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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 08:01

La source bleue de Malbuisson - Passer de la caverne des ombres à la source lumineuse

 

Le jeu du sujet à la source du politique

 

En politique aujourd’hui, il s’agit de passer de la caverne des ombres à la source de la vie, c’est-à-dire au jeu continu du sujet, entre soi et soi et plus directement entre l’individu et le social. Si le sujet est bien un individu concret, il porte en son sein toute la collectivité. C’est en s’appuyant sur lui et en le faisant constamment émerger que peut naître une autre manière de vivre ensemble. Il est la source de l’énergie du politique. Comme l’exprime le ferment des révolutions arabes, ce n’est pas la démocratie qui motive aujourd’hui le soulèvement des peuples, c’est l’aspiration à un monde où chaque homme peut devenir une sujet véritable, inventif et responsable.

 

Il est étonnant de voir comment les mythes et les grands contes ont traité, depuis bien longtemps, des problèmes les plus actuels. Je pense en particulier à la dynamique du politique. Relisons ensemble le superbe conte du Moyen Orient, intitulé « Le secret ». Souvent, nous l’avons évoqué, mais c’était pour analyser de tous autres problèmes. Jamais nous avons eu l’idée d’y rechercher « le secret du politique ».

 

Il existe plusieurs manières de faire de la politique. La plus commune et la plus traditionnelle repose sur l’idée de l’ordre à promouvoir à travers les lois. Dans le conte, c’est celle du roi Mahmoud et du grand vizir. Or un personnage mystérieux, un mendiant issu des grands chemins qui traversent le désert, vient remettre en cause une telle manière de faire. Indirectement, il nous montre comment elle conduit à fabriquer de vils courtisans, c’est-à-dire des sujets entièrement soumis au souverain et au système qui lui garantit sa place. De manière discrète et pourtant révolutionnaire, il s’attaque à la notion de sujet pour la retourner complètement et la travestir. Du sujet investi dans la subordination, il nous fait passer au sujet enraciné dans la création et la responsabilité. Pour nous en convaincre, écoutons le conteur invisible, qui nous emmène à la porte du désert et aux marches d’un palais grandiose.

 

Le secret

 

Où se tenait Mahmoud, était Ayaz. Où souffrait Ayaz, souffrait Mahmoud. Il n’était pas au monde d’amis plus proches, ni plus soucieux l’un de l’autre. Pourtant, Mahmoud était roi et Ayaz son esclave.« Ayaz à la blanche poitrine » : ainsi l’appelait-on, car il était d’une beauté parfaite. Il était arrivé en guenilles de vagabond dans la ville où régnait le conquérant superbe et redouté. Il avait longtemps cheminé, sans cesse assoiffé par la poussière des déserts, et plus encore par l’increvable désir d’atteindre un jour la lumière qu’il sentait brûler dans le fond secret de son âme, au-delà de toute souffrance. Mahmoud l’avait rencontré sur les marches de son palais et l’avait pris à son service, séduit par son visage et son regard de diamant noir. De cet errant misérable venu du fin fond des chemins, il avait goûté les paroles simples et jamais basses. Il avait fait de lui son conseiller. Il en fit un jour son frère de coeur.

 

Alors ses courtisans s’émurent. Que cet esclave leur soit préféré les scandalisa si rudement qu’ils complotèrent sa perte et se mirent à épier ses moindres gestes. Le vizir attacha quelques sbires discrets à sa surveillance. Un soir, lui fut rapportée une incompréhensible bizarrerie dans le comportement de cet homme qu’il détestait. Il s’en fut aussitôt à la haute salle au dallage de marbre où déjeunait Mahmoud, et s’inclinant devant le souverain terrible : « Majesté, lui dit-il, tu n’ignores pas que, pour ta précieuse sécurité, je fais surveiller tous les mortels, humbles ou fortunés, à qui tu accordes le privilège de ton incomparable présence. Or, il me parvient à l’instant d’inquiétantes informations sur Ayaz, ton esclave. Chaque jour, après avoir quitté la Cour, il va s’enfermer seul dans une chambre basse au fond d’un couloir obscur. Nul ne sait ce qu’il y trame. Quand il en sort, il prend soin de verrouiller la porte. A mon avis, il cache là quelque secret inavouable. Je n’ose penser, quoique ce soit possible, qu’il y rencontre de ces disgraciés, qui n’ont de désir que de te nuire. « Ayaz est mon ami lui répondit Mahmoud. Tes soupçons sont absurdes. Ils ne salissent que toi. Va-t’en ! » Il se renfrogna. Le vizir se retira discrètement satisfait : quoi qu’en dise le roi, son âme était troublée. Mahmoud, demeuré seul, resta, un moment pensif, puis fit appeler Ayaz et lui demanda, avant même de l’avoir embrassé : « Frère, ne me caches-tu rien ? – Rien, Seigneur, répondit Ayaz en riant. – Et si je te demandais ce que tu fais dans la chambre où tu vas tous les soirs, me le dirais-tu ? » Ayaz baissa la tête et murmura : « Non, Seigneur ». Le coeur de Mahmoud s’obscurcit. Il dit : « Ayaz es-tu fidèle ? – Je le suis, Seigneur ». Le roi soupira. « Laisse-moi, dit-il. » Il ne put trouver la paix.

 

Le soir venu, quand Ayaz sortit de sa chambre secrète, il se trouva devant Mahmoud, son vizir et sa suite dans le couloir obscur. « Ouvre cette porte, lui dit le conquérant. » L’esclave serra la clef dans son poing et, remuant la tête, refusa d’obéir. Alors Mahmoud le prit aux épaules et le gronda : « Si tu ne me laisses pas entrer dans cette chambre, la confiance que j’ai en toi sera morte. Veux-tu cela ? Veux-tu que notre amitié soit à jamais défaite ? Ayaz baissa le front. La clef qu’il tenait glissa de sa main et tomba sur le dallage. Le vizir la ramassa, ouvrit la porte. Mahmoud s’avança dans la pièce obscure. Elle était vide et aussi humble qu’une cellule de serviteur. Au mur pendait un manteau rapiécé, un bâton et un bol de mendiant. Rien d’autre. Comme le roi restait muet devant ces guenilles, Ayaz lui dit : « Dans cette chambre, je viens tous les jours pour ne pas oublier qui je suis : un errant en ce monde. Seigneur, tu me combles de faveurs, mais sache que mes seuls biens véritables sont ce manteau troué, ce bâton et ce bol de mendiant. Tu n’as pas le droit d’être ici. Ici commence le royaume des pèlerins perpétuels. Mon royaume. Ne pouvais-tu le respecter ? – Pardonne-moi, dit le conquérant ». Devant l’esclave, il s’inclina et baisa le pan de son manteau. (Conte arabe, Henri Gougaud, L’arbre aux trésors, Ed. du Seuil)


Le grand vizir, premier ministre


Dans ce récit, le grand vizir est une figure majeure : il est le second personnage de l’Etat, la voix de son maître, celui qui donne le la de la mélodie du pouvoir. Nous sommes tout près du ministre de l’intérieur actuel. Étonnamment, les choses se répètent, sous des habits différents, au cours des siècles qui se succèdent. Depuis plusieurs années, dans notre pays, l’importance du ministre de l’intérieur s’accroît de jour en jour : il devient presque le passage obligé pour atteindre la présidence de la république.

 

L’obsession de la sécurité et l’implacable surveillance

 

Le maître mot est la sécurité. Chacun doit entrer dans le moule que dessine la Cour. Si vous sortez des clous, si vous êtes marginal comme Ayaz le mendiant, vous devenez un suspect désigné et une menace pour le pouvoir. Une surveillance s’impose : des yeux invisibles vous épient, des oreilles encore plus indiscrètes écoutent vos conversations. Que fait donc le nouveau venu dans sa chambre basse ? Il ne s’agit pas pour autant d’être naïf : l’insécurité est bien un mal qu’il faut prévenir et combattre, mais la sécurité doit-elle dicter les contours de tous les choix politiques ? Dans le gouvernement précédent, le désordre, sous ses différentes formes, y compris financières, était à la source d’un nombre considérable de lois. Sitôt qu’il se manifestait concrètement, il fallait l’endiguer en faisant voter un texte législatif. Il n’est pas sûr qu’une telle dérive soit complètement écartée aujourd’hui dans notre pays, et les Etats-Unis, qui imposent leur modèle, soi disant démocratique, à une bonne partie de la planète, trouvent un prétexte dans le terrorisme pour déployer leurs grandes oreilles sur la surface du monde entier.

 

La cour des aliénés ou le miroir déformant de la réalité

 

La Cour finit par aliéner ceux qui la composent. La vérité n’est plus leur souci : il s’agit de clamer tout haut ce que le pouvoir veut entendre. Conseillers et intrigants flattent l’instinct de sécurité, devenu une des mesures essentielles de toute perception et de tout jugement. Pour la plupart, ils n’ont pas appris vraiment à réfléchir par eux-mêmes, mais ils sont devenus maîtres dans l’art de défendre les dossiers qui les intéressent. Ils s’appuient, pour cela, sur les experts en statistiques et en sciences sociales, sans connaître de l’intérieur les limites des disciplines qu’ils invoquent. A défaut d’avoir accès à la vérité, ils s’enferment dans la rhétorique et l’idéologie. Et la Cour tout entière, s’écartant du réel sous l’œil du grand vizir, offre au pouvoir un miroir déformant de la réalité.

 

L’enfermement dans la prison du regard de l’autre

 

La transparence est requise de chaque citoyen. La distance qui garantit le mystère de soi et le mystère de l’autre est abolie. Elle fait l’objet d’un interdit et suscite aussitôt la suspicion. Dites-moi combien vous gagnez, quelles sont vos relations, quels sont vos liens avec l’étranger. Vous n’avez plus le droit d’être vous-même. Babel est en gestation. C’est la conformité au modèle imposé de la « brique » qui devient le gage de l’excellence. Et, naturellement, l’excellence est dans le parti que vous avez choisi. Comment la raison pourrait-elle avoir droit de cité dans le parti adverse ? Alors, il est inutile de plaider la cause d’Ayaz, qui veut échapper au regard de l’autre.

 

La naissance du sujet derrière la porte fermée

 

Et pourtant, le conte nous révèle que c’est derrière la porte fermée qu’est en train de naître le véritable sujet. Le mendiant s’enferme, tous les soirs, dans une chambre basse, pour entrer en dialogue avec lui-même. Mais le dialogue n’est possible que parce qu’il y a du manque au cœur de son être profond. Il ne peut être soi-même qu’en le devenant avec le temps et le dialogue est une des épreuves nécessaires imposée par le temps qui s’échappe. Pour le moment, la Cour et le regard de l’autre contrarient la gestation du véritable sujet ; de ce fait, ils empêchent la naissance du politique lui-même. C’est pourquoi Ayaz n’hésite pas à fermer sa porte lorsque son travail s’achève.

 

La porte forcée et la condamnation de la Cour

 

Nous assistons alors au combat ultime entre deux royaumes : celui de la Cour et celui du mendiant. Avec l’appui du grand vizir, le roi, pourtant en questionnement, n’hésite pas à forcer la porte du secret. C’est alors que la vérité s’affiche au grand jour : il n’y a, dans la chambre violée, que le rien et le manque de l’homme, c’est-à-dire tout ce qui manque au roi lui-même pour donner naissance au politique. Le secret est dévoilé : le roi manque du manque, comme il manque d’Ayaz. Voici la Cour condamnée et le mendiant promu. Le roi s’incline devant l’esclave et baise le pan de son manteau. A travers l’esclave, c’est tout homme jusqu’au plus humble, qui se trouve ainsi reconnu.

 

Le jeu du sujet à la source d’une autre politique

 

Il fallait s’abaisser, comme vient de le faire le roi, pour découvrir le fondement vivant, c’est-à-dire la source, du politique. Il est dans la pulsion du sujet qui aspire à la naissance de l’homme, c’est-à-dire dans le jeu entre soi et soi, entre l’individu et le collectif. Si le sujet est bien un individu concret, il porte aussi en lui toute la collectivité. De manière paradoxale, il faut reconnaître que c’est le jeu entre soi et soi qui donne naissance au politique, à une autre politique, celle dont nous avons besoin aujourd’hui. C’est en s’appuyant sur le sujet et en le faisant constamment émerger que peut naître une nouvelle manière de vivre ensemble. Il est la source de l’énergie du politique. Comme l’exprime le ferment des révolutions arabes, ce n’est pas la démocratie qui motive aujourd’hui le soulèvement des peuples, c’est l’aspiration à un monde où chaque homme peut devenir une sujet véritable, inventif et responsable.

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commentaires

L
LE VINGT DEUX SEMPTEMBRE<br /> <br /> Le vingt-deux de septembre ( premier jour de l’automne )<br /> <br /> Le vingt-deux de septembre 1789 (L'Assemblée nationale vote l'article 1er de la Constitution : le gouvernement français est monarchique) Pendant ce temps : Attroupement des farçons (garçons ?) bouchers à Paris pour réclamer travail et meilleurs salaires <br /> <br /> <br /> Un vingt-deux de septembre au diable vous partites, <br /> Et, depuis, chaque année, à la date susdite,<br /> Je mouillais mon mouchoir en souvenir de vous...<br /> Or, nous y revoilà, mais je reste de pierre,<br /> Plus une seule larme à me mettre aux paupières:<br /> Le vingt-deux de septembre, aujourd´hui, je m´en fous.<br /> <br /> On ne reverra plus au temps des feuilles mortes,<br /> Cette âme en peine qui me ressemble et qui porte<br /> Le deuil de chaque feuille en souvenir de vous...<br /> Que le brave Prévert et ses escargots veuillent<br /> Bien se passer de moi pour enterrer les feuilles:<br /> Le vingt-deux de septembre, aujourd´hui, je m´en fous.<br /> <br /> Jadis, ouvrant mes bras comme une paire d´ailes,<br /> Je montais jusqu´au ciel pour suivre l´hirondelle<br /> Et me rompais les os en souvenir de vous...<br /> Le complexe d´Icare à présent m´abandonne,<br /> L´hirondelle en partant ne fera plus l´automne:<br /> Le vingt-deux de septembre, aujourd´hui, je m´en fous.<br /> <br /> Pieusement noué d´un bout de vos dentelles,<br /> J´avais, sur ma fenêtre, un bouquet d´immortelles<br /> Que j´arrosais de pleurs en souvenir de vous...<br /> Je m´en vais les offrir au premier mort qui passe,<br /> Les regrets éternels à présent me dépassent:<br /> Le vingt-deux de septembre, aujourd´hui, je m´en fous.<br /> <br /> Désormais, le petit bout de coeur qui me reste<br /> Ne traversera plus l´équinoxe funeste<br /> En battant la breloque en souvenir de vous...<br /> Il a craché sa flamme et ses cendres s´éteignent,<br /> A peine y pourrait-on rôtir quatre châtaignes:<br /> Le vingt-deux de septembre, aujourd´hui, je m´en fous.<br /> <br /> Et c´est triste de n´être plus triste sans vous (Georges Brassens)<br /> <br /> Pour l’écouter. CLIQUEZ
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D
Je vous annonce la parution d’un livre écrit par un ami :<br /> <br /> Agir avec Jankélévitch <br /> • Hugues Lethierry <br /> • Chronique Sociale - Savoir Penser <br /> • 15 Novembre 2013 <br /> • Philosophie Textes / Critiques / Essais / Commentaires<br /> • <br /> • A paraître<br /> <br /> Note de l’éditeur :<br /> <br /> Polyphonique : voici un livre décapant, hors des sentiers bien balisés des commentaires moralisateurs habituels sur Jankélévitch. Ce penseur qui chante «les mille et un jours de 1'épopée humaine dont l'homme est le navigateur ardent » (comme dit A. Philonenko). L'ouvrage contient à la fois : - de solides repères sur la pensée de Kierkegaard et Bergson mis à la portée du public des « amateurs » (au sens d'amoureux), - des témoignages, informations et raisonnements rigoureux sur le mensonge raciste dénoncé dans la clandestinité par &quot;Janké&quot; (et d'autres) en 1943, - une approche musicale originale de son oeuvre ainsi que des aperçus pédagogiques. Pour sortir du« ronron» et du« prêt à penser», pour affermir ses convictions (ou les mettre en question) au risque de s'affronter au « mécontemporain » (c'est-à-dire au réel).
B
Bravo !
C
&quot;Le sage et le serpent&quot;<br /> <br /> Un méchant serpent vivait aux abords d'un village. L'animal se tapissait sous les larges feuilles de la jungle, d'où il observait de ses petits yeux jaunes le va-et-vient des villageois, qui empruntaient ce chemin pour se rendre au marché. Le serpent s'amusait à les terroriser. Il se jetait brusquement sur les passants pour les mordre cruellement. Les habitants n'osèrent plus passer par cette route et firent un grand détour pour éviter le reptile. <br /> <br /> Un jour, un sage qui voyageait de ville en ville vint à passer. Le serpent, selon son habitude, se jeta sur lui férocement. L'homme le regarda avec bienveillance et lui demanda :<br /> - Pourquoi donc veux-tu me faire du mal ? Je poursuis simplement mon chemin, sans te déranger en rien. <br /> Le serpent surpris par l'infinie douceur et la force paisible qui émanaient de l'homme, réfléchit à ces paroles et s'excusa.<br /> - Je vois que tu as bon cœur au fond, lui dit le sage. Je voudrais que tu me fasses la promesse de ne plus attaquer personne. <br /> Et il lui parla longuement de paix et de non-violence. Les paroles qu'il prononça émurent profondément le serpent et, avant que le sage ne reprenne sa route, il lui fit serment de ne plus jamais mordre.<br /> <br /> Bientôt, les villageois remarquèrent que le serpent ne les attaquait plus. Ils empruntèrent à nouveau la route qui traversait la forêt. Peu à peu les passants s'enhardirent : voyant l'animal enroulé tranquillement sur une branche, ils lui jetèrent des cailloux. Comme le reptile les ignorait toujours, certains le piquèrent avec des bâtons. Le serpent se contentait de s'éloigner doucement. En le voyant aussi inoffensif, un des villageois s'empara de lui et le fit tournoyer dans les airs, avant de le projeter contre un arbre. Le serpent était de plus en plus maltraité. C'était à qui lui donnait un coup de pied, à qui lui plantait un bâton ou lui jetait une pierre. L'animal souffrait beaucoup mais il tenait la promesse qu'il avait faite et ne mordait pas. <br /> <br /> Quelques semaines plus tard, le sage repassa par la route et appela le serpent pour prendre de ses nouvelles. L'homme fut désolé de voir l'état dans lequel se trouvait ce reptile. Ce dernier s'était caché dans le feuillage, le corps tout endolori, recouvert de plaies et de bosses. <br /> - Mais que t'est-il arrivé, que s'est-il passé ? lui demanda le sage en le soignant. <br /> - Maître, se plaignit le serpent blessé, vous m'avez dit de ne plus mordre, mais regardez ce que les villageois m'ont fait. <br /> - Et pourquoi les as-tu laissé faire ? répondit le sage. Je t'avais demandé de ne plus mordre, mais je ne t'ai jamais dit de ne pas siffler !<br /> <br /> A partir de ce jour-là, le serpent fit face à ses agresseurs en sifflant. Il n'eut plus besoin de mordre et ne fut plus jamais maltraité. (Conte de l’Inde)
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E
Merci pour tes réactions Josiane. Tu soulignes une chose qui me paraît très importante : le pouvoir appartient, pour une part, à ceux qui ont l’art de parler, c’est-à-dire à ceux qui sont dans la rhétorique. Je trouve que Science-Po Paris est une très bonne école pour les futurs hauts fonctionnaires. Mais je reproche à cette école de trop s’attacher à la défense de dossiers et pas assez à la pensée et à la création. En ce sens, elle engendre la répétition et finit par nous faire tourner en rond. Elle oublie de retourner à l’énergie du désir sans laquelle nous ne pouvons pas faire advenir des sujets. Or aujourd’hui, faire advenir des sujets responsables et créatifs, c’est bien, me semble-t-il, une des fonctions essentielles du politique.
J
Merci pour cet article qui me fait réfléchir ... particulièrement au moment où un ancien premier ministre s' égare et où &quot; les Pinson -Charlot &quot; publient La casse sociale , leur ouvrage le plus politique puisqu'ils ne sont plus au CNRS . Au moment aussi où sort un livre dont j'ai oublié le titre expliquant pourquoi les démunis se rapprochent de l' Extrême Droite .<br /> Quel sens donner à ce beau mot : le politique et non la ?<br /> Peut-on encore faire confiance à ceux qui nous gouvernent ? Affirmer qu'on a les élus qu'on mérite me paraît un peu court comme raisonnement . Est-ce si simple ? Qui a le pouvoir ? <br /> Les Financiers ? les Lobbies ? bien sûr . Les élites de toutes sortes , y compris dans nos relations familiales ... Ceux qui ont la culture , l'art de parler comme disent les 2 sociologues . Que pouvons-nous faire ?<br /> <br /> Je rejoins ton analyse de conclusion et espère pour ces peuples .
E
LE POUVOIR DES FABLES (La Fontaine)<br /> A M. De Barillon (a)<br /> <br /> La qualité d'Ambassadeur <br /> Peut-elle s'abaisser à des contes vulgaires ? <br /> Vous puis-je offrir mes vers et leurs grâces légères ? <br /> S'ils osent quelquefois prendre un air de grandeur, <br /> Seront-ils point traités par vous de téméraires ? <br /> Vous avez bien d'autres affaires <br /> A démêler que les débats <br /> Du Lapin et de la Belette : <br /> Lisez-les, ne les lisez pas ; <br /> Mais empêchez qu'on ne nous mette <br /> Toute l'Europe sur les bras. <br /> Que de mille endroits de la terre <br /> Il nous vienne des ennemis, <br /> J'y consens ; mais que l'Angleterre <br /> Veuille que nos deux Rois se lassent d'être amis, <br /> J'ai peine à digérer la chose. <br /> N'est-il point encor temps que Louis se repose ? <br /> Quel autre Hercule enfin ne se trouverait las <br /> De combattre cette Hydre (1) ? et faut-il qu'elle oppose <br /> Une nouvelle tête aux efforts de son bras ? <br /> Si votre esprit plein de souplesse, <br /> Par éloquence, et par adresse, <br /> Peut adoucir les coeurs, et détourner ce coup, <br /> Je vous sacrifierai cent moutons ; c'est beaucoup <br /> Pour un habitant du Parnasse. <br /> Cependant faites-moi la grâce <br /> De prendre en don ce peu d'encens. <br /> Prenez en gré (2) mes vœux ardents, <br /> Et le récit en vers qu'ici je vous dédie. <br /> Son sujet vous convient ; je n'en dirai pas plus : <br /> Sur les éloges que l'envie <br /> Doit avouer qui (3)vous sont dus, <br /> Vous ne voulez pas qu'on appuie. <br /> <br /> Dans Athène (4) autrefois peuple vain et léger, <br /> Un Orateur voyant sa patrie en danger, <br /> Courut à la Tribune ; et d'un art tyrannique, <br /> Voulant forcer les cœurs dans une république, <br /> Il parla fortement sur le commun salut. <br /> On ne l'écoutait pas : l'Orateur recourut <br /> A ces figures violentes <br /> Qui savent exciter les âmes les plus lentes. <br /> Il fit parler les morts (5), tonna, dit ce qu'il put. <br /> Le vent emporta tout ; personne ne s'émut. <br /> L'animal aux têtes frivoles <br /> Etant fait à ces traits, ne daignait l'écouter. <br /> Tous regardaient ailleurs : il en vit s'arrêter <br /> A des combats d'enfants, et point à ses paroles. <br /> Que fit le harangueur ? Il prit un autre tour. <br /> Cérès , commença-t-il, faisait voyage un jour <br /> Avec l'Anguille et l'Hirondelle : <br /> Un fleuve les arrête ; et l'Anguille en nageant, <br /> Comme l'Hirondelle en volant, <br /> Le traversa bientôt. L'assemblée à l'instant <br /> Cria tout d'une voix : Et Cérès, que fit-elle ? <br /> Ce qu'elle fit ? un prompt courroux <br /> L'anima d'abord contre vous. <br /> Quoi, de contes d'enfants son peuple s'embarrasse ! <br /> Et du péril qui le menace <br /> Lui seul entre les Grecs il néglige l'effet ! <br /> Que ne demandez-vous ce que Philippe fait ? <br /> A ce reproche l'assemblée, <br /> Par l'apologue réveillée, <br /> Se donne entière à l'Orateur : <br /> Un trait de fable en eut l'honneur. <br /> Nous sommes tous d'Athène en ce point ; et moi-même, <br /> Au moment que je fais cette moralité, <br /> Si Peau d'âne (6) m'était conté, <br /> J'y prendrais un plaisir extrême, <br /> Le monde est vieux, dit-on : je le crois, cependant <br /> Il le faut amuser encor comme un enfant.
E
Merci de nous renvoyer à la comédie du pouvoir. Tant qu’on n’a pas transformé de l’intérieur la conception du pouvoir comme celle du sujet, on continue à tourner en rond. Les légendes ou les mythes sont là pour nous aider à opérer une telle transformation en nous amenant souvent à rire de nous-mêmes, c’est-à-dire à prendre de la distance par rapport à nos certitudes.
I
Le jour ou « Les pays qui n’auront plus de légendes seront condamnés à mourir de froid » Patrice de la Tour du Pin<br /> <br /> Les grands vizirs actuels sont peut-être les &quot;il n'est pas bon&quot; les &quot;he's no good&quot; les &quot;Iznogoud&quot; les &quot;je veux être calife à la place du calife !&quot; Légende! NON ! souvenir de 2003 la guerre d’Irak<br /> <br /> Pour vous détendre : Cliquez sur Iznogoud
E
Merci pour tes remarques pertinentes. Tout d’abord, une petite précision : il ne s’agit pas d’un conte de Gougaud parce qu’il n’en est pas l’auteur. C’est un conte ancien du Moyen Orient, sans doute, un des plus beaux contes de cette région. Gougaud n’a fait que le réécrire, sans trop le transformer, tout au moins je l’espère. <br /> Mon interprétation est politique comme tu le dis, sans exclure, pour autant, d’autres interprétations, morale, religieuse, métaphysique... Nous sommes en face d’un grand texte symbolique, qui, comme tout texte symbolique, comporte de multiples facettes et n’a jamais fini d’être interprété. <br /> Je suis un peu étonné de ton propre étonnement lorsque tu te demandes comment je peux passer de l’individu concret à la collectivité. C’est là un point clef de la notion de sujet : le sujet est, en même temps, un individu concret et un être social, qui porte, en lui, la collectivité elle-même. Dans le secret, Ayaz n’est pas simplement dans une sphère privée, il reprend en lui-même, toutes les dimensions, qui en font un sujet concret. C’est une bien dangereuse illusion, dans son cas, de séparer sphère privée et sphère publique. Dans le secret, il les associe l’une et l’autre pour faire advenir le sujet, qui est à la source du politique. Ce qui est chez lui le plus intime est aussi le plus universel, tout en étant le plus mystérieux et le plus inconnaissable. Si nous raisonnions en théologiens, nous dirions que le sujet est la véritable image de Dieu chez l’homme. <br /> Sur les vizirs actuels, je suis en plein accord avec toi. Il est, en effet, bien difficile aujourd’hui de garder sa chambre secrète. On fait comme si l’homme était un être transparent. C’est oublier sa part opaque, difficilement transmissible, sa part mystérieuse et inconnaissable, qui constitue aussi le sujet.
M
J'ai bien tardé à répondre à ton interprétation du conte de Gougaud. Elle est très politique, mais toutes les interprétations sont possibles : morale, religieuse, métaphysique, etc. Je ne vois pas dans ton interprétation politique comment tu peux passer de l'individu concret à la collectivité. Ce conte ne nous enferme-t-il pas dans une espèce de laïcité (le mot est bien anachronique) où l'esclave entretient une vie non seulement politique mais même d'amitié avec le roi, mais où il garde le secret de sa vraie vie pour lui-même et pour lui seul. Le coeur de l'individu est bien toujours de soi secret. Mais comment passer à l'autre autrement que par le manque qui ne concerne que l'individu ? Doit-on être enfermé dans la fidélité à soi-même ? Newmann dit bien : &quot;Moi et mon créateur&quot;, mais il était enraciné dans une église et une tradition.<br /> Avec tous les moyens au service de vizirs actuels, pouvons-nous encore garder notre chambre secrète ? Avec la télé-réalité et le reste semblable, les hommes ne vont-ils pas d'eux-mêmes tourner la clé de la chambre secrète ? Mais c'est une autre affaire.
D
Je crois entendre, parfois, des critiques à l'égard des mythes et des textes symboliques comme les contes, parce qu'il iraient à l'encontre de l'histoire, de l'évolution et du combat des hommes pour construire un monde meilleur. C'est le contraire qui est vrai. Ils font apparaître le manque de l'homme et du monde et, par là même, la nécessité de faire advenir ce qui n'est pas encore. Au coeur du manque, se loge la responsabilité des hommes, à condition qu'ils soient dans la création et non dans la répétition.
D
C'est bien dans le coeur et le désir que se trouve le sujet en devenir, source du politique aujourd'hui. Il n'est pas étonnant que les soufis aient un rôle important en Syrie en ce moment. Malheureusement le sujet continue à être malmené, de part et d'autre, dans ce pays.<br /> <br /> Il faudrait que les uns et les autres écoutent le beau poème de Rabi'a al-Adawiya
R
Brève :<br /> <br /> Une anecdote circule au sein même de UNESCO comme quoi une certaine Rabi'a aurait été vue dans les rues Baġdād, portant un seau d’eau dans une main et une torche allumée dans l'autre et criant : « Je m'en vais pour incendier le Paradis et noyer l'Enfer, en sorte que ces deux voiles disparaissent complètement devant les yeux des pèlerins et que le but leur soit connu. Un passant s’étonne d’un tel accoutrement et l'interroge sur le sens de ses dires. Elle répond : « Le seau d’eau c’est pour éteindre l’Enfer et la torche c’est pour brûler le Paradis, pour que ne reste que Dieu ». « Mauvais serviteur celui qui ne sert son seigneur que pour la récompense de ses grâces et la crainte de son courroux. » <br /> <br /> Rabi'a al-Adawiya est née en 714 de l’ère chrétienne à Bassorah. Pour vous situer géographiquement : Bassorah est juste à l’estuaire commun des fleuves du Tigre et de l’Euphrate à 550 km de Bagdad (capitale de l'Irak actuelle)<br /> <br /> Elle est certainement une des premières grandes voix du soufisme dans son désir de rencontrer l'Absolu à travers une vision basée sur le cœur et non sur la logique<br /> Les soufis (mystique musulmane) ne sont pas comme on serait tenté de le croire, des rêveurs loin du monde, vivant dans une extase permanente, mais aussi des hommes et des femmes au cœur simple et courageux qui ont un rôle politique et social important notamment en Syrie.<br /> <br /> Un des très beau poème dit comme une prière de Rabi'a al-Adawiya et de Ibn Arabi Cliquez sur le titre
D
Conte de l’inde<br /> L’homme qui rit des fleurs<br /> Un homme avait une capacité ce don extraordinaire : Chaque fois qu'il riait, il y avait des fleurs sortaient de sa bouche.<br /> Un jour un roi en entend parler et il se dit : « Dans tel royaume il y existe un homme qui rit des fleurs il se dit ce n’est pas possible il faut vérifier la chose » Alors il envoie un ambassadeur pour vérifier cela. » L’ambassadeur arrive là-bas, il interroge, on lui indique. Voilà vous pouvez aller chez le roi de ce pays, c’est chez lui qu’il y a cet homme. Il arrive et le roi lui dit : « oui oui tout à fait parmi mes sujets il y a un qui rit des fleurs. Il dit es ce que je peux le voir Sir . Alors envoie quelqu’un le chercher. L’homme qui rit des fleurs veut bien satisfaire le roi, il part de chez lui, puis il se rappelle qu’il a oublié quelque chose d’important…<br /> <br /> <br /> Conte d’Inde, dit par Aboubakr Chraibi dans le cadre de l’émission &quot;L'heure des rêveurs&quot; vendredi 30 août 2013 au environ de 15 h 27<br /> <br /> Pour (ré)écouter cette émission cliquez sur mon nom.
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D
Je voudrais prendre l’exemple de la Syrie pour montrer que seule une politique basée sur le jeu du sujet permet d’apporter une solution convenable aux problèmes qui sont posés. Si, comme nous le faisons tous en occident, nous regardons la situation à travers le prisme de la démocratie, la solution qui s’impose est la destitution de Bachar. Mais nous ne voyons pas alors que nous ouvrons ainsi la boîte de Pandore, en livrant les minorités à la vindicte d’une majorité sunnite, avec des règlements de compte et des tensions quasiment insurmontables. Par contre si nous essayons de dépasser le point de vue de la démocratie en nous référant à la dynamique du sujet en construction, nous verrons que l’équilibre à trouver est dans le jeu entre les différentes minorités (alaouïtes, chiites, kurdes et chrétiennes), d’abord entre elles, et ensuite avec la majorité sunnite. Il ne s’agit plus d’imposer le point de vue du plus fort mais d’amener les populations à vivre ensemble dans le respect de chacun.
D
Nous retrouvons le désert : &quot;ce qui l'embellit c'est qu'il cache un puits quelque part&quot;. Mais ici, dans la foi musulmane, le hadith va un peu plus loin. Il nous montre pourquoi un puits caché finit par apparaître. Le désert montre les limites de l'homme. Par la prière il élargit son horizon et finit par recevoir ce dont il a besoin.Ici se profile une autre figure du sujet, tout au moins pour celui qui croit. Le croyant ne peut être lui-même qu'en reconnaissant ses limites et en s'ouvrant à l'Au-delà de soi-même c'est-à-dire au Grand Autre.
A
Au commencement était l’action<br /> <br /> Ibn ‘Abbas proche cousin du prophète Mahomet nous dit un jour: « la première fois qu’une femme se servit du bas sa robe est la mère d’Ismaël, pour effacer les traces de ses pas. La modeste esclave fuit le dernier camouflet infligé par sa maîtresse... <br /> Abraham est là avec elle et son fils en amont de Zamzam, un endroit dominant la mosquée. <br /> A cette époque là, il n’y a à la Mecque ni personne ni eau. Abraham les installe donc là, leur laisse un sac en cuir contenant des dattes et une outre contenant de l’eau puis il prend le chemin du retour. Hâjar le voyant partir ainsi le suit et lui dit : Ô Abraham ! Où vas-tu et comment nous laisses-tu dans cette vallée qui n’abrite ni être humain ni rien ? Cela, elle le lui dit plusieurs fois. Et, comme il ne se retourne pas, elle l’interroge : « est-ce que c’est dieu qui t’a ordonné de faire cela ? Oui, répond-il. Alors, dit-elle, Il ne nous abandonnera pas. » Après quoi, elle retourne sur ses pas. Abraham continu alors son chemin, et arrive à un col où ils ne peuvent le voir, les mains levées prononce des invocations : « Notre seigneur, j’ai fixé une partie de ma progéniture dans une dépression impropre aux cultures près de Ta Maison sacrée Ô ! Notre Seigneur afin qu'ils accomplissent la Salat (la prière). Fais donc que se penchent vers eux les cœurs d'une partie des gens. Et nourris-les de fruits. Peut-être seront-ils reconnaissants? <br /> Hâjar se mit donc à allaiter son enfant et à boire de cette eau jusqu’au moment ou l’eau s’épuise. Elle a soif tout autant que son fils et le voit bientôt se torde de fièvre. Pour ne pas voir son fils souffrir, elle court à la recherche d'eau. Arrivée à Safâ, la colline la plus la plus proche, elle y grimpe. Face à la vallée avec l’espoir de voir quelqu’un arriver. Comme elle ne voit personne, elle descend d’as-Safâ. Atteignant le fond de la vallée, elle soulève le pan de sa robe, et court, comme le ferait une personne épuisée, jusqu’à Marwa, elle scrute [les alentours] dans l’espoir de voir quelqu’un venir mais personne. Elle fait sept fois le trajet entre ces deux collines »<br /> <br /> A ce point du récit, une amie d’origine Arabe la Bienheureuse Sadia nous dit « C’est pour cette raison qu’il y à course des pèlerins entre les deux monts cela fait partie de l'un des rituels obligatoires du pèlerinage mecquois ».<br /> <br /> Je reprends le récit : « Et, lorsque Hâjar, surplombe le mont Marwa, elle entend une voix. « Silence ! » se dit-elle, elle tend l’oreille; elle entend la voix une seconde fois. « Tu as été entendu, dit-elle alors à la source de la voix, voyons maintenant si tu peux nous secourir. » Et tout de suite elle voit à l’endroit des puits de Zam Zam l’ange qui remue le sol avec le talon (ou, a t’on dit avec son aile), et bientôt l’eau jaillit. Hâjar se met alors à retenir l’eau comme dans un bassin ; à la prendre avec ses mains pour remplir l’outre. Et l’eau jaillit chaque fois qu’Hâjar en puise.<br /> Hâjar boit pour allaiter son enfant (car il faut beaucoup boire lorsqu’on allaite un enfant). L’ange lui dit : « Ne craignez pas d’être perdus. Vous êtes à l’emplacement même de la maison de dieu que construira cet enfant et son père. Dieu ne fera pas perdre les siens. » L’emplacement de la maison surplombait l’endroit comme une colline ; les eaux des torrents y affluaient à sa gauche et à sa droite sans jamais l’atteindre tout à fait »<br /> <br /> Il en était ainsi. Jusqu’au jour où vint à passer prés d’eux un groupe, ou un clan, de la tribu Jurhum arrivant par la route de Kadâ. Ils installèrent leur camp en bas de la mecque. Après quoi, ils virent à remarquer un oiseau tournoyer. « Cet oiseau ne tournoie qu’autour d’une eau, se dirent-ils, nous connaissons cette vallée et nous savons qu’elle ne contient pas d’eau. » Et ils envoyèrent un ou deux éclaireurs. Ces derniers, ayant trouvé l’eau, revinrent l’annoncer au clan. Les gens s’y rendirent et rencontrèrent la mère d’Ismaël à qui ils demandèrent la permission de s’installer prés d’elle. Elle accepta en les prévenant qu’ils n’avaient pas le droit de propriété sur l’eau. « Certainement, répondirent-ils »<br /> Là, ibn Abbas dit que le prophète avait dit : Cela plut à la mère d’Ismaël car elle aimait la compagnie.<br /> Après quoi, le clan s’installa et il envoya à la tribu Jurhum qui vint s’installer à son tour. L’enfant grandit et apprit d’eux la langue arabe. En grandissant, il leur plut si bien qu’ils le marièrent à l’une de leurs femmes.<br /> <br /> Magnifique hadith de Mouhammad al-Boukhârî (810 - 870) simplement conjugué au présent tant il me semble actuel Danièle Pétel<br /> <br /> Cliquez : Aux puits de Zam-Zam
E
Merci Gérard pour ta contribution toujours bien argumentée. Personnellement, je ne pense pas que la démocratie soit l’horizon du politique aujourd’hui. Pour moi, je pense que le désir fondamental qui doit orienter le politique est le désir de soi, qui implique le jeu entre notre dimension individuelle et notre dimension sociale. Avec la mondialisation, l’émergence du sujet est devenu un objectif politique sinon nous serons tous broyés par cette évolution nouvelle. Le jeu entre soi et soi, entre le soi individuel et le soi social est, aujourd’hui, l’espace intermédiaire du politique, qui l’enracine dans le désir et l’historicité. Le rationnel avec toutes les mesures concrètes qui s’imposent, ne peut être efficace que s’il est en lien avec le désir et ici, avec le désir fondamental de l’homme. Il s’agit, toujours pour moi, d’une forme de révolution copernicienne nécessaire. Il est indispensable de revenir à l’énergie de l’origine, contenu dans le désir sous ses différents habits. Il est possible que la limite de Jolif, et nous avons tous nos limites, a été de trop se cantonner dans la rationalité et donc un peu dans l’abstrait même lorsqu’il parle de concret et d’historicité. Que nous le voulions ou non, notre existence humaine se joue dans le jeu entre le désir et la rationalité. Mais tout cela reste à discuter…
G
Cher Etienne, J'ai enfin récupéré ton texte (caché dans une chambre obscure dont j'ai trouvé la clé).Je suis en gros d'accord avec la description que tu fais du fonctionnement du jeu politique, qui tend, me semble-t-il, à écarter le plus possible le citoyen ( le sujet ? Pas encore, dans ces conditions) des décisions qui comptent ; jusqu'à lui faire croire que les vraies décisions sont impossibles ou inopérantes, (ah ! &quot;les marges de manoeuvre&quot; !) ou pires que le mal (ce serait le goulag !), qu'elles ne pourraient corriger. D'ailleurs, &quot;on&quot; se garde bien, le plus souvent, d'identifier le mal, (est-ce le &quot;libéralisme&quot; ? Le capitalisme seulement un peu trop dérégulé ? Les fonctionnaires inefficaces et dépensiers ?) ce qui permet de nous rendre tous coupables ( nous vivons au-dessus de nos moyens, ou dans l'utopie, ou l'irréalisme) et finalement tous passifs. Bien entendu, devant ce bourrage de crâne permanent, il est urgent de retrouver notre liberté de penser – et d'agir autant que nous le pouvons encore. Donc, en effet, d'être des &quot;sujets&quot;.Or ceci, l'émergence de &quot;sujets&quot;, ne peut être au mieux qu'une condition nécessaire, mais pas suffisante, à l'émergence de la &quot;démocratie&quot;, à laquelle, en effet les &quot;masses&quot; n'aspirent pas spontanément, alors que seule la &quot;démocratie&quot; requiert et permet que les citoyens soient des &quot;sujets&quot; (au sens duvalien du terme).A condition qu'elle soit &quot;véritable&quot;et c'est bien là qu'est l'os. Et que les citoyens devenant &quot;sujets&quot; en veuillent. J'aperçois là un cercle un tantinet vicieux. Et plus on le caresse.... C'est à dire qu'il ne suffit pas (selon moi) de vouloir, dans l'abstrait et dans l'absolu l'émergence du &quot;sujet&quot; (condition première, je l'admets). Si l'on pose la question politique (ou &quot;du&quot; politique), il faut bien descendre dans l'histoire et le concret des choses et décider &quot;que faire ?&quot; et comment? et avec qui ? et dans quel but ? suivant quelles modalités, etc. Mais il est vrai, que, pour en discuter et en décider, il faut, de préférence, des &quot;sujets&quot;, libres par définition, mais libres par rapport à quoi et grâce à quoi ? On retombe dans le concret : le fonctionnement de l'information, les cadres intellectuels dont nous disposons, qui nous ont formés, voire formatés, ce que nous savons, ce que nous savons sans le connaître vraiment, ce que nous croyons savoir, ce que nous ne savons pas sans savoir que nous ne le savons pas, etc. (J'ai lu quelque chose là dessus, il y a peu, je ne sais où). Et pour que le &quot;sujet&quot; soit &quot;la source d'énergie du politique&quot;, il lui faut réellement le temps à lui, pas trop de fatigue accumulée à &quot;travailler plus&quot;, et la proximité des autres. Ce n'est pas le lot de tous. Autant ou plus que &quot;la Cour et le regard de l'autre&quot;, c'est, concrètement, ce qui empêche trop souvent &quot;la gestation du véritable sujet&quot;, donc du politique. Je pense qu'il y a en ce moment une assez forte aspiration, mais minoritaire, à savoir mieux, et, plus minoritaire encore : à savoir mieux pour agir mieux et plus. Mais ne rêvons pas : les forces qui étouffent -de fait ou de propos délibéré- cette aspiration sont vigilantes, efficaces, puissantes, nombreuses et diffuses. Leur premier effet est de nous retenir dans des considérations générales et abstraites, et désabusées. J'inviterais donc volontiers le Sujet à vivre dans &quot;l'historicité&quot; (dirait Jolif), qui est, malgré l'abstraction du terme, la condition réelle de son existence concrète. Sans quoi il est mort-né. Et il ne faut pas compter sur les vizirs qui nous gouvernent de Paris, Bruxelles, Washington, Pékin et autres lieux, pour sauver l'enfant, encore moins pour le mener à terme, et encore moins pour l'engendrer. Surtout si nous nous présentons en humbles mendiants confiants dans la bonté des puissants. J'arrête sur cette note optimiste.Salut !Gérard 7. IX. 13
L
&quot;Ce qui embellit le désert, c’est qu’il cache un puits quelque part&quot; <br /> <br /> Nous en étions au huitième jour de ma panne dans le désert, et j'avais écouté l'histoire du marchand en buvant la dernière goutte de ma provision d'eau:<br /> -Ah! dis-je au petit prince, ils sont bien jolis, ts souvenirs, mais je n'ai pas encore réparé mon avion, je n'ai plus rien à boire, et je serais heureux, moi aussi, si j pouvais marcher tout doucement vers une fontaine!<br /> -Mon ami le renard, me dit-il…<br /> -Mon petit bonhomme, il n s'agit plus du renard!<br /> -Pourquoi?<br /> -Parce qu'on va mourir de soif…<br /> Il ne comprit pas mon raisonnement, il me répondit:<br /> -C'est bien d'avoir eu un ami, même si l'on va mourir. Moi, je suis bien content d'avoir eu un ami renard…<br /> Il ne mesure pas le danger, me dis-je. Il n'a jamais ni faim ni soif. Un peu de soleil lui suffit…<br /> Mais il m regarda t répondit à ma pensée:<br /> -J'ai soif aussi… cherchons un puits…<br /> J'eus un geste de lassitude: il est absurde de chercher un puits, au hasard, dans l'immensité du désert. Cependant nous nous mîmes n marche.<br /> Quand nous eûmes marché, des heures, en silence, la nuit tomba, et les étoiles commencèrent de s'éclairer. Je les apercevais comme dans un rêve, ayant un peu de fièvre, à cause de ma soif. Les mots du petit prince dansaient dans ma mémoire:<br /> -Tu as donc soif aussi? lui demandai-je.<br /> Mais il n répondit pas à ma question. Il me dit simplement:<br /> -L'eau put aussi être bon pour le coeur…<br /> Je ne compris pas sa réponse mais je me tus… Je savais bien qu'il ne fallait pas l'interroger.<br /> Il était fatigué. Il s'assit. Je m'assis auprès de lui. Et, après un silence, il dit encore:<br /> -Les étoiles sont belles, à cause d'une fleur que l'on ne voit pas…<br /> Je répondis &quot;bien sûr&quot; et je regardai, sans parler, les plis du sable sous la lune.<br /> -Le désert est beau, ajouta-t-il…<br /> Et c'était vrai. J'ai toujours aimé le désert. On s'assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n'entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence…<br /> -Ce qui embellit le désert, dit le petit prince, c'est qu'il cache un puits quelque part…<br /> Je fus surpris de comprendre soudain ce mystérieux rayonnement du sable. Lorsque j'étais petit garçon j'habitais une maison ancienne, et la légende racontait qu'un trésor y était enfoui. Bien sûr, jamais personne n'a su le découvrir, ni peut-être même ne l'a cherché. Mais il enchantait toute cette maison. Ma maison cachait un secret au fond de son coeur…<br /> -Oui, dis-je au petit prince, qu'il s'agisse de la maison, des étoiles ou du désert, ce qui fait leur beauté est invisible!<br /> -Je suis content, di-il, que tu sois d'accord avec mon renard.<br /> Comme le petit prince s'endormait, je le pris dans mes bras, et me remis en route. J'étais ému. Il me semblait porter un trésor fragile. Il me semblait même qu'il n'y eût rien de plus fragile sur la Terre. Je regardais, à la lumière de la lune, ce front pâle. ces yeux clos, ces mèches de cheveux qui tremblaient au vent, et je me disais: ce que je vois là n'est qu'une écorce. Le plus important est invisible…<br /> Comme ses lèvres entr'ouvertes ébauchaient un demi-sourire je me dis encore: &quot;Ce qui m'émeut si fort de ce petit prince endormi, c'est sa fidélité pour une fleur, c'est l'image dune rose qui rayonne en lui comme la flamme d'une lampe, même quand il dort…&quot; Et je le devinai plus fragile encore. Il faut bien protéger les lampes: un coup de vent peut les éteindre…<br /> Et, marchant ainsi, je découvris le puits au lever du jour. (Chapitre XXIV)<br /> <br /> -Les hommes, dit le petit prince, ils s'enfoncent dans les rapides, mais ils ne savent plus ce qu'ils cherchent. Alors ils s'agitent et tournent en rond…<br /> Et il ajouta:<br /> -Ce n'est pas la peine…<br /> Le puits que nous avions atteint ne ressemblait pas aux autres puits sahariens. Les puits sahariens sont de simples trous creusés dans le sable. Celui-là ressemblait à un puits de village. Mais il n'y avait là aucun village, et je croyais rêver.<br /> -C'est étrange, dis-je au petit prince, tout est prêt: la poulie, le seau et la corde…<br /> Il rit, toucha la corde, fit jouer la poulie. Et la poulie gémit comme une vieille girouette quand le vent a longtemps dormi.<br /> <br /> -Tu entends, dit le petit prince, nous réveillons ce puits et il chante…<br /> Je ne voulais pas qu'il fît un effort:<br /> -Laisse-moi faire, lui dis-je, c'est trop lourd pour toi.<br /> Lentement je hissai le seau jusqu'à la margelle. Je l'y installai bien d'aplomb. Dans mes oreilles durait le chant de la poulie et, dans l'eau qui tremblait encore, je voyais trembler le soleil.<br /> -J'ai soif de cette eau-là, dit le petit prince, donne-moi à boire…<br /> Et je compris ce qu'il avait cherché!<br /> Je soulevai le seau jusqu'à ses lèvres. Il but, les yeux fermés. C'était doux comme une fête. Elle était née de la marche sous les étoiles, du chant de la poulie, de l'effort de mes bras. Elle était bonne pour le coeur, comme un cadeau. Lorsque j'étais petit garçon, la lumière de l'arbre de Noël, la musique de la messe de minuit, la douceur des sourires faisaient ainsi tout le rayonnement du cadeau de Noël que je recevais. (Chapitre XXV)<br /> <br /> <br /> Cliquez pour lire Le petit prince
M
Oui le désert est en quelque sorte un gigantesque bac à sable <br /> <br /> Un jour Mon petit prince dit : «Ce qui embellit le désert c'est qu'il cache un puits quelque part»
E
Si j'ai bien compris, le désert est la place vide que Dieu laisse à l'homme !
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«L'histoire du pays du Bon Dieu» (1976), de Nacer Khémir.<br /> <br /> Synopsis : Un jeune homme vivait dans le pays du Bon Dieu, un très grand pays aride et désertique. Un jour, il voulut quitter le pays et partir à la recherche d'une frontière.... De rencontre en rencontre, d'histoire en histoire, le jeune homme découvrira que dans le pays du Bon Dieu seuls les enfants détiennent les clés de la Création et de l'Espérance : ils brûleront l'Ogresse après l'avoir attirée à eux grâce aux fresques multicolores peintes sur les murs de leur village abandonné des adultes...<br /> <br /> Pour voir le film cliquez sur le titre «L'histoire du pays du Bon Dieu»
E
Je n'avais pas vu la métaphore. C'est le manque du pauvre qui finit par produire les plus belles richesses, en paroles et en actes. Il fallait passer par le manque du pauvre pour épouser le fils du roi...
E
Merci Danièle pour toutes vos références. J'ai retenu &quot;Les fées&quot; de Charles Perrault que j'ai mises sur le blog. Je n'aime pas trop ce conteur parce qu'il semble manipuler les contes. Mais il écrit si bien !
C
Les fées<br /> <br /> Il était une fois une veuve qui avait deux filles : l'aînée lui ressemblait si fort d'humeur et de visage, que, qui la voyait, voyait la mère. Elles étaient toutes deux si désagréables et si orgueilleuses, qu'on ne pouvait vivre avec elles. La cadette, qui était le vrai portrait de son père pour la douceur et l'honnêteté, était avec cela une des plus belles filles qu'on eût su voir. Comme on aime naturellement son semblable, cette mère était folle de sa fille aînée, et, en même temps avait une aversion effroyable pour la cadette. Elle la faisait manger à la cuisine et travailler sans cesse.<br /> <br /> Il fallait, entre autres choses, que cette pauvre enfant allât, deux fois le jour, puiser de l'eau à une grande demi lieue du logis, et qu'elle rapportât plein une grande cruche. Un jour qu'elle était à cette fontaine, il vint à elle une pauvre femme qui lui pria de lui donner à boire.<br /> <br /> -&quot; Oui, ma bonne mère, &quot; dit cette belle fille. Et, rinçant aussitôt sa cruche, elle puisa de l'eau au plus bel endroit de la fontaine et la lui présenta, soutenant toujours la cruche, afin qu'elle bût plus aisément. La bonne femme, ayant bu, lui dit : &quot; Vous êtes si belle, si bonne et si honnête, que je ne puis m'empêcher de vous faire un don. Car c'était une fée qui avait pris la forme d'une pauvre femme de village, pour voir jusqu'où irait l'honnêteté de cette jeune fille. Je vous donne pour don, poursuivit la fée, qu'à chaque parole que vous direz, il vous sortira de la bouche ou une fleur, ou une pierre précieuse. &quot;<br /> <br /> Lorsque cette belle fille arriva au logis, sa mère la gronda de revenir si tard de la fontaine. &quot; Je vous demande pardon, ma mère, dit cette pauvre fille, d'avoir tardé si longtemps &quot; ; et, en disant ces mots, il lui sortit de la bouche deux roses, deux perles et deux gros diamants. &quot; Que vois-je là ! dit sa mère toute étonnée ; je crois qu'il lui sort de la bouche des perles et des diamants. D'où vient cela, ma fille ? (Ce fut là la première fois qu'elle l'appela sa fille.) La pauvre enfant lui raconta naïvement tout ce qui lui était arrivé, non sans jeter une infinité de diamants. &quot; Vraiment, dit la mère, il faut que j'y envoie ma fille. Tenez, Fanchon, voyez ce qui sort de la bouche de votre sœur quand elle parle ; ne seriez-vous pas bien aise d'avoir le même don ? Vous n'avez qu'à aller puiser de l'eau à la fontaine, et, quand une pauvre femme vous demandera à boire, lui en donner bien honnêtement. - Il me ferait beau voir, répondit la brutale, aller à la fontaine ! - Je veux que vous y alliez, reprit la mère, et tout à l'heure. &quot;<br /> <br /> Elle y alla, mais toujours en grondant. Elle prit le plus beau flacon d'argent qui fut au logis. Elle ne fut pas plus tôt arrivée à la fontaine, qu'elle vit sortir du bois une dame magnifiquement vêtue, qui vint lui demander à boire. C'était la même fée qui avait apparu à sa sœur, mais qui avait pris l'air et les habits d'une princesse, pour voir jusqu'où irait la malhonnêteté de cette fille. &quot; Est-ce que je suis ici venue, lui dit cette brutale orgueilleuse, pour vous donner à boire ? Justement j'ai apporté un flacon d'argent tout exprès pour donner à boire à Madame ! J'en suis d’avis : buvez à même si vous voulez. - Vous n'êtes guère honnête, reprit la fée, sans se mettre en colère. Eh bien ! puisque vous êtes si peu obligeante, je vous donne pour don qu'à chaque parole que vous direz, il vous sortira de la bouche ou un serpent, ou un crapaud. &quot;<br /> <br /> D'abord que sa mère l'aperçut, elle lui cria : &quot; Eh bien ! ma fille ! - Eh bien ! ma mère ! lui répondit la brutale, en jetant deux vipères et deux crapauds. - O ciel, s'écria la mère, que vois-je là ? C'est sa sœur qui est en cause : elle me le paiera &quot; ; et aussitôt elle courut pour la battre. La pauvre enfant s'enfuit et alla se sauver dans la forêt prochaine. Le fils du roi, qui revenait de la chasse, al rencontra et, la voyant si belle, lui demanda ce qu'elle faisait là toute seule et ce qu'elle avait à pleurer ! &quot; Hélas, Monsieur, c'est ma mère qui m'a chassée du logis. &quot; Le fils du roi, qui vit sortir de sa bouche cinq ou six perles et autant de diamants, lui pria de lui dire d'où cela lui venait. Elle lui conta toute son aventure. Le fils du roi en devint amoureux ; et, considérant qu'un tel don valait mieux que tout ce qu'on pouvait donner en mariage à une autre, l'emmena au palais du roi son père, où il l'épousa.<br /> <br /> Pour sa sœur, elle se fit tant haïr, que sa propre mère la chassa de chez elle ; et la malheureuse, après avoir bien couru sans trouver personne qui voulut la recevoir, alla mourir au coin d'un bois.<br /> <br /> Charles Perrault - Contes (1695)
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Oui Etienne &quot;Il rit des fleurs&quot; est le Nom de cet homme. Je ne pensais pas vraiment à Sainte Thérèse de Lisieux en retranscrivant l’introduction de ce conte orale, mais conte de Charles Perrault &quot; Les Fées&quot; : « Je vous donne pour don, poursuivit la fée, qu'à chaque parole que vous direz, il vous sortira de la bouche ou une fleur, ou une pierre précieuse » <br /> <br /> Cette référence à Sainte Thérèse de Lisieux 1873-1897 me fait penser à Sainte Thérèse d’Avila 1515 –1582 qui seront toutes deux proclamées (Docteur de l'Église de catholique) et ce n’est pas rien. <br /> <br /> Mais surtout à leurs talents de créatrices ne se limiteront pas Passant admirablement de l'ascèse des travaux aiguilles (le tangible ) à l'ascèse des travaux de plumes (l’intangible)<br /> <br /> Pour Sainte Thérèse de Lisieux<br /> Le retentissement de ses publications posthumes, dont Histoire d'une âme publiée peu de temps après sa mort, en fait l'une des plus grandes saintes du XXe siècle.<br /> <br /> Pour Thérèse d’Avila a laissé plusieurs écrits traitant de spiritualité, en particulier :<br /> « Chemins de perfection »<br /> «Le Château intérieur» ou « Les Demeures »<br /> « Pensées sur l'amour de Dieu »<br /> <br /> Mais bon je m’éloigne du sujet <br /> Danièle
E
J'ai mis ton commentaire sur le blog pour animer les discussions et j'attends donc que tu retrouves les traces de l'article que je te renvoie.
G
Oublierais-tu que nous sommes fin aout, début septembre ?<br /> En ce qui me concerne, notre messagerie demeure lente. Je n'ai pu ouvrir le texte. Mais cela laisse du temps pour des lectures justement sur le sujet : Hannah Arendt, par exemple, sur le Système totalitaire, et une relecture de Jean Pierre Vernant Entre mythe et politique ; plus un oeil dans Aristote. Les sujets que tu poses sont donc dans pas mal de têtes, je suppose. J'essaierai de sortir de la mienne quelques considérations, si j'en trouve, et si je puis lire tranquillement ce texte, juste entre-aperçu avant que la machine ne l'engloutisse dans je ne sais quelle partie du labyrinthe.
E
Cette figure du pauvre n'a rien à voir avec le pauvre de Victor Hugo. Ils ne sont pas différents l'un de l'autre, mais l'attitude à son égard n'est pas du tout la même. Autrement dit il n'est possible de reconnaître le pauvre que si l'on se convertit à la pauvreté du coeur. C'est pourquoi l'Evangile insiste sur ces deux figures du pauvre : celui qui est pauvre de richesse matérielle et celui qui est pauvre de coeur. L'un et l'autre sont bienheureux du point de vue du Christ. Mais il ne faut pas oublier que nous sommes ici dans le registre de la comédie. Et pourtant la comédie en dit plus qu'il ne paraît.
D
O complaisance maudite ! à quoi me réduis-tu ?<br /> <br /> Dom Juan, Sganarelle, Le pauvre.<br /> <br /> SGANARELLE.- Enseignez-nous un peu le chemin qui mène à la ville.<br /> LE PAUVRE.- Vous n'avez qu'à suivre cette route, Messieurs, et détourner à main droite quand vous serez au bout de la forêt. Mais je vous donne avis que vous devez vous tenir sur vos gardes, et que depuis quelque temps il y a des voleurs ici autour.<br /> DOM JUAN.- Je te suis bien obligé, mon ami, et je te rends grâce de tout mon cœur.<br /> LE PAUVRE.- Si vous vouliez, Monsieur, me secourir de quelque aumône.<br /> DOM JUAN.- Ah, ah, ton avis est intéressé, à ce que je vois.<br /> LE PAUVRE.- Je suis un pauvre homme, Monsieur, retiré tout seul dans ce bois depuis dix ans, et je ne manquerai pas de prier le Ciel qu'il vous donne toute sorte de biens.<br /> DOM JUAN.- Eh, prie-le qu'il te donne un habit, sans te mettre en peine des affaires des autres.<br /> SGANARELLE.- Vous ne connaissez pas Monsieur, bon homme, il ne croit qu'en deux et deux sont quatre, et en quatre et quatre sont huit.<br /> DOM JUAN.- Quelle est ton occupation parmi ces arbres ?<br /> LE PAUVRE.- De prier le Ciel tout le jour pour la prospérité des gens de bien qui me donnent quelque chose.<br /> DOM JUAN.- Il ne se peut donc pas que tu ne sois bien à ton aise.<br /> LE PAUVRE.- Hélas, Monsieur, je suis dans la plus grande nécessité du monde.<br /> DOM JUAN.- Tu te moques; un homme qui prie le Ciel tout le jour, ne peut pas manquer d'être bien dans ses affaires.<br /> LE PAUVRE.- Je vous assure, Monsieur, que le plus souvent je n'ai pas un morceau de pain à mettre sous les dents.<br /> DOM JUAN.- Voilà qui est étrange, et tu es bien mal reconnu de tes soins; ah, ah, je m'en vais te donner un Louis d'or tout à l'heure, pourvu que tu veuilles jurer.<br /> LE PAUVRE.- Ah, Monsieur, voudriez-vous que je commisse un tel péché ?<br /> DOM JUAN.- Tu n'as qu'à voir si tu veux gagner un Louis d'or ou non, en voici un que je te donne si tu jures, tiens il faut jurer.<br /> LE PAUVRE.- Monsieur.<br /> SGANARELLE.- Va, va, jure un peu, il n'y a pas de mal.<br /> DOM JUAN.- Prends, le voilà, prends te dis-je, mais jure donc.<br /> LE PAUVRE.- Non Monsieur, j'aime mieux mourir de faim.<br /> DOM JUAN.- Va, va, je te le donne pour l'amour de l'humanité, mais que vois-je là ? Un homme attaqué par trois autres ? La partie est trop inégale, et je ne dois pas souffrir cette lâcheté.<br /> <br /> Molière, Dom Juan ou le Festin de pierre acte 3 scène 2 (1665)<br /> <br /> Vous pouvez aussi entendre l’ouverture Don Giovanni. Le titre complet dans sa traduction est « Le dévoyé puni ou le Don Juan ».
V
Le Mendiant<br /> <br /> Un pauvre homme passait dans le givre et le vent.<br /> Je cognai sur ma vitre ; il s'arrêta devant<br /> Ma porte, que j'ouvris d'une façon civile.<br /> Les ânes revenaient du marché de la ville,<br /> Portant les paysans accroupis sur leurs bâts.<br /> C'était le vieux qui vit dans une niche au bas<br /> De la montée, et rêve, attendant, solitaire,<br /> Un rayon du ciel triste, un liard de la terre,<br /> Tendant les mains pour l'homme et les joignant pour Dieu.<br /> Je lui criai : « Venez vous réchauffer un peu.<br /> Comment vous nommez-vous ? » Il me dit : « Je me nomme<br /> Le pauvre. » Je lui pris la main : « Entrez, brave homme. »<br /> Et je lui fis donner une jatte de lait.<br /> Le vieillard grelottait de froid ; il me parlait,<br /> Et je lui répondais, pensif et sans l'entendre.<br /> « Vos habits sont mouillés », dis-je, « il faut les étendre,<br /> Devant la cheminée. » Il s'approcha du feu.<br /> Son manteau, tout mangé des vers, et jadis bleu,<br /> É talé largement sur la chaude fournaise,<br /> Piqué de mille trous par la lueur de braise,<br /> Couvrait l'âtre, et semblait un ciel noir étoilé.<br /> Et, pendant qu'il séchait ce haillon désolé<br /> D'où ruisselait la pluie et l'eau des fondrières,<br /> Je songeais que cet homme était plein de prières,<br /> Et je regardais, sourd à ce que nous disions,<br /> Sa bure où je voyais des constellations.<br /> <br /> Victor Hugo, Les Contemplations (1856)
E
Tu me fais rougir. Je n’ai pas la prétention de jouer le jeu d’Ayaz, même si quelque part je suis un peu mendiant. Ayaz est une figure idéale à qui l’on peut ressembler mais à laquelle on ne peut jamais vraiment s’identifier. Quant au Mahmoud actuel que je respecte, je ne le connais pas personnellement et il n’est donc pas mon ami. Mais je persiste à penser qu’il continue à exister aujourd’hui un phénomène de Cour, qui contribue à défigurer la réalité et à trop insister sur la sécurité aux dépens de la promotion du respect de l’autre et de la constitution de véritables sujets libres et créateurs.
J
LE conte &quot;Mahmoud/Ayaz&quot; est trés éloquent et ton interprétation excellente; BRAVO! Je pose seulement la question: &quot;Etienne DUVAL n'est-il pas une sorte d'AYAZ au regard de diamant noir&quot;, si ce n'est, que je sache, qu'il n'a pas rencontré notre MAHMOUD actuel et qu'il n'est pas son ami? ? ?
E
Je n'ai pas très bien compris : &quot;Il rit des fleurs&quot;. Je suppose que lorsqu'il rit, ce sont des fleurs qui apparaissent. On dit un peu cela de Sainte Thérèse de Lisieux qui gratifie certaines personnes d'une pluie de pétales de roses. J'aime bien ces bains de jouvence qui nous plongent dans l'imaginaire et nous rendent confiants par rapport à l'avenir. En ce qui concerne Ayaz, nous avons à faire à un personnage qui est entre le lunaire (l'imaginaire) et le solaire (la réalisation et l'incarnation). Sans le rêve, il n'est pas possible de créer.
H
Voilà une interprétation optimiste des dérives du printemps arabe, mais elle donne à penser.
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C
Il s'agit peut-être tout simplement de revenir à Socrate, au fondement de la pensée. Cliquez sur le titre !
E
Merci Monique de tes réactions. En fait, la pointe du texte n’est pas sur l’idée de l’ordre à promouvoir à travers les lois. Elle est sur une conception du politique basé sur le désir fondamental du sujet à être soi-même, c’est-à-dire sur le jeu entre soi et soi, entre l’individu et l’être social. Car le véritable sujet est aussi un être social en devenir. Il s’agit précisément de ne plus enfermer la politique dans un ordre sécuritaire à promouvoir par des lois, mais de l’ancrer sur le désir fondamental de l’homme, qui ne peut se concrétiser que progressivement dans le temps.
M
Très beau texte auquel j’adhère, sauf peut-être sur l’idée de la politique “de l’ordre à promouvoir à travers les lois”.<br /> Au regard des actions des derniers gouvernements, je dirais plutôt, sur l’idée de la politique “du désordre à tirer la couverture à soi au détriment d’autrui”<br /> Car ton roi, malgré ses faiblesses, est un homme de probité et de discernement. En est-il de même pour nos dirigeants ?
E
Vous pointez à juste titre la peur comme l’un des freins essentiels à une progression dans le domaine politique et je suis entièrement d’accord avec vous. Et bien sûr, vous soulignez aussi l’importance de l’éveil et de la vigilance que préconisent de nombreux contes. Par contre, vous dites que « le projet des politiques actuels se préoccupe de l’être plus que de l’avoir ». J’ai tendance à penser que vous vouliez dire exactement le contraire.
A
Je suis à l'écoute de tous les changements, positifs : moindre appréciation du train de vie ; écoute des ONG ; sortie mentale de l'hexagone etc. Le projet des politiques actuels se préoccupe de l'être, plus que de l'avoir. Reste à se débarrasser de toutes les espèces de peur.<br /> Faire confiance à l'avenir, à l'autre etc. Sur ce terrain là, accepter d'être plutôt seul <br /> La catastrophe : 5 élections en perspective ! et la volonté commune de manipuler le bon peuple ! Autre appréhension : le vote d'une loi n'implique plus l'obéissance du citoyen. C'est grave.<br /> L'éveil, la vigilance= une nécessité<br /> <br /> Vive le conte !
E
Je voudrais évoquer un conte qui va dans le même sens que le récit sur le secret. Il s’agit du maître du jardin. Le vrai maître du jardin, le vrai responsable politique ce n’est pas le souverain propriétaire du royaume et de ses sujets, c’est celui qui veille sur la croissance du rosier jusqu’à la naissance de la rose. Car chaque homme est un rosier, appelé à produire une rose à nulle autre pareille.<br /> <br /> Le maître du jardin<br /> <br /> <br /> Il était un roi d’arménie. Dans son jardin de fleurs et d’arbres rares, poussait un rosier chétif et pourtant précieux entre tous. Le nom de ce rosier était Anahakan. Jamais, de mémoire de roi, il n’avait pu fleurir. Mais s’il était choyé plus qu’une femme aimée, c’était qu’on espérait une rose de lui, l’Unique dont parlaient les vieux livres. Il était dit ceci : « Sur le rosier Anahakan, un jour viendra la rose généreuse, celle qui donnera au maître du jardin l’éternelle jeunesse. »<br /> <br /> Tous les matins, le roi venait donc se courber dévotement devant lui. Il chaussait ses lorgnons, examinait ses branches, cherchait un espoir de bourgeon parmi ses feuilles, n’en trouvait pas le moindre, se redressait enfin, la mine terrible, prenait au col son jardinier et lui disait : « Sais-tu ce qui t’attend, mauvais bougre, si ce rosier s’obstine à demeurer stérile ? La prison ! L’oubliette profonde ». C’est ainsi que le roi, tous les printemps, changeait de jardinier. On menait au cachot celui qui n’avait pu faire fleurir la rose. Un autre venait, qui ne savait mieux faire, et finissait sa vie comme son malheureux confrère, entre quatre murs noirs. <br /> <br /> Douze printemps passèrent, et douze jardiniers. Le treizième était un fier jeune homme. Il s’appelait Samvel. Il dit au roi : « Seigneur, je veux tenter ma chance. » Le roi répondit : « Ceux qui t’ont précédé étaient de grands experts, des savants d’âge mûr. Ils ont tous échoué. Et toi, blanc-bec, tu oses ! – Je sens que quelque chose, en moi, me fera réussir, dit Samvel. – Quoi donc, jeune fou ? – La peur, Seigneur, la peur de mourir en prison ! »<br /> <br /> Samvel, par les allées du jardin magnifique, s’en fut à son rosier. Il lui parla longtemps à voix basse. Puis il bêcha la terre autour de son pied maigre, l’arrosa, demeura près de lui, nuit et jour, à le garder du vent, à caresser ses feuilles. Il enfouit ses racines dans du terreau moelleux. Aux premières gelées, il l’habilla de paille. Il se mit à l’aimer. Sous la neige, il resta comme au chevet d’un enfant, à chanter des berceuses. Le printemps vint. Samvel ne quitta plus des yeux son rosier droit et frêle, guettant ses moindres pousses, priant et respirant pour lui. Dans le jardin, des fleurs partout s’épanouirent, mais il ne les vit pas. Il ne regardait que la branche sans rose. Au premier jour de mai, comme l’aube naissait : « Rosier, mon fils où as-tu mal ? » A peine avait-il dit ces mots qu’il vit sortir de ses racines un ver noir, long, terreux. Il voulut le saisir. Un oiseau se posa sur sa main, et, les ailes battantes, lui vola sa capture. A l’instant, un serpent surgit d’un buisson proche. Il avala le ver, il avala l’oiseau. Alors un aigle descendit du haut du ciel. Il tua le serpent, le prit dans ses serres, s’envola. Comme il s’éloignait vers l’horizon où le jour se levait, un bourgeon apparut sur le rosier. Samvel le contempla, il se pencha sur lui, il l’effleura d’un souffle, et lentement la rose généreuse s’ouvrit au soleil du matin. « Merci, dit-il, merci. »<br /> <br /> Il s’en fut au palais en criant la nouvelle. Le roi était au lit. Il bâilla. Il grogna. « Moi qui dormais si bien ! – Seigneur, lui dit Samvel, la rose Anahakan s’est ouverte. Vous voilà immortel, ô maître du jardin ! » Le roi bondit hors de ses couvertures, ouvrit les bras, rugit : « Merveille ! » En chemise, pieds nus, il sortit en courant. « Qu’on poste cent gardes armés de pied en cap autour de ce rosier ! dit-il, gesticulant. Je ne veux voir personne à dix lieues à la ronde ! Samvel, jusqu’à ta mort, tu veilleras sur lui ! » Samvel lui répondit : « Jusqu’à ma mort, Seigneur ». <br /> <br /> Le roi, dans son palais, régna dix ans encore, puis, un soir, il quitta ce monde en disant ces paroles : « Le maître du jardin meurt comme tout le monde. Tout n’était que mensonge. – Non, dit le jardinier, à genoux près de lui. Le maître du jardin, ce ne fut jamais vous. La jeunesse éternelle est à celui qui veille, et j’ai veillé, Seigneur, et je veille toujours, de l’aube au crépuscule, du crépuscule au jour. Il lui ferma les yeux, baisa son front pâle, puis sortit sous les étoiles. Il salua chacune. Il dit : « Bonsoir, bonsoir, bonsoir ». Samvel avait le temps désormais, tout le temps. (Conte d’Arménie, Henri Gougaud, L’arbre d’amour et de sagesse, Ed. du Seuil)
M
La légende rapporte que sitôt après sa mort, Rabbi Moshé Loeb se dit : « Maintenant me voici dégagé des commandements. Avec quoi et comment vais-je faire la volonté de Dieu ? « Et il se mit à réfléchir, concluant que c’était assurément la volonté de Dieu qu’il fût châtié pour ses péchés innombrables. Sûr de cela, il prit son élan et se mit à courir de toutes ses forces pour sauter tout droit en enfer. Il y eut, là-dessus, un grand remue-ménage dans les cieux, et bientôt le Prince des Ténèbres reçut l’ordre formel que tant que le Rabbi de Sassov serait là-bas en-bas, le feu devait cesser. Le Prince des mauvais anges invita le Tsaddik à reprendre immédiatement le chemin du Paradis : « Votre place n’est point ici et l’enfer ne saurait, à cause de vous, chômer. » Le Tsaddik lui rétorqua : « S’il en va de la sorte, je ne veux absolument pas bouger d’ici tant que je ne serai pas sûr d’être accompagné par toutes les âmes. Sur terre, je me suis voué à la libération des captifs et je ne saurais supporter à présent de laisser ici, dans ce cachot, souffrir ces foules prisonnières ! » Et il paraît qu’il en fut ainsi.<br /> (Les Récits hassidiques, page 478.)
M
« Je ne suis qu’un maillon dans la chaîne des narrateurs, un anneau entre les anneaux, je répète à mon tour la vieille histoire, et si elle sonne neuf, c’est que le neuf était en elle quand elle fut dite la première fois » Martin BUBER (Référence qui vient d'être donnée dans l'article sur le partage)
L
Cliquez, écoutez Henri Gougaud !
E
Il n'y a pas qu'une lecture possible d'un conte, surtout pour celui-ci, qui est un peu le conte des contes. Il est possible de l'interroger de multiples façons et je suis toujours surpris des réponses qu'il nous donne. Et chacun a ses propres interrogations.
A
Je ne fais pas vraiment la même lecture que toi de ce beau conte. Le personnage du vizir n'est là que pour révéler qu'il existe une richesse invisible, bien supérieure à la richesse matérielle, ou une lumière intérieure qui transparaît, mais qui est imprenable.
&
Cliquez sur &quot;J'ai choisi de vivre seule&quot; pour écouter la chanson.
E
Merci Monique pour ta réflexion qui correspond bien à ce que j’ai évoqué dans le nouvel article du blog où j’ai voulu opposer une politique de basée sur la sécurité, la surveillance et le phénomène de Cour, à une autre politique basée sur la dynamique du sujet en construction. Et, en ce sens, je pense effectivement, sans vraiment extrapoler, que les révolutions arabes expriment cette pulsion universelle du sujet qui cherche liberté et possibilité de créer. Mais c’est vrai, tout cela peut être discuté. Par ailleurs j’aime bien ta référence au vivre seul mais pas solitaire. Il s’agit bien aussi, pour une part, de la même pulsion du sujet qui a besoin d’intimité pour se construire. Mais le danger pourrait être d’évacuer la dimension sociale, qui est aussi une composante du sujet. En fait, les évolutions se font progressivement. Il faut compter sur le temps pour aboutir à un équilibre.
M
Blog Etienne Duval<br /> Cette histoire « Le secret » est riche. En peu de mot elle défend l’essentiel au sujet de la valeur de la liberté pour l’être humain.<br /> La fouille du local de l’esclave nous ramène à notre quotidien. Nous sommes, nous aussi, des esclaves en permanence épiés dans les supermarchés, les lieux publics, voire à notre domicile à l’occasion, via les téléphones et autres dispositifs d’écoute. Ne sommes-nous pas contrôlés et étiquetés avec des puces électroniques et des tests ADN, si un doute naît ?<br /> Celui qui refuse la vérification restera un objet de soupçon ou ne pourra pas passer une frontière.<br /> Différence avec la fable : nul roi (sauf dans les contes) ne s’abaisse, ni ne vient présenter ses excuses.<br /> Quelques individus s’élèvent contre ces pratiques de contrôles.<br /> Mais l’auteur de cette analyse ne s’intéresse pas ici aux pratiques si semblables du grand Vizir ou du Ministre de l’intérieur, mais à l’homme libre qui revendique le droit à l’intimité.<br /> <br /> C’est dans cette intimité qu’il se ressource et se constitue comme sujet inventif et responsable.<br /> Il est la source de l’énergie du politique.<br /> <br /> Ce qui m’a étonnée, c’est le glissement (voire l’extrapolation) vers une interprétation du sens des Révolutions arabes : ce n’est pas la démocratie qui motive aujourd’hui le soulèvement des peuples, c’est l’aspiration à un monde où chaque homme peut devenir une sujet véritable, inventif et responsable. <br /> <br /> Est-ce que nous parlons là de la même chose ?<br /> J’ai envie de faire une autre corrélation, hors sujet peut-être… mais qui devrait rejoindre cette aspiration à se faire reconnaître comme sujet.<br /> <br /> Sur le « Monde diplo » de l’été, le titre d’un article d’un sociologue américain a retenu mon attention : « Vivre seul, mais pas solitaire ». Jusqu’ici, je n’avais jamais songé qu’il s’agissait d’un phénomène de société à l’échelle mondiale ! Or, le sociologue constate que les pays d’Europe du Nord sont largement favorables à ce mode de vie. Les « singletons », comme il les appelle, représentent 45 % des foyers, suivis de près par les États-Unis et les autres pays européens. Au Japon, où la vie est historiquement ancrée dans le culte de la famille, il y en a 30 %. S’agit-il de la pointe extrême de l’individualisme qu’un niveau de vie aisé permet ? Même dans des pays nouvellement industrialisés comme la Chine, l’Inde et le Brésil, le nombre de célibataires explose. Vivre seul et souffrir de solitude sont des états bien différents. Ce qui apparaissait, il y a trente ans, comme le lot malheureux de personnes âgées isolées pour cause d’éclatement et de dispersion des familles, est aujourd’hui revendiqué par près d’une moitié de la population des pays développés.
O
Olivier est toujours au rendez-vous pour rendre compte des productions de chacun. Je le remercie, une fois encore. Vous pouvez voir son blog de blogs en appuyant sur son nom.
G
Cet article du blog est référencé par google.
E
Oui nous en reparlerons mardi avec plus de temps.
D
Bien reçu ton article sur le blog. Nous en reparlerons mardi.
E
Oui, je sais que c'est une interprétation optimiste, mais il me semble qu'elle peut rendre compte du courant de fond des révolutions arabes. Il s'agit bien de passer du sujet dépendant du pouvoir politique et religieux au sujet responsable et créateur de son avenir. De mon point de vue, c'est moins le pouvoir du peuple que le pouvoir de chacun, qui est en jeu.

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