéfiant de voir comment la CGT (des révolutionnaires professionnels !) empêche les travailleurs d’aller travailler pour une idiote histoire de procédure.

Quant au capitalisme, qui prône la liberté d’entreprendre et la loi du marché, c’est, pour moi qui ne suis pas une spécialiste,
Un système qui a énormément de défauts, mais aussi des qualités, je dirai c’est le moins pire des pires. C’est un système qui a sorti de la misère des millions de gens. Et on n’a rien trouvé de mieux pour l’instant ! Mais tu as raison la domination du monde par l’argent est une énormité qui vient du capitalisme hors sol et tout puissant. La seule solution pour que le système ne devienne pas monstrueux, c’est qu’il soit encadré, que des lois viennent faire barrage à ses excès, c’est ce que tente de faire l’Europe et les pays européens : nos concitoyens sont mieux protégés en France qu’aux Etats Unis et nos gouvernants font tout ce qu’ils peuvent pour limiter la casse provoquée par le coronavirus.

Quand tu parles de la parole, il faudrait expliciter. Je pense que tu veux dire la parole de Jésus, c’est à dire une parole d’amour de son prochain comme de soi-même, une parole de vérité, de vraie vie… Cela peut se vivre dans tous les systèmes politiques, qu’il soit marxisme ou capitaliste ou… dictatorial… J’espère que ces 2 mois de confinement vont permettre à tous ces élans de générosité et d’altruisme qui ont émergé de se poursuivre pour mettre des barrières aux excès du capitalisme.

Bien amicalement

Bérengère
Répondre
E
Merci Bérengère de ta réponse. Oui, en ce qui concerne le capitalisme, ce n’est pas sa dimension rationnelle d’organisation de l’économie que je condamne. Elle a une efficacité qui a fait ses preuves. Mais le système qu’il développe défend une vision globale du monde qui inclut souvent une toute-puissance de l’argent en général et de la finance en particulier. En ce sens, il a un côté antiévangélique que je condamne.
En ce qui concerne la parole, je vois au départ ce qui m’amène à me tourner vers l’(A)autre dans la bienveillance jusqu’à la Parole de Dieu, qui en est le fondement. Il y a l’idée que ce n’est pas le moi qui donne sens à l’existence humaine mais l’autre lui-même sous toutes ses formes. Ce n’est pas lorsque je me replie sur moi que je deviens humain mais lorsque je suis dans l’accueil inconditionnel de l’autre.
Très bonne fin d’après-midi ! Et bonjour à François !
C
Bonjour Étienne,

Voici la deuxième conférence de Marc Halevy.
Je n’ai pas encore écouté.

Bonne fin de journée à toi,
Christine Duval
Répondre
E
Merci.
Je viens d’écouter Halévy avec ses 4 ou 5 questions fondamentales.
- C’est quoi le sens ?
- Le monde a-t-il un sens ?
- Ma vie a-t-elle un sens ?
- Quelle est ma vocation ?
- C’est quoi la source du sens ?
J’ai écouté près de trois quarts-d ’heure et puis je me suis arrêté. Je ne sais pas trop ce qu’il a dit sur la source du sens. En tout cas, ce n’est pas moi. C’est sans doute l’autre au sens où il y a du dépassement dans l’altérité… A chacun de se poser les questions et d’essayer d’y répondre.
Bonne soirée !
L
B
Bonjour Etienne,

Je continue notre discussion.

D’abord, C’est à partir d’un texte de l’Ancien Testament, le mythe du serpent d’airain, que tu essaies de faire un parallèle avec la crise du coronavirus. Il ne s’agit pas de l’évangile du Nouveau Testament.

Pour moi, ce Dieu qui punit, qui envoie aux hommes un serpent pour les tuer, est le contraire du Jésus du Nouveau Testament, qui, si j’ai bien compris, est avant tout miséricorde. Je n’accepte en aucun cas cette idée de la souffrance pour être sauvé de la mort, idée souvent reprise par l’Eglise catholique de l’épreuve envoyée par Dieu pour nous éprouver. Pour moi c’est une monstruosité.

D’autre part, je suis très étonnée que tu puisses assimiler l’épreuve vitale et au combien humaine de la faim et de la soif, à de la toute puissance. On a un renversement total de cela dans le Nouveau Testament : « bienheureux… »

La faim et la soif sont des besoins vitaux humains. Et Jésus a aussi souffert de la soif dans son agonie. cf le livre d’Amélie Nothomb : Soif, chez Albin Michel. C’est de notre responsabilité à chacun, de veiller à ce que mon semblable ne meure pas de faim et de soif. Il n’y a que certains protestants américains pour penser que les pauvres l’ont bien chercher !

Mais tu as raison de dire qu’il y a aussi une faim et une soif d’un autre ordre, une faim et une soif spirituelle. Ne pas être rivé sur le matériel, le terre à terre, mais lever la tête (vers l’étendard ?).

Il y a la vie « vitale » (avoir faim et soif) et la vie « vivante » (qui ne meurt pas). Et c’est peut-être là qu’il faut chercher un des sens de ce texte mythique. Le confinement a été un bon moment pour réfléchir à cela : le sens de la vie, qu’est-ce que je cherche, pourquoi je cours, je m’agite etc… moment aussi de dialogue avec les autres, par téléphone, mail, skype etc…
Nous avons lu il y a quelques mois le livre de François Jullien : Ressources du christianisme, chez l’Herne ; c’est un petit livre qui m’a beaucoup intéressée. Dans son chapitre sur « qu’est ce qu’être vivant ? et à propos de la formule de Jean « qui aime sa vie la perdra… "Celui qui reste dans l’adhérence à son être en vie (faim, soif) et s’enlise en lui, perd sa capacité d’être pleinement, c’est à dire surabondamment vivant » p.57.

C’ést peut-être, déjà, un des messages véhiculés par le mythe du serpent d’airain.

J’arrête mes cogitations.
A bientôt Etienne
Bien amicalement
Répondre
X
Etienne,

Je t’avoue que j’ai eu du mal à rentrer dans ton texte. Je trouve qu’il y a trop de généralisations .... J’en relève une : tu dis du gouvernement que c’est le tout économique. Le gouvernement s’est battu pour que le chômage régresse et il l’a fait nettement reculer. Il aurait reculé encore davantage encore s’il n’y avait eu la violence insensée des gilets jaunes, encouragés par le Front National, la France prétendument insoumise et nombre d’intellectuels bien-pensants de gauche ; ajoute les grèves insensées et corporatistes de la CGT pour défendre le statut des cheminots. S’en prendre au commerce et à l’activité touristique, cela ne leur faisait aucun problème.

