Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 10:23

 

L’idéologie, un poison pour la pensée et l’action

dont il faut sortir

 

Nous imaginons un peu trop facilement que l’idéologie est un concept daté et qu’il est nécessaire d’abandonner ce type de réflexion. Or l’idéologie continue son travail souterrain et, aujourd’hui, elle nous menace dangereusement. C’est ainsi que l’Etat islamique prend la suite du nazisme, du régime de Pol Pot, des Brigades rouges, d’Action directe et même du communisme soviétique. Et si un tel poison continue à nous solliciter c’est parce qu’il trouve un terrain propice à son développement.

 

Un écrit ancien inspiré par Althusser

En 1973, j’ai présenté une thèse de sociologie, intitulée « Marxisme et idéologie sacerdotale ». Il me semblait qu’il fallait laisser dormir des réflexions aussi anciennes. Mais poussé par la curiosité, j’ai voulu récemment relire le premier chapitre sur la théorie de l’idéologie. Cet écrit m’a stupéfié : il était d’une  actualité qui m’a ébranlé. Le mérite n’en revenait pas à son auteur mais à Althusser, mon inspirateur,  dont j’avais suivi le cours sur l’Idéologie allemande de Marx. A chaque intervention, il remplissait un grand amphithéâtre de l’Ecole Normale Supérieure. Nous étions obligés de nous asseoir sur les escaliers pour prendre des notes et je garde un souvenir ébloui de ce très grand philosophe, grand spécialiste de l’idéologie.

 

L’idéologie, c’est le rejet de l’autre dans le discours et dans l’action

Pour simplifier, sans m’en tenir à la lettre d’Althusser, je dirais que l’idéologie est un système de représentation qui enferme les sujets sur eux-mêmes parce qu’il ne fait pas de place à l’autre. Aussi conduit-il à tourner sur soi-même et à aller du même au même parce qu’il n’embraie pas sur le réel, qui, en dernier ressort, est l’autre lui-même. L’idéologue croit aux idées qu’il pousse jusqu’à l’absolu en en faisant des idoles. Depuis longtemps déjà, les grands prophètes ont alerté sur les dangers mortels que font courir à la spiritualité les idoles elles-mêmes. En ce qui concerne la pensée et l’action elles finissent par mener au désastre.


L’intuition de Macron ou la fécondité de l’autre

Ce n’est pas un hasard si Macron a obtenu très rapidement le succès que nous observons. Il a compris que l’autre, figé dans une opposition stérile, pouvait devenir, si on lui offrait une place,  celui qui féconde la vie politique. Il fallait introduire de la différenciation dans le parti. L’inconscient a reconnu presque immédiatement une vérité cachée depuis les origines : la vie associe le même et l’autre en faisant de l’autre le principe fécondant. C’est alors que l’espoir s’est mis à renaître dans une société qui apparaissait définitivement bloquée.


Mais la menace de l’idéologie est toujours là et il convient de poursuivre le travail amorcé

La transformation de la société n’en est pourtant qu’à ses débuts et les premiers succès pourraient devenir un piège en ouvrant la voie à la toute-puissance. Or la toute-puissance a toujours la tentation d’évacuer l’autre et par là même de renouer avec l’idéologie.

La place du premier ministre

Le premier ministre n’est pas le président. Il doit pouvoir conserver son altérité face au président au risque de perdre toute son efficience.

La place de l’opposition

L’opposition reste importante dans le jeu politique parce qu’elle porte la parole oubliée de l’autre. Il lui appartient donc de la faire reconnaître pour qu’elle soit prise en compte. Pour cela, elle ne peut réussir que si elle entre dans un jeu difficile qui associe la critique et l’ouverture. Aussi la critique systématique comme la fermeture délibérée conduiront-elles immanquablement à une nouvelle stérilité.

La place de la presse

Sans l’information de la presse, la démocratie n’est plus possible. Il est vrai que la presse peut développer la délation ou se substituer à la justice, mais sa mission n’est pas d’être au service des gouvernants. Il est indispensable qu’elle ne soit pas absorbée par le pouvoir et, en même temps, elle ne peut s’enfermer, elle non plus,  dans la critique systématique.

La place des syndicats

De leur côté, les syndicats ont une mission essentielle, celle de faire entendre les revendications de l’entreprise et des salariés. En ce qui concerne le droit du travail en particulier rien ne pourra se faire d’utile sans une négociation sérieuse avec eux. Et, sans doute, un jeu subtil devra-t-il être recherché entre la position des directions et celle des salariés…

La place de la parole de l’autre ou la place du silence

Lorsque j’entendais le discours du président à Versailles, le lundi 3 juillet, j’avais un peu l’impression qu’il cherchait à remplir tous les vides. Il manquait des petits temps de silence. Il manquait le manque qui souligne la place nécessaire de l’autre. Mais le silence comme le manque peuvent aussi s’apprendre avec l’expérience.


Quelques concepts pour traquer l’idéologie et si possible l’écarter

Althusser nous offre un certain nombre de concepts pour repérer l’idéologie et la contrarier. Il me paraît utile de les reprendre ici.

La sacralisation

Par sacralisation, il faut entendre ici le processus qui, dans un groupe ou un sous-groupe, tend à donner un caractère définitif et non discutable à une situation historique en la rattachant à un principe transcendant.

L’assujettissement

L’idéologie constitue les individus en sujets dans la mesure même où ils deviennent les sujets de quelqu’un d’autre ou d’un groupe quelconque.

La dissimulation

Très souvent une situation est le résultat d’un rapport de force originaire. Avec la dissimulation il s’agit de voiler ce rapport de force arbitraire en faisant apparaître comme légitime la situation qu’il détermine.

L’abstraction

L’abstraction consiste à isoler un des aspects de la totalité et à le confondre avec la totalité elle-même. Elle produit alors un renversement : les choses sont vues à l’envers ; l’ordre des causalités réelles est inversé ; l’effet est pris pour la cause, le partiel pour la totalité…

La spécularité

La pensée va du même au même sans produire de connaissance nouvelle. Ainsi l’idéologie s’oppose ici à l’historicité : elle évite le détour, la prise en compte de situations contingentes. En ce sens, on peut en conclure qu’elle est non-dialectique.

La reproduction

Lorsqu’un groupe social se prend pour la totalité, il fait en sorte qu’il conserve sa place privilégiée. Dans ce cas, l’école devient elle-même le moyen de reproduction de sa domination et de ses privilèges.

 

Comme le fait remarquer Mannheim, l’idéologie empêche l’adaptation d’un groupe à une situation nouvelle. Mais, pour lui, l’utopie peut jouer le rôle inverse : elle peut rompre l’ordre social existant pour transformer la réalité socio-historique.

Etienne Duval

 

 

Partager cet article

Repost0

commentaires

M
bonjour monsieur duval,<br /> <br /> <br /> j'ai lu avec grand intérêt votre blog de juillet que m'a transmis christiane chabannas.<br /> <br /> je trouve très pertinente l'articulation que vous proposez entre idéologie et nouvelle donne politique.<br /> "la vie associe le même à l'autre en faisant de l'autre le principe fécondant". oui, et même il faudrait se penser<br /> "soi-même comme un autre", c'est-à-dire "en tant qu'autre" (p. ricoeur).<br /> or, même si le philosophe a été l'un des formateurs de macron, force est de reconnaître qu'on reste loin d'un <br /> tel projet, d'une telle "projection".<br /> et, à la vérité, peut-il en être autrement ? : la "transformation de la société" n'a pas démarré en mai dernier !<br /> ce qui a démarré - en réaction à la société "figée" d'avant - c'est, je crois, un besoin collectif de changement, de vérité,<br /> d'efficacité, et un ensemble de parspectives dont il reste à se saisir.<br /> <br /> pour y parvenir, il faut en effet que l'autre - nous en l'occurrence - trouve sa place, qu'il trouve des "vides" à occuper <br /> comme vous le dites si justement. <br /> or, oui, la volonté (consciente ou pas) de toute-puissance conduit à occuper tout l'espace -- et d'autant plus qu'elle <br /> y est aidée par une culture (une idéologie !) d'opposition purement revendicative, non participative et partant, non<br /> inventive. incidemment, la société ne se transformera que dans la mesure où elle se dépouillera de cette culture,<br /> de cette idéologie-là.<br /> <br /> par ailleurs, le pouvoir a aussi sa propre idéologie ! il est très rare qu'il mette en œuvre de la "théorie" au sens d'althusser ;<br /> et pour y parvenir il faut qu'il ait d'abord mis "l'autre" au principe de sa pensée et de son action -- comme ce fut le cas<br /> avec le front populaire et le conseil national de la résistance.<br /> et je ne suis pas certain que macron, malgré sa grande intelligence, ne soit pas séduit par une idélogie blairiste, de<br /> troisième voie.<br /> <br /> <br /> je souhaite évidemment poursuivre avec vous ces échanges d'idées.<br /> je vous en remercie par avance.<br /> bien cordialement à vous,<br /> m papoular
Répondre
M
Je connais bien Althusser et je pense que la théorie de l’idéologie qu’il a mise en valeur est un des acquis les plus intéressants du marxisme. Et c’est vrai que l’idée de Macron de rendre plus fécondant le rapport entre la gauche et la droite m’a séduit. Il y a longtemps que je n’avais pas vu une idée aussi novatrice en politique et, tout en sachant tous les échappatoires possibles, je continue à parier sur cette idée qui peut débloquer la situation actuelle, qu’elle soit développée par Macron ou par d’autres. C’est une nouvelle problématique qui est jetée dans le champ politique à tel point qu’elle n’appartient plus à personne. Personnellement j’attends de voir et veux laisser sa chance à Macron en dépit de certaines maladresses. Nous n’avons plus le choix si ce n’est d’opposer au président sa propre intuition.
M
Un cordial merci pour ton travail sur l'idéologie.<br /> Je trouve réussie l'approche par les concepts de la fin de l'article : la sacralisation, l'assujettissement, la dissimulation, l'abstraction, la spécularité, la reproduction qui de façon isolée ou cumulée ont les effets d'asphyxie de la pensée que tu soulignes et qu'Althusser avait déjà démasqués, lorsque tu suivais son enseignement.<br /> Cette seule phrase est une consigne pour vivre : lorsqu'un groupe social se prend pour la totalité, il fait en sorte qu'il conserve sa place privilégiée. Dans ce cas, l'école devient elle-même le moyen de sa reproduction et de ses privilèges.<br /> Saurons nous appliquer la leçon ?Merci de cette contribution Marius Alliod
Répondre
E
Merci à toi Marius de souligner ce qui te paraît important et qui peut l’être pour les autres.
G
J'ai mis en italiques. <br /> Je pense après ces échanges que nos divergences viennent surtout du fait que j'attache une importance première aux décisions politiques, aux situations historiques etc. plutôt qu'aux postures philosophiques qu'on peut attribuer ou supposer aux protagonistes, et qui ne suffisent pas à justifier les décisions ou situations. Grand tant mieux quand il y a des convergences, de la cohérence entre ces deux "niveaux" . <br /> Bonne journée, nationale ou autre.<br /> Gérard
Répondre
E
Les italiques ne passent pas sur overblog. Pour le reste, je suis entièrement d'accord avec toi.<br /> <br /> Bien amicalement.
G
Les observations de Gérard Jaffrédou sont entre parenthèses<br /> <br /> Bonjour Gérard,<br /> Je vais bientôt partir pour prendre mon train et donc je n’ai pas beaucoup de temps pour te répondre. Tout d’abord, pour Marx, le réel, il est dialectique : il est dans le rapport entre le même et l’autre, entre la situation actuelle et la situation à transformer par la praxis. Et dans l’Idéologie allemande, l’idéologie elle-même est surtout du côté de ceux que tu appelles de droite et qui n’ont pas conscience (?) de la situation socio-économique dans laquelle ils sont, (je pense au contraire que eux seuls savent qu'ils forment une classe et défendent très consciemment et efficacement leurs intérêts et leurs pouvoirs) situation qui modèle inconsciemment (?) leur pensée. Je vois que tu ranges là-dedans les partisans de Macron, qui seraient ni de droite ni de gauche.( Je dirais : qui se croient ou se veulent sincèrement ni de droite ni de gauche, mais qui sont de ce fait bien "de droite". (Cf le "Ni droite ni gauche" de Sternell , qui analyse, c'est vrai, une autre situation). <br /> Sur ce point, j’essaie d’être plus positif que toi parce que je pense que Macron a compris quelque chose que les autres n’ont pas compris : si l’on veut avancer, il faut sortir de l’opposition qui stérilise la gauche et la droite, et donner une place aux sujets individuels. (On retrouve Simone Weil, qui me laisse intéressé mais sceptique : que peuvent les "sujets individuels" non organisés pour la réflexion et l'action durables, devant le Pouvoir.... ) Sortir de l’opposition stérilisante ne veut pas dire qu’on abandonne la droite et la gauche, mais qu’on les positionne différemment pour qu’elles permettent la création sociale. (OUI). Il y a quelque chose à essayer. Soit ! Maintenant est-ce que cela réussira ? On verra.( OUI, c'est aussi ce que je pense : faut voir....) On a parlé de couac pour la question des impôts locaux et de la CSG. C’est un couac pour ceux qui sont figés dans l’ancienne politique, mais c’est pour moi la démonstration que le système Macron permet un jeu qui n’était pas très possible avant. Lorsque le jeu n’est plus là, il faut le rétablir. (Je pense, sans être constitutionnaliste, que beaucoup des difficultés qui ont ouvert la voie à Macron, et qui se trouvent devant lui, tiennent pour une part aux institutions de la Vème rép. qui écrasent les "minorités", les points de vue autres ; les médias, les "idéologies" dominantes etc. allant dans le même sens). En fait, je ne suis pas prêt à m’agenouiller devant tout ce que fait le gouvernement mais j’observe ce qui se passe pour voir s’il y a vraiment une nouvelle manière de faire, susceptible de régénérer la politique. Je peux me tromper mais je conserve mon héritage marxiste, qui laisse une place à la critique. Tant pis si j’accepte d’être naïf comme la colombe à condition que je reste prudent comme le serpent (je serais plutôt du côté du serpent). Là aussi il y a une dialectique qui me paraît nécessaire… (Tu l'entretiens très bien, merci beaucoup, très sincèrement). Mais, naturellement, sur ce point et sur bien d’autres, tu as toute latitude pour prendre position comme tu veux. C’est à cette condition que peut subsister notre liberté dans le dialogue.<br /> <br /> Bien amicalement.
Répondre
E
Bonjour Gérard, <br /> <br /> J’ai repris mon texte avec tes observations que j’ai mises entre parenthèses, sans pouvoir les mettre en gras. Donc tout cela ressort difficilement pour des raisons techniques. Chacun peut voir cependant que tu restes sur la réserve en ce qui concerne certains points et c’est bien que cela apparaisse pour la vérité de nos échanges. Il reste le temps pour permettre à chacun d’évoluer. <br /> <br /> Bonne journée et bonne réflexion !
G
Je n'ai pu m'empêcher de gamberger un peu après 22h19 et avant de trouver ton message ce midi.<br /> <br /> Je te soumets ceci, davantage tiré de courtes expériences que d'une haute réflexion philosophique.<br /> D'accord, le réel, c 'est l'être et c'est l'autre et j'en suis un autre. Mais c'est aussi, je crois m'en souvenir, l'existant , c'est-à-dire, si je me rappelle bien : l'être en situation.<br /> <br /> Or, je me disais, après 22h19 - à propos du rapport au réel (quel réel, quel rapport?) qui, selon moi, distingue d'abord « la droite » et « la gauche » avant « les valeurs » - que le premier réel qui distinguerait, c'est bêtement la situation où nous sommes (par naissance, hasard et histoire) puis ce que nous connaissons de ce réel ; par conséquent ce que nous en pensons, pouvons en penser, et croire, ce que nous pouvons et voulons en faire etc... Alors interviennent ou naissent, dans et de la réflexion et l'action, « les valeurs ».<br /> Lesquelles, et comment seraient -elles « de gauche » / « de droite » ?<br /> Ces deux options sont historiques et typiquement françaises comme chacun sait (mais nullement déterminantes ou déterminées – les neurones restent libres, en gros).<br /> <br /> Côté gauche. On peut se trouver dans des situations (familiales, d'éducation, d'apprentissages -lycée, Fac...) où nous voyons – ou subissons – un ordre du monde à l'évidence injuste, mal foutu, absurde, inacceptable tel quel. De là, à moins qu'on s'y résignerd'une manière ou d'une autre, naît l'espoir (durable) d'un changement (radical ou non) de cet ordre des choses. Et nous voilà dans l'idéologie : cet espoir, basé sur des connaissances plus ou moins complètes et assurées, aide à vivre. Il soude à un groupe, est partagé, défendu, et devient un absolu.<br /> <br /> Côté droite. Les situations vécues peuvent être plus confortables, porter beaucoup moins à l'insatisfaction devant le monde comme on le voit, dans lequel on s'intégre tranquillement et durablement. L'ordre des choses convient, avec sa hiérarchie. Pourquoi donc vouloir en changer ? Quelques « réformes » suffisent, urgentes, pour que rien ne change. Pour peu qu'on se trouve du bon côté du manche et que celui-ci ne semble pas près de changer de côté, on conserve et on protège.<br /> <br /> Dans les deux cas, côté gauche et côté droite, on sécrète des « valeurs », du fait qu'on pense et qu'on agit. Elles peuvent être les mêmes et fortes dans les deux camps : générosité, sincérité, honnêteté, souci d'autrui, etc., ce qui rend possibles les échanges, agréables et fructueux, et même certains changements (de camp)... Mais derrière ces valeurs éventuellement communes, le débat politique reste, qui, lui, sécréte de l'idéologie et les condamnations qu'elle s'attire par la nature même de ce combat, du moins par ses conditions présentes.<br /> <br /> La différence est, qu'ici, côté droite, on n'a pas besoin d'idéologie. L'absolu est fourni par le fait que « tout le monde pense comme ça », et que « le monde est comme il est » et ne saurait être autrement. A partir de quoi, il est facile de dénoncer « l'idéologie », l'utopie, la violence, l'extrémisme, ceux qui ne comprennent jamais rien (on veut bien faire un peu de pédagogie, insuffler des motivations positives...). Le groupe reste ouvert : la méritocratie y pourvoit . On peut opposer aux récalcitrants irréductibles des « valeurs » communes indiscutables (le patriotisme, le culte de la Nation pure et de l'Etat fort, lorsque la « religion » perd son autorité).. Aucune idéologie dans tout ça, puisqu'on n'est plus ni de droite ni de gauche. Ce choix, qui va de soi, de la modération, du juste milieu (quelques abstractions d'historiens de service aidant) rassure, attire et rassemble. Et peut donner de confortables majorités.<br /> <br /> Et - pour te rejoindre - l'autre, l'opposant virtuel qui n'a rien compris à la beauté métaphysique de cette situation, est dirigé vers les poubelles de l'histoire.<br /> <br /> Bref, au non-être. Tant pis pour lui.<br /> <br /> <br /> Et si j'ai tort, tant pis pour moi.<br /> Je dois terminer de repeindre mes volets.<br /> Amicalement.<br /> Gérard
Répondre
E
Bonjour Gérard, <br /> <br /> Je vais bientôt partir pour prendre mon train et donc je n’ai pas beaucoup de temps pour te répondre. Tout d’abord, pour Marx, le réel, il est dialectique : il est dans le rapport entre le même et l’autre, entre la situation actuelle et la situation à transformer par la praxis. Et dans l’Idéologie allemande, l’idéologie elle-même est surtout du côté de ceux que tu appelles de droite et qui n’ont pas conscience de la situation socio-économique dans laquelle ils sont, situation qui modèle inconsciemment leur pensée. Je vois que tu ranges là-dedans les partisans de Macron, qui seraient ni de droite ni de gauche. <br /> Sur ce point, j’essaie d’être plus positif que toi parce que je pense que Macron a compris quelque chose que les autres n’ont pas compris : si l’on veut avancer, il faut sortir de l’opposition qui stérilise la gauche et la droite, et donner une place aux sujets individuels. Sortir de l’opposition stérilisante ne veut pas dire qu’on abandonne la droite et la gauche, mais qu’on les positionne différemment pour qu’elles permettent la création sociale. Il y a quelque chose à essayer. Maintenant est-ce que cela réussira ? On verra. On a parlé de couac pour la question des impôts locaux et de la CSG. C’est un couac pour ceux qui sont figés dans l’ancienne politique, mais c’est pour moi la démonstration que le système Macron permet un jeu qui n’était pas très possible avant. Lorsque le jeu n’est plus là, il faut le rétablir. En fait, je ne suis pas prêt à m’agenouiller devant tout ce que fait le gouvernement mais j’observe ce qui se passe pour voir s’il y a vraiment une nouvelle manière de faire, susceptible de régénérer la politique. Je peux me tromper mais je conserve mon héritage marxiste, qui laisse une place à la critique. Tant pis si j’accepte d’être naïf comme la colombe à condition que je reste prudent comme le serpent. Là aussi il y a une dialectique qui me paraît nécessaire… Mais, naturellement, sur ce point et sur bien d’autres, tu as toute latitude pour prendre position comme tu veux. C’est à cette condition que peut subsister notre liberté dans le dialogue.<br /> <br /> Bien amicalement.
G
L'heure (22h19) et la complexité du sujet m'obligent à ne pas en rajouter. Pour moi, les "valeurs" ne sont pas discriminantes Droite / gauche (elles peuvent être communes) . Mais le rapport au réel, si ! (quel rapport et quel réel). J'arrête.<br /> <br /> A une prochaine fois. Merci de supporter mes élucubrations radoteuses.<br /> gérard
Répondre
E
Tu poses la bonne question. Dans le cadre de l’idéologie, l’important est le rapport au réel. Mais le réel, c’est l’être, ce qui est vraiment. Plus fondamentalement l’être c’est l’autre. Je est aussi un autre. Je ne peux être en rapport au réel qu’en étant en rapport avec l’autre… C’est là qu’est la pierre de touche. Dans le nazisme, il n’y avait plus d’autre à qui s’opposer. C’est pourquoi, comme le dit Anna Arendt, le comportement criminel était banal. Il n’y avait plus d’autre pour dire la loi….
G
De mon côté, ce que j'apprécie dans nos dialogues c'est la confrontation, à laquelle tu m'invites, entre mes prétendus constats historiques, politiques, les jugements qu'ils semblent permettre (à tort, parfois), donc les prises de positions (trop souvent sommaires) d'une part, et de l'autre, par tes remarques , l'invitation à nuancer, à confronter ces « constats » à une perspective plus générale et fondée sociologiquement, ou philosophiquement, voire théologiquement.<br /> <br /> En ce qui concerne Macron, on verra bien. Mais je maintiendrai qu'il est autant et plus que les précédents, dans « l'idéologie ». La différence est peut être qu'il semble vouloir faire du différent (une « autre » pratique politique ? ), avec du même (les forces et intérêts qui sont derrière lui, le jeu autoritaire des institutions de la Vème république, etc) .<br /> <br /> Quant à la distinction gauche / droite, elle paraît désuète parce que 1° ceux qui se sont prétendus « de gauche » ou devenus hégémoniques « à gauche » (le PS) ont pratiqué une politique assez peu « à gauche », et 2° la droite, grâce notamment à Sarkozy, est devenue largement détestable (ou Dieu merci, repoussante grâce au FN). Macron était surtout un recours présentable et très habile. Je présume, au vu de son passé et de sa base arrière (comme on dit dans la marine) qu'il continuera à faire une politique « de droite ».<br /> <br /> Qu'est ce à dire ? Historiquement, la droite cherche à conserver (par tous les moyens, si nécessaire les pires) l'ordre établi, et présentement l'ordre capitaliste mondialisé, financialisé et très dérèglementé, détruisant le « service public », donnant et soumettant tout au « marché ». Hommes compris. Ce contre quoi le PS n'a rien fait de remarquable, et n'a rien expliqué des « impossibilités » qui eussent pu être alléguées, et faire une base de discussion sérieuse.<br /> Et donc du grain à moudre pour la gauche, qui historiquement, mettait en question « l'ordre établi », sa légitimité, sa logique, ce sur quoi cet ordre repose (merci Marx et merci les marxistes, merci les Pinçon-Charlot) , qui sont des hommes et des femmes réels, des groupes et des institutions très concrètes, très repérables, une classe bien définissable, sûre d'elle même et de sa puissance (je ne te fais pas un dessin). Et dont l'existence est pratiquement ignorée ou déniée. <br /> <br /> Pour moi (et par formation historienne et par expérience politique limitée) « être à gauche » / « être à droite » c'est avoir un rapport radicalement différent avec ce qu'on peut et on doit savoir du « réel » réel. Ou bien on se contente des apparences, des discours, des phrases, des calculs, des sympathies ou antipathies etc, et on fait avec. Ou bien on veut comprendre la réalité des mécanismes (mot mal choisi) complexes qui déterminent réellement le monde (et génèrent les injustices qu'on sait et qu'on oublie). Comprendre afin, éventuellement, de décider quelles actions, par quoi on commence..... Discussion honnête, approfondie, compétente, ouverte (hors idéologie !) absolument obligatoire.<br /> Sinon, c'est plus simple d'être « à droite », de ne rien vouloir comprendre et de ne rien faire (même venant « de gauche ») ; à droite où, au mieux, il suffit de faire semblant et de "gérer".<br /> Mais ceci finit par lasser les acteurs et décevoir les spectateurs.<br /> Place alors à un recours, espéré moins pire que d'autres...<br /> Et le même continue à produire du même.<br /> <br /> Bon dimanche.
Répondre
E
