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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 15:03

 

Café-Ciné du quai Saint-Vincent

Du samedi 16 avril 2016 à 14h30

Film japonais : « Entre le ciel et l’enfer»

 

Date de reprise 9 mars 2016 - Version restaurée

Date de sortie inconnue (2h 23min)

De Akira Kurosawa

Avec Chiaki Minoru, Eijirô Tôno, Masao Shimizu plus

Genres Drame, Thriller

Nationalité Japonais

Actionnaire d’une grande fabrique de chaussures, Kingo Gondo décide de rassembler tous ses biens pour racheter les actions nécessaires pour devenir majoritaire. C’est alors qu’on lui apprend qu’on a enlevé son fils et qu’une rançon est exigée. Mais, second coup de théâtre, c’est le fils de son chauffeur qui a été enlevé…

Films jusqu’à juin 2016

  • Avril : Entre le ciel et l’enfer
  • Mai : Le voyage de Chihiro
  • Juin : Dodes kaden de Akira Kurosawa. 

 

 

 

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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 21:32

        Quand le diable s'en mêle : Feydeau et l'enfer du couple

 

Comment j’ai rencontré le diable en personne

 

Il y a une dizaine de jours, à 15 heures de l’après-midi, je marche, dans ma rue, à 200 mètres de chez moi. Un homme vient à ma rencontre. Son visage est éclairé par un grand sourire : « Vous ne me reconnaissez pas ? J’habite dans votre immeuble au 3è étage. Je vous ai vu plusieurs fois dans l’ascenseur mais manifestement ma tête vous échappe ». J’ai beau chercher dans ma mémoire mais ce visage ne me revient pas. « Ma femme, reprend-il, vous aperçoit fréquemment et elle vous trouve très gentil. – C’est celle qui a un magasin dans le Vieux Lyon ? – Oui tout à fait. »


Me voilà maintenant en terrain connu. L’homme comme la femme ont une apparence très sympathique. Mon oreille s’ouvre plus encore : « Nous avons une seule voiture et Patricia l’a prise, ce matin, pour aller à son travail. Or je viens d’apprendre que ma mère de 91 ans a été accrochée par une voiture et elle se trouve actuellement à l’hôpital Lyon-Sud. Je voudrais la voir le plus rapidement possible. » Accablé par le malheur, notre homme se met à sangloter abondamment : « Ma pauvre maman, ma pauvre maman ! » La compassion pénètre en moi et je voudrais apporter au souffrant quelques petites consolations. Mes mots sont maladroits et ses sanglots prennent encore plus d’ampleur.


Que puis-je donc faire pour aider cet homme ? C’est tout de même mon voisin. C’est alors que complaisamment il vient à mon secours : « Il faut que je prenne un taxi mais je n’ai pas suffisamment d’argent dans la poche pour le payer ». Qu’à cela ne tienne, il m’est possible de faire un petit geste. Mais moi non plus je n’ai pas les billets nécessaires ; il faut que j’aille chercher ma carte bleue.


Comme deux complices nous voici en direction de mon appartement. « Je vous rembourserai dès 18 heures ce soir. – Oui bien sûr. – Et comme je suis cuisinier de métier, je vous ferai de petits plats italiens que je vous descendrai régulièrement à votre étage. » Décidément cet homme est encore plus sympathique que je ne l’imaginais. « Je compte vous donner vingt euros. – C’est insuffisant, rétorque-t-il. Il me faudrait 50 euros pour assurer l’aller et retour du taxi et les petits frais de café ou de thé à l’hôpital. » Je fais les calculs dans ma tête : trente euros suffiront.


Nous montons par l’escalier jusqu’à mon appartement situé au premier étage. A peine arrivé, l’homme se saisit de son téléphone et éclate en larmes : « Ma mère est morte, ma mère est morte ! » J’esquisse quelques condoléances en cherchant ma carte bleue et nous nous dirigeons vers une caisse de retrait. Très poliment mon compagnon s’écarte pour me laisser faire mes opérations. La caisse ne me laisse pas le choix : ce sera vingt euros ou quarante euros. Qu’à cela ne tienne, je retire deux billets de vingt euros et les remets à mon compagnon, tout en sachant déjà que ce joli parleur est en fait un escroc. Pour m’en assurer, je monte en vitesse frapper à la porte d’une amie. Elle connaît bien la prétendue épouse, mais les détails que m’a livrés le « mari » ne correspondent pas à la réalité. Et, dès le lendemain matin, j’aperçois notre commerçante du vieux Lyon et lui confie mon histoire : elle est effarée et son effarement durera toute la journée.


Dans le dernier blog, j’avais évoqué le « Je suis » qui nous ancre dans la réalité et nous relie au réel. Ici le « Je suis » disparaît : plus de réel ni de réalité. Tout est mensonge. Mais notre artiste utilise tous les artifices de la raison pour faire exister un monde imaginaire. Je me dis alors que je suis en face de la figure du diable, pour qui l’être n’a plus aucune importance. Celui que les hommes appellent Dieu est le maître de l’être : le diable est le maître du non-être en utilisant la toute-puissance de la raison. C’est pourquoi il est présenté sous les traits de l’ange ; il fonctionne dans une dynamique de désincarnation mais il est particulièrement habile à manipuler la raison. Rien n’empêche qu’un homme puisse être à sa façon le diable. Sans doute celui que j’ai rencontré n’est-il pas très dangereux : il est plutôt amusant. Mais un homme comme Hitler et ses partisans ont réussi, pendant quelques années, à diaboliser une partie du monde. Hannah Arendt ne s’y est pas trompée. En dépit de certains préjugés et de certaines apparences, elle a accepté de soutenir Heidegger : elle savait que sa philosophie de l’être était un rempart important, parmi d’autres, contre la barbarie du nazisme.

Etienne Duval

 

 

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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 15:30

La création du monde par Chagall

 

JE SUIS CELUI QUI EST

Les cinq mots qui ouvrent le chemin de la pensée

 

Moïse est sur la montagne de l’Horeb, où il fait paître le petit bétail de son beau-père. Soudain il aperçoit un buisson embrasé mais le buisson ne se consume pas. Le voilà transporté au-delà de lui-même, dans l’univers même de Dieu, qui l’interpelle : il veut lui confier une mission. Moïse est choisi pour libérer les Hébreux oppressés par les Egyptiens. Il faut donc qu’il aille trouver les Israélites. Mais comment va-t-il présenter Celui qui lui confie sa mission. Quel est son nom ? Tu leur diras : « Je suis celui qui est ». La phrase est courte mais elle se contracte encore : Tu diras aux Israélites : « Je suis m’a envoyé vers vous » (Exode 3, 14). Dieu est tout entier dans le « Je suis ». A l’origine de l’univers entier il y a l’acte d’être : c’est à partir de cet acte initial que peut s’ouvrir le chemin de la pensée.

Je suis

C’est le sujet, le je, qui s’affirme dès le départ. A l’origine de tout, il y a un sujet qui est entièrement sujet. Une équivalence s’établit entre le je et l’acte d’être. Celui qu’on appelle Dieu est le « JE » initial. Deux lettres suffisent pour exprimer l’inconnaissable. C’est le monde renversé. Au début était la plus grande simplicité. Et de cette simplicité allait naître l’extrême complexité. Il n’en reste pas moins que la simplicité originelle reste enveloppée de mystère.

Je suis celui qui est

Bien que tout soit déjà exprimé dans le « JE », Dieu éprouve le besoin d’expliciter ce qui reste mystérieux. Le je est pur comme l’eau de la source, comme le cristal lui-même. Il n’existe en lui aucune étrangeté. C’est ce qu’avaient compris les Egyptiens pour qui la lumière du soleil était la figure de Ré, le dieu des dieux. Le je et l’être se déploient dans l’identique. Le rapport de soi à soi, qui constitue le je, va tout simplement du même au même. Mais quelle richesse insondable dans le même qui se réfléchit sur lui-même ! Le sujet est dans l’explosion de la multiplication.

La blessure du temps ou la blessure de l’être

Dans le monde égyptien, Isis avait compris que Ré, le dieu des dieux, n’était pas fini car il était enfermé en lui-même, sans vraie communication avec les autres dieux. Pour qu’il soit vraiment dieu, il fallait introduire chez lui ce qui lui manquait, c’est-à-dire le manque lui-même. Elle confectionne alors un serpent, fait de limon, qu’elle place sur le chemin du soleil. Lorsque Ré arrive, le serpent reçoit la vie et pique le soleil. Le dieu qui a tout créé se trouve agressé par un être qu’il ne connaît pas. Le voici dans le désarroi le plus complet, blessé au cœur de lui-même. Peut-être va-t-il mourir. Alors Isis « au grand cœur » s’approche pour lui prêter main forte. Elle peut le guérir s’il lui communique son nom. Ré ne sait pas comment faire puisqu’il est tout entier enfermé dans ce nom, comme dans l’incommunicable. Une césure pourtant vient de s’effectuer à l’intérieur de lui-même ; par la blessure réalisée, il peut maintenant sortir du même et faire une place à l’autre. Alors Ré demande à Isis de lui prêter son oreille, ce qu’elle fait sans attendre. Il y introduit le secret convoité. Immédiatement Isis le réengendre en l’appelant par son nom et lui redonne ainsi la santé perdue. Nous ne savons pas ce qui s’est produit pour le Dieu de Moïse. Simplement, nous pouvons dire qu’en introduisant le temps à l’intérieur de lui-même, il a provoqué une blessure de l’être, qui a permis la création. C’est de cette blessure que pouvait jaillir une interminable nouveauté.

Je suis ce que je deviens

Désormais la créature n’est plus seulement ce qu’elle est, elle est aussi ce qu’elle devient. Et, dans la mesure où le créateur s’implique dans sa création au point de l’intégrer en lui-même, il peut dire, à son tour, qu’il n’est plus seulement ce qu’il est, mais que son être est aussi en attente de ce qu’il devient.  Avec cette précision cependant : il est tout entier soi-même, tout entier sujet, en devenant ce qu’il est, c’est-à-dire dans le devenir lui-même. En fait le devenir est une révélation du mystère, mais une révélation toujours incomplète car ce qui est mystérieux n’a jamais fini de se dire.

Le jeu entre l’essence et l’existence qui permet l’évolution

Le devenir peut apparaître plus compréhensible si l’on fait intervenir les notions d’essence et d’existence. Le jeu entre l’essence et l’existence va donner naissance à l’évolution, qui, sans cesse, permet l’adaptation et ajoute de la vie à la vie. Une rupture s’introduit à l’intérieur de l’être lui-même. Pour dire qu’un être sort du néant, au point de se tenir là, comme un homme debout, on dira qu’il existe. Mais son existence est partielle, elle participe d’un Acte d’être qui la dépasse. En même temps, pour exister, il faut avoir une forme, une essence, qui distingue les espèces les unes des autres par des caractéristiques particulières. Essence et existence jouent alors entre elles, comme le mâle et la femelle, l’homme et la femme, pour donner finalement naissance à des individus. Sans doute n’est-ce là qu’une image, mais elle permet de comprendre que l’individu est au bout d’une chaîne et que lui seul a droit à l’existence. Autrement dit, les espèces ne peuvent se manifester que dans des individus et il faudra en tenir compte dans la pratique journalière.

Je suis autre

Nouvelle particularité, l’altérité s’introduit dans l’être. Dans l’être, il n’y a plus seulement du même il y a également de l’autre. Par rapport à ses créatures, le créateur est radicalement autre, il est le tout autre. En chaque créature aussi surgit une part d’altérité. Enfin, dans le récit du buisson ardent, qui brûle sans se consumer, Dieu, en se sacrifiant, fait sa place à l’autre sans rien perdre de ce qu’il est. Parce qu’il est dans la séparation que provoque son altérité radicale, il peut être dans la plus grande proximité avec ses créatures et donc avec l’homme, au point de se sacrifier pour lui.

L’avènement de la raison à travers les déclinaisons et les conjugaisons de l’être

Le monde de l’être a une grammaire avec ses déclinaisons et ses conjugaisons. Ainsi pour accéder à la raison, le petit d’homme doit apprendre comment l’être se décline et se conjugue, à travers des situations et des actions. La mission de chacun consiste alors à être un berger de l’être. Sans cesse, grâce à l’instrument de la raison, il l’observe, le suit dans son évolution, l’oriente, est à son écoute pour repérer les nouveautés qui se manifestent à chaque instant et favoriser de nouvelles organisations.

L’être est dans le souffle de la vie

L’être apparaît de plus en plus comme l’être vivant lui-même. Il est au cœur de la vie qui invente la vie. Il est le souffle créateur. Sans doute est-il dans le monde végétal et animal, mais il est plus encore dans l’homme lui-même. Aussi l’être humain est-il appelé à participer au grand mouvement de la création qui nous invite à faire de la terre un nouveau jardin, à l’image du paradis des origines. Mais l’homme a déjà d’autres vues, qui l’amènent à rêver à l’échelle de l’univers.

Le mystère de l’être se manifeste dans l’amour

Être, finalement, c’est aimer. Ainsi s’expriment l’intuition et l’expérience de beaucoup en dépit des malheurs du monde. Et même, dans les souffrances, dans la guerre et les migrations éprouvantes, l’homme poussé au bout de lui-même peut donner naissance aux plus belles fleurs de l’amour. Comme à des bergers, il nous appartient de conduire l’être jusqu’à son accomplissement, jusqu’à l’accomplissement de l’amour.

Etienne Duval

 

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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 16:23

 

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Arbre de vie


La religion peut avoir un rôle positif dans la société si elle fait respirer la vie


Dans un monde qui, en aplatissant la réalité, tend à oublier la verticalité, je voudrais ici présenter un plaidoyer pour défendre les religions. Mais, en même temps, il me paraît nécessaire d’en souligner les méfaits, lorsqu’elles dissocient la verticalité et l’horizontalité, la mort et la vie, ou encore l’homme et la nature.


Ouvrir à une transcendance

L'être humain ne peut s’enfermer complètement dans le monde. Il y a, en lui, une ouverture à un au-delà , à une dimension transcendante qui contribue à faire respirer l’homme. Ainsi les religieux sont là, comme des jardiniers, pour recueillir les graines de transcendance, les semer, les aider à germer et à porter leurs fruits. Ce faisant ils permettent à l’homme de se redresser et de passer constamment de l’animalité à l’humanité.


Les religions sont multiples

Il n’y a pas une religion unique, il y a des religions multiples qui observent la transcendance sous des angles variés, en fonction de l’époque ou de la diversité des cultures. Au cours de l’histoire, le christianisme a été pris en flagrant délit de terrorisme sur les terres de mission : se situant abusivement au centre de la vie des populations, il méprisait les religions locales et contribuait à les faire disparaître au risque de mutiler les cultures elles-mêmes. Et, au cours des nombreuses années où sévissait l’inquisition, ce n’étaient pas simplement les cultures qui étaient mises en péril, mais c’était la liberté elle-même qui était insultée.


Le christianisme n’est pas le dépassement du judaïsme

Après le judaïsme qui ouvrait sur l’origine, en révélant la transcendance du Dieu créateur et le don de la Loi, le christianisme a mis l’accent sur le terme de la vie humaine : la mort n’apparaissait plus comme une fin mais comme un passage vers une vie éternelle, puisque le Christ lui-même était ressuscité, selon le témoignage des apôtres. Chaque religion révélait ainsi une dimension de l’existence dans son rapport à la transcendance et, sur le plan de la foi, la vérité ne pouvait apparaître que dans un jeu entre les deux. Or, comme toute religion prétendait occuper le centre de la vie humaine, le christianisme a voulu malencontreusement s’approprier toute la place en prétendant hériter de ce qu’il appelait l’Ancien Testament et en rejetant l’élection du peuple juif, qui, dans son domaine, reste pourtant permanente.


De la marginalisation du judaïsme à la marginalisation des Juifs

Progressivement le judaïsme s’est trouvé marginalisé. C’est ainsi que les chrétiens ont été privés de l’héritage vivant de l’Ancien Testament. Et comme, avec les aléas de l’histoire, le christianisme est devenu, à son tour, le lieu central de l’existence sociale et politique, il a renforcé et développé l’antisémitisme. Au lieu de faire respirer la vie, sans même s’en apercevoir, il a fait œuvre de mort en s’enfermant dans une religion particulière qui se prétendait universelle alors qu’il fallait s’universaliser en donnant constamment une place aux autres.


La religion doit renoncer à être le centre de l’existence humaine

En fait, la religion, qu’il s’agisse du judaïsme, du christianisme ou de l’Islam, n’est pas le centre de l’existence humaine, elle doit même y renoncer pour être au service de la vie.  La vie est à l’articulation d'une horizontalité et d’une verticalité ; pour cette raison, elle seule peut occuper une place centrale. Mais il est vrai qu’en défendant la dimension transcendante de l’homme, la religion contribue à ouvrir l’espace de la vie elle-même. Ainsi en renonçant à une forme de toute-puissance, elle retrouve sa véritable finalité de servante de la vie.


Seule la vie, dans son élan originel, peut prétendre à une place centrale

En définitive, ce n’est pas la vie au sens banal du terme qui est au centre de l’existence humaine, c’est son élan originel.  Chez l’homme, il jaillit au cœur du sujet, Il est la source de la création et de l’amour créatif. Les chrétiens lui ont donné le nom de Saint Esprit, mais cette appellation est trompeuse car, dans la langue française, elle évoque une forme éthérée qui ne convient pas à la réalité qu’elle veut désigner. Esprit, en latin (spiritus) et en grec (pneuma), est le souffle de la vie au sens fort du terme.  Il est le lieu de l’articulation, le lieu de tous les entre-deux, qui permettent le jeu entre les êtres et finalement l’explosion même de la vie.


Grâce à l’Esprit, le jeu entre judaïsme et christianisme peut être retrouvé

L’Esprit, comme lieu d’articulation, ne fait pas que le judaïsme soit absorbé par le christianisme, mais il les fait jouer ensemble comme deux religions à part entière. Ainsi il ne peut plus exister de marginalisation, de cette marginalisation qui conduit à la mort en suscitant l’antisémitisme. Ici, c’est la pensée elle-même qui change de forme et de nature : elle ne présente plus l’évolution comme une progression qui absorbe ce qui précède ou comme une mise en tutelle de l’inférieur par le supérieur qui émerge, mais comme un jeu vivant entre les êtres, qui les amène à se transformer ensemble. Il est vrai, que, dans ce jeu, la mort peut avoir sa place car elle fait aussi partie de la vie.


Dans cette perspective, le jeu entre les cultures, les courants spirituels et les individus, va permettre la construction du monde

Sous l’impulsion de l’Elan originel de la vie ou de l’Esprit, les cultures et les courants spirituels peuvent interagir entre elles et entre eux et, dans une forme de jeu créatif, procéder à la construction du monde. Chacun apporte sa part, l’Africain comme le Chinois, le chrétien ou le juif comme le musulman et le bouddhiste, l’artiste et le poète comme le technicien, l’artisan, le paysan ou le commerçant. Après une longue période d’émiettement des tâches et d’isolement des individus réduits à être les parties d’un ensemble, une nouvelle mélodie pourra offrir une place et un rôle à chaque être humain.

Etienne Duval

 

 

 

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21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 15:36

L'abbaye de Sénanque - Lankaart

 

Le secret d’Yvon ou l’écoute de l’indicible

 

 

Yvon vient de mourir. Il intervenait fréquemment sur ce blog. C’était un homme très actif à l’extérieur, défendant les grandes causes, comme la justice, la paix et l’écologie. Il ne fréquentait pas particulièrement les églises et les autres lieux de culte. Et pourtant, il avait un secret que peu de gens connaissaient, tellement il était discret sur ce point : c’était un homme de prière assidu. A la fin, Yvon priait sans cesse comme le pèlerin russe. Pour évoquer son parcours ou plutôt son pèlerinage, j’ai choisi un des plus beaux contes arabes, en tout cas le plus beau pour moi : il s’appelle précisément « Le secret ».

 

Le secret du mendiant Ayaz

 

Mahmoud est un grand roi autoritaire. Chaque matin, il sort de son palais et il vient parler avec les femmes et les hommes, qui souhaitent lui présenter quelque requête. Et parmi ces hommes et ces femmes, il a remarqué, depuis plusieurs jours, un mendiant, qui connaît tous les chemins du désert, tellement il les a parcourus dans un sens ou dans l’autre. Ses yeux sont brillants d’une grande intelligence et ses discours sont d’une sagesse incomparable. Il s’appelle Ayaz. Très rapidement, Mahmoud est séduit par Ayaz. Sans trop réfléchir, il en fait son premier conseiller. Il le présente à la Cour. Les gens de la Cour sont stupéfaits : « Le roi est en train de perdre la tête ».

Une fois le premier conseiller installé, le grand vizir ne perd pas un instant. Il le suit et le fait suivre. Or, tous les soirs, Ayaz s’enferme à clef dans une chambre basse et, au bout d’une heure, il sort discrètement en tournant la clef dans la serrure. Que fait-il donc ? Pour le grand vizir, Ayaz est en train de trahir le roi, complotant avec des espions extérieurs. Non seulement le roi et la cour sont en train de plonger dans l’insécurité, mais le royaume, tout entier, est en danger. Il faut prévenir le monarque. Le grand vizir le fait immédiatement : « Ton premier conseiller est en train de te trahir. – Qu’est-ce que tu es en train d’inventer ? J’ai une confiance totale dans mon premier conseiller. - Lorsque  tu sauras ce qui se passe, tu n’auras plus aucun doute. – Que se passe-t-il donc ? – Tous les soirs, au coucher du soleil, Ayaz descend au sous-sol et s’enferme à clef dans une chambre basse. Il reste une heure, ressort en prenant bien soin de tourner la clef dans la serrure. – Cela ne prouve rien. J’ai confiance dans mon ami ». En fait, il est troublé et appelle Ayaz. « Es-tu un conseiller fidèle ? – Oui entièrement fidèle. –Alors que fais-tu tous les soirs dans une chambre basse du sous-sol ? – Je ne peux pas te le dire. – Puis-je encore compter sur toi ? – Tu le peux. »

 

Mahmoud est inquiet et le grand vizir le sait, tout heureux d’avoir fait son travail. Le lendemain, Ayaz, le conseiller, est dans sa chambre basse. Il sort en prenant soin de fermer sa porte à clef. Lorsqu’il se redresse, il se trouve en face du roi et du grand vizir. Le roi lui ordonne : « Ouvre cette porte ! » C’est au-dessus des forces d’Ayaz. La clef glisse de ses mains. Le grand vizir la ramasse. Il enfonce la clef dans la serrure et ouvre la porte. La pièce est entièrement vide. Seuls sont accrochés au mur, son manteau de mendiant, son bâton et son bol de mendiant. Ayaz prend la parole : « Ici, c’est le royaume des pèlerins perpétuels où je viens chercher la force de vivre et la sagesse nécessaire pour te conseiller. Tu n’avais pas le droit d’y entrer ». Les hiérarchies s’inversent. Le roi s’abaisse pour baiser le pan du manteau du mendiant. C’est la cellule intérieure qui fait l’homme et le roi.

 

L’écoute de l’indicible

 

Chacun a compris. Yvon, c’est Ayaz. Il avait  sa cellule intérieure, où il pénétrait non seulement le soir mais à tout moment de la journée. Dans le silence, il était dans la prière.  Mais sa prière ne consistait pas en formules régulièrement répétées. Elle était  silence, attention, écoute de l’indicible, en-deçà et au-delà de la parole elle-même. De formation chrétienne, il donnait un nom à l’indicible ; il l’appelait l’Esprit Saint, que l’on pourrait traduire par souffle primordial, puisque le mot « esprit » veut dire souffle Mais tout homme peut être à l’écoute de l’indicible, qui est souffle de vie, sans le nommer comme le faisait Yvon. Il s’agit simplement de se laisser traverser par l’imprévu, par l’inattendu, par l’élan de la vie lui-même. Pour arriver à un résultat semblable, il est possible de se laisser interpeller par les mythes eux-mêmes.

 

L’écoute de l’indicible donne naissance à l’écoute de l’autre

 

Lorsque je suis dans l’écoute de l’indicible, je pressens qu’il y a de l’autre dans le souffle de la vie. Ce pressentiment explique peut-être l’intérêt qu’Yvon portait à Lévinas, l’auteur de « Totalité et infini » où s’exprime avec force l’infini de l’altérité. Je suis dans l’attente d’une parole et c’est d’abord l’autre qui se présente. Parfois, dans la littérature religieuse, le chemin de la découverte de l’altérité passe par l’ange ; l’ange me signifie l’autre mais il n’est pas tout à fait l’autre. Il a ici pour fonction d’ouvrir l’espace entre moi et l’autre. L’écoute de l’indicible me signifie que le souffle de vie est porteur d’altérité et que chaque homme est un autre irréductible.

 

Elle donne aussi naissance à la parole elle-même

 

En somme l’indicible c’est d’abord l’autre. Et cet indicible est nécessaire pour que la parole s’exprime. Il n’y a pas de parole sans la présence de l’autre. C’est ce qu’Yvon avait bien compris en fréquentant sa cellule intérieure. Mais il allait plus loin encore. Dans ses réparties à l’intérieur du blog, où nous intervenions l’un et l’autre, il ne voulait pas que la parole se réduise à un discours rationnel. La raison a pour exigence de dire l’indicible. Or cette exigence, si elle veut aller jusqu’au bout, est faite de toute puissance car elle contribue ainsi à détruire la parole ; la parole doit rester porteuse d’un indicible irréductible, d’une zone d’obscurité qui signifie l’incompris intérieur à mon discours. Autrement dit, la parole doit toujours laisser une place à l’écoute de l’indicible, sous peine d’être détruite.

Il n’en reste pas moins que l’indicible est animé par une dynamique qui le pousse à se dire s’il est écouté. C’est ainsi que l’écoute de l’indicible engendre le désir de connaître lui-même, le désir d’entrer dans la parole.

 

En elle Yvon puisait en plus l’énergie de l’action et de la création

 

Yvon n’était pas simplement un chercheur de l’indicible pour faire naître la parole, il était aussi un réalisateur. Or c’était dans son écoute intérieure qu’il puisait l’énergie de l’action et de la création. Nous voyons ainsi se structurer, à partir de l’écoute de l’indicible, l’homme tout entier : le désir de l’autre et le désir de connaître, la parole, la recherche, l’action et la création.

 

Vers une autre anthropologie basée sur l’écoute de l’indicible

 

Ainsi, à côté d’une anthropologie basée sur la parole, s’esquisse une autre anthropologie plus profonde et plus déterminante, basée sur l’écoute de l’indicible. Lorsque nous sommes devant une grande œuvre architecturale, nous sommes amenés non seulement à voir mais aussi à écouter pour percevoir l’indicible qui en fait un ouvrage d’art. Alors le théâtre, la basilique ou la cathédrale finissent par nous parler sans jamais arriver à se dire complètement. L’homme est fondamentalement un constructeur de cathédrale, qu’il s’agisse de cathédrale intérieure ou de cathédrale extérieure. C’est pourquoi s’il faut critiquer radicalement les religions aliénantes, il est indispensable de préserver le trésor qui fait de l’homme un être qui écoute l’indicible. Sinon notre humanité risque d’être condamnée à mort.

Etienne Duval

 

 

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28 décembre 2015 1 28 /12 /décembre /2015 16:27

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La femme adultère par Alessandro Varotari

 

 

Le jour où le Christ sortit de la religion pour sauver l’homme

 

C’était à un moment où Jésus suscitait l’admiration des foules et l’hostilité des religieux, grands prêtres et pharisiens. On raconte alors que les gardes envoyés pour l’arrêter ne purent se résoudre à exécuter la tâche demandée car ils étaient séduits par son humanité : « Jamais homme n’a parlé comme parle cet homme. »

8,1
Quant à Jésus, il alla au mont des Oliviers.
8,2
Mais, dès l'aurore, de nouveau il fut là dans le Temple, et tout le peuple venait à lui, et s'étant assis il les enseignait.
8,3
Or les scribes et les Pharisiens amènent une femme surprise en adultère et, la plaçant au milieu,
8,4
ils disent à Jésus :"Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère.
8,5
Or, dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Toi donc, que dis-tu ?"
8,6
Ils disaient cela pour le mettre à l'épreuve, afin d'avoir matière à l'accuser. Mais Jésus, se baissant, se mit à écrire avec son doigt sur le sol.
8,7
Comme ils persistaient à l'interroger, il se redressa et leur dit :"Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre !"
8,8
Et se baissant de nouveau, il écrivait sur le sol.
8,9
Mais eux, entendant cela, s'en allèrent un à un, à commencer par les plus vieux ; et il fut laissé seul, avec la femme toujours là au milieu.
8,10
Alors, se redressant, Jésus lui dit :"Femme, où sont-ils ? Personne
ne t'a condamnée ?"

8,11
Elle dit :"Personne, Seigneur. Alors Jésus dit :"Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus." (Evangile de Jean, Bible de Jérusalem)


L’Evangile est révélation de ce qu’est l’homme

Il est possible de considérer l’Evangile de différents points de vue. Pour moi la façon la plus opérante consiste à y voir non pas d’abord la révélation de Dieu mais la révélation de l’homme car s’il y a révélation de Dieu, elle passe par la révélation de l’homme. En effet, selon la foi des chrétiens, c’est en l’homme que Dieu vient établir sa demeure et c’est en lui d’abord qu’il cherche à se manifester. Ainsi, dans l’épisode qui nous est présenté, ce ne sont pas les scribes et les pharisiens, officiellement représentants de Dieu, qui sont importants, c’est la femme elle-même qui est au centre du tableau. En elle se révèle toute l’humanité de l’homme. Or qu’apprend-on ici de l’homme lui-même ?

L’homme est pécheur : c’est en se trompant qu’il découvre sa voie

La femme adultère est pécheresse et c’est bien pour cette raison que les responsables religieux veulent la lapider. Elle n’a plus besoin de se cacher car son péché saute aux yeux de tous ses proches. Par contre les scribes et les pharisiens sont soucieux de donner l’exemple et de faire respecter la loi. Pourtant, ils n’échappent pas à la règle commune : ils sont atteints au cœur par le péché qu’ils dénoncent chez les autres. Leur conscience habilement sollicitée par Jésus ne les autorise pas à jeter des pierres sur la pauvre femme pourtant condamnée à une mort certaine. « Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre. » Or ils s’en vont tous les uns après les autres.

Francesco Azzimonti, spécialisé dans l’alphabétisation, rapporte les mots de Michel Serres, avec qui il a eu un entretien. « L’erreur est inscrite dans la nature, elle est inscrite au cœur même de la vie… C’est par l’erreur que s’accomplissent les progrès… Fondamentalement, l’erreur est le propre de l’homme… L’homme se trompe et c’est parce qu’il se trompe qu’il invente… Qu’est-ce que l’homme ? C’est celui qui commet des erreurs… » Celui qui est pécheur.

La religion l’enferme dans la culpabilité et finit par le condamner à mort au nom de l’Ecriture

Officiellement, la religion cherche à aider l’homme à retrouver sa voie. Elle s’appuie, pour cela, sur l’irruption du sacré dans l’histoire d’un groupe. C’est ainsi que la conscience s’affine. Mais elle ne fait qu’une partie du chemin et, de ce fait, elle place le sacré où il n’est pas. Pour maintenir la conscience éveillée, elle crée, à juste titre, des récits visant à maintenir la mémoire de ce qui s’est passé. Ainsi, dans les religions du Livre, le sacré de l’origine en vient-il malencontreusement à être transféré sur l’écriture elle-même si bien que cette écriture s’impose à la conscience de l’homme en l’enfermant dans la culpabilité, au lieu de le remettre en marche.

L’être humain court alors le risque de donner une place démesurée au passé et à la mémoire et de jouer ainsi sa vie sur la répétition. Or la vie est en constante évolution : elle invente constamment la vie. Parce qu’elle ne met pas le sacré à sa place, c’est-à-dire dans la vie elle-même, à l’articulation du passé et de l’avenir, de l’origine et de la fin, la religion déviante peut entraîner la mort de l’homme.

Pour sauver l’homme en le remettant dans la vie, Jésus sort de la religion

Il ne faudrait pas considérer la religion comme un mal en soi. Elle est le premier temps d’une démarche qu’il faut mener jusqu’à son terme, c’est-à-dire jusqu’à l’articulation que constitue la vie. Il est donc nécessaire de la dépasser. Jésus l’a très bien compris. C’est pourquoi il se met à écrire sur le sol. Pour lui, loin d’être sacrée, l’Ecriture est soumise à l’épreuve du temps. Les pas des passants vont finir par la faire disparaître. Comment pourrait-elle s’imposer à l’homme et le condamner à mort ? A la fin, seule la femme reste au milieu du tribunal, spontanément organisé par les accusateurs. Le sacré est passé de l’Ecriture à la vie de l’accusée. Plus personne ne peut la mettre à mort. La religion privée de l’appui de l’Ecriture a perdu sa consistance : elle est finalement dépassée

La miséricorde, inscrite au cœur de la vie, dicte la compassion et non la condamnation

Il est possible de pousser un peu plus loin la réflexion. Si la vie est sacrée, c’est qu’elle porte en son cœur la miséricorde, comme le moteur qui la fait évoluer. Elle tâtonne et c’est, comme nous l’avons déjà dit, en se trompant, en se perdant dans des erreurs insidieusement appelés péchés, qu’elle finit par retrouver sa voie, tous les jours à réinventer. Aussi la condamnation devient-elle un instrument de mort. Seule la compassion accordée à la miséricorde peut permettre à la femme adultère et à tout homme de reprendre sa marche en avant. « Personne ne t’a condamnée ? … Moi non plus je ne te condamne pas. Va » sur la route de la vie sans te laisser enfermer par ta culpabilité et ceux qui la cultivent…

Etienne Duval

 

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23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 16:31

 

 

 

Chahrazade

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Comment sortir de la violence meurtrière

L’intuition de Chahrazade dans les Mille et Une Nuits

 

A l’origine de chaque culture, il y a une lumière fondamentale, qui doit orienter le destin et le fonctionnement humain. Or cette lumière arrive dans un environnement, qui, par ses imperfections, peut détourner du message initial. Il importe alors de séparer le bon grain de l’ivraie, de dégager la pierre précieuse de la gangue qui l’entoure. En fait, il semble que, dans la culture musulmane, ce travail reste encore inachevé, comme semblent le manifester les violences meurtrières de l’islamisme. Et, pourtant l’Islam et les cultures avoisinantes ont produit un texte prophétique, souvent déprécié, qui montre le chemin de la purification à entreprendre : il s’agit des Mille et Une Nuits, qui s’expriment de manière admirable dans la parole de Chahrazade elle-même.

Le dialogue à la source de la culture

La parole est dialogue avec l’autre. Elle structure toute culture pour l’orienter vers la vérité. Contrairement à ce que nous croyons spontanément, elle ne présente pas un message parfaitement défini : son message ne pourra se manifester que dans le temps, dans un dialogue intérieur et peut-être plus encore dans le dialogue avec les autres cultures. J’ai personnellement beaucoup fréquenté le Liban et je dois dire, qu’en dépit de la guerre importée d’Israël, entre Palestiniens et Israéliens, il existe, dans ce pays, une sérénité de fond que je ne retrouve pas en France : une telle sérénité vient d’une confrontation constante entre la culture musulmane et la culture chrétienne, à tel point que le musulman est d’autant plus musulman qu’il porte en lui de solides racines chrétiennes. Et il en va de même pour le chrétien, qui découvre dans l’Islam un miroir tout à fait apte à réfléchir la culture venue du christianisme. C’est pourquoi la peur que certains éprouvent, en France, face aux Musulmans, me paraît, en partie, infondée. C’est plutôt à un enrichissement considérable des uns et des autres que prépare la confrontation quotidienne de nos cultures différentes. Le dialogue, en effet, a le pouvoir d’effacer les imperfections de chacune des parties.

Le problème non résolu de la violence dans la culture musulmane

C’est bien la culture musulmane qui produit l’islamisme et ses violences meurtrières, si contraires au message de l’Islam. Le terreau sur laquelle elle est apparue a contaminé la parole qui l’a structurée, au point de faire apparaître la violence antérieure comme une injonction de Dieu. Il fallait un travail de purification et ce travail n’est pas encore achevé. Il est vrai qu’une forme de violence fait partie de la nature humaine : il existe une pulsion de mort, qui, sous la pression de l’interdit du meurtre, doit se transformer en force de séparation, nécessaire à l’épanouissement de la vie. Or, dans une petite partie de la culture musulmane elle-même, une telle transformation n’a pas été complètement effectuée ; la violence, dégagée des liens qui devaient l’humaniser, se déchaîne en se démultipliant, sous l’effet d’un mimétisme devenu incontrôlable, et engendre la jouissance, à tel point que le meurtrier trouve un plaisir indicible à tuer. Pour opérer la purification indispensable, il faut accepter l’interprétation, comme le pensait déjà Averroès, car le Coran n’est pas la Parole de Dieu mais un Livre, transmis sous la forme d’une écriture. Et l’écriture ne livre ses secrets que sous l’effet d’un patient travail d’interprétation. Pour un certain nombre de Musulmans intégristes, l’effort de purification se trouve contrarié, sous prétexte de fidélité, par une forme d’interdit de l’interprétation.

L’intuition de Chahrazade

Dans les Mille et Une Nuits, Chahrazade avait pris conscience du problème. Elle pensait, en effet, que la parole comporte une double face, une face féminine et une face masculine. Or l’homme ne retient que la face masculine et ne peut entendre la parole féminine. Le dialogue fondamental entre l’homme et la femme se trouve ainsi contrarié et, il en résulte, pour la société entière, une violence destructrice. On oubliait ainsi que l’homme n’est pas simplement engendré par la sexualité : il l’est aussi par la parole. Dans la situation décrite par Les Mille et une Nuits, il manquait la parole de la femme pour que l’engendrement soit complet. C’est pourquoi, Charazade va faire passer le roi, que la violence avait profondément contaminé, par une cure thérapeutique de trois ans environ, en lui faisant écouter la parole de la femme sous la forme de plus d’un millier de contes. Non seulement l’oreille du roi finira par s’ouvrir complètement, au point que son engendrement par la parole trouvera ainsi son accomplissement, mais Chahrazade elle-même aura le temps de donner naissance à trois superbes enfants. Au terme de la cure, la violence avait disparu chez le roi. Et, sous la puissance de l’exemple, elle avait aussi disparu chez les citoyens et dans la société entière.

Le dialogue dans la société et entre les cultures passe par le dialogue entre l’homme et la femme

Le dialogue entre l’homme et la femme est fondamental car il est au croisement de tous les autres dialogues dans la mesure même où il s’inscrit au cœur même du désir. C’est pourquoi tout écart et tout dysfonctionnement à ce niveau auront des répercussions importantes sur tous les autres dialogues, qui impliquent le jeu du désir, à l’intérieur de la société ou même entre les différentes cultures. Chahrazade a parfaitement compris qu’en redonnant toute sa place au dialogue homme/femme au sein du couple royal par la cure thérapeutique mise en place, elle agissait de manière bénéfique sur le gouvernement du royaume dans son ensemble. « L’allégresse se répandit partout, depuis le palais du roi jusqu’aux quartiers reculés de la ville. Oui, le souvenir de cette nuit-là fut unique dans la mémoire de tous ceux qui la vécurent, nuit plus brillante même que le visage resplendissant du jour... On battit du tambour, on joua de la flûte. Les baladins les plus habiles donnèrent des représentations gratuites devant la foule et le roi les combla eux aussi de faveurs et de cadeaux. Il fit de larges aumônes aux pauvres et aux indigents, et sa générosité étendit ses bienfaits jusqu’au dernier des habitants de son royaume. Ainsi vécurent-ils, lui et les siens, dans le bien-être, le plaisir, le bonheur et la gaîté… jusqu’à ce qu’ils fussent rejoints par celle qui efface toute jouissance et disperse les assemblées… » (Chahrazade).

Le dérèglement du croire qui engendre la toute-puissance destructrice du dialogue

Lorsque le dialogue homme/femme est vécu dans l’inégalité et que l’homme lui-même exerce sa toute-puissance sur sa compagne, l’attitude religieuse s’en trouve perturbée. La toute-puissance de l’homme engendre la toute-puissance de Dieu et le contenu de la foi court le risque d’être vécu comme une injonction qui ne peut être soumis à la discussion ou à la réflexion. Il en arrive à s’imposer contre l’évidence même de la réalité et du réel. A un moment donné, il est nécessaire de décrocher du croire pour accueillir la lumière toujours nouvelle de l’autre et de l’Autre. Mais pour passer du croire à l’accueil de la lumière, il faudrait que le jeu du masculin et du féminin puisse s’effectuer normalement, le féminin favorisant l’attitude d’accueil et de réceptivité. Ainsi la violence qu’engendre une relation inégalitaire entre les hommes et les femmes risque, à tout moment, d’être transférée non seulement dans la relation avec l’autre mais aussi dans la relation avec le Dieu des croyants.

La construction d’un sujet ouvert à toutes les femmes et à tous les hommes

A terme, dans le jeu du dialogue, ce qui est en cause, c’est la construction d’un sujet ouvert non seulement à une femme ou à un homme, mais à toutes les femmes et à tous les hommes. La relation singulière, amicale ou amoureuse, suppose en effet la possibilité d’un dialogue universel, qui n’exclut aucune femme et aucun homme. Sans doute s’agit-il d’un but à atteindre, qui va demander une vie entière. En aucun cas, il ne pourra être atteint si le dialogue initial homme/femme est bloqué et soumis à la violence à cause d’un rapport inégalitaire.

Etienne Duval

 

 

 

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22 octobre 2015 4 22 /10 /octobre /2015 09:55

Le père des deux enfants loups, Ame et Yuki

 

De la logique rationnelle à la logique symbolique

 

Si nous traversons la vie d’une femme ou d’un homme, nous pouvons être en face de trois logiques. La logique de l’enfant est globale. Il perçoit le monde de manière très intuitive, sans chercher à faire apparaître systématiquement les différences. Ce n’est qu’à l’âge de sept ans environ qu’il pénètre dans une logique rationnelle. Sous la pression des institutions éducatives, il apprend à distinguer le bien et le mal, le vrai et le faux, le soi et l’autre, l’individu et le groupe, le passé et l’avenir, l’identique et le contradictoire… Et normalement, dans un troisième temps de la vie,  il devrait passer à une logique symbolique où tout se manifeste sous forme d’interactions et d’interrelations. Aujourd’hui seuls les sages y parviennent et la société dans son ensemble finit par bloquer le processus en enfermant le monde dans la logique de la raison. C’est sans doute pour ce motif que nous sommes dans les soubresauts de crises multiples. Il faudrait faire le saut de la logique symbolique pour résoudre nos problèmes. Les Japonais ont bien perçu une telle situation dans le film de Mamoru Hosoda intitulé « Les enfants loups, Ame et Yuki ».

Le maître de la plaine et le maître de la montagne

Selon le film japonais, la plaine et surtout la ville semblent être entièrement sous la domination de la raison. Le maître est alors l’instituteur et le professeur, qui tendent à inculquer à leurs élèves les règles, la morale et les théories en vogue. Ils privilégient la norme aux dépens de la différence et de l’originalité. Et pourtant certains individus sont mal à l’aise dans l’habit qui leur a été  préparé. Ils apparaissent sous les traits de la violence et finissent par engendrer la peur des autres femmes et des autres hommes. Ils veulent échapper au maître de la plaine pour se mettre à l’école du maître de la montagne, qui se manifeste sous la figure du loup.  Il y a un loup dans l’homme à qui il faudrait donner sa place.

L’affrontement à la violence et l’intégration de la mort

Si l’on refuse le loup qui est en soi, il peut nous détruire. Par contre, si l’on réussit à l’intégrer, il déroule dans l’existence tous ses bienfaits, comme si le paradis était à notre porte, avec le miracle de la multiplication des pains et tout simplement le miracle de la vie. En réalité, le monde de la raison veut évacuer la mort, fonctionnant comme si elle était le mal absolu, alors qu’elle est ce qui féconde la vie en provoquant de continuels dépassements. Aussi le maître de la ville nous enseigne-t-il la peur de la mort ; il nous condamne à vivre dans un monde très étriqué, où nous finissons par perdre le souffle.

L’affrontement au regard de l’autre

Mais comment est-il possible de révéler son loup intérieur ? Pour chacun il est porteur de mort. Et comment l’intégrer sans le faire apparaître ? La vérité de l’homme peine à se manifester car nous sommes enfermés dans une idéologie qui nous fait tourner le dos à la vie, comme dans le mythe de la caverne. Pour retrouver la lumière il devient indispensable de changer de problématique, de passer du monde de la rationalité au monde de la logique symbolique. Et cela est d’autant plus nécessaire que nous sommes embarqués dans la dynamique de la mondialisation, qui ne peut se faire sans donner la priorité aux interactions et aux interrelations. Il faut prendre de la hauteur, en montant sur la montagne, pour découvrir les nouvelles perspectives qui s’offrent à nous aujourd’hui.

Le saut de la mort ou le saut du choix

Dans le film japonais que nous avons évoqué, la montagne est le domicile du loup et le loup qui voit clair peut être le maître de l’homme, mais à condition que celui-là fasse le choix du passage. Celui qui ne fait pas le choix du loup restera dans le monde de la rationalité. Sinon il sera acculé à perdre la raison pour entrer dans le monde de la vie car la vie est du côté du symbolique. Par définition ce choix est irraisonnable. Il faut accepter de perdre la raison pour la retrouver éventuellement agrandie sous une autre forme. Mais nous ne savons pas à l’avance si nous allons la retrouver. Le choix qui semble s’imposer est un saut qui va construire notre liberté parce qu’il lui offre une nouvelle assise. Mais tant qu’il n’est pas fait, il constitue un pari qui n’exclut pas la perspective de tout perdre. Il est, d’une certaine façon, un passage par la mort.

Le respect de la nature

 En passant par la mort et en pénétrant dans le domaine du loup, l’homme fait assez paradoxalement le choix de la vie, de cette vie de la nature qui, dans la montagne, reste un peu à l’état sauvage, c’est-à-dire dans ses premiers surgissements. Il découvre une force mystérieuse qui s’impose à lui sans qu’il en soit l’auteur. Le voici renvoyé à l’enfance de la terre et à sa propre enfance, comme s’il était à nouveau mis au monde. On dirait que le paradis terrestre lui ouvre à nouveau ses portes. Dès lors, il est plongé dans le recueillement et respect. Au lieu de pressurer la nature le voici convié à la protéger et à permettre son épanouissement.

Le rapport à l’autre et la découverte de la solidarité

Puisque la nature donne, l’homme est lui-même enclin à donner. Puisque la nature n’exclut personne, comme elle, il tend à entrer dans un monde solidaire. A travers le loup et grâce à lui, elle devient son éducatrice et le conduit jusqu’aux portes de l’amour où le don l’emporte sur l’appropriation, où la toute-puissance cède la pas à l’accueil de l’autre. Dans le film sur les enfants loups, la nature emprunte les traits d’un vieux grand-père qui reprend sans concession les égarements d’Hanna, la mère des deux enfants Ame et Yuki, transformée en jardinière. Il la conduit finalement à avoir les meilleures récoltes de la région si bien qu’elle partage avec ses voisins, moins dociles aux enseignements du grand-père.

L’affrontement à l’échec

En réalité,  l’échec est toujours à la porte. Il est là lorsque l’individu  croit savoir alors qu’il ne sait encore rien, lorsqu’il compte sur lui-même sans tenir compte des autres, lorsqu’il oublie les enseignements de la nature elle-même. L’échec pourtant ne décourage pas Hanna. Il provoque chez elle un sursaut qui permet de repartir sur la voie de la vie. Il semble même qu’il soit inscrit dans la nature. Ainsi lorsqu’il en vient à la contrarier, il l’amène à contourner l’obstacle pour donner une nouvelle chance à son propre développement. En définitive, il est un facteur efficace de l’évolution.

L’ouverture à l’élan de la vie et de la création

Finalement, l’échec réussit son œuvre chez l’homme lorsqu’il l’amène à se  détourner de lui-même  pour s’ouvrir à l’élan de la vie et de la création. C’est par cette ouverture qu’il entre réellement dans la logique symbolique qui est logique de vie et de création. La raison pousse vers la maîtrise, qui contrarie l’élan de la vie,  alors que la logique symbolique pousse vers une forme de dessaisissement. C’est en réalité dans le dessaisissement que la raison peut trouver sa juste place.

L’alliance du sujet contemplatif et du sujet créateur

Dans le processus qu’implique la logique symbolique, le sujet qui se construit a deux facettes. Il est d’abord dans la contemplation de l’élan de vie qui le traverse et qui lui est donné, soucieux de recevoir avant de s’engager dans le faire. Mais, en acceptant de recevoir la vie, il reçoit aussi un élan  qui le pousse à l’action dans le sens même de la création. La logique symbolique est une logique du jeu et ce jeu s’introduit jusque dans le sujet lui-même, à tel point que l’être le plus contemplatif est appelé à devenir aussi le plus créatif.

Etienne Duval

 

NB. Une bonne partie du film japonais est sur Youtube :

https://www.youtube.com/watch?v=ygUQEVNwSHw

 

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28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 18:00

http://www.hiddenmeanings.com/AdamEve.jpg

 

Le sage et le serpent ou le secret du maître des hommes

 

C’était en Inde, il y a déjà très longtemps.

Un maître était entouré de nombreux disciples.

Les disciples lui posaient des questions

Et lui leur répondait en racontant des histoires

 

Un jour, un des membres du groupe

Interrogea le maître.

« Comment peut-on vivre en bonne entente avec les autres ? -

Tu poses une très bonne question

Lui répondit le maître. »

Il proposa alors l’histoire que voici.

 

Un méchant serpent vivait près d’un village.

Pour assurer sa domination sur les hommes,

Il les guettait lorsqu’ils allaient au marché,

Se jetait sur eux en les mordant

Au risque de les faire passer de vie à trépas.

Les passants finirent par l’éviter

Et s’allongèrent d’un grand détour

Pour aller faire leurs courses au centre du village.

 

Un sage pourtant s’aventura sur le sentier du serpent.

A son habitude, le reptile se jeta sur lui

Avec férocité.

Le sage s’adressa au maître des lieux

Sur un ton empreint d’une très grande douceur :

« Pourquoi me martyrises-tu,

Alors que je ne te fais aucun mal ? »

Désarmé par l’attitude de cet étrange passant,

Le serpent finit par s’excuser

Et promit de ne plus attaquer personne.

 

Mal lui en prit.

Les villageois s’aperçurent rapidement

De son changement d’attitude.

Ils lui lançaient des pierres,

L’enroulaient sur leur bâton

Et le jetaient inanimé sur le sol.

Le pauvre animal n’en pouvait plus

D’un tel excès de méchanceté.

 

Le sage repassa sur le chemin du serpent

Et découvrit celui qui était devenu son ami,

Haletant et complètement défiguré.

« Que s’est-il passé, dit-il au reptile blessé ? »

Celui-là lui répondit :

« Tu m’avais interdit de mordre.

Voici donc le résultat –

Mon pauvre ami, répliqua le sage.

C’est vrai, je t’avais dit de ne plus mordre,

Mais je ne t’avais pas interdit de siffler. »

En réalité le sifflement est la parole du serpent.

L’animal, devenu un homme,

Comprit qu’il pouvait se séparer par la parole

Sans maltraiter l’autre.

 

Il apprit alors à créer l’espace de séparation,

Qui permet à chacun de vivre avec l’autre

Dans une très bonne entente.

C’est ainsi qu’il devint, à son tour, le maître des hommes.

(Très directement inspiré du conte indien « Le sage et le serpent »)

 

Etienne Duval

 

 

 

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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 10:49

 

La grande leçon de Gérard, le handicapé

 

Je dois partir à Sète, la semaine prochaine

Pour y rencontrer plusieurs amis.

Il y a deux jours, je vais à l’agence de la SNCF

A quelques pas de chez moi.

Les clients sont nombreux et c’est à peine

Si je peux trouver un siège pour patienter.

Sur les panneaux, les numéros défilent à petits pas.

Il me faudra attendre longtemps pour être satisfait.

Chacun raconte sa vie à l’agent qui l’accueille

Sans se soucier de ceux qui doivent lui succéder.

 

Par comble de malchance, plusieurs handicapés,

Qui viennent à peine d’arriver avec leur canne,

Leurs béquilles ou leurs lunettes noires,

Passent en priorité devant tous les autres.

Pleine d’impatience, ma voisine quitte la salle.

De mon côté, je prie le ciel de nous envoyer des gens normaux,

Qui s’inscriront derrière moi, dans la file d’attente.

 

Mon numéro finit par s’afficher
Et je suis convoqué au bureau D.

Mais qu’ai-je fait au bon Dieu ?

C’est un handicapé qui me reçoit.

C’est certain, il va me faire perdre mon temps.

En m’asseyant, je suis à peine aimable.

Pour m’accueillir, l’agent me fait un grand sourire.

« Alors, que puis-je pour vous ? »

Je décline mes souhaits.

« Je vais vous arranger tout ça, vous ne serez pas déçu. »

 

Il se met alors en quatre pour me faire plaisir,

Se démultipliant pour aller plus vite.

Ses doigts se déplacent sur le clavier de l’ordinateur

Comme les doigts d’un artiste sur les touches d’un piano.

Il joue entre TER et TGV, entre réductions normales

Et réductions exceptionnelles.

Chez lui, c’est le client qui est roi.

Non content de réduire mes dépenses

Il réduit aussi mes délais d’attente.

Je ne vois pas le temps passer.
Sans doute cinq minutes au plus

« Vous en aurez pour 31 euros, aller et retour », dit-il,

En me tendant mes deux billets.

J’ai l’impression qu’il me fait un cadeau.

Il sait simplement jouer avec les règles

Pour le bénéfice du client d'abord
Et celui de la SNCF ensuite.

Décidément, Gérard, le handicapé, est un véritable magicien.

Médusé, je le quitte avec un grand sourire

En le remerciant vivement.

Mais déjà, il appelle un autre client.

 

Finalement, c’est moi le plus grand handicapé des deux.

Lui, il sait qu’il est handicapé, il sait qu’il manque.

Or ce handicap et la perception de son manque

Le font passer à un niveau supérieur 

En lui permettant de sauter des marches.

Ils le propulsent vers un plus d’humanité,

Vers un plus de gratuité et de créativité.

Sans autre recherche, il comprend tout naturellement

Le miracle de la multiplication des pains.

Et, dans son cas, ce ne sont pas des pains qu’il multiplie

C’est lui-même qu’il démultiplie pour le bénéfice des autres.

 

En définitive, Gérard me révèle mon handicap profond.

Comme tout homme, je suis un être qui n’est pas fini,

Un être qui manque de soi-même.

Il m’aide à me retrouver et à me trouver,

En faisant le saut du handicap,

C’est-à-dire le saut du manque.

Manque veut dire qu’il me manque une main.

Gérard m’aide à retrouver ma seconde main

Pour être à même de multiplier les pains

Et de me démultiplier moi-même.

Etienne Duval

 

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