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26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 17:09

Le massacre des innocents - Nicolas Poussin

 

Une thérapie pour aujourd’hui proposée par « Le sacrifice d’Abraham »

 

Beaucoup, aujourd’hui encore, éprouvent une allergie lorsqu’il est question d’aborder le sacrifice d’Abraham. Dieu leur apparaît, au début du texte, comme un être cruel et sanguinaire. En fait, ils n’ont pas encore compris le sens de ce mythe, qui est une thérapie très subtile pour sortir de la violence sacrificielle. 

La grande actualité du sacrifice d’Abraham

Dans maintes parties du monde, Dieu est invoqué pour punir les infidèles et les conduire à une mort purificatrice : l’Etat islamique en Syrie et en Iraq, Boko Haram en Afrique, les talibans au Pakistan… Même Kamel Daoud, Algérien qui a failli avoir le prix Goncourt avec son livre « Meursault contre-enquête », a subi, en Algérie, les foudres d’Abdelfatah Hamadache, « qui se dit imam et chef d’un mouvement salafiste non agréé, le Front de la Sahwa (éveil) islamique libre ». Il écrit : « Si la charia islamique était appliquée en Algérie, le châtiment contre lui aurait été la mort pour apostasie et hérésie. … Nous appelons le régime algérien à appliquer la charia et à le condamner à mort en le tuant publiquement pour la guerre qu’il mène contre Dieu et le prophète ». Pour Kamel Daoud, on ne peut crier « Mort à Israël ! » ou « A mort les Juifs » pour faire vivre la Palestine. De son côté, Israël, qui inconsciemment ou consciemment s’appuie sur l’idée qu’il est « le peuple élu », n’échappe pas aux formes de la violence sacrificielle par sa répression sanglante à Gaza et sa politique de colonisation sur les terres palestiniennes en Cisjordanie et à Jérusalem. Fort heureusement certains courants, encore minoritaires, condamnent une telle manière de faire…

La conscience enchaînée et l’entrée dans l’écoute

Il y a très longtemps, dit le texte, Abraham, convaincu par la tradition, qui a cours à son époque, pense qu’il doit sacrifier son fils Isaac. Sa descendance est mise en cause puisque Ismaël, le fils de la servante, a été écarté sous la pression de Sarah, son épouse. En désespoir de cause, il se soumet à ce grand guide intérieur qu’il appelle Yahvé. Il ne fait pas encore la différence entre l’instance suprême de sa conscience et l’auteur de la tradition inhumaine qui le contraint. Or Dieu joue avec le temps et commence par l’écouter comme s’il se soumettait à l’homme lui-même. Fin psychologue, il s’enveloppe dans le manteau de la conscience d’Abraham et lui demande de sacrifier son fils.

L’éducation à la vision

Il existe un lien très étroit entre la vision et l’écoute. Manifestement Abraham est dans la confusion ; il reste sourd à la véritable Parole de Dieu. Pour ouvrir son oreille, Yahvé commence par lui apprendre à voir. Il lui fixe un lieu du sacrifice, appelé « topos » en grec. Le mot « topos » est souvent utilisé pour désigner Dieu Lui-même : disons qu’il s’agit ici du lieu où Dieu se manifeste. En fait, c’est un sommet d’où il est possible de voir dans de multiples directions. Souvent, dans le texte, le « topos » est lié au verbe voir, « orao, eide : il vit ». « Le troisième jour, Abraham, levant les yeux, vit l’endroit de loin. » Il faut qu’il lève les yeux, c’est-à-dire passer à un autre niveau, pour voir vraiment. Or voir vraiment, c’est voir le réel et non seulement l’apparence du réel, voir ici et maintenant, le passé et l’avenir, l’en-deçà et l’au-delà. Pour Abraham, c’est voir comme Dieu, comme son Guide intérieur. D’ailleurs lorsque le texte dit que Dieu « pourvoit », c’est tout simplement de voir dont il s’agit. Il faudra plus de trois jours pour qu’Abraham apprenne à voir et pour que Dieu pourvoie. Le père est prêt : « il élève l’autel et dispose le bois, puis il lie son fils Isaac et le met sur l’autel par-dessus le bois ».

La révélation de la toute-puissance fondatrice

Maintenant Dieu peut parler en vérité : « Abraham, Abraham !... « N’étends pas la main contre l’enfant ! Ne lui fais aucun mal ! » Au même moment, Abraham voit un bélier qui s’est pris les cornes dans un buisson. Après une éducation qui a duré plus de trois jours, il peut voir ainsi sa toute-puissance, basée sur sa capacité d’engendrer, et sa propre représentation d’un Dieu tout-puissant. Il s’est construit un Être tout-puissant à son image, mais cet Être est en contradiction avec Yahvé (il s’est pris les cornes dans un buisson qui, par la multiplicité des petits arbres qu’il contient, représente Dieu Lui-même).

Nous percevons maintenant l’importance du voir : il dit le pourquoi de la Parole, il introduit de la rationalité dans ce qui est jusqu’ici incompréhensible. C’est la toute-puissance d’Abraham et la toute-puissance du Dieu imaginaire qui fondaient l’obligation de sacrifier l’enfant. Ce sont elles qu’il faut sacrifier à la place d’Isaac en sacrifiant le bélier.

Le sacrifice meurtrier interdit

Ce texte est un des principaux fondements des trois monothéismes, le judaïsme, le christianisme et l’Islam. C’est aussi le fondement de l’humanité elle-même. Il convient de sacrifier sa toute-puissance et de sacrifier la représentation d’un Dieu tout puissant si l’on veut assurer l’avenir de l’homme, sinon la vie, dès son origine, sera détruite, comme elle l’a été récemment à Peshawar. Cent trente-deux enfants innocents sont morts, payant, d’une balle dans la tête, l'offensive militaire, baptisée Zarb-e-Azb. Depuis plus de trois mille ans, le sacrifice meurtrier est interdit. Les militants de Dieu, qu’ils appartiennent à l’Etat islamique, à Boko Haram, ou qu’ils soient talibans, ne peuvent se soustraire à une telle interdiction. Cette interdiction s’adresse aussi aux Israéliens, aux chrétiens de tous les pays et à tout homme quelle que soit son appartenance religieuse.

Le sacrifice d’une triple toute-puissance  

Le sacrifice d’Abraham n’a pas simplement sacrifié la toute-puissance de l’homme et la représentation d’un Dieu tout-puissant, il a aussi condamné la toute-puissance de la victime. Ce dernier aspect est, en partie, suggéré par un passage de la sourate XXXVII du Coran : « Quand le garçon longanime parvint à l’âge actif, Abraham lui dit : « Mon enfant je me suis vu en rêve t’égorger. Examine quel parti prendre ». Le fils dit : « Père, faites ce dont vous avez reçu commandement. Vous me trouverez si Dieu veut, patient entre tous »… (Verset 102). En écartant le sacrifice d’Isaac (ou d’Ismaël dans la version musulmane), le patriarche a condamné la toute-puissance de la victime. Même la Shoa ne peut être utilisée par les descendants des victimes pour justifier une quelconque toute-puissance. Et, pour les chrétiens, la tentation a été grande de faire porter sur les Juifs eux-mêmes la mort du Christ lui-même, entraînant ainsi dans les dérives de l’antisémitisme.

Une refondation de l’humanité

Un mythe continue à être actif même après les événements qu’il relate. Le sacrifice d’Abraham traduit une réalité profonde dans l’histoire du peuple juif même s’il ne s’est pas passé exactement comme le texte l’exprime. Mais, dans ce cas aussi, il a le pouvoir d’agir  sur les Juifs et sur tous les hommes qui en sont les héritiers : pour sa refondation, il oriente l’humanité vers un changement de logique. Aujourd’hui encore, il s’agit de passer d’une logique de toute-puissance, partout présente, à une logique d’amour qui fait sa place à l’autre, qu’il soit palestinien ou israélien, musulman ou chrétien, athée ou croyant. Le sacrifice d’Abraham est entré dans l’actualité de tous les temps pour parvenir à son accomplissement.

A notre époque, le texte du sacrifice d’Abraham constitue un outil pour sortir de la violence sacrificielle, agissante en de nombreux endroits de la planète. Mais son utilisation passe d’abord par l’écoute de ceux qui sont prêts à sacrifier l’autre. Sans doute la force peut-elle être nécessaire pour protéger les victimes, mais il convient aussi de guérir le sacrificateur, en l’écoutant et en lui apprenant à sortir de l’imaginaire pour voir le réel tel qu’il est et parvenir à une authentique rationalité. Plus largement, notre société tout entière est malade : c’est elle qu’il faut amener patiemment au sacrifice de la toute-puissance elle-même.

PS. Ce texte est en partie le résultat d’une étude conjointe du « Sacrifice d’Abraham », dans un groupe de la parole et un café philosophique.

 

Télécharger le texte (du sacrifice d’Abraham)

 

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Published by Duval Etienne
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commentaires

Ahmed 03/10/2015 20:30

Pour quoi vous parlez des talibansetc... Restons sage la premiere geurreet la 2em cest quoi ca vous etes pathetique

Etienne Duval 01/02/2016 12:17

Le sacrifice d’Abraham peut être analysé comme un mythe, qui s’adresse à tout homme qu’il soit religieux ou athée. Vous avez raison, il n’y a pas que les Islamistes qui semblent s’égarer dans la violence. Les Juifs et les chrétiens ont été maintes fois coupables en ce domaine et le sont encore aujourd’hui. Mais cela ne doit pas nous empêcher de nous interroger sur les dérives de l’islamisme, qui justifie une toute-puissance meurtrière par la religion. Le texte du sacrifice d’Abraham, nous dit à chacun : si tu veux sacrifier autrui pour sa toute-puissance qui peut être réelle, commence par sacrifier ta propre toute-puissance. Ensuite ta parole aura suffisamment de force pour ne pas être obligé de passer par la violence meurtrière.

Ahmed 01/02/2016 11:03

La grande actualité du sacrifice d’Abraham
Dans maintes parties du monde, Dieu est invoqué pour punir les infidèles et les conduire à une mort purificatrice : l’Etat islamique en Syrie et en Iraq, Boko Haram en Afrique, les talibans au Pakistan… Même Kamel Daoud, Algérien qui a failli avoir le prix Goncourt avec son livre « Meursault.... mais vous ne parlez jamais du nazisme et du massacre en afrique par vous les juifs et les chrétiens vous etes pathétique et je zuis athée

Etienne Duval 03/10/2015 22:12

Excusez-moi, je n'ai pas réussi à retrouver la référence aux talibans. Il vous suffit d'indiquer le nom et la date. Merci !

Robert Badinter 14/02/2015 19:04

NE TOLERONS PLUS L’ANTISEMITISME
PAR ROBERT BADINTER

Il est inacceptable que le cri de " mort aux juifs ! " retentisse de nouveau dans les rues de Paris et que l'on tue des enfants en France au nom de la haine antijuive




Je suis souvent venu à Lyon pour commémorer la rafle de la rue Sainte-Catherine le 9 février 1943, en des lieux pour moi si chargés de souvenirs douloureux. J'y suis venu seul ou avec des membres de ma famille. J'ai assisté aux cérémonies. Mais je n'ai jamais voulu y prendre la parole. Les enfants des déportés disparus dans la nuit des camps d'extermination sont comme amputés des êtres chéris. La vie cicatrise la blessure. Mais, par moments, la douleur revient, indicible. Je craignais l'émotion et préférais faire œuvre parmi vous de fidélité à la mémoire. Mais, aujourd'hui, le moment est venu de rompre le silence.
Pourquoi sont-ils morts ceux qui, ici même, sont tombés dans la souricière tendue par Klaus Barbie ? Ils ont été arrêtés au 2e étage, dans les locaux de l'Union générale des israélites de France, l'UGIF, où l'on s'employait à fournir aux enfants juifs des refuges clandestins. Ils ont descendu les marches de l'escalier dans le fracas des bottes des SS. Ils ont été jetés dans des camions qui les attendaient au bout de la rue et menés à la prison Montluc. C'était la première station du chemin de douleur qui les conduirait de Lyon à Drancy, puis aux camps d'extermination en Pologne, Auschwitz,
Ainsi sont-ils morts en martyrs parce que la haine des juifs, l'antisémitisme forcené des nazis les avaient condamnés. Ils sont morts parce qu'ils étaient juifs et pour cette seule raison. Hommes et femmes, enfants et vieillards, tous avaient été voués à mourir par la décision d'Hitler et de ses complices. Le reste, l'extermination de 6 millions de juifs sur le continent européen, n'était plus qu'affaire d'exécution par tous les moyens, y compris les plus atroces. La paix revint, pas les déportés. La vie ordinaire reprit son cours, sans eux. On pouvait croire que l'antisémitisme de violence avait été étouffé dans le torrent de sang versé pendant la Shoah.
Lèpre de l'humanité
C'était un leurre, nous le savons à présent. A l'antisémitisme religieux de l'Inquisition, à l'antisémitisme nationaliste du temps de l'affaire Dreyfus, a succédé l'antisémitisme racial du XXe siècle, le pire de tous. Puis, au XXIe siècle, un antisémitisme nouveau s'est développé, dissimulé sous le terme d'antisionisme, nourri par le conflit israélo-palestinien. Nous croyons au principe d'une paix juste entre Israéliens et Palestiniens, sur la base de frontières sûres et reconnues. Mais en quoi la difficile réalisation de cette paix durable et la persistance du conflit justifieraient ici, sur la terre de France, la commission de crimes atroces inspirés par la plus fanatique idéologie d'islamistes radicaux ?
Or, qu'avons-nous vu en France, au long des derniers mois ? Le vieux cri de haine " mort aux juifs " a retenti pour la première fois depuis l'Occupation dans les rues de Paris. Des synagogues ont été attaquées, des juifs insultés et molestés sur la voie publique. Ilan Halimi a été séquestré et torturé jusqu'à la mort par des brutes pour extorquer à sa famille une rançon puisque, selon le préjugé millénaire, tous les juifs seraient riches. Un jeune couple a été battu chez lui à Créteil, son domicile vandalisé et, ignominie absolue, la jeune femme violée pour savoir où ils cachaient une fortune imaginaire. Pire encore, à Toulouse, des enfants juifs ont été tués dans un lycée, massacre renouvelé des innocents. Et ces derniers jours, nous avons vécu, après la tuerie des journalistes de Charlie Hebdo et le meurtre de deux policiers, la prise de juifs en otages dans un supermarché casher. Quatre d'entre eux ont été abattus de sang-froid après que l'assassin eut été assuré qu'ils étaient juifs. A Nice, cette semaine, un djihadiste français frappait à coups de couteau des militaires qui gardaient un centre culturel juif. Interrogé, il n'a exprimé que sa haine pour la France, ses soldats et les juifs.
Ainsi, survivants des années noires de l'Occupation, nous avons vu réapparaître avec horreur en France le visage sanglant de l'antisémitisme. Car quand Mohamed Merah, dans le lycée juif de Toulouse, poursuit une petite fille de 7 ans qui tente de s'enfuir, l'empoigne par les cheveux et lui loge à bout portant une balle dans la tête, il réitère les gestes des SS desEinsatzgruppen liquidant les juifs dans les ghettos de l'Europe occupée. Quand on tue ainsi un enfant, parce qu'il est né juif, qu'est-ce donc, sinon le pire des crimes antisémites ? En réalisant leurs forfaits, ces assassins commettent aussi la pire offense à la religion musulmane dont ils osent se réclamer et qui est, selon les théologiens musulmans, source de paix.
La vérité est simple : ce sont des barbares comme leurs prédécesseurs nazis qui opéraient ici il y a soixante-douze ans, animés de la même haine antisémite, et qui ont assassiné des millions de juifs, parmi lesquels ceux dont les noms sont inscrits sur cette plaque. Pour nous, le chagrin et la pitié ne sont pas sélectifs. Nous ne pleurons pas que nos morts. Nous saluons aussi les journalistes de Charlie Hebdo, qui sont morts pour la liberté de la presse. Notre compassion va à leurs familles, si éprouvées, comme aux parents des policiers abattus dans l'exercice de leur mission de sécurité.
Pour notre part, citoyens juifs de France, attachés indéfectiblement aux valeurs de la République, au nom de tous nos martyrs, nous lutterons sans trêve et par tous les moyens que la loi nous donne contre le racisme et l'antisémitisme, cette lèpre de l'humanité, qui demeure, toujours et partout, l'expression de la barbarie.
par Robert Badinter
© Le Monde

Etienne Duval 22/02/2015 15:13

La qualité de cette première page m’avait immédiatement frappé et nous avions échangé entre nous sur ce point. Et personnellement j’ai été très étonné qu’un grand nombre de Musulmans se soient cru offensés par une telle caricature. La caricature est une écriture qu’il faut savoir interpréter car elle est toujours à double, triple ou même quadruple sens. Décidément l’interprétation qui introduit un peu de raison dans la foi pour la rendre plus accessible à l’homme est encore soumise à un interdit au détriment de la foi elle-même. Il reste un long chemin à parcourir pour les croyants…

Francesco Azzimonti 22/02/2015 15:12

Bonjour!
Je persiste et signe vouloir partager avec vous une remarque que je vous avais déjà communiquée très vite après la parution de la Une
de Charlie Hebdo. Et qui m'a tracassé et interrogé depuis le début.
Il était question de la fixation, focalisation de la majorité des commentaires sur une représentation, une image...
et de l'oubli, inattention, non prise en compte de la parole et du message qui l'accompagnait: tout est pardonné.
Je n'ai pas vu, lu ni entendu beaucoup de témoignages sur cette parole de pardon, qui pourtant me paraissait être la plus importante dans l'affaire....
(il est vrai que nous sommes plutôt dans une longue tradition de fidèles, même de croyants en une Parole, un Message, pour la vivre
aujourd'hui encore, et non en une Image, quel qu’elle soit...)
et surtout que le message, la parole de pardon me semblait être assez universelle, compréhensible, en plus d'être aussi primordiale dans une foi juive, chrétienne, bouddhiste, musulmane....
et que l'image au fond pouvait être celle du Prophète bien sûr, mais aussi celle de tout autre dignitaire ou personnage 'religieux' musulman...

j'ai reçu il y a quelques temps, par des amis, une vidéo avec un assez long et intéressant entretien avec le dessinateur Luz,
le dessinateur qui avait déjà fait le premier dessein du Prophète et ce dernier aussi,donc, par une journaliste américaine ou anglaise, je ne sais pas bien.
Je peux vous transmettre le lien de la vidéo, si vous le désirez.
Ce dessinateur Luz était très en retard ce jour-là pour la conférence de rédaction du journal, car la veille c'était son anniversaire
et il s'était couché bien tard, donc il a survécu...

A la fin de la vidéo avec son entretien il raconte un peu comment il a eu l'inspiration pour la Une de Charlie Hebdo.
Je résume avec mes mots. Assis à la table de rédaction, cherchant quelle couverture imaginer pour le journal, il voit devant lui plusieurs visages de ses camarades, visages attristés, désemparés, au bord des larmes, un peu effondrés... et il se dit: tiens je vois le visage du Prophète dans ces visages,
et voilà mon dessein du musulman attristé, au bord des larmes, (c'est une caricature un visage attristé, pleurant, souffrant?)
et je lui dis, au Prophète:
je m'adresse à toi. Mon pauvre vieux, dans quelle aventure nous nous sommes embarqués...toi que j'ai dessiné en 2011, qui nous a valu beaucoup d'emmerdes... et maintenant... qu'est-ce qu'on va faire? Quelque part, c'était presque un pardon mutuel qu'on se demandait et qu'on se faisait. Moi, en tant qu'auteur, en disant: je suis vraiment désolé de t'avoir embarqué dans une histoire pareille... et lui, en tant que personnage, qui me pardonnait et me disait: c'est grave ce qu'on fait en mon, mais pour toi, pas si grave que ça, tu es vivant, tu vas pouvoir continuer à dessiner...
et voilà donc le message de la Une: tout est pardonné (de part et d'autre...) même pardonner pour la mort donnée à mes amis...pardonner les bourreaux...
pas mal, non ?
Qu’en pensez-vous?

Francesco

Anne-Bénédicte Hoffner 19/02/2015 10:24

La Croix – Les coptes d’Égypte victimes de la « vengeance » des djihadistes

Actualités Mardi 17 février 2015
Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi s’est rendu lundi 16 février à la cathédrale copte orthodoxe Saint-Marc, dans le quartier d’Abassiyah au Caire, pour présenter ses condoléances au pape Tawadros.
De son côté, le grand imam d’Al Azhar a redit son souhait de voir appliquer aux djihadistes les peines réservées par le Coran aux criminels.
« Ils ont seulement dit :’Jésus, aide-moi !’ Ils ont été assassinés simplement parce qu’ils sont chrétiens. (…) Qu’ils soient catholiques, orthodoxes, coptes, luthériens n’a pas d’importance : ils sont chrétiens ! Le sang de nos frères chrétiens est un témoignage qui crie », s’est ému le pape François lundi 16 février, après l’égorgement filmé de 21 coptes égyptiens par des djihadistes en Libye.
Pendant ce temps, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi s’est rendu à la cathédrale Saint-Marc, dans le quartier populaire d’Abassyiah au Caire, pour présenter ses condoléances au pape Tawadros. La présidence égyptienne a décrété sept jours de deuil national suite au massacre de ces 21 compatriotes.
Le pape Tawadros, la plus haute autorité de l’Église copte orthodoxe, a publié la veille au soir un communiqué dénonçant le terrorisme et présentant ses condoléances aux familles des victimes. Patriarche des coptes catholiques, Ibrahim Sidrak a salué la mémoire « des martyrs qui ont donné leur vie à cause de leur foi ».
Appartenant tous à l’Église copte orthodoxe, ces hommes avaient quitté la petite ville de Samalaout, en Moyenne-Egypte, près de Minya, pour partir travailler en Libye. Ils appartenaient à des familles modestes de l’Égypte rurale.
CHRÉTIENNES « ENLEVÉES » ET CONVERTIES À L’ISLAM
Dans la vidéo, l’un des djihadistes précise les raisons de leur exécution barbare. « Il explique que ces hommes sont des ’salibyin’ – ce qui peut signifier à la fois ’croisés’ ou ’chrétiens’ – et que lui et ses hommes sont des ’fils de Mohammed qui est venu avec l’épée’ », rapporte le P. Rafic Greiche, responsable du service de presse de l’Église catholique en Égypte. Le mot arabe ’salib’ signifie ’croix’.
Le djihadiste qui s’exprime présente l’égorgement des 21 coptes comme « une vengeance » après une série d’incidents qui avaient tendu les relations entre chrétiens et musulmans en Égypte en 2007-2008. Plusieurs chrétiennes, « enlevées » par des musulmans et converties à l’islam, avaient ensuite été rendues à leur famille et mises à l’abri quelque temps dans des couvents, pour leur sécurité. « Vous avez kidnappé nos sœurs qui ont embrassé l’islam », accuse l’homme sur la vidéo.
Enfin, le porte-parole explique que les corps ont été jetés à la mer pour rappeler que celui d’Oussama ben Laden a subi le même sort, après son exécution par les Américains au Pakistan en 2011. « Nous sommes au Sud de Rome, et nous prévenons les Romains que nous allons les envahir », annonce encore le djihadiste. Une nouvelle allusion au Vatican, déjà désigné à plusieurs reprises comme une cible par l’État islamique.
LECTURE LITTÉRALE DES TEXTES SACRÉS
Comme après l’exécution par Daech d’un pilote jordanien, brûlé vif dans une cage en début d’année, le grand imam d’Al Azhar, Ahmed al Tayeb, a répété sa condamnation des djihadistes et estimé que ceux-ci méritaient d’être « crucifiés ou de se voir couper une main ou un pied ».
Ce faisant, le grand imam d’Al Azhar cite le verset 33 de la sourate « La table servie »  : « Telle sera la rétribution de ceux qui font la guerre contre Dieu et son Prophète et de ceux qui exercent la violence sur la terre  : ils seront tués ou crucifiés, ou bien leur main droite et leur pied gauche seront coupés, ou bien ils seront expulsés du pays. Tel sera leur sort  : la honte en ce monde et le terrible châtiment dans la vie future ».
Une argumentation qui laisse perplexes les chrétiens d’Égypte, alors que le grand imam d’Al Azhar avait à plusieurs reprises montré son souhait de s’écarter d’une lecture littérale des textes sacrés de l’islam.
« Il retourne contre Daech leur propre rhétorique. Mon interprétation, c’est qu’ils se mettent exactement sur le terrain de Daech pour leur répondre », analyse ainsi un bon connaisseur de l’Égypte.
« Je pense que les responsables d’Al Azhar sont sincères dans leur refus de l’extrémisme mais ils ne sont pas sérieux quant à la méthode », poursuit Mgr Antonios, évêque copte catholique de Giza. « Ces déclarations montrent qu’ils ne sont pas prêts à laisser de côté certains enseignements, à critiquer certaines interprétations de versets du Coran ou de hadiths », c’est-à-dire des propos prêtés au prophète Mohammed ou à ses compagnons.
Anne-Bénédicte Hoffner

Le Point du 15 février 15/02/2015 09:34

FUSILLADES MEURTRIERES
A COPENHAGUE

Le Point - Publié le 15/02/2015 à 08:51 - Modifié le 15/02/2015 à 08:53

Deux attaques visant un centre culturel puis une synagogue ont fait deux morts dans la capitale danoise. La police pense avoir abattu l'auteur des attaques.
La police de Copenhague a annoncé dimanche qu'elle pensait avoir abattu l'auteur des deux attaques qui ont fait deux morts et cinq blessés dans la capitale danoise. "Nous pensons qu'il s'agit du même homme qui est l'auteur des deux fusillades", a dit un porte-parole de la police, Torben Moelgaard Jensen, lors d'une conférence de presse.
La police danoise a abattu cet homme dimanche matin à Copenhague, quelques heures après deux fusillades dans un centre culturel et près de la synagogue de la capitale danoise. L'homme abattu venait d'ouvrir le feu sur les forces de l'ordre, a précisé la police. L'échange de coups de feu entre l'homme et la police a eu lieu dans le quartier populaire de Nørrebro, où les autorités avaient placé un logement sous surveillance.
"À un moment donné, une personne qui pourrait être liée à l'enquête est arrivée sur place", a expliqué la police. Quand les agents ont apostrophé cet homme, "il a ouvert le feu". Aucun des policiers qui ont répliqué et l'ont abattu n'a été blessé. Dans la nuit de samedi à dimanche, la police avait affirmé ne pas être en mesure d'établir de lien formel entre les deux attaques de l'après-midi et de la nuit.
Un jeune homme juif tué
Lors de la première attaque, vers 15 heures GMT, un homme a criblé de balles un centre culturel où se tenait un débat sur l'islamisme et la liberté d'expression, faisant un mort dans l'assistance, un homme âgé de 55 ans, et blessant trois policiers. Par la suite, des coups de feu ont retenti après minuit (23 h 00 GMT) près de la synagogue de Copenhague. Une personne a été mortellement blessée à la tête, un policier a été blessé à la jambe et un autre au bras.
Selon une association communautaire juive, le jeune homme tué était un juif qui surveillait les accès aux bâtiments pendant qu'une cérémonie avait lieu à l'intérieur. "La police était déjà sur place. Une personne est arrivée et a commencé à tirer", a déclaré le porte-parole de la police, Allan Teddy Wadsworth-Hansen, précisant que la vie des policiers n'était pas en danger.
Les forces de l'ordre ont diffusé dans la soirée une photo, apparemment prise dans un parking, d'un homme vêtu d'une doudoune foncée et d'un bonnet ou d'une cagoule bordeaux, avec un signalement : 25 à 30 ans, environ 1,85 m, athlétique. Des secteurs de la capitale danoise ont été bouclés mais "il ne s'agit pas d'un couvre-feu général. Les gens peuvent se déplacer dans Copenhague, en sécurité", a affirmé le porte-parole.
Un "acte terroriste"
Après la première fusillade, la chef du gouvernement danois, Helle Thorning-Schmidt, a dénoncé "un acte de violence cynique". Il estime que "tout porte à croire que la fusillade (...) était un attentat politique et de ce fait un acte terroriste". Paris a immédiatement condamné "avec la plus grande fermeté" cette "attaque terroriste". Washington a évoqué une attaque "déplorable" et proposé d'apporter son aide à l'enquête.
Joint par l'AFP, l'ambassadeur de France au Danemark, François Zimeray, a décrit un assaut brutal sur le centre culturel, au sein duquel se trouvait notamment l'artiste et caricaturiste suédois Lars Vilks, qui a été l'objet de plusieurs menaces et d'agressions depuis la publication à l'été 2007 d'un dessin représentant le prophète Mahomet avec un corps de chien.
"Ils nous ont tiré dessus de l'extérieur. C'était la même intention que (l'attaque contre) Charlie Hebdo sauf qu'ils n'ont pas réussi à entrer", a-t-il déclaré. L'attaque par deux djihadistes français contre l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, le 7 janvier à Paris, avait fait 12 morts. Les assaillants avaient pénétré dans la salle de rédaction et y avaient ouvert le feu, avant de tuer un policier dans leur fuite.
Deux jours plus tard, un homme lié aux deux djihadistes avait pris en otage plusieurs personnes dans une supérette cacher à Paris, faisant quatre morts dans la communauté juive.
Des dizaines de coups de feu
"Intuitivement je dirais qu'il y a eu au moins 50 coups de feu, et les policiers ici nous disent 200. Des balles sont passées à travers les portes et tout le monde s'est jeté à terre", a raconté l'ambassadeur. Plusieurs dizaines de personnes assistaient au débat sous protection policière.
Les vitres ont été criblées de nombreux impacts. Et la BBC a diffusé un enregistrement où on entend l'Ukrainienne Inna Shevchenko, du mouvement Femen, interrompue par des dizaines de coups de feu qui claquent sans répit. Les services de renseignement (PET) ont indiqué que l'attaque était "planifiée". Mais la police a estimé que la question de la ou des personnes spécifiquement visées n'était "pas évidente".
Cette dernière a d'abord parlé de deux assaillants présumés ayant pris la fuite à bord d'une voiture. Le véhicule, vide, a été retrouvé quelques heures plus tard, à proximité du lieu de la fusillade et d'une gare. Puis quatre heures après l'attaque, les forces de l'ordre ont indiqué que "les premiers témoignages indiquent qu'il n'y avait qu'un auteur" des coups de feu.
Les services de sécurité suédois ont précisé à l'AFP qu'ils étaient mobilisés au cas où l'assaillant présumé traverserait le détroit séparant Copenhague de Malmö. La police danoise coopère aussi avec son homologue allemande. Le ministre français de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, était attendu à la mi-journée dimanche à Copenhague.
"On se sent tous Danois ce soir", a déclaré à l'AFP un chroniqueur de Charlie Hebdo, Patrick Pelloux. "C'est affreux parce que c'est un mois après les attentats à Paris, cela fait ressortir toute la tristesse."

Yves Bajard 31/12/2014 15:12

Au regard de ce texte très dense, je voudrais juste apporter un témoignage. Il y a déjà une vingtaine d’année, un ami très proche a connu une nuit un phénomène de décompensation accompagné de bouffées délirantes et annonça le matin à son épouse que Dieu lui demandait de sacrifier son fils. Ce n’est pas Yahvé qui empêcha le sacrifice mais un médecin urgentiste. Cette grande confusion mentale constituait les prémices d’une grave dépression. Il fallut à mon ami près de quatre années de thérapie tant médicamenteuse, que de type analytique pour enfin abandonner cette idée de toute puissance et laisser la place à la vie et par là même à l’autre.
Celui-ci venait comme moi d’un milieu très populaire, et avait eu pour toute éducation religieuse que les deux ou trois années passées ensemble sur les bancs du catéchisme sans me souvenir toutefois que ce récit du sacrifice d'Abraham nous fut relaté. Quand ce dernier me conta plus tard cet épisode cauchemardesque, je fus alors convaincu que ce récit était fortement ancré dans notre inconscient.
Par ailleurs, j’ai assisté hier à une représentation du film de Sissako Abderrahmane « Timbuktu », qui raconte l’histoire d’une résistance courageuse des membres d’un village malien tombé sous le joug d’extrémistes religieux.
Je ne sais pas si le film souffre d’une forme d’angélisme par rapport à la réalité, mais malgré toute la pesanteur et parfois la grande violence qu’offrent certaines scènes, il m’a semblé que le réalisateur laissait apparaître une possibilité de dialogue entre l’Imam du village et ces nouvelles autorités religieuses, Mais bien que je sois plutôt convaincu des vertus thérapeutiques de ce mythe, comment mettre en œuvre cette possibilité d’écoute dans toutes ces situations de par le monde où pour l’instant seul le l’épée règne en maître.

Monde des religions 10/02/2015 09:51

ISLAM

Le monde des religions

"Le Prophète Mohammed demande de ne pas prendre les armes"
Propos recueillis par Matthieu Stricot - publié le 16/01/2015
« Tout est pardonné ». La une de Charlie Hebdo, après l’attentat qui a décimé la rédaction du magazine le 7 janvier 2015, présente le Prophète Mohammed dans une posture de miséricorde. Cette attitude correspond-t-elle aux paroles et actes de Mohammed, que les djihadistes, comme les détracteurs de l’islam, présentent comme un prophète guerrier ? Éric Geoffroy, islamologue à l’université de Strasbourg, nous explique la véritable signification du djihad, très loin de la « guerre sainte » prônée par les fanatiques d’aujourd’hui.
Cette semaine, la une de Charlie Hebdo met en scène le Prophète Mohammed tenant une pancarte où il est inscrit « Tout est pardonné ». Cela va-t-il dans le sens des paroles et actes du Prophète ?
Beaucoup de paroles et d’agissements du Prophète vont dans le sens de la compassion, de la miséricorde et du pardon. Le Prophète lui-même disait : « Je suis une pure miséricorde offerte aux mondes. » Dans les hadiths, les paroles du Prophète, il est dit que toutes les créatures sont la famille de Dieu. On trouve cette compassion chez tous les prophètes, mais chez Mohammed en particulier. Les terroristes n’avaient pas à venger le Prophète, car il n’était pas dans la vengeance. Un hadith convient tout à fait aux évènements actuels : « Lorsqu’il y a des troubles ou une guerre civile, la personne assise sera en meilleure posture que celui qui sera debout. De même, celle qui marche sera en meilleure posture que celle qui s’empresse. Brisez donc vos arcs, arrachez-en les cordes et frappez le tranchant de vos épées contre un rocher. Et si un agresseur pénètre dans votre demeure, comportez-vous comme le meilleur des fils d’Adam (Abel). » Le Prophète demande donc de ne pas prendre les armes.
De même, la lapidation pour adultère n’est pas une loi islamique. Aux premiers temps de l’islam, la sharia n’existait pas. Les nouveaux musulmans s’inspiraient de la loi de Moïse. Quand certains individus venaient dénoncer un couple adultère au Prophète, celui-ci faisait tout pour ne pas écouter ce genre de témoignages. Il se détournait. Dans toute la vie du Prophète, il y a une insistance sur cette compassion universelle.
Pourquoi cite-t-on souvent le « verset du sabre » – « À l’expiration des mois sacrés, tuez les polythéistes où que vous les trouviez. Saisissez-vous d’eux, assiégez- les... » (s9.v5) – pour évoquer un Prophète « guerrier » ?
On ne peut pas citer les textes révélés sans préciser leur contexte. Cela vaut aussi pour la Bible ou encore la Bhagavad-Gita des hindous. On ne peut pas se saisir des textes sacrés sans la médiation de gens autorisés. En islam, l’accès aux textes sacrés était médiatisé par les oulémas, des théologiens qui connaissaient le contexte. Maintenant, avec Internet, on peut dire n’importe quoi en toute ignorance. Le verset en question sort d’un contexte particulier. Persécutés, le Prophète et ses compagnons avaient dû fuir à Médine. Les musulmans avaient signé une trêve avec les polythéistes de La Mecque. Mais ceux-ci ont trahi le pacte. Le Prophète attendait une révélation pour pouvoir se défendre militairement. Il a attendu 14 ans, depuis le début de la persécution à La Mecque. Ce verset arrive pour dire « Stop », pour demander aux musulmans de se défendre contre les agressions à répétition des Mecquois. D’ailleurs, on ne peut pas lire le verset 9.5 sans le suivant, le 9.6 : « Et si un de ces polythéistes demande ta protection, accorde-la lui afin qu’il écoute la parole de Dieu. Puis fais-le reconduire en lieu sûr. » Cela prouve qu’il ne faut jamais lire un verset hors contexte.
Remettre les choses dans leur contexte, est-ce aussi valable pour les juifs Banû Qurayza tués en 627 ?
Cette tribu juive, alliée aux musulmans de Médine contre les Mecquois, s’était retournée contre les musulmans lors de la bataille du Fossé (Khandaq). À la suite de quoi, les musulmans les ont assiégés et ont eu raison de leur forteresse. L’entrée en islam leur fut proposée, en vain. Afin que leur jugement soit le plus indulgent possible, le Prophète en chargea un grand ami de cette tribu juive, Sa’d ibn Mu’adh, un membre de la tribu arabe médinoise des Aws. Celui-ci fit exécuter les hommes de la tribu pour haute trahison. Le Prophète approuva cette décision. Le jugement de Sa‘d s’inscrivait en fait dans la droite ligne de la loi juive. Dans le cas d’une cité assiégée, il est dit en Deutéronome 20 : 12 : « Et lorsque le Seigneur ton Dieu l’aura livré entre tes mains, tu feras passer tous les mâles au fil de l’épée ; mais les femmes, les enfants, le bétail et tout ce qui se trouvera dans la ville, ainsi que tout son butin, tu le prendras pour toi. »
La trahison a toujours été punie de la peine de mort, dans toutes les lois de la guerre. Or, la clémence que pratiquait le Prophète jusqu’alors avait toujours joué en sa défaveur : la sauvegarde des prisonniers, à l’issue de la bataille de Badr notamment, avait failli être fatale aux musulmans lors des batailles suivantes. Cette fois, le message fut entendu, et une telle situation ne se présenta plus de son vivant.
D’où vient le concept de djihad ? Et plus précisément, dans quel contexte s’applique le djihad mineur, le djihad militaire ?
Le Prophète distingue « djihad majeur » et «djihad mineur ». Le « djihad majeur » consiste à lutter contre son ego, ses passions et ses illusions, en Dieu. Le terme arabe signifie « effort sur soi ». Le djihad doit répandre le bien. Le Prophète dit par exemple à ce propos : « Ôte un caillou du chemin pour ne pas que ça ne nuise pas aux autres. » Quant au djihad mineur, militaire, il n’est autorisé qu’en cas de légitime défense. Ainsi lors des Croisades. Quand les chrétiens prirent Jérusalem en 1099, ils tuèrent les juifs et musulmans qui y vivaient. Lorsque Saladin reprît la ville en 1187, il épargna tout le monde, croisés compris. Il s’est aussi appliqué pendant l’occupation coloniale. Lorsque l’Europe a pris les terres aux Algériens, selon les lois, le djihad pouvait être déclaré. Mais c’est tout. Le djihad ne peut consister à répandre l’islam par l’épée.
Dans ce contexte post-colonial, les djihadistes d’aujourd’hui peuvent-ils interpréter à leur manière le verset : « quiconque tuerait une personne non coupable d'un meurtre ou d'une corruption sur la terre, c'est comme s'il avait tué tous les hommes » (s5.v32). Considèrent-ils que les Occidentaux ont corrompu leurs terres et méritent donc la mort ?
Ces gens-là savent très bien communiquer. Quand ils ont effacé avec des bulldozers l’ancienne ligne de démarcation entre la Syrie et l’Irak, datant des accords Sykes-Picot de 1916, ils ont affirmé effacer le mal que l’Occident avait fait. Même revendication quand ils ont tué Hervé Gourdel en Algérie. Ils nous renvoient notre miroir : les croisades, le colonialisme, la Guerre d’Algérie, les Guerres du Golfe, la création d’Israël, le conflit israëlo-palestinien..... Ils sont dans le ressentiment vis-à- vis de l’Occident. Cela nourrit des rancoeurs au Proche-Orient. Mais les premières victimes des djihadistes sont les musulmans eux-mêmes, que ce soit au Yémen, en Irak, en Syrie, en Afghanistan. Il y a des milliers de morts. Notamment dans le conflit chiites-sunnites, qui a été attisé par les Américains en Irak. Daech joue clairement la carte antichiite. Et certains musulmans tombent dans le panneau.
Par quels référents les djihadistes s’autorisent-ils des pratiques aussi barbares que l’esclavage sexuel des femmes yézidies ?
En islam, il n’y a pas de magistère suprême. La source d’autorité est plurielle. Les fanatiques peuvent lancer une fatwa, en se référant à un avis juridique antérieur. Dans ce cas précis, ils peuvent affirmer qu’en cas de guerre, une femme qui s’offre aux combattants est récompensée. Mais, alors que l’islam prône l’équilibre, ces gens-là sont d’emblée dans l’extrémisme. Plusieurs autorités islamiques ont condamné ces actes, comme le fait de tuer des juifs et des chrétiens, actes totalement contraires à l’islam. Il ne faut pas entrer dans leur jeu. Ne pas développer de ressentiment antimusulman.
Si cela va à l’encontre des valeurs de l’islam, pourquoi ces djihadistes recherchent-ils la guerre à tout prix?
Cette logique jusqu’au-boutiste est animée par un nihilisme messianique. Ils ne sont pas les seuls. Beaucoup de musulmans, de juifs et chrétiens born-again américains, dont l’ex-président des États-Unis George W. Bush, y croient : il faut précipiter le chaos pour susciter la venue du Mahdi, du sauveur qui va préparer le retour de Jésus sur terre. Pour l’islam, Jésus n’est pas mort et va revenir à la fin des temps pour apporter le règne de la paix. Les djihadistes veulent précipiter le conflit en créant une guerre entre l’Occident et le monde musulman. Ils cherchent à attiser les haines, pour provoquer un choc des civilisations qui n’existe pas. C’est un choc des ignorances. Ces ignorances puisent leurs sources dans un malaise civilisationnel. Les gens qui commettent ces actes, comme les frères Kouachi, sont endoctrinés, mais n’ont pas de connaissance réelle de l’islam. Ils développent une culture du ressentiment envers l’Occident, la mondialisation, etc.. et ils cherchent une identité.
Que faut-il faire pour enrayer le phénomène des départs au djihad ?
Il faut créer des centres français de formation à l’islam. Ne pas laisser les gens partir se former en Arabie ou au Pakistan. La France n’a pas pris en compte le renouveau du religieux en général, de l’islam en particulier. Il y a une dizaine d’années, l'État français n'a fait aboutir aucune demande de création d’institut universitaire de formation à l'islam. Alors que le président Chirac y était favorable. La France doit réformer son rapport au religieux et au spirituel. Il faut prendre en compte le besoin de spiritualité. Beaucoup de gens, musulmans ou non, me confient qu’ils étouffent en France, car l’État nie le religieux et la spiritualité. Qu’elle soit islamique, chrétienne, juive ou autre, la spiritualité est à même de dépasser le champ horizontal du conflit. Elle apporte de la sagesse et du recul face aux évènements. Il faut bien sûr faire des lois antiterroristes. Mais il faut avant tout nourrir l’âme humaine, lui donner un sens.
http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/le-prophete-mohammed-demande-de-ne-pas-prendre-les-armes-16-01-2015-4479_118.php

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Serge Lafitte 09/02/2015 21:12

RELIGION

PEUT-ON REPRESENTER LE PROPHETE

Serge Lafitte - publié le 01/07/2006
L'interdiction de la représentation humaine, dans le monde musulman, n'a jamais été absolue. Y compris en ce qui concerne Mohamed. Retour sur une question toujours disputée… (Nous republions ici un article d'archives.)
« Il est interdit de faire des images du Prophète ». L'argument a été répété à l'envi lors de la polémique suscitée par les caricatures danoises de Mohamed. Est-ce aussi sûr ? Le Coran, recueil de la révélation divine transmise à Mohamed, ne condamne clairement que l'idolâtrie, c'est-à-dire le fait d'associer au culte du Dieu unique celui de divinités représentées par des idoles. Mais on n'y trouve pas une interdiction aussi nette que celle prononcée par Dieu dans la Bible : « Tu ne te fabriqueras pas d'idoles, ni aucun objet représentant ce qui est dans les cieux, sur la terre ou dans les eaux sous la terre… » (Exode 20,4). Difficile, donc, de soutenir que le supposé rejet de la représentation par l'image dans l'islam relève de la loi divine…
Reste qu'il y a bien eu des condamnations. Pour ce faire, les juristes musulmans des ixe et xe siècles se sont appuyés sur la sunna, un ensemble de textes où ont été recueillis les propos (hadith) ainsi que les faits et gestes du Prophète. Ces juristes ont justifié leur hostilité à l'égard des images en y puisant trois arguments : le risque de retomber dans l'idolâtrie, leur impureté, ainsi que la condamnation, lors du Jugement dernier, de ceux qui en auront fabriqué, car ils seront incapables de leur insuffler une âme, selon le défi auquel Dieu les soumettra…
Deux précisions s'imposent ici. Dans l'islam, comme dans les autres monothéismes, les notions de pureté et d'impureté servent à distinguer le sacré du profane. Selon un hadith, le Prophète aurait ainsi affirmé qu'un ange n'entrerait jamais dans une pièce où seraient exposées des images… Quant à la capacité d'insuffler une âme, elle est le monopole de Dieu. Sera donc condamné, mais dans l'au-delà, celui qui aura échoué dans la tentative de se faire l'égal de l'unique Créateur…
Pour autant, la condamnation de l'image n'a pas été absolue. D'une part, pour le soufisme, courant mystique de l'islam, « un vrai croyant, s'il ne voit qu'en Dieu et par Dieu, ne voit en toute chose que des manifestations de Dieu, estimait Ibn 'Arabî », rappelle Jean-François Clément, chercheur au CNRS. D'autre part, « l'interprétation de la sunna n'a pas été univoque, car elle rassemble des textes souvent contradictoires », souligne ce fin connaisseur de la civilisation musulmane.
D'où l'ambivalence de cette première jurisprudence, certains juristes condamnant la seule production d'images d'êtres animés, quand d'autres interdisent toutes les formes d'images, y compris celles reproduisant un quelconque élément inanimé de la nature. Mais il se trouve aussi des juristes pour considérer que des images figuratives deviennent licites quand elles sont privées de l'une des parties vitales de l'être animé, la tête par exemple…
Les libertés de la miniature « persane »
Pour bien comprendre cette « querelle des images », il faut la replacer dans son contexte historique. A la fin du ixe siècle, le monde chrétien sort de la crise iconoclaste qui a vu le retour du culte des icônes dans le christianisme byzantin. Déjà considéré comme polythéiste, à cause du dogme de la Trinité, le christianisme devient alors doublement idolâtre aux yeux des musulmans pour qui cette période est celle de la première interprétation des hadith du Prophète. Ainsi, la réponse à la question de l'image tient aussi d'une « affirmation identitaire, celle de l'être musulman, croyant monothéiste absolu, face aux idolâtres trinitaires », souligne Jean-François Clément.
La conséquence principale en est l'interdiction de toute image figurative dans l'espace sacré (mosquées et lieux de prière), et même, jusqu'à une époque récente, dans l'espace public. Mais, la condamnation n'étant pas absolue, un art figuratif peut se développer dans la sphère privée. Il s'exprime magnifiquement, du xive au xvie siècles, dans l'Empire moghol en Inde, dans l'Empire ottoman et en Perse. Pour les théologiens soufis des souverains moghols, cette production ne soulève aucun problème. En Perse et dans l'Empire ottoman, on invente la fameuse « miniature persane », en contournant l'interdit grâce à une stylisation qui empêche toute confusion avec la réalité. Ce refus du réalisme permet de représenter des êtres vivants, y compris le Prophète et ses compagnons. Quitte, pour ne point heurter les plus radicaux des juristes, à voiler parfois leurs visages… Mais cette production de prestige, réservée à la société de cour, est un véritable luxe qui ne survivra pas à l'affaiblissement des empires qui l'ont abritée. L'image figurative disparaît ainsi de l'univers musulman. A l'exception de l'Iran où « l'on trouve couramment, autrefois dans des fresques murales, aujourd'hui sous forme d'autocollants, des représentations d'Ali, gendre de Mahomet et premier imam du chiisme, et de ses descendants directs, Hassan et Hussein, précise Jean-François Clément. Avant la révolution khomeyniste, il y a même eu un retour, sous forme d'affiche ou de poster, de la figure du Prophète. »
Dans l'islam sunnite, en revanche, il faut attendre la fin du XIXe siècle et le renouveau d'une réflexion tendue vers la modernisation de l'islam. Ainsi, l'un des grands penseurs de l'époque, l'Egyptien Mohammed Abdo, considère qu'il n'y a aucun risque que des musulmans modernes transforment des images en idoles. Dès cette période, la gravure et l'imprimerie permettent la production à grande échelle d'images pieuses des prophètes du Coran (Abraham, Noé, Moïse…), à l'exclusion de Mohamed.
Le rigorisme à l'épreuve des médias contemporains
Mais la querelle des images rebondit avec le déploiement du wahhabisme. Fondée au xviiie siècle, cette branche rigoriste du sunnisme s'impose au début du xxe siècle en Arabie Saoudite en prônant le retour à un islam prétendument originel. Son rejet absolu de toute image figurative n'empêchera pourtant pas le développement de la télévision et de la photographie dans l'Arabie actuelle.
Toutefois, les talibans afghans, iconoclastes jusqu'à détruire à l'explosif les bouddhas géants de Bamiyan, ont été formés dans des écoles coraniques wahhabites… Et l'on sait l'influence du wahhabisme dans le « retour » du monde musulman à une tradition plus rigoriste, même si se poursuit, en particulier sur Internet, la diffusion d'images pieuses représentant les grandes figures de l'islam, hormis le Prophète. L'Iran fait encore exception, car on trouve en vente, dans le bazar de Téhéran, des images figurant un Mohamed adolescent. Elles sont tolérées parce qu'il n'a pas encore atteint l'âge adulte, auquel la révélation divine a fait de lui le Prophète le plus vénéré de l'islam…
Illustration contemporaine de ce que la condamnation de l'image dans l'islam, y compris celle de sa figure la plus sacrée, n'a jamais été ni absolue ni permanente. La querelle islamique des images a bien plutôt suivi des phases contrastées, plus ouvertes ou plus fermées selon l'influence du contexte historique, et en connaîtra d'autres, pas forcément iconoclastes…

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Archev^que Thodosios de Sebastia 06/02/2015 16:06

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Archev^que Thodosios de Sebastia 06/02/2015 16:03

NOUS CHRTETIENS DE PALESTINE, DISONS « ALLAHU AKHBAR »
http://globalepresse.com/2015/02/01/nous-chretiens-de-palestine-disons-allahu-akbar/

Source: http://rt.com/op-edge/227871-palestinian-orthodox-christian-bishop/



L’Archevêque Theodosios (Hanna) de Sebastia –

Par Nadezhda Kevorkova, le 30 janvier 2015

Le seul évêque palestinien chrétien orthodoxe en Terre Sainte s’exprime sur la souffrance des Chrétiens de Palestine, leur unité avec les Musulmans dans la lutte palestinienne, les martyrs chrétiens orthodoxes et l’Ukraine.

L’Archevêque Sebastia Théodosios (Atallah Hanna), 49 ans, est le seul archevêque chrétien orthodoxe de Palestine à être en poste à Jérusalem et en Terre Sainte, tandis que tous les autres évêques du Patriarcat de Jérusalem sont des Grecs. Les autorités israéliennes l’ont plusieurs fois maintenu en détention, l’ont arrêté à la frontière ou ont confisqué son passeport. Parmi tous les ecclésiastiques de Jérusalem, il est le seul qui ne jouisse pas du privilège de passer par la porte VIP à l’aéroport – à cause de sa nationalité. « Pour les autorités israéliennes je ne suis pas un évêque, mais plutôt un Palestinien, » explique son Éminence. Quand il parle au téléphone, il utilise beaucoup de mots qui sont d’habitude entendus de la part de Musulmans: « Alhamdulillah, Inch’Allah, Macha’Allah ». Il parle l’Arabe, et le mot arabe pour « Dieu » est Allah, que vous soyez chrétien ou musulman.
……

NK : La récente attaque sur le journal satyrique français à déclenché une vague de manifestations anti-musulmanes en Europe. Netanyahou a défilé au premier rang d’une telle manifestation. Quelle est votre réaction face à ce qui s’est passé ?

TS : Nous dénonçons les attaques de Paris qui ont été commises par des gens représentant prétendument une religion particulière.
Mais ils ne représentent aucune religion – ce sont des assassins.
Cette attaque a été perpétrée par des gens qui prétendent avoir la foi, mais ils ne représentent aucunement l’Islam ni ne peuvent agir au nom de l’Islam, ils ne font que nuire et faire du tort à l’image de l’Islam à travers leurs actes.
Pareillement, nous dénonçons tout autant les opérations terroristes en Syrie et en Irak, que les attaques terroristes à Paris.
Ceux qui ont commis les attaques terroristes de Paris et appartiennent d’ailleurs aux mêmes groupes qui se livrent au terrorisme en Syrie et en Irak et attaquent des lieux saints, profanent des églises et kidnappent des dirigeants religieux.
Ils attaquent des femmes et des enfants en Syrie, au Liban et en Irak.
Nous avons été témoins de l’acte de terreur, à Tripoli au Liban il y a seulement quelques jours qui a tué des douzaines de personnes innocentes dans un café.
Nous condamnons les attaques terroristes de Paris et nous condamnons également toutes les attaques similaires partout dans le monde. Nous sommes fermement opposés à l’idée d’une connexion de ces attaques avec l’Islam.
Nous sommes actuellement en préparation d’une conférence internationale à laquelle prendront part des personnalités religieuses – Chrétiennes, Musulmanes et Judaïques – de plusieurs pays pour affirmer que nous, les représentants des trois religions monothéistes, sommes contre la terreur, le fanatisme et la violence utilisés sous des slogans religieux. La conférence aura peut-être lieu à Amman, en Jordanie.

Sofiane Zitouni 06/02/2015 12:25

Aujourd’hui, le Prophète est aussi «Charlie»
Soufiane ZITOUNI Professeur de philosophie au lycée Averroès à Lille 14 janvier 2015 à 19:36
TRIBUNE
Voici une tradition prophétique islamique (hadith) que j’aime raconter à mes élèves de terminale : un jour, un compagnon du prophète Mohamed surprend celui-ci en train de pleurer, et lui demande la raison de ces larmes qui lui fendent le cœur. Le Prophète lui répond alors entre deux sanglots : «J’ai vu que dans le futur j’allais devoir témoigner contre ma propre communauté.» Et je pose ensuite cette question à mes élèves : «Ce futur sur lequel pleurait le Prophète de l’islam, n’est-ce pas notre propre époque ?»
Je veux témoigner dans Libération (journal pour lequel j’ai travaillé dans les années 80 à Lyon au côté de Philippe Lançon que je salue affectueusement et auquel je souhaite un prompt rétablissement), de mon vécu propre des événements tragiques de ces derniers jours, en tant que citoyen français d’abord, et de culture musulmane ensuite. Oui, c’est bel et bien en tant que citoyen français qu’il me faut réagir aujourd’hui, et non pas en tant que membre d’une communauté religieuse (nécessairement hétérogène d’ailleurs, donc imaginaire, irréelle…), d’un mouvement politique, d’un courant d’idée, etc.
J’ai raconté ce hadith mardi à une classe de terminale dans laquelle les élèves sont majoritairement musulmans, et où il y a des filles voilées et d’autres non voilées. Je leur ai raconté cette histoire en ayant à l’esprit la une du Charlie Hebdo, renaissant de ses cendres, révélée par les médias la veille de sa sortie, mais aussi un dessin de Cabu tellement juste et si peu compris par beaucoup de musulmans, malheureusement, montrant un prophète de l’islam en colère s’exclamant : «C’est dur d’être aimé par des cons !» J’atteste ici en tant que citoyen français de culture musulmane de l’authenticité de ce hadith relayé par Cabu, paix à son âme ! Et je brandis en même temps une pancarte avec écrit dessus en lettres capitales : «Humour !»
Depuis quelque temps, et surtout depuis ces horribles meurtres d’innocents commis par des fous furieux criant «Allah est le plus grand !» ou «Le prophète Mohamed a été vengé !», je me demande si beaucoup de musulmans n’ont pas un énorme problème avec l’humour. Et j’ai repensé à un livre du psychanalyste François Roustang, qui m’avait beaucoup intéressé lors de sa sortie, intitulé Comment faire rire un paranoïaque ? François Roustang y explique que nous avons tous en nous un paranoïaque qui a besoin d’ennemis identifiés pour se rassurer quant à son identité propre, parce que ses ennemis lui servent de «limites» ou de «bornes» (qu’il n’a pas pu se constituer lui-même) lui permettant imaginairement de ne pas se diluer en un chaos angoissant. Et François Roustang ajoute que ce paranoïaque en nous, manque cruellement d’humour. Parce que ne plus prendre au sérieux sa propre paranoïa, ses «ennemis certains», ce serait renoncer à son identité imaginaire aussi consistante qu’un ectoplasme. Pourtant, commencer à rire de sa propre folie est le début de la guérison nous révèle aussi Roustang dans son très bon livre tragiquement d’actualité.
Pourquoi tant de musulmans manquent aussi cruellement d’humour, de recul, de sérénité dès que l’on touche à un tabou, un dogme, un interdit auquel ils sont jalousement attachés ? Prenons l’exemple de l’interdiction de la représentation du Prophète. Un sacré tabou au sein de l’islam ! Mais un tabou indéboulonnable vraiment ? J’ai été très proche un temps d’une confrérie soufie, la Tariqa Alawiya, dont le guide spirituel vivant en France est le cheikh Khaled Bentounès. En 2009, à l’occasion du centenaire de cette confrérie, le cheikh Bentounès a édité un bel album, d’une grande richesse iconographique, dans lequel il a osé publier des miniatures persanes représentant le prophète Mohamed, en considérant sereinement que ces représentations faisaient partie du patrimoine de l’islam, et qu’il n’y avait pas toujours eu, dans l’histoire de cette religion, un consensus des savants musulmans quant à l’interdiction de ce type de représentation. Comme il fallait s’y attendre, une polémique violente a immédiatement éclaté dans la presse algérienne, provoquée par deux institutions islamiques de poids, le Haut Conseil islamique et l’Association des oulémas, celle-là même qui combattit avec acharnement les confréries soufies du temps de la colonisation française en les accusant de superstitions non conformes à la charia et d’accointances coupables avec l’envahisseur. Ces mêmes institutions islamiques ont aussi accusé le cheikh Bentounès d’avoir associé dans son album commémoratif le sceau de l’émir Abdelkader à l’étoile de David, symbole du sionisme selon eux, alors qu’il ne faisait que reprendre le symbolisme profond et commun à l’islam et au judaïsme du sceau de Salomon. Mais l’ignorance de ces prétendus «savants» de l’islam (ouléma veut dire «savant» en arabe) nous aura permis au moins de découvrir avec enchantement dans la même presse algérienne, et cela grâce à la pugnacité du cheikh Bentounès, que nombre d’édifices musulmans en Algérie recèlent dans leur architecture ou leur mobilier ce «symbole du sionisme».
Est-ce à dire, alors, que la connaissance serait sœur de l’humour ? A cette question, je réponds sans hésitation, oui ! Ils sont risibles ces pseudo-savants de l’islam qui connaissent si mal leur religion et son patrimoine universel ! Mais ils sont risibles tant qu’ils ne passent pas au stade de la kalachnikov ou de l’attentat dit «kamikaze» pour répondre à ceux qu’ils perçoivent comme des ennemis de l’islam. Rappelons-nous que le prophète Mohamed lui-même disait que «l’encre du savant est plus précieuse que le sang du martyr».
Alors oui, ce prophète caricaturé, insulté, moqué, mais surtout ignoré, est aussi Charlie aujourd’hui, n’en déplaise à un grand nombre de musulmans qui trouveront peut-être ce propos déplacé ou naïf, voire insultant, surtout de la part de quelqu’un qui se réclame comme eux de la culture islamique. Oui, j’ose le dire, comme le très beau dessin de Luz le suggère avec tendresse et intelligence : le prophète de l’islam, Mohamed, pleure avec nous toutes les victimes innocentes de la barbarie et de l’ignorance, et demande à Allah le pardon pour les nombreuses brebis égarées se réclamant de sa religion alors qu’elles n’ont toujours pas compris l’essentiel de son message.
Soufiane ZITOUNI Professeur de philosophie au lycée Averroès à Lille

Tradition midrashique 30/12/2014 16:03

Interprétation d’Abraham ou injonction
divine ?
Selon une tradition midrashique, qui s’appuie sur
l’ambiguïté de l’expression « offrir en holocauste »,
littéralement « faire monter en montée », Abraham,
influencé par le contexte religieux, aurait mal
compris l’ordre divin. Là où Dieu lui enjoindrait
d’élever son enfant vers le ciel, Abraham
comprendrait faire monter en fumée, comme
lorsqu’on consume complètement sa victime.
Dans le Coran, c’est en songe qu’Abraham se voit
immoler son fils. Il raconte ce rêve à son fils
(« qu’en penses-tu ? ») qui s’offre sans hésiter.
C’est donc l’interprétation qu’Abraham fait de
sa vision (le présent employé en arabe tendrait
à signifier qu’il s’agit plutôt d’une vision que
d’un rêve), confortée par celle de son fils,
qui est à l’origine de l’acte sacrificiel. Cette
dimension onirique (absente du texte biblique)
est longuement commentée par des exégètes
comme Ibn ’Arabî*, qui interprète que c’est en fait
un bélier qui est apparu sous les traits de son fils.
Selon certains soufis, l’épreuve d’Abraham
consisterait à donner son vrai sens à la vision,
qui n’est pas d’immoler matériellement son fils
mais de le consacrer à Dieu, ce en quoi il est
récompensé : « Ô Abraham ! tu as cru en cette
vision et tu l’as réalisée ; c’est ainsi que nous
récompensons ceux qui font le bien ; voilà
l’épreuve concluante » (Coran 37, 103). On rejoint
ici l’interprétation judaïque.
* Ibn ’Arabî, né à Murcie (sud de l’Espagne) en 1165
et mort en 1240 à Damas. Grand auteur mystique,
maître du soufisme appelé aussi « le plus grand des
maîtres », auteur de 846 ouvrages. Son œuvre aurait
influencé Dante et saint Jean de la Croix.

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Interprétation psychanalytique 30/12/2014 16:07

La relation père-fils
Des interprétations plus psychanalytiques
avancent l’idée que, si c’est Abraham lui-même
qui attribue à Dieu cette exigence de sacrifice,
c’est parce qu’il a un compte inconscient à régler
avec son fils, ce fils qui pourrait un jour lui ravir sa
place et vivre pour lui-même. N’est-ce pas lui qui
interprète qu’il doit immoler son fils ? En arrêtant
sa main, Dieu lui ferait comprendre qu’il doit
assumer pleinement sa paternité « en coupant
le cordon » avec son fils, en acceptant que le fils
vive pour lui-même et non plus seulement
pour son père.
L’âge de ce fils varie sensiblement en fonction
des traditions et des représentations.
L’iconographie chrétienne le représente souvent
comme un enfant ou un adolescent. Selon le
midrash, Isaac aurait 37 ans au moment de cet
épisode, c’est donc une victime consentante
qui s’avance vers l’autel du sacrifice ; la cruauté
du geste paternel s’en trouve atténuée, et Isaac,
au même titre que son père, devient un modèle
de foi. Par cette offrande de lui-même, il devient
vraiment homme, adulte et individu à part
entière : il existe pour lui-même. Dans les
targums* et la littérature midrashique, ce
n’est plus Abraham mais Isaac qui devient le
personnage central : « Si le saint, bénit soit-il,
me demandait tous mes membres, je ne les lui
refuserais pas. Lie-moi bien pour que je ne me
débatte pas à cause de l’angoisse de mon âme
de telle sorte qu’il se trouve une tare dans
ton offrande et que je sois précipité dans la fosse
de perdition. » En un parfait accord, les volontés
du père et du fils se rejoignent.
Sur ce dernier point, le texte coranique se
rapproche de nouveau de la tradition rabbinique :
le fils est un adulte volontaire auquel Abraham
demande même son avis : « Qu’en penses-tu ? »
Là encore, le père autant que le fils sont
consacrés pour leur foi sans faille. C’est la foi
conjuguée du père et du fils qui sauve ce dernier
des flammes.

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Alain Durand 28/12/2014 18:34

J'ai bien aimé cette analyse, mettant en œuvre les ressources de ce texte pour dévoiler les mécanismes agissant au cœur des drames actuels de violence. Comment les interdits bibliques de la violence sacrificielle peuvent-ils être entendus lorsque, précisément, la violence les engloutit ? Si on tuait vraiment au nom de Dieu, le mythe du sacrifice d'Abraham pourrait avoir une efficacité dissuasive, mais est-ce le cas ? Je dirai volontiers que, actuellement, la violence transcende le religieux et l'engloutit littéralement et que du même coup le récit du sacrifice d'Abraham est réduit à l'impuissance. Merci pour cette belle analyse.

Contre les sacrifices humains 30/12/2014 16:00

Contre les sacrifices d’enfants
Le sacrifice est un acte commun à toutes les
religions de l’Antiquité. Au départ, sa signification
n’est pas la privation et le dépouillement mais
au contraire le don le plus généreux possible
à une divinité dont on veut obtenir la récompense,
la grâce ou le pardon. La Bible n’échappe pas
à cette tradition et l’on y pratique volontiers les
sacrifices d’animaux et de végétaux ; cependant,
elle récuse absolument les sacrifices humains
qui étaient encore pratiqués dans la société
cananéenne de l’époque : sacrifier un enfant,
notamment un premier fils, devait calmer les
fureurs d’un dieu jaloux du bonheur de l’homme.
L’épisode du sacrifice d’Abraham est et a été
l’objet de très nombreux commentaires et a
toujours suscité perplexité, incompréhension
et indignation : comment un Dieu d’amour peut-il
avoir une exigence aussi monstrueuse ? Il est
sûrement important de remettre l’épisode dans
son contexte ; à l’époque, les sacrifices humains
étaient courants, ce qui explique qu’Abraham
l’entende ainsi. Il semblerait, selon la tradition
la plus répandue, notamment dans le
christianisme, que le coup de théâtre divin
substituant au dernier moment un bélier au fils
d’Abraham démontre avec force le refus absolu
par Dieu de tout sacrifice humain.
L’épisode du sacrifice d’Isaac serait donc une
sorte de mise en scène pédagogique pour faire
comprendre à Abraham que son Dieu n’est pas
un de ces dieux jaloux à qui l’on offre un enfant
en pâture mais un dieu « autre », indescriptible,
invisible et unique, un Dieu d’amour, bien loin des
figures anthropomorphiques des divinités d’alors.
Selon Marc-Alain Ouaknin, la leçon de cet épisode
est sans équivoque : c’est une mise en scène
dramatique pour signifier aux hommes qu’on
ne peut désormais plus jamais se croire autorisé
à porter la main sur un autre homme au nom de
Dieu. Pour lui, le fait que le sacrifice n’ait pas lieu
est tout à fait révolutionnaire : le message qui
en résulte rejoint celui des dix commandements :
ce Dieu est un Dieu d’amour et de justice qui
refuse la violence et plus encore celle qui est faite
en son nom.

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Etienne Duval 28/12/2014 20:04

Merci Danièle. Je suis émerveillé par ce texte de Flavius Josèphe, encore que je ne sois pas d'accord sur tous les points de son interprétation. Mais il interprète avec beaucoup d'intelligence et nous montre que ce texte du sacrifice d'Abraham était un texte vivant, à son époque, au point que même les non-Juifs pouvaient le connaître et éventuellement l'expliquer.

Danièle Petel 28/12/2014 19:58

Un sacrifice pour rien

Le sacrifice d’Abraham à ne pas confondre avec le sacrifice Iphigénie : "L’orsqu'Agamemnon tente de lancer sa flotte vers les côtes de Troie, les vents lui sont défavorables. Un prophète de malheur lui révèle que seule la mort de sa fille Iphigénie apaisera la colère des dieux … »
Mais comment expliquer cela sans froisser le monde gréco-romain, aux romains surtout qui viennent tout juste de détruire le second Temple de Jérusalem ne parlons pas du massacre des innocents ! pour mémoire (Hérode est placé sur le trône de Jérusalem par les Romains)

Un formidable conteur a lui aussi recours au sacrifice d’Abraham

Préparation au sacrifice d'Isaac
Lorsque l'autel fut prêt, qu'il y eut disposé les morceaux de bois et que tout fut dans un bel ordre, il dit à son fils : « Mon enfant, dans mille prières, j'ai demandé ta naissance à Dieu ; après que tu es venu au monde, il n'est aucune peine que je ne me sois donnée pour ton éducation, rien qui me parût plus heureux que de te voir parvenir à l'âge d'homme et te laisser en mourant héritier de mon pouvoir. Mais, puisque c'est la volonté de Dieu qui m'a fait ton père, et qu’il lui plaît maintenant que je te perde, supporte vaillamment le sacrifice ; c'est à Dieu que je te cède, à Dieu qui a voulu avoir de moi ce témoignage de vénération en retour de la bienveillance avec laquelle il s'est montré mon appui et mon défenseur. Puisque tu as été engendré d'une façon peu commune, tu vas aussi quitter la vie d'une façon peu ordinaire ; c'est ton propre père qui t'envoie d'avance à Dieu, père de toutes choses, selon les rites du sacrifice ; il n'a pas, je crois, jugé à propos que la maladie ni la guerre, ni aucun des fléaux qui assaillent naturellement les hommes, t'enlève à la vie : c'est au milieu de prières et de cérémonies sacrées qu'il recueillera ton âme et qu'il la gardera près de lui ; tu seras pour moi un protecteur et tu prendras soin de ma vieillesse - car c'est surtout vers cette fin que je t'ai élevé -, mais au lieu de toi, c'est Dieu dont tu me procureras l'appui. »
Isac - d'un tel père il ne pouvait naître qu'un fils magnanime - accueille avec joie ces paroles et s'écrie qu'il ne mériterait pas même d'être venu au monde, s'il voulait s'insurger contre la décision de Dieu et de son père et ne pas se prêter docilement à leur volonté à tous deux, alors que, son père seul eût-il pris cette résolution, il eût été impie de ne point s'y soumettre ; il s'élance donc vers l'autel et la mort. Et l'acte s'accomplissait, si Dieu n’eût été là pour l'empêcher ; il appelle Abram par son nom et lui défend d'immoler son fils : ce n'était pas le désir de sang humain, lui dit-il, qui lui avait fait ordonner le meurtre de son fils et il ne l'avait pas rendu père pour le lui enlever avec cette cruauté, il ne voulait qu'éprouver ses sentiments et voir si même de pareils ordres le trouveraient docile. Sachant maintenant l'ardeur et l'élan de sa piété, il était satisfait de tout ce qu'il avait fait pour lui, et il ne cesserait jamais de veiller de toute sa sollicitude sur lui et sur sa race ; son fils atteindrait un âge avancé et, après une vie de félicité, transmettrait à une postérité vertueuse et légitime une grande puissance. Il lui prédit aussi que leur race donnerait naissance à de grandes et opulentes nations dont les chefs auraient une renommée éternelle, et qu'ayant conquis par les armes la Chananée, ils deviendraient un objet d'envie pour tous les hommes. Après avoir ainsi parlé, Dieu fit sortir d'un lieu invisible un bélier pour le sacrifice ; quant à eux, se retrouvant ensemble contre toute espérance, après avoir entendu ces magnifiques promesses, ils s'embrassèrent, et, une fois le sacrifice accompli, s'en retournèrent auprès de Sarra, et menèrent une vie heureuse, car Dieu les assistait dans toutes leurs entreprises.(Flavius Josèphe ANTIQUITES JUDAÏQUES)

Etienne Duval 28/12/2014 19:49

Tu as raison, ce n'est pas l'interdit qui peut être efficace, encore que les musulmans considèrent le sacrifice d'Abraham comme un texte fondateur. On peut éventuellement mettre les Islamistes en contradiction avec eux-mêmes. Mais ce à quoi je pense c'est la méthode de traitement :
- Prendre les gens où ils en sont,
- Les écouter avant de les condamner
- Les amener à voir et par là les faire entrer dans une forme de rationalité
- Faire alors entendre une parole de refus du sacrifice
- Les amener à comprendre que leur comportement est dicté par leur propre toute-puissance et leur représentation d'un faux dieu tout-puissant
- Finalement les amener à sacrifier leur propre toute-puissance et leurs représentations de toute-puissance.

Est-ce suffisant ? C'est en tout cas une ligne de conduite qui évite l'idée que le problème est du côté de la violence, ce que je ne crois pas. Le problème essentiel, pour moi, c'est la toute-puissance.

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