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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 17:38
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Malentendu et « malentendre »

 

Je voudrais évoquer ici le malentendu fondamental qui contrarie les relations entre les hommes et plus directement entre les hommes et les femmes. A l’origine, il y a la peur et même le refus de la mort, qui va entraîner un « malentendre de l’autre ». Pour le montrer, je vais commencer par faire le récit d’une très forte expérience personnelle que je relierai au texte mythique de la chute.

 

Mon oreille s'ouvre

 

Nous sommes en 1987. Je viens de m’apercevoir que je n’entends pas de l’oreille droite. J'achète une poire en caoutchouc pour la nettoyer mais rien n'y fait. Tous mes efforts, quels qu'ils soient, n'aboutissent à aucun résultat. Faut-il me rendre à l'évidence ? Je me dis que je dois être sourd depuis ma naissance et que je viens seulement d'en prendre conscience. C'est dur de se sentir handicapé, surtout lorsqu'il s'agit de l'oreille. Mes élucubrations symboliques me renvoient à la féminité de mon père. Il y aurait un problème à chercher dans cette direction. J'en suis là de mes interrogations lorsqu'une collègue de travail m'interpelle : "Tu n'entends pas ?" Elle est en train de critiquer une autre collègue et je fais mine de ne pas l'écouter pour ne pas donner prise à la mésentente sous-jacente. Un peu piqué au vif, je lui réponds : "Je vois tout mais je n'entends pas tout." Or cette petite scène va être d'une importance capitale. Il est six heures du soir. C'est le moment de quitter le travail. Je m'engage dans le centre commercial de la Part-Dieu tout proche. Tout à coup, je ressens dans l'oreille droite la détonation d’un coup de fusil. Mon oreille s'ouvre et, au même moment, j'aperçois, au bas du centre commercial, à la hauteur du métro, de petits enfants qui font du pédalo sur un bac d'eau, qui a disparu depuis. Très rapidement, je vais faire le lien. Je suis renvoyé au moment de ma naissance, avec l'eau et les enfants. Or, à cette époque, il y avait une mauvaise entente entre mes parents et ma grand-mère paternelle. Mon oreille n’aurait-elle pas enregistré cette mauvaise entente ? C’est en tout cas l’interprétation qui me vient rapidement à l’esprit. Mais après réflexion et discussion avec des amis, je comprends que, dès mes premiers jours, j’ai refusé d’entendre la « mauvaise entente » parce qu’elle mettait ma vie en danger. C’est ainsi que ce premier événement a contribué à fermer mon oreille droite, qui  évoquait discrètement la maison de mes grands parents, où je suis né.  Comme chez tout le monde, il y avait, en moi, dès l’origine, une peur viscérale de la mort, qui dictait mes comportements. Sans le vouloir, ma collègue, empruntant probablement la figure de la grand-mère, venait de reproduire la scène primitive qui avait marqué ma naissance. C’est ainsi que j’ai retrouvé, à mon insu, la voie de mon origine et le chemin de ma guérison. Avec l’apparent coup de fusil, la mort dont je refusais l’inextricable implication dans mon existence, refait surface et s’impose comme une dimension nécessaire de ma vie. Pour moi, c’est sa force positive, qui vient de m’ouvrir l’oreille. Aussi la réappropriation de mon écoute est-elle définitivement liée à l’acceptation de la mort elle-même.

 

 

Récit de la chute dans la Genèse

 

Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que Dieu avait faits. Il dit à la femme : « Alors, Dieu a dit : vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ? » La femme répondit au serpent : « Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin. Mais du fruit de l’arbre, qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas sous peine de mort ». Le serpent répliqua à la femme : « Pas du tout, vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux qui connaissent le bien et le mal ». La femme vit que l’arbre était bon à manger et séduisant à voir, et qu’il était, cet arbre, désirable pour acquérir le discernement. Elle prit de son fruit et mangea. Elle en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il mangea. Alors leurs yeux, à tous deux, s’ouvrirent et ils connurent qu’ils étaient nus : ils cousirent des feuilles de figuier et se firent des pagnes.

(Bible de Jérusalem, Genèse, 3 – 1 à 7)

 

Le serpent qui nous renvoie à l’origine de l’homme est incapable d’entendre le langage de la mort. Comment d’ailleurs pourrait-il l’entendre puisqu’il n’a pas d’oreille ? C’est pourquoi Dieu veut provoquer une mutation de l’homme lui-même. Il veut l’amener à accepter la mort pour pouvoir la dépasser en disant à Adam et Ève : « Du fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin vous n'en mangerez pas, vous n'y toucherez pas, sous peine de mort. » Avant de goûter à la vie, l’homme doit entendre le langage de la mort car celle-ci est indissociablement liée à la vie. Jusqu’ici, il n’a connu que le langage de la vie comme le serpent lui-même. La mort qui lui apparaît comme le contraire de la vie elle-même est inassimilable. Sous la pression du serpent, qui demeure en lui comme sa propre origine, il refuse d’entendre la Parole de Dieu, qui voudrait lui faire faire un pas décisif dans l’évolution. Il s’installe dans un malentendre, source de tous les malentendus entre l’homme et le divin, entre les hommes et les femmes et dans toutes les relations qu’entretiennent les hommes entre eux.

 

Chacun doit pouvoir entendre le message du mythe, même s’il n’est pas croyant. La mutation qui nous sollicite encore aujourd’hui nous invite à l’intégration de la mort pour pouvoir la dépasser. Mais pour cela, il faut sortir du malentendre et de tous les malentendus qu’il provoque pour suivre le chemin que la vie elle-même nous propose.

 Etienne Duval


 

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Published by Duval Etienne
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commentaires

lucette daubrée 20/04/2010 09:43



merci Socrate pour cette oreille patiente et ouverte qui m'ouvre à mon écoute et à celle des autres. La Sagesse est là.



Socrate dans le Théétète de Platon 19/04/2010 17:02



Socrate accoucheur dans le Théétète


Mon art d’accoucheur comprend donc toutes les fonctions que remplissent les sages-femmes ; mais il diffère du leur en ce qu’il délivre des hommes et non des
femmes et qu’il surveille leurs âmes en travail et non leurs corps. Mais le principal avantage de mon art, [150c] c’est qu’il rend capable de discerner à coup sûr si l’esprit du jeune homme enfante une chimère et une
fausseté, ou un fruit réel et vrai. J’ai d’ailleurs cela de commun avec les sages-femmes que je suis stérile en matière de sagesse, et le reproche qu’on m’a fait souvent d’interroger les autres
sans jamais me déclarer sur aucune chose, parce que je n’ai en moi aucune sagesse, est un reproche qui ne manque pas de vérité. Et la raison, la voici ; c’est que le dieu me contraint
d’accoucher les autres, mais ne m’a pas permis d’engendrer. Je ne suis donc [150d]
pas du tout sage moi-même et je ne puis présenter aucune trouvaille de sagesse à laquelle mon âme ait donné le jour. Mais ceux qui s’attachent à moi, bien que certains d’entre eux paraissent au
début complètement ignorants, font tous, au cours de leur commerce avec moi, si le dieu le leur permet, des progrès merveilleux non seulement à leur jugement, mais à celui des autres. Et il est
clair comme le jour qu’ils n’ont jamais rien appris de moi, et qu’ils ont eux-mêmes trouvé en eux et enfanté beaucoup de belles choses. Mais s’ils en ont accouché, c’est grâce au dieu et à moi
[150e] .


Et voici qui le prouve. Plusieurs déjà, méconnaissant mon assistance et s’attribuant à eux-mêmes leurs progrès sans tenir aucun compte de moi, m’ont, soit
d’eux-mêmes, soit à l’instigation d’autrui, quitté plus tôt qu’il ne fallait. Loin de moi, sous l’influence de mauvais maîtres, ils ont avorté de tous les germes qu’ils portaient, et ceux dont je
les avais accouchés, ils les ont mal nourris et les ont laissés périr, parce qu’ils faisaient plus de cas de mensonges et de vaines apparences que de la vérité, et ils ont fini par paraître
ignorants à leurs propres yeux comme aux yeux des autres [151a] . Aristide, fils de
Lysimaque, a été un de ceux-là, et il y en a bien d’autres. Quand ils reviennent et me prient avec des instances extraordinaires de les recevoir en ma compagnie, le génie divin qui me parle
m’interdit de renouer commerce avec certains d’entre eux, il me le permet avec d’autres, et ceux-ci profitent comme la première fois. Ceux qui s’attachent à moi ressemblent encore en ce point aux
femmes en mal d’enfant : ils sont en proie aux douleurs et sont nuit et jour remplis d’inquiétudes plus vives que celles des femmes. Or ces douleurs, mon art est capable [151b] et de les éveiller et de les faire cesser. Voilà ce que je fais pour ceux qui me
fréquentent. Mais il s’en trouve, Théétète, dont l’âme ne me paraît pas grosse. Quand j’ai reconnu qu’ils n’ont aucunement besoin de moi, je m’entremets pour eux en toute bienveillance et, grâce
à Dieu, je conjecture fort heureusement quelle compagnie leur sera profitable. J’en ai ainsi accouplé plusieurs à Prodicos, et plusieurs à d’autres hommes sages et divins.


Si je me suis ainsi étendu là-dessus, excellent Théétète, c’est que je soupçonne, comme tu t’en doutes toi-même, que ton âme est grosse et que tu es en travail
d’enfantement. Confie-toi  [151c] donc à moi comme au fils d’une accoucheuse
qui est accoucheur lui aussi, et quand je te poserai des questions, applique-toi à y répondre de ton mieux. Et si, en examinant telle ou telle des choses que tu diras, je juge que ce n’est qu’un
fantôme sans réalité et qu’alors je te l’arrache et la rejette, ne te chagrine pas comme le font au sujet de leurs enfants les femmes qui sont mères pour la première fois. J’en ai vu plusieurs,
mon admirable ami, tellement fâchés contre moi qu’ils étaient véritablement prêts à me mordre, pour leur avoir ôté quelque opinion extravagante. Ils ne croient pas que c’est par bienveillance que
je le fais. Ils sont loin de savoir  [151d] qu’aucune divinité ne veut du mal
aux hommes et que, moi non plus, ce n’est point par malveillance que j’agis comme je le fais, mais qu’il ne m’est permis en aucune manière ni d’acquiescer à ce qui est faux ni de cacher ce qui
est vrai


http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/theetetefr.htm


 




charles lallemand 19/04/2010 16:33



Oui Lucette, dans l´espérance sous le regard du Grand Autre, mais quand ni ce Grand Autre, ni ce Sujet qui porte inconsciement le pouvoir phallique "droit dans ses
bottes" ne sont eux-měmes "barrés" par un symbolique qui n´est pas de l´ordre du pouvoir, alors il se passe ce qui s´est passé á Katyně en 1940 et
pour une moindre part ce mois-ci. Comme me le disait un polonais dans le car d´aller, nous avons d´abord parlé allemand, puis trěs vite en frančais, parce que la langue des "deux grands frěres",
il n´aime pas, "la faute du pilote", cést peut-ětre non seulement "la pression" pour atterrir ici, sans quoi la commémoration ne pouvait se faire dans la journée, mais le fait que le pilote
précédent, á vérifier, avait été puni parce qu´íl avait préféré "écouter son corps" que d´obéir. Qu´est-ce que ce grand Autre et ce phallus imaginaire, quand derriěre se cache un
mensonge d´Etat ? Pour cette fois-ci, cá n´a pas été la faute aux terroristes, ni un sacrifice pour "la cause",  quelle cause, celle de nos
concepts ?  Et si l´écoute de notre corps, qui nígnore pas pour autant les techniques avec lesquelles il est aux prises, nous permettait de retrouver une certaine finesse
d´oreille qui est de l´ordre du symbolique, au risque de ne pas obéir, au risque comme ces 20001 résistants d´avant-hier, de ne pas ětre d´accord, de ne pas s´arranger une belle
synthése idylique, tel l´officier allemand de Vercors entre "la Belle et la Běte". Finesse d´oreille plus subtile que nos concepts, parce que le corps qui se laisse écouter, c´est "l´événement .
La vertu socratique essentielle, l´étonnement, "thomazo" je m´étonne, alors oui Lucette, l ´événement qui est don. charles


 


 


 


 


 


 


 


 



lucette daubrée 18/04/2010 08:19



LA QUALITE DE L'IGNORANCE


 


J'allais écrire la même chose, en souriant à l'idée de l'homo sapiens sapiens ! l'homme qui sait qu'il sait... quelle erreur, mais c'est le début obligatoire avant de s'apercevoir de l'ignorance
qui nous fonde. Avec toute la qualité d'ouverture que cela nous donne.


 


Nos échanges nous montrent l'outil qu'est notre capacité à penser, et aussi comme le soulignent Charles, Marius ou nous tous, l'autre outil incontournable qu'est le corps. L'un et l'autre, la
pensée comme le corps dans un entrecroisement permanent, n'en finissent pas de buter sur ce constat : nous ignorons. Une finitude, une butée, nous qui aspirons à l'infini...


 


Alors, cette ignorance m'ouvre à une autre dimension : l'espérance.


Pour moi, espérer, c'est m'en remettre à ce qui est plus grand que moi, en confiance. Cette sensation me comble, et me rend mieux que légère, parce que c'est donné. Un peu comme du miel chaud qui
coulerait en moi comme un onguent. 



Duval Etienne 17/04/2010 19:01



Je ne sais pas et je sais que je ne sais pas....



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