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Blog d'Etienne
Duval
« Le mythe et le conte sont la parole dans sa première gestation. C'est pourquoi, si la parole est malade, comme le dit Vittorio Gasman, il devient urgent de revenir à ses fondements qui sont encore à notre disposition, à travers les mythes et les contes. Lorsque la parole ne fonctionne pas, c'est la violence qui gagne. Les mythes et les contes, par l'apprentissage du processus symbolique qu'ils proposent, sont là pour nous aider à faire sortir la parole de la violence. Ils nous remettent dans la logique de la vie
Les mythes fonctionnent comme les contes, avec des images, des figures et une structure qui nous renvoient à une forme d'inconscient collectif. Ils sont à la base de nos différentes cultures, qu'ils rattachent à un fond commun universel. Les étudier permet d'entrer en dialogue avec soi-même et avec les autres hommes. Contrairement à ce que certains croient, ils sont d'une criante actualité. Ils nous révèlent les fondements de la vie sous ses différentes formes, soulignant les liens entre désir et violence, entre force de vie et force de mort. Ils dévoilent les ressorts cachés de la toute-puissance et ses conséquences désastreuses. Souvent ils parlent de chute, non pas pour nous décourager mais pour nous montrer que la chute elle-même est le temps de la fécondation et de l'accession de l'homme à sa propre humanité. » (Site : Mythes fondateurs, cf. adresse ci-dessous)
Nous pensons que, comme la parole, la raison elle-même est tombée malade. Née du mythe, elle s’en est écartée, perdant ainsi ses propres racines. Pour se ressourcer, elle a besoin de reprendre contact avec ce qu’elle a laissé tomber, sous prétexte d’irrationalité. Mais peut-être la rationalité ne peut-elle se comprendre sans renouer avec une certaine forme d’irrationalité apparente. C’est pourquoi nous prenons le parti ici de réinterroger les mythes à partir des grands problèmes qui nous sollicitent. Et souvent nous verrons qu’ils nous amènent à reposer les bonnes questions si ce n’est à trouver les solutions les plus adéquates. De toute manière, en retrouvant la lumière qu’apportent les textes symboliques et en sollicitant le partage de la réflexion, la pédagogie du blog pourrait être une voie vers un réapprentissage de la pensée.
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Confrontation hommes/femmes : Rê et Isis
Il y a deux problèmes très importants que révèlent les mythes : la violence et la confrontation hommes/femmes. Nous avons souvent évoqué le problème de la violence. Il s’agirait pour le cycle 2010-2012 de regrouper nos forces et notre capacité d’investigation pour y voir plus clair en ce qui concerne la confrontation hommes/femmes. C’est ce problème qui est souligné dans les mythes de la chute, dans ceux de Ré et Isis, d’Œdipe et Antigone, Orphée et Eurydice, sans oublier Chahrazade. Une telle question nous interpelle particulièrement en ce moment à travers les évocations du voile, de la burka, de la place faite aux femmes dans la vie sociale et politique. Qu’est-ce qui se cache derrière la peur que soulève le rapport hommes-femmes, en deçà et au-delà même de la sexualité ?
Je propose que nous commencions par le mythe égyptien de Rê et Isis, où se profile une des figures du couple primordial. Chacun sera confronté au texte d’origine sans passer par la réflexion personnelle de l’un ou l’autre d’entre nous. Le dialogue entre tous les intervenants pourra puiser ainsi immédiatement aux sources de la pensée, ce mois-ci comme tous les autres mois qui suivront. Une recherche semblable sera faite au café philosophique interculturel de Formidec et au groupe de la parole mais avec une méthode renouvelée.
Chacun est invité maintenant à entrer dans la pensée en choisissant un des angles d’attaque que lui offre le texte.
Rê et Isis (mythe égyptien)
Paroles du dieu qui vint à l’existence de lui-même, qui créa le ciel, la terre et l’eau, le souffle de la vie et le feu, les divinités et les hommes, le bétail, les serpents, les oiseaux et les poissons ; le roi des hommes et des dieux réunis dont les limites vont au-delà des années, et possédant beaucoup de noms, inconnus de celui-ci ou inconnus de celui-là.
Isis souhaite connaître le nom de Rê
Isis était une femme intelligente ; son cœur était plus habile que celui de millions d’hommes ; elle avait plus de discernement qu’un million de dieux ; elle était plus judicieuse qu’un million d’esprits. Elle n’ignorait rien de ce qui était dans le ciel et sur la terre, à l’égal de Rê, qui avait créé ce qui est sur la terre. Mais elle souhaitait, en son cœur, connaître le nom de ce dieu auguste.
Elle façonne un serpent sacré
Rê, chaque jour, entrait à la tête de son équipage et s’asseyait sur le trône des Deux Horizons. Le grand âge du dieu rendait sa bouche molle ; aussi laissait-il tomber sa salive sur le sol, ou bien il crachait en la jetant à terre. Isis (un jour) la pétrit en ses mains avec la terre sur laquelle elle se trouvait ; elle lui donna la forme d’un serpent sacré, et le modela tel un trait prêt à s’élancer. Mais, devant elle, il ne bougea pas ; aussi put-elle le placer à la croisée des chemins que le dieu auguste avait coutume de suivre, selon son désir, sur le Double Pays.
Le dieu mordu par le serpent sacré
Le dieu fit son apparition hors des portes de son palais, tandis que les divinités du palais étaient en sa suite, afin de se promener, comme chaque jour. Alors le serpent sacré le mordit, et le feu de la vie sortit de lui, puis l’animal se cacha dans les roseaux. Le dieu ouvrit la bouche et la voix de Sa Majesté atteignit le ciel. Son Ennéade dit : « Qu’est-ce donc ? Qu’est-ce donc ? » ; les dieux dirent : « Quoi donc ? Quoi donc ? » Il ne pouvait leur répondre, ses lèvres tremblaient, ses membres étaient secoués, car le poison avait pris possession de son corps, de même que le grand Nil charrie tout derrière lui.
Le grand dieu affermit alors son cœur et il appela ceux qui étaient en sa suite : « Venez à moi, vous qui êtes venus à l’existence hors de mon corps, dieux qui êtes issus de moi, afin que je vous fasse connaître ce qui m’est arrivé. Une chose douloureuse m’a mordu. Mon cœur ne la connaît pas, mes yeux ne l’ont pas vue, ma main ne l’a pas faite. Je ne reconnais en elle aucun des éléments de ma création. Mais je n’ai jamais ressenti une souffrance comme celle-là ; il n’y a rien de plus pénible que cela. Je suis un Souverain, fils de Souverain, une semence divine venue à l’existence comme dieu. Je suis le Grand, fils du Grand, celui dont le nom fut pensé par son père. J’ai beaucoup de noms et beaucoup de formes. Ma forme est aussi en chaque dieu. Je suis celui que l’on appelle Atoum et Horus le loué. Mon père et ma mère m’ont dit mon nom, et je l’ai caché en mon corps hors de portée de mes enfants de peur qu’un pouvoir soit donné à un magicien contre moi. Or je sortais pour voir ce que j’avais créé, je me promenais sur le Double Pays que j’avais fait, lorsqu’une chose me mordit que je ne connais point. Ce n’est pas le feu, ce n’est pas l’eau, mais mon cœur brûle, mon corps tremble et mes membres ont froid. Que mes enfants, les dieux me soient amenés, avec des paroles bénéfiques – les dieux qui savent les formules magiques et dont la connaissance atteint le ciel ».
« Je tremble »
Alors les enfants du dieu vinrent à lui, chacun d’eux se lamentant. Isis s’en vint avec son pouvoir et ses incantations magiques, possédant le souffle de la vie, avec ses incantations magiques pour repousser la maladie, avec ses paroles capables de rendre la vie à une bouche qui étouffe. Elle dit : « Qu’est-ce-donc ? Qu’est-ce donc ? ô mon divin père ! L’un de tes enfants aurait-il levé la tête à ton encontre ? Alors je le ferai tomber grâce à mon pouvoir magique parfait, et je ferai qu’il soit chassé de la vue de tes rayons ».
Le dieu auguste ouvrit la bouche : « En vérité, je marchais sur le chemin, je me prosternais dans le Double Pays, mon cœur souhaitant de revoir ce que j’avais créé, lorsque je fus mordu par un serpent que je n’aperçus même point. Ce n’est pas le feu, ce n’est pas l’eau, mais je suis plus froid que l’eau et plus chaud que le feu ; tout mon corps transpire, et je tremble ; mon regard n’est pas ferme, je ne vois plus ; et le ciel fait que l’eau inonde mon visage comme au temps de l’été ».
« Dis-moi ton nom »
Isis répondit : « Dis-moi ton nom, mon divin père ! Car un homme revit lorsqu’il est appelé par son nom ». – « Je suis celui qui a fait le ciel et la terre, qui a lié les montagnes, qui a créé ce qui existe sur eux. Je suis celui qui a fait l’eau, de telle sorte que la vache nommée Mehet-Ouret put venir à l’existence. J’ai fait le taureau pour la vache, de telle sorte que la jouissance sexuelle vînt aussi à l’existence. Je suis celui qui a fait l’empyrée et les mystères des deux horizons, j’ai placé là les ba des dieux. Je suis celui qui fait venir la lumière lorsqu’il ouvre les yeux, et amène l’obscurité lorsqu’il les ferme. L’eau du Nil coule selon son ordre, celui dont les dieux ignorent le nom. Je suis celui qui a fait venir à l’existence les heures et les jours, je suis celui qui a établi la répartition des fêtes de l’année, et qui a créé le fleuve. Je suis celui qui a fait le feu de la vie, afin de donner existence aux œuvres des temples. Je suis Khepri au matin, Rê au zénith, Atoum dans le soir/ »
Mais cela n’arrêta pas le poison dans sa course, et le grand dieu ne se remettait point.
Isis dit alors à Rê : « Ton nom n’est pas parmi ceux que tu m’as dits. Dis-le-moi donc, et le poison sortira, car un homme revit lorsque son nom est prononcé ».
Le grand dieu divulgua son nom auprès d’Isis
Le poison brûlait de toute sa brûlure, il était plus fort que la cuisson du feu. Alors Rê dit : « Prête-moi tes oreilles, ma fille Isis, de telle sorte que mon nom passe de mon corps dans ton corps. Le plus divin des dieux l’a caché, pour que ma place soit vaste dans le navire des millions d’années. Lorsqu’il sera sorti de mon cœur, dis-le à ton fils Horus, en le liant par un serment divin, en ayant placé Dieu devant son regard ». Et le grand dieu divulgua son nom auprès d’Isis, la Grande Magicienne.
