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29 mai 2014 4 29 /05 /mai /2014 13:47

Echo et Narcisse par Nicolas POUSSIN (c. 1650) © Musée du Louvre, Paris
 

Le traumatisme du jeune Maghrébin et sa difficulté à se reconnaître Français

 

Depuis de nombreuses années, je m’interroge sur la difficulté du jeune Maghrébin à s’intégrer dans la société française. Or un événement récent vient de m’ouvrir les yeux.

 

Un livre de Sami Kdhir : Sursis sans frontières

L’événement dont je veux parler est la parution d’un livre aux éditions Edilivre, écrit par un jeune de 28 ans, qui a pu monter sa petite entreprise, après avoir obtenu un Master en Droit et Commerce international. Son père est originaire de Tunisie et sa mère est d’origine française. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, cette double origine élargit le champ de vision de Sami et l’amène à repérer, à travers la fiction, des phénomènes et des situations que les autres ne voient pas. Et bien que Belgacem, le personnage principal du livre, soit d’origine tunisienne, c’est l’expérience de tous les Magrébins, qu’ils viennent du Maroc ou encore de l’Algérie, qui est ici mise en relief. Et j‘ai même tendance à penser que les jeunes originaires d’Algérie sont plus particulièrement visés, parce que, chez eux, pour des raisons historiques, les problèmes se manifestent avec une acuité renforcée.

 

La dérive de Belgacem

Très rapidement, Belgacem s’adonne à la drogue et devient le numéro deux d’un groupe de dealers, dans la région lyonnaise, passant, pour ses affaires, de Vénissieux à Vaulx-en-Velin, puis à Rillieux. Alors que ses parents étaient bergers au bled, lui est enfermé dans un système mafieux, construit comme une toile d’araignée, qui l’amène à se faire de l’argent illégalement. Parfois, il se prend pour un héros, jouant avec les policiers qui cherchent à mettre la main sur lui, sans arriver à le coincer vraiment. Chaque nuit, sa mère tremble, car elle sait qu’au cours de ces heures sombres, il risque sa vie et sa liberté. De son côté, sans être dupe, le père reste muet mais son regard est désapprobateur. Parce que les oreilles de son fils sont fermées, il parle avec les yeux et Belgacem supporte de moins en moins la présence d’une conscience sur laquelle il n’a aucune prise.

 

Le détour par le Mexique

Et pourtant cette conscience parvient à déchirer une partie de la cuirasse. Notre héros n’est pas entièrement mauvais ; il sait qu’il tisse de jour en jour le filet de la contradiction qui l’asservit et, alors qu’il est encore temps, il cherche vainement à résister. Ce sont les événements qui vont l’amener à trouver une porte de sortie. Les policiers finissent par le cerner : au cours d’une nuit, l’étau est prêt à se refermer sur lui comme il est prêt à se refermer sur tous les membres de sa bande. Jouant d’astuces, il alerte sa petite sœur, qui remplit à toute vitesse un sac de vêtements, y insérant son passeport et une grosse liasse de billets dissimulés dans une armoire. Alors que les policiers frappent à la porte de l’appartement, elle jette le sac par la fenêtre. Belgacem le recueille, et, après bien des péripéties, s’envole pour le Mexique. Il fallait qu’il se dégage d’un environnement qui finissait par l’intoxiquer complètement.

 

Au Mexique, Belgacem découvre qu’il est Français

Avec la prise de distance, sa vie se révèle sous son véritable jour. Jusqu’ici il ne savait pas qui il était. Or les Mexicains lui renvoient sa filiation française. Il se pensait tunisien, maghrébin, mais l’autre français qui pourtant habitait en lui était rejeté. Aussi était-il condamné à vivre dans un monde sans altérité. C’était son drame : il ne savait pas que l’autre fait partie de soi et qu’il constitue, pour une part, son identité. Ce fut une grande révélation. L’autre Mexicain venait de lui renvoyer la bouée de l’Autre français et lui signifiait qu’il n’avait pas à avoir peur : sa destinée était en France. Belgacem recevait un des messages les plus importants de sa vie, message qu’il était appelé à partager avec ceux qui continuaient à s’égarer dans bon nombre de banlieues françaises.

 

L’idée d’un traumatisme révélé par le mythe de Narcisse

En réalité, pourquoi le jeune Maghrébin doit-il passer par l’étranger pour découvrir sa voie ? L’hypothèse que je formule est la suivante : à travers l’étranger, il retrouve l’altérité, en partie détruite dans son univers intérieur. Pour le montrer, je vais faire un détour, non pas en passant par un pays extérieur, mais en faisant appel au mythe de Narcisse.

Narcisse tourne en rond. Il est incapable de tisser une relation de désir avec une fille ou même un garçon. Finalement il croit pouvoir s’aimer soi-même, mais il n’y a pas d’autre en lui. Il est renvoyé à sa propre image. Or l’image ne fait pas partie du soi ; elle l’enferme dans l’illusion qui le conduit à la mort. Le rôle du mythe consiste à rechercher la cause d’un tel dysfonctionnement, qui procède par une série de dédoublements sans pouvoir atteindre l’autre recherché sans succès. Très discrètement, au début du récit, il fait apparaître un traumatisme dès la conception de l’enfant : son père, le dieu-fleuve, appelé Céphise, a emporté sa mère, la Nymphe bleue, Liriopé, dans des tourbillons incessants et a fini par la violer.

Or, il en va un peu de même pour le jeune Maghrébin, et plus particulièrement pour celui qui est originaire d’Algérie. Il porte en lui le traumatisme de la guerre de libération.

 

Le difficile rapport à l’autre (français)

Dans le mythe, l’autre intérieur de Narcisse a été détruit à la racine : c’est en tout cas ce que veut faire entendre le récit. Il devient dès lors difficile d’entretenir des rapports d’altérité avec l’entourage. Chez le jeune Maghrébin (surtout algérien), c’est la filiation française qui a été profondément meurtrie sinon rejetée. Comment dès lors construire un avenir en territoire français, comment surtout établir des rapports sains avec les Français d’origine lorsque le traumatisme intérieur les condamne à l’exclusion ? En ce domaine, le jeune est victime d’une histoire douloureuse qui le précède et il ne pourra s’en tirer sans prendre conscience du mécanisme qu’elle engendre, au point de rendre son insertion très difficile. Il lui faudra alors retrouver sinon « réinventer » sa filiation française, comme a pu le faire Belgacem au Mexique, pour tisser des liens beaucoup plus sereins avec son entourage.

En Algérie même, les conséquences de la guerre ont été désastreuses, car l’autre (français) n’était plus là et le pays a fini par tourner en rond jusqu’au point d’amener ses enfants à s’entredétruire. Un certain nombre d’Algériens lucides ont fini par le reconnaître. Sans doute l’attitude suicidaire de l’OAS a-t-elle contribué à aggraver encore une situation déjà dramatique.

 

La drogue comme symptôme

Souvent les mythes portent dans « leurs sacs » des découvertes, qui nous surprennent encore aujourd’hui. Ainsi le mythe de Narcisse établit un lien entre la destruction de l’altérité qui permet d’être en rapport avec l’autre, et les effets de la drogue elle-même. En effet, le nom de Narcisse lui-même vient du mot grec « narkê », qui veut dire engourdissement. Et le sang de notre anti-héros, qui s’écoule sur le sol, donne naissance à un narcisse blanc à corolle rouge, qui pourrait être l’emblème même de toutes les drogues ; elles finissent par détruire le rapport à l’autre et enfermer sur eux-mêmes, dans un état suicidaire, ceux qui en font un usage désordonné.

Dans son livre, Sami Kdhir, décrit avec beaucoup de détails l’effet désastreux du recours à la drogue et de son commerce illicite dans les banlieues françaises. Nous y voyons l’origine de nombreux maux qui affectent les populations locales. Mais après avoir fait le détour par le mythe, nous pensons que la drogue pourrait être le symptôme d’une situation où l’autre intérieur a été fortement meurtri sinon détruit, au point de faire tourner les individus dans une ronde dont ils n’arrivent pas à sortir.

 

La nécessité de retrouver l’autre en soi

Tout cela signifie qu’il n’y a pas de solution, pour le jeune Maghrébin, s’il ne retrouve pas l’autre français caché en lui. C’est sur cet autre qu’il peut bâtir un avenir plus serein en France sans renoncer à ses origines. Mais il appartient aussi au jeune Français d’origine d’accepter une forme de filiation maghrébine, qui lui est offerte gratuitement aujourd’hui. Lui aussi doit offrir une place à l’autre en soi. Les deux mouvements sont liés et doivent conduire à la construction d’une France plus ouverte aux autres cultures.

Etienne Duval

_________________________

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commentaires

V
Félicitation à tous ceux qui veillent pour le bon déroulement de ce magnifique blog !!
Répondre
S
On peut trouver des informations concernant le livre de Sami Kdhir "Sursis sans frontières" sur facebook.
Appuyez sur "Sursis sans frontières".
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E
Merci de tes nouvelles remarques, qui donnent encore à réfléchir. Point de détail : la mère de Sami que je connais est tunisienne dans le roman mais française dans la réalité. Si tu as encore du temps, j’attends la suite.
C
Comme je te l'ai dit, je ne pourrai être au prochain Café-philo du 21 juin, étant à Paris à l'A.G. du MRAP où il sera, entre autre, question de sujets soulevés dans ton blog avec ton commentaire à partir de Sursis sans frontières de Sami Kdhir que je n'ai pas encore lu mais qui m'a fait réfléchir de nouveau avec Louis Sciara psychanalyste à Nanterre et son livre Banlieues (éd. Ères 2011) sur la question du voile notamment chez les femmes de la deuxième et troisième génération où il faudrait retrouver la distinction que faisait Lacan entre le signe, "ce qui représente quelque chose pour quelqu'un" (ce quelque chose qui verrouille finalement, comme "l'hystérie de destination" de ces femmes dont parle Sciara) et le signifiant qui, nous dit Lacan, est "ce qui représente un sujet pour un autre signifiant", revoyant ainsi le "sujet de l'énoncé", celui de l'identité, au "sujet de l'énonciation", le sujet $ avec son histoire, ses doutes, sa "division subjective" qui ne sombre pas nécessairement dans la schizophrénie ou, suite au rejet de la fonction paternelle restée patriarcale, dans la psychose.
Je te signale à ce propos ta remarque que la mère de Sami est française alors que dans l’interview que j'ai trouvée sur Google, il dit bien que ses parents sont tous les deux tunisiens ; c'est un détail qui me parait important par rapport à la question des deux langues, celle du français et de l'autre langue, quand on sait que la "castration symbolique" se fait dans la langue maternelle. (castration par rapport au grand Autre, le premier Autre pour l'enfant étant la mère, d'où du côté féminin le A barré, "signifiant du manque dans l'Autre", à la différence du grand A non barré : Dieu dans les religions, ce qui fait que chez Jung, à la différence de Freud et Lacan, il y a toujours un Autre de l'Autre qui ne cesse de faire signe, mais imaginaire !). Bon, il faudrait que je trouve le temps de revenir sur ton blog.
E
Danièle, tu renvoies Sami et tu nous renvoies nous-mêmes à un grand maître qui peut nous apprendre à bien nettoyer notre miroir.
R
Deux raisons pour soutenir l’épopée de Belgacem

« L’homme est comme un miroir. Le miroir ne reflète l'image du ciel que quand il est net: L’Esprit ne nourrit les grandes pensées que quand il est libre. Je ne puis, dans l’état de captivité où l’on me retient, nourrir d’autre pensée que celle de ma douleur. » Abd el Kader au comte de Falloux, 1848

« Je n’ai point fait les événements. Ce sont les événements qui m’ont fait ce que j’ai été. » Abd el Kader

Je ne peux que vous conseiller une rencontre avec Sami Kdhir
Danièle Pétel le 12 juin 2014
E
Pour moi, en-deçà et au-delà de la raison, il y a le réel qui tient la raison. Ce réel c'est une sorte de lumière indicible, qui finalement a besoin de la raison pour se dire sans arriver à évacuer la question qui reste toujours ouverte.
G
Tu as bien raison de laisser la question ouverte. On en voit trop qui ont la réponse.

Il est probable qu'en effet, l'importance donnée, historiquement et en proncipe, à la raison - pourvu qu'elle soit libre et raisonable, aux libertés et à l'égalité -pourvu qu'elles soient réelles, est issue de la Révolution, bien française, qu'il ne s'agit pas de nier ou de trop minoriser. Ni de dénier à quelques autres...

Simplement la relecture de Furet, suivant de peu la relecture de Sternell, me confirme dans l'idée que ces "valeurs" , très précieuses !, appartiennent à un idéal très abstrait (une "démocratie" parfaite de citoyens désincarnés). Croire ce bel idéal réalisé par la France et les Français, par la "nation" et par l'Etat , qui donneraient un exemple universel, serait une sorte d'idôlatrie, ou de fétichisme narcissique national étatique, du moins une belle illusion (.et en outre une prétention difficile à supporter, vue de l'extérieur).

La question est bien de savoir à quoi on se réfère ; et comment on s'y réfère. (Ceci me rappelle une autre vieille question : qu'est ce qui est "de Foi" ? )

C'est pourquoi je reste volontiers avec toi dans la question. .

G.J.
E
Je suis bien content de te faire réfléchir car les résultats ne sont pas minces. Mais je n'ai pas encore une réponse claire à ma question : est-ce que la nationalité française ne serait pas porteuse de valeurs, en un sens transcendantes, qui renverraient à une sorte d'altérité indicible et cachée ? Autrement dit, est-ce qu'elle ne serait pas porteuse d'un espace indicible qui ne peut se révéler que dans une sorte de résonance avec l'altérité cachée de chacun ? En fait, je ne veux pas évacuer trop vite ce qui me semble être une des intuitions de Sami ? J'ai bien conscience que je reste dans la question et que je tiens à maintenir cette question ouverte par respect pour l'exigence qu'impose la maïeutique
G
Mais quelles références identitaires ?

Je trouve depuis longtemps très curieux cette croyance bien française selon laquelle (seule) la France, voire (seule) sa langue! donne accès à l'universalité. Mais je vois bien ce que tu dis : c'est la reconnaissance, en soi, donc en autrui, d'une multiplicité (y compris ses composantes françaises, algériennes ou .... autres) qui permet d'avoir du moins l'intuition de l'universalité. Au fond ce n'est rien d'autre que le constat que nos identités sont multiples, fluides, changeantes pour une part essentielle, autour d'interrogations très communes, de sorte que nos "identités" sont fondamentalement communes au -delà des langues et autres distinctions. C'est l'historicité, elle même toute relative, qui fait tenir le tout ensemble. Il en est ainsi pour tout homme, Algérien, Français ou ... autre. Notre "humanité" est faite de la conscience que tous les hommes appartiennent de même à cette commune humanité. Aucune "nationalité" ne constitue un accés privililégié.

On a pu penser qu'en devenant Français – à condition de le mériter – on accède à une "race supérieure" comme disait Jules Ferry, dont "la mission sacrée est de civiliser les races inférieures", ce qui revient à redire que la France a bien une vocation universelle. Ou que la France a une vocation universelle puisque la Révolution française est la matrice de toutes les révolutions. Elle a donc une vocation à diriger le monde vers le Progrès. Et allez donc ! Comme Breton, j'ai toujours un peu traîné mes boutoù-koad en entendant ces injonctions.

J'ai relu quelques historiens sur ces questions : Solé (Jacques), La Révolution en questions, Seuil, 1988, Coll. Points. Furet (François) , Penser la Révolution française, Gallimard, 1978, Coll. Folio-Histoire. J'ai Mona Ozouf, La Fête révolutionnaire, Gallimard 1976, Coll. Folio-Histoire sur le coin de la table.
Je ne me risque pas à résumer en cinq lignes le contenu de ces apports déjà anciens, qui n'ont guère vieilli.Furet signale que la "Révolution française" est une source inépuisable de légitimations pour des idéologies ( les "pensées socialisées", dit il) parfois fort dogmatiques, donc bien douteuses . Passons.
Il signale cependant, pour la reprendre en partie, une analyse exceptionnelle de la "société jacobine" qui n'est pas "le jacobinisme", encore moins un "complot jacobin" - qui aurait perduré. Cette analyse est due à un certain Auguste Cochin, chartiste, tué à la guerre en 1916, et enterré par ses collègues historiens, qu'il dérangeait , même posthume. Il posait -le premier et longtemps le seul – la question : qu'est ce que la Nation ? (française, s'entend) ; qu'est -ce que le "peuple"? (français, trop évidemment). .
Cochin analyse sur archives réunies par lui et finement observées, comment s'est constituée -dans la Révolution, une réprésentation idéale de la Nation, formée de citoyens égaux (en droits), abstraction faite de la société réelle (la "société civile" aurait dit Marx, ce que rappelle Furet). C'est cette société idéale, la Nation et le peuple, qui est la "société jacobine" , en rupture avec la société "réelle", celle"d'Ancien régime". Tout ce qui menace cette société idéale est à combattre. Somme toute, la sociéte française se représente elle-même volontiers ainsi. Y aurait-il quelque narcissisme là-dedans ? Ou quelque arrogance ? Ou quelque tentation totalitaire ? Passons encore.

Solé fait remarquer que, sur une période courte, une mince minorité a élaboré et voulu institutionnaliser un système de représentations mentales, symboliques et obligatoires (dont la langue ! Et on avait même imaginé un costume unique, patriotique, pour tous les Français). Tout cela devait du passé faire table rase et construire un Homme Nouveau, nanti d'une religion nouvelle : la Raison. On en connaît un des moyens : les Fêtes révolutionnaires. On connaît là-dessus les pages de Mona Ozouf.
Solé observe que la "masse" populaire, rurale, de civilisation orale -et le plus souvent non francophone- vivait sur une autre planète (à tort, bien entendu ! ), et tenait à ses vieilles croyances, ses vieilles langues, son église, son recteur, ses assemblées autour de celui-ci, ses "communautés" ! : villageoises, de métiers etc.. Et la prétendue Raison , livrée à elle-même, célébrée jusqu'au délire, devient folle et on s'en lasse .Et tout cela a fait flop.

Pas tout. Les grands principes sont restés. Et le peuple aussi. L'Etat, au fil des régimes politiques, construisait la nation éternelle. Le XIXè a fait un mélange de tout ça, et le XIXè l'a mis en pièces. Et, en ce début de XXI è siècle, nos hôtes, chassés leurs pays par la misère ou les illusions (à quoi "nous" ne sommes pas étrangers en raison de "notre " vocation à "civiliser" les "peuples inférieurs") sont invités à "s'intégrer" dans ce bazar, où, désormais, "nous" ne sommes plus les seuls à ne pas savoir comment s'y retrouver.
On sait seulement que 25 % des 40 et quelques pour cent de votants du 25 mai croient s'y retrouver, eux, en fantasmant une nation strictement et exclusivement tricolore. Que 32 % des mêmes font confiance (???, ???) à deux partis-frères ennemis, tous deux en pleine confusion, notamment intellectuelle.

Somme toute, je trouve bien compliqué de se déterminer par rapport à des altérités : nous ne savons plus quelles elles sont sont, ni où nous sommes. Nous sommes condamnés à chercher une hypothétique "identité" dans l'historicité elle-même (qui n'est pas "l'Histoire", précisait Jolif), c'est-à-dire dans un rapport, lui aussi hypothétique, avec une transcendance plus ou moins horizontale. Devant cette tâche qui le dépasse, le pauvre historien que je suis, se retire discrètement sur la pointe de ses botoù-koad. En demandant de l'aide.

Gérard Jaffrédou 7 juin 2014
G
Cet article est maintenant référencé par google.
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M
Malika Sorel, française d’origine algérienne, s’exprime sur l’intégration

Une frange de notre élite intellectuelle, minoritaire mais puissante, présente encore les immigrés d’Afrique et du Maghreb comme des victimes de la colonisation, envers qui la France aurait une dette inextinguible… Elle clame que les nouveaux migrants sont discriminés, et ceux qui osent les contredire sont aussitôt embastillés dans la case “raciste” ! Or la victimisation est catastrophique : la culture de l’excuse déresponsabilise les étrangers installés en France.
Nous ne les incitons pas à faire les efforts nécessaires à la réussite dans notre société. Pis, nous multiplions en leur faveur les dispositifs dérogatoires au droit commun, nous négocions nos valeurs, nous transigeons. Sous la pression d’une minorité “bien-pensante”, nos dirigeants, droite et gauche confondues, ont renoncé à transmettre à ces populations les codes indispensables à leur intégration.
Nous laissons s’implanter en France des communautés revendiquant des privilèges et s’excluant elles-mêmes de la nation. Ce qui, finalement, ne satisfait personne : ni les immigrés, convaincus qu’ils sont discriminés parce qu’on le leur répète, ni les Français, qui souffrent de ces désordres.

Appuyez sur Malika Sorel pour avoir la totalité de l'entretien
L
Immigration maghrébine en France : l’intégration des femmes
par Liliane M. Vassberg


…..
Le fait qu'elles n'ont pas la liberté de sortir comme leurs frères a aussi des aspects positifs, car les jeunes Maghrébines investissent ainsi toute leur énergie et tout leur temps dans leurs études. Elles sont beaucoup plus nombreuses que les garçons à poursuivre des études universitaires: elles forment
80% des étudiants maghrébins dans les universités, pourcentage qui représente lui-même 10% des effectifs (contre 2% dans les années 1980)13. Elles choisissent des carrières dans le social, l'enseignement, ou l'économie. L'aide économique qu'elles sont en mesure d'apporter à leur famille leur confère un statut et un prestige accrus et leur permet de conseiller ou d’émettre leur avis. Très souvent, les filles ainées défendent les choix ou les aspirations de leurs sœurs cadettes. Elles gèrent souvent les relations entre la famille et l'extérieur, rôle exclusivement masculin dans la société traditionnelle maghrébine. Comme le note Adil Jazouli, elles servent "d'intermédiaire entre les institutions éducatives et sociales et les familles maghrébines qui ont du mal à intégrer un certain nombre de normes et de règles administratives ou culturelles. Ce faisant elles transmettent ou appliquent des règles normatives donc assimilatrices" (Jazouli 182). Les Beurettes sont donc un facteur de changement dans la famille et c'est pour cela que les institutions sociales et les instances politiques
françaises comptent beaucoup sur elles pour accélérer le processus d'intégration des Maghrébins. D'ailleurs même leurs mères dans la société française ont investi le domaine traditionnellement réservé aux maris, telles que la gestion du budget, les achats, ou les relations avec l'administration. Cette intégration dans des normes plus françaises correspond à la désintégration de la famille maghrébine traditionnelle. La méconnaissance et les stéréotypes négatifs mutuels entre Maghrébins et Francais alimentent les peurs françaises et freinent l'intégration des immigrés maghrébins. Si toutes les études récentes s'accordent toutefois à constater que l'intégration est en train de se faire, le but de cet article était d'en montrer les enjeux, les difficultés et les formes d'acculturation spécifiquement féminins. Jazouli parle des capacités "positivement subversives" des jeunes filles face au déracinement, à la distance à parcourir, et à l'effort nécessaire pour s'adapter que connaissent leurs parents en France. Si le rejet de certaines valeurs traditionnelles, l'investissement de domaines normalement réservés aux hommes, et un comportement plus autonome font des jeunes filles des acteurs importants de l'intégration maghrébine, elles ne désirent généralement pas rompre avec leur famille
ou certains aspects de leur culture (Jazouli et Lacoste-Dujardin)…

http://www.academicroom.com/article/immigration-maghrebine-en-france-lintegration-des-femmes

Appuyer sur le titre pour avoir la totalité de l'article.
E
Ces très beaux témoignages nous montrent qu'il y a une place, peut-être très importante, pour les femmes dans la question qui nous préoccupe. Il serait important de pouvoir le vérifier sur le terrain. Si quelqu'un peut apporter des données nouvelles à ce sujet, il est naturellement le bienvenu.
D
ESSAI SUR LA GUERRE D'ALGERIE SOUS LE REGARD DES FEMMES
« C’est ma mère. Je la regarde sans mots. De sa vie, de ses quinze ans en Kabylie, je sais peu de choses. Presque rien. Ma mère était paysanne, elle cueillait des olives, elle surveillait les moutons. Elle dormait sur la terre battue et ne connaissait ni l’école, ni la liberté. Longtemps je n’ai pas osé la questionner. Puis j’ai enquêté, je suis partie en Algérie. J’ai découvert que ma mère, timide et discrète, était une héroïne. Qu’elle avait connu, si jeune, le maquis, la résistance, la fuite, le camp. Sans doute la torture et la violence des hommes. J’ai compris aussi qu’elle avait aimé la fraternité et la vraie liberté... »

LA MAQUISARDE
« J'ai seize ans. La guerre me frappe de plein fouet. Comme beaucoup de jeunes filles menacées de mort, je n'ai jamais eu autant envie de vivre. J'ai faim de tout. Le vent glacial ne cesse de souffler. Tout le village vit dans la peur ».
Depuis plusieurs générations, la famille de la narratrice vit paisiblement de l'élevage et des plantations d'oliviers, près de Sidi Ali Bounab. Mais l'armée française confisque les terres et rafles les jeunes hommes. Déplacée dans un camp dont elle réussit à s'enfuir pour gagner le maquis, la jeune femme prend les armes aux côtés des hommes. Elle découvre une liberté, la fraternité combattante et bientôt l'amour. Mais elle est capturée et envoyée cette fois-ci dans un centre où les réfractaires sont torturées jusqu'à la mort. Elle y rencontre Suzanne, une infirmière française qui a soigné clandestinement des Algériens avant d'être elle aussi emprisonnée et questionnée. Une profonde amitié naît entre ces deux femmes, mais Suzanne disparaît…

NORA HAMDI ,
Une artiste, romancier et réalisatrice française, née le 26 avril1968 en France à Argenteuil dans une famille d’origine Algérienne, elle est la sixième d’une famille de douze enfants.
E
Alors à bientôt peut-être !
G
Tu mets le doigt sur ce qui me semble être le fond d'un problème autour duquel je tourne depuis longtemps. Laisse moi faire encore quelques tours et je te donnerai peut-être l'état provisoire de ma réflexion.
GJ
E
Je crois que je peux signer des deux mains tout ce que tu écris. Personnellement j'ai fermement réagi contre "l'identité nationale". Mais en même temps je suis très curieux de voir ce que donne, chez de jeunes Maghrébins comme Sami, cette idée qu'être Français c'est une manière d'être humain, sans s'enfermer dans une communauté nationale. Il me semble qu'il y a là une idée oubliée de la Révolution française, qui pousse au dépassement de la communauté fût-elle nationale. Et cela m'intéresse parce que se trouve posé le problème du sujet. A voir ! Avec les yeux d'un historien.
G
Pour continuer un peu... Bien amicalement. Gérard
Je vois bien, me semble-t-il, la réflexion que tu proposes : on ne vit, on n'est soi-même (si cette expression a un sens ) que dans un rapport à l'AUTRE, cet "Autre" étant aussi en soi-même (voire : soi-même ). Que cet Autre et ses autres multiples éventuels soient un résultat de l'Histoire, cela me paraît peu discutable. Surtout dans l'exemple que tu prends. Césaire en dit autant à propos des colonisations qui produisent des métissages - plus ou moins contraints, mais irreversibles et qu'il faut accepter.
Ce que je dis -d'une manière un peu polémique, j'en conviens, mais tu connais mon discours et ma manière- c'est ceci. La conception que les Français ont -très souvent, et trop spontanément- de "l'identité nationale" (si ce terme a un sens) est au fond exclusive de toute altérité, en soi, et hors de soi, socialement. Certes on entend aussi le discours sur le "pacte républicain", qui est une conception ouverte sur le multiple, mais c'est un discours ! et le "mutiple" est accepté au prix d'une abstraction ("égaux en droits" et par le bulletin de vote) ou comme folklore (la gavotte sur les Champs-Elysées).
Sans doute, la Révolution a posé les bases de ce discours républicain. Et c'est fort bien ! Mais elle n'a pas neutralisé pour autant la conception mystifiée d'une nation organique, pure - et dure, au besoin, excluant l'étranger réel ou, surtout : fantasmé, y compris en nous-mêmes. (La Révolution a peut-être même sacralisé, indirectement, cette conception). Et cela est mortifère, j'en suis bien d'accord. C'est l'effet, notamment, du nationalisme, qui exprime cette conception. Et ce n'est pas une vue de l'esprit : on a eu Barrès, les anti-dreyfusards, les massacres mutuels de 14-18, les fascinés du fascisme de l'entre-deux guerres, leur accès au pouvoir à Vichy, et la suite dont les répressions coloniales... jusqu'au 25 mai. Tout cela (qu'une analyse historique préciserait) révèle un fond qui n'est jamais bien loin, toujours prêt à rejeter l'autre. Ce fond, cette continuité, "on" ne veut pas les voir : "nous" sommes la Nation des Droits de l'Homme ! donc immunisés congénitalement ? ... (La manière dont Paxton et Sternell ont été, et sont encore, refusés par nombre d'historiens français me laisse songeur).
Ce dont je suis convaincu (mais j'ai peut-être tort !), c'est que cette "conception républicaine" théoriquement ouverte sur la multiplicité doit aussi l'être pratiquement. Il faut pour cela toute la force du rationnel, pour concevoir un autre fonctionnement social- donc le politique- ; une autre représentation du monde et de soi – on est dans le symbolique ; et mettre tout cela en oeuvre , donc passer dans le pratique.
Je veux dire que le "cadre" français ne rend pas si facile qu'on pourrait l'espérer cette acceptation de l'Autre.
Et je n'ignore pas que, quel que soit le "cadre", il reste toujours à se débrouiller avec soi-même et les altérités immédiates.
GJ, 3. VI. 2014
E
Par rapport à l’article, je ne vois pas très bien contre quoi tu te débats. Personnellement j’ai voulu montrer que la guerre de libération avait provoqué chez les Maghrébins une forme de traumatisme sous la forme d’un rejet de l’autre (français). C’est ainsi que l’espace entre soi et l’autre (comme chez Narcisse) est perturbé et qu’il devient très difficile de se reconnaître français, c’est-à-dire l’autre (en moi) que je rejette inconsciemment. Comment vais-je pouvoir maintenir une double fidélité, qui me paraît pourtant indispensable ? Le problème, c’est qu’une telle position n’est pas forcément consciente et qu’un travail d’élaboration s’avère nécessaire.
Mais peut-être fais-tu allusion à la position de Sami, qui tend à considérer le choix d’être Français comme une manière d’être humain, sans bien sûr s’enfermer dans le nationalisme. Personnellement une telle position me fait réfléchir et je suis prêt à l’écouter jusqu’au bout parce qu’elle élargit le débat et lui ouvre un nouvel espace de santé. Mais bien sûr on peut discuter.
G
Somme toute, la difficulté de notre jeune "maghrébin" est qu'il ne se reconnaît pas français au fond !
Mais c'est là que commence la difficulté.
Je veux bien admettre que, théoriquement, la conception de l'identité française est ouverte à toutes les appartenances : l'égalité en droits de tous les "citoyens" – quels qu'ils soient- est la base de la République, qui théoriquement, accepte et réunit tous les "AUTRES".
Mais ceci suppose un "MÊME". Or pratiquement et historiquement, ce "MÊME" reste dans le non-dit, l'implicite, et en est d'autant plus impératif, et d'autant plus exclusif. Qu'on se souvienne de ces lamentables pseudo-débats sur "l'identité française", qu'il s'agissait de "définir", enfin ! Il s'agissait bien de définir une norme sourde, fondant une injonction : celle de s'y conformer ou de s'en aller. "L'identité française" subrepticement ethnicisée imposait -impose !- de s'assimiler si l'on veut "s'intégrer", c'est-à-dire vivre avec autrui dans un rapport simplement humain, égal et respectueux. A vouloir intégrer ainsi, c'est-à-dire en assimilant, on exclut.
Je suis d'accord qu’on se retrouve -sur le plan théorique- dans ton schéma : cette exigence (non formulée) d'assimilation, détruit en nous (maghrébins ou ... autres) l'AUTRE, ce qui crée le malaise et ses diverses conséquences. Pratiquement comment faire, comment être Français et échapper au "malaise" puisque cette injonction très française d'être Français, rien que Français, Français Penn- da-benn comme on dit (encore un peu) par ici (avant l'assimilation totale -penn kill ha troad), est ce qui crée le "malaise".
Comment faire ? Sinon concevoir et surtout mettre en œuvre une autre manière d'être Français si l'on veut.
Les 25 % du 25 mai démontrent, selon moi, la force de cette conception mortifère d'une "identité nationale" assimilatrice donc exclusive dans les mentalités "françaises", et sa permanence. La "France" est conçue comme une personne d'origine divine, qui est éternelle et doit rester pure, c'est à dire assimiler les corps assimilables ou les exclure à toutes forces, et d'urgence : "juifs, francs-maçons, communistes", etc. On connaît le refrain, - le "sang-impur" !- depuis au moins Dreyfus, Pétain, etc. Nous sommes dans le "etc." et pas près d'en sortir. Et "prêts" encore moins, tellement il y a, là-dedans, de narcissisme. La fleur fascinante n'est pas "rouge et blanche", mais bleu-blanc-rouge.
Est-ce-vraiment une bonne idée d'inviter notre ami maghrébin à s'embarquer dans cette galère ?

Gérard Jaffrédou, 2 juin 20145
PS.
Mais je te rejoins sans doute, au fond. C'est la présence et une reconnaissance des "AUTRES" (maghrébins ou ... autres) qui peut donner aux Français une petite chance de sortir de leur narcissisme congénital. Mais il faut sortir des peurs, des autosatisfactions, des abstractions, et voir rationnellement la réalité, c'est à dire l'Histoire. Et nous sommes dans une de ses phases qui est bien intéressante. Et fort dangereuse.
E
Je laisse Sami reprendre le dialogue s'il le souhaite.
J
Jean Puel répond à Samir

Samir reconnaît que la question est difficile.
Pour ma part "Fier d'être Français", oui mais surtout fier de la nationalité française et de ses valeurs: respect de l'être humain, quel qu'il soit, démocratie, liberté de pensée, de religion, égalité des droits, des chances, fraternité, honnêteté, valeur du travail.
Je place le respect de l'être humain en premier car je trouve qu'il est souvent bafoué, y compris en France. J'attache aussi beaucoup d'importance à l'égalité, notamment à celle des sexes qui n'existe encore pas dans de nombreuses communautés et civilisations. J'ai le sentiment que l'acquisition de ces valeurs passe par l'éducation et n'est totalement acceptée, chez les peuples qui ne l'ont pas encore, qu'à l'issue d'une lente évolution.
M
Vous pouvez aussi trouver l'article sur "Mythes et pensée".

Appuyez sur le titre.
E
Ton idée d'enfant adopté me paraît intéressante. Comme tu le sais, cela ne se passe pas toujours très bien. Il faudra que j'essaie de réfléchir selon une telle perspective.
A
Ton blog est intéressant. Le Narcisse je le verrais plutôt comme celui de la communauté. D'autre part, le regard extérieur joue un rôle important sur le comportement de la personne qui se pose comme étranger. Tu en parles d'ailleurs dans ta conclusion.
En comparant à un cas un peu particulier, je me demande si le jeune immigré par rapport au pays où il vit n'est pas comme un enfant adopté par rapport à ses parents adoptifs.
E
Merci pour tes encouragements.
H
Merci, Etienne, de ce récit et de ton interprétation.
Hugues
E
Etienne

à priori je suis d'accord avec ton hypothèse qui me semble tout à fait pertinente. Mais je ne prends pas le temps de communiquer sur des blogs pour plusieurs raisons principalement mon allergie à l'écrian ou plutôt aux ondes qu'il dégage. Aurais-tu la gentillesse de transferer le doc joint sur ton vaste réseau ? Oui, j'en suis sûre et peut-être mieux souhaiteras-tu partager cette randonnée conte avec d'autres !
Amitiés !
Emmanuelle
S
Oui exactement. Je considère que le bien-être ne peut s'acquérir que dans l'apprentissage de valeurs saines, qui ne peuvent donc pas être rejetées sur le long terme par le commun des mortels.
E
Je vois avec plaisir que vous restez optimiste et confiant dans l’avenir et c’est cela qui est important. Chez vous, il me paraît évident qu’il y a une fierté d’être français et vous nous renvoyez à des valeurs fondatrices qui nous transcendent tous et que personne ne peut s’approprier. Autrement dit être français, ce serait tout simplement une manière particulière d’être humain, une sorte de patrimoine qu’il faut protéger pour l’avenir de l’humanité. Ainsi, pour un jeune Maghrébin, la manière originale d’être Français serait de renvoyer les Français à leurs propres valeurs et de détruire ainsi les fermetures qui empêcheraient sa bonne intégration.. C’est apparemment l’orientation que vous avez choisie vous-même. Est-ce bien cela que je crois entendre de vous ?
S
Réponse de Sami Kdhir à Jean Puel "Comment amener les jeunes maghrébins vivant en France, à accepter naturellement leur nationalité française? "


Bonjour Etienne, et merci encore.


C'est une question difficile, mais je vais essayer d'apporter quelques pistes pour y répondre:


- Je pense que, dans un premier temps, il est nécessaire que les jeunes fassent abstraction des médias quand ils deviennent des intermédiaires malsains entre les français. Le raccourci lié à l'entité française et ses dirigeants est alors plus simple dans l'inconscient des jeunes maghrébins français. ("Est-ce que les français ont les dirigeants qu'ils méritent?")


-D'un autre côté, sans vouloir généraliser, je pense aussi que ces jeunes ont accepté leur nationalité, avec certes leur propres codes. Mais il est évident qu'un jeune français maghrébin né en France aura une manière de penser et d'appréhender sa vie différemment que celle de son cousin du Maghreb.
Nous pouvons comparer ceci à la culture mexicaine qui se différencie du Nord au Sud:
Ainsi, les mexicains du Nord sont plus proches de la culture américaine (Tex-Mex) que leurs compatriotes du Sud, plus attachés aux valeurs Aztèques et Mayas, même si l'identité nationale est extrêmement forte dans ce pays.
Aussi en France, on peut être témoin, lors des réunions sportives par exemple, d' un véritable élan national qui se crée autour des différentes communautés, bien que leurs cultures puissent paraître éloignées.

L'enjeu est ici la place de la France dans son histoire. Bon nombre de français s'en plaignent, sans pour autant qu'ils soient d'origine étrangère.
La France (L'Etat) doit absolument garder ses valeurs fondatrices telles que l'égalité des chances et la liberté d'entreprendre, pour réussir son défi d'intégration.
E
Antérieurement à la guerre d’Algérie, la déculturation opérée par la colonisation

La colonisation française a provoqué une déstructuration profonde de la société algérienne. L’une des stratégies de domination coloniale consistait à provoquer des bouleversements dans les structures sociales, culturelles et économiques ; il s’agissait principalement de procéder à « l’éclatement de ce noyau de résistance : la famille traditionnelle » (Alloula, 2001, p. 36), d’introduire le français comme langue officielle au détriment de l’arabe et du berbère et enfin d’enseigner l’histoire de la France aux Algériens. Dans ce contexte de déculturation, des changements rapides ont fait perdre aux règles ancestrales leur sens structurant. Le sabir culturel (Bourdieu et Sayad, 1964, p. 161) résultant des traumatismes culturels ainsi que les violences causées par la guerre ont engendré des comportements pathologiques et des troubles de la pensée (Fanon, 1987, p. 221) dont les traces sont repérables dans les générations dites « postcoloniales ».
Les contradictions liées à la déculturation pendant la période coloniale se sont aggravées chez les premiers migrants algériens venus en France, en raison des différences culturelles et religieuses, de la politique française concernant l’immigration des Algériens et également du poids du vécu colonial. Les conditions de vie sociales et économiques difficiles, voire dégradantes pour les premiers migrants, ajoutées au vécu colonial ont renforcé « cet affreux silence qui s’installe, parfois, à la place même du cri » (Camus, 1950, p. 49) repéré chez les personnes qui ont subi les traumatismes de guerre et les humiliations. La souffrance a été perçue par leur descendance sans pour autant que les causes ne leur soient toujours signifiées. Il est remarquable d’observer parmi les personnes dites « maghrébines [1] L’appellation de « Français maghrébin » en rappelle... [1] » nées en France une difficulté à trouver sa place dans la société, se manifestant tant par un refus de se dire Français que par un rejet de la culture et de la langue. Cette souffrance identitaire participe à rendre plus difficile la construction de nouveaux équilibres dans les rapports entre hommes et femmes français descendant de familles algériennes.

http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=DIA_185_0043

Cf. l’œuvre d’Assia Djebar

Appuyer sur le titre pour poursuivre la lecture
E
Je vais demander à Sami Kdhir ce qu'il en pense.
J
L'histoire de Belgacem est intéressante et ton hypothèse me semble juste.
Cette histoire me conduit à la question suivante: Comment amener les jeunes maghrébins vivant en France, à accepter naturellement leur nationalité française? J'avoue que je n'ai pas de réponse. Amicalement.
D
J'avoue que je suis très déçu par l'article proposé. J'ai l'impression que l'auteur voudrait expliquer et presque maîtriser le mythe de Narcisse sans vraiment se laisser interpeller. Mais peut-être l'ai-je lu trop rapidement, et, comme les autres, je crois avoir la clef alors qu'il existe de multiples clés.
E
Merci beaucoup !
A
Bonjour,
Juste pour te signaler que l'excellente revue de vulgarisation "philosophie magazine" de juin présente le narcissisme.
Amicalement André
E
Je viens de modifier l'article pour tenir compte de vos remarques. Sur l'avenir, je n'ai aucune inquiétude. Vous avez assez d'atouts pour mener jusqu'au bout une analyse pertinente. Ne vous précipitez pas. Je pense qu'il faut savoir mettre de l'espace entre ses pensées...
K
Je souhaitais vivement vous remercier pour votre article très bien écrit .
L'image du soi qui enferme l'enfant d'immigré dans l'illusion est extrêmement bien choisie, tout comme l'importance de l'Autre pour pouvoir définir son identité.

Merci infiniment pour cette analyse qui apporte de la légitimité à mon travail.

Juste 2 choses, j'ai 28 ans ( je ne suis plus si jeune que ça!), et je voulais savoir si pour votre amorce il est obligatoire de stipuler l'activité de mes parents? J'ai reçu une excellente éducation de leur part, mais j'ai plus été influencé par mes voyages et l'observation des différentes classes sociales autour de moi que par un éventuel déterminisme social qui peut parfois paraître écrasant.

Je ne sais pas s' il est possible de modifier l'article une fois publié sur le blog, mais sachez que je vous suis très reconnaissant d'avoir exprimer vos idées à travers mon livre.
J'espère que je ne vous décevrai pas pour la suite.
E
Tes analyses sont toujours les bienvenues d’autant plus qu’elles ne viennent pas toujours là où on les attendait. C’est vrai qu’il y a actuellement et déjà depuis longtemps de jeunes Maghrébins, qui ont un rôle d’interface. Mais il faudrait que ce rôle soit aussi tenu par de jeunes Français d’origine, qui accepteraient une nouvelle filiation venant du Maghreb. Est-ce du rêve ? Pour moi, qui ne suis plus jeune, ce rêve, pour des raisons personnelles, est presque devenu une réalité.
M
Ton dernier blog suscite de si nombreuses réflexions que je ne sais pas par où commencer.
Au sujet de l'image narcissique hypertrophiée qu'on trouverait chez les jeunes Maghrébins de sexe masculin, je pense qu'elle est en grande partie imputable à leur mère, comme si les mères en question à cause d'un penchant du type incestueux ou des contraintes intérieurs ne permettaient aucune sorte d'émancipation à leurs fils, particulièrement l'aîné. A l'égal des mères juives, mais pour d'autres raisons dont principalement l'obligation d'exercer le seul pouvoir qui leur revient ou qui leur reste : celui de décider de la destinée de leurs fils, puisque sur la plupart de leurs champs d'existence féminine, elles sont dans une soumission à leur mari qui nous semble, à nous Européens, terriblement restrictive en termes de droits subjectifs.

Cette hypothèse d'une constitution narcissique hypertrophiée des jeunes maghrébins de sexe masculin a l'avantage de fournir une certaine explication à l'écart massif d'intégration que l'on constate entre les garçons et les filles. Puisque ces dernières semblent mieux réussir dans les études et moins être portées sur la délinquance que leurs frères. Du moins ce serait un écart inter sexe encore plus significatif que chez les français de souche où il y a moins de filles que de garçons qui passent devant les tribunaux.

S’agissant des images viriles ou paternelles que notre société française offre aux jeunes maghrébins, elles ne sont guère valorisantes et ne les encouragent guère au loyalisme et à l’acceptation de la loi commune : leurs pères ont été exploités dans des emplois non qualifiés, ont essuyé au sens fort la tristesse ouvrière et ont mal accepté l’éducation donnée à leurs enfants par l’école de la république française. Aussi portent-ils volontiers un regard soupçonneux sur des enfants mal inscrits dans la chaîne culturelle des ancêtres et peut-être ont –ils parfois l’impression d’avoir engendré des parjures. Ce qui laisse à penser que des jeunes mal considérés par leur père et à qui toute promotion sociale est fermée, ne peuvent que se réaliser hors la loi, dans des trafics plus juteux que les minima sociaux.
C’est là que le voyage au Mexique s’avère génial, car au Mexique ils ne sont plus de petits déviants plus ou moins insignifiants, mais de dignes représentants de la culture française et de sa distinction. Le milieu externe efface le milieu interne et fait entrer probablement pour la première fois ces jeunes dans un je qui est un autre », un je qui n’est plus une prison comme l’est toujours le miroir de Narcisse.

En conclusion j’ai été heureux d’apprendre que Narcisse était né d’un viol, car ce n’est pas sans expliquer que sa vie soit devenue une impasse quant à la dimension désirante de son psychisme. Sa recherche d’une image idéale ou sublime le détourne d’une juste estime de soi et le maintient dans l’illusion quant à sa relation avec autrui. L'identité devient une ipsèité.
Mais tu l’as fort bien analysé dans ton blog.
Je pense à des incursions du côté du multiculturalisme qui fait l’objet d’expérimentation dans des institutions éducatives de pointe. Mais je voudrais entendre les avis de tes nombreux correspondants à ce sujet, avant d'en parler. C'est une voie pour comprendre qu'il y a quelques cas d'intégration particulièrement réussie de jeunes maghrébins qui ont un rôle d'interface entre les deux cultures.
Bien cordialement. Marius A.
E
Merci Monique pour ta réflexion pleine de justesse et d’émotion retenue. Il y a toujours maintenant de l’incompréhension, mais je crois qu’en dépit des apparences, il faudrait peu de choses pour que nous arrivions à retisser nos liens de cousinage.
M
Je ne sais pas si ces quelques réflexions apportent quelque chose à la présentation de ce livre et à l'analyse qui en est faite et que j'ai trouvée vraiment superbe et limpide. J’en doute, mais ce sont mes réactions.

Bien sûr que nos jeunes beurs révoltés des banlieues auraient tout intérêt à prendre leur sac à dos et à visiter le monde pour constater qu'ils y seraient identifiés comme Français ! Pas seulement par les papiers.

Sauf que de nos jours beaucoup prennent leur sac à dos pour aller se former à la guerre sainte dans des pays particuliers où on les entraîne et les renforce dans une identité factice.

Souvent ils ont été recrutés sur place par des Imams et des sortes de leaders militants de quartiers qui les sortent de la drogue pour les canaliser vers ces camps d'entraînement au nom d'un idéal.

Le parallèle avec le mythe de Narcisse est intéressant, pourquoi pas ?

Il est certain que beaucoup de jeunes maghrébins qui vivent en France se sentent rejetés. En même temps, ils voient leurs parents comme des racines pourries. Et les contrôles de police au faciès sont là pour leur rappeler à tout instant qu'ils ne seront jamais confondus avec des Européens du nord.

Les jeunes algériens, dans leur pays, ne s'en sortent pas mieux ! Déjà ils ne possèdent aucune langue pour s'exprimer au-delà d'un usage primaire : l'Arabe enseigné à l'école n'est pas connu de la famille, l'arabe dialectal et les langues berbères ne sont pas reconnus à l'école, le français que les plus âgés parlent un peu continue d'être la langue véhiculaire dans le commerce. Résultat, ils baragouinent 3 ou 4 langues, plus l'anglais à l'école et n'en maîtrisent aucune.
Ensuite, il n'y a pas de travail, car trop peu d'entreprises, excepté les puits de pétrole au Sahara où l'on entre par piston.

Mais curieusement, j'ai vu il y a plus de dix ans un film très drôle, auquel cette présentation de livre m'a fait penser. On y voit un jeune beur qui s'évade de France, pour les mêmes raisons que le héros Belgacem (éviter la taule) et qui choisit comme destination non pas le Mexique, mais l'Algérie, pays fantasmé qu'il ne connait pas. Au bout des quelques temps de confrontations plutôt rudes où il est témoin de châtiments violents, il réalise à quel point il réagit en Français à ce qu'il découvre et finalement décide de regagner la France, son pays de naissance et de culture.

Quand je lis qu'il appartient en retour aux Français d'origine d'accepter une sorte de filiation maghrébine, cela me fait monter les larmes aux yeux, car j'ai le souvenir de mes voyages en Algérie en
1972-73 avec logement chez l'habitant où ceux qui m'accueillaient disaient tous : "La guerre c'était la guerre, mais elle est finie et nous vous aimons, au fond nous sommes cousins et le resterons."

Ce discours me faisait mal, car je savais comment ils étaient méprisés en France et eux, ceux qui n'avaient pas quitté leur pays ne s'en doutaient pas. Je n'ai pas ré-entendu ce discours en 2005 quand j'y suis retournée. Les jeunes même s'ils n'ont pas bougé de chez eux sont sur internet.

Monique Douillet
http://www.recits-et-reflexions.com
E
J’aime bien la distinction entre la frontière et le mur. Il fallait une frontière pour l’Algérie nouvelle, mais, dans l’imaginaire des jeunes Maghrébins et peut-être dans celle des responsables politiques eux-mêmes, il est bien possible que cette frontière se soit transformée en mur, sous l’effet de la peur.
C
Merci Etienne pour ta réflexion à partir du livre-témoignage de Sami Kdhir "Sursis dans (ou : sans ?) frontières" qui me met l'eau à la bouche ... et au moulin de ma propre réflexion sur cette frontière entre "intérieur et extérieur" - en commençant par celle de la peau ! - sans laquelle il n'est pas d'altérité.
Il se trouve que justement je suis tombé ce matin sur l'émission de France-Culture à 7h40 "L'invité des matins" où vers 7h50 Régis Debray abordait avec Gabriel Robin la délicate question des frontières : " Qu'est-ce que c'est qu'une frontière, interrogeait Régis Debray, c'est quelque chose qui distingue mais pour relier; sinon vous annexez et vous n'êtes plus dans une logique de réciprocité et de reconnaissance de l'autre, mais dans une logique impériale. La frontière, c'est le maintien des singularités et des reconnaissances mutuelles; c'est ce qui fait qu'un individu collectif peut exister, que ce soit une religion, une région, une nation. - " Mais c'est l'argument du Front National : il faut s'armer de clôtures, lui fait remarquer Marc Voinchet. Vous écrivez que la clôture tire vers le haut ? " - " Ce n'est pas celle de Marine Le Pen, de replis et de fermeture ; la clôture c'est celle du cloître qui, oui, tire plutôt vers le haut ; la cellule de prison aussi et des cours de lycée à l'ancienne. Mais ne confondons pas la frontière et le mur. La frontière, c'est ce qui empêche le mur. Le mur, c'est une frontière qui ne reconnaît pas l'autre ; la frontière, c'est ce qui vous permet de vous faire respecter de l'autre et de respecter l'autre; la frontière est le remède du mur. Allez en Palestine et vous comprendrez que la frontière, c'est l'antithèse du mur : il y a un mur entre Israël et la Palestine parce qu'il n'y a pas de frontière ; quand il y en aura une, on pourra défaire ce mur."
Bon, je vais relire ton article plus attentivement qui, comme ce jour d'aujourd'hui je trouve, nous tire aussi vers le haut.
Amicalement, Charles
O
Merci à Gilles Desforges d'avoir repris l'article dans son blog de blogs "oxymoron-fractal".
Appuyer sur le titre.

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