Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
20 janvier 2017 5 20 /01 /janvier /2017 21:39

Le déluge

 

Un double danger pour l’homme : la fascination qu’exercent sur lui l’amour sexuel et la mort

 

Normalement dans son évolution, l’homme est menacé à chaque instant. Mais les dangers sont plus particuliers à chacune des époques qu’il traverse. Aujourd’hui, la fascination qu’exercent l’amour sexuel et la mort, n’est pas la seule menace qui mette en péril l’avenir des individus et de la société. Mais elle a cette particularité qu’elle contrarie gravement la constitution du sujet lui-même. Nous procéderons donc en deux temps : dans une première partie nous traiterons de l’amour sexuel et, dans une seconde démarche, nous nous attarderons sur la fascination de la mort.

 

I. L'amour sexuel

Il ne s’agit pas ici de disqualifier l’amour sexuel mais simplement de le mettre à sa place sans qu’il prenne une dimension d’absolu comme le suggèrent trop souvent les films de la télévision produits à la chaîne.


L’amour sexuel fondateur du couple humain

Il est particulièrement intéressant de jeter un œil sur le mythe que retient la Bible dans le second récit de la création. Ce récit est assez proche de notre mentalité actuelle car il nous place délibérément dans la perspective d’une évolution des êtres vivants en général et de l’homme en particulier. Dieu a commencé par modeler l’homme avec de la glaise et lui a communiqué de son souffle pour qu’il devienne un être vivant. Mais il a pensé qu’il lui fallait une aide assortie. C’est alors qu’il a créé des oiseaux et des bêtes sauvages. Et il appartenait à l’homme de leur donner un nom. Manifestement il y avait ainsi une sorte de fraternité entre l’homme et les animaux et pourtant aucun de ces animaux ne pouvait constituer l’aide recherchée pour Adam. Il fallait passer à un niveau supérieur et le texte dit que le créateur prit une côte de l’homme pour en faire une femme. Apparemment la côte évoque le cœur et le mythe veut nous faire comprendre que la femme naît de l’amour de l’homme et sans doute réciproquement. Ainsi, à la base du couple, il y a l’amour sous sa forme sexuelle.

 

Alors, Yahvé Dieu fit tomber une torpeur sur l’homme, qui s’endormit.

Il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place.

Puis, de la côte qu’il avait tirée de l’homme,

Yahvé Dieu façonna une femme et l’amena à l’homme.

Alors celui-ci s’écria :

« Pour le coup, c’est l’os de mes os

Et la chair de ma chair !

Celle-ci sera appelée « femme »,

Car elle a été tirée de l’homme celle-ci ! »

C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère

Et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair.

Or tous les deux étaient nus, l’homme et sa femme,

Et ils n’avaient pas honte l’un devant l’autre.

(Bible de Jérusalem, Genèse, chapitre 2)


L’amour sexuel court le risque de se fermer sur lui-même et de conduire à la mort

C’est ce qui arrive à Don Giovanni dans l’opéra de Mozart, qui utilise une dimension comique pour faire passer le côté tragique de la situation. La musique qui associe l’ordre et le mouvement, la sensibilité et l’intelligence, la vie et la mort,  a l’art de révéler le grotesque ou la justesse des situations.  Elle nous montre l’amoureux passer de femme en femme, fier de toutes ses conquêtes : Donna Elvira, Donna Anna et la petite Zerlina. Sans doute un amour éphémère n’est-il pas absent de toutes ces relations successives. Mais le conquérant est en train de tuer le désir en refusant le manque, compromettant ainsi finalement l’amour lui-même qui se nourrit directement du souffle que contient le manque lui-même. Bien plus, le sujet est détruit ; il a besoin de la respiration et du jeu que permet l’espace de séparation entre les êtres. Ici c’est la rupture qui prévaut et non l’indispensable séparation. Chacun doit savoir en effet qu’il n’existe pas de relation durable sans séparation. Finalement, la mort prend le pas sur la vie : le commandeur Don Pedro est tué par le grand soupirant mais sa statue trouvera l’énergie nécessaire pour ouvrir le chemin de l’enfer au meurtrier, victime d’un amour sexuel insatiable.


L’homme et la femme au-delà du couple

En réalité la femme et l’homme ne se définissent pas uniquement par leur appartenance au couple. C’est ce qu’évoque le premier mythe de création présenté par la Bible. Il souligne que l’homme et la femme sont créés à l’image de Dieu : il y a en eux un absolu, qui va leur permettre d’élargir leur amour au-delà de la sexualité

Dieu créa l'homme à son image,
A l'image de Dieu il le créa,
Homme et femme il les créa.

(Genèse, ch. 1)

De leur côté, les Indiens d’Amérique du Sud reprennent une idée semblable dans le conte « L’épouse qui venait des cieux ».  Ils attirent notre attention sur la femme, revêtue d’une robe d’argent, qui en fait une étoile. Elle creuse le désir de l’homme, mais il y a en elle quelque chose d’insaisissable, qui l’empêche d’être l’objet d’un partenaire masculin. Dans l’amour, elle est là pour amener l’homme qu’elle aime à regarder vers le ciel.

 Assez récemment, la femme, en particulier, a pris conscience de sa dimension de sujet à part entière : elle ne peut plus s’enfermer dans sa relation à un époux ou à un ami masculin. Son horizon l’entraîne au-delà et c’est cet horizon qui doit l’introduire dans une situation paradoxale où sa relation de couple n’est pas détruite, mais peut être vécue sans aliénation et sans véritable dépendance. Sans doute une telle prise de conscience est-elle, pour une part importante, responsable de la crise de la famille actuelle car l’attitude de la femme devient aussi celle de l’homme. Cette crise serait donc le symptôme non pas d’une régression mais d’un progrès en humanité. Il resterait alors à chacun de réinventer le couple et la vie familiale.
 

Epouser la vacuité pour donner sa place à l’amour sexuel et le dépasser

Un conte bouddhiste peut nous aider à avancer encore dans  notre réflexion. Il s’intitule « Il épousa la vacuité ». Dans une ville, une femme à la beauté inégalable apparut sans que l’on sache d’où elle venait. Trois cents jeunes gens se présentèrent pour l’épouser. Mais comment une seule femme pouvait-elle épouser un aussi grand nombre de prétendants ? Pour procéder à une première élimination, la femme en question proposa à chacun d’apprendre par cœur, pendant vingt-quatre heures, le sutra du lotus de Bouddha jusqu’à pouvoir le répéter entièrement. Dix des trois cents jeunes gens réussirent leur examen de passage. C’était pourtant encore trop pour une seule femme quelle que fût sa beauté. Qu’à cela ne tienne. Une nouvelle exigence s’imposait. Il ne suffisait pas de répéter mot à mot le texte mais d’en comprendre le sens. Vingt-quatre heures après, trois seulement se présentèrent à l’examen qu’ils réussirent avec succès. L’exigence devint alors plus intérieure : il fallait non seulement comprendre le sens mais le goûter au point de devenir lotus soi-même. Le jour suivant, un seul se manifesta et il devint ainsi l’heureux élu. La femme l’entraîna près de sa maison. Ses parents eux-mêmes le reçurent avec beaucoup de gentillesse. Puis après une aimable discussion, ils lui montrèrent la porte de la chambre. Plein d’attente joyeuse, il la poussa. Or il n’y avait ici que les chaussures dorées de la jeune fille. Celle-ci devait être dans le jardin mais personne n’était dans le jardin. C’est donc à la rivière qu’elle voulait entraîner le jeune homme. En fait, elle avait complètement disparu. Et alors on entendit un grand éclat de rire. Le « fiancé » se mit à rire à son tour, et épousa la vacuité. (Histoire tirée du livre « Autobiographie d’un mystique spirituellement incorrect » d’OSHO). Ainsi s’engager dans l’amour sexuel en épousant une femme ou un homme suppose que l’on épouse en même temps la vacuité pour donner toute sa place au manque et à l’espace nécessaire de la séparation.

 

II La fascination de la mort

La fascination de la mort est souvent liée à la peur de la mort elle-même. Mais, dans certains cas, elle est le résultat d’une inversion des valeurs qui peut ébranler les bases de l’humanité.


La peur de la mort, qui rend l’amour impossible

Emi avait, jusqu’ici, beaucoup guerroyé dans le métier des armes. Il voulait maintenant sortir de la violence et découvrir la paix intérieure. Pour entrer dans une nouvelle vie, il s’en alla voir un ermite, réputé pour sa sagesse et sa bonté.  Pendant trois jours, le saint homme lui apprit à méditer, à maîtriser son souffle et à conduire ses pensées ; le guerrier était encouragé à poursuivre son initiation tout seul. Pendant une année il répéta les exercices qu’il avait appris mais il n’arriva pas à sortir de son avidité, au point que non seulement il était incapable d’aimer les autres mais il était même dans l’impuissance à s’aimer soi-même. Malheureux il vint se plaindre auprès de l’ermite. Celui-ci ressentit pour lui une profonde compassion. Il lui montra comment sortir des excès des sens et atteindre la paix du cœur ; il  le renvoya alors à ses exercices. Le disciple s’efforça d’appliquer les conseils du maître mais les progrès ne se manifestèrent pas aussi vite qu’il le souhaitait. De plus en plus il sentit se développer en lui une grande agressivité à l’égard de l’imposteur. Son ressentiment le poussa à revenir à la charge en insultant l’incompétent. Sans maugréer, celui-ci alla chercher son jeu d’échecs. « Nous allons engager une partie, dit-il. Celui qui perdra aura la tête tranchée ». Sentant qu’il y avait là une manœuvre dont il ne pouvait encore déchiffrer le sens, le guerrier  voulut relever le défi du maître. La partie commença mais rapidement il perdit l’avantage. En peu de temps, il se trouva près de la débâcle. Il ressentait déjà la lame d’une épée s’enfoncer dans sa gorge. Son adversaire restait pourtant impassible. Alors il reprit courage se disant que jusqu’ici il était un bon joueur. En peu de temps, il finit par découvrir une faille dans le jeu de l’adversaire. Il éleva la reine pour la placer dans la faille, mais, comme s’il avait déjà l’épée en main, il ne put baisser son bras. Il y a un instant, le sage n’a pas voulu profiter d’une situation avantageuse. Comment lui pouvait-il faire apparaître son ingratitude ? Le maître reprit son rôle : il renversa l’échiquier. « Il faut d’abord vaincre la peur, dit-il. Ensuite l’amour peut trouver sa place ».  (Conte de Thaïlande, repris dans « L’arbre au trésor » d’Henri Gougaud, aux éditions du Seuil)

 

La volonté de l’éliminer

La peur de la mort dicte nombre des comportements humains. La médecine elle-même est affectée. Un secret espoir voudrait faire croire que nous avons tout avantage à l’ignorer, voire même à l’éviter  et,  qui sait, à la faire disparaître. C’est pourtant le contraire qui est vrai.

Il y avait, en Inde, un arbre qui était plus vieux que le monde. Chaque année il portait des fruits magnifiques même si la saison était mauvaise. Mais cet arbre était inquiétant. Il avait deux branches. De tout temps, les grands sages prétendaient que l’une des branches portait de bons fruits mais que sur l’autre tous les fruits étaient empoisonnés. Jusqu’ici personne ne savait quelle était la bonne branche et personne n’avait osé goûter les fruits. Alors arrive une grande famine. Les villageois les plus proches risquent de mourir de faim. Or, un jour, un grand nombre d’entre eux sont réunis sous l’arbre pour trouver une solution à la menace qui les accable. Soudain, un vieillard qui pensait mourir le lendemain, finit par se dresser sur ses jambes affaiblies. Il cueille un fruit sur la branche de droite : son énergie revient et il se dresse maintenant sans effort, l’air bienheureux. Toutes les femmes et tous les hommes se précipitent sur la branche de droite. Le soir même, le conseil du village se réunit. Chacun avoue qu’il est temps de prendre une décision de sagesse : il faut couper la branche meurtrière de gauche. Les bûcherons exécutent la sentence sans arrière-pensée.  Le lendemain matin, les habitants se précipitent pour cueillir leur nourriture : il n’y a plus un fruit sur l’arbre. L’arbre est mort. (L’arbre, conte de l’Inde)

Chacun aura compris que la vie et la mort ont partie liée et qu’il est dangereux, pour la vie elle-même, de vouloir éliminer la mort.


La fascination de la mort sous l’effet de la peur

Le prophète Daniel, selon la tradition,  a vécu en Babylonie, dans les années 160 avant Jésus-Christ. Il avait conquis l’amitié du roi, dont il interprétait les rêves. C’est lui qui nous livre un texte sur la fascination de la force de mort sous l’effet de la peur qu’elle inspire. Il y avait à Babylone un grand serpent, qui était vénéré par tous. Il n’est pas une statue, il est un dieu vivant qui mange et qui boit. Le roi invite donc Daniel à se prosterner devant lui. De son côté, Daniel veut s’efforcer de montrer qu’il s’agit là d’une supercherie. Il promet au roi de tuer le dieu sans épée ni bâton. Sans tarder il mélange de la poix, de la graisse et du crin qu’il réduit en fines boulettes.  Le serpent affamé mange la précieuse nourriture qui lui est présentée et finit par crever. Devant un tel spectacle, les Babyloniens sont fous de rage et exigent que le roi leur livre l’assassin de leur dieu. La vie du souverain est en danger. Aussi est-il contraint de répondre à l’exigence du peuple. La foule excitée jette alors Daniel dans la fosse aux lions pour une durée de six jours. C’est une condamnation à mort sans échappatoire. Daniel sait pourtant que le déchaînement de violence auquel il est soumis et la sacralisation du Serpent obéissent à un même mécanisme pour tenter de se soustraire à la force de mort dont ils ont peur.  Il est lui-même un bouc émissaire. Conforté par le prophète Habacuc,  il se nourrit de la Parole de Dieu que ce dernier lui apporte.  Cette parole de Dieu agit comme une boussole qui lui permet de repérer les jeux mensongers qui sont à l’œuvre dans une telle affaire. C’est ainsi que la peur le quitte et les lions prêts à le dévorer finissent par devenir comme de vrais disciples, sous l’effet de la paix profonde qui émane de lui.

Le roi lui-même n’est pas dans une telle quiétude. Le septième jour, il vient pour pleurer son ami. Mais l’ami est assis tranquillement au milieu des lions et va lui faire découvrir la fausse logique, qui, sous l’effet de la peur, conduit les adorateurs du serpent à une fascination par la mort et la force de mort.


La fascination par une force de mort, destructrice des racines de la vie

Il existe une autre fascination, extrêmement dangereuse, qui semble être à l’œuvre dans le comportement actuel de certains islamistes. Elle est mise en relief dans le mythe grec du déluge.

Nous sommes au temps du roi arcadien Lycaon. Celui-ci se moque aussi bien des dieux et de son peuple. Or, un jour, il apprend que Zeus est de passage dans la région. Il veut l’honorer en lui offrant  en festin la chair rôtie d’un Molosse. Zeus pourtant ne se laisse pas prendre au piège. Il comprend que les lois qui visent à promouvoir la vie sont en sérieux danger. Lycaon s’attaque aux racines de la vie car la vie elle-même est mise au service de la mort. Bien plus il fait de son forfait une offrande à la divinité, comme ceux qui pensent, aujourd’hui, honorer le Dieu unique de l’Islam en lui faisant l’offrande de leurs assassinats. Le mythe nous fait entendre que ce n’est pas seulement l’humanité qui perd alors  ses assises mais c’est la planète elle-même qui est mise en péril. Lycaon finit par manifester sa véritable nature car il est transformé en loup furieux,  assoiffé de sang.

 Zeus cherche finalement à purifier la terre et à refonder l’humanité en provoquant un déluge gigantesque. Il ne faut pourtant pas prendre ici le texte à la lettre : il est seulement important d’en déchiffrer le sens.

« Les eaux envahirent les villages et les villes, recouvrant les champs, les buissons et les arbres. Bientôt le niveau atteignit les toits et même le sommet des tours. Les gens essayaient de se sauver en nageant mais la pluie les assommait. Quelques-uns parvinrent à gagner le sommet des montagnes, mais bientôt l’eau les submergea, entraînant leurs corps dans les profondeurs infinies de la mer nouvelle. Ceux qui montèrent dans des barques et dans des bateaux pour essayer de sauver leur vie firent naufrage sur les anciennes montagnes transformées en récifs… »


Remettre la mort à sa place pour en faire une force de vie

Le Mont Parnasse s’élevait encore au-dessus de l’eau, lorsqu’arriva une petite embarcation avec, à son bord, Deucalion, fils de Prométhée et Pyrrha sa femme. Ils n’étaient pas dans les excès de Lycaon : ils étaient honnêtes, justes et pieux. Zeus à leur vue décida d’écarter les nuages et les pluies et de libérer la terre. En fait, le déluge ne faisait que révéler le dysfonctionnement des hommes : l’eau qui est une force de vie devenait elle-même une force de mort. C’est une manière de dire que les comportements négatifs des hommes peuvent compromettre l’avenir de la terre.

Ils se mirent alors à prier sur les marches pleines de mousse d’un temple consacré à Zeus. Le dieu finit par écouter leur prière. Il leur conseilla : « Quittez ce temple, voilez vos têtes, et jetez derrière vous les ossements de votre grand-mère ». Ils mirent un peu de temps à comprendre que les ossements de la grand-mère étaient les pierres elles-mêmes. Ils exécutèrent alors le vœu du Grand dieu. Les pierres que jetait Pyrrha se transformaient en femmes et celles que jetait Deucalion se transformaient en hommes. La terre pouvait ainsi être repeuplée d’une nouvelle race d’êtres humains, amoureux de la vie.

Il fallait retrouver la véritable logique, qui fait de la mort une force positive lorsqu’elle est au service de la vie elle-même, c’est-à-dire lorsqu’elle passe derrière. La logique de Lycaon consistait par contre à faire passer la mort en première ligne et à mettre la vie à son service. Un aspect de la réalité peut d’ailleurs étayer l’idée d’une mort conçue comme force de vie : Il semble que les os évocateurs de la mort contiennent dans leur moelle les principes de la vie elle-même.

Il est donc urgent de sortir de la peur en comprenant que la mort nous accompagne dès notre naissance et que son rôle consiste à éliminer tous les déchets qui contrarient l’élan de la vie et peut-être à nous faire passer, un jour, à une plus grande plénitude.

Etienne Duval

 

Partager cet article

Repost0

commentaires

N
Bonjour je me prénomme nadia mère de 3 enfants. Je vivais à briouze avec mon mari, quand en 2018 il décida d'aller en voyage d'affaire à Bresil , où il tomba sur le charme d'une jeune vénézuélienne et ne semblait même plus rentrer. Ces appels devenaient rares et il décrochait quelquefois seulement et après du tout plus quand je l'appelais. En février 2019, il décrocha une fois et m'interdit même de le déranger. Toutes les tentatives pour l'amener à la raison sont soldée par l'insuccès. Nos deux parents les proches amis ont essayés en vain. Par un calme après midi du 17 février 2019, alors que je parcourais les annonce d'un site d'ésotérisme, je tombais sur l'annonce d'un grand marabout du nom ZOKLI que j'essayai toute désespérée et avec peu de foi car j'avais eu a contacter 3 marabouts ici en France sans résultat. Le grand maître ZOKLI promettait un retour au ménage en au plus 7 jours . Au premier il me demande d’espérer un appel avant 72 heures de mon homme, ce qui se réalisait 48 heures après. Je l'informais du résultat et il poursuivait ses rituels.Grande fut ma surprise quand mon mari m’appela de nouveau 4 jours après pour m'annoncer son retour dans 03 jours. Je ne croyais vraiment pas, mais étonnée j'étais de le voire à l'aéroport à l'heure et au jour dits. Depuis son arrivée tout était revenu dans l'ordre. c'est après l'arrivé de mon homme que je décidai de le récompenser pour le service rendu car a vrai dire j'ai pas du tout confiance en ces retour mais cet homme m'a montré le contraire.il intervient dans les domaines suivants

Retour de l'être aimé
Retour d'affection en 7jours
réussir vos affaires , agrandir votre entreprises et trouver de bon marché et partenaires
Devenir star
Gagner aux jeux de hasard
Avoir la promotion au travail
Envoûtements
Affaire, crise conjugale
Dés-envoûtement
Protection contre les esprits maléfices
Protection contre les mauvais sorts
Chance au boulot évolution de poste au boulot
Chance en amour
La puissance sexuelle.
agrandir son pénis
Abandon de la cigarette et de l'alcool

voici son adresse mail : maitrezokli@hotmail.com vous pouvez l'appeler directement ou l 'Ecrire sur whatsapp au 00229 61 79 46 97
Répondre
P
Merci Etienne pour ces histoires qui nous appellent à une saine réflexion sur le désir, la séparation, le manque, la toute-puissance dont la peur originelle de la mort est une réponse.
Répondre
E
Merci Paule pour tes commentaires qui sont une forme de partage. J’espère que tu as reçu le dernier article du blog : « Comment j’ai retrouvé la vue ». Si tu l’as reçu je serais intéressé par tes réactions.
P
J’avais demandé son avis à Philippe car j’avais trouvé qu’il y avait peu de réactions aux propos de cet article (Etienne)

Oui Etienne!
Je reviens d'une semaine à Bard en Haute-Loire et je fais le tri dans mes mails . . .
C’est vrai que moi non plus je n'avais pas répondu à l'article sur la fascination pour l'amour sexuel et la mort!
Parfois, j'ai du mal à m'exprimer sur de tels sujets . . .
C’est vrai que j'ai été vraiment content de passer un bout de matinée avec toi l'autre fois, d'échanger un peu sur ton dernier texte, mais je me sens quand même souvent un peu terre à terre par rapport à ton niveau de pensée et de réflexion!
À bientôt
Répondre
E
Mon souci c’est de sortir d’un langage parfois compliqué pour être à la portée de la plupart des lecteurs. Le langage n’est qu’un habit. L’important c’est à la réalité qu’il y a dessous. Alors j’aime bien qu’on me ramène au « terre à terre » car je me sens plus dans la vérité. Si donc tu as des choses à dire, fais-le dans ton langage, cela me rend service.
S
Il ne faut pourtant pas être trop obnubilé par certains égarements liés au désir sexuel. Saint Augustin disait : "Celui s'est égaré dans ses passions a moins perdu que celui qui a perdu sa passion".
Répondre
E
Dans le même sens, Jésus fait une de ses plus grandes annonces (l'Eau vive, l'Esprit Saint) a une femme qui avait eu cinq maris et dont le compagnon actuel n'était pas son mari. Par ailleurs Marie-Madeleine,, sa meilleure amie, semble avoir eu des moeurs légères, au point qu'on l'a identifiée à une prostituée.
A
Je renvoie à l'article d'Alice Sirera dans le Huffington Post sur le consumérisme des relations (sexuelles) et l'immaturité affective des trentenaires, aujourd'hui.

Appuyer sur Alice Sirera pour lire l'article.
Répondre
G
Un exemple de fascination : Barbe bleue ou l’oiseau ourdi


Il était une fois un maître sorcier qui se donnait l’apparence d’un pauvre et s’en allait mendier de maison en maison pour s’emparer des jolies filles. Nul au monde ne savait où il les emportait, et jamais plus elles ne revenaient de là-bas.

Un jour, il se présenta à la porte de quelqu’un qui avait trois jolies filles, jolies toutes les trois. Et il avait l’air d’un misérable mendiant tout loqueteux et presque à bout de forces, avec une vieille besace sur le dos qui semblait faite pour emporter les dons de la charité. Il mendia humblement un petit quelque chose à manger, et quand la fille aînée vint pour lui apporter un morceau de pain, il la toucha seulement du bout du doigt, ce qui l’obligea à sauter elle-même dans la besace. Aussitôt l’homme s’éloigna à grandes et solides enjambées, gagnant rapidement une sombre forêt au milieu de laquelle il avait sa maison. Là, dans cette maison, tout était merveilleux, et la jeune fille avait tout ce qu’elle pouvait désirer ou même souhaiter, car il lui donnait tout. « Mon trésor, lui dit-il, ton cœur ici n’aura plus rien à désirer : tu verras comme tu seras bien chez moi. »

Quelques jours passèrent, puis il lui dit :

• Je dois m’absenter et te laisser seule, mais ce ne sera pas long. Voici toutes les clefs de la maison : tu peux aller partout, à la seule exception d’une chambre, à laquelle correspond cette petite clef-ci. Dans celle-là, je t’interdis d’entrer sous peine de mort.

Il lui confia également un œuf, en lui disant :

• Cet œuf, garde-le-moi précieusement et porte-le de préférence toujours sur toi, car s’il venait à se perdre, cela provoquerait un énorme malheur.

Elle prit les clefs ainsi que l’œuf, promettant d’exécuter tout à la lettre. Une fois le maître parti, elle alla ici et là visiter la maison de haut en bas, admirant tout ce qu’il y avait à admirer, les chambres qui étincelaient d’or et d’argent, des merveilles telles qu’il lui semblait n’avoir jamais rien vu d’aussi beau, ni seulement rêvé de pareilles splendeurs. Elle arriva aussi pour finir devant la porte interdite et voulut passer outre. Mais la curiosité la retint, la tracassa, ne la laissa pas en repos. Elle considéra la petite clef, qui ressemblait aux autres, l’introduisit dans la serrure et la tourna un tout petit peu, mais la porte s’ouvrit d’un coup. Et que vit-elle, lorsqu’elle entra ? Au milieu de la chambre, un grand bac plein de sang où nageaient des membres humains, et à côté un gros billot avec une hache étincelante. Elle eut un tel sursaut d’effroi que l’œuf, qu’elle tenait à la main, lui échappa et tomba dans le bac sanglant. Elle le reprit bien vite et voulut le nettoyer du sang qui le tachait, mais elle eut beau laver, frotter, essuyer : il n’y avait rien à faire, le sang réapparaissait toujours.

Peu de temps après, l’homme rentra de son voyage et sa première demande fut pour les clefs et pour l’œuf. Elle les lui tendit en tremblant, et il s’aperçut tout de suite, en voyant les taches sur l’œuf, qu’elle était entrée dans la chambre sanglante.

• Puisque tu es entrée contre ma volonté dans la chambre, lui dit-il, tu vas maintenant y retourner contre ta volonté ! Tu as fini de vivre.

Il la jeta à terre, la traîna par les cheveux dans la terrible pièce, lui trancha la tête sur le billot puis lui coupa les membres en inondant le plancher de son sang, et les jeta avec les autres dans le grand bac.

• Maintenant, je vais aller chercher la seconde ! dit à haute voix le maître sorcier, qui reprit aussitôt son apparence de pauvre mendiant et revint, comme tel, devant la porte de la maison où il avait pris la première demoiselle.

La seconde lui apporta un morceau de pain, il la toucha du doigt et l’emporta comme l’autre. Elle ne connut pas un meilleur sort que sa sœur, car elle aussi se laissa pousser par la curiosité, ouvrit la porte et vit la chambre sanglante avant de le payer de sa vie.

Alors le sorcier s’en alla chercher la troisième sœur, qui était plus intelligente et plus rusée. Après qu’il lui eut remis les clefs et l’œuf et s'en fut allé, elle prit soin tout d’abord de mettre l’œuf en sûreté, puis elle visita toute la maison pour entrer finalement elle aussi dans la chambre interdite. Hélas, que n’y vit-elle pas ? Ses deux sœurs bien aimées gisaient là, horriblement assassinées et coupées en morceaux, dans le bac sanglant, avec d’autres corps ! Courageusement elle s’avança et chercha leurs membres épars, les rassembla et les remit comme il convenait : la tête, le tronc, les bras et les jambes. Et dès que les corps furent complets, quand ils eurent tous leurs membres, sans que rien ne manquât, la vie revint et les parties se ressoudèrent, si bien que les deux sœurs ouvrirent leurs yeux et se retrouvèrent bien vivantes. Quelle joie ! quelles embrassades ! quel bonheur pour toutes trois !

A son retour de voyage, l’homme réclama les clefs et l’œuf, sur lequel il ne décela pas la moindre tache de sang. Alors il dit :

• Tu as subi l’épreuve : tu seras donc mon épouse.

Il n’avait plus aucun pouvoir sur elle et devait, au contraire, faire absolument tout ce qu’elle désirait.

• Très bien, dit-elle, mais tu devras d’abord porter une pleine besace d’or à mon père et à ma mère. Et cette besace, c’est sur ton dos que tu devras la porter, afin que ce présent ait un sens et une réelle valeur. Pendant ce temps, moi, je ferai les préparatifs de la noce.

Elle courut alors retrouver ses sœurs qu’elle avait cachées dans un cabinet et leur dit :

• L’heure et l’instant sont venus, et je peux vous sauver ! Le maudit va lui-même vous ramener, à son insu, à la maison en vous portant sur son dos. Mais dès que vous serez à la maison, envoyez-moi vite du secours !

Elle les mit toutes deux au fond d’une besace, puis elle les couvrit d’or, de façon qu’on ne puisse pas les voir, puis elle appela le maître sorcier et lui dit :

• Voilà la besace que tu vas porter, mais ne t’arrête pas en chemin et ne cherche pas à te reposer. Je te verrai de ma petite fenêtre d’en haut et je te surveillerai.

Le sorcier chargea la lourde besace sur son dos et se mit en route aussitôt, mais elle pesait si lourd que la sueur lui en coulait du front et lui inondait le visage. Il s’arrêta et s’assit pour se reposer un moment, mais une voix lui cria de l’intérieur de la besace : « Je te vois de ma petite fenêtre ! Tu te reposes ! Allons, marche ! » Il se releva et se remit en route, croyant que c’était sa fiancée qui lui avait crié cela, depuis la lucarne, là-bas. Une nouvelle fois, il essaya de se reposer, mais, cette fois encore, la voix cria : « Je te vois de ma petite fenêtre ! Tu te reposes ! Veux-tu bien te remettre en marche ! » puis, chaque fois qu’il faisait mine de s’arrêter, succombant sous la charge, la voix le rappelait à l’ordre et il lui fallait marcher, de telle sorte qu’il finit par arriver à bout de souffle et en gémissant à la maison des parents, où il déposa son or et, avec l’or, les deux sœurs saines et sauves.

Dans la maison du sorcier, pendant ce temps, la fiancée préparait la noce et invitait tous les amis de la maison à y prendre part. Puis elle prit une tête de mort qui grimaçait de toutes ses dents, la para de bijoux et lui mit une couronne de fleurs avant d’aller la poser devant la fenêtre du grenier comme si elle regardait dehors. Quand tout fut prêt, elle se plongea elle-même dans un tonneau de miel, puis alla se rouler dans l’édredon qu’elle avait éventré, de sorte qu’elle eut l’air d’un oiseau étrange, mais plus du tout d’un être humain. Et alors elle quitta la maison pour rentrer chez elle. En chemin, elle rencontra un premier groupe d’invités à la noce, qui lui demanda :

• O toi, l’oiseau d’Ourdi, d’où viens-tu par ici ?
• Tout droit de la maison de l’Ourdisseur Ourdi.
• Que fait là-bas la jeune fiancée ?
• De haut en bas, la maison préparée,
A la lucarne elle est allée
Pour voir venir les invités.

Plus loin, elle rencontra le fiancé lui-même qui s’en revenait d’un pas lourd et lent, tellement il était fatigué. Comme les autres, il l’interrogea :

• O toi, l’oiseau d’Ourdi, d’où viens-tu par ici ?
• Tout droit de la maison de l’Ourdisseur Ourdi.
• Que fait là-bas ma jeune fiancée ?
• De haut en bas, la maison préparée,
A la lucarne elle est allée
Pour voir venir son fiancé.

Regardant tout là-bas, au grenier, le fiancé y vit dans la lucarne la tête de mort couronnée de fleurs et ornée de bijoux. Mais, comme c’était si loin encore, il crut que c’était, en effet, sa fiancée qui le regardait venir, et il la salua en lui faisant signe joyeusement. Mais, dès qu’il se trouva avec les invités, à l’intérieur de la maison, les frères et les parents des trois sœurs arrivèrent justement, accourant au secours de la fiancée. La sachant maintenant sauvée, ils fermèrent toutes les portes et les issues de la maison de façon que personne ne pût en sortir, puis ils y mirent le feu. Et le maître sorcier avec toute sa bande y périt dans les flammes.
(Selon la version des frères Grimm)
Répondre
E
Ce conte a l’avantage de mettre en scène, en même temps, l’amour et la mort, la fascination par la relation amoureuse, qui cache une emprise de la mort. Pour Barbe bleue l’amour (la vie) est mis au service de la force de mort. C’est l’expression de la diabolisation. Les filles sont ensorcelées sous l’effet d’un secret protégé par un interdit. Elles ne peuvent s’en sortir qu’en transgressant l’interdit, à condition de préserver l’élan de la vie, à son origine (l’œuf). Alors seulement la symbolisation (les corps recomposés), peut s’opérer face à la diabolisation ; la vie et l’amour retrouvent alors leur juste place. Ainsi la fascination par l’amour sexuel ou par la mort cache un mensonge qui contribue à détruire le sujet. Le sujet ne peut alors retrouver sa place qu’en violant l’interdit, chargé d’assurer la protection du mensonge et en sauvegardant le primat de la vie sur la mort. Fascination et mensonge ont parties liées. Il convient de sortir de la fascination pour sortir du mensonge.
A
André Burnet, qui anime, aujourd'hui un café philosophique à Grenoble, m'envoie son texte de présentation en pensant qu'il peut éclairer certaines questions posées par le blog.


Café de la paix 66, 11rue Voltaire, Grenoble, le 26 janvier
Amour et société
Le dynamisme de l’amour favorise-t-il l’harmonie sociale ? Quel rôle lui donner pour une vie bonne ? L’individu n’en a-t-il pas besoin pour que sa singularité soit reconnue ?


I Vocabulaire, définition

a) Dans le langage commun apparait d’abord la forme amor, identique au mot latin, puis , au début du XI siècle , la forme amur, et enfin , au XII, amour. Ce substantif provient du verbe latin amare (aimer) d’où découlent aussi amicus (ami XII) et amitia ( amitié XIV ). On remarquera surtout qu’amour et amitié ,comme en latin, ont conservé jusqu’au XV siècle le même sens, groupant l’un comme l'autre deux concepts grecs qui distinguaient entre eros, le vif désir d'être uni à un partenaire jusque dans sa sexualité et philia se rapportant tant à l'affection dans une relation réciproque. Amour exprimera en ancien français tous les sentiments humains les plus forts, depuis l'amour dont le croyant aime Dieu jusqu’à la passion amoureuse , tant homosexuelle, sous l'influence de la Grèce, qu'hétérosexuelle. Et amitié portera les mêmes valeurs jusqu’au xv siècle où le mot prend de la distance avec « amour » en excluant toute connotation érotique. En français contemporain, le langage désigne usuellement par amour un sentiment de tendresse et de désir de l'autre, mais il a gardé aussi son sens spirituel initié au XI• siècle et s'adresse à Dieu lui-même. On dit pour l’amour de Dieu, (xv s.). Cette expression recouvre et l'amour dont l'homme aime Dieu, et celui dont Dieu a aimé et continue d’aimer l’homme. Mais, mis à part cette évolution linguistique, le français parlé utilise ce mot de façon constante avec une multitude de sens, du plus élevé au plus vulgaire. Or ce caractère pluriel rend d’autant plus difficile les approches anthropologiques et théologiques du concept qui prime dans les esprits, comme valeur amoureuse , la relation du couple . Si l’on parle, encore de l’amour pour les enfants ou les parents, les autres modes disparaissent : révélatrice est l’absence de l’amour amitié dans les romans, le théâtre ou le cinéma contemporain.(..)En théologie on distinguera : l’eros est le désir d’une union érotique qui cherche la jouissance mutuelle.. ;la philia qui correspond à l’amour d’amitié, mais entretenu à un haut degré de partage, de qualité spirituelle et d’attachement se déployant dans la durée ; agapè signifie l’électron libre , sentiment offert à l’autre gratuitement , uniquement parce qu’il participe à la même humanité que soi, sans idée de reconnaissance. Ce sentiment n’existe que par solidarité en humanitude. Margron Véronique P Pauliat Dictionnaire Encyclopédique d'Ethique Chrétienne
b) il y a dans la diversité des amours comme un air de famille tournant autour de 3 composantes (Wolff il n’y a pas d’amour parfait):
« la nouvelle « carte du Tendre » que propose Wolff est un triangle plat reliant les trois composantes de l’amour, variantes des catégories classiques : l’amitié (la philia), le désir (l’eros) et la passion (la focalisation fusionnelle). Si vous n’éprouvez qu’un seul des trois, par exemple le désir torride d’un soir, vous êtes out ; si seulement deux fusionnent, en proportion variable, vous êtes parfois à la limite mais dedans (c’est l’amour sans désir des vieux amants, l’amour sans amitié type « ni avec toi ni sans toi », l’amour sans passion du libertin…) ; la plupart des amours allient les trois, au gré de leur histoire » C Walter Philo magazin nov2016
« L'amour a une dimension amicale ou désirante mais amitié et désir demeurent des bornes externes à l'amour. (p. 35)
Quant à la passion, il faut qu'elle « se colore d'amitié ou de désir pour qu'on parle d'amour » (p. 37) : elle en est également une borne externe. La conclusion de l'auteur est donc que « l'amour se distingue, et même s'oppose, affectivement ou conativement, à chacune des trois composantes prises à part mais résulte pourtant de la fusion de ces tendances » (ibid.).
L'amour est donc un triangle avec trois bornes externes auxquelles correspondent trois tendances internes.
Dès lors, l'amour conceptuellement complet est « la somme algébrique des trois tendances » (p. 38). En outre, on est en mesure de rendre compte de la variabilité infinie des formes d'amour en l'expliquant « par la variabilité quantitative et qualitative des trois composantes » (ibid.). Enfin, on peut dessiner les frontières de la carte : les amours défectives, soit « l'amour sans amitié, ou sans passion, ou sans désir » (p. 41). D'où la très convaincante définition proposée par F. Wolff :
L'amour est la fusion instable, en proportion variable, d'au moins deux des trois tendances centrifuges, l'amicale, la désirante, la passionnelle. (p. 47)
Il n'en reste pas moins que ces composantes, amitié, désir, passion, sont « ontologiquement hétérogènes » (p. 60). Cela signifie qu'elles ne peuvent jamais complètement fusionner (à. la différence de l'omelette, comme le note avec humour F. Wolff), ce qui explique l'instabilité de l'amour. Rien de surprenant : « L'amitié est une relation, la passion, un état, le désir, une disposition» (ibid.). Et ces composantes n'ont pas même provenance :
L'amitié vient du monde de la socialité humaine, dont elle est la réalisation affective élémentaire ; la passion vient du monde des émotions, elle est l'affect sous sa forme obsédante, trop humaine ; le désir est lointainement issu du monde des besoins naturels (l'accouplement) dont il est l'expression proprement humaine. (p. 69)
En d'autres termes, l'amour contient les trois dimensions essentielles de l'homme comme être vivant (désir), comme agent (passion), et comme être social (amitié). » Alain POLICAR laviedesidees.fr, le 20 octobre 2016


II) Une exigence qui travaille la société

1) « L’amour au moins nous accompagne partout » et justifie la valeur « sacrifice »
Il suffit d'observer autour de soi ou même, hélas, de se regarder dans la glace, pour voir que ce petit humain que nous sommes n'a rien de si merveilleux que cela, qu'il est souvent médiocre, égoïste et parfois même méchant. Là n'est nullement la sacralisation. Elle tient seulement que, malgré tous ses défauts, l'être humain n'en est pas moins le seul être pour lequel il vaille désormais la peine de prendre le risque de la mort. Et, sans cet amour, dont l'histoire est liée à l'invention de la famille moderne, ce trait d'union de la sympathie n'aurait sans doute jamais eu lieu. Pour prendre une métaphore, qui vaudra mieux peut-être que de plus longs discours, souvenez-vous de ce que Max Weber disait des valeurs sacrificielles de la tradition. Si vous voulez les comprendre, disait-il en substance, pensez au code d'honneur du marin, ce commandant d'un navire qui vient de faire naufrage et qui meurt avec son bateau, quand bien même l'équipage et les passagers auraient été évacués. Pour dire les choses d'une phrase : plus personne aujourd'hui, en Europe, n'est prêt à donner sa vie pour la coque du bateau. Pour les personnes qui sont dessus, en revanche, peut-être, mais pour un morceau de bois ou de ferraille, sûrement pas ! Et c'est là, je crois, une excellente nouvelle. (...) Je ne suis pas certain que les Grecs pensaient toujours au cosmos en allant faire leurs courses, que les croyants aient constamment Dieu à l'esprit quand ils font l'amour ou les républicains purs et durs, la raison, l'anticommunautarisme et la laïcité quand ils sont sur les plages au mois d'août. L'amour, lui, du moins quand il s'empare de nous, nous accompagne partout. Où que nous allions et quoi que nous fassions, en vacances comme au travail, il nous arrive de penser à ceux que nous aimons, à nos enfants, à nos proches, aux passions qui nous habitent et nous amènent à réfléchir à la construction de nos vies.Luc ferry le Point . 05/12/2016 17:23


2) Rendue peu audible par la culture contemporaine la soif d’amour est à la source de nos attentes dans la société
Dans l'amour « je » a été un autre. Cette formule qui nous conduit à la poésie ou à l'hallucination délirante, suggère un état d'instabilité où l'individu cesse d'être indivisible et accepte de se perdre dans l'autre, pour l'autre. Avec l'amour, ce risque par ailleurs tragique, est admis, normalisé, sécurisé au maximum.
La douleur qui demeure cependant est le témoin de cette aventure, en effet miraculeuse, d'avoir pu exister pour, à travers, en vue d'un autre. Quand on rêve d'une société heureuse, harmonieuse, utopique, on l'imagine bâtie sur l'amour puisqu'il m'exalte en même temps qu'il me dépasse ou m'excède. Cependant, loin d'être une entente, l'amour-passion équivaut moins au calme sommeil des civilisations réconciliées avec elles-mêmes, qu'à leur délire, déliaison, rupture. Crête fragile où mort et régénérescence se disputent le pouvoir.
Nous avons perdu la force et la sécurité relative que les vieux codes moraux garantissaient à nos amours en les interdisant ou en fixant les limites. Sous les feux croisés des salles de chirurgie gynécologique et des écrans télévisés, nous avons enfoui l'amour dans l'inavouable, au profit du plaisir, du désir, quand ce n'est pas de la révolution, l'évolution, l'aménagement, la gestion, donc, au profit de la Politique. Avant de découvrir sous les décombres de ces constructions idéologiques cependant ambitieuses, souvent exorbitantes, parfois généreuses, qu'elles étaient des essais démesurés ou timides destinés à assouvir une soif d'amour. Le reconnaître n'est pas reculer modestement, mais peut-être avouer une prétention grandiose. L'amour est le temps et l'espace où « je » se donne le droit d'être extraordinaire. Souverain sans être même individu. Divisible, perdu, anéanti ; mais aussi, et par la fusion imaginaire avec l'aimé, égal aux espaces infinis d'un psychisme surhumain. Paranoïaque? Je suis, dans l'amour, au zénith de la subjectivité.
En prime du désir, au-delà ou en deçà du plaisir, l'amour les contourne ou les déplace pour m'élever aux dimensions de l'univers. Kristeva, Histoires d’amour, hier et aujourd’hui


III un évènement constitutif qui libère une possibilité humaine

1) L’amour un évènement autoporteur qui met en place la considération de l’autre L’amour, c’est ce qui nous situe sur un tout autre plan que celui d’une intériorité de sentiment. C’est bien moins un sentiment qu’un événement, et au-delà d’un événement, c’est une mise en situation. De quoi ? Eh bien du désir lui-même. Non pas du désir sexuel en particulier, mais de celui qui fait notre essence en tant que nous sommes des corps parlants. En existant dans un monde, nous nous tenons toujours pour ainsi dire à distance les uns des autres, séparés des êtres et des choses qui nous entourent, tant et si bien que naît à la faveur de cette séparation une tendance à vouloir les rejoindre, s’en approcher, s’en emparer, les posséder ,bref, mêler pour ainsi dire notre substance aux leurs. Si le désir résulte de cette séparation, l’amour en est la conjuration éventuelle. Il espère annuler, ne serait-ce que l’espace d’un instant, le caractère fatal de notre séparation originelle. C’est toute la tragédie du désir. Il vise en quelque sorte sa propre extinction dans la satisfaction. Alors que l’amour, lui, se soutient non pas d’une jouissance possible mais d’une réjouissance réelle qui est une forme de disposition à l’accueil d’un événement. En l’occurrence, ici, l’événement c’est l’amour. S’il réjouit, c’est qu’il libère le désir de la récurrence infernale dans laquelle il est pris
L’amour est un «abord» du nul-autre-pareil de l’autre, lequel m’apparaît comme unique non en vertu de sa qualité ou d’un complexe d’attributs fantasmatiques que je saluerais en lui, mais entant qu’il est ce sans quoi mon désir ne serait pas désirable à lui-même. C’est en quoi il me prend alors de l’aimer pour lui-même. Tel est le couple, s’il y en a. Il est cette création de l’amour qui a pour mission informulée de sauvegarder l’unicité de l’autre qui caractérise l’objet de la considération amoureuse. Le couple est l’invention d’un troisième terme, pour ne pas dire la naissance d’une troisième personne. Ce n’est pas l’addition de deux individus mais le produit du passage de la desideratio à la consideratio. C’est le gardien de la mise en situation du désir, auquel on prend soin au nom de la considération amoureuse qui le fait être. Paul Audi Liberation 26/10/2016 auteur le Pas gagné de l’amour (éditions Galilée)

2) La possibilité d’expérimenter le monde à partir « du deux » (Badiou éloge de l’amour)
. Comment comprendre alors qu’en lieu et place de l’aventure promise, Badiou fasse de l’amour une « procédure de vérité », a priori peu exaltante  ? Là est toute l’originalité de sa position : le grand mystère de l’amour consiste justement à convertir un hasard en épreuve de vérité : « la vérité sur le Deux », « la vérité de la différence comme telle ». L’amour me fait expérimenter l’univers autrement qu’en solitaire, il me met en présence du monde, d’« un seul monde où se déchiffre que nous sommes deux ». Différence contre identité. Disjonction dont Roméo et Juliette, qui appartiennent à deux mondes opposés, figurent l’allégorie. Deux contre un. Contre la mythologie de la rencontre qui consume l’amour, le foudroie, et sépare les amants du monde, Badiou fait de l’amour une construction, inscrite dans une durée.
Au cours de cette édification laborieuse, la déclaration d’amour joue un rôle central ; car dire « je t’aime », c’est fixer l’accident dans l’éternité, « c’est passer de l’événement-rencontre au commencement d’une construction de vérité […], c’est dire : ce qui était un hasard, je vais en tirer autre chose. Je vais en tirer une durée, une obstination, un engagement, une fidélité ». La fidélité, cette « longue victoire » de la durée sur la fugacité de la rencontre, cette « descente de l’éternité dans le temps », est un concept central de la pensée d’Alain Badiou, politique notamment. Assurément, « elle a un sens beaucoup plus considérable que la seule promesse de ne pas coucher avec quelqu’un d’autre ».
Juliette Lecerf Philo magazine n°34

IV) conception de l’amour et reconnaissance sociale

1) La reconnaissance affective donne un statut à la singularité des individus ‘(Honneth la lutte pour la reconnaissance)
À vrai dire, en ce qui concerne la reconnaissance affective, c’est l’idée même qu’il puisse lui correspondre des prescrits normatifs qui ne va pas de soi. La position d’Honneth semble, d’ailleurs, osciller sur ce point. Dans La lutte pour la reconnaissance, il s’efforce de définir l’amour de la manière la plus neutre possible, comme recouvrant « toutes les relations primaires qui, sur le modèle des rapports érotiques, amicaux ou familiaux, impliquent des liens affectifs puissants entre un nombre restreint de personnes ». L’amour est ainsi présenté comme un mode de reconnaissance mutuelle entre des « autrui significatifs », suivant l’expression de George H. Mead, où l’expérience durable de la bienveillance de l’autre et de sa sollicitude envers ses besoins fondamentaux permet au sujet (initialement à l’enfant dans sa relation avec sa mère, ultérieurement aux amants l’un envers l’autre – pour ne relever que deux cas paradigmatiques) d’acquérir la confiance nécessaire afin de s’affranchir de toute dépendance symbiotique et de se concevoir comme un être autonome. « Le terme reconnaissance désigne ici le double processus par lequel on affranchit et, simultanément, on lie émotionnellement l’autre personne . » Alors que, dans la reconnaissance juridique, c’est l’appartenance du sujet à l’universalité de l’humanité qui est affirmée, la reconnaissance affective conduit à la prise de conscience de son individualité et de la place singulière qui est la sienne au sein de cette humanité. Dans la mesure, toutefois, où la reconnaissance n’est plus ici l’œuvre d’un « autrui généralisé », mais d’« autrui significatifs », on voit mal, au moins à première vue, quelle normativité universelle pourrait être fondée sur un tel besoin de reconnaissance. Ce que le sujet attend, c’est d’être individualisé et, donc, reconnu dans son caractère unique par des personnes dont il reconnaît également la singularité essentielle. Le moteur de cette reconnaissance doit, en outre, être un sentiment d’affection – certes conscient de la responsabilité à l’égard de l’être aimé qu’engendrent la vulnérabilité de celle-ci – et non un sentiment du devoir. Une obligation universelle d’aimer également chaque être humain ne répondrait en rien au besoin de reconnaissance affective exprimé. Il n’est pas surprenant, dès lors, que, dans La lutte pour la reconnaissance, Honneth distingue la reconnaissance affective des deux autres modes de reconnaissance, en affirmant qu’elle « ne recèle pas le potentiel d’un développement normatif ». Il est, tout au plus, « possible que ses structures fondamentales invariantes [celles de la reconnaissance affective] parviennent à se développer d’autant plus complètement et plus librement que les partenaires d’une relation d’amitié ou d’amour partagent, par ailleurs, un plus grand nombre de droits ». Contrairement donc au respect (qui doit être accordé à tout homme) et à l’estime (qui, nous le verrons, doit être reconnue à chacun proportionnellement à la « valeur sociale » de ses actes), l’amour ne serait donc pas régi par des principes normatifs prescrivant qui et comment il faut aimer. En tant que tel, on peut donc regretter, voire déplorer, que le besoin de reconnaissance affective d’un individu ne soit pas satisfait, mais il n’y a guère de sens à qualifier d’injuste un « déni » de reconnaissance affective. Laurent de Briey et Estelle Ferrarese Reconnaissance et justice. De la normativité de l’amour et de l’estime https://ethiquepublique.revues.org/1796 05/01/

2) L’objection de la conception romantique au service d’un ordre mâle ?
Le thème principal de la critique est que l'amour romantique n'a rien de sublime ou divin, il est une invention culturelle des hommes, créée par eux pour subjuguer les femmes. Les hommes y idéalisent les femmes pour les exploiter, et les femmes en cet amour idéalisent les hommes et se font exploiter. L'idéal romantique de l'amour a contribué à créer de fausses vertus et qualités féminines, celles qu'on loue en reconnaissant qu'une femme doit être féminine en dépit de sa réussite sociale, alors qu'un homme est séduisant par ses succès professionnels. L'amour est le principal moyen de la sujétion et l'exploitation féminines, comme le montrent l'histoire de la philosophie, la plus grande part de la littérature et même les découvertes de la psychanalyse. L'amour correspond chez les femmes au besoin d'être partie d'un autre qu'elles admirent ; il est un phénomène marqué par l'inégalité et les relations de pouvoir. De plus, l'amour est une création culturelle qui dépend largement de la définition des rôles sociaux. Il faut en conclure que la culture mâle est parasite et se nourrit sans réciprocité de la force émotionnelle des femmes, les maintenant dans une forme de dépendance factice. Comme l'a si joliment exprimé un slogan des années 70 en France : « Une femme sans homme, c'est comme un poisson sans bicyclette. »
Mais ces critiques féministes atteignent en fait essentiellement les stéréotypes de l'amour. Il est vrai que l'amour est fortifié par la distance et l'inaccessibilité en laquelle se tient l'objet, mais il peut être aussi une force profonde d'égalité à cause du brassage des conditions sociales et des origines ethniques qu'il peut entraîner. L'amour, nous l'avons vu, est l'émotion la plus lucide et la plus chargée d'illusions, mais cette émotion est si profondément enracinée dans la vie mentale, elle exprime tant de ressources cognitives et affectives qu'il est aussi absurde qu'irréaliste de vouloir s'en débarrasser. Avoir une autre idée de l'amour ne veut pas dire se défaire de l'amour. La définition sociale et culturelle de l'amour se transformera certainement en même temps qu'évolueront les rapports entre hommes et femmes, mais mieux vaut considérer cet amour transformé comme une partie de la solution que l'amour tout court comme le problème. Canto Sperber Amour, dict d’éthique et de philosophie morale

3) le rapport homme/femme introduit-il un dynamisme d’affrontement des consciences ou nous met-il en face de l’irréductibilité d’une altérité (Sartre , Levinas) ?
(Pour Sartre l’amour) réclame un type spécial d’appropriation, il veut posséder une liberté comme liberté » . Ainsi chez Sartre la caresse chercherait à dominer une « liberté hostile » et à lui arracher son consentement. De cette façon l’analyse sartrienne que vise le texte de Levinas fait du « conflit » le sens originel de« l’être-pour-autrui » et voit dans ce conflit un projet d’unification qui poursuivrait la disparition du caractère d’altérité d’autrui, son identification à moi, c’est pourquoi le rapport à autrui consisterait avant tout à « agir sur la liberté d’autrui » pour la nier (…) Levinas, contre le modèle fusionnel cette fois-ci de la relation érotique, exalte la séparation des êtres dans la rencontre des corps. L’Éros n’est plus le théâtre éphémère où s’efface la discontinuité entre les individus, mais bien le moment où s’ouvre un abîme vertigineux. Il n’y a pas, avec Levinas, de communion érotique, de fusion. Ce que découvre au contraire le désir c’est l’indomptable et immaîtrisable « proximité » de l’Autre. Dans le rapport à l’aimé ou à l’aimée il n’y a aucune échappatoire : rien en lui ne me distrait de son altérité, le corps sous la caresse « se fait tout entier visage ». Ainsi l’autre n’est pas un objet que je m’approprie ou une liberté que je dois circonvenir pour affirmer avec violence la mienne : c’est un être dont le mode d’être consiste à ne jamais complètement se livrer, que ce soit à la convoitise, à la connaissance ou encore au regard. Avant d’être violence ou profanation, l’érotisme est l’expérience de l’inviolabilité éthique d’autrui ou mieux encore, sa pudeur. Nous l’avons signalé, Levinas n’accepte pas de poser l’amour comme une fusion. Le pathétique de l’amour consiste en une dualité insurmontable des êtres. C’est une relation avec ce qui se dérobe à jamais. La relation ne neutralise pas ipso facto l’altérité mais la conserve Le pathétique de la volupté est dans le fait d’être deux, mais l’autre n’est pas ici un objet qui devient nôtre ou qui devient nous, il se retire au contraire dans son mystère »
Nicolas Antenat, « Respect et vulnérabilité chez Levinas », Le Portique [En ligne], 11 | 2003,

4) la décentration de l’amour peut-elle orienter vers un horizon qui sauve de l’angoisse de la mort ?
S'arracher à soi-même, sortir de soi, est extrêmement difficile. Jusqu'à présent, nous n'y parvenons que dans des expériences singulières qui sont plutôt celles de l'amour-passion. Dans ces moment-là, nous parvenons à sortir de nous-mêmes, à être « hors de soi dans l'autre », à vivre à travers l'autre. Jusqu'à présent, ces expériences de l'amour sont restées singulières. Aujourd'hui, ce que nous sommes appelés à vivre n'est pas la même chose. Il faut envisager que le principe de l’amour devienne un fait de société, inscrit dans la routine même de nos attitudes
Le point asymptotique, l'horizon de cette orientation altruiste ou caritative, c'est la décentration absolue : on ne vit que dans l’autre, on ‘est plus séparé de l’autre, on ne souffre pas plus de ce qu’il lui arrive. Tel est l'horizon, l'idéal. Il n'est pas atteint et il n'est peut- être pas accessible, mais c'est en quelque sorte notre horizon régulateur.
La puissance sotériologique de l'amour est liée au fait que, du point de vue de cette décentration absolue (qui, encore une fois, est un horizon, le point de référence pour la pratique), il n'y a plus d'angoisse de la mort. J'aimerais à cet endroit inviter à un effort d'imagination pour que l'on réalise à quel point la réponse à l'appel que représente la sollicitation d'amour – l'appel à la décentration pour employer un langage séculier – recèle une puissance sotériologique authentique et effective. Sotériologique veut dire ici quelque chose de précis : nous sauver de l'angoisse de la mort. Cela ne veut rien dire de plus, mais rien de moins non plus jean Marc Ferry les lumières de la religion.p149
Répondre
E
André Burnet nous livre ici une réflexion philosophique menée par un philosophe. Chacun peut y choisir ce qui l’intéresse. Personnellement je retiens ce passage sur Lévinas, qui met en relief la séparation dans la rencontre des corps :
« Levinas, contre le modèle fusionnel cette fois-ci de la relation érotique, exalte la séparation des êtres dans la rencontre des corps. L’Éros n’est plus le théâtre éphémère où s’efface la discontinuité entre les individus, mais bien le moment où s’ouvre un abîme vertigineux. Il n’y a pas, avec Levinas, de communion érotique, de fusion. Ce que découvre au contraire le désir c’est l’indomptable et immaîtrisable « proximité » de l’Autre. Dans le rapport à l’aimé ou à l’aimée il n’y a aucune échappatoire : rien en lui ne me distrait de son altérité, le corps sous la caresse « se fait tout entier visage ». Ainsi l’autre n’est pas un objet que je m’approprie ou une liberté que je dois circonvenir pour affirmer avec violence la mienne : c’est un être dont le mode d’être consiste à ne jamais complètement se livrer, que ce soit à la convoitise, à la connaissance ou encore au regard. Avant d’être violence ou profanation, l’érotisme est l’expérience de l’inviolabilité éthique d’autrui ou mieux encore, sa pudeur. Nous l’avons signalé, Levinas n’accepte pas de poser l’amour comme une fusion. Le pathétique de l’amour consiste en une dualité insurmontable des êtres. C’est une relation avec ce qui se dérobe à jamais. La relation ne neutralise pas ipso facto l’altérité mais la conserve Le pathétique de la volupté est dans le fait d’être deux, mais l’autre n’est pas ici un objet qui devient nôtre ou qui devient nous, il se retire au contraire dans son mystère »
G
Le Déluge dans l’Epopée de Gilgamesh

Dans une île, au-delà des eaux de la Mort, vit d’une vie éternelle Outa-Napishtim que les dieux ont sauvé du déluge. Il raconte cette aventure au héros Gilgamesh qui est parti en quête de l’immortalité.

Dans la vieille ville de Shurrupak, au bord de l’Euphrate, habitaient les dieux : Anu, le maître du ciel, le guerrier Enlil, le sage Ea... En ce temps-là, les hommes n’existaient pas. Les dieux devaient accomplir tous les travaux pénibles : dépierrer les champs, nettoyer les rigoles, creuser les canaux... et ils n’aimaient pas du tout ça !
Au bout de trois mille six cents ans, ils en eurent assez et affrontèrent Ellil, le possesseur de la tablette où est inscrit le sort des dieux. Ellil convoqua l’assemblée de grands dieux pour entendre les griefs des mécontents. Tous décidèrent de créer une race de mortels pour effectuer le travail à leur place.
Belet-ili, la déesse-mère, prit quatorze poignées d’argile. Elle plaça sept poignées à droite, sept poignées à gauche ; au milieu, elle posa une brique. Ea, à genoux sur une natte, ouvrit le nombril des figurines et, des deux groupes, sept produisirent des femmes et sept produisirent des hommes. La déesse qui crée les destins les compléta par paire et Belet-ili dessina les formes humaines. Tout se passa si bien que six cents ans plus tard la population des hommes devint trop nombreuse et surtout trop bruyante.
La terre alors était riche, les hommes se multipliaient et le monde mugissait comme un taureau sauvage si bien que la rumeur réveilla les dieux. Enlil, indisposé par un tel tumulte alla se plaindre aux grands dieux : l’humanité l’empêchait de dormir. Alors, pour se débarrasser des hommes, Ellil leur envoya trois fléaux successifs : la peste, la sécheresse et la famine. Au bout de six années, les hommes en furent réduits à dévorer leurs filles. Ils ne purent plus effectuer les travaux pour lesquels ils avaient été créés. Ellil décida alors, malgré la volonté des autres dieux, d’envoyer un Déluge afin d’anéantir ce qui restait de l’humanité.
Mais Ea, le seigneur de l’eau sous la terre, source de toutes les connaissances magiques, m’avertit en songe. Il m’ordonna de construire un bateau et me prévint que le déluge durerait sept jours. Sur ses conseils, je démolis ma maison de roseaux et construisis un bateau couvert où je rassemblai la semence de tous les êtres vivants. Les enfants apportèrent la poix pour le calfatage, les charpentiers préparèrent la quille et le bordage. Je construisis sept ponts superposés, divisés par des cloisons. On rangea les provisions dans les cales.
Chaque jour, je tuai des boeufs et des moutons, et pour les travailleurs je fis couler à flots le vin rouge, le vin blanc et le vin nouveau. Je me parfumai la tête ; c’était la fête, comme au temps de l’année nouvelle. Au septième jour la construction du bateau était terminée.
Je portai dans le bateau tout l’or et l’argent que je possédais, je fis monter toute ma famille et mes parents, toutes les bêtes domestiques et les animaux de la plaine. Je fis monter aussi tous les artisans. Shamash, le dieu-soleil, m’avait fixé le moment précis et m’avait dit : " Lorsque le soir qui tient les tempêtes fera tomber la pluie du malheur, entre dans ton bateau et ferme la porte ! "

Le jour venu, je regardai le ciel. Il était sombre et terrifiant. J’entrai alors dans le bateau et je fermai la porte. Aux premières lueurs de l’aurore, un nuage noir monta des profondeurs du ciel, au-dessus de l’horizon lointain. A l’intérieur du nuage, le dieu Adad, dieu des orages et de la pluie, tonnait et devant lui marchaient ses messagers. Le déluge mugissait comme un taureau furieux, les vents hurlaient comme les braiments d’un âne. Le soleil avait disparu, les ténèbres étaient totales. Certains dieux, eux-mêmes terrifiés, fuyaient, rampant le long des murs comme des chiens.
Les nuages s’avançaient en menaçant à travers les montagnes et les plaines. Nergal, le dieu de la peste et de la guerre, arracha les piliers du monde. Ninourta, le dieu chasseur et guerrier, fit éclater les barrages du ciel. Les dieux du monde d’en bas, les dieux Anounnaki, enflammèrent la terre tout entière. Les tonnerres du dieu Adad montèrent au plus haut des cieux et transformèrent toute la lumière en ténèbres opaques. La terre immense se brisa comme une jarre. Les tempêtes du sud se déchaînèrent un jour entier. Les flots couvrirent même le sommet des montagnes. Tous les hommes furent massacrés.
Les tempêtes du Déluge soufflèrent pendant six jours et sept nuits. Le septième jour, l’armée des vents du sud qui avait tout massacré sur son passage, s’apaisa enfin. La mer se calma. La clameur du déluge se tut.
Je regardais le ciel. Un grand silence régnait sur le monde. Je vis que les hommes étaient redevenus de l’argile. Les eaux lisses formaient un toit sur la terre invisible. J’ouvris une petite fenêtre. La lumière inonda mon visage. Je tombai à genou et me mis à pleurer. Au loin, vers l’horizon, j’aperçus une bande de terre. Le bateau accosta au pied du mont Niçir. Je restai là pendant six jours entiers.
Lorsqu’arriva le septième jour, je lâchai une colombe. Elle prit son envol et, comme elle ne trouva où se poser, elle revint au bateau. Je lâchai une hirondelle. Elle prit son envol et, comme elle ne trouva où se poser, elle revint au bateau. Puis je lâchai un corbeau. L’oiseau prit son envol. Il vit que les eaux s’étaient retirées. Il trouva de la nourriture, se posa sur la terre et ne revint plus. Alors je lâchai aux quatre vents tout ce que le bateau avait sauvé des eaux du Déluge puis j’offris un sacrifice aux dieux.
(Lettres et langues § cultures de l'antiquité)
Répondre
G
Nous voyons que le mythe du déluge, qu'il vienne de la Bible ou de la Grèce, plonge ses racines dans un passé beaucoup plus lointain que nous ne le pensions. Dans le mythe grec pourtant, l'inversion des rapports entre la vie et la mort est plus appuyée que dans Gilgamesh. La Bible, de son côté, parle de la malice des hommes, mais d'une manière très générale.
C
La vie, l'amour, la mort
(Der Wind in den Haaren)
(I tris pliges)
(Llego con tres heridas)


Je peux choisir les pierres de ma maison
Et même un Dieu pour mes prières
Et quand je désespère, j'ai ma raison
Qui m'encourage et qui m'éclaire
Mais je ne peux rien faire
Contre la mort, contre la vie, contre l'amour

Je peux choisir ma terre et c'est un jeu
De prendre ou non le vent qui passe
Je fais de la lumière, je fais du feu
Quand ils s'éteignent je les remplace
Mais je ne peux rien faire
Contre l'amour, contre la vie, Contre la mort

Je peux choisir la guerre ou bien la paix
Et le plaisir quand il me tente
Je peux changer mon cœur contre l'enfer
Jeter mon âme dans la tourmente
Mais je ne peux rien faire
Contre la vie, contre la mort, contre l'amour
(Hernandez / J. Baez / P. Delanoë / J. M. Serrat)
[Home] [French Lyrics]
Répondre
M
Je suis allée vite pour rédiger ma réponse; si je l'avais un tout petit peu travaillée, je n'aurais peut-être pas écrit "extirpe" (quoique ça montre bien la difficulté de la "séparation" et qu'avec on peut faire ex-tripe ! ! !) mais plus simplement -extrait-
Quant à ce que j'ai dit sur Amour et Peur, ça n'était pas, je crois, directement lié à la mort (c'est ça le pb de l'écrit !) C'est venu car j'employais ces deux mots. Si le principe de mort est pour moi comme je l'ai dit, une nécessité "vitale" (!), dans ses applications, (surtout quand c'est l'être humain qui en décide - et le plus souvent pour les autres!-) c'est autre chose . . .
Enfin, pour moi l'écriture est fille de la parole (au moins quand elles sont humaines) : c'est parce que l'homme parlait, qu'il a écrit, parce que je ne peux pas parler, que j'écris.

J'ai écrit encore plus vite qu'hier! Il y a sûrement à re-dire (à dire par-dessus)
Répondre
E
Extirper ne me gêne pas. En ce qui concerne la peur, elle renvoie souvent directement ou indirectement à la mort. Autrement dit la peur serait fondamentalement peur de la mort. En ce qui concerne le rapport entre la parole et l’écriture, je pense que nous avons tous les deux raison. L’expérience du café philosophique m’a montré que l’Ecriture (les mythes, la Bible) suscitait la Parole. Elle serait alors la structure, le cadre dans lequel la parole est possible. Avant de parler, il semble que les hommes aient d’abord utilisé des signes, qui sont une forme d’écriture. L’écriture a rapport à l’inconscient. En ce sens, elle serait ce qui manque à la parole. L’inconscient renvoie au conscient. Et le conscient renvoie à l’inconscient. Donc ce que tu dis est également vrai…
A
Le sexe ni la mort : Trois essais sur l'amour et la sexualité est un essai que le philosophe André Comte-Sponville a publié en janvier 2012 aux éditions Albin Michel.
Le titre est tiré d'une citation de La Rochefoucauld qui a écrit : « Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement. »1 La sexualité aussi échappe au regard et le sexe est comme un soleil où l'amour, qui en émane "s'y réchauffe ou s'y consume". Contrairement aux autres êtres vivant sur Terre, le sexe et l'amour sont pour l'homme des questions auxquelles il doit se confronter et qui font que « l'homme est un animal érotique », le seul qui mette le désir plus haut que le plaisir, ce qui fonde une partie importante de sa relation au monde et marque son univers2.
Dans une interview de janvier 2012 au magazine Psychologie, il précise : Nous sommes passés, au XXe siècle, d’une erreur à une autre. On croyait jusque-là que le sexe était le diable. Puis on a voulu en faire un loisir. C’est doublement se méprendre. Le sexe et la morale s’opposent. La morale nous commande de traiter l’autre comme une fin, jamais comme un moyen. Mais sexuellement, traiter l’autre comme un moyen, ou s’offrir à lui comme une chose ou une bête, c’est excitant.3
Dans une autre interview à François Busnel dans "La Grande bibliothèque", l'émission littéraire de France 5, il s'explique sur ses trois textes. Le sexe est une activité naturelle qui a ceci de particulier qu'on ne peut le regarder froidement. Platon partait de l'amour pour aller depuis celui-ci vers le désir pour retomber vers le manque avant de s'élever vers un amour de réalités ontologiquement plus hautes et nobles (cf. "Le Banquet").Mais, pour rester dans l'ordre proprement affectif, le déclin de la passion conduit à l'ennui, voire à la déception : c'est précisément l'idée de déception amoureuse que met en relief Aragon dans son poème Il n'y a pas d'amour heureux. Pour sa part, André Comte-Sponville et par opposition à d'autres philosophes - pour Schopenhauer, par exemple, le manque et le désir demandent à être satisfaits et comblés : s'il ne le sont pas, c'est la souffrance ; s'ils le sont, très rapidement s'installe l'ennui : " La vie est comme un pendule qui oscille de la souffrance à l'ennui ", affirme le pessimiste Schopenhauer ( cf. "Compléments au Monde comme Volonté et comme Représentation " : "Métaphysique de l'Amour et de la Mort") - est néanmoins optimiste : il voit dans le véritable amour une autre façon d'aimer, "jouir et se réjouir de..." disait Spinoza : en ce sens, l'amour doit être l'objectif et l'ontologiquement consistant, et ce même s'il est relatif et représente, comme la démocratie, "la moins mauvaise solution". Ce n'est pas tant un problème moral qu'une question de choix d'existence.
La philosophie nous aide à comprendre ces phénomènes : un poète comme Paul Éluard évoque « le dur désir de durer, » ; ainsi, la passion amoureuse laisse la place au désir pour "se réjouir de la présence de l'autre". Il est plus difficile de vivre que de penser, remarque-t-il et, ainsi, « on a besoin de penser sa vie. » En ce qui concerne l'érotisme, il faut considérer l'art de désirer et de faire désirer, au-delà du plaisir proprement dit : selon la formule de René Char : René Char « l'amour réalisé du désir demeure désir. » La sexualité repose sur le paradoxe selon lequel l'être utilise la part la plus charnelle, la plus animale de lui-même pour vivre une expérience humaine, intime avec un autre être. La difficulté conceptuelle vient de ce que l'Occident a d'abord diabolisé le corps à travers ses pratiques culturelles et religieuses puis a considéré le sexe comme un « loisir innocent. » Or il faut dépasser cette contradiction fondamentale entre morale et sexualité et considérer l'autre non comme un moyen mais comme une fin en soi, et ce également dans le domaine de la sexualité. (Wikipédia)
Répondre
E
Même si je n’ai pas encore lu le livre d’André Comte-Sponville, il m’a paru intéressant d’y renvoyer le lecteur. En ce qui concerne la sexualité, je suis assez d’accord avec la finale du texte de wikipédia : « Or il faut dépasser cette contradiction fondamentale entre morale et sexualité et considérer l'autre non comme un moyen mais comme une fin en soi, et ce également dans le domaine de la sexualité. (Wikipédia) » L’autre nous introduit dans une problématique du sujet, ce qui me paraît fondamental en ce qui concerne l’amour en général et l’amour sexuel en particulier.
M
Bonjour Etienne,

La première des choses qui me vient à cette lecture c'est que le désir sexuel* (lié à la survie de l'espèce) comme la mort (liée aussi à la survie de l'espèce) sont les deux grandes énergies vitales qui relient directement l'Homme à la Nature, au "ça" et qui ne sont pas des produits de la société, comme par exemple la fascination de l'argent ou des richesses, la fascination du pouvoir. A tel point que l'Homme a dû les sacraliser , les ritualiser en des cérémonies, pour en approcher "l'aspect sauvage" et éventuellemnet le dominer, le "domestiquer" (et se "civiliser"). Avec une grande différence entre les deux : l'une est une pulsion créatrice, l'autre, une pulsion destructrice (pour l'individu, même si elle est nécessaire à la Vie); l'une est source de plaisir, d'amour*, car elle multiplie l'Homme, le pérénise, l'autre est source de souffrance, de peur* car elle le divise, l'anéantit. Si toutes deux fascinent, car expressions d'une force de vie qui dépasse tout individu et dont il n'est jamais totalement maître, ça me semble être de façon diamétralement opposée (même si elles se rejoignent qq part). En cela cette fascination me paraît avoir existé de tous temps. Tous les grands mythes, toutes les manières dont l'Homme a tenté d'approcher et d'apprivoiser l'occulte (cf l'apprenti-sorcier), nous le disent.
La deuxième, c'est quand tu parles des os et de la "grand mère"(les pierres); les scientifiques disent que quand on incinère qqun, les cendres sont les résidus de ses os, que tout le reste est brûlé; les os, c'est notre partie minérale, notre partie solide, celle qui perdure; la grand mère, c'est aussi la transmission,la lignée, l'intégration dans une hiérarchie temporelle. En astrologie, tout cela, c'est Saturne !
Enfin en ce qui concerne la séparation et la vacuité, la femme par rapport à l'homme, je ne crois pas que nous voyons les choses de la même manière mais cela est trop long pour ce simple mél; ça mériterait une discussion plus approfondie. J'ai déjà un peu parlé d'Adam et Eve; j'aurais tendance à penser que Eve n'est pas une femme que Dieu aurait donné à Adam pour le compléter, mais qu'il a extirpé de lui sa "partie féminine" - Celle-ci sera appelée « femme »,Car elle a été tirée de l’homme celle-ci ! »- ( question:la côte est-elle liée au coeur ou au poumon, c'est à dire à la respiration, au souffle ?) pour qu'il puisse conscientiser le masculin et le féminin; tant qu'ils ne font qu'un en lui, c'est à dire qu'il est un Tout, il ne peut les voir, il ne peut y avoir création; le trois naît de l'existence du 1 et du 2. Enfin peut-être dit-on la même chose, de façon différente.
Quant au personnage de Don Juan, c'est mon dada, il me "fascine" (!); celui de Mozart comme celui de Molière sont tous deux incapables d'amour car l'un est un jouisseur, qui court de plaisirs en plaisirs fasciné par la vie et se multiplie; celui de Molière, un faible, destructeur, qui fuit de plaisir en plaisir sans joie, et se sépare toujours plus. L'un oublie la mort, l'autre la méprise et ils se situent en dehors des règles sociales; c'est de ça dont ils sont punis. Mais là encore, c'est une longue histoire . . . pour un autre débat !
Et pour finir, je me demande si les petits kamikazes islamistes actuels sont fascinés par la mort : ils ne me semblent pas la défier comme certains ados ou certains casse-cous pour tester les forces de vie, ils me semblent juste se soumettre, être instrumentalisés, sans panache et sans gloire, au service de forces de pouvoir - humain. ( d'ailleurs les sanctifie-t-on ? leur dresse-t-on des monuments ?)

* Note 1 :Il me semble important de ne pas parler d'amour tant ce mot, en français, prête à confusion
* Note 2 : J'avais lu, il y a bien longtemps, qu'il n'y a fondamentalement chez l'Homme que deux sentiments : l'Amour et la Peur qui s'excluent l'un l'autre. Ce fut une grande source pour moi d'éclaircissement et me permit de beaucoup avancer.

Voici qq réflexions en vrac, telles qu'elles me sont venues à la première lecture. Tu es un éveilleur de pensée, Etienne, mais je suis de la vieille école, j'aime mieux discuter en paroles qu'en écrits.
Je te souhaite une belle journée, ensoleillée
Répondre
E
Merci Michelle d’avoir pris le temps de lire et de réagir en détail et avec pertinence au texte que j’ai soumis aux lecteurs. A mon tour je vais réagir à tes propos avec lesquels je suis souvent d’accord. Pour commencer, je voudrais souligner que les mythes et les contes ne sont pas une analyse de la réalité : ils fournissent simplement un cadre ou offrent des lunettes pour mieux voir et analyser la réalité. C’est pour cette raison que fondamentalement ils appellent au dialogue.
Sur la force de mort, c’est vrai qu’elle se présente comme une force destructrice, mais elle l’est normalement pour tous les déchets de l’existence qui contrarient l’élan de la vie. Encore faut-il qu’elle se mette au service de la vie pour devenir réellement une force positive.
Je suis d’accord sur les questions que posent la séparation et la vacuité. D’une part, il faut préciser les choses : la séparation n’est pas rupture, elle ouvre l’espace du sujet. Quant à la vacuité, il s’agit, pour moi, d’un concept bouddhiste que j’essaie d’apprivoiser sans trop le dénaturer. Mais ces précisions ne sont pas là pour fermer la discussion mais au contraire pour l’ouvrir.
J’aime bien ton interprétation sur la côte d’Adam, lorsque tu expliques que Dieu extirpe la dimension féminine de l’homme…
Sur l’amour et la peur, je suis assez d’accord, mais cette dialectique n’évacue pas la mort, pour moi ; elle permet, pour le moins, de ne pas confondre force de mort et peur de la mort.
En ce qui concerne parole et écriture, elles sont en situation de réciprocité : l’une appelle l’autre. Personnellement, j’ai coutume de dire que l’écriture est mère de la parole. Elle ne peut se suffire à elle-même.
G
L'article est maintenant référencé par google à partir d'oxymoron fractal.
Répondre
O
Merci à Olivier qui rend compte de cet article dans oxymoron fractal, son blog de blogs. Appuyer sur son nom pour en prendre connaissance.
Répondre
A
Bonjour, Tu schématises et cela rend négatif ce qui ne l'est pas forcément.
Quelques mots après une première lecture
Plus juste me semble l'emploi d" d'amour physique " ou d'Eros.
Premier pas vers l'attrait de l'autre, qui fait sortir de soi. Appel bénéfique
Même si la parole, la pensée sont trop rares pour une vraie exploration d'une nature humaine sous le signe de la différence, avec respect réciproque des différences (à découvrir, à assumer dans le temps...)
Dans une encyclique Benoit XVI parle de l'Eros, comme chemin, porte ouverte vers l'Agapè, Ce qui rend aujourd'hui plus ardu le chemin de l’amour, c'est l'actuelle dissociation possible entre possession et fécondation, qui est pour les civilisations l'assurance de perdurer (la stérilité est vue comme châtiment du ciel très souvent).
A nuancer sérieusement, l'évolution de la femme qui serait récente. Par intuition depuis toujours elle devine que le physique n'est qu'une étape. Au service de la féminité toutes les civilisations créent un espace d'attente (sous l'égide et de la société et de la famille proche) pour affiner une connaissance réciproque (désir suspendu avant un choix de personne à personne).
Cf. l'envoi fréquent d'un "portrait" dans les contes.
L'amour humain a besoin de se soumettre volontairement au désir mutuel, pour avoir des chances de durer. Cf. les fameuses mille et une nuit.
Répondre
E
Merci Anne pour tes remarques très constructives et même tes critiques C’est vrai que j’ai été parfois un peu rapide. En même temps je n’ai pas voulu trop nuancer parce que l’essentiel, pour moi était de faire percevoir les graves dangers que nous encourons. Et puis j’ai pris le parti de beaucoup utiliser les contes et les mythes parce qu’ils parlent mieux que nos savantes dissertations.
Merci de ton amitié.
C
Bonjour Etienne,
Un plaisir de lire ce texte de bon matin et de se cultiver un peu!
Une petite remarque malicieuse sur l'arbre. Je me demande si ils n'ont pas plutôt coupé la branche de gauche ?
Sinon, assez d'accord avec l'appel à aller plus haut expérimenté dans le désir amoureux, et avec la fâcheuse fascination pour la mort et sa cohorte de fausses justifications, hélas, aux actes meurtriers.
A bientôt.
Répondre
E
Merci Claude pour la branche de gauche. J'ai immédiatement corrigé. Merci aussi pour ta bienveillance et ton souci de profiter des opportunités pour aller plus loin et plus haut.

Très bonne journée à tous !

  • : le blog mythesfondateurs par : Etienne
  •   le blog mythesfondateurs par : Etienne
  • : Mythes, articles à partir des mythes, réactions sur le site Mythes fondateurs http://mythesfondateurs.over-blog.com/ Le mythe et le conte sont la parole dans sa première gestation. C'est pourquoi, si la parole est malade, comme le dit Vittorio Gasman, il devient urgent de revenir à ses fondements qui sont encore à notre disposition, à travers les mythes et les contes. Lorsque la parole ne fonctionne pas, c'est la violence qui gagne. Les mythes et les contes, par l'apprentissage du processus symbolique qu'ils proposent, sont là pour nous aider à faire sortir la parole de la violence. C'est de la naissance de l'homme lui-même dont il s'agit.
  • Contact

Recherche

Articles Récents

Blog De Mythes Fondateurs

Liens

Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -