Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 08:49

 

Desssin de Michel Bastian
 


La belle histoire de Jean-Pierre, un clochard redevenu chauffeur de  car

 

Nous venons de fêter Noël et je ne peux m’empêcher de penser à tous les SDF que je rencontre à la Croix Rousse, en sortant de chez moi, le matin. S’ils sont là, ce n’est pas parce que la Croix Rousse est un quartier pauvre, mais c’est plutôt parce qu’ils se sentent mieux qu’ailleurs dans ce quartier privilégié.

 

Il y a quelques années, j’ai réalisé une petite étude sociologique sur les clochards de Lyon, en prenant comme terrains d’enquête, Perrache et le restaurant La Rencontre, tout près de chez moi. Or, un soir, je découvre Jean-Pierre, qui faisait la manche au bas de l’escalier mécanique de la gare conduisant à  la Place Carnot. Son histoire m’émeut profondément. Il est sur Lyon, depuis neuf ans. Il était chauffeur de car, il y a une dizaine d’années, dans une ville du midi. Sa femme commença à avoir des doutes sur sa fidélité parce qu’il rencontrait beaucoup de monde dans ses différents voyages. Il l’assura que ses doutes n’étaient pas fondés mais rien n’y fit. Le manque de confiance de son épouse le fit chuter, provoquant une petite dépression et un divorce auquel il ne s’attendait pas. Il quitta son entreprise et un sursaut salutaire lui permit de se faire réembaucher par une autre société de transport. Au bout de trois mois, son employeur lui avoua qu’il faisait bien l’affaire. Mais il ne voulait pas continuer à être harcelé par sa femme, cherchant à s’assurer qu’elle recevrait bien sa pension alimentaire. C’en était trop. Il quitta les lieux et s’en fut dans une autre ville pour apprendre à quêter et c’est ainsi qu’il se retrouva dans la cité lyonnaise. Fréquemment il téléphonait à son ancienne femme, sans parler, simplement pour entendre la voix de sa fille, qui avait 16 ans, au moment où je fis sa connaissance.

 

Daniel Luder, un routard célèbre, à qui j’avais fait écrire sa vie et qui avait établi son quartier général dans la rue des Remparts d’Ainay, connaissait Jean-Pierre. Nous fîmes le point et nous décidâmes de l’aider à s’en sortir. Nous étions alors cinq à entrer en action : Jean-Pierre, Daniel, deux autres clochards et moi. Mon appartement allait servir de lieu de réunion et de repas. Très rapidement le Directeur régional du Travail et de l’Emploi que je connaissais bien s’agrégea à notre petit groupe. Daniel fit rapidement sa connaissance, se mit à le tutoyer comme un ancien ami et frappait régulièrement à sa porte sans aucune autorisation.  Naturellement enclin à la compassion face à la misère humaine, le directeur se laissa faire et se prit au jeu. Daniel jouait le rôle d’intermédiaire entre tous. Nous formions ainsi une sorte de petite communauté d’action agrémentée par les repas que nous prenions chez moi ou dans un foyer de Caluire.

 

Jean-Pierre était prêt à tenter l’aventure. Il y avait pourtant un petit problème : comme beaucoup de clochards, il était un peu porté sur la bouteille de vin blanc. Ce n’était pas un ivrogne, mais sa fâcheuse habitude quotidienne n’était pas compatible avec un travail régulier. Qu’à cela ne tienne : Daniel et les deux autres clochards y prêteraient attention et feraient tout pour qu’il se corrige progressivement. Je pense que leurs efforts furent couronnés de succès. Lorsque le Directeur du Travail sentit que son candidat était prêt, il prit contact avec l’AFPA de Saint Etienne et sollicita en sa faveur un stage de remise à niveau pour la conduite de cars. Sa position hiérarchique facilita la tâche et Jean Pierre prit la direction de la ville voisine, non plus pour apprendre à quêter mais pour retrouver son ancienne qualification. Il rebroussait chemin mais c’était pour un nouveau départ. Tout se passa bien et nous apprîmes plus tard qu’il conduisait des cars scolaires. Assez étrangement Daniel et les deux autres clochards qui avaient participé à sa réhabilitation ne firent rien pour retrouver sa trace. Ils avaient servi de passeurs mais Jean-Pierre était passé de l’autre côté ; il ne faisait plus partie du même monde…

Vous avez sans doute votre histoire avec des SDF, ou d’autres personnes en difficulté qui habitent tout près de chez vous. N’hésitez pas à nous la raconter…

 

Etienne Duval

 

Télécharger

Partager cet article

Repost0

commentaires

D
<br /> <br /> Merci, par ailleurs votre blog est très complet et bien fait.<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
D
<br /> <br /> C'est fait. En général, je ne mets pas la référence car on peut l'avoir en appuyant sur le côté droit de la souris. Mais je reconnais que c'est mieux de la mettre.<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
D
<br /> <br /> Ce serait gentil de d'indiquer l'auteur de ce dessin : Michel Bastian<br /> Cordialement.<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
H
<br /> <br /> je suis tombe par hasard sur votre site tres interessant ! ! Un petit bonjour d’une personne<br /> qui vous a toujours apprecié<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
D
<br /> Je vais dire une banalité. Je ne puis être moi-même sans le rapport à l'Autre.<br /> Je vais dire une énormité. C'est l'Autre qui fonde l'être.<br /> Je vais dire une autre énormité. C'est l'Autre qui fonde le sujet. C'est l'Autre qui empêche le sujet de se refermer sur lui-même.<br /> L'Autre c'est le Mystère, ce sur quoi le langage n'a pas de prise. C'est l'au-delà du langage qui fonde le langage...<br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br />  DE L'AUTRE<br /> finalement, le mendiant, la burka, l'aveugle de naissance, le regard, me renvoient à la question de l'Autre.<br /> l'Autre, celui qui est extérieur à moi, qui n'est pas moi, mais qui me questionne, avec lequel la vie me fait inter-agir : mon prochain<br /> l'Autre qui est moi aussi, cette partie de moi qui me déplaît, qui me fait peur : l'inconnu, la mort, la violence, la haine. tout ce qui constitue ce que je m'évertue à garder Inconscient<br /> l'Autre, "Celui qui Est" plus grand que moi, Il peut être nommé et révéré de multiples façons. <br /> Comment concevez-vous, l'Autre ? <br /> <br /> <br />
Répondre
D
<br /> Il me semble que Gauguin nous renvoie à la source de la vision, à Celui qui nous donne de voir. Il s'agit d'une vision intérieure, proche de la vision béatifique...<br /> <br /> <br />
Répondre
D
<br /> Etienne, cet oeil est créateur car il agit dans le respect et l’harmonie, il est sensible à la précarité et vulnérabilité de l’autre, il peut révéler un élan créateur de part et d’autre.<br /> Gauguin, nous montre très bien comment nous fabriquons des boucs émissaires en toute quiétude. Il a le désir de montrer notre vulnérabilité et peut être ainsi nous amener à un peu plus d’autonomie,<br /> dans nos pensées, pour soi même et pour l’autre.<br /> Bonne soirée !<br /> <br /> <br />
Répondre
D
<br /> <br /> <br /> La vision après le sermon de Gauguin<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> La vie est mouvement.<br /> ce qui s'exprime dans l'oeil de la femme, c'est le mouvement de ce qu'elle voit. et c'est ce qui bouge, la vie, qui rend son oeil pétillant. c'est tout cet extérieur qui peut faire écho en elle,<br /> qui lui permet de vivre en relation avec ce qui advient, qui la transforme elle, et inter-agit avec l'extérieur. c'est un va et vient, c'est le vivant.<br /> encore faut-il avoir un oeil curieux et ouvert.<br /> dans le vieux texte indien des yoga-sutras de Patanjali, datant de 500 ans av JC, l'accent est mis sur la vision : cet organe de la vision qu'est l'oeil, nous permet de connaître  grâce à une<br /> dynamique d'un aller et retour. aller vers un objet, et le retour que nous fait l'objet. autrement, on est dans le savoir, et pas la connaissance qui implique une expérience vécue, expérimentée,<br /> physique.<br /> nous sommes impliqués dans la vie. <br /> <br /> <br />
Répondre
D
<br /> Danièle, avez-vous remarqué la vie qui s'exprime dans l'oeil de la femme, sur la peinture précédente, comme pour nous dire que cet oeil est créateur, et, en particulier, comme vous l'exprimez,<br /> créateur de l'autre ?<br /> <br /> <br />
Répondre
D
<br /> La possibilité de vivre commence dans le regard de l’autre (Michel Houellebecq)<br /> Danièle<br /> <br /> <br />
Répondre
D
<br /> <br /> <br /> L’être qui fleurit librement<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> LE BLEU<br /> le bleu de ce tissu chatoyant m'attire : je le parcours de haut en bas, il est onirique.<br /> un bleu profond, lumineux, changeant. des reflets marines, des reflets verts, des reflets violets.<br /> mes yeux glissent dessus comme sur le bleu changeant de la mer, pour y découvrir ses profondeurs, ses secrets. quelles délicates broderies ! discrètes, raffinées...des plissés fins, un retombé de<br /> tissu majestueux.<br /> mes yeux touchent un tissu doux, lisse et soyeux. <br /> une allégorie de la féminité !<br /> mais ce que je recherche avec le plus d'attention, c'est de suivre la courbure d'un sourcil, et cette petite lumière qui brille dans l'oeil gauche de cette femme qui parait jeune. <br /> j'aimerais lui demander à quoi cela sert ? ce qu'elle ressent ?<br /> et j'aimerais lui raconter une histoire qui m'est arrivée : c'était un été très chaud en Suisse, dans un monastère où je suivais avec un groupe, un stage de yoga pendant une semaine. j'étais à la<br /> messe, et j'avais une robe à bretelles découvrant mes bras et le haut de mon corps. cette robe était sur un pantalon de toile. le prêtre italien en entrant par l'arrière de l'allée centrale, s'est<br /> arrêté à ma hauteur, et en se penchant me dit "j'espère que vous n'avancerez pas communier dans cette tenue".<br /> confuse, j'ai couru chercher dans la salle de pratique une écharpe orange que j'ai passée sur mes épaules. je me souviens de cet orange, la couleur du renoncement, du détachement, l'orange des<br /> moines bouddhistes. je suis allée communier, mais en colère contre ces paroles du prêtre, et contre moi-même, la honte en plus d'y avoir cédé. et le mal-être de communier ainsi avec "une dent<br /> contre mon frère".<br /> puis une paix m'est venue dans le silence.<br /> Celui qui est amour, m'avait soufflé du miel au coeur :<br /> tu es comme je t'ai faite. il n'y a rien de honteux en toi.<br /> c'est celui qui t'a dit de te couvrir qui craignait ses propres pensées.<br /> la femme n'est pas à cacher comme un objet précieux que l'on possède. c'est un Etre qui fleurit librement dans la richesse des rencontres, dans les souffles du vent, dans les espaces des pensées et<br /> des regards.<br /> <br /> cette situation ressemble à l'état caractéristique des psychotiques qui ont tellement en eux le sentiment que l'extérieur est dangereux, qu'ils se replient sur eux-mêmes. <br /> pour enduire de boue les yeux de l'aveugle, il faut qu'il accepte de se laisser toucher.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> <br /> <br /> Le visage qu’on ne voit plus, un peu comme<br /> <br /> <br /> celui du clochard<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
D
<br /> <br /> <br /> Le visage multiple<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
D
<br /> J'aime bien cette idée d'un visage composé d'une infinité de visages, chacun particulier parce qu'il révèle ce que voit l'autre. C'est aussi ce qui se passe dans l'interprétation d'un texte<br /> symbolique. Il n'y a pas une interprétation unique, mais une multitude points de vue venant de la multitude des individus lecteurs, dont la convergence pointe vers la vérité. En un sens, Dieu<br /> Lui-même est aussi ce que nous en faisons...<br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> cela me fait penser à cette photo d'un visage, qui peut être celui du Christ, composé d'une infinité de plus petites photos de visages.<br /> Cette possibiiité  de double lecture : un visage unique, une infinité de visages, souligne la nécessité indispensable du détour par l'autre. c'est interactif.<br /> <br /> <br />
Répondre
E
<br /> Le visage est l'identité de chacun mais au sens où il renvoie aussi à un au-delà de cette identité, à ce qui la fonde. Personnellement je rejoins assez bien ce que dit Lévinas...<br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> ce qui me paraît remarquable, c'est que Jésus, "en passant vit un homme aveugle de naissance". la question de la culpabilité est posée immédiatement : "qui a péché, lui ou ses parents, pour qu'il<br /> soit né aveugle".<br /> mais la réponse est claire : "ni lui ni ses parents n'ont péché, c'est pour que soient manifestées les oeuvres de dieu."<br /> et c'est un jour de sabbat que Jésus va oeuvrer, un jour où aucun acte n'est possible.<br /> j'y entends, que pour "voir" il n'est même pas nécessaire de le demander.<br /> le mendiant aveugle ne fait aucune demande à Jésus.<br /> et les oeuvres de lumière ne s'encombrent pas de la loi des hommes, fussent-ils Moïse. Elles sont ailleurs.<br /> pour moi, ces versets sont une allégorie. qu'est-ce qu'être aveugle ? ne pas voir, ou ne pas être éveillé au sens de ce qu'il y a à comprendre ? et la question du visage nous répond. le visage est<br /> l'identité de chacun de nous, et il est unique et changeant dans le temps. en cela il est sens. <br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> <br /> Le visage selon Lévinas<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Le visage est sens à lui seul. Toi, c'est toi. En ce sens, on peut dire que le visage n'est pas "vu". Il est ce qui ne peut devenir un contenu, que votre pensée<br /> embrasserait ; il est l'incontenable, il vous mène au-delà. (Ethique et infini)<br /> <br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
D
<br /> <br /> Le rabbin aveugle<br /> <br /> <br /> Le sacrifice de la vision nous invite au discernement. Un jeune rabbin aveugle dit à son maître spirituel qui lui rendit visite un jour. : «Vous êtes venu pour recevoir les visages de celui qui ne<br /> voit pas. Méritez de recevoir de celui qui voit et qui n’est pas vu ( Dieu)»<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
E
<br /> <br /> Le mendiant n’a pas de visage<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Indirectement, la guérison de l'aveugle-né nous révèle que le mendiant n'a pas de visage. En lui redonnant la vue, Jésus lui redonne un visage et la possibilité de sourire. Le sourire est du côté<br /> de l'indicible : il est au-delà de la parole et semble même fonder cette parole. Ici les pharisiens qui discutent beaucoup ne sourient pas. C'est pourquoi la Parole semble leur échapper pour être<br /> confiée au mendiant qui sourit.<br /> <br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
P
<br /> Cet article est recensé dans Pierre-Auguste Renoir :<br /> <br /> http://thesocialarchive.com/category/Impressionism/Pierre-Auguste+Renoir/1/<br /> <br /> <br />
Répondre
T
<br /> Cet article est recensé par twitter :<br /> <br /> http://twitter.com/etiennedu/status/8722952600<br /> <br /> <br />
Répondre
D
<br /> Etonnant le rapport entre la fosse Dionne, qui ouvre les yeux sur le signification de l'argent du diable, et la piscine de Siloé, qui ouvre les yeux sur l'homme, aveugle de naissance.<br /> <br /> <br />
Répondre
D
<br /> <br /> <br /> Guérison du mendiant, aveugle de naissance<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
D
<br /> <br /> Guérison d’un mendiant-aveugle<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> 9,1 <br /> En passant, il vit un homme aveugle de naissance.<br /> 9,2<br /> Ses disciples lui demandèrent :"Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle ?"<br /> 9,3<br /> Jésus répondit :"Ni lui ni ses parents n'ont péché, mais c'est afin que soient manifestées en lui les œuvres de Dieu.<br /> 9,4<br /> Tant qu'il fait jour, il nous faut travailler aux œuvres de celui qui m'a envoyé ; la nuit vient, où nul ne peut travailler.<br /> 9,5<br /> Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde."<br /> 9,6<br /> Ayant dit cela, il cracha à terre, fit de la boue avec sa salive, enduisit avec cette boue les yeux de l'aveugle,<br /> 9,7<br /> et lui dit : "Va te laver à la piscine de Siloé"- ce qui veut dire : Envoyé. L'aveugle s'en alla donc, il se lava et revint en voyant clair.<br /> 9,8<br /> Les voisins et ceux qui étaient habitués à le voir auparavant, car c'était un mendiant, dirent alors :"N'est-ce pas celui qui se tenait assis à mendier ?"<br /> 9,9<br /> Les uns disaient :"C'est lui."D'autres disaient :"Non, mais il lui ressemble."Lui disait :"C'est moi."<br /> 9,10<br /> Ils lui dirent alors :"Comment donc tes yeux se sont-ils ouverts ?"<br /> 9,11<br /> Il répondit :"L'homme qu'on appelle Jésus a fait de la boue, il m'en a enduit les yeux et m'a dit :"Va-t'en à Siloé et lave-toi."Alors je suis parti, je me suis lavé et j'ai recouvré la vue."<br /> 9,12<br /> Ils lui dirent :"Où est-il ?" Il dit :"Je ne sais pas."<br /> 9,13<br /> On le conduit aux Pharisiens, l'ancien aveugle.<br /> 9,14<br /> Or c'était sabbat, le jour où Jésus avait fait de la boue, et lui avait ouvert les yeux.<br /> 9,15<br /> A leur tour les Pharisiens lui demandèrent comment il avait recouvré la vue. Il leur dit :"Il m'a appliqué de la boue sur les yeux, je me suis lavé et je vois."<br /> 9,16<br /> Certains des Pharisiens disaient :"Il ne vient pas de Dieu, cet homme-là, puisqu'il n'observe pas le sabbat"; d'autres disaient :"Comment un homme pécheur peut-il faire de tels signes ?"Et il y<br /> eut scission parmi eux.<br /> 9,17<br /> Alors ils dirent encore à l'aveugle :"Toi, que dis-tu de lui, de ce qu'il t'a ouvert les yeux ?"Il dit :"C'est un prophète. "<br /> <br /> 9,18<br /> Les Juifs ne crurent pas qu'il eût été aveugle tant qu'ils n'eurent pas appelé les parents de celui qui avait recouvré la vue.<br /> 9,19<br /> Ils leur demandèrent :" Celui-ci est-il votre fils dont vous dites qu'il est né aveugle ? Comment donc y voit-il à présent ?"<br /> 9,20<br /> Ses parents répondirent :"Nous savons que c'est notre fils et qu'il est né aveugle.<br /> 9,21<br /> Mais comment il y voit maintenant, nous ne le savons pas ; ou bien qui lui a ouvert les yeux, nous, nous ne le savons pas. Interrogez-le, il a l'âge ; lui-même s'expliquera sur son propre<br /> compte."<br /> 9,22<br /> Ses parents dirent cela parce qu'ils avaient peur des Juifs ; car déjà les Juifs étaient convenus que, si quelqu'un reconnaissait Jésus pour le Christ, il serait exclu de la synagogue.<br /> 9,23<br /> C'est pour cela que ses parents dirent :"Il a l'âge : interrogez-le."<br /> 9,24<br /> Les Juifs appelèrent donc une seconde fois l'homme qui avait été aveugle et lui dirent :"Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur."<br /> 9,25<br /> Lui répondit :"Si c'est un pécheur, je ne sais pas ; je ne sais qu'une chose : j'étais aveugle et à présent j'y vois."<br /> 9,26<br /> Ils lui dirent alors :"Que t'a-t-il fait ? Comment t'a-t-il ouvert les yeux ?"<br /> 9,27<br /> Il leur répondit :"Je vous l'ai déjà dit et vous n'avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous l'entendre à nouveau ? Est-ce que, vous aussi, vous voudriez devenir ses disciples ?"<br /> 9,28<br /> Ils l'injurièrent et lui dirent :"C'est toi qui es son disciple ; mais nous, c'est de Moïse que nous sommes disciples.<br /> 9,29<br /> Nous savons, nous, que Dieu a parlé à Moïse ; mais celui-là, nous ne savons pas d'où il est."<br /> <br /> <br /> 9,30<br /> L'homme leur répondit :"C'est bien là l'étonnant : que vous ne sachiez pas d'où il est, et qu'il m'ait ouvert les yeux.<br /> 9,31<br /> Nous savons que Dieu n'écoute pas les pécheurs, mais si quelqu'un est religieux et fait sa volonté, celui-là il l'écoute.<br /> 9,32<br /> Jamais on n'a ouï dire que quelqu'un ait ouvert les yeux d'un aveugle-né.<br /> 9,33<br /> Si cet homme ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire."<br /> 9,34<br /> Ils lui répondirent :"De naissance tu n'es que péché et tu nous fais la leçon !"Et ils le jetèrent dehors.<br /> 9,35<br /> Jésus apprit qu'ils l'avaient jeté dehors. Le rencontrant, il lui dit :"Crois-tu au Fils de l'homme ?"<br /> 9,36<br /> Il répondit :"Et qui est-il, Seigneur, que je croie en lui ?"<br /> 9,37<br /> Jésus lui dit ;"Tu le vois ; celui qui te parle, c'est lui. "<br /> 9,38<br /> Alors il déclara :"Je crois, Seigneur ", et il se prosterna devant lui.<br /> 9,39<br /> Jésus dit alors :"C'est pour un discernement que je suis venu en ce monde : pour que ceux qui ne voient pas voient et que ceux qui voient deviennent aveugles."<br /> 9,40<br /> Des Pharisiens, qui se trouvaient avec lui, entendirent ces paroles et lui dirent :"Est-ce que nous aussi, nous sommes aveugles ?"<br /> 9,41<br /> Jésus leur dit :"Si vous étiez aveugles, vous n'auriez pas de péché ; mais vous dites : Nous voyons ! Votre péché demeure."<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> (Evangile de Jean, Bible de Jérusalem)<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
W
<br /> <br /> La danse du diable au Tibet (Wikipedia)<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> La Danse du Diable est une appellation décrivant la danse rituelle exécutée à la veille de Losar, le Nouvel An tibétain fixé au premier jour du premier mois du calendrier tibétain, soit généralement de quelques jours à un mois après le nouvel an chinois.<br /> <br /> <br /> Le nom approprié pour cette danse est Chhaam (ou Cham) en<br /> langue tibétaine.<br /> <br /> <br /> Cette danse, exécutée avec costumes et masques par des moines tibétains, a été inaugurée à l'origine pour commémorer l'assassinat du roi cruel tibétain Langdarma au<br /> 9ème siècle de notre ère. Ainsi, cette danse symbolise la victoire du bien sur le mal.<br /> <br /> <br /> Les tibétains croient que l'exécution de cette danse<br /> permet d'éviter les catastrophes, de chasser les mauvais esprits et de leur<br /> apporter chance et bonheur alors que des lamas<br /> l'exécutent en solo, en duo ou collectivement.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
T
<br /> <br /> <br /> La danse du diable au Tibet<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
D
<br /> C'est vrai que nous sommes tentés d'acheter notre bonne conscience en donnant de l'argent. Pourtant la bonne conscience semble nous accuser comme les yeux qui surgissent dans le fond de la fosse<br /> Dionne. Elle ne s'achète pas avec  de l'argent, qui nous enferme dans le même et exclut l'autre : il n'a que notre face à nous. Mais quand même, si nous donnons de nous-mêmes en donnant de<br /> l'argent, l'argent donné est pour nous comme un baptême, qui nous écarte du malin... Alors nous finissons par comprendre que le mendiant nous permet de sortir de la face sombre de l'argent. C'est<br /> parce que nous donnons de notre argent que nous l'empêchons de nous conduire à la mort. L'histoire d'ailleurs nous montre qu'en nous conduisant à la noyade et à la mort il finit par nous conduire<br /> au baptême. Drôles de retournement ! Ce n'est jamais le diable qui a le dernier mot !<br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> je suis allée voir la vidéo.<br /> alors, je peux bien raisonner et résonner avec la "légende des sous du diable", que faire devant cette réalité ?<br /> cet argent donné en passant, symboliquement du diable, n'a pas arrangé la vie du petit Pierre, mais au contraire la lui a rendue plus détestable. Les racines de sa mauvaise fortune n'ayant pas été<br /> prises en compte. Quel était son désir ?<br /> est-ce que la réponse serait dans le fait de prendre du temps ?<br /> toujours est-il que Ludmila, cette mère qui accepte de mourir, demande de l'argent.<br /> quel prix mettons-nous pour acheter notre bonne conscience ?<br />  <br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> <br /> <br /> Le SOS de Ludmila Wandoren pour ses enfants<br /> <br /> <br /> (Vidéo)<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> http://sante-plus.org/breve110.html<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
D
<br /> Cette fosse est comme un baptistère avec son eau bleue, qui doit nous libérer de l'argent du diable. Le diable veut toujours gagner mais son jeu est truqué. Celui qui ne veut rien perdre n'accepte<br /> pas de manquer comme le mendiant. Il s'écarte alors de la vie et de l'amour en tuant le désir.<br /> <br /> <br />
Répondre
D
<br /> <br /> <br /> La fosse Dionne<br /> <br /> <br /> <br /> Dès l'antiquité, les hommes se sont rassemblés autour de ce lieu mystérieux qui a alimenté de nombreuses croyances et légendes. Longtemps considérée<br /> comme source divine Fons Divina des celtes, source sacrée (culte des eaux ). En 1758, Louis d'Eon, le père Chevalier, fit aménager cette source en<br /> lavoir. Le bassin offre un spectacle hors du commun, en particulier par la coloration bleu turquoise des eaux et l'inquiétant gouffre, trou noir béant.<br /> <br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
D
<br /> <br /> <br /> La fosse Dionne à Tonnerre<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
D
<br /> <br /> La légende des sous du diable (proposée par Danièle Petel)<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Cela se passait le 13 Juillet de l'an 700. Ce jour là, le petit Pierre Evrat, fils d'un viticulteur de Tonnerre vit arriver au galop, sur une cavale blanche dont<br /> les yeux brillaient comme des charbons, un cavalier noir au panache rouge sang. Celui-ci s'adressa à lui et demanda s'il ne connaissait pas une source pour y désaltérer sa jument. Le petit Pierre<br /> lui indiqua la direction de la Fosse Dionne.<br /> <br /> <br /> En repartant au galop, le cavalier laissa tomber sur le chemin un énorme sac de pièces d'argent qui se répandirent sur le sol. Vite, le petit Pierre courut ramasser<br /> tout ce trésor. Le lendemain, c'était jour de fête à Tonnerre et le petit Pierre se promettait, comme on l'imagine, de tirer bon parti de sa fortune. Mais plusieurs incidents fâcheux survinrent.<br /> Sur son chemin, une nichée de jeunes fauvettes, dont il venait de faire l'acquisition, et qui étaient à peine couvertes de duvet, s'envola à l'appel de leur mère angoissée. Les belles fleurs<br /> qu'il venait d'acheter se fanèrent aussitôt dans ses mains.<br /> <br /> <br /> Un aveugle à qui il avait offert l'aumône refusa sa pièce dès qu'il l'entendit tinter dans sa sébile.<br /> <br /> <br /> Le petit Pierre retrouva ses camarades et leur offrit quantité de gâteaux et de friandises, mais d'affreuses coliques les tourmentèrent bientôt. Puis ils furent<br /> pris de rire démoniaques que rien ne pouvait arrêter. Ensuite, avec d'autres camarades, le petit Pierre joua à "croix pile", mais la chance le servit tant, qu'il éveilla la suspicion. L'un d'eux<br /> s'aperçut, à la grande surprise de Pierre, que les sous d'argent étaient "piles" sur les deux faces. Pierre se sauva sous les coups de ses camarades en furie.<br /> <br /> <br /> Alors le petit Pierre se dirigea vers la Fosse Dionne, dans l'intention de s'y noyer. Non loin, le cavalier noir était caché, attendant sa victime. Mais quelqu'un<br /> d'autre l'attendait également, un vieillard à barbe blanche, qui était le St Évêque Palade. Le petit Pierre jeta dans la source tous les sous diaboliques. Mais du fond de la source, les sous<br /> ensorcelés roulaient des yeux énormes. C'est alors que l'évêque recouvrit de son manteau les sous. De ce jour, la source prit la couleur bleu, couleur qu'elle a conservé depuis.<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
D
<br /> La langue est ici la pire des choses car, alors, elle reste muette, incapable d'entrer dans la parole...<br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> <br /> j'aime les tours de passe passe, parce qu'ils sont légers et permettent de se voir acter. Les instruments de musique sont des compagnons, pour les clochards comme pour nous. La musique permet<br /> d'aller plus loin que nos paroles. Quand un clochard "dit son manque à l'autre...pour entraîner vers la compassion et l'amour", est-ce que leur langue alors est ce qu'il y a de meilleur ou de<br /> pire ? Je me pose vraiment la question. Elle est le meilleur car elle nous renvoie à qui est le plus essentiel en l'humain, l'intérêt que l'on porte à l'autre, mais aussi le pire car elle nous<br /> montre que notre désir est impossible à rassasier.<br /> j'éprouve généralement de la gêne, quand j'ose croiser leur regard. Parfois, je peux leur souhaiter une bonne journée, mais il reste en moi un sentiment lourd. Cependant, il m'est souvent arrivé<br /> d'arrêter mes pas pour entrer un court instant dans leur présent.<br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
E
<br /> <br /> <br /> Evocation d’Esope<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
D
<br /> Lucette, je vous entends mais c'est un peu un tour de passe passe. Qu'il y ait un lien entre la violon, la harpe, et les clochards, c'est plus qu'évident. Plusieurs de ceux qui quêtent sur la Croix<br /> Rousse jouent d'un instrument : l'accordéon, l'harmonica, parfois le violon... Mais le rapport avec la langue est plus problématique ou moins spécifique. Sauf si nous en venons à la parole : en<br /> effet les mendiants nous enseignent ce qu'est fondamentalement la parole. La parole, c'est essentiellement dire son manque à l'autre pour faire fonctionner le désir et entraîner vers la compassion<br /> et l'amour. Nous sommes ici sur un point fondamental... Finalement, la harpe, si nous la laissons jouer comme vous le dites, peut, malgré nous, nous conduire à l'essentiel.<br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> oui, mais les clochards ont aussi une langue, et puis il est bon de laisser chanter la harpe...<br /> <br /> <br />
Répondre
D
<br /> J'ai perdu le fil. Je ne vois pas bien quel est le lien entre le midrash (ou la fable d'Esope) et le sujet de ce blog, qui concerne les clochards.<br /> <br /> <br />
Répondre
D
<br /> <br /> La langue d’Esope<br /> <br /> <br /> Le midrash n’a fait que reprendre une fable bien connue de tous.<br /> <br /> <br /> Un certain jour de marché, Xantus, qui avait dessein de régaler quelques-uns de ses amis, lui commanda d'acheter ce qu'il y aurait de meilleur, et rien autre chose.<br /> « Je t'apprendrai, dit en soi-même le Phrygien, à spécifier ce que tu souhaites, sans t'en remettre à la discrétion d'un esclave.» Il n'acheta donc que des langues, lesquelles il fit accommoder à<br /> toutes les sauces : l'entrée, le second, l'entremets, tout ne fut que langues. Les conviés louèrent d'abord le choix de ce mets ; à la fin ils s'en dégoûtèrent.  <br /> <br /> <br /> « Ne t'ai-je pas commandé, dit Xantus, d'acheter ce qu'il y aurait de meilleur ?<br /> - Eh ! qu'y a-t-il de meilleur que la langue ? reprit Ésope. C'est le lien de la vie civile, la clef des sciences, l'organe de la vérité et de la raison : par elle on bâtit<br /> les villes et on les police ; on instruit, on persuade, on règne dans les assemblées, on s'acquitte du premier de tous les devoirs, qui est de louer les Dieux.<br /> - Eh bien ! dit Xantus qui prétendait l'attraper, achète-moi demain ce qui est de pire : ces mêmes personnes viendront chez moi ; et je veux diversifier.»<br /> <br /> <br /> Le lendemain Ésope ne fit servir que le même mets, disant que la langue est la pire chose qui soit au monde : « C'est la mère de tous débats, la nourrice des<br /> procès, la source des divisions et des guerres. Si on dit qu'elle est l'organe de la vérité, c'est aussi celui de l'erreur, et, qui pis est, de la calomnie. Par elle on détruit les villes, on<br /> persuade de méchantes choses. Si d'un côté elle loue les Dieux, de l'autre elle profère des blasphèmes contre leur puissance.»<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Autre version<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Plutarque rapporte dans son Banquet des Sept Sages comment le pharaon Ahmose II fit présent à Bias le philosophe d'une victime entière :<br /> sous condition qu'il lui renverrait, de celle-là même, la meilleure et la pire des parties. Le sage hésita quelque temps en lui-même. Tantôt il prenait l'oeil comme pire de nos sens, mais il ne<br /> lui semblait pas qu'il fût meilleur pour autant. Tantôt il choisissait la main, tantôt le coeur. Mais il répugnait à ce choix. Finalement il se décida à faire couper la langue et à la donner au<br /> messager en lui ordonnant de l'apporter à son roi : ce membre était exactement selon ses désirs.<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> <br /> Va au marché m’acheter un mets excellent (midrash)<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Rabbi Simon Ben Gamaliel, ordonna à son serviteur Tavi : "va au marché m'acheter un mets excellent". Tavi revint à la maison avec une langue. Plus tard Rabbi Simon<br /> lui ordonna d'acheter quelque aliment mauvais. Tavi apporta à nouveau une langue. "Qu'est-ce-que cela ?" interrogea Rabbi Simon. "Quand je te demande de m'acheter un bon plat, tu m'apportes de la<br /> langue, et quand je te demande un mauvais plat, à nouveau tu m'apportes de la langue ?" Tavi répliqua : "de la langue vient le bien et le mal. Quand une langue est bonne, il n'y a pas meilleur ;<br /> quand elle est mauvaise, il n'y a pas pire !"<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
V
<br /> <br /> <br /> Le violon magique<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
D
<br /> Suite du violoneux errant<br /> <br /> <br /> Des femmes, parmi le peuple, portèrent les mains à leur gorge, comme si quelque malheur soudain les étouffait, des larmes mouillèrent des regards. Guy redressa<br /> hautement la tête, ses lèvres se mirent à bouger comme s’il priait et sa musique se fit si douloureusement suppliante que la foule envoûtée, tous sens perdus, tomba à genoux.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Alors, tout à coup, les plaintes du violon cessèrent et déferla de lui une musique effrénée, violente, véhémente, joyeuse. Les hommes, les femmes, les vieillards,<br /> les parents de Guy le Long, les juges, le bourreau sur l’estrade, tous pris d’agitation irrépressible se mirent à danser, la tête renversée, à frapper du pied, à lever les genoux, à tendre les<br /> bras au ciel, pareils à des pantins gouvernés par un tout-puissant magicien.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Guy, les voyant ainsi, descendit parmi eux, sans cesser de jouer. La foule s’ouvrit pour lui livrer passage. Il la traversa de son ample et lente enjambée, l’archet<br /> bondissant sur son violon, au bout de ses longs doigts. Tandis qu’il s’éloignait, sa musique décrut. Quand il eut disparu au fond de la place, les gens peu à peu reprirent leurs esprits, parurent<br /> s’éveiller d’un pénible sommeil, se regardèrent, hébétés. Seuls bientôt ne dansèrent plus parmi la foule que les oncles et cousins de Guy le Long, frappés d’une telle folie que, même au milieu<br /> des cris qui tentaient de les ramener au monde, ils s’obstinèrent dans leurs convulsions, agitant pieds et jambes, battant des mains, le regard égaré.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Ainsi dansèrent-il cinq jours entiers. Il fallut, pour les arracher à ce supplice, que l’on appelle l’évêque d’Utrecht à leur secours. Il accourut et, par la<br /> puissance de ses prières, les délivra. Les accusateurs, revenus à la clarté du jour, se confessèrent, se repentirent en pleurant d’avoir faussement accusé leur parent et moururent ainsi dans la<br /> nuit qui suivit. Les quinze autres membres de leur famille survécurent, mais nul ne put les guérir du tremblement perpétuel dont ils se trouvèrent affligés jusqu’à la fin de leur vie.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Quant à Guy le Long, personne ne le revit jamais dans la ville d’Echternach, mais on entendit longtemps parler, dans le pays, d’un violoneux fantomatique dont la<br /> même musique, quand on croisait le vent qui la portait, apaisait les bonnes gens et rendait fous les méchants. Puis cette rumeur s’éteignit, et les hommes s’en furent remuer d’autres mystères<br /> dans le grand sac de la vie. (Conte du Luxembourg, Henri Gougaud,, L’arbre aux trésors, Ed. du Seuil)<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
D
<br /> <br /> Le violoneux  errant<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Il était un jour, dans la  ville d’Echternach, un jeune homme nommé Guy le Long. Qui l’avait une fois rencontré ne pouvait l’oublier, tant son<br /> allure était singulière. Certes, son corps était convenablement recouvert de peau, de muscles et de nerfs, mais il était si grand qu’il paraissait fragile et sans cesse menacé de se briser au<br /> moindre vent. En vérité, tout en lui était démesuré : son visage, ses bras, ses mains osseuses, ses jambes qui l’emportaient en pas immenses, essoufflant à son train ceux qui voulaient le<br /> suivre. Nul ne songeait pourtant à rire de lui, car sa figure était belle. Maigre sans doute, mais environnée de cheveux bouclés brillants comme la paille, et illuminée par un regard d’une<br /> infinie douceur.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Il advint qu’une jeune fille se prit d’amour pour ce regard. Guy l’épousa de grand coeur, et comme ils étaient ensemble aussi bons chrétiens qu’aventureux, le désir<br /> leur vint, à peine mariés, d’aller faire un pèlerinage en Terre sainte. Ils confièrent donc leurs vignes aux soins de leurs oncles et cousins et s’en furent en promettant de revenir bientôt. Or<br /> les saisons passèrent et personne, à Echternach, ne les vit reparaître. Après quelques années d'attente sans nouvelles, on les crut morts. Alors la famille de Guy le Long se partagea ses biens<br /> qu’il avait placés sous sa garde, et l’on oublia le jeune homme et son épouse emportés par les vents du monde.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Pourtant, après dix ans de voyage hasardeux, Guy revint seul un jour de Pâques. Il avait changé. Son front s’était ridé, ses tempes avaient blanchi, son bon regard<br /> s’était voilé de mélancolie, mais nul ne put douter que ce fût lui : son allure et sa haute taille ne pouvaient être de personne d’autre. On l’accueillit avec une joie quelque peu<br /> contrainte. Les gens de sa famille s’étaient habitués à son absence, et pire : la pensée qu’il leur fallait maintenant restituer ses biens à ce vagabond leur déplut extrêmement, dès qu’ils<br /> furent revenus de leur surprise. Ils l’invitèrent pourtant à s’asseoir à leur table, et lui demandèrent ce qu’était devenue sa femme. « Elle est morte, dit-il, baissant la tête. Nous avons<br /> traversé bien des misères, bien des dangers, et je reviens plus pauvre que je ne suis parti. Je n’ai rapporté de mon voyage que cet instrument dont j’ai appris à jouer, et qui allège ma peine<br /> quand elle se fait trop pesante.  Il sortit de son sac un violon et ajouta, la voix brisée, qu’il avait trouvé cet objet dans un cave de la Ville sainte où il avait cherché<br /> refuge, le jour où les Sarrasins avaient massacré son épouse. Puis, après avoir longtemps soupiré, il demanda si l’on avait pris soin de ses vignes. On ne le lui répondit pas, et comme il<br /> paraissait fatigué, on l’amena se coucher.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Dès qu’il fut endormi, ses oncles et cousins tinrent conseil autour de la lampe et convinrent, à mi-voix, qu’il leur était décidément trop désagréable de rendre ses<br /> terres à ce malvenu qui avait eu l’inconvenance d’échapper à tous les périls. Mais comment faire en sorte de ne rien lui devoir ? Après longtemps de grognements, l’un d’eux serra ses poings<br /> sur la table et dit : « Accusons-le d’avoir tué sa femme. Ainsi la justice nous débarrassera de lui ». Ses compères trouvèrent l’idée excellente. Quelques jours plus tard, après<br /> avoir allumé la rumeur par les ruelles, ils s’en furent voir le juge de la ville. Guy fut bientôt cité à comparaître. On lui rapporta l’accusation, et on lui demanda ce qu’il avait à répondre. Il<br /> protesta de son innocence, mais ne put la prouver. On s’en remit donc au jugement de Dieu. Le malheureux pèlerin se trouva ainsi forcé d’affronter en combat singulier l’un de ceux qui l’avaient<br /> accusé. « Le duel aura lieu cinquante jours après Pâques, lui dit-on. Si tu en sors vaincu, tu seras déclaré coupable. Si tu en sors vainqueur, tu seras reconnu innocent. » En<br /> attendant, il fut jeté en prison. Il ne s’y désola pas trop : on lui avait laissé son violon. Au matin de la Pentecôte, il fut mené sur la place de la ville où l’attendait le plus robuste de<br /> ses cousins. Le combat ne dura guère. D’un revers de main, cet énorme bûcheron jeta à terre le grand flandrin au bon regard et posa le pied sur sa gorge. Il fut aussitôt condamné à être pendu<br /> pour expier le meurtre de sa femme, qu’il n’avait pas commis.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Le lendemain, à l’heure de midi, on le mena au supplice. Il y marcha de son grand pas, la tête haute et le regard lointain, portant son dernier bien suspendu à<br /> l’épaule : son violon avec lequel il désirait mourir. Au pied de la potence, ses juges lui demandèrent s’il avait une ultime volonté qu’il soit possible de satisfaire. « J’aimerais<br /> offrir au peuple une danse de mon violon, répondit-il. » On lui accorda cette grâce. Il monta sur l’estrade où l’attendait la corde, se retourna vers la foule silencieuse, posa l’instrument<br /> contre sa joue penchée, prit l’archet à sa ceinture et tandis qu’un rayon de soleil dans sa chevelure auréolait son visage, il se mit à jouer.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Ce fut d’abord comme une cascade de musique grêle mais allègre, entraînante, pareille aux scintillements d’un ruisseau. La foule étonnée se tut. Mille visages aux<br /> bouches bées, aux yeux grand ouverts, parurent un moment s’abreuver de ce prélude qui leur tombait dessus. Alors le violon de Guy le Long se mit à gémir et sangloter, à se gonfler aussi de<br /> colère, de longs cris sourds. Des femmes, parmi le peuple, portèrent les mains à leur gorge, comme<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> <br /> La harpe magique de Chine<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> <br /> La harpe apprivoisée<br /> <br /> <br /> <br /> Il était une fois un bel arbre qu'un magicien transforma en harpe, une harpe-fée. Mais l'étonnant instrument ne devait faire entendre ses sons merveilleux que sous<br /> les doigts du plus grand musicien du monde. C'est en vain que son propriétaire l'empereur de Chine, invita de grands artistes à en jouer. Ils ne tiraient de la harpe que des dissonances à en<br /> faire grincer les dents. Enfin arriva le prince des harpistes Peiwoh et le miracle se réalisa. Sous ses doigts s'éleva une mélodie admirable où l'on reconnaissait toutes les beautés de la nature,<br /> la splendeur des forêts au soleil levant, la douceur du clair de lune, les rumeurs du vent, le bruit caressant ou violent des vagues. Il rendait même perceptibles les effluves qui montent de la<br /> terre à toutes les saisons. L'empereur et sa cour étaient muets d'admiration. Le monarque parla enfin : "Quel est, dit-il au magicien, le secret de ta victoire ?" Il répondit : "Si tous les<br /> musiciens ont échoué, c'est parce qu'ils ne cherchaient à chanter qu'eux-mêmes. J'ai laissé la harpe libre de choisir son thème et en vérité je ne savais plus si c'était la harpe qui était Peiwoh<br /> ou si Peiwoh était la harpe."<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre

  • : le blog mythesfondateurs par : Etienne
  •   le blog mythesfondateurs par : Etienne
  • : Mythes, articles à partir des mythes, réactions sur le site Mythes fondateurs http://mythesfondateurs.over-blog.com/ Le mythe et le conte sont la parole dans sa première gestation. C'est pourquoi, si la parole est malade, comme le dit Vittorio Gasman, il devient urgent de revenir à ses fondements qui sont encore à notre disposition, à travers les mythes et les contes. Lorsque la parole ne fonctionne pas, c'est la violence qui gagne. Les mythes et les contes, par l'apprentissage du processus symbolique qu'ils proposent, sont là pour nous aider à faire sortir la parole de la violence. C'est de la naissance de l'homme lui-même dont il s'agit.
  • Contact

Recherche

Articles RÉCents

Blog De Mythes Fondateurs

Liens

Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -