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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 08:02

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La Tour de Babel de Brueghel

 


Une mise en garde face à la mondialisation

 
Le respect nécessaire des différences et de l’altérité

 

Le récit de Babel est une formidable mise en garde,  face à une mondialisation, basée sur une langue technicisée, et sur la volonté d’uniformiser les comportements économiques, politiques et culturels, sans respecter les différences et l’altérité. C’est pour répondre au souci d’Yvon Montigné que la réflexion s’oriente dans une telle direction.

 

Babel

 

Tout le monde se servait d'une même langue et des mêmes mots.

Comme les hommes se déplaçaient à l'orient,

Ils trouvèrent une vallée au pays de Shinéar et ils s'y établirent.

Ils se dirent l'un à l'autre : "Allons ! Faisons des briques et cuisons-les au feu".

La brique leur servit de pierre et le bitume leur servit de mortier.

Ils dirent : "Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour

Dont le sommet pénètre les cieux !

Faisons-nous un nom et ne soyons pas dispersés par toute la terre !"

 

Or Yahvé descendit pour voir la ville

Et la tour que les hommes avaient bâties.

Et Yahvé dit : "Voici que tous font un seul peuple et parlent une seule langue,

Et tel est le début de leurs entreprises !

Maintenant aucun dessein ne sera irréalisable pour eux.

Allons ! Descendons ! Et là confondons leur langage

Pour qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres."

Yahvé les dispersa de là sur toute la terre

Et ils cessèrent de bâtir la ville.

Aussi la nomma-t-on Babel,

Car c'est là que Yahvé confondit le langage de tous les habitants de la terre

Et c'est là qu'il les dispersa sur toute la face de la terre.

 (Bible de Jérusalem, Genèse XI — 1 à 9)

 

 

Après la désolation du déluge, l’homme, dans une prétention étonnante, cherche à refonder l’humanité. Il réalisera son rêve par le faire. C’est le projet de la cité idéale, qui émerge dans son esprit. En faisant la cité idéale, il se fera lui-même.

 
Une même langue

L’homme a compris qu’il a besoin d’une même langue et de mêmes mots pour faire. S’il veut maîtriser la matière, il doit commencer par maîtriser les concepts qui permettent de la comprendre et d’agir sur elle. Le mot doit se mouler sur la matière pour avoir prise sur elle. Une forme de langue commence à faire son apparition. Ce n’est pas encore la langue scientifique. C’est pour le moins une langue technique.

Ainsi l’univers technique envahit la vie de tous les jours. Et la langue faite pour communiquer dans tous les domaines de l’existence finit par se confondre avec la langue technique elle-même. Le monde s’appauvrit dangereusement, au point de se cantonner dans le domaine du faire ; l’amour et la poésie n’ont plus leur place, à moins qu’ils ne se moulent dans les standards et la répétition qui voudraient les inventer à nouveau. En voulant devenir scientifique ou technique, l’art lui-même se dissout dans l’ennui et la prétention.

Pour atteindre son but, la langue technique doit à tout prix éliminer le sujet fait de particularité et d’incommunicabilité. La parole ici est un simulacre de parole. Elle ne fait que répéter ce que lui dit la langue et contraint le manque et l’incompréhensible à l’exil. Des pans entiers de l’univers sont ainsi en train de s’effondrer.


La standardisation

Les comportements se plient à la standardisation de la langue. Un fossé se creuse entre le petit nombre de ceux qui conçoivent et la foule de ceux qui exécutent. Ainsi la plupart sont condamnés à un travail répétitif pour faire des briques toutes identiques les unes aux autres. Pour unique consolation, ils ont la perspective de participer au Grand Œuvre de la communauté.  Chaque individu est lui-même comme une brique dans un grand ensemble, transformé en chose et condamné à ressembler à tous ceux qui l’entourent.

 

Habituellement, chacun reçoit son nom d’un autre, pour bien marquer le lien qui l’unit à l’origine de l’homme à travers une filiation qui se déroule dans l’histoire tout entière. Ici, on ne reçoit pas son nom, on va le fabriquer en réalisant le Grand Œuvre, qui marquera la suite des temps. Il sera le même pour tous, signe étincelant d’une refondation de l’humanité. Ainsi tous les malheurs passés et, en particulier, le grand désastre du déluge, seront rayés de la conscience, soulignant ainsi la volonté manifeste d’évacuer l’inconscient lui-même.

 

La rébellion du langage

Au bout d’un certain temps, le projet insensé de maîtriser la langue et de se fabriquer un nom se heurte au langage lui-même. Le langage, qui renferme les structures symboliques de l’homme, est toujours déjà donné. Il est ce à partir de quoi je peux parler, il me précède comme pour m’empêcher de le manipuler. Or, c’est bien à une sorte de manipulation que le projet de Babel voudrait procéder. Aussi le langage se met-il à résister : il entre dans la confusion et provoque la folie, disant ainsi qu’il ne marche pas dans le travestissement qu’on veut lui imposer. Nous ne pouvons nous heurter à l’invariant qui nous constitue sans provoquer des désastres. L’oreille se bouche et les mots qui doivent porter le sens suscitent l’incompréhension. Parce que les hommes ne s’entendent plus, la violence meurtrière est à la porte.


L’altérité absente

La confusion du langage est révélatrice d’une altérité absente. Il n’y a pas d’autre pour écouter si bien que la parole se transforme en échos qui interfèrent les uns avec les autres. C’est le brouillage des ondes de la transmission qui est ici à l’œuvre. Le brouillage, d’ailleurs, se reproduit à tous les niveaux, prenant la forme d’un mimétisme indépassable, qui affecte le désir aussi bien que la violence. Le cancer qui désorganise le corps, par la multiplication de cellules identiques, se met à perturber le psychisme lui-même et à contrarier toute émergence du sujet. En voulant tout maîtriser, l’homme n’arrive plus à réguler la machine qui devait produire de l’homme, parce qu’elle révèle son impuissance à engendrer de l’altérité et ne peut que s’enfermer dans l’écho de la répétition.

 

La dispersion des hommes pour un  nouvel ensemencement de l’univers

Le récit de Babel nous fait percevoir qu’il existe dans le langage une violence qui va provoquer la dispersion des hommes. Elle est constitutive du langage lui-même, dans la mesure où elle est là pour porter la différence et l’altérité. Or il n’existe ni différence ni altérité si les hommes restent enfermés dans un même moule. C’est bien pourtant une sorte de matrice que constitue le langage, appelé à produire de l’humain. Mais cette matrice est de l’ordre du symbolique ; elle est capable d’associer les contraires, comme la mort et la vie, dans un même paradoxe. Il appartient au langage de promouvoir différence et altérité pour que la graine de l’homme puisse ensemencer la terre entière. « Et c’est là qu’il dispersa les habitants sur toute la face de la terre. »

 

Chacun est appelé à réinterpréter le mythe à sa manière pour trouver des outils de réflexion  adéquats face à une mondialisation plus soucieuse d’une efficacité liée à la standardisation que du respect des différences et de l’altérité du sujet.

 

Etienne Duval

 

 

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Published by Duval Etienne
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Duval Etienne 22/05/2010 19:46



Babel, la vision et la raison


  Quelle que soit la vérité, il me semble que la légende de la soie est une belle fable pour nous montrer comment sortir de Babel. Au départ une sorte de
lumière survenue par hasard. Ensuite le développement qu’en a fait la raison. L’intelligence des peuples et des individus est faite, en même temps, de vision et de raison. Babel fait son
apparition lorsqu’on ne veut prendre qu’une dimension de l’intelligence : la vision ou la raison. La Babel d’aujourd’hui est faite d’une raison qui tourne sur elle-même. Elle a perdu la
vision et se transforme en idéologie qui nous oppose les uns et les autres. Il n’existe plus aujourd’hui de grande vision qui pourrait régénérer l’intelligence et le monde lui-même. C’est
pourquoi l’idée est venue de travailler sur les grands textes symboliques : les mythes, certains contes, les grands textes religieux.  Les textes symboliques portent la
vision ; leur interprétation développe la raison. Le jeu entre les deux peut développer une intelligence capable de transformer le monde au-delà des grandes tours, qui peuvent être de faux
semblants de la puissance et la cible des apprentis sorciers…



Marie-Claude Marchand 22/05/2010 19:44



Les codes du commerce


Hé!bé! Thé!! Des circonvolutions ascensionnelles verticales de la tour de Babel au fil de soie en passant par l'horizontalité  d'un labyrinthe avec son mangeur
d'hommes au centre, ce Minotaure au corps d'homme et tête sans paroles et sans langue, que de chemin!  En tout cas nous revoilà sur le chemin du commerce, et de ses langages, tous ceux qui
émaillèrent le chemin de la soie.... Un point commun entre tous ces peuples et ces langues, les codes du commerce... Pourquoi et comment le chemin de ce fil de soi (e) s'est-il perdu pour les
uns, ou continué dans une diversification des matières  et un élargissement au commerce mondial avec ses langues qui échappent au quidam que je suis?  


O "Bas Belle", quelle tour! tu nous as fait!




charles lallemand 19/05/2010 23:14



Merci Lucette pour cet éclairage sur les fonctions de la peau, dont celle que je retiens plus particulièrement d'élimination, enfin "sans la retenir", pour précisément
la laisser agir, et ne pas retenir "mon Ego" qui s'y trouve, si je puis dire "à fleur de peau",comme l'observait Freud en 1927 Essais de
psychanalyse : "Le moi est finalement dérivé des sensations corporelles, principalement de celles qui ont leur source dans la surface du corps. Il peut ainsi être
considéré comme une projection mentale de la surface du corps." Paul Valéry aussi en savait quelque chose qui, dix ans plus tôt composait La
jeune parque :   Toute ? Mais toute à moi, maîtresse de mes chairs,                           
                                  Durcissant d'un frisson leur étrange
étendue,                                                                       
Et dans mes doux liens, à mon sang
suspendue,                                                                    
Je me voyais me voir, sinueuse, et
dorais                                                                           
De regards en regards, mes profondes
forêts.                                                                     
J'y suivais un serpent qui venait de me mordre.


Et ce serpent, n'est-ce pas ce que, bien plus tard, Jacques Lacan comprendra comme ce "vice de structure originel", ce sujet divisé, barré, qui ne cesse de "se barrer", insaisissable, tel le
"huit intérieur", cette bande de Möbius à une seule face, qui n'a donc pas d'image spéculaire, irréductible à un envers et un endroit auquel nous sommes habitués, puisque chaque point de la
surface est aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur, d'où cette impossibilité de tout dire, "un manque, ajoute-t-il (Séminaire
X Seuil p.161), auquel le symbolique ne supplée pas", ce point obscur, ce rien, ce vide, qui, paradoxalement, m'invite, m'autorise à dire...et à vous rejoindre sur
le blog.


Charles Lallemand
                                                                                                      



lucette daubrée 19/05/2010 08:58



Charles, voici comment est perçue la peau par la "neurovégéto" thérapie (cerveau neuro-végétatif qui est celui des affects). Peut-être que cela vous aidera...


la peau :


"La peau dont la superficie est d'environ 2m carrés est un organe qui occupe une position intermédiaire entre les organes à innervation volontaire qui expriment un énènement psychologique et ceux
indépendants de notre volonté. Nous, nous retenons que la peau est plus que l'organe du sens tactile. La peau est constituée de l'épiderme (provenant de l'ectoderme embryonnaire), constitué de
cellules juxtaposées très serrées ; et du derme (provenant du mésoderme) qui contient des fibres et une substance fondamentale non structurée. L'union entre épiderme et derme se fait par une
"membrane" qui assure ainsi un rôle de filtre. (je passe sous silence les questions + médicales du nombre des mélanocytes, et des composants polysaccharidiques !)


Ses fonctions :


* Cette membrane est une zone de TRANSITION, mais aussi une unité structurelle et fonctionnelle essentielle surtout lorsque l'on étudie les phénomènes de cicatrisation.


* La peau a une fonction PROTECTRICE contre la pénétration des agents toxi-infectieux


* C'est un organe sensoriel de première importance du fait de la présence de récepteurs nerveux spécifiques qui mettent l'organisme en RELATION avec le milieu ambiant.


* Une fonction de sécrétion et d'excrétion, régulation réflexe de la température du corps


* une fonction IMMUNITAIRE (allergies) ;de récentes recherches ont confirmé qu'i existe dans la peau différentes fonctions endocrines : c'est pour cela qu'elle est considérée comme la plus grande
glande endocrine de l'organisme.


Au niveau psychologique :


La peau comme l'oeil, est un moyen d'expression et un point de contact entre le milieu interne et le milieu externe. Paul Valéry écrivait "ce qu'il y a de plus profond chez l'homme, c'est sa peau
!" Le langage courant parle des yeux et de la peau (dont les cheveux font partie) en utilisant parfois des adjectifs tels : lumineux, vaporeux. ou sortir de sa peau, laisser sa peau, ne pas être
dans sa peau, être bien ou mal dans sa peau, avoir une peau d'éléphant, chair de poule, sueur froide, prurit, urticaire, horripilation...


Toutes ces manifestations sont liées à l'affectivité. Il s'agit de phénomènes neuro-végétatifs qui influent sur les muscles périphériques et sur l'irrigation sanguine. Tendances
sadomasochistes... mère souvent inadéquate ou hyperprotectrice, cad peu stimulante ou rejetante... stress, tensions sexuelles, le prurit est un équivalent masturbatoire, transpiration
psychologique au niveau des paumes ou plantes de pieds..


On retrouve la peur d'affronter une relation interpersonnelle directe et l'incapacité à manifester la destructivité.


Les manifestations dermatologiques "sèches" expriment une carence énergétique, les "humides" un excès énergétique.


Toutes ces manifestations dermatologiques impliquent les capillaires dans leur fonction de DECHARGE des métabolites toxiques. C'est une élimination, donc du positif.


Du contact est bien venu : massages. (excusez, je vais vite, je dois partir)


La peau est un gigantesque cerveau périphérique, gardien toujours vigile, qui signale au cerveau chaque désordre, chaque menace, chaque agression venant de la périphérie !


Prenez soin de vous.



charles lallemand 18/05/2010 22:37



les cellules de la peau comme celles de l'oreille, c'est bien possible ! Quant au malentendu de celui entre Klara et Jean-Louis, puisse Oscar, le chien de Klara, m'apprendre comment sagement
faire avec !


J'ai bien apprécié Etienne, la justesse des titres que tu as donnés aux différents paragraphes de mon texte pour l'aérer et le rendre plus compréhensible. Charles


 


 



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