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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 09:02

 

 

Siège du parlement de Strasbourg

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Dans le passage de la commune à un gouvernement mondial, penser à mettre en marche les moteurs du développement

 

Dans le dernier article du blog, nous avons évoqué la régionalisation. Nous étions dans cet immense mouvement qui vise à structurer le développement, allant de la commune jusqu’à la création d’un gouvernement mondial. C’est une sorte d’organisme vivant à la dimension du monde, qui est en train de se constituer. Or, dans tout organisme vivant, il y a des organes comme le cœur ou les poumons qui rythment la vie à travers les systoles et diastoles, l’inspiration et l’expiration et donnent ainsi naissance à des lieux de surgissement de la vie que nous appelons espaces intermédiaires. Les espaces intermédiaires sont des entre-deux, des lieux de respiration et d’énergie, des dynamiseurs de vie qui permettent la création. Constamment ils oscillent entre autonomisation et interactions pour donner naissance à des sujets à part entière. Dans un quartier, le café et le marché sont de bons espaces intermédiaires entre l’intérieur et l’extérieur pour développer la parole et les relations. Dans les rapports entre les humains, le manque est aussi un espace intermédiaire essentiel pour susciter le désir, à la racine de l’amour. Et, au sein même de l’existence quotidienne, se glisse un entre-deux, entre la vie et la mort, dans lequel la mort elle-même vient féconder la vie.

Chacun aura compris que l’espace intermédiaire ou l’entre-deux sont les moteurs de la vie et qu’ils doivent être présents dans la grande construction entre le local et le global, qui va de la commune au gouvernement mondial. Or ces moteurs du développement n’ont de sens que s’ils sont mis en marche.
  

La région comme espace intermédiaire entre les communes et la nation 

Avec la centralisation qui imprègne, en France, le fonctionnement de nos institutions, nous avons tendance à penser que le même modèle doit structurer tous les étages de la grande construction qui se met en place entre le local et le global. C’est ainsi que la commune et la région essaient souvent de fonctionner comme l’Etat lui-même et qu’elles en viennent à contrarier le développement de la vie et de la création. Or, si l’on met de côté le département qui va perdre de son opportunité et de son efficacité au cours des années qui viennent, les communes, la région et l’Etat constituent un ensemble différencié, où chaque constituant occupe une place originale et joue un rôle différent à son niveau. La commune rassemble, à la base, les individus d’un même secteur à l’intérieur d’une structure communautaire où doivent se faire, comme dans une famille, les apprentissages élémentaires. Elle nous renvoie à l’origine de la vie sociale et constitue le lieu idéal pour forger les responsabilités, développer les relations et poser les fondements de la démocratie. De son côté, l’Etat semble avoir pour fonction de constituer une société plus universelle animée par de grands projets à moyen et à long terme. Entre les deux, le rôle de la région consiste à articuler l’individualisation qui s’opère d’abord au niveau de la commune et la socialisation qui ouvre à plus d’universel. En ce sens, elle devrait avoir un rôle de dynamisation pour le développement économique et culturel. Mais si ce rôle n’est pas pensé avec intelligence et précision, les moteurs qu’elle devrait mettre en marche resteront à l’arrêt et la bureaucratie viendra contrarier le surgissement de la vie et de la création.


La dimension culturelle des régions oubliée

Pour la région, la culture devrait revêtir la même importance que l’économie. Or, dans la réforme qui est en cours, seule l’économie semble présider aux nouveaux regroupements qui permettront de passer de 22 à 13 régions métropolitaines. C’est oublier que la culture constitue, comme l’économie, un pôle d’énergie essentiel. C’est aussi contrarier la dynamique que devrait développer l’interaction entre les deux énergies. Sans doute la Bretagne et la Corse conservent-elles leur identité culturelle. Mais la Bretagne se trouve amputée de cette autre partie que constitue le département de Loire atlantique. Par ailleurs l’Alsace, pourtant bien différenciée, est condamnée à fonctionner non seulement avec la Lorraine, qui est relativement proche, mais encore avec Champagne-Ardenne, qui vient introduire de la confusion. De même l’Aquitaine, qui s’est forgé une identité forte à travers l’histoire, se voit contrainte d’accepter la compagnie du Limousin et de Poitou-Charentes. Il faut pourtant reconnaître que le regroupement entre la Haute-Normandie et la Basse-Normandie apparaît particulièrement judicieux.

 

L’Europe, nouvel espace intermédiaire au niveau international

Avec l’Europe nous nous hissons à un niveau supérieur. Il s’agit d’organiser un nouveau relais dans la perspective de la mondialisation. Contrairement aux régions proposées, la dimension culturelle de l’Europe est bien établie depuis de nombreux siècles. Mais la bureaucratie qu’elle engendre semble montrer que sa vocation d’espace intermédiaire entre les nations et une gouvernance mondiale, encore à inventer, n’a été ni bien comprise ni bien assumée. A la place de la dynamique recherchée, sa présence et son action sont souvent ressenties comme une nouvelle pesanteur parfois insupportable et plus précisément comme un frein au développement économique des nations. Il apparaît de plus en plus que les bons moteurs n’ont pas été mis en marche. Il fallait un dynamiseur et c’est une superstructure qui s’est mise en place. L’Europe tend à s’organiser comme un super-Etat. Sans doute d’autres orientations peuvent-elles être prises pour lui permettre de retrouver sa vocation. En tout cas, il semble nécessaire de se réinterroger sur l’euro. Le système d’une monnaie unique manque de souplesse ; les équilibres indispensables ne sont pas respectés. Faut-il donner une place aux monnaies nationales peut-être trop vite abandonnées ? Une dynamique pourrait ainsi se développer entre les deux systèmes de monnaie et permettre un meilleur développement dans chacune des nations. Mais un grand nombre d’économistes paraissent réticents face à une telle solution. Et pourtant de nombreux essais de monnaie locale s’improvisent en de multiples endroits. Il existe 2500 systèmes de monnaie locale dans le monde. En France, nous avons l’eusko dans le pays basque, Sol violette à Toulouse, l’abeille à Villeneuve-sur-Lot. Sans doute s’agit-il d’un symptôme qu’il faudrait analyser. En tout cas, l’avantage de la monnaie locale consiste à relocaliser l’économie, ce qui semble une exigence fondamentale pour les pays européens.

 

La nation, transformée en communauté, à la recherche de son identité culturelle

Avec le développement de l’Europe, la nation en vient à occuper une nouvelle place ; elle est renvoyée à sa dimension communautaire et à son identité culturelle. C’est comme si elle avait besoin de revenir à ses racines pour être à même de se confronter avec les autres nations et leur apporter ce qu’elle peut avoir de plus original. Ce que certains considèrent comme un repli communautaire et une sorte de fermeture dans la prétendue recherche d’identité est sans doute un moment indispensable. Mais il appartient à l’Europe de pousser, en même temps, à une plus grande ouverture non seulement face aux autres nations qui la composent mais aussi face à ceux qui viennent de pays extérieurs, pour satisfaire à la dynamique du jeu entre l’autonomisation et l’accès à une sorte d’universel planétaire.

 

Un nouveau couple sur-dynamiseur : régions/Europe

Un nouveau rapprochement, en partie inattendu, est en train de s’opérer entre les régions et l’Europe. Ces deux espaces intermédiaires, qui sont, en même temps, appelés à être les moteurs du développement économique et culturel, ont besoin de s’accorder et de se confronter pour donner leur pleine mesure. C’est ainsi que, progressivement, nous allons voir les régions françaises passer par-dessus les Etats nationaux, pour organiser de nouvelles complicités, de nouvelles complémentarités, avec des régions allemandes, espagnoles, italiennes ou autres. Elles développeront ainsi des interactions fructueuses et peut-être aussi des conflits momentanés, qui devront être dépassés. Finalement ce sont non seulement les régions en tant que telles, mais ce sont aussi les communes elles-mêmes, villes et villages, qui entreront de plus en plus, dans le jeu d’une confrontation créatrice.

