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26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 17:09

Le massacre des innocents - Nicolas Poussin

 

Une thérapie pour aujourd’hui proposée par « Le sacrifice d’Abraham »

 

Beaucoup, aujourd’hui encore, éprouvent une allergie lorsqu’il est question d’aborder le sacrifice d’Abraham. Dieu leur apparaît, au début du texte, comme un être cruel et sanguinaire. En fait, ils n’ont pas encore compris le sens de ce mythe, qui est une thérapie très subtile pour sortir de la violence sacrificielle. 

La grande actualité du sacrifice d’Abraham

Dans maintes parties du monde, Dieu est invoqué pour punir les infidèles et les conduire à une mort purificatrice : l’Etat islamique en Syrie et en Iraq, Boko Haram en Afrique, les talibans au Pakistan… Même Kamel Daoud, Algérien qui a failli avoir le prix Goncourt avec son livre « Meursault contre-enquête », a subi, en Algérie, les foudres d’Abdelfatah Hamadache, « qui se dit imam et chef d’un mouvement salafiste non agréé, le Front de la Sahwa (éveil) islamique libre ». Il écrit : « Si la charia islamique était appliquée en Algérie, le châtiment contre lui aurait été la mort pour apostasie et hérésie. … Nous appelons le régime algérien à appliquer la charia et à le condamner à mort en le tuant publiquement pour la guerre qu’il mène contre Dieu et le prophète ». Pour Kamel Daoud, on ne peut crier « Mort à Israël ! » ou « A mort les Juifs » pour faire vivre la Palestine. De son côté, Israël, qui inconsciemment ou consciemment s’appuie sur l’idée qu’il est « le peuple élu », n’échappe pas aux formes de la violence sacrificielle par sa répression sanglante à Gaza et sa politique de colonisation sur les terres palestiniennes en Cisjordanie et à Jérusalem. Fort heureusement certains courants, encore minoritaires, condamnent une telle manière de faire…

La conscience enchaînée et l’entrée dans l’écoute

Il y a très longtemps, dit le texte, Abraham, convaincu par la tradition, qui a cours à son époque, pense qu’il doit sacrifier son fils Isaac. Sa descendance est mise en cause puisque Ismaël, le fils de la servante, a été écarté sous la pression de Sarah, son épouse. En désespoir de cause, il se soumet à ce grand guide intérieur qu’il appelle Yahvé. Il ne fait pas encore la différence entre l’instance suprême de sa conscience et l’auteur de la tradition inhumaine qui le contraint. Or Dieu joue avec le temps et commence par l’écouter comme s’il se soumettait à l’homme lui-même. Fin psychologue, il s’enveloppe dans le manteau de la conscience d’Abraham et lui demande de sacrifier son fils.

L’éducation à la vision

Il existe un lien très étroit entre la vision et l’écoute. Manifestement Abraham est dans la confusion ; il reste sourd à la véritable Parole de Dieu. Pour ouvrir son oreille, Yahvé commence par lui apprendre à voir. Il lui fixe un lieu du sacrifice, appelé « topos » en grec. Le mot « topos » est souvent utilisé pour désigner Dieu Lui-même : disons qu’il s’agit ici du lieu où Dieu se manifeste. En fait, c’est un sommet d’où il est possible de voir dans de multiples directions. Souvent, dans le texte, le « topos » est lié au verbe voir, « orao, eide : il vit ». « Le troisième jour, Abraham, levant les yeux, vit l’endroit de loin. » Il faut qu’il lève les yeux, c’est-à-dire passer à un autre niveau, pour voir vraiment. Or voir vraiment, c’est voir le réel et non seulement l’apparence du réel, voir ici et maintenant, le passé et l’avenir, l’en-deçà et l’au-delà. Pour Abraham, c’est voir comme Dieu, comme son Guide intérieur. D’ailleurs lorsque le texte dit que Dieu « pourvoit », c’est tout simplement de voir dont il s’agit. Il faudra plus de trois jours pour qu’Abraham apprenne à voir et pour que Dieu pourvoie. Le père est prêt : « il élève l’autel et dispose le bois, puis il lie son fils Isaac et le met sur l’autel par-dessus le bois ».

La révélation de la toute-puissance fondatrice

Maintenant Dieu peut parler en vérité : « Abraham, Abraham !... « N’étends pas la main contre l’enfant ! Ne lui fais aucun mal ! » Au même moment, Abraham voit un bélier qui s’est pris les cornes dans un buisson. Après une éducation qui a duré plus de trois jours, il peut voir ainsi sa toute-puissance, basée sur sa capacité d’engendrer, et sa propre représentation d’un Dieu tout-puissant. Il s’est construit un Être tout-puissant à son image, mais cet Être est en contradiction avec Yahvé (il s’est pris les cornes dans un buisson qui, par la multiplicité des petits arbres qu’il contient, représente Dieu Lui-même).

Nous percevons maintenant l’importance du voir : il dit le pourquoi de la Parole, il introduit de la rationalité dans ce qui est jusqu’ici incompréhensible. C’est la toute-puissance d’Abraham et la toute-puissance du Dieu imaginaire qui fondaient l’obligation de sacrifier l’enfant. Ce sont elles qu’il faut sacrifier à la place d’Isaac en sacrifiant le bélier.

Le sacrifice meurtrier interdit

Ce texte est un des principaux fondements des trois monothéismes, le judaïsme, le christianisme et l’Islam. C’est aussi le fondement de l’humanité elle-même. Il convient de sacrifier sa toute-puissance et de sacrifier la représentation d’un Dieu tout puissant si l’on veut assurer l’avenir de l’homme, sinon la vie, dès son origine, sera détruite, comme elle l’a été récemment à Peshawar. Cent trente-deux enfants innocents sont morts, payant, d’une balle dans la tête, l'offensive militaire, baptisée Zarb-e-Azb. Depuis plus de trois mille ans, le sacrifice meurtrier est interdit. Les militants de Dieu, qu’ils appartiennent à l’Etat islamique, à Boko Haram, ou qu’ils soient talibans, ne peuvent se soustraire à une telle interdiction. Cette interdiction s’adresse aussi aux Israéliens, aux chrétiens de tous les pays et à tout homme quelle que soit son appartenance religieuse.

Le sacrifice d’une triple toute-puissance  

Le sacrifice d’Abraham n’a pas simplement sacrifié la toute-puissance de l’homme et la représentation d’un Dieu tout-puissant, il a aussi condamné la toute-puissance de la victime. Ce dernier aspect est, en partie, suggéré par un passage de la sourate XXXVII du Coran : « Quand le garçon longanime parvint à l’âge actif, Abraham lui dit : « Mon enfant je me suis vu en rêve t’égorger. Examine quel parti prendre ». Le fils dit : « Père, faites ce dont vous avez reçu commandement. Vous me trouverez si Dieu veut, patient entre tous »… (Verset 102). En écartant le sacrifice d’Isaac (ou d’Ismaël dans la version musulmane), le patriarche a condamné la toute-puissance de la victime. Même la Shoa ne peut être utilisée par les descendants des victimes pour justifier une quelconque toute-puissance. Et, pour les chrétiens, la tentation a été grande de faire porter sur les Juifs eux-mêmes la mort du Christ lui-même, entraînant ainsi dans les dérives de l’antisémitisme.

Une refondation de l’humanité

Un mythe continue à être actif même après les événements qu’il relate. Le sacrifice d’Abraham traduit une réalité profonde dans l’histoire du peuple juif même s’il ne s’est pas passé exactement comme le texte l’exprime. Mais, dans ce cas aussi, il a le pouvoir d’agir  sur les Juifs et sur tous les hommes qui en sont les héritiers : pour sa refondation, il oriente l’humanité vers un changement de logique. Aujourd’hui encore, il s’agit de passer d’une logique de toute-puissance, partout présente, à une logique d’amour qui fait sa place à l’autre, qu’il soit palestinien ou israélien, musulman ou chrétien, athée ou croyant. Le sacrifice d’Abraham est entré dans l’actualité de tous les temps pour parvenir à son accomplissement.

A notre époque, le texte du sacrifice d’Abraham constitue un outil pour sortir de la violence sacrificielle, agissante en de nombreux endroits de la planète. Mais son utilisation passe d’abord par l’écoute de ceux qui sont prêts à sacrifier l’autre. Sans doute la force peut-elle être nécessaire pour protéger les victimes, mais il convient aussi de guérir le sacrificateur, en l’écoutant et en lui apprenant à sortir de l’imaginaire pour voir le réel tel qu’il est et parvenir à une authentique rationalité. Plus largement, notre société tout entière est malade : c’est elle qu’il faut amener patiemment au sacrifice de la toute-puissance elle-même.

PS. Ce texte est en partie le résultat d’une étude conjointe du « Sacrifice d’Abraham », dans un groupe de la parole et un café philosophique.

 

Télécharger le texte (du sacrifice d’Abraham)

 

