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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 10:14

http://www.linternaute.com/sortir/sorties/spectacle/mille-et-une-nuit/diaporama/images/2.Cigale-2005-109.jpg

 

 

Spectacle des Mille et Une Nuits

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Je me décide à faire part d’une communication personnelle au colloque international de Fès sur la traduction et l’interprétation des Textes sacrés, avec l’autorisation du comité de coordination. La lutte de Jacob avec l’inconnu a déjà été présentée sur le blog. Mais ce qui est nouveau, c’est le lien établi entre les Mille et Une Nuits et le Coran, à tel point qu’il serait souhaitable de passer par Les Mille et Une Nuits pour bien interpréter le Coran, car il faut aussi apprendre à écouter la parole de la femme… Je me permets donc de soumettre une telle réflexion aux réactions de chacun.

 

Colloque international de Fès (Maroc) sur la traduction et l’interprétation des textes sacrés, les 18 et 19 avril 2012

 

Contribution d’Etienne Duval

 

 

 

Une parabole pour l'interprétation des textes sacrés

 

L’importance inattendue des Mille et Une Nuits

 

J’ai découvert un texte très intéressant, qui apparaît comme une parabole pour le travail d’interprétation des textes sacrés. Il s’agit de la lutte de Jacob avec Dieu (ou avec l’ange) que je traduirai « La lutte de Jacob avec l’inconnu ».

 

La lutte de Jacob avec l’inconnu

 

Cette même nuit, Jacob se leva,

Prit ses deux femmes, ses deux servantes, ses onze enfants

Et passa le gué du Yabboq.

Il les prit et leur fit passer le torrent,

Et il fit passer aussi tout ce qu’il possédait.

Et Jacob resta seul.

 

Et quelqu’un lutta avec lui jusqu’au lever de l’aurore.

Voyant qu’il ne le maîtrisait pas,

Il le frappa à l’emboîture de la  hanche,

Et la hanche de Jacob se démit pendant qu’il luttait avec lui.

Il dit : « Lâche-moi car l’aurore est levée »,

Mais Jacob répondit :

«  Je ne te lâcherai pas, que tu ne m’aies béni ».

Il lui demanda : « Quel est ton nom ? »

« Jacob, répondit-il ».

Il reprit :

« On ne t’appellera plus Jacob, mais Israël,

Car tu as été fort contre Dieu et contre les hommes

Et tu l’as emporté ».

Jacob fit cette demande : « Révèle-moi ton nom, je te prie »,

Mais il répondit :

« Et, pourquoi me demandes-tu mon nom ? »

Et, là même, il le bénit.

 

Jacob donna à cet endroit le nom de Penuel,

« Car, dit-il, j’ai vu Dieu face à face et j’ai eu la vie sauve ».

Au lever du soleil, il avait passé Penuel

Et il boitait de la hanche.

C’est pourquoi les Israélites ne mangent pas,  jusqu’à ce jour,

Le nerf sciatique, qui est à l’emboîture  de la hanche,

Parce qu’il avait frappé Jacob

À  l’emboîture de la hanche, au nerf sciatique.

( Genèse, 32, 23-33) Traduction de la Bible de Jérusalem

 

 

1. Une tromperie qui produit de la violence

Nous sommes en face d’un problème de succession : Isaac, le fils d’Abraham, est déjà très âgé et « ses yeux ont faibli jusqu’à ne plus voir ». Il a deux fils, qui sont de faux jumeaux, Ésaü et Jacob, et il doit choisir l’un des deux pour assurer la continuité de la filiation dans la famille. Pour lui, le choix ne pose pas problème : il s’en tient à une position d’autorité, dictée par la loi. C’est le premier jumeau sorti du ventre de la mère, et donc Ésaü, qui bénéficiera de la succession parce que c’est lui l’aîné.

 

Du côté de la mère Rébecca, le choix n’est pas aussi simple. Guidée par l’impulsion du cœur  et par son intuition féminine, elle pense que Jacob est le plus apte à assurer la continuité de la famille. D’ailleurs la science lui donnera raison, de nombreux siècles plus tard, en démontrant que le premier jumeau conçu est celui qui est sorti le second du ventre de la mère. Or, comme elle ne peut faire entendre sa voix de femme, elle invente un stratagème. Isaac vient de demander à Ésaü de partir à la chasse pour lui ramener le gibier qu’il préfère. Le fils choisi le cuisinera et le servira à son père, qui, en fin de repas, lui accordera sa bénédiction. Pour Rébecca, il est temps d’agir : elle demande à Jacob d’aller lui chercher des chevreaux. « Il va les chercher et les apporte à sa mère qui apprête un régal, comme son père aime. La mère prend les plus beaux habits d’Ésaü, son fils aîné, qu’elle a à la maison, et en revêt Jacob, son fils cadet. Avec la peau des chevreaux elle lui couvre les bras et la partie lisse du cou (pour imiter la peau velue de son frère). »Jacob prend le régal préparé par sa mère, le présente à son père aveugle et finit par recevoir sa bénédiction, après avoir usurpé l’identité de son frère.

 

Ésaü est furieux. Il est prêt à tuer Jacob. Pour écarter la menace, le frère cadet s’enfuit chez Laban, le frère de sa mère.

 

2. Le retour de Jacob angoissé à la maison de son père

Jacob passe une vingtaine d’années près de son oncle. Il a eu le temps d’avoir onze enfants avec les deux filles de Laban, Léa et Rachel, et avec deux servantes. Joseph, le dernier né, est, à ce moment, le seul et unique enfant de Rachel, la femme préférée. Travaillant durement, il a pu se constituer un troupeau important. Les fils de Laban voient cette réussite d’un mauvais œil et commencent à parler. Le visage de leur père contrarié s’assombrit de plus en plus. Jacob décide alors de s’enfuir dans la nuit avec ses femmes, ses servantes, ses enfants, ses chameaux, son bétail et tous ses biens, pour rejoindre la maison de son père. Peu après, il est poursuivi par son oncle, furieux d’être ainsi dépossédé de ses biens et de n’avoir pas pu embrasser ses filles et ses petits-enfants avant leur départ. C’est en tout cas son interprétation. Bien plus, ses dieux ont disparu et une telle félonie est impardonnable. Jacob n’est pas au courant. C’est Rachel qui les a emportés et les a cachés dans le palanquin du chameau sur lequel elle est assise. Une fouille est organisée dans toutes les tentes mais elle s’avère infructueuse : la coupable ne se lève pas, prétextant une indisposition de femme. Jacob et Laban finissent par conclure un traité et chacun s’en va maintenant de son côté.

 

Jacob, pourtant, n’en a pas fini avec les difficultés qui contrarient son expédition. Il lui faut affronter son frère Ésaü, qui est sur son chemin. Par précaution, il lui envoie des messagers ; ils reviennent rapidement annonçant à leur maître que le frère s’apprête à venir vers lui avec quatre cents hommes. Tout cela est de mauvais augure pour les jours qui viennent. Jacob s’apprête déjà à passer une terrible nuit.

 

3. La traversée du Iaboq comme traversée de l’écriture

Le texte sur la lutte de Jacob est structuré par une grande figure, celle de l’écriture. Écriture représentée d’abord par le Yabboq, Comme l’écrivain, sur sa page blanche, le torrent qui sort de la montagne dévale sur  la plaine, invente son tracé et se déploie en courbes, en lignes plus droites, en boucles, en resserrements, en soubresauts et en étalements multiples. Sous une forme imagée, il nous raconte son histoire avec ses affrontements, ses victoires et ses temps d’une paix toujours relative. Il porte la vie reçue de la source et l’engendre à nouveau tout au long de son parcours en faisant pousser les plantes, les arbres et en permettant aux animaux et aux hommes de subsister.

 

Et puis il y a le texte d’une grande force symbolique, qui est aussi une écriture. Comme le fleuve porte la vie, le texte porte la parole qu’il reçoit d’ailleurs  et qu’il doit transmettre et faire fructifier. C’est aussi la vie qu’il est chargé de faire passer sous la forme d’une parole d’origine mais il le fait à un niveau plus spirituel que le torrent. Imitant le fleuve, l’écriture ici ne se contente pas d’acheminer une parole de vie, elle l’engendre à nouveau à travers les lecteurs et leur interprétation.

 

Enfin nous sommes ici en face d’une écriture plus subtile, celle qui est constituée par la trace qu’un Autre, inconnu, a laissé à l’intérieur de Jacob lui-même ; elle a la forme d’un appel et sollicite une réponse de l’homme pour recevoir la bénédiction de Dieu, porteuse de vie divine non seulement pour le bénéficiaire mais aussi pour son entourage et sa descendance.

 

Ici donc l’écriture de Jacob est représentée par le Yabboq que le texte de La Septante écrit « Iaboq » pour bien montrer le lien entre le fleuve et le personnage principal du texte. Chez ce dernier, la seconde consonne a pris la place de la première, comme le cadet a pris la place de l’aîné. Jacob vient de traverser le Iaboq physiquement avec ses femmes, ses servantes et ses serviteurs, ses enfants et ses troupeaux. Mais maintenant, il doit le traverser de l’intérieur comme sa propre écriture, pour comprendre le destin que Dieu lui a réservé. Jusqu’ici il était en terrain connu. Désormais il va passer sur un territoire inconnu et inquiétant. L’écriture est une frontière entre le connu et l’inconnu et, tout aussi bien, entre l’inconnu et le connu, et en ce sens, elle est non seulement une frontière mais aussi un lieu de passage. Lieu de passage aussi entre le conscient et l’inconscient. J’ai toujours pensé que la cure analytique devait utiliser l’écriture avant d’entrer dans la parole. Et, maintenant, en étudiant le texte de Jacob, je comprends que cette cure est aussi une traversée de l’écriture. Jacob entre donc dans une thérapie singulière où l’analyste est caché, en même temps présent et absent, puisqu’il s’agit de Dieu Lui-même.

 

Il faut dire qu’il a besoin de voir clair car sa vie est bâtie sur une ruse et sur un mensonge, qui a pris la forme d’une usurpation d’identité.  Mais il est vrai que seule compte la bénédiction de Yahvé, le Père de tous les hommes. C’est lui le véritable passeur.

 

4. Une lutte à mort pour le primat de la vérité sur l’autorité

Dans la nuit et la solitude, Jacob est placé en face de lui-même et en face du Très Haut. Il rejoue avec Dieu la scène de la bénédiction qui l’avait placé en présence de son père Isaac. Mais maintenant il est impossible de tricher. Le voici condamné à emprunter le chemin de la vérité. En fait, ce n’est pas aussi simple. Quelqu’un lui barre le chemin. Il pense d’abord à un homme comme l’interprète la Septante, qui parle d’un anthrôpos. Ce pourrait être un Ésaü imaginaire, prêt à lui enlever la vie. En même temps,  enchevêtré dans une angoisse indicible, son être se divise, opposant l’aventure de la vérité dans la quelle il veut s’engager au dictat de l’autorité qui marque son opposition et dont il voudrait se libérer.

 

Son combat ressemble étrangement à la lutte de Prométhée contre les dieux de l’Olympe pour s’emparer du feu qui brillait dans la cheminée de Zeus et qu’il cacha dans un bâton creux. Les hommes ne pouvaient vivre sans le feu nécessaire à la cuisson, au travail dans les forges et les ateliers ou au simple chauffage des maisons. Jacob, de son côté, reconnaît que l’homme ne peut vivre sans la raison qui permet de rechercher la vérité. Mais il constate que la raison humaine est enchaînée.  Il s’efforce alors de l’arracher à l’emprise d’un Dieu autoritaire. En fait son combat n’est pas vraiment contre Dieu ; il est contre les représentations qu’il s’en fait. Il ne s’agit pas pour lui, en ce moment, de rejeter toute autorité, mais d’affirmer le primat de la vérité sur l’autorité.

 

5. Une double castration symbolique pour éviter la toute-puissance de la raison et de l’interprétation

Jacob a toutes les raisons de s’enorgueillir et il le dit lui-même à la fin du récit : « J’ai vu Dieu face à face et j’ai eu la vie sauve ». Aussi le Seigneur va–t-il lui infliger une double castration pour éviter qu’il ne  s’égare dans la toute-puissance de l’interprétation. Il inscrit ainsi en lui le manque comme un complément de l’écriture initiale.

 

Le manque est la marque de l’humain comme l’exprime le mythe scandinave du loup Fenrir. Enfant d’Angerboda  et de Loki, Fenrir était un loup monstrueux, qui a fini par trancher la main du dieu Tyr, pour en faire un manchot, figure de l’homme, c’est-à-dire de celui qui manque : en latin, le mot mancus, qui veut dire manchot, a donné naissance au mot manque. La même intuition traverse tout le texte de la chute dans la bible : l’épreuve du passage de l’animalité à l’humanité consiste, pour une part, à accepter l’inscription du manque dans la sexualité pour transformer la pulsion en désir humain.

 

Si l’homme est un manchot, il est aussi un être boiteux. Le Seigneur frappe violemment Jacob à la hanche et le confirme ainsi dans son humanité. Désormais, il ne pourra marcher qu’en s’appuyant sur l’Autre, surgissant, comme un compagnon, à chacun de ses pas.  Il sera là pour lui rappeler que sa raison seule ne peut le conduire dans sa vie de tous les jours, à moins qu’elle ne s’adosse, comme nous allons le voir, à la lumière libératrice, qui lui est donnée. C’est ainsi la raison elle-même, qui est devenue boiteuse et son handicap apparent est le vaccin qui va l’empêcher de sombrer dans la toute-puissance de l’interprétation face à une écriture qui résiste.  Et avec l’Autre, ce sont aussi tous les autres, qui vont rappeler à Jacob et à chaque homme en particulier, leur présence nécessaire.

 

En même temps, ce Dieu, compagnon de l’homme, se tient à distance dans un espace sacré et secret. Il inflige à Jacob une seconde castration en refusant de lui donner son nom. Une seconde fois, il cherche à l’écarter de la toute-puissance qui pourrait l’amener à se prendre pour Dieu ou encore à se servir de Dieu.

 

6. Un double code de lecture donné à Jacob pour déchiffrer son écriture

Surgissant, après le coup dans la hanche, l’Autre analyste qui semble s’opposer finit par révéler sa présence en entrant dans la parole pour donner le mot de passe, qui ouvre le passage. Ce mot de passe n’est autre que le nouveau nom  « Israël ». « On ne t’appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as été fort contre Dieu et contre les hommes et tu l’as emporté ». Le nom de Jacob portait le passé et, en même temps, la ruse et l’ambiguïté. Il ne pouvait servir de code de lecture pour l’avenir. Il faut changer le nom donné par les hommes contre un nom choisi par Dieu Lui-même. L’écriture de Jacob n’a pas été transformée mais le premier code de lecture ne pouvait permettre de l’interpréter : il plongeait ses racines dans l’ambiguïté. Il en fallait un autre qui soit accordé à la vérité.

 

Ainsi, il devient manifeste que Dieu approuve le lutteur dans son combat pour la vérité. Contrairement à ce que prétendait son père Isaac, guidé par l’autorité de la loi et de la coutume, c’était donc la mère qui avait raison dans le choix de Jacob parce que sa perspicacité jointe à l’impulsion du cœur l’avait mise, elle aussi, sur le chemin de la vérité. Bien plus, comme le nouveau nom signale la présence de la personne, il apparaît que la recherche la vérité est la démarche qui permet la construction du sujet. Si donc, le lutteur se maintient dans une telle recherche, il trouvera toujours en lui la lumière donnée par Dieu pour permettre à la raison de fonctionner. Présentée comme boiteuse, la raison a en effet besoin d’une vision qui, d’une certaine façon, la précède, et cette vision le ramène sans cesse au combat pour la vérité

 

Comme Jacob, l’interprète des Textes sacrés ne trouvera sa voie que s’il lutte pour la vérité contre une autorité qui voudrait la fonder abusivement. Et comme lui encore, il reçoit une seconde indication dans le geste de la bénédiction. Lorsque Jacob demande au Très Haut son nom, celui-ci lui répond par l’acte de bénir, l’engageant ainsi dans la dynamique du partage : partage entre Dieu et l’homme et entre les hommes, partage de la vie qui multiplie en divisant, partage encore entre le conscient et l’inconscient, entre moi et l’autre, entre le passé et l’avenir, entre la mort et la vie… Dans le domaine humain, c’est donc le partage qui donne son sens ultime à la recherche de la vérité parce que la raison elle-même, si elle veut être fidèle à sa vocation intime, trouve son fondement dans l’ordre symbolique, qui organise le monde et articule les éléments qui le composent en partageant.

 

Or, si nous analysons de près les textes concernant Jacob, nous découvrons que la dynamique du partage ou la dynamique du symbolique a été contrariée par la non écoute de la parole de la femme, représentée par Rébecca. C’est ce qui a provoqué, au moins provisoirement, la ruse et le mensonge. Le partage entre l’homme et la femme n’a pas réellement fonctionné.

 

7. Pour une bonne interprétation du Coran, il est souhaitable de prendre en compte les Mille et Une Nuits

Dans l’Islam, nous sommes en face de deux Livres importants, celui du Coran reçu par un homme au nom de Mohamed et, à un autre niveau, celui des Mille et Une nuits dont le premier rôle est tenu par une femme, la célèbre Chahrazade.

 

Le livre des Mille et Une Nuits, trop longtemps déconsidéré, est pourtant porteur d’une parole prophétique et révolutionnaire, qui rejoint, en partie au moins, le constat fait à propos de l’histoire de Jacob. Pour Chahrazade, il existe dans l’humanité deux paroles : celle de l’homme et celle de la femme. Or l’homme pense, comme Isaac, qu’il est le seul porteur de la parole autorisée. De ce fait, il n’entend pas la parole féminine et compromet ainsi la grande dynamique du partage ou du symbolique, et le bon fonctionnement des individus et de la société. C’est pourquoi Chahrazade entreprend le projet grandiose de remettre le royaume sur ses pieds et d’empêcher ses dérives injustes et meurtrières, en apprenant au roi Chahriyâr à écouter la parole de la femme. Il y faudra Mille et une Nuits, c’est-à-dire un temps très long. Pour cela, elle invente une forme de psychanalyse, en racontant, la nuit, des histoires porteuses de structures symboliques et en obligeant le roi à s’y confronter au cours des interruptions provoquées par la rupture du récit, que provoque l’avènement du jour. Notre souverain se voit ainsi conduit à écouter des contes pendant la nuit et à les interpréter pendant la journée. Petit à petit son oreille s’ouvre, en même temps, à la parole de Chahrazade et à la parole de la femme. Il entre alors dans un processus de reconnaissance, qui ouvre une place non seulement à la reine et à ses enfants mais aussi à tous ses sujets, qu’ils soient riches ou pauvres, nobles ou simples citoyens. En rétablissant le partage entre l’homme et la femme, Chahrazade a ouvert un champ nouveau à la dynamique du symbolique.

 

Les Mille et Une Nuits sont d’abord une critique de la culture arabe, qui a accueilli le Livre de Dieu transmis à Mohamed. Elles en révèlent la faille dans la non écoute de la parole de la femme. Mais la critique interne permet d’élargir la portée de ce chef d’œuvre de la littérature mondiale, qui, en se présentant sous une couverture mythique, acquiert une dimension universelle et interroge toutes les cultures. Ainsi le non partage entre l’homme et la femme compromet un juste aboutissement de la recherche de la vérité non seulement dans l’Islam mais aussi dans l’humanité entière, parce qu’il bloque, pour une part, la dynamique symbolique, qui sert d’assise et d’aboutissement à la rationalité elle-même. La cure proposée par Chahrazade au roi Chariyâr à travers le récit des Mille et une Nuits intéresse donc tout chercheur de vérité parce que la non écoute de la parole de la femme lui fait « perdre la raison » ; la raison elle-même est malade et il convient d’en assurer la guérison. Ne serait-ce pas un hasard providentiel qui a lié le don du Coran au livre des Mille et une Nuits ? Peut-être est-ce une invitation à passer par la cure de Chahrazade pour interpréter sainement le Message de Dieu ? N’a-t-on pas oublié l’importance que Mohamed a accordée à la moitié féminine du ciel, en donnant à Aïcha une part égale à celle de l’homme, dans la transmission de son Testament spirituel ?

 

Si l’invitation à passer par la cure de Chahrazade était reçue concrètement par l’Islam, les autres cultures en seraient positivement affectées, et, en particulier, le judaïsme et le christianisme. En effet, ce serait sans doute une soumission au Dieu du partage et donc à la dynamique symbolique de la Vie qui serait finalement proposée. Dans ce cas, rien n’empêcherait un Juif de devenir musulman de cœur sans cesser d’être juif. Il en irait de même pour tout chrétien.

 

Etienne Duval

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commentaires

F
<br /> <br /> Révélation de l’archange Gabriel à Marie<br /> <br /> <br /> <br />
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A
<br /> <br /> Révélation de l’ange Gabriel à Mohamed<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
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D
<br /> Oui tu as raison, l’écriture serait le symptôme de l’origine. Et l’origine serait lui-même une écriture, celle que lit l’ange Gabriel pour la transmettre à<br /> Mohamed : en somme le génome de l’homme.<br />
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G
<br /> <br /> Le génome entier de l’homme<br /> <br /> <br /> <br />
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C
<br /> D’une écriture à l’autre<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Je n'ai pas regardé le match de foot France-Ukraine parce que j'étais allé écouter une amie et sa chorale Gratiana chanter des airs de V.E.R.D.I. (Victor Emmanuel<br /> Roi d'Italie) dont l'hymne national...<br /> <br /> <br /> Par contre, j'ai apprécié comme chaque fois la parole partagée dans ce dernier Café rue Bonnefoi sur le thème "hommes et femmes".<br /> <br /> <br /> Pour en revenir à ton texte du blog, il y a ce commentaire de mon commentaire que je t'ai adressé comme ça en passant sur l'écriture comme symptôme (*J'en profite<br /> pour te préciser que j'ai repris dans mon commentaire ton terme de "symptôme" à propos de l'écriture car je le trouve assez juste : un symptôme, on n'en fait pas une maladie ! Pas plus que<br /> l'écriture. Mais pour autant, qu'est-ce que cette nécessité d'écrire telle une partition de musique ? Le verbe ne nous suffit-il pas ?*) ; et aujourd'hui, poursuivant ma réflexion, sur<br /> "l*'interprétation*", non seulement celle des différents magistères, du talmud sur la Thora, des hadith sur le Coran, de celle des Pères de l’Église, mais de *notre propre interprétation *à<br /> chacun dans le sens de *notre propre symptôme* que nous ajoutons au symptôme d'origine que produit la lettre du texte sacré.<br />
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L
<br /> <br />
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D
<br /> Le Tweet de Valérie Trierweiler<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Ce qui m'intéresse, ce n'est pas le tweet en lui-même, mais c'est la capacité de réaction de François Hollande. S'il sait s'y prendre, l'obstacle évident le<br /> propulsera en avant, car il manifestera alors son aptitude à entendre la parole des femmes et leurs intentions. Un piège lui est tendu. A lui d'esquiver le piège. Or c'est ce qu'il a fait en<br /> Italie. Bonne chance pour la suite !<br />
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M
<br /> La France a remporté le match contre l’Ukraine<br /> <br /> <br /> <br />
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D
<br /> A demain ! En attendant je regarde le match. Ce n’est pas encore gagné !<br />
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C
<br /> Cette fois, je ne sais comment tu t'y es pris, mon commentaire est bien passé en respectant les gras et sous lignages. Tu me précises :"...avant toute<br /> interprétation du texte sacré ";  je<br /> <br /> <br /> comprends mieux maintenant ton intervention à Fez. Merci à toi Etienne et à demain.<br /> <br /> <br /> Charles<br />
Répondre
J
<br /> <br />
Répondre
D
<br /> Je me retrouve tout à fait dans ce que tu dis, à propos de la reine de Saba, sur « une parole de vérité émanant du lieu de l’altérité<br /> féminine ». C’est bien cette parole, pourtant fondamentale, que l’homme n’entend pas. Et comme elle semble présente dans le Coran, il faudra bien, sous la pression de Chahrazade et à son<br /> exemple, amener l’homme à l’écouter avant toute interprétation du texte sacré.<br />
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C
<br /> Suite<br /> <br /> <br /> Si les Juifs, le Chrétiens et les musulmans consentaient à vouloir accueillir ensemble l’Aleph silencieux sous-jacent à la Torah, aux Évangiles, au Coran, cette<br /> clarté qui les porte tous mais qui toujours leur échappe, on pourrait peut-être commencer à s’entendre, en s’écoutant au plus profond de nos racines communes." Pour ma part je réalise à quel<br /> point l’écriture des psaumes dit ce manque jusque dans son côté fêlé, dur, impur, contradictoire, éclaté du bonheur humain comme le rend bien la traduction de Sevin et Cadiot signalée par Pierre<br /> Zaoui, réel de la lettre que calment les balancements de leur corps aux sons naissant du mouvement de leurs lèvres de ces « disant » qui psalmodient le texte sacré, celui des trois<br /> religions du Livre. »<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> La femme dans son rapport à l’autorité patriarcale<br /> <br /> <br /> Et Rébecca, la mère ? Je ne sais si c’est son intuition féminine qui lui fait percevoir que Jacob le cadet serait plus apte qu’Ésaü,<br /> l’aîné, à assurer la continuité de la famille ; quant à observer comme tu le fais Etienne, que la science plus tard allait lui donner raison, c’est laisser entendre que la science pourrait<br /> assurer un fondement à des textes symboliques de la Bible, ce dont déjà pour le Coran un Tunisien, H.M. El. Hachimi, comme le dénonce Fethi Benslama (La psychanalyse à… p.77), ne se prive pas.<br /> <br /> <br /> Ce n’est du reste pas comme mère dans sa relation privilégiée avec Jacob que tu nous invites à écouter sa parole, mais plutôt comme femme<br /> dans son rapport subversif à l’autorité d’Isaac, disons en termes lacaniens : par rapport à la jouissance phallique d’Isaac, dans sa jouissance autre, autre que<br /> phallique, "la jouissance qu’il faut"(Encore p.76) mais au sens de faillir, celle "qu’il ne faut pas", non l’ustensile<br /> ! Donc ni la maman, ni la putain, ce que dénonce joliment Mona Chollet dans le Monde diplo de juin : "Exercer un métier qui vous<br /> plaît, exister socialement par des compétences autres que maternelles ou de séduction…quand on est une femme, surtout si on n’est pas née avec une cuillère en argent dans la bouche, ça n’a jamais<br /> été vraiment gagné" ; car,  observe Françoise Héritier, "la valence différentielle des sexes découlant de celle des générations fait des femmes des<br /> cadettes en situation permanente de minorité d’âge, donc d’infériorité, et représentées sociologiquement de façon explicite comme minorité de groupe parmi<br /> d’autres".<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> La parole de vérité émanant du lieu de l’altérité féminine<br /> <br /> <br /> Pour autant, je ne vais aller chercher ni Antigone, ni Valérie Trier Weiler, ni Aung San Suu Kyi pour entendre la parole féminine, mais comme Rédouane Abouddahab<br /> dans vos "lectures croisées" à tous deux sur La violence et la parole me l’a fait découvrir dans la sourate Les fourmis : la reine de Saba, et non pas comme Sūlaïmâane pour découvrir ses jambes sur la dalle de cristal qu’elle croyait une nappe d’eau, mais<br /> comme le décrit si bien Rédouane au point qu’il m’a donné le goût d’aller aussi découvrir le Coran de plus près, avec le jeu de la huppe et celui d’une "parole de vérité émanant du lieu de<br /> l’altérité féminine". Et pour ma part, sans passer par Les mille et une nuits, je trouve cette sourate assez<br /> parlante pour bien interpréter le Coran. Il est vrai que dans Les nuits il y a de plus l’écoute infantile de<br /> Dounyazade, comme l’écrit Benslama (La psychanalyse à l’épreuve de l’islam p.242), l’écoute de l’inconscient qui touche au refoulement<br /> originaire et à "la dimension originelle du sujet du désir". Et c’est par cette écoute infantile que "Shéhérazade restitue la jouissance Autre de la femme, entretenant toutes les nuits<br /> la part impénétrable d’elle."<br /> <br /> <br /> Il se fait tard, alors buenas noches (au pluriel !)<br /> <br /> <br /> Amicalement, Charles<br /> <br /> <br />  <br />
Répondre
C
<br /> L’isoloir<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> C’est un incident dimanche soir qui m’a donné, tardivement, de venir coucher mon « comment-taire », - nécessaire symptôme qui ne cesse pas de<br /> s’écrire !- en réponse non pas au texte d’un « magistaire » comme l’écrirait Lacan, mais au tien pour lequel tu viens de re-susciter notre propre écriture …<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Le secret de l’isoloir<br /> <br /> <br /> De retour de deux jours de travail gestuel à plusieurs avec un ou des objets non de "désir" mais qui, avec une sobre mise en scène, pourraient néanmoins sembler,<br /> seulement sembler, en être la cause, je m’étais préparé à courir avant 20 h à mon bureau de vote du quartier pour le 1er tour des Législatives.<br /> <br /> <br /> J’avais déjà avant mon "entrée dans la salle du scrutin" glissé mon objet – pardon, mon bulletin - dans l’enveloppe, et je n’ai donc pas jugé nécessaire de passer<br /> par "l’isoloir", quand une charmante dame de ce bureau me fit observer que c’était une obligation, ce à quoi je lui répondis, assez irrité il est vrai, que le secret du<br /> vote était assuré et qu’il n’en aurait pas été de même si, tout en passant par l’isoloir, je n’avais pris au vu de tous qu’un seul bulletin, qu’il valait donc mieux appliquer la loi non à la<br /> lettre mais dans son esprit. Finalement, voyant qu’elle maintenait sa position et soutenue par son président, pour ne pas risquer une annulation, je suis allé cérémonieusement jusqu’au fameux<br /> isoloir. Depuis, à la lecture de l’art.9 de la loi du 10 mai 69, je réalise pourquoi c’est elle qui avait raison : "L’électeur doit se rendre isolément dans la partie de la salle<br /> aménagée pour le soustraire aux regards pendant qu’il met son bulletin dans l’enveloppe." Cette obligation d’isolement de l’électeur au moment de mettre  son bulletin<br /> dans l’enveloppe non pas chez soi mais dans la salle du scrutin a quelque chose de symbolique : il n’y a pas en effet plus individuel et à la fois plus collectif<br /> que ce geste. Je me souviens d’une grève assez longue où le patron pour contrer les votes collectifs à main levée avait fait appel par courrier individuel, tel dans le secret du confessionnal, au<br /> "libre arbitre" de chacun, celui-là même que, par contre, les règles de sécurité sur les machines éliminaient comme la peste.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> L’entrée dans la dimension symbolique<br /> <br /> <br /> Je ne sais si cet incident pourra illustrer ce que j’ai cherché comme tu nous y invites à comprendre, à partir d’une écriture qui résiste<br /> à la singularité du lecteur, telle dans ton texte de La Genèse ou aussi dans la sourate VI, 164<br /> Les troupeaux : "Toute âme n’est responsable que d’elle-même. Nul ne supporte le fardeau d’un autre" ; et qui par ailleurs<br /> s’ouvre sur une lecture non pas masculine, mais féminine.<br /> <br /> <br /> Une première lecture nous fait déjà percevoir l’importance de la fécondité pour la transmission de la succession, cela au prix d’une<br /> guerre civile qui pourrait bien avoir lieu entre Ésaü et Jacob avec de plus un attachement psychotique de Jacob à leur mère Rebecca du fait qu’il en est le fils préféré<br /> et qu’elle fait tout pour lui obtenir cette succession.<br /> <br /> <br /> Or, que se passe-t-il ? C’est là qu’intervient la dimension symbolique, mais qui ne tient pas d’abord, me semble-t-il, au fait que<br /> Jacob sous prétexte de Vérité se rangerait avec sa mère contre l’autorité du père : la lutte de Jacob, c’est d’abord au contraire la distance qu’il met par rapport à sa mère, c’est cela sa<br /> castration ; la castration se fait toujours dans la langue maternelle. Et puis qu’est ce que c’est que son destin, son karma qui l’opposerait à son frère<br /> Ésaü ?<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Parole et médiation<br /> <br /> <br /> Par bonheur le symptôme de son écriture qu’il traverse comme le fleuve Yabboq, va lui être une défense dans son combat solitaire<br /> contre la cruauté de cette double castration. Alors ensuite seulement il pourra prendre ses distances par rapport au "patriarche" en qui fusionnent la famille et l’autorité et se réconcilier avec<br /> son frère, trouver l’harmonie, partager ; ce sera cela la Parole, non pas Verbum mais, comme l’écrivait Simone Weil dans sa Lettre à un<br /> religieux :" λóγος, qui veut dire avant tout rapport, c.à.d. proportion, harmonie, c.à.d. médiation, - Je  traduirais : Au commencement était<br /> la Médiation", là où avec ces peuples de nomades, il s’agit de νεμειν, donner sa portion de pâturage à chaque troupeau : l’écriture, à la fois comme dette par rapport au don<br /> symbolique d’origine, et comme monnaie d’échange, de partage, l’écriture dans son rapport aux lois symboliques, aux lois de la Parole.<br /> <br /> <br /> Et surtout, une écriture qui dit le manque, la perte irréductible, celle déjà perceptible dans la transmission vocale à Samuel, à Ismaël, l’enfant<br /> « qui entend », mais plus encore dans ce Réel de la lettre, paradoxalement ce réel qui ne cesse pas de ne pas s’écrire, auquel renvoie la lecture du texte sacré – c’est<br /> en cela qu’il est sacré – par cette injonction, non seulement isma, entends, mais iqra, lis.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Le souffle du silence<br /> <br /> <br /> Comme l’observe Jean Mansir dans Le Souffle du silence, "la langue hébraïque de la Bible n’est faite que<br /> de consonnes. Une consonne, c’est le son du souffle freiné ou arrêté par les mouvements de la langue ou des lèvres et par les dents. La consonne porte le souffle, la vie. La voyelle, elle, est la<br /> résonance du souffle dans la cavité buccale… La consonne appartient à Dieu : elle est silence. La voyelle est de l’homme, elle donne résonance au Souffle divin. Il sera donc de l’entière<br /> responsabilité des lecteurs de donner voix à ce texte muet. Ainsi naît la parole de Dieu…L’Aleph, la première consonne, lettre silence…Si les Juifs, le Chrétiens et les musulmans<br /> consentaient à vouloir accueillir<br />
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C
<br /> Mon commentaire, parti sur ma lancée,  est un peu long, trop long pour le blog ! ; j'ai voulu le rendre plus lisible par des caractères gras et<br /> italiques mais je crains que comme par le passé ils ne passent pas sur le blog. L'approche de ton texte par rapport à la question de l'écrit et de la traduction des textes sacrés du Coran, comme<br /> je n'étais pas à Fez, ne m'a pas été facile. J'espère ne pas avoir été tout à fait à côté de la plaque !<br /> <br /> <br />  <br />
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L
<br /> <br /> La prière pour les morts<br /> <br /> <br /> <br />
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D
<br /> Bien sûr, je suis intéressé par le fond de cette histoire, et en particulier par le rapport entre la femme et l’écriture,  mais je m’arrête<br /> ici  sur le lien qu’établit Tahar Ben Jelloun entre le Coran et les Mille et une Nuits. Il passe d’un livre à l’autre, comme si les deux écritures étaient liées par des touches<br /> féminines secrètes.<br />
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D
<br /> Tahar Ben Jelloun, écrivain poète marocain<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Oui Etienne les récits des Mille Nuits et Une Nuit nous parlent du passage de l’écrit vers l’oral, puisque Chahrazade puise sa science dans les livres. Puis<br /> éventuellement de l’oral vers l’écrit, si le Roi daigne enregistrer l’histoire et la retranscrire…<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> J’aimerai citer Tahar Ben Jelloun écrivain poète marocain.<br /> <br /> <br /> « Moi, je dépose là devant vous le livre, l’encrier et les porte plume. Je m’en vais lire le Coran sur la tombe des morts ! » Ainsi s’achève en février<br /> 1985 le roman L’enfant de sable.<br /> <br /> <br /> Et pour renouer avec le sujet : voici un court extrait de ce même livre.<br /> <br /> <br /> « Il me semblait avoir déjà entendu cette voix dans un des livres que j’avais lus. C’était, je crois, dans un des contes des Mille Nuits et Une Nuit,<br /> l’histoire de cette servante nommée Tawaddud qui, pour sauver son maître de la débâcle, lui proposa de comparaître devant le calife Hârûn al-Rachid et répondre aux questions les plus difficiles<br /> des savants ; elle était douée d’un savoir universel, ce qui permettrait à son propriétaire, en cas de succès total, de la vendre au calife pour dix mille dinars. Elle fut bien sûr<br /> victorieuse de l’épreuve. Hârûn al-Rachid accepta dans sa cour Tawaddud et son maître et les gratifia de plusieurs milliers de dinars. C’est un conte sur la science et la mémoire. J’ai aimé cette<br /> histoire parce que j’étais moi-même séduit par le savoir de cette servante et jaloux de sa rigueur et de sa finesse. A présent, j’en suis quasiment certain : la femme qui m’a rendu visite avait<br /> la voix de Tawaddud. Et pourtant des siècles les séparent ! La servante n’avait que quatorze ans…<br /> <br /> <br /> Ainsi parle le troubadour aveugle. »<br /> <br /> <br /> Bonne fin de semaine à tous Danièle<br />
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L
<br /> <br /> La femme de Bagdad<br /> <br /> <br /> <br />
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D
<br /> Tu n’es pas la seule à ne pas connaître Les Mille et une Nuits. Je me suis aperçu au Maroc que beaucoup de Musulmans, apparemment, ne connaissent pas non plus ce<br /> chef d’œuvre de la littérature arabe.<br />
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J
<br /> Je comprends que tu t'interroges sur l'absence de réactions suite à ton dernier article. En ce qui me concerne, je ne peux que rester silencieuse car je ne connais<br /> pas ou si peu ! Les Mille et Une Nuits. C'est sans doute une grande lacune et tu me motives pour les lire.<br />
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L
<br /> <br /> Le Tintoret, Esther devant Assuérus<br /> <br /> <br /> <br />
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D
<br /> Esther en liaison avec Les Mille et Une Nuits<br /> <br /> <br /> Chahrazade et Esther, un même sens profond : le mensonge qui concerne la conception de la femme<br /> <br /> <br /> Non seulement la structure du salut et de la guérison est la même dans les deux textes, mais le sens profond est également très proche. Ce sens<br /> concerne la conception de la femme : c'est là que gît le mensonge. La transformation des individus et de la société suppose la prise de conscience d'un tel mensonge et son élimination pour un<br /> retour à une conception plus juste.<br /> <br /> <br /> Dans les Mille et Une Nuits, le roi est malade et s'enferme dans la répétition du meurtre parce qu'il croit que la femme est, par essence, un<br /> être lié au mensonge et à la tromperie. Les histoires racontées au fil des nuits montrent que la femme peut tromper. Mais elle est aussi celle qui va sauver le mari trompé et traumatisé. Presque<br /> tous les contes ont leur Chahrazade. Ainsi, édifié par sa propre femme, le roi, en écoutant les histoires, va peu à peu se faire à l'idée que toute femme est aussi respectable que l'homme ; tout<br /> en étant différente, elle ne lui est en rien inférieure. Il pourra ainsi sortir de sa peur injustifiée, qui en avait fait un meurtrier. En même temps, il ne faut pas oublier que ces textes ont<br /> une visée politique. Toute la société, à l'image du monarque, est affectée par le même mensonge au sujet de la femme. Elle ne pourra se transformer et trouver son salut qu'en sortant de ce<br /> mensonge, qui la voue à une violence destructrice.<br /> <br /> <br /> Dans le texte d'Esther, il existe également une conception erronée de la femme qui contribue à structurer toute la société elle-même. Elle doit<br /> être soumise aux hommes en général et à son mari en particulier. Lorsque la reine Vasthi a refusé de répondre à l'ordre du roi pour marquer sa différence et sa dignité, le royaume en a été<br /> ébranlé et les conseillers d'Assuérus l'ont alerté sur le danger que faisait courir à toute la société un tel comportement. Pour avoir osé affronter "l'homme" royal, elle fut destituée et c'est<br /> Esther qui la remplacera. Cette nouvelle reine est présentée comme un nouveau modèle de femme. Elle ose déroger aux règles de la Cour pour porter sa requête en faveur des Juifs, auprès du<br /> souverain. Bien plus elle convoque Haman lui-même, c'est-à-dire celui qui a décidé l'élimination des Juifs. Devant le roi, elle dénonce sa forfaiture tissée de mensonges.<br /> <br /> <br /> En examinant de près le texte, on découvre, semble-t-il, une analyse très judicieuse de la société. Si des complots comme celui d'Haman peuvent<br /> exister c'est parce qu'il existe une soumission imposée de la femme à l'homme. Accepter qu'il existe des êtres inférieurs comme la femme, c'est accepter toutes les inégalités qui vont permettre<br /> l'asservissement des uns par les autres et, en particulier, l'asservissement des Juifs et leur possible élimination. Autrement dit, à la racine du complot d'Haman et de tous les complots<br /> semblables dans le royaume, il y a l'acceptation d'un statut inférieur pour la femme. Esther va entrer en opposition avec une telle conception : non seulement elle est femme mais elle est aussi<br /> juive. En sauvant les juifs elle sauve aussi les femmes.<br />
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N
<br /> <br /> Nom de Dieu<br /> <br /> <br /> <br />
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D
<br /> Merci pour cette parabole que je ne connaissais pas. J’en conclus peut-être à tort que l’écriture pèse plus lourd que les mots parce qu’elle semble nous renvoyer à<br /> l’origine. Et, pour renouer avec notre sujet, la femme n’est-elle pas celle qui nous renvoie à l’Écriture, comme Chahrazade elle-même?<br /> <br /> <br />  <br />
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D
<br /> En remerciement pour la Voix de Robert Desnos<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Nous sommes bien avant en 50 avant Jésus-Christ mais le temps est quelque fois bien incertain. Non pas en Gaule mais dans un petit espace où Basse Égypte, Haute<br /> Égypte, Judée, Phénicie, Assyrie, Mésopotamie, et Élam forment le croissant fertile. La religion juive, la religion chrétienne (sont prospères) et la religion de Mahomet est encore au berceau à<br /> balbutier. Mais le Verbe déjà à pied d’œuvre,<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> La parabole du Verbe dans le récit :<br /> <br /> <br /> Le roi Nemrod’, disent-ils, fit comparaître devant lui, un jour, ses trois fils. Il fit apporter devant eux, par ses esclaves, trois urnes scellées. L’une de ces<br /> urnes était d’or, l’autre d’ambre, la dernière d’argile. Le roi dit à l’aîné de ses fils de choisir parmi ces urnes celle qui lui paraîtrait contenir le trésor du plus grand prix. L’aîné choisit<br /> le vase d’or, sur lequel était écrit Empire; il l’ouvrit et le trouva plein de sang. Le second prit le vase d’ambre, sur lequel était écrit Gloire, il l’ouvrit et le trouva plein de la cendre des<br /> hommes qui avaient fait du bruit dans le monde. Le troisième prit le seul vase qui restait, celui d’argile ; il l’ouvrit, et il le trouva vide mais, au fond, le potier avait écrit un des noms de<br /> Dieu. «Lequel de ces vases pèse le plus? » demanda le roi à sa cour. Les ambitieux répondirent que c’était le vase d’or ; les poètes et les conquérants, que c’était le vase d’ambre, les sages,<br /> que c’était le vase vide, parce qu’une seule lettre du nom de Dieu pesait plus que le globe de la terre. Nous sommes de l’avis des sages ; nous croyons que les plus grandes choses ne sont grandes<br /> qu’à la proportion de divinité qu’elles contiennent et que quand le rétribuer suprême jugera les poussières de nos actes, de nos vanités et de nos gloires, il ne glorifiera que son nom (Extrait<br /> La Vie de Mahomet (Alphonse de Lamartine, 1854) http://thelifeofmuhammad.free.fr/4.html<br />
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D
<br /> La Voix<br /> <br /> <br /> Une voix, une voix qui vient de si loin<br /> Qu'elle ne fait plus tinter les oreilles,<br /> Une voix, comme un tambour, voilée <br /> Parvient pourtant, distinctement, jusqu'à nous.<br /> <br /> <br /> Bien qu'elle semble sortir d'un tombeau <br /> Elle ne parle que d'été et de printemps.<br /> Elle emplit le corps de joie, <br /> Elle allume aux lèvres le sourire. <br /> <br /> <br /> Je l'écoute. Ce n'est qu'une voix humaine<br /> Qui traverse les fracas de la vie et des batailles, <br /> L'écroulement du tonnerre et le murmure des bavardages.<br /> <br /> <br /> Et vous ? Ne l'entendez-vous pas ? <br /> Elle dit "La peine sera de courte durée"<br /> Elle dit "La belle saison est proche."<br /> <br /> <br /> Ne l'entendez-vous pas ?<br /> <br /> <br /> Robert Desnos - Contrée (1936-1940)<br />
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D
<br /> Le lien entre écouter et dévoiler<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Pour qu’on puisse véritablement parler d’accompagnement, disait Guy Le Bouëdec lors d’une session, trois fonctions doivent être remplies : « Accompagner quelqu’un,<br /> c’est l’accueillir et l’écouter ; c’est participer avec lui au dévoilement du sens dans ce qu’il vit et recherche ; c’est cheminer à ses côtés pour le confirmer dans le nouveau sens où il<br /> s’engage ». http://www.assomption.org/Ressources/ItinerairesAugustiniens/IA30/Antoni-1.htm<br /> <br /> <br /> A travers cette parole, il semble qu’il y ait un lien entre l’écoute et le dévoilement du sens ou de l’être. Et si la femme était naturellement voilée, comme un<br /> être encore à venir, et qu’il revienne à l’homme de l’écouter pour la dévoiler, la révéler à elle-même et aux autres, et faire ainsi progresser l’humanité. Il appartiendrait alors à la femme non<br /> pas d’être voilée ou dévoilée mais d’être constamment dans le dévoilement.<br />
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L
<br /> <br /> La beauté de la femme entre le voile et le dévoilement<br /> <br /> <br /> <br />
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S
<br /> <br /> Séduction enfermée dans la caisse<br /> <br /> <br /> <br />
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M
<br /> La jeune femme replacée dans la caisse et transportée chez Ghânim<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Ce discours de Ghânim amena la jeune fille à dévoiler légèrement son visage, car elle l’avait dissimulé en s’apercevant qu’elle parlait à un homme, pour le<br /> remercier : «  Voilà la très grand bienfait du Créateur, qui a chargé un garçon de ton espèce, sur qui l’on peut compter, et de condition libre, de me délivrer de la mort. Si je vis<br /> maintenant c’est grâce à toi. Mais, par Dieu au-dessus de toi, ô mon frère, mène à son terme le service que tu m’as rendu et la bonté dont tu as fait preuve envers moi : remets-moi de<br /> nouveau à l’intérieur de la caisse et referme la serrure sur moi. Va louer les services d’un conducteur de mule et fais-moi mener dans ta maison, toujours enfermée dans ma caisse, car sans cela,<br /> avec mes vêtements, toute le monde me reconnaîtrait, et je ne puis affronter le regard des passants pour entrer habillée comme je le suis, dans ta ville. Tu imagines le scandale ! Mais, dès<br /> que tu m’auras conduite chez toi, je te parlerai de moi : qui je suis, quel est mon état. Je demande seulement à Dieu de me rendre capable de rétribuer un jour dignement le service dont tu<br /> t’es fait un mérite envers moi. « Ô dame mienne, lui répondit Ghânim, ton esclave est à ta disposition, tout dévoué à tes ordres. Je donnerais ma vie pour racheter la tienne. Tu n’as qu’à<br /> commander. Ordonne selon ton bon plaisir. Car c’est le Dieu Très-Haut qui m’a placé à ton service en me permettant de t’arracher à la mort. » En réponse, la jeune fille, émue de ces<br /> sentiments, loua le Dieu Très-Haut de lui avoir permis de rencontrer un homme de cette valeur.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Ghânim fit droit à sa demande : il la replaça dans la caisse, comme elle était, mais en y pratiquant une fente, afin de lui faciliter la respiration ; il<br /> regagna seul la ville, dont il atteignit la porte juste au moment où la garde l’ouvrait, et où il entra afin de se procurer un mulet. Repassant par chez lui, il ramena l’un de ses serviteurs et<br /> enfin il revint au cimetière charger la caisse sur la bête.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Quand la caisse fut arrivée à bon port, il la fit décharger dans sa propre chambre, congédia les serviteurs et s’enferma à clef. Il aida la jeune fille à sortir de<br /> sa cachette, et aussitôt, elle s’installa sur le divan, laissant admirer ses nobles formes. Ce fut aussi bien pour elle que pour lui un moment de grande joie : la jeune fille se rendait<br /> compte qu’elle était une rescapée de l’au-delà, Ghânim, lui, pouvait contempler, assise dans sa chambre, la beauté en personne, un quartier de lune en son plein, un être qui lui devait la vie. Il<br /> s’excusa ainsi auprès d’elle : « Ô dame mienne, ne fais pas attention à la simplicité de ce lieu où je te reçois et qui messied à ton rang.  « Ô mon maître,<br /> répondit-elle, à supposer que ce lieu manque de beauté, laisse-moi te dire que son ornement et son charme  résident en ta personne : tant que tu y es, l’endroit ressemble à<br /> l’un des jardins du paradis. – Je te prie de ne pas m’en vouloir, ô dame mienne. De toute façon, je compte sur ton indulgence ». (p. 291-293)<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br />
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M
<br /> Une superbe jeune fille dans la caisse<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> La lumière déclina et, à un moment donné, disparut complètement aux yeux de Ghânim, qui avait attendu jusque là pour descendre de son observatoire. Notre homme se<br /> persuada alors d’une chose :  « Je dois absolument voir ce que contient cette caisse ; je soupçonne qu’elle est pleine d’argent. Et qui sait ? Ces hommes<br /> n’auront pas commis d’effraction ailleurs que dans ma propre maison, ils m’auront volé… Oui, c’est ma fortune qui est dans cette caisse ! » Dès cet instant, il se précipita sur le sol,<br /> afin de le gratter et de mettre à découvert la fameuse caisse : il déploya tant d’efforts qu’il parvint à la dégager de son logement souterrain. En l’examinant de plus près, il s’aperçut<br /> qu’une solide serrure de fer la maintenait fermée ; non sans s’y être repris à plusieurs fois, et à force de la brutaliser en tous sens, il parvint à la briser. Mais la caisse une fois<br /> ouverte livra son contenu ; ce n’était ni de l’argent ni des objets de valeur, mais… le corps d’une jeune fille. Gloire à Dieu qui l’avait créée aussi belle. Elle eût pu faire rougir de<br /> confusion le soleil à son lever. Quel émerveillement pour Ghânim ! Mais un examen attentif le remplit de stupéfaction : elle n’était pas morte, non simplement endormie. Son vêtement<br /> signalait de quelle extraction elle était ; sans aucun doute, elle appartenait au milieu le plus huppé de l’élite de la capitale. La robe qu’elle portait, par exemple : que de pierres<br /> précieuses et de perles serties dans son étoffe ! « Si mes soupçons se vérifient, se disait Ghânim, cette fille est une proche de ceux qui vivent au palais du khalife. Elle aura été<br /> victime d’un malheureux incident. »<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Il continuait son enquête, et, de plus en plus émerveillé devant ce qu’il voyait, cette beauté des formes et des traits, ce luxe de la toilette, il se disait :<br /> «  Voilà qui est étonnant ! J’ai frappé comme un sourd sur cette serrure pour la briser, sans parvenir à éveiller cette jeune fille. Mais laissons cela, ce n’est pas le plus<br /> urgent ». La première précaution qu’il prit fut d’aller fermer à clef la porte du cimetière, après quoi il revint vers la jeune fille qu’il tira de sa caisse et étendit sur le<br /> sol.  Il alla ensuite ramasser quelques fleurs qui ornaient les alentours des tombes et, les pressant ensemble, il en fit sentir à la jeune fille l’odeur qui s’exhalait. Comme<br /> cela ne suffisait pas, il malaxa une motte de terre avec de l’eau et, de la boulette obtenue, lui fit une compresse sur le nez. La belle éternua mais ne se réveilla point pour autant ;<br /> Ghânim lui ouvrit la bouche, y versant une gorgée d’eau dans laquelle il avait dilué un peu de rouge argile, et quand elle eut avalé cette mixture, elle vomit aussitôt, ce qui rendit ses sens.<br /> Elle inspira profondément et put ainsi parler. Parler ou plus exactement crier, car elle appelait ses servantes à tue-tête en leur donnant leurs nomes : « Etoile-du-matin !<br /> Soleil-du-Jour, malheur à toi ! Canne-à-Sucre ! », et autres sobriquets coutumiers pour des servantes.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Lorsque Ghânim entendit cette voix et ces mots, son cœur faillit s’envoler de joie. Elle était vivante ! Mais la jeune fille se rendit compte que ses appels<br /> restaient vains : pas la moindre servante auprès d’elle. Elle n’avait d’autre ressource que d’ouvrir les yeux, et alors, elle se vit dans un cimetière. Elle en fut fort perplexe… « Où<br /> suis-je ? Et que se passe-t-il ? Que m’est-il arrivé ? Comment s’explique un tel changement ? Passer d’un lieu à l’autre en si peu de temps ! Dire que cette nuit je me<br /> trouvais dans le palais du khalife, prenant dans mes appartements mon repas du soir ! Gloire à Celui qui fait changer toute chose en étant Lui-même immuable ! Toute à ses réflexions,<br /> elle regardait à droite et à gauche, quand ses yeux lui montrèrent un quidam debout devant elle. C’était Ghânim qui tenta de la rassurer : «Ô dame mienne, n’éprouve aucune crainte. C’est à<br /> croire que le Dieu Très-Haut – que Sa puissance soit glorifiée ! – m’a fait venir exprès de Damas à Baghdad, qu’il a permis au destin de me pousser cette nuit en ces lieux, qui ne montrent<br /> aux regards que des morts, mais en m’investissant d’une mission bien précise : te conserver la vie, te délivrer du danger dans lequel tu étais tombée, te sauver d’une situation si critique<br /> pour toi qu’elle n’avait d’autre issue de le trépas… ». Là-dessus, il entreprit de lui raconter toutes les péripéties de cette aventure, du commencement jusqu’à la fin : d’où lui-même<br /> venait, quel pays l’avait vu naître, de qui il était le fils, et comment il se trouvait en ce lieu. Nul doute, le destin l’avait amené ici. Il avait vu, ajouta-t-il, toute la scène des hommes à<br /> la caisse, et l’ensevelissement de l’objet dans la fosse. Il avait forcé une maudite serrure et il avait tiré la jeune fille hors de la caisse, lui précisa-t-il pour finir. (p. 288-291)<br />
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M
<br /> La parabole de la femme enterrée vivante dans Les Mille et Une Nuits<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Ghanim et la caisse emportée dans un cimetière<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Un beau jour Ghânim sortit de chez lui pour se rendre à la rue marchande de Baghdad. La rue était déserte, les entrepôts de marchandises avaient le rideau baissé,<br /> et seuls quelques gardiens restaient, au lieu des patrons qu’il avait compté voir. Il demanda donc à l’un des domestiques la raison pour laquelle les maîtres avaient ainsi disparu, et s’entendit<br /> répondre : « Aujourd’hui est mort un des marchands, Untel, de telle famille, et tous ses confrères sont allés à l’enterrement, afin d’accompagner son corps à la dernière demeure ».<br /> Mais l’homme en question était l’un de ceux pour lesquels Ghânim éprouvait le plus d’affection ; de plus, il avait déjà été l’ami de son père. Aussitôt le jeune homme demanda dans quelle<br /> mosquée devait se faire la prière des obsèques ; on la lui indiqua et Ghânim s’y dirigea.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Là-bas étaient réunis tous les marchands. A ceux-ci, Ghânim adressa ses condoléances, et à la famille du défunt quelques mots de consolation. On se rendit ensuite<br /> auprès du corps, dont il fallait faire la toilette funèbre ; les cheikhs et l’imam récitèrent des passages du Qoran pour honorer le disparu, puis procédèrent à la liturgie funéraire. Mais<br /> comme le soir s’avançait et que le cimetière était éloigné, on se dépêcha de former le cortège pour aller porter le corps en terre : derrière le brancard mortuaire allaient tous les<br /> marchands, et Ghânim estima de son devoir de prendre sa place dans ce groupe, à la fois par égard pour ses nouveaux amis et par sympathie pour la famille éprouvée. Une fois arrivé au lieu de<br /> l’ensevelissement, on put se  rendre compte que des tentes avaient été dressées tout auprès de la tombe ; c’était pour y servir à manger après la mise en terre, et pour y<br /> offrir, selon la coutume, le repas du soir aux cheikhs et à ceux qui avaient accompagné le mort à sa dernière demeure. Ghânim voyait se dérouler la scène avec une certaine inquiétude, et son<br /> visage s’assombrit, car la nuit allait bientôt tomber et il réfléchissait : « Je suis connu pour être un étranger fortuné, très fortuné même. Il se pourrait que des voleurs mettent à<br /> profit mon absence pour s’introduire chez moi et me dérober mon or, ou alors que ma domesticité, ne me revoyant pas revenir immédiatement, ait l’idée de s’emparer de mon argent et de s’enfuir. A<br /> qui m’adresser alors pour porter plainte et retrouver mes malfaiteurs ? Non, décidément, le mieux que j’aie à faire est de m’en retourner dès à présent chez moi, pour couper court à toute<br /> occasion de malchance.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Notre homme prit aussitôt le chemin qui le ramenait à la ville, se pressant d’arriver à la porte de Baghdad avant sa fermeture pour la nuit. Mais, étant étranger,<br /> et peu au courant des itinéraires, il se fourvoya et prit le chemin le plus long : naturellement, la Porte Nouvelle était verrouillée de l’intérieur. Il était dans le désarroi total, et en<br /> proie à la fois à la crainte et à la tristesse : où aller désormais dans cette nuit noire ? Il se força à reprendre courage : « Ô Ghânim, se dit-il, ce n’est pas le moment de<br /> te laisser aller à la peur. Au contraire, ramasse tes énergies : c’est dans les occasions les plus critiques qu’on connaît les âmes trempées. Au diable la poltronnerie ! » La<br /> première des choses était de chercher un abri jusqu’au lendemain matin, et d’y attendre le lever du jour. Ghânim trouva dans les alentours un cimetière encore ouvert, tout entouré à l’intérieur<br /> d’une haie haute et fournie. « Mon meilleur parti, réfléchit-il, serait de passer la nuit, ici même. » Il entra donc et prit refuge sur un des côtés du cimetière où, une fois étendu à<br /> même le sol, il s’efforça de s’endormir. Mais le sommeil ne venait pas : le garçon était trop anxieux, trop effrayé. Il ne lui restait qu’à déambuler le long de la ligne des arbres,<br /> tourmenté par ses sinistres préoccupations et par une vague angoisse du danger.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Dans sa marche, Ghânim aperçut au loin une lumière qui semblait venir vers lui. A l’examen, il se rendit compte qu’il s’agissait de trois serviteurs : celui<br /> qui allait en tête tenait une lanterne, et ceux qui marchaient derrière portaient une caisse. Et tout ce petit monde se dirigeait vers le cimetière. C’en était trop pour Ghânim, qui grimpa au<br /> premier palmier venu, et se lova dans sa cime, d’où il pouvait observer le manège des trois arrivants : ceux-ci étaient entrés dans le cimetière, et avaient posé la caisse précisément au<br /> pied de l’arbre où s’était perché notre héros tremblant, qui ne cessait de demander refuge à Dieu contre Satan et prononçait cette formule : « Puissent mon père et ma mère intercéder<br /> ensemble pour que je sois, cette nuit, délivré de ces persécuteurs là ! »  Mais que pouvait-il y avoir dans cette caisse, posée par terre, et pour laquelle,<br /> visiblement, deux des serviteurs se mettaient à creuser un trou, tandis que le troisième à mesure écartait au loin la terre qu’ils en retiraient. Finalement, une véritable fosse fut creusée, aux<br /> dimensions exactes de la caisse, c’est-à-dire que, pour la profondeur, elle équivalait à la moitié de la taille d’un homme. La caisse fut descendue puis recouverte de la terre des déblais, et<br /> c’est seulement cette opération une fois menée à bien  que les trois hommes quittèrent d’un pas rapide le cimetière après l’avoir refermé derrière eux. Mais Ghânim avait saisi<br /> ces paroles au passage : « Mieux vaut, disait l’un d’eux, que nous ne lambinions pas, nous n’avons nulle envie de rencontrer qui que ce soit… » ( Les Mille et Une<br /> Nuits, Édition intégrale établie par René R.Khawam, Phébus libretto, tome 4, p. 285-288)<br />
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E
<br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Une femme enterrée vivante<br /> <br /> <br /> <br />
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T
<br /> <br />
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A
<br /> Suite<br /> <br /> <br /> Ils passaient pour de la littérature triviale face à la grande littérature savante arabe, qui d'ailleurs est elle-même à la source de maintes histoires racontées<br /> dans les Mille et une Nuits. Mais voilà, le titre était bien mal choisi : les Mille et une Nuits, c'était un titre accrocheur qui promettait un agréable divertissement, sans plus. Tout citoyen<br /> arabe cultivé aurait rechigné à mettre ce livre dans sa bibliothèque, en tout cas, il ne l'aurait pas fait de façon ostentatoire, tout au plus dans un endroit bien discret. Bien sûr, on lisait<br /> quand même les Mille et une Nuits, mais ce livre ne prit une place éminente dans la littérature arabe qu'à partir du moment où les écrivains arabes modernes commencèrent à s'intéresser à la<br /> littérature européenne et découvrirent combien les Mille et une Nuits y tenaient une place importante aux 18e et 19e siècles. Alors seulement, le monde arabe réalisa quel prodigieux trésor<br /> dormait dans sa propre littérature.<br /> <br /> <br /> <br /> Propos recueillis par Angelika Schindler en avril 2004.<br /> <br /> <br /> http://www.arte.tv/fr/art-musique/Les-mondes-arabes/mille-et-une-nuits/665788.html<br />
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A
<br /> Les Mille et une Nuits dans Arte<br /> <br /> <br /> Le passage des Mille et Une Nuits par l’Europe<br /> <br /> <br /> <br /> Il y a tout juste 300 ans, Antoine Galland publiait sa traduction française des Mille et une<br /> Nuits, faisant ainsi connaître ce recueil de contes en Europe et suscitant du même coup un véritable engouement pour l'Orient. Pour cet<br /> anniversaire, l'orientaliste allemande Claudia Ott sort une nouvelle traduction en allemand de la plus ancienne version arabe des 1001 Nuits. Un beau succès en perspective…<br /> <br /> <br /> Interview de Claudia Ott<br /> <br /> <br /> <br /> Madame Ott, vous êtes orientaliste et venez de traduire en allemand les Mille et une Nuits. Comment vous est venue l'idée de traduire cet<br /> ouvrage ?<br /> <br /> <br /> Les Mille et une Nuits est l'un des fleurons de la littérature mondiale, et tout traducteur qui se voit<br /> proposer un tel « petit bijou » se doit au moins de réfléchir sérieusement à la question. En ce qui me concerne, j'ai été sollicitée par mon éditeur. Les Mille et une Nuits ont<br /> été traduites pour la première fois d'arabe en français en 1704, suscitant un formidable engouement pour l'Orient dans la littérature européenne. La plupart des traductions en allemand réalisées<br /> aux 18e et 19e siècles sont basées sur la traduction française d'Antoine Galland. À l'occasion du 300e anniversaire de cette première traduction des Mille et une Nuits, l'éditeur a<br /> décidé en 2004 de publier une traduction allemande faite à partir de l’original arabe.<br /> <br /> <br /> <br /> Au 18e siècle, Les Mille et une Nuitsétaient le livre le plus lu en Europe après la Bible. Comment est-ce possible ?<br /> <br /> <br /> Je ne suis pas une sommité en matière de littérature, mais je pense qu'il y avait alors un certain goût pour des univers lointains et exotiques. C'était une<br /> tendance très forte dans l'art, y compris dans la musique ; les opéras étaient très influencés par l'Orient, et cela dès l'époque baroque. Les Mille et une Nuits étaient tout simplement<br /> dans l'air du temps.<br /> <br /> <br /> Les traductions de l'époque donnaient volontiers dans le lyrisme. Qu'y a-t-il de différent dans la vôtre ? <br /> D'abord, la langue y est tout à fait différente. J'ai essayé de rendre au plus près le style de l'original arabe, dont les passages narratifs utilisent un langage simple et clair, empreint de<br /> vivacité et d'action. Nous sommes ici en présence non pas de ce lyrisme dont vous parliez, mais bel et bien d'une sorte de roman policier qui se lit très vite. Ce style narratif sans fioritures,<br /> les traducteurs d'autrefois n'ont pas osé le reprendre tel quel. Ils ont préféré opter pour un langage plus littéraire. Quant à moi, j'ai utilisé beaucoup de termes modernes, je n'hésite pas par<br /> exemple à employer les mots « agent » ou « immobilier », là où d'autres traducteurs ont peut-être – sûrement même – utilisé des termes différents. D'ailleurs, on me le reproche parfois. Mais je<br /> me défends toujours en indiquant que même en arabe, les Contes des Mille et une Nuits ont toujours été très proches de l'époque dans laquelle ils ont été écrits, lus et reçus.<br /> <br /> <br /> <br /> L’action des Mille et une Nuits se déroule dans le « royaume insulaire de l'Inde et de la Chine ». Pendant mille et une nuits, Shéhérazade tient le roi en haleine en lui racontant des<br /> histoires, espérant ainsi qu'il ne la tuera pas. Par son intelligence et sa sagesse, Shéhérazade se montre très supérieure au cruel monarque. Quel rôle jouent les femmes dans les histoires<br /> qu'elle raconte ?<br /> <br /> <br /> Avant tout, il y a bien sûr Shéhérazade elle-même, la narratrice, qui parvient à faire plier le roi avec les « armes de l'esprit », et non pas avec les armes<br /> féminines qu'elle aurait sans doute pu aussi utiliser. Bien au contraire, elle se hasarde dans le monde d'ordinaire réservé aux hommes. Les femmes des Mille et une Nuits, celles dont il est<br /> question dans les narrations de Shéhérazade, ont toutes des rôles très différents. Il y a des femmes stéréotypées, le plus souvent sans nom, dans le rôle d'odieuses sorcières ou de bonnes fées.<br /> Mais il y aussi des femmes que l'on croit vraiment voir devant nous quand on lit ces histoires. Je pense par exemple à ces trois femmes dans l'histoire du portefaix et des trois dames : des<br /> femmes sensuelles, voluptueuses et ingénieuses qui jouent un jeu subtil avec les hommes qui croisent leur chemin. Enfin, il y a des personnages féminins très typés, dont un que j'aime beaucoup :<br /> Anis al-Jalis, d'abord vendue comme esclave à un vizir, qui est ensuite déflorée par le fils ce dernier. Mais privée de sa virginité, elle ne peut plus être revendue comme esclave. Cette histoire<br /> commence donc par un énorme scandale. Mais Anis al-Jalis tire adroitement son épingle du jeu, en menant une sorte de vie clandestine avec ce jeune homme dont elle finit par s'éprendre. C'est une<br /> merveilleuse liaison qui n'a vraiment rien à envier à celles qui existent de nos jours.<br /> <br /> <br /> <br /> Au fond, cela ne ressemble pas tellement à des contes. Les vieilles traductions faisaient souvent de ces histoires de gentils contes de fées pour enfants. Peut-on vraiment comparer ces<br /> récits à des contes européens ?<br /> <br /> <br /> Il peut y avoir une similarité dans la mesure où les Mille et une Nuits ont souvent servi de modèle à des contes européens. Des écrivains conteurs comme Christoph<br /> Martin Wieland ou Wilhelm Hauff par exemple, mais aussi bien d'autres encore, ont puisé leur inspiration dans les Mille et une Nuits. Mais en fait, ce livre n'est pas vraiment un recueil de<br /> contes. Je préfère simplement l'appeler (à l'instar du titre arabe) « Histoire des Mille et une Nuits », ce formidable récit qui est l'histoire de Shéhérazade et Chahriyar, et où viennent<br /> s'insérer les différents contes d'inspirations très diverses. Ils plongent généralement leurs racines dans la littérature arabe, mais avec des sources très hétérogènes, des époques, des lieux et<br /> des genres littéraires différents.<br /> <br /> Quelle était et quelle est la place des Mille et une Nuits dans le monde arabe ?<br /> <br /> <br /> A l'âge d'or de la littérature arabe classique, les contes des Mille et une Nuits n'avaient pas vraiment la cote. Ils passaient pour de la litt&ea<br />
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A
<br /> Judith a relevé la tête pour faire face à sa servante, mais son regard se perd dans le vague. Dans le triangle qui relie les trois visages de cette œuvre s’inscrit toute son intensité dramatique.  <br /> <br /> <br /> La tendresse dans la façon dont ses paumes caressent la tête qu’elles tiennent et semblent attirer contre la poitrine de la<br /> meurtrière. L’arrondi sensuel de ses bras confirme ce sentiment ; nulle raideur, nulle crispation dans l’attitude de Judith ; la criminelle a les mêmes gestes que l’amante.<br /> Par ce choix de composition, Véronèse nous entraîne dans une méditation sur l’ambiguïté de la nature humaine.<br /> <br /> <br />   Comment ne pas être profondément touché par ce regard perdu, mouillé de larmes, aux paupières légèrement<br /> baisées  ?  <br /> <br /> <br /> http://artbiblique.over-blog.com/article-judith-la-violence-d-une-femme-105440377.html<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />  <br />
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V
<br /> <br /> La Judith de Véronèse entre l’amante et la meurtrière<br /> <br /> <br /> <br />
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D
<br /> C’est difficile à avaler, une fois que la tête est coupée !<br />
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D
<br /> Désolée Etienne que le geste de Judith te contrarie à ce point. Il me semble qu'elle coupe en effet la tête au projet monstrueux Cyclopéen  Pensée<br /> unique peut être !<br /> <br /> <br /> Danièle<br />
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L
<br /> <br /> L’énigme qui traverse l’homme<br /> <br /> <br /> <br />
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D
<br /> Merci Marius pour ta bienveillance et pour ton rappel très utile de certains principes de base. Tu ouvres un champ d’interrogation très intéressant avec la<br /> subversion par la femme ou par la mère de la Loi du Père. Personnellement je pense que cette subversion est nécessaire mais à quelles conditions ? C’est bien là que l’on perçoit l’importance<br /> de la part féminine de la parole. Je pense qu’il n’y a pas de féminin dans le langage mais qu’il y en a dans la parole. Et puis nous sommes renvoyés à un nouveau questionnement sur le Père.<br /> Est-il simplement masculin ou, en même temps,  masculin et féminin ? Il pourrait y avoir des remises en cause de certaines formes de psychanalyse. Mais tu es plus à même<br /> que moi de les repérer avec précision.<br />
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M
<br /> Ce n'est pas du tout facile de réagir à ton dernier blog, je crains que peu de correspondants ne soient en mesure de t'apporter des commentaires. Pour ma part, je<br /> n'avais jamais imaginé qu'il puisse exister une différence entre parole féminine et parole masculine, tellement l'humain n'est pas maître de la parole. D'ailleurs, il n'est pas facile de définir<br /> le lieu particulier de la parole féminine, car le langage qui traverse les individus sexués ou les personnes physiques en société est le plus souvent indifférencié. La situation qui révèle le<br /> mieux la différence est sans doute celle du dialogue masculin/féminin évoqué dans certains textes sacrés et postulé chez Chahrazade. Elle vise le champ politique au sens où les sociétés<br /> patriarcales ne reconnaissent pas le pouvoir des femmes, hormis le domaine du fourneau et du berceau qui a pris chez Marx la forme caractéristique  de la non participation des<br /> femmes  à l'avancée de l'histoire puisque celle-ci se joue seulement au niveau des rapports de production. Tous ces préambules pour dire qu'il est nécessaire de s'abstraire de<br /> l'imaginaire social dans lequel nous sommes enveloppés pour comprendre ton interprétation des textes sacrés. Mais il ne suffit pas d'introduire la parité des sexes dans un gouvernement pour<br /> prendre en compte la parole féminine et transformer l'imaginaire de l'homo religiosus du XXI° siècle. C'est là me semble-t-il la place épistémologique exacte de  ta contribution<br /> au Congrès de Fez qui n'entre pas dans le discours habituel sur les méthodes exégétiques. Je m'en suis aperçu en consultant la longue littérature qu'on trouve sur Internet concernant le combat de<br /> l'Ange et de Jacob où l'intrigue de Rebecca n'est pas analysée pour elle-même, mais seulement comme un stratagème nécessaire pour obtenir la bénédiction, sans aucune remise en cause de<br /> l'impérialisme éhonté de la figure du père. C'est la que tu introduis la formule qu'on pourrait prêter à Bergson de "l'intuition du coeur" chez la femme qui ne demande rien moins qu'une<br /> subversion de la Loi du père. Un grand merci pour ce blog qui enrichit notre méditation. A bientôt de te lire avec toutes les interventions qui vont s'ensuivre. Marius Alliod<br /> <br /> <br />  <br />
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P
<br /> <br /> Judith et Holopherne<br /> <br /> <br /> <br />
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D
<br /> Finalement Danièle, tu nous montres que la femme libère l’homme de sa violence. La femme jouerait le rôle de tiers entre les hommes pour les amener à plus<br /> d’humanité. Il y a sans doute, là-dedans, une profonde vérité. Mais j’ai de la peine à approuver le geste de Judith, dans la mesure où elle procède elle-même par la violence. A moins que l’on ne<br /> prenne le texte au second degré : la femme aurait pour rôle de couper la tête à la violence et par là même de lui enlever sa toute-puissance. Peut-être. Sans doute l’image a-t-elle joué en<br /> ce sens, mais le geste de Judith continue à me contrarier...<br />
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D
<br /> La lente libération de l’homme par les femmes<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Bonsoir Etienne<br /> <br /> <br /> Mille excuses pour mon absence de réactions, excuse qui n’en n’est pas une. Car je suis pour quelque temps la nourrice suppléante de ma petite fille aussi Belle de<br /> jour que Belle de nuit.<br /> <br /> <br /> Je pense que Rébecca et Shéhérazade ont toutes deux dénoué avec une patience d’ange les sortilèges qui retenaient leurs hommes dans la prime enfance. Quand je dis<br /> leurs hommes je pense à leurs maris bien sur, mais aussi leurs pères, leurs frères, pour le grand bénéfice de leurs enfants.<br /> <br /> <br /> Quand je pense à Shéhérazade je pense à toutes les Matriarches de la Bible: à commencer par princesse Sarah qui offre son esclave à son époux comme mère porteuse :<br /> Agar l’esclave, Agar finalement libérée, Léah qui troque de la Mandragore avec sa sœur Rachel pour qu’elle devienne fertile. Ève bien avant elles, enamourée et déçue de la froideur d’Adam, lui<br /> offrit le fruit de cette même plante. N’allez pas courir à la pharmacie chercher ce genre de remède, vous serez déçus car, ils sont partis en fumée avec d’autres simples, sorciers (sourciers),<br /> sages femmes dans le Haut-Moyen-Âge.<br /> <br /> <br /> Mais j’entends toutes ces femmes crier à l’unisson « ça suffit votre guerre Caïn et Abel » sans que les enfants sachent vraiment à qui s’identifier à Caïn ou à<br /> Abel.<br /> <br /> <br /> Le Livre de Judith (non canonique) traite le sujet de façon plus radicale. Voici le portrait de Judith que je viens d’esquisser à gros traits :<br /> <br /> <br /> Judith et Tamar sa nourrice, à la fois tristes et résolues, passent dans les rues étroites désertées, l’eau manque toujours à Béthulie, les enfants sont malades,<br /> les femmes prient et pleurent. Sans doute excédées et emplies d’effrois elles sortent discrètement de l’enceinte de la ville, armées d’une seule épée, et d’un panier. Mais où vont elles ? Elles<br /> se rendent chez Holopherne l’oppresseur de Béthulie. Judith s’installe dans la tente boit le discours enivrant et quelque peu soporifique d’Holopherne, ses projets de conquêtes, se mettant en<br /> valeur, faisant étalage de sa monstruosité cyclopéenne. Ils boivent, ils boivent beaucoup. Mais Holopherne s’endort le premier. Soudain Judith est attirée par l’épée et s’en saisit. Tamar<br /> entendant un bruit,  entre dans la tente et voit la tête d’Holopherne qui gît à terre ; elle met la tête dans son panier. Judith et Tamar repartent vers Béthulie. Le siége<br /> de la ville sera levé très rapidement.<br /> <br /> <br /> Grand merci Etienne pour ton texte très novateur Danièle<br />
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L
<br /> <br />
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S
<br /> Des Mille et Une Nuits à la spiritualité soufie<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> Un maître voyageait avec un de ses disciples et ce dernier était chargé de prendre soin du chameau. Ils arrivèrent à la nuit, fatigués, dans un caravansérail. Le<br /> devoir du disciple était d'attacher le chameau mais il ne s'en soucia pas et le laissa dehors. À la place il pria simplement Dieu en disant: "Prends soin du chameau"; puis il s'endormit.<br /> <br /> Au matin le chameau n'était plus là, volé ou enfui, ou quoi que ce soit d'autre. Le maître lui demanda: "Qu'est-il arrivé au chameau ? Où est-il passé ?"<br /> <br /> <br /> <br /> "Je ne sais pas" répondit le disciple "Demandez à Dieu, car moi j'avais demandé à Allah de prendre soin du chameau, j'étais si fatigué, je ne sais pas ce qui s'est passé et je ne suis non plus<br /> pas responsable car je le lui avais dit très clairement, l'on ne pouvait pas se tromper. En fait je ne le lui ai pas dit une fois mais trois ! Et puis vous m'avez toujours enseigné: "Aie<br /> confiance en Allah" donc j'ai fait confiance. Ne me regardez pas maintenant avec colère".<br /> <br /> "Fais confiance à Allah !" dit le maître "mais d'abord attache ton chameau, parce qu'Allah n'a pas d'autres mains que les tiennes.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> http://forum.doctissimo.fr/psychologie/emotions/conviction-religieuse-craquer-sujet_148199_1.htm<br /> <br /> <br /> <br /> <br />  <br />
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A
<br /> La psychanalyse à l’épreuve de l’Islam de Fethi Benslama<br /> <br /> <br /> <br /> Présentation du livre chez Aubier<br /> <br /> <br /> Si la religion est omniprésente dans la réflexion de Freud, l'islam en est absent, ou presque. On mesure à ce seul constat l'originalité de la<br /> perspective de Fethi Benslama : mettre à jour les refoulements constitutif de la religion islamique.<br /> <br /> <br /> Exportant les origines de l'islam, l'analyse se trouve très vite confrontée à sa crise contemporaine et à son symptôme le plus visible : le mouvement islamique.<br /> Pour interpréter cette " censure du sujet da la tradition " qui prend la forme d'une perversion de masse, Fethi Benslama propose une grille de lecture où la femme apparaît comme la nervure<br /> centrale du refoulement propre à l'islam. Dans ce qu'il diagnostique comme un dérèglement profond de la relation entre le réel et les formes symboliques, il s'interroge notamment sur la portée de<br /> l'affirmation coranique selon laquelle Dieu n'est pas le père.<br /> <br /> <br /> Présentation de l’auteur<br /> <br /> <br /> Fethi Benslama est psychanalyste, maître de conférence à l'université Paris VII, directeur de la revue Intersignes qu'il a fondée en 1990. Il est auteur<br /> notamment de deux essais : La nuit brisée, Ramsay, 1988 et Une fiction troublant Édition de l'Aube, 1994. Il a en outre publié de nombreuses études sur la clinique<br /> psychanalytique, et sur l'Islam et l'Europe à l'époque contemporaine.<br />
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  • : le blog mythesfondateurs par : Etienne
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  • : Mythes, articles à partir des mythes, réactions sur le site Mythes fondateurs http://mythesfondateurs.over-blog.com/ Le mythe et le conte sont la parole dans sa première gestation. C'est pourquoi, si la parole est malade, comme le dit Vittorio Gasman, il devient urgent de revenir à ses fondements qui sont encore à notre disposition, à travers les mythes et les contes. Lorsque la parole ne fonctionne pas, c'est la violence qui gagne. Les mythes et les contes, par l'apprentissage du processus symbolique qu'ils proposent, sont là pour nous aider à faire sortir la parole de la violence. C'est de la naissance de l'homme lui-même dont il s'agit.
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