Alors pour moi faire reculer le chômage c’est du social. Au juste cet affreux gouvernement qui a dédoublé les classes de CP dans les ZEP .... Je suppose que la suppression de la taxe d’habitation pour les ménages modestes est une mesure antisociale. Parfois j’hallucine quand j’entends certaines affirmations ...

Bien à toi, cordialement. Xavier.
Répondre
E
Tu fais bien de montrer qu’il y a aussi du positif dans l’action du gouvernement aujourd’hui. Mais je suis obligé de constater que la toute-puissance de l’argent est encore présente. La manière dont ce gouvernement et les précédents ont traité le problème de la santé en est la preuve évidente. On a trop cherché à faire des économies au détriment de la santé elle-même et des personnels qui en sont chargés. Qu’on le veuille ou non, le capitalisme est toujours actif, et par la toute-puissance de la finance qu’il développe, il finit par détruire l’humain, au moins tel que le présente l’Evangile. Je persiste à penser que l’homme est toujours en face du conflit entre le pain et la parole, entre la toute-puissance de l’argent et la puissance de la Parole.
Merci quand même de ta critique que j’accepte
B
Berengere Douchin
11:17 (il y a 16 minutes)

À moi, DOUCHIN


Bonjour Etienne,

Je ne connaissais pas cette « histoire » du serpent d’airain.

A la première lecture, j’ai retrouvé le "Dieu qui punit », qui est l’inverse du Dieu du Nouveau Testament.
La colère des hébreux qui risquent de mourir de fin et de soif dans le désert est parfaitement justifiée.
Comme est justifiée dans notre monde, la colère de ceux qui n’ont pas de quoi vivre sur notre terre alors que des milliards sont confisqués par quelques-uns.

"Dieu qui punit » .

Comment faire confiance aux « sachants », aux épidémiologistes, scientifiques, etc… qui passent leur temps à se contredire, comme nous le voyons actuellement… ou à se mettre en avant pour faire parler d’eux, transgressant toutes les lois de la recherche… Seuls ceux qui disent, avec une certaine humilité, « on ne sait pas tout, on ne maîtrise pas tout », ont gré à mes yeux.

Je suis d’accord avec toi sur le dialogue, la parole qui nous rend humain, et qui est un exercice tellement difficile à l’heure du tout ou rien, du blanc ou noir, du tout de suite sans réflexion… « répondez à ma question par oui ou non » comme le demandent sans arrêt les journalistes aux personnes interviewées, car il faut aller vite !!!

Je me méfie aussi du tour de magie proposé par Dieu : « regarde le brulant sur ton étendard ».
Notre monde voudrait tellement des tours de magie pour aller mieux, vivre mieux. J’ai l’impression aussi qu’on veut nous en vendre à tous les coins de rue.

Je trouve aussi que l’argent-roi, c’est le diable. Mais l’argent il en faut pour vivre. Je pense à tous ceux qui vont sortir du confinement ruinés, à la rue, au chômage (et je ne pense pas que ce soit une chance pour eux, comme s’ils vivaient une "petite mort" propice à une résurrection..?). Moi, je suis une confinée de luxe, à la retraite, sans souci d’argent, avec une maison et un jardin. Alors, je fais des voeux pour que tous les élans de solidarité qui viennent d’émerger soient le terreau d’un changement profond qui perdure.
Mais c’est un énorme travail, toujours à recommencer, au jour le jour.
Tu connais la formule « là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie ».

C’est là qu’il faut peut-être faire confiance à plus grand que soi comme nous le dit le Nouveau testament, car la tâche nous dépasse. Faire confiance à une lumière de Vie, la « vraie vie », pas celle du « métro, boulot, dodo ».


A part çà, j’espère que le confinement n’a pas été trop pénible pour toi.
Et surtout que tu es en bonne santé !

Bien amicalement

Bérengère
Répondre
E
Bonjour Bérengère

Tu fais bien de réagir car cela va me permettre d’approfondir le sujet qui est traité ici.

Nous sommes au cœur de l’Evangile c’est-à-dire au cœur de l’humain
Avec le rapport entre l’argent et la parole, puisque c’est le thème que je propose de régler, nous sommes au cœur de l’Evangile, thème qui revient non seulement dans la tentation du Christ mais dans de nombreux passages du Nouveau Testament. C’est vrai que dans la Tentation, il s’agit de la faim ou du pain et non de l’argent. Mais, dans l’imaginaire il y a un rapport très étroit entre le pain et l’argent. On l’accumule pour ne plus avoir faim. C’est par ce biais que l’argent devient tout puissant et le Christ cherche à faire comprendre que ce n’est pas le pain qui est créateur mais la Parole entendue d’abord comme parole de Dieu puis ensuite et, en relation directe, la parole humaine.

Le mythe est fait pour nous permettre de sortir de de la violence et de la mort produites par la toute-puissance
La toute-puissance à tous les niveaux, qu’il s’agisse de la connaissance, de l’argent, de la parenté, de soi-même finissent par déresponsabiliser, engendrer la violence et la mort. Le mythe est la réponse que les hommes ont trouvée pour récupérer leur propre humanité. Justement le Dieu qui punit est une manière de renvoyer la situation à une fatalité qu’on ne comprend pas. En fait, c’est la toute-puissance de l’homme qui est en cause. Ici, la toute-puissance de la faim chez les Hébreux, la toute-puissance de l’argent chez nos contemporains.
Tu fais allusion toi-même à la toute-puissance des sachants, qui finissent par nous entraîner sur une mauvaise voie.

La parole c’est, en même temps, de la critique et du dialogue
Le gros inconvénient, dans la situation actuelle, c’est qu’on en arrive à tronquer la parole, les uns ne voulant retenir que le dialogue et ne supportant pas la critique, les autres se cantonnant dans la critique et la lutte sans pouvoir entrer dans la négociation. Dans ce dernier cas, il y a l’idée de la lutte des classes qui traîne encore avec la CGT à l’ancienne et le trotskisme. C’est vrai que la lutte des classes existe mais je pense que c’est une erreur d’en faire une stratégie d’action pour résoudre tous les problèmes même si, bien sûr, on doit en tenir compte.

Le tour de magie
Si tu en restes au tour de magie, cela signifie que tu te contentes du texte sans entrer dans l’interprétation. Or regarder le serpent d’airain c’est comprendre que le serpent c’est toi et donc que la violence est en toi avant d’âtre dans l’autre. Dans ce texte en effet, il ne s’agit pas simplement de serpent venimeux mais d’une violence réciproque ; dans laquelle les hommes se comportent entre eux comme des serpents brûlants.

L’argent-roi
Pour moi, l’argent-roi, ce n’est pas le diable, c’est la toute-puissance de l’homme vis-à-vis de l’argent. Le diable est ici une création de l’imaginaire, une manière de ne pas voir ce qui est en jeu réellement chez l’homme.

La solidarité
Je fais comme toi le pari que la sortie de la crise soit, en même temps, une sortie de la toute-puissance de l’argent et une entrée dans la parole, qui, en se tournant vers l’autre provoque le miracle de la solidarité.

Faire confiance à plus grand que soi, à la Vie
Oui, trois fois oui. Là encore je suis d’accord avec toi. C’est cela qui me permet de me hisser à un autre niveau, c’est-à-dire le divin qui est le cœur de l’humain.
C
Une petite anecdote !
Durant le Covid, nous avons continué à sortir Sam en balade autour de la Maison.
Et nous avons vu pour la première fois des croix que nous n’avions jamais vues alors que nous passons tous les jours devant !
Puis, un autre jour, Sam nous a emmenés dans une clairière et là, surprise, une statue de la Vierge au milieu d’un étang avec une maison un peu plus loin.
Etonnant…
Alors, j’ai eu cette intuition que nous étions chacun devant notre Croix !

Je crois que un à un, on est placé face à la Vie et à la Mort dans ce cycle Vie-Mort-Vie.
Mais on ne veut voir que d’un côté, celui de la Vie alors que en regardant la Mort en face, on fera le choix de passer de la Croix au jardin !
Un jardin sans pesticides car on tue
Un jardin où chacun a le fruit de la moisson
… un Beau jardin !

Tu comprends ?
Ce sont des sujets que je partage avec Fadila qui est une « messagère » !
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E
De la croix au jardin, c’est pour moi une belle image. Un beau jardin, qui sera notre demeure définitive, mais avec notre maison intérieure sous la protection de Marie. Nous aurons peut-être un chien qui nous servira de guide. De quoi nous faire rêver. Le jardin, c’est sûr. Le chien pourquoi pas ?
C
Je suis complètement d’accord avec toi.
Nous sommes au pied de la Croix un à un ! Et nous n’avons plus le choix.
Nous avons le Covid-19 car nous n’avons pas encore compris que nous devons opérer ce retournement.
Il y a eu le feu de ND, les feux en Australie et en Californie !
Les inondations…
Et…
Et…
Répondre
E
Au pied de la croix ? Pourquoi pas ?
C
Bonjour Etienne,

Je partage ton avis sur la conférence de Marc Halévy.

Les religions ont enfermé. Elles ont cherché à s’approprier leur Dieu, les fidèles…
Et elles paient toutes en bloc aujourd’hui cela.
Je crois qu’il va falloir que les religions fassent mourir aussi quelque chose qui n’est pas juste, pour renaître autrement dans l’universalité de la spiritualité.

Marc Halevy va faire 3 autres conférences. Je te les adresserai.

Bon weekend à toi,

Christine
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E
Il y a tout de même quelque chose avec lequel je ne suis pas tout à fait d’accord avec Marc Halévy. Il nous inscrit dans un temps long. Nous n’allons pas attendre 10 ans pour réagir. C’est dès aujourd’hui qu’il faut le faire parce que le coronavirus nous en donne l’occasion et même il nous met au pied du mur pour changer de cap. Nous sommes dans le kairos comme disaient les Grecs, c’est-à-dire dans le temps où les choses importantes se passent.

Bonne soirée !
E
Avec le déconfinement, l’angoisse grandit à devoir affronter les désastres économiques qu’aura provoqués le coronavirus. Et, pourtant, si la parole au sens fort du terme prend le pas sur la toute-puissance de l’argent, nous pourrions assister à un rebond extraordinaire, suscité par la multiplication non seulement des biens spirituels et culturels, mais également des biens matériels. Le partage qu’opère la parole nous ferait entrer dans une nouvelle société de la création où la vie invente la vie. Il faudrait alors limiter le pouvoir de la Cour des Comptes, qui nous joue des tours, pour donner la première place à une Cour de la Création.
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R
bon ben j'espère juste que que cela ne te vaudra pas les foudres de certains fidèles de ton auditoire .!
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E
Pour le moment, ce n'est pas le cas.
E
Bonjour Christine,

Je viens de poursuivre mon écoute de Marc Halévy. Je suis spontanément d’accord avec ce qu’il dit. Sur la religion, j’aurais aimé qu’il précise qu’elle est faite pour être au service de la spiritualité.

MARC HALEVY

Ce qui est dépassé
- Le système hiérarchique trop lourd et trop lent
- Le modèle financiaro-industriel qui pousse au gigantisme
- Le système des prix bas avec une qualité moindre
Ce vers quoi il faut aller
- Les réseaux
- Les richesses immatérielles pour lesquelles il n’y a pas d’économies d’échelle
- Une spiritualité déconnectée de la religion
- La recherche du sens
- L’homme ne peut trouver le sens qu’à partir de quelque chose qui le dépasse
- A partir de la Vie
Le coronavirus
- Il peut être un déclencheur
Une zone chaotique
- Entre deux systèmes
- Va durer encore une dizaine d’années
- Orienter vers le nouveau paradigme exprimé plus haut.
Répondre
R
Interprétation intéressante..." à force de se pencher sur le virus gardons-nous de ne pas tomber dans sa marmite ..."
Est-ce que le Covid a changé nos représentations ? Le COVID 19 devrait nous conduire à un travail de passage symbolique. Est-ce qu'il va changer nos modes de penser ? de consommer ? de produire et d'être ensemble ? La technologie nous transforme, le passage de l'oral à l'écrit, de la calligraphie à la typographie, à l'ordinateur... Soumis à de l 'information en continue, nous réagissons plus que nous n’agissons, ajoutant de la confusion à la confusion lorsque qu'aucune réflexion de fond ne sous-tend nos échanges, et que ces derniers confortent nos cadres de référence et ...échappent à toute alchimie poétique ...ou symbolique
Etienne, elles ne sont pas si rares les voix comme la tienne (Etienne) qui s'élèvent pour pointer ce que ce covid nous révèle de nos insuffisances collectives, des décisions délétères de "nos" politiques... Car ce sont aussi lamentablement "les nôtres" puisque nous avons contribué peu ou prou à ce qu'elles adviennent.
Hélas ils nous ont été si souvent enseigné de nous méfier des utopies et tout particulièrement depuis 20 ans celles qui portaient le rêve d'une société plus juste. Et plus bucolique. Que cachent ces discours terriblement raisonnables et raisonnants ?
Certaines utopies ont tourné en de terribles tyrannies, admettons le (...). Mais pensez-vous que l’école de Chicago, courant très influant du libéralisme anglo-saxon a fait mieux en hissant au pouvoir les dictatures militaires au Paraguay, au Chili et en Argentine, Notamment ? Ceux qui ont vécu dans l'opposition ou la divergence de ces dictatures savent hélas de trop ce qu'il en est ... (pour les autres, lire Naomie Klein, la théorie du Choc).
Mais que dire des belles utopies portées par le front populaire et le conseil de la résistance ... et dont on voudrait nous faire croire aujourd'hui qu'elles ne seraient que pures folies ?
Faute d'idéaux porteurs de rêve... l'épouvantail du "bouc émissaire" ressurgit partout en Europe ... (Eh tiens ce virus fait surgir le danger dans tout "autre" ...)
On a voulu et voudrait toujours nous faire croire que ces hommes et femmes qui prônent la sobriété et la décroissance sont de dangereux dogmatiques, des doctrinaires ... (mais le besoin de consommer toujours plus nous conduit-il au bonheur ?)
Quel dogmatisme se cache derrière ceux-là qui voudraient nous faire croire que "nous n'avons pas le choix", que nos politiques ont été » obligés" de supprimer des lois qui protégeaient nos littoraux, obligés de revoir des lois qui limitaient la pêche, protégeaient (un peu encore) la biodiversité de nos forêts.
Qui voudrait nous faire croire qu’il n'est pas possible de favoriser la réhabilitation (pourvoyeuse d'emploi d'artisans, de savoir-faire, de métiers...) De limiter des politiques fiscales qui favorisent l'extension urbaine ? Pourquoi ne pas choisir de protéger une agriculture vertueuse, une eau et une alimentation vivante en développant la culture de nos graines anciennes, de nos plantes, en en toutes autonomie ...
Chacun doit s'affranchir de la croyance qu'il n'y a pas de choix... Nous le savons, les choix sont d'autant plus difficiles qu'ils sont cruciaux, mais in fine nous choisissons toujours...alors à quoi préférons-nous renoncer et jusque dans quelle mesure ?
A la veille du déconfinement... les habitudes, les acteurs, les intérêts de ceux qui pèsent auprès de nos politiques reviennent au galop...et chacun conserve son prisme, ses peurs ...quoi de plus normal ?
Comment rebattre les cartes pour aller vers un projet collectif, plus humain, non seulement moins gourmand en ressource, mais qui les considère comme ce qu'elles sont : des biens communs de l'humanité que nous nous devons aussi de préserver, de renforcer, de développer et non comme une dépouille que l'on dépèce et qu'on s'arrache ?
Romane
Répondre
E
Merci Romane, je suis heureux que mon utopie ait réussi à faire parler les tiennes. En fait, je pense que ce ne sont pas des utopies : ce sont tout simplement des propositions. Elles ne sont utopiques que parce que le pouvoir de l’argent les refoule dans le rêve pour les débarrasser de leur dimension critique. J’aimerais que l’on revienne à Socrate, à sa dialectique, qui associe, en même temps, la critique et le dialogue. J’aimerais qu’il nous réapprenne à penser par nous-mêmes parce que la raison que nous préconisons à partir de modèles sans sujet n’a rien à voir avec la pensée, et, comme tu le dis, finit par nous détruire.
En fait, j’ai bon espoir que le covid soit l’invention d’un petit génie qui veut notre bien et que nous ne voulons pas écouter. Alors il se rit de nous en envoyant quelque chose comme un petit moustique mais nettement plus dangereux, pour que nous changions de chemin.
E
MISE AU POINT

Il me semble que les lecteurs ont de la peine à voir ce qui est en jeu dans l’opposition entre la toute-puissance de l’argent révélée par la crise actuelle et la force de la parole. C’est pourtant le cœur de l’Evangile qui est ici en cause avec cette idée que l’Evangile ne nous tire pas dans un autre monde mais nous révèle cœur de l’humain lui-même.
La toute-puissance de l’argent centre tout sur l’intérêt du moi, provoquant la possession et l’accumulation de richesses et vouant ainsi la société à une forme de stérilité.
De son côté, la parole opère le mouvement inverse. Elle établit le rapport avec l’autre, ce qui va provoquer interactions, multiplication, et finalement création. C’est là que l’histoire de l’humanité trouve son sens et non pas dans le repli sur soi.
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C
Bonjour Étienne,

Je t’invite à écouter cette conférence de Marc Halévy que je n’ai pas encore pris le temps d’écouter de mon côté.
Si elle t’intéresse, je serai ravie d’avoir ton feed-back.

Et... je reviens vers toi au sujet de ton texte du blog que je me suis autorisée à partager dans un cercle élargi.

Bonne fin de journée,

Christine Duval

A propos de Marc Halévy…
Marc Halévy est un physicien, philosophe, conférencier, expert et auteur sur les thèmes de la complexité, prospective, spiritualité et de la révolution numérique. Diplômé de l’école Polytechnique de Bruxelles, ainsi que d’un MBA et de deux parcours doctoraux, l'un en physique théorique et l'autre en philosophie des spiritualités, il a débuté sa carrière en tant qu’élève d’Ilya Prigogine, physicien d’exception qui a obtenu le prix Nobel en 1977. A partir des années 1980, Marc Halévy devient manager de crise intervenant pour de nombreuses entreprises et le restera durant plus de 10 ans. Les sujets qui l’animent et dans lesquels il s’est spécialisé l’ont inspiré pour écrire de nombreux ouvrages, sur la prospective, en passant par la philosophie jusqu’à la spiritualité.
Actuellement, il est véritablement considéré comme un expert sur les notions de complexité, systémique, noétique et spiritualité, et, en parallèle avec ses activités de recherche, il donne des conférences et séminaires dans certains réseaux et dans des entreprises sur ces sujets particulièrement pointus. Ses connaissances sur ces notions qui formatent notre monde et notre environnement et qui expliquent les permanentes ruptures, sont un enjeu primordial de compréhension et d’assimilation pour les organisations. Il est donc un atout clé pour permettre de comprendre les évolutions de notre monde actuel et les prévoir pour mieux les anticiper.
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D
Merci Christine de ton retour. J’ai vu que tu avais partagé le texte sur le coronavirus car j’ai pu dialoguer sur internet avec Christian Sales, le père d’une de tes amies.
En ce qui concerne Marc Halévy, j’ai commencé à l’écouter et je me sens en parfait accord avec lui. Il utilise les termes de chaos et de bifurcation là où je parle de mort et de renaissance. Il pense que nous sommes dans un changement radical, ce que je pense aussi. Mais il faudra que je poursuive mon écoute lorsque j’aurai un peu plus de temps.
Bonne soirée !
M
Oui, d'accord Etienne. Et pour une fois que quelque chose nous échappe, à tous, réjouissons-nous ! enfin, un peu d'égalité . . .
Nous sommes tous « frères", tous embarqués dans la même "galère » ; le corona virus nous a permis de le constater, devenus devant lui, pour une fois, " presque" égaux ; et il nous a permis aussi de constater l'énorme fossé des inégalités dans nos sociétés ! Jamais, je n'ai autant entendu parler de solidarité, de gens qui se mettaient à travailler gratuitement dans leurs usines (pour fabriquer des masques ou d'autres choses) et qui ne se posaient même pas la question, parce qu'ils se sentaient utiles, que cela avait du sens pour eux. Quel sens est donné à notre travail aujourd'hui ? Qu'avons-nous fait de l'idée d'Egalité ? de l'appartenance à cette collectivité qu'est l'Humanité ?
Mais je veux revenir sur le serpent d'Airain, car comme toi, je le trouve fondamental : Ne peut-on considérer la morsure au talon (elle est toujours au talon, n'est-ce pas), comme ce qui nous vient de la Terre : le principe de réalité ; notre appartenance à la matière ; notre mort, et son acceptation ? Le corps de Siegfried est une armure invincible qui le rend l'égal des dieux, sauf cette petite faille à son talon, de même pour le talon d'Achille. L'homme n'est pas immortel sur cette terre. Quand il a compris ça, quand il n'est plus entièrement occupé à se protéger de la mort, quand il fait confiance, il peut continuer son chemin vers son accomplissement, participant ainsi à l’accomplissement de l'humanité toute entière, les deux étant intimement liés. Ce chemin, c'est comme une spirale qui nous permet de gravir la montagne jusque vers son sommet et ce n'est pas parce qu'on ne peut pas, d'en bas, voir ce but, parce qu’on ne le connaît pas, qu'il faut s'arrêter en chemin. L'étendard est là pour nous le rappeler et nous donner la force de continuer. (C’est aussi le talon, dont on frappe le sol pour se redonner de l'énergie, on voit ça dans beaucoup de danses "primitives" ou tout simplement dans nos danses folkloriques)
Bon déconfinement ; il en restera toujours quelque chose !
Répondre
E
Merci Michelle de ta réaction toute en finesse. Je te suis tout au long de ton texte, mais tu apportes quelque chose d’original et d’essentiel avec la morsure au talon, qui nous renvoie à nos limites, à la mort et par là à la réalité , donc aussi à la vie. Tout est ramassé en deux mots « le talon d’Achille », la toute-puissa nce, la limite, la mort, le passage vers la vie…
E
Si je poursuis la réflexion amorcée dans la réponse à Paul, je peux dire que le Christ est venu aussi pour nous libérer de la toute-puissance de l’argent développée par le capitalisme. Si le chrétiens l’avaient compris (et moi le premier), ils seraient plus combatifs pour s’engager dans cette libération avec l’appui de l’Esprit Saint.
Répondre
P
Il y a la responsabilité individuelle (la finance et l'exploitation économique avec ses conséquences logiques) et il y a les forces qui nous échappent (les pandémies et les puissances du mal). La Bible dans la Genèse parle déjà du serpent mais introduit la ruse et la tentation, la complicité plutôt que la fatalité, la responsabilité individuelle qui mérite la punition, rien à voir donc avec les virus ou les catastrophes naturelles mais on utilise le même mot : le "mal". Le péché originel est un péché naturel, génétique, dont nous sommes innocents même si nous en subissons les conséquences. Le Christ aussi ‘est un innocent, il paie une faute héréditaire, ce n'est pas la sienne, il ne suffisait cependant pas qu'il souffre avec les hommes, cela n'aurait pas suffi pour sauver l'homme, il fallait aussi qu'il débarrasse l'homme. Mais seul le Christ exempt de la faute originelle pouvait nous sauver.
Répondre
E
Merci Paul. Je vois qu’un fois encore, le blog produit ses effets à savoir engager dans la pensée, c’est-à-dire dans une réflexion personnelle.
Oui tu as raison, il y a des variations dans le sens des mots. Le serpent (voire le coronavirus) n’est pas le mal personnalisé mais la toute-puissance de l’homme, qui peut prendre différentes formes. Dans la Genèse, il s’agit de la toute-puissance de la connaissance déconnectée de la vie. Avec le serpent d’airain, c’est la toute-puissance de la violence qui est évoquée : elle trouve son apogée dans la violence réciproque ou violence mimétique. Par contre la crise actuelle met l’accent sur la toute-puissance de l’argent. Le mythe et son utilisation permettent de décrypter de telles situations et visent à nous permettre de retrouver notre responsabilité personnelle en nous engageant dans une dénonciation de la toute-puissance pour la faire disparaître. Autrement dit le mythe n’est pas là pour nous culpabiliser, puisque notre responsabilité n’est pas engagée, mais pour nous permettre de la retrouver en nous ouvrant les yeux. Dans la situation actuelle, la toute-puissance de l’argent développe une idéologie qui nous fait croire que le règne de la finance est dans l’ordre normal des choses. L’intelligence se trouve ainsi désarmée parce que privée de son arme critique. Cette idéologie nous empêche de penser.
Le Christ vient pour nous arracher à toutes les formes de toute-puissance, qui puisent leur force dans leur capacité à nous rendre inconscients de leur action. Y compris la toute-puissance d’un Dieu tel que nous nous le représentons, parce que ce Dieu n’est pas le vrai Dieu mais une idole.
Très bonne journée !
C
Merci, grand merci
Cet envoi, "supplément d'âme", si j'ose dire, me renvoie aux pèlerins d'Emmaüs et à leur émotion profonde !
En union de prières !

Christian Sales
Répondre
E
Bonne marche avec de merveilleuses rencontres !
G
Mon cher Etienne,
Tu t’en doutes peut-être : j’ai lu avec beaucoup d’intérêt –et quelques petites réticences- la réflexion que tu proposes.
D‘autant plus, que j’avais communiqué, après hésitation, le lien qui donnait accès à l’interview de cet anthropologue inconnu de moi, et qui avait un air de satisfaction de soi qui me le rendait un peu suspect ; sa référence à Comte-Sponville ne me rassurait guère. Puis j’ai reçu un bon nombre de réponses d’amis et surtout de mes neveux et nièces, de mon fils et ma fille… Cet envoi a été l’occasion d’échanger, entre nous tous, une parole critique, sincère et non sans humour. Dans l’ensemble le point de vue de ce JD Michel a été pris au sérieux et avec beaucoup de nuances. Et une fois avec un peu de colère : celle d’un neveu qui, lui, a été frappé lourdement par le corona et n’admet pas qu’on assimile cette sale maladie à une « gripette ». Puis un envoi complémentaire, une interview de ce Professeur Raoul, a été, plutôt bien reçu. Et avant-hier, un urgentiste nommé Le Pen, atterrissait sur mon écran, avec une analyse très concrète de quelques causes et circonstances de la crise ; mais que je n’ai pas pu écouter très longtemps. Je baigne donc depuis quelques jours dans cette sauce au corona dans laquelle je trouve difficile de saisir au fond de la gamelle le plat de résistance.
Je n’ai pas encore de réponse très assurée et précise à deux questions : comment et pourquoi ceci (nous) est arrivé ; comment et pourquoi une telle panique (entretenue ?). Et une troisième : comment le pouvoir (politique) s’est-il comporté, compte tenu des pouvoirs déterminants : les « spécialistes » tout puissants, le poids énorme de l’industrie pharmaceutique ; compte tenu de l’état réel et très fragilisé du service public de la santé et de ses personnels. Le tout dans le mode de fonctionnement de l’Etat français, centralisé, rigide, où les seules bonnes décisions se prennent uniquement à Paris. Ces questions me semblent essentielles, et largement escamotées. Mais ces déclarations et informations vraisemblablement très compétentes et honnêtes, des interviouvés m’ont assez bien éclairé, et ont plutôt consolidé ma compréhension première et provisoire du problème, que les réactions de mes amis, fils et fille, neveux et nièces m’ont porté à nuancer. Et le tout me sature quelque peu.
Je te rejoins complètement lorsque tu dis que « Notre avenir à tous est lié à la foi en la parole retrouvée. Peut-être est-ce en cela que consiste la véritable démocratie ». Tu suggères où est l’obstacle à la « véritable démocratie » : « la finance est reine, c’est elle qu’il faut satisfaire et c’est à travers son prisme qu’il convient de tout analyser » - j’ajoute : « et de tout décider ». J’y vois aussi quant à moi la cause principale de cette « multiplication des dictatures (qui) s’ajoutent les unes aux autres » et dans nos régions (« d’Europe occidentale »), d’une manière insidieuse. Le moteur discret en est la « toute-puissance » des « spécialistes », celle de la « finance, et la puissance politique, celle-ci relative, plutôt soumise, presque illusoire, au point de paraître mensongère. C’est en tous cas ce que suggèrent les années 1920, 30, 1940-44, 1948-80 et suivantes et, pour l’histoire récente, les études des Pinçon-Charlot.
Je considère (sommairement !) que la puissance, vraie ou illusoire, des susnommés est telle qu’elle engendre un « mimétisme » propagé par des croyances et des résignations devenues contagieuses, d’où sortent, comme effets secondaires ou par réaction, «les populismes ». Soit dit en passant, je me garde d’employer ce terme vague et fourre-tout. Il ignore ce qui le provoque –ces toutes-puissances ; il nourrit les confusions qui par conséquent disqualifient a priori, par l’étiquette, tous ceux qui refusent la norme du « en même temps », qualifiés « d’extrémistes » et de « populistes » ;la confusion verse dans les poubelles de l’histoire à la fois les analyses justement critiques et les obsessions réactionnaires, nationalistes, d’un autre âge qui revient. Tout est mis dans le même sac, les unes disqualifiant les autres et inversement. Les tout-puissants et le mimétisme ont de beaux jours devant eux. Mais peut-être des jours comptés ?
Cette redoutable crise révèle à qui veut bien la voir la logique profonde du système économique, social, politique, tenu par les tout-puissants. Chacun peut identifier ce que produit cette logique, jusqu’aux mécanismes absurdes et aux habitudes qu’ils imposent. La difficulté est de voir clairement et sûrement cette « main » qui n’est pas si « invisible » ; mais ce peut être un bonheur de reprendre la parole pour être intelligents à plusieurs afin d’imaginer collectivement et avec réalisme un avenir commun et juste, et d’abord un avenir pour tous sur cette planète bien menacée par les prédateurs principaux. Je ne sais plus qui a lancé ce mot : nous ne sommes pas dans l’anthropocène, mais dans le capitalocène. Il faut correctement nommer les choses pour que la parole ait de la puissance, que les symboles prennent leur sens en nous ramenant à l’histoire. Pour cela il faut sans doute s’imposer la Foi en l’avenir ?
Gérard Jaffrédou.
5. V. 2020
Répondre
E
Je suis heureux de voir que ma réflexion provoque un effet en chaîne. Elle ne suscite pas ta propre réflexion mais elle la stimule et, par effet de retour, la tienne renforce la mienne. En ce qui me concerne, je suis heureux de voir que le confinement nous donne le temps de revenir aux problèmes fondamentaux et, en particulier, à celui du capitalocène, qui nous bloque depuis pas mal de temps. Et, nous ne sommes plus dans le rêve et dans l’imaginaire en pensant que nous pouvons maintenant remettre en cause la toute-puissance de la finance. Je ne voyais pas comment nous pourrions nous réattaquer au problème du capitalisme et, là, une opportunité nous en est donnée, et cela au niveau mondial. Et j’ai eu une véritable jouissance en faisant jouer la dialectique entre le pain (l’économique) et la parole, entre l’argent et la parole sans mettre pour autant l’argent au pilori, simplement en le faisant sortir de sa toute-puissance.
Continue à réfléchir en historien et moi je vais continuer à chercher mon inspiration dans les mythes. Le mythe est au service de l’histoire au sens où elle est un faire et même une création…
Bonne soirée !
C
Merci de votre réponse
...continuer à chercher oui et je suis bien en harmonie avec vous sur le fait d'essayer d'être Chrétien debout, gardant tout son sens critique...pour ne rien perdre aux périphéries de la pensée.
Répondre
E
Il est important d’être un pèlerin perpétuel comme Ayaz dans le conte arabe que je vous transmets :
Le secret


Où se tenait Mahmoud, était Ayaz. Où souffrait Ayaz, souffrait Mahmoud. Il n’était pas au monde d’amis plus proches, ni plus soucieux l’un de l’autre. Pourtant, Mahmoud était roi et Ayaz son esclave. « Ayaz à la blanche poitrine » : ainsi l’appelait-on, car il était d’une beauté parfaite. Il était arrivé en guenilles de vagabond dans la ville où régnait le conquérant superbe et redouté. Il avait longtemps cheminé, sans cesse assoiffé par la poussière des déserts, et plus encore par l’increvable désir d’atteindre un jour la lumière qu’il sentait brûler dans le fond secret de son âme, au-delà de toute souffrance. Mahmoud l’avait rencontré sur les marches de son palais et l’avait pris à son service, séduit par son visage et son regard de diamant noir. De cet errant misérable venu du fin fond des chemins, il avait goûté les paroles simples et jamais basses. Il avait fait de lui son conseiller. Il en fit un jour son frère de coeur.

Alors ses courtisans s’émurent. Que cet esclave leur soit préféré les scandalisa si rudement qu’ils complotèrent sa perte et se mirent à épier ses moindres gestes. Le vizir attacha quelques sbires discrets à sa surveillance. Un soir, lui fut rapportée une incompréhensible bizarrerie dans le comportement de cet homme qu’il détestait. Il s’en fut aussitôt à la haute salle au dallage de marbre où déjeunait Mahmoud, et s’inclinant devant le souverain terrible : « Majesté, lui dit-il, tu n’ignores pas que, pour ta précieuse sécurité, je fais surveiller tous les mortels, humbles ou fortunés, à qui tu accordes le privilège de ton incomparable présence. Or, il me parvient à l’instant d’inquiétantes informations sur Ayaz, ton esclave. Chaque jour, après avoir quitté la Cour, il va s’enfermer seul dans une chambre basse au fond d’un couloir obscur. Nul ne sait ce qu’il y trame. Quand il en sort, il prend soin de verrouiller la porte. A mon avis, il cache là quelque secret inavouable. Je n’ose penser, quoique ce soit possible, qu’il y rencontre de ces disgraciés, qui n’ont de désir que de te nuire. « Ayaz est mon ami lui répondit Mahmoud. Tes soupçons sont absurdes. Ils ne salissent que toi. Va-t’en ! » Il se renfrogna. Le vizir se retira discrètement satisfait : quoi qu’en dise le roi, son âme était troublée. Mahmoud, demeuré seul, resta, un moment pensif, puis fit appeler Ayaz et lui demanda, avant même de l’avoir embrassé : « Frère, ne me caches-tu rien ? – Rien, Seigneur, répondit Ayaz en riant. – Et si je te demandais ce que tu fais dans la chambre où tu vas tous les soirs, me le dirais-tu ? » Ayaz baissa la tête et murmura : « Non, Seigneur ». Le coeur de Mahmoud s’obscurcit. Il dit : « Ayaz es-tu fidèle ? – Je le suis, Seigneur ». Le roi soupira. « Laisse-moi, dit-il. » Il ne put trouver la paix.

Le soir venu, quand Ayaz sortit de sa chambre secrète, il se trouva devant Mahmoud, son vizir et sa suite dans le couloir obscur. « Ouvre cette porte, lui dit le conquérant. » L’esclave serra la clef dans son poing et, remuant la tête, refusa d’obéir. Alors Mahmoud le prit aux épaules et le gronda : « Si tu ne me laisses pas entrer dans cette chambre, la confiance que j’ai en toi sera morte. Veux-tu cela ? Veux-tu que notre amitié soit à jamais défaite ? Ayaz baissa le front. La clef qu’il tenait glissa de sa main et tomba sur le dallage. Le vizir la ramassa, ouvrit la porte. Mahmoud s’avança dans la pièce obscure. Elle était vide et aussi humble qu’une cellule de serviteur. Au mur pendait un manteau rapiécé, un bâton et un bol de mendiant. Rien d’autre. Comme le roi restait muet devant ces guenilles, Ayaz lui dit : « Dans cette chambre, je viens tous les jours pour ne pas oublier qui je suis : un errant en ce monde. Seigneur, tu me combles de faveurs, mais sache que mes seuls biens véritables sont ce manteau troué, ce bâton et ce bol de mendiant. Tu n’as pas le droit d’être ici. Ici commence le royaume des pèlerins perpétuels. Mon royaume. Ne pouvais-tu le respecter ? – Pardonne-moi, dit le conquérant ». Devant l’esclave, il s’inclina et baisa le pan de son manteau. (Conte arabe, Henri Gougaud, L’arbre aux trésors, Ed. du Seuil)
C
J’ai le privilège de recevoir, de temps en temps, par ma fille Catherine MounierSales, amie proche de Christine Duval, votre nièce, vos écrits et le dernier reçu « Le coronavirus, un jeu qui nous échappe » m’a particulièrement intéressé dans la recherche de Sens de ce que notre temps vit actuellement… … « alternance de mort et de renaissance »… …passage de la toute-puissance de l’argent à la force de la Parole… seule créatrice parce qu’elle porte le sens de l’histoire humaine… » …parole créatrice et rassembleuse » écrivez-vous plus loin ! Mais il me semble que ce que vous analysez, comprend toujours « l’envers », « le paradoxe » ! Votre analyse, à partir du mythe du serpent d’airain est passionnante, même pour moi, qui ai souvent privilégié, par insuffisance de culture les Evangiles à la Bible, mais aussi par souci « paysan » d’aller à l’essentiel…ou quelque marque profonde liée à mon prénom « Christian ». Ce qui me touche dans votre écrit, c’est cette sensation d’une main invisible qui conduit l’humanité vers un autre chemin et pourtant, dans le maquis inextricable du « tout infos », on a l’impression que cette Parole, assourdissante, déstabilisante, avilissante même des médias est et devient plus source d’enfermement que de libération, dans le sens où vous la concevez vous-même. Alors, pour l’humanité et notre Pays, la France, comment revenir à l’essentiel des valeurs, quand plus rien n’est retenu, ni cru, ni compris ? Sommes-nous devenus les champions de la contestation à 360° ?... dans une sorte de nihilisme qui absorbe pelle mêle toute parole, tout discours, toute action essentielle ? Quelle est la part de notre négation de toute valeur spirituelle dans cette dévalorisation du sens de nos actes ? Et poyurtant…il y a tellement de richesses, de don, d’engagements, d’humanité partagée dans nos quotidiens, de vécu au plus près de ceux qui nous entourent ! J’ajouterais, peut-être, une chose à mes questionnements : est-ce parce que notre pays s’enorgueillit, avec raison très souvent, de sa laïcité que la parole n’est plus portée… ou plus audible … ? de la part de l’Eglise dans ces temps essentiels (Eglise au sens officiel du terme… ?) Il serait tellement important que des voix s’élèvent, comme celle de votre message, pour inciter, inviter à une recherche de Sens et pour permettre de distancier de temps en temps chacun, de la faconde verbale des infos qui empêche le plus grand nombre de réfléchir à notre route de renaissance à tracer !
Christian Sales… «chercheur de Dieu » à travers doutes et questionnements...
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E
Bonjour,

Vous me faites beaucoup d’honneur et je ne sais pas si je mérite les éloges que vous adressez à mon texte. C’est vrai que lorsqu’on écrit on n’est pas insensible aux résonances que son écriture peut avoir chez les autres.
Personnellement j’essaie d’écrire pour tout le monde, croyants et incroyants. Il me semble, mais peut-être ai-je tort, que l’idée de Dieu est d’abord une conquête de la pensée avant d‘être un objet de foi. C’est pourquoi la laïcité, telle qu’elle est comprise, me gêne, parce qu’elle évacue par principe des choses qui sont de l’ordre de la raison avant d’être des articles de foi, si bien que la pensée est amputée de tout ce qui échappe à une connaissance positive. Pour Socrate, l’important c’est la prise de conscience qu’il y a tout un domaine sur lequel ma connaissance n’a pas de prise directe et pourtant c’est cela qui fonde ma connaissance elle-même.
C’est vrai, comme vous le dites vous-même que le paradoxe est partout et qu’il faut le sauvegarder. Et ce qui me plait, c’est que vous êtes un chercheur de vérité ou un chercheur de Dieu. Or la recherche de la vérité n’exclut pas la critique, mais elle ne se contente pas de la pure contestation. Et le Dieu du Nouveau Testament met en valeur la Parole, non seulement celle de Dieu mais aussi celle de l’homme, qui lui permet de participer à la création.
Très bonne soirée !
Y
J’ai lu aussi le texte sur le serpent d’airain. Effectivement le parallèle est assez évident. Mais la renaissance après le confinement, ce n‘est pas encore gagné !
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E
Oui, rien n’est joué d’avance.
A bientôt !
A
En effet, la soumission des politiques aux puissances d’argent semble assez répandue en Occident, ce qui est très inquiétant...
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E
Malheureusement, cela n’est pas nouveau.
D
En vain, j'ai essayé de mettre un commentaire fallacieux sur ton blog.
Le covid 19 ressemble étrangement à un jeu de rôle pour les experts et pour les politiques..
A qui se fera le mieux voir à la télé.
Denis
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E
Sans doute as-tu raison, mais j’ai essayé d’attirer l’attention sur un phénomène dont personne ne parle et qui concerne l’avenir du monde.
Bonne journée !
A
Bonjour Etienne.
Sur le coronavirus je suis plus sévère vis-à-vis de nos politiques, des « experts » et de l’Administration de la Santé.
Il y a au départ une incurie générale concernant les masques, gel hydroalcoolique, lits de réanimation, imputable en partie au passé.
Concernant les traitements l’interdiction faite aux médecins de prescrire des antibiotiques et l’hydroxychloroquine traduit une complicité générale, voire une soumission aux lobbies pharmaceutiques et autres.
Ceci est une faute politique dont la conséquence est un nombre de morts élevé faute de soins appropriés.
L’ordres des Médecins est évidemment complice en menaçant les contrevenants de radiation. Bref, tous coupables…
André
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E
Je suis d’accord avec toi mais j’ai voulu souligner qu’il y avait quelque chose de beaucoup plus important que le coronavirus, qui était en train de se jouer sous nos yeux sans que personne n’y prête attention. Or ce qui est en train de se jouer, à l’insu de tout le monde, c’est l’avenir du monde lui-même.
C
Merci , cher Etienne , quel travail , on en reparllera , peut ètre chez moi , fin Mai.

Chaleureusement à vous toutes et tous !

Claire HD

PS ; faire suivre ma proposition Merci .
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E
Merci Claire de ta réaction amicale, qui m’encourage. Merci aussi pour ta proposition concernant le groupe de la parole. Nous pourrions retenir la fin juin plutôt que la fin mai.
A bientôt !
M
Belle métaphore et interprétation intéressante qui pourrait donner un certain optimisme.
Je ne sais que dire de plus.
Le parallèle avec les serpents est très judicieux, en effet les coronavirus (ce numéro 19 n’est pas le premier) peut être combattu. On sait déjà beaucoup de choses sur ce qui produit les coronavirus, mais on n’a pour l’instant remédié à rien.
Et je serais étonnée que cela change tout prochainement.
Amicalement,
Monique
Répondre
E
Merci de ta réaction qui me réconforte. Je ne sais pas si l’avenir va changer. Mais la parole peut être plus efficace si elle est optimiste ca r elle est susceptible d’entraîner un plus grand nombre de personnes dans une bonne direction.

Très bonne soirée !
P
Ce "jeu" de miroir entre "Parole divine", au delà de l'Humain, et action des Humains, est remarquablement éclairé par la grande sagesse d'Etienne DUVAL.La Chine est au coeur de l'économie mondiale et c'est d'elle qu'est partie cette pandémie, qui sans pour autant suivre les "routes de la Soie" a disséminé sur toute la Planète. La pléthore et la mal-bouffe qui régnent aux Etats-Unis, ont transformé leur population en obèses, diabétiques, hypertendus (stressés) qui constituent les principaux facteurs de risque, en dehors de celui du grand âge et de la diminution des capacités vitales. C'est ainsi que les USA à l'origine de la "Mondailisation sans limite" sont le pays connaissant la plus forte mortalité!
Si l'Humanité ne veut pas disparaitre et sa population mourir à bien plus grande échelle, elle devra renoncer à ses modéles de pensée de domination et d'exploitation du plus grande nombre, ou de spoliation/destruction de la Nature et de sa biodiversité. La "toute-puissance" américaine n'est plus, ne la laissons pas être remplacée par une autre toute-puissance économique ou par des totalitarismes aux visions nombrilistes et court-terme ...
Répondre
E
Je souscris à tout ce que vous dites et cela ne m’étonne pas de trouver une pareille résonance chez vous.

A bientôt !
H
Merci !
Répondre
E
Merci de ton merci !

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