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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 17:22

Au commencement il n’y avait que le Aina, le souffle de vie.

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Comment le mythe et le conte, au sein d’un café philosophique, peuvent renvoyer au souffle primordial de la Vie

 

Je voudrais faire part ici de l’expérience d’un café philosophique. Il est né en 1998, à Lyon, au centre de la Croix-Rousse et il continue aujourd’hui son parcours dans le troisième arrondissement. La méthode consiste à partir d’un texte pour susciter la parole et développer la réflexion. Mais une telle manière de procéder est particulière : elle utilise des contes et des mythes non seulement comme point de départ de la discussion mais aussi comme trame de la réflexion elle-même.

Raconter une histoire pour susciter le désir de connaître

Il convient au départ de ramener l’auditeur ou le participant à la dimension de l’enfance ; tout homme, quel que soit son âge, porte en lui un enfant, qui a tout l’avenir devant lui. Par derrière le lecteur, cet enfant imagine aisément la figure de sa mère, de sa grand-mère ou de son grand-père. Il devient attentif lorsqu’on lui dit : « Il y avait un arbre qui était plus vieux que le monde. Chaque année, quel que soit le temps, il exhibait des fruits magnifiques. Mais, on savait, depuis toujours, qu’une de ses deux branches portait des fruits empoisonnés. Or, aujourd’hui encore, personne ne sait où est la bonne branche et personne n’ose goûter les fruits magnifiques qu’il porte ». Ensuite l’auditeur est invité à quitter l’Inde pour pénétrer en Egypte : « Ré est le grand dieu tout puissant. Isis, pourtant, voudrait entrer en rapport d’intimité avec lui mais elle pense qu’il est trop parfait ; il ne communique avec personne. Il lui manque le manque pour faire vivre le désir et donner une place à l’autre… ». L’esprit des enfants que nous sommes se positionne en situation d’éveil sous le jeu des questions : comment parvenir à savoir quelle est la bonne branche de l’arbre ? Comment Isis va-t-elle introduire le manque chez le dieu tout-puissant ? L’auditeur est captivé. Son désir de connaître sort progressivement de son endormissement.

De l’écoute au développement de l’intelligence

L’oreille finit par s’ouvrir. Jusqu’ici nous ne savions pas qu’elle était fermée. Dans les Mille et Une nuits, le grand roi Chariyâr, trompé honteusement par la reine, prend une femme, chaque nuit, pour son plaisir, mais la fait exécuter dès le matin venu. Une telle situation est insupportable. Shahrazade, la fille du grand vizir, entre en action : elle veut devenir la femme du roi, contre l’avis de son père. Le roi étonné accepte sa proposition. La nuit, elle lui raconte des contes lorsque les ébats de l’amour sont achevés et que le premier sommeil touche à sa fin. Mais, au moment où l’aube arrive, sa dernière histoire n’est pas terminée. Le roi est obligé de remettre son exécution au lendemain pour connaître la suite. Et ainsi, de fil en aiguille, mille et une nuits se passent jusqu’au moment où Shahrazade raconte sa dernière histoire. Le roi, enfermé en lui-même, a appris à écouter l’autre. Il a réussi finalement à lui faire une place. Son horizon s’est élargi à tel point que la parole de la femme elle-même est devenue plus crédible. Aiguillonné par sa curiosité, il finit par comprendre que tous ses maux et ceux du royaume viennent de ce qu’il n’écoute pas la parole de la femme. Dans sa méprise, il pensait qu’il n’y avait qu’une seule parole, celle de l’homme. Et maintenant, avec le développement de son intelligence, il devient évident qu’il existe deux paroles : celle de l’homme et celle de la femme. Si la parole de la femme n’est pas entendue, c’est sa mort qui est décrétée à plus ou moins long terme.

De l’image particulière à l’universel de la connaissance

Le conte et le mythe ne proposent pas des vérités toutes faites. Ils suivent le mouvement de l’intelligence qui va du corps à l’esprit, de l’image au concept plus abstrait. L’arbre représente la vie avec ses racines, ses branches et ses fruits, et le serpent pourra évoquer une forme d’intelligence, la violence qui provoque la mort ou le mensonge lui-même. Il est impossible de penser sans images et sans la présence du corps. Dans l’écriture par exemple, chaque lettre évoque la tête, les poumons, la colonne vertébrale, les jambes ou les bras… Un jeu s’établit ainsi entre l’image particulière et la connaissance théorique, entre le corps et la dimension spirituelle de l’homme, si bien que l’intelligence est amenée à voir le particulier concret dans son rapport avec l’universel de l’esprit. Autrement dit, le conte et le mythe, provoquant le jeu de l’image particulière et de l’universel, du corporel et du spirituel, nous introduisent dans la dimension symbolique où tous les éléments interagissent les uns avec les autres dans une sorte de relativité universelle.

La naissance de la parole

Au café philosophique, nous sommes ainsi amenés à interpréter, c’est-à-dire à expliciter le jeu entre l’image particulière et l’universel, entre le corps et l’esprit. La parole est d’abord une parole d’interprétation. Elle est suscitée par l’écoute du groupe et par les questions de l’animateur ou des autres participants. Mais là encore, pour éviter la dispersion et l’imprécision, un autre jeu doit s’établir entre la parole et le texte ou, si l’on veut, entre la parole et l’écriture. C’est pourquoi, selon le déroulement de l’action et le sens évoqué, le texte est divisé en parties que nous analysons successivement. Si un individu ou même le groupe, dans son ensemble, s’égare, il appartient à l’animateur de renvoyer chacun à la précision du texte pour faciliter la gestation d’une parole plus juste.

La renaissance du groupe

L’expérience de plusieurs années montre que la parole, dans le cadre de l’analyse du mythe et du conte, fait renaître le groupe. En 1984, avec d’autres, j’avais mis en place un groupe de la parole comme il en existait beaucoup à cette époque. Ce groupe existe encore aujourd’hui ; il a naturellement évolué et a vu passer des participants de multiples nationalités : chinois, algériens, marocains, iraniens, du Moyen Orient, de Wallis et Foutouna… Jusqu’ici il a constitué un laboratoire pour le café philosophique, créé en 1998. Au départ, chacun a raconté sa vie et le groupe a ainsi donné naissance à des récits extraordinaires. Mais petit à petit ce groupe a tourné en rond parce que la source des récits s’est épuisée. Alors, sous l’effet d’inspirations diverses, nous avons eu l’idée de recourir aux contes et aux mythes. C’est à cette occasion qu’un miracle s’est produit : le groupe qui tournait en rond a fini par renaître à l’occasion de chaque séance. Et il en va de même, aujourd’hui encore, aussi bien dans le groupe de la parole qu’à l’intérieur du café philosophique. Récemment, au sein du café philosophique, nous avons pris quelque distance par rapport aux mythes et aux contes, pour introduire des éléments de la réalité. Assez rapidement des questions se sont posées et une partie du public a boudé les séances de réflexion. Il a suffi de reprendre la simplicité du fonctionnement antérieur pour faire revenir les absents.

L’émergence des sujets

Le sujet est un homme qui ose prendre la parole dans le groupe humain où il se trouve. En fait l’expérience déjà longue du café philosophique permet de préciser qu’il ne suffit pas de parler pour être sujet. Il faut d’abord écouter pour offrir une place à l’autre. C’est par le jeu de l’écoute et de la parole que les individus peuvent se positionner les uns en face des autres, se confronter et se reconnaître au point de devenir des sujets à part entière. A un moment donné, certains voulaient utiliser le café pour faire passer un message. D’autres avaient une parole toute faite, validée par le niveau de leur formation ou de leur profession. En opérant ainsi ils s’écartaient du champ de la parole, car ils marginalisaient les petits et les sans grade et utilisaient le groupe à leur propre profit. Bien plus ils empêchaient la naissance des sujets qui n’avaient plus leur place pour se poser et s’exposer. Le grand dieu Dionysos, pourtant sorti de la cuisse de Jupiter, a eu comme précepteur, Silène, un être ordinaire et très modeste, qui avait le sens de l’humilité. Pour un dieu comme pour un homme, il est impossible d’être soi-même si l’on n’est pas à l’écoute de tous et donc aussi et surtout de ceux qui apparaissent comme les plus petits. Aucune parole n’est insignifiante si l’on accepte de quitter son propre point de vue pour s’ouvrir au point de vue de celui qui parle.

La découverte du processus de la vie, qui est un processus de symbolisation

Dans l’arbre, la vie est un élan qui va de bas en haut, poussant parfois, chaque jour, des racines jusqu’à la cime, des centaines de litres de sève pour faire croître le tronc et faire naître les branches, les feuilles, le fleurs et les fruits. Et lorsque le travail est apparemment achevé, l’élan se renouvelle en revenant aux racines pour remonter vers le sommet des branches. La vie ainsi s’amuse dans des jeux multiples, n’oubliant aucun élément et respectant les différentes étapes nécessaires à la croissance. Or c’est ce même processus que produisent à un autre niveau, dans le cadre du café philosophique, les mythes et les contes. Ils font revenir au passé pour trouver l’énergie qui va permettre de construire l’avenir. Ils commencent par donner une place au tronc de la solidarité émanant du groupe. Dans l’élan qu’ils provoquent, ils font cheminer dans les branches diversifiées de la culture depuis son origine jusqu’à maintenant et puis, grâce à la respiration des sous-cultures naissantes, symbolisées en partie par les feuilles, ils donnent naissance aux fleurs de la parole pour aboutir à des fruits multiples, qui ne sont autres que les sujets en perpétuelle gestation. D’un côté comme de l’autre, la vie apparaît comme un immense chantier de symbolisation. Les fruits ne sont rien sans les racines, le tronc, les branches, les feuilles et les fleurs. Ainsi les sujets ne sont rien sans les cultures anciennes dont ils sont issus, sans les groupes qui les ont portés, sans la parole qui les a mis en éveil. Et, pourtant, comme des dieux, ils en arrivent à transcender, au moins en partie, le monde qui les a fait naître.

Au commencement était le souffle de la vie

Nous sommes ainsi renvoyés, au grand souffle initial de la Vie. Il est un fondement essentiel que nous avons oublié au profit de l’Être ou de la Parole. C’est lui qui nous porte encore aujourd’hui dans toutes nos actions si elles s’inscrivent dans des processus de symbolisation. L’expérience du café philosophique montre que sa force créatrice est présente dans les mythes et les contes. Ces derniers sont comme des semences qu’il faut répandre sur de bonnes terres pour entrer dans le jeu qui fait progresser l’humanité et pour faire naître de véritables sujets créateurs.

Etienne Duval

 

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Published by Duval Etienne
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commentaires

voyance par mail gratuite 12/11/2015 13:26

Mes vives félicitations pour votre site! Ça m'a beaucoup aidé et plu, surtout que tous vos partages sont intéressants. Longue vie à votre site. Surtout ne vous découragez jamais ; votre blog est vraiment au top !

Danièle Petel 17/04/2015 14:54

Je ne pensais pas intervenir de nouveau sur le blog “Mythe et Conte” mais bon ! Je viens de redécouvrir un texte tellement jubilatoire que j’aimerai le partager avec le café philosophique, Danièle

Silène à la manière de Rabelais
« Buveurs très illustres et vous très précieux vérolés, car c’est à vous que je dédie mes écrits et non à personne d’autre, Alcibiade, ou le dialogue de Platon intitulé le Banquet, louant son précepteur Socrate, qui est sans controverse le Prince des philosophes, dit entre autres mots qu’il est semblable à Silènes. Silènes était jadis de petites boites, que nous voyons aujourd’hui présentes dans la boutique des apothicaires, peintes au-dessus de joyeuses et frivoles figures, comme les harpies, les satyres, les oisons bridés, les lièvres cornus, les canes bâtées, les boucs volants, les cerfs limoniers et autres figures ou images peintes à plaisir pour exciter le monde à rire (comme le fut Silène, maître du bon Bacchus). Mais au-dedans, on y tenait de fins remèdes comme les baumes, l’ambre gris, l’amomon, le musc, la civette, les pierreries, et autres choses précieuses. Aussi précieux que l’on disait être Socrate, parce que le voyant d’apparence extérieure, et l’estimant par cette apparence, vous n’en auriez donné une pelure d’oignon, tant il était laid de corps et ridicule de son maintien, le nez pointu, le regard d’un taureau, le visage d’un fou, simple de manières et ridicule de maintien, pauvre de bien, infortuné avec les femmes, inapte à tous offices de la République, toujours riant, toujours buvant d’autant avec l’un ou avec l’autre, toujours se réjouissant, toujours dissimulant son divin savoir, mais ouvrant cette boîte, vous auriez alors trouvé une céleste et appréciable drogue. Compréhension plus qu’une humaine, vertus merveilleuses, courage invincible, sobriété non pareille, contentement certain, assurance parfaite, mépris incroyable de tout ce pourquoi les humains sont pris de convoitise, travaillent, courent, naviguent et bataillent… » Extrait du prologue de Gargantua »

Etienne Duval 17/04/2015 14:58

Finalement, on ne peut être sérieux comme Socrate, sans être, en même temps, dans l’humour de Silènes. L’humour donne une touche de vie au discours du savant et du philosophe.

Josiane Bochet 10/04/2015 15:39

Merci de me faire partager ce récit d' expériences vécues . Il est bien vrai que nous sommes des enfants avides d'histoires , de contes qui débloquent la parole et aident à sortir de situations parfois confuses mais que l'on envisage mieux en faisant un pas de côté grâce aux histoires ...

Etienne Duval 10/04/2015 15:42

Tu as tout compris !

Besset Laurent 07/04/2015 08:58

Bonjour Etienne,
Le thème de cet article m'incite à te donner des nouvelles de ce que nous mettons en place dans l'association d'accompagnement de fin de vie dont je fais partie maintenant depuis maintenant plus de 10 ans !
D'abord nous organisons des "Cafés mortels" à Die et à Crest (déjà 5 !).
Et puis nous commençons à proposer des après-midis autour des "Contes de la vie et de la mort" grâce à une de nos bénévoles qui a été conteuse quasi pro.
(déjà 2)
L'idée reste la même : faire en sorte qu'il ne soit pas tabou de parler de la mort et des deuils + permettre que des souffrances enfouies se disent.
Même si le public est encore clair semé, ça marche : il y a eu chaque fois une qualité d'intimité, d'écoute, de partage impressionnante.
Nous nous sentons complètement à notre place dans ces nouvelles actions bénévoles (dont je suis un peu, beaucoup à l'origine...).
Bravo pour tout ce que tu fais toi aussi dans la même veine...
Bises
Laurent

Etienne Duval 07/04/2015 09:51

Merci Laurent,

Je vois que tu fais les choses très sérieusement et je suis très admiratif. Dans ce que tu écris, c’est surtout la fin qui m’intéresse : le travail sur l’intériorité, le rapport à soi. Je vais te dire ma propre expérience.

Je crois beaucoup aux espaces intermédiaires car c’est là où passe la vie. J’avais très peur lorsque j’allais avoir cinquante ans. Et puis je me suis rendu compte que si je vieillissais de l’extérieur, je rajeunissais de l’intérieur. Je me suis donc situé dans cet espace intermédiaire entre le vieillissement extérieur et le rajeunissement intérieur. J’inversais ainsi les perspectives : alors que je croyais aller vers le vieillissement, c’est en fait vers un rajeunissement profond que j’allais. C’est ainsi que j’ai été définitivement guéri de la peur de vieillir.

Et puis il y a deux ans et demi, je me suis dit : « Quand même il faudrait penser à ta mort ! » C’est alors que je me suis placé intérieurement entre ma vie actuelle et ma vie future même si je n’en connais pas bien les contours. J’ai aors ressenti une très grande énergie intérieure. Le temps de la mort, qui peut durer bien des années, devenait ainsi un espace privilégié, chargé d’une force indicible. La mort prenait un tout autre sens que celui que je lui donnais spontanément. Ce n’étais plus une fin de vie, c’était un temps de passage vers autre chose, comme un temps de résurrection et de très grande espérance.

Danièle Petel 31/03/2015 15:01

Merci Etienne, d’attirer notre attention sur le modeste, Siléne précepteur du dieu Dionysos
En retour voici la légende de la bague royale de Baruch Haday, Danièle

Légende de la bague royale

l’homme le plus sage de la terre, avait parmi ses serviteurs un favori. Pourquoi? Parce qu’il faisait parfaitement tout ce qu’il lui demandait de faire. Mais les autres serviteurs du palais devinrent très jaloux. Le Roi savait que la jalousie est un vilain défaut et qu’il devait y mettre fin. Aussi décida-t-il de confier à son serviteur un travail impossible à exécuter. Quand il constaterait que le serviteur n’avait pas réussi dans sa tâche, il le convoquerait devant tous les autres et le remettrait à sa place afin que tout le monde jouisse du même traitement et qu’il n’y ait plus de jalousie dans le palais.
Ainsi le Roi appela son serviteur un mois avant la pâque juive et il inventa une histoire. Il dit à son serviteur qu’on lui avait parlé d’une bague spéciale qui avait ce caractère particulier: quand on la portait dans la tristesse, on devenait heureux, et quand on la portait dans la joie, on devenait triste. Le Roi dit: “Je la veux. Peux-tu la trouver?” “T’ai-je jamais déçu?” répondit le serviteur. “Bien sûr, je peux la trouver!”
“Très bien” dit le Roi. “Apporte-la moi le premier soir de Pâques.” “Pâques?” demanda le serviteur “c’est dans un mois, je peux vous l’apporter dans deux jours.” “Non, non” dit le Roi, “offre-la moi pour Pâques et donne-la moi le soir du dîner de Seder.” “Oui, mon Roi”, dit le serviteur.
Celui-ci choisit des amis, les divisa en quatre groupes dont un partirait vers le Nord, un autre vers le Sud, un autre vers l’Est, un autre vers l’Ouest. Il leur dit: “allez votre chemin, arrêtez quiconque et parlez-lui de la bague. S’il sait quelque chose ou a entendu parler de quelque chose, revenez me le dire. Ainsi nous pourrons aller chercher la bague et la rapporter au Roi.”
Au bout de deux ou trois jours la première mission revint mais “Nada” (bien sûr puisque le Roi avait fabriqué l’histoire de toutes pièces et qu’une telle bague n’existait pas). La seconde mission revint bredouille, de même que la troisième et la quatrième. Trois semaines s’étaient maintenant écoulées et le serviteur devint de plus en plus nerveux. Le “Seder” devant avoir lieu dans une semaine, il devait lui-même trouver la bague. Il allait de place en place, de village en village, de ville en ville, de maison en maison, de porte en porte, ne dormant plus, ne mangeant plus, posant à chacun la même question mais “Nada”. La veille du “Seder”, il revint à Jérusalem mais il avait peur de se retrouver au palais, chacun parlait de lui et disait qu’il était devenu fou.
Il se retrouva par hasard dans le quartier le plus pauvre de la ville et là, au fond d’une allée, il aperçut une toute petite échoppe à l’intérieur de laquelle se trouvait un vieil homme, un joaillier. Il se dit en lui-même “si j’arrive pas à trouver la bague peut-être ce vieil homme pourrait-il la fabriquer? De toutes façons je n’ai plus rien à perdre, je vais lui poser la question.” Il entra dans la boutique et dit à l’homme: “le Roi désire une bague qui rende triste quand on est heureux et heureux quand on est triste. Peux-tu fabriquer une telle bague?” Le joaillier réfléchit une seconde et répondit: “bien sûr, c’est un jeu d’enfant.” Il prit une des bagues qui était sur la table et y grava quelque chose en hébreu. Le serviteur était un esclave et il ne savait pas lire. Il prit la bague et s’en fut.
Au palais, tout le monde était au courant de l’histoire et attendait la suite avec impatience. Le Roi était présent, un grand sourire sur le visage. Le serviteur était dans un coin, priant pour que le roi ait oublié son voeu. Mais le Roi lui fit signe d’avancer. Silence. Chacun tentait de s’approcher pour mieux entendre. Le serviteur était terrifié, il vint auprès du Roi en tremblant, les yeux rivés au sol. Le Roi sourit et lui demanda: “Alors, tu as la bague?” Le serviteur était si effrayé qu’il murmura d’une voix brisée: “J’espère, mon Roi...” “Je n’entends rien” dit le Roi. “J’espère” dit le serviteur plus fort. “Tends-la moi”, dit le Roi. Le serviteur lui donna la bague d’une main tremblante. Le Roi la prit avec le même grand sourire et la mit à son doigt puis il lut ce que le vieil homme avait gravé. Son visage devint triste tout-à-coup. Quand le serviteur se rendit compte de la tristesse de son Roi, il sut qu’il avait trouvé la bague inespérée.
Sur la bague étaient inscrits ces quelques mots en hébreu “Gam Ze Ya-avor”, ce qui veut dire: Cela aussi passera”
(Baruch Haday traduit par Lise Willar)

Etienne Duval 31/03/2015 15:16

Merci Danièle. Tu as bien choisi cette histoire : elle nous évoque la modestie de Silène à travers la modestie du joailler, auquel le serviteur n'avait pas pensé et qui fut pourtant le seul à pouvoir répondre à la question du roi. Elle nous évoque aussi la pâque juive, qui veut dire "passage" et nous livre un message : c'est l'humilité qui permet de faire son passage. Finalement le roi a été amené à faire lui-même son passage, en recevant la leçon d'un de ses serviteurs qu'il voulait mettre à l'épreuve. Il fallait que lui aussi apprenne l'humilité, tout roi qu'il était.

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