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19 avril 2015 7 19 /04 /avril /2015 16:30

 


Miro,, L'éveil au petit jour

 

Vide, dans la pensée chinoise, et espace intermédiaire

 

Il existe une étrange parenté entre le Vide de la pensée chinoise et l’espace intermédiaire lui-même au point qu’ils semblent jaillir de la même intuition. Pour le montrer je m'appuierai sur le livre de François Cheng, intitulé « Vide et plein » et publié dans la collection Essais des éditions Points.
 

A l’origine était le vide

Au début était le Vide et sans lui rien ne fut. Il était le Rien, mais le Rien n’est pas rien. Le Vide est à la fois cet état suprême de l’Origine et l’élément central dans le rouage du monde des choses. Comme le dit Chuang-tzu, le Vide, la quiétude, le détachement, l’insipidité, le silence, le non-agir sont le niveau de l’équilibre de l’univers, la perfection de la Voie et de la Vertu. Avec la naissance du Vide, c’est l’espace qui accède à l’existence, non seulement espace visuel mais aussi espace sonore. Et dans l’espace sonore, les sons eux-mêmes parviennent à se dépasser et à accéder à une sorte de résonance par-delà les résonances.
 

Du Vide procède le souffle de la vie

C’est du Vide qu’émerge la Vie. La Vie est d’abord souffle primordial et du souffle primordial naissent tous les autres souffles vitaux qui s’organisent en réseau. Pour comprendre l’union du Vide et de la Vie, essayons d’imaginer le monde comme une grande Vallée. Celle-ci est creuse, et, dirait-on, vide, pourtant elle fait pousser et nourrit toutes choses ; et portant toutes choses en son sein, elle les contient sans jamais se laisser déborder et tarir. Chuang-Tsu a une formule à la fois plus précise et plus concise : La Grande Vallée est le lieu où l’on  verse sans jamais remplir et où l’on puise sans jamais épuiser.
 

Le Vide permet la transmutation

Le Vide non seulement sépare les choses pour leur permettre d’exister mais, en les unissant et en les séparant il favorise leur constante transmutation. Au départ il agit entre le Ciel et la Terre et entre l’Espace et le Temps, mais ensuite il poursuit son action transformatrice jusque dans les interstices qui séparent les éléments les plus minuscules de l’Univers. Ainsi, une fois de plus, le Vide qui réside à la fois au sein de l’Origine et au cœur de toutes choses est le garant du bon fonctionnement de la vie dans le cadre du Temps-Espace. Dans la mesure où le Temps vivant n’est autre qu’une actualisation de l’Espace vital, le Vide constitue une sorte de régulateur qui transforme chaque étape de la vie vécue en un espace animé par les souffles vitaux, condition indispensable pour préserver la chance d’une vraie plénitude.
 

La peinture est une pratique sacrée

Inscrit, à une place privilégiée, au sein de l’Univers, l’homme va tenter de faire apparaître le mystère qui s’offre à lui, en pratiquant la peinture. Exprimant, à travers la représentation de paysages grandioses ou mystiques, le mystère même de l’univers et du désir humain, les artistes des Cinq-Dynasties (907-960) inaugurent la grande tradition du paysage qui deviendra, on le sait, le courant majeur de la peinture chinoise.

Dans cette action sacrée, le papier lui-même représente le Vide et la peinture, comme le Souffle de la Vie, émane du Vide lui-même.
 

L’association du plein et du vide

Pour le peintre, le trait résume l’essentiel de son travail ; c’est à travers lui qu’il essaie de faire passer la Vie tout entière. Le Trait n’est pas une ligne sans relief ni un simple contour des formes ; il vise, nous l’avons dit, à capter le li « ligne interne » des choses, ainsi que les souffles qui les animent. Il est à la fois le Souffle, le Yin-Yang, le Ciel-Terre, les Dix-mille êtres, tout en prenant en charge le rythme et les pulsions secrètes de l’homme. Ainsi un jeu s’établit constamment entre le Vide et le Plein. Le Plein n’apparaît que si le Vide est là. Pour T’ang I-Fen, la montagne lorsqu’elle est trop pleine, il faut la rendre « vide » avec la brume et la fumée ; lorsqu’elle est trop « vide », la rendre « pleine » en ajoutant pavillons et terrasses. Mais, dans le trait déjà, le Vide joue à tout moment avec le Plein.
 

En jouant entre le Vide et le Plein, le peintre exprime ses états d’âme

Il ne s’agit pas seulement de représenter le monde mais de recréer un univers né à la fois du Souffle primordial et de l’esprit du peintre. C’est ainsi qu’en  prêtant tant d’attention aux nuances d’un paysage soumis au changement de saisons, le peintre exprime ses propres états d’âme. SHIH-T’AO en vient à mettre en scène l’âme et le rythme à travers la Mer et la Montagne. La Mer possède le déferlement immense, la Montagne possède le recel latent. La Mer engloutit et vomit, la Montagne se prosterne et s’incline. La Mer peut manifester une âme, la Montagne peut véhiculer un rythme.
 

La peinture est elle-même Création

L’âme, qui est aussi souffle, a une puissance de création ; déjà à travers la peinture, elle va permettre de conduire le monde vers son accomplissement. La peinture ne se présente pas comme une simple description du spectacle de la Création : elle est elle-même Création, microcosme dont l’essence et le fonctionnement sont identiques à ceux du macrocosme. Ainsi l’homme lui-même s’inscrit comme acteur décisif dans le devenir du monde.  « Le Ciel donne, la Terre reçoit et fait croître, l’Homme accomplit » ; et dans le Chung-Yung « Le livre du Juste Milieu », « seul l’homme, parfaitement en accord avec lui-même, parfaitement sincère, peut aller au bout de sa Nature… Aller au bout de la Nature des êtres et des choses, c’est se joindre en Troisième à l’action créatrice et transformatrice du Ciel et de la Terre ».
 

L’homme tend  vers le Vide pur pour laisser jaillir le Souffle

L’homme finira par s’absorber dans l’œuvre, car là est pour lui le véritable dépassement, là est la participation au parachèvement de la Création. Ainsi, il prend place au cœur du Vide primordial d’où jaillit le Souffle fondamental de la Vie qui va l’envelopper de toute part. Le Vide pur, voilà l’état suprême auquel tend tout artiste. C’est seulement lorsqu’il l’appréhende d’abord dans son cœur qu’il peut y parvenir. Comme dans l’illumination du Ch’an (Zen), soudain, il s’abîme dans le Vide éclaté (WANG YU).
 

La pensée chinoise sur le Vide fournit à l’espace intermédiaire les bases théoriques qui lui manquaient

Je crois pouvoir dire que le vide, évoqué ici, n’est rien d’autre que ce que nous appelons « l'espace intermédiaire ». Or la poésie contribue à faire de l’homme non seulement un être qui accomplit la création, mais elle lui permet également de trouver sa place au cœur de l’Univers, là où le Vide pur est le Lieu de jaillissement du Souffle primordial de la Vie. La théorie ici ne choisit pas entre la création et la contemplation de l’Eveil ;  elle les unit indissolublement, en laissant sa place au Mystère qui relie connaissance et inconnaissance. Ce faisant, elle révèle à l’espace intermédiaire sa double dimension, en partie ignorée ; il n’est pas simplement le lieu de la création, il est aussi celui de la contemplation du Mystère, et de l’Eveil. Ainsi, la théorie chinoise du Vide et du Plein fournit à l’espace intermédiaire les bases théoriques qui lui manquaient.

Etienne Duval

 

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commentaires

Voyance serieuse 12/11/2015 13:25

Bonjour ;
il est sympa ; votre site ! Beaucoup de choses à voir et à savoir… je le mets dans mes favoris, et je reviendrais sûrement.

Etienne Duval 07/05/2015 15:51

Merci Danièle. Le vieil homme semble compléter ce qu’avait fait Salomon : il sépare le conscient et l’inconscient. Les hommes sont pleinement responsables dans le domaine du conscient. Par contre, ils ne sont pas responsables des mouvements de leur inconscient. Et pourtant il existe un jeu entre le conscient et l’inconscient, ce qui va enlever aux hommes une part de leur responsabilité dans le domaine du conscient. Il leur appartiendra alors de faire un travail de guérison en faisant passer dans le conscient ce qui est inconscient. Ainsi, c’est dans les racines (l’inconscient) que s’achève le travail de Salomon. C’est là qu’il peut mettre son sceau.

Danièle Petel 07/05/2015 15:30

C’est drôle la théorie du Vide et du Plein du monde asiatique me fait un peu penser à une branche des mathématiques (la théorie des ensembles).
C’est à n’y comprendre rien, et pourtant comme le souligne Renée "Le jugement de Salomon" nous parle que de Ça. Je veux dire ce rien aussi ténu qu’un crin de cheval retenant l’épée de Damoclès au-dessus de nos relations quelque peu tyranniques (nos passions de tristesse selon Spinoza)

Toujours selon Spinoza les passions joyeuses mettaient en jeu une part de notre RESPONSABILITE. Pour illustrer la question ouverte de la responsabilité voici un conte de Grand-mère.

LE CONTE DU SCEAU DE SALOMON

Un jour de printemps, après avoir fait de bonnes affaires, un homme revient de la ville, il est pressé de retrouver ses trois filles avec lesquelles il vit seul depuis le décès de sa femme. Il pense aux cadeaux qu'il leur a promis: une robe pour l'aînée, une trousse de beauté pour la cadette et... Soudain il se rend compte qu'il a oublié de ramener le muguet porte-bonheur que souhaitait la plus jeune.
La nuit tombe, il est trop tard pour faire demi-tour. Il traverse alors un bois et remarque une plante qui porte sous ses feuilles des petites clochettes blanches. Il s'arrête et commence à ramasser un bouquet soulagé de pouvoir satisfaire sa fille malgré tout. Mais il entend alors une voix sifflante et aperçoit un immense serpent:
« Que fais-tu dans mon domaine? »
Le brave homme raconte qu'il voulait simplement ramener un cadeau pour l'une de ses filles.
Le serpent répond:
« Si tu ne veux pas que je vienne dans ta maison t'étouffer dans ton sommeil, ramène-moi une de tes filles. Va et reviens ici-même avant la fin de la nuit. »
Lorsque ses filles l'accueillent avec des cris de joie à son retour, il ne peut s'empêcher de pleurer. Elles le pressent de questions et il finit par leur expliquer les raisons de son chagrin. Il demande à son aînée si elle accepte de venir avec lui, elle refuse, la cadette de même, mais la benjamine dit : « Puisque c'est pour me donner mon cadeau que tu as rencontré ce monstre, je te suivrai, allons-y »
En chemin, ils rencontrent un vieil homme, peu rassuré de traverser le bois seul, il leur demande de les accompagner. Il s'appelle Salomon et comme son glorieux saint patron il est plein de sagesse, il encourage l'homme à lui raconter son histoire. Le vieil homme l'écoute attentivement et lui propose de le suivre jusque devant le serpent qui attend à l'endroit convenu.
Dans les premières lueurs de l'aube, le serpent à peine les aperçoit-il, s'avance vers la jeune fille pour s'en emparer, aussitôt le vieil homme s'interpose.
« Serpent, tu dis que tu es ici dans ton domaine, mais rien ne l'indique. Comment voulais-tu que ce brave homme sache qu'il te prenait ton bien en ramassant ces quelques fleurs? »
C'est alors que l'on entend une cloche au loin, le vieux Salomon poursuit : « Tu le sais, cloches et clochettes sont sacrées, les clochettes de ces fleurs ne t'appartiennent pas donc tu n'auras pas la fille. Cependant je t'accorde les racines parce qu'elles sont sous terre comme tu l'es le plus souvent et je te conseille d'y apposer ta marque désormais ».
Les cloches se taisent, les premiers rayons du soleil illuminent le bois. Le serpent perd aussitôt son apparence monstrueuse et se faufile entre les feuilles sans demander son reste.
C'est depuis ce temps que cette plante, nommée communément le muguet du serpent est aussi appelée sceau de Salomon car chaque tige disparue laisse sur la racine une empreinte qui ressemble à un cachet de cire...
Conte adapté d'éléments traditionnels par Marie Duval

Genèse 1, Bible de Jérusalem 05/05/2015 15:08

L’ACTE DE SEPARATION DANS LE RECIT DE LA GENESE SUR LA CREATION

1:1 Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre.
1:2 Or la terre était vide et vague, les ténèbres couvraient l'abîme, un vent de Dieu tournoyait sur les eaux.
1:3 Dieu dit : Que la lumière soit et la lumière fut.
1:4 Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu SEPARA LA LUMIERE ET LES TENEBBRES.
1:5 Dieu appela la lumière jour et les ténèbres nuit . Il y eut un soir et il y eut un matin : premier jour.
1:6 Dieu dit : Qu'il y ait un firmament au milieu des eaux et qu'il SEPARE LES EAUX D’AVEC LES EAUX et il en fut ainsi.
1:7 Dieu fit le firmament, qui sépara les eaux qui sont sous le firmament d'avec les eaux qui sont au-dessus du firmament,
1:8 et Dieu appela le firmament ciel . Il y eut un soir et il y eut un matin : deuxième jour.
1:9 Dieu dit : Que les eaux qui sont sous le ciel s'amassent en une seule masse et qu'apparaisse le continent et il en fut ainsi.
1:10 Dieu appela le continent terre et la masse des eaux mers, et Dieu vit que cela était bon.
1:11 Dieu dit : Que la terre verdisse de verdure : des herbes portant semence et des arbres fruitiers donnant sur la terre selon leur espèce des fruits contenant leur semence et il en fut ainsi.
1:12 La terre produisit de la verdure : des herbes portant semence selon leur espèce, des arbres donnant selon leur espèce des fruits contenant leur semence, et Dieu vit que cela était bon.
1:13 Il y eut un soir et il y eut un matin : troisième jour.
1:14 Dieu dit : Qu'il y ait des luminaires au firmament du ciel pour SEPARER LE JOUR ET LA NUIT ; qu'ils servent de signes, tant pour les fêtes que pour les jours et les années;
1:15 qu'ils soient des luminaires au firmament du ciel pour éclairer la terre et il en fut ainsi.
1:16 Dieu fit les deux luminaires majeurs : le grand luminaire comme puissance du jour et le petit luminaire comme puissance de la nuit, et les étoiles.
1:17 Dieu les plaça au firmament du ciel pour éclairer la terre,
1:18 pour commander au jour et à la nuit, pour SEPARER LA LUMIERE ET LES TENEBRES, et Dieu vit que cela était bon.
1:19 Il y eut un soir et il y eut un matin : quatrième jour.
1:20 Dieu dit : Que les eaux grouillent d'un grouillement d'êtres vivants et que des oiseaux volent au-dessus de la terre contre le firmament du ciel et il en fut ainsi.
1:21 Dieu créa les grands serpents de mer et tous les êtres vivants qui glissent et qui grouillent dans les eaux selon leur espèce, et toute la gent ailée selon son espèce, et Dieu vit que cela était bon.
1:22 Dieu les bénit et dit : Soyez féconds, multipliez, emplissez l'eau des mers, et que les oiseaux multiplient sur la terre.
1:23 Il y eut un soir et il y eut un matin : cinquième jour.
1:24 Dieu dit : Que la terre produise des êtres vivants selon leur espèce : bestiaux, bestioles, bêtes sauvages selon leur espèce et il en fut ainsi.
1:25 Dieu fit les bêtes sauvages selon leur espèce, les bestiaux selon leur espèce et toutes les bestioles du sol selon leur espèce, et Dieu vit que cela était bon.
1:26 Dieu dit : Faisons l'homme à notre image, comme notre ressemblance, et qu'ils dominent sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre.
1:27 Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa.
1:28 Dieu les bénit et leur dit : Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre.
1:29 Dieu dit : Je vous donne toutes les herbes portant semence, qui sont sur toute la surface de la terre, et tous les arbres qui ont des fruits portant semence : ce sera votre nourriture.
1:30 A toutes les bêtes sauvages, à tous les oiseaux du ciel, à tout ce qui rampe sur la terre et qui est animé de vie, je donne pour nourriture toute la verdure des plantes et il en fut ainsi.
1:31 Dieu vit tout ce qu'il avait fait : cela était très bon. Il y eut un soir et il y eut un matin : sixième jour.

Renée Azéma 05/05/2015 12:01

Merci Étienne !!!

Renée 04/05/2015 18:52

J'ai rien de rien compris. Cependant, j'ai conté une fois le jugement de Salomon en public.

Etienne Duval 06/05/2015 09:46

Bonjour Renée,

Au moins c'est clair : tu n'as rien compris du tout. Pour moi, l'espace intermédiaire est une évidence. C'est pourquoi, je ne prends plus la peine d'expliquer de quoi il s'agit. L'espace intermédiaire, c'est le lieu du souffle, de la création et du mystère. Les choses les plus importantes de la vie ne se passent pas à l'intérieur, mais dans l'entre-deux ou l'entre-plusieurs. Dans le jugement de Salomon, la vie n'est plus possible pour les deux femmes et leur(s) enfant(s). La première femme était collée à son fils ; c'est pourquoi l’enfant est mort étouffé. Il n'y avait pas d'espace (intermédiaire) et de respiration entre elle et son fils. Entre les deux femmes, il n'y avait pas non plus d'espace intermédiaire si bien que leur querelle ne pouvait aboutir. Bien plus, la première femme ne faisait pas de différence entre son enfant et celui de son amie ; dans ses représentations, il n'y avait pas d'espace pour les séparer. Enfin, la seconde femme était elle-même trop attachée à son enfant pour lui donner une chance de survie et d'épanouissement. Aussi, avec son épée, Salomon va rendre la vie à tout ce petit monde en séparant, c'est-à-dire en créant les espaces intermédiaires ou les espaces de séparation indispensables, entre les deux femmes, entre les femmes et leur enfant, entre les enfants eux-mêmes (morts ou vivants).
Si tu regardes dans la vie de tous les jours, la vie de relation n'est pas possible entre le mari et la femme, entre les parents et les enfants s'il n'y a pas entre eux un espace de séparation, qui est aussi un espace intermédiaire.

DoP26/04/2015 20:03 03/05/2015 09:47

Il est très délicat pour moi, par pudeur, d’aborder la thématique de l’espace intermédiaire,
très chère à Étienne, ami de longue date et de proximité,
tant j’en suis moi-même convaincu et depuis toujours,
même à mon insu.

Et particulièrement dans mon travail/métier et dans ma vie d’être.

Je n’oserai m’aventurer sur le terrain des références citées entre vous toutes & tous,
tant elles résonnent en moi et depuis les premiers souvenirs visuels et sonores de mon enfance,
jusqu’aux lignes que je viens de lire.

Je vais me livrer alors à un petit exercice périlleux, pour moi, de notes et de réflexions personnelles :

Oui, la vie est une respiration, un souffle, un battement binaire,
on inspire, on prend, puis l’on expire et l’on rend,
et c’est de cet espace intermédiaire interne que nait la vie, l’existence,
et par delà même le flux de la création.

Et c’est de ce moment de terreur et de douleur aussi, qu’est le premier souffle de la vie,
l’oxygène pénétrant alors pour la première fois la cage thoracique du nouveau-né,
il cri et pleure, viens au monde, vit et fait acte de.

Oui de l’ombre nait la lumière et non l’inverse.
C’est une projection.

Comme au cinéma.

À l’origine était le vide, c’est donc dans le chaos que nôtre univers s’est créé, enfin me semble-t-il,
un mot grâce à une visite récente au nouveau musée d’histoire naturelle synthétise tout cela : la collision.

La photographie est une écriture de la lumière, et est à l’origine du cinéma, et qui elle-même vient de la peinture, et donc du dessin.

La boucle est bouclée.

La source de vie n’est pas tant de figer l’instant en continuel disparition, la mort elle-même donc,
mais c’est de nous-mêmes qui créons au-delà de l’espace-temps, la réalité et donc l’instant à venir,
dont nous autres, dans mon métier, nous nous occupons, enfin... essayons.

Nous sommes nous-mêmes des espaces intermédiaires en puissance, mais pas en toute,
car le cadre, la profondeur de champ et la distance nous donnent de la visibilité, avec la mise au point,
mais souvent indique une correction à faire, et il faut savoir aussi se laisser aller avec justesse,
à une petite touche d’imperfection,
dans l’exposition parfois même,
pour atteindre la sublimation.

C’est dans la bascule que l’on obtient la précision, et je le vérifie quotidiennement dans mon métier, encore.
Aussi bien techniquement que dans mes rapports avec l’autre, mon sujet :
les Populations, les Territoires et les Architectures qui les relient (parfois).

C’est par la séparation qu’il y a rencontre, c’est vrai,
j’irais même au bien au-delà d’Étienne : c’est par la rupture, la frustration, l’exclusion voir même parfois dans l’enferment que jailli la création,
et ce même et surtout dans une société en peine désintégration.

……….

Merci bonsoir.

(Un Directeur de la Photographie)

Etienne Duval 03/05/2015 09:49

Merci de tout ce développement sur l’espace intermédiaire comme s’il faisait partie de toi, comme s’il avait toujours été là. Et cela dès la naissance avec le premier souffle qui surgit de rien. Et puis avec la respiration par la suite où il faut passer par le vide de l’expiration pour se remplir à nouveau de l’oxygène nécessaire. Mais le plus intéressant c’est lorsque tu parles de la photographie comme écriture de la lumière. J’essaie de comprendre. Je vois bien qu’elle joue entre l’ombre et la lumière. Autrement dit, l’écriture serait d’abord un jeu à la recherche d’un sens. Et la photographie comme la peinture serait sa forme première, faisant apparaître ou plutôt inventant (et sans doute les deux à la fois) un sens à travers les jeux de l’ombre et de la lumière. Et ce sens aurait pour fonction d’exprimer le mystère permanent d’une création que nous avons à prendre en charge. Malheur à nous si le sens disparaît et si, par le fait même, la création s’évanouit à travers la perte du souffle. Et l’artiste aurait pour vocation d’être le gardien du sens et de la création et de résister chaque fois que la société cherche à les faire disparaître au profit d’une stabilité qui rassure.

Le jugement de Salomon 01/05/2015 10:10

UN JUGEMENT POUR CREER L’ESPACE DU VIDE ENTRE DEUX FEMMES, ET ENTRE UNE MERE ET SON ENFANT


Le jugement de Salomon


Deux prostituées vinrent vers le roi et se tinrent devant lui.
L’une des femmes dit : « S’il te plaît, Monseigneur !
Moi et cette femme, nous habitons la même maison
Et j’ai eu un enfant alors qu’elle était dans la maison.
Il est arrivé que le troisième jour, après ma délivrance,
Cette femme aussi a eu un enfant.
Nous étions ensemble.
Il n’y avait pas d’étranger dans la maison,
Rien que nous deux dans la maison.
Or le fils de cette femme est mort une nuit
Parce qu’elle s’était couchée sur lui.
Elle se leva au milieu de la nuit,
Prit mon fils d’à côté de moi, pendant que ta servante dormait.
Elle le mit sur son sein et son fils mort elle le mit sur mon sein.
Je me levai pour allaiter mon fils,
Et voici qu’il était mort !
Mais, au matin, je l’examinai,
Et voici que ce n’était pas mon fils que j’avais enfanté ! »
Alors, l’autre femme dit : « Ce n’est pas vrai !
Ton fils est celui qui est mort et mon fils est celui qui est vivant ! »

Elles se disputaient devant le roi qui prononça :
« Celle-ci dit : « Voici mon fils et c’est ton fils qui est mort ! »
Celle-là dit : « Ce n’est pas vrai !
Ton fils est celui qui est mort et mon fils est celui qui est vivant ! »
« Apportez-moi une épée, » ordonne le roi.
Et on apporta l’épée devant le roi, qui dit :
« Partagez l’enfant vivant en deux
et donnez la moitié à l’une et la moitié à l’autre. »
Alors la femme dont le fils était vivant s’adressa au roi,
Car sa pitié s’était enflammée pour son fils et elle dit :
« S’il te plaît Monseigneur !
qu’on lui donne l’enfant, qu’on ne le tue pas ! »
Mais celle-là disait :
« Il ne sera ni à moi ni à toi, partagez ! »

Alors le roi prit la parole et dit :
« Donnez l’enfant à la première, ne le tuez pas.
C’est elle la mère ! »
Tout Israël apprit le jugement qu’avait rendu le roi.
Ils révérèrent le roi car ils virent
Qu’il y avait en lui une sagesse divine pour rendre la justice.
(Bible de Jérusalem, I Rois, 3, 16-28))

Les Indiens d'Amérique 01/05/2015 09:58

LE VIDE ENTRE LE SERPENT ET LES AUTRES ANIMAUX, ENTRE DIEU ET LES HOMMES



Comment le serpent acquit ses dents venimeuses


Le tout-puissant vient de créer les animaux.
Il a donné à tous ce qu’il faut pour vivre :
A l’aigle, ses ailes puissantes,
Au cerf, ses pattes agiles,
A l’ours, sa force extraordinaire.
Seul Kasur, le serpent, est laissé sans défense.
Il n’a pas la moindre dent.
Tout ce qu’il peut faire, c’est attraper des insectes.
Le lapin, qui n’est pas un héros, le tourmente sans cesse.
Il l’enterre dans le sable ou le jette à la rivière.
Kasur, sage de nature, sait que seul le grand Cipas peut lui venir en aide.

C’est pourquoi, un soir, il monte jusqu’à la demeure du Créateur.
Il voyage toute la nuit, passe par dessus les montagnes.
Le lendemain matin, le voici enfin devant la grande caverne.
Au centre, brûle un feu sacré.
Cipas se trouve là, assis, près du feu.
Il fixe le serpent de son œil pénétrant.
« Pourquoi viens-tu me voir ? » demande-t-il.
« Je suis très malheureux, » explique le serpent.
« Je suis incapable de me défendre quand les autres m’attaquent.
Vous pouvez seul me venir en aide.
Sinon, je vais sûrement périr.
- Oui, je vais t’aider, dit le Créateur ; approche-toi. »
Kasur rampe jusqu’auprès du feu.
Cipas se dresse sur ses pieds, s’enveloppe de fumée
Et prononce quelques paroles mystérieuses.
Puis il prend des tisons, les enveloppe dans quelques rayons de soleil,
Qu’il brise à cet effet.
« Ouvre la bouche, » commande-t-il au serpent.
Kasur sent des dents aiguës comme des aiguilles lui pousser dans la bouche.
« Te voilà maintenant doté d’une arme vraiment terrible, dit Cipas.
Tu as des dents empoisonnées.
Tous ceux que tu mordras mourront.
Avec une telle arme, tu te défendras aisément. »
Ce disant, Cipas raccompagne poliment Kasur jusqu’au seuil de sa caverne.

Le serpent rampe lentement sur le chemin du retour.
En route, il rencontre le lapin.
« Voyez qui se promène par ici ! crie le lapin.
C’est ce vieux copain de Kasur.
Où vas-tu comme ça, sans indiscrétion ?
- Je rentre chez moi, » répond le serpent, en essayant d’éviter le lapin.
« Tu ne veux pas jouer avec moi ? », reprend le compagnon indélicat.
Aussitôt il se met sur le passage de l’animal rampant
Et plonge ses dents pointues dans son dos.
« Laisse-moi tranquille ou tu vas le regretter ! » avertit le serpent.
« Sûr que j’ai peur de toi ! » s’esclaffe le lapin moqueur.
Sans autre avertissement, le serpent mord son bourreau, qui tombe raide mort.
Kasur poursuit sa route, en toute quiétude.

Le décès du lapin sème la panique dans le monde des bêtes.
Chacun se met à respecter Kasur, en se demandant qui l’a rendu si puissant.
« Moi, je sais, dit la grenouille : c’est Cipas en personne. »
La nouvelle fait sensation.
Quelqu’un s’écrie alors, on ne sait qui :
« Allons tuer Cipas !
- D’accord, allons-y ! Allons tuer Cipas ! » s’écrient tous les autres.

Kasur ne perd pas un instant ; il part vers la caverne et avertit Cipas.
« Nous devons fuir, tout de suite, »décide Cipas.
« Il y a un passage souterrain ; là, je serai en sécurité… »
Déjà on entend les animaux arriver, menant un train d’enfer devant la caverne.
« Vite Kasur, prends-moi sur ton dos, et rampe à toute vitesse ! »
Cipas lève la main et prononce une formule magique.
Un gouffre, qui semble sans issue, s’ouvre devant eux.
Dès qu’ils sont entrés, la terre se referme, sans laisser de trace.
Les assaillants font irruption dans la caverne.
Ils fouillent partout.
Le Créateur a disparu.
Ils rentrent chez eux, bien désappointés.
Par la suite, Cipas renvoie Kasur sur terre,
Mais Lui-même n’y est jamais revenu.
Il est resté dans les entrailles de notre globe.
Quand il bâille, les volcans lancent de la fumée
Et la lave brûlante descend dans les vallées.
Quand il bouge, cela provoque des tremblements de terre,
Alors que les hommes frissonnent de terreur.
(Indiens d’Amérique, Ed. Gründ)

Jean Puel 26/04/2015 21:50

Bonsoir Etienne,

Je viens de lire ton mail: les espaces intermédiaires, pour moi, OK , je pige et je suis mais la théorie chinoise du plein et du vide, ma petite intelligence est dépassée, c'est pour elle trop complexe! J"espère qu'il en est différemment de tes autres correspondants. En tout état de cause, ns sommes tj. intéressés par tes travaux.

Etienne Duval 26/04/2015 22:07

Le principal, c'est de bien comprendre ce que sont les espaces intermédiaires. La pensée chinoise, telle que l'exprime François Cheng, à travers le vide et le plein, essaie de dire la même chose sous des mots différents. Je vois, dans ma salle de séjour, j'ai des photos, peintures, tapis sur les murs. Ce sont les espaces entre eux, c'est-à-dire les vides, qui permettent de les mettre en valeur, pour qu'ils nous interpellent et nous parlent. Si les vides sont bien ajustés, ces objets finissent par nous raconter des histoires : un voyage en Macédoine, un autre au Mexique, la découverte de l'arbre de vie au paradis, l'amitié de plusieurs artistes, mon itinéraire : un pied dedans et un pied dehors, l'aide d'une étudiante pour un mémoire sur les expériences amoureuses des jeunes Mahgrébins de banlieue...

François Cheng 24/04/2015 21:38

François Cheng : «François d'Assise a changé ma vie »

 L'écrivain d'origine chinoise raconte sa rencontre avec le Poverello, en 1961.

LE FIGARO LITTÉRAIRE. - Lors de votre premier séjour à Assise, vous aviez trente-deux ans et viviez en France depuis douze ans. Dans quel état d'esprit étiez-vous?
FRANÇOIS CHENG. - J'étais un jeune homme passablement perdu et tourmenté. Je me suis laissé entraîner par des amis pour aller à Assise, sans doute attiré par le soleil d'Italie, peut-être aussi par le vague souhait de connaître un saint. Depuis quelque temps, j'avais pris conscience que les vérités de vie s'incarnent moins dans les idées que chez les êtres. Les idées sont importantes, mais elles se dessèchent si elles ne sont pas effectivement vécues par les êtres.
Vous voilà donc à Assise…
Ce fut un choc et d'abord une rencontre avec ce lieu dont un Chinois pétri de la tradition géomancienne chinoise voit immédiatement que c'est un lieu faste. Je savais à l'époque que je ne pourrais pas retourner en Chine et me considérais comme un exilé. Mais là, en sortant de la gare, lorsque Assise m'est apparue à mi-hauteur de la montagne, ouvrant ses bras dans un geste d'accueil, j'ai senti qu'il me serait possible d'habiter cette terre d'Europe. J'ai arpenté tous les endroits où François a vécu, avec mes amis d'abord et seul ensuite. Auprès de François, j'ai compris que les saints sont là pour nous montrer de quoi l'homme est capable dans le bien, alors que tant de criminels nous montrent de quoi l'homme est capable dans le mal. La vraie sainteté, loin d'être une forme de moralisme morose, est indispensable pour nous faire prendre la pleine mesure de notre destin au sein de l'univers.
Pourquoi appelez-vous François «le Grand Vivant»?
Parce qu'il a embrassé la vie dans sa totalité, sa part lumineuse, exaltante comme sa part sombre, tragique. Comme le Christ son maître, il sait que la voie de la vraie vie passe par la prise en charge des malheurs qui accablent le monde. Il ne doute pas que l'immense aventure de la Vie, toujours en devenir, a besoin de chacun de nous, qui sommes habités par la faim et la soif infinies, pour accéder à un autre ordre de la vie.
Pourquoi pensez-vous que François est le saint le plus extraordinaire?
Ce «frère universel», par son être et ses actes, par son superbe Cantique des créatures- «messire frère soleil», «notre sœur et mère terre», etc. -, a changé la couleur du monde occidental qui s'est révélé soudain plus chaleureux, fraternel, inspirant. Songeons à ce sombre XIIIe siècle, ravagé par les guerres et les épidémies, où l'on se méfiait de la nature, considérée comme le lieu de la chute, donc de la corruption. François opère un renversement de perspective qui annonce la Renaissance. Son Cantique des créatures a inauguré une grande lignée de poètes lyriques, à commencer par Dante, qui écrit à propos de François qu'un «soleil nous est né». Inspirée par François, La Divine Comédie s'achève par l'évocation de la «force d'amour qui meut le soleil et les autres étoiles».
François, écrivez-vous, n'était pas l'homme candide que présente l'imagerie populaire. Il n'a pas écrit son Cantique en se promenant dans les champs au printemps mais à la fin de sa vie. Comment a-t-il pu avoir cette vision cosmique lumineuse alors qu'il était aveugle et souffrait le martyre?
François a épousé la pauvreté et cette pauvreté fut sa force. La pauvreté, chez lui, consiste à se dépouiller, pas seulement de ses biens, mais aussi de toute peur, de tout préjugé, de toute répugnance, de tout souci de soi. Devenu un «rien bienveillant», totalement libre, il rayonne d'une lumière qui ne vient pas de lui. C'est avec cette force désarmée et désarmante qu'il va embrasser le lépreux, neutraliser les brigands, pacifier le loup de Gubbio. Les animaux farouches, les lièvres, les agneaux viennent d'instinct vers lui, attirés par cette force. Les humains aussi, qui trouvent en lui réconfort et confiance, sachant que la lumière qui émane de lui vient d'une transcendance qui ne trahit pas, ne corrompt pas. Lui-même, au bout de toutes les meurtrissures, parle de la joie parfaite. Joie de la donation totale, presque identique à celle du Créateur qui, à partir du Rien, a fait advenir le Tout.
Qu'est-ce que François a changé dans votre existence?
Cette rencontre a été initiatique et a changé ma vie. Dix ans après mon premier voyage à Assise, lors de ma naturalisation, j'ai choisi François comme prénom français. François d'Assise ne laisse personne indifférent. Tous ceux qui sont passés par Assise - Goethe, Chateaubriand, Julien Green, Simone Weil - sont conquis par lui. Au milieu de nous, il a tracé un chemin de Vraie Vie possible. On peut même aller jusqu'à dire qu'il a rendu «praticable» la voie christique. Depuis lors, j'ai l'impression d'avoir constamment à côté de moi un frère, un ami qui m'empêche de verser dans la complaisance, le faux-semblant, qui me maintient dans la passion du vrai et du beau. Je préfère ne pas me définir comme chrétien, parce que je suis toujours en quête et habité par l'idée de l'Ouvert.
Et je ne me demande pas, comme le fait Emmanuel Carrère, si j'ai la foi ou pas. Mais à travers François j'ai mieux connu le Christ et épousé sa Voie. Je suis porté par la conception du Tao, mais il me semble que la Voie du Christ m'a mené plus loin, dans mon rapport aux êtres et dans l'expérience mystique qu'est pour moi la poésie. La pauvreté intérieure, qui dénude et rend accueillant, permet d'être poète. Cette pauvreté se cultive par la méditation. On peut prier presque tout le temps, dans les salles d'attente, partout. Prier est une façon de s'ouvrir aux êtres et à l'Être, de déchiffrer et de relier.

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Etienne Duval 24/04/2015 21:47

On voit bien comment François Cheng a fait le lien entre Saint François et la pensée chinoise : dans sa pauvreté, il a retrouvé le vide.

Alain 24/04/2015 21:12

J'ai lu ton nouveau document sur les espaces intermédiaires, question qui t'est si chère. Il m'a paru très intéressant.En te lisant, j'ai pensé au jeu de Taquin, ou jeu de la case vide.Ce n'est peut-être pas tout à fait pareil, mais l'image me paraît fructueuse : pour que le jeu fonctionne, il faut qu'il y ait une case vide. C'est ce rien qui permet de fonctionner. Il m'est arrivé de faire appel à cette image pour comparer Dieu à ce vide, ce vide qui est Rien mais qui permet à tout le reste de se déplacer. Sans cela, c'est l'immobilité totale, sans vide tout est bloqué, c'est la sclérose.Que penses-tu de ce rapprochement entre la fonction du vide dans jeu de Taquin et l'espace intermédiaire ?
Bonne soirée.
Alain

Etienne Duval 24/04/2015 21:14

J’aime bien ton image. C’est un peu le même fonctionnement qui est en cause. Le problème, c’est le jeu, et pour qu’il y ait du jeu, il faut de l’espace vide, quelque part. D’après ce que je crois, le même problème semble se poser en physique. Et plus quotidiennement, lorsque plus rien ne va, il faut s’efforcer de faire le vide pour relancer le mouvement intérieur. En fait, la pensée chinoise m’a confirmé ce que je savais déjà, à savoir que l’espace intermédiaire est le lieu du souffle, de la relation et de la création. Mais elle ajoute que c’est lieu de la confrontation avec le mystère et qu’il ne faut pas fermer la porte à ce mystère, parce que c’est lui qui nous ouvre au souffle de la vie.

François 23/04/2015 23:19

Merci pour ton apologie du "vide". Le terme est équivoque : il y a des vides assez pleins, au moins "en puissance", comme dit mon maître préféré, Aristote. C'est à la mode puisqu'on parle aujourd'hui, en physique, d'un "vide quantique" d'où sort tout le reste ! Tes "espaces intermédiaires" étaient bien de ce type, un vide plus ou moins provisoire, permettant les déblocages. C'est une des meilleures structures que tu aies inventées et mises en pratique.

Pour moi, j'entre difficilement dans cette pensée extrême-orientale. Je sais l'importance du "vrai vide", celui où le rien n'est rien, c'est à dire un espace libre permettant le mouvement des autres réalités qui, en son absence, seraient bloquées. C'est même vrai pour les électrons dans un transistor, où le vide s'appelle, judicieusement et simplement, "trous". Mais je ne crois aucunement que le vide soit le but et la clé de tout, la source et la fin. C''est plutôt ce que nous appelons "dieu" qui occupe cette place. Bien que je vienne de lire l'opuscule de Cheng sur Assise. C'est vraiment un type merveilleux... mais il n'est jamais enfermé dans sa culture d'origine. Il s'en sert plutôt pour mieux dire ses découvertes ultérieures.

Je pense plutôt que le but, c'est l'équilibre, le juste milieu, entre des forces contraires. Mais il ne peut être atteint que s'il y a du "jeu", au sens mécanique, et donc du vide, de l'espace libre. Ou de la négativité, comme le dit, un peu trop systématiquement, un certain Hegel !

Etienne Duval 23/04/2015 23:21

Je vois que tu n’as pas perdu ta capacité de faire fonctionner la raison et je trouve cela bien intéressant.

C’est vrai que je me suis retrouvé dans la pensée chinoise, au moins telle que l’exprime François Cheng. J’y retrouve bien des aspects du bouddhisme et du taoïsme. J’ai pensé y avoir retrouvé une grande partie de mon intuition sur les espaces intermédiaires. Le vide n’est pas intéressant pour lui-même. Il le devient dans la mesure où il est le lieu d’où émerge le souffle de la vie et où peut se faire la rencontre et se développer la création. Aussi le but de la vie n’est-il pas ce qu’il est, mais ce qu’il permet. Et s’il apparaît comme le creuset de la création, du désir et de l’amour, c’est précisément, comme tu le soulignes, parce qu’il est un espace de jeu et, sans doute aussi, de négativité.

Bien plus Cheng m’a fait découvrir qu’il ne fallait pas considérer le vide ou l’espace intermédiaire comme l’espace d’une création possible mais aussi comme un lieu de contemplation et d’éveil où le mystère lui-même est respecté et provoque une sorte de mise à distance qui accroît la proximité.

Etienne Duval 23/04/2015 19:01

A ANTOINE

La manifestation de l'être, elle commence à se faire à travers un espace qui est le lieu des possibles. Et cette manifestation n'est-elle pas dans le passage du non-être à l'être. Pour moi, il ne me semble pas tout à fait incongru de parler d'espace entre le non-être et l'être. A réfléchir.

Etienne Duval 23/04/2015 14:52

Je suis en accord presque complet avec ce que vient de dire Antoine. Toutefois, je pense que l'être est présent dans les "étants", sinon ils n'existeraient pas. Par ailleurs, il me semble que l'espace intermédiaire,, comme lieu des possibilités, se situe entre le ,néant et l'Etre. En tout cas, merci pour ta réponse.

Antoine 23/04/2015 18:53

Juste une petite remarque: comment peut-il y avoir un espace entre rien et l’être? Comme dirait Parménide le non-être n’est pas. S’il y a un espace intermédiaire, même symbolique, ce ne peut être que suite à la manifestation de l’être.

Etienne Duval 23/04/2015 09:01

A ANTOINE

Je commence à comprendre pourquoi tu penses que le vide n'est pas à l'origine. Avant le vide, il y a le néant. Mais, en fait,, tant qu'il y a le néant, il n'y a pas de commencement. Pour qu'il y ait un commencement, il faut un lieu des possibles, et donc aussi une forme d'espace et de temps. C'est, pourquoi,, selon mon point de vue, on peut dire : "Au commencement était le vide". Mais ce point de vue peut être critiqué. Par ailleurs, j'admets bien que le vide et le plein sont liés, mais, d'une certaine façon, le vide précède logiquement le plein.

Antoine 23/04/2015 14:44

En effet, il faut bien distinguer le vide du néant. Le vide est un espace(-temps) qui n'existe que par les pleins, c'est le lieu où se propage les interactions. Le néant est véritablement rien, l'absence d'espace et de temps. Evidemment, pour moi l'être existe, mais qui n'est ni dans l'espace ni dans le temps, ou ne peut être décrit par l'espace et le temps. Le problème est celui de la création, qui n'a pas d'explication scientifique. Nous sommes alors conduits à considérer le monde comme un à priori qui a ses lois, ce qui n'empêche pas une présence immanente à ce monde.

Neith, l'archère, mère de l'univers 21/04/2015 15:35

DU VIDE AU NOUOU, L’OCEAN PRIMORDIAL

Le père des pères, la mère des mères, l’être divin qui commença d’être au commencement existait au cœur du Nouou, issue d’elle-même, alors que la terre était encore dans les ténèbres et que nulle plante ne croissait. Elle prit d’abord la forme d’une vache que nulle divinité, en quelque lieu que ce soit, ne pouvait connaître ; puis elle se transforma en poissons-lates. Alors elle se mit en chemin.

Elle éclaira le regard de ses yeux et la lumière fut. Elle dit alors : « Que ce lieu où je suis devienne pour moi un sol au cœur du Nouou, afin que je puisse m’y tenir ». Et ce lieu où était Neith devint alors un sol au cœur du Nouou, selon les paroles qu’elle avait proférées. Il devint la « terre des eaux » et alors apparut Per-Neter et Pe. Elle dit encore : « Agréable est la saveur de cette butte » ; et Dep apparut, et « Terre d’agrément » fut désormais le nom de Saïs.

Ainsi tout ce que son cœur contenait, venait aussitôt à l’existence. Ayant ressenti de la douceur sur cette butte, l’Egypte apparut dans l’allégresse.

(Neith, l’archère, mère de l’univers, mythe égyptien)

Bible de Jérusalem, ch. 1 21/04/2015 15:08

AU COMMENCEMENT, LA TERRE ETAIT VIDE


Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre.
Or la terre était vide et vague,
Les ténèbres couvraient l’abîme,
Un vent de Dieu tournoyait sur les eaux.
Dieu dit : « Que la lumière soit. »
Et la lumière fut.
Dieu vit que la lumière était bonne,
Et Dieu sépara la lumière et les ténèbres.
Dieu appela la lumière « jour » et les ténèbres « nuit ».
Il y eut un soir et il y eut un matin : premier jour.

Antoine 21/04/2015 10:45

Comme tu le sais je suis assez convaincu de l'intérêt des espaces intermédiaires. Toutefois, je ne suis pas d'accord avec "l'expression le vide est à l'origine", surtout lorsque tu ajoutes "le vide n'est pas vide". Le vide n'est pas à l'origine, il se crée en même temps que les pleins, et on peut dire en effet que ce vide n'est pas vide.

Etienne Duval 21/04/2015 10:51

Tout peut se discuter. Mais je n'ai pas écrit : "Le vide n'est pas vide", mais"le Rien n'est pas rien", ce qui n'est pas tout à fait la même chose. Par ailleurs personnellement je pense effectivement que le vide est à l'origine, parce qu'il est le lieu de tous les possibles. Il me semble que, dans les mythes de création, tout est créé à partir du vide.

Merci de provoquer la réflexion....

Gérard Jaffrédou 21/04/2015 10:15

Cher Etienne,
Ton évocation de François Cheng me parle particulièrement. Je te laisserai la réflexion théorique. Voici ce que je peux dire de mon petit point de vue d'explorateur occasionnel de vide.
J'ai découvert depuis plusieurs années ces travaux et réflexions de François Cheng, qui m'ont beaucoup éclairé et guidé dans mes essais de gravure. A la même époque, où je commençais, un de mes mentors en la matière me disait que la gravure, c'est « faire de la lumière avec du noir ». C'est-à-dire à partir du noir . La « manière noire » est, pour cela, la technique parfaite et la plus significative. Une plaque est longuement mordue (on dit « bercée » !) de telle manière que, encrée et tirée, elle donnera un noir profond et velouté ; elle est alors travaillée au grattoir et au brunissoir. Les morsures sont abolies là où il faut, de sorte que, à l'impression, ces endroits, qui ne retiendront plus ou peu l'encre, donneront des gris nuancés jusqu'à des blancs très doux qui créent, dans le noir ambiant, la lumière qui donne un sens et sa force à l'image. C'est l'effet de ce « vide » produit dans un trop-plein (voulu) de noir.
Avec d'autres techniques ( l'aquatinte, le burin, la pointe sèche...) on s'abstient de mordre la plaque là où on veut du blanc. C'est le papier qui fera la lumière.
Bien entendu, ce vide n'est pas vide ! Il relie autant qu'il sépare les éléments au cœur desquels il se trouve. Ceux-ci suggèrent un espace dont l'interprétation peut (de préférence) rester flottante. Le « vide », alors est le lieu où se projette le rêve. Il appelle la liberté du spectateur, ou ses propres fantasmes venus d'on ne sait où, et et le fait acteur de ce qu'il contemple. Autrement dit, le vide le révèle à lui-même, s'il veut bien s'oublier un peu, et se vider lui-même de son trop-plein, qu'il soit superficiel comme une carapace, ou profond comme un sac de noeuds. François Cheng dit quelque part que, en contemplant les arbres ou un paysage, il finit par se demander si ce ne sont pas les arbres ou se paysage qui le regardent. Ainsi pourrait-on dire que ce vide nous contemple, au plus profond de nous-mêmes.
Encore faut-il que l'artiste, le graveur par exemple, ait mis, dans ce vide, quelque chose.
Mais ceci est une autre question.

GJ 21. IV. 15

Etienne Duval 21/04/2015 10:37

Gérard, je ne suis pas étonné que François Cheng touche, chez toi, des zones profondes de ton art et de ta pensée. D’accord avec toi, lorsque tu dis que le vide est le lieu où se projette le rêve. C’est pour moi le lieu de tous les possibles et donc aussi de l’imaginaire. Mais ta pensée va plus loin encore : de manière très heureuse, tu dis que ce vide fait le peintre acteur de ce qu’il contemple. C’est là, me semble-t-il le génie de la pensée chinoise qui unit la création et la contemplation du mystère, comme si le créateur était amené à opérer un recul, un vide, pour faire résonner le mystère dans la création elle-même. Il n’est pas étonnant alors que le vide fonctionne comme une sorte de miroir magique qui renvoie l’acteur à lui-même. Alors, faut-il que l’artiste mette quelque chose dans ce vide ? C’est bien là la question. Je répondrai en normand : « Oui et non », laissant ainsi s’opérer le jeu jusqu’au bout…

Etienne Duval 21/04/2015 10:03

Merci Michèle !

Michèle 21/04/2015 09:52

Merci à Olivier et à sa revue ...
Je suis venue ici, et je ne regrette pas, c'est superbe, magnifique et fort intéressant .
Pour revenir, je vais déposer votre lien chez moi.
Bonne journée .

Olivier Schmidt 21/04/2015 09:40

Merci à Olivier Schmidt, qui, comme chaque fois, fait référence à l'article du blog dans son blog de blogs.

Appuyer sur Olivier Schmidt.

Hugues Pel 20/04/2015 22:37

Merci Etienne

Je ne comprends pas bien le rapport entre le vide et l’espace intermédiaire.
Amitiés

Hugues Puel 21/04/2015 17:18

Merci.
C’est un peu plus clair, bien que difficile à penser.
.
Amitiés
Hugues

Etienne Duval 21/04/2015 09:24

Bonjour Hugues,

Tu fais bien de poser la question du rapport entre le vide et l’espace intermédiaire car cette question est essentielle. L’espace intermédiaire est l’espace du souffle de la vie et, pour cela, il est le lieu de la création, du désir, de l’amour. Je vais m’expliquer. L’espace intermédiaire n’est pas énergie, ni souffle de vie. Mais il est ce qui permet au souffle et à l’énergie de se manifester. Sa fonction est d’abord de créer un entre-deux. Cet entre-deux provoque une sorte d’appel d’air et c’est cet appel d’air qui va permettre le jaillissement de la vie ou de l’énergie, qui surgissent sous l’effet d’interactions diverses. Je vais prendre des exemples concrets. Entre deux personnes, pour qu’il y ait désir, il faut un manque, qui est une forme de vide. Il en va de même pour l’amour. Le manque est ainsi le moteur du désir et de l’amour. Pour que nous puissions parler entre nous, dans une salle de réunion ou dans un café, il faut une table pour nous séparer. Il en va de même pour un professeur et ses étudiants : la transmission ne peut se faire sans le manque entre les deux. Manque de réception de savoir d’un côté ou aspiration à connaître, manque de don de savoir de l’autre, ou aspiration à former des disciples. Les uns s’enrichissent par les savoirs nouveaux, les autres par la transmission des savoirs qu’ils effectuent. On peut prendre enfin l’exemple tout simple de la relation, déjà en partie évoqué avec le désir, l’amour et la parole. La relation n’est tout simplement pas possible s’il n’y a pas séparation entre ceux qui veulent établir une relation. L’espace de séparation est aussi espace du vide.

Bernard Ganne 20/04/2015 11:14

Etienne, bien reçu ton mot... Pas bcp de temps : juste pour dire que cette approche me semble importante et est toujours une découverte. Cela avait inspiré mes réflexions d'il y a plus de 10 ans sur la remise en cause des approches désespérement positivistes de la sociologie : j'avais alors parlé des "creux du social", avec un ouvrage paru chez l'Harmattan. Je te transmets le premier chapitre où je touchais à ces aspects par rapport à la philo et la socio, et parlais déjà - avec d'autres- de François Jullien, ainsi que la présentation du bouquin - qui n'avait guère intéressé les sociologues et dont il me reste quelques exemplaires. On en reparle à l'occasion... Bonnes découvertes...

Google 19/04/2015 23:07

L'article du blog est maintenant référencé par google.

Etienne Duval 20/04/2015 11:26

Merci Bernard. Je suis heureux de voir que nos pensées convergent, à partir d'une meilleure connaissance de la pensée chinoise elle-même. J'irai me promener dans "Le creux du social" pour en savoir davantage.. C'est probablement dans ce creux, comme dans la vallée, que se passent les choses les plus importantes de la société et de la vie en général..

Référence de l'article précédent 19/04/2015 19:14

http://lycee-saint-exupery.fr/la-notion-despace-et-de-temps-dans-la-pensee-chinoise-conference-de-m-trotignon/

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Lespace et le temps dans la pensée chinoise 19/04/2015 19:09

LA NOTION D'ESPACE ET DE TEMPS DANS LA PENSEE CHINOISE

Le terme le plus approprié pour traduire l’idée de cosmos en chinois est 宇宙 : yŭzhòu, le premier caractère signifiant espace, le deuxième le temps. Espace et temps sont donc intimement liés et composent l’univers.
Selon l’école d’astronomie chinoise traditionnelle, appelée Gaitian 盖天, le ciel est un couvercle tandis que la terre est carrée. Le ciel est une sorte de miroir qui reflète ce qui se passe sur terre.
Pour les Chinois anciens, l’examen régulier du ciel répond à deux besoins : l’établissement du calendrier, essentiel pour une société agricole et animé par l’Empereur en personne par des rites au Temple du Ciel, ainsi que la divination par les astres.
La carte du ciel la plus ancienne a été découverte dans les grottes bouddhiques de Mogao dans le Gansu (nord-ouest de la Chine). Elle date environ de 700 après J. C.
L’astrologie étant au service de l’empire, le ciel était scruté par les astrologues de la cour qui voyaient dans chaque phénomène céleste des signes à interpréter. Le ciel était l’image de l’empire et des pays voisins. Il était donc interdit au peuple d’observer le ciel.
L’homme 人 est l’intermédiaire entre le ciel 天 et la terre 地. L’empereur s’appelle aussi le Fils du Ciel. La prospérité de l’Empire est assuré par le mandat du ciel.
Le plan de la ville et le plan de chaque maison sont déterminés par la recherche d’un accord avec les phénomènes célestes. Ciel et terre se répondent donc dans des correspondances fortes.
Par ailleurs, les points cardinaux Nord, Sud, Est, Ouest et Milieu tiennent une place essentielle dans l’organisation de l’espace : maison, ville, emplacement des tombes. Tout obéit à une géomancie complexe (Fengshui : 风水)
Des fouilles ont permis de découvrir des cartes sur soie datant de plus de 2000 ans, montrant une exceptionnelle maîtrise de la cartographie.
La Chine s’est à son tour lancée à la conquête de l’espace. Elle souhaite s’affirmer comme une puissance spatiale majeure. Ses lanceurs Longue Marche ont déjà fait leurs preuves.

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