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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 10:48

Le père et l'enfant prodigue par Rembrandt

 

 

Caïn et l’histoire de l’humanité

 

Le récit de Caïn et Abel est un mythe qui veut nous faire comprendre comment l’homme se construit au fur et à mesure de son évolution. Il n’est pas là pour nous culpabiliser mais, attirant notre attention sur des faux pas possibles, il montre comment l’homme peut retrouver sa voie à partir de ses égarements eux-mêmes. Ici, c’est le problème de la violence qui est posé. Il y a, en l’homme, une force de séparation, corrélée avec le désir, qui peut devenir violence destructrice et conduire au meurtre si elle n’est pas intégrée. Son rôle  consiste à construire des espaces intermédiaires pour que la vie puisse fonctionner et se développer. Grâce à elle, c’est, en particulier, l’espace de l’écoute qui va s’ouvrir entre moi et l’autre pour donner naissance à la parole. Le récit de Caïn et Abel nous montre le cheminement chaotique de l’homme pour passer d’une violence destructrice à l’écoute de l’autre et à la parole.

Le texte de Caïn et Abel

L'homme connut Eve, sa femme ; elle conçut et enfanta Caïn

Et elle dit : "J'ai acquis un homme de par Yahvé".

Elle donna aussi le jour à Abel, frère de Caïn.

Or Abel devint pasteur de petit bétail

Et Caïn cultivait le sol.

Le temps passa et il advint que Caïn présenta

Des produits du sol en offrande à Yahvé,

Et qu'Abel, de son côté, offrit des premiers nés de son troupeau

Et même leur graisse.

Or Yahvé agréa Abel et son offrande.

Mais il n'agréa pas Caïn et son offrande

Et Caïn en fut très irrité et eut le visage abattu.

Yahvé dit à Caïn : "Pourquoi es-tu irrité

Et pourquoi ton visage est-il abattu ?

Si tu es bien disposé, ne relèveras-tu pas la tête ?

Mais si tu n'es pas bien disposé, le péché n'est-il pas à la porte,

Une bête tapie qui te convoite, pourras-tu la dominer ?"

Cependant Caïn dit à son frère Abel : "Allons dehors".

Et, comme ils étaient en pleine campagne,

Caïn se jeta sur son frère et le tua.

 

Yahvé dit à Caïn : "Où est ton frère Abel ?"

Il répondit : "Je ne sais pas.

Suis-je le gardien de mon frère ?"

Yahvé reprit : "Qu'as-tu fait ?

Ecoute le sang de ton frère crier vers moi du sol.

Maintenant, sois maudit et chassé du sol fertile,

Qui a ouvert la bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère.

Si tu cultives le sol, il ne te donnera plus son produit :

Tu seras un errant parcourant la terre."

Alors Caïn dit à Yahvé : "Ma peine est trop lourde à porter.

Vois ! Tu me bannis aujourd'hui du sol fertile,

Je devrai me cacher loin de ta face

Et je serai un errant parcourant la terre :

Mais le premier venu me tuera !"

Yahvé lui répondit : "Aussi bien, si quelqu'un tue Caïn,

On le vengera sept fois" et Yahvé mit un signe sur Caïn,

Afin que le premier venu ne le frappât point.

Caïn se retira de la présence de Yahvé

Et séjourna au pays de Nod, à l'orient d'Eden.

(Bible de Jérusalem, Genèse, 4, 1-16)

 

Caïn ou la figure de l’homme coupable

D’emblée, l’homme est un être coupable. Cela ne signifie aucunement qu’il soit condamnable. Mais, à tout moment, il peut se tromper de route. Son cheminement n’est pas défini d’avance. N’étant pas fini, il doit construire son avenir à travers des choix, qui s’imposent à lui, à la croisée des chemins, mais la voie à prendre n’est pas évidente ; elle suppose chaque fois une invention, une place faite au hasard et au risque. Sans doute, chaque expérience engendre-t-elle une nouvelle lumière pour les étapes suivantes. On ne devient un bon alpiniste qu’après de nombreuses courses en montagne, qui construisent les réflexes nécessaires. Et, pour les chemins les plus difficiles, il faut des expériences renouvelées et une prise de risques importante que seuls peuvent assumer les plus initiés et les plus courageux, ouvrant ainsi la voie à d’autres moins bien formés.

Caïn est au début de sa vie ; on dit même qu’il est au début de l’histoire humaine. Or il est confronté à l’un des problèmes les plus difficiles que doivent affronter les hommes, celui de la violence qu’il faut apprendre à intégrer sous peine de mort. Bon gré, mal gré, il doit ouvrir un chemin pour tous les autres hommes : d’emblée il est coupable (susceptible de commettre la faute) car il court le risque de se tromper. Cette forme de culpabilité est inscrite dans sa nature ; aussi ne doit-elle pas nous effrayer.

 

L’absence de séparations

Caïn, le premier-né, n’est pas encore dans l’être. Bien loin d’être sujet, il est tout entier dans l’avoir, comme le signifie son nom « acquérir ». En cela, il reproduit l’attitude de sa mère, qui « l’a acquis… ». On peut dire qu’elle ne l’a pas encore vraiment mis au monde. Adam n’a pas joué son rôle ; il n’a pas coupé le cordon ombilical et Caïn n’est pas séparé de sa mère. Il n’est pas non plus séparé du sol, réplique de la mère. Pour lui, aucune séparation n’est faite, ni avec son frère, ni avec ses produits, ni entre le dedans et le dehors, ni entre la violence et le désir. Autrement dit, il est encore dans la confusion des origines. Abel fonctionne comme une sorte de miroir pour révéler l’absence de séparations et la confusion qui contrarient son aîné. Lui, au moins, est à distance de la mère et du sol. Il sait ce qu’est la violence puisqu’il doit donner la mort à ses chèvres et à ses agneaux pour en faire une nourriture. Aussi n’est-il pas attaché à ses produits. Il est toujours dans l’entre-deux, qui offre un espace à la vie.

 

La toute-puissance

Etroitement relié à sa mère, Caïn participe à sa toute-puissance. Le texte attire l’attention sur Caïn pour souligner le chemin qui lui reste à parcourir, mais elle-même n’a pas encore trouvé sa place. Elle semble écarter Adam pour rester liée à Dieu, comme s’il était son conjoint et donc le véritable père de son fils : "J'ai acquis un homme de par Yahvé". De son mari imaginaire, elle reçoit la toute-puissance qu’elle communique à Caïn. Or la toute-puissance est l’ennemie de la vie. Dans le Nouveau Testament, Jésus est mis à l’épreuve. Le « diable » le met en face des trois toutes-puissances principales : la toute-puissance économique (le pain), la toute-puissance politique (les royaumes) et la toute-puissance spirituelle (qui en vient à éprouver Dieu Lui-même). Il ne peut montrer le chemin de la vie qu’en renonçant à ces toutes-puissances.

Il en va de même pour Caïn. Aussi lui impose-t-il une épreuve, comme il l'impose à son frère Abel. Il leur demande de sacrifier (ce que sous-entend le texte) une partie de leurs produits pour en faire une offrande ; il veut ainsi les amener eux aussi à renoncer à la toute-puissance. Or Abel réussit le passage et Caïn, trop attaché à ses récoltes, est acculé à l’échec. « Or Yahvé agréa Abel et son offrande. Mais il n'agréa pas Caïn et son offrande. Et Caïn en fut très irrité et eut le visage abattu. » La bible grecque de la Septante souligne sa mauvaise disposition. Le Seigneur lui dit : « Si tu as bien fait de m’apporter des offrandes, en les choisissant mal n’as-tu pas péché ? » (Genèse 4, 7).

 

La violence non intégrée et le meurtre d’Abel

En même temps dans la confusion et la toute-puissance, Caïn n’arrive pas à intégrer sa propre violence. « Une bête tapie qui te convoite, pourras-tu la dominer ?" Il faudrait du jeu entre la violence faite pour séparer et le désir qui doit rapprocher de l’autre. Le jeu n’existe pas et la violence se retourne contre le désir et contre l’autre. Désormais, l’écoute qui s’ouvre entre le dedans et le dehors n’est plus possible. Le dehors s’empare de tout l’espace. « Caïn dit à son frère Abel : « Allons dehors » ». Abel n’a plus de dedans : il est mis à la porte de la vie. « Et, comme ils étaient en pleine campagne, Caïn se jeta sur son frère et le tua ».

 

L’intégration de la violence et son retournement

Progressivement la prise de conscience se met en mouvement. Caïn isolé ne sait plus où il en est. Une parole intérieure faisant une place à l’Autre finit cependant par prendre naissance. Abel se retrouve dans le face à face. C’est son sang qui se met à crier du sol. En le répandant, Caïn a joué le jeu de la décréation. Le Seigneur avait pris un peu de terre pour façonner l’homme : Caïn a pris l’homme pour le détruire en refoulant sa vie dans la terre dont il était issu. Mais la parole d’Abel en arrive à ressortir du sol où elle avait été bannie. C’est ainsi qu’apparaît la trajectoire de la violence meurtrière et son retournement dans la conscience, avec le jeu de la culpabilité. La prise de conscience de la violence finit par provoquer son intégration et par ouvrir l’espace de l’écoute et de la parole salvatrice.

 

La mise en place des séparations

Dieu lui-même en vient à jouer le jeu de la violence pour permettre à Caïn d’en découvrir le sens. Il le pousse à se séparer de sa mère, du sol, de la communauté. Et maintenant, c’est à lui de poursuivre le mouvement que l’auteur de la vie vient d’impulser en son être intime. En dépit de l’arrachement qu’il ressent, il découvre le jeu nouveau que ces séparations lui procurent. Il devient « un errant parcourant la terre », ouvrant ainsi des espaces de relations entre des hommes et des femmes qui ne se connaissent pas. Désormais sa vocation est de jouer le rôle de tiers pour donner sa place à l’écoute et à la parole, et permettre ainsi de dépasser les conflits. Chacun sans doute se demande quels conflits il peut y avoir entre des hommes qui n’existent pas encore. Mais, en raisonnant ainsi, c’est oublier que le mythe ne relate pas des faits concrets à une époque préhistorique mais qu’il est une structure qui traverse le temps. Caïn est un être intemporel qui existait hier et continue à exister aujourd’hui. Il est parmi les hommes que nous côtoyons et s’incarne encore en chacun d’entre nous. C’est bien pourquoi il jette une lumière sur tous nos comportements.

 

L’interdit du meurtre

Parce qu’il a tué, Caïn a pris conscience de sa violence et l’a intégrée. Il sait les dérives meurtrières qu’elle peut provoquer lorsqu’elle est ignorée et laissée à l’abandon. Désormais il porte en lui l’interdit du meurtre parce qu’il en connaît les conséquences désastreuses. Aussi lorsqu’il dit sa crainte d’être tué, Dieu lui fait comprendre qu’il est lui-même, désormais, un rempart contre le déchaînement de la violence destructrice. « Mais le premier venu me tuera !" Yahvé lui répondit : "Aussi bien, si quelqu'un tue Caïn, on le vengera sept fois" et Yahvé mit un signe sur Caïn, afin que le premier venu ne le frappât point ». Si on détruit le rempart que représente Caïn, promis au rôle de tiers, l’humanité court un risque mortel. Et le Coran lui-même, dans la sourate sur Caïn et Abel, en donne l’explication : « C'est pourquoi Nous édictâmes, à l'intention des Fils d'Israël, que tuer une âme non coupable du meurtre d'une autre âme ou de dégât sur la terre, c'est comme d'avoir tué l'humanité entière; et que faire vivre une âme c'est comme de faire vivre l'humanité entière » (verset 32). Caïn est devenu un homme véritable. Si on le tue ce sont tous les hommes qui sont menacés.

 

Caïn, le meurtrier, est devenu un sauveur de l’humanité

Caïn est un sauveur parce qu’il ouvre une voie essentielle de l’humanité. Il nous avertit que la violence est en nous comme une force qui nous constitue. Si nous la rejetons ou si nous l’ignorons, elle peut nous détruire. Mais si nous l’intégrons, elle ouvre des espaces de séparation indispensables au développement et à la multiplication de la vie. Elle contribue ainsi à faire de nous des sujets et des êtres créateurs.

 

Cet article n’est pas simplement le fruit d’une réflexion personnelle, il est aussi, pour une bonne part, le résultat d’un travail collectif, dans un café philosophique et un groupe de la parole.

Etienne Duval

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commentaires

Dominique Arrivé 09/05/2014 18:20

Alors Caïn dit à Yahvé : "Ma peine est trop lourde à porter".
Cliquer sur Dominique Arrivé...

Etienne Duval 14/05/2014 16:43

Dans toute tragédie, il y a toujours une lumière qui subsiste, un petit reste qui vient sauver l'ensemble. Dans le drame de Caïn, Abel n'est pas le seul porteur de lumière. Caïn lui-même, après son retournement, devient un des fondateurs de l'humanité. Même le mécréant peut devenir juste. C'est, pour moi, un motif de grande espérance.

Danièle Pétel 14/05/2014 13:15

Ma citation favorite bien qu’incertaine
Œil pour œil et le monde finira aveugle Lao-Tseu.
Si nous voulons vraiment élargire notre champ d’investigation concernant la seconde guerre mondiale et idéologique ne rendons pas les générations futures aveugles.
Oui aveugle aux Justes
Les Justes de France sont symboliquement entrés au Panthéon le 18 janvier 2007, monument dédié aux Grands Hommes. L’hommage de la Nation aux Justes de France sera concrétisé par une inscription figurant dans la crypte du Panthéon.
Voici le texte
« Sous la chape de haine et de nuit tombée sur la France dans les années d’occupation, des lumières, par milliers, refusèrent de s’éteindre. Nommés Justes parmi les Nations ou restés anonymes, des femmes et des hommes, de toutes origines et de toutes conditions, ont sauvé des Juifs des persécutions antisémites et des camps d’extermination. Bravant les risques encourus, ils ont incarné l’honneur de la France, ses valeurs de justice, de tolérance et d’humanité »

Etienne Duval 13/05/2014 09:08

Manouchian a situé les responsabilités. C'est vrai que le peuple allemand, en tant que tel, n'y était pour rien, alors que celui qui l'avait trahi était réellement responsable. Comme quoi l'espace intermédiaire (entre les intervenants) permet de faire apparaître les responsabilités réelles... Et il ne peut y avoir de pardon si la responsabilité n'est pas reconnue par le coupable lui-même.

Charles Lallemand 13/05/2014 08:53

Etienne bonsoir,
je trouve très juste ton expression : "la violence intérieure qui va m'amener à desserrer l'étau de la toute-puissance ennemie, pour retrouver l'espace de séparation indispensable au retour de la liberté" parce que cette violence-là elle travaille aussi sur l'extérieur: la toute-puissance ennemie et le retour de la liberté, elle travaille sur l'intérieur et sur l'extérieur. Le drame d'un attentat dit "terroriste" pour autant qu'il touche la population civile, c'est, comme en témoignent ceux qui en ont été victimes, qu'il n'y a plus d'intérieur ni d'extérieur et par conséquent non plus d'espace intermédiaire, mais une sorte de "no mans'land" confus sans repères.
Et à propos de repères, ce soir sur France 3 après un documentaire sur "la France sous les bombes alliées" où là bien sûr il n'a pas été question de haine à l'égard non d'ennemis mais d’alliés, cependant, le moins qu'on puisse dire, de beaucoup d'incompréhensions..., un autre docu. "Résistants/collabos" est venu dissiper mon interrogation sur le "je meurs sans haine pour le peuple allemand" du poème d'Aragon : Manouchian a bien prononcé cette phrase, et la preuve c'est qu'il l'avait écrite, avant les 23 d'être fusillés, tout en ajoutant : "mais je ne pardonne pas à celui qui m'a vendu".
Amicalement, Charles

Etienne Duval 10/05/2014 15:18

Ce qui veut dire que les disciplines différentes comme l'histoire et la philosophie devraient pouvoir fonctionner en rapport dialectique l'une par rapport à l'autre et qu'aucune peut avoir le monopole de la vérité. Il y a de la place pour tout le monde dans la recherche de cette vérité.

Yves Montigné 23/04/2014 22:51

J'avais lu ta nouvelle proposition de texte avant de recevoir ton message, et à vrai dire je ne me sens pas trop d'y répondre. La phrase initiale m'a un peu surpris, mais bon. J'ai relu le texte biblique proposé et essayé de le lire d'une manière neuve. Il m'a posé un certain nombre de questions assez fondamentales. Après, j'ai lu ton analyse, fruit d'une réflexion collective, et je n'y ai guère retrouvé mes propres interrogations. N'ayant aucune compétence particulière en la matière et n'ayant pas participé à ces échanges auxquels participaient des personnes certainement beaucoup plus affutées que moi, je n'ai pas envie de me livrer au ridicule de passer à côté du sujet. Je retrouve dans ton analyse un certain nombre de thèmes qui te sont chers. La manière dont ils surgissent dans le thème maintenant proposé me paraît un peu tiré par les cheveux, mais c'est certainement le fruit de mon ramollissement cérébral. J'aimerai me laisser" interroger" par de tels écrits bibliques ou autre. J'ai un peu l'impression de n'y retrouver qu'une nouvelle illustration de thèmes dont pas tous me semblent aussi prioritaires qu'à toi. Pardonne mon manque d'ouverture, mais je préfère quand même rester dans ma manière d'être plutôt que de me forcer à faire semblant de...

Henri Vidal 09/05/2014 16:57

La sculpture d'Henri Vidal sur Caïn venant de tuer son frère. Pour la voir, cliquer sur Henri Vidal.

Etienne Duval 09/05/2014 09:23

J‘aime bien ta manière de poser la problématique à partir de la Loi et avec cette idée que la Loi est la Loi du Père, c’est-à-dire du créateur. Finalement cette Loi n’est rien d’autre que le Logos : au début était le Logos, qui structure l’univers et le monde de l’homme. Et tu fais immédiatement le lien entre le logos et la raison. Et finalement Caïn devient le représentant de la raison. Mais allons un peu plus loin : Caïn est le représentant de la raison parce qu’il est du côté de la violence et la raison elle-même est du côté de la violence. Le texte de Caïn est extraordinaire parce qu’il nous montre qu’en définitive, la violence, à travers la Loi (violente), nous protège contre la violence (meurtière).
Il reste Abel, la victime, qui nous renvoie au désir. La vie est faite de violence et de désir. Lorsqu’on veut donner le primat à la Loi sur le désir, c’est la catastrophe parce qu’on tue le désir. Mais, de la même façon, on ne peut isoler le désir de la raison. Finalement ce petit détour nous montre que ce n’est ni le logos ni le désir qui sont au fondement, c’est la Vie elle-même. La Vie fonde le désir et la raison : elle porte, en même temps, Caïn et Abel.

Gérard Jaffrédou 09/05/2014 09:21

Je n'irai pas discuter ta lecture, fort intéressante, du texte, bien intéressant lui aussi. Et d'actualité depuis la nuit des temps.
Ne sachant que dire, j'ai consulté (une fois encore) Stéphane Mosès , Temps de la Bible, Lectures bibliques, Editions de l'Éclat, 2011, 160 p. Cf. p. 15 : Ch. I, Figures de la paternité biblique, pp. 17-20.
J'en retire ceci.
Mosès établit, comme toi, que ce passage de la Genèse -et la Genèse toute entière ?-, décrit la naissance de l'humanité. L'affaire ici en question pourrait s'analyser comme suit.
Dieu, l'origine, pose la Loi. Adam, son fils direct en est l'émanation. Par lui, qui est Père, la vie continue en la personne d'Abel (le Souffle, l'errance, la vie) et de Caïn (du côté de la Terre -autre Glébeux -, la stabilité, autre forme de la vie).
Les deux fils s'opposent. Leur rapport à la LOI en est la cause, c'est à dire leur rapport au Père. Caïn revendique, es-qualités, la meilleure part, ce que lui refuse la Loi, ce qu'il considère comme une violence.
Violence pour violence, autant aller jusqu'au bout et tuer le petit frère Abel. La mort dans la vie. "L'angélisme déçu s'inverse en folie meurtrière. Ce crime originel est présenté par la Bible comme le paradigme de toutes violences entre les hommes, qui sont toujours des guerres fratricides", (commente Mosès, p. 19)
Retour à la Loi, ou plutôt : retour de la Loi, qui fixe la règle qui protégera -malgré tout- le meurtrier et le réintègre -ou plutôt : l'intègre dans l'Humanité. Ce retour de la Loi -et à la Loi - constitue notre ancêtre Caïn comme Homme et nous-mêmes à sa suite. "Première étape de l'histoire morale de l'humanité", conclut Mosès.
Puis-je me permettre d'ajouter : premier pas dans l'humanité, où l'on entre par le rationnel et l'autorité sacrée de la Loi (qui institue un pardon lucide)
Et encore ceci : en sortirait-on, par les temps qui courent ?

Gérard Jaffrédou.
8. V. 2014

Texte de fond 08/05/2014 10:51

En appuyant sur le titre, vous découvrirez un important texte de réflexion sur Caïn et Abel.

Académie de Paris 08/05/2014 09:10

Genèse 4, un récit fondateur de l’imaginaire occidental
L’histoire d’Abel et Caïn, rapportée au quatrième chapitre de la Genèse, a exercé une véritable fascination sur les générations humaines, au moins depuis le Moyen âge. Cette fascination doit sans doute beaucoup, comme pour le récit de la résurrection de Lazare, aux blancs du texte, « au caractère elliptique du scénario génésiaque », selon l’expression de Véronique Léonard-Roques1. Cette même fascination est à l’origine d’une immense postérité théologique puis artistique. C’est sur les silences du texte, ses ellipses narratives, ses incohérences, si l’on en croit le discours de certains spécialistes qui croient identifier des anachronismes, que la tradition religieuse puis littéraire et picturale s’appuiera pour chercher des interprétations.
Au chapitre IV de la Genèse, donc, Caïn, le cultivateur, tue son frère Abel, le pasteur. Les frères avaient auparavant fait des offrandes à Dieu, lequel avait agréé celle du second, tandis qu’Il avait refusé celle de son frère. Le récit, cependant, ne donne aucune explication claire de ce choix divin. Même mystère autour du fameux signe que la divinité appose sur Caïn, après le meurtre qui en fait « un fuyard sur la terre » (p.10) Les exégèses juive et chrétienne, comme le souligne Véronique Léonard-Roques, viendront combler ce blanc, « pour exonérer la divinité de tout arbitraire. » (p.10) La littérature fera de même et cherchera un sens plus clair à ce mystère originel, « offrant à l’imaginaire et au désir autant de brèches où déployer leurs réappropriations interprétatives. » (p.10)
Mythe d’origine et de création, l’histoire d’Abel et Caïn est donc un des premiers récits fondateurs de la Bible, une « œuvre fondatrice de l’imaginaire occidental » (p.12) qui renvoie au temps « primordial » et « fabuleux des commencements », selon les expressions de Mircea Eliade, rappelées encore par Véronique Léonard-Roques. Le récit se veut un témoin de réalités déterminantes, dans l’histoire humaine, puisqu’il décrit l’apparition de la mort, mais aussi la naissance des villes, des arts et des techniques : Caïn, le meurtrier, dans sa fuite, est désigné par le texte génésiaque comme le fondateur de la première ville et se place donc à l’origine de la civilisation. Récit fondateur encore, puisque premier fratricide et en ce qu’il vise à raconter, « pour mieux la déplorer, l’universalité du mal, et son caractère mystérieux : à vues humaines, il est incompréhensible et pourtant omniprésent. »2
1 Véronique Léonard-Roques, Caïn et Abel, Rivalité et responsabilité, éditions du Rocher, 2007, p. 9. Le présent dossier, disons-le d’emblée, doit beaucoup à ce livre qui offre une synthèse importante sur la question qui nous occupe.
2 Cécile Hussherr, L’Ange et la Bête, Caïn et Abel dans la littérature, Cerf, 2005, p.13

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Tout y est bien conçu dans votre site et très beau avec beaucoup de choix, c’est une merveille !!Félicitations. Amicalement .

Etienne Duval 22/04/2014 21:38

Merci de vos encouragements !

Voyance 22/04/2014 16:32

Agréablement surprise par la découverte de votre site si joli et tellement original , tout y est bien conçu et très beau avec beaucoup de choix, c’est une merveille .

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