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commentaires

A
Pour quoi vous parlez des talibansetc... Restons sage la premiere geurreet la 2em cest quoi ca vous etes pathetique
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E
Le sacrifice d’Abraham peut être analysé comme un mythe, qui s’adresse à tout homme qu’il soit religieux ou athée. Vous avez raison, il n’y a pas que les Islamistes qui semblent s’égarer dans la violence. Les Juifs et les chrétiens ont été maintes fois coupables en ce domaine et le sont encore aujourd’hui. Mais cela ne doit pas nous empêcher de nous interroger sur les dérives de l’islamisme, qui justifie une toute-puissance meurtrière par la religion. Le texte du sacrifice d’Abraham, nous dit à chacun : si tu veux sacrifier autrui pour sa toute-puissance qui peut être réelle, commence par sacrifier ta propre toute-puissance. Ensuite ta parole aura suffisamment de force pour ne pas être obligé de passer par la violence meurtrière.
A
La grande actualité du sacrifice d’Abraham<br /> Dans maintes parties du monde, Dieu est invoqué pour punir les infidèles et les conduire à une mort purificatrice : l’Etat islamique en Syrie et en Iraq, Boko Haram en Afrique, les talibans au Pakistan… Même Kamel Daoud, Algérien qui a failli avoir le prix Goncourt avec son livre « Meursault.... mais vous ne parlez jamais du nazisme et du massacre en afrique par vous les juifs et les chrétiens vous etes pathétique et je zuis athée
E
Excusez-moi, je n'ai pas réussi à retrouver la référence aux talibans. Il vous suffit d'indiquer le nom et la date. Merci !
R
NE TOLERONS PLUS L’ANTISEMITISME<br /> PAR ROBERT BADINTER<br /> <br /> Il est inacceptable que le cri de &quot; mort aux juifs ! &quot; retentisse de nouveau dans les rues de Paris et que l'on tue des enfants en France au nom de la haine antijuive<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> Je suis souvent venu à Lyon pour commémorer la rafle de la rue Sainte-Catherine le 9 février 1943, en des lieux pour moi si chargés de souvenirs douloureux. J'y suis venu seul ou avec des membres de ma famille. J'ai assisté aux cérémonies. Mais je n'ai jamais voulu y prendre la parole. Les enfants des déportés disparus dans la nuit des camps d'extermination sont comme amputés des êtres chéris. La vie cicatrise la blessure. Mais, par moments, la douleur revient, indicible. Je craignais l'émotion et préférais faire œuvre parmi vous de fidélité à la mémoire. Mais, aujourd'hui, le moment est venu de rompre le silence.<br /> Pourquoi sont-ils morts ceux qui, ici même, sont tombés dans la souricière tendue par Klaus Barbie ? Ils ont été arrêtés au 2e étage, dans les locaux de l'Union générale des israélites de France, l'UGIF, où l'on s'employait à fournir aux enfants juifs des refuges clandestins. Ils ont descendu les marches de l'escalier dans le fracas des bottes des SS. Ils ont été jetés dans des camions qui les attendaient au bout de la rue et menés à la prison Montluc. C'était la première station du chemin de douleur qui les conduirait de Lyon à Drancy, puis aux camps d'extermination en Pologne, Auschwitz,<br /> Ainsi sont-ils morts en martyrs parce que la haine des juifs, l'antisémitisme forcené des nazis les avaient condamnés. Ils sont morts parce qu'ils étaient juifs et pour cette seule raison. Hommes et femmes, enfants et vieillards, tous avaient été voués à mourir par la décision d'Hitler et de ses complices. Le reste, l'extermination de 6 millions de juifs sur le continent européen, n'était plus qu'affaire d'exécution par tous les moyens, y compris les plus atroces. La paix revint, pas les déportés. La vie ordinaire reprit son cours, sans eux. On pouvait croire que l'antisémitisme de violence avait été étouffé dans le torrent de sang versé pendant la Shoah.<br /> Lèpre de l'humanité <br /> C'était un leurre, nous le savons à présent. A l'antisémitisme religieux de l'Inquisition, à l'antisémitisme nationaliste du temps de l'affaire Dreyfus, a succédé l'antisémitisme racial du XXe siècle, le pire de tous. Puis, au XXIe siècle, un antisémitisme nouveau s'est développé, dissimulé sous le terme d'antisionisme, nourri par le conflit israélo-palestinien. Nous croyons au principe d'une paix juste entre Israéliens et Palestiniens, sur la base de frontières sûres et reconnues. Mais en quoi la difficile réalisation de cette paix durable et la persistance du conflit justifieraient ici, sur la terre de France, la commission de crimes atroces inspirés par la plus fanatique idéologie d'islamistes radicaux ?<br /> Or, qu'avons-nous vu en France, au long des derniers mois ? Le vieux cri de haine &quot; mort aux juifs &quot; a retenti pour la première fois depuis l'Occupation dans les rues de Paris. Des synagogues ont été attaquées, des juifs insultés et molestés sur la voie publique. Ilan Halimi a été séquestré et torturé jusqu'à la mort par des brutes pour extorquer à sa famille une rançon puisque, selon le préjugé millénaire, tous les juifs seraient riches. Un jeune couple a été battu chez lui à Créteil, son domicile vandalisé et, ignominie absolue, la jeune femme violée pour savoir où ils cachaient une fortune imaginaire. Pire encore, à Toulouse, des enfants juifs ont été tués dans un lycée, massacre renouvelé des innocents. Et ces derniers jours, nous avons vécu, après la tuerie des journalistes de Charlie Hebdo et le meurtre de deux policiers, la prise de juifs en otages dans un supermarché casher. Quatre d'entre eux ont été abattus de sang-froid après que l'assassin eut été assuré qu'ils étaient juifs. A Nice, cette semaine, un djihadiste français frappait à coups de couteau des militaires qui gardaient un centre culturel juif. Interrogé, il n'a exprimé que sa haine pour la France, ses soldats et les juifs.<br /> Ainsi, survivants des années noires de l'Occupation, nous avons vu réapparaître avec horreur en France le visage sanglant de l'antisémitisme. Car quand Mohamed Merah, dans le lycée juif de Toulouse, poursuit une petite fille de 7 ans qui tente de s'enfuir, l'empoigne par les cheveux et lui loge à bout portant une balle dans la tête, il réitère les gestes des SS desEinsatzgruppen liquidant les juifs dans les ghettos de l'Europe occupée. Quand on tue ainsi un enfant, parce qu'il est né juif, qu'est-ce donc, sinon le pire des crimes antisémites ? En réalisant leurs forfaits, ces assassins commettent aussi la pire offense à la religion musulmane dont ils osent se réclamer et qui est, selon les théologiens musulmans, source de paix.<br /> La vérité est simple : ce sont des barbares comme leurs prédécesseurs nazis qui opéraient ici il y a soixante-douze ans, animés de la même haine antisémite, et qui ont assassiné des millions de juifs, parmi lesquels ceux dont les noms sont inscrits sur cette plaque. Pour nous, le chagrin et la pitié ne sont pas sélectifs. Nous ne pleurons pas que nos morts. Nous saluons aussi les journalistes de Charlie Hebdo, qui sont morts pour la liberté de la presse. Notre compassion va à leurs familles, si éprouvées, comme aux parents des policiers abattus dans l'exercice de leur mission de sécurité.<br /> Pour notre part, citoyens juifs de France, attachés indéfectiblement aux valeurs de la République, au nom de tous nos martyrs, nous lutterons sans trêve et par tous les moyens que la loi nous donne contre le racisme et l'antisémitisme, cette lèpre de l'humanité, qui demeure, toujours et partout, l'expression de la barbarie.<br /> par Robert Badinter<br /> © Le Monde
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E
La qualité de cette première page m’avait immédiatement frappé et nous avions échangé entre nous sur ce point. Et personnellement j’ai été très étonné qu’un grand nombre de Musulmans se soient cru offensés par une telle caricature. La caricature est une écriture qu’il faut savoir interpréter car elle est toujours à double, triple ou même quadruple sens. Décidément l’interprétation qui introduit un peu de raison dans la foi pour la rendre plus accessible à l’homme est encore soumise à un interdit au détriment de la foi elle-même. Il reste un long chemin à parcourir pour les croyants…
F
Bonjour!<br /> Je persiste et signe vouloir partager avec vous une remarque que je vous avais déjà communiquée très vite après la parution de la Une<br /> de Charlie Hebdo. Et qui m'a tracassé et interrogé depuis le début.<br /> Il était question de la fixation, focalisation de la majorité des commentaires sur une représentation, une image...<br /> et de l'oubli, inattention, non prise en compte de la parole et du message qui l'accompagnait: tout est pardonné.<br /> Je n'ai pas vu, lu ni entendu beaucoup de témoignages sur cette parole de pardon, qui pourtant me paraissait être la plus importante dans l'affaire....<br /> (il est vrai que nous sommes plutôt dans une longue tradition de fidèles, même de croyants en une Parole, un Message, pour la vivre<br /> aujourd'hui encore, et non en une Image, quel qu’elle soit...)<br /> et surtout que le message, la parole de pardon me semblait être assez universelle, compréhensible, en plus d'être aussi primordiale dans une foi juive, chrétienne, bouddhiste, musulmane....<br /> et que l'image au fond pouvait être celle du Prophète bien sûr, mais aussi celle de tout autre dignitaire ou personnage 'religieux' musulman...<br /> <br /> j'ai reçu il y a quelques temps, par des amis, une vidéo avec un assez long et intéressant entretien avec le dessinateur Luz,<br /> le dessinateur qui avait déjà fait le premier dessein du Prophète et ce dernier aussi,donc, par une journaliste américaine ou anglaise, je ne sais pas bien.<br /> Je peux vous transmettre le lien de la vidéo, si vous le désirez.<br /> Ce dessinateur Luz était très en retard ce jour-là pour la conférence de rédaction du journal, car la veille c'était son anniversaire<br /> et il s'était couché bien tard, donc il a survécu...<br /> <br /> A la fin de la vidéo avec son entretien il raconte un peu comment il a eu l'inspiration pour la Une de Charlie Hebdo.<br /> Je résume avec mes mots. Assis à la table de rédaction, cherchant quelle couverture imaginer pour le journal, il voit devant lui plusieurs visages de ses camarades, visages attristés, désemparés, au bord des larmes, un peu effondrés... et il se dit: tiens je vois le visage du Prophète dans ces visages, <br /> et voilà mon dessein du musulman attristé, au bord des larmes, (c'est une caricature un visage attristé, pleurant, souffrant?) <br /> et je lui dis, au Prophète:<br /> je m'adresse à toi. Mon pauvre vieux, dans quelle aventure nous nous sommes embarqués...toi que j'ai dessiné en 2011, qui nous a valu beaucoup d'emmerdes... et maintenant... qu'est-ce qu'on va faire? Quelque part, c'était presque un pardon mutuel qu'on se demandait et qu'on se faisait. Moi, en tant qu'auteur, en disant: je suis vraiment désolé de t'avoir embarqué dans une histoire pareille... et lui, en tant que personnage, qui me pardonnait et me disait: c'est grave ce qu'on fait en mon, mais pour toi, pas si grave que ça, tu es vivant, tu vas pouvoir continuer à dessiner...<br /> et voilà donc le message de la Une: tout est pardonné (de part et d'autre...) même pardonner pour la mort donnée à mes amis...pardonner les bourreaux...<br /> pas mal, non ?<br /> Qu’en pensez-vous?<br /> <br /> Francesco
A
La Croix – Les coptes d’Égypte victimes de la « vengeance » des djihadistes<br /> <br /> Actualités Mardi 17 février 2015 <br /> Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi s’est rendu lundi 16 février à la cathédrale copte orthodoxe Saint-Marc, dans le quartier d’Abassiyah au Caire, pour présenter ses condoléances au pape Tawadros.<br /> De son côté, le grand imam d’Al Azhar a redit son souhait de voir appliquer aux djihadistes les peines réservées par le Coran aux criminels.<br /> « Ils ont seulement dit :’Jésus, aide-moi !’ Ils ont été assassinés simplement parce qu’ils sont chrétiens. (…) Qu’ils soient catholiques, orthodoxes, coptes, luthériens n’a pas d’importance : ils sont chrétiens ! Le sang de nos frères chrétiens est un témoignage qui crie », s’est ému le pape François lundi 16 février, après l’égorgement filmé de 21 coptes égyptiens par des djihadistes en Libye.<br /> Pendant ce temps, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi s’est rendu à la cathédrale Saint-Marc, dans le quartier populaire d’Abassyiah au Caire, pour présenter ses condoléances au pape Tawadros. La présidence égyptienne a décrété sept jours de deuil national suite au massacre de ces 21 compatriotes.<br /> Le pape Tawadros, la plus haute autorité de l’Église copte orthodoxe, a publié la veille au soir un communiqué dénonçant le terrorisme et présentant ses condoléances aux familles des victimes. Patriarche des coptes catholiques, Ibrahim Sidrak a salué la mémoire « des martyrs qui ont donné leur vie à cause de leur foi ».<br /> Appartenant tous à l’Église copte orthodoxe, ces hommes avaient quitté la petite ville de Samalaout, en Moyenne-Egypte, près de Minya, pour partir travailler en Libye. Ils appartenaient à des familles modestes de l’Égypte rurale.<br /> CHRÉTIENNES « ENLEVÉES » ET CONVERTIES À L’ISLAM<br /> Dans la vidéo, l’un des djihadistes précise les raisons de leur exécution barbare. « Il explique que ces hommes sont des ’salibyin’ – ce qui peut signifier à la fois ’croisés’ ou ’chrétiens’ – et que lui et ses hommes sont des ’fils de Mohammed qui est venu avec l’épée’ », rapporte le P. Rafic Greiche, responsable du service de presse de l’Église catholique en Égypte. Le mot arabe ’salib’ signifie ’croix’.<br /> Le djihadiste qui s’exprime présente l’égorgement des 21 coptes comme « une vengeance » après une série d’incidents qui avaient tendu les relations entre chrétiens et musulmans en Égypte en 2007-2008. Plusieurs chrétiennes, « enlevées » par des musulmans et converties à l’islam, avaient ensuite été rendues à leur famille et mises à l’abri quelque temps dans des couvents, pour leur sécurité. « Vous avez kidnappé nos sœurs qui ont embrassé l’islam », accuse l’homme sur la vidéo.<br /> Enfin, le porte-parole explique que les corps ont été jetés à la mer pour rappeler que celui d’Oussama ben Laden a subi le même sort, après son exécution par les Américains au Pakistan en 2011. « Nous sommes au Sud de Rome, et nous prévenons les Romains que nous allons les envahir », annonce encore le djihadiste. Une nouvelle allusion au Vatican, déjà désigné à plusieurs reprises comme une cible par l’État islamique.<br /> LECTURE LITTÉRALE DES TEXTES SACRÉS<br /> Comme après l’exécution par Daech d’un pilote jordanien, brûlé vif dans une cage en début d’année, le grand imam d’Al Azhar, Ahmed al Tayeb, a répété sa condamnation des djihadistes et estimé que ceux-ci méritaient d’être « crucifiés ou de se voir couper une main ou un pied ».<br /> Ce faisant, le grand imam d’Al Azhar cite le verset 33 de la sourate « La table servie »  : « Telle sera la rétribution de ceux qui font la guerre contre Dieu et son Prophète et de ceux qui exercent la violence sur la terre  : ils seront tués ou crucifiés, ou bien leur main droite et leur pied gauche seront coupés, ou bien ils seront expulsés du pays. Tel sera leur sort  : la honte en ce monde et le terrible châtiment dans la vie future ».<br /> Une argumentation qui laisse perplexes les chrétiens d’Égypte, alors que le grand imam d’Al Azhar avait à plusieurs reprises montré son souhait de s’écarter d’une lecture littérale des textes sacrés de l’islam.<br /> « Il retourne contre Daech leur propre rhétorique. Mon interprétation, c’est qu’ils se mettent exactement sur le terrain de Daech pour leur répondre », analyse ainsi un bon connaisseur de l’Égypte.<br /> « Je pense que les responsables d’Al Azhar sont sincères dans leur refus de l’extrémisme mais ils ne sont pas sérieux quant à la méthode », poursuit Mgr Antonios, évêque copte catholique de Giza. « Ces déclarations montrent qu’ils ne sont pas prêts à laisser de côté certains enseignements, à critiquer certaines interprétations de versets du Coran ou de hadiths », c’est-à-dire des propos prêtés au prophète Mohammed ou à ses compagnons.<br /> Anne-Bénédicte Hoffner
L
FUSILLADES MEURTRIERES <br /> A COPENHAGUE <br /> <br /> Le Point - Publié le 15/02/2015 à 08:51 - Modifié le 15/02/2015 à 08:53 <br /> <br /> Deux attaques visant un centre culturel puis une synagogue ont fait deux morts dans la capitale danoise. La police pense avoir abattu l'auteur des attaques. <br /> La police de Copenhague a annoncé dimanche qu'elle pensait avoir abattu l'auteur des deux attaques qui ont fait deux morts et cinq blessés dans la capitale danoise. &quot;Nous pensons qu'il s'agit du même homme qui est l'auteur des deux fusillades&quot;, a dit un porte-parole de la police, Torben Moelgaard Jensen, lors d'une conférence de presse.<br /> La police danoise a abattu cet homme dimanche matin à Copenhague, quelques heures après deux fusillades dans un centre culturel et près de la synagogue de la capitale danoise. L'homme abattu venait d'ouvrir le feu sur les forces de l'ordre, a précisé la police. L'échange de coups de feu entre l'homme et la police a eu lieu dans le quartier populaire de Nørrebro, où les autorités avaient placé un logement sous surveillance.<br /> &quot;À un moment donné, une personne qui pourrait être liée à l'enquête est arrivée sur place&quot;, a expliqué la police. Quand les agents ont apostrophé cet homme, &quot;il a ouvert le feu&quot;. Aucun des policiers qui ont répliqué et l'ont abattu n'a été blessé. Dans la nuit de samedi à dimanche, la police avait affirmé ne pas être en mesure d'établir de lien formel entre les deux attaques de l'après-midi et de la nuit.<br /> Un jeune homme juif tué<br /> Lors de la première attaque, vers 15 heures GMT, un homme a criblé de balles un centre culturel où se tenait un débat sur l'islamisme et la liberté d'expression, faisant un mort dans l'assistance, un homme âgé de 55 ans, et blessant trois policiers. Par la suite, des coups de feu ont retenti après minuit (23 h 00 GMT) près de la synagogue de Copenhague. Une personne a été mortellement blessée à la tête, un policier a été blessé à la jambe et un autre au bras. <br /> Selon une association communautaire juive, le jeune homme tué était un juif qui surveillait les accès aux bâtiments pendant qu'une cérémonie avait lieu à l'intérieur. &quot;La police était déjà sur place. Une personne est arrivée et a commencé à tirer&quot;, a déclaré le porte-parole de la police, Allan Teddy Wadsworth-Hansen, précisant que la vie des policiers n'était pas en danger. <br /> Les forces de l'ordre ont diffusé dans la soirée une photo, apparemment prise dans un parking, d'un homme vêtu d'une doudoune foncée et d'un bonnet ou d'une cagoule bordeaux, avec un signalement : 25 à 30 ans, environ 1,85 m, athlétique. Des secteurs de la capitale danoise ont été bouclés mais &quot;il ne s'agit pas d'un couvre-feu général. Les gens peuvent se déplacer dans Copenhague, en sécurité&quot;, a affirmé le porte-parole. <br /> Un &quot;acte terroriste&quot;<br /> Après la première fusillade, la chef du gouvernement danois, Helle Thorning-Schmidt, a dénoncé &quot;un acte de violence cynique&quot;. Il estime que &quot;tout porte à croire que la fusillade (...) était un attentat politique et de ce fait un acte terroriste&quot;. Paris a immédiatement condamné &quot;avec la plus grande fermeté&quot; cette &quot;attaque terroriste&quot;. Washington a évoqué une attaque &quot;déplorable&quot; et proposé d'apporter son aide à l'enquête. <br /> Joint par l'AFP, l'ambassadeur de France au Danemark, François Zimeray, a décrit un assaut brutal sur le centre culturel, au sein duquel se trouvait notamment l'artiste et caricaturiste suédois Lars Vilks, qui a été l'objet de plusieurs menaces et d'agressions depuis la publication à l'été 2007 d'un dessin représentant le prophète Mahomet avec un corps de chien.<br /> &quot;Ils nous ont tiré dessus de l'extérieur. C'était la même intention que (l'attaque contre) Charlie Hebdo sauf qu'ils n'ont pas réussi à entrer&quot;, a-t-il déclaré. L'attaque par deux djihadistes français contre l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, le 7 janvier à Paris, avait fait 12 morts. Les assaillants avaient pénétré dans la salle de rédaction et y avaient ouvert le feu, avant de tuer un policier dans leur fuite. <br /> Deux jours plus tard, un homme lié aux deux djihadistes avait pris en otage plusieurs personnes dans une supérette cacher à Paris, faisant quatre morts dans la communauté juive.<br /> Des dizaines de coups de feu<br /> &quot;Intuitivement je dirais qu'il y a eu au moins 50 coups de feu, et les policiers ici nous disent 200. Des balles sont passées à travers les portes et tout le monde s'est jeté à terre&quot;, a raconté l'ambassadeur. Plusieurs dizaines de personnes assistaient au débat sous protection policière. <br /> Les vitres ont été criblées de nombreux impacts. Et la BBC a diffusé un enregistrement où on entend l'Ukrainienne Inna Shevchenko, du mouvement Femen, interrompue par des dizaines de coups de feu qui claquent sans répit. Les services de renseignement (PET) ont indiqué que l'attaque était &quot;planifiée&quot;. Mais la police a estimé que la question de la ou des personnes spécifiquement visées n'était &quot;pas évidente&quot;. <br /> Cette dernière a d'abord parlé de deux assaillants présumés ayant pris la fuite à bord d'une voiture. Le véhicule, vide, a été retrouvé quelques heures plus tard, à proximité du lieu de la fusillade et d'une gare. Puis quatre heures après l'attaque, les forces de l'ordre ont indiqué que &quot;les premiers témoignages indiquent qu'il n'y avait qu'un auteur&quot; des coups de feu. <br /> Les services de sécurité suédois ont précisé à l'AFP qu'ils étaient mobilisés au cas où l'assaillant présumé traverserait le détroit séparant Copenhague de Malmö. La police danoise coopère aussi avec son homologue allemande. Le ministre français de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, était attendu à la mi-journée dimanche à Copenhague. <br /> &quot;On se sent tous Danois ce soir&quot;, a déclaré à l'AFP un chroniqueur de Charlie Hebdo, Patrick Pelloux. &quot;C'est affreux parce que c'est un mois après les attentats à Paris, cela fait ressortir toute la tristesse.&quot;
Y
Au regard de ce texte très dense, je voudrais juste apporter un témoignage. Il y a déjà une vingtaine d’année, un ami très proche a connu une nuit un phénomène de décompensation accompagné de bouffées délirantes et annonça le matin à son épouse que Dieu lui demandait de sacrifier son fils. Ce n’est pas Yahvé qui empêcha le sacrifice mais un médecin urgentiste. Cette grande confusion mentale constituait les prémices d’une grave dépression. Il fallut à mon ami près de quatre années de thérapie tant médicamenteuse, que de type analytique pour enfin abandonner cette idée de toute puissance et laisser la place à la vie et par là même à l’autre.<br /> Celui-ci venait comme moi d’un milieu très populaire, et avait eu pour toute éducation religieuse que les deux ou trois années passées ensemble sur les bancs du catéchisme sans me souvenir toutefois que ce récit du sacrifice d'Abraham nous fut relaté. Quand ce dernier me conta plus tard cet épisode cauchemardesque, je fus alors convaincu que ce récit était fortement ancré dans notre inconscient. <br /> Par ailleurs, j’ai assisté hier à une représentation du film de Sissako Abderrahmane « Timbuktu », qui raconte l’histoire d’une résistance courageuse des membres d’un village malien tombé sous le joug d’extrémistes religieux.<br /> Je ne sais pas si le film souffre d’une forme d’angélisme par rapport à la réalité, mais malgré toute la pesanteur et parfois la grande violence qu’offrent certaines scènes, il m’a semblé que le réalisateur laissait apparaître une possibilité de dialogue entre l’Imam du village et ces nouvelles autorités religieuses, Mais bien que je sois plutôt convaincu des vertus thérapeutiques de ce mythe, comment mettre en œuvre cette possibilité d’écoute dans toutes ces situations de par le monde où pour l’instant seul le l’épée règne en maître.
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M
ISLAM<br /> <br /> Le monde des religions<br /> <br /> &quot;Le Prophète Mohammed demande de ne pas prendre les armes&quot;<br /> Propos recueillis par Matthieu Stricot - publié le 16/01/2015 <br /> « Tout est pardonné ». La une de Charlie Hebdo, après l’attentat qui a décimé la rédaction du magazine le 7 janvier 2015, présente le Prophète Mohammed dans une posture de miséricorde. Cette attitude correspond-t-elle aux paroles et actes de Mohammed, que les djihadistes, comme les détracteurs de l’islam, présentent comme un prophète guerrier ? Éric Geoffroy, islamologue à l’université de Strasbourg, nous explique la véritable signification du djihad, très loin de la « guerre sainte » prônée par les fanatiques d’aujourd’hui.<br /> Cette semaine, la une de Charlie Hebdo met en scène le Prophète Mohammed tenant une pancarte où il est inscrit « Tout est pardonné ». Cela va-t-il dans le sens des paroles et actes du Prophète ?<br /> Beaucoup de paroles et d’agissements du Prophète vont dans le sens de la compassion, de la miséricorde et du pardon. Le Prophète lui-même disait : « Je suis une pure miséricorde offerte aux mondes. » Dans les hadiths, les paroles du Prophète, il est dit que toutes les créatures sont la famille de Dieu. On trouve cette compassion chez tous les prophètes, mais chez Mohammed en particulier. Les terroristes n’avaient pas à venger le Prophète, car il n’était pas dans la vengeance. Un hadith convient tout à fait aux évènements actuels : « Lorsqu’il y a des troubles ou une guerre civile, la personne assise sera en meilleure posture que celui qui sera debout. De même, celle qui marche sera en meilleure posture que celle qui s’empresse. Brisez donc vos arcs, arrachez-en les cordes et frappez le tranchant de vos épées contre un rocher. Et si un agresseur pénètre dans votre demeure, comportez-vous comme le meilleur des fils d’Adam (Abel). » Le Prophète demande donc de ne pas prendre les armes. <br /> De même, la lapidation pour adultère n’est pas une loi islamique. Aux premiers temps de l’islam, la sharia n’existait pas. Les nouveaux musulmans s’inspiraient de la loi de Moïse. Quand certains individus venaient dénoncer un couple adultère au Prophète, celui-ci faisait tout pour ne pas écouter ce genre de témoignages. Il se détournait. Dans toute la vie du Prophète, il y a une insistance sur cette compassion universelle.<br /> Pourquoi cite-t-on souvent le « verset du sabre » – « À l’expiration des mois sacrés, tuez les polythéistes où que vous les trouviez. Saisissez-vous d’eux, assiégez- les... » (s9.v5) – pour évoquer un Prophète « guerrier » ?<br /> On ne peut pas citer les textes révélés sans préciser leur contexte. Cela vaut aussi pour la Bible ou encore la Bhagavad-Gita des hindous. On ne peut pas se saisir des textes sacrés sans la médiation de gens autorisés. En islam, l’accès aux textes sacrés était médiatisé par les oulémas, des théologiens qui connaissaient le contexte. Maintenant, avec Internet, on peut dire n’importe quoi en toute ignorance. Le verset en question sort d’un contexte particulier. Persécutés, le Prophète et ses compagnons avaient dû fuir à Médine. Les musulmans avaient signé une trêve avec les polythéistes de La Mecque. Mais ceux-ci ont trahi le pacte. Le Prophète attendait une révélation pour pouvoir se défendre militairement. Il a attendu 14 ans, depuis le début de la persécution à La Mecque. Ce verset arrive pour dire « Stop », pour demander aux musulmans de se défendre contre les agressions à répétition des Mecquois. D’ailleurs, on ne peut pas lire le verset 9.5 sans le suivant, le 9.6 : « Et si un de ces polythéistes demande ta protection, accorde-la lui afin qu’il écoute la parole de Dieu. Puis fais-le reconduire en lieu sûr. » Cela prouve qu’il ne faut jamais lire un verset hors contexte.<br /> Remettre les choses dans leur contexte, est-ce aussi valable pour les juifs Banû Qurayza tués en 627 ?<br /> Cette tribu juive, alliée aux musulmans de Médine contre les Mecquois, s’était retournée contre les musulmans lors de la bataille du Fossé (Khandaq). À la suite de quoi, les musulmans les ont assiégés et ont eu raison de leur forteresse. L’entrée en islam leur fut proposée, en vain. Afin que leur jugement soit le plus indulgent possible, le Prophète en chargea un grand ami de cette tribu juive, Sa’d ibn Mu’adh, un membre de la tribu arabe médinoise des Aws. Celui-ci fit exécuter les hommes de la tribu pour haute trahison. Le Prophète approuva cette décision. Le jugement de Sa‘d s’inscrivait en fait dans la droite ligne de la loi juive. Dans le cas d’une cité assiégée, il est dit en Deutéronome 20 : 12 : « Et lorsque le Seigneur ton Dieu l’aura livré entre tes mains, tu feras passer tous les mâles au fil de l’épée ; mais les femmes, les enfants, le bétail et tout ce qui se trouvera dans la ville, ainsi que tout son butin, tu le prendras pour toi. » <br /> La trahison a toujours été punie de la peine de mort, dans toutes les lois de la guerre. Or, la clémence que pratiquait le Prophète jusqu’alors avait toujours joué en sa défaveur : la sauvegarde des prisonniers, à l’issue de la bataille de Badr notamment, avait failli être fatale aux musulmans lors des batailles suivantes. Cette fois, le message fut entendu, et une telle situation ne se présenta plus de son vivant.<br /> D’où vient le concept de djihad ? Et plus précisément, dans quel contexte s’applique le djihad mineur, le djihad militaire ?<br /> Le Prophète distingue « djihad majeur » et «djihad mineur ». Le « djihad majeur » consiste à lutter contre son ego, ses passions et ses illusions, en Dieu. Le terme arabe signifie « effort sur soi ». Le djihad doit répandre le bien. Le Prophète dit par exemple à ce propos : « Ôte un caillou du chemin pour ne pas que ça ne nuise pas aux autres. » Quant au djihad mineur, militaire, il n’est autorisé qu’en cas de légitime défense. Ainsi lors des Croisades. Quand les chrétiens prirent Jérusalem en 1099, ils tuèrent les juifs et musulmans qui y vivaient. Lorsque Saladin reprît la ville en 1187, il épargna tout le monde, croisés compris. Il s’est aussi appliqué pendant l’occupation coloniale. Lorsque l’Europe a pris les terres aux Algériens, selon les lois, le djihad pouvait être déclaré. Mais c’est tout. Le djihad ne peut consister à répandre l’islam par l’épée.<br /> Dans ce contexte post-colonial, les djihadistes d’aujourd’hui peuvent-ils interpréter à leur manière le verset : « quiconque tuerait une personne non coupable d'un meurtre ou d'une corruption sur la terre, c'est comme s'il avait tué tous les hommes » (s5.v32). Considèrent-ils que les Occidentaux ont corrompu leurs terres et méritent donc la mort ?<br /> Ces gens-là savent très bien communiquer. Quand ils ont effacé avec des bulldozers l’ancienne ligne de démarcation entre la Syrie et l’Irak, datant des accords Sykes-Picot de 1916, ils ont affirmé effacer le mal que l’Occident avait fait. Même revendication quand ils ont tué Hervé Gourdel en Algérie. Ils nous renvoient notre miroir : les croisades, le colonialisme, la Guerre d’Algérie, les Guerres du Golfe, la création d’Israël, le conflit israëlo-palestinien..... Ils sont dans le ressentiment vis-à- vis de l’Occident. Cela nourrit des rancoeurs au Proche-Orient. Mais les premières victimes des djihadistes sont les musulmans eux-mêmes, que ce soit au Yémen, en Irak, en Syrie, en Afghanistan. Il y a des milliers de morts. Notamment dans le conflit chiites-sunnites, qui a été attisé par les Américains en Irak. Daech joue clairement la carte antichiite. Et certains musulmans tombent dans le panneau.<br /> Par quels référents les djihadistes s’autorisent-ils des pratiques aussi barbares que l’esclavage sexuel des femmes yézidies ?<br /> En islam, il n’y a pas de magistère suprême. La source d’autorité est plurielle. Les fanatiques peuvent lancer une fatwa, en se référant à un avis juridique antérieur. Dans ce cas précis, ils peuvent affirmer qu’en cas de guerre, une femme qui s’offre aux combattants est récompensée. Mais, alors que l’islam prône l’équilibre, ces gens-là sont d’emblée dans l’extrémisme. Plusieurs autorités islamiques ont condamné ces actes, comme le fait de tuer des juifs et des chrétiens, actes totalement contraires à l’islam. Il ne faut pas entrer dans leur jeu. Ne pas développer de ressentiment antimusulman.<br /> Si cela va à l’encontre des valeurs de l’islam, pourquoi ces djihadistes recherchent-ils la guerre à tout prix?<br /> Cette logique jusqu’au-boutiste est animée par un nihilisme messianique. Ils ne sont pas les seuls. Beaucoup de musulmans, de juifs et chrétiens born-again américains, dont l’ex-président des États-Unis George W. Bush, y croient : il faut précipiter le chaos pour susciter la venue du Mahdi, du sauveur qui va préparer le retour de Jésus sur terre. Pour l’islam, Jésus n’est pas mort et va revenir à la fin des temps pour apporter le règne de la paix. Les djihadistes veulent précipiter le conflit en créant une guerre entre l’Occident et le monde musulman. Ils cherchent à attiser les haines, pour provoquer un choc des civilisations qui n’existe pas. C’est un choc des ignorances. Ces ignorances puisent leurs sources dans un malaise civilisationnel. Les gens qui commettent ces actes, comme les frères Kouachi, sont endoctrinés, mais n’ont pas de connaissance réelle de l’islam. Ils développent une culture du ressentiment envers l’Occident, la mondialisation, etc.. et ils cherchent une identité.<br /> Que faut-il faire pour enrayer le phénomène des départs au djihad ?<br /> Il faut créer des centres français de formation à l’islam. Ne pas laisser les gens partir se former en Arabie ou au Pakistan. La France n’a pas pris en compte le renouveau du religieux en général, de l’islam en particulier. Il y a une dizaine d’années, l'État français n'a fait aboutir aucune demande de création d’institut universitaire de formation à l'islam. Alors que le président Chirac y était favorable. La France doit réformer son rapport au religieux et au spirituel. Il faut prendre en compte le besoin de spiritualité. Beaucoup de gens, musulmans ou non, me confient qu’ils étouffent en France, car l’État nie le religieux et la spiritualité. Qu’elle soit islamique, chrétienne, juive ou autre, la spiritualité est à même de dépasser le champ horizontal du conflit. Elle apporte de la sagesse et du recul face aux évènements. Il faut bien sûr faire des lois antiterroristes. Mais il faut avant tout nourrir l’âme humaine, lui donner un sens.<br /> http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/le-prophete-mohammed-demande-de-ne-pas-prendre-les-armes-16-01-2015-4479_118.php<br /> <br /> Appuyer sur le titre.
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RELIGION<br /> <br /> PEUT-ON REPRESENTER LE PROPHETE<br /> <br /> Serge Lafitte - publié le 01/07/2006 <br /> L'interdiction de la représentation humaine, dans le monde musulman, n'a jamais été absolue. Y compris en ce qui concerne Mohamed. Retour sur une question toujours disputée… (Nous republions ici un article d'archives.)<br /> « Il est interdit de faire des images du Prophète ». L'argument a été répété à l'envi lors de la polémique suscitée par les caricatures danoises de Mohamed. Est-ce aussi sûr ? Le Coran, recueil de la révélation divine transmise à Mohamed, ne condamne clairement que l'idolâtrie, c'est-à-dire le fait d'associer au culte du Dieu unique celui de divinités représentées par des idoles. Mais on n'y trouve pas une interdiction aussi nette que celle prononcée par Dieu dans la Bible : « Tu ne te fabriqueras pas d'idoles, ni aucun objet représentant ce qui est dans les cieux, sur la terre ou dans les eaux sous la terre… » (Exode 20,4). Difficile, donc, de soutenir que le supposé rejet de la représentation par l'image dans l'islam relève de la loi divine…<br /> Reste qu'il y a bien eu des condamnations. Pour ce faire, les juristes musulmans des ixe et xe siècles se sont appuyés sur la sunna, un ensemble de textes où ont été recueillis les propos (hadith) ainsi que les faits et gestes du Prophète. Ces juristes ont justifié leur hostilité à l'égard des images en y puisant trois arguments : le risque de retomber dans l'idolâtrie, leur impureté, ainsi que la condamnation, lors du Jugement dernier, de ceux qui en auront fabriqué, car ils seront incapables de leur insuffler une âme, selon le défi auquel Dieu les soumettra…<br /> Deux précisions s'imposent ici. Dans l'islam, comme dans les autres monothéismes, les notions de pureté et d'impureté servent à distinguer le sacré du profane. Selon un hadith, le Prophète aurait ainsi affirmé qu'un ange n'entrerait jamais dans une pièce où seraient exposées des images… Quant à la capacité d'insuffler une âme, elle est le monopole de Dieu. Sera donc condamné, mais dans l'au-delà, celui qui aura échoué dans la tentative de se faire l'égal de l'unique Créateur…<br /> Pour autant, la condamnation de l'image n'a pas été absolue. D'une part, pour le soufisme, courant mystique de l'islam, « un vrai croyant, s'il ne voit qu'en Dieu et par Dieu, ne voit en toute chose que des manifestations de Dieu, estimait Ibn 'Arabî », rappelle Jean-François Clément, chercheur au CNRS. D'autre part, « l'interprétation de la sunna n'a pas été univoque, car elle rassemble des textes souvent contradictoires », souligne ce fin connaisseur de la civilisation musulmane.<br /> D'où l'ambivalence de cette première jurisprudence, certains juristes condamnant la seule production d'images d'êtres animés, quand d'autres interdisent toutes les formes d'images, y compris celles reproduisant un quelconque élément inanimé de la nature. Mais il se trouve aussi des juristes pour considérer que des images figuratives deviennent licites quand elles sont privées de l'une des parties vitales de l'être animé, la tête par exemple…<br /> Les libertés de la miniature « persane »<br /> Pour bien comprendre cette « querelle des images », il faut la replacer dans son contexte historique. A la fin du ixe siècle, le monde chrétien sort de la crise iconoclaste qui a vu le retour du culte des icônes dans le christianisme byzantin. Déjà considéré comme polythéiste, à cause du dogme de la Trinité, le christianisme devient alors doublement idolâtre aux yeux des musulmans pour qui cette période est celle de la première interprétation des hadith du Prophète. Ainsi, la réponse à la question de l'image tient aussi d'une « affirmation identitaire, celle de l'être musulman, croyant monothéiste absolu, face aux idolâtres trinitaires », souligne Jean-François Clément.<br /> La conséquence principale en est l'interdiction de toute image figurative dans l'espace sacré (mosquées et lieux de prière), et même, jusqu'à une époque récente, dans l'espace public. Mais, la condamnation n'étant pas absolue, un art figuratif peut se développer dans la sphère privée. Il s'exprime magnifiquement, du xive au xvie siècles, dans l'Empire moghol en Inde, dans l'Empire ottoman et en Perse. Pour les théologiens soufis des souverains moghols, cette production ne soulève aucun problème. En Perse et dans l'Empire ottoman, on invente la fameuse « miniature persane », en contournant l'interdit grâce à une stylisation qui empêche toute confusion avec la réalité. Ce refus du réalisme permet de représenter des êtres vivants, y compris le Prophète et ses compagnons. Quitte, pour ne point heurter les plus radicaux des juristes, à voiler parfois leurs visages… Mais cette production de prestige, réservée à la société de cour, est un véritable luxe qui ne survivra pas à l'affaiblissement des empires qui l'ont abritée. L'image figurative disparaît ainsi de l'univers musulman. A l'exception de l'Iran où « l'on trouve couramment, autrefois dans des fresques murales, aujourd'hui sous forme d'autocollants, des représentations d'Ali, gendre de Mahomet et premier imam du chiisme, et de ses descendants directs, Hassan et Hussein, précise Jean-François Clément. Avant la révolution khomeyniste, il y a même eu un retour, sous forme d'affiche ou de poster, de la figure du Prophète. »<br /> Dans l'islam sunnite, en revanche, il faut attendre la fin du XIXe siècle et le renouveau d'une réflexion tendue vers la modernisation de l'islam. Ainsi, l'un des grands penseurs de l'époque, l'Egyptien Mohammed Abdo, considère qu'il n'y a aucun risque que des musulmans modernes transforment des images en idoles. Dès cette période, la gravure et l'imprimerie permettent la production à grande échelle d'images pieuses des prophètes du Coran (Abraham, Noé, Moïse…), à l'exclusion de Mohamed.<br /> Le rigorisme à l'épreuve des médias contemporains<br /> Mais la querelle des images rebondit avec le déploiement du wahhabisme. Fondée au xviiie siècle, cette branche rigoriste du sunnisme s'impose au début du xxe siècle en Arabie Saoudite en prônant le retour à un islam prétendument originel. Son rejet absolu de toute image figurative n'empêchera pourtant pas le développement de la télévision et de la photographie dans l'Arabie actuelle.<br /> Toutefois, les talibans afghans, iconoclastes jusqu'à détruire à l'explosif les bouddhas géants de Bamiyan, ont été formés dans des écoles coraniques wahhabites… Et l'on sait l'influence du wahhabisme dans le « retour » du monde musulman à une tradition plus rigoriste, même si se poursuit, en particulier sur Internet, la diffusion d'images pieuses représentant les grandes figures de l'islam, hormis le Prophète. L'Iran fait encore exception, car on trouve en vente, dans le bazar de Téhéran, des images figurant un Mohamed adolescent. Elles sont tolérées parce qu'il n'a pas encore atteint l'âge adulte, auquel la révélation divine a fait de lui le Prophète le plus vénéré de l'islam…<br /> Illustration contemporaine de ce que la condamnation de l'image dans l'islam, y compris celle de sa figure la plus sacrée, n'a jamais été ni absolue ni permanente. La querelle islamique des images a bien plutôt suivi des phases contrastées, plus ouvertes ou plus fermées selon l'influence du contexte historique, et en connaîtra d'autres, pas forcément iconoclastes…<br /> <br /> Appuyer sur Serge Lafitte
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NOUS CHRTETIENS DE PALESTINE, DISONS « ALLAHU AKHBAR »<br /> http://globalepresse.com/2015/02/01/nous-chretiens-de-palestine-disons-allahu-akbar/<br /> <br /> Source: http://rt.com/op-edge/227871-palestinian-orthodox-christian-bishop/<br /> <br /> <br /> <br /> L’Archevêque Theodosios (Hanna) de Sebastia – <br /> <br /> Par Nadezhda Kevorkova, le 30 janvier 2015<br /> <br /> Le seul évêque palestinien chrétien orthodoxe en Terre Sainte s’exprime sur la souffrance des Chrétiens de Palestine, leur unité avec les Musulmans dans la lutte palestinienne, les martyrs chrétiens orthodoxes et l’Ukraine.<br /> <br /> L’Archevêque Sebastia Théodosios (Atallah Hanna), 49 ans, est le seul archevêque chrétien orthodoxe de Palestine à être en poste à Jérusalem et en Terre Sainte, tandis que tous les autres évêques du Patriarcat de Jérusalem sont des Grecs. Les autorités israéliennes l’ont plusieurs fois maintenu en détention, l’ont arrêté à la frontière ou ont confisqué son passeport. Parmi tous les ecclésiastiques de Jérusalem, il est le seul qui ne jouisse pas du privilège de passer par la porte VIP à l’aéroport – à cause de sa nationalité. « Pour les autorités israéliennes je ne suis pas un évêque, mais plutôt un Palestinien, » explique son Éminence. Quand il parle au téléphone, il utilise beaucoup de mots qui sont d’habitude entendus de la part de Musulmans: « Alhamdulillah, Inch’Allah, Macha’Allah ». Il parle l’Arabe, et le mot arabe pour « Dieu » est Allah, que vous soyez chrétien ou musulman.<br /> ……<br /> <br /> NK : La récente attaque sur le journal satyrique français à déclenché une vague de manifestations anti-musulmanes en Europe. Netanyahou a défilé au premier rang d’une telle manifestation. Quelle est votre réaction face à ce qui s’est passé ?<br /> <br /> TS : Nous dénonçons les attaques de Paris qui ont été commises par des gens représentant prétendument une religion particulière.<br /> Mais ils ne représentent aucune religion – ce sont des assassins.<br /> Cette attaque a été perpétrée par des gens qui prétendent avoir la foi, mais ils ne représentent aucunement l’Islam ni ne peuvent agir au nom de l’Islam, ils ne font que nuire et faire du tort à l’image de l’Islam à travers leurs actes.<br /> Pareillement, nous dénonçons tout autant les opérations terroristes en Syrie et en Irak, que les attaques terroristes à Paris.<br /> Ceux qui ont commis les attaques terroristes de Paris et appartiennent d’ailleurs aux mêmes groupes qui se livrent au terrorisme en Syrie et en Irak et attaquent des lieux saints, profanent des églises et kidnappent des dirigeants religieux.<br /> Ils attaquent des femmes et des enfants en Syrie, au Liban et en Irak.<br /> Nous avons été témoins de l’acte de terreur, à Tripoli au Liban il y a seulement quelques jours qui a tué des douzaines de personnes innocentes dans un café.<br /> Nous condamnons les attaques terroristes de Paris et nous condamnons également toutes les attaques similaires partout dans le monde. Nous sommes fermement opposés à l’idée d’une connexion de ces attaques avec l’Islam.<br /> Nous sommes actuellement en préparation d’une conférence internationale à laquelle prendront part des personnalités religieuses – Chrétiennes, Musulmanes et Judaïques – de plusieurs pays pour affirmer que nous, les représentants des trois religions monothéistes, sommes contre la terreur, le fanatisme et la violence utilisés sous des slogans religieux. La conférence aura peut-être lieu à Amman, en Jordanie.
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Aujourd’hui, le Prophète est aussi «Charlie»<br /> Soufiane ZITOUNI Professeur de philosophie au lycée Averroès à Lille 14 janvier 2015 à 19:36 <br /> TRIBUNE<br /> Voici une tradition prophétique islamique (hadith) que j’aime raconter à mes élèves de terminale : un jour, un compagnon du prophète Mohamed surprend celui-ci en train de pleurer, et lui demande la raison de ces larmes qui lui fendent le cœur. Le Prophète lui répond alors entre deux sanglots : «J’ai vu que dans le futur j’allais devoir témoigner contre ma propre communauté.» Et je pose ensuite cette question à mes élèves : «Ce futur sur lequel pleurait le Prophète de l’islam, n’est-ce pas notre propre époque ?»<br /> Je veux témoigner dans Libération (journal pour lequel j’ai travaillé dans les années 80 à Lyon au côté de Philippe Lançon que je salue affectueusement et auquel je souhaite un prompt rétablissement), de mon vécu propre des événements tragiques de ces derniers jours, en tant que citoyen français d’abord, et de culture musulmane ensuite. Oui, c’est bel et bien en tant que citoyen français qu’il me faut réagir aujourd’hui, et non pas en tant que membre d’une communauté religieuse (nécessairement hétérogène d’ailleurs, donc imaginaire, irréelle…), d’un mouvement politique, d’un courant d’idée, etc.<br /> J’ai raconté ce hadith mardi à une classe de terminale dans laquelle les élèves sont majoritairement musulmans, et où il y a des filles voilées et d’autres non voilées. Je leur ai raconté cette histoire en ayant à l’esprit la une du Charlie Hebdo, renaissant de ses cendres, révélée par les médias la veille de sa sortie, mais aussi un dessin de Cabu tellement juste et si peu compris par beaucoup de musulmans, malheureusement, montrant un prophète de l’islam en colère s’exclamant : «C’est dur d’être aimé par des cons !» J’atteste ici en tant que citoyen français de culture musulmane de l’authenticité de ce hadith relayé par Cabu, paix à son âme ! Et je brandis en même temps une pancarte avec écrit dessus en lettres capitales : «Humour !»<br /> Depuis quelque temps, et surtout depuis ces horribles meurtres d’innocents commis par des fous furieux criant «Allah est le plus grand !» ou «Le prophète Mohamed a été vengé !», je me demande si beaucoup de musulmans n’ont pas un énorme problème avec l’humour. Et j’ai repensé à un livre du psychanalyste François Roustang, qui m’avait beaucoup intéressé lors de sa sortie, intitulé Comment faire rire un paranoïaque ? François Roustang y explique que nous avons tous en nous un paranoïaque qui a besoin d’ennemis identifiés pour se rassurer quant à son identité propre, parce que ses ennemis lui servent de «limites» ou de «bornes» (qu’il n’a pas pu se constituer lui-même) lui permettant imaginairement de ne pas se diluer en un chaos angoissant. Et François Roustang ajoute que ce paranoïaque en nous, manque cruellement d’humour. Parce que ne plus prendre au sérieux sa propre paranoïa, ses «ennemis certains», ce serait renoncer à son identité imaginaire aussi consistante qu’un ectoplasme. Pourtant, commencer à rire de sa propre folie est le début de la guérison nous révèle aussi Roustang dans son très bon livre tragiquement d’actualité.<br /> Pourquoi tant de musulmans manquent aussi cruellement d’humour, de recul, de sérénité dès que l’on touche à un tabou, un dogme, un interdit auquel ils sont jalousement attachés ? Prenons l’exemple de l’interdiction de la représentation du Prophète. Un sacré tabou au sein de l’islam ! Mais un tabou indéboulonnable vraiment ? J’ai été très proche un temps d’une confrérie soufie, la Tariqa Alawiya, dont le guide spirituel vivant en France est le cheikh Khaled Bentounès. En 2009, à l’occasion du centenaire de cette confrérie, le cheikh Bentounès a édité un bel album, d’une grande richesse iconographique, dans lequel il a osé publier des miniatures persanes représentant le prophète Mohamed, en considérant sereinement que ces représentations faisaient partie du patrimoine de l’islam, et qu’il n’y avait pas toujours eu, dans l’histoire de cette religion, un consensus des savants musulmans quant à l’interdiction de ce type de représentation. Comme il fallait s’y attendre, une polémique violente a immédiatement éclaté dans la presse algérienne, provoquée par deux institutions islamiques de poids, le Haut Conseil islamique et l’Association des oulémas, celle-là même qui combattit avec acharnement les confréries soufies du temps de la colonisation française en les accusant de superstitions non conformes à la charia et d’accointances coupables avec l’envahisseur. Ces mêmes institutions islamiques ont aussi accusé le cheikh Bentounès d’avoir associé dans son album commémoratif le sceau de l’émir Abdelkader à l’étoile de David, symbole du sionisme selon eux, alors qu’il ne faisait que reprendre le symbolisme profond et commun à l’islam et au judaïsme du sceau de Salomon. Mais l’ignorance de ces prétendus «savants» de l’islam (ouléma veut dire «savant» en arabe) nous aura permis au moins de découvrir avec enchantement dans la même presse algérienne, et cela grâce à la pugnacité du cheikh Bentounès, que nombre d’édifices musulmans en Algérie recèlent dans leur architecture ou leur mobilier ce «symbole du sionisme».<br /> Est-ce à dire, alors, que la connaissance serait sœur de l’humour ? A cette question, je réponds sans hésitation, oui ! Ils sont risibles ces pseudo-savants de l’islam qui connaissent si mal leur religion et son patrimoine universel ! Mais ils sont risibles tant qu’ils ne passent pas au stade de la kalachnikov ou de l’attentat dit «kamikaze» pour répondre à ceux qu’ils perçoivent comme des ennemis de l’islam. Rappelons-nous que le prophète Mohamed lui-même disait que «l’encre du savant est plus précieuse que le sang du martyr».<br /> Alors oui, ce prophète caricaturé, insulté, moqué, mais surtout ignoré, est aussi Charlie aujourd’hui, n’en déplaise à un grand nombre de musulmans qui trouveront peut-être ce propos déplacé ou naïf, voire insultant, surtout de la part de quelqu’un qui se réclame comme eux de la culture islamique. Oui, j’ose le dire, comme le très beau dessin de Luz le suggère avec tendresse et intelligence : le prophète de l’islam, Mohamed, pleure avec nous toutes les victimes innocentes de la barbarie et de l’ignorance, et demande à Allah le pardon pour les nombreuses brebis égarées se réclamant de sa religion alors qu’elles n’ont toujours pas compris l’essentiel de son message.<br /> Soufiane ZITOUNI Professeur de philosophie au lycée Averroès à Lille
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REFONDER LA PENSEE THEOLOGIQUE ISLAMISTE<br /> <br /> <br /> Ghaleb BENCHEIKH<br /> <br /> Notre nation a connu une terrible épreuve. L’ignominie et le terrorisme abject ont frappé au cœur de Paris. Un véritable carnage. Et nous ne pouvons pas nous contenter seulement de dénoncer ces actes qui nous révulsent et de condamner leurs auteurs, sans réserve, ni nous résoudre dans une résignation morose à subir la prochaine attaque... D’ailleurs, qui dit dénoncer entraîne aussitôt qu’il faut annoncer : clamer haut et fort qu’aucune raison, si légitime soit-elle, ne saurait justifier le massacre des innocents et aucune cause, si noble soit-elle, ne prépose la terreur aveugle. Nous scandons jusqu’au ressassement ce que nous avons toujours proclamé : on ne peut pas et on ne doit pas se prévaloir d’un idéal religieux pour semer la haine. <br /> Il se trouve que des individus fanatisés affiliés à des groupes islamistes djihadistes ont décidé de déclencher une conflagration généralisée s’étalant sur un arc allant depuis le nord Nigéria jusqu’à l’Île de Jolo. Et, l’élément islamique y est franchement impliqué. Chaque jour que Dieu fait, des dizaines de vies sont fauchées par une guerre menée au nom d’une certaine idée de l’Islam avec toutes les logorrhées dégénérées qui usurpent son vocabulaire et confisquent son champ sémantique, devenus anxiogènes. Les exactions qui sont commises nous scandalisent et offensent nos consciences. L’incendie ne semble pas fixé, bien au contraire, ses flammes voudraient nous atteindre en Europe et nous brûler, chez nous, en France.<br /> Nous ne cèderons jamais à la psychose. C’est une déclaration de résistance et d’insoumission face à la barbarie.<br /> Cette guerre réclame de nous tous, qui que nous soyons, hommes et femmes de bonne volonté, mais surtout de nous autres musulmans de l’éteindre. Il est de notre responsabilité d’agir et de nous opposer à tout ce qui l’attise et l’entretient. Nous ne le faisons pas pour obéir à telle injonction ni parce que nous sommes sommés de nous « désolidariser ». Nous agissons de la sorte, avec dignité, mus que nous sommes par une très haute idée de l’humanité et de la fraternité. <br /> Nous ne cèderons jamais à la psychose. C’est une déclaration de résistance et d’insoumission face à la barbarie. C’est aussi notre attachement viscéral à la vie, à la paix et à la liberté. Après l’affliction et la torpeur, il est temps de reconnaître, dans la froideur d’esprit et la lucidité, les fêlures graves d’un discours religieux intolérant et les manquements à l’éthique de l’altérité confessionnelle qui perdurent depuis des lustres dans des communautés musulmanes ignares, déstructurées et crispées, repliées sur elles-mêmes.<br /> En effet, le drame réside dans le discours martial puisé dans la partie belligène du patrimoine religieux islamique – conforme à une vision du monde dépassée, propre à un temps éculé - qui n’a pas été déminéralisée ni dévitalisée. Des sermonnaires doctrinaires le profèrent pour « défendre » une religion qu’ils dénaturent et avilissent. Plus que sa caducité ou son obsolescence, il est temps de le déclarer antihumaniste. <br /> Au-delà des simples réformettes, par-delà le toilettage, plus qu’un aggiornamento, plus qu’un rafistolage qui s’apparentent tous à une cautérisation d’une jambe en bois, c’est à une refondation de la pensée théologique islamique qu’il faut en appeler, je ne cesse pour ma part, de le requérir et je m’étais égosillé à l’exprimer. En finir avec la « raison religieuse » et la « pensée magique », se soustraire à l’argument d’autorité, déplacer les préoccupations de l’assise de la croyance vers les problématiques de l’objectivité de la connaissance, relèvent d’une nécessité impérieuse et d’un besoin vital. L’on n’aura plus à infantiliser des esprits ni à culpabiliser des consciences. Les chantiers sont titanesques et il faut les entreprendre d’urgence : le pluralisme, la laïcité, la désintrication de la politique d’avec la religion, l’égalité foncière entre les êtres, la liberté d’expression et de croyance, la garantie de pouvoir changer de croyance, la désacralisation de la violence, l’Etat de droit sont des réponses essentielles et des antidotes primordiaux exigés.<br /> Face à la barbarie, il vaut mieux vivre peu, debout, digne et en phase avec ses convictions humanistes que de vivre longtemps en louvoyant, en étant complice, par l’inaction, de ce qu’on réprouve.<br /> Ce n’est plus suffisant de clamer que ces crimes n’ont rien à voir avec l’islam. Le discours incantatoire ne règle rien et le discours imprécatoire ne fait jamais avancer les choses. Ce n’est plus possible de pérorer que l’islam c’est la paix, c’est l’hospitalité, c’est la générosité... Bien que nous le croyions fondamentalement et que nous connaissions la magnanimité et la miséricorde enseignées par sa version standard, c’est bien aussi une compréhension obscurantiste, passéiste, dévoyée et rétrograde d’une partie du patrimoine calcifié qui est la cause de tous nos maux. Et il faut tout de suite la dirimer. Nous ne voulons pas que la partie gangrène le tout. Les glaciations idéologiques nous ont amenés à cette tragédie généralisée. Nous devons les dégeler. La responsabilité nous commande de reconnaître l’abdication de la raison et la démission de l’esprit dans la scansion de l’antienne islamiste justifiée par une lecture biaisée d’une construction humaine sacralisée et garantie par « le divin ». Il est temps de sortir des enfermements doctrinaux et de s’affranchir des clôtures dogmatiques. L’historicité et l’inapplicabilité d’un certain nombre de textes du corpus religieux islamique sont d’évidence, une réalité objective. Nous l’affirmons. Et nous en tirons les conséquences. Je regrette que nous ne l’ayons pas fait dans notre pays, en France. Aucun colloque de grande envergure n’a pu se tenir, aucun symposium important n’a été organisé en vue de subsumer la violence « inhérente » à l’islam ; pas la moindre conférence sérieuse n’a été animée pour pourfendre les thèses islamistes radicales. Il est vrai que la pusillanimité et la frilosité de nos hiérarques nous ont causés beaucoup de torts. Leur incurie nous laisse attendre, tétanisés, la tragédie d’après. Face à la barbarie, il vaut mieux vivre peu, debout, digne et en phase avec ses convictions humanistes que de vivre longtemps en louvoyant, en étant complice, par l’inaction, de ce qu’on réprouve.<br /> Encore de nos jours, dans de nombreux pays, à populations musulmanes, des régimes politiques sévissent sans légitimité démocratique. Ils gouvernent en domestiquant la religion et en idéologisant la tradition. Ils manipulent la révélation pour des fins autres que spirituelles. Quel crédit peut-on accorder à leur participation à la coalition qui bombarde le prétendu « Etat islamique » alors que les criminels fous furieux du califat de la terreur appliquent leurs doctrines et soutiennent leurs thèses ? La monstruosité idéologique de l’EIIL, dénommée Daesh, c’est le wahhâbisme en actes, rien d’autre. C’est le salafisme dans les faits, la cruauté en sus.<br /> Nous sommes encore, dans des contrées, sous « climat » islamique, à l’ère de la criminalisation de l’apostasie, des châtiments corporels, de la minoration de la femme, de la captation des consciences et de la discrimination fondée sur la base religieuse. Et cela au vingt-et-unième siècle, après en avoir « mangé » une décade et demie ! Or, on ne jauge le degré d’avancement éthique d’une société qu’à l’aune du sort des minorités en leur sein. Même si, in fine, dans une société libre, laïque et démocratique, il n’y a de majorité et de « minorité » qu’au Parlement. Parce que le citoyen y est appréhendé in abstracto de l’appartenance confessionnelle ou d’autres spécificités singulières…à quand la citoyenneté pour tous, chrétiens, yézidis, bahaïs, juifs, athées ? <br /> Un corpus polémologique virulent a existé dans la tradition islamique classique. Il est le véritable et le seul référentiel des groupes djihadistes. Il doit être totalement proscrit. Nous avons la responsabilité et le devoir de combattre la réactivation de tous les processus qui l’installent et l’érigent en commandements célestes. Il incombe aux dignitaires religieux, aux imams, aux muphtis et aux théologiens de décréter plus que son inconvenance, mais le reconnaître comme attentatoire à la dignité humaine et contraire à l’enseignement d’amour, de bonté et de miséricorde que recèle grandement la Tradition. Renouer surtout avec l’humanisme d’expression arabe qui a prévalu en contextes islamiques à travers l’histoire et le conjuguer avec toutes les spiritualités et les conceptions philosophiques éclairées du progrès et de la civilisation. Il est consternant que cet humanisme soit oblitéré, effacé des mémoires et totalement occulté. Les noms d’al-Asma ’i, de Tawhidi, de Miskayawayh sont méconnus à cause d’une présentation de l’histoire atrophiée et mutilante. C’étaient eux et leurs émules qui avaient assis les fondements d’une civilisation impériale à l’architecture palatiale défiant l’éternité. Il est plus affligeant encore que, dans la régression terrible que nous connaissons, ces grands noms soient ignorés de leurs propres et lointains descendants. <br /> L’extrémisme est le culte sans la culture ; le fondamentalisme est la croyance sans la connaissance ; l’intégrisme est la religiosité sans la spiritualité.<br /> Savoir endiguer la déferlante extrémiste, ravaler le délabrement moral, guérir du malaise existentiel, en finir avec l’indigence intellectuelle et la déshérence culturelle. Aller vers l’universel. Ne pas s’arcbouter sur les particularismes irrédentistes. Telle est la vision programmatique pour sortir de l’ornière dans laquelle nous nous débattons. L’extrémisme est le culte sans la culture ; le fondamentalisme est la croyance sans la connaissance ; l’intégrisme est la religiosité sans la spiritualité.<br /> L’éducation, l’instruction, l’acquisition du savoir, la science et la connaissance sont les maîtres-mots combinés à la culture et l’ouverture sur le monde avec l’amour du beau et l’inclination pour les valeurs esthétiques afin de libérer les esprits de leurs prisons, élever les âmes, flatter les sens, polir les cœurs et les assainir de tous les germes du ressentiment et de la haine. <br /> Gageons qu’après cette terrible tragédie, il y aura un véritable éveil des consciences afin de conjurer les ombres maléfiques de l’intolérance et du rejet pour construire ensemble, chez nous, en France, une nation solidaire et fraternelle avec un engagement commun au service de la justice et de la paix. Cette nation reconnaîtra tous ses enfants sans exclusive, sans ostracisme. Notre modèle de vie dans une société ouverte, libre et démocratique, respectueuse des options métaphysiques et garante des orientations spirituelles de ses membres, pourra être transmis ailleurs et devra inspirer davantage les sociétés majoritairement musulmanes. Pour peu, surtout, que les rapports internationaux ne soient plus empreints de realpolitik ni d’indignations sélectives, ni de complaisance vis-à-vis des autocrates, ni de compromission avec des Etats « intégristes ». Faisons de cet événement tragique un avènement spécifique : un moment historique, inaugural d’une ère promise d’entente et de paix entre les peuples et les nations. <br /> <br /> Ghaleb BENCHEIKH<br /> 14 janvier 2015
A
&quot;LETTRE OUVERTE AU MONDE MUSULMAN&quot; par Abdennour Bidar, philosophe<br /> <br /> Philosophe spécialiste des évolutions contemporaines de l'islam et des théories de la sécularisation et post-sécularisation.<br /> <br /> Abdennour Bidar est un philosophe et écrivain français né le 13 janvier 1971 à Clermont-Ferrand. Agrégé de philosophie, normalien issu de l’École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud, docteur en philosophie (PhD), il a consacré sa thèse de doctorat au développement d'une « pédagogie de l'individuation » ou du « devenir-sujet» à partir de la pensée du philosophe musulman indien Mohamed Iqbal (1873-1938), notamment de son ouvrage The Reconstruction of Religious Thought in Islam (1928-1932). Après plusieurs essais consacrés à la philosophie de la religion, notamment à partir d'études sur l'islam, il publie en 2014 une Histoire de l'humanisme en Occident (éditions Armand Colin).<br /> <br /> Abdennour Bidar a enseigné la philosophie en classes préparatoires aux Grandes Écoles de 2004 à 2012. Il est actuellement chargé de mission sur la pédagogie de la laïcité au Ministère de l’Éducation nationale. Il est nommé le 5 avril 2013 membre de l'Observatoire de la laïcité, installé le 8 avril 2013 par le président de la RépubliqueFrançois Hollande. Il appartient au comité de rédaction de la revueEsprit. De septembre 2012 à juin 2013, il a produit et animé l'émission de débat sur le thème du vivre ensemble et de l'identité - Cause commune, tu m'intéresses le dimanche de 16h à 17h sur France Inter. Durant l'été 2014, il a été le producteur et le présentateur de l'émission France Islam : questions croisées sur France Inter. Il est l'initiateur du groupe facebook Repenser l'islam avec Abdennour Bidar.<br /> <br /> <br /> Lettre ouverte au monde musulman<br /> <br /> Publication: 15/10/2014<br /> <br /> Cher monde musulman, je suis un de tes fils éloignés qui te regarde du dehors et de loin - de ce pays de France où tant de tes enfants vivent aujourd'hui. Je te regarde avec mes yeux sévères de philosophe nourri depuis son enfance par le taçawwuf (soufisme) et par la pensée occidentale. Je te regarde donc à partir de ma position de barzakh, d'isthme entre les deux mers de l'Orient et de l'Occident!<br /> <br /> Et qu'est-ce que je vois ? Qu'est-ce que je vois mieux que d'autres sans doute parce que justement je te regarde de loin, avec le recul de la distance ? Je te vois toi, dans un état de misère et de souffrance qui me rend infiniment triste, mais qui rend encore plus sévère mon jugement de philosophe ! Car je te vois en train d'enfanter un monstre qui prétend se nommer État islamique et auquel certains préfèrent donner un nom de démon : DAESH. Mais le pire est que je te vois te perdre - perdre ton temps et ton honneur - dans le refus de reconnaître que ce monstre est né de toi, de tes errances, de tes contradictions, de ton écartèlement interminable entre passé et présent, de ton incapacité trop durable à trouver ta place dans la civilisation humaine.<br /> <br /> Que dis-tu en effet face à ce monstre ? Quel est ton unique discours ? Tu cries « Ce n'est pas moi ! », « Ce n'est pas l'islam ! ». Tu refuses que les crimes de ce monstre soient commis en ton nom (hashtag #NotInMyName). Tu t'indignes devant une telle monstruosité, tu t'insurges aussi que le monstre usurpe ton identité, et bien sûr tu as raison de le faire. Il est indispensable qu'à la face du monde tu proclames ainsi, haut et fort, que l'islam dénonce la barbarie. Mais c'est tout à fait insuffisant ! Car tu te réfugies dans le réflexe de l'autodéfense sans assumer aussi, et surtout, la responsabilité de l'autocritique. Tu te contentes de t'indigner, alors que ce moment historique aurait été une si formidable occasion de te remettre en question ! Et comme d'habitude, tu accuses au lieu de prendre ta propre responsabilité : « Arrêtez, vous les occidentaux, et vous tous les ennemis de l'islam de nous associer à ce monstre ! Le terrorisme, ce n'est pas l'islam, le vrai islam, le bon islam qui ne veut pas dire la guerre, mais la paix! »<br /> <br /> J'entends ce cri de révolte qui monte en toi, ô mon cher monde musulman, et je le comprends. Oui tu as raison, comme chacune des autres grandes inspirations sacrées du monde l'islam a créé tout au long de son histoire de la Beauté, de la Justice, du Sens, du Bien, et il a puissamment éclairé l'être humain sur le chemin du mystère de l'existence... Je me bats ici en Occident, dans chacun de mes livres, pour que cette sagesse de l'islam et de toutes les religions ne soit pas oubliée ni méprisée ! Mais de ma position lointaine, je vois aussi autre chose - que tu ne sais pas voir ou que tu ne veux pas voir... Et cela m'inspire une question, LA grande question : pourquoi ce monstre t'a-t-il volé ton visage ? Pourquoi ce monstre ignoble a-t-il choisi ton visage et pas un autre ? Pourquoi a-t-il pris le masque de l'islam et pas un autre masque ? C'est qu'en réalité derrière cette image du monstre se cache un immense problème, que tu ne sembles pas prêt à regarder en face. Il le faut bien pourtant, il faut que tu en aies le courage.<br /> <br /> Ce problème est celui des racines du mal. D'où viennent les crimes de ce soi-disant « État islamique » ? Je vais te le dire, mon ami. Et cela ne va pas te faire plaisir, mais c'est mon devoir de philosophe. Les racines de ce mal qui te vole aujourd'hui ton visage sont en toi-même, le monstre est sorti de ton propre ventre, le cancer est dans ton propre corps. Et de ton ventre malade, il sortira dans le futur autant de nouveaux monstres - pires encore que celui-ci - aussi longtemps que tu refuseras de regarder cette vérité en face, aussi longtemps que tu tarderas à l'admettre et à attaquer enfin cette racine du mal !<br /> <br /> Même les intellectuels occidentaux, quand je leur dis cela, ont de la difficulté à le voir : pour la plupart, ils ont tellement oublié ce qu'est la puissance de la religion - en bien et en mal, sur la vie et sur la mort - qu'ils me disent « Non le problème du monde musulman n'est pas l'islam, pas la religion, mais la politique, l'histoire, l'économie, etc. ». Ils vivent dans des sociétés si sécularisées qu'ils ne se souviennent plus du tout que la religion peut être le cœur du réacteur d'une civilisation humaine ! Et que l'avenir de l'humanité passera demain non pas seulement par la résolution de la crise financière et économique, mais de façon bien plus essentielle par la résolution de la crise spirituelle sans précédent que traverse notre humanité toute entière ! Saurons-nous tous nous rassembler, à l'échelle de la planète, pour affronter ce défi fondamental ? La nature spirituelle de l'homme a horreur du vide, et si elle ne trouve rien de nouveau pour le remplir elle le fera demain avec des religions toujours plus inadaptées au présent - et qui comme l'islam actuellement se mettront alors à produire des monstres.<br /> <br /> Je vois en toi, ô monde musulman, des forces immenses prêtes à se lever pour contribuer à cet effort mondial de trouver une vie spirituelle pour le XXIe siècle ! Il y a en toi en effet, malgré la gravité de ta maladie, malgré l'étendue des ombres d'obscurantisme qui veulent te recouvrir tout entier, une multitude extraordinaire de femmes et d'hommes qui sont prêts à réformer l'islam, à réinventer son génie au-delà de ses formes historiques et à participer ainsi au renouvellement complet du rapport que l'humanité entretenait jusque-là avec ses dieux ! C'est à tous ceux-là, musulmans et non musulmans qui rêvent ensemble de révolution spirituelle, que je me suis adressé dans mes livres ! Pour leur donner, avec mes mots de philosophe, confiance en ce qu'entrevoit leur espérance!<br /> <br /> Il y a dans la Oumma (communauté des musulmans) de ces femmes et ces hommes de progrès qui portent en eux la vision du futur spirituel de l'être humain. Mais ils ne sont pas encore assez nombreux ni leur parole assez puissante. Tous ceux-là, dont je salue la lucidité et le courage, ont parfaitement vu que c'est l'état général de maladie profonde du monde musulman qui explique la naissance des monstres terroristes aux noms d'Al Qaida, Al Nostra, AQMI ou de l'«État islamique». Ils ont bien compris que ce ne sont là que les symptômes les plus graves et les plus visibles sur un immense corps malade, dont les maladies chroniques sont les suivantes: impuissance à instituer des démocraties durables dans lesquelles est reconnue comme droit moral et politique la liberté de conscience vis-à-vis des dogmes de la religion; prison morale et sociale d'une religion dogmatique, figée, et parfois totalitaire ; difficultés chroniques à améliorer la condition des femmes dans le sens de l'égalité, de la responsabilité et de la liberté; impuissance à séparer suffisamment le pouvoir politique de son contrôle par l'autorité de la religion; incapacité à instituer un respect, une tolérance et une véritable reconnaissance du pluralisme religieux et des minorités religieuses.<br /> <br /> Tout cela serait-il donc la faute de l'Occident ? Combien de temps précieux, d'années cruciales, vas-tu perdre encore, ô cher monde musulman, avec cette accusation stupide à laquelle toi-même tu ne crois plus, et derrière laquelle tu te caches pour continuer à te mentir à toi-même ? Si je te critique aussi durement, ce n'est pas parce que je suis un philosophe « occidental », mais parce que je suis un de tes fils conscients de tout ce que tu as perdu de ta grandeur passée depuis si longtemps qu'elle est devenue un mythe !<br /> <br /> Depuis le XVIIIe siècle en particulier, il est temps de te l'avouer enfin, tu as été incapable de répondre au défi de l'Occident. Soit tu t'es réfugié de façon infantile et mortifère dans le passé, avec la régression intolérante et obscurantiste du wahhabisme qui continue de faire des ravages presque partout à l'intérieur de tes frontières - un wahhabisme que tu répands à partir de tes lieux saints de l'Arabie Saoudite comme un cancer qui partirait de ton cœur lui-même ! Soit tu as suivi le pire de cet Occident, en produisant comme lui des nationalismes et un modernisme qui est une caricature de modernité - je veux parler de cette frénésie de consommation, ou bien encore de ce développement technologique sans cohérence avec leur archaïsme religieux qui fait de tes « élites » richissimes du Golfe seulement des victimes consentantes de la maladie désormais mondiale qu'est le culte du dieu argent.<br /> <br /> Qu'as-tu d'admirable aujourd'hui, mon ami ? Qu'est-ce qui en toi reste digne de susciter le respect et l'admiration des autres peuples et civilisations de la Terre ? Où sont tes sages, et as-tu encore une sagesse à proposer au monde ? Où sont tes grands hommes, qui sont tes Mandela, qui sont tes Gandhi, qui sont tes Aung San Suu Kyi ? Où sont tes grands penseurs, tes intellectuels dont les livres devraient être lus dans le monde entier comme au temps où les mathématiciens et les philosophes arabes ou persans faisaient référence de l'Inde à l'Espagne ? En réalité tu es devenu si faible, si impuissant derrière la certitude que tu affiches toujours au sujet de toi-même... Tu ne sais plus du tout qui tu es ni où tu veux aller et cela te rend aussi malheureux qu'agressif... Tu t'obstines à ne pas écouter ceux qui t'appellent à changer en te libérant enfin de la domination que tu as offerte à la religion sur la vie toute entière. Tu as choisi de considérer que Mohammed était prophète et roi. Tu as choisi de définir l'islam comme religion politique, sociale, morale, devant régner comme un tyran aussi bien sur l'État que sur la vie civile, aussi bien dans la rue et dans la maison qu'à l'intérieur même de chaque conscience. Tu as choisi de croire et d'imposer que l'islam veut dire soumission alors que le Coran lui-même proclame qu'«Il n'y a pas de contrainte en religion» (La ikraha fi Dîn). Tu as fait de son Appel à la liberté l'empire de la contrainte ! Comment une civilisation peut-elle trahir à ce point son propre texte sacré ? Je dis qu'il est l'heure, dans la civilisation de l'islam, d'instituer cette liberté spirituelle - la plus sublime et difficile de toutes - à la place de toutes les lois inventées par des générations de théologiens !<br /> <br /> De nombreuses voix que tu ne veux pas entendre s'élèvent aujourd'hui dans la Oumma pour s'insurger contre ce scandale, pour dénoncer ce tabou d'une religion autoritaire et indiscutable dont se servent ses chefs pour perpétuer indéfiniment leur domination... Au point que trop de croyants ont tellement intériorisé une culture de la soumission à la tradition et aux « maîtres de religion » (imams, muftis, shouyoukhs, etc.) qu'ils ne comprennent même pas qu'on leur parle de liberté spirituelle, et n'admettent pas qu'on ose leur parler de choix personnel vis-à-vis des « piliers » de l'islam. Tout cela constitue pour eux une « ligne rouge », quelque chose de trop sacré pour qu'ils osent donner à leur propre conscience le droit de le remettre en question ! Et il y a tant de ces familles, tant de ces sociétés musulmanes où cette confusion entre spiritualité et servitude est incrustée dans les esprits dès leur plus jeune âge, et où l'éducation spirituelle est d'une telle pauvreté que tout ce qui concerne de près ou de loin la religion reste ainsi quelque chose qui ne se discute pas!<br /> <br /> Or cela, de toute évidence, n'est pas imposé par le terrorisme de quelques fous, par quelques troupes de fanatiques embarqués par l'État islamique. Non, ce problème-là est infiniment plus profond et infiniment plus vaste ! Mais qui le verra et le dira ? Qui veut l'entendre ? Silence là-dessus dans le monde musulman, et dans les médias occidentaux on n'entend plus que tous ces spécialistes du terrorisme qui aggravent jour après jour la myopie générale ! Il ne faut donc pas que tu t'illusionnes, ô mon ami, en croyant et en faisant croire que quand on en aura fini avec le terrorisme islamiste l'islam aura réglé ses problèmes ! Car tout ce que je viens d'évoquer - une religion tyrannique, dogmatique, littéraliste, formaliste, machiste, conservatrice, régressive - est trop souvent, pas toujours, mais trop souvent, l'islam ordinaire, l'islam quotidien, qui souffre et fait souffrir trop de consciences, l'islam de la tradition et du passé, l'islam déformé par tous ceux qui l'utilisent politiquement, l'islam qui finit encore et toujours par étouffer les Printemps arabes et la voix de toutes ses jeunesses qui demandent autre chose. Quand donc vas-tu faire enfin ta vraie révolution ? Cette révolution qui dans les sociétés et les consciences fera rimer définitivement religion et liberté, cette révolution sans retour qui prendra acte que la religion est devenue un fait social parmi d'autres partout dans le monde, et que ses droits exorbitants n'ont plus aucune légitimité !<br /> <br /> Bien sûr, dans ton immense territoire, il y a des îlots de liberté spirituelle : des familles qui transmettent un islam de tolérance, de choix personnel, d'approfondissement spirituel ; des milieux sociaux où la cage de la prison religieuse s'est ouverte ou entrouverte ; des lieux où l'islam donne encore le meilleur de lui-même, c'est-à-dire une culture du partage, de l'honneur, de la recherche du savoir, et une spiritualité en quête de ce lieu sacré où l'être humain et la réalité ultime qu'on appelle Allâh se rencontrent. Il y a en Terre d'islam et partout dans les communautés musulmanes du monde des consciences fortes et libres, mais elles restent condamnées à vivre leur liberté sans assurance, sans reconnaissance d'un véritable droit, à leurs risques et périls face au contrôle communautaire ou bien même parfois face à la police religieuse. Jamais pour l'instant le droit de dire « Je choisis mon islam », « J'ai mon propre rapport à l'islam » n'a été reconnu par « l'islam officiel » des dignitaires. Ceux-là au contraire s'acharnent à imposer que « La doctrine de l'islam est unique » et que « L'obéissance aux piliers de l'islam est la seule voie droite » (sirâtou-l-moustaqîm).<br /> <br /> Ce refus du droit à la liberté vis-à-vis de la religion est l'une de ces racines du mal dont tu souffres, ô mon cher monde musulman, l'un de ces ventres obscurs où grandissent les monstres que tu fais bondir depuis quelques années au visage effrayé du monde entier. Car cette religion de fer impose à tes sociétés tout entières une violence insoutenable. Elle enferme toujours trop de tes filles et tous tes fils dans la cage d'un Bien et d'un Mal, d'un licite (halâl) et d'un illicite (harâm) que personne ne choisit, mais que tout le monde subit. Elle emprisonne les volontés, elle conditionne les esprits, elle empêche ou entrave tout choix de vie personnel. Dans trop de tes contrées, tu associes encore la religion et la violence - contre les femmes, contre les « mauvais croyants », contre les minorités chrétiennes ou autres, contre les penseurs et les esprits libres, contre les rebelles - de telle sorte que cette religion et cette violence finissent par se confondre, chez les plus déséquilibrés et les plus fragiles de tes fils, dans la monstruosité du jihad !<br /> <br /> Alors, ne t'étonne donc pas, ne fais plus semblant de t'étonner, je t'en prie, que des démons tels que le soi-disant État islamique t'aient pris ton visage ! Car les monstres et les démons ne volent que les visages qui sont déjà déformés par trop de grimaces ! Et si tu veux savoir comment ne plus enfanter de tels monstres, je vais te le dire. C'est simple et très difficile à la fois. Il faut que tu commences par réformer toute l'éducation que tu donnes à tes enfants, que tu réformes chacune de tes écoles, chacun de tes lieux de savoir et de pouvoir. Que tu les réformes pour les diriger selon des principes universels (même si tu n'es pas le seul à les transgresser ou à persister dans leur ignorance) : la liberté de conscience, la démocratie, la tolérance et le droit de cité pour toute la diversité des visions du monde et des croyances, l'égalité des sexes et l'émancipation des femmes de toute tutelle masculine, la réflexion et la culture critique du religieux dans les universités, la littérature, les médias. Tu ne peux plus reculer, tu ne peux plus faire moins que tout cela ! Tu ne peux plus faire moins que ta révolution spirituelle la plus complète ! C'est le seul moyen pour toi de ne plus enfanter de tels monstres, et si tu ne le fais pas tu seras bientôt dévasté par leur puissance de destruction. Quand tu auras mené à bien cette tâche colossale - au lieu de te réfugier encore et toujours dans la mauvaise foi et l'aveuglement volontaire, alors plus aucun monstre abject ne pourra plus venir te voler ton visage.<br /> <br /> Cher monde musulman... Je ne suis qu'un philosophe, et comme d'habitude certains diront que le philosophe est un hérétique. Je ne cherche pourtant qu'à faire resplendir à nouveau la lumière - c'est le nom que tu m'as donné qui me le commande, Abdennour, « Serviteur de la Lumière ».<br /> <br /> Je n'aurais pas été si sévère dans cette lettre si je ne croyais pas en toi. Comme on dit en français: «Qui aime bien châtie bien». Et au contraire tous ceux qui aujourd'hui ne sont pas assez sévères avec toi - qui te trouvent toujours des excuses, qui veulent faire de toi une victime, ou qui ne voient pas ta responsabilité dans ce qui t'arrive - tous ceux-là en réalité ne te rendent pas service ! Je crois en toi, je crois en ta contribution à faire demain de notre planète un univers à la fois plus humain et plus spirituel ! Salâm, que la paix soit sur toi.<br /> <br /> <br /> Abdennour Bidar<br /> <br /> L'islam sans soumission : Pour un existentialisme musulman
C
IL NE FAUT PAS SE MOSQUER !
E
Merci Danièle pour ton commentaire. J'apprécie bien ta référence à Sophocle et à Jonas.
D
Avant d’intervenir Etienne j’attendais que la France donne une sépulture correcte aux individus qui ont décimé l’équipe de Charlie Hebdo sans oublier les victimes de l'Hyper cacher de Vincennes.<br /> « C’est tout même mieux qu’un décret à la Créon en référence à Sophocle ».<br /> <br /> J’attendais aussi la mission rattrapage diplomatique des Etats-Unis. Paris ne vaut t’elle une messe fût-elle républicaine, d’autre(s) se sont damnés pour cela. <br /> « Non définitivement non Paris n’est pas Ninive en référence au signe de Jonas »<br /> <br /> Danièle
E
Ne t'inquiète pas. Tu n'es sans doute pas la seule. Tu reviendras, si tu veux, lorsque tu y verras plus clair
J
Merci Etienne pour cet article que j'ai du mal à comprendre .<br /> Il me semble que la confusion règne en ce moment : trop d' images en boucle et trop de gens qui parlent . J'ai besoin de temps pour y voir un peu plus clair ...
E
Merci Claude pour ces réactions sympathiques.
C
Je n'ai pas tout lu dans le forum, mais je partage votre appréciation sur la dernière caricature en page une de Charlie. Je la trouve très fine.<br /> Pour autant je ne vais pas devenir adepte de la moquerie institutionnalisée.<br /> <br /> Merci à Etienne pour la mise en valeur du texte du sacrifice. <br /> J'y pense beaucoup en ces jours de grande confusion sur le droit d'expression. <br /> Subir un grand malheur n'autorise ni à vengeance ni à donner des leçons hâtives et tronquées ni à minorer l'importance du respect des autres et de leur foi.
E
Je suis heureux de constater que nous sommes sur la même longueur d'ondes.
G
Je n'arrête pas de réfléchir à tout ce qui s'est passé et à ce qui s'est dit ou non-dit...<br /> <br /> Comme toi, je ne comprends pas les réactions scandalisées à l'égard de cette nouvelle &quot;caricature&quot; du &quot;prophète&quot; proclamant le pardon. <br /> Le pardon me semble être l'attitude la plus hautement et la plus profondément humaine, dans ces circonstances. Je suis stupéfait que ce qui compte, aux yeux de certains, c'est, à nouveau, la &quot;caricature du prophète&quot;.<br /> A mes yeux, c'est cette attitude humaine qui est &quot;spirituelle», tandis que l'attitude prétendument religieuse n'est qu'un habillage, par de l'Absolu allégué, de positions humaines (hélas) parmi les moins acceptables. <br /> On retrouve Abraham qui croit que Yahvé lui enjoint de tuer son fils, alors que c'est (plutôt) Satan qui a pris la voix de Yahvé.<br /> A une autre fois. La réflexion continue. Il y a de quoi faire.
D
J'ai eu l'honneur d'entendre d'autres cloches, d'autres sons de cloches, franchement islamophobe et antisémites.<br /> Bien à toi.<br /> denis
H
Tout à fait d’accord. Je m’étais fait la même remarque sans la formuler.<br /> Hugues
C
LE SENS SPIRITUEL DE LA CARICATURE DE CHARLIE<br /> <br /> Comme Francesco Azzimonti, je suis très étonné que la plupart des critiques et des lecteurs n'aient pas saisi le sens très spirituel de la caricature de Charlie. Elle nous montre que le pardon est bien au-dessus de la vengeance. Mohamed est spontanément dans le pardon : c'est pourquoi il prend le parti de Charlie contre la vengeance.<br /> <br /> D'une manière générale, dans la religion, la caricature peut avoir une fonction thérapeutique pour dénoncer la religion qui a perdu sa dimension spirituelle.<br /> <br /> Appuyez sur &quot;Caricature de Charlie&quot; pour la voir apparaître.
P
« POUR EMPÊCHER LERISQUE DE LA LOGIQUE GUERRIERE : LA CITOYENNETE TERRIENNE3 <br /> Entretien avec Patrick Viveret<br /> lundi 12 janvier 2015<br /> Le choc du 7 janvier et les rassemblements de dimanche marquent un tournant qui pousse à la réflexion. Pour le philosophe Patrick Viveret, il faut faire face aux logiques de mal-être qui empoisonnent la situation actuelle. Enjeu : repenser le dialogue entre modernité et tradition, en réouvrant la question spirituelle.<br /> ________________________________________<br /> Acteur du mouvement altermondialiste, penseur des nouveaux indicateurs de richesse, analyste de la psychologie collective, Patrick Viveret pose un regard original sur les tourments du monde. Nous l’avons rencontré dimanche, à Paris, à l’orée d’une marche historique.<br /> ________________________________________<br /> Reporterre - Pourquoi avez-vous participé au rassemblement d’hier ?<br /> J’ai participé à la manifestation citoyenne pour la liberté, la fraternité et contre les logiques meurtrières. Mais je ne participe pas au détournement de cette manifestation par un certain nombre d’acteurs. Je plaide pour que les organisations citoyennes soient le plus loin possible du cortège des officiels.<br /> La récupération de cette marche par les partis politiques, ou la présence de chefs de gouvernement connus pour leurs atteintes à la liberté, ne vous a-t-elle pas fait hésiter ?<br /> J’ai des amis qui n’ont pas participé à la manifestation parisienne, parce que c’est sur Paris que le problème se pose surtout. C’est là que se trouvait le risque d’instrumentalisation de la manifestation par des acteurs d’États qui sont aux antipodes des valeurs que défendaient Charlie Hebdo et de celles portées par les gens qui ont manifesté hier.<br /> Je comprends la position de non participation, car cela fait partie de l’exigence de la pratique de la liberté et de la qualité démocratique de se comprendre, même quand on a des choix différents.<br /> Mais je pense que pour la très grande majorité des gens qui étaient là, les choses étaient claires. Ils sont venus dans le même esprit que les manifestations qui ont eu lieu ces derniers jours : une manifestation citoyenne pour la liberté et contre les logiques d’intolérance. C’était important d’être là, avec ces personnes. C’est la partie positive, l’émergence d’un mouvement citoyen mondial.<br /> Mais en même temps, il fallait dénoncer l’instrumentation de cette manifestation par une autre logique contradictoire, qui est une logique d’embrigadement, de guerre de civilisation. Pour l’avenir, il va être essentiel de distinguer ces deux approches.<br /> Peut-on parler d’unité nationale, d’unité républicaine ?<br /> Ce n’est pas la même chose de parler d’unité nationale et d’unité républicaine. L’unité républicaine, c’est une unité citoyenne sur la défense des valeurs de la République. C’est associer étroitement les exigences de liberté, d’égalité et de fraternité. De liberté parce que l’on est face à une attaque contre la liberté de conscience. De fraternité parce que les logiques fanatiques s’opposent à cette fraternité.<br /> Mais aussi une logique d’égalité parce que si l’on regarde les causes profondes des replis identitaires qui donnent naissance à des fondamentalismes identitaires, il y a ce que Joseph Stiglitz, mais aussi Bernard Maris qui a été tué, appellent le fondamentalisme marchand [c’est-à-dire la volonté de transformer tous les liens sociaux en rapports marchands - NDLR]. C’est-à-dire cette logique de l’oligarchie et du capitalisme financier, qui en détruisant les bases même du lien social, des identités et des cultures, ouvrent la voie à des fondamentalismes identitaires.<br /> Quand on parle d’unité nationale c’est beaucoup plus confus. C’est la France comme puissance. Or c’est un ensemble très ambivalent : pour partie, c’est le pays qui défend les valeurs de la République, mais pour une autre partie, c’est un pays dans l’héritage d’un empire colonial, qui défend des intérêts de puissance, qui est l’un des premiers vendeurs d’armes au monde. Par exemple quand on regarde l’intervention française en Centrafrique, on est davantage dans la défense d’intérêts coloniaux que de valeurs républicaines.<br /> Quand on passe de l’unité républicaine à nationale, on introduit une confusion. Et elle est d’autant plus grande quand invite des acteurs de pays étrangers qui sont aux antipodes de ces valeurs, qui sont même parmi les causes de l’émergence de ces fondamentalismes identitaires. Là on est dans le détournement.<br /> Le Front national, une partie de la droite et même une partie des forces qui soutiennent le gouvernement, jouent sur les deux tableaux. Il cherchent à utiliser la logique de défense républicaine dans une logique de guerre de civilisation, comme ce que l’on a pu voir aux États-Unis après le 11 septembre : repli identitaire, Patriot Act [loi adoptée en 2001 autorisant notamment les services de renseignement américains à accéder aux données des citoyens et entreprises sans autorisation - NDLR], montée des peurs et in fine un terreau qui favorise les postures fanatiques.<br /> Vous dites que le fondamentalisme capitaliste détruit les liens sociaux créateurs d’identité. Est-il responsable, par réaction, du fondamentalisme religieux, qui recrée des identités communes ?<br /> C’est une cause majeure, mais ce n’est pas l’unique cause. Il y a une responsabilité directe du capitalisme financier dans l’émergence des fondamentalismes identitaires, qui peuvent être des fondamentalismes religieux comme le fondamentalisme islamiste, ou d’autres types comme celui du FN qui est plus de l’ordre du chauvinisme.<br /> Le capitalisme financier, c’est la captation de richesse. Mais il y a toujours eu dans l’histoire d’autres formes de captation. Un combat pour l’émancipation, pour la liberté, c’est un combat contre toutes les formes de captation : de richesse, de pouvoir, de sens. Il est important d’articuler ces différents combats. Parce que sinon, il y a toujours un moment où l’on risque de pratiquer l’indignation sélective. Cela a été le drame d’un certain nombre de mouvements d’extrême-gauche, qui refusaient de condamner les Khmers Rouges au motif qu’ils luttaient contre les États-Unis.<br /> Donc aujourd’hui, c’est le capitalisme financier qui produit le plus de causes destructrices, mais pour autant il ne faut pas en faire une cause exclusive, et dire que tout ce qui est anti-capitaliste est bon à prendre.<br /> Quelles sont les autres causes de l’émergence des fondamentalismes identitaires ?<br /> Il faut poser la question spirituelle, on ne peut plus rester dans une situation où l’on fait cadeau au fait religieux du terrain spirituel. Parce que des crimes spirituels et éthiques n’ont cessé d’être commis au nom des religions dans l’histoire de l’humanité. Pour faire face à ces logiques de fermeture, toutes les religions doivent réfléchir à comment se rouvrir. Certains philosophes de l’Islam commencent à le dire. Les traditions juive et chrétienne doivent aussi le faire en réponse à leurs intégrismes.<br /> En ce moment, on est dans une phase très importante de renouveau des questions spirituelles, des enjeux de sens. C’est positif, mais au nom de ce renouveau il faut interpeller les religions. C’est ce que j’appelle l’interpellation spirituelle du fait religieux.<br /> Prenons par exemple la fameuse histoire présente dans les trois religions du Livre : le sacrifice d’Isaac. Une interprétation religieuse est issue de la peur, elle fait du sacrifice d’Isaac un test d’obéissance d’Abraham à Dieu. L’autre interprétation est de progression spirituelle : elle dit « tu te trompes sur la nature même du divin, qui te demande d’être dans l’amour et pas dans la peur et le sacrifice. »<br /> C’est la question de la nature du divin. Ce n’est pas la même chose de le situer du côté de l’amour ou du côté de la pleine puissance. Cela entraîne des tas de conséquences concrètes, des postures qui sont éthiquement et spirituellement insoutenables dans le rapport aux femmes, par exemple.<br /> Donc après une période où les questions spirituelles étaient renvoyées dans la sphère privée, je trouve positif qu’elles redeviennent des questions collectives. Mais cette ouverture là permet aussi de reposer des questions spirituelles et éthiques aux grandes traditions religieuses.<br /> Et là, on se rapproche d’une laïcité à la Jaurès, qui était une laïcité ouverte avec des exigences très fortes du point de vue de la liberté et de la tolérance, plutôt que d’une laïcité à la Combes, qui était sur une posture où toutes les questions du sens étaient renvoyées en dehors de l’espace public.<br /> Après ces attentats, après ce rassemblement historique, certains politiques parlent de nouvelles lois antiterroristes, le FN parle de peine de mort et de fermeture des frontières. Comment y répondre ?<br /> Il y a un vrai risque de voir se développer en France et en Europe ce qui s’est passé aux États-Unis après le 11 septembre (NDLR : Valérie Pécresse, notamment, propose déjà un Patriot Act à la française). Donc il faut réussir ce que j’appelle la mutation qualitative de la démocratie. On n’est pas simplement sur une démocratie qui se contente de démilitariser la lutte pour le pouvoir et de faire prévaloir la loi du nombre. On a besoin d’une démocratie qui renvoie à la citoyenneté, qui va considérer que des lanceurs d’alerte par exemple, même s’ils sont minoritaires, ont une légitimité qui vient de la qualité de ce qu’ils disent et pas de leur nombre.<br /> Un des autres enjeux est le changement de rapport au pouvoir lui-même. En faire une création démultipliée par la coopération. Alors que quand on en fait un pouvoir de conquête, le couple qui se met en place est un couple de domination et de peur.<br /> Donc il y a un mouvement citoyen, il est mondial, il y a eu des manifestations dans le monde entier. La citoyenneté terrienne devient un objectif stratégique pour empêcher ce qui nous pend au nez : le risque de la logique guerrière. On retrouve cela autour de la question climatique. Il y a un mouvement citoyen mondial en émergence autour de la question des biens communs de l’humanité.<br /> Il faut travailler à la reliance de ces mouvements à l’échelle mondiale. Il y a un vrai enjeu de la mondialité, qui considère que le terrain mondial est le terrain d’un conflit majeur avec les forces de la globalisation financière ou des fondamentalismes, incapables de traiter la question mondiale, pas plus que la question écologique, que la question sociale, que les risques de destruction par arme massive, ou de l’alternative entre dialogue et choc de civilisation.<br /> Qu’entendez-vous par mondialité ?<br /> C’est prendre au sérieux qu’il y a un peuple de la Terre, une seule humanité. Que la famille humaine risque la sortie de route. Elle a même l’embarras du choix dans la façon dont elle va finir sa propre histoire - elle peut détruire ses écosystème nourriciers, elle peut se détruire par les armes de destruction massive, le cocktail explosif de l’inégalité et de la misère -, tous ces éléments peuvent conduire l’humanité à se perdre.<br /> Donc la mondialité c’est l’alternative à l’immonde. C’est tout ce qui fait que malgré ses différences, le peuple de la Terre est Un et qu’il est confronté à la question du risque de sa perte, ou au contraire de la possibilité de franchir un saut qualitatif dans sa propre humanisation, de grandir en humanité comme le dit Edgar Morin.<br /> Est-ce cela que vous voulez dire quand vous proposez de remettre du bonheur et de l’amour dans les relations politiques ?<br /> Au cœur de tout ce que l’on dénonce, il y a un couple formé par la démesure et le mal-être. La démesure est celle du capitalisme financier, de l’économie spéculative par rapport à l’économie réelle. C’est la démesure dans le creusement des inégalités sociales. C’est la démesure sur le plan écologique avec la mise en cause des écosystèmes nourriciers.<br /> La démesure, de la même façon que chez un individu, mène au mal-être sociétal. L’alternative est donc de type sobriété heureuse. Il faut apporter une réponse en terme de buen vivir, de bien vivre. Sinon, on restera sur des logiques qui reproduiront de la prédation, de la domination, etc. Ce qui a été souvent le drame des révolutions. Si on ne s’attaque pas aux causes de la démesure, on peut renverser les dominants mais on reste dans des logiques de domination.<br /> Mais comment mettre en place cette alternative ?<br /> Par un mouvement citoyen mondial qui se fixe pour objectif la transition vers des sociétés du bien vivre. Montrer qu’il est possible de vivre, de consommer, de se comporter autrement. C’est de l’ordre de l’augmentation de la qualité même de l’art de vivre. On va s’organiser, nous, pour vivre autrement et se faire mutuellement du bien.<br /> Quel est le lien entre l’écologie et ce besoin de renouveau de spiritualité ?<br /> La spiritualité fait son retour par l’écologie parce qu’à partir du moment où l’écologie repose la question de la reliance à la nature et l’univers, elle ouvre dans l’espace sociétal des questions qui avaient été fermées par une posture qui excluait la question de la nature - la posture de Descartes et de Bacon. En rouvrant cette question, l’écologie a aussi réouvert la question spirituelle. C’est dire nous sommes des êtres reliés, et l’on ne peut pas réduire la question de l’existence à ce que nous savons du côté du visible. Il faut aussi poser la question de notre rapport à l’invisible. On est sur le terrain des grands enjeux spirituels. Le problème est que la modernité, considérant que ces questions disparaîtraient un jour d’elles-mêmes, a laissé à la religion le monopole des questions spirituelles.<br /> Donc le mouvement citoyen mondial en émergence rouvre aussi les questions spirituelles. En même temps, un enjeu passionnant est de trouver les façons nouvelles de créer un dialogue entre modernité et tradition, en gardant le meilleur de chacun.<br /> La modernité, c’est l’émancipation, la liberté de conscience, les droits humains et en particulier les droits des femmes. Mais sans le pire de la modernité qui est la chosification du vivant, de la nature, des humains et donc la marchandisation intégrale.<br /> La tradition, c’est la reliance à la nature, aux enjeux écologiques, au lien social, aux questions spirituelles. Mais la part d’ombre de la tradition est que souvent cette reliance se fait sous des formes de dépendance. Le lien social se transforme en contrôle social, le sens se transforme en sens identitaire, etc.<br /> Ce dialogue exigeant entre tradition et modernité permet d’entendre ce qu’il y a de meilleur de chaque côté. Cela, les mouvements citoyens peuvent et doivent le porter. Par exemple au prochain forum social mondial de Tunis, il y aura des acteurs qui sont pétris aussi bien de tradition que de modernité. Il y a plein de sujets de divergence, et il y a une opération de « tri sélectif » à faire des deux côtés.<br /> Les événements de ces derniers jours ont provoqué énormément de discussions, dans les familles, à l’école, entre collègues. Quels conseils donneriez-vous pour que tous ces débats soient de qualité ?<br /> En pratiquant ce que l’on appelle la « construction de désaccord ». C’est-à-dire différencier ce qui est de l’ordre du malentendu et ce qui est de l’ordre du véritable débat.<br /> Ensuite, ce mouvement citoyen est traversé par une quantité de débats, de divergences. Il doit donc construire une conflictualité non-violente, comprendre que le conflit, non seulement n’est pas la violence, mais qu’il est l’alternative à la violence. La violence se produit d’autant plus que des conflits n’ont pas été détectés à temps. Il faut donc définir la démocratie comme l’art de transformer les ennemis en adversaires. Ne plus être dans l’éradication des ennemis. Ce sera décisif pour ce mouvement citoyen en émergence.<br /> Propos recueillis par Marie Astier et Hervé Kempf<br /> http://www.reporterre.net/Pour-empecher-le-risque-de-la
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Terroristes islamistes : &quot;C'est la même mécanique que pour les nazis&quot;<br /> Publié le 09/01/2015 à 17h28 , modifié le 09/01/2015 à 18h52 par <br /> Bruno Béziat <br /> <br /> VIDÉO - Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik estime que les terroristes islamistes sont volontairement façonnés selon une mécanique identique à celle qui a amené au régime nazi <br /> Boris Cyrulnik était de passage ce vendredi à Bordeaux pour présenter son dernier livre © Photo <br /> Taris Philippe<br /> <br /> De passage à Bordeaux vendredi pour la parution de son dernier livre &quot;Les âmes blessées&quot; (Odile Jacob) et la commémoration de la rafle des juifs, le neuropsychiatre Boris Cyrulnik a participé à l'émission &quot;Point de vue&quot; sur TV7 Bordeaux (à voir aussi sur le site de TV7). Il y a longuement commenté l'actualité, le dramatique attentat de Charlie Hebdo et la prise d'otages de Vincennes. En voici les principaux extraits.<br /> <br /> Comment expliquez-vous une telle violence au nom d'une religion ?<br /> <br /> Cela s'est déjà vu dans le passé. Cela existe depuis longtemps. On met la haine dans des quartiers en difficulté, on repère les enfants, on leur offre des stages de formation. Ce sont des groupes politiques qui utilisent le terrorisme comme une arme. Quand la haine est semée, on repère les enfants les plus faciles à fanatiser et on les envoie au sacrifice. Cette organisation est financée par les gens du pétrole et de la drogue, qui ont des intentions politiques sur le Moyen-orient et l'Occident.<br /> <br /> C'est un peu la théorie du complot ?<br /> <br /> Ce n'est pas une théorie. Cela a déjà été fait. L'inquisition chrétienne relève du même processus. Le nazisme est parti de la belle culture germanique allemande, et en quelques années a mis le feu au monde. Des slogans sont entrés petit à petit dans la culture commune. La population s'est soumise à une représentation dépourvue de jugement. La société s'est imprégnée de ces idées.<br /> <br /> Que faire aujourd'hui ?<br /> <br /> On peut faire de cette tragédie une solidarité ou un massacre. Les musulmans français sont en danger. Ils risquent d'être agressés. 99% des arabes tués dans le monde le sont d'ailleurs par d'autres arabes. Ces phénomènes se sont produits dans l'histoire et se reproduiront.<br /> <br /> Ces terroristes sont donc formatés et ne sont pas fous ?<br /> <br /> Ce ne sont pas des fous, ni des monstres. Ce sont des enfants normaux et en détresse, façonnés intentionnellement par une minorité qui veut prendre le pouvoir. Ces enfants sont abandonnés, en difficulté psychosociale et éducative, et il faudrait d'abord les éduquer. Ils le sont par les réseaux sociaux qui sont une arme pour façonner ces jeunes. Internet véhicule une représentation facile de la réalité, une pensée paresseuse à l'origine de toutes les théories totalitaires. Avec une minorité d'hommes formés, payés et armés, manipulés et fabriqués, on peut détruire une civilisation. Cela a été fait. L'inquisition et le nazisme l'ont fait<br /> <br /> En disant cela vous déresponsabilisez aussi ces terroristes ?<br /> C'est un risque. Je pense aussi que l'on a toujours un espace de liberté. Mais je veux parler de la responsabilité de nos gouvernants qui ont abandonné culturellement les gosses de nos quartiers et les ont soumis à des manipulateurs. L'Allemagne nazi était très cultivée, mais la base de la société ne l'était pas du tout. C'est exactement la même chose dans les pays du Moyen-orient.<br /> <br /> Est-ce la même mécanique dans la tête d'un nazi et d'un fondamentaliste islamiste ?<br /> <br /> Oui, clairement. C'est la même méthode. Freud disait les mots désignent des choses au début, puis des choses qui ne sont pas là et c'est la fonction du symbole, et enfin ils finissent par ne plus rien désigner du réel. A ce moment là, on se soumet à un slogan. Quand une culture ne permet pas la rencontre et le débat, on est des proies et internet démultiplie le pouvoir de ces manipulateurs.<br /> <br /> http://www.sudouest.fr/2015/01/09/terroristes-islamistes-c-est-la-meme-mecanique-que-pour-les-nazis-1791819-6092.php
J
Avec Chantal nous partageons totalement cette prise de position du Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires.<br /> <br /> Jean-Claude
C
Le délit de blasphème: Dernier garde fou d’un vivre ensemble<br /> Par Chems Eddine Chitour<br /> 13 janvier 2015<br /> <br /> «Je ne suis pas Charlie, je suis Charlie Martel [en 732 à Poitiers, Charles Martel, le chef des Francs, avait ‘'arrêté'' une armée musulmane à Poitiers ].»<br /> Slogan prêté à Jean-Marie Le Pen<br /> <br /> Un drame épouvantable: douze personnes appartenant à la rédaction de Charlie Hebdo furent massacrées par deux personnes que l’on dit appartenir à Al Qaîda. Nous sommes d’autant plus scandalisés et tristes car nous avons vécu cette situation de terreur à une époque où le monde entier nous tournait le dos. Il a fallu le 11 septembre pour que l’on découvre le terrorisme et que la voix de l’Algérie soit audible. Au-delà du fait que rien ne justifie ces meurtres, on est en droit de se demander à quoi, à qui profite ces crimes et quels sont les fondements. On invoque à tout bout de champ la laïcité et la liberté d’expression insinuant que l’islam est rétif à cela. Qu’en est-il exactement du blasphème?<br /> Le délit de blasphème<br /> Le Larousse définit le blasphème comme une «parole ou un discours qui outrage la divinité, la religion ou ce qui est considéré comme respectable ou sacré». En France le délit de blasphème n’existe plus depuis la Révolution. Il a été supprimé par la loi du 29 juillet 1881 relative à la liberté de la presse. Du point de vue du droit commun français, une caricature, même irrespectueuse, ne peut donc être un blasphème. S’ils ne pénalisent pas le blasphème, les tribunaux français sanctionnent toutefois «l’injure, l’attaque personnelle et directe dirigée contre un groupe de personnes en raison de leur appartenance religieuse» ou l’incitation à la haine raciale ou religieuse.<br /> À part la France, dans d’autres pays d’Europe (Allemagne, Irlande, Grèce, Italie, Pologne, Malte, Espagne, Danemark) subsistent des lois contre le blasphème. C’est la notion de trouble à l’ordre public qui est généralement retenue par le droit. A titre d’exemple, au Danemark, l´article 140 du Code pénal danois stipule: celui qui publiquement raille ou fait outrage aux doctrines de foi ou aux cultes d´une communauté religieuse légalement établie dans ce pays, est passible de prise de corps. Le Danemark punit ainsi toute moquerie publique d´une religion. On peut se poser la question pourquoi le journal par qui le scandale arrive n´a pas été condamné pour les Caricatures du prophète. Y a-t-il deux poids, deux mesures ?<br /> En Espagne, l’article 525 du Code pénal, interdit «les attaques portées au dogme religieux, croyances ou cérémonies». En juin 2013, la Russie a adopté une loi prévoyant des peines pouvant atteindre 500.000 roubles d’amende et trois années de prison pour des «actes publics» réalisés dans le but «d’offenser les sentiments religieux des croyants». En Suisse, l’art. 261 du Code pénal dispose:«Atteinte à la liberté de croyance et des cultes celui qui, publiquement et de façon vile, aura offensé ou bafoué les convictions d’autrui en matière de croyance, en particulier de croyance en Dieu, (…) aura profané un lieu ou un objet destiné à un culte ou à un acte cultuel garantis par la Constitution, sera puni d’une peine pécuniaire de 180 jours-amende au plus.»<br /> Dans le Code criminel du Canada, la «diffamation blasphématoire» est une infraction passible d’un maximum de deux ans de prison. Le Premier Amendement de la Constitution américaine stipule: «Le Congrès ne fera aucune loi pour conférer un statut institutionnel à une religion, (aucune loi) qui interdise le libre exercice d’une religion, (aucune loi) qui restreigne la liberté d’expression, ni la liberté de la presse (…).»<br /> Pourquoi alors au nom du vivre-ensemble ne peut-on pas ériger des limites consenties et garantes d’un ciment des différentes composantes de la société autour d’un vivre- ensemble?<br /> La tolérance et la liberté d’expression dans les religions<br /> Pour les religions monothéistes, la condamnation du blasphème est un thème central depuis l’un des premiers livres recueillis dans la Bible, le Lévitique: «Si un homme insulte son Dieu, il doit porter le poids de son péché; ainsi celui qui blasphème le Nom du Seigneur sera mis à mort.» La naissance de l’Église orthodoxe, et son besoin de maintenir l’orthodoxie, développa largement la censure qui fut appliquée pour éradiquer les menaces hérétiques au dogme chrétien. Les autorités de l’Église catholique romaine nommaient des censores librorum chargés de s’assurer que rien de contraire à la foi ne puisse être publié.<br /> L’Islam enseigne la tolérance et la paix et respecte la liberté de religion, car le Coran affirme que: «Il ne doit pas y avoir la contrainte dans la religion.» (S.2:257) et «L’homme est libre d’accepter ou rejeter.» (S.18:30). On trouve dans le Coran des préconisations de sagesse pour ne pas opposer la violence au blasphème. Le Coran préconise uniquement une réaction pacifique «Et quand tu verras ceux qui plaisantent avec nos signes, alors détourne-toi d’eux jusqu’à ce qu’ils changent de conversation. Et si Satan te fait oublier ce précepte, alors après t’en être souvenu, ne reste pas assis en compagnie des injustes». (S. 6: 69).<br /> Mahrukh Arif va plus loin, il dénie aux terroristes le droit de parler au nom de l’islam. Pourquoi devrions-nous laisser ces terroristes instrumentaliser et s’emparer de notre religion pour commettre des actes au nom de l’islam, au nom d’Allah et du Prophète Muhammad (Qsssl)? Dans le Coran, le Dieu «Gracieux et Miséricordieux» affirme au sujet du Prophète Muhammad (Qsssl): comment peut-on alors prétendre avoir vengé le Prophète en tuant 12 personnes de sang-froid? Comment peut-on prétendre avoir agi par amour pour le Prophète en faisant l’exact contraire de ce qu’il a prescrit? «Le vrai musulman est celui dont les fidèles n’ont à redouter ni sa main, ni sa langue», est-il rapporté par une tradition (…) Si aujourd’hui les musulmans choisissent de condamner ces attaques contre Charlie Hebdo, c’est au nom de cette compassion dont le Prophète Muhammad (Qsssl) était l’incarnation. Cela ne veut pas dire qu’ils approuvent les Caricatures du Prophète. (…)Ne laissons pas ces extrémistes s’approprier notre religion qui enjoint à la paix».<br /> Il est donc évident qu’un Islam bien compris n’a rien à voir avec le comportement de ces jeunes épaves à la lisière de deux mondes, d’autant plus sensibles aux discours radicaux qu’ils ont raté le «temporel», se rattrapant ainsi en investissant dans l’au-delà<br /> Les «entorses» spéciales à la liberté d’expression<br /> La liberté d’expression une et indivisible s’accommode mal d’exception. Mathieu Vasseur nous parle des dégâts occasionnés à la liberté d’expression par la loi Gayssot: «Depuis la loi Gayssot, la France a sombré dans un abîme de liberté d’expression à géométrie variable. Il est temps d’en sortir! Au commencement était Gayssot. Non, attendez: au commencement était l’«Holocauste». Par le choix, popularisé dans les années 1970, d’un terme issu de l’Ancien Testament pour désigner l’extermination des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, ce génocide était investi d’une signification religieuse. Fait historique, oui, mais aussi Sacré de substitution dans un Occident déchristianisé. Toute l’ambiguïté réside dans cette double dimension. La loi Gayssot, en 1990, interdit la négation de l’Holocauste. Consciente que cette innovation juridique entre en conflit avec la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qui consacre la liberté d’expression, et avec la devise même de la République, la classe politique décide de ne pas transmettre cette loi au Conseil constitutionnel, de crainte qu’il ne soit contraint de la censurer.»<br /> «Cependant, le crime de déni de réalité historique n’est pas la seule nouveauté de la loi Gayssot. (..). Ces provocations que l’on tolère avec indulgence de la part des artistes et des Femen, pourquoi les interdire aux jeunes des banlieues? Parce que l’Holocauste est «plus sacré» que le christianisme? Parce que la «quenelle» est «pire» que pisser sur l’autel d’une église? Pire que des caricatures de Mahomet? Qui en décide, au nom de quoi? S’enclenche la spirale infernale de la révolte d’un côté, nourrie par le sentiment d’injustice, et d’une répression toujours plus folle de l’autre. Deux lycéens se font exclure de leur lycée, un animateur social «des quartiers» perd son emploi, tout cela pour avoir fait la fameuse «quenelle». (…) Otage de cette course à l’abîme, la communauté juive de France, devenue, complice ou à son corps défendant, le symbole de cette oppression d’État. En la désignant comme caste sacrée, la loi Gayssot en a fait une cible.»<br /> Dans le même ordre des «exceptions» le Concordat appliqué à l’Alsace-Lorraine fait que la la laïcité ne s’y applique pas. Profitant de l’existence du délit de «blasphème» dans le droit local alsacien – alors qu’il n’existe plus dans le droit commun français -, la Ligue de défense judiciaire des musulmans (Ldjm), assigne Charlie Hebdo pour ce motif devant le tribunal correctionnel de Strasbourg. La première audience s’ouvre ce lundi 17 février 2014. Les poursuites visent la une de l’hebdomadaire satirique du 10 juillet dernier, qui, après une tuerie en Egypte, titrait :<br /> «Le Coran c’est de la merde, ça n’arrête pas les balles.» De plus, l’article 166 du Code pénal local – hérité de la législation allemande – relatif au blasphème énonce: «Celui qui aura causé un scandale en blasphémant publiquement contre Dieu par des propos outrageants, ou aura publiquement outragé un des cultes chrétiens ou une communauté religieuse établie sur le territoire de la Confédération (…) sera puni d’un emprisonnement de trois ans au plus.»<br /> «La France frappée au coeur de sa nature laïque et de sa liberté»<br /> Pour le sociologue Edgar Morin des jours difficiles attendent les Français, notamment musulmans. Commentant les tueries de Charlie Hebdo: «Notre émotion ne doit pas paralyser notre raison, comme notre raison ne doit pas atténuer notre émotion. Il y eut problème au moment de la publication des caricatures. Faut-il laisser la liberté offenser la foi des croyants en l’Islam en dégradant l’image de son Prophète ou bien la liberté d’expression prime-t-elle sur toute autre considération? Je manifestai alors mon sentiment d’une contradiction non surmontable, d’autant plus que je suis de ceux qui s’opposent à la profanation des lieux et d’objets sacrés. Cela dit, mon horreur et mon écoeurement ne peuvent m’empêcher de contextualiser l’immonde attentat. Il signifie l’irruption, au coeur de la France, de la guerre du Moyen-Orient, guerre civile et guerre internationale où la France est intervenue à la suite des Etats-Unis. La montée du Daech est certes une conséquence des radicalisations et pourrissements de guerre en Irak et en Syrie, mais les interventions militaires américaines en Irak et en Afghanistan ont contribué à la décomposition de nations composites ethniquement et religieusement comme la Syrie et l’Irak.»<br /> « Les Etats-Unis poursuit Egard Morin ont été apprentis sorciers et la coalition hétéroclite et sans véritable force qu’ils conduisent est elle-même vouée à l’échec. (…) Par ailleurs, il y a une coïncidence, du reste fortuite, entre l’islamisme intégriste meurtrier qui vient de se manifester et les oeuvres islamophobes de Zemmour et Houellebecq, elles-mêmes devenues symptômes d’une virulence aggravée non seulement en France, mais aussi en Allemagne, en Suède, de l’islamophobie ».<br /> Le bal des hypocrites et la diabolisation des musulmans<br /> Avec rage et perspicacité Caleb Irri fait la part des choses et replace l’hypocrisie des médias dans son contexte: «Ah ils sont beaux tous ces pleurnichards qui défendent à grands cris «la liberté d’expression»! Tous réunis pour défendre la République, «une et indivisible» qu’ils disent! Alors que cela fait plus de 10 ans que tous les politiques de tous bords s’acharnent à stigmatiser les musulmans par les amalgames les plus grossiers! Alors que cela fait je ne sais combien de lois votées qui peu à peu restreignent la liberté de la presse ou d’expression, je ne sais combien de fois qu’ils tentent de diviser les Français entre eux… et ils viennent nous parler d’Union Sacrée, des sanglots dans la voix? »<br /> « A la télé on ne voit que Zemmour, Le Pen et maintenant Houellebecq, à la radio on ne parle que du problème musulman, de l’immigration ou du terrorisme, ils jouent là-dessus depuis si longtemps… et on vient s’étonner de l’horreur commise aujourd’hui? Il fallait bien que ça arrive malheureusement. Le monstre créé par nos gouvernants avec l’appui de nos médias est une auto-réalisation de la peur qu’ils ont insufflée, de la haine qu’ils ont disséminée.»<br /> Et ils viennent nous parler poursuit Caleb Irri de Charlie Hebdo. Plus personne ne lit Charlie Hebdo, tous les politiques le méprisaient, il était à la limite de la faillite. Que les choses soient claires, cela n’enlève rien à l’humanité des pauvres victimes de ce drame atroce, Pas d’amalgames disent-ils, mais qui va remplir ses adhésions sinon le FN, qui va vendre des livres sinon Zemmour et compagnie? Ils ont créé la peur et la haine, et ils voudraient nous faire croire qu’ils défendent l’amour et la paix? ça me dégoûte. Et tous les citoyens vont comme un seul homme sortir dire «non au terrorisme», ce qui pour eux signifie «non aux musulmans», alors qu’ils ne sont pas foutus de sortir dans la rue pour défendre leurs libertés quand les lois qui les leur suppriment sont votées en leur nom! Et pour finir: ces pauvres malheureux n’ont pas été tués «pour la liberté d’expression» comme on le voit partout mais pour provoquer la haine entre les communautés, voire les nations. Pour faire naître la peur chez des hommes et des femmes affaiblis par une propagande anti-islam bien utile et engendrer le chaos à l’intérieur des Etats déjà malmenés par la crise. Ce sont les musulmans, les vrais, qui ont le plus à craindre dans tout ça, car à voir comment les choses se passent aujourd’hui, il est fort possible que cela retombera in fine sur eux (…)»<br /> En définitive, nous sommes pour la liberté d’expression et les « domaines d’expression » sont vastes et inépuisables . Cependant, nous pensons que toute liberté doit se donner ses propres limites librement consenties par le corps social. Le délit du blasphème sous une forme ou une autre devrait selon nous être re-questionné à la lumière des dérives graves d’une expression débridée qui s’apparente à la liberté du renard dans le poulailler qui contribue à la sédimentation lente et sûr d’un sentiment de malaise et on a beau avoir une ouverture d’esprit, le matraquage systématique et récurrent des attributs d’une religion devient à la longue destructeur du ciment social dont la République est garante. On ne peut pas traiter n´importe comment avec désinvolture sous couvert de l’humour et de l’effronterie gauloise voire de mépris et plus grave encore d’une façon délibérée pour faire mal et in fine créer le chaos pour diaboliser une communauté ce qui constitue le fondement de la foi de millions de croyants.<br /> Les hommes politiques occidentaux pour des raisons électoralistes mais aussi et souvent par conviction profonde (le syndrome de la bataille de Poitiers étant toujours présent dans les imaginaires), n´ont pas de considération pour le monde musulman. Les idéologues bien connus, les Zemmour, Finkielkraut, Houellebecq ont tous les médias à leur disposition pour déverser leur haine contrairement à des personnalités courageuses et honnêtes comme Esther Benbessa, Edgard Morin, Rony Braumann, nous amèneront le choc des civilisations que Samuel Huntington avait appelé de ses vœux.<br /> Pourtant, la laïcité à la française bien comprise, c’est-à-dire équidistante des religions prône en théorie, un modèle de société de loin préférable aux modèles communautaristes. Seule une prise de conscience globale sans arrière-pensée permettra à tous les Français qu’ils aient des espérances religieuses ou pas, de barrer la route à ces semeurs de haine. On l’aura compris, cela passe par la nécessité du respect mutuel et une vigilance de tous les instants pour que la République à fore volonté intégratrice soit comme le dit si bien Renan un plébiscite de tous les jours.<br /> <br /> Professeur Chems Eddine Chitour<br /> Ecole Polytechnique enp-edu.dz
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Lettre à Charlie Hebdo<br /> <br /> Une enseignante en maternelle n’a rien dit aux enfants ce matin de deuil national sauf de dessiner ce qu’ils voulaient dans le calme. Ensuite elle à collé cette étiquette sur chaque dessin :<br /> « Parce que nous sommes trop petits pour nous taire pendant une minute, pour rendre hommage aux victimes l’attentat de survenu le 7 janvier 2015 à Paris nous dessinons pour que personnes ne puisse nous interdire un jour de dessiner »<br /> <br /> Elle a envoyé les dessins à Charlie Hebdo<br /> <br /> Nous avons entendu La Marseillaise, Douce France… Mais Dieu ! que Marianne est jolie quand elle marche de République Nation !<br /> <br /> Regarde<br /> Un lien : http://md1.libe.com/photo/706826-a-giant-figure-depicting-marianne-is-surrounded-by-hundreds-of-thousands-of-french-citizens-taking-p.jpg?modified_at=1421002480<br /> <br /> Appuyez sur Danièle Petel pour voir comment Marianne est belle !
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Appuyez sur le titre pour avoir la Une de Charlie Hebdo du 14 janvier.
F
UNE PRISE DE POSITION PARMI D'AUTRES<br /> <br /> Communiqué <br /> HALTE A L’INSTRUMENTALISATION DE L’EMOTION :<br /> REFUSONS LA MASCARADE DE L’UNITE NATIONALE <br /> Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires<br /> <br /> Samedi 10 janvier 2015<br /> <br /> Le FUIQP a condamné immédiatement les attentats de cette semaine. L’assassinat n’est pas pour notre organisation une forme d’action politique souhaitable, légitime ou justifiable. Nous condamnons tout aussi fermement la multiplication des actes islamophobes (plus de 20 actions contre des lieux de cultes ou des personnes ces trois derniers jours) et l’instrumentalisation de l’émotion en cours, qui prend comme nom « appel à l’unité nationale » et comme slogan « nous sommes tous Charlie ». <br /> Nous ne pouvons pas et ne voulons pas être Charlie<br /> L’instrumentalisation de l’émotion conduit à « mettre de l’huile sur le feu », à multiplier les victimes d’actes islamophobes, à soutenir ceux qui par leurs politiques internationales (participation à des guerres impérialistes d’agression), leurs politiques économiques (fragilisation sans précédent des classes populaires) et leurs politiques sociales (depuis la loi sur le foulard de 2004, les mesures islamophobes d’Etat se sont succédées).<br /> L’unité nationale, pour sa part, vise à offrir une caution aux choix politiques qui se prendront en « notre nom » au prétexte de nous protéger. Des appels à un Patriot Act à la française se font déjà entendre. Il s’agit ni plus ni moins que d’obtenir un consentement à la restriction de nos libertés démocratiques, d’une part, et à rendre légitime une répression ouverte contre les récalcitrants. L’interdiction de manifester son soutien au peuple palestinien que le gouvernement socialiste a prise cet été doit nous servir d’avertissement. Les lourdes condamnations qui ont suivi, dans un silence médiatique assourdissant et sans réaction importante des grandes formations politiques, sont un autre signal d’alerte que nous devons entendre. Enfin, au nom de l’unité nationale, on voudrait nous faire défiler avec des dirigeants israéliens d’extrême droite coupables de crimes de masses en Palestine. <br /> Malgré l’atrocité de l’attentat à Charlie Hebdo, nous ne pouvons pas oublier tout ce qui nous sépare de ce journal. Le faire serait autoriser le déploiement encore plus fort des idées de l’hebdomadaire que nous payons déjà chèrement quotidiennement. Le slogan « nous sommes Charlie » exige de nous, en effet, de nous solidariser avec des propos qui ont contribué à créer la situation dangereuse actuelle. Nous ne voulons pas être Charlie parce que nous combattons et continuerons de combattre l’islamophobie qu’a véhiculée cet hebdomadaire. Nous ne voulons pas être Charlie parce que nous nous sommes toujours opposés, et nous continuerons à le faire, aux guerres impérialistes, alors que cet hebdomadaire a soutenu toutes les guerres de l’OTAN. Nous ne voulons pas être Charlie parce que nous apprécions l’œuvre salutaire de Noam Chomsky sur la contribution des grands médias aux dominations contemporaines et que l’ancien directeur de l’hebdomadaire pense lui que « Chomsky et Ben Laden : même combat ». Sans parler des propos sexistes, homophobes et de mépris des classes populaires réduites à l’image du « beauf », que véhicule l’hebdomadaire. <br /> Nous refusons les politiques de la peur<br /> La violence qui a tué aujourd’hui est le résultat de plusieurs causes cumulées qui ont déjà fait des millions de victimes, victimes des guerres pour le pétrole et le minerai, de l’islamophobie d’Etat, de la précarisation et la paupérisation des classes populaires, des discriminations racistes, etc. C’est pourquoi nous condamnons toutes celles et ceux (classes dominantes en tête, médias, politiques, « experts ») qui, plutôt que de pousser à la réflexion sur les causes, suscitent une « politique de la peur » en amplifiant la panique émotionnelle qui a suivi l’attentat. Refusons ces logiques qui (volontairement pour certains pyromanes et inconsciemment pour d’autres) conduisent à une « stratégie du choc » par les classes dominantes qui ont appris à tirer profit de tous les drames. Tant de commentaires, de directs, de discours et de réactions, sans contribuer à augmenter notre compréhension de la situation, des causes et des effets. La condamnation d’un acte barbare ne nous contraint pas à nous soumettre à des idéologies qui nous détruisent. <br /> Refuser la politique de la peur, c’est aujourd’hui refuser l’unanimisme national que l’on nous propose/impose politiquement et médiatiquement. Il n’y a pas de « communauté nationale » qui réunirait toutes les classes, pas plus avant l’assassinat à Charlie Hebdo qu’après (pas plus qu’il n’existe de « communauté musulmane » unie et homogène d’ailleurs). L’unité nationale est un mythe visant à unir ceux qui devraient être divisés (les classes sociales aux intérêts divergents) et à diviser ceux qui devraient être unis (les classes populaires quelles que soient leurs croyances ou non croyance). On ne peut pas faire communauté nationale lorsque la nation est divisée, fracturée par des rapports inégalitaires et des rapports de domination. La société française ne créera jamais d’appartenance ou de sentiment à la nation à marche forcée sans poser la question de la justice sociale et des inégalités racistes, sexistes et de classe. <br /> Serrons-nous les coudes <br /> Nous adressons enfin notre soutien à celles et ceux qui, de toutes origines et de toutes religions, tout en condamnant l’acte terroriste, « ne sont pas Charlie », n’ont pas participé à la minute de silence, ni aux défilés, et qui ont une boule au ventre depuis l’attentat, extrêmement inquiets pour eux ou leurs enfants, ou en colère, à la fois contre les auteurs de l’attentat et contre une mobilisation nationale impulsée par en haut qui ne peut avoir pour résultat que d’initier encore plus une logique de « guerre civile » dont les premiers résultats sont la vingtaine d’agressions contre des lieux de culte ou des concitoyens musulmans réels ou supposés. <br /> Nous appelons ceux qui ont sincèrement été défiler pour défendre la « liberté d’expression » ou pour refuser la violence meurtrière, à prendre rapidement du recul et à réfléchir aux causes, conséquences et enjeux du contexte actuel. Nous les appelons à s’interroger sur les bénéficiaires de la stratégie de la tension qui se met en place et sur ses conséquences : banaliser l’islamophobie, produire une tension permanente entre deux composantes de notre société, limiter nos droits et nos libertés « pour nous protéger », pénaliser l’antisionisme en le présentant comme antisémitisme, empêcher le développement de la contestation sociale qu’appelle la fragilisation sociale et économique des classes populaires (et même des couches moyennes). <br /> N’ayons pas peur. Regroupons-nous. Organisons-nous.
E
Ces petites lumières sont fragiles et pourtant ce sont elles qui nous éclairent tous.
F
OK Etienne, si tu as vu les nouvelles d'antenne 2 ce soir, il y a eu les trois héros, à titre divers:<br /> le jeune noir musulman employé de la supérette juive, dont je t'ai envoyé la pétition dans la journée...<br /> l'employé de l'imprimerie caché pendant 8 heures dans l'armoire sous un lavabo <br /> et le merveilleux directeur de l'imprimerie, désarmant dans son accueil et attitudes avec ces deux frères armés....<br /> merci, ces personnages sont importants, perdus au milieu des autres grands discours... et de tout ce qui va suivre comme retombées...<br /> Francesco
L
Ce que je n’aurais jamais imaginé faire avant mercredi dernier<br /> Luc LE VAILLANT 12 janvier 2015 à 12:09 sur Libération<br /> Pendant la marche du 11 janvier, à Paris. (Photo Joel Saget. AFP)<br /> BILLET<br /> Voilà la liste de ce que je n’aurais jamais imaginé faire depuis que Charlie s’est fait tirer dessus.<br /> 1. Je me suis surpris à souhaiter «bonne nuit» aux CRS qui stationnent dans leur fourgon et qui veillent en bas de l’immeuble de Libé. Et j’ai été loin de trouver ridicules ceux qui, dans la «marche» que je continue à appeler la «manif», applaudissaient les forces de l’ordre qui n’en revenaient pas d’être ainsi fêtées et en jubilaient dans la bonhomie.<br /> Depuis quelques années, je n’en suis plus rendu à crier «mort aux vaches, vive l’anarchie», mais je garde une distance de sécurité avec les matraqueurs de profession et je ne peux m’empêcher de monter dans les tours dès que je croise un uniforme. J’ai réalisé qu’ils pouvaient se faire flinguer sur un trottoir du quartier Bastille, à un carrefour de Montrouge, en donnant l’assaut à une imprimerie ou à un supermarché casher et tout ça pour défendre des journalistes, des juifs, des passants, nous tous quoi. De là à caresser lascivement leur gilet pare-balles ou à baiser le bout de leurs brodequins, il y a encore un fossé que j’espère n’avoir jamais à franchir sur mes ballerines libertaires.<br /> 2. Je me suis surpris à ne pas trouver ridicules ces Marseillaises chantées dans le silence ému d’un Paris pas si perdu alors que m’insupportent ces obligations faites aux footballeurs d’ânonner ce chant guerrier, qu’ils chantent comme des casseroles. De là à entonner moi-même cet hymne à la patrie, à trompeter ces paroles vengeresses, il y a un fossé où j’aimerais ne pas verser par manque d’envie de me retrouver dans les bras de la Castafiore.<br /> 3. Je me suis surpris à apprécier la proximité et même la fraternité non jouée entre Hollande et Merkel, Hollande et Juncker, Hollande et Renzi sans immédiatement hurler contre la logique «austéritaire» de Bruxelles et exiger qu’on fasse évoluer les missions de la BCE. De là à ne pas entrevoir l’alliance objective entre la finance absolutiste et le terrorisme religieux, il y a un fossé d’eaux saumâtres et ricanantes où croupissent mon mauvais esprit et ma paranoïa.<br /> 4. Je me suis surpris à admirer le courage dans l’épreuve de Manuel Valls. Pour une fois, son menton haut et son verbe strict, sa droiture de droite et sa rigidité ordonnée ne m’ont pas ulcéré. Sans doute parce qu’il y avait mis de la conviction républicaine, de l’humanité constituée, de l’empathie à dos large. Son apparition à la porte de Vincennes pour participer à l’hommage rendu aux victimes juives fut assez éblouissante. De là à ne pas le voir venir botté et casqué, prêt à nous fourguer un Patriot act à la française ou à encadrer la liberté d’expression pour laquelle sont morts les Charlie, il y a un fossé où je noierais volontiers les autorités autoritaires, les interdicteurs bienséants qui se cachent sous le nénuphar du «on n’a rien sans rien».<br /> 5. Enfin, je n’ai pas été surpris devant la compassion décontractée et attentive de Hollande, devant son humanité heureuse qui sait alléger les moments durs, devant sa faconde tactile qui sait prendre dans les bras qui il faut, comme il faut, trouver les mots de consolation sans verser dans le pompeux peureux, le hiératique angoissé. Hollande est un type qu’on aimerait avoir à son enterrement. De là à penser qu’il peut réanimer un pays au souffle coupé, tout en le laissant prendre le risque de vivre debout, il y a un fossé où j’aimerais que l’on ne verse pas, lui et moi, lui et nous.<br /> Luc LE VAILLANT
E
Pour moi le témoignage qui m'a le plus ému c'est celui du directeur de l'imprimerie où s'étaient installés les deux frères Kouachi. En dépit de la situation, il n'a pas hésité à soigner l'un de ses deux hôtes, qui était blessé. Par simple humanité, il a considéré que ces deux ennemis publics restaient des hommes.
D
Même dans la nuit et la désolation, il y a toujours quelque part un rayon de lumière. C'est ainsi que Lassana Bathily, jeune homme malien de confession musulmane, a éclairé une semaine qui, autrement, eût été totalement enténébrée. C'est lui qui, en effet, a permis de sauver plusieurs clients en les cachant dans la chambre froide, alors que le preneur d'otages s'introduisait dans le supermarché casher porte de Vincennes vendredi dernier.<br /> &quot;Je suis allé au congélateur, j'ai ouvert la porte, et plusieurs personnes sont rentrées avec moi. Je leur ai dit de se calmer, de ne pas faire de bruit&quot;, a-t-il déclaré sur BFMTV. C'est ainsi qu'une quinzaine de personnes ont échappé à une mort quasi certaine.<br /> Quand il a pu sortir du magasin, les policiers l'ont arrêté et menotté pendant 1h 30, pensant que cet homme noir était forcément l'un des terroristes. Quand les policiers ont enfin compris leur erreur, ils ont pu l'interroger, et il leur a donné les plans du magasin, ce qui a permis de faciliter l'intervention.<br /> Le jeune homme de 24 ans s'avère particulièrement modeste. &quot;Je suis musulman, pratiquant. J'ai déjà fait mes prières dans ce magasin, dans la réserve. Et oui, j'ai aidé des Juifs. On est des frères, a-t-il déclaré. Ce n'est pas une question de juifs, de chrétiens ou de musulmans, on est tous dans le même bateau&quot;, a-t-il estimé.<br /> Ce héros ordinaire est de fait un modèle. Longtemps sans-papier, il a finalement été accueilli dans un magasin juif, et il a sauvé une quinzaine de personnes juives, une quinzaine d'êtres humains. Tout simplement.<br /> Il y aurait beaucoup de leçons à tirer de cette histoire. C'est tout d'abord le danger des amalgames, qui ont conduit les policiers à perdre 1h30 dans un contexte où chaque minute peut être décisive. Mais l'histoire de Lassana est aussi une formidable leçon sur les bénéfices de l'entraide et de la fraternité, ce qui est le sens profond de toute vraie religion.<br /> Pour toutes ces raisons, demandons au président de la République François Hollande de lui accorder la nationalité française et la légion d'honneur.<br /> Thiaba Bruni, porte-parole du CRAN
A
Je réponds brièvement à ton intervention. C'est évident que je n'ai pas le droit de sacrifier l'autre sous quelque prétexte que ce soit. Mais le problème est avant tout la toute-puissance. La violence nous constitue : elle nous sépare et d'une certaine façon elle est à l'origine de la parole. Associée à la toute-puissance, elle finit par nous tuer. La toute-puissance elle est nocive dans tous les cas, ce qui n'est pas le cas pour la violence.<br /> <br /> Le martyre c'est témoigner d'une valeur, qui a un caractère absolu. Il est possible que certains jeunes, mal éclairés, et en prenant des moyens qui se retournent contre l'homme et contre eux, veulent témoigner du non respect de certaines populations. Il me semble que cela, il faut l'écouter.
F
OK Etienne.... mais quelques petites observations quand même....<br /> violence de part et d'autre, c'est possible... et à écouter, d'une part comme de l'autre....<br /> mais je ne sais pas si je peux comparer la violence de la parole et du dessin à la violence des armes de guerre qui tuent toute vie....<br /> et d'un côté au nom de Dieu et d'autre côté au nom d'une liberté de pensée et de parole....<br /> sinon la non-violence c'est quoi, dans une situation et dans l'autre....?<br /> <br /> et j'aimerais aussi si tu peux contribuer à saisir et comprendre le sens, la volonté et le choix (?) de dire vouloir mourir &quot;en martyr&quot;....<br /> on est dans des interconnexions.... martyr si je meurs (..par amour... par vengeance... par riposte...) ou martyr si je suis tué (par... par... par...)<br /> qui est tué par qui, qui est martyr de qui et de quoi...?<br /> martyr, martyr.... quel sens chrétien... bouddhiste.... musulman...<br /> <br /> à suivre...<br /> Francesco
E
Quoi qu'il en soit, et surtout pour un chrétien, il faut dénoncer ce qui vient de se passer : l'homme est atteint au coeur de lui-même et Dieu est réduit à une idole sanguinaire. Ne rien en dire est une insulte à la Parole. Mais c'est vrai et il faut le dire aussi, la parole et la caricature peuvent tuer. Nous en sommes responsables, dans la mesure où le respect de l'autre s'impose dans toutes nos activités. Les terroristes fonctionnent dans un système de miroir. Ils nous renvoient notre propre violence, en Irak, à Guantanamo, dans nos caricatures. Cela ne peut, en aucun cas, justifier leurs actes, qui sont un déni de toute humanité, mais il est aussi nécessaire d'écouter ce qu'ils nous disent car la violence est déjà une parole...
C
Communiqué du Comité Interreligieux de la Famille Franciscaine<br /> <br /> Ce qui vient de se dérouler ces 7 et 9 janvier 2015 dans notre<br /> pays, en sa capitale, Paris, et en deux lieux symboliques, l'un de<br /> l’exercice extrême de la liberté d’expression, et l'autre de la<br /> communauté juive, ne peut être en aucun cas justifié ni excusé. On peut<br /> trouver un certain humour pas drôle du tout, ou même franchement<br /> insultant, cela ne justifie pas l'assassinat, la seule véritable profanation<br /> religieuse, ici et partout où cela se produit au nom de Dieu. Quant à<br /> l'antisémitisme, il reste un fléau à combattre sous toutes ses formes et<br /> de toutes nos forces. Nous sommes solidaires avec toutes les victimes, et<br /> nous dénonçons la violence partout où elle s'exerce.<br /> De l’humour juif aux récits de Nasreddine Hodja (Joha en Afrique du Nord), en passant par Golias, la<br /> dimension traditionnelle de l’autodérision fonctionne dans des sociétés ou des communautés relativement<br /> homogènes, où l’identité religieuse est suffisamment établie et stabilisée. Ne pas se prendre au sérieux fait<br /> partie du chemin spirituel. L’humour est indispensable pour lutter contre toute forme de religiosité, de<br /> bigoterie, dans lesquelles l’Amour de l’Un risquent de devenir la haine de l’autre – la haine de la diversité. Le<br /> fondamentalisme en est l'ennemi par excellence.<br /> Mais la caricature, la moquerie, la dérision ne peuvent exercer leur effet pédagogique, salutaire,<br /> décapant, qui leur donne toute leur valeur, que dans un contexte fraternel. Pour nous, membres du Comité<br /> Interreligieux de la Famille Franciscaine, le respect absolu des personnes, dans leur histoire et leur<br /> identité, prime sur toute autre considération, y compris celle d’une prétendue liberté qui se croirait tout<br /> permis. Comme dans notre devise républicaine, la fraternité équilibre la liberté et lui donne à la fois sa<br /> raison d'être et son milieu d’exercice, infini.<br /> Les meurtriers des 7 et 9 janvier 2015 sont des enfants de notre République, accueillis, élevés,<br /> éduqués, dans une nation qui, aujourd’hui, est endeuillée et indignée, nous l’espérons à double titre. Car<br /> au-delà de cette indignation, il nous faudra réfléchir, tous, à un exercice de la liberté plus responsable, à la<br /> prise en compte, en notre corps social, des identités fragilisées non seulement par une conception<br /> étriquée de la laïcité, mais surtout par des inégalités sociales croissantes, sources de ressentiment, de<br /> violence sourde, de déséquilibres insupportables. Il était facile de montrer du doigt le terrorisme venu de<br /> l’étranger. Qu’en est-il de celui qui naît dans nos familles, nos écoles, nos universités ? Nous sommes<br /> renvoyés par ce drame à la construction modeste, patiente et responsable d’un vivre ensemble nouveau.<br /> D’abord, très concrètement, au jour le jour, parole après parole, page après page, geste après geste. Ensuite<br /> à travers l’élaboration d’une vision commune de notre destin collectif.<br /> Le monde attend d’un pays comme le nôtre qu’il invente encore, y compris au moyen de la<br /> caricature et de l’autodérision, mais surtout grâce à sa devise et à ses ressources spirituelles, au sens large,<br /> une façon de vivre ensemble en pluralité qui le dépasse et montre la voie. Nous croyons que c’est possible !<br /> Le Comité Interreligieux de la Famille Franciscaine<br /> Amina Maret, musulmane de l’École soufie internationale, Le Plessis-Trévise,<br /> Christine Delmas, membre de la Fraternité Franciscaine Séculière, Paris,<br /> Emmanuel Ollivier, bouddhiste de tradition zen, Issy les Moulineaux,<br /> Gabriel Hagaï, rabbin kabbaliste et universitaire, Paris,<br /> Gabrielle Marguin, soeur franciscaine de la propagation de la foi, Francheville,<br /> Jasvir Singh, sikh, Bobigny,<br /> Jean-Marie Landrin, frère mineur franciscain, Fontenay s/bois,<br /> Justine Ramon, membre du Mouvement Juif Libéral de France, Torcy,<br /> Karim Ifrak, musulman universitaire, Paris,<br /> Lucette Anthonioz-Blanc, bouddhiste de tradition tibétaine, Lentigny,<br /> Michel Dubois, bouddhiste de tradition zen, Montreuil,<br /> Pascal Aude, frère mineur capucin, Villeneuve-Saint-Georges,<br /> Rany Rouabah, musulman de la confrérie Al 'Alawiya, Yerres.<br /> Le CIFF soutient et invite à participer à tous les rassemblements qui auront lieu dimanche 11 janvier dans<br /> toute la France, à la mémoire des victimes de ces odieux assassinats.
E
Merci Yves pour ce témoignage d'espérance. Au-delà de la démocratie, il y a l'homme et, en lui nous pouvons faire confiance.
Y
Au diable l'auto censure, je joins un petit texte, ma façon à moi de réagir :<br /> <br /> J’ai cru d’abord à un orage<br /> Une forte marée trainant avec elle la pluie<br /> Près de moi dormait toute sage<br /> Cette vieille maîtresse que j’appelais Démocratie<br /> J’ai ouvert un œil jusqu’à la fenêtre j’ai marché<br /> J’ouvre les volets, une tempête s’était levée<br /> De tout côté des arbres déracinés<br /> Sur les terrasses des cafés des corps restaient allongés<br /> Vers elle je me suis tourné elle me fixait d’un regard attendri<br /> J’ai tout de suite compris qu’elle m’avait trahi<br /> Dans les draps je me suis recouché<br /> Et comme une putain elle m’a enlacé<br /> Je me suis rendormi cette nuit là j’ai rêvé<br /> Un homme me souriait vers lui je me suis tourné<br /> De ce même bonheur mon visage était habité<br /> Derrière des badauds mous regardaient hébétés<br /> Croyant à un simple regard vers un être aimé<br /> Mais je savais bien que c’était l’humanité<br /> Qui dans ce sourire voulait continuer à rêver<br /> A ce moment exquis où le ciel s’éclaircit<br /> Demain dans la cuisine tout sera apaisé<br /> Et ma vieille maîtresse préparera le déjeuner
E
Chacun est libre de manifester ou de ne pas manifester.
P
Le texte que tu nous a envoyé à propos d'Abraham est d'actualité,mais je n'irai pas manifester considérant que la prise de conscience et la réflexion ne sont possibles qu'en silence et en solitude
C
L'amour plus fort que la haine.<br /> <br /> Appuyer sur Charlie.
R
On vit vraiment une époque formidable : appuyez su Reiser...
E
Le dessin humoristique de Dieu.<br /> <br /> Appuyer sur Etienne Duval pour le voir !
E
Il est peut-être plus facile de comprendre ce que fait Dieu lorsqu'il demande à Abraham, d'immoler Isaac, comme sa conscience semble lui ordonner ? Il le prépare à se voir dans le dessin (humoristique) représentant un bélier.
E
Le dessin qui désarme ceux qui ne veulent pas voir ou qui les arme à nouveau.<br /> <br /> Appuyer sur Etienne Duval
C
Après l'attentat de Charlie hebdo, un dessin prémonitoire de Cabu.<br /> <br /> Appuyer sur Cabu
E
Merci Gérard. Je retiens la phrase de Lévinas : &quot;l'amour de Dieu ne peut se vivre qu'à travers l'amour du prochain&quot;. Dieu sans l'homme serait dans la toute-puissance. C'est à partir du moment où l'homme lui-même devient intérieur à Dieu, où il devient fils de Dieu, que Dieu abandonne sa toute-puissance. Et apparemment l'homme sans ouverture à l'inconnaissable est aussi dans la toute-puissance. L'inconnaissable enveloppe toute connaissance. Mais, en même temps, l'inconnaissable aspire à la connaissance. C'est dans ce jeu de la connaissance et de l'inconnaissable que l'homme devient lui-même, à condition de prendre ces deux termes dans un sens existentiel, qui est celui de l'amour. Il faut que je sacrifie ma toute-puissance pour entrer dans la connaissance de l'inconnaissable, pour entrer dans le véritable amour.
G
Comme d'habitude, la question que tu poses par ton texte est radicale et complexe. Qu'est ce que l'obéissance à Dieu ? (Est-ce bien à Dieu qu'on obéit ?) Jusqu'où peut-elle, doit-elle aller ? Jusqu'où l'homme peut-il s'y soumettre ? Comment cette prétendue obéissance à Dieu est-elle l'introduction du mal (absolu) dans la vie humaine ? Tu signales, avec raison !, que ces questions sont d'une terrible actualité.<br /> Je me réfère à Stéphane Mosès, Temps de la Bible, Lectures bibliques, Editions de l'éclat, 2011, 160p., au chapitre &quot;Sacrifices&quot;, pp 39-86. Je résume ce que je crois en avoir compris, et qui complète un peu ton point de vue. Mosès s'appuie sur la tradition juive, notamment talmudique.<br /> <br /> Mosès observe (pp. 55-56) que l'instance qui s'adresse d'abord à Abraham est &quot;ha-Elohim&quot;, terme dans lequel la tradition voit un &quot;couple antinomique&quot; : &quot;Midat ha Din&quot; , attribut de rigueur, de puissace, et &quot;Midat ha Hesset&quot;,&quot;le Seigneur&quot;, attribut d'amour. C'est ha Eloim (le-Dieu) qui donne d'abord l'ordre de sacrifier Isaac . Mais c'est l'ange du Seigneur (l'ange de Yahvé) qui interrompt cet acte d'une violence extrême, sauve la vie d'Isaac. (Mosès rappelle par ailleurs, p. 45, que Isaac (Yts'hak) signifie &quot;Il rira&quot;).<br /> De là une première interprétation possible : serait-ce Satan qui aurait intimé cet ordre, s'enveloppant dans la voix de ha-Heloim (pp. 52, 54). Ceci suggère que retenir un &quot;attribut&quot; de Dieu seulement -du moins celui-là- c'est ouvrir la voie au mal absolu.<br /> Mosès analyse (p. 69, sq.) l'interprétation de Kierkegaard, qui (schématiquement dit par moi !) place l'absolu de l'obéissance à &quot;Dieu&quot; (est ce encore bien &quot;Dieu&quot; – ou quel dieu ?) au-dessus de tout, c'est-à-dire au-dessus même de toute éthique. Tout attachement humain, la responsabilité humaine à l'égard d'autrui, y compris de sa propre descendance : tout doit être &quot;sacrifié&quot; à l'absolu de la foi en &quot;Dieu&quot; ; et c'est ce qui en ferait la valeur. On pense à quelques situations actuelles... Mais cette tentation n'appartient-elle pas aussi au vieux fonds chétien ?<br /> <br /> A l'inverse, la tradition juive, que rappelle Lévinas, (cf. p. 71-72), considère que &quot;l'amour de Dieu ne peut se vivre qu'à travers l'amour du prochain&quot;. La Foi ne peut qu'épouser l'éthique, qui n'est pas une abstraction. (On n'est pas loin de Jolif, une fois de plus ! ). Leur séparation, la domination de l'une sur l'autre -ou inversement ? - donne la violence, la folie, la barbarie.<br /> <br /> Il a fallu &quot;trois jours&quot; (chiffre éminemment symbolique : le temps d'une résurrection ?) pour passer d'une obéissance à l'injonction de mort - à la restauration de l'amour. Trois jours qui, selon la tradition du Zohar, &quot;renv(erraient) au troisième patriarche, Jacob, fils d'Isaac&quot; (Mosès, p. 86), c'est-à-dire, non pas à une durée historique, temporelle, mais à la conscience que la vie appelle une descendance, et que celle-ci impose l'espérance. Et inversement : la vie serait, somme toute, produite par la Loi et l'Amour, inséparables, dans l'espérance. En prendre conscience au bout d'une marche de &quot;trois jours&quot;– et agir en conséquence- serait fondateur de l'humanité même. C'est cela, - cette conscience et les actes -, qui mérite d'être &quot;sacri-fié&quot;, c'est-à-dire institué comme sacré. Mais cette &quot;humanité&quot;, on le voit, n'est jamais acquise, sans doute. Il faut marcher. Pour voir.<br /> <br /> <br /> Bonne route !<br /> <br /> Gérard Jaffrédou<br /> 5.I. 2015
C
Coran, le sacrifice d'Abraham<br /> <br /> 83 Parmi ses continuateurs, fut certes Abraham.<br /> 84 Lors il approcha son Seigneur d'un cœur intègre<br /> 85 lors il dit à son père, à son peuple : &quot; Qu'adorez-vous ?<br /> 86 est-ce par imposture que vous voulez des dieux en place de Dieu ?<br /> 87 quelle fausse idée vous vous faites du Seigneur des univers ! &quot;<br /> 88 Il ne jeta qu'un regard vers les étoiles <br /> 89 et dit: &quot; Je suis contaminé &quot; <br /> 90 ils se dérobèrent à lui faisant volte-face<br /> 91 subrepticement il alla vers leurs dieux et dit : &quot; Quoi! vous ne mangez pas? <br /> 92 qu'avez-vous à ne parler même pas ? &quot;<br /> 93 subrepticement il leur porta un coup de sa droite<br /> 94 on revint donc à lui précipitamment<br /> 95 &quot;Adorerez-vous, dit-il, ce que vous sculptez<br /> 96 quand Dieu vous a créés vous et vos fabrications ? &quot;<br /> 97 eux dirent : &quot;Bâtissons-lui un bâti et jetons-le au cœur du brasier &quot;.<br /> 98 Et puis ils voulurent le prendre par ruse, mais Nous leur donnâmes le dessous.<br /> <br /> 99 Il dit : &quot;J'émigre vers mon Seigneur. Lui me guidera<br /> 100 ô mon Seigneur, accorde-moi quelques justes &quot;<br /> <br /> 101 Nous lui fîmes donc l'annonce d'un garçon longanime <br /> <br /> 102 quand ce dernier parvint à l'âge actif, il lui dit: &quot; Mon enfant je me suis vu en rêve t'égorger. Examine quel parti prendre &quot;. Le fils dit: &quot;Père, faites ce dont vous avez reçu commandement. Vous me trouverez, si Dieu veut, patient entre tous &quot;<br /> <br /> 103 Ayant ainsi tous deux manifesté leur soumission, il le jeta à terre sur la tempe<br /> 104 alors Nous l'appelâmes : Abraham!<br /> 105 tu as avéré la vision. Ainsi les bel-agissants Nous rétribuons<br /> 106 ce n'était là qu'épreuve d'élucidation s&gt;.<br /> 107 Nous le rachetâmes contre une prestigieuse victime.*<br /> 108 Nous l'avons maintenu jusqu'aux ultimes<br /> 109 Salut sur Abraham au sein des univers<br /> 110 ainsi récompensons-Nous les bel-agissants<br /> 111 entre tous Nos adorateurs, il était croyant.<br /> 112 Nous lui fîmes l'annonce d'Isaac, en tant que prophète d'entre les justifiés<br /> 113 Nous le bénîmes, Isaac et lui, mais, parmi leur progéniture, il y aurait bel-agissant et coupable d'iniquité flagrante envers soi-même.<br /> (Le Coran, Sourate XXXVII, trad. franç., Jacques Berque)
T
Interprétation d’Abraham ou injonction<br /> divine ?<br /> Selon une tradition midrashique, qui s’appuie sur<br /> l’ambiguïté de l’expression « offrir en holocauste »,<br /> littéralement « faire monter en montée », Abraham,<br /> influencé par le contexte religieux, aurait mal<br /> compris l’ordre divin. Là où Dieu lui enjoindrait<br /> d’élever son enfant vers le ciel, Abraham<br /> comprendrait faire monter en fumée, comme<br /> lorsqu’on consume complètement sa victime.<br /> Dans le Coran, c’est en songe qu’Abraham se voit<br /> immoler son fils. Il raconte ce rêve à son fils<br /> (« qu’en penses-tu ? ») qui s’offre sans hésiter.<br /> C’est donc l’interprétation qu’Abraham fait de<br /> sa vision (le présent employé en arabe tendrait<br /> à signifier qu’il s’agit plutôt d’une vision que<br /> d’un rêve), confortée par celle de son fils,<br /> qui est à l’origine de l’acte sacrificiel. Cette<br /> dimension onirique (absente du texte biblique)<br /> est longuement commentée par des exégètes<br /> comme Ibn ’Arabî*, qui interprète que c’est en fait<br /> un bélier qui est apparu sous les traits de son fils.<br /> Selon certains soufis, l’épreuve d’Abraham<br /> consisterait à donner son vrai sens à la vision,<br /> qui n’est pas d’immoler matériellement son fils<br /> mais de le consacrer à Dieu, ce en quoi il est<br /> récompensé : « Ô Abraham ! tu as cru en cette<br /> vision et tu l’as réalisée ; c’est ainsi que nous<br /> récompensons ceux qui font le bien ; voilà<br /> l’épreuve concluante » (Coran 37, 103). On rejoint<br /> ici l’interprétation judaïque.<br /> * Ibn ’Arabî, né à Murcie (sud de l’Espagne) en 1165<br /> et mort en 1240 à Damas. Grand auteur mystique,<br /> maître du soufisme appelé aussi « le plus grand des<br /> maîtres », auteur de 846 ouvrages. Son œuvre aurait<br /> influencé Dante et saint Jean de la Croix.<br /> <br /> Appuyer sur le titre.
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I
La relation père-fils<br /> Des interprétations plus psychanalytiques<br /> avancent l’idée que, si c’est Abraham lui-même<br /> qui attribue à Dieu cette exigence de sacrifice,<br /> c’est parce qu’il a un compte inconscient à régler<br /> avec son fils, ce fils qui pourrait un jour lui ravir sa<br /> place et vivre pour lui-même. N’est-ce pas lui qui<br /> interprète qu’il doit immoler son fils ? En arrêtant<br /> sa main, Dieu lui ferait comprendre qu’il doit<br /> assumer pleinement sa paternité « en coupant<br /> le cordon » avec son fils, en acceptant que le fils<br /> vive pour lui-même et non plus seulement<br /> pour son père.<br /> L’âge de ce fils varie sensiblement en fonction<br /> des traditions et des représentations.<br /> L’iconographie chrétienne le représente souvent<br /> comme un enfant ou un adolescent. Selon le<br /> midrash, Isaac aurait 37 ans au moment de cet<br /> épisode, c’est donc une victime consentante<br /> qui s’avance vers l’autel du sacrifice ; la cruauté<br /> du geste paternel s’en trouve atténuée, et Isaac,<br /> au même titre que son père, devient un modèle<br /> de foi. Par cette offrande de lui-même, il devient<br /> vraiment homme, adulte et individu à part<br /> entière : il existe pour lui-même. Dans les<br /> targums* et la littérature midrashique, ce<br /> n’est plus Abraham mais Isaac qui devient le<br /> personnage central : « Si le saint, bénit soit-il,<br /> me demandait tous mes membres, je ne les lui<br /> refuserais pas. Lie-moi bien pour que je ne me<br /> débatte pas à cause de l’angoisse de mon âme<br /> de telle sorte qu’il se trouve une tare dans<br /> ton offrande et que je sois précipité dans la fosse<br /> de perdition. » En un parfait accord, les volontés<br /> du père et du fils se rejoignent.<br /> Sur ce dernier point, le texte coranique se<br /> rapproche de nouveau de la tradition rabbinique :<br /> le fils est un adulte volontaire auquel Abraham<br /> demande même son avis : « Qu’en penses-tu ? »<br /> Là encore, le père autant que le fils sont<br /> consacrés pour leur foi sans faille. C’est la foi<br /> conjuguée du père et du fils qui sauve ce dernier<br /> des flammes.<br /> <br /> Appuyer sur le titre.
A
J'ai bien aimé cette analyse, mettant en œuvre les ressources de ce texte pour dévoiler les mécanismes agissant au cœur des drames actuels de violence. Comment les interdits bibliques de la violence sacrificielle peuvent-ils être entendus lorsque, précisément, la violence les engloutit ? Si on tuait vraiment au nom de Dieu, le mythe du sacrifice d'Abraham pourrait avoir une efficacité dissuasive, mais est-ce le cas ? Je dirai volontiers que, actuellement, la violence transcende le religieux et l'engloutit littéralement et que du même coup le récit du sacrifice d'Abraham est réduit à l'impuissance. Merci pour cette belle analyse.
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C
Contre les sacrifices d’enfants<br /> Le sacrifice est un acte commun à toutes les<br /> religions de l’Antiquité. Au départ, sa signification<br /> n’est pas la privation et le dépouillement mais<br /> au contraire le don le plus généreux possible<br /> à une divinité dont on veut obtenir la récompense,<br /> la grâce ou le pardon. La Bible n’échappe pas<br /> à cette tradition et l’on y pratique volontiers les<br /> sacrifices d’animaux et de végétaux ; cependant,<br /> elle récuse absolument les sacrifices humains<br /> qui étaient encore pratiqués dans la société<br /> cananéenne de l’époque : sacrifier un enfant,<br /> notamment un premier fils, devait calmer les<br /> fureurs d’un dieu jaloux du bonheur de l’homme.<br /> L’épisode du sacrifice d’Abraham est et a été<br /> l’objet de très nombreux commentaires et a<br /> toujours suscité perplexité, incompréhension<br /> et indignation : comment un Dieu d’amour peut-il<br /> avoir une exigence aussi monstrueuse ? Il est<br /> sûrement important de remettre l’épisode dans<br /> son contexte ; à l’époque, les sacrifices humains<br /> étaient courants, ce qui explique qu’Abraham<br /> l’entende ainsi. Il semblerait, selon la tradition<br /> la plus répandue, notamment dans le<br /> christianisme, que le coup de théâtre divin<br /> substituant au dernier moment un bélier au fils<br /> d’Abraham démontre avec force le refus absolu<br /> par Dieu de tout sacrifice humain.<br /> L’épisode du sacrifice d’Isaac serait donc une<br /> sorte de mise en scène pédagogique pour faire<br /> comprendre à Abraham que son Dieu n’est pas<br /> un de ces dieux jaloux à qui l’on offre un enfant<br /> en pâture mais un dieu « autre », indescriptible,<br /> invisible et unique, un Dieu d’amour, bien loin des<br /> figures anthropomorphiques des divinités d’alors.<br /> Selon Marc-Alain Ouaknin, la leçon de cet épisode<br /> est sans équivoque : c’est une mise en scène<br /> dramatique pour signifier aux hommes qu’on<br /> ne peut désormais plus jamais se croire autorisé<br /> à porter la main sur un autre homme au nom de<br /> Dieu. Pour lui, le fait que le sacrifice n’ait pas lieu<br /> est tout à fait révolutionnaire : le message qui<br /> en résulte rejoint celui des dix commandements :<br /> ce Dieu est un Dieu d’amour et de justice qui<br /> refuse la violence et plus encore celle qui est faite<br /> en son nom. <br /> <br /> Appuyer sur le titre !
E
Merci Danièle. Je suis émerveillé par ce texte de Flavius Josèphe, encore que je ne sois pas d'accord sur tous les points de son interprétation. Mais il interprète avec beaucoup d'intelligence et nous montre que ce texte du sacrifice d'Abraham était un texte vivant, à son époque, au point que même les non-Juifs pouvaient le connaître et éventuellement l'expliquer.
D
Un sacrifice pour rien<br /> <br /> Le sacrifice d’Abraham à ne pas confondre avec le sacrifice Iphigénie : &quot;L’orsqu'Agamemnon tente de lancer sa flotte vers les côtes de Troie, les vents lui sont défavorables. Un prophète de malheur lui révèle que seule la mort de sa fille Iphigénie apaisera la colère des dieux … »<br /> Mais comment expliquer cela sans froisser le monde gréco-romain, aux romains surtout qui viennent tout juste de détruire le second Temple de Jérusalem ne parlons pas du massacre des innocents ! pour mémoire (Hérode est placé sur le trône de Jérusalem par les Romains) <br /> <br /> Un formidable conteur a lui aussi recours au sacrifice d’Abraham <br /> <br /> Préparation au sacrifice d'Isaac<br /> Lorsque l'autel fut prêt, qu'il y eut disposé les morceaux de bois et que tout fut dans un bel ordre, il dit à son fils : « Mon enfant, dans mille prières, j'ai demandé ta naissance à Dieu ; après que tu es venu au monde, il n'est aucune peine que je ne me sois donnée pour ton éducation, rien qui me parût plus heureux que de te voir parvenir à l'âge d'homme et te laisser en mourant héritier de mon pouvoir. Mais, puisque c'est la volonté de Dieu qui m'a fait ton père, et qu’il lui plaît maintenant que je te perde, supporte vaillamment le sacrifice ; c'est à Dieu que je te cède, à Dieu qui a voulu avoir de moi ce témoignage de vénération en retour de la bienveillance avec laquelle il s'est montré mon appui et mon défenseur. Puisque tu as été engendré d'une façon peu commune, tu vas aussi quitter la vie d'une façon peu ordinaire ; c'est ton propre père qui t'envoie d'avance à Dieu, père de toutes choses, selon les rites du sacrifice ; il n'a pas, je crois, jugé à propos que la maladie ni la guerre, ni aucun des fléaux qui assaillent naturellement les hommes, t'enlève à la vie : c'est au milieu de prières et de cérémonies sacrées qu'il recueillera ton âme et qu'il la gardera près de lui ; tu seras pour moi un protecteur et tu prendras soin de ma vieillesse - car c'est surtout vers cette fin que je t'ai élevé -, mais au lieu de toi, c'est Dieu dont tu me procureras l'appui. »<br /> Isac - d'un tel père il ne pouvait naître qu'un fils magnanime - accueille avec joie ces paroles et s'écrie qu'il ne mériterait pas même d'être venu au monde, s'il voulait s'insurger contre la décision de Dieu et de son père et ne pas se prêter docilement à leur volonté à tous deux, alors que, son père seul eût-il pris cette résolution, il eût été impie de ne point s'y soumettre ; il s'élance donc vers l'autel et la mort. Et l'acte s'accomplissait, si Dieu n’eût été là pour l'empêcher ; il appelle Abram par son nom et lui défend d'immoler son fils : ce n'était pas le désir de sang humain, lui dit-il, qui lui avait fait ordonner le meurtre de son fils et il ne l'avait pas rendu père pour le lui enlever avec cette cruauté, il ne voulait qu'éprouver ses sentiments et voir si même de pareils ordres le trouveraient docile. Sachant maintenant l'ardeur et l'élan de sa piété, il était satisfait de tout ce qu'il avait fait pour lui, et il ne cesserait jamais de veiller de toute sa sollicitude sur lui et sur sa race ; son fils atteindrait un âge avancé et, après une vie de félicité, transmettrait à une postérité vertueuse et légitime une grande puissance. Il lui prédit aussi que leur race donnerait naissance à de grandes et opulentes nations dont les chefs auraient une renommée éternelle, et qu'ayant conquis par les armes la Chananée, ils deviendraient un objet d'envie pour tous les hommes. Après avoir ainsi parlé, Dieu fit sortir d'un lieu invisible un bélier pour le sacrifice ; quant à eux, se retrouvant ensemble contre toute espérance, après avoir entendu ces magnifiques promesses, ils s'embrassèrent, et, une fois le sacrifice accompli, s'en retournèrent auprès de Sarra, et menèrent une vie heureuse, car Dieu les assistait dans toutes leurs entreprises.(Flavius Josèphe ANTIQUITES JUDAÏQUES)
E
Tu as raison, ce n'est pas l'interdit qui peut être efficace, encore que les musulmans considèrent le sacrifice d'Abraham comme un texte fondateur. On peut éventuellement mettre les Islamistes en contradiction avec eux-mêmes. Mais ce à quoi je pense c'est la méthode de traitement :<br /> - Prendre les gens où ils en sont,<br /> - Les écouter avant de les condamner<br /> - Les amener à voir et par là les faire entrer dans une forme de rationalité<br /> - Faire alors entendre une parole de refus du sacrifice<br /> - Les amener à comprendre que leur comportement est dicté par leur propre toute-puissance et leur représentation d'un faux dieu tout-puissant<br /> - Finalement les amener à sacrifier leur propre toute-puissance et leurs représentations de toute-puissance.<br /> <br /> Est-ce suffisant ? C'est en tout cas une ligne de conduite qui évite l'idée que le problème est du côté de la violence, ce que je ne crois pas. Le problème essentiel, pour moi, c'est la toute-puissance.
D
Inattendu aussi bien que mortel, ta vision du sacrifié.<br /> Aussi intéressante que saisissante.<br /> Ce point de vue m'avait échappé et je suis heureux que tu l'ais souligné.<br /> denis jeanson
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E
Ce qui est étrange c'est que, très souvent, cette violence s'exerce au nom de Dieu !
H
Merci, Etienne, de ce beau texte de réflexion sur notre présente situation de violence.
D
Merci de ton intérêt pour le texte, notamment pour l'aspect que tu as souligné. J'ai d'ailleurs peur que cette idée d'une toute-puissance de la victime ait contaminé, parfois, la théologie chrétienne.
F
Ton texte sur le sacrifice d'Abraham est vraiment clair et porteur. Hélas, ce genre de choses n'est pas près d'être entendu là où il manque... As-tu lu &quot;Le sacrifice interdit&quot; de Marie Balmary sur le même sujet. ? C'est assez parallèle, il me semble.
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G
L'article est maintenant référencé par google.
E
Merci à Olivier Schmidt-Chevalier, qui fait référence à cet article, dans son blog de blogs.<br /> <br /> Appuyer sur Etienne Duval
E
Oui, je me sens assez proche de Marie Balmary, notamment en ce qui concerne le sacrifice interdit.

  • : le blog mythesfondateurs par : Etienne
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  • : Mythes, articles à partir des mythes, réactions sur le site Mythes fondateurs http://mythesfondateurs.over-blog.com/ Le mythe et le conte sont la parole dans sa première gestation. C'est pourquoi, si la parole est malade, comme le dit Vittorio Gasman, il devient urgent de revenir à ses fondements qui sont encore à notre disposition, à travers les mythes et les contes. Lorsque la parole ne fonctionne pas, c'est la violence qui gagne. Les mythes et les contes, par l'apprentissage du processus symbolique qu'ils proposent, sont là pour nous aider à faire sortir la parole de la violence. C'est de la naissance de l'homme lui-même dont il s'agit.
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