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1 août 2017 2 01 /08 /août /2017 13:57

Israël: ces migrants africains dont personne ne veut
Par Nissim Behar, Correspondant à Tel-Aviv — 27 août 2015 à 11:46

 

L’aventure de Joseph, l’Africain

 

Nous sommes le samedi 30 juillet 2017. Il est 8 heures du soir.  Je reviens d’une réunion de famille au col des Aravis. Chaque année, un frère nous invite, le dernier samedi de juillet, dans un chalet restaurant pour manger la tartiflette. A midi, nous étions donc une trentaine, répartie sur trois générations. En ce moment, je suis en gare de Bellegarde pour rentrer sur Lyon. Je monte dans le train qui vient de Genève. Les compartiments sont presque vides. Dans celui que je choisis, il y a un Africain, qui passe coups de téléphone sur coups de téléphone.


Je m’appelle Joseph, j’ai 43 ans

Mon homme est bloqué dans un coin du compartiment. Il a l’air plutôt sympathique. Comme je le sens affairé par son téléphone je le laisse correspondre aux quatre coins du monde. De temps en temps, j’entends des langues étrangères que je ne comprends pas. Elles sont pourtant parsemées de nombreux mots français. En fait, cet homme m’intrigue. Je lui adresse subitement la parole : « De quel pays venez-vous ? -  Je viens du Congo Kinshasa. Je m’appelle Joseph  et j’ai 43 ans. Malgré mon âge encore jeune, j’ai déjà vécu plusieurs vies.


J’ai commencé par la clandestinité et la résistance

Dans ma jeunesse, je n’ai connu que le maréchal Mobutu. Il avait fait son temps et il fallait passer à autre chose. Au début il a eu d’heureuses initiatives et c’était un homme de défi, qui a su déjouer les plans de ses adversaires. Si nous sommes aussi avancés au plan de la culture et de la formation, c’est sans doute grâce à lui. Mais, dans les années 90, il était essoufflé et mettait le pays sous la tutelle des Etats-Unis. J’ai donc pris le maquis pour me mettre au service de Laurent-Désiré Kabila. Après de multiples péripéties et des négociations initiées par Nelson Mandela, il a fini par avouer son impuissance et a quitté le pouvoir au profit de son nouvel adversaire.


L’engagement dans la légion étrangère et l’apprentissage de la fraternité

Après quelques années d’errance et d’indécision, j’ai fini par m’engager dans la légion étrangère pour une durée de 5 ans. Je suis passé par Mayotte et me suis retrouvé au Mali. Ici, la guerre était plus difficile qu’on ne le dit dans les journaux. Un jour nous sommes partis à 15 et sommes revenus à 7. Déjà habitué aux combats, je ne faisais pas de cadeau à l’ennemi au point de subir la critique de mes compagnons. En fait je ne garde que de bons souvenirs de mon passage dans la légion. C’est ici que j’ai appris la fraternité. Nos officiers étaient de qualité. Nous admirions le Chef d’Etat-Major de Villiers. C’était un grand. Il a fallu qu’il soit destitué par un petit ! Il y a des choses qui ne se font pas. Hollande, lui aussi,  était un grand.

 

Spécialisé dans le désamiantage

La guerre ne peut durer qu’un temps. Au bout de 5 ans, j’ai donc quitté la légion. Il fallait que je trouve du travail dans la vie civile. Arrivé en France, je n’ai pas voulu afficher mon passé militaire. Pour les entreprises, ce n’était pas la bonne carte. Alors, j’ai pris un travail dont  les Français ne veulent pas. Il est très bien payé. Je veux parler du désamiantage. Ici, il n’y a pas de chômage : il faudra cent ans pour effectuer le travail nécessaire. Je suis tranquille pour l’avenir. Regardez le sol de ce wagon qui a une trentaine d’années. Dessous,  il y a plein d’amiante… Quelques jours de formation ont suffi pour me donner les rudiments d’une formation nécessaire ».

 

Le téléphone portable et les réseaux

A ce moment, je l’interromps dans son discours. Je suis intrigué par son portable. Même pendant qu’il me parle, il continue à le faire fonctionner. « Dites-moi, pourquoi téléphonez-vous, tout le temps ? – Il y a une chose que vous ne comprenez pas. Nous sommes loin de notre famille, de notre pays, de beaucoup de gens que nous connaissons. Nous sommes obligés de fonctionner par réseau, ce qui nous permet d’être en relation avec le bout du monde. Vous pensez que cela coûte très cher. Détrompez-vous : je paie 15 euros d’abonnement par mois et cela suffit.


J’envisage le regroupement familial

Jusqu’ici, je ne vous ai pas parlé de ma famille. J’ai une femme, d’origine ruandaise, et deux enfants, qui habitent au Burundi. Chaque mois, je leur envoie de l’argent pour vivre. Mais vous comprenez que ce genre de vie familiale est très difficile à assumer. Mon ambition, pour le bien des uns et des autres, est d’envisager un regroupement familial. Il y a, pour cela, des conditions auxquelles, avec le temps, je vais essayer de répondre ». Lorsque Joseph me parle de sa femme ruandaise et de son implantation au Burundi, je comprends qu’il y a toute une partie de sa vie qu’il n’a pas voulu m’évoquer, un blanc que je ne veux pas essayer de combler. Chacun a ses secrets qui lui appartiennent.


La fabrication d’un nouveau type d’homme

Dans l’Afrique actuelle, l’itinéraire de Joseph n’est pas unique. J’ai l’impression que nous assistons à la fabrication d’un nouveau type d’homme peut-être plus universel et plus libre, plus habitué au manque en tout cas, mais c’est au prix d’un long parcours initiatique. Mon hôte est un homme sans miroir pour se regarder, il est immédiatement dans la relation avec l’autre. Nous sommes tous un peu narcissiques et cela nous empêche de vivre. Mais une question me poursuit maintenant : quel est le terme d’un tel parcours ? J’ai peine à imaginer que ce soit la France. J’ai pu constater que Joseph venait chercher dans notre pays  ce qu’il ne trouvait pas en Belgique, peut-être un peu l’esprit de la révolution française, comme s’il s’apprêtait à vivre une forme de révolution mondiale. La solution à ma question m’est donnée, je crois, par la suite de nos échanges.

 

L’Afrique est le berceau de l’humanité : elle est le point de départ d’une révolution mondiale

Celui qui est devenu peu à peu mon ami me glisse malicieusement : « Vous savez, l’Afrique est le berceau de l’humanité ». Je comprends : la révolution mondiale est en marche mais elle doit revenir au point de départ et commencer par l’Afrique. Sans doute, peut-être. Comme le Joseph de la Bible, le Joseph africain serait un précurseur.

Etienne Duval

 

 

 

 

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commentaires

B
Etienne

Merci pour ce texte auquel je réponds avec beaucoup de retard ; bien que nous soyons en vacances toute l’année, nous sommes encore plus débordés pendant l’été….
C’est effectivement un type d’homme nouveau qui peut émerger, en Afrique en particulier. Ce type d’homme qui a été beaucoup bousculé par l’histoire et a dû affronter des situations très difficiles et des souffrances que nous avons peine à imaginer, dans notre confort d’Européen, va être très fort et contribuera, sans doute, à façonner le monde de demain, qui par sa rapidité d’évolution et son ouverture, sera un monde plus difficile à vivre pour certains qui ont été habitués à vivre dans un monde plus stable.
Je crois que ce type d’homme mérite le respect, avec toutefois un bémol : certains Africains se mettent à imaginer que, l’humanité ayant peut-être commencé sa course en Afrique, celle-ci est source de toutes les civilisations. Cette approche est certainement inexacte, même s’il faut reconnaitre à l’Afrique des mérites et une influence qu’on lui a longtemps refusés.
Amitiés et à bientôt.

Bernard Beaudonnet
Répondre
E
Bien d'accord sur le bémol. Le risque vient moins des Africains eux-mêmes que de nous-mêmes, pas toujours bons observateurs de l'Afrique.

Très bonne journée !
G
L'article sur Joseph l'Africain est maintenant référencé par Google.
Répondre
C
Merci Etienne,
tu fais des rencontres intéressantes !!
Je suis tout ce weekend par là, ça te dit prendre un thé le samedi ?
Répondre
E
C'est vrai qu'il y a parfois d'intéressantes rencontres surtout si on est dans l'écoute. Mon ami Joseph m'a fait beaucoup réfléchir.

A bientôt !
C
Quel beau texte intéressant et vibrant, cher Etienne : il n’y a que toi, pour voir d’instinct ce qu’ »il y a d’intéressant chez
Un « Black « que tu rencontres dans un train.
C’est est un baroudeur-lui-même, qui a l’art de savoir y faire avec les autres, hommes ou femmes et se sert de ce don pour
trouver ses combines, lui qui n’a personne sur terre, à part sa famille pauvre et disséminée dans tous les arpents africains
dont lui, n’a plus rien à faire. Bravo à lui, c’est un grand malin et c’est sa seule porte de sortie sur terre …

Il aurait sans doute bien essayé avec toi, mais malgré ton grand cœur, tu ne pouvais rien lui offrir que ton » écoute « …. ???.
Mais de là, à le voir porteur de la révolution africaine à venir et « narcissique «, comme tu le penses. Là, il me semble que tu t’aventures, toi aussi, dans ton goût humaniste de l’Autre.
Il n’empêche quel beau conte, à discuter au prochain groupe.
Bises à toi.
Claire H.D
Répondre
E
Merci Claire pour tes propos toujours bienveillants. Je ne pense pas que Joseph soit porteur de la révolution africaine mais il nous engage sur une nouvelle réflexion plus intéressante encore : prendre conscience que la révolution mondiale passe par l’Afrique parce que là seulement elle peut articuler les nouvelles transformations du monde aux archétypes de l’homme.
G
Assez d'accord comme ça.
La question est bien de préserver, conforter et cultiver une "articulation" entre "les archétypes culturels" et tout ce qu'ils portent, - et les développements réels, technologiques, économiques, qui suivent des logiques fortes, quasiment irréversibles, où la préoccupation culturelle a peu de poids quand elle n'est pas niée ou rejetée (dans les poubelles de l'histoire). Cetta articulation, "Il faut qu' " elle se fasse. Tout le problème ici est dans le "il faut que". Et ce problème est en effet mondial. Or qui s'y colle ?
Jacques Ellul, dont j'ai lu avec intérêt (et un peu de circonspection) "Le bluff technologique", estime , dans "La pensée marxiste" que Marx s'il était encore des nôtres réfléchirait d'urgence sur la question technologique ; celle-ci, si j'ai bien compris, n'étant pas selon lui, en soi, une solution ni même la base d'une solution (ce que, me semble-t-il, on croirait volontiers).
J'arrête.
Merci pour ces dernières stimulations sur cette énorme question.
Gérard.
Répondre
E
Je te suis en effet sur la pensée marxiste. La question technologique est une condition nécessaire et il faut y penser, mais elle n’est pas la solution. Alors quelle est la solution ? Nous sommes renvoyés à une vision du monde que nous n’avons pas encore totalement. Il y a déjà un peu quelque chose dans l’idée d’une articulation avec les grands archétypes de l’homme et de l’humanité. Mais il faut aller plus loin. Il y a, en plus, la grosse question du sujet. Nous avons tendance à le réduire à l’individu. Mais le sujet est, en même temps, un être social. Et puis il me semble qu’il ne faut pas oublier sa dimension transcendante liée pour une part à l’altérité… Il y a du pain sur la planche.
M
Bonjour,

Tu es bien rentré samedi dernier? J'ai lu ton dernier article il est intéressant, nous avions, dans la cadre d'une conférence sur les migrants que nous avions organisée à Annecy, eu un cas très semblable.
Il n'y a pas à réagir à ton texte.
Répondre
E
Oui je suis bien rentré samedi. J'ai trouvé notre rencontre très sympathique. Sur le texte je vois qu'il ne te fait pas difficulté. Personnellement l'avenir de l'Afrique m'intéresse beaucoup parce que, d'une certaine façon il devrait porter l'avenir du monde. Enfin chacun peut y réfléchir...
Pour ton texte, je l'emmène avec moi car je pars pour trois jours.

