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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 15:06

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L'arc en ciel de Marc Chagall

 

De la faute à la faille de l’homme

 

Je voudrais traduire ici le cheminement qui s’est fait, pour moi, au cours d’une lecture à plusieurs du mythe de la chute aussi bien dans la Bible que dans le Coran. Ici même, sur le blog, mais également dans un groupe de la parole et au sein d’un café philosophique, nous avons croisé nos interprétations en essayant d’être le plus près possible du texte écrit. Or, j’en arrive à la conclusion qu’il n’est pas question d’une faute mais d’une faille de l’homme. Parler d’une faute à l’origine serait une manière de souligner la faille originelle qui affecte tout être humain.

 

Un malentendu qui finit par perturber la conscience des hommes

Parce que le texte a été pris au premier niveau, les hommes ont fini par se sentir coupables d’une faute qu’ils n’avaient jamais commise. Nous n’étions pas dans l’histoire mais dans le mythe et le mythe traduit en images les vérités fondamentales qu’il cherche à faire passer dans la conscience humaine. De mon point de vue, la faute était une image que nous avons prise pour la réalité, si bien que des générations entières de croyants ou même de non croyants ont été façonnées malencontreusement dans une forme de morbidité engendrant la peur au lieu de structurer la responsabilité.

 

La faute originelle fait partie de la création de l’homme

 Tant que l’homme est au paradis, la création n’est pas finie pour lui. Yahvé teste ici les deux êtres qu’il est en train de mettre au monde, il est dans une période d’expérimentation et de validation. C’est le temps de la mise à l’épreuve pour vérifier les forces et les faiblesses d’Ève et de son compagnon. Une telle mise à l’épreuve fait encore partie de l’acte créateur. Or elle révèle une fragilité constitutive de l’homme, qui n’est pas remise en cause par le créateur. Le paradis était la matrice qui permettait la gestation de l’homme et de la femme, et leur expulsion ne semble être rien d’autre que leur acte de naissance et le blanc seing qui les rend aptes à vivre sur terre.

 

Ce qui est en cause est en réalité une faille inscrite dans l’être de l’homme

 Par nature, l’homme est un être divisé. Il n’est pas fait uniquement d’esprit comme l’ange ni simplement de chair comme l’animal. Il est entre les deux et c’est ce qui fait son originalité. Mais l’unité évoquée en partie par la tunique de peau, renvoyant elle-même à un vêtement intérieur, restera toujours problématique. L’être humain doit faire face à une faille intérieure qui le fera osciller entre deux tentations : celle de se prendre pour un ange ou celle de se comporter comme un animal. Assez bizarrement en apparence, il sera aussi tenté de croire qu’il peut retrouver le statut de l’ange en s’adonnant aux plaisirs de la chair. Les textes de la Bible et du Coran se complètent sur ce point, révélant ainsi la complexité de la nature humaine.

 

La faille, c’est du manque

En réalité, l’homme n’est pas fini. Il doit participer à sa propre création et la faille qui apparaissait comme une fragilité indépassable est précisément l’espace de jeu qui lui est réservé pour sa propre promotion. Faite de manque, la faille  va pousser l’homme à travailler à son accomplissement. Et le manque, lieu de l’inaccompli,  est donc aussi le lieu d’une promesse, structurée, en même temps, autour du connu et de l’inconnaissable. C’est ainsi que le cheminement de l’être humain est une aventure, parfois hasardeuse, qui le rapproche du Dieu créateur. Affectant toutes les dimensions de son être, le manque va sans cesse l’obliger à chercher et à avancer. D’abord, à l’intérieur du couple, car la femme manque de l’homme et l’homme manque de la femme. Bien plus l’être humain manque de l’autre. Dans la Bible comme dans les événements de la vie courante, les mises en garde contre la tentation du même sont permanentes car l’avenir est dans le dépassement du même pour entrer dans la relation avec l’autre. L’enfermement dans la chaleur de la communauté va produire le meurtre de Caïn et la mise en tutelle de tous, engendrée par la toute-puissance de quelques-uns, conduira à la destruction désastreuse de la Tour de Babel.

 

Au-delà du manque de l’autre, les textes suggèrent que l’homme manque de Dieu et de la Parole

Qu’il s’agisse de la Bible ou du Coran, le texte suggère que l’homme est un être limité et qu’il doit assumer ses limites. Au-delà de lui-même, il y a le Tout Autre, qui peut être nommé par le croyant ou rester dans le flou ou l’indéfini pour le non croyant. Chacun est amené à se confronter à ce Tout Autre, qu’il soit personnalisé ou non. C’est ainsi que la Bible et le Coran, qui expriment le point de vue de croyants, disent que l’homme manque de Dieu. Il est constamment tenté de ne pas respecter sa Parole présente dans l’interdit. Et l’interdit qui tient compte de l’évolution progressive de l’homme et des précautions à prendre pour cette évolution est là pour l’amener à entrer dans un monde de parole (inter-dit) au-delà de la recherche de l’immédiateté et de la violence elle-même. Aussi en disant que l’homme manque de Dieu, les textes de la Bible et du Coran soulignent en même temps qu’il manque de la Parole. La parole serait donc en constant apprentissage.

 

L’homme est un être de désir qui ne peut s’accomplir que dans le temps

Finalement, les textes de la chute, qui ont culpabilisé indûment des générations entières, sont simplement là pour donner une feuille de route à l’être humain. Il doit entrer dans son manque pour entrer dans son désir. En effet le manque est ce qui fait vivre le désir et le désir est le moteur de la vie.  Sans doute le désir a-t-il besoin d’être régulé. C’est pourquoi en insistant sur le manque et le désir de l’homme, les textes de la chute soulignent aussi l’importance de la parole. Bien plus, il y a, dans ces textes, beaucoup de miséricorde car l’homme fait de chair et d’esprit ne peut s’accomplir que dans le temps. Il ne peut pas être parfait d’un seul coup et ses imperfections comme ses égarements peuvent même accroître l’élan qui le fait avancer. Le jeu dans lequel il doit construire sa vie ne peut exclure les erreurs et les échecs mais ces erreurs et ces échecs sont souvent une des conditions de sa réussite finale dans la mesure où ils enrichissent son expérience de la vie. C’est pourquoi, au-delà de la faille, la faute elle-même peut devenir source d’espérance.

 

Etienne Duval

 

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La chute dans la Bible : Télécharger le texte

 

La chute dans le Coran Télécharger le texte

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Published by Duval Etienne
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commentaires

Duval Etienne 21/03/2011 10:36



Merci Danièle pour ce très beau poème. Il évoque un certain nombre de choses que nous avons dites au dernier café philosophique sur la reine de Saba.



Danièle Petel 21/03/2011 10:32



Le jour où la huppe fait la leçon aux hommes


 


Il me semble que la chute dans le Coran, met plus l’accent sur la rivalité, la démesure, et l’orgueil "d’Iblis" symbole de la perversion de l’esprit. Tandis que la
bible insiste sur la notion de séduction mensongère "le serpent" banalisation de la possession matérielle qui rend possible l'alibi de la mauvaise foi.


Iblis et le serpent seraient ils à l’origine du péché originel transmis de génération en génération chez l’humain peut être? En se qui me concerne je préférerai
tâche originelle. Engageant ainsi l’humain dans la noble tâche ; qui peut survenir dans l’innocence, l’enthousiasme et le sérieux de l’enfance, mais aussi dans l’aide apportée à ceux qui ont
perdu la foi en eux même, retrouver ainsi le sens de l’univers et de la vie.


 


Merci Etienne pour le texte La reine de Saba qui se soumet à la Vérité.


 


En retour voici un extrait du très beau poème persan : "Le Langage des oiseaux" de Farid al-Din Attar.


Discours de la huppe aux oiseaux


 


Les oiseaux du monde se réunirent tous, tant ceux qui sont connus que ceux qui sont inconnus, et ils tinrent alors entre eux ce langage : « Il n’y a pas dans le
monde de pays sans roi ; comment se fait-il cependant que le pays des oiseaux en soit privé ? Il ne faut pas que cet état de choses dure plus longtemps ; nous devons joindre nos efforts et aller
à la recherche d’un roi, car il n’y a pas de bonne administration dans un pays sans roi, et l’armée est désorganisée. »


En conséquence de ces considérations, tous les oiseaux se rendirent en un certain lieu pour s’occuper de la recherche d’un roi. La huppe, tout émue et pleine
d’espérance, arriva et se plaça au milieu de l’assemblée des oiseaux. Elle avait sur la poitrine l’ornement qui témoignait qu’elle était entrée dans la voie spirituelle ; elle avait sur la tête
la couronne de la vérité. En effet, elle était entrée avec intelligence dans la voie spirituelle, et elle connaissait le bien et le mal. « Chers oiseaux, dit-elle, je suis réellement enrôlée dans
la milice divine, et je suis le messager du monde invisible. Je connais Dieu et les secrets de la création. Quand, comme moi, on porte écrit sur son bec le nom de Dieu, on doit nécessairement
avoir l’intelligence de beaucoup de secrets. Je passe mes jours dans l’anxiété, et je n’ai affaire avec personne. Je m’occupe de ce qui intéresse personnellement le roi ; mais je ne me mets pas
en peine de son armée. J’indique l’eau par mon instinct naturel, et je sais en outre beaucoup d’autres secrets. J’entretins Salomon et j’allai en avant de son armée. Chose étonnante ! il ne
demandait pas de nouvelles et ne s’informait pas de ceux qui manquaient dans son royaume ; mais, lorsque je m’éloignais un peu de lui, il me faisait chercher partout. Puisqu’il ne pouvait se
passer de moi, ma valeur est établie à jamais. Je portais ses lettres et je revenais ; j’étais son confident derrière le rideau. L’oiseau qui est recherché par le prophète Salomon mérite de
porter une couronne sur sa tête. Tout oiseau peut-il entrer dans le chemin de celui qui y est parvenu avec bonheur par la grâce de Dieu ? Pendant des années, j’ai traversé la mer et la terre,
occupée à voyager. J’ai franchi des vallées et des montagnes ; j’ai parcouru un espace immense du temps du déluge. J’ai accompagné Salomon dans ses voyages ; j’ai souvent arpenté toute la surface
du globe. Je connais bien mon roi, mais je ne puis aller le trouver toute seule. Si vous voulez m’y accompagner, je vous donnerai accès à la cour de ce roi…


 


Bonne semaine Danièle



Duval Etienne 17/03/2011 09:21



Explicitations


 


Le texte du Coran précédent oppose deux types de personnages : Salomon et la reine de Saba. Salomon est dans la toute-puissance, prêt à utiliser son armée pour
s’attaquer au royaume de la reine, se prenant même pour Dieu pour obtenir sa soumission. De son côté, la reine de Saba est attentive à l’autre, non seulement à Salomon mais aussi aux petits de
son royaume, évitant le désastre que pourrait produire l’aventure d’une guerre. A la violence, elle préfère la parole et la patience. Bien qu’elle se prosterne devant le soleil, elle a le sens de
sa fragilité et n’hésite pas à reconnaître son manque radical qui l’empêche de se prendre pour Dieu. Si elle prend le parti de Salomon dans son rapport au Dieu de l’Univers, c’est parce qu’elle
est fondamentalement à la recherche de la vérité, pour aller au-delà de sa propre faille. Sa soumission est soumission à la Vérité.



Le Coran 16/03/2011 17:09



Suite


36.  Quand le messager vint à Sūlaïmâane, ce dernier lui dit : « Vous me feriez  largesse d’argent ? Mais
Dieu m’a donné davantage qu’à vous ! À vous plutôt,  de faire bombance avec votre présent !


37.  Toi, retourne aux tiens. Je jure de les assaillir avec une armée à laquelle ils ne peuvent faire face, et de les expulser de leur
cité, avilis et humiliés [adillah] ! »


38.   «  Conseil, dit-il, qui va m’apporter son trône avant qu’ils ne viennent à moi
 soumis ? »


39.   Un djinn redoutable dit : « Je vais te l’apporter avant que tu ne te lèves de ta  place, et je
suis   aussi sûr que fort »


40.   Celui qui avait une connaissance du Livre dit : « Je te l’apporterai avant que tu n’aies cillé. » Quand
Sūlaïmâane eut vu le trône bien en place auprès de lui, il dit : « Cela n’est dû qu’à la grâce de mon Seigneur, aux fins de m’éprouver : serai-je reconnaissant ou ingrat ? Qui
témoigne de gratitude ne le fait que pour lui-même, qui témoigne d’ingratitude… mon Seigneur est Suffisant-à-Soi, Généreux »


41.   Il dit : « Transformez-lui son trône. Nous allons voir si elle va se guider ou si  elle fait partie
de ceux qui ne se guident pas »


42      quand elle fut venue, il lui fut dit : « Ton trône est-il bien ainsi ? »


— « On dirait que c’est lui », répondit-elle. « Mais nous avions été dotés de la science avant elle, étant déjà musulmans (ou de
Ceux-qui-se-soumettent)


43.  tandis qu’elle trouvait un obstacle en cela qu’elle adorait en place de Dieu,  appartenant à un peuple de
dénégation. »


44.   — On lui dit : « Entre dans le palais. » À sa vue, elle crut voir une nappe d’eau profonde et dénuda ses jambes.
Sūlaïmâane dit : « C’est un palais lissé de verre. » « Mon Dieu, dit-elle alors, j’étais ignorante envers moi-même. Avec Sūlaïmâane je me soumets à Dieu, Seigneur des univers
(le Dieu de Vérité). »


Internet : http://etienneduval.perso.neuf.fr/cafephilosophique/


 



Le Coran 16/03/2011 16:54



La reine de Saba qui se soumet à la Vérité


 


 


Salomon et la reine de Saba


(Sourate XXVII, « Les fourmis »)


 


16.   Sūlaïmâane hérita de Dâwood. Il dit : « Humains, on nous a enseigné le   langage
des oiseaux, nous sommes gratifiés de tout [outîna min koulli  chaïe]. »


            — C’était là le privilège éclatant.


17.    Et fut rassemblée par Sūlaïmâane son armée de djinns, d’hommes et  d’oiseaux, à sa
discrétion.


18.   Ils arrivèrent enfin à la vallée des fourmis. Une fourmi dit : « Fourmis,   rentrons dans nos
demeures, que Sūlaïmâane ne nous écrase avec ses soldats,  sans même s’en rendre compte ».


19.   Sūlaïmâane modéra en sourire le rire que lui inspirait ce propos : « Seigneur,  dit-il,
confirme-moi dans l’action de grâces pour le bienfait que Tu m’as dispensé comme à mon père et mère, et dans l’accomplissement de l’œuvre salutaire qui puisse Te contenter. Fais-moi entrer par Ta
miséricorde au nombre de Tes adorateurs justifiés ».


20.  Après avoir cherché parmi les oiseaux, il dit : « Comment ne vois-je pas la huppe ? Serait-elle parmi les
manquants ? »


21.   que je lui inflige une punition sévère ! Ou même l’égorge à moins qu’elle ne  me présente une
justification explicite »


22.    or, sans l’avoir trop fait attendre, elle dit : « J’ai embrassé de mon savoir ce  que tu ne
sais pas. Je t’arrive de Saba avec une information de certitude


23.   J’ai trouvé qu’une femme est leur reine [tamlikouhoum] : elle est comblée de  tout
[outïate min koulli chaïe], possède un trône magnifique [archoune âdîme]


24.  J’ai trouvé qu’elle et son peuple se prosternent devant le soleil en place de Dieu. Satan leur pare leurs actions et les détourne du
chemin, de sorte qu’ils   ne se dirigent pas bien ».


25.   — Quoi ! ne pas se prosterner devant Dieu qui met au jour ce qui est caché  aux cieux et sur la terre,
et connaît ce qu’ils cèlent et ce qu’ils publient


26.   Dieu — il n’est de dieu que Lui —, c’est Lui le seigneur du Trône souverain   [al-archi
l’âdîme].


27.   Sūlaïmâane dit : « Nous verrons si tu dis vrai ou si tu n’es qu’une menteuse
 effrontée


28.   pars avec ce mien écrit, et lance-le-leur, et puis prends quelque distance et  observe leur
réponse. »


29.    Elle dit : « Conseil, il m’a été lancé un écrit généreux


30.   “C’est de la part de Sūlaïmâane et c’est au nom de Dieu, le Tout miséricorde,  le
Miséricordieux :


31.   N’allez pas vous croire supérieurs à moi. Venez à moi faire votre soumission
                  [mūslimîne].” »[1]


32.   Elle dit : « Conseil, éclairez-moi sur ma décision. Je ne trancherai rien qu’en
  votre présence »


33.    Ils dirent : « Nous sommes détenteurs d’une force et d’une puissance  redoutable. La
             décision te revient. Vois toi-même que décider »


34.   Elle dit : « Les rois quand ils envahissent une cité, y font grand dégât, et
  réduisent les            honorables citoyens parmi son peuple à la vilenie
(adillah]. » — Ils en usent ainsi


35.   c’est pourquoi je leur dépêche un messager avec un présent, puis j’attends  pour voir ce que rapportent les
messagers »


36.  Quand le messager vint à Sūlaïmâane, ce dernier lui dit : « Vous me feriez  largesse d’argent ? Mais
Dieu m’a donné davantage qu’à vous ! À vous plutôt,  de faire bombance avec votre présent !




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