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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 17:22

Au commencement il n’y avait que le Aina, le souffle de vie.

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Comment le mythe et le conte, au sein d’un café philosophique, peuvent renvoyer au souffle primordial de la Vie

 

Je voudrais faire part ici de l’expérience d’un café philosophique. Il est né en 1998, à Lyon, au centre de la Croix-Rousse et il continue aujourd’hui son parcours dans le troisième arrondissement. La méthode consiste à partir d’un texte pour susciter la parole et développer la réflexion. Mais une telle manière de procéder est particulière : elle utilise des contes et des mythes non seulement comme point de départ de la discussion mais aussi comme trame de la réflexion elle-même.

Raconter une histoire pour susciter le désir de connaître

Il convient au départ de ramener l’auditeur ou le participant à la dimension de l’enfance ; tout homme, quel que soit son âge, porte en lui un enfant, qui a tout l’avenir devant lui. Par derrière le lecteur, cet enfant imagine aisément la figure de sa mère, de sa grand-mère ou de son grand-père. Il devient attentif lorsqu’on lui dit : « Il y avait un arbre qui était plus vieux que le monde. Chaque année, quel que soit le temps, il exhibait des fruits magnifiques. Mais, on savait, depuis toujours, qu’une de ses deux branches portait des fruits empoisonnés. Or, aujourd’hui encore, personne ne sait où est la bonne branche et personne n’ose goûter les fruits magnifiques qu’il porte ». Ensuite l’auditeur est invité à quitter l’Inde pour pénétrer en Egypte : « Ré est le grand dieu tout puissant. Isis, pourtant, voudrait entrer en rapport d’intimité avec lui mais elle pense qu’il est trop parfait ; il ne communique avec personne. Il lui manque le manque pour faire vivre le désir et donner une place à l’autre… ». L’esprit des enfants que nous sommes se positionne en situation d’éveil sous le jeu des questions : comment parvenir à savoir quelle est la bonne branche de l’arbre ? Comment Isis va-t-elle introduire le manque chez le dieu tout-puissant ? L’auditeur est captivé. Son désir de connaître sort progressivement de son endormissement.

De l’écoute au développement de l’intelligence

L’oreille finit par s’ouvrir. Jusqu’ici nous ne savions pas qu’elle était fermée. Dans les Mille et Une nuits, le grand roi Chariyâr, trompé honteusement par la reine, prend une femme, chaque nuit, pour son plaisir, mais la fait exécuter dès le matin venu. Une telle situation est insupportable. Shahrazade, la fille du grand vizir, entre en action : elle veut devenir la femme du roi, contre l’avis de son père. Le roi étonné accepte sa proposition. La nuit, elle lui raconte des contes lorsque les ébats de l’amour sont achevés et que le premier sommeil touche à sa fin. Mais, au moment où l’aube arrive, sa dernière histoire n’est pas terminée. Le roi est obligé de remettre son exécution au lendemain pour connaître la suite. Et ainsi, de fil en aiguille, mille et une nuits se passent jusqu’au moment où Shahrazade raconte sa dernière histoire. Le roi, enfermé en lui-même, a appris à écouter l’autre. Il a réussi finalement à lui faire une place. Son horizon s’est élargi à tel point que la parole de la femme elle-même est devenue plus crédible. Aiguillonné par sa curiosité, il finit par comprendre que tous ses maux et ceux du royaume viennent de ce qu’il n’écoute pas la parole de la femme. Dans sa méprise, il pensait qu’il n’y avait qu’une seule parole, celle de l’homme. Et maintenant, avec le développement de son intelligence, il devient évident qu’il existe deux paroles : celle de l’homme et celle de la femme. Si la parole de la femme n’est pas entendue, c’est sa mort qui est décrétée à plus ou moins long terme.

De l’image particulière à l’universel de la connaissance

Le conte et le mythe ne proposent pas des vérités toutes faites. Ils suivent le mouvement de l’intelligence qui va du corps à l’esprit, de l’image au concept plus abstrait. L’arbre représente la vie avec ses racines, ses branches et ses fruits, et le serpent pourra évoquer une forme d’intelligence, la violence qui provoque la mort ou le mensonge lui-même. Il est impossible de penser sans images et sans la présence du corps. Dans l’écriture par exemple, chaque lettre évoque la tête, les poumons, la colonne vertébrale, les jambes ou les bras… Un jeu s’établit ainsi entre l’image particulière et la connaissance théorique, entre le corps et la dimension spirituelle de l’homme, si bien que l’intelligence est amenée à voir le particulier concret dans son rapport avec l’universel de l’esprit. Autrement dit, le conte et le mythe, provoquant le jeu de l’image particulière et de l’universel, du corporel et du spirituel, nous introduisent dans la dimension symbolique où tous les éléments interagissent les uns avec les autres dans une sorte de relativité universelle.

La naissance de la parole

Au café philosophique, nous sommes ainsi amenés à interpréter, c’est-à-dire à expliciter le jeu entre l’image particulière et l’universel, entre le corps et l’esprit. La parole est d’abord une parole d’interprétation. Elle est suscitée par l’écoute du groupe et par les questions de l’animateur ou des autres participants. Mais là encore, pour éviter la dispersion et l’imprécision, un autre jeu doit s’établir entre la parole et le texte ou, si l’on veut, entre la parole et l’écriture. C’est pourquoi, selon le déroulement de l’action et le sens évoqué, le texte est divisé en parties que nous analysons successivement. Si un individu ou même le groupe, dans son ensemble, s’égare, il appartient à l’animateur de renvoyer chacun à la précision du texte pour faciliter la gestation d’une parole plus juste.

La renaissance du groupe

L’expérience de plusieurs années montre que la parole, dans le cadre de l’analyse du mythe et du conte, fait renaître le groupe. En 1984, avec d’autres, j’avais mis en place un groupe de la parole comme il en existait beaucoup à cette époque. Ce groupe existe encore aujourd’hui ; il a naturellement évolué et a vu passer des participants de multiples nationalités : chinois, algériens, marocains, iraniens, du Moyen Orient, de Wallis et Foutouna… Jusqu’ici il a constitué un laboratoire pour le café philosophique, créé en 1998. Au départ, chacun a raconté sa vie et le groupe a ainsi donné naissance à des récits extraordinaires. Mais petit à petit ce groupe a tourné en rond parce que la source des récits s’est épuisée. Alors, sous l’effet d’inspirations diverses, nous avons eu l’idée de recourir aux contes et aux mythes. C’est à cette occasion qu’un miracle s’est produit : le groupe qui tournait en rond a fini par renaître à l’occasion de chaque séance. Et il en va de même, aujourd’hui encore, aussi bien dans le groupe de la parole qu’à l’intérieur du café philosophique. Récemment, au sein du café philosophique, nous avons pris quelque distance par rapport aux mythes et aux contes, pour introduire des éléments de la réalité. Assez rapidement des questions se sont posées et une partie du public a boudé les séances de réflexion. Il a suffi de reprendre la simplicité du fonctionnement antérieur pour faire revenir les absents.

L’émergence des sujets

Le sujet est un homme qui ose prendre la parole dans le groupe humain où il se trouve. En fait l’expérience déjà longue du café philosophique permet de préciser qu’il ne suffit pas de parler pour être sujet. Il faut d’abord écouter pour offrir une place à l’autre. C’est par le jeu de l’écoute et de la parole que les individus peuvent se positionner les uns en face des autres, se confronter et se reconnaître au point de devenir des sujets à part entière. A un moment donné, certains voulaient utiliser le café pour faire passer un message. D’autres avaient une parole toute faite, validée par le niveau de leur formation ou de leur profession. En opérant ainsi ils s’écartaient du champ de la parole, car ils marginalisaient les petits et les sans grade et utilisaient le groupe à leur propre profit. Bien plus ils empêchaient la naissance des sujets qui n’avaient plus leur place pour se poser et s’exposer. Le grand dieu Dionysos, pourtant sorti de la cuisse de Jupiter, a eu comme précepteur, Silène, un être ordinaire et très modeste, qui avait le sens de l’humilité. Pour un dieu comme pour un homme, il est impossible d’être soi-même si l’on n’est pas à l’écoute de tous et donc aussi et surtout de ceux qui apparaissent comme les plus petits. Aucune parole n’est insignifiante si l’on accepte de quitter son propre point de vue pour s’ouvrir au point de vue de celui qui parle.

La découverte du processus de la vie, qui est un processus de symbolisation

Dans l’arbre, la vie est un élan qui va de bas en haut, poussant parfois, chaque jour, des racines jusqu’à la cime, des centaines de litres de sève pour faire croître le tronc et faire naître les branches, les feuilles, le fleurs et les fruits. Et lorsque le travail est apparemment achevé, l’élan se renouvelle en revenant aux racines pour remonter vers le sommet des branches. La vie ainsi s’amuse dans des jeux multiples, n’oubliant aucun élément et respectant les différentes étapes nécessaires à la croissance. Or c’est ce même processus que produisent à un autre niveau, dans le cadre du café philosophique, les mythes et les contes. Ils font revenir au passé pour trouver l’énergie qui va permettre de construire l’avenir. Ils commencent par donner une place au tronc de la solidarité émanant du groupe. Dans l’élan qu’ils provoquent, ils font cheminer dans les branches diversifiées de la culture depuis son origine jusqu’à maintenant et puis, grâce à la respiration des sous-cultures naissantes, symbolisées en partie par les feuilles, ils donnent naissance aux fleurs de la parole pour aboutir à des fruits multiples, qui ne sont autres que les sujets en perpétuelle gestation. D’un côté comme de l’autre, la vie apparaît comme un immense chantier de symbolisation. Les fruits ne sont rien sans les racines, le tronc, les branches, les feuilles et les fleurs. Ainsi les sujets ne sont rien sans les cultures anciennes dont ils sont issus, sans les groupes qui les ont portés, sans la parole qui les a mis en éveil. Et, pourtant, comme des dieux, ils en arrivent à transcender, au moins en partie, le monde qui les a fait naître.

Au commencement était le souffle de la vie

Nous sommes ainsi renvoyés, au grand souffle initial de la Vie. Il est un fondement essentiel que nous avons oublié au profit de l’Être ou de la Parole. C’est lui qui nous porte encore aujourd’hui dans toutes nos actions si elles s’inscrivent dans des processus de symbolisation. L’expérience du café philosophique montre que sa force créatrice est présente dans les mythes et les contes. Ces derniers sont comme des semences qu’il faut répandre sur de bonnes terres pour entrer dans le jeu qui fait progresser l’humanité et pour faire naître de véritables sujets créateurs.

Etienne Duval

 

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commentaires

voyance par mail gratuite 12/11/2015 13:26

Mes vives félicitations pour votre site! Ça m'a beaucoup aidé et plu, surtout que tous vos partages sont intéressants. Longue vie à votre site. Surtout ne vous découragez jamais ; votre blog est vraiment au top !

Danièle Petel 17/04/2015 14:54

Je ne pensais pas intervenir de nouveau sur le blog “Mythe et Conte” mais bon ! Je viens de redécouvrir un texte tellement jubilatoire que j’aimerai le partager avec le café philosophique, Danièle

Silène à la manière de Rabelais
« Buveurs très illustres et vous très précieux vérolés, car c’est à vous que je dédie mes écrits et non à personne d’autre, Alcibiade, ou le dialogue de Platon intitulé le Banquet, louant son précepteur Socrate, qui est sans controverse le Prince des philosophes, dit entre autres mots qu’il est semblable à Silènes. Silènes était jadis de petites boites, que nous voyons aujourd’hui présentes dans la boutique des apothicaires, peintes au-dessus de joyeuses et frivoles figures, comme les harpies, les satyres, les oisons bridés, les lièvres cornus, les canes bâtées, les boucs volants, les cerfs limoniers et autres figures ou images peintes à plaisir pour exciter le monde à rire (comme le fut Silène, maître du bon Bacchus). Mais au-dedans, on y tenait de fins remèdes comme les baumes, l’ambre gris, l’amomon, le musc, la civette, les pierreries, et autres choses précieuses. Aussi précieux que l’on disait être Socrate, parce que le voyant d’apparence extérieure, et l’estimant par cette apparence, vous n’en auriez donné une pelure d’oignon, tant il était laid de corps et ridicule de son maintien, le nez pointu, le regard d’un taureau, le visage d’un fou, simple de manières et ridicule de maintien, pauvre de bien, infortuné avec les femmes, inapte à tous offices de la République, toujours riant, toujours buvant d’autant avec l’un ou avec l’autre, toujours se réjouissant, toujours dissimulant son divin savoir, mais ouvrant cette boîte, vous auriez alors trouvé une céleste et appréciable drogue. Compréhension plus qu’une humaine, vertus merveilleuses, courage invincible, sobriété non pareille, contentement certain, assurance parfaite, mépris incroyable de tout ce pourquoi les humains sont pris de convoitise, travaillent, courent, naviguent et bataillent… » Extrait du prologue de Gargantua »

Etienne Duval 17/04/2015 14:58

Finalement, on ne peut être sérieux comme Socrate, sans être, en même temps, dans l’humour de Silènes. L’humour donne une touche de vie au discours du savant et du philosophe.

Josiane Bochet 10/04/2015 15:39

Merci de me faire partager ce récit d' expériences vécues . Il est bien vrai que nous sommes des enfants avides d'histoires , de contes qui débloquent la parole et aident à sortir de situations parfois confuses mais que l'on envisage mieux en faisant un pas de côté grâce aux histoires ...

Etienne Duval 10/04/2015 15:42

Tu as tout compris !

Besset Laurent 07/04/2015 08:58

Bonjour Etienne,
Le thème de cet article m'incite à te donner des nouvelles de ce que nous mettons en place dans l'association d'accompagnement de fin de vie dont je fais partie maintenant depuis maintenant plus de 10 ans !
D'abord nous organisons des "Cafés mortels" à Die et à Crest (déjà 5 !).
Et puis nous commençons à proposer des après-midis autour des "Contes de la vie et de la mort" grâce à une de nos bénévoles qui a été conteuse quasi pro.
(déjà 2)
L'idée reste la même : faire en sorte qu'il ne soit pas tabou de parler de la mort et des deuils + permettre que des souffrances enfouies se disent.
Même si le public est encore clair semé, ça marche : il y a eu chaque fois une qualité d'intimité, d'écoute, de partage impressionnante.
Nous nous sentons complètement à notre place dans ces nouvelles actions bénévoles (dont je suis un peu, beaucoup à l'origine...).
Bravo pour tout ce que tu fais toi aussi dans la même veine...
Bises
Laurent

Etienne Duval 07/04/2015 09:51

Merci Laurent,

Je vois que tu fais les choses très sérieusement et je suis très admiratif. Dans ce que tu écris, c’est surtout la fin qui m’intéresse : le travail sur l’intériorité, le rapport à soi. Je vais te dire ma propre expérience.

Je crois beaucoup aux espaces intermédiaires car c’est là où passe la vie. J’avais très peur lorsque j’allais avoir cinquante ans. Et puis je me suis rendu compte que si je vieillissais de l’extérieur, je rajeunissais de l’intérieur. Je me suis donc situé dans cet espace intermédiaire entre le vieillissement extérieur et le rajeunissement intérieur. J’inversais ainsi les perspectives : alors que je croyais aller vers le vieillissement, c’est en fait vers un rajeunissement profond que j’allais. C’est ainsi que j’ai été définitivement guéri de la peur de vieillir.

Et puis il y a deux ans et demi, je me suis dit : « Quand même il faudrait penser à ta mort ! » C’est alors que je me suis placé intérieurement entre ma vie actuelle et ma vie future même si je n’en connais pas bien les contours. J’ai aors ressenti une très grande énergie intérieure. Le temps de la mort, qui peut durer bien des années, devenait ainsi un espace privilégié, chargé d’une force indicible. La mort prenait un tout autre sens que celui que je lui donnais spontanément. Ce n’étais plus une fin de vie, c’était un temps de passage vers autre chose, comme un temps de résurrection et de très grande espérance.

Danièle Petel 31/03/2015 15:01

Merci Etienne, d’attirer notre attention sur le modeste, Siléne précepteur du dieu Dionysos
En retour voici la légende de la bague royale de Baruch Haday, Danièle

Légende de la bague royale

l’homme le plus sage de la terre, avait parmi ses serviteurs un favori. Pourquoi? Parce qu’il faisait parfaitement tout ce qu’il lui demandait de faire. Mais les autres serviteurs du palais devinrent très jaloux. Le Roi savait que la jalousie est un vilain défaut et qu’il devait y mettre fin. Aussi décida-t-il de confier à son serviteur un travail impossible à exécuter. Quand il constaterait que le serviteur n’avait pas réussi dans sa tâche, il le convoquerait devant tous les autres et le remettrait à sa place afin que tout le monde jouisse du même traitement et qu’il n’y ait plus de jalousie dans le palais.
Ainsi le Roi appela son serviteur un mois avant la pâque juive et il inventa une histoire. Il dit à son serviteur qu’on lui avait parlé d’une bague spéciale qui avait ce caractère particulier: quand on la portait dans la tristesse, on devenait heureux, et quand on la portait dans la joie, on devenait triste. Le Roi dit: “Je la veux. Peux-tu la trouver?” “T’ai-je jamais déçu?” répondit le serviteur. “Bien sûr, je peux la trouver!”
“Très bien” dit le Roi. “Apporte-la moi le premier soir de Pâques.” “Pâques?” demanda le serviteur “c’est dans un mois, je peux vous l’apporter dans deux jours.” “Non, non” dit le Roi, “offre-la moi pour Pâques et donne-la moi le soir du dîner de Seder.” “Oui, mon Roi”, dit le serviteur.
Celui-ci choisit des amis, les divisa en quatre groupes dont un partirait vers le Nord, un autre vers le Sud, un autre vers l’Est, un autre vers l’Ouest. Il leur dit: “allez votre chemin, arrêtez quiconque et parlez-lui de la bague. S’il sait quelque chose ou a entendu parler de quelque chose, revenez me le dire. Ainsi nous pourrons aller chercher la bague et la rapporter au Roi.”
Au bout de deux ou trois jours la première mission revint mais “Nada” (bien sûr puisque le Roi avait fabriqué l’histoire de toutes pièces et qu’une telle bague n’existait pas). La seconde mission revint bredouille, de même que la troisième et la quatrième. Trois semaines s’étaient maintenant écoulées et le serviteur devint de plus en plus nerveux. Le “Seder” devant avoir lieu dans une semaine, il devait lui-même trouver la bague. Il allait de place en place, de village en village, de ville en ville, de maison en maison, de porte en porte, ne dormant plus, ne mangeant plus, posant à chacun la même question mais “Nada”. La veille du “Seder”, il revint à Jérusalem mais il avait peur de se retrouver au palais, chacun parlait de lui et disait qu’il était devenu fou.
Il se retrouva par hasard dans le quartier le plus pauvre de la ville et là, au fond d’une allée, il aperçut une toute petite échoppe à l’intérieur de laquelle se trouvait un vieil homme, un joaillier. Il se dit en lui-même “si j’arrive pas à trouver la bague peut-être ce vieil homme pourrait-il la fabriquer? De toutes façons je n’ai plus rien à perdre, je vais lui poser la question.” Il entra dans la boutique et dit à l’homme: “le Roi désire une bague qui rende triste quand on est heureux et heureux quand on est triste. Peux-tu fabriquer une telle bague?” Le joaillier réfléchit une seconde et répondit: “bien sûr, c’est un jeu d’enfant.” Il prit une des bagues qui était sur la table et y grava quelque chose en hébreu. Le serviteur était un esclave et il ne savait pas lire. Il prit la bague et s’en fut.
Au palais, tout le monde était au courant de l’histoire et attendait la suite avec impatience. Le Roi était présent, un grand sourire sur le visage. Le serviteur était dans un coin, priant pour que le roi ait oublié son voeu. Mais le Roi lui fit signe d’avancer. Silence. Chacun tentait de s’approcher pour mieux entendre. Le serviteur était terrifié, il vint auprès du Roi en tremblant, les yeux rivés au sol. Le Roi sourit et lui demanda: “Alors, tu as la bague?” Le serviteur était si effrayé qu’il murmura d’une voix brisée: “J’espère, mon Roi...” “Je n’entends rien” dit le Roi. “J’espère” dit le serviteur plus fort. “Tends-la moi”, dit le Roi. Le serviteur lui donna la bague d’une main tremblante. Le Roi la prit avec le même grand sourire et la mit à son doigt puis il lut ce que le vieil homme avait gravé. Son visage devint triste tout-à-coup. Quand le serviteur se rendit compte de la tristesse de son Roi, il sut qu’il avait trouvé la bague inespérée.
Sur la bague étaient inscrits ces quelques mots en hébreu “Gam Ze Ya-avor”, ce qui veut dire: Cela aussi passera”
(Baruch Haday traduit par Lise Willar)

Etienne Duval 31/03/2015 15:16

Merci Danièle. Tu as bien choisi cette histoire : elle nous évoque la modestie de Silène à travers la modestie du joailler, auquel le serviteur n'avait pas pensé et qui fut pourtant le seul à pouvoir répondre à la question du roi. Elle nous évoque aussi la pâque juive, qui veut dire "passage" et nous livre un message : c'est l'humilité qui permet de faire son passage. Finalement le roi a été amené à faire lui-même son passage, en recevant la leçon d'un de ses serviteurs qu'il voulait mettre à l'épreuve. Il fallait que lui aussi apprenne l'humilité, tout roi qu'il était.

Etienne Duval 30/03/2015 10:40

UN DE MES SECRETS C'EST L'ESPACE INTERMEDIAIRE

L'espace intermédiaire entre l'intérieur et l'extérieur, entre moi et l'autre, entre la communauté et la société, entre le passé et l'avenir, entre la vie et la mort entre soi et soi... est le lieu réel ou symbolique par où passe la vie et où elle joue. Il est mon lieu de respiration. Un monde sans interstice, enfermé dans la rationalité technique, est un monde mortifère parce qu'il prive l'homme de toute respiration.

Conte arabe 29/03/2015 15:37

Dans un conte arabe mettant en scène un roi et un mendiant, une chambre basse est le lieu du souffle « originel », qui permet au mendiant de dépasser en intelligence le roi lui-même.


LE SECRET


Où se tenait Mahmoud, était Ayaz. Où souffrait Ayaz, souffrait Mahmoud. Il n’était pas au monde d’amis plus proches, ni plus soucieux l’un de l’autre. Pourtant, Mahmoud était roi et Ayaz son esclave. « Ayaz à la blanche poitrine » : ainsi l’appelait-on, car il était d’une beauté parfaite. Il était arrivé en guenilles de vagabond dans la ville où régnait le conquérant superbe et redouté. Il avait longtemps cheminé, sans cesse assoiffé par la poussière des déserts, et plus encore par l’increvable désir d’atteindre un jour la lumière qu’il sentait brûler dans le fond secret de son âme, au-delà de toute souffrance. Mahmoud l’avait rencontré sur les marches de son palais et l’avait pris à son service, séduit par son visage et son regard de diamant noir. De cet errant misérable venu du fin fond des chemins, il avait goûté les paroles simples et jamais basses. Il avait fait de lui son conseiller. Il en fit un jour son frère de coeur.

Alors ses courtisans s’émurent. Que cet esclave leur soit préféré les scandalisa si rudement qu’ils complotèrent sa perte et se mirent à épier ses moindres gestes. Le vizir attacha quelques sbires discrets à sa surveillance. Un soir, lui fut rapportée une incompréhensible bizarrerie dans le comportement de cet homme qu’il détestait. Il s’en fut aussitôt à la haute salle au dallage de marbre où déjeunait Mahmoud, et s’inclinant devant le souverain terrible : « Majesté, lui dit-il, tu n’ignores pas que, pour ta précieuse sécurité, je fais surveiller tous les mortels, humbles ou fortunés, à qui tu accordes le privilège de ton incomparable présence. Or, il me parvient à l’instant d’inquiétantes informations sur Ayaz, ton esclave. Chaque jour, après avoir quitté la Cour, il va s’enfermer seul dans une chambre basse au fond d’un couloir obscur. Nul ne sait ce qu’il y trame. Quand il en sort, il prend soin de verrouiller la porte. A mon avis, il cache là quelque secret inavouable. Je n’ose penser, quoique ce soit possible, qu’il y rencontre de ces disgraciés, qui n’ont de désir que de te nuire. « Ayaz est mon ami lui répondit Mahmoud. Tes soupçons sont absurdes. Ils ne salissent que toi. Va-t’en ! » Il se renfrogna. Le vizir se retira discrètement satisfait : quoi qu’en dise le roi, son âme était troublée. Mahmoud, demeuré seul, resta, un moment pensif, puis fit appeler Ayaz et lui demanda, avant même de l’avoir embrassé : « Frère, ne me caches-tu rien ? – Rien, Seigneur, répondit Ayaz en riant. – Et si je te demandais ce que tu fais dans la chambre où tu vas tous les soirs, me le dirais-tu ? » Ayaz baissa la tête et murmura : « Non, Seigneur ». Le coeur de Mahmoud s’obscurcit. Il dit : « Ayaz es-tu fidèle ? – Je le suis, Seigneur ». Le roi soupira. « Laisse-moi, dit-il. » Il ne put trouver la paix.

Le soir venu, quand Ayaz sortit de sa chambre secrète, il se trouva devant Mahmoud, son vizir et sa suite dans le couloir obscur. « Ouvre cette porte, lui dit le conquérant. » L’esclave serra la clef dans son poing et, remuant la tête, refusa d’obéir. Alors Mahmoud le prit aux épaules et le gronda : « Si tu ne me laisses pas entrer dans cette chambre, la confiance que j’ai en toi sera morte. Veux-tu cela ? Veux-tu que notre amitié soit à jamais défaite ? Ayaz baissa le front. La clef qu’il tenait glissa de sa main et tomba sur le dallage. Le vizir la ramassa, ouvrit la porte. Mahmoud s’avança dans la pièce obscure. Elle était vide et aussi humble qu’une cellule de serviteur. Au mur pendait un manteau rapiécé, un bâton et un bol de mendiant. Rien d’autre. Comme le roi restait muet devant ces guenilles, Ayaz lui dit : « Dans cette chambre, je viens tous les jours pour ne pas oublier qui je suis : un errant en ce monde. Seigneur, tu me combles de faveurs, mais sache que mes seuls biens véritables sont ce manteau troué, ce bâton et ce bol de mendiant. Tu n’as pas le droit d’être ici. Ici commence le royaume des pèlerins perpétuels. Mon royaume. Ne pouvais-tu le respecter ? – Pardonne-moi, dit le conquérant ». Devant l’esclave, il s’inclina et baisa le pan de son manteau. (Conte arabe, Henri Gougaud, L’arbre aux trésors, Ed. du Seuil)

Etienne Duval 29/03/2015 16:08

Finalement cette histoire nous révèle le secret du conte et du mythe. Il s’agit d’entraîner celui qui écoute à la recherche du secret de l’homme et de son propre secret. Ici il est dans la chambre basse, là où le mendiant vient puiser à la source de lui-même et à la source de la vie. Il y a une source que chacun doit chercher pour vivre.

Hier j’ai parlé longuement avec un ami malade, au moins pour le moment. En dépit de sa maladie et de sa fatigue, il manifestait une énergie indicible et insoupçonnable. Au fil de la discussion, il m’a livré son secret, il m’a fait entrer dans sa chambre secrète, là où il s’ouvre à la Vie.

Aurélie Vinceneux 28/03/2015 15:30

LE REEL, LE SYMBOLIQUE ET L'IMAGINAIRE SELON LACAN


LE REEL
Pour moi le réel est quelque chose que le sujet ne doit pas rencontrer, il l’expulse de sa conscience. Il revient dans la réalité à une place où le sujet ne le rencontre pas, car souvent trop dangereux, douloureux. Dans le langage courant on dit que cela a été “refoulé par la patient“. On pourrait le définir comme l’impossible, quelque chose sur lequel on ne peut pas mettre de mot, que l’on ne peut pas symboliser, qui est “indisible”.

LE SYMBOLIQUE
Le symbolique, est dans ce travail ce qui nous intéresse le plus, même si cette notion ne va pas sans les deux autres. C’est une fonction qui embrasse toute l’activité humaine, comportant une part consciente et une part inconsciente, qui est attachée à la fonction du langage.2 Cette définition fait de nous des « êtres de langage ». Nous utilisons des sons, des mots, (Cf : article signifié et signifiant) qui symbolisent quelque chose pour chaque sujet. Si nous revenons sur le mot et le son du mot « poids », il peut être associé phonétiquement à différentes choses : le légumes “pois cassés”, la balance, le poids de la vie, la masse corporelle… Le symbolique est d’après les psychanalystes, ce qui manque au sujet, et qui lui permet de désirer, d’avoir des projets, de continuer à avancer…C’est ce qui fait défaut, ou ce qui a été perdu, c’est la fonction du manque. Pour pouvoir désirer il faut donc manqué (à méditer )Le symbolique c’est aussi ce que n’ont pas les enfants psychotiques comme les enfants autistes. Pour un enfant autiste “prendre le soleil” c’est attraper le soleil par exemple et non bronzer. Sigmund Freud Comme le dit Freud, sur son article sur la dénégation, l’enfant en tant qu’être de langage, accède au symbolique par la négation, l’absence. C’est ce qui va permettre à l’enfant de se structurer et d’accepter l’absence en premier lieu de sa mère, qu’il peut symboliser par l’appel de celle ci en utilisant le mot « maman » pour l’appeler. C’est ce qui va créer l’altérité, c’est à dire la possibilité de se penser en tant que sujet désirant à part entière.

L’IMAGINAIRE

Comme les deux autres notions lacannienes, on ne peut penser la notion d’imaginaire que dans ces rapports avec le réel et le symbolique. La notion d’imaginaire est toujours présente dans la relation à l’autre. C’est ce que nous projetons sur l’autre en fonction de notre propre histoire. Dans la relation d’aide c’est une notion très importante, car elle peut faire un biais important dans la relation. Un exemple : travailler en maison de retraite, avec quelqu’un qui nous fait penser à notre grand mère décédée aura des conséquences importantes. Notre travail ne sera pas orienté, de la même manière avec cette personne, l’affectif va prendre de la place dans la relation. Garder une distance de travail sera plus difficile avec cette personne âgée là… Des affects et des projections sur l’autre sont inévitables dans une relation d’aide et même dans les relations humaines en général, c’est pour cela qu’il est important de travailler sur soi avec un professionnel, et être supervisé, s’il on veut faire un travail de qualité, sans dérive affective. Je ne dit pas qu’il ne faut pas d’affectif dans notre travail, l’empathie est important, mais il doit être une prise de conscience contrôlé par le soignant. Cela ne peut se faire que par un travail sur soi avec un professionnel. La symbolisation serai donc un équilibre subtil, entre ce que l’on projette sur l’autre, ce que l’on pense que l’autre croit, et ce que l’on ne veut pas connaître, l’impensable, l’inimaginable. Et l’animal dans tout ça ? me direz vous…et bien la suite de l’article arrivera sans faute la semaine prochaine. Il fera le lien entre la notion de symbolisation et la pratique de la médiation animale.

Article écrit et réalisé par Aurélie Vinceneux – fondatrice de l’association Coeur d’Artichien Ce document ne peut-être utilisé, reproduit, modifié ou communiqué sans l’autorisation d’Aurélie Vinceneux.

APPUYER su Aurélie Vinceneux

Etienne Duval 28/03/2015 15:42

Si j'ai voulu présenter les trois catégories lacaniennes, c'est surtout pour situer le symbolique et éclairer ainsi la notion de symbolisation. En fait dans l'article du blog, nous prenons "symbolisation" dans son sens étymologique : il s'agit de situer chaque élément dans l'ensemble auquel il se rattache, de l'inscrire dans une forme de relativité...

Vincent 27/03/2015 22:39

Bonjour,

J'ai beaucoup aimé ce texte sur la fonction et l'importance des mythes.
"L'histoire" de Midas est magnifique. Comme tous les mythes anciens, celui-ci nous" embarque" pour un voyage et un songe par son merveilleux et sa grande vérité humaine, ce que ne saurait faire un concept philosophique ou une théorie de la connaissance, qui sont cependant de puissants efforts accomplis par l'Homme pour se connaître lui-même.
Amitiés

Etienne Duval 27/03/2015 22:46

Je suis content que ce texte vous ait plu. On n'est jamais sûr de ce qu'on écrit tant que l'écriture ainsi produite ne suscite pas d'échos chez les autres. C'est vrai que j'ai pu expérimenter la très grande importance des mythes. et même des contes.

Merci !

Etienne Duval 27/03/2015 09:58

Nous retiendrons que la vie est liée à deux notions : l’autonomie du système et la capacité d’évolution. C’est un peu ce que nous retrouvons dans le processus de symbolisation, qui, en plus, définit un sens (le fruit, l’individuation).

La recherche 27/03/2015 09:51

UN ESSAI DE DEFINITION DE LA VIE DANS LA REVUE « LA RECHERCHE, L’ACTUALITE DES SCIENCES »

http://www.larecherche.fr/savoirs/dossier-special/2-est-ce-vie-01-10-2005-70772
Aussi avons-nous récemment proposé de concilier ces deux visions de la vie en une seule formule disant qu'est vivant tout système autonome pourvu de capacités évolutives ouvertes [6] . L'idée d'autonomie rend compte des performances individuelles, tandis que celle d'évolution ouverte renvoie à la capacité illimitée d'élaborer des structures et des organisations complexes.
Cette définition a des conséquences pratiques, tout d'abord dans le domaine des recherches concernant l'origine de la vie. Au sens strict, l'origine de la vie telle que nous la connaissons serait en effet le moment du découplage entre le génotype et le phénotype, c'est-à-dire le moment où les instructions génétiques et leur exécution se sont séparées en différentes familles chimiques - acides nucléiques et protéines. Si nous acceptons l'hypothèse d'un monde primitif « à ARN », dans lequel tant les réactions catalytiques que le stockage de l'information étaient effectués par des molécules d'ARN, le découplage s'est produit après l'invention du code génétique et de la synthèse protéique. Cela a permis le commencement d'une phase évolutive ouverte qui s'est poursuivie jusqu'à l'apparition du dernier ancêtre commun de toutes les formes de vie actuelles [7] .
Concernant les recherches de la vie sur d'autres planètes, notre définition propose un cadre conceptuel, cadre nécessaire au développement de marqueurs biologiques. Ainsi, un système vivant doit, au niveau individuel, disposer d'une frontière active et semi-perméable, d'un système énergétique et d'au moins deux types de composants macromoléculaires interdépendants comme le sont les acides nucléiques et les protéines. Plus globalement, on ne peut parler de vie sur une autre planète qu'en présence d'un phénomène historique et collectif à long terme. Un tel phénomène laissant des traces dans le milieu par exemple, une atmosphère à la composition fortement déséquilibrée, celles-ci pourraient donc permettre de déterminer s'il y a ou non de la vie.
EN DEUX MOTS C'est à la NASA, qui en a besoin pour la recherche de vie extraterrestre, que l'on doit la plus concise des définitions : « La vie est un système chimique autonome capable de suivre une évolution darwinienne. » La capacité à évoluer devient la caractéristique essentielle des êtres vivants. Une autre approche considère qu'un organisme individuel constitue l'expression fondamentale de la vie. Ses tenants mettent en avant, comme principe fondamental, les réseaux de réactions récursives d'un organisme. Pour les auteurs de cet article : « Est vivant tout système autonome pourvu de capacités évolutives ouvertes. »

Par Juli Peretó, Jesús Català, Álvaro Moreno

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Olivier-Schmidt-Chevalier 26/03/2015 23:28

Merci à Olivier, qui, une nouvelle fois, présente cet article dans son blog de blogs.

Cliquez sur Olivier-Schmidt-Chevalier

Etienne Duval 26/03/2015 17:32

Hugues, merci de tes encouragements.

Hugues Puel 26/03/2015 17:31

Merci de ce texte d’expérience et de méthode pédagogiques.

Etienne Duval 26/03/2015 15:24

A Julia : merci beaucoup pour ces oiseaux du paradis !

Etienne Duval 29/03/2015 16:20

A leur manière, les oiseaux nous racontent la merveilleuse histoire du souffle de la Vie.

Google 26/03/2015 09:30

Ce nouvel article du blog est référencé par google.

Julia 26/03/2015 12:28

Bonjour,

Très intéressant votre dernier envoi !
En remerciement, ces chants d’oiseaux....
Bonne journée
Julia V.

Un Paradis ... Ils sont restés 10 ans en forêt pour ce résultat. Ne supprimez pas ce trésor avant de l'avoir visionné ! Remarquez la caméra du photographe ainsi que la qualité de l'image et du son ! Les oiseaux de Paradis, film tourné en Nouvelle-Guinée, ils y sont restés 10 ans pour cela !

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