Bien affectueusement à tous les deux.
G
Cher Etienne, je te rassure tout de suite : tu ne m'as nullement vexé et je comprends très bien ta vivacité devant mes propres propos, qui sont des généralités un peu faciles et peu confiantes dans l'avenir.

Sur le fond : je vois bien les évolutions que tu rappelles précisément. Mais je m'interroge sur leur sens et leurs effets à long terme. Et je me demande comment les pays, les populations africaines (et quelques autres), en adoptant dans les contextes actuels "nos" modes de vie, l'économie prédatrice, pourraient conserver et développer leurs "archétypes culturels" et, somme toute, "régénérer" l'humanité (comme l'espérait Malaurie - et comme j'aimerais l'espérer).
Que sont devenus "nos" propres archétypes dans ces presque mêmes évolutions. Tout est peut-être dans le "presque"....

Mais je ne m'interdis pas le rêve et ne veux l'interdire à personne.

Bien amicalement.
Gérard
Répondre
E
Il me semble que tout le problème, dans ce que j’appelle la révolution mondiale, c’est précisément d’articuler les archétypes et les évolutions telles qu’elles se développent aujourd’hui. L’idée c’est que, dans un pays comme l’Afrique, l’articulation peut se faire parce que les archétypes sont encore très présents en dépit de ce qui s’est passé depuis plusieurs années. En fait, pour que l’articulation se fasse, il faut que, sur ce continent, les dernières évolutions économiques, techniques et culturelles se fassent sur la base notamment de la révolution numérique et la révolution verte… C’est un pari pour toute la planète… A voir…
C’est bien parce que nos archétypes ont plus ou moins disparu qu’il faut maintenant repasser par le berceau de l’humanité…
M
Je pense intuitivement comme toi, que l’Afrique qui est notre pierre d’achoppement et le point d’attractivité mondial en raison de ses richesses, sera le renouveau du monde (ou nous fera tous basculer).

Je lis presque tous les jours un article d’El Watan, ce quotidien algérien remarquablement libre. Et voici ce qu’il dit aujourd’hui sur l’immigration sub-saharienne.
Répondre
E
Le ministère des Affaires étrangères (MAE), l’instance officielle désignée par le gouvernement pour parler de ce dossier, annonce une nouvelle vague de rapatriements pour les ressortissants nigériens en situation irrégulière à partir d’hier, 1er août.
El Watan.com Newsletter du 03/08/2017

... - Mais en quoi, aujourd’hui, le traitement des migrants subsahariens nuit aux intérêts de l’Algérie comme vous le dites ?
Oui, revenons aux migrants subsahariens aujourd’hui. L’Algérie est en train de se tirer une balle dans le pied en les traitant de la sorte. Pour en prendre la mesure, regardons ce qui se fait au Maroc, qui n’est pourtant pas exemplaire en matière de respect des droits de l’homme, comme l’illustrent les événements du Rif. Mais il y existe une vision stratégique des intérêts de l’Etat.
Pendant que l’Algérie expulsait ses immigrés subsahariens en décembre, le Maroc, lui, a engagé sa deuxième phase de régularisation de ses immigrants. Cette mesure d’ordre humanitaire s’inscrit surtout et sert une stratégie géopolitique d’ouverture sur le Sahel, véritable profondeur géostratégique du Maghreb. Le roi du Maroc totalise 52 visites en Afrique, dont 26 au Sahel où Bouteflika n’a jamais daigné se rendre.
Les dividendes sont là : malgré tous les obstacles dressés notamment par l’Algérie, le Maroc vient de réintégrer avec force l’UA. Plus que cela, il fait démentir la géographie en se faisant admettre comme membre de la CDEAO (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest). Et ce n’est pas seulement pour le positionnement politique : à la clé, le Maroc y réalise 65% de ses investissements extérieurs et des échanges largement bénéficiaires, au contraire des autres régions du monde avec lesquelles ses échanges sont déficitaires.
Traiter dignement les ressortissants originaires de ces pays participe à «huiler» la relation. Pour densifier celle-ci sur le plan humain, le Maroc a multiplié les bourses aux étudiants originaires du Sahel alors que la confrérie Tidjania, née pourtant en Algérie et très influente en Afrique de l’Ouest, est devenue un instrument de diplomatie informelle marocaine très efficace, notamment à travers l’organisation de pèlerinages et de rencontres maroco-sahéliennes. L’Algérie, elle, a contrario, perd pied dans cette région.
Que le président Macron se permette de la tancer publiquement sur son «rôle trouble au Sahel» est le double signe de son effacement dans la région, celui du repli d’une activité diplomatique sur des actions sécuritaires pas toujours avouables, un effacement que confirme par ailleurs cette possibilité de lui administrer publiquement la leçon sans crainte d’effets-retours préjudiciables dans la région.
Le G5 Sahel et l’activité diplomatique dans cette région annoncent une reconfiguration de la géopolitique du Sahel qui se fait dans une marginalisation de l’Algérie. Voilà pourquoi, même si on met de côté toute considération humanitaire et qu’on reste sur le strict terrain de la «realpolitik», celui de la défense des intérêts de l’Etat algérien, ce que fait l’Algérie aujourd’hui dans le traitement des migrants subsahariens est absolument suicidaire. Le raidissement interne a toujours comme traduction obligée l’isolement externe.
- Puisqu’on parle d’Afrique et que vous avez évoqué le président Macron, ce dernier a lui-même dressé un tableau inquiétant de l’Afrique. Ce tableau ne légitime-t-il pas les inquiétudes et le désir de se protéger contre les flux qui en arrivent ?
L’Afrique est loin de l’image caricaturale du continent de tous les dangers. Ce n’est pas pour rien que la Chine, puissance montante, en a fait sa terre d’élection alors que les plus grandes fortunes françaises, comme Bolloré, y basent le noyau dur de leurs activités capitalistiques. Elle connaît des recompositions et des convulsions, mais elle est sur une phase ascendante. Prenons même ce qui semblerait le plus problématique, par exemple la démographie dont le président Macron a agité le chiffon rouge avec le chiffre de 7 à 8 enfants par femme. C’est une phase banale et universelle dans toute évolution.
Nos pays du Maghreb en étaient là il y a un peu plus de 30 ans et même que l’Algérie, à la fin des années 70’, avait atteint le record de 8,2 enfants par femme ! Des démographes américains en étaient arrivés à conclure qu’il y avait une démographie prolifique spécifique liée à la culture musulmane. C’est d’ailleurs à partir des travaux de terrain de ces démographes qu’Huntington conceptualisera sa théorie du «choc des civilisations».
Mais que s’est-il passé dans la réalité ? 25 ans plus tard, au début des années 2000, les pays du Maghreb avaient atteint le seuil de reproduction des générations, soit 2,1 enfants par femme et la Tunisie est même passée en dessous comme dans la plupart des grandes villes maghrébines, rejoignant ainsi une tendance universelle, même si on signale ces cinq dernières années une légère reprise, les processus n’étant jamais linéaires.
Le pays de M. Macron, la France, comme toute l’Europe, avait connu le même processus avec 6 enfants par femme au début de sa transition démographique et, vu les conditions sanitaires d’alors (les antibiotiques n’existaient pas encore) et le rétrécissement en conséquence de la période de fécondité, cela dépasserait largement les 8 enfants dans les conditions actuelles. Et là où les pays du Maghreb n’ont mis que 25 ans, la France mettra près deux siècles avant de terminer sa transition démographique et atteindre le seuil de reproduction des générations dans les années 30’, c’est-à-dire hier.
Et d’ailleurs, ce processus générera le plus formidable mouvement migratoire de l’histoire jamais égalé encore. Entre le début du XIXe et celui du XXe siècles, 60 millions d’Européens émigreront vers la seule Amérique et de 1900 à 1913, il y en aura un million par an, sans compter les migrations vers les colonies d’Afrique et d’Asie (un million d’Européens vivaient au Maghreb à la veille des indépendances) et les migrations intra-européennes, comme les Italiens en France.
Cette forte émigration et cette forte natalité se déroulaient en même temps que l’Europe connaissait un formidable mouvement de modernisation avec des révolutions industrielles qui se succèdent et bouleversent ses pays. C’est avec cette perspective qu’il faut regarder ce qui se passe actuellement en Afrique. Ce continent est en train de vivre ce qu’a vécu l’Europe avec sa modernisation.
Il ne faut pas se mentir et se rassurer. Temporairement et sur plusieurs années, le développement de l’Afrique, paradoxalement, boostera encore plus les mouvements migratoires, en même temps que ce continent sera le lieu de formidables opportunités et perspectives de développement. L’Europe, et d’abord le Maghreb, au lieu de se raidir, doivent composer avec ce formidable mouvement pour le fructifier, en collaboration avec les Africains.
- Mais n’est-il pas légitime de se poser la question de la disponibilité des ressorts et des ressources pour intégrer ces immigrants ?
En Algérie comme ailleurs, on ne retient de l’immigration que des fragments de réalités qui peuvent choquer. Nos compatriotes savent-ils que plus du tiers des migrants subsahariens ont des diplômes universitaires, c’est-à-dire un niveau nettement plus élevé que la moyenne de la population algérienne ? Derrière les images de la mendicité, il y a une part importante de travailleurs qui gagnent leur vie avec des salaires qui peuvent avoisiner 2000 DA/jour ou plus. Cela peut sembler incongru que dans un pays qui connaît le chômage que des migrants puissent arriver à y vivre dignement et travailler. Pourtant, c’est le cas.
La société algérienne se complexifie et sans être des «fainéants», beaucoup de jeunes n’ont plus rien à voir avec le monde agricole ou refusent la dureté et la précarité du travail du bâtiment. Pourquoi retrouve-t-on à Alger les migrants sur les hauteurs de la ville ? Parce que ce sont eux qui construisent dans ces quartiers prisés les villas de la nomenklatura dont ils occupent provisoirement les carcasses. Au Sahara, ils sont l’essentiel de la main-d’œuvre agricole, dans le bâtiment et les services et aucune ville saharienne ne peut se passer de leur travail.
Beaucoup y sont même des entrepreneurs. Ce n’est pas pour rien que Mme Benhabylès, laissant parler son inconscient, disait que les travailleurs expulsés d’Alger seraient mieux dans les villes du Sahara. C’est depuis les années 60’ que l’Algérie est un pays d’immigration pour les Sahéliens, avant l’apparition des routes clandestines vers l’Europe et avant la démultiplication des crises en Afrique.
Ils ont commencé à s’installer dans les villes sahariennes avec l’assentiment des pouvoirs publics, trop contents de trouver une main-d’œuvre disponible dans ces territoires peu peuplés mais devenus stratégiques pour leurs richesses minières, pétrolière et leur position géostratégique. L’Algérie n’est pas devenue une terre d’immigration. Elle l’est depuis plus d’un demi-siècle. Mais elle refuse de l’assumer.
- Mais pourquoi après s’en être accommodées les autorités ont recours aujourd’hui à la répression comme vous l’affirmez ?
L’actuel traitement des migrants et le tournant particulièrement répressif qu’il a pris est à mettre, à mon sens, en miroir avec les tensions sociales et politiques qui traversent actuellement l’Algérie, leur caractère potentiellement explosif et la crainte d’une irruption de la rue. Ce tournant explicitement brutal a commencé il y a 6 mois, en décembre 2016, avec l’expulsion brutale de milliers de migrants subsahariens des grandes villes algériennes vers le Sud.
Cette expulsion faisait suite à une altercation entre migrants subsahariens et citoyens algériens qui avaient organisé une expédition punitive contre eux. L’expulsion a été une réponse rapide et précipitée, extrêmement disproportionnée, décidée manu militari et exécutée au pas de charge.
Le but était d’éviter tout risque de mouvement de rue incontrôlé. Donc, ce traitement a d’abord à voir avec le contexte politique intérieur, son raidissement autoritaire, l’incertitude sur la transition, la phobie de la déstabilisation, et donc la peur de toute étincelle qui pourrait embraser la rue, surtout qu’il n’y a plus les moyens d’acheter la paix sociale.
- Il y aurait aussi donc un lien, selon vous, avec l’actuelle crise économique ?
Oui, et le discours xénophobe officiel vise par ailleurs à détourner l’exaspération de couches populaires fragilisées par la crise économique. Ce n’est pas nouveau. En 1986, dans un contexte semblable de récession économique avec le contre-choc pétrolier, l’Algérie avait procédé à des expulsions encore plus massives et plus brutales dans le silence que permettait alors le verrouillage de la presse.
Cette vague de refoulement massif coïncidera à la fois avec l’administration des thérapies de choc libérales, mais aussi un raidissement répressif. 1986, c’est en effet aussi par exemple l’année des événements de Constantine, de l’arrestation de militants syndicalistes et de la déportation de militants au Sahara. Comme quoi, le traitement de la question migratoire est toujours un reflet en lien avec la politique interne. Voilà pourquoi la question est au-delà du sort des migrants subsahariens et des considérations de solidarité.
C’est celle du danger d’une course dans le raidissement autoritaire pour contenir une crise économique, une crise d’autant plus insupportable qu’elle succède à une exceptionnelle embellie pétrolière gâchée par l’incompétence et la prédation. Dans ce raidissement, les migrants subsahariens sont assignés au rôle du bouc émissaire de nos échecs. Et le discours officiel raciste tenu à leur égard est d’abord un poison pour notre propre cohésion nationale et sociale.
C’est une double faute, morale et politique. Les propos racistes tenus par les responsables algériens sont indécents. Ils auraient conduit n’importe quel responsable en Europe devant les tribunaux. Mais c’est surtout une faute politique, car l’instrumentalisation du rejet de l’autre a toujours des effets boomerang.
Des décennies d’enfermement entre soi, de monolithisme, de défiance vis-à-vis de toute altérité ont déjà plongé le pays dans la terrible tragédie de la décennie noire. L’instrumentalisation de la peur de l’autre, de l’étranger, a légitimé une crispation identitaire qui s’est retournée contre la société, elle est devenue une chasse à la différence à l’intérieur même de la communauté nationale, a tapissé la route au radicalisme religieux.
Faut-il encore recommencer ? Les politiques ont un devoir de décence, mais surtout de responsabilité. On ne peut échapper au monde, aux autres. On a évacué toute dimension cosmopolite du pays, eh bien, avec les Subsahariens, elle nous revient par la fenêtre. Ce sont d’autres «autres» avec lesquels on ne peut plus éviter de se regarder en se cachant derrière la posture victimaire.
Il faut nous interroger sur notre intolérance, sur la réalité du racisme dans notre société et cesser de seulement dénoncer celui des autres à notre égard. Ce rejet, ce racisme, ne sont pas seulement conjoncturels, ils puisent aussi dans notre histoire qu’il faut interroger. Le monde arabo-musulman a organisé pendant plus d’un millénaire une traite d’esclaves y compris parmi les populations sahéliennes qu’il a pourtant islamisées. Le migrant subsaharien n’est pas seulement un «autre», mais c’est un «autre» qui a déjà une place assignée dans la mémoire.
C’est cette mémoire qui rejoue dans les clichés véhiculés aujourd’hui sur les Subsahariens. Où est le débat chez nous sur cette part de notre histoire ? L’immigration est toujours une chance, il n’y en aurait qu’une, ce serait celle de mettre à jour les ambiguïtés des relations à l’intérieur même de notre propre société.
A
Merci de ton message. Je trouve ta démarche magnifique et touchante. Courage a lui pour le travail qu’il assure et attention à sa santé. S'il veut changer il faut l'envoyer à Solidarité face au chômage, le jeudi matin, à partir de 9H30 dans les locaux de la Condition des soies, au début septembre. Très bon été à toi .A M MIEGE.
Répondre
E
Merci Anne-Marie. La discussion avec Joseph m’a fait du bien. Je sais qu’il va s’en tirer si bien que je n’ai même pas pensé de lui demander son adresse. De cette façon, il est un peu comme un ange, qui apporte son message, sans se soucier du reste.
Bon été à toi et bien amicalement.
G
Cher Etienne,
La première observation qui me vient est cette prévision (je n'ose pas dire prophétie) de Jean Malaurie, dans son « Dernier roi de Thulé ». Voyant, chez les Inuits, débarquer la sauvagerie américaine sous forme d'armements et d'engins militaires et tout ce qui s'ensuivait déjà d'inculture ou de déculturation, Malaurie pensait que la culture de ces peuples « premiers », menacée déjà, pourrait au contraire nous sauver de l'inhumanité que « nous »- la « civilisation » occidentale - avons engendrée et imposée ; et qui a été largement adoptée voire désirée, puisque présentée et acceptée comme « supérieure » . Et de cette culture-là pourrait venir une régénération de l'humanité, du moins de sa culture. J'espère fortement que ton ami Joseph a raison avec Malaurie.
Mais sans doute, il faut faire vite. Sans doute aussi, les affrontements , ou les métissages -et les deux mêlés- sont d'une redoutable complexité et d'une violence très grande et fort insidieuse. Sans doute enfin, est-ce lecombat historique du moment ? De ce point de vue, « l'islamisme », ses causes et ce qui s'en suit, n'est que l'élément le plus visible de l'affaire.
J'ajoute une deuxième observation, sans crainte d'être contredit par Joseph. J'ai lu récemment un ouvrage de Pierre Servant, journaliste spécialiste des questions militaires, colonel de réserve : « Les présidents, la guerre et l'armée » (titre à vérifier) . Il montre, à propos de Hollande, combien celui ci était en osmose étroite et constante, sur les questions militaires, avec son ministre Jean-Yves Le Drian, qui avait travaillé sur ces dossiers pendant trente ans, avec le sérieux et l'intelligence que je lui connais. J'entendais il y a peu, un militaire (un officier -supérieur- de marine) dire publiquement que Le Drian avait été « le meilleur ministre des armées qu'on ait jamais eu –temps de réflexion – depuis Messmer ». Ceci , pour ne pas tout donner à César, mais pour rendre à ce brillant et discret second ce qu'il mérite. Sur ces questions, une dernière observation : nous sommes souvent, nous autres citoyens de base, d'une très grande et très dommageable ignorance. (Trop nombreux exemples historiques).
Enfin, il se trouve que notre fille et sa petite famille rentrent tout juste de trois semaines au Kenya, où ils étaient reçus par un ami qui y est depuis trois ans. Nous avons eu, de leurs constatations, un compte rendu assez précis. D'après ce que nous avons compris, depuis notre aimable ancêtre Lucy pas mal d'eau a coulé dans la savane. Le berceau de l'humanité est dans un drôle d'état. La régénération sera laborieuse. On commence comment, et par qui ?
Gérard, 2. VIII. 2017
Répondre
E
Je vois que tu ne me laisses pas l’autorisation de rêver avec Joseph. Pourtant bien souvent le rêve précède la révélation. Mais tu as parfaitement raison de me réveiller pour reprendre contact avec la réalité. En fait, je ne voudrais pas rendre les armes aussi rapidement.
D’abord, ce n’est plus un rêve, mais c’est déjà, pour une petite part, la réalité. Le XXIè siècle positionnera l’Afrique au premier plan. Beaucoup de gens compétents et bien informés le disent depuis pas mal de temps. En réalité, ce n’est pas tout à fait un hasard si un personnage comme Mandela a pu révolutionner l’Afrique du Sud comme il a pu le faire sans véritable violence. Ensuite il se trouve que l’Afrique dans son ensemble possède des richesses minières importantes en particulier pour les nouvelles technologies. Par ailleurs ce continent a donné naissance à une classe moyenne déjà importante même si beaucoup vivent au-dessous du seuil de pauvreté. La croissance actuelle est de l’ordre de 5%. Il y a une jeunesse déjà bien éduquée, qui est prête à assumer le développement numérique, sans perdre de temps par rapport aux autres pays. Plus de 500 millions d’individus possèdent un téléphone portable qui constitue déjà un outil technique de premier plan. Grâce à lui les paysans sont informés en temps et en heure des variations météorologiques et les réseaux se multiplient pour permettre la communication sans tenir compte de la distance. Les petits commerçants, de leur côté, apprennent sans grande difficulté à lui confier leur comptabilité. Sans doute y-a-t-il encore du sous-développement mais, en même temps, culturellement il y a une prise de conscience d’une sorte d’identité commune pour le milliard d’habitants qui peuplent le continent. Et c’est aussi vrai que les multiples migrations contribuent à les faire évoluer rapidement en forgeant un nouveau type d’hommes plus responsables et plus aguerris aux difficultés.
Et je reviens maintenant au berceau de l’humanité et à son importance. Sous les développements multiformes et souvent contrariés par la colonisation, il y a une tradition qui porte les grands archétypes de l’humanité. Pour moi, c’est sur la base de ces archétypes que la révolution mondiale peut se développer.
P
Ville inclusive : comment l'Afrique saute les étapes
Par Patrick Cappelli | 24/11/2016, 16:28 | 708 mots
http://www.latribune.fr/regions/smart-cities/ville-inclusive-comment-l-afrique-saute-les-etapes-619496.html
….
Passer directement du néolithique au numérique
Région la plus jeune du monde (l'âge médian des Africain.e.s est de 20 ans, contre 40 en moyenne en Europe), l'Afrique ne va pas se développer au même rythme que les pays développés. Pour Patrick Klugman, adjoint à la maire de Paris, chargé des relations internationales et francophonie, « il est faux de croire que les grandes métropoles africaines connaîtront un développement long et lent : les jeunes construisent le présent dès maintenant ». L'Association internationale des maires francophones, dont fait partie Paris, met en œuvre des projets concrets dans les villes africaines, comme la rénovation de la distribution de l'eau dans un quartier de Casablanca (Maroc).
"Certes, le budget de 1,2 million d'euros est modeste, mais cette opération a bouleversé la vie de ce quartier", se réjouit Patrick Klugman.
La fondation Africa France est un autre acteur de la modernisation des villes africaines. Présidée par Lionel Zinsou, ancien premier ministre du Bénin, la fondation a été créée en février 2015 pour relancer les relations économiques entre la France et l'Afrique. Elle rassemble aujourd'hui 1.800 entreprises françaises et africaines. "En Afrique, l'État souverain est un peu empesé, la démocratie est plus réussie à l'échelle des collectivités locales", estime l'économiste franco-béninois. Lionel Zinsou rappelle aussi que les villes sont « des sujets bien identifiés et des débiteurs solvables. On peut imaginer des obligations perpétuelles pour soutenir leur développement ».
D'autres pistes sont avancées par Lionel Zinsou : des levées de fonds liées à la transition énergétique, des green bonds, des fonds d'impact investing (investissement à impact social). Mais il ne néglige pas les manques encore criants en matière d'infrastructures physiques ou immatérielles :
"Dans certains cas, comme dans mon pays, le Bénin, les offreurs de services africains doivent passer directement du néolithique au numérique."
Une situation qui possède néanmoins un côté positif : l'ubérisation n'est pas un danger, puisque les structures à déstabiliser n'existent pas encore.
Patrick Cappelli,
correspondant de La Tribune à Cities for Life
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H
"On ne peut pas se passer de l'avenir de l'Afrique", estime Hervé Bourges

AFP
Publié le 01/07/2017 à 12:17 | AFP « Le Point »
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"On ne peut pas se passer de l'avenir de l'Afrique", estime Hervé Bourges © AFP / JOEL SAGET
Par son poids démographique et ses perspectives économiques, l'Afrique est devenue incontournable sur la scène internationale, estime Hervé Bourges, homme de média et fin connaisseur du continent, auteur à 84 ans du "Dictionnaire amoureux de l'Afrique".
QUESTION: "L'Afrique n'est pas un continent de seconde zone mais celui de l'avenir", écrivez-vous. Pourquoi ?
REPONSE: L'Afrique aujourd'hui est un monde au coeur du monde. On ne peut pas se passer de l'avenir de l'Afrique. Par sa population - un milliard aujourd'hui, 2,5 milliards en 2050 -, par le fait que ce continent recèle des matières premières que n'ont plus beaucoup de pays et que les grandes puissances s'y précipitent.
Il y a des tas de problèmes qui se posent - y compris dans le domaine des phénomènes migratoires et climatiques - mais l'Afrique va jouer un rôle important au sein du monde, de manière positive ou négative.
Il y a des exclus - 400 millions d'Africains vivent sous le seuil de pauvreté - mais 700 millions vivent au dessus de ce seuil. Il y a 5 % de croissance moyenne et une classe moyenne en ascension.
L'Afrique a aussi fait un bond considérable grâce aux évolutions technologiques: 600 millions d'Africains ont un téléphone mobile. Aujourd'hui, les agriculteurs du Sahel reçoivent leurs informations météo sur leur téléphone et le boutiquier nigérian y archive ses données comptables. C'est énorme.
Q: Où en sont les relations entre la France et l'Afrique ?
R: L'essentiel aujourd'hui c'est de se rendre compte qu'avec la mondialisation l'Afrique n'est plus attachée aux relations franco-africaines. Les grands pays qui se précipitent vers l'Afrique, ce sont la Chine, le Japon, la Turquie, l'Inde et certains pays européens, dont l'Allemagne. La France reste en retrait or elle a des atouts.
La déclaration d'Emmanuel Macron en février qualifiant la colonisation de +crime contre l'humanité+, a été très mal perçue dans certains milieux en France mais elle a fait mouche en Afrique. Deux chefs d'État et des dizaines de responsables ou d'artistes africains m'ont appelé pour me dire que c'était extraordinaire, qu'on n'avait jamais encore entendu un haut responsable français dire ça.
Il y a une espérance que des relations nouvelles vont pouvoir s'établir et qu'on mettra fin définitivement à la Françafrique.
Tout Français devrait dire la France est ma patrie, l'Europe est mon avenir et l'Afrique est mon devenir. "Sans l'Afrique il n'y aura plus d'histoire de France au XXIe siècle", disait François Mitterrand.
Q: Quelle forme devrait prendre cette relation nouvelle ?
R: D'abord on ne peut pas faire la leçon aux pays africains. Bien sûr qu'il faut davantage de démocratie, bien sûr qu'il y a encore en Afrique de nombreux autocrates, mais il ne peut pas y avoir de progrès démocratique sans développement. Qu'est-ce que la liberté de la presse dans un pays où les gens savent à peine lire et n'ont pas les moyens d'acheter un journal ?
La seule réponse qu'on puisse faire est d'aider au développement et plutôt au niveau européen qu'au niveau national. Je crois que la chancelière allemande Angela Merkel et (le président français) M. Macron l'ont compris.
A la demande de Mme Merkel, l'Afrique figure pour la première fois parmi les priorités du sommet du G20 qui se tiendra à Hambourg les 7 et 8 juillet. L'Afrique peut devenir un vrai partenaire de l'Europe au XXIe siècle.
Là où la France pourrait jouer un rôle particulier mais ne le joue pas c'est dans le domaine de la francophonie. Aujourd'hui, malheureusement, la France est en train d'abandonner sa langue. C'est ce que pensent beaucoup de francophones et beaucoup d'Africains. Je souhaite que le président Emmanuel Macron et le gouvernement réagissent.
01/07/2017 12:17:33 - Paris (AFP) - © 2017 AFP

Appuyer sur Hervé Bourges pour resituer cet article dans Le Point
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C
Le secret du bonheur - conte africain !

Un enfant demande à son père:

- Dis papa, quel est le secret pour être heureux ?
Alors le père demande à son fils de le suivre. Ils sortent de la maison, le père sur leur vieil âne et le fils suivant à pied. Et les gens du village de dire:
- Mais quel mauvais père qui oblige ainsi son fils d'aller à pied !
- Tu as entendu mon fils ? Rentrons à la maison, dit le père.

Le lendemain ils sortent de nouveau, le père ayant installé son fils sur l'âne et lui marchant à côté. Les gens du village dirent alors:
- Quel fils indigne, qui ne respecte pas son vieux père et le laisse aller à pied !
- Tu as entendu mon fils ? Rentrons à la maison.

Le jour suivant ils s'installent tous les deux sur l'âne avant de quitter la maison. Les villageois commentèrent en disant:
- Ils ne respectent pas leur bête à la surcharger ainsi!
- Tu as entendu mon fils ? Rentrons à la maison.

Le jour suivant, ils partirent en portant eux-mêmes leurs affaires, l'âne trottinant derrière eux. Cette fois les gens du village y trouvèrent encore à redire:
- Voilà qu'ils portent eux-mêmes leurs bagages maintenant ! C'est le monde à l'envers !
- Tu as entendu mon fils ? Rentrons à la maison.

Arrivés à la maison, le père dit à son fils:
- Tu me demandais l'autre jour le secret du bonheur.
Peu importe ce que tu fais, il y aura toujours quelqu'un pour y trouver à redire.
Fais ce qui te plaît et tu seras heureux.

