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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 09:16

Narcisse et Echo

http://mgr2.free.fr/redac-membres/narcisse.php


Le système de Narcisse destructeur du politique

ou

La confusion entre l’image et l’identité


 

Le débat sur l’identité nationale semble révéler une confusion entre l’image et l’identité. Une telle confusion qui s’exprime, aujourd’hui, à tous les niveaux, peut conduire à la destruction du politique et du sujet lui-même. Sans même que nous nous en rendions compte, Narcisse est en train  de diffuser son poison. Et, pour mieux atteindre son but, qui flatte le désir de chacun en le conduisant à sa perte, il a construit un système qui asservit les individus des principaux partis et les rend presque totalement aveugles ; ils croient maîtriser les événements alors qu’ils sont dirigés eux-mêmes par une main invisible qui les conduit vers leur propre anéantissement.

 

Le mythe de Narcisse

Narcisse est orgueilleux de sa propre beauté. Hommes et femmes sont attirés par lui mais il reste insensible à leurs avances. Lorsqu’il a été consulté, le devin Tirésias a prédit : « Narcisse vivra très vieux à condition qu’il ne se regarde jamais ». Malheureusement, le jeune homme n’est tourné que vers lui-même. Il ne s’intéresse pas à la parole des autres : il n’entend en fait que l’écho de sa propre parole. Tous ceux qu’il fascine n’arrivent pas à attirer son attention et sombrent dans le désespoir. Un jour, fatigué, il s’arrête près d’un ruisseau à l’eau très claire  et se penche pour étancher sa soif. Il découvre alors son propre reflet et devient amoureux de son image. Son désir grandit, s’excite et s’épuise. « Comment supporter à la fois de posséder et de ne pas posséder ? » Son image s’échappe chaque fois qu’il veut l’atteindre. Souffrant un martyre indicible, Narcisse finit par plonger un poignard dans sa poitrine. La semence de son sang donne naissance à un narcisse blanc à corolle rouge : la belle image, qui évacue l’autre, conduit à la mort.

 

Du mythe de Narcisse au système de Narcisse

En France, qu’ils soient de droite ou de gauche, la plupart des hommes et des femmes politiques sont pris au piège de Narcisse. Ils sont fascinés par le souci de se construire une image attirante pour atteindre le pouvoir. Le paraître l’emporte sur l’être et la réalité, et tous les moyens de communication sont bons pour atteindre leur but.  Le candidat devient un produit qu’il faut vendre. Il n’hésite pas à se transformer en marchandise et à utiliser pour sa promotion les techniques les plus sophistiquées de la vente. Il est alors à la merci des marchands de rêve, construisant pour lui le système de Narcisse, qui va progressivement l’enfermer. Son image finit par remplacer son identité et l’emballage l’emporte sur le contenu.  Bien plus, l’écho de sa parole est plus important que la parole elle-même.

 

Les médias produisent l’image et l’écho

Dans le système de Narcisse, les médias acquièrent une importance considérable. En dernier recours, ce sont eux qui vont construire l’image et l’écho. Sans cesse ils sont sollicités, adulés, parce qu’il leur appartient de produire le fameux sésame, qui ouvre les portes du pouvoir. Le passage sur les grandes chaînes de télévision à 20 heures est un atout important pour les hommes politiques et pour ceux qui rêvent de le devenir.  Aussi la privatisation des médias peut-elle intéresser les soutiens de telle ou telle tendance dans le gouvernement du pays. Non seulement la presse mais aussi l’argent font bon ménage avec le pouvoir. La confusion s’installe aux dépens de la vérité qu’il faut défendre. Seules la compétence, l’intégrité et l’indépendance des  journalistes constituent un rempart contre une telle dérive. Mais, souvent, le besoin de survivre et de prospérer amène plus ou moins discrètement la presse à céder à la démagogie, en flattant le besoin de caricatures chez les auditeurs et les téléspectateurs eux-mêmes. Une concurrence s’installe pour être les premiers à jouer avec les nouvelles qui font choc, et produire ainsi un supplément d’image et d’écho. Car la perversion est devenue si grande qu’elle a contaminé l’auditeur et le spectateur ; ils se nourrissent de plus en plus du système de Narcisse.

 

Les partis et les courants amplifient la bonne image et le bon écho

Le système a ses hauts parleurs : ce sont les partis et les courants qui deviennent les courtiers du pouvoir en place et de l’opposition elle-même. Ils fonctionnent comme l’orchestre pour renforcer la bonne image et le bon écho et assourdir et disqualifier tout ce qui leur est contraire. Ils sont au service des leaders, auxquels les serviteurs tendent à s’identifier, accentuant encore le rôle de l’image qui tue l’identité. Il ne s’agit plus de partager le pouvoir entre tous mais de le réserver à quelques privilégiés, qui doivent briller comme des étoiles dans le ciel politique.

 

Chacun entend l’autre à travers l’image qu’il s’en fait

 En fait l’autre n’existe plus. L’orchestre finit par le dissoudre dans le même. Chacun entend son vis-à-vis à travers l’image qu’il s’en fait. Ce ne sont plus des hommes qui se font face : ce sont les bonnes images d’un clan qui s’opposent aux mauvaises images de l’autre. Non seulement l’écho remplace la parole, mais l’écho lui-même est déformé lorsqu’il rencontre l’oreille de l’adversaire. La défense du pouvoir et l’opposition deviennent systématiques. Chacun est pris dans les mailles du système que Narcisse a contribué à mettre en place. L’homme ne pense plus vraiment. Sans même qu’il ne s’en rende compte, le système le fait à sa place à travers le jeu des images et des échos. Jeu qui renvoie sans cesse à des engagements initiaux non discutables ou à d’immémoriales prises de position, qui tiennent lieu de vérité.

 

Narcisse détruit le politique en détruisant le sujet

Comme nous le constatons, le culte de l’image finit par détruire le politique. En tenant lieu d’identité, l’image interdit l’accès au sujet que le politique devrait promouvoir. En fait ce qui est en cause, c’est l’autre. A l’origine du système de Narcisse, il y a la peur de l’autre. Narcisse est né d’un viol qui a laissé en lui un profond traumatisme : au lieu de susciter le désir et l’amour, l’autre est devenu celui qu’il faut éviter à tout prix. Mais alors comment se construire, si le sujet passe par l’autre ? Qu’à cela ne tienne, l’autre est remplacé par sa propre image, cet autre de soi-même. Nous touchons ici au fondement ultime de l’inceste. Le système de Narcisse est fondamentalement incestueux. C’est pourquoi il conduit à la mort du politique et du sujet. Sans doute faut-il s’aimer soi-même pour vivre et pour aimer les autres. Mais Narcisse ne s’aime pas vraiment. Il y a, en lui, une haine de soi, liée à la peur  de l’autre, qui le constitue malgré lui. Il choisit de se replier sur soi-même et donc de s’enfermer alors que la seule solution serait de s’ouvrir à l’autre.

Dans le contexte actuel, il n’est peut-être pas inutile de s’interroger sur l’identité nationale. Mais cette interrogation elle-même, adossée à la recherche de la bonne image, pourrait être le signe de la peur archaïque de l’étranger, qui pousserait à la confusion de l’image et de l’identité. Elle ne sera pourtant pas inutile si elle fait prendre conscience de la seule véritable voie pour sortir du système de Narcisse, qui empoisonne les uns et les autres : se régénérer en sachant accueillir convenablement l’étranger. Tout n’est pas encore perdu.                                 

Etienne Duval

 

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Duval Etienne 25/12/2009 11:50


L'identité de Jésus entre l'ombre et la lumière




Yves Bajard 24/12/2009 11:40


Qui sommes-nous vraiment ? Yves Bajard tente de répondre à cette quetion :

Même semée d'embûches, c'est une route merveilleuse que celle qui nous conduit vers l'indicible.

Des années de théâtre  il me semble que je n'ai retenu que cette phrase de "Shakespeare" dans la Tempête :
"Nous sommes de cette étoffe dont nos rêves sont faits, notre petite vie est entourée par un sommeil".

Il me faut ôter le voile qui recouvre mes songes.


Duval Etienne 22/12/2009 21:06


L'icône au-delà de l'image : elle renvoie à la Parole






Η Γεννησις


 


L'icône de la Nativité s'inspire du récit de Saint Luc


 


« Pendant qu’ils étaient à Bethléem, le jour de la naissance arriva. Elle mit au monde un fils, son premier-né. Elle l’enveloppa de
langes et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’abri destiné aux voyageurs. » (Luc, 2, 6-7)





Duval Etienne 21/12/2009 09:44


Oui, je pense comme vous que l'homme est à l'aube d'une nouvelle identité plus spirituelle et plus universelle. Et vous avez raison de dire que Christophe Galfard travaille en ce sens en passant du
langage scientifique au langage symbolique. Le langage scientifique est froid et univoque, s'enfermant dans le rationnel. Il n'atteint que ceux qui font partie du cénacle. Il n'atteint pas l'homme.
Le langage symbolique est plus humain : il assume le corps et toutes ses émotions. Autrement dit, à travers lui, le langage scientifique s'incarne et peut ainsi participer à un élargissement de
notre identité. C'est une piste de réflexion très intéressante.


Danièle Petel 21/12/2009 09:33


Le big bang expliqué en trois minutes.
J’apprécie bien cette proposition du scientifique Christophe Galfard:
Car sans infliger de blessure narcissique ni aux scientifiques, ni aux croyants ni aux philosophes. Il déconstruit simplement les tabous
Quand ce même scientifique explique les forces de vie en toute simplicité dans son ouvrage. ‘’Le prince des nuage’’ là je suis admirative :

Le prince des nuages est l’épopée de trois adolescents en but avec les forces du bien et du mal. Ils partent à la poursuite d’un tyran cruel. Ils devront donc dans leur quête parcourir le ciel et
comprendre ce que sont les éclairs et les nuages, ce qui se cache la nuit dans le noir entre les étoiles, pourquoi le ciel est bleu le jour et rouge le soir...

Il lâche le jargon scientifique pour entrer dans la symbolisation.
Il me semble que Christophe Galfard comme d’autres, nous invite à élargir notre identité spirituelle.

Nous sommes à notre place tout simplement.
Votre exemple de la vie humaine de 70 ans qui représente sixième de seconde est soumis au même principe concernant le rapport espace temps qu’une autre vie humaine de 35 ans qui elle représente un
douzième de seconde.
L’homme qui porte en lui le mystère comme on porte un enfant, se doit de penser d’espérer et d’aimer
Je pense que l’humanité est à l’aube d’une nouvelle identité plus spirituelle plus universelle.



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