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19 avril 2015 7 19 /04 /avril /2015 17:30

 


Miro,, L'éveil au petit jour

 

Vide, dans la pensée chinoise, et espace intermédiaire

 

Il existe une étrange parenté entre le Vide de la pensée chinoise et l’espace intermédiaire lui-même au point qu’ils semblent jaillir de la même intuition. Pour le montrer je m'appuierai sur le livre de François Cheng, intitulé « Vide et plein » et publié dans la collection Essais des éditions Points.
 

A l’origine était le vide

Au début était le Vide et sans lui rien ne fut. Il était le Rien, mais le Rien n’est pas rien. Le Vide est à la fois cet état suprême de l’Origine et l’élément central dans le rouage du monde des choses. Comme le dit Chuang-tzu, le Vide, la quiétude, le détachement, l’insipidité, le silence, le non-agir sont le niveau de l’équilibre de l’univers, la perfection de la Voie et de la Vertu. Avec la naissance du Vide, c’est l’espace qui accède à l’existence, non seulement espace visuel mais aussi espace sonore. Et dans l’espace sonore, les sons eux-mêmes parviennent à se dépasser et à accéder à une sorte de résonance par-delà les résonances.
 

Du Vide procède le souffle de la vie

C’est du Vide qu’émerge la Vie. La Vie est d’abord souffle primordial et du souffle primordial naissent tous les autres souffles vitaux qui s’organisent en réseau. Pour comprendre l’union du Vide et de la Vie, essayons d’imaginer le monde comme une grande Vallée. Celle-ci est creuse, et, dirait-on, vide, pourtant elle fait pousser et nourrit toutes choses ; et portant toutes choses en son sein, elle les contient sans jamais se laisser déborder et tarir. Chuang-Tsu a une formule à la fois plus précise et plus concise : La Grande Vallée est le lieu où l’on  verse sans jamais remplir et où l’on puise sans jamais épuiser.
 

Le Vide permet la transmutation

Le Vide non seulement sépare les choses pour leur permettre d’exister mais, en les unissant et en les séparant il favorise leur constante transmutation. Au départ il agit entre le Ciel et la Terre et entre l’Espace et le Temps, mais ensuite il poursuit son action transformatrice jusque dans les interstices qui séparent les éléments les plus minuscules de l’Univers. Ainsi, une fois de plus, le Vide qui réside à la fois au sein de l’Origine et au cœur de toutes choses est le garant du bon fonctionnement de la vie dans le cadre du Temps-Espace. Dans la mesure où le Temps vivant n’est autre qu’une actualisation de l’Espace vital, le Vide constitue une sorte de régulateur qui transforme chaque étape de la vie vécue en un espace animé par les souffles vitaux, condition indispensable pour préserver la chance d’une vraie plénitude.
 

La peinture est une pratique sacrée

Inscrit, à une place privilégiée, au sein de l’Univers, l’homme va tenter de faire apparaître le mystère qui s’offre à lui, en pratiquant la peinture. Exprimant, à travers la représentation de paysages grandioses ou mystiques, le mystère même de l’univers et du désir humain, les artistes des Cinq-Dynasties (907-960) inaugurent la grande tradition du paysage qui deviendra, on le sait, le courant majeur de la peinture chinoise.

Dans cette action sacrée, le papier lui-même représente le Vide et la peinture, comme le Souffle de la Vie, émane du Vide lui-même.
 

L’association du plein et du vide

Pour le peintre, le trait résume l’essentiel de son travail ; c’est à travers lui qu’il essaie de faire passer la Vie tout entière. Le Trait n’est pas une ligne sans relief ni un simple contour des formes ; il vise, nous l’avons dit, à capter le li « ligne interne » des choses, ainsi que les souffles qui les animent. Il est à la fois le Souffle, le Yin-Yang, le Ciel-Terre, les Dix-mille êtres, tout en prenant en charge le rythme et les pulsions secrètes de l’homme. Ainsi un jeu s’établit constamment entre le Vide et le Plein. Le Plein n’apparaît que si le Vide est là. Pour T’ang I-Fen, la montagne lorsqu’elle est trop pleine, il faut la rendre « vide » avec la brume et la fumée ; lorsqu’elle est trop « vide », la rendre « pleine » en ajoutant pavillons et terrasses. Mais, dans le trait déjà, le Vide joue à tout moment avec le Plein.
 

En jouant entre le Vide et le Plein, le peintre exprime ses états d’âme

Il ne s’agit pas seulement de représenter le monde mais de recréer un univers né à la fois du Souffle primordial et de l’esprit du peintre. C’est ainsi qu’en  prêtant tant d’attention aux nuances d’un paysage soumis au changement de saisons, le peintre exprime ses propres états d’âme. SHIH-T’AO en vient à mettre en scène l’âme et le rythme à travers la Mer et la Montagne. La Mer possède le déferlement immense, la Montagne possède le recel latent. La Mer engloutit et vomit, la Montagne se prosterne et s’incline. La Mer peut manifester une âme, la Montagne peut véhiculer un rythme.
 

La peinture est elle-même Création

L’âme, qui est aussi souffle, a une puissance de création ; déjà à travers la peinture, elle va permettre de conduire le monde vers son accomplissement. La peinture ne se présente pas comme une simple description du spectacle de la Création : elle est elle-même Création, microcosme dont l’essence et le fonctionnement sont identiques à ceux du macrocosme. Ainsi l’homme lui-même s’inscrit comme acteur décisif dans le devenir du monde.  « Le Ciel donne, la Terre reçoit et fait croître, l’Homme accomplit » ; et dans le Chung-Yung « Le livre du Juste Milieu », « seul l’homme, parfaitement en accord avec lui-même, parfaitement sincère, peut aller au bout de sa Nature… Aller au bout de la Nature des êtres et des choses, c’est se joindre en Troisième à l’action créatrice et transformatrice du Ciel et de la Terre ».
 

L’homme tend  vers le Vide pur pour laisser jaillir le Souffle

L’homme finira par s’absorber dans l’œuvre, car là est pour lui le véritable dépassement, là est la participation au parachèvement de la Création. Ainsi, il prend place au cœur du Vide primordial d’où jaillit le Souffle fondamental de la Vie qui va l’envelopper de toute part. Le Vide pur, voilà l’état suprême auquel tend tout artiste. C’est seulement lorsqu’il l’appréhende d’abord dans son cœur qu’il peut y parvenir. Comme dans l’illumination du Ch’an (Zen), soudain, il s’abîme dans le Vide éclaté (WANG YU).
 

La pensée chinoise sur le Vide fournit à l’espace intermédiaire les bases théoriques qui lui manquaient

Je crois pouvoir dire que le vide, évoqué ici, n’est rien d’autre que ce que nous appelons « l'espace intermédiaire ». Or la poésie contribue à faire de l’homme non seulement un être qui accomplit la création, mais elle lui permet également de trouver sa place au cœur de l’Univers, là où le Vide pur est le Lieu de jaillissement du Souffle primordial de la Vie. La théorie ici ne choisit pas entre la création et la contemplation de l’Eveil ;  elle les unit indissolublement, en laissant sa place au Mystère qui relie connaissance et inconnaissance. Ce faisant, elle révèle à l’espace intermédiaire sa double dimension, en partie ignorée ; il n’est pas simplement le lieu de la création, il est aussi celui de la contemplation du Mystère, et de l’Eveil. Ainsi, la théorie chinoise du Vide et du Plein fournit à l’espace intermédiaire les bases théoriques qui lui manquaient.

Etienne Duval

 

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Published by Duval Etienne
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commentaires

Voyance serieuse 12/11/2015 13:25

Bonjour ;
il est sympa ; votre site ! Beaucoup de choses à voir et à savoir… je le mets dans mes favoris, et je reviendrais sûrement.

Etienne Duval 07/05/2015 15:51

Merci Danièle. Le vieil homme semble compléter ce qu’avait fait Salomon : il sépare le conscient et l’inconscient. Les hommes sont pleinement responsables dans le domaine du conscient. Par contre, ils ne sont pas responsables des mouvements de leur inconscient. Et pourtant il existe un jeu entre le conscient et l’inconscient, ce qui va enlever aux hommes une part de leur responsabilité dans le domaine du conscient. Il leur appartiendra alors de faire un travail de guérison en faisant passer dans le conscient ce qui est inconscient. Ainsi, c’est dans les racines (l’inconscient) que s’achève le travail de Salomon. C’est là qu’il peut mettre son sceau.

Danièle Petel 07/05/2015 15:30

C’est drôle la théorie du Vide et du Plein du monde asiatique me fait un peu penser à une branche des mathématiques (la théorie des ensembles).
C’est à n’y comprendre rien, et pourtant comme le souligne Renée "Le jugement de Salomon" nous parle que de Ça. Je veux dire ce rien aussi ténu qu’un crin de cheval retenant l’épée de Damoclès au-dessus de nos relations quelque peu tyranniques (nos passions de tristesse selon Spinoza)

Toujours selon Spinoza les passions joyeuses mettaient en jeu une part de notre RESPONSABILITE. Pour illustrer la question ouverte de la responsabilité voici un conte de Grand-mère.

LE CONTE DU SCEAU DE SALOMON

Un jour de printemps, après avoir fait de bonnes affaires, un homme revient de la ville, il est pressé de retrouver ses trois filles avec lesquelles il vit seul depuis le décès de sa femme. Il pense aux cadeaux qu'il leur a promis: une robe pour l'aînée, une trousse de beauté pour la cadette et... Soudain il se rend compte qu'il a oublié de ramener le muguet porte-bonheur que souhaitait la plus jeune.
La nuit tombe, il est trop tard pour faire demi-tour. Il traverse alors un bois et remarque une plante qui porte sous ses feuilles des petites clochettes blanches. Il s'arrête et commence à ramasser un bouquet soulagé de pouvoir satisfaire sa fille malgré tout. Mais il entend alors une voix sifflante et aperçoit un immense serpent:
« Que fais-tu dans mon domaine? »
Le brave homme raconte qu'il voulait simplement ramener un cadeau pour l'une de ses filles.
Le serpent répond:
« Si tu ne veux pas que je vienne dans ta maison t'étouffer dans ton sommeil, ramène-moi une de tes filles. Va et reviens ici-même avant la fin de la nuit. »
Lorsque ses filles l'accueillent avec des cris de joie à son retour, il ne peut s'empêcher de pleurer. Elles le pressent de questions et il finit par leur expliquer les raisons de son chagrin. Il demande à son aînée si elle accepte de venir avec lui, elle refuse, la cadette de même, mais la benjamine dit : « Puisque c'est pour me donner mon cadeau que tu as rencontré ce monstre, je te suivrai, allons-y »
En chemin, ils rencontrent un vieil homme, peu rassuré de traverser le bois seul, il leur demande de les accompagner. Il s'appelle Salomon et comme son glorieux saint patron il est plein de sagesse, il encourage l'homme à lui raconter son histoire. Le vieil homme l'écoute attentivement et lui propose de le suivre jusque devant le serpent qui attend à l'endroit convenu.
Dans les premières lueurs de l'aube, le serpent à peine les aperçoit-il, s'avance vers la jeune fille pour s'en emparer, aussitôt le vieil homme s'interpose.
« Serpent, tu dis que tu es ici dans ton domaine, mais rien ne l'indique. Comment voulais-tu que ce brave homme sache qu'il te prenait ton bien en ramassant ces quelques fleurs? »
C'est alors que l'on entend une cloche au loin, le vieux Salomon poursuit : « Tu le sais, cloches et clochettes sont sacrées, les clochettes de ces fleurs ne t'appartiennent pas donc tu n'auras pas la fille. Cependant je t'accorde les racines parce qu'elles sont sous terre comme tu l'es le plus souvent et je te conseille d'y apposer ta marque désormais ».
Les cloches se taisent, les premiers rayons du soleil illuminent le bois. Le serpent perd aussitôt son apparence monstrueuse et se faufile entre les feuilles sans demander son reste.
C'est depuis ce temps que cette plante, nommée communément le muguet du serpent est aussi appelée sceau de Salomon car chaque tige disparue laisse sur la racine une empreinte qui ressemble à un cachet de cire...
Conte adapté d'éléments traditionnels par Marie Duval

Genèse 1, Bible de Jérusalem 05/05/2015 15:08

L’ACTE DE SEPARATION DANS LE RECIT DE LA GENESE SUR LA CREATION

1:1 Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre.
1:2 Or la terre était vide et vague, les ténèbres couvraient l'abîme, un vent de Dieu tournoyait sur les eaux.
1:3 Dieu dit : Que la lumière soit et la lumière fut.
1:4 Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu SEPARA LA LUMIERE ET LES TENEBBRES.
1:5 Dieu appela la lumière jour et les ténèbres nuit . Il y eut un soir et il y eut un matin : premier jour.
1:6 Dieu dit : Qu'il y ait un firmament au milieu des eaux et qu'il SEPARE LES EAUX D’AVEC LES EAUX et il en fut ainsi.
1:7 Dieu fit le firmament, qui sépara les eaux qui sont sous le firmament d'avec les eaux qui sont au-dessus du firmament,
1:8 et Dieu appela le firmament ciel . Il y eut un soir et il y eut un matin : deuxième jour.
1:9 Dieu dit : Que les eaux qui sont sous le ciel s'amassent en une seule masse et qu'apparaisse le continent et il en fut ainsi.
1:10 Dieu appela le continent terre et la masse des eaux mers, et Dieu vit que cela était bon.
1:11 Dieu dit : Que la terre verdisse de verdure : des herbes portant semence et des arbres fruitiers donnant sur la terre selon leur espèce des fruits contenant leur semence et il en fut ainsi.
1:12 La terre produisit de la verdure : des herbes portant semence selon leur espèce, des arbres donnant selon leur espèce des fruits contenant leur semence, et Dieu vit que cela était bon.
1:13 Il y eut un soir et il y eut un matin : troisième jour.
1:14 Dieu dit : Qu'il y ait des luminaires au firmament du ciel pour SEPARER LE JOUR ET LA NUIT ; qu'ils servent de signes, tant pour les fêtes que pour les jours et les années;
1:15 qu'ils soient des luminaires au firmament du ciel pour éclairer la terre et il en fut ainsi.
1:16 Dieu fit les deux luminaires majeurs : le grand luminaire comme puissance du jour et le petit luminaire comme puissance de la nuit, et les étoiles.
1:17 Dieu les plaça au firmament du ciel pour éclairer la terre,
1:18 pour commander au jour et à la nuit, pour SEPARER LA LUMIERE ET LES TENEBRES, et Dieu vit que cela était bon.
1:19 Il y eut un soir et il y eut un matin : quatrième jour.
1:20 Dieu dit : Que les eaux grouillent d'un grouillement d'êtres vivants et que des oiseaux volent au-dessus de la terre contre le firmament du ciel et il en fut ainsi.
1:21 Dieu créa les grands serpents de mer et tous les êtres vivants qui glissent et qui grouillent dans les eaux selon leur espèce, et toute la gent ailée selon son espèce, et Dieu vit que cela était bon.
1:22 Dieu les bénit et dit : Soyez féconds, multipliez, emplissez l'eau des mers, et que les oiseaux multiplient sur la terre.
1:23 Il y eut un soir et il y eut un matin : cinquième jour.
1:24 Dieu dit : Que la terre produise des êtres vivants selon leur espèce : bestiaux, bestioles, bêtes sauvages selon leur espèce et il en fut ainsi.
1:25 Dieu fit les bêtes sauvages selon leur espèce, les bestiaux selon leur espèce et toutes les bestioles du sol selon leur espèce, et Dieu vit que cela était bon.
1:26 Dieu dit : Faisons l'homme à notre image, comme notre ressemblance, et qu'ils dominent sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre.
1:27 Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa.
1:28 Dieu les bénit et leur dit : Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre.
1:29 Dieu dit : Je vous donne toutes les herbes portant semence, qui sont sur toute la surface de la terre, et tous les arbres qui ont des fruits portant semence : ce sera votre nourriture.
1:30 A toutes les bêtes sauvages, à tous les oiseaux du ciel, à tout ce qui rampe sur la terre et qui est animé de vie, je donne pour nourriture toute la verdure des plantes et il en fut ainsi.
1:31 Dieu vit tout ce qu'il avait fait : cela était très bon. Il y eut un soir et il y eut un matin : sixième jour.

Renée Azéma 05/05/2015 12:01

Merci Étienne !!!

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