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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 18:56

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Icône reprise par Ouest-France

 

 

Je voudrais, ici, parler de Noël, comme d’un événement qui concerne chacun d’entre nous. Et cet événement pourrait avoir une importance essentielle aujourd’hui, dans la situation que nous traversons.


Un homme en évolution

L’homme n’est pas fini. Il évolue constamment. Il y a, en nous, une force qui nous pousse en avant et cette force, c’est la vie elle-même. D’une certaine façon, elle nous précède, autrement dit, elle nous est donnée gratuitement car nous n’en sommes pas l’origine. Et l’acceptation d’un tel don est un gage de bonne santé psychique et spirituelle. Issus des grands singes, nous sommes passés par plusieurs stades : homo habilis,  homo neanderthalensis, le proto-Cro-Magnon et, depuis 40 000 ans environ, homo sapiens. Et il se pourrait que l’évolution se retourne sur elle-même pour donner naissance à un être qui aurait l’apparence du divin. La naissance de Jésus, rapportée par l’évangéliste Luc, pourrait être une première ébauche d’un événement qui devrait tous nous concerner.


Les blocages et la crise

Aujourd’hui les blocages se multiplient. Nous n’avons aucun point d’appui sérieux pour sortir des contradictions dans lesquelles nous sommes enfermés. Les hommes et les sociétés s’affrontent aux différents pouvoirs, qui tentent non seulement de se partager un territoire commun mais aussi d’assurer le leadership de l’ensemble : le pouvoir économique, le pouvoir politique, le pouvoir du savoir, le pouvoir des arts, le pouvoir culturel, le pouvoir religieux… Même le pouvoir religieux s’avère impuissant à construire un chemin crédible pour tous les hommes. Bien plus, la situation actuelle nous montre que, dans sa toute-puissance, il peut faire courir à la vie humaine ses plus grands dangers.


Une nouvelle étape à franchir

A plus ou moins longue échéance, nous voici acculés à opérer ou tout au moins à accepter une mutation qui changera la problématique de l’humanité. Certains pensaient avoir trouvé la clef du changement dans la démocratie. Or le pouvoir du peuple peut facilement se transformer en populisme et devenir un frein à la liberté que la plupart recherchent consciemment ou inconsciemment. Dans un tel contexte, le sujet humain peine à se constituer et pourtant sa progressive émergence est indispensable pour affronter la mondialisation. Les Etats-Unis eux-mêmes sont porteurs du meilleur comme du pire. Et portant haut le fanion de la démocratie, ils ne s’aperçoivent même pas qu’ils contribuent à asservir des peuples entiers en Amérique du Sud ou ailleurs avec la meilleure conscience du monde. Sans doute pouvons-nous progresser encore dans l’instauration d’une vraie démocratie, mais la démocratie elle-même est inapte à nous faire sortir de nos contradictions.

 

Une transformation qui doit venir de l’intérieur

 Après nous être beaucoup extériorisés pour faire avancer le monde, nous voici contraints de faire un retour sur nous-mêmes car la mutation recherchée ne peut venir que de la vie elle-même. Il faut accepter de lâcher prise, en nous défaisant de notre maîtrise trompeuse pour, en un premier temps, laisser agir le souffle de la Vie. Après avoir opéré le changement dont nous ne connaissons pas encore les contours, il nous redonnera, pour une part, les rênes de la dynamique créatrice du monde. Ce ne sera  plus alors le travail répétitif qui sera la norme de nos actions, ce sera l’invention sans cesse renouvelée qui sollicitera notre imagination dans tous les domaines de l’existence.


Vers une interaction plus forte entre l’individuel et le social

Beaucoup, aujourd’hui, dénoncent un retour vers l’individualisme. Personnellement, j’ai toujours pensé que cet individualisme apparent n’était que le premier temps d’un mouvement plus ample, visant à faire le retour nécessaire sur soi-même pour que s’opère la mutation que nous recherchons. Mais un tel retour sur soi-même implique une redéfinition du sujet, constitué, en même temps, par la dimension individuelle et par la dimension sociale de l’homme. Il est retour sur soi comme sujet, un sujet qui est aussi autre et, par là-même, ouvert à tous les autres.


Chacun est concerné et les chemins sont multiples

Les religions ont eu tendance à déposséder les hommes de ce qui leur appartient en propre. Le souffle de la vie est donné à chaque homme quel qu’il soit. Il ne s’agit pas de l’implanter à nouveau par des rites particuliers. C’est donc directement que chacun est sollicité pour s’ouvrir à l’élan intérieur, qui le fait vivre et progresser. Il peut s’inspirer du témoignage de grands témoins, mais ce témoignage peut l’aliéner s’il oublie d’inventer lui-même son propre chemin. Sans doute, les cheminements se ressemblent-ils si bien que l’exemple des grands initiateurs peut  nous aider à tracer une voie personnelle. Mais comme les situations sont diverses, les chemins eux-mêmes sont nécessairement multiples. Peu importent les croyances religieuses ou les non croyances de départ, qui peuvent ouvrir des voies à leur manière. Ce qui est important, en définitive, c’est la manière de vivre, qui est variable pour chacun.


Sortir de la toute-puissance pour laisser passer la vie

Certains pensent inventer la vie elle-même. Ils sont dans la toute-puissance car ils oublient que la vie est donnée. Tous nos efforts sont basés sur un don initial si bien que le premier temps de la démarche humaine passe par une sorte d’acte d’humilité et par un renoncement à la toute-puissance. C’est pourquoi, dans la Bible, le comportement d’Abraham, qui renonce à exercer une toute-puissance sur son fils pour lui laisser vivre sa  vie, a toujours été considéré comme un fondement pour le comportement des croyants comme des non croyants. Et le Nouveau Testament nous raconte la rencontre de deux femmes enceintes, Marie et Elizabeth. Elles constatent, l’une et l’autre, que la vie est aussi donnée à leurs enfants en gestation à tel point que ces enfants semblent participer par des tressaillements à la joie de leur mère.

 

La révélation d’un souffle qui nous dépasse

Que nous le voulions ou non, nous sommes tous portés par le souffle de la vie, qui nous insère dans une constante évolution. Il est propre à chacun et, en même temps, il est le même pour tous. Il nous précède et il nous accompagne. Il nous unifie et nous diversifie. Tout cela, il peut le faire parce qu’il nous dépasse. Mais, en se retournant sur lui-même, dans la mutation qui s’annonce, il pourrait devenir notre propre souffle tout en continuant à être au-delà de nous-mêmes. Pour moi, c’est cela que signifie aujourd’hui la fête de Noël.

Etienne Duval

 

Le mythe de la caverne :
Noël, c’est sortir de la caverne

 

(a) Après quoi, repris-je, figure-toi, en comparaison avec une situation telle que celle-ci, la condition de notre propre naturel sous le rapport de la culture ou de l’inculture. Représente-toi donc des hommes qui vivent dans une sort de demeure souterraine en forme de caverne, possédant, tout Ie long de la caverne, une entrée qui s'ouvre largement du côté du jour ; à l'intérieur de cette demeure ils sont, depuis leur enfance, enchaînés par les jambes et par Ie cou, en sorte qu'ils restent à la même place, (b) ne voient que ce qui est en avant d'eux, incapables d'autre part, en raison de la chaîne qui tient leur tête, de tourner celle-ci circulairement. Quant à la lumière, elle leur vient d'un feu qui brûle en arrière d'eux, vers le haut et loin. Or, entre ce feu et les prisonniers, imagine la montée d'une route, en travers de laquelle il faut te représenter qu'on a élevé un petit mur qui la barre, pareil à la cloison que les montreurs de marionnettes placent devant les hommes qui manoeuvrent celles-ci et au-dessus de laquelle ils présentent ces marionnettes aux regards du public.

— Je vois ! dit-il.

— Alors, le long de ce petit mur, vois des hommes qui portent,(c) dépassant Ie mur, toutes sortes d'objets fabriqués, des statues, (a) ou encore des animaux en pierre, en bois, façonnés en toute sorte de matière; de ceux qui le longent en les portant, il y en a, vraisemblablement, qui parlent, il y en a qui se taisent.

— Tu fais là, dit-il, une étrange description et tes prisonniers sont étranges!

— C'est à nous qu'ils sont pareils ! répartis-je. Peux-tu croire en effet que des hommes dans leur situation, d'abord, aient eu d'eux-mêmes et les uns des autres aucune vision, hormis celle des ombres que Ie feu fait se projeter sur la paroi de la caverne qui leur fait face ?

— Comment en effet l'auraient-ils eue, dit-il, si du moins ils ont été condamnés pour la vie à avoir la tête immobile ? (b) — Et, à 1'égard des objets portés le long du mur, leur cas n'est-il pas identique ?

— Évidemment!

— Et maintenant, s'ils étaient à même de converser entre eux, ne croiras-tu pas qu'en nommant ce qu'ils voient ils penseraient nommer les réalités mêmes ?

— Forcément.

— Et si, en outre, il y avait dans la prison un écho provenant de la paroi qui leur fait face ? Quand parlerait un de ceux qui passent Ie long du petit mur, croiras-tu que ces paroles, ils pourront les juger émanant d'ailleurs que de 1'ombre qui passe Ie long de la paroi ?

— Par Zeus ! dit-il, ce n'est pas moi qui Ie croirai !

— Dès lors, repris-je, (c) les hommes dont telle est la condition ne tiendraient, pour être Ie vrai, absolument rien d'autre que les ombres projetées par les objets fabriqués.

— C'est tout à fait forcé !  dit-il.

- Envisage donc, repris-je, ce que serait le fait, pour eux, d'être délivrés de leurs chaînes, d'être guéris de leur déraison, au cas où en vertu de leur nature ces choses leur arriveraient de la façon que voici. Quand 1'un de ces hommes aura été délivré et forcé soudainement à se lever, à tourner le cou, à marcher, à regarder du côté de la lumière ; quand, en faisant tout cela, il souffrira ; quand, en raison de ses éblouissements, il sera impuissant à regarder lesdits objets, (d) dont autrefois il voyait les ombres, quel serait, selon toi, son langage si on lui disait que, tandis qu'autrefois c'étaient des billevesées qu'il voyait, c'est maintenant, dans une bien plus grande proximité du réel et tourné vers de plus réelles réalités, qu'il aura dans Ie regard une plus grande rectitude ? et, non moins naturellement, si, en lui désignant chacun des objets qui passent le long de la crête du mur, on le forçait de répondre aux questions qu'on lui poserait sur ce qu'est chacun d'eux ? Ne penses-tu pas qu'il serait embarrassé ? qu'il estimerait les choses qu'il voyait autrefois plus vraies que celles qu'on lui désigne maintenant ?

— Hé oui ! dit-il, beaucoup plus vraies !

— Mais, dis-moi, si on le forçait en outre à porter ses regards du côté de la lumière elle-même, (e) ne penses-tu pas qu'il souffrirait des yeux, que, tournant Ie dos, il fuirait vers ces autres choses qu'il est capable de regarder ? qu'il leur attribuerait une réalité plus certaine qu'à celles qu'on lui désigne ?

— Exact ! dit-il. - Or, repris-je, suppose qu'on le tire par force de là où il est, tout au long de la rocailleuse montée, de son escarpement, et qu'on ne Ie lâche pas avant de l'avoir tiré dehors, à la lumière du soleil, est-ce qu'à ton avis il ne s'affligerait pas, est-ce qu'il ne s'irriterait pas d'être tiré de la sorte ? et est-ce que, une fois venu au jour, (a) les yeux tout remplis de son éclat, il ne serait pas incapable de voir même un seul de ces objets qu'à présent nous disons véritables ?

— II en serait, dit-il, incapable, au moins sur-le-champ ! — Il aurait donc, je crois, besoin d'accoutumance pour arriver à voir les choses d'en haut. Ce sont leurs ombres que d'abord il regarderait Ie plus aisément, et, après, sur la surface des eaux Ie simulacre des hommes aussi bien que des autres êtres ; plus tard, ce serait ces êtres eux-mêmes. A partir de ces expériences, il pourrait, pendant la nuit, contempler les corps célestes et le ciel lui-même, fixer du regard la lumière des astres, celle de la lune, (b) plus aisément qu'il ne Ie ferait, de jour, pour le soleil comme pour la lumière de celui-ci.

— Comment n'en serait-il pas ainsi ? — Finalement, ce serait, je pense, le soleil qu'il serait capable dès lors de regarder, non pas réfléchi sur la surface de 1'eau, pas davantage 1'apparence du soleil en une place où il n'est pas, mais le soleil lui-même dans le lieu qui est le sien ; bref, de le contempler tel qu'il est.

Nécessairement ! dit-il.

— Après quoi, il ferait désormais à son sujet ce raisonnement que, lui qui produit les saisons et les années, lui qui a le gouvernement de toutes les choses qui existent dans le lieu visible, il est aussi la cause, (c) en quelque manière, de tout ce que, eux, ils

voyaient là-bas.

— Manifestement, dit-il, c'est qu'après cela il en viendrait.

— Mais quoi! Ne penses-tu pas que, au souvenir du lieu qu'il habitait d'abord, au souvenir de la sagesse de là-bas et de ses anciens compagnons de prison, il se louerait lui-même du bonheur de ce changement et qu'il aurait pitié d'eux ?

— Ah ! je crois bien !

— Pour ce qui est des honneurs et des éloges que, je suppose, ils échangeaient jadis, de l'octroi de prérogatives à qui aurait la vue la plus fine pour saisir le passage des ombres contre la paroi, la meilleure mémoire de tout ce qui est habituel là-dedans quant aux antécédents, (d) aux conséquents et aux concomitants, le plus de capacité pour tirer de ces observations des conjectures sur ce qui doit arriver, es-tu d'avis que cela ferait envie à cet homme, et qu'il serait jaloux de quiconque aura là-bas conquis honneurs et crédits auprès de ses compagnons ? ou bien, qu'il éprouverait ce que dit Homère et préférerait très fort « vivre, valet de boeufs, en service chez un pauvre fermier» ; qu'il accepterait n'importe quelle épreuve plutôt que de juger comme on juge là-bas, plutôt que de vivre comme on vit là-bas ? (e)

 — Comme toi, dit-il, j'en suis bien persuadé : toute épreuve serait acceptée de lui plutôt que de vivre à la façon de là-bas !

— Voici maintenant quelque chose encore à quoi il te faut réfléchir : suppose un pareil homme redescendu dans la caverne, venant se rasseoir à son même siège, ne serait-ce pas d'obscurité qu'il aurait les yeux tout pleins, lui qui, sur-le-champ, arrive de la lumière ?

— Hé oui ! ma foi, je crois bien ! dit-il.

— Quant à ces ombres de là-bas, s'il lui fallait recommencer à en connaître et à entrer, à leur sujet, en contestation avec les gens qui là-bas n'ont pas cessé d'être enchaînés, cela pendant que son regard est troublé (a) et avant que sa vue y soit faite, si d'autre part on ne lui laissait, pour s'y accoutumer, qu'un temps tout à fait court, est-ce qu'il ne prêterait pas à rire? est-ce qu'on ne dirait pas de lui que, de son ascension vers les hauteurs, il arrive la vue ruinée, et que cela ne vaut pas la peine, de seulement tenter d'aller vers les hauteurs ? et celui qui entreprendrait de les délier, de leur faire gravir la pente, ne crois-tu pas que, s'ils pouvaient de quelque manière Ie tenir en leurs mains et le mettre à mort, ils le mettraient à mort, en effet ?

  • C'est tout a fait incontestable ! dit-il.  Platon, La Pléiade, La République, Livre VII, 514a-517a)

 

 

 

 

 

 


 

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commentaires

Claude 21/01/2017 06:55

J'ai pris plaisir à parcourir, dis-je, le texte, mais aussi les réactions des blogueurs.
Merci!

Claude 21/01/2017 06:54

Merci Tonton pour cette réflexion pour Noël
Je crois encore, après 52 Noël, à Noël fête de la Vie, de la joie de la naissance.
Noël comme retour vers soi du souffle ? Cela ne me paraît pas évident.
Au jour où les nations (USA, UK) retrouvent des lignes de force dans le "mon pays et les citoyens d'abord", je suis plus inspiré par la cause du collectif, de la planète qui nous est confiée à tous, de la proximité de la vie humaine avec le souffle de vie qui traverse la nature toute entière.
J'ai pris plaisir à parcourir

Etienne Duval 21/01/2017 11:05

Merci, une fois encore de ton attention bienveillante et de tes remarques judicieuses. C'est vrai, la planète nous est confiée à tous. Mais je suis assez confiant de ce côté là, car les prises de conscience se multiplient.

M-Cl Christophe 17/01/2017 17:25

La nuit se raccourcit, la nuit la plus longue une fois de plus est derrière nous,
l'année avance, non, le temps et les heures nous avancent inexorablement
que nous reculions ou avancions. Les années lumières scintillent dans l'immensité
de notre science ou de notre ignorance.
Alors sous le gui abandonné suspendu pour l'an neuf, je revois le passage écrit au dessus
du porche de l'église, celui menant à la seule certitude humaine,
et selon moi la seule invitation à l'humilité et à la Vie bouillonnante dans toutes
ses dimensions:
"par où tu passes j'ai passé,
comme toi au monde j'ai été
comme moi mort tu seras!"
Vive l'an nouveau, et les permanentes fins de
traversées de tunnels, au bout chaque fois
des luminosités imprévues voire des éblouissements
parfois si lumineux!

Nos tunnels, nos individualismes pour mieux se et SE retrouver
humain entre humains,

La Parole faite Homme, le Verbe fait chair, le "Je Suis", n'est-il pas
plus que tout autre autant le terrible que magnifique tunnel de l'humanité
à la fois de solitudes, de rejets, de choix, de contraintes,
et de liens et re-liens à tant d'êtres et d'Etres?

Etienne Duval 17/01/2017 19:11

Je retiens ce que tu dis : Noël, c'est le temps et le lieu où je rejoins tous les autres huma,ns dans une sorte de perpétuelle renaissance...

Jean Guilbaud 26/12/2016 12:15

Je me raccroche à ton dernier envoi car je ne veux pas laisser passer cette année la saint Etienne. Je te souhaite non seulement une bonne journée, mais aussi une bonne fin d'année et, avec quelque avance, une "bonne" nouvelle année. Je t'espère en aussi bonne santé que possible. Je ne t'oublie pas, et prends connaissance de la plupart de tes envois. Bonne continuation de ton blog. Fraternellement. Jean G.

Etienne Duval 26/12/2016 20:14

Merci Jean pour la Saint-Etienne et tes encouragements. Que la lumière Noël vous accompagne au cours de toute l’année qui s’annonce !
Bien amicalement.

Yves Bajard 25/12/2016 10:10

Je crains de m'être mal exprimé au travers de mon commentaire sur le dernier blog, car en aucun cas le silence que j'appelais ne concernait la parole que ton texte engendre, bien au contraire, car je suis plutôt d'accord avec l'essence même du texte qui invite chacun d'entre nous à aller puiser au cœur de nous mêmes pour retrouver cet élan vital, ce souffle de vie, qui nous a été confié.
J'imaginais juste pour ce Noël ci, que l'espace d'un instant l'humanité entière se serait tue pour donner naissance à un grand "cri d'Amour chargé". Je sais bien qu'il s'agit là que d'une pure utopie mais qu'il est doux parfois de rêver.
J'espère qu nous aurons l'occasion d'en reparler de vive voix un de ces prochains jours bien que je sois toujours en activité et du même coup plutôt occupé.
Cordialement

Etienne Duval 25/12/2016 10:11

Très bon Noël à toi, Yves, ainsi qu’à toute ta famille. J’aime bien personnellement ton idée du silence de l’humanité entière, donnant naissance à un cri d’amour chargé. Ce n’est pas pure utopie. Si ce cri d’amour sort de toi, c’est, en une sens, de toute l’humanité qu’il provient parce que chacun porte en soi l’humanité entière.

Bonnes fêtes !

Gérard Jaffredou 18/12/2016 12:15

Cher Etienne,
Ta proposition nous met en effet au cœur même de la vie. Je crains de ne dire, pourtant, que des banalités.
Je pense, par exemple et depuis longtemps, que la vie est continuité, fluidité, et lutte permanente contre les coupures, les limites qui y font obstacle. Je crois bien, ou même je constate que mes comportements ou ma façon de sentir les situations sont un héritage direct de ma mère ou de mon père que je reconnais en moi. D'ailleurs, je me reconnais (hélas, mais heureusement en partie seulement ) dans ceux de mon fils ou de ma fille. Les limites sont ici salutaires : elles préservent chacun ; mais il s'agit de les traverser parfois -quand il faut.

Pour plus de subtilité, je ne peux que renvoyer à ma référence préférée sur ces sujets : François Cheng. Cinq méditations sur la mort autrement dit sur la vie, Albin Michel, 2013. La vie, dit-il, est un continu, qu'il faut respecter en suivant la bonne Voie, en acceptant le Vide. Alors la passion, l'amour, peuvent trouver leur place, et du coup la liberté. ( En ceci retrouves-tu ton Sujet ? ). Chaque civilisation, observe François Cheng, dit cela à sa manière, avec ses mots ; j'ajoute : parfois en contrariant radicalement la possibilité.

Je reviens dans l'historicité où nous sommes tous. A l'heure des bilans et des espérances, voire des illusions nouvelles, je vois, quant à moi, des continuités surtout dans les obstacles qui s'opposent au mouvement de la vie, à la création d'une ouverture pour l'avenir. On les connaît bien : la puissance financière, les « normes européennes », c'est-à-dire la politique qu'elles imposent, la discussion qu'elles annulent, le pouvoir sournois de ceux qui les élaborent, le culte de la productivité et son aboutissement : le chômage massif et la misère pour beaucoup et, pour une minorité toute puissante, la richesse insolente, les mensonges qui l'accompagnent et prétendent la légitimer, etc. Tout cela se bloque, avec des projets de retour en arrière présentés comme des progrès impératifs.

En quoi peut consister aujourd'hui le meilleur de la vie ? Comment lutter encore contre ces obstacles et ces mensonges-là ? Comment éviter de s'enfermer dans des rêves, qui sont des limites insidieuses ? Je peux seulement espérer que montent et s'organisent de nouvelles énergies, qui continuent et amplifient avec plus de succès des combats anciens et toujours nécessaires, quelle que soit leur issue, toujours provisoire. L'histoire n'a pas de point final

Bien amicalement. Joyeux Noêl dans cette perspective, ou d'autres.

Gérard,
18 décembre 2016

Etienne Duval 18/12/2016 15:16

Oui, je me retrouve bien dans ce que dit François Cheng. Les obstacles sont bien ceux que tu dis et sans doute y en a-t-il d’autres. Mais ces obstacles peuvent aussi collaborer à leur dépassement dans la mesure ils sont le signal qu’il faut passer à un autre niveau… Oui aussi l’histoire n’a pas de point final.
Bonnes fêtes à toi, à Monique, aux enfants et aux petits enfants !

PS. Tu as vu que j'ai rajouté le mythe de la caverne pour faire comprendre mes propos ?

Jean Puel 15/12/2016 20:09

Bonsoir Etienne,
Ce matin je jouais au maçon, à l'extérieur; j'aime bien mais c'est dur, notamment à mon âge! Cet aprem' il pleut, donc plus de maçonnerie: je passe mon temps à lire et à prier avec "Avent dans la ville" dont j'ai particulièrement aimé la méditation.

Hier, j'ai lu ton blog que je viens de relire: retour sur soi, réception du don de la vie (surtout à notre age), recherche de la mutation souhaitée mais laquelle si ce n'est celle que ns apporte NOËL: trêve à ALEP, prions pour qu'elle ne soit pas un "feu de paille" et qu'elle soit le préalable de la PAIX, la Paix de NOËL en chacun de ns. Apart cela, que te dire de plus: je ne sais pas,sinon JOYEUX NOEL malgré tout les malheurs du Monde. Ns sommes heureux, nous Français!

Etienne Duval 15/12/2016 20:10

Merci Jean pour ton commentaire et ton Joyeux Noël. Je ne sais pas si je me suis fait comprendre : j’essayais de montrer que les situations inextricables dans lesquelles nous nous débattons ne pourront s’estomper que si nous renonçons à notre toute-puissance pour faire appel au souffle venu d’ailleurs, qui nous suit et nous dynamise depuis toujours. Le dépassement qui en sortira, c’est précisément ce que j’appelle Noël.

Platon 15/12/2016 10:01

Pour faire comprendre le passage que la fête de Noël nous invite à faire, je renvoie le lecteur au mythe de la caverne, évoqué par Platon.

Le mythe de la caverne
(a) Après quoi, repris-je, figure-toi, en comparaison avec une situation telle que celle-ci, la condition de notre propre naturel sous le rapport de la culture ou de l’inculture. Représente-toi donc des hommes qui vivent dans une sort de demeure souterraine en forme de caverne, possédant, tout Ie long de la caverne, une entrée qui s'ouvre largement du côté du jour ; à l'intérieur de cette demeure ils sont, depuis leur enfance, enchaînés par les jambes et par Ie cou, en sorte qu'ils restent à la même place, (b) ne voient que ce qui est en avant d'eux, incapables d'autre part, en raison de la chaîne qui tient leur tête, de tourner celle-ci circulairement. Quant à la lumière, elle leur vient d'un feu qui brûle en arrière d'eux, vers le haut et loin. Or, entre ce feu et les prisonniers, imagine la montée d'une route, en travers de laquelle il faut te représenter qu'on a élevé un petit mur qui la barre, pareil à la cloison que les montreurs de marionnettes placent devant les hommes qui manoeuvrent celles-ci et au-dessus de laquelle ils présentent ces marionnettes aux regards du public.
— Je vois ! dit-il.
— Alors, le long de ce petit mur, vois des hommes qui portent,(c) dépassant Ie mur, toutes sortes d'objets fabriqués, des statues, (a) ou encore des animaux en pierre, en bois, façonnés en toute sorte de matière; de ceux qui le longent en les portant, il y en a, vraisemblablement, qui parlent, il y en a qui se taisent.
— Tu fais là, dit-il, une étrange description et tes prisonniers sont étranges!
— C'est à nous qu'ils sont pareils ! répartis-je. Peux-tu croire en effet que des hommes dans leur situation, d'abord, aient eu d'eux-mêmes et les uns des autres aucune vision, hormis celle des ombres que Ie feu fait se projeter sur la paroi de la caverne qui leur fait face ?
— Comment en effet l'auraient-ils eue, dit-il, si du moins ils ont été condamnés pour la vie à avoir la tête immobile ? (b) — Et, à 1'égard des objets portés le long du mur, leur cas n'est-il pas identique ?
— Évidemment!
— Et maintenant, s'ils étaient à même de converser entre eux, ne croiras-tu pas qu'en nommant ce qu'ils voient ils penseraient nommer les réalités mêmes ?
— Forcément.
— Et si, en outre, il y avait dans la prison un écho provenant de la paroi qui leur fait face ? Quand parlerait un de ceux qui passent Ie long du petit mur, croiras-tu que ces paroles, ils pourront les juger émanant d'ailleurs que de 1'ombre qui passe Ie long de la paroi ?
— Par Zeus ! dit-il, ce n'est pas moi qui Ie croirai !
— Dès lors, repris-je, (c) les hommes dont telle est la condition ne tiendraient, pour être Ie vrai, absolument rien d'autre que les ombres projetées par les objets fabriqués.
— C'est tout à fait forcé ! dit-il.
- Envisage donc, repris-je, ce que serait le fait, pour eux, d'être délivrés de leurs chaînes, d'être guéris de leur déraison, au cas où en vertu de leur nature ces choses leur arriveraient de la façon que voici. Quand 1'un de ces hommes aura été délivré et forcé soudainement à se lever, à tourner le cou, à marcher, à regarder du côté de la lumière ; quand, en faisant tout cela, il souffrira ; quand, en raison de ses éblouissements, il sera impuissant à regarder lesdits objets, (d) dont autrefois il voyait les ombres, quel serait, selon toi, son langage si on lui disait que, tandis qu'autrefois c'étaient des billevesées qu'il voyait, c'est maintenant, dans une bien plus grande proximité du réel et tourné vers de plus réelles réalités, qu'il aura dans Ie regard une plus grande rectitude ? et, non moins naturellement, si, en lui désignant chacun des objets qui passent le long de la crête du mur, on le forçait de répondre aux questions qu'on lui poserait sur ce qu'est chacun d'eux ? Ne penses-tu pas qu'il serait embarrassé ? qu'il estimerait les choses qu'il voyait autrefois plus vraies que celles qu'on lui désigne maintenant ?
— Hé oui ! dit-il, beaucoup plus vraies !
— Mais, dis-moi, si on le forçait en outre à porter ses regards du côté de la lumière elle-même, (e) ne penses-tu pas qu'il souffrirait des yeux, que, tournant Ie dos, il fuirait vers ces autres choses qu'il est capable de regarder ? qu'il leur attribuerait une réalité plus certaine qu'à celles qu'on lui désigne ?
— Exact ! dit-il. - Or, repris-je, suppose qu'on le tire par force de là où il est, tout au long de la rocailleuse montée, de son escarpement, et qu'on ne Ie lâche pas avant de l'avoir tiré dehors, à la lumière du soleil, est-ce qu'à ton avis il ne s'affligerait pas, est-ce qu'il ne s'irriterait pas d'être tiré de la sorte ? et est-ce que, une fois venu au jour, (a) les yeux tout remplis de son éclat, il ne serait pas incapable de voir même un seul de ces objets qu'à présent nous disons véritables ?
— II en serait, dit-il, incapable, au moins sur-le-champ ! — Il aurait donc, je crois, besoin d'accoutumance pour arriver à voir les choses d'en haut. Ce sont leurs ombres que d'abord il regarderait Ie plus aisément, et, après, sur la surface des eaux Ie simulacre des hommes aussi bien que des autres êtres ; plus tard, ce serait ces êtres eux-mêmes. A partir de ces expériences, il pourrait, pendant la nuit, contempler les corps célestes et le ciel lui-même, fixer du regard la lumière des astres, celle de la lune, (b) plus aisément qu'il ne Ie ferait, de jour, pour le soleil comme pour la lumière de celui-ci.
— Comment n'en serait-il pas ainsi ? — Finalement, ce serait, je pense, le soleil qu'il serait capable dès lors de regarder, non pas réfléchi sur la surface de 1'eau, pas davantage 1'apparence du soleil en une place où il n'est pas, mais le soleil lui-même dans le lieu qui est le sien ; bref, de le contempler tel qu'il est.
— Nécessairement ! dit-il.
— Après quoi, il ferait désormais à son sujet ce raisonnement que, lui qui produit les saisons et les années, lui qui a le gouvernement de toutes les choses qui existent dans le lieu visible, il est aussi la cause, (c) en quelque manière, de tout ce que, eux, ils
voyaient là-bas.
— Manifestement, dit-il, c'est qu'après cela il en viendrait.
— Mais quoi! Ne penses-tu pas que, au souvenir du lieu qu'il habitait d'abord, au souvenir de la sagesse de là-bas et de ses anciens compagnons de prison, il se louerait lui-même du bonheur de ce changement et qu'il aurait pitié d'eux ?
— Ah ! je crois bien !
— Pour ce qui est des honneurs et des éloges que, je suppose, ils échangeaient jadis, de l'octroi de prérogatives à qui aurait la vue la plus fine pour saisir le passage des ombres contre la paroi, la meilleure mémoire de tout ce qui est habituel là-dedans quant aux antécédents, (d) aux conséquents et aux concomitants, le plus de capacité pour tirer de ces observations des conjectures sur ce qui doit arriver, es-tu d'avis que cela ferait envie à cet homme, et qu'il serait jaloux de quiconque aura là-bas conquis honneurs et crédits auprès de ses compagnons ? ou bien, qu'il éprouverait ce que dit Homère et préférerait très fort « vivre, valet de boeufs, en service chez un pauvre fermier» ; qu'il accepterait n'importe quelle épreuve plutôt que de juger comme on juge là-bas, plutôt que de vivre comme on vit là-bas ? (e)
— Comme toi, dit-il, j'en suis bien persuadé : toute épreuve serait acceptée de lui plutôt que de vivre à la façon de là-bas !
— Voici maintenant quelque chose encore à quoi il te faut réfléchir : suppose un pareil homme redescendu dans la caverne, venant se rasseoir à son même siège, ne serait-ce pas d'obscurité qu'il aurait les yeux tout pleins, lui qui, sur-le-champ, arrive de la lumière ?
— Hé oui ! ma foi, je crois bien ! dit-il.
— Quant à ces ombres de là-bas, s'il lui fallait recommencer à en connaître et à entrer, à leur sujet, en contestation avec les gens qui là-bas n'ont pas cessé d'être enchaînés, cela pendant que son regard est troublé (a) et avant que sa vue y soit faite, si d'autre part on ne lui laissait, pour s'y accoutumer, qu'un temps tout à fait court, est-ce qu'il ne prêterait pas à rire? est-ce qu'on ne dirait pas de lui que, de son ascension vers les hauteurs, il arrive la vue ruinée, et que cela ne vaut pas la peine, de seulement tenter d'aller vers les hauteurs ? et celui qui entreprendrait de les délier, de leur faire gravir la pente, ne crois-tu pas que, s'ils pouvaient de quelque manière Ie tenir en leurs mains et le mettre à mort, ils le mettraient à mort, en effet ?
C'est tout a fait incontestable ! dit-il. Platon, La Pléiade, La République, Livre VII, 514a-517a)

Platon 15/12/2016 10:17

Comme les hommes de la caverne, nous ne voyons que les ombres de la réalité et nous confondons ces ombres avec le réel. Le passage que nous avons à faire consiste à sortir de cet univers pour regarder le soleil en face, en même temps que le monde entier qu'il éclaire. Mais il est bien évident qu'un tel passage est une révolution, car nous changeons littéralement d'univers. De ce fait, les hommes attachés au système de l'ancien monde, ne peuvent accepter le passage au monde nouveau qu'avec une très grande angoisse. Et, comme dit Platon, si un individu se hasardait à sortir de la caverne et à raconter son expérience lumineuse à ceux qui y sont enfermés, il courrait le risque d'être mis à mort, (au nom même de la vérité).

Yves Bajard 15/12/2016 05:06

Oui, oui bien sûr j'acquiesce à tout ce que tu écris, en relisant le texte je me remémore (à peu près) une réplique d'un personnage de cet autre humaniste qu'était Tchekhov :
"D'ici deux cents ou trois cents ans, la vie sur terre sera incroyablement belle, éblouissante, et même s'il ne la connait pas pas encore, l'homme doit l'attendre, s'y préparer ; il doit par conséquent voir et connaître plus que ce qu'a vu et connu son père et son grand père..."
pour moi cette réplique a toujours raisonné comme une invitation pour chacun d'entre à réinventer sans cesse nos propres vies, mais en sommes-nous encore capables ? car à peine un temps de méditation achevé, un silence intérieur retrouvé, qu'une radio grésille, un écran s'allume et là à quelques encablures de nos cités, des corps mutilés, des enfants affamés, des hommes suppliciés.
Je suis sûr Etienne, que tu pardonneras le doute que m'impose certes une âme tourmentée.
Bien sûr je dirais oui à ce souffle de vie que ton texte veut nous insuffler, mais sans oublier que cette même vie pleine de lumière porte en son sein la noirceur de l'hiver. Alors pour ce Noël, je rêve d'un grand silence recouvrant notre terre et de ce silence naîtrait un vrai chant d'humanité.

Etienne Duval 15/12/2016 09:51

Yves, c’est vrai. Parfois, il vaut mieux se taire. Mais, en même temps, j’ai voulu témoigner ; pour moi, il s’agit avant tout d’une expérience personnelle. Le grand souffle de la vie, qui doit tout transformer, est déjà là, mais, pour la plupart, il est enfermé dans l’inconscient de nos vies. Mon problème c’est comment faire en sorte que nos yeux s’ouvrent sans que notre liberté soit contrariée. Le Noël dont je parle ne viendra pas si nous ne l’acceptons pas, si nous n’opérons pas le lâcher-prise nécessaire. Le second problème c’est comment l’humanité entière pourra faire son passage. Il me semble que les crises et les contradictions de toutes natures vont nous obliger à sortir de nos certitudes dans lesquelles nous nous enfermons, comme dans un cercle magique, pour orienter notre regard vers le réel, vers le souffle qui nous porte et que nous ne voulons pas voir. Nous oublions de reconnaître que l’élan de la vie, qui nous pousse en avant, nous est donné. Mais alors comment accepter les blessures, les injustices, la faim et la mort qui assaillent des populations entières ? Je crois que nous alimentons la force du mal par nos peurs, par la croyance en des paroles sans fondement. Si nous acceptons de faire le pas décisif, nous verrons que les peurs se délitent d’elles-mêmes comme les paroles mortifères et que la force du mal est en définitive un leurre.

Un conte sur une prostituée 14/12/2016 21:37

Dans le conte qui est ici présenté, une prostituée a fait sa mutation : elle est passée à un autre niveau d'existence.

La force de la prostituée


On raconte l’immense étonnement qui frappa le grand roi Asoka,
Quand il vit une femme, par un simple geste, faire remonter le Gange vers sa source.
Etonnement qui ne connu aucune limite quand on lui apprit
Que cette femme, déjà âgée, était une putain bien connue de la ville de Pataliputra.

Il la convoqua, il lui parla longuement,
Au milieu du bruissement des voix de tous les sages de la Cour,
Qui commentaient cet événement considérable.
Les uns citaient des textes sacrés, d’autres cherchaient d’autres exemples,
Certains mettaient en doute la réalité du prodige et parlaient d’hallucination.

La vieille putain de Paliputra reconnut la réalité des faits.
Oui, dit-elle, je suis capable de faire un acte de vérité quand je le désire.
J’ai un pouvoir sur les choses.
Je peux arracher des arbres et les faire tourner dans l’air,
Je peux renverser les montagnes et jeter les habitants sens dessus dessous.

S’adressant au roi, une main tendue, elle dit encore :

⦁ Je peux même t’enlever de ton trône,
Te lancer dans les airs, te précipiter dans les abîmes.

Le roi, agité de frissons, dit à la prostituée :

⦁ Mais d’où vient ce pouvoir ?
Qu’est-ce qui te permet de faire de tels actes de vérité ?
⦁ J’ai connu beaucoup d’hommes, répondit la putain de Paliputra,
Des soldats, des paysans, des mendiants, des voleurs et même des princes.
Mais je n’ai fait aucune différence entre eux.
Je n’ai privilégié ni méprisé personne.
A tous, malgré leurs conditions très différentes,
J’ai accordé les mêmes faveurs.
Je n’ai jamais manifesté ni servilité, ni dédain.
Voici le secret de mon pouvoir.

Elle abaissa la main qu’elle tendait vers Asoka, et elle se retira.
Les sages se taisaient sur son passage, accroupis sur le sol,
Et le roi Asoka, qui passait pour le meilleur des rois,
Pensait au long chemin qu’il restait à parcourir.
(Conte de l’Inde, Le cercle des menteurs, Jean-Claude Carrière, éd.Plon)

Hugues Puel 14/12/2016 12:11

Merci, Étienne, pour ce Noël séculier.

Amitiés

Hugues

Etienne Duval 14/12/2016 12:17

Merci Hugues. Et je poserai la question : le séculier est-il si séculier que ça ?

Bonnes fêtes !

Etienne Duval à Michèle 14/12/2016 09:47

Tu as raison Michèle. Tu fais bien de le rappeler. Mais c’est un peu dans le même esprit que je voulais souligner que tout homme et tous les hommes sont habités par le Souffle de Dieu qui les invite à une mutation nouvelle : ce sont eux que je voulais d’abord sortir de l’oubli. En même temps la transformation dont je parle est déjà présente dans le monde sans que nous nous en apercevions. Il faut aussi apprendre à ouvrir les yeux.

Google 14/12/2016 02:19

Cet article est référencé par google.

Olivier Schmitt-Chevalier 13/12/2016 21:39

Merci à Olivier qui continue à signaler les articles réguliers de "mythesfondateurs" sur "oxymoron fractal". Vous pouvez découvrir ou redécouvrir ce blog de blogs en appuyant sur Olivier...

Ohilippe Maquart 13/12/2016 17:03

Bonjour Etienne,

merci une nouvelle fois pour ton article, je trouve que tu nous fait bien l'article pour Noël . . .
j'ai transféré ton mail à mes enfants en leur précisant que le texte n'est pas facile à lire, ce que je pense!
je trouve que lorsque tu utilises des contes, çà rend le texte plus imagé et peut-être plus compréhensible . . .

je te souhaite de bonnes fêtes,
à bientôt

Philippe M.

Etienne Duval 13/12/2016 17:09

Merci Philippe. Merci aussi de faire la publicité dans la famille. Tu fais bien de m'alerter sur une certaine difficulté de lecture. Je ne m'en aperçois pas. En réalité, concrètement, ce sont les textes difficiles qui amènent le plus de commentaires..

Bonne fête de Noël à toi, à ta compagne et à toute la famille !.

Michèle 13/12/2016 12:48

Noël, c'est l'annonce d'un nouveau monde, ce qui implique aussi la naissance d'un homme nouveau. Cet homme nouveau, on le voit poindre un peu partout, dans tous les pays, dans un monde en pleine mutation, celui d'un nouveau siècle, d'une nouvelle ère. Tous ces jeunes qui font autrement, pensent autrement, vivent autrement, nous le montrent chaque jour, (même s'ils s'égarent parfois dans des chemins de traverse). Cet avènement est aussi pour certains souffrance, comme toute métamorphose qui implique de pouvoir lâcher le connu, le passé, et s'exprime par des violences, des excès de toutes sortes. Noël, en ce moment plus que jamais, nous invite à croire en ce monde qui arrive et à lui faire confiance, à faire confiance à la vie qui, effectivement, traverse et porte chaque être, sans distinction. Je vous souhaite, de tout coeur, un bon Noël à tous !

Michèle Vallet 14/12/2016 09:22

Oui, Etienne, la prochaine fois, je penserai à mettre mon nom en entier ! Je vais en profiter pour ajouter ceci:
Si Noël nous invite à accueillir le nouveau qui émerge, n'oublions pas que pour cela il a fallu, il y a un peu plus de 2000 ans, que naisse nu dans une étable, au milieu de nulle part, un petit être nommé Christ. Fêtons aussi Noël contre l'oubli.

Etienne Duval 13/12/2016 15:11

Je signe des deux mains ce que vous dites, je dis vous parce que je ne sais pas de quelle Michèle il s'agit. Noël est là aussi pour changer notre regard et ouvrir nos yeux car nous sommes comme des aveugles. Et lorsque subitement le réel s'exprime, alors nous voyons un monde merveilleux sortir de l'ombre. Personnellement, je peux en témoigner : derrière de nombreux visages, il y a une beauté extraordinaire. Mais comment le dire ?

Josiane Bochet 13/12/2016 10:32

Bonjour Etienne,
Merci beaucoup pour cette analyse si profonde qui donne du sens à Noël en s’adressant à tous croyants ou non. Prenons les rênes du souffle de vie et abordons la nouvelle année !
Bonnes fêtes à toi et ceux qui te sont proches.
Je rejoindrai ma Savoie natale et nous mettrons, crèche, sapin, lumières, houx en fleurs comme beaux symboles de Noël.

Bien amicalement.

Josiane

Etienne Duval 13/12/2016 10:34

Merci Josiane pour ton commentaire et pour ta rapidité à réagir. A la lecture de ton message, je m’aperçois que j’ai donné, sans le vouloir, un sens à la fête de Noël, en m’adressant à tous, « croyants ou non » comme tu dis. Bonnes fêtes à toi et à toute ta famille !
Etienne

Journal Sud-Ouest 13/12/2016 10:13

Fêtes de Noël : au-delà de la religion
La vice-présidente du Consistoire passe Noël en famille entre le sapin et la hanoukia.
quentin salinier
Article Abonnés
Musulmans, juifs ou bouddhistes : ils témoignent de leur Noël, moment privilégié de retrouvailles en famille
« Un pont entre nos différences » Brigitte Nabet, vice-présidente du Consistoire à St-Louis-de-Monfferrand À Saint-Louis-de-Montferrand, Brigitte Nabet, vice-présidente du Consistoire, l’assemblée du conseil d’une synagogue, vit en couple mixte. Elle participe donc à la fête de Noël dont elle aime surtout l’essence : « la fraternité ». Après avoir grandi entre Bordeaux et la Dordogne, « les pieds dans la terre », elle s’est forgée la conviction de « la nécessaire ouverture d’esprit ». « Toute jeune, j’ai baigné dans un univers différent d’une famille juive traditionaliste. Mes parents tenaient beaucoup à l’ouverture vers l’autre. Chez eux, il y avait toujours une porte ouverte. Le vivre ensemble chez nous, c’était du réel. » Si aujourd’hui, un sapin décoré trône dans son salon, cela n’a pas toujours été le cas. Elle a vécu une partie de sa vie aux côtés d’un juif très orthodoxe. Pas question alors de fêter Noël de quelque manière que ce soit. « Difficile de s’insérer dans la cité dans ces conditions », avoue-t-elle d’une voix calme et douce. Aujourd’hui, son mari n’est pas membre de la communauté juive « mais il a été élevé comme je l’ai été : avec une grande ouverture sur l’autre et les différences »…
http://www.sudouest.fr/2015/12/25/un-pont-entre-nos-differences-2227114-4778.php

Etienne Duval 13/12/2016 10:21

Le titre et le contenu de cet article paru pour Noël 2015 sont très semblables à ceux de ce blog. De part et d’autre, c’est bien la fraternité qui donne sens à la fête de Noël. Tout le monde est concerné, tout le monde est invité.
Appuyer sur Etienne Duval pour « entrer » dans le journal Sud-Ouest.

Anne 13/12/2016 09:54

Les bergers sont des exclus, des impurs, non admis aux temples, une façon pour Luc de dire le choix de Dieu pour les petits, les exclus. Leur est annoncée Paix sur terre ; ils y croient, ils sont chargés de mission eux à qui on ne demandait jamais rien.
Autre scène dans Jn 10.34. Jésus commence le verset du psaume (Ps 82,6) : Moi j'ai dit vous êtes des dieux et les pharisiens connaissent la suite ...et fils du Très-Haut tous. Toute l'humanité est appelée à être fils pour devenir dieu. Pas de limite à la transmutation promise, par-delà la mort et le psaume s'achève par un anasta o theos. Lève-toi, ressuscite, juge la terre. C’est le mystère de la crèche dit autrement. L'enfant sans défense, espoir de renouveau, rejoint chacun à l'essentiel.

Etienne Duval 13/12/2016 09:56

Merci Anne. Tu vas droit à l’essentiel, comme si tu étais constamment dans la vision, dans un Noël toujours recommencé. Tes paroles sont comme un appel à entrer dans le grand Souffle de la Vie.

Mozzo Gil 13/12/2016 09:46

Merci pour çette belle envolée...je me permets toutefois d'indiquer qu'il convient d'écrire rênes et non pas rennes ! Cordialement : Gil

Etienne Duval 13/12/2016 09:54

Merci Gil pour l'envolée et aussi pour les rênes. Bonne fête de Noël avec Françoise et toute la famille !

Didier 13/12/2016 09:17

Je suis en parfaite adéquation avec le commentaire ci-dessous ton texte est profond, trés beau, car il s'adresse â tous croyants ou non, je reconnais bien là ton esprit vif et visionnaire tellement dans la vie, tellement humain, tu es le plus jeune d'entre nous mon cher Etienne .
Je suis convaincu que notre avenir passe par là !

A bientôt et bonne fin d'année

Etienne Duval 13/12/2016 09:24

Merci Didier de réagir aussi vite par amitié et aussi par conviction. Tu as très bien compris le sens de mon intervention. Bonnes fêtes de fin d'année.

Claire Hérique-Dumont 13/12/2016 02:18

Juste un petit mot rapide, cher Etienne et te remercier, d’abord de savoir produire de tels superbes moments de réflexion suivis de débats.
Nous ne manquerons pas de le faire, en tous les cas, tous les trois, un peu plus tard dans la saison. Ma petite famille américaine vient pour Noël et les fêtes … donc c’est ma liesse !!

J’aime beaucoup ton grand article, car tu parviens à parler au croyant, comme au simple humaniste, cela c’est un beau défi.
On est avec toi dans l’Amitié et merci pour cet intense moment de réflexion que tu nous donnes toute l’année durant.
Chaleureusement à toi.
Claire et Jean Nicolas

Claire Hérique-Dumont 13/12/2016 02:18

Merci Claire pour ton attention bienveillante. Quelle chance d’avoir, pour Noël, ta petite famille américaine. Je suis de cœur avec vous.

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