Merci Gérard de nous faire rebondir en poussant un peu plus la confrontation. Personnellement il m’ a semblé que Macron ouvrait un nouvel espace pour la politique. Je peux me tromper. Il introduit, comme une sorte de pièce maîtresse, la présence du sujet, et il veut sortir l’opposition droite/gauche de la stérilité, en essayant de lui redonner sa fécondité. Pour le moment, sur ce sujet je préfère la candeur qui ouvre à l’opposition systématique. Mais je ne peux pas encore dire ce qu’il en sortira.<br /> <br /> Pour moi la gauche et la droite sont des catégories fondamentales comme le féminin et le masculin et je persiste à penser qu’elles peuvent se retrouver toutes les deux dans le même sujet. En tout cas, personnellement je suis pour la défense de l’entreprise et de l’économie, et, en même temps, pour l’égalité sociale et la création ouverte à chaque individu. Je ne veux pas sortir du paradoxe tout en sachant que le mouvement va de la droite vers la gauche et que le sens de l’homme, de ce fait, se révèle plus à gauche qu’à droite. Mais, en réalité, le sens peut aussi s’enraciner dans certaines valeurs de droite comme il s’enracine nécessairement aussi dans le passé. C’est vrai, dans la réalité, qu’il y a des mentalités de droite et des mentalités de gauche. Mais je suis bien obligé de constater que les vrais hommes de gauche, qui ont fait avancer la société, avaient des valeurs de droite qui étaient en fait les gardiennes des valeurs de gauche. C’est peut-être difficile à comprendre mais je peux mettre des noms à ces hommes de gauche qui acceptaient le paradoxe.<br /> <br /> Bonne semaine !
G
Cher Etienne,<br /> Bon, reprenons.<br /> 1) Je ne pense pas que, dans les débats politiques on puisse réellement « sortir de l'idéologie ». Tout au plus peut-on prendre conscience de ses erreurs, de ses approximations, de ses déterminations particulières, subjectives, émotives, irrationnelles parfois, absolues trop souvent. Mais, dans le débat, que chacun en fasse autant. Et c'est là qu'est le Hic.<br /> <br /> 2) Dans l'expérience (un peu ancienne) que j'en ai, j'admets que les espoirs d'alors (c'était le temps du «Programme commun ») étaient soutenus par des croyances en la possibilité de réduire la malfaisance du « capitalisme monopoliste d'Etat », par l’espoir que le « socialisme soviétique » (dont le bilan était - ou n'était pas- « globalement positif ») évoluerait, le contexte changeant, mais il ne constituait pas un modèle. Tout ceci que je résume, était qualifié « d'idéologie », par les adversaires et quelques « amis », et ce n'était pas un compliment. Soit. Et sans doute, les critères proposés par Althusser et que tu rapportes conviennent très bien pour caractériser, d'un point de vue abstrait, ces espoirs, ces luttes et les analyses auxquelles elles donnaient lieu, ou sur lesquelles elles reposaient pour une part.<br /> <br /> 3) Bien entendu, pour ces amis ou adversaires, la défense explicite ou implicite du « capitalisme », baptisé prudemment « loi du marché », ou « système libéral » etc., n'était nullement « idéologique », mais du réalisme. Quelques bons sentiments, un désir de « justice sociale », un attachement de principe à « la démocratie » légitimaient ces positions, en les posant dans un ciel moral très surplombant. Le ciel pur des idées vraies. Positions toujours d'actualité. Bref, pour le dire brutalement , cette dénonciation (chez l'autre) d'une « idéologie » est, dans la réalité, quasiment toujours le fait de ceux qui sont dans une position de force, voire de toute-puissance (politiquement, intellectuellement, médiatiquement, etc. ) ; qui s'appuient sur des idées qui-vont-de-soi, des valeurs sacrées, avec le but (non proclamé) de conserver les choses en l'état, quitte à changer l'état des choses par les « réformes »choisies, pour que rien ne change dans l'ordre réel des choses. Il va de soi qu'eux seuls sont légitimes pour en décider, ayant les compétences – mais aussi, bien dissimulées, les relations de pouvoir économique qui font le fonctionnement de l'ensemble. Ils forment un groupe, fermé sur lui-même, peu disposé à s'ouvrir aux questions réelles de la population réelle, se prenant pour la totalité du monde, dont ils ont le contrôle, au terme d'une évolution historique de rapports de force, dont ils sont le résultat en se croyant volontiers les créateurs et les garants légitimes et naturels. Il faut relire, par exemple les Pinçon-Charlot (Monique et Michel), et leur dernière publication : Les Prédateurs au pouvoir, main basse sur notre avenir, Textuel, 2017. Les critères d'Althusser s'appliquent remarquablement aux dénonciateurs de « l'idéologie ». Eux aussi, eux d'abord puisque au pouvoir, secrètent « le poison » et en profitent bien. De là à dire qu'ils génèrent, ou déterminent l'idéologie adverse, façonnent « le peuple » qui leur convient (Rancière), il n'y a qu'un pas, que je suis bien tenté de faire. (Exemples historiques disponibles dans les années 1930, entre autres).<br /> <br /> 4) Somme toute, si les critères philosophiques (althussériens) sont pertinents en général, dans la pratique politique la question reste : de l'idéologie, qui sortira le premier ?<br /> Je ne crois nullement que Macron nous "sortira de l'idéologie " ! Bien au contraire. Dans le « ni droite, ni gauche » (autrement dit : « l'idéologie, ce n'est pas moi, c'est les autres : c'est la droite et la gauche ; je les neutralise en étant « en même temps » droite et gauche »), dans cette prétention à sortir de l'idéologie, il est difficile de ne pas voir un beau tour de passe- passe idéologique ! Sa réussite, très habile, repose sur la lassitude et le désarroi devant une vie politique d'une remarquable médiocrité. Elle est l'arrivée au pouvoir (si on peut dire qu'ils y sont) d'une génération « qui-ne-fait-pas-de politique », c'est-à-dire qui avance (pour le moment, et accompagnés par quelques anciens) sans choix sur l'ordre possible et souhaitable des choses, les priorités, les institutions etc., tout ce dont il faut d'urgence (depuis des décennies) discuter AU FOND. Le feront-ils ? Les citoyens de base que nous sommes auront-ils quelque poids dans de très hypothétiques questionnements « de fond », ouverts, rationnels et surtout d'une grande lucidité sur la réalité des pouvoirs et les indispensables choix ?<br /> Les chances d'être dans le juste et le vrai, dans le réel, me semblent bien faibles. 90 % des députés représentent à peine (sauf erreur) 70 % des votants, qui ne sont que 47 % du corps électoral, et à peine plus de 15 % de ce corps électoral (qui lui-même n'est pas la totalité de ceux qui auraient intérêt ou devraient avoir le droit de voter- autre question). Parmi les députés, on compte 46 chefs d'entreprise – et curieusement AUCUN ouvrier (ce n'était pas mieux avant, ce qui ne justifie nullement la situation présente). Où sont la diversité, la correcte représentation du « peuple » (à moins qu'il ne faille enterrer celui-ci ?) et donc quelles sont les chances d'un débat politique allant honnêtement et complètement « au fond »jusqu'aux puissants intérêts toujours dissimulés, échappant aux escamotages, aux illusions, aux « poisons » divers ?<br /> 5) Cette déroute largement souhaitée des partis, qui a porté Macron, me fait penser à cette curieuse « Note sur l'abrogation générale des partis », de Simone Weil 1940 (écrits de Londres). Les partis étant supprimés, pensait-t-elle, chacun se déterminerait non « en tant que... », mais en son âme et conscience, dans une démarche personnelle et rationnelle, par un débat ouvert, confrontant les « altérités » multiples, aboutissant à un « consensus » harmonieux. C'est bien. Dans un ciel pur.<br /> Bref, l'idéologie, et la pire après l'échec (non souhaité) de celle qui nous gouverne toujours et à présent, a de beaux jours devant elle.<br /> Cela dit, j'aimerais beaucoup me tromper.<br /> <br /> Gérard Jaffrédou<br /> 9. VII. 2017
Répondre
E
Ce que j’aime chez toi, c’est la vérité de ta posture. Tu dis ce que tu penses même si tu n’es pas dans la posture de l’autre ou des autres. C’est ce que j’apprécie et cela donne à chacun la liberté de penser ce qu’il veut et d’agir comme il veut. Tu ouvres un espace de liberté. Autrement dit, tu es dans l’affirmation du sujet dans le discours et cela c’est une position non idéologique de base. L’idéologie n’est pas dans l’affirmation d’un sujet, elle est dans un savoir sans sujet. L’idéologie exclut l’autre parce qu’il vient polluer le discours du savoir, qui doit rester objectif. Comme tu l’as toi-même précisé elle évolue dans le ciel pur des idées vraies. Mais alors qu’est-ce que la vérité ? Le Christ a dit : « Je suis la vérité ». Pourquoi ? Parce qu’il est lui-même tout en faisant sa place à l’autre.<br /> Sur la position de Macron, j’ai bien conscience que les appréciations sur sa posture ne peuvent être que diverses. Personnellement j’y ai vu l’affirmation que l’autre devait avoir sa place dans le parti, non pas pour dire que la gauche et la droite sont la même chose, mais pour souligner qu’elles ne peuvent fonctionner dans une opposition radicale qui finit par les rendre stériles. C’est une question que je me suis posé depuis quarante ans : il me paraissait évident que la constitution du sujet devenait de plus en plus une exigence fondamentale face à la mondialisation. Mais pour moi, la gauche et la droite, c’est comme le masculin et le féminin, elles ne peuvent fonctionner que l’une par rapport à l’autre et elles sont internes à chacun des sujets. Il est donc illusoire de vouloir fabriquer des sujets de droite et des sujets de gauche. Sans doute peut-il y avoir des prédominances, mais vouloir de la droite pure et de la gauche pure, c’est précisément cela l’idéologie. Et c’est d’autant plus grave, dans ce cas, qu’il n’y a plus de fécondation dans la pensée et dans l’action. Nous entrons dans un monde sans création.<br /> J’en reste finalement à une position simple. Être idéologue c’est vouloir construire un monde avec du même, comme dans Babel, sans autre et sans sujet individuel…
E
L’Idéologie dans l’Inquisition<br /> <br /> Avec l’Inquisition, nous avons une nouvelle forme d’idéologie mortifère. La raison en est que l’Idée (le dogme) l’emporte sur le sujet. Il y a dans le sujet quelque chose d’absolu que le dogme ne peut pas supplanter. Et ce qui est ici absolu c’est l’autre : je suis autre. D’une certaine façon je peux dire « je suis » parce que l’autre c’est la présence de l’Être : d’une certaine façon, c’est l’Être.
Répondre
A
Dans le Parménide l'Autre est clairement Dieu, qui est tellement Autre qu'il n'a pas domination sur les choses d'ici-bas et en particulier sur nous. Si tu as les oeuvres de Platon dans la Pleiade, tu trouveras cette idée de Platon (ou de Parménide) à la page 204 du tome 2.<br /> <br /> Bonne soirée
Répondre
E
Je suis allé dans le poème de Parménide (qui n’est pas le Parménide de Platon) et ce qu’il appelle l’être c’est effectivement ce que la Bible appelle Dieu. « Je suis Celui qui Est ».<br /> <br /> II n’est plus qu’une voie pour le discours,<br /> c’est que l’être soit; par là sont des preuves <br /> nombreuses qu’il est inengendré et impérissable,<br /> universel, unique, immobile et sans fin. <br /> [5] Il n’a pas été et ne sera pas; il est maintenant tout entier, <br /> un, continu. Car quelle origine lui chercheras-tu ? D’où et dans quel sens aurait-il grandi? De ce qui n’est pas? Je ne te permets <br /> ni de dire ni de le penser; car c’est inexprimable et inintelligible<br /> que ce qui est ne soit pas. Quelle nécessité l’eût obligé <br /> [10] plus tôt ou plus tard à naître en commençant de rien? <br /> Il faut qu’il soit tout à fait ou ne soit pas. (Parménide).
A
Je trouve ton nouveau blog intéressant, d’autant plus qu’il est de plain-pied avec ma réflexion actuelle sur « l’un et le multiple », et adhère avec le contenu. J’en profite pour broder un peu autour. L’absolutisation qui accompagne l’idéologie ne provient-elle pas de l ’ « Idée » de Platon qui elle-même a un caractère d’absolu, mais que nous ne pouvons atteindre. Les idées que nous avons nous-mêmes, sur lesquelles sont basées les idéologies, ne sont que des représentations limitées et incomplètes des « Idées » telles que définies par Platon, même si elles participent partiellement de l’Un ou de l’absolu.<br /> J’ai, par contre, une critique qui me paraît fondamentale à propos de ce qu’a dit ou écrit Althusser prétendant combattre l’idéologie par la science. Cela est d’autant plus étonnant que l’auteur commet ainsi la même erreur que les idéologues, en absolutisant la science qui ne peut absolument pas l’être, pas plus que les idées. Encore une fois, comme l’a écrit Platon : « la Science-en-soi nous n’avons pas de part. »
Répondre
E
Tu poses une question intéressante. Il y aurait dans l’idée de Platon la présence de l’Autre. Autrement dit, l’Idée me précède. Elle n’est pas l’absolutisation d’une idée humaine : dans ce cas, il y aurait effectivement idéologie. Tout cela est à réfléchir.<br /> <br /> Hier, j’ai envoyé un message à quelqu’un qui fait une analyse des Paroles du Christ dans l’Evangile. Il tend à leur donner une dimension absolue et je lui ai répondu qu’on était tout proche de l’idéologie parce que l’important n’est pas de mettre l’absolu dans la parole mais dans celui qui parle. La difficulté avec Platon, c’est qu’on ne sait pas qui est l’Autre, à l’origine de l’Idée. A suivre…<br /> <br /> Sur la science perçue par Althusser, il lui donne un caractère absolu, ce qui ne peut être le cas. C’est un des points où la pensée d’Althusser montre sa fragilité et tend à basculer dans l’idéologie : je suis d’accord.
M
Je reviens sur ta réponse et je suis sidéré que tu ne situes la politique que dans des rapports de force entre groupes et non comme choix à réaliser: sur les institutions elles-mêmes qui ne font pas l'objet d'une réflexion sérieuse, sur la séparation des pouvoirs quasi inexistante en France avec les conflits d'intérêts qu'elle produit(et sa conséquence sur l'esprit de corruption), sur la centralisation administrative avec ses coûts, sur la politique industrielle qui aura une influence sur le chômage. <br /> Dans aucun pays démocratique le parlement lui-même peut voter une modification de son mode d'élection, de son nombre de députés. Il y a là forcément conflit d'intérêts. Tout ceci est normalement inscrit dans la constitution qui ne peut être modifiée que par un vote populaire. <br /> <br /> A bientôt,
Répondre
E
Je pense que tu as raison de mettre l’accent sur les choix à réaliser, mais sans laisser tomber pour autant les rapports de force entre groupes. Il y a ici, me semble-t-il, une dialectique à sauvegarder. En fait, j’étais parti, personnellement, en cohérence avec ma réflexion principale, sur le choix de l’altérité ou en tout cas la sauvegarde cette altérité. C’est un point qui me paraît essentiel…
M
Bonjour,<br /> <br /> Je ne saurais dire si l'idéologie est déjà présente dans la tête de notre président mais il ne se caractérise pas par la recherche de l'altérité, plusieurs ministres et de nombreux conseillers sont des énarques. Et ceci a des conséquences qui ont de fortes chances d'être désastreuses: plus de ministre de l'industrie ou du commerce extérieur, venant normalement en appui des entreprises. Nous allons refaire la sottise qu'on a connu avec les subventions pour l'installation de panneaux solaires où celles-ci ont fait le bonheur des entreprises allemandes puis chinoises en subventionnant maintenant les entreprises allemandes spécialistes de l'éolien pour des montants s'élevant à plusieurs milliards. Je crains que les énarques n'aient une image de l'entreprise qu'au travers des banques.<br /> <br /> Voilà ce que m'inspire ton texte.
Répondre
E
J’ai trouvé qu’avec Le mouvement en marche, il y avait un essai de réintroduire l’altérité et sa fécondité dans le politique. Maintenant je conçois que chacun n’ait pas la même perception de cette situation nouvelle. De toute façon cela a provoqué un nouvel espoir chez un certain nombre de citoyens. La suite, pour autant, n’est pas gagnée : il y aura des problèmes avec l’opposition, avec les syndicats ou encore avec la presse, et surtout avec les classes populaires. Mais personnellement je ne désespère pas sur une certaine capacité du gouvernement pour les traiter. C’est vrai que les énarques ne sont pas toujours les mieux placés pour bien connaître les entreprises…
G
L'article est maintenant référencé par google
Répondre
R
L'idéologie<br /> l'idéal, l'idée, l'idole<br /> René Kaës<br /> Dunod<br /> <br /> Cet ouvrage est l'occasion pour René Kaës de présenter le point de vue psychanalytique sur l'idéologie. Il montre la permanence de l'idéologie comme position mentale. La toute-puissance de l'idée, l'emprise des idéaux radicaux et la transformation de la croyance en idole en sont la consistance psychique de base.<br /> Dans un contexte culturel et géopolitique actuel en profonde mutation, René Kaës nous offre les outils conceptuels pour analyser les effets des nouvelles idéologies sur l'espace psychique.
Répondre
H
Merci, Étienne.<br /> <br /> Je trouve pertinente cette critique de l'idéologie conne destruction du rapport à l'autre.<br /> <br /> Amitiés<br /> <br /> Hugues
Répondre
E
Merci Hugues pour ta bienveillance.
F
Oui, merci, en version Word je peux lire et imprimer sans problème. Ce n'est pas la m^me présentation que je trouve sur le blog.<br /> <br /> A bientôt.
Répondre
F
Etienne, essaie de me renvoyer le texte en fichier joint, comme tu dis.<br /> <br /> Si je regarde sur ton site, je t'assure, après le premier paragraphe apparaît un document vidéo der publicité qui dure plusieurs minutes et que je ne peux enlever et qui occupe tout l'écran. Et si je fais "imprimer le texte", il y a des phrases et paragraphes qui sont couverts par d'autres messages que je ne peux enlever...
Répondre
E
Je t'envoie le texte en fichier joint immédiatement.
P
L'Idéologie et l'utopie <br /> Paul Ricoeur<br /> Ce livre est issu d'un cours donné par Ricoeur aux États-Unis, à Chicago, dans les années 1980. Comme dans ses autres ouvrages, Ricoeur s'y révèle un lecteur hors pair de philosophes ou de non-philosophes - Marx, Althusser, Karl Mannheim, Max Weber, Habermas, Geertz, Saint-Simon, Fourier.<br /> Alors que l'idéologie vient légitimer le réel, l'utopie se manifeste comme une alternative critique à ce qui existe. Si l'idéologie préserve l'identité des personnes ou des groupes, l'utopie, pour sa part, explore ou projette du possible. Toutes deux se rapportent au pouvoir et font partie de notre identité, mais la première est orientée vers la conservation, la seconde vers l'invention. Destinées à des étudiants, ces «lectures» d'un grand philosophe constituent elles-mêmes une authentique oeuvre de philosophie politique.<br /> (Le Seuil)<br /> <br /> http://www.seuil.com/ouvrage/l-ideologie-et-l-utopie-paul-ricoeur/9782020837880<br /> <br /> Pour retrouver l'annonce du Seuil, appuyer sur Paul Ricoeur
Répondre
J
En réhabilitant le concept d’idéologie, Paul Ricœur s’emploie à résoudre son paradoxe sous-jacent, mis en évidence par K. Mannheim. Tout se passe en effet comme si toute critique de l’idéologie était soupçonnée elle-même d’appartenir à une idéologie. Pour sortir de ce cercle vicieux, P. Ricœur ne suit ni la voie engagée par la « science » marxiste ni la voie inspirée par la sociologie de la connaissance dont il montre respectivement le caractère aporétique. La contribution originale de l’herméneute consiste à résoudre le paradoxe de l’idéologie en puisant dans les ressources d’une philosophie politique. À l’opposition inopérante science/idéologie, Ricœur préfère mettre en œuvre une dialectique subtile entre utopie et idéologie. En d’autres termes, une critique de l’idéologie n’est concevable que sur la base d’un discours utopique qui met à distance l’ordre social en proposant un horizon émancipateur.<br /> <br /> http://www.cairn.info/revue-raisons-politiques-2003-3-p-149.htm
F
Etienne, les connexions internet sont enfin revenues, depuis presque trois semaines ... j'ai pu regarder rapidement ton dernier envoi avec le texte sur l'idéologie, mais impossible de le lire et de l'imprimer, il y a des fenêtres de publicité étonnantes qui apparaissent tout le temps et l'impression du texte est illisible... quoi faire? Il y a d'autres versions lisibles de ce texte? Sinon, pas évident...<br /> <br /> A première lecture j'ai trouvé ton texte stimulant et intéressant, même si la référence à l'idéologie mériterait d'être davantage clarifiée au départ, pour s'y retrouver mieux... mais de toutes façons le fait de souligner la prise en compte de l'altérité (donc de la diversité et même de la contradiction éventuellement, de l'accord et du désaccord, pour construire ensemble...) est essentielle, et pas seulement dans une relation sociale de "groupe" mais aussi dans une relation et construction "interpersonnelle". On expérimente avec cette aventure de Macron, mais aussi dans notre quotidien, la différence entre, ce que je pense, ma vision des choses, est à moi et je la vis "en opposition" de principe par rapport à toi et à ta vision (donc pas d'écoute ni de véritable 'attention' à l'autre, mais que fonctionnement par rapport à ma grille et à ma vision des choses...) ou bien en mise en commun, en échange et dialogue de points de vue et de comportements différents, en vue d'une "avancée commune", un "bien commun" à co-construire en dialogue et en confrontation... oui, pas l'accord servile et superficiel de principe pour te faire plaisir et obtenir mon intérêt, pas d'opposition aveugle et de principe pour me justifier moi-même ,mais la confrontation constructive de la diversité dans une clarification de points de vue et de comportements "différents" sur des principes d'action et sur des expériences de vie....<br /> <br /> Mais c'est un peu rapide tout ça et peut-être pas très pertinent à ton texte, mais l'ayant lu une seule fois et rapidement, je te donne ce premier écho qui est surgi dans ma tête et par rapport à mon expérience de vie et à "mes valeurs" comme on dit...<br /> <br /> À bientôt. Francesco
Répondre
E
Merci Francesco de tes premières réactions pour mettre la réflexion en mouvement. Je ne sais pas si Macron a complètement raison mais il y a un essai de mieux intégrer l’autre et sa position. Je suis tout à fait d’accord avec toi lorsque tu parles de « la confrontation constructive de la diversité dans une clarification de points de vue et de comportements "différents" sur des principes d'action et sur des expériences de vie.... »<br /> <br /> Sur l’idéologie, je me suis posé la question de savoir s’il fallait expliciter davantage : c’était alors rentrer dans un discours de spécialiste. Après y avoir beaucoup réfléchi, j’ai pensé que la mise en évidence de la non référence à l’autre était plus percutante et à la limite plus juste.<br /> <br /> Sur la publicité, je ne sais pas que te dire. Je n’ai pas cet inconvénient. Il me semble qu’il ne doit pas y avoir de problème si tu télécharges le texte en fichier joint.
C
Une conception de l’idéologie d’inspiration marxiste :<br /> <br /> Loin d’être neutre, l’idéologie est un système d’idées et de représentations du réel étroitement dépendant des conditions sociales et historiques d’existence, et par conséquent aussi des intérêts sociaux particuliers des classes sociales, et en tout premier lieu de la classe sociale qui exerce le pouvoir (notion d’idéologie dominante). En ce sens le concept d’idéologie est connotée de façon dépréciative : le propre de l’idéologie est de se présenter comme universelle et anhistorique, alors qu’elle ne fait qu’exprimer des intérêts particuliers. Les idées ne sont que le « reflet » des rapports sociaux de production, c'est-à-dire de la vie matérielle des hommes concrets. En tant que vision du monde justifiant un ordre social existant, désormais « paré de nature et d’éternité » (R. Barthes), l’idéologie est mensongère et mystificatrice. Nous retrouvons la même dénonciation chez tous les « philosophes de l’ère du soupçon » (inaugurée par Marx) : le mot idéologie va désigner le mensonge à soi-même autour duquel s’élaborent les philosophies, les religions, et d’une manière générale tout système d’idées. Comme Marx, pour qui les idéologies sont des « opiums du peuple » étant réellement destinées, sous prétexte de dire le sens de la vie, à cacher une situation d’exploitation intolérable, Nietzsche dénonce le vers de terre (« le faible », dans le vocabulaire nietzschéen)qui érige l’humilité et la faiblesse en vertus pour échapper à l’insoutenable spectacle du pied qui l’écrase. La morale chrétienne étant de ce point de vue une gigantesque mystification idéologique. D’une façon générale, la définition de l’idéologie que donnent des philosophes comme Jaspers ou Mannheim est proche de cette conception de l’idéologie comme « fausse conscience » :<br /> <br /> <br /> <br /> Appuyez sur café philosophique.
Répondre
O
Merci à Olivier pour sa référence sur son blog de blogs. Appuyez sur son nom pour le découvrir.
Répondre
J
L'article ci-dessous m'intéresse à priori -- même si je ne réponds quasiment jamais . J'ai beaucoup à faire . Et je sais que je fais du bon travail en faveur de la paix sociale, même si les résultats sont pitoyables (dûs à l'ère du temps, ou au fait qu'il n'y a plus aucune notion du bien commun et de l'espace public collectif !) . <br /> <br /> Je lirai les 4 pages dans l'été, à tête reposée .
Répondre
E
Si tu peux m'envoyer d'autres réflexions dans l'été, j'en serai ravi...

  • : le blog mythesfondateurs par : Etienne
  •   le blog mythesfondateurs par : Etienne
  • : Mythes, articles à partir des mythes, réactions sur le site Mythes fondateurs http://mythesfondateurs.over-blog.com/ Le mythe et le conte sont la parole dans sa première gestation. C'est pourquoi, si la parole est malade, comme le dit Vittorio Gasman, il devient urgent de revenir à ses fondements qui sont encore à notre disposition, à travers les mythes et les contes. Lorsque la parole ne fonctionne pas, c'est la violence qui gagne. Les mythes et les contes, par l'apprentissage du processus symbolique qu'ils proposent, sont là pour nous aider à faire sortir la parole de la violence. C'est de la naissance de l'homme lui-même dont il s'agit.
  • Contact

Recherche

Articles RÉCents

Blog De Mythes Fondateurs

Liens

Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -