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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 11:14

http://www.linternaute.com/sortir/sorties/spectacle/mille-et-une-nuit/diaporama/images/2.Cigale-2005-109.jpg

 

 

Spectacle des Mille et Une Nuits

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Je me décide à faire part d’une communication personnelle au colloque international de Fès sur la traduction et l’interprétation des Textes sacrés, avec l’autorisation du comité de coordination. La lutte de Jacob avec l’inconnu a déjà été présentée sur le blog. Mais ce qui est nouveau, c’est le lien établi entre les Mille et Une Nuits et le Coran, à tel point qu’il serait souhaitable de passer par Les Mille et Une Nuits pour bien interpréter le Coran, car il faut aussi apprendre à écouter la parole de la femme… Je me permets donc de soumettre une telle réflexion aux réactions de chacun.

 

Colloque international de Fès (Maroc) sur la traduction et l’interprétation des textes sacrés, les 18 et 19 avril 2012

 

Contribution d’Etienne Duval

 

 

 

Une parabole pour l'interprétation des textes sacrés

 

L’importance inattendue des Mille et Une Nuits

 

J’ai découvert un texte très intéressant, qui apparaît comme une parabole pour le travail d’interprétation des textes sacrés. Il s’agit de la lutte de Jacob avec Dieu (ou avec l’ange) que je traduirai « La lutte de Jacob avec l’inconnu ».

 

La lutte de Jacob avec l’inconnu

 

Cette même nuit, Jacob se leva,

Prit ses deux femmes, ses deux servantes, ses onze enfants

Et passa le gué du Yabboq.

Il les prit et leur fit passer le torrent,

Et il fit passer aussi tout ce qu’il possédait.

Et Jacob resta seul.

 

Et quelqu’un lutta avec lui jusqu’au lever de l’aurore.

Voyant qu’il ne le maîtrisait pas,

Il le frappa à l’emboîture de la  hanche,

Et la hanche de Jacob se démit pendant qu’il luttait avec lui.

Il dit : « Lâche-moi car l’aurore est levée »,

Mais Jacob répondit :

«  Je ne te lâcherai pas, que tu ne m’aies béni ».

Il lui demanda : « Quel est ton nom ? »

« Jacob, répondit-il ».

Il reprit :

« On ne t’appellera plus Jacob, mais Israël,

Car tu as été fort contre Dieu et contre les hommes

Et tu l’as emporté ».

Jacob fit cette demande : « Révèle-moi ton nom, je te prie »,

Mais il répondit :

« Et, pourquoi me demandes-tu mon nom ? »

Et, là même, il le bénit.

 

Jacob donna à cet endroit le nom de Penuel,

« Car, dit-il, j’ai vu Dieu face à face et j’ai eu la vie sauve ».

Au lever du soleil, il avait passé Penuel

Et il boitait de la hanche.

C’est pourquoi les Israélites ne mangent pas,  jusqu’à ce jour,

Le nerf sciatique, qui est à l’emboîture  de la hanche,

Parce qu’il avait frappé Jacob

À  l’emboîture de la hanche, au nerf sciatique.

( Genèse, 32, 23-33) Traduction de la Bible de Jérusalem

 

 

1. Une tromperie qui produit de la violence

Nous sommes en face d’un problème de succession : Isaac, le fils d’Abraham, est déjà très âgé et « ses yeux ont faibli jusqu’à ne plus voir ». Il a deux fils, qui sont de faux jumeaux, Ésaü et Jacob, et il doit choisir l’un des deux pour assurer la continuité de la filiation dans la famille. Pour lui, le choix ne pose pas problème : il s’en tient à une position d’autorité, dictée par la loi. C’est le premier jumeau sorti du ventre de la mère, et donc Ésaü, qui bénéficiera de la succession parce que c’est lui l’aîné.

 

Du côté de la mère Rébecca, le choix n’est pas aussi simple. Guidée par l’impulsion du cœur  et par son intuition féminine, elle pense que Jacob est le plus apte à assurer la continuité de la famille. D’ailleurs la science lui donnera raison, de nombreux siècles plus tard, en démontrant que le premier jumeau conçu est celui qui est sorti le second du ventre de la mère. Or, comme elle ne peut faire entendre sa voix de femme, elle invente un stratagème. Isaac vient de demander à Ésaü de partir à la chasse pour lui ramener le gibier qu’il préfère. Le fils choisi le cuisinera et le servira à son père, qui, en fin de repas, lui accordera sa bénédiction. Pour Rébecca, il est temps d’agir : elle demande à Jacob d’aller lui chercher des chevreaux. « Il va les chercher et les apporte à sa mère qui apprête un régal, comme son père aime. La mère prend les plus beaux habits d’Ésaü, son fils aîné, qu’elle a à la maison, et en revêt Jacob, son fils cadet. Avec la peau des chevreaux elle lui couvre les bras et la partie lisse du cou (pour imiter la peau velue de son frère). »Jacob prend le régal préparé par sa mère, le présente à son père aveugle et finit par recevoir sa bénédiction, après avoir usurpé l’identité de son frère.

 

Ésaü est furieux. Il est prêt à tuer Jacob. Pour écarter la menace, le frère cadet s’enfuit chez Laban, le frère de sa mère.

 

2. Le retour de Jacob angoissé à la maison de son père

Jacob passe une vingtaine d’années près de son oncle. Il a eu le temps d’avoir onze enfants avec les deux filles de Laban, Léa et Rachel, et avec deux servantes. Joseph, le dernier né, est, à ce moment, le seul et unique enfant de Rachel, la femme préférée. Travaillant durement, il a pu se constituer un troupeau important. Les fils de Laban voient cette réussite d’un mauvais œil et commencent à parler. Le visage de leur père contrarié s’assombrit de plus en plus. Jacob décide alors de s’enfuir dans la nuit avec ses femmes, ses servantes, ses enfants, ses chameaux, son bétail et tous ses biens, pour rejoindre la maison de son père. Peu après, il est poursuivi par son oncle, furieux d’être ainsi dépossédé de ses biens et de n’avoir pas pu embrasser ses filles et ses petits-enfants avant leur départ. C’est en tout cas son interprétation. Bien plus, ses dieux ont disparu et une telle félonie est impardonnable. Jacob n’est pas au courant. C’est Rachel qui les a emportés et les a cachés dans le palanquin du chameau sur lequel elle est assise. Une fouille est organisée dans toutes les tentes mais elle s’avère infructueuse : la coupable ne se lève pas, prétextant une indisposition de femme. Jacob et Laban finissent par conclure un traité et chacun s’en va maintenant de son côté.

 

Jacob, pourtant, n’en a pas fini avec les difficultés qui contrarient son expédition. Il lui faut affronter son frère Ésaü, qui est sur son chemin. Par précaution, il lui envoie des messagers ; ils reviennent rapidement annonçant à leur maître que le frère s’apprête à venir vers lui avec quatre cents hommes. Tout cela est de mauvais augure pour les jours qui viennent. Jacob s’apprête déjà à passer une terrible nuit.

 

3. La traversée du Iaboq comme traversée de l’écriture

Le texte sur la lutte de Jacob est structuré par une grande figure, celle de l’écriture. Écriture représentée d’abord par le Yabboq, Comme l’écrivain, sur sa page blanche, le torrent qui sort de la montagne dévale sur  la plaine, invente son tracé et se déploie en courbes, en lignes plus droites, en boucles, en resserrements, en soubresauts et en étalements multiples. Sous une forme imagée, il nous raconte son histoire avec ses affrontements, ses victoires et ses temps d’une paix toujours relative. Il porte la vie reçue de la source et l’engendre à nouveau tout au long de son parcours en faisant pousser les plantes, les arbres et en permettant aux animaux et aux hommes de subsister.

 

Et puis il y a le texte d’une grande force symbolique, qui est aussi une écriture. Comme le fleuve porte la vie, le texte porte la parole qu’il reçoit d’ailleurs  et qu’il doit transmettre et faire fructifier. C’est aussi la vie qu’il est chargé de faire passer sous la forme d’une parole d’origine mais il le fait à un niveau plus spirituel que le torrent. Imitant le fleuve, l’écriture ici ne se contente pas d’acheminer une parole de vie, elle l’engendre à nouveau à travers les lecteurs et leur interprétation.

 

Enfin nous sommes ici en face d’une écriture plus subtile, celle qui est constituée par la trace qu’un Autre, inconnu, a laissé à l’intérieur de Jacob lui-même ; elle a la forme d’un appel et sollicite une réponse de l’homme pour recevoir la bénédiction de Dieu, porteuse de vie divine non seulement pour le bénéficiaire mais aussi pour son entourage et sa descendance.

 

Ici donc l’écriture de Jacob est représentée par le Yabboq que le texte de La Septante écrit « Iaboq » pour bien montrer le lien entre le fleuve et le personnage principal du texte. Chez ce dernier, la seconde consonne a pris la place de la première, comme le cadet a pris la place de l’aîné. Jacob vient de traverser le Iaboq physiquement avec ses femmes, ses servantes et ses serviteurs, ses enfants et ses troupeaux. Mais maintenant, il doit le traverser de l’intérieur comme sa propre écriture, pour comprendre le destin que Dieu lui a réservé. Jusqu’ici il était en terrain connu. Désormais il va passer sur un territoire inconnu et inquiétant. L’écriture est une frontière entre le connu et l’inconnu et, tout aussi bien, entre l’inconnu et le connu, et en ce sens, elle est non seulement une frontière mais aussi un lieu de passage. Lieu de passage aussi entre le conscient et l’inconscient. J’ai toujours pensé que la cure analytique devait utiliser l’écriture avant d’entrer dans la parole. Et, maintenant, en étudiant le texte de Jacob, je comprends que cette cure est aussi une traversée de l’écriture. Jacob entre donc dans une thérapie singulière où l’analyste est caché, en même temps présent et absent, puisqu’il s’agit de Dieu Lui-même.

 

Il faut dire qu’il a besoin de voir clair car sa vie est bâtie sur une ruse et sur un mensonge, qui a pris la forme d’une usurpation d’identité.  Mais il est vrai que seule compte la bénédiction de Yahvé, le Père de tous les hommes. C’est lui le véritable passeur.

 

4. Une lutte à mort pour le primat de la vérité sur l’autorité

Dans la nuit et la solitude, Jacob est placé en face de lui-même et en face du Très Haut. Il rejoue avec Dieu la scène de la bénédiction qui l’avait placé en présence de son père Isaac. Mais maintenant il est impossible de tricher. Le voici condamné à emprunter le chemin de la vérité. En fait, ce n’est pas aussi simple. Quelqu’un lui barre le chemin. Il pense d’abord à un homme comme l’interprète la Septante, qui parle d’un anthrôpos. Ce pourrait être un Ésaü imaginaire, prêt à lui enlever la vie. En même temps,  enchevêtré dans une angoisse indicible, son être se divise, opposant l’aventure de la vérité dans la quelle il veut s’engager au dictat de l’autorité qui marque son opposition et dont il voudrait se libérer.

 

Son combat ressemble étrangement à la lutte de Prométhée contre les dieux de l’Olympe pour s’emparer du feu qui brillait dans la cheminée de Zeus et qu’il cacha dans un bâton creux. Les hommes ne pouvaient vivre sans le feu nécessaire à la cuisson, au travail dans les forges et les ateliers ou au simple chauffage des maisons. Jacob, de son côté, reconnaît que l’homme ne peut vivre sans la raison qui permet de rechercher la vérité. Mais il constate que la raison humaine est enchaînée.  Il s’efforce alors de l’arracher à l’emprise d’un Dieu autoritaire. En fait son combat n’est pas vraiment contre Dieu ; il est contre les représentations qu’il s’en fait. Il ne s’agit pas pour lui, en ce moment, de rejeter toute autorité, mais d’affirmer le primat de la vérité sur l’autorité.

 

5. Une double castration symbolique pour éviter la toute-puissance de la raison et de l’interprétation

Jacob a toutes les raisons de s’enorgueillir et il le dit lui-même à la fin du récit : « J’ai vu Dieu face à face et j’ai eu la vie sauve ». Aussi le Seigneur va–t-il lui infliger une double castration pour éviter qu’il ne  s’égare dans la toute-puissance de l’interprétation. Il inscrit ainsi en lui le manque comme un complément de l’écriture initiale.

 

Le manque est la marque de l’humain comme l’exprime le mythe scandinave du loup Fenrir. Enfant d’Angerboda  et de Loki, Fenrir était un loup monstrueux, qui a fini par trancher la main du dieu Tyr, pour en faire un manchot, figure de l’homme, c’est-à-dire de celui qui manque : en latin, le mot mancus, qui veut dire manchot, a donné naissance au mot manque. La même intuition traverse tout le texte de la chute dans la bible : l’épreuve du passage de l’animalité à l’humanité consiste, pour une part, à accepter l’inscription du manque dans la sexualité pour transformer la pulsion en désir humain.

 

Si l’homme est un manchot, il est aussi un être boiteux. Le Seigneur frappe violemment Jacob à la hanche et le confirme ainsi dans son humanité. Désormais, il ne pourra marcher qu’en s’appuyant sur l’Autre, surgissant, comme un compagnon, à chacun de ses pas.  Il sera là pour lui rappeler que sa raison seule ne peut le conduire dans sa vie de tous les jours, à moins qu’elle ne s’adosse, comme nous allons le voir, à la lumière libératrice, qui lui est donnée. C’est ainsi la raison elle-même, qui est devenue boiteuse et son handicap apparent est le vaccin qui va l’empêcher de sombrer dans la toute-puissance de l’interprétation face à une écriture qui résiste.  Et avec l’Autre, ce sont aussi tous les autres, qui vont rappeler à Jacob et à chaque homme en particulier, leur présence nécessaire.

 

En même temps, ce Dieu, compagnon de l’homme, se tient à distance dans un espace sacré et secret. Il inflige à Jacob une seconde castration en refusant de lui donner son nom. Une seconde fois, il cherche à l’écarter de la toute-puissance qui pourrait l’amener à se prendre pour Dieu ou encore à se servir de Dieu.

 

6. Un double code de lecture donné à Jacob pour déchiffrer son écriture

Surgissant, après le coup dans la hanche, l’Autre analyste qui semble s’opposer finit par révéler sa présence en entrant dans la parole pour donner le mot de passe, qui ouvre le passage. Ce mot de passe n’est autre que le nouveau nom  « Israël ». « On ne t’appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as été fort contre Dieu et contre les hommes et tu l’as emporté ». Le nom de Jacob portait le passé et, en même temps, la ruse et l’ambiguïté. Il ne pouvait servir de code de lecture pour l’avenir. Il faut changer le nom donné par les hommes contre un nom choisi par Dieu Lui-même. L’écriture de Jacob n’a pas été transformée mais le premier code de lecture ne pouvait permettre de l’interpréter : il plongeait ses racines dans l’ambiguïté. Il en fallait un autre qui soit accordé à la vérité.

 

Ainsi, il devient manifeste que Dieu approuve le lutteur dans son combat pour la vérité. Contrairement à ce que prétendait son père Isaac, guidé par l’autorité de la loi et de la coutume, c’était donc la mère qui avait raison dans le choix de Jacob parce que sa perspicacité jointe à l’impulsion du cœur l’avait mise, elle aussi, sur le chemin de la vérité. Bien plus, comme le nouveau nom signale la présence de la personne, il apparaît que la recherche la vérité est la démarche qui permet la construction du sujet. Si donc, le lutteur se maintient dans une telle recherche, il trouvera toujours en lui la lumière donnée par Dieu pour permettre à la raison de fonctionner. Présentée comme boiteuse, la raison a en effet besoin d’une vision qui, d’une certaine façon, la précède, et cette vision le ramène sans cesse au combat pour la vérité

 

Comme Jacob, l’interprète des Textes sacrés ne trouvera sa voie que s’il lutte pour la vérité contre une autorité qui voudrait la fonder abusivement. Et comme lui encore, il reçoit une seconde indication dans le geste de la bénédiction. Lorsque Jacob demande au Très Haut son nom, celui-ci lui répond par l’acte de bénir, l’engageant ainsi dans la dynamique du partage : partage entre Dieu et l’homme et entre les hommes, partage de la vie qui multiplie en divisant, partage encore entre le conscient et l’inconscient, entre moi et l’autre, entre le passé et l’avenir, entre la mort et la vie… Dans le domaine humain, c’est donc le partage qui donne son sens ultime à la recherche de la vérité parce que la raison elle-même, si elle veut être fidèle à sa vocation intime, trouve son fondement dans l’ordre symbolique, qui organise le monde et articule les éléments qui le composent en partageant.

 

Or, si nous analysons de près les textes concernant Jacob, nous découvrons que la dynamique du partage ou la dynamique du symbolique a été contrariée par la non écoute de la parole de la femme, représentée par Rébecca. C’est ce qui a provoqué, au moins provisoirement, la ruse et le mensonge. Le partage entre l’homme et la femme n’a pas réellement fonctionné.

 

7. Pour une bonne interprétation du Coran, il est souhaitable de prendre en compte les Mille et Une Nuits

Dans l’Islam, nous sommes en face de deux Livres importants, celui du Coran reçu par un homme au nom de Mohamed et, à un autre niveau, celui des Mille et Une nuits dont le premier rôle est tenu par une femme, la célèbre Chahrazade.

 

Le livre des Mille et Une Nuits, trop longtemps déconsidéré, est pourtant porteur d’une parole prophétique et révolutionnaire, qui rejoint, en partie au moins, le constat fait à propos de l’histoire de Jacob. Pour Chahrazade, il existe dans l’humanité deux paroles : celle de l’homme et celle de la femme. Or l’homme pense, comme Isaac, qu’il est le seul porteur de la parole autorisée. De ce fait, il n’entend pas la parole féminine et compromet ainsi la grande dynamique du partage ou du symbolique, et le bon fonctionnement des individus et de la société. C’est pourquoi Chahrazade entreprend le projet grandiose de remettre le royaume sur ses pieds et d’empêcher ses dérives injustes et meurtrières, en apprenant au roi Chahriyâr à écouter la parole de la femme. Il y faudra Mille et une Nuits, c’est-à-dire un temps très long. Pour cela, elle invente une forme de psychanalyse, en racontant, la nuit, des histoires porteuses de structures symboliques et en obligeant le roi à s’y confronter au cours des interruptions provoquées par la rupture du récit, que provoque l’avènement du jour. Notre souverain se voit ainsi conduit à écouter des contes pendant la nuit et à les interpréter pendant la journée. Petit à petit son oreille s’ouvre, en même temps, à la parole de Chahrazade et à la parole de la femme. Il entre alors dans un processus de reconnaissance, qui ouvre une place non seulement à la reine et à ses enfants mais aussi à tous ses sujets, qu’ils soient riches ou pauvres, nobles ou simples citoyens. En rétablissant le partage entre l’homme et la femme, Chahrazade a ouvert un champ nouveau à la dynamique du symbolique.

 

Les Mille et Une Nuits sont d’abord une critique de la culture arabe, qui a accueilli le Livre de Dieu transmis à Mohamed. Elles en révèlent la faille dans la non écoute de la parole de la femme. Mais la critique interne permet d’élargir la portée de ce chef d’œuvre de la littérature mondiale, qui, en se présentant sous une couverture mythique, acquiert une dimension universelle et interroge toutes les cultures. Ainsi le non partage entre l’homme et la femme compromet un juste aboutissement de la recherche de la vérité non seulement dans l’Islam mais aussi dans l’humanité entière, parce qu’il bloque, pour une part, la dynamique symbolique, qui sert d’assise et d’aboutissement à la rationalité elle-même. La cure proposée par Chahrazade au roi Chariyâr à travers le récit des Mille et une Nuits intéresse donc tout chercheur de vérité parce que la non écoute de la parole de la femme lui fait « perdre la raison » ; la raison elle-même est malade et il convient d’en assurer la guérison. Ne serait-ce pas un hasard providentiel qui a lié le don du Coran au livre des Mille et une Nuits ? Peut-être est-ce une invitation à passer par la cure de Chahrazade pour interpréter sainement le Message de Dieu ? N’a-t-on pas oublié l’importance que Mohamed a accordée à la moitié féminine du ciel, en donnant à Aïcha une part égale à celle de l’homme, dans la transmission de son Testament spirituel ?

 

Si l’invitation à passer par la cure de Chahrazade était reçue concrètement par l’Islam, les autres cultures en seraient positivement affectées, et, en particulier, le judaïsme et le christianisme. En effet, ce serait sans doute une soumission au Dieu du partage et donc à la dynamique symbolique de la Vie qui serait finalement proposée. Dans ce cas, rien n’empêcherait un Juif de devenir musulman de cœur sans cesser d’être juif. Il en irait de même pour tout chrétien.

 

Etienne Duval

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Published by Duval Etienne
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commentaires

Fra Angelico 27/06/2012 12:30



Révélation de l’archange Gabriel à Marie



Ange Gabriel 27/06/2012 12:21



Révélation de l’ange Gabriel à Mohamed


 



Duval Etienne 18/06/2012 15:11


Oui tu as raison, l’écriture serait le symptôme de l’origine. Et l’origine serait lui-même une écriture, celle que lit l’ange Gabriel pour la transmettre à
Mohamed : en somme le génome de l’homme.

Génome 18/06/2012 15:03



Le génome entier de l’homme



Charles Lallemand 18/06/2012 14:52


D’une écriture à l’autre


 


Je n'ai pas regardé le match de foot France-Ukraine parce que j'étais allé écouter une amie et sa chorale Gratiana chanter des airs de V.E.R.D.I. (Victor Emmanuel
Roi d'Italie) dont l'hymne national...


Par contre, j'ai apprécié comme chaque fois la parole partagée dans ce dernier Café rue Bonnefoi sur le thème "hommes et femmes".


Pour en revenir à ton texte du blog, il y a ce commentaire de mon commentaire que je t'ai adressé comme ça en passant sur l'écriture comme symptôme (*J'en profite
pour te préciser que j'ai repris dans mon commentaire ton terme de "symptôme" à propos de l'écriture car je le trouve assez juste : un symptôme, on n'en fait pas une maladie ! Pas plus que
l'écriture. Mais pour autant, qu'est-ce que cette nécessité d'écrire telle une partition de musique ? Le verbe ne nous suffit-il pas ?*) ; et aujourd'hui, poursuivant ma réflexion, sur
"l*'interprétation*", non seulement celle des différents magistères, du talmud sur la Thora, des hadith sur le Coran, de celle des Pères de l’Église, mais de *notre propre interprétation *à
chacun dans le sens de *notre propre symptôme* que nous ajoutons au symptôme d'origine que produit la lettre du texte sacré.

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