Auteur inconnu
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E
Le Congolais dont parle Monique Douillet

Réfugié
Emmanuel Mbolela

Persécuté pour des raisons politiques, l'auteur a fui la République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre) en 2002, à l'âge de 29 ans. Six ans de voyage, à travers le Cameroun, le Nigéria, le Mali, le Sahara algérien, jusqu'à la nasse marocaine où il est resté bloqué 4 ans. Comme des milliers de migrants, il a été confronté au business des passeurs, au racket des douaniers, au travail forcé. C'est au Maroc que, refusant le statut de victime muette, il a fondé avec des compatriotes la première association de réfugiés congolais, l'ARCOM, qui a été à l'origine de l'organisation de la défense et de la protestation contre les conditions indignes imposées aux réfugié-es. Cette association a créé au Maroc une maison de protection réservée aux femmes migrantes, doublement victimes de violences. C'est aussi là qu'il a entrepris son récit. En 2008, Emmanuel Mbolela a fini par obtenir l'asile politique aux Pays-Bas. MD
Ed. Libertalia, 2017, 264 p., 10 €
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M
Belle rencontre Etienne !

Tu as su raconter ça d’une façon très vivante. On est dans le train avec toi !
J’aimerais bien connaître la suite.
Il en a à nous apprendre !

J’ai moi-même rencontré un Congolais de Kinshasa aussi. J’ai lu son livre et écrit un article qui paraitra dans Silence en octobre.
Je te le transmets.
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E
Merci Monique pour ton exercice de conjugaison, qui associe deux expériences congolaises. Ces expériences nous étonnent. Dans la tienne, il y a une connotation plus critique que dans la mienne. Ce que je retiens c’est que ces migrants ont des choses à nous dire et qu’ils ont ainsi besoin d’être écoutés. Je pense sincèrement que ce sont eux (les Africains) qui vont porter l’avenir de la planète au cours du XXIè siècle. Ils commencent à en avoir conscience. Lorsque Joseph m’a quitté à la Part-Dieu, il m’a confié en souriant : « Nous avons bien parlé »…
J
A quand l'Afrique ?
Entretien avec René Holenstein
Joseph KI-ZERBO
Prix RFI Témoin du Monde 2003

À quand l’Afrique ? Voilà bien une question que nous préférons éviter, tant l’Afrique semble sans avenir. Mais Joseph Ki-Zerbo, historien et homme d’action burkinabé, ne peut, et ne veut, occulter cette question. Alors, au cours de ce long entretien qui, par certains côtés, retrace le parcours d’une vie, il dresse un portrait vivant, saisissant, de l’Afrique au temps de la mondialisation, Joseph Ki-Zerbo a largement contribué à doter l’Afrique d’une histoire propre, une histoire qui soit autre que celle écrite par le colonisateur.
Pour lui, l’Afrique doit conquérir son identité, fière de sa contribution à l’aventure humaine. « Sans identité, dit-il, nous sommes un objet de l’histoire, un instrument utilisé par les autres. Un ustensile ».

Un livre passionnant, nourri d’une Afrique vécue et étudiée pendant des décennies, riche de réflexions profondes d’un historien sur le rôle de son métier pour l’action concrète des hommes. Un livre engagé, publié simultanément en Europe et en Afrique.

Ce livre a obtenu le prix RFI Témoin du monde 2003.
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J
Etienne,

j'ai trouvé ton article sur le blog, et ...ma réponse, et la tienne .

On peut dire, que tu réagis vite,

Josette
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E
C'est une question d'habitude !
A
Bonjour Etienne, On se croit dans ton compartiment.
Savoir écouter fait vivre des aventures par procuration.
Merci.
A plus tard
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A
Anne, merci pour cette remarque qui me comble de satisfaction !
J
Etienne,

J’ai bien reçu, et lu, ton texte sur Joseph, rencontré dans le train Genève-Lyon.

C'est vrai, que cette histoire donne à réfléchir.

Pour moi, c'est une histoire d'homme : la guerre, la légion ...

En tant que femme, c'est un monde auquel je n'ai pas accès. Il m’effraie. Et pourtant ! La guerre, elle est partout.

A quand un monde sans guerre, sans besoin de pouvoir, où chacun peut manger à sa faim et vivre en sécurité près des siens ? Un monde, où il n'y aurait plus besoin de soldats ?

Amitiés,

Josette
Répondre
E
Josette, tu poses une bonne question. Je n’y suis pas sensible comme tu l’es toi-même. Dans les pays en bouleversement, la violence est là car elle nous constitue. Son rôle n’est pas de tuer l’autre. Elle est là pour créer l’espace de séparation qui va nous permettre de vivre ensemble et de créer. Peut-être fallait-il lutter contre Mobutu pour ouvrir un autre espace de vie.
C
merci Etienne. Amitiés Chantal
Répondre
E
Merci à toi de ton encouragement.
M
Belle rencontre Etienne... merci de nous les faire partager!
Martine
Répondre
E
Oui il m'a semblé que j'étais devenu plus intelligent après cette rencontre.
M
Merci Etienne, c'est une jolie rencontre du bout du monde.
Répondre
E
Oui, je suis sorti de mon petit espace douillet et j'ai pu respirer un air rafraîchissant, venu des extrémités du monde.

  • : le blog mythesfondateurs par : Etienne
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  • : Mythes, articles à partir des mythes, réactions sur le site Mythes fondateurs http://mythesfondateurs.over-blog.com/ Le mythe et le conte sont la parole dans sa première gestation. C'est pourquoi, si la parole est malade, comme le dit Vittorio Gasman, il devient urgent de revenir à ses fondements qui sont encore à notre disposition, à travers les mythes et les contes. Lorsque la parole ne fonctionne pas, c'est la violence qui gagne. Les mythes et les contes, par l'apprentissage du processus symbolique qu'ils proposent, sont là pour nous aider à faire sortir la parole de la violence. C'est de la naissance de l'homme lui-même dont il s'agit.
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