« Rê vit, le poison est mort »
« Ecoule-toi, poison du scorpion. Sors de Rê et de l’œil d’Horus ! Sors du dieu, ô brûlant, selon mon incantation ! Je suis celle qui agit et je suis celle qui chasse. Va-t-en dedans la terre, puissant poison ! Vois, le grand dieu a divulgué son nom. Rê vit, le poison est mort ! » - Selon les mots d’Isis, la grande magicienne, la maîtresse des dieux, qui connaît Rê par son nom.
Paroles à prononcer sur une image d’Atoum, Horus le loué, une figure d’Isis et une image d’Horus, peintes sur la main du malade et qui doivent être léchées par cet homme. Cela peut être fait aussi sur une bande de lin très fin que l’on placera sur la gorge du malade. Ceci est un procédé pour agir contre le poison du scorpion. Ou bien encore, on pourra agir de même avec de la bière et du vin qui seront bus par l’homme qu’un scorpion a mordu. C’est cela qui détruit le poison. Vraiment efficace, un million de fois.
(Textes sacrés et textes profanes de l’ancienne Egypte II, traductions et commentaires par Claire Lalouette, Connaissance de l’Orient, Gallimard)
Télécharger le texte de Rê et Isis
Merci à Olivier de faire connaître cet article dans son blog de blogs : http://mythesfondateurs.over-blog.com/. Sa fidélité nous est particulièrement précieuse.
La femme et le serpent
Pour susciter les interventions je vais prendre un angle d’attaque particulier : celui de la femme et du serpent. Il y en a beaucoup d’autres possibles. Je sais bien qu’il s’agit, dans ce mythe, de personnages divins et non pas d’êtres humains. Par ailleurs Rê et Isis ne forment pas un couple. Le véritable couple est entre Isis et Osiris. Mais il est bien évident que nous avons, dans ce texte, une représentation du couple primordial.
L’homme enfermé dans la toute-puissance
Sous les traits du dieu Rê, l’homme est enfermé dans la toute-puissance. Il se suffit à lui-même et ne communique pas vraiment avec les autres. Mais, en dépit de sa toute-puissance, il est affecté par la dégradation du temps : « Le grand âge du dieu rendait sa bouche molle ; aussi laissait-il tomber sa salive sur le sol »… En réalité, il ne fait que tourner en rond, comme le soleil lui-même.
La femme veut le faire sortir de lui-même
L’homme se croit parfait mais Isis, qui est une femme intelligente, sait bien qu’il n’en est rien. Le secret dans lequel il s’enferme ne fait que couvrir l’illusion d’une fausse perfection. Il faut qu’il sorte de lui-même pour entrer en relation avec l’autre et progresser dans la vie. Elle sait que le destin de la femme croise le destin de l’homme et qu’elle ne peut être vraiment elle-même que dans la rencontre intime avec lui. Aujourd’hui encore, dans notre civilisation, l’homme donne son nom à la femme. Dans le texte du mythe, Isis nous livre le sens profond de cette pratique insolite : l’homme doit se livrer à la femme dans le don intime de son être le plus secret (de son nom).
Elle prend la figure du serpent
Habituellement, le serpent n’a pas bonne presse parce que nous n’en connaissons pas toute la signification. Il nous fait peur parce qu’il est porteur de mort. Or c’est bien la mort qu’Isis veut introduire chez le dieu Rê. L’homme tout-puissant n’est pas fini : il ne porte que la vie et la vie finit par s’épuiser. Sans la mort, en dépit des apparences, il reste incomplet. La femme est là pour le conduire au-delà de la vie, pour l’amener à faire symboliquement le saut de la mort. En façonnant le reptile qui va piquer le dieu Rê, c’est elle-même qui devient serpent ; le serpent est un passeur.
L’homme fait l’expérience du manque
La vie du dieu Rê s’échappe par la morsure du serpent. L’homme tout-puissant fait alors l’expérience de quelque chose qui lui manque. Mais ce qui lui manque c’est le manque lui-même. Rê avait oublié de fabriquer le manque ; il a besoin d’une femme pour mener à terme sa propre création. En s’introduisant en l’homme, la mort produit le manque.
De l’expérience du manque à l’expérience de l’autre
Rê est incapable de faire tout seul son passage par la mort. Il pourrait réellement mourir. Alors il appelle à l’aide tous les dieux qui étaient en sa suite. La perspective de la mort ouvre en lui l’espace de l’autre sans lequel il ne peut désormais se maintenir en vie. En réalité, les dieux n’y ont pas vraiment accès. C’est Isis, la femme, qui va s’y introduire car, seule, elle possède le secret de la vie et de la mort.
L’inscription du manque dans le nom et la recréation de l’homme
Isis, figure accomplie de la femme, demande à l’homme (Rê) de lui donner son nom pour que puisse s’échapper le poison de la mort. Tant qu’elle n’est pas intégrée, la mort peut détruire. On assiste alors à une véritable recréation de l’homme : dans l’échange intime avec son partenaire, la femme inscrit dans le secret de son nom, la mort et le manque, qui permettront à l’amour de s’accomplir. C’est pour une telle recréation qu’Isis demande à Rê de lui donner son nom.
Peur de la mort et peur de la femme
Finalement le mythe nous montre que c’est la peur de la mort qui introduit chez l’homme la peur de la femme. L’homme pense que la femme est dangereuse parce qu’elle est porteuse de la mort comme le serpent lui-même. Il s’en défend jusqu’au moment où il comprend que si elle inscrit la mort en lui, c’est tout simplement pour le recréer en donnant à la vie toute son extension possible.
Etienne, bonjour, je viens d'ouvrir ton message. J'ai lu ton fichier "Ré et Isis" mais je suis "sec" si ce n'est que ce conte vise la "finesse" et la capacité de ruse de la femme.
Le plat ou la serveuse
Je suis très heureux de voir repartir le blog. Je suis content aussi de voir que tu nous demandes de nous confronter directement à un mythe, et pourtant, avant de me lancer, quelques réflexions.
Le thème que tu proposes pour un an minimum me plonge dans un certain embarras et à priori ne m’enthousiasme guère, ceci étant en partie la conséquence de mon embarras. La première difficulté que je vois est que tout intervenant sur ce sujet sera (sauf exception) soit l’un soit l’autre, homme ou femme, avec le risque de positionnements identitaires ou pseudos non identitaires : risque de dialogue de sourds ou de discours de complaisance. Je n’y reviendrai pas.
La deuxième difficulté est que poser cette dichotomie comme thème de réflexion n’est peut-être pas, pour beaucoup, la question la plus urgente. Mais laissons ça aussi de côté.
Si on s’en tient au thème, en fait de quoi parle-t-on. Où est la différence et où est la question. Au risque de dire des âneries pour un lecteur basique et encore plus pour des spécialistes en psychologie, sociologie et autres sciences humaines et autres, je t’explique mon embarras qui pourrait permettre à d’autres de se positionner sans trop d’ambiguïté ou d’approximations.
S’agit-il de quelque chose qui concerne ce qui se passe de particulier dans la relation duelle d’un homme et d’une femme et qui la différencie d’une relation entre deux hommes ou deux femmes, ce qui n’est peut-être d’ailleurs pas la même chose ? Ou des relations sociales et des différenciations qui apparaissent quand ce sont un ou des hommes ou bien des femmes qui interviennent. Ou plus précisément du rôle ou de l’apport particulier dans ce contexte soit de l’un soit de l’autre sexe.
La différence est manifestement sexuelle, même si le sexe, au sens physiologique, n’intervient apparemment pas. Je n’entrerai pas dans l’analyse des conséquences de la différenciation au cours de la relation: positionnement, initiative, rapport de force, conséquences immédiates ou à plus long terme.
Les caractères secondaires de la différenciation sexuelle jouent aussi un rôle dans l’affaire, constitution physique ou autre. Passons. Mais s’agit-il de différence sexuelle ou des conséquences du fait que la femme porte l’enfant pendant neuf mois et devient mère, nourricière au départ et parfois assez longtemps.
S’agit-il de la maternité ou de la manière (avec des nuances qui permettraient de dire les manières) dont les sociétés humaines (ou peut-être la partie masculine de ces sociétés) en ont tirés des conséquences, pas toutes évidentes, dans l’organisation sociale, la répartition des tâches et des rôles.
Quelques rares témoins de pratiques différentes du modèle dominant sont heureusement là pour nous interroger sur la pertinence de nos évidences. Le modèle dominant a lui-même évolué et des pratiques inimaginables il y a quelques siècles ne nous posent aucun problème aujourd’hui.
Donc attention aux simplismes et aux stéréotypes.
Mais en fait y a-t-il une différence ? Sauf erreur, à part les caractères sexuels primaires ou secondaires, il y a beaucoup de points semblables. Il n’y a pas, que je sache, un cerveau masculin ou un cerveau féminin. Y a-t-il un comportement, une manière d’être à l’autre et au monde différente, une contribution, une approche différente. Vaste question. Et là, je me rapproche du mythe. Sauf erreur grossière, si en graphologie, il y a des écritures « féminines » et des écritures « masculines », dans beaucoup de cas l’écriture, reflet de la personnalité, ne permet pas de savoir si le scripteur est un homme ou une femme. Même s’il n’y a certains types qu’on ne rencontre guère que chez les femmes.
La différence s’estomperait-elle à partir d’un certain niveau de culture et dans une société où les femmes seraient les égales des hommes (les égales ou les mêmes ?).
Pour finir quelques réflexions en vrac touchant divers paradoxes.
On connaît des reines remarquables, mais dans nos démocraties, les rôles politiques, sauf peut-être au tout sommet de l’état, sont surtout masculins. Un civil qui se fait tuer par un soldat homme ou femme (depuis pas longtemps) ne voit pas la différence. Provisoirement peut-être, il y a encore des métiers plutôt masculins et des métiers plutôt féminins : infirmier, assistant social, sage-femme, secrétaire, caissière, chauffeur de poids lourd, boxeur, rugbyman, ouvrier du bâtiment ou de la métallurgie, mineur, garagiste, petite main dans la confection, femme de ménage, gangster, parrain de mafia, chef cuisinier mais cuisinière, pilote d’avion commercial, trader, compositeur de musique( sauf les musiques populaires), architecte, chef d’orchestre, ambassadeur, grand couturier mais couturière, etc. Et rares sont les sports qui s’exercent dans la mixité (voile, alpinisme, parfois tennis, même pas la pétanque de compétition). Pas de grande compétiteuse d’échecs. Et des métiers récemment partagés : médecin, avocat, cinéaste, écrivain (sauf philosophe), journaliste, mannequin, prostitué, chef d’entreprise, militaire, policier, gendarme, chercheur, « savant », peintre, , etc. Pourtant, au restaurant, quand le serveur est de sexe masculin, on dit un « garçon », s’il est de sexe féminin, on dit une « serveuse ».
Et je ne parle pas des plus grands dieux et des grands fondateurs de religions, même si une femme apparaît aussitôt en second plan
Suite du "Plat ou la serveuse"
Et je ne parle pas des plus grands dieux et des grands fondateurs de religions, même si une femme apparaît aussitôt en second plan ou en démiurge comme dans le mythe que tu nous propose!
Dans ce mythe à deux personnages, celui qui fait le passeur est une femme. Et alors ? Faut-il s’intéresser d’abord au plat ou d’abord à la serveuse (et préparatrice)?
Bien que femme, croyant peut être à tort à l'ascension éthique, spirituelle et intellectuelle du genre humain, j'ai toujours été effarée de la puissance de la parole interrogative en apparence de la femme dans le creux de l'oreille de l'homme.:
"Dis moi ton nom c'est à dire ce que tu es, comment tu fonctionnes,et je ferai miracle, parce-que moi je sais quoi en faire pour mieux te mener où et comme je veux ..". çà m'a toujours révulsé, et c'est bien ce que je lis entre les lignes de ce conte.
Oh! bien sûr ne vous étonnez pas quand une femme ne règne pas sur le coeur et
l'agir d'un homme, c'est qu'elle répugne à suivre de telles pratiques de la femme. Je n'y voit aucun respect, ni de l'homme envers lui même, ni de la femme envers elle même, bi de l'homme envers la femme, et encore moins de la femme envers l'homme. Cette femme 'déesse, ne connait que son pouvoir,
mais ne se connait pas elle-même, sans pouvoir y aurait il vide? Je ne le crois pas.
Pour revenir au conte, il me semble qu'il y a interchangeabilité entre Holmme et Dieu: mais pour qui? Pour la femme ou pour l'homme ou les deux?Quête effrénée commune au genre humain de se faire Dieu? 'Dieu a créé l'homme et les homme le mui ont bien rendu"? L'humanité y cacherait elle son ignorance en confondant connaissance de Dieu avec connaissance de l'univers?
Mais oui, je comprends moi aussi que dans ce conte l'inexpérience et le manque de connaissance se drape sous le mythe toute puissance, l'un passe pour Dieu et l'autre pour magicienne, mais çà ne fonctionne que si la reconnaissance par un ters est présente... l'autre ou mieux encore, le tiers... Le tiers ici c'est nous pouvres lecteurs buvant le conte pour le faire sien sans oser franchement s'y projeter de manière claire.
C'est bien aussi seulement au seuil de la mort peut-être, qu'on pourra éventuellement comprendre toutes les formes de manipulations, féminines , masculines ou endro-quelquechose dont nous avons été l'objet.Allez, l'humain est malade, une petite potion par ci, une par là, une bonne recette deci, une autre dela; prétendent des démiurges confirmés ou en herbe, hommes ou femmes croissent avec leurs pillules du bonhheur. Si, si, c'est dans dans le conte aussi... voyez, il débouche bien sur des soins que la magicienne a tiré du nom de l'homme mais en fait à partir de sa bave qu'il ne reconnait même pas... dire au nom de l'humanité et des "Dieu" science ou non qu'on peut tout tirer de la bave de l'homme ou de Dieu. That is the question.
Et puid tout vient de la bouche, de l'homme-dieu y compris le leurre serpent mais tout n'y retourne pas, qu'en advient il? Pauvre humanité.
Considérations primessautières de ma part mises à part, le serpent , toujours le serpent, insigne des pharaons et celui qu'entendit la femme de la genère, dite mère de tous les vivants.?.. Je comprends mieux la dualité ou la fusion serpent, et Dieu, pour mieux occulter ou dévoiler, c'est selon , l'homme comme disait Blaise Pascal, entre néant et infinii.
Yvon, je vois bien ton embarras, qui émerge déjà d’une réflexion philosophique : ce qui rapproche l’homme et la femme est beaucoup plus important que ce qui les différencie. C’est bien pour cette raison que les inégalités sociales et politiques entre les hommes et les femmes apparaissent de plus en plus insupportables. Lorsque la femme trouvera la place qui lui est due, à égalité avec les hommes et pourtant dans le respect de la différence, beaucoup de choses vont changer. C’est d’ailleurs une révolution qui est en cours depuis plusieurs années.
Mon problème est de favoriser modestement cette révolution en recherchant ce qui a contribué à reléguer la femme à un niveau inférieur. A travers les mythes, nous découvrons que cette relégation repose sur un malentendu. La femme n’est pas cet être trompeur et dangereux qui affleure dans la plupart des cultures. Non seulement elle est égale à l’homme mais elle joue un rôle différencié et irremplaçable dans le devenir et la promotion de l’être humain. Aujourd’hui, nous insistons sur l’égalité. Le mythe nous fait faire un pas de plus, il insiste sur l’égalité (il n’y a pas de différence fondamentale entre l’homme et la femme) et sur la différenciation entre les deux (différence dans l’égalité).
Les événements actuels, au niveau social et politique, montre bien qu’il ne s’agit pas, dans cette recherche, d’un problème mineur : le voile, la burka, la répartition inégale des places, les luttes des femmes en Iran, au Maghreb, au Moyen Orient.
Nous verrons bien comment le blog évoluera et nous pourrons éventuellement réajuster. Pour le moment, ce serait bien si tu pouvais enrichir la réflexion commune à partir d’une analyse du mythe proposé.
Je tiens à souligner la richesse de la réflexion de Marie-Claude, qui souligne l'ambiguïté de l'homme, ses faux pas, sa toute-puissance, ses manipulations. Une idée qui me paraît très intéressante, c'est que le mythe ne serait rien s'il n'y avait pas le lecteur que nous sommes. Car le lecteur intervient comme tiers pour faire émerger le sens...
Un petit détail : il ne s'agit pas ici d'un conte mais d'un grand mythe.
Plus le temps passe plus je me sens ni homme ni femme, et les deux en un,
caractères physiques à part. Je me suis souvent dit que c'est sans doute ce à
quoi parviennent les religieux et religieuses et prêtres, bref tous ceux qui
font voeu de célibat, ou plus exactement de 'chasteté".
Sakineh ou la situation de la femme en Iran
"Dis-moi comment tu traites les femmes et je te dirai qui tu es" (Marek Halter)
http://www.wat.tv/video/manifestation-soutien-sakineh-31w6v_2eyr9_.html
Wikio fait référence à cet article du blog à l'adresse suivante : http://www.wikio.fr/sources/mythesfondateurs.over-blog.com-pj1Z
j'aime bien la "préface" d'yvon Monagné du moins c'est ainsi que je la ressens.
à relire encore.
Quand à cette affreuse application de loi exigeant la lapidation encore, faut il y voir une régression de plus de XX siècle, depuis le célèbre: "que celui qui n'a jamais pêché lui lance la première pierre"(qui n'avait pas fait de scoop mondial à l'époque), une continuité de l'Homme ayant peur d'on ne sait quelle perte supplémentaire dont la lapidée jouerait le rôle de bouc émissaire à envoyer au désert de la mort, pour que la jubilation qu'il en ressent lui donne l'illusion de re-naître plus grand, plus fort ?
Voila que je quitte le mythe précité.
Qu'est ce que Le cynisme, la ruse , la suffisance toute puissante ,
en face de ce mythe ? N'y sont ils aussi de manière latente?
Que celui qui est sans péché jette la première pierre à Sakineh
Marie-Claude, tu réagis en femme comme Isis elle-même. Ce qu’elle reproche à Rê, c’est sa froideur, sa toute-puissance, sa non relation, qui peut avoir de terribles conséquences. Il n’a pas le sens de la différence et juge tout de son point de vue. Aussi la différence féminine va lui être insupportable. Elle met sa vie en danger et il fera tout pour s’en défendre. C’est bien ce que veut lui faire comprendre la déesse Isis. Sa connaissance est une connaissance de l’esprit : ce n’est pas une connaissance du cœur. Mais, pour aller de l’une à l’autre, il faut passer par une forme de mort. Sans ce passage par la mort, qui grignote la toute-puissance masculine, l’autre féminin deviendra le bouc émissaire, celui qu’il faut lapider. Et, pour bien insister sur l’importance d’un tel passage, Isis nous montre que la transformation nécessaire, qui est une recréation, doit atteindre le cœur de l’homme c’est-à-dire, ici, le nom lui-même.
On peut imaginer que le christianisme a essayé de répondre à cette question, en admettant que le reproche fait à Rê pouvait être un reproche fait au Dieu de la Bible, tout au moins au Dieu, tel que pouvait se le représenter les hommes. Il était trop loin des hommes avec une perfection masculine, celui qui est tout entier lui-même. En se faisant homme il se transforme radicalement lui-même, transforme tout être humain, qu’il soit féminin ou masculin. Mais plus discrètement et plus directement, il transforme l’homme masculin au plus intime de lui-même pour l’amener à dire : « Que celui qui est sans péché jette la première pierre à la femme, à Sakineh ! »
Facebook recense cet article du blog dans les publications associées sur les mythes :
http://fr-fr.facebook.com/pages/Les-Mythes/106980979326910?v=stream
Vous serez comme des dieux, grosse erreur : Le serpent ou l’anti héros.
Ne connaissant rien à la civilisation égyptienne, je confonds Isis et Osiris, hésite entre Rê et Ra, n’arrive pas à me rappeler le nombre de Ramsès ou de Ptolémée. C’est dire que je ne vais pas me lancer dans une interprétation d’un vénérable mythe dont j’ignore tous les codes. Mais ignorer les codes et prendre un peu de distance comme le fait Marie Claude Christophe avec beaucoup de malignité et de justesse, permet parfois de revenir à l’essentiel.
Je ne sais si les égyptiens avaient le sens de l’humour, mais la description grandiloquente de la cour des dieux ne manque pas de sel. Elle me fait penser à ces cours royales, pontificales ou dictatoriales, avec leurs maréchaux bardés de décoration, leurs atours vestimentaires et autres colifichets, cachant mal un monde en décrépitude, sorte de basse-cour poussiéreuse où de vieux coqs trop nombreux se chamaillent à longueur de journée. Ou à mon vieux chien qui rêve en bavant, une bave si gluante qu’elle en devient élastique, montant et descendant, image de l’éternité.
En face le serpent. Rien de plus simple, de plus banal ; le vivant, un point c’est tout. L’autre de tous. Rien à en dire. Mystère de la simplicité. Et donc l’anti dieux, dans beaucoup d’histoires.
Dieu a dû le créer un jour de paresse ou de suprême raffinement. Si je le dessine sans légende, on pourrait le prendre pour une branche morte, un bout de ficelle, un ru ou un …chapeau, comme dans le Petit Prince. Ne pas le voir. Et dans la vraie vie, cela arrive aussi.
Le serpent est d’une simplicité désolante. Une tête avec une prolongation longiligne qu’on appelle corps, qui se termine, parce qu’il faut une fin à tout, par ce qu’on appelle une queue. Aucun de ces organes hautement spécialisés qui font la gloire et la puissance. Ni cornes ni défenses, ni griffes ni sabots, ni ergots ni carapace, ni venin caudal, ni crête impressionnante ; pas besoin de faire la roue, pas besoin de faire le beau. Même pas de pattes pour se déplacer, ni de nageoire pour aller dans l’eau. Et pourtant dans tous les milieux, il peut vous fondre dessus à la vitesse de l’éclair, quitte à se laisser tomber d’une haute branche.
Pas besoin non plus de vivre en meute, en essaim, en colonie ou en troupeau. Plutôt rare, solitaire et discret, on est surpris de mettre le pied dessus par inadvertance ou de le retrouver installé sans gêne dans votre demeure ; pas de frontière ni de propriété privée, il fait partie des gens du voyage.
S’il était végétarien, on pourrait bien l’aimer. D’ailleurs il se laisse facilement apprivoiser si on le traite avec douceur. Sinon il vous file entre les doigts comme une anguille. Mais c’est un prédateur, un glouton paresseux, capable d’avaler un mouton en entier, voire un éléphant (cf. Le Petit Prince) pour le digérer béatement pendant des jours. On peut dire qu’il croque la vie à belles dents.
Est-il vieux, est-il jeune ? Il ne perd ni ses poils ni ses plumes ni ne marche courbé, ignore les rhumatismes et la claudication. Il est sans âge, toujours plein de vitalité. Il meurt sans doute, après avoir plusieurs fois changé de peau. Il faut bien s’adapter à soi-même.
Il doit être un peu farceur ou bien se méfier de l’homme pour lui conseiller, avec le mode d’emploi, de devenir comme les dieux (cf. le tableau initial du mythe.). L’homme deviendra démiurge, créateur, assassin. Sa production, une bave peu ragoûtante qui se révélera mortelle pour lui-même. Sa protection, le secret. Secret du nom, brevet, code secret, clé impossible à décoder, coffre fort, paradis fiscal, virus informatique ou non, arme secrète, police parallèle, espion double ou triple. Dérisoire secret toujours éventé.
Vive le serpent, le tout autre des fausses grandeurs, le souple vivant plein de ressort, le modèle qui ne veut point l’être, le sage conseiller sans ambition. Qui sait que la vie va d’un vivant à un autre ou n’est point. Un point, c’est tout.
Le serpent, origine de la vie et origine de l’écriture
Yvon, tu as bien fait de te laisser guider par ton intuition car ainsi tu as rejoint le mythe. Le serpent est ce qu’il y a de plus simple car il est à l’origine de la vie. Il est comme un trait, le signe - associé au signe +, signe de la mort associé au signe de la vie. Mais ici le signe de la mort est aussi force créatrice de vie.
Personnellement, je voudrais insister sur le serpent comme origine de l’écriture. Il est façonné comme un trait et le trait est la base de l’écriture. Sous sa forme la plus fondamentale, l’écriture creuse l’homme pour y inscrire la mort. Chacun aura compris qu’elle laisse sa marque en l’homme avant de s’étaler sur le papier ou le parchemin. Elle est précisément le signe et le rappel symbolique que la force de mort est une force créatrice qui doit nous faire vivre au-delà de nous-mêmes. Rê porte maintenant en lui l’écriture de la mort comme une semence, et cela jusqu’à la fin des temps. A travers le manque et le désir, l’écriture offre une place à l’inconnu. Son trait est fait pour relier à l’autre et plus amplement encore pour relier l’origine et la fin. Il ne saurait y avoir de fin en dehors de l’Autre. La Parole, à son tour, va établir un lien avec la mort, comme la graine tirant sa source d’une graine féconde en décomposition, car elle s’enracine dans l’écriture qui lui donne naissance. Toute l’écriture se résume en une formule simple : la mort est une force créatrice de vie car elle est là pour creuser la place de l’Autre.
Aussi le serpent est le rappel que l’écriture est irrémédiablement liée à la parole et qu’elle lui donne naissance.
Je ne résiste pas à l’envie de vous transmettre ce texte de Xavier Emmanuelli, qui marque l’urgence de passer par le symbolique (comme le mythe d’Isis et Rê) pour entrer dans la complexité de la vie, de mettre du symbole entre les êtres pour que nous puissions vivre ensemble, en particulier entre hommes et femmes (Etienne Duval)
Savoir accueillir les signes et laisser place au symbolique
Au début de ma carrière, où je faisais des remplacements de médecin de campagne, je me rappelle un appel de nuit. Vous savez, il est très difficile de trouver son chemin dans la campagne, mais la souffrance, c’est la petite lumière isolée au bout d’un champ, c’est la ferme qui vous attend là où il y a un problème vital. Je me souviens d’être allé dans une ferme reculée où j’ai vu une dame qui était dans son lit, gémissante. Près d’elle, son mari, casquette sur la tête, rugueux, un peu « brut de décoffrage », comme on dit. On a seulement échangé quelques mots, c’était très sauvage comme rencontre… On a peu parlé, je lui ai fait mes prescriptions et il est venu avec moi jusqu’à la porte. Je l’ai regardé, c’était un homme très archaïque, farouche, mais au moment où je partais, il a cueilli une fleur sur sa haie et me l’a donnée. Ce signe évidemment m’a bouleversé parce qu’il avait trouvé un geste d’une incroyable délicatesse pour me donner une fleur. Il ne savait pas exprimer, ne savait pas ritualiser. C’était un instant béni parce qu ni lui ni moi ne nous comprenions mais il y avait cette générosité. Oui, c’était une rencontre fragile. Comme dit Levinas (je cite à peu près) : « Dans certaines rencontres, c’est à la fois Dieu qui se manifeste en même temps qu’il se retire pour laisser place à cette rencontre. »
Cette anecdote montre combien, même quand une rencontre a du mal à s’opérer, quand des paroles ont du mal à être dites, l’humain a d’autres chemins qui s’offrent à lui. Celui de la délicatesse, par exemple. Je crois qu’il ne faut pas oublier la délicatesse que l’on doit avoir les uns envers les autres ; c’est à partir de là que les choses peuvent se construire.
Je suis souvent frappé quand je vois aujourd’hui des enfants hyperactifs, hyper violents, je crois que ce sont des enfants à qui il manque les histoires pour façonner leur personnalité : des histoires de fées, de loups ! Celles qui mettent en scène justement la violence, qui la font rentrer dans le cadre symbolique pour la rendre assimilable. Sans toutes ces petites histoires, qui justement disent la grande histoire du symbolique, aucune relation au collectif n’est possible. Et ces enfants risquent de rater leur relation avec les autres. Il faut introduire tout le temps du symbole entre les êtres, c’est ce qui permet d’explorer nos propres ressources. Justement, dans ces contes populaires, les fleurs, comme celle que m’a offerte ce paysan bourru, sont un symbole très puissant ! Et c’es parce qu’il y a tous ces symboles que le geste de ce paysan a pu avoir du sens, qu’il a pu nous mettre en relation tous deux, même si nous appartenions à deux mondes radicalement différents. Or le danger actuel, c’est que notre société perd ses clés de la ritualisation et du symbolique qui sont des représentations, comme disait Jung, des archétypes de l’inconscient collectif, ce trésor que l’humanité a accumulé au cours des âges.
Xavier Emmanuelli
« La fragilité, faiblesse ou richesse »
Albin Michel, 2009
"je voudrais insister sur le serpent comme origine de l’écriture. Il est façonné comme un trait et le trait est la base de l’écriture."
c'est bien avec un serpentin de pâte à modeler, les enfants peuvent recopier chaque lettre, chaque chiffre, chaques premiers mots;
sentir pour chacun la valeur d' espace, et d'ordre , analyser, imposer ruptures ou continuités nécessaires au serpentin , avant qu'en un mouvement sûr et précis, l'enfant imprime définitivement la lettre, le chiffre ou le mot, sur un support fixant l'"oeuvre" de l'enfant, le "serpent" de glaise devenu "serre-paon" un instant ou "sert -pent(e)" que l'enfant verra comme ascendante vers le savoir et le savoir être être ou descendante, selon l'éclairage que lui en enverra l'entourage.
Le jeu avec le serpent de l'écrit est un défi perpétuel .
Je découvre la professeure d'école et je vois que cette professeure d'école confirme mon idée sur l'écriture et le serpent. Je voudrais aller plus loin. Le serpent est du côté de la mort et de la racine, alors que la tige est du côté de la vie qui croît. L'écriture serait la racine de la parole. Le serpent est du côté de l'informel par opposition au formel que développe la vie elle-même, il est du côté du moins (-) par opposition au plus (+), du côté du 0 par opposition au 1. Autrement dit, en tant que simple trait, que moins que rien, comme dirait Yvon, il lui appartient d'ouvrir et de délimiter l'espace de la vie, qui n'est peut-être autre que l'espace du manque (la poche du 0).
Mais je m'aperçois que j'interviens trop souvent : il faut que je retourne près du serpent qui dort.
et moi Etienne je m'aperçois que je vous ai écrit avec des coquilles , des invertions, des lettres et des mots manqués ? " C'est grave Docteur?" en tout cas merci d'avoir lu en corrigeant à leur lecture, heureux serpent!
Entre Yves Montigné avec son "Qui sait que la vie va d'un vivant à un autre ou n'est point "point c'est tout", la relecture du troisième paragraphe du texte du mythe , et cette touchante expérience que Xavier Emmanuelli nous relate, un point commun m'a comme donné un coup... de poing!
La croisée des chemin, le point, ou tout semble suspendu, des lignes se sont croisées, et voilà le point, sans paroles, sans écrit, mais tout est là, avant, aprés,les lignes filent. Tout y est fini, point, et tout renait, les lignes continuent , vers d'autres croisées de chemin et d'autres points.
Le serpent du mythe immobile, posé comme un point, à la "croisée des chemins", en guise de point d'interrogation de la déesse attenant sa réponse pour Isis, comme point de silence du dieu qui ne sait plus parler....'sa bouche st devenue.... il bave seulement, l'incontrolable? mais il n'écrit pas., elle n'écrit rien non plus.
Et alors là, Etienne , si le serpent figure l'écriture, je ne crois pas que le mythe indique que l'écrit est à la naissance de la parole.
Les cris peut être, oui précèdent la parole ....
"Les cris tuent rouvrent des blessures"
"L'écrit tue, rouvre des blessures,"
'L'écrit tue, rouvre, déblaie, sûr!"
à l'oreille ces trois phrases sont les mêmes,
c'est l'écrit et son support, syntaxique cette fois qui re-donne sens et lève l'ambiguité pour l'auditeur.
Dans le récit de Xavier, il n'y a vait pas l'écrit, il y avait la et les paroles, celle qui a demandé, celle qui attend réponse pour des soins, celle qui a saluée et a été reçue au sens de "voilà".
A la croisée des chemin entre le paysan et le médecin, il y a eu le double point:
1)la fleur, concentré de ce qui n'est pas dit, de l'indiscible,
2)un point qui condense résume fait repartir chacun sur ses lignes à venir ? Un gros point celui de conjonction d'efforts quasi offrandes réciproques de savoir faire?
Non tant le point commun des efforts consentis à leur sacerdoces réciprques bien que différents, mais la reconnaissance de la parole au point de son silence.
Le médecin a rempli sa parole de venir, il a parlé le paysan a donné sa parolede faire suivre les soins.
L'écrit ne viendra qu'aprés, comme trace du passage du médecin et prologation du rappel de sa parole et de son savoir par sa lecture de ce qu'il a ordonné (ordonnance?) et puis par le récit qu'il en a fait..
Quant au "point fleur" , ce presque rien, ce non écrit, ce non verbal, à la fois grand tout de la convergence de lignes de vies avec et malgré leurs différences, leurs a priori, leur certitudes , et leurs savoirs aussi.
Le silence point, plein de tant de Parole , d'offert, de donné et ressenti,
Non, je ne crois pas que l'écrit précède la parole, même si en raison des trésors d'écrits de l'humanité la parole et la paroleva bon train, et les écrits aussi,
sauf
à dire et croire que" normal: c'était écrit".... Alors si c'eest le cas quelle mécanique que cet ordinateur qui vient de vous pondre ce que vous venez de lire là!
Je suis terre à terre, le geste, la parole et l'écrit geste auguste ... enfin... hum, pas toujours.... alors marque de l'humanité en marche ?
Bonsoir.
Lorsque le paysan cueille une fleur, il ne parle, il fait un geste symbolique. Et c'est du côté du geste symbolique que se situe l'écriture. Je pense qu'avant de parler, les hommes ont appris à lire les signes, qui étaient une forme d'écriture primitive; Mais je m'en vais, je suis pris par d'autres activités.
Le mythe indique bien que l’écrit est à la base de la parole
Je sais bien que j’interviens trop souvent et que peut-être je ne laisse pas la place aux autres. Mais Marie-Claude me lance un défi en disant : « Je ne crois pas que le mythe est à la naissance de la parole ». Or il me semble que c’est précisément une des leçons du mythe si l’on accepte plusieurs présupposés :
Le serpent figure les origines de l’écriture
L’écriture inscrit le manque et, au départ, elle l’inscrit dans le corps
La parole dit le manque et en particulier le manque de l’autre
Elle est là pour renforcer le désir et conduire à l’amour (dans la vision du mythe égyptien)
Une fois qu’il a été mordu par le serpent (écriture), le dieu Rê perd de son énergie et dit son manque (parole). Il finit par dire son manque de l’autre pour le guérir (renforcement de la parole). Isis demande au grand dieu de lui dire son nom pour qu’elle y inscrive le manque de l’autre (renforcement de l’écriture) dans une sorte de corps à corps. Le grand dieu divulgue son nom auprès d’Isis (Don divin de la Parole). La parole de Rê ouvre l’oreille d’Isis (la Parole qui ouvre l’oreille d’Isis pour la féconder, c’est-à-dire pour que la Parole soit entendue) : c’est elle qui donne naissance à l’écoute. On perçoit bien qu’il y a ici une sorte d’intuition théologique qui sera reprise, dans l’Évangile, par l’Annonciation de l’Ange à Marie. Par ailleurs, il y a la perception d’un poison du serpent, et donc aussi de l’écriture, parce que celle-ci est liée à la mort dès l’origine. Ici la Parole d’Isis « Écoule-toi poison du scorpion » contribue à faire de la force de mort, et de l’écriture, une force de vie. C’est ici que s’accomplit l’écriture. Dans le cas du mythe, le rôle principal est donné à Isis alors qu’il sera donné au Christ dans le christianisme.
La femme et le serpent
Serpents et chien Cerbère
Le mythe indique bien que l’écrit est à la base de la parole
Je sais bien que j’interviens trop souvent et que peut-être je ne laisse pas la place aux autres. Mais Marie-Claude me lance un défi en disant : « Je ne crois pas que le mythe indique que l’écrit est à la naissance de la parole ». Or il me semble que c’est précisément une des leçons du mythe si l’on accepte plusieurs présupposés :
Le serpent figure les origines de l’écriture
L’écriture inscrit le manque et, au départ, elle l’inscrit dans le corps
La parole dit le manque et en particulier le manque de l’autre
Elle est là pour renforcer le désir et conduire à l’amour (dans la vision du mythe égyptien)
Une fois qu’il a été mordu par le serpent (écriture), le dieu Rê perd de son énergie et dit son manque (parole). Il finit par dire son manque de l’autre pour le guérir (renforcement de la parole). Isis demande au grand dieu de lui dire son nom pour qu’elle y inscrive le manque de l’autre (renforcement de l’écriture) dans une sorte de corps à corps. Le grand dieu divulgue son nom auprès d’Isis (Don divin de la Parole). La parole de Rê ouvre l’oreille d’Isis (la Parole qui ouvre l’oreille d’Isis pour la féconder, c’est-à-dire pour que la Parole soit entendue) : c’est elle qui donne naissance à l’écoute. On perçoit bien qu’il y a ici une sorte d’intuition théologique qui sera reprise, dans l’Évangile, par l’Annonciation de l’Ange à Marie. Par ailleurs, il y a la perception d’un poison du serpent, et donc aussi de l’écriture, parce que celle-ci est liée à la mort dès l’origine. Ici la Parole d’Isis « Écoule-toi poison du scorpion » contribue à faire de la force de mort, et de l’écriture, une force de vie. C’est ici que s’accomplit l’écriture. Dans le cas du mythe, le rôle principal est donné à Isis alors qu’il sera donné au Christ dans le christianisme.
Egalité et spécificité
J’ai hésité à intervenir une troisième fois ; je le fais cependant d’une manière volontairement brève pour laisser la place. Je m’étonne qu’aucun des intervenants habituels n’ait réagi au nouveau texte proposé et je m’interroge sur le pourquoi, Yvon
Je veux bien qu’on insiste sur l’égalité entre l’homme et la femme et sur la spécificité féminine.
Mais jusqu’ici, concernant la spécificité, je pense qu’il faudrait d’abord la préciser et ensuite la fonder. Où ? Je ne sais pas bien. Dans la physiologie, la génétique, les fonctionnalités, la sociologie, le droit, la psychanalyse, la psycho ? Certaines spécificités sont justifiées et peut-être indiscutables, d’autres sont évolutives selon les sociétés et donc contingentes. J’avoue ne rien avoir lu qui me convainque réellement.
Concernant l’égalité, je pense qu’il faudrait nuancer le propos. A condition de ne pas se contenter des moins pour la femme, et ne pas se contenter du quantifiable et des performances. Je pense qu’on est plus près de voir apparaître la parthénogenèse que l’androgenèse pour donner un seul exemple. Je pense à ma liste volontairement à la Prévert des métiers et de leur accessibilité à l’un ou l’autre sexe.
A vos plumes, amis blogueurs.
Pour répondre à l'interrogation d'Yvon sur le peu d'interventions, je pense que j'en suis personnellement la cause. Je me suis planté en proposant un texte mythique assez difficile sans autre précision. Un blog ne semble pas pouvoir fonctionner comme un café philosophique. Il faut au minimum amorcer le débat par une question précise. Plusieurs intervenants potentiels m'ont dit qu'ils restaient secs devant le texte proposé. Donc le projet de réfléchir pendant de longs mois sur la confrontation hommes/femmes pourrait tomber à l'eau, pour le blog, sauf si vous avez des avis contraires ou plus nuancés.
Dans ce blog sur la confrontation hommes/femmes, il ne me paraît pas incongru de parler des prises de position sur les Roms et les Tsiganes. Je laisse la parole à Hubert et Roselyne
Du trouble à l’effroi
La confusion a envahi l’air du temps. Sur fond de crise économique, l’extrémisme devient label de toute appartenance. Mensonge et manipulation sont à l’aise, médiatisées à souhait.
Pour avoir œuvré et habité avec tant d’autres pendant des décennies au cœur d’une cité nouvelle et d’une région qui a accueilli des milliers de familles d’origines et de nationalités diverses fuyant guerres, faim, désertification et précarité ainsi que des gens du voyage, nous nous élevons contre leur stigmatisation, banalisée par une politique officielle qui atteint jusqu’à des proches pourtant réfractaires à tout racisme.
Comment peut-on cataloguer les êtres de manière aussi définitive ?
L’histoire n’a donc rien appris ?
Chaque fois que l’on s’est attaqué aux minorités en les fustigeant globalement, chaque fois cela a déterminé un fascisme sans retour s’étendant à d’autres ethnies, d’autres groupes ou affiliations, avant de déclencher ruine et retour de bâton chez les instigateurs.
Il y a des défauts chez tout être humain. Dont la violence peut entraîner une délinquance qui doit alors être comprise et jugée selon les lois démocratiques. En rendre responsable l’ensemble des hommes de même origine, réelle ou supposée, alors qu’ils n’ont pas tous le même comportement est une erreur dangereuse. C’est l’amalgame, la politique du bouc émissaire qui défoulent à court terme ceux qui font le jeu serpillière des autres… qui tiennent à affermir leur pouvoir, leur terreau lucratif politique et financier en s’octroyant les élections par tous les moyens.
Jeter en pâture un groupe ethnique à la vindicte populaire est une sinistre pratique pour garder ou conquérir un pouvoir de domination. L’Histoire en regorge, jalonnée de dénonciations débouchant sur des crimes collectifs dont on réclamera le pardon, la repentance… des décennies ou des siècles plus tard car deviendra alors abject ce qui sur le moment n’était qu’une solution radicale et « nécessaire ».
Hubert Marrel et Roselyne Cote-Marrel
9 septembre 2010
Pêle-mêle
Décidément je ne comprends rien à rien... Quel rapport entre ce conte et les roms? Pardonnez moi de ne pas me brancher ici, sur ce sujet.
Quoiqu' il me vienne une question : n'y a-t-il pas quelque chose de l'ordre du va et vient entre culpabilité et angélisme et ce tant chez les uns que chez les autres? Bon je ferme ma parenthèse. De la bave du Dieu sans voix mais tout puissant, au serpent qu'en fait la Déesse qui veut en savoir en faisant en sorte que soit mordu le Dieu, ne prétend-elle pas se faire guérisseuse incontestée?
Pourquoi Etienne, as-tu écrit que tu intervenais trop, n'est ce pas ton blog?
Qu'en plus tu proposes d'abandonner le mythe en exergue, personnellement je trouve çà bien dommage. J'allais poster quelque chose que tu m'a fait percevoir dans une de tes répliques: les rôles de l'ouïe et de la vue, et du toucher dans ce Mythe et de son inversion dans d'autres mythes et le malheur qu'il en résultat.
J'ai malencontreusement effacé mon post, Acte manqué ou simplement la crainte de trop intervenir. Enfin sache que ce sujet m'intéresse fort et que le défi dont tu parles, n'a rien d'une joute pour moi.
Marie-Claude tu me rassures. Je me désespérais, pensant que je m'étais trompé, en mettant le mythe directement sur le blog. J'aimerais tant que cela puisse marcher parce que, alors, nous aurions notre café philosophique sur le blog. Alors j'accepte le défi : laisser le texte jusqu'à la fin du mois. J'ai remarqué, comme je viens de le dire à une amie, que les clients arrivent lorsque je vais m'installer à la terrasse d'un café désespérément vide. Alors n'hésite pas à poursuivre le débat, comme Yvon, et de nouveaux intervenants finiront par arriver.
Il n'y a pas de relation entre les Roms et l'article du blog. J'ai voulu assurer une tribune aux deux amis militants.
Les traces du corps et le problème écriture/parole
Le thème "confrontation homme/femme" est extrêmement intéressant, et il serait dommage de ne pas le poursuivre sur le blog. Votre premier commentaire structuré permet de l'approcher.
Ne trouvez-vous pas cependant que le terme confrontation est déjà trop coloré quoique juste ? relation ne serait-il pas plus ouvert ? Après lecture des commentaires, je dégagerais deux axes dans ce mythe, le rôle du corps jusqu'ici non relevé, et effectivement la question du couple
écriture/parole, dont l'antériorité de l'un ou de l'autre fait débat.
Les traces du corps dans le texte
- Le grand âge de Rê rend sa bouche molle, de sa bouche tombe sa salive, une chose douloureuse m'a mordu, mon coeur ne la connaît pas, mes yeux ne l'ont pas vue, ma main ne l'a pas faite.
Cela montre que ce grand Dieu tout-puissant puisqu'il vint à l'existence de lui-même, est touché par quelque chose hors de lui, de l'autre, qui agit sur son corps même. Le rôle de "passeur" de la douleur.
- Mon nom je l'ai caché en mon corps, hors de portée de mes enfants (que représenteraient les enfants ?) de peur qu'un pouvoir soit donné à un magicien contre moi. La peur est nommée, celle qui naît avec l'incarnation, quand on sort de l'indifférencié, quand l'autre entre en scène et provoque l'altération de l'ego.
- Ce n'est pas le feu, ce n'est pas l'eau (pas des éléments extérieurs) mais mon coeur brûle, mon corps tremble, mes membres ont froid. Je suis plus froid que l'eau, et plus chaud que le feu ; tout mon corps transpire et je tremble : mon regard n'est pas ferme, je ne vois plus ; et le ciel fait que l'eau inonde mon visage comme au temps de l'été. La lecture minutieuse du texte révèle l'importance de l'irruption de l'incarnation, sa prise en compte, pour entrer en humanité et rendre possible la perception du manque inépuisable de l'autre à travailler à travers la relation.
Ici, elle se fait au travers du principe féminin, face au principe masculin. Les mythes indiens l'ont bien perçus aussi lorsque tout le panthéon de leurs dieux les incarne à la fois homme et femme, en effet tout dieu masculin a sa shakti, son principe, son énergie féminine, et l'ont voit sur les temples les dieux figurés avec un côté homme et un côté femme.
Ecriture/Parole : qui est premier ?
La vision des mythes est intéressante : l'humanité a d'abord "vu" des signes. Alors, peut-on penser à "l'écriture" des signes dans le corps ? ou à la "parole" des signes dans le corps ? ou peut-on ramasser écriture et parole dans le "langage" des signes dans le corps ? je pencherais pour cette lecture. Ainsi, l'écriture et la parole entreraient dans une dynamique, un mouvement perpétuel que la bible nomme "Verbe".
Bonne continuation !
C'est vrai, à la place de confrontation, je dirais plutôt "relation problématique" car cette relation pose toujours problème dans tous les mythes et souvent ils disent pourquoi. C'est le décryptage du pourquoi qui est un peu la recherche du blog, en ce moment.
D'accord sur les traces du corps.
En ce qui concerne le Verbe, l'idée me paraît intéressante d'associer en Lui écriture et parole si bien que ce Verbe (avec un grand V) inclurait l'écriture, ce qui n'est pas vrai pour la parole avec un petit p. Ainsi il se manifesterait toujours dans le va et vient entre écriture et parole.
Je reçois toujours avec insert les nouvelles de vos travaux
J ai suivi vos conseils de près puisque j ai monter un atelier conte pour enfant que l on accueille dans une clinique psychiatrique
Par exemple je lis un conte et je laisse les enfants raconter la fin en écrivant puis après je redonne la version de l auteur
Et enfin nous essayons ensemble de voir les morales cachées des histoires
C est très fructueux...
Si vous avez des histoires à me conseiller je suis preneur
Je cherche en particulier une histoire de quelqu'un qui a eu des problèmes avec la justice, de quelqu'un de révolté contre le système, un peu comme Victor Hugo pour montrer a certains que la violence qu ils ont en eux pourraient leur servir s ils réussissent a la canaliser dans l écrit de poème ou d autres choses
Bien a vous
Bonjour et merci de vos remarques. Je ne puis que vous encourager à faire fonctionner en dialectique l'écrit et la parole. Comme on vient de le voir sur le blog, la Parole avec un grand P englobe en même temps l'écrit et la parole.
Par ailleurs je vous transmets un très grand conte, qui va dane le sens de ce que vous cherchez :
Comment le serpent acquit ses dents venimeuses
Le tout-puissant vient de créer les animaux.
Il a donné à tous ce qu’il faut pour vivre :
A l’aigle, ses ailes puissantes,
Au cerf, ses pattes agiles,
A l’ours, sa force extraordinaire.
Seul Kasur, le serpent, est laissé sans défense.
Il n’a pas la moindre dent.
Tout ce qu’il peut faire, c’est attraper des insectes.
Le lapin, qui n’est pas un héros, le tourmente sans cesse.
Il l’enterre dans le sable ou le jette à la rivière.
Kasur, sage de nature, sait que seul le grand Cipas peut lui venir en aide.
C’est pourquoi, un soir, il monte jusqu’à la demeure du Créateur.
Il voyage toute la nuit, passe par dessus les montagnes.
Le lendemain matin, le voici enfin devant la grande caverne.
Au centre, brûle un feu sacré.
Cipas se trouve là, assis, près du feu.
Il fixe le serpent de son œil pénétrant.
« Pourquoi viens-tu me voir ? » demande-t-il.
« Je suis très malheureux, » explique le serpent.
« Je suis incapable de me défendre quand les autres m’attaquent.
Vous pouvez seul me venir en aide.
Sinon, je vais sûrement périr.
- Oui, je vais t’aider, dit le Créateur ; approche-toi. »
Kasur rampe jusqu’auprès du feu.
Cipas se dresse sur ses pieds, s’enveloppe de fumée
Et prononce quelques paroles mystérieuses.
Puis il prend des tisons, les enveloppe dans quelques rayons de soleil,
Qu’il brise à cet effet.
« Ouvre la bouche, » commande-t-il au serpent.
Kasur sent des dents aiguës comme des aiguilles lui pousser dans la bouche.
« Te voilà maintenant doté d’une arme vraiment terrible, dit Cipas.
Tu as des dents empoisonnées.
Tous ceux que tu mordras mourront.
Avec une telle arme, tu te défendras aisément. »
Ce disant, Cipas raccompagne poliment Kasur jusqu’au seuil de sa caverne.
Le serpent rampe lentement sur le chemin du retour.
En route, il rencontre le lapin.
« Voyez qui se promène par ici ! crie le lapin.
C’est ce vieux copain de Kasur.
Où vas-tu comme ça, sans indiscrétion ?
- Je rentre chez moi, » répond le serpent, en essayant d’éviter le lapin.
« Tu ne veux pas jouer avec moi ? », reprend le compagnon indélicat.
Aussitôt il se met sur le passage de l’animal rampant
Et plonge s
Suite du conte
Et plonge ses dents pointues dans son dos.
« Laisse-moi tranquille ou tu vas le regretter ! » avertit le serpent.
« Sûr que j’ai peur de toi ! » s’esclaffe le lapin moqueur.
Sans autre avertissement, le serpent mord son bourreau, qui tombe raide mort.
Kasur poursuit sa route, en toute quiétude.
Le décès du lapin sème la panique dans le monde des bêtes.
Chacun se met à respecter Kasur, en se demandant qui l’a rendu si puissant.
« Moi, je sais, dit la grenouille : c’est Cipas en personne. »
La nouvelle fait sensation.
Quelqu’un s’écrie alors, on ne sait qui :
« Allons tuer Cipas !
- D’accord, allons-y ! Allons tuer Cipas ! » s’écrient tous les autres.
Kasur ne perd pas un instant ; il part vers la caverne et avertit Cipas.
« Nous devons fuir, tout de suite, »décide Cipas.
« Il y a un passage souterrain ; là, je serai en sécurité… »
Déjà on entend les animaux arriver, menant un train d’enfer devant la caverne.
« Vite Kasur, prends-moi sur ton dos, et rampe à toute vitesse ! »
Cipas lève la main et prononce une formule magique.
Un gouffre, qui semble sans issue, s’ouvre devant eux.
Dès qu’ils sont entrés, la terre se referme, sans laisser de trace.
Les assaillants font irruption dans la caverne.
Ils fouillent partout.
Le Créateur a disparu.
Ils rentrent chez eux, bien désappointés.
Par la suite, Cipas renvoie Kasur sur terre,
Mais Lui-même n’y est jamais revenu.
Il est resté dans les entrailles de notre globe.
Quand il bâille, les volcans lancent de la fumée
Et la lave brûlante descend dans les vallées.
Quand il bouge, cela provoque des tremblements de terre,
Alors que les hommes frissonnent de terreur.
(Indiens d’Amérique, Ed. Gründ)
La femme et le problème du transfert
Les gens ont peur du vide et ils ont peur aussi du silence ! C'est vrai ! Un jour je me suis fait violemment agresser, à cause de mon silence, par une femme que je connaissais à peine et qui l'a interprété comme une position de supériorité. Je l'ai compris avec un temps de retard : elle réglait à travers moi ses comptes avec Emmanuel Leroy Ladurie qui était son maître de recherche. J'ai essayé de raconter cette anecdote qui m'a secouée dans une nouvelle intitulée
"esquive et transfert".
Monique Douillet
http://www.recits-et-reflexions.com
Je viens de lire le très beau texte de Monique. Je sais personnellement que lorsqu'il m'arrive de me mettre en colère, ce n'est souvent pas l'intéressé qui prend mais une autre personne sur qui s'est opéré le transfert. La femme ou certaines femmes serviraient-elle d'objet de transfert pour l'homme ? C'est plus que probable. Il faudra creuser.
http://www.recits-et-reflexions.com/wp-content/uploads/2009/08/BLOG-8-esquive-.pdf
Mortel transfert
Café philosophique du 17 février 2007
Rê et Isis (mythe égyptien)
(Notes prises par Charles Lallemand)
Le mythe porte sur Rê, l'Être par excellence, le dieu qui non seulement a crée le ciel et la terre mais qui est à l'origine de sa propre existence. Ce mythe porte tout autant sur Isis et ce qui va passer, se passer entre eux deux.
Rê, c'est "Atoum" qui, en arabe, signifie le feu, le foyer sur lequel on chauffe et cuit les aliments.
"Parole du dieu", en arabe Dieu est la Parole. Ici ce qui va être dit, ce sont des paroles divines, non pas au sens religieux mais au sens du mythe qui lui est antérieur, des paroles fondatrices. Le mythe exprime des fondamentaux, ce qu'on n'a pas compris jusqu'au XXième siècle parce qu'on mettait les faits bout à bout et qu'on allait y chercher des éléments historiques, sociologiques.
Ces paroles s'adressent à des gens qui y croient. Ce sont comme des prières, des incantations dont la synthèse est donnée par le personnage principal présenté là, Rê. La personne qui dit le mythe : ne me demandez pas d'explication, c'est comme ça. Au delà de la croyance et de la non-croyance. Interrogation par rapport à un fait brut. Vision poétique qui n'est pas une explication scientifique comme le dieu horloger de Voltaire ou celui des disputes entre créationnistes et évolutionnistes.
Rê venu à l’existence de lui-même
Jusqu'à Akhenaton qui vers -1350introduit le monothéisme avec le culte unique d'Aton, dieu solaire figuré par un disque d'or lumineux, nous sommes dans le pur symbolisme: les égyptiens "adorent" le soleil au sens étymologique de ad-orare "s'adresser à, se tourner vers"; ce n'est pas le soleil qu'ils adorent mais Rê représenté dans le soleil. Ce dieu est venu à l'existence de lui-même, il est sa propre cause, causa sui, la définition même de la liberté dont nous, les humains, nous ne sommes pourvus qu'en partie; car contrairement à ce que laisse entendre la paranoïa de l'individualisme actuel, "nul n'est à l'origine de soi"; les lois, les limites, les institutions, c'est avec elles que nous construisons notre autonomie, nous les recevons avant de nous les approprier, nul ne peut se croire "auto-référentiel"(Olivier Rey Le fantasme de l'homme auto-construit). Quant au dieu, il a aussi ses limites mais au delà de ce que le temps et l'espace nous aident à concevoir; ce sera le paradoxe de Zénon : quand Achille a fait un pas pour rejoindre la tortue, celle-ci en a fait un aussi, certes de plus en plus petit mais qui n'arrivera jamais à la limite, pas plus qu'Achille n'arrivera à la rejoindre, il ne peut que la dépasser, il ne la rejoint que dans l'infinitude. C'est ainsi que se définit un nombre, quel qu'il soit, s'il est réel: un nombre a une limite, et c'est dans cette mesure qu'il est infini.
Le passage de la puissance à l’acte par le désir
La venue à l'existence de ce dieu Rê-Atoum, c'est un passage de la puissance à l'acte par le désir. À la différence du Nouou qui est indifférencié, un être des possibles qui n'a pas de corps, Atoum a un corps et ...la parole.
D'abord il n'est pas nommé: "Paroles du dieu"; nous apprenons ensuite qu'il possède beaucoup de noms. Dans le Coran de même, Dieu possède 99 noms, attributs, "les Noms les plus beaux lui appartiennent"(sourate LIX 24) dont le Nom: "Il est Dieu! Il n'y a de Dieu que lui. Lâ ilâha ilâ Allah", Nom qui demeure secret, "Il ne montre à personne le secret de son mystère"(sourate LXXII,26) sauf à ceux qui y croient; pourquoi? Parce que "connaître le nom" ce peut être la transmission d'un pouvoir un"dynamisme"δύναμις et la nomination une domination; ainsi Adam continue la création: il est nommé, et il impose leur nom aux animaux "Dieu les amena à l'homme pour voir comment celui-ci les appellerait: chacun devait porter le nom que l'homme lui aurait donné."(Gn. 2, 19-20)
La démarche d’amour d’Isis
Ici Rê est nommé quand apparaît Isis, à l'égal de Rê quant à la connaissance du ciel et de la terre mais sans pour autant connaître son nom, elle n'est donc pas au sommet de l'Ennéade, elle n'a pas le pouvoir. Or il apparaît que son désir à elle de connaître le Nom n'est pas un désir de domination, "le Calife à la place du Calife", mais une démarche d'amour, "elle souhaitait en son coeur..."qui lui fait percevoir que Rê bien que le créateur, n'est pas tout puissant; d'un grand âge, il est à la croisée des chemins, vulnérable à la mort. La recherche du Nom n'apparaît donc pas ici comme une recherche d'identité, une recherche de l'Être mais un désir de relation; Iris est amoureuse de Rê; c'est le sens dans la Bible de (Joël 3,5)"Quiconque invoquera le Nom YHWH sera sauvé", un désir d'amour.
Pour elle, le nom ce peut être aussi, comme l'écrit Pierre Legendre "une manière de se débarrasser du regard, nous ne sommes plus sous la fascination. La ligne, en généalogie, se traduit par un nom et cela déjà la situe dans la perspective de l'institution de l'image et de l'imaginaire, du côté de tout ce qui en principe est là pour endiguer le trop de narcissisme" L'inestimable objet de la transmission p.58 C'est ainsi qu'Isis entre dans la généalogie de Rê-Atoum, dans la grande Ennéade. Aujourd'hui des associations comme "Nés sous X" revendiquent le droit de connaître le nom de leur géniteur alors que la loi jusqu'à présent maintient l'anonymat, peut-être pour éviter des différents entre le mari de l
Suite
peut-être pour éviter des différents entre le mari de l'épouse et le géniteur sur la présomption de paternité. Mais comme le faisait remarquer un membre de cette association, ce qui est grave ce n'est pas que l'un ou l'autre ne puisse pas contester, c'est que cela se passe dans le secret et finalement dans le non-dit. Que chacun souhaite connaître son géniteur, quoi de plus normal, mais cette question du géniteur reste secondaire; la loi biotique de 1994 se fonde sur le dogme "un père, une mère, pas un de plus, pas un de moins" mais ce n'est pas l'essentiel.
La génération n’est pas la création
Comme l'observe encore Pierre Legendre p.134 "le concept de génération doit être distingué de la notion de création réservée à Dieu...L'engendrement humain, l'institution de la multiplication, se place en seconde ligne: la reproduction sexuelle est une procréation, non pas une création : "Deus creat, non parentes", mot-à-mot Dieu crée, non les parents. En terme de structure, cela veut dire que l'espèce prime les géniteurs: ceux-ci sont délégués, la reproduction est au compte de l'espèce." Cela signifie aussi que la paternité ce n'est pas un état mais une fonction et en ce sens une représentation, l'institution de l'image du père "sur le registre non pas de la réciprocité contractuelle entre le père et le fils mais sur celui de la permutation symbolique du fait de la dissymétrie entre deux places (qui mobilisent par ailleurs trois personnes, père de mon fils et fils de mon père)...qui met tous les pères au même rang de fiction. Négliger ce mécanisme, cette machine sociale à fabriquer de la paternité, c'est réduire la problématique père-fils à une problématique purement familiale, et la paternité à la propriété des familles, voire des pères qui seraient alors eux-mêmes des souverains."p.304 La filiation n'est pas un monopole familial, elle assujettit la famille à l'espèce et situe l'enjeu incestueux au niveau du gouvernement de l'espèce p.106 Car la filiation n'est pas un fait brut, elle ne se situe pas au niveau de la vérité biologique mais de la vérité juridique, théologique ou politique, elle est une construction de discours, un phénomène de pensée. "Qu'est-ce qui peut fonder, dans l'absolu? Ce ne sont pas des parents, qui fondent une famille, rien de plus. Qui peut se dire père, dans l'absolu? Aucun père, dans aucun système, n'aurait statut de père, s'il ne tenait sa qualité d'un enchaînement de références juridiques, tombant finalement en impasse. L'impasse, voilà la réponse. Mais nous savons que cette impasse a un sens logique, nous savons qui ferme l'impasse: c'est le répondant absolu, un signifiant: la République, Dieu, le Peuple, des noms du Père absolu. C'est cette articulation qui a été et demeure mythologique. Aucune société ne peut faire l'économie d'une mythologie quand il s'agit de fonder, non pas une règle particulière dans l'ordre du système, mais de fonder ce qui fonde le système, selon une perspective d'absolu."p.172 D'où la fonction du mythe pour entrer dans "l'ordre symbolique" de la filiation et ouvrir à la parole: non pas "un homme, une femme ensemble", mais soumis à la parole vivante.
Le serpent sacré, la mort et l’écriture
Dans les religions monothéistes, nous avons collé le "sacré" à la parole; le sacré renvoie à l'origine; mystère du secret, de ce qui est caché, à la différence du profane hors du temple. Quant au serpent, c'est celui qui introduit la mort; ici sous la forme d'un "trait prêt à s'élancer": c'est l'écriture. L'écriture est mentale avant d'être écrite et elle n'est faite que pour être lue; quand il n'y a pas de lecture, il n'y a pas d'écriture. Le mythe c'est aussi cela, μϋθος : tout ce qui est dit par la bouche et qui vient au langage, ce dont il est question. Ếcrire: γράφειν, graben en allemand = creuser, graver, introduire le manque et la parole, la lecture qui va dire le manque. L'écriture introduit le manque parce qu'elle introduit à l'ordre symbolique. Comment notre corps est engagé dans l'écriture? (cf. Jean berges) Quand l'enfant en fin de maternelle apprend à lire, écrire, c'est sur le corps de sa mère; ces lettres sont des traces, des dessins, il écrit des boucles, un serpent, langage érotisé: "tu fais une jambe, une bosse; c'est mon stylo qui écrit mal, prolongement du corps". À un moment, il abandonne le dessin de la lettre, il va sortir de l'image pour que la lettre apparaisse; le "S"ce n'est plus le serpent, c'est ce qui est lu quand j'oublie l'image et il y a des "s"que je dois accepter de perdre parce qu'ils ne se prononcent pas. Faire apprendre les syllabes, les lettres, les mots par des images, c'est arrêter le processus du rapport au symbolique; on vient suturer, adapter, guérir alors que ce n'est pas de suture qu'il s'agit mais de coupure.
La croisée des chemins
"La croisée des chemins": on va croiser la vie et la mort. Atoum est entièrement dans la vie et de ce fait il est vulnérable à la mort, elle a pouvoir sur lui. Le feu et la vie sortent de lui. Il a été mordu par le serpent dont le venin pénètre sa chair. Le venin agit tel le désir: venes-nom "philtre d'amour" (venes→Venus). Sa première parole, c'est un cri, "l'effroyable cri", celui d'abord du nouveau-né! Ensuite c'est le questionnement de son Ennéade pour l'aider à parler, à dire non pas la mort, il ne la connaît pas, mais sa souffrance qui lui révèle qu'il a peut-être tout crée -sauf le serpent- mais qu'il ne voit pas tout; il n'a pas vu le serpent parti se cacher dans les roseaux de son inconscient et qui lui échappe. C'est heureux qu'il ne voie pas tout "Si mon père voyait tout, ce serait une sorte d'ogre."
Horus et Atoum: non pas plusieurs personnes mais plusieurs attributs du même dieu. Il sort pour voir ce qu'il a crée" comme on dirait de deux amoureux "ils sortent ensemble, ces deux là". Il se raconte comme dans une sorte de dédoublement, comme l'enfant devant le miroir qui prend peu à peu conscience de lui-même, de son "domicile subjectif", qui le crée.
Isis possède le souffle de vie et c'est elle aussi qui place le serpent à la croisée des chemins de la vie et de la mort, tel le φάρμακον qui peut être aussi bien poison que médicament. El
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Isis possède le souffle de vie et c'est elle aussi qui place le serpent à la croisée des chemins de la vie et de la mort, tel le φάρμακον qui peut être aussi bien poison que médicament. Elle amène Rê à sortir de son bavardage, à faire silence pour arriver enfin à se dire lui-même dans une véritable opération de transfert où la parole est transmise de façon très corporelle, orale, de bouche à oreille, tel le mythe, comme nous l'avons vu, tout ce qui est dit par la bouche et dont il est question. Et c'est cette transmission de la parole qui va faire que l'amour d'Iris pour Rê, son philtre d'amour de magicienne, ne sera pas un poison; car à l'inverse, l'amour devient un poison s'il n'y a pas de parole dans l'amour.
Le lâcher prise ou la reconnaissance de la mort pour découvrir l’autre
Cette transmission se fait dans le creux de l'oreille, dans le secret. Pourquoi le secret? En arabe, ce que je n'arrive pas à te dire tellement c'est "incommunicable", je te le transmets dans le mystère, ce qui va te ménager un espace, ton espace, l'espace de l'Autre et ...réaliser ainsi la communication.
Ce secret ici ce serait la mort. Le terme de "mort" n'apparaît à aucun moment dans le texte mais il se cache comme un rébus dans la "morsure". La mort est secret et sacrée au sens où c'est la mort qui opère la séparation entre les choses et les êtres: ton nom n'est pas mon nom.
Dans l'Égypte ancienne, la mort faisait de leur roi leur dieu.
La mort, c'est un corps qui bascule dans une di-mension que je ressens, physique, une autre dimension, quelque chose d'énergique, un partenaire de la vie. En service de réanimation le visage se transforme, se détend, une tension disparaît.
On meurt, c'est un fait biologique. Freud disait qu'il est impossible de se représenter sa propre mort. Avec les nouvelles technologies on n'accepte plus de mourir. Parler de nos morts, reconnaître leur place; antecessores "ancêtres", ils nous précèdent.
Être partenaires et non ennemis. Lâcher prise: reconnaître la mort, c'est accepter de ne pas tout maîtriser. Atoum, il renonce à son autosuffisance, à lui-même, en divulguant son nom ; il découvre l'altérité et du coup sa vie devient autre.
Je ne savais pas que le café nous rendait collectivement aussi intelligents. Mais je pense qu'il y a aussi l'intelligence du preneur de notes. Charles a l'air bonhomme comme s'il voulait qu'on ne le prenne pas au sérieux. Mais plus je le connais et plus je trouve qu'il y a chez lui quelque chose d'exceptionnel qu'il cache. Il y a quelques jours, nous étions ensemble sur le chemin de Compostelle. Là il est difficile de tricher et c'est ainsi que j'ai vraiment découvert cette chose que je ne connaissais, comme une forte lumière intérieure. Charles ne rougis pas. Comme les autres, tu as besoin d'être reconnu, de dire ton nom secret à l'autre.
Manifestation de soutien à Sakineh Mohammadi Ashtiani
La pétition lancée en solidarité avec Sakineh Mohammadi Ashtiani par la revue en ligne [2]laregledujeu.org et relayée, notamment, par Libération, Elle et la Reppublica vient de passer le cap de son cent millième signataire. Les autorités iraniennes, de leur côté, ont affirmé qu'elles "suspendaient" l’exécution de Sakineh et annoncé qu'elles comptaient
"réexaminer" son dossier. C'est une première victoire. C'est la preuve que les autorités iraniennes ne sont pas sourdes à la mobilisation internationale. Mais ce n'est, évidemment, qu'un début. Et c'est surtout le signe que la vague de mobilisation ne doit, en aucun cas, faiblir. C'est pourquoi la revue La Règle du jeu et l’association Ni Putes Ni Soumises appellent à une manifestation populaire de soutien à Sakineh ce dimanche 12 septembre,
à 14 heures, Place de la République, à Paris. Il faut que soit entendue la prière de Sajjad Ghaderzadeh, le fils de Sakineh : " ne lâchez pas ; ne nous abandonnez pas; seule la pression des femmes et des hommes libres du monde peut sauver ma mère ".
A l’issue de la manifestation, Bernard-Henri Lévy, directeur de la revue la Règle du jeu, Sihem Habchi, Présidente de l'association Ni Putes Ni Soumises, ainsi que d’autres personnalités prendront la parole. Les organisateurs de la manifestation ont également prévu des interventions, par téléphone, depuis Tabriz, de Sajjad, le fils de Sakineh, ainsi que de Houtan Kian, son avocat. Tous deux s'adresseront aux manifestants pour leur donner, en direct, les dernières nouvelles de Sakineh. Ils prononceront leurs allocutions en farsi et seront traduits, simultanément, par Armin Arefi, journaliste franco-iranien et animateur du blog Nouvelles de l'Iran libre. Manifestation de soutien à Sakineh, ce dimanche 12 septembre, à 14 heures, Place de la République, à Paris: Venez nombreux, faites passer le message autour de vous, nous devons sauver Sakineh. La rédaction de la Règle du Jeu Et, si vous ne l'avez déjà fait, rejoignez également les plus de 100 000 signataires de la pétition
" Il faut empêcher la lapidation de Sakineh " :
[3]http://dev.bmcomail.com/t/BAAAAABbAwAAB2sAAAgJAAAHriRBFR4AAAd7AC/AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAACRBFR4AAAAAAAAAAAA=?http%3A%2F%2Flaregledujeu.org%2F
Étonnement
J'ai lu le mythe égyptien que je ne connaissais pas, ainsi que les exégèses des participants au forum. Je suis surtout plutôt surprise et déroutée, disons dépassée... (J’irai jusqu'à ébahie) par ces discussions sur son interprétation. Il faut dire que je n'y ai jamais réfléchi, pas plus qu'à celui qui lui a succédé : Adam et Ève, serpent et pomme ou arbre de la connaissance. Je reviendrai sur la lecture de ce texte et sur vos interventions, je crois qu'ils cheminent à mon
insu, ça m'intrigue. Merci pour cette découverte.
Je suppose que les participants au forum sont aussi ceux du café philo.
Monique Douillet
http://www.recits-et-reflexions.com
Étonnement
J'ai lu le mythe égyptien que je ne connaissais pas, ainsi que les exégèses des participants au forum. Je suis surtout plutôt surprise et déroutée, disons dépassée... (J’irai jusqu'à ébahie) par ces discussions sur son interprétation. Il faut dire que je n'y ai jamais réfléchi, pas plus qu'à celui qui lui a succédé : Adam et Ève, serpent et pomme ou arbre de la connaissance. Je reviendrai sur la lecture de ce texte et sur vos interventions, je crois qu'ils cheminent à mon insu, ça m'intrigue. Merci pour cette découverte. Je suppose que les participants au forum sont aussi ceux du café philo.
Monique Douillet
http://www.recits-et-reflexions.com
Je trouve que vous abordez les mythes par le bon côté : la question, l'étonnement l'ébahissement devant les commentaires des intervenants. C'est le signe de l'ouverture nécessaire.
Contrairement à ce que vous pensez, les membres du blog ne sont pas les mêmes que ceux du café philosophique, à part quelques exceptions comme Charles. Mais, bien sûr, rien n'interdit de participer à l'un et à l'autre.
Lecture du texte Rê et Isis, avec questions et mes commentaires personnels à la fin.
1) paragraphe : Parole du Dieu. S’agit-il du Dieu des dieux, de celui qui vint à l’existence de lui-même. Donc le seul dans ce cas ? Et les autres Dieux, les a t-il créés ? Leurs limites vont-elles au delà des années ? Possèdent-ils aussi beaucoup de noms ?
Rê ou Ra (fondé sur la reconstruction attestée du copte par Rīʕu) est le dieu du disque solaire dans la mythologie égyptienne. Sa naissance serait attribuée à la déesse Neit, qui aurait mis Rê au monde sous la forme d'un œuf. Cependant, d'après Neil Philip dans son œuvre Mythes et Légendes, il semblerait que Rê se soit créé lui-même en se nommant.
Rê a également été associé à plusieurs autres dieux comme Amon pour devenir Amon-Rê, ou encore Atoum. Assimilé à Atoum, le dieu d'Héliopolis, il est le créateur de l'univers.Wikipédia.
2) paragraphe : Isis, semble symboliser la connaissance, à l’égal de Rê. Mais elle ne connaît pas le nom de Dieu. Isis est la Grande Déesse par excellence. À travers toutes les variantes on retrouve ses pouvoirs magiques et son rôle salvateur du Dieu qu’elle empêche de pourrir ou ressuscite. Son pouvoir magique n’est-il pas « démoniaque » ?
3) Isis modèle un serpent. Donc elle brave un interdit. Elle modèle le serpent avec de la terre et de la salive. Est ce comme le Dieu chrétien a modelé l’homme ? Ce Dieu là a figure de vieillard. Quel est ce trône des deux horizons qui règne sur deux pays ? - Quels pays ?
4) Le serpent l’empoisonne de son venin. (Comme l’a voulu Isis). Son Enneade dit « qu’est ce donc ? Le groupe de dieux appelés les « Neufs Dieux d'Héliopolis » ou « Ennéade » (du grec ennea, neuf) auquel Isis appartient.
5) Le grand Dieu réunit son aréopage. Dans ses déclarations on ne sait plus s’il est le