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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 09:02

 

 

Siège du parlement de Strasbourg

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Dans le passage de la commune à un gouvernement mondial, penser à mettre en marche les moteurs du développement

 

Dans le dernier article du blog, nous avons évoqué la régionalisation. Nous étions dans cet immense mouvement qui vise à structurer le développement, allant de la commune jusqu’à la création d’un gouvernement mondial. C’est une sorte d’organisme vivant à la dimension du monde, qui est en train de se constituer. Or, dans tout organisme vivant, il y a des organes comme le cœur ou les poumons qui rythment la vie à travers les systoles et diastoles, l’inspiration et l’expiration et donnent ainsi naissance à des lieux de surgissement de la vie que nous appelons espaces intermédiaires. Les espaces intermédiaires sont des entre-deux, des lieux de respiration et d’énergie, des dynamiseurs de vie qui permettent la création. Constamment ils oscillent entre autonomisation et interactions pour donner naissance à des sujets à part entière. Dans un quartier, le café et le marché sont de bons espaces intermédiaires entre l’intérieur et l’extérieur pour développer la parole et les relations. Dans les rapports entre les humains, le manque est aussi un espace intermédiaire essentiel pour susciter le désir, à la racine de l’amour. Et, au sein même de l’existence quotidienne, se glisse un entre-deux, entre la vie et la mort, dans lequel la mort elle-même vient féconder la vie.

Chacun aura compris que l’espace intermédiaire ou l’entre-deux sont les moteurs de la vie et qu’ils doivent être présents dans la grande construction entre le local et le global, qui va de la commune au gouvernement mondial. Or ces moteurs du développement n’ont de sens que s’ils sont mis en marche.
  

La région comme espace intermédiaire entre les communes et la nation 

Avec la centralisation qui imprègne, en France, le fonctionnement de nos institutions, nous avons tendance à penser que le même modèle doit structurer tous les étages de la grande construction qui se met en place entre le local et le global. C’est ainsi que la commune et la région essaient souvent de fonctionner comme l’Etat lui-même et qu’elles en viennent à contrarier le développement de la vie et de la création. Or, si l’on met de côté le département qui va perdre de son opportunité et de son efficacité au cours des années qui viennent, les communes, la région et l’Etat constituent un ensemble différencié, où chaque constituant occupe une place originale et joue un rôle différent à son niveau. La commune rassemble, à la base, les individus d’un même secteur à l’intérieur d’une structure communautaire où doivent se faire, comme dans une famille, les apprentissages élémentaires. Elle nous renvoie à l’origine de la vie sociale et constitue le lieu idéal pour forger les responsabilités, développer les relations et poser les fondements de la démocratie. De son côté, l’Etat semble avoir pour fonction de constituer une société plus universelle animée par de grands projets à moyen et à long terme. Entre les deux, le rôle de la région consiste à articuler l’individualisation qui s’opère d’abord au niveau de la commune et la socialisation qui ouvre à plus d’universel. En ce sens, elle devrait avoir un rôle de dynamisation pour le développement économique et culturel. Mais si ce rôle n’est pas pensé avec intelligence et précision, les moteurs qu’elle devrait mettre en marche resteront à l’arrêt et la bureaucratie viendra contrarier le surgissement de la vie et de la création.


La dimension culturelle des régions oubliée

Pour la région, la culture devrait revêtir la même importance que l’économie. Or, dans la réforme qui est en cours, seule l’économie semble présider aux nouveaux regroupements qui permettront de passer de 22 à 13 régions métropolitaines. C’est oublier que la culture constitue, comme l’économie, un pôle d’énergie essentiel. C’est aussi contrarier la dynamique que devrait développer l’interaction entre les deux énergies. Sans doute la Bretagne et la Corse conservent-elles leur identité culturelle. Mais la Bretagne se trouve amputée de cette autre partie que constitue le département de Loire atlantique. Par ailleurs l’Alsace, pourtant bien différenciée, est condamnée à fonctionner non seulement avec la Lorraine, qui est relativement proche, mais encore avec Champagne-Ardenne, qui vient introduire de la confusion. De même l’Aquitaine, qui s’est forgé une identité forte à travers l’histoire, se voit contrainte d’accepter la compagnie du Limousin et de Poitou-Charentes. Il faut pourtant reconnaître que le regroupement entre la Haute-Normandie et la Basse-Normandie apparaît particulièrement judicieux.

 

L’Europe, nouvel espace intermédiaire au niveau international

Avec l’Europe nous nous hissons à un niveau supérieur. Il s’agit d’organiser un nouveau relais dans la perspective de la mondialisation. Contrairement aux régions proposées, la dimension culturelle de l’Europe est bien établie depuis de nombreux siècles. Mais la bureaucratie qu’elle engendre semble montrer que sa vocation d’espace intermédiaire entre les nations et une gouvernance mondiale, encore à inventer, n’a été ni bien comprise ni bien assumée. A la place de la dynamique recherchée, sa présence et son action sont souvent ressenties comme une nouvelle pesanteur parfois insupportable et plus précisément comme un frein au développement économique des nations. Il apparaît de plus en plus que les bons moteurs n’ont pas été mis en marche. Il fallait un dynamiseur et c’est une superstructure qui s’est mise en place. L’Europe tend à s’organiser comme un super-Etat. Sans doute d’autres orientations peuvent-elles être prises pour lui permettre de retrouver sa vocation. En tout cas, il semble nécessaire de se réinterroger sur l’euro. Le système d’une monnaie unique manque de souplesse ; les équilibres indispensables ne sont pas respectés. Faut-il donner une place aux monnaies nationales peut-être trop vite abandonnées ? Une dynamique pourrait ainsi se développer entre les deux systèmes de monnaie et permettre un meilleur développement dans chacune des nations. Mais un grand nombre d’économistes paraissent réticents face à une telle solution. Et pourtant de nombreux essais de monnaie locale s’improvisent en de multiples endroits. Il existe 2500 systèmes de monnaie locale dans le monde. En France, nous avons l’eusko dans le pays basque, Sol violette à Toulouse, l’abeille à Villeneuve-sur-Lot. Sans doute s’agit-il d’un symptôme qu’il faudrait analyser. En tout cas, l’avantage de la monnaie locale consiste à relocaliser l’économie, ce qui semble une exigence fondamentale pour les pays européens.

 

La nation, transformée en communauté, à la recherche de son identité culturelle

Avec le développement de l’Europe, la nation en vient à occuper une nouvelle place ; elle est renvoyée à sa dimension communautaire et à son identité culturelle. C’est comme si elle avait besoin de revenir à ses racines pour être à même de se confronter avec les autres nations et leur apporter ce qu’elle peut avoir de plus original. Ce que certains considèrent comme un repli communautaire et une sorte de fermeture dans la prétendue recherche d’identité est sans doute un moment indispensable. Mais il appartient à l’Europe de pousser, en même temps, à une plus grande ouverture non seulement face aux autres nations qui la composent mais aussi face à ceux qui viennent de pays extérieurs, pour satisfaire à la dynamique du jeu entre l’autonomisation et l’accès à une sorte d’universel planétaire.

 

Un nouveau couple sur-dynamiseur : régions/Europe

Un nouveau rapprochement, en partie inattendu, est en train de s’opérer entre les régions et l’Europe. Ces deux espaces intermédiaires, qui sont, en même temps, appelés à être les moteurs du développement économique et culturel, ont besoin de s’accorder et de se confronter pour donner leur pleine mesure. C’est ainsi que, progressivement, nous allons voir les régions françaises passer par-dessus les Etats nationaux, pour organiser de nouvelles complicités, de nouvelles complémentarités, avec des régions allemandes, espagnoles, italiennes ou autres. Elles développeront ainsi des interactions fructueuses et peut-être aussi des conflits momentanés, qui devront être dépassés. Finalement ce sont non seulement les régions en tant que telles, mais ce sont aussi les communes elles-mêmes, villes et villages, qui entreront de plus en plus, dans le jeu d’une confrontation créatrice.

 

Un élargissement du sujet avec la mondialisation

Au cœur de tous ces échanges et interactions, c’est en dernière instance le sujet qui est concerné. Il se constitue dans la tension entre un mouvement d’individualisation et un mouvement de socialisation à l’échelle planétaire. Plus il s’élargit et plus il est amené à s’intérioriser. Sa constitution devient une exigence politique.

Etienne Duval

 

 

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Le pape François 25/11/2014 15:31

Le pape à Strasbourg et l’Europe comme espace intermédiaire ((Europe 1)

En visite à Strasbourg, le pape François a invité mardi les Européens à renouer avec leurs grands idéaux en accordant plus d'importance à la personne humaine qu'à l'économie afin de conjurer l'impression de "fatigue et de vieillissement" d'une Europe bureaucratique. Il a également poussé à "affronter ensemble la question migratoire". "On ne peut tolérer que la Méditerranée devienne un grand cimetière, a-t-il ajouté en invitant à "agir sur les causes et non seulement sur les effets".
Non à l'Europe "repliée sur elle-même". Le souverain pontife, qui s'exprimait à Strasbourg 26 ans après Jean-Paul II, a salué devant le Parlement et le Conseil de l'Europe l'élargissement des institutions européennes survenu depuis mais a fait le constat de l'égoïsme et de la désillusion qui semblent s'être emparés des peuples européens. L'adresse du chef du Vatican intervenait six mois après des élections qui se sont soldées par une montée de puissance des partis populistes, xénophobes et eurosceptiques au Parlement européen, dans un contexte de doute suscité par la crise économique qui touche encore de nombreux pays.
"L'heure est venue de construire ensemble l'Europe qui tourne, non pas autour de l'économie, mais autour de la sacralité de la personne humaine, des valeurs inaliénables", a déclaré François en plaidant pour que l'on abandonne "l'idée d'une Europe effrayée et repliée sur elle-même".
François a rejoint le Parlement européen à bord d'une simple Peugeot 407, refusant un véhicule blindé haut de gamme qui aurait été incompatible avec un vœu de modestie auquel il doit d'avoir choisi le prénom de Saint-François d'Assises.
Les "racines chrétiennes". Attendu sur la réaffirmation des valeurs chrétiennes, l'ancien jésuite a invité les Européens à retrouver les chemins de la "transcendance", mais n'a pas cité les racines chrétiennes, expression qu'il n'a pas employée, comme la source unique des valeurs européennes. Une partie de la droite européenne s'était offusquée, en 2004, que les "racines chrétiennes de l'Europe" ne soient pas inscrites dans le projet de Constitution européenne. Elles ne figurent pas plus dans le traité de Lisbonne qui a suivi.
La pensée européenne "est caractérisée par une riche rencontre dont les nombreuses sources lointaines proviennent de la Grèce et de Rome, de fonds celtes, germaniques et slaves et du christianisme qui l'a profondément pétrie", a-t-il poursuivi, citant Jean-Paul II. "Je suis convaincu qu'une Europe capable de mettre à profit ses propres racines religieuses, sachant en recueillir la richesse et les potentialités, peut-être plus facilement immunisée contre les nombreux extrémismes qui déferlent dans le monde d'aujourd'hui, et aussi contre le grand vide d'idées auquel nous assistons en Occident", a affirmé François.

Etienne Duval 13/12/2014 09:28

J’aime bien ce jeu avec le temps si bien qu’en hiver les promesses de l’été sont déjà là. Personnellement j’apprécie bien ta philosophie et les mots que tu choisis pour l’exprimer.

Yves Bajard 13/12/2014 09:27

Un écho d’Yves Bajard qui intervient régulièrement sur le blog.
Etienne Duval

Voilà plusieurs semaines ou peut-être plusieurs mois que je ne t'ai donné signe de vie, il est vrai que j'ai été bien occupé aussi je me permets de livrer à ta lecture bienveillante une poésie :

Tous ces jours j’ai passé mon temps
A tailler haies kiwis ou autres ornements
Peindre les ferrures qui tiennent les sarments
Ainsi que protéger les plantes des assauts de l’hiver
Le froid parfois crispait mes doigts
Et traversait mon pull over
Je ne pouvais m’empêcher de sentir en moi
Comme une brise de tristesse qui semblait traverser
Les rayons du soleil qui au cours des prochains mois
Durant de nombreux jours resteront masqués
Une fois pour me protéger du vent
J’ai tourné la tête et comme dans un songe j’ai vu mes petits enfants
J’ai pensé à Noël ses guirlandes ses amusements
Et la joie a remplacé l’hiver et ses tourments
Et puis je savais bien que l’été viendrait si besoin masquer
Les plaies ou les cicatrices que le temps peut laisser
J’aime ainsi goûter à cette alternance
Laisser mes états d’âme naviguer de l’est au couchant
En fait juste jouir du moment présent.

Yves

Etienne Duval 27/11/2014 09:32

Merci Michel. Je reconnais ta malice, mais l’huile que tu mets sur le feu est pour relancer le débat. En fait, je ne me souviens pas bien avoir voulu supprimer les corps intermédiaires, qu’il s’agisse de partis politiques, syndicats, patronat, associations… Que j’ai cherché à contester certaines de leurs positions, sans doute, qu’il m’arrive encore souvent de les critiquer, c’est certain. Mais honnêtement je ne vois pas bien comment nous pourrions nous en passer sans d’importants dommages.
En fait, lorsque je parle d’espaces intermédiaires, ce n’est pas de corps intermédiaires dont il s’agit. Ce sont plutôt des lieux d’énergie qui vont susciter, le plus souvent, la création de réseaux. Alors, il est vrai, c’est une manière indirecte de critiquer le fonctionnement des corps intermédiaires eux-mêmes, trop près d’une logique institutionnelle.

Michel Auvolat 27/11/2014 09:07

Comme chez Hugues Puel dans son essai d'anthropologie économique, il y a chez toi une tentative de ressusciter les corps intermédiaires; posture plaisante de la part d'intellectuels qui se sont inscrits dans le grand mouvement de déconstruction généralisée des années 60/70; retour du refoulé?

Hors sujet Lollipop 25/11/2014 19:31

Comme beaucoup, j'étais infecté par lollipop et j'étais incapable de m'en débarrasser. Le virus avait complètement transformé le premier paragraphe de cet article. J'ai supprimé ce paragraphe et je l'ai réimprimé sans transformation. Cela a suffi pour faire disparaître le virus de mon ordinateur. Avant, chaque fois que j'ouvrais un site sur internet le virus m'accompagnait. Maintenant mon compagnon a disparu.
Je voulais simplement vous faire bénéficier d'une méthode très simple pour vous débarrasser d'un virus très gênant.

Denis Jeanson 19/11/2014 10:33

Cher Étienne,
tu enfoncesd des portes ouvertes par chaque serrurier français.
Or, il se trouve, que le Français a horreur des changements évolutifs : il préfère les révolutions.
A nous de voir

Etienne Duval 25/11/2014 15:09

Je pense que nous sommes maintenant à peu près sur la même longueur d’ondes : il faut que l’espace géographique soit intégré dans mon espace personnel. Et, pourtant, si je reprends l’exemple de la Croix-Rousse, je peux dire que les espaces intermédiaires existent indépendamment de ma propre subjectivité. La même chose lorsque je circule dans les collines de l’Ardèche : il m’arrive de voir des lieux bien situés par rapport à l’ombre et à la lumière, à l’abri des vents, avec quelques habitations parfaitement orientées et me signalant que la vie, ici, s’épanouit. Il y a aussi des espaces intermédiaires pour les animaux, pour les cerfs et les biches ou pour les oiseaux. Il me semble alors que l’espace intermédiaire a une réelle objectivité : il est le lieu d’épanouissement de la vie, qu’elle soit humaine, animale ou végétale... Alors, il reste un petit chemin à parcourir pour sortir de l’univers intérieur…

Francesco Azzimonti 25/11/2014 15:08

Etienne, je suis bien OK sur un niveau d'ouverture des espaces intermédiaires possibles, symboliques ancrés dans un réel, d'un sujet par rapport à son contexte de vie, et j'entends bien les niveaux possibles de la commune, de la région et de la nation et de l'Europe....
Oui, ma remarque sur le territoire ne signifie nullement que mon territoire c'est le quartier et le quartier seulement ...
Mon territoire n'est pas délimité par la géographie ni par les institutions ou l'administration (pour cela je reprends volontiers la Croix-Rousse...), car mon territoire actuel est aussi bien la maison que j'habite, avec ses habitants.... le ghetto qui l'entoure, la ville qui est déserte mais aussi l'Italie ou la Suisse, et même le Canada,
Car c'est là que j'ai le plus de relations vivantes et suivies....
La région et l'Europe, oui, si ce n'est pas que des institutions.... la région c'est moi...? L’Europe c'est moi? Jusqu’où et comment?
Peut-être que ce sont ces indicateurs-là qui pourraient davantage expliciter comment une région, une nation, une Europe peuvent constituer, symboliquement réels, des espaces intermédiaires possibles...
Bonne continuation
Francesco

Etienne Duval 25/11/2014 11:41

Merci à toi et bonne journée !

Gérard Jaffrédou 25/11/2014 11:40

D'accord à nouveau, y compris sur ce que tu dis à propos de Marx, à qui on ne peut reprocher de ne pas voir tout dit sur tout. (Ce qui est parfois utilisé pour refuser ce qu'il a dit sur des points essentiels, et qui dérange) .
Je ne suis pas assez marxien et sans doute pas suffisamment marxiste pour développer tout seul la recherche.

Salut, bien amicalement.
Gérard

Etienne Duval 25/11/2014 09:33

L'article dont il est question ici est aussi présent sur le site "Mythe et pensée". Appuyer sur "Etienne Duval" pour le voir apparaître.

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