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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 16:02


 

Comment j’ai retrouvé la vue

 

Je n’ai jamais été aveugle mais jusqu’ici je ne savais pas voir. Vous allez le comprendre facilement à partir d’une histoire plutôt banale. Mais cette histoire banale m’a ouvert sur une donnée fondamentale de la vie.


Une histoire de lunettes

En novembre dernier, j’assiste à une réunion et en revenant je m’aperçois que je n’ai plus mes lunettes. Lorsqu’on en a besoin, les lunettes, c’est quelque chose de vital. Alors je téléphone immédiatement au restaurant où nous avons pris notre repas : les lunettes ne sont pas là. Un peu plus tard, je passe un coup de fil à la salle où nous avons participé à notre réunion : rien n’a été retrouvé. J’interroge également la police municipale et les objets trouvés mais sans plus de succès. Il reste un mendiant qui m’a montré ma route : en marchant, en étant proche de moi, il a pu plonger sa main dans ma poche. Mais s’il l’a fait, c’est qu’il était vraiment dans le besoin et si j’ai pu lui permettre de lire le journal, je m’en réjouis. Alors, comme tout le monde, mon premier réflexe est d’acheter une nouvelle paire de  lunettes vendues dans les pharmacies : elle me permettra de tenir tout le mois de décembre.

Au mois de janvier, je me décide quand même à aller voir l’ophtalmologue. Il me fait une ordonnance et je me dirige chez un opticien qui fait ses essais et prend en charge ma commande.


Un souci de perfection

Huit jours plus tard, je récupère une paire de lunettes intermédiaires et une paire de lunettes pour lire de près. Chez l’opticien, elles me semblent convenir, mais lorsque j’arrive à la maison, je perçois des imperfections.  Or il se trouve que j’éprouve un grand plaisir des yeux lorsque je vois bien. Si je ne vois pas très bien, ce plaisir disparaît. Alors l’idée me vient d’aller voir une orthoptiste. Après deux rendez-vous qui lui permettent de faire une expertise, elle me livre une prescription pour des prismes qui seront ajustés sur les verres de lunettes. Déjà je savoure mon nouveau plaisir en attendant qu’Essilor confectionne les prismes commandés.


La catastrophe

Les prismes arrivent assez rapidement et l’opticien vérifie qu’ils correspondent bien à la commande. Cette vérification assurée, il les dispose sur les verres de mes deux paires de lunettes. « Essayez-les » me dit-il. Je prends d’abord les lunettes intermédiaires ; ma déception est immense, les lignes chevauchent les unes sur les autres. C’est le tour ensuite des lunettes pour lire de près : je ne peux pas lire parce que la vision se trouble. Devant mon angoisse, l’orthoptiste me donne un rendez-vous presque immédiat. Ses mesures étaient justes. Alors, l’idée lui vient d’enlever un prisme sur deux. Elle m’installe sur son ordinateur et je constate que tout semble bien marcher. Pourtant une nouvelle déconvenue allait se présenter.


L’émerveillement

Arrivé à la maison, je m'aperçois que le remède est finalement inefficace. C’en est trop. Ma décision est prise d’enlever tous les prismes sans demander conseil. Tout à coup, je vois parfaitement bien avec chaque paire de lunettes. Bien plus, je peux même lire sans lunettes. Le plaisir de bien voir revient et ma joie est profonde. Certains penseront au miracle et pourtant il n’y a pas eu de miracle.


Laisse tomber tes béquilles et marche

Dans les évangiles, les gens pensent que Jésus fait des miracles. Et pourtant la plupart du temps, lui-même sait que c’est faux. Il dit simplement : « Va, ta foi, (c’est-à-dire ta nouvelle manière de penser), t’a sauvé ». Il a compris que l’homme croit guérir ou se sauver en confectionnant des béquilles. Or, pour lui, ce sont souvent les béquilles qui empêchent de marcher. Ainsi, dans mon cas, vouloir utiliser des prismes pour bien voir, c’était aussi recourir à des béquilles qui allaient m’empêcher de voir. Cela n’est pas une critique du travail des orthoptistes, qui sont très utiles dans bien des cas. Mais, en ce qui me concerne, là n’était pas la solution. En fait c’était pourtant une partie de la solution, car, en me défaisant des prismes, j’ai pu me défaire de l’idée que le recours aux béquilles était bienfaisant. Il fallait chercher ailleurs pour voir véritablement.


La vue, c’est d’abord un don qu’il faut savoir accueillir

Au départ, il y a quelque chose qui est donné, il existe un don de la vue, comme un don de la vie : avant que je ne fasse rien, ça voit en moi, le voir est déjà là. Et c’est dans ce don qu’est l’énergie du voir. Si je cherche à voir vraiment, je suis comme le chercheur qui commence par  s’appuyer sur ce qui est donné, pour y puiser l’énergie de sa recherche. Il ne peut rien faire sans cela. Avant de faire confiance à mes lunettes et à mes prismes, j’ai besoin de capter l’énergie du voir, c’est-à-dire d’accueillir le don de la vue.


Mais comment accueillir le don de la vue sans accepter de manquer?

En enlevant les prismes de mes verres de lunettes, j’ai accepté de manquer et c’est pour cette raison que j’ai été renvoyé au don de la vue, à l’énergie du voir qui m’a comblé de plaisir. En fait, comme je l’ai déjà dit, le don de la vue n’est qu’un cas particulier et pourtant essentiel du don de la vie. Or comment vais-je accueillir le don de la vie sans passer par le manque pour entrer dans la dynamique de l’existence ? Que je le veuille ou non le manque est la nourriture du désir et le désir me permet de jouir de la vie, aussi pleinement qu’il est possible.


Bienheureux les pauvres, les affamés, les affligés…

En réalité, les béatitudes, en dehors de toute dimension religieuse, ne font que révéler une loi fondamentale de la vie : il faut manquer pour recevoir. Et le Christ, comme d’autres chercheurs de sagesse, a su, au départ, accepter le don de la vue pour le reconnaître.

Etienne Duval

 

________________

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commentaires

S
La vie vient avec des expériences différentes je ne sais pas ce que vous avez vécu mais ceci est mon bref témoignage, je suis heureux de taper cela parce que j'ai encore la paix dans mon mariage et tout cela grâce à un grand homme appelé Dr Ajayi, c'est un sort puissant roulette qui aide à réconcilier le différend entre moi et mon mari, mon mari a quitté la maison et vivre une autre femme pendant 7 mois sans prendre soin de moi et de notre fille de 4 ans, financièrement je vais bien parce que je suis banquier mais j'ai besoin des tendres soins d'un l'homme mais mon mari est loin d'être proche, je le prie de revenir plusieurs fois à la maison mais rien ne marche, j'ai même demandé à son frère aîné de m'aider. J'ai lu le témoignage d'un homme qui a décrit comment le Dr Ajayi l'a aidé à empêcher sa femme de divorcer avec un sort d'amour alors j'ai pris son contact et lui ai expliqué mes problèmes, il m'a dit ce qui était nécessaire pour un sort d'amour et je lui ai donné des fonds pour acheter les en trois jours, mon mari est revenu à la maison. Contact: Viber / WhatsApp: +2347084887094 ou Email: drajayi1990@gmail.com si vous avez un problème de relation ou de vie et que vous voulez une solution rapide.
Répondre
C
Chaque jour, trouver dans une page de la bible, un sens qui rejoint mon experience du moment : un plaisir. J'aime trouve dans les miracles leur sens symbolique.
Merci.
Répondre
D
Une méthode spirituelle intéressante...
O
Bonsoir, exactement le calme permet de tout remettre en place.
Répondre
E
C'est intéressant d'établir une relation entre le vide, le manque et le calme. Si j'ai ;bien compris, le manque ou le vide vont permettre de retrouver le calme. A réfléchir encore...
F
Passages de « Vide et plein » de François Cheng (éditions du Seuil 1970)

1- La conception du vide

a) Le Vide fondement de l’ontologie taoïste

(p.27) Le Vide est le fondement même de l'ontologie taoïste. Ce qui est avant Ciel-Terre, c’est le Non-avoir, le Rien, le Vide. Au point de vue de la terminologie, deux termes ont trait à l'idée du Vide : wú 無 / 无 et xū 虛 / 虚 (par la suite, les bouddhistes privilégieront un troisième terme : kōng 空 ). Les deux, étant solidaires, sont parfois confondus. Néanmoins, chacun des deux termes peut être défini par le contraire qu'il appelle. Ainsi wú 無 / 无, ayant pour corollaire yǒu 有« Avoir», est généralement traduit en Occident, par « Non-avoir » ou « Rien »; tandis que xū 虛 / 虚, ayant pour corollaire shí 实/實 « Plein », est traduit par « Vide ».
Lao Zi (40)
天下万物生于有,有生于无
L’Avoir produit les Dix mille êtres, mais l’Avoir est produit par le Rien

Chuang Zi (Ciel-Terre)
A l’origine, il y a le Rien (wú 無 / 无); le rien n’a point de nom (無名).
Du Rien est né l’Un; l’Un n’a point de forme.


b) Le Vide vise la plénitude

(p.29) Le Vide n’est pas seulement l’état suprême vers lequel on doit tendre; conçu comme substance lui-même, il se saisit à l’intérieur de toutes choses, au cœur même de leur substance et de leur mutation.
Le Vide vise la plénitude. C’est lui en effet qui permet à toutes choses « pleines » d’atteindre leur vraie plénitude.

Lao Zi (45)
大盈若冲,其用不穷
La grande plénitude est comme le vide; alors elle est intarissable

(pp.29-30) Dans l’ordre du réel, le Vide a une représentation concrète: la vallée. Celle-ci est creuse, et, dirait-on, vide, pourtant elle nourrit et fait pousser les choses; et portant toutes choses en son sein, elle les contient sans jamais se laisser déborder et tarir. […]
L’image de la vallée est liée à celle de l’eau. L’eau comme les souffles, apparemment inconsistante, pénètre partout et anime tout. Partout le plein fait le visible de la structure, mais le Vide structure l’usage.

Lao Zi (78)
天下莫柔弱于水,而攻坚强者莫之能胜,以其无以易之
Rien au monde de plus souple de plus faible que l’eau.
Mais pour attaquer le fort, qui sera jamais comme l’eau? Le Vide en elle l’a rend transformante.

[…]
Lao Zi (11)
三十辐,共一毂,当其无,有车之用。
  埏埴以为器,当其无,有器之用。
  凿户牖以为室,当其无,有室之用。
  故有之以为利,无之以为用
Trente rayons se rejoignent en un moyeu unique; ce vide dans le char en permet l’usage.
D’une motte de glaise on façonne un vase; ce vide dans le vase en permet l’usage.
On ménage portes et fenêtres pour une pièce; ce vide dans la pièce en permet l’usage.
L’Avoir fait l’avantage, mais le Non-avoir fait l’usage.


2- Le vide dans la peinture chinoise

(pp. 42-43) C'est dans ce contexte à la fois philosophique et esthétique qu'intervient l'élément central de la peinture chinoise ; le Trait de pinceau. Nous allons voir, plus loin, tout le contenu spécifiquement pictural du Trait. Ici, sous l’angle philosophique, il nous suffit de souligner que le Trait tracé, aux yeux du peintre chinois, est réellement le trait d’union entre l’homme et le surnaturel. Car le Trait, par son unité interne et sa capacité de variation, est Un et Multiple. Il incarne le processus par lequel l’homme dessinant rejoint les gestes de la Création. (L’acte de tracer le Trait correspond à celui même qui tire l’Un du Chaos, qui sépare le Ciel et la Terre). Le Trait est à la fois le Souffle, le Yin-Yang, le Ciel-Terre, les Dix-mille êtres, tout en prenant en charge le rythme et les pulsions secrètes de l’homme.

(p.47) Le Trait dont nous venons de cerner la réalité ne fonctionne à plein que grâce au Vide. S’il doit être animé par les souffles et le rythme, il faut avant tout que le Vide le précède, le prolonge, et même le traverse.
François Cheng
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E
Le vide nous met sur la voie du manque et, en un sens, il est aussi le manque….
J
Bonsoir, j'ai compris, je pense: MANQUE d'une situation ou d'un état = DESIR de la (le) susciter. Je vais essayer en ce qui concerne mes douleurs au niveau des paupières et des larmes qui envahissent mes yeux.
Répondre
E
Si ça marche, ce sera merveilleux, mais tu m’avertiras….
J
Bonjour Etienne, Je viens de lire ton dernier article, opération qui était en attente depuis quelque temps car j'étais fort occupé (c'est fou le manque de temps que l'on peut éprouver lorsque, âgé on a plusieurs tâches à accomplir en peu de temps !), bref, ton histoire de lunettes perdues et la suite qui en a résulté, surtout la suite, sont bizarres; sa conclusion "il faut manquer pour recevoir" m'interpelle, " Comment recevoir qud on éprouve le manque?" C'est la question qui me vient aussitôt à l'esprit. Peux-tu, svp, me donner ton point de vue?
Répondre
E
Pour moi cette histoire fut une véritable révélation. C’est à partir du moment où j’enlève mes prismes (mes béquilles des yeux) que je suis renvoyé au bien voir. En enlevant mes prismes, je me mets dans le manque apparent du bien voir et c’est ce manque qui me renvoie au bien voir. Autrement dit j’imaginais que je voyais avec mes lunettes, mais en fait il y a une vision plus fondamentale en moi qui précède tous les voir. C’est le sujet qui voit, ce ne sont pas mes lunettes. J’ai été renvoyé au sujet qui voit. Mais sans doute n’est-ce pas encore très clair. D’une manière générale le manque de quelque chose suscite en moi le désir d’avoir cette chose. Et le désir est une force intérieure qui va tout faire pour atteindre la chose désirée. Tu manques d’air dans le lieu où tu habites, alors ce manque va susciter le désir de monter en Aveyron et démultiplie tes forces pour réaliser ton projet.
L
Cette histoire d’Etienne illustre sans doute l'art de "voir" ..., que ne renieraient pas les sages d'orient
L’astronome, le biologiste comme l'entomologiste (?) ne regardent-t-ils pas en utilisant des loupes grossissantes, jumelles, longue vue, microscope .....
Peu importe l'outil -lunette ou lentilles, yeux nus bordés de cils - chacun de nous regarde à travers son prisme, celui de son expérience, de ses principes, de ses références,
Qui n'a pas sa grille de lecture ?
Or Voir n'est pas regarder , c'est sans doute d'abord renoncer à ses attentes, à sa morale c'est se retirer des certitudes acquises , c'est se décentrer tout en étant intensément présent car seul l'être en nous perçoit la vérité et le plaisir -désir de l'être là ... Voir oui c'est sans doute accepter le manque , l'incomplétude, l'incertitude, tout en se sentant relié à l'autre (et au grand tout)

Ce n'est pas le manque qui impose le besoin de "béquille"...Je suis d'accord avec Etienne : c'est la peur du manque, la peur de l'autre (que je manque par essence), la peur du vide...qui rappelle d'autres morts. Dès lors il faudrait faire l'apologie d'une éducation qui alternerait habilement du (presque) plein et du (presque) vide, qui nous apprendrait à jongler "avec" et "sans", car en réalité faire "sans" mobilise beaucoup d'intelligence et de créativité (écoutez les écrivain évoquer l'ennui dans leur enfance) , mais l'avec fait se mouvoir l'esprit et voyager les sens ...
Par ailleurs l’insatisfaction, la frustration sont de formidables moteurs de destruction mais aussi d'émulation, de dépassement, de recherche, et de plaisir
...Pour que le renoncement ait une valeur de liberté sans doute faut-il avoir senti la force de ce plaisir et de ces frustrations et puis miraculeusement, l’âme nous fait faire un petit pas de côté et ce qui nous semblait essentiel devient terriblement secondaire.
Le zèbre
Répondre
E
Voilà une réaction pleine d’expérience et de sagesse. J’aime bien la dialectique qui fait jongler entre le plein et le vide, l’avec et le sans. J’ai reçu un plombier hier. Ce qui fait un bon plombier ce n’est pas son outil ou la qualité de son outil : c’est l’art de l’utiliser, le savoir-faire, sa capacité à bricoler lorsque se présente une situation imprévue. D’une certaine façon, voir c’est aussi savoir inventer…
V
La conscience de Victor Hugo
Lorsque avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes,
Echevelé, livide au milieu des tempêtes,
Caïn se fut enfui de devant Jéhovah,
Comme le soir tombait, l'homme sombre arriva
Au bas d'une montagne en une grande plaine ;
Sa femme fatiguée et ses fils hors d'haleine
Lui dirent : « Couchons-nous sur la terre, et dormons. »
Caïn, ne dormant pas, songeait au pied des monts.
Ayant levé la tête, au fond des cieux funèbres,
Il vit un oeil, tout grand ouvert dans les ténèbres,
Et qui le regardait dans l'ombre fixement.
« Je suis trop près », dit-il avec un tremblement.
Il réveilla ses fils dormant, sa femme lasse,
Et se remit à fuir sinistre dans l'espace.
Il marcha trente jours, il marcha trente nuits.
Il allait, muet, pâle et frémissant aux bruits,
Furtif, sans regarder derrière lui, sans trêve,
Sans repos, sans sommeil; il atteignit la grève
Des mers dans le pays qui fut depuis Assur.
« Arrêtons-nous, dit-il, car cet asile est sûr.
Restons-y. Nous avons du monde atteint les bornes. »
Et, comme il s'asseyait, il vit dans les cieux mornes
L'oeil à la même place au fond de l'horizon.
Alors il tressaillit en proie au noir frisson.
« Cachez-moi ! » cria-t-il; et, le doigt sur la bouche,
Tous ses fils regardaient trembler l'aïeul farouche.
Caïn dit à Jabel, père de ceux qui vont
Sous des tentes de poil dans le désert profond :
« Etends de ce côté la toile de la tente. »
Et l'on développa la muraille flottante ;
Et, quand on l'eut fixée avec des poids de plomb :
« Vous ne voyez plus rien ? » dit Tsilla, l'enfant blond,
La fille de ses Fils, douce comme l'aurore ;
Et Caïn répondit : « je vois cet oeil encore ! »
Jubal, père de ceux qui passent dans les bourgs
Soufflant dans des clairons et frappant des tambours,
Cria : « je saurai bien construire une barrière. »
Il fit un mur de bronze et mit Caïn derrière.
Et Caïn dit « Cet oeil me regarde toujours! »
Hénoch dit : « Il faut faire une enceinte de tours
Si terrible, que rien ne puisse approcher d'elle.
Bâtissons une ville avec sa citadelle,
Bâtissons une ville, et nous la fermerons. »
Alors Tubalcaïn, père des forgerons,
Construisit une ville énorme et surhumaine.
Pendant qu'il travaillait, ses frères, dans la plaine,
Chassaient les fils d'Enos et les enfants de Seth ;
Et l'on crevait les yeux à quiconque passait ;
Et, le soir, on lançait des flèches aux étoiles.
Le granit remplaça la tente aux murs de toiles,
On lia chaque bloc avec des noeuds de fer,
Et la ville semblait une ville d'enfer ;
L'ombre des tours faisait la nuit dans les campagnes ;
Ils donnèrent aux murs l'épaisseur des montagnes ;
Sur la porte on grava : « Défense à Dieu d'entrer. »
Quand ils eurent fini de clore et de murer,
On mit l'aïeul au centre en une tour de pierre ;
Et lui restait lugubre et hagard. « Ô mon père !
L'oeil a-t-il disparu ? » dit en tremblant Tsilla.
Et Caïn répondit : " Non, il est toujours là. »
Alors il dit: « je veux habiter sous la terre
Comme dans son sépulcre un homme solitaire ;
Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien. »
On fit donc une fosse, et Caïn dit « C'est bien ! »
Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l'ombre
Et qu'on eut sur son front fermé le souterrain,
L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn.
Répondre
E
Et si les murs que l’on construit étaient, pour une grande part, le reflet de la mauvaise conscience ou la volonté d’échapper au regard qui nous accuse de toute part…
E
L'aveugle de Bethsaïda
Chez Mc 8.22-26
22 Jésus et ses disciples arrivent à Bethsaïde. Des gens lui amènent un aveugle et le supplient de le toucher.
23 Jésus prit l’aveugle par la main et le conduisit hors du village. Il lui mit de la salive sur les yeux et lui imposa les mains. Il lui demandait : « Aperçois-tu quelque chose ? »
24 Levant les yeux, l’homme disait : « J’aperçois les gens : ils ressemblent à des arbres que je vois marcher. »
25 Puis Jésus, de nouveau, imposa les mains sur les yeux de l’homme ; celui-ci se mit à voir normalement, il se trouva guéri, et il distinguait tout avec netteté.
26 Jésus le renvoya dans sa maison en disant : « Ne rentre même pas dans le village. »
Mc 8.22-26
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E
Il faut que le Christ s’y reprenne à deux fois pour renvoyer l’aveugle au don de la vue, déjà présent en lui.
J
L’œil de l’éléphant


Au Cameroun, un éléphant traverse un fleuve.
Tout à coup, l’un de ses yeux se détache
Et tombe au fond de l’eau.

Affolé, l’éléphant se met à chercher de tous côtés mais en vain.
L’œil paraît bel et bien perdu.

Pendant qu’il s’agite au milieu du fleuve,
Tout autour de lui, des animaux aquatiques,
Les poissons, les grenouilles mais aussi les oiseaux
Et les gazelles restées sur la berge, tous lui crient :
« Calme-toi, du calme, ô éléphant ! Calme-toi. »

Mais l’éléphant ne les entend pas
Et il continue à chercher sans trouver son œil.

« Du calme, crient les autres, du calme ! »

Il finit par les entendre.
Il s’immobilise et il les regarde.
Alors, l’eau de la rivière entraîne doucement la vase
Et la boue qu’il soulevait en pataugeant.
Entre ses pattes, en regardant,
Il aperçoit son œil dans l’eau redevenue claire.

Il le ramasse et le remet à sa place.
(Le cercle des menteurs, J.-. C. Carrière)
Répondre
E
Le grand calme remet tout à sa place, y compris le miroir intérieur qui me permet de voir.
P
Synchronicité :
je suis dans le même exercice mais sans trop de résultats jusqu'à présent, je demeure dans le manque mais je persévère.
je te tiendrai au courant lors de la venue des résultats.
MERCI
Répondre
E
J'espère que le manque te conduit réellement à une force de vie... Mais tu me diras.

Merci de ton commentaire.
C
Merci, cher Etienne, de ce bel article, il y a vraiment de quoi réagir et cela nous fera de la substance pour notre prochaine rencontre.
Répondre
E
Merci Claire. Ce petit événement a été pour moi une véritable lumière.
P
Merci Etienne J espere y voir plus clair maintenant !
Répondre
E
Merci Fabrice.
H
Merci, Etienne, de cet apologue éclairant.
Amitiés

Hugues
Répondre
E
Merci de ta compréhension et de ta fidélité.
G
Google fait désormais référence à cet article.
Répondre
C
Très émouvant ce récit...
¸¸.•*¨*• ☆
Répondre
E
Merci de partager votre émotion.
O
Merci à Olivier qui a déjà fait référence à cette article du blog. Appuyez sur son nom pour le constater vous-mêmes.
Répondre
F
Merci pour cette jolie parabole du XXIème siècle ! J'aurais envie de l'interpréter (la lire) un peu autrement. Il me semble que le passage par une aide extérieure, même inutile ou imaginaire, nous déplace par rapport à nous-mêmes et cela peut, peut-être, suffire à nous adapter à notre situation réelle, à sortir de notre peur, et à apprendre à s'en tirer avec "les moyens du bord" ! Cela nous permet de prendre la situation en main, de deviner que nous avons en nous les moyens de nous en sortir… Cela a, évidemment, des limites mais elles sont souvent plus loin que nous ne le pensions : "Plus est en nous"… Le passage par l'accueil d'un autre nous "potentialise" incroyablement. Dans l'amour, c'est au quotidien… Ca peut même nous rajeunir !
Répondre
E
Merci François pour tes réactions rapides. Ce que tu dis sur l’accueil d’un autre me paraît très intéressant et là tu parles d’expérience. C’est une autre manière de voir. Ici, je voulais attirer l’attention sur le don de la vie, le don de la vue, qui précèdent tout engagement personnel, et éventuellement le don de l’Esprit qui est Amour et Vie, et Vue…

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