 

Un élargissement du sujet avec la mondialisation

Au cœur de tous ces échanges et interactions, c’est en dernière instance le sujet qui est concerné. Il se constitue dans la tension entre un mouvement d’individualisation et un mouvement de socialisation à l’échelle planétaire. Plus il s’élargit et plus il est amené à s’intérioriser. Sa constitution devient une exigence politique.

Etienne Duval

 

 

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commentaires

L
Le pape à Strasbourg et l’Europe comme espace intermédiaire ((Europe 1)<br /> <br /> En visite à Strasbourg, le pape François a invité mardi les Européens à renouer avec leurs grands idéaux en accordant plus d'importance à la personne humaine qu'à l'économie afin de conjurer l'impression de &quot;fatigue et de vieillissement&quot; d'une Europe bureaucratique. Il a également poussé à &quot;affronter ensemble la question migratoire&quot;. &quot;On ne peut tolérer que la Méditerranée devienne un grand cimetière, a-t-il ajouté en invitant à &quot;agir sur les causes et non seulement sur les effets&quot;.<br /> Non à l'Europe &quot;repliée sur elle-même&quot;. Le souverain pontife, qui s'exprimait à Strasbourg 26 ans après Jean-Paul II, a salué devant le Parlement et le Conseil de l'Europe l'élargissement des institutions européennes survenu depuis mais a fait le constat de l'égoïsme et de la désillusion qui semblent s'être emparés des peuples européens. L'adresse du chef du Vatican intervenait six mois après des élections qui se sont soldées par une montée de puissance des partis populistes, xénophobes et eurosceptiques au Parlement européen, dans un contexte de doute suscité par la crise économique qui touche encore de nombreux pays.<br /> &quot;L'heure est venue de construire ensemble l'Europe qui tourne, non pas autour de l'économie, mais autour de la sacralité de la personne humaine, des valeurs inaliénables&quot;, a déclaré François en plaidant pour que l'on abandonne &quot;l'idée d'une Europe effrayée et repliée sur elle-même&quot;.<br /> François a rejoint le Parlement européen à bord d'une simple Peugeot 407, refusant un véhicule blindé haut de gamme qui aurait été incompatible avec un vœu de modestie auquel il doit d'avoir choisi le prénom de Saint-François d'Assises.<br /> Les &quot;racines chrétiennes&quot;. Attendu sur la réaffirmation des valeurs chrétiennes, l'ancien jésuite a invité les Européens à retrouver les chemins de la &quot;transcendance&quot;, mais n'a pas cité les racines chrétiennes, expression qu'il n'a pas employée, comme la source unique des valeurs européennes. Une partie de la droite européenne s'était offusquée, en 2004, que les &quot;racines chrétiennes de l'Europe&quot; ne soient pas inscrites dans le projet de Constitution européenne. Elles ne figurent pas plus dans le traité de Lisbonne qui a suivi.<br /> La pensée européenne &quot;est caractérisée par une riche rencontre dont les nombreuses sources lointaines proviennent de la Grèce et de Rome, de fonds celtes, germaniques et slaves et du christianisme qui l'a profondément pétrie&quot;, a-t-il poursuivi, citant Jean-Paul II. &quot;Je suis convaincu qu'une Europe capable de mettre à profit ses propres racines religieuses, sachant en recueillir la richesse et les potentialités, peut-être plus facilement immunisée contre les nombreux extrémismes qui déferlent dans le monde d'aujourd'hui, et aussi contre le grand vide d'idées auquel nous assistons en Occident&quot;, a affirmé François.
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E
J’aime bien ce jeu avec le temps si bien qu’en hiver les promesses de l’été sont déjà là. Personnellement j’apprécie bien ta philosophie et les mots que tu choisis pour l’exprimer.
Y
Un écho d’Yves Bajard qui intervient régulièrement sur le blog.<br /> Etienne Duval<br /> <br /> Voilà plusieurs semaines ou peut-être plusieurs mois que je ne t'ai donné signe de vie, il est vrai que j'ai été bien occupé aussi je me permets de livrer à ta lecture bienveillante une poésie :<br /> <br /> Tous ces jours j’ai passé mon temps<br /> A tailler haies kiwis ou autres ornements<br /> Peindre les ferrures qui tiennent les sarments<br /> Ainsi que protéger les plantes des assauts de l’hiver<br /> Le froid parfois crispait mes doigts<br /> Et traversait mon pull over<br /> Je ne pouvais m’empêcher de sentir en moi<br /> Comme une brise de tristesse qui semblait traverser<br /> Les rayons du soleil qui au cours des prochains mois<br /> Durant de nombreux jours resteront masqués<br /> Une fois pour me protéger du vent<br /> J’ai tourné la tête et comme dans un songe j’ai vu mes petits enfants<br /> J’ai pensé à Noël ses guirlandes ses amusements<br /> Et la joie a remplacé l’hiver et ses tourments<br /> Et puis je savais bien que l’été viendrait si besoin masquer<br /> Les plaies ou les cicatrices que le temps peut laisser<br /> J’aime ainsi goûter à cette alternance<br /> Laisser mes états d’âme naviguer de l’est au couchant<br /> En fait juste jouir du moment présent.<br /> <br /> Yves
E
Merci Michel. Je reconnais ta malice, mais l’huile que tu mets sur le feu est pour relancer le débat. En fait, je ne me souviens pas bien avoir voulu supprimer les corps intermédiaires, qu’il s’agisse de partis politiques, syndicats, patronat, associations… Que j’ai cherché à contester certaines de leurs positions, sans doute, qu’il m’arrive encore souvent de les critiquer, c’est certain. Mais honnêtement je ne vois pas bien comment nous pourrions nous en passer sans d’importants dommages.<br /> En fait, lorsque je parle d’espaces intermédiaires, ce n’est pas de corps intermédiaires dont il s’agit. Ce sont plutôt des lieux d’énergie qui vont susciter, le plus souvent, la création de réseaux. Alors, il est vrai, c’est une manière indirecte de critiquer le fonctionnement des corps intermédiaires eux-mêmes, trop près d’une logique institutionnelle.
M
Comme chez Hugues Puel dans son essai d'anthropologie économique, il y a chez toi une tentative de ressusciter les corps intermédiaires; posture plaisante de la part d'intellectuels qui se sont inscrits dans le grand mouvement de déconstruction généralisée des années 60/70; retour du refoulé?
H
Comme beaucoup, j'étais infecté par lollipop et j'étais incapable de m'en débarrasser. Le virus avait complètement transformé le premier paragraphe de cet article. J'ai supprimé ce paragraphe et je l'ai réimprimé sans transformation. Cela a suffi pour faire disparaître le virus de mon ordinateur. Avant, chaque fois que j'ouvrais un site sur internet le virus m'accompagnait. Maintenant mon compagnon a disparu. <br /> Je voulais simplement vous faire bénéficier d'une méthode très simple pour vous débarrasser d'un virus très gênant.
L
Sans vouloir retenir tout ce qu’a dit le pape, il semble bien que sa vision de l’Europe tourne, pour une part au moins, autour de l’idée d’espace intermédiaire. Il veut la liaison entre l’économie et le sujet tout en donnant plus d’importance à la personne humaine (sujet). Il va même plus loin, dans une de ses phrases centrales : &quot;L'heure est venue de construire ensemble l'Europe qui tourne, non pas autour de l'économie, mais autour de la sacralité de la personne humaine, des valeurs inaliénables&quot;…<br /> <br /> Il semble qu’il ne faille pas perdre de vue l’importance de l’économie, mais dans sa tension avec la culture, qui, elle-même, implique le sujet.
D
Cher Étienne,<br /> tu enfoncesd des portes ouvertes par chaque serrurier français.<br /> Or, il se trouve, que le Français a horreur des changements évolutifs : il préfère les révolutions.<br /> A nous de voir
Répondre
E
Je pense que nous sommes maintenant à peu près sur la même longueur d’ondes : il faut que l’espace géographique soit intégré dans mon espace personnel. Et, pourtant, si je reprends l’exemple de la Croix-Rousse, je peux dire que les espaces intermédiaires existent indépendamment de ma propre subjectivité. La même chose lorsque je circule dans les collines de l’Ardèche : il m’arrive de voir des lieux bien situés par rapport à l’ombre et à la lumière, à l’abri des vents, avec quelques habitations parfaitement orientées et me signalant que la vie, ici, s’épanouit. Il y a aussi des espaces intermédiaires pour les animaux, pour les cerfs et les biches ou pour les oiseaux. Il me semble alors que l’espace intermédiaire a une réelle objectivité : il est le lieu d’épanouissement de la vie, qu’elle soit humaine, animale ou végétale... Alors, il reste un petit chemin à parcourir pour sortir de l’univers intérieur…
F
Etienne, je suis bien OK sur un niveau d'ouverture des espaces intermédiaires possibles, symboliques ancrés dans un réel, d'un sujet par rapport à son contexte de vie, et j'entends bien les niveaux possibles de la commune, de la région et de la nation et de l'Europe....<br /> Oui, ma remarque sur le territoire ne signifie nullement que mon territoire c'est le quartier et le quartier seulement ...<br /> Mon territoire n'est pas délimité par la géographie ni par les institutions ou l'administration (pour cela je reprends volontiers la Croix-Rousse...), car mon territoire actuel est aussi bien la maison que j'habite, avec ses habitants.... le ghetto qui l'entoure, la ville qui est déserte mais aussi l'Italie ou la Suisse, et même le Canada,<br /> Car c'est là que j'ai le plus de relations vivantes et suivies....<br /> La région et l'Europe, oui, si ce n'est pas que des institutions.... la région c'est moi...? L’Europe c'est moi? Jusqu’où et comment?<br /> Peut-être que ce sont ces indicateurs-là qui pourraient davantage expliciter comment une région, une nation, une Europe peuvent constituer, symboliquement réels, des espaces intermédiaires possibles...<br /> Bonne continuation<br /> Francesco
E
Merci à toi et bonne journée !
G
D'accord à nouveau, y compris sur ce que tu dis à propos de Marx, à qui on ne peut reprocher de ne pas voir tout dit sur tout. (Ce qui est parfois utilisé pour refuser ce qu'il a dit sur des points essentiels, et qui dérange) .<br /> Je ne suis pas assez marxien et sans doute pas suffisamment marxiste pour développer tout seul la recherche.<br /> <br /> Salut, bien amicalement.<br /> Gérard
E
L'article dont il est question ici est aussi présent sur le site &quot;Mythe et pensée&quot;. Appuyer sur &quot;Etienne Duval&quot; pour le voir apparaître.
E
Je suis d’accord avec toi, Midas est bien la métaphore de l’aliénation. Le symbolique rassemble toutes les dimensions de la réalité. Il y a aliénation lorsque une ou plusieurs de ces dimensions sont rejetées ou ignorées : le sujet ne peut se constituer. Dans certains cas, notamment lorsqu’elle prétend remplacer d’autres dimensions, la religion elle-même peut naturellement entraîner l’aliénation. Il y a toujours du veau d’or même dans la religion.<br /> Par ailleurs, si Marx n’a pas évoqué la dimension du symbolique, cela ne veut pas dire qu’elle ne soit pas présente en creux. Lorsqu’il évoque l’aliénation, c’est bien de l’homme sujet dont il est question. Et lorsqu’on se réfère au sujet, implicitement ou explicitement, je pense que la dimension symbolique est présente. Mais il est possible que Marx ait passé sous silence certaines composantes essentielles de l’homme. Même dans ce cas, il semble pourtant qu’il soit en recherche du symbolique et du sujet.
G
En effet !<br /> <br /> J'ai lu trop rapidement le texte, avec en tête une interprétation a priori. De sorte que mon petit développement au sujet du capital infertile parce que accaparé n'a aucune pertinence, du moins par rapport au mythe que tu proposes. Mais cela n'absout pas le capitalisme, tueur du Sujet.<br /> Je reviens à ma toute première réaction : Midas est une métaphore de l'aliénation. Comme tu le dis, il se réduit à son or, il transforme tout en or (dont cependant on ne voit pas le bénéfice pour la collectivité). D'autres diraient que &quot;le capitalisme transforme tout en marchandise&quot;, y compris et d'abord les hommes. Ceux-ci sont dépossédés du sens et du fruit de leur travail, concrètement plongés dans la consommation, l'illusion et la soumission, dans quoi ils sont invités à se complaire, et où le &quot;symbolique&quot; ne les touche plus guère, à moins qu'il ne soit une aliénation de plus (le nationalisme -tricolore ou autre -, la religion dogmatique, etc). Ils ne peuvent, dans ces conditions, être des &quot;Sujets&quot; - au sens où tu l'entends.<br /> Et moi je retombe de justesse sur mes pieds, et j'échappe de justesse aux oreilles d'âne.<br /> Pour excuse : je ne sache pas que Marx, puis les &quot;marxistes&quot; aient beaucoup travaillé sur cette question du &quot;symbolique&quot; , en rapport avec l'aliénation - dans le capitalisme, notamment. Dans Lucien Sève : Karl Marx, Ecrits philosophiques, Champs, 2011, l'index (pp 416-426) ne donne aucune référence à &quot;symbolique, symbolisme&quot;. Il y a à penser sur cette question.<br /> Donc on continue.
E
Merci Gérard pour cette belle présentation. J'ai seulement deux petites remarques.<br /> - Midas n'enterre pas sa fortune : c'est le coiffeur qui enterre son secret. Midas est simplement envahi par sa fortune qu'il ne peut plus contrôler. C'est elle qui a pris les rênes de sa vie au point de l'aliéner complètement.<br /> - Le capitalisme réduit le sujet à son individualité. En fait le sujet est, en même temps, individu et être social. Avec le capitalisme, il quitte le champ (ou le chant) du symbolique.
G
Cher Etienne,<br /> Merci pour cette poursuite.<br /> <br /> Je ne vais pas relire l'ensemble de ces mythes. Je retiens principalement l'attitude de Midas, qui enterre sa fortune (bien ou mal ou bizarrement acquise, ce n'est pas le problème).<br /> L'essentiel est que, ce faisant, Midas se comporte en capitaliste. Il s'approprie la richesse, qui ne sert plus à la collectivité. Et qui, par surcroît, est quelque peu illusoire -puisqu'elle ne sert à rien de bénéfique.<br /> Je pense que c'est par là exactement que le capitalisme tue le sujet -ou l'empêche d'exister. Il accapare la richesse, achète à son prix la force de travail, en fait ce qu'il veut suivant ses intérêts, s'approprie les matières premières, l'espace, les éléments naturels (quasiment – je pense à la pêche &quot;industrielle&quot; par exemple) ; il domine directement ou indirectement, visiblement ou discrètement le pouvoir politique, les médias, les esprits. L'histoire et l'actualité fournissent plus d'exemples qu'il n'en faut, qui sont autant de preuves convaincantes, à mon avis. Je n'insiste pas. Ce pouvoir réel, concret, monopolisé est à l'évidence du blocage, de l'intimidation. Les &quot;sujets&quot; peuvent toujours rêver, les individus s'associer, devenir citoyens, lutter, voter : rien ne bouge.<br /> L'accumulation des discours &quot;économiques&quot; depuis notamment le XIXe s. et le XXe surtout, (Hayek, Friedman, etc.), veut faire croire que la liberté des capitalistes fait la liberté de tous. Ainsi le capitalisme garantirait l'existence du sujet libre et agissant. Si on regarde la réalité sans complaisance, on voit qu'il n'en est rien ! Les capitalistes n'ont jamais assez de liberté (voir Gattaz) ni assez de pouvoir ... pour déterminer à leur convenance exclusive la société qui les nourrit. Et exiger&quot;davantage d'avantages&quot; (merci Boby Lapointe) de l'Etat dont ils dénoncent cependant le poids.<br /> De plus, le capitalisme rend stupides comme Midas, les capitalistes eux-mêmes. Ceux-ci sont incapables d'admettre (de voir ?) les limites et les contradictions mortellement nocives de leur système - de reconnaitre le meilleur chant : Pan ou Apollon ? Ils sont dans la &quot;confusion&quot;. Le capitalisme rend même stupides le vent et les roseaux, qui proclament que &quot;Midas a des oreilles d'âne&quot;. C'est déjà ça, mais ce n'est pas le problème. Ils devraient dire au monde entier : &quot;Midas est un sale con qui accapare et stérilise la richesse, empêche le monde de tourner avec justice, et donc qui interdit au Sujet cher à Etienne, de s'épanouir&quot;.<br /> Je pense d'ailleurs, que, si le monde entier, bien informé et débarrassé de ses peurs inculquées, mettait fin à cette triste situation, Dionysos y trouverait une grande satisfaction, et Pan et Apollon composeraient et joueraient un bel air victorieux et ironique. Peut -être un pibroc'h. Ou une gwerz ?<br /> <br /> En attendant, bonne continuation.<br /> <br /> Je retourne à mon pibroc'h préféré.<br /> <br /> Gérard
E
Merci pour ta propre réflexion. En ce qui concerne l’euro, je suis sensible à ton argument. Il me rapproche des Italiens et des Espagnols. Mais ne pourrait-on pas imaginer une monnaie locale avec une forte régulation en ce qui concerne son utilisation ? Elle ne pourrait être utilisée que dans des cas précis et circonscrits. Mais, pour le moment, c’est une simple interrogation.
J
Merci pour ces analyses que je partage globalement, mais si je suis réticente par rapport à une monnaie qui existerait à côté de l' Euro . Il me semble (pour le vivre de temps à autre ) que payer en euros nous rapproche des Italiens , des Espagnols alors que la Livre anglaise montre bien que les Anglais ne se sentent guère &quot; européens &quot;. .<br /> Tu as raison d' insister sur le rôle de la culture au niveau régional .<br /> J'ai bien l'impression que la région et la commune sont des lieux d' identité et de responsablité avec des possiblités d' initiative , alors que je m'éloigne de plus en plus de l' Etat , froid et politicien ...<br /> <br /> Bonne continuation . Amitiés.<br /> <br /> Josiane
E
Francesco, l’espace intermédiaire marque l’inscription d’un sujet sur un territoire avec en plus l’interaction entre sujets. A la Croix-Rousse, les espaces intermédiaires sont partout. Dans le huitième arrondissement ils semblent ne pas avoir été pensés suffisamment. A Saint-Etienne, dans le quartier où tu vis, ils n’ont pas été pensés du tout. Les hommes sont réduits à des individus qu’il faut loger, un peu comme des objets. Du coup, comme tu essaies de l’exprimer, le territoire n’est pas humanisé. Autrement dit un espace intermédiaire, comme tu le suggères, c’est d’abord un territoire humanisé. Pour moi, c’est, en même temps, un territoire ouvert sur l’extérieur.<br /> En fait ma réflexion ne se situe pas d’abord au niveau du quartier, comme pour toi. J’ai voulu la situer au niveau de la région et de l’Europe, ce qui complique un peu les choses. Là, je veux insister sur l’aspect dynamisation du territoire.
F
Etienne, je trouve ces remarques de l'ancien &quot;curé&quot; de pentes de la Croix-Rousse qui vient d'émigrer dans le 8ème de Lyon... on a tous un peu de nostalgie de ce &quot;territoire&quot; culturel de la Croix-Rousse, qui déborde les critères administratifs....<br /> Heureusement pour lui il a encore des magasins dans son quartier, ici à saint Etienne, dans ce quartier ghetto, même pas de magasins, pas de visages ni d'appareils techniques d'aucune sorte ni de passages piétons, ou de stop, ou de feux rouges, ni même des panneaux publicitaires (enlevés à Grenoble, ici ils mettraient un peu de couleurs entre les arbustes qui débordent sur un semblant de trottoir et rendent difficile la marche..).<br /> Quels espaces intermédiaires imaginaires dans ce désert? Symboliques, symboliques les espaces intermédiaires... oui, symboliques par le sens que nous pouvons leur donner, mais bien concrets et réels quelque part, pour inscrire une symbolique dans un terroir (territoire...?) d'expérience...<br /> <br /> Bonne continuation<br /> Francesco
P
Pas de problème dans les périphéries pour trouver des magasins d’alimentation. Pour les livres, c’est autre chose <br /> <br /> Publié le 19 novembre 2014 par Michel Durand <br /> <br /> Me voilà depuis trois mois dans un nouveau quartier. Et je n’ai pas encore pris toutes mes marques. Il est vrai que les modes de vie entre les pentes de la Croix-rousse et le huitième arrondissement lyonnais (avenue Berthelot vers la place du Bachut ou le début du quartier des États-Unis) sont très différents.<br /> Là-bas, les rues sont étroites ; les trottoirs minuscules. Ici, Tram, bus, voitures abondent et les trottoirs sont larges avec beaucoup d’arbres. Là-bas, on croise toujours quelqu’un que l’on connaît au moins de vue. Ici, on ne se bouscule pas. Il y a peu de monde sur les trottoirs qui offrent un aspect de vide. En effet, tous les immeubles possèdent dans leur sous-sol des garages. Deux, trois ou quatre niveaux. Par ascenseur, ayant laissé la voiture dans son local attribué, tu rejoins directement ton appartement, du moins 4 au plus 7, sans voir personne, ou rarement. Certes, si d’aventure tu rencontres quelqu’un, un sympathique bonjour sera échangé, avec en plus quelques rares mots : « vous êtes nouveaux dans l’immeuble ? Bonne soirée ».<br /> Ayant lu de Jean Viard La société d’archipel, je me retrouve dans son étude qui montre que l’habitant d’un appartement prenant sa voiture pour se rendre au travail, va déposer les enfants devant leur école, acheter de quoi manger dans une grande surface dotée d’un parking souterrain, garer sa voiture dans les sous-sols de son entreprise, rejoindre son lieu de travail par ascenseur sans avoir rencontré personnes ou presque. Sens inverse pour le retour : bureau, ascenseur, parking, école, grande surface (parking, ascenseur), et enfin chez soi : parking, ascenseur, appartement. Il n’y a aucun problème si le parapluie a été oublié, il n’est pas nécessaire de marcher en extérieur.<br /> Pour autant, ce schéma ne s’applique pas totalement à moi, car, à cause des rues étroites, des défauts de place pour garer son véhicule et du nombre important d’escaliers, j’ai opté sur les pentes de la Croix-Rousse, pour un mode de vie sans voiture. Plutôt que de m’en plaindre, je me trouve heureux d’avoir pris l’habitude des transports en commun. Heureux et léger. Tellement désencombré que je ne ressens pas le désir d’occuper le garage lié à mon appartement. Garage que je pourrais rejoindre en ligne droite verticale par ascenseur. Enfin, il me faut être honnête. Quand j’ai un vrai besoin de voiture : réunion nocturne au retour difficile à prévoir (il y a peu de bus la nuit ou les dimanches en direction des banlieues), j’opte pour une location de voiture. J’ai effectivement vu naître autolib, rue des Capucins, sur les pentes, à deux pas de l’église Saint-Polycarpe. L’ancienne petite association-entreprise des débuts siège maintenant dans les sphères de Lyon parc auto. <br /> Donc, j’opte pour les transports en commun.<br /> Ils sont utiles si je veux rencontrer une librairie, acheter des vêtements. Tout cela on le trouve dans le centre urbain. Mais, question nourriture, pas besoin d’aller voir ailleurs ; dans mon ancien quartier, je n’avais jamais vu autant de magasins d’alimentation. LDL, LDR, Casino, Franprix… sont à porter de mains. Multiplication, à deux pas l’une de l’autre, des grandes surfaces de produits pour la table exhibant des prix inconnus jusqu’à mon arrivée dans ce 8e arrondissement. Plus que moitié moins. Dans ces grandes surfaces de l’alimentation au cœur de la ville, il y a beaucoup de monde. Pour moi des inconnus. Sauf deux fois. Des anciens des Pentes de la Croix-rousse. On m’a dit alors « que les prix dans les quartiers historiques du 1er arrondissement montant sans cesse, il leur fut préférable de venir habiter ici ».<br /> En fait, venir acheter du pain, des salades sans échanger deux mots, notamment avec la personne qui se trouve à la caisse, cela me paraît étrange. Je suis, dans cet espace, comme un étranger. Place Croix-Paquet, rue René Leynaud, rue des Capucins… toujours sur les Pentes, impossible de faire deux pas dans une rue, ou d’acheter des œufs, du pain… sans échanger des salutations ou donner quelques nouvelles ; autant dans la boutique de la famille tunisienne, tenue exclusivement par les hommes, que dans la chaîne Casino où gérants et gérantes sont attentifs à demander si cela va bien. Ils appellent leurs clients par leur prénom. Les clients répondent de même : bonsoir Alain !<br /> Mais, pourquoi, dire deux mots à qui vient acheter de la nourriture ?<br /> Un soir, alors que j’attendais patiemment mon tour à la caisse. Une employée est venue me dire que je n’étais pas obligé d’attendre avec seulement trois ou quatre choses à payer. Elle me dirigea vers un robot, m’en montra le fonctionnement. J’ai payé avec les pièces que j’avais sur moi et l’on me rendit la monnaie. J’aurais bien aimé aussi croisé le regard, du monsieur ou de la dame, qui aurait pu être présent si la machine n’avait pas pris son travail salarié.<br /> La question habituelle du gérant de l’épicerie de mon ancien quartier me manqua : « alors cette année, c’est où les vacances ? Dans quel désert ?<br /> Publié dans Témoignage
G
Merci !<br /> C'est bien intéressant. Je n'avais pas pensé à une telle lecture du capitalisme à travers ce mythe. Je vais y réfléchir. <br /> A première vue, toutefois, la question resterait posée du passage, ou du lien entre le symbolique et le politique (celui-ci concrètement envisagé -sûrement fort et déterminant jusqu'à un certain point Cf. nos discussions précédentes). Mais je dois commencer par le commencement : les liens entre Midas, Dionysos, Pan et Apollon. Et les roseaux. Cela fait du monde, et du travail.<br /> Merci encore et à bientôt.<br /> Gérard
E
Bonjour Gérard, <br /> Je voudrais reprendre notre discussion sur la logique du capitalisme, dans la mesure où elle ne serait pas conforme à la logique du sujet. Ce thème, bien avant le capitalisme, a été traité avec beaucoup d’humour par le mythe de Midas. <br /> Midas avait rendu service à Dionysos. Celui-ci voulut le récompenser : Midas pouvait lui demander ce qu’il voulait et il obtiendrait aussitôt sa récompense. Le malheureux, qui aimait la richesse, voulut que tout ce qu’il touchait se transformât en or. Très vite, la vie devint impossible : il courut chez Dionysos pour qu’il le dégageât d’une pareille infortune. Mais ses tourments n’en furent pas finis pour autant. Un jour où il se promenait dans la forêt, il entendit les chants du dieu Pan. Il jugea que ces chants étaient insurpassables. C’était sans compter sur l’art d’un autre dieu musicien, Apollon lui-même. Celui-ci vint donc pour se comparer à ce misérable dieu Pan. Or Midas jugea que le dieu Pan était bien supérieur. Vexé par un tel jugement, Apollon lui donna des oreilles d’âne. Seul son coiffeur était au courant. Pour garder son secret, il l’enterra dans une plaine de roseaux. Mais animés par le vent, les roseaux se mirent à chanter : « Midas a des oreilles d’âne », et tous les habitants furent ainsi mis au courant d’une telle infamie.<br /> Si on fait du profit un but en soi, la richesse finit par vous pourrir la vie. Pour que l’argent joue son rôle, il faut qu’il soit en harmonie avec tout le reste, comme les notes à l’intérieur d’un chant. Autrement dit il est nécessaire qu’il entre dans la dimension symbolique, qui est tout simplement la dimension du sujet. Or Midas, comme beaucoup d’hommes, n’a pas l’oreille assez fine pour mesurer la qualité d’un chant. Il est dans la confusion, étrangère au monde symbolique. Il ne sait pas mettre l’argent à sa place. C’est pourquoi, au lieu de s’élever, il régresse dans une forme d’animalité au point que ses propres oreilles se manifestent comme des oreilles d’âne.
E
Il me semble que tu as raison. Si on veut développer les espaces intermédiaires, il faut une organisation en réseau, qui associe responsabilisation des individus et interaction. En effet l’espace intermédiaire est constitué par cette tension même, d’où il en ressort un surcroît d’énergie : d’une part grâce l’implication des sujets, d’autre part grâce à l’interaction entre ces sujets. L’interaction, dans la mesure où elle est partage opère une démultiplication. Dans les réunions départementales et régionales auxquelles j’ai pu participer, si les membres étaient simplement les représentants de leur structure, nous aboutissions à un surcroît de bureaucratie. Par contre si, au-delà de la représentation, il y avait une implication personnelle, les interactions entre services pouvaient se faire et nous étions dans un processus créatif.
A
Il me semble qu’une organisation en réseau serait plus à même de favoriser l’émergence des espaces intermédiaires que tu souhaites. Or, et tu le dis, les régions françaises sont plus tournées vers un rôle d’autorité sur les collectivités de niveau inférieur que vers l’extérieur, l’Europe apparaît plus comme une superstructure. Dans chacun des cas l’administration à chaque étage, mue par sa culture jacobine ou par une simple et fausse ambition, veut exercer un pouvoir bien souvent plus légaliste que légitime. <br /> <br /> Le cas du Comité Régional Franco-Genevois (CRFG) qui a pour objet de coordonner l’aménagement du territoire transfrontalier autour de Genève est exemplaire de ce défaut. Parce que transfrontalier il est co-présidé pour la France par un représentant de l’Etat, le préfet de région ; le président de région, les préfets des deux départements comme les présidents des conseils généraux de l’Ain et de la Haute-Savoie y bénéficient d’un siège chacun, il ne reste alors que peu d’espace pour les communes représentant les populations concernées. Côté Suisse, seul participe l’Etat de Genève, représentant toute et uniquement la population concernée de la Suisse, et le nombre pléthorique de membres français lui pose un problème pour en désigner autant pris en son sein. C’est alors la cacophonie côté français face à une position unitaire côté suisse, et qui tire les marrons du feu ? Il est facile de le deviner. <br /> <br /> Dans une organisation en réseau on aurait ainsi pu échapper aux formes standardisées des communautés de communes, qui ont fait croître démesurément les coûts de nos institutions, et s’éviter l’inefficacité des régions dans leurs fonctions actuelles ; en-dehors des TER, elles ne sont que. des nains politiques en comparaison de celles des autres pays et l’accroissement de leur taille n’y changera rien, bien au contraire. <br /> <br /> On peut d’ailleurs constater qu’au moins jusqu’à aujourd’hui l’apport de la région au développement économique ou à la culture dans le département de la Haute-Savoie a été quasi nul à côté de celui du département lui-même.
E
Je voudrais poursuivre le débat amorcé avec Francesco, en précisant ce qu'est pour moi l'espace intermédiaire. Il est un lieu de symbolisation, qui instaure et permet le jeu entre l'espace et le temps, le proche et le lointain, la vie et la mort, l'économie et la culture, l'intérieur et l'extérieur, moi et l'autre, la passé et l'avenir, entre moi et le soi... C'est ce jeu qui produit l'énergie nécessaire à la vie et qui fait de l'espace intermédiaire un moteur de la vie économique, sociale et culturelle.
E
Je reviens au début de notre entretien c’est-à-dire à la notion de sujet, qui se construit dans la tension entre le proche et le lointain, entre moi et l’autre. L’espace intermédiaire c’est le lieu physique ou symbolique qui me permet de cultiver le sujet dans sa tension existentielle. C’est un espace qui est aussi un moteur. Or le sujet est d’abord un individu avec un corps, qui a besoin d’un espace chaleureux pour vivre avec les autres dans la proximité. Mais cet espace chaleureux ne trouve son sens ultime que si son horizon est à la dimension du monde, s’il a des fenêtres qui l’ouvrent sur l’univers. En fait l’homme-sujet est un petit prince qui a besoin de parler aux étoiles. Ainsi la région et, au-delà, l’Europe, ou autres conglomérats de nations, sont là pour nous aider à ouvrir nos fenêtres et à en construire de nouvelles, de manière à nous permettre de devenir des petits princes. Autrement dit le véritable espace intermédiaire est le lieu, en même temps réel et symbolique, proche et lointain, où chaque homme peut devenir un petit prince. Mais là encore, je pense qu’il faudra poursuivre notre réflexion et notre discussion.
F
merci Etienne, je reprends un peu notre échange, quelques précisions et quelques pistes pour continuer...<br /> <br /> - la référence à Lyon Croix-Rousse, pour les espaces intermédiaires et le lien avec le territoire: il y a bien des espaces intermédiaires qui sont liés à la relation du sujet au territoire, au proche ou au loin, car quand on dit Croix-Rousse avec ses différents lieux de vie et la variété de ses habitants, on désigne un territoire, plus proche de la dimension &quot;cullture&quot;, alors que ce territoire géographique et administratif recoupe deux arrondissements , deux communes, et va m^me au delà de ces frontières communales, et donc une &quot;culture&quot; n'est pas obligatoirement assignée à une zone géographique ou administrative..<br /> mon &quot;identité&quot; est liée à ma personne, à ma recherche d'être un sujet, avec mon territoire de relations et d'horizons et d'histoire, alors que mon &quot;appartenance&quot; peut être pour un temps sur une commune, dans une région, dans une nation, en Europe etc...<br /> - bien sûr, élargir et ouvrir - donc les espaces de la commune, région, nation, Europe, je les porte avec moi, ils existent trop &quot;administrativement&quot; seulement pour trop de monde, pour des élections, des changements de domicile, des papiers de la vie ordinaire... mais à quelle dimension ils pourraient être des espaces intermédiaire, si pas inscrits dans mon identité et dans mon territoire? <br /> - et pour cela il me semblerait bon de souligner la complexité que nous allons à gérer dans la recherche de ces espaces intermédiaires: ils ne sont pas toujours évidents et à portée de main, selon notre construction de sujet et la variété de nos territoires de relations ; il y a probablement un enjeu de resituer constamment la recherche d'espaces intermédiaires dans la complexité de nos compétences transversales, savoir faire demi-tour, partir sur une autre piste, frapper à des portes inconnues... réagir (et plus...) au contexte et au réel qui s'impose à nous bien souvent... bousculer ce qui est donné pour acquis ou évident.... déchiffrer une multiplicité de domaines et de ressources...<br /> - peut être qu'effectivement je vivrais mieux ces espaces intermédiaires d'une commune, région, nation, Europe etc... si inscrits dans une &quot;démocratie participative&quot; ( notion à expliciter, évidemment...) et dans un tissage constant de travail en réseaux... ces espaces devraient probablement davantage correspondre à une &quot;expérience&quot; à vivre ... (avec toute la richesse de la notion d'&quot;expérience&quot;....)<br /> <br /> bonne continuation...<br /> Francesco
E
Oui sans doute.
G
Que le sujet devienne un objet (et de son propre mouvement), c'est peut-être le mécanisme même de l'aliénation ?<br /> Tiens moi au courant si tu veux bien.<br /> Gérard
E
C'est une piste possible, en effet. Il y a aussi l'idée qu'il tend à confondre l'individu et le sujet, au point d'en faire un objet....
G
L'aliénation dans les choses à consommer obligatoirement et sans fin (pour la croisance -de quoi ? : des profits...) est peut-être une piste.... Mais c'est bien sommaire.<br /> <br /> Bonne réflexion. A plus tard ?
E
Il faudra que l'on rediscute de la logique du capitalisme, au sens où elle est antinomique avec la logique du sujet.
G
Bien d'accord !
R
Appuyer sur &quot;Refus d'assouplissement...&quot;
C
Appuyer sur &quot;Carte des 13 réions&quot;.
E
Merci Vincent de mettre en relief une partie de l'expérience de l'Espagne, d'autant plus que tu as été, si je ne m'abuse, professeur d'espagnol. La Catalogne est un bon exemple pour comprendre le devenir des régions. Ce que j'entends c'est que si les régions cherchent à porter l'habit des nations, elles font fausse route. Elles ne pourront pas être un ferment pour une évolution sociale dans le sens de plus de justice au service de tous.
V
Bonjour,<br /> Les autorités catalanes sont en train de construire un nouveau nationalisme, voir le centre &quot;Gord&quot; à Barcelone que je viens de visiter, l'événement fondateur serait le siège de la ville et sa prise en 1714: <br /> construction d'une imagerie nationale comme partout (Jeanne d'Arc etc...). Le catalanisme s'implantera, car tout l'enseignement se fait en catalan depuis le jardin d'enfant pour tous, hispanophones généralement, mais ces enfants actuels seront des locuteurs adultes en catalan de demain. Une grande partie de la population est composée d'immigrés récents ou non venus chercher du travail, Andalous, Aragonais, Sud-Américains d'ailleurs peu soucieux de la question catalane. <br /> L'autoritarisme, l'aversion, la morgue du pouvoir madrilène, le cléricalisme ont favorisé l'éloignement de la Catalogne. La période républicaine et la guerre civile ont fait apparaître la Catalogne comme le foyer du mouvement ouvrier d'inspiration libertaire. Le courant particulariste existait à ce moment (Companys), mais Barcelone était aussi le bastion du mouvement d'évolution sociale comme première région industrielle d'Espagne. La lutte pour la transformation et la justice se déroulaient solidairement avec les mouvements des autres régions: <br /> Madrid, Andalousie, Aragon et bien sûr Asturies. Aussi, l'union des courants autonomistes ne sera pas certaine. En 1936, les autonomistes représentant la bourgeoisie (la Généralité) avait dû se plier au mouvement ouvrier (expérience de collectivisation de certaines entreprises, éducation, laïcité, santé...). L'aspiration à la liberté et à la République était un ciment qui unissait les démocrates et les républicains, les revendications sociales étaient communes à tout le pays, ouvriers, paysans, enseignants. Les Catalans peuvent partager ce désir d'autonomie, mais on voit déjà que tous les courants ne sont pas d'accord, bourgeoisie d'affaire et classe laborieuse se sépareront, même si l'autonomisme leur fait oublier leurs intérêts fondamentaux. Le nationalisme est un poison qui fait oublier d'autres problèmes, phénomène bien observé à d'autres époques en Allemagne et ailleurs. Les secteurs les plus rétrogrades qui sont encore virulents en Espagne, Eglise, néo franquisme avaient une vengeance à exercer contre la Catalogne, ils ne s'en sont pas privés et en récoltent maintenant le résultat. Les Catalans parleront-ils plutôt l'anglais que l'espagnol, ce serait dommage.<br /> Vincent Gerbe<br /> De la responsabilité de certains Etats occidentaux dans la multiplication des situations critiques<br /> <br /> Voici un texte que j'ai envoyé à Assoc Feyzin Europe, une solution est le fédéralisme ou confédéralisme. Comment une région, une province peut-elle exister dans une nation, un ensemble de nations? Il peut y avoir dans ces mouvements régionaux identitaires beaucoup de fermeture et d'égoïsme, voir Lombardie, Catalogne qui oublient que'elles ont besoin des autres. j' ai entendu un Alsacien qui craignait qu'on confonde l'Alsace et la Lorraine. Je ne vois pas pourquoi on confondrait. Ce qui est certain, c'est que le citoyen a l'impression de n'être plus rien; oserions-nous parfois intervenir dans des assemblées de spécialistes?
E
J'ai bien peur que l'Europe n'ait pas mobilisé les symboles qui mobilisent et font rêver. Elle est trop dans les faits, l'efficacité et la technocratie. Peut-être est-elle surtout au service des puissants de l'économie et de la finance, alors qu'elle devrait être au service d'un sujet en construction et aussi au service de tous.
D
Bonsoir Etienne,<br /> <br /> Je n’ai rien contre l’art roman ou l’architecture des ponts. Mais il faut bien reconnaître que notre monnaie européenne est bien mal fagotée au sens esthétique.<br /> Danièle. <br /> <br /> Etude comparative d’un billet de dix euros et un billet d’un dollar<br /> <br /> R. Debray estime que l’absence d’images laisse place à un vide symbolique. Pour s’en rendre compte, il suffit par exemple de comparer un billet de dix euros et un billet d’un dollar. Les signes monétaires sont, en effet, des cartes d’identité collectives : ils trahissent, ou traduisent, une sorte d’inconscient historique collectif.<br /> De fait, les nations sont des communautés imaginaires où le lien entre les individus s’établit moins par des idées que par des images partagées, des légendes, des personnages, des mythes. La construction d’une généalogie est donc essentielle à toute légitimité politique, comme la mémoire l’est à la volonté.<br /> Alors que l’euro renvoie à une communauté sans symboles, autant dire à un agrégat comptable, beaucoup plus proche d’un tas que d’un tout, le billet vert raconte une épopée, un western, le film des Pères fondateurs : Washington, Jefferson, Hamilton, Jackson… Le dollar témoigne que les treize colonies qui ont initié les États-Unis d’Amérique – avec la même langue, la même foi, la même culture et, surtout, un même ennemi, la Couronne britannique – se sont unies et le sont<br /> restées autour d’un certain nombre de visages, de noms propres, de lieux définis, et de la devise « In God We Trust ». Effectivement, le déisme confédéral a empêché les Etats .Unis. de se désunir (Au verso du billet vert, on voit une pyramide égyptienne et le triangle déiste, avec l’oeil de l’Être suprême.1).<br /> Théologie et Antiquité sont présentes sur le billet vert : annuit coeptis ; novus ordo seclorum (4 ème églogue de Virgile). « Il a favorisé nos entreprises », « un nouvel ordre des siècles »…, ce billet est celui d’une nation, d’un peuple élu, qui commence un nouvel ordre des temps. Renan écrivait : « deux choses constituent l’âme de la nation ; l’une est dans la possession en commun d’un legs de souvenirs ; l’autre est dans le consentement actuel du désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage que l’on a reçu indivis. »<br /> Le billet vert invite à réfléchir à ce qu’est une nation alors que l’euro ressemble à l’unité de compte d’une multinationale, mais pas à la monnaie d’un peuple. Sur les coupures en euros, on ne voit pas un legs de souvenirs communs, ni d’héritage, ni de portraits. Il était certes compliqué de faire figurer des personnages militaires, mais les Européens auraient pu penser à des géants de leur histoire culturelle : Érasme, Newton, Camoes, Shakespeare, Goethe, Voltaire, Cervantès… Le billet de 10 euros montre un portail roman et un pont de pierres, mais n’apparaissent ni visage humain, ni silhouette, ni devise latine, ni date, ni lieu. Ainsi s’indique une zone économique sans ambition historique apparente, sans valeurs morales revendiquées. Le marketing et le design ont accouché d’un système d’identité visuel auquel personne ne peut s’identifier affectivement.<br /> Ces coupures monétaires montrent, de manière significative, l’impuissance des non-symboles. Elles sont comme un lapsus, comme l’expression d’un inconscient des États européens. Quand une politique s’en tient à l’ordre du fait, non seulement elle manque de force, mais elle manque l’ordre humain. L’Amérique est un rêve, l’Europe est une réalité : autant dire qu’elle est en déclin. Pour R. Debray, ce déclin n’est pas sans rapport avec le désert symbolique de l’euro : absence de mythe d’identification, de devise, de personnage historique, et donc d’invention, puisque tout personnage dit historique est une convention. À ce propos, R.Debray cite Valéry : « Une société s’élève de la brutalité jusqu’à l’ordre. Comme la barbarie est l’ère du fait, il est donc nécessaire que l’ère de l’ordre soit l’empire des fictions, car il n’y a point de puissance capable de fonder l’ordre sur la seule contrainte des corps par les corps ; il y faut des forces fictives. <br /> L’ordre exige donc l’action de présence de choses absentes et résulte de l’équilibre des instincts par les idéaux. Un système fiduciaire ou conventionnel se développe, qui introduit entre les hommes des liaisons et des obstacles imaginaires dont les effets, eux, sont bien réels. Ces fictions sont essentielles à la société. »<br /> <br /> N.B Régis DEBRAY, philosophe et écrivain, médiologue, président d’honneur de l’Institut Européen en Sciences des Religions <br /> <br /> Une adresse : (http://www.millenaire3.com/fileadmin/user_upload/ouvrages/images_et_signes.pdf)
E
Tu as raison, ce qui est en cause c'est la liaison entre le territoire et le sujet. Tu parles de personne. Pour toi, le territoire évoque l'enracinement, la proximité, les relations. Mais, en même temps, je remarque, dans ce que tu dis une tension, à l'intérieur du territoire. Ce n'est pas simplement Montreynaud ou la Croix-rousse qui sont ton territoire, c'est aussi l'Italie. Autrement dit, le territoire porte la marque du sujet. Je peux être proche d'un territoire qui est lointain parce que j'ai des liens d'affinité avec ses habitants.Ce que je retiens, c'est que l'espace intermédiaire implique une liaison intime entre sujet et territoire.<br /> <br /> Personnellement, je vais un peu plus loin. Je pense que la notion de sujet implique une tension entre le proche et le lointain. Ce qui est en cause aujourd'hui, c'est non seulement de faire exister des sujets à l'intérieur de la commune, mais c'est aussi de les faire exister à l'échelle du monde, par étapes successives, au point que chaque homme peut devenir mon frère. Autrement dit, dans ce que j'ai écrit, c'est fondamentalement du sujet dont il est question, mais, comme tu le dis, le sujet en vient à intégrer la notion de territoire. C'est la tension entre le sujet et le territoire proche et lointain, qui fait l'espace intermédiaire, porteur d'une énergie de vie. Et nous avons besoin de cette énergie pour construire le monde. En fait je sens qu'il faudra pousser la discussion beaucoup plus loin.
F
