Mythes, articles à partir des mythes, réactions sur le site Mythes fondateurs http://mythesfondateurs.over-blog.com/ Le mythe et le conte sont la parole dans sa première gestation. C'est pourquoi, si la parole est malade, comme le dit Vittorio Gasman, il devient urgent de revenir à ses fondements qui sont encore à notre disposition, à travers les mythes et les contes. Lorsque la parole ne fonctionne pas, c'est la violence qui gagne. Les mythes et les contes, par l'apprentissage du processus symbolique qu'ils proposent, sont là pour nous aider à faire sortir la parole de la violence. C'est de la naissance de l'homme lui-même dont il s'agit.

La Croix, photo de l'incendie

Rfi.fr (Radio France internationale)
LE SECRET DE NOTRE-DAME DE PARIS
Il y a quelques jours, nous étions tous effrayés en voyant brûler la cathédrale de Paris. Et puis, à peine la frayeur évacuée, l’avenir reprenait le dessus pour donner force à la vie contre la mort : des voix s’élevaient du monde entier pour compatir à la souffrance des français et, en même temps, les dons affluaient pour redonner une nouvelle naissance à ce bâtiment chargé d’une transcendance insolite. Au-delà des français eux-mêmes, c’était l’homme lui-même, quel que soit son pays d’origine, qui semblait touché dans ce qu’il a d’essentiel. La cathédrale de Paris renferme un secret, qui pourrait être le secret de l’homme lui-même.
Entre ciel et terre
La cathédrale de Paris est représentation de l’homme, un symbole fait de pierre et d’art, de chair et d’âme, de travail et de désir, pour amener l’être humain à retrouver sa véritable position entre le ciel et la terre. Il n’est pas simplement matière faite de limon. Il est aussi esprit créateur, à la recherche du secret du monde et du secret du ciel, car il sait que son propre secret est à la jonction de ces deux secrets fondateurs.
La maison du peuple où se côtoient croyants et incroyants
La cathédrale de Paris est d’abord maison du peuple et peut-être, avant tout, maison de tous ces pauvres, qui sont le trésor de l’église, imaginée par le Christ lui-même. Ce sont les premiers invités pour que la maison du peuple soit vraiment la maison de tous. Cette demeure n’appartient pas d’abord aux religieux. Elle est ce lieu où tout homme a sa place. Chacun qu’il soit marchand ou paysan, ouvrier ou technicien, praticien ou chercheur, chinois ou américain, russe ou indien, doit pouvoir se sentir accueilli. C’est ainsi que les touristes peuvent ici circuler librement pourvu qu’ils soient respectueux des offices qui sont en train de se dérouler.
Une attention particulière à la femme
Ici la femme n’est pas dans la soumission à l’homme. Au sein de l’intuition originelle, elle est la première invitante puisque la maison s’appelle « Notre Dame ». Cette appellation prend aujourd’hui une dimension prophétique dans la mesure où la mutation de la société suppose la promotion de la femme à sa juste place. Non pas pour remplacer l’homme lui-même, mais pour être avec lui dans un partage permanent.
Un espace où se conjuguent passé et avenir dans une dynamique qui rythme l’histoire de la France
Une première basilique, dédiée à Saint-Etienne, a été édifiée avant le huitième siècle sur l’emplacement actuel de Notre-Dame et ce n’est qu’en 1163 que fut posée la première pierre de la cathédrale de Paris. Sa construction sera achevée en 1272 et son histoire portera la marque non seulement des constructeurs et des restaurateurs, mais aussi des rois et des révolutionnaires. En 1302, c’est dans ce lieu que Philippe Le Bel ouvre les premiers Etats généraux du royaume de France. Durant la révolution la flèche est démontée et de nombreuses statues seront détruites. Mais en 1801 déjà, l’édifice est rendu au culte catholique et, en 1804, Napoléon y sera sacré en présence du pape Pie VII. En 1831, Victor Hugo lui donnera un nouveau souffle en publiant son roman « Notre-Dame de Paris ». Et, c’est grâce à un décret du gouvernement de Louis-Philippe 1er, en 1844, que Viollet-Le-Duc pourra redonner une flèche à la vieille construction. Enfin, le 26 août 1944, le général de Gaulle n’hésitera pas à entrer dans la cathédrale pour un Te Deum qui devait célébrer la libération de Paris et de la France.
Un lieu où la mort peut être un chemin de résurrection
Il est étrange que l’incendie soit arrivé, en pleine semaine sainte, à un moment où les chrétiens célèbrent la mort et la résurrection du Christ. Dans une véritable unanimité, les hommes et femmes, quelles que soient leur appartenance nationale, sociale ou religieuse, ont puisé, dans la mort annoncée de la cathédrale, une force nouvelle pour éviter son effondrement et favoriser sa reconstruction. Ici le christianisme met en valeur un cheminement déjà inscrit au cœur de l’homme. Et, d’une certaine façon, au cœur de la cathédrale, sous l’inspiration de ceux qui l’ont imaginée et construite pour être une lumière au service des hommes. Par l’art, ils ont su favoriser un lien d’amour entre la Demeure de tous et ceux qu’elle doit accueillir.
De la réhabilitation de la cathédrale à la réhabilitation des plus défavorisés
Il y a, dans le christianisme, un ferment révolutionnaire, qui échappe à beaucoup. Le Christ a été condamné à mort parce qu’il voulait remplacer le Temple de pierres par un nouveau peuple spirituel, donnant la priorité aux plus pauvres. Il manquerait donc à la nouvelle naissance de la cathédrale quelque chose d’essentiel si les plus défavorisés n’étaient pas pris en compte dans leurs aspirations les plus légitimes. Il appartient donc aux acteurs politiques d’inscrire dans l’histoire de Notre-Dame de Paris la récompense promise aux plus démunis.
Etienne Duval