Pour réagir à ton texte, je vais procéder par petites touches. <br /> Ce qui me revient c’est qu’avec Françoise Bernillon, on avait beaucoup écrit sur la notion de territoire pour l’intégration. Or tu soulèves le problème de l’individu et de la personne dans un territoire. Il y a là quelque chose, qui est lié à la proximité, au lieu de vie. Concrètement ce qui est en cause c’est le lien entre la personne et le territoire. <br /> Administrativement, je suis pour la suppression du département.<br /> La culture elle-même est liée aux personnes et aux territoires. Les Corses, en Bretagne, sont toujours Corses. Il faut dissocier la culture et l’administration, la culture et les circonscriptions administratives. Notre identité n’est pas lié à l’administratif.<br /> Il convient de faire une différence entre culture et appartenance. L’appartenance est administrative. C’est pourquoi je ne supporte pas la carte d’ « identité ». <br /> Prenons la Croix-Rousse. Il y a un territoire, un lieu de vie. Il dépasse le quatrième, il intègre aussi les pentes. Alors que nous habitions administrativement Caluire, nous nous sentions croix-roussiens. Lorsque j’étais à Villeurbanne, mon lieu de vie c’était Grand-Clément.<br /> A Montreynaud, sur Saint-Etienne, où je suis actuellement, il y a 90% de Maghrébins. Leur culture ce n’est pas celle de Saint-Etienne.<br /> Le territoire implique proximité et relations. Pour l’Europe, je suis en France, mais mon territoire est fait aussi d’Italiens, de Maghrébins.<br /> On commence à parler d’Europe, au moment des élections, mais l’Europ, c’est nous aussi.
E
Je suis d’accord avec un toi sur un certain nombre de points :<br /> <br /> - la difficulté des Français à accepter une vraie décentralisation<br /> - la démocratie fondée sur des réalités sociales, culturelles, géographiques et historiques<br /> - la région peut être une bonne échelle pour la démocratie<br /> - reste la question du capitalisme et qu’en faire ?<br /> <br /> Personnellement, je me suis posé la question des moteurs qui peuvent dynamiser la construction, qui va du local au global. Je pense qu’il doit exister dans nos structurations sociales et politiques des lieux de respiration que j’appelle les espaces intermédiaires. Sans eux, il ne peut y avoir de vie, de sujets ou de démocratie. Compte tenu de la composition de l’ensemble, il m’a semblé que ces lieux privilégiés pouvaient être la région et l’Europe. Mais il est bien possible que la logique du capitalisme aille à l’encontre de ces projets dans la mesure où ils cherchent à associer le local et le global au sein des sujets eux-mêmes. Une telle tension est, en partie, refusée par le capitalisme.
G
Voici, si tu en veux bien, quelques réflexions, dont tu ne seras pas surpris, je le crains. Mais j'ai constamment l'impression que ce genre de questions, que tu poses, merci, a peu d'écho, pour de bien mystérieuses raisons.... Il y a des questions qu'il ne faut pas poser !<br /> Merci de poursuivre la discussion. Cela me permet de répondre à André, qui signalait les difficultés concrètes -le absurdités – provoquées par la centralisation française. Et il y en a beaucoup dautres, étudiées ou signalées depuis longtemps par Jean Ollivro, ou par Jacques de Certaines par exemple (&quot;Essai sur les enjeux de l'Economie bretonne; secoue toi Bretagne ! &quot; Apogée, 2013) . Or malgré tout ce que l'on sait, on constate une difficulté constante chez les Français, qui ne peuvent admettre le bien fondé d'une vraie &quot;décentralisation&quot; qui serait aussi le choix d'une vraie démocratie. Nul doute, selon moi, qu'il faut remonter sinon à Philippe Le Bel et Louis XIV, du moins à 1794 après 1789, et à 1802. L'Etat français a institutionnalisé la méfiance à l'égard de sa population, de ses &quot;citoyens&quot;. Tout doit être décidé du centre, d'en haut : pour les choses sérieuses, on &quot;monte&quot; à Paris.<br /> <br /> Question : pourquoi cette impossibilité de penser et de faire autrement ? <br /> D'aucuns, des &quot;régionalistes&quot;, espèrent dans l'Europe, qui n'est pas effrayée, elle, par des systèmes fédéraux, des autonomies. (Quoique : la possibilité d'une indépendance écossaise a fait peur, mais ce n'était pas de l'autonomie ; de même pour une indépendance catalane. Je ne pense pas d'ailleurs que ces &quot;indépendances&quot; éventuelles soient par elles-mêmes une solution au manque de démocratie et à l'injustice radicale). Mais la tendresse de l'Europe pour ces (douteuses) solutions m'est suspecte. On ne saurait oublier la tendresse bien plus forte de l'Europe pour le &quot;libéralisme&quot;, néo- ou ultra-, en clair : le capitalisme - et l'optimisation fiscale ( on en a des exemples récents ! ). On ne peut voir dans cette tendresse-là un attachement à la démocratie et à la justice. Le &quot;peuple&quot;, d'ailleurs, a été soigneusement tenu à l'écart de la construction européenne, et on peut douter qu'il ait quelque poids réel dans ses décisions. Les Etats, d'ailleurs, n'en ont plus guère, y ayant renoncé, ce qui est plus commode. <br /> <br /> Les Etats nationaux sont donc sur la touche. Et leurs citoyens avec. Il s'agit donc de penser (et vouloir ! ) un &quot;Après (de) l'Etat-nation, une nouvelle constellation politique&quot;. C'est que cherche à imaginer Jürgen Habermas (1999 et Coll. Pluriel, 2013). Par un &quot;Etat social&quot; mondial ? Il faut de l'optimisme pour croire qu'il serait plus démocratique, plus satisafaisant pour les citoyens de base que les Etats-nations actuels, et que l'Europe telle qu'elle a été faite. Et que le FMI, la Banque mondiale, l'ONU, etc. réunis.<br /> Bien entendu, ma préférence va à une démocratie fondée sur les réalités sociales, culturelles, géographiques et historiques capables de mobiliser les citoyens pour des intérêts et des objectifs communs, et discutables. A des institutions conçues pour les en faire discuter, même âprement ; et leur permettre de décider de tout ce qui est à l'échelle de ces réalités proches, qui renvoient nécessairement et concrètement à des horizons qui deviennent compréhensibles. La &quot;région&quot;, pourvu qu'elle soit cohérente et munie de pouvoirs, est la bonne échelle. Merci d'avoir évoqué avec la Corse, la Bretagne historique, une &quot;région&quot; de bonne taille, cohérente à tous points de vue. C'est notamment une région maritime, avec des forces inexploitées, mal protégées (Cf. de Certaines, pp 58-65, pp 82-86 ). Une région et des forces que &quot;le centre&quot; ignore, contrarie, (&quot;Voyons, que peut-on comprendre du monde, en-bas, là-bas, dans les périphéries ? ), ou dont il a peur (&quot;Comment ? Une &quot;identité&quot; autre que française ! &quot;).<br /> <br /> Mais au fond, je me demande si l'Europe, qui a largement vidé les Etats de leurs pouvoirs, (avec leur consentement), ne ferait pas la même opération subreptice avec d'éventuelles &quot;régions&quot; fussent-elles reconnues et autonomes ? On transfèrerait à cette nouvelle échelle l'illusion de démocratie. Et l'optimisation fiscale et tout ce qui la nourrit ne s'en trouveraient pas plus mal.<br /> <br /> On est constamment renvoyé à cette question : que faire du capitalisme ? Ou : comment s'en débarrasser ?<br /> On peut juger qu'il ne faut pas. Ou qu'il n'y a aucun moyen de le faire. Dans ce cas, il n'y a lieu de se poser aucune question sérieuse, sauf celle de sauver sa peau. Mais est-ce une question sérieuse ?<br /> <br /> Bien amicalement<br /> Gérard Jaffrédou, 20. XI. 2014
O
Appuyer sur Oxymoron fractal pour avoir le blog de blogs.
O
Merci à Olivier Schmidt-Chevalier de faire référence à cet article dans son blog de blogs &quot;Oxymoron fractal&quot; : &quot;Réflexions : Dans le passage de la commune à un gouvernement mondial, penser à mettre en marche les moteurs du développement.&quot;.
G
Cet article est maintenant référencé par google.
E
Merci de tes encouragements.
H
Merci, Etienne, de ton intéressant message. Il éclairera les débats de notre groupe 3E sur la réforme territoriale.
E
Ave Cesar !
D
Je suis venu, j'ai lu, j'ai vaincu.<br /> Les idées sont peu importantes, les actes ?
E
Etant donné la rapidité avec laquelle tu as réagi, je me demande si tu as vraiment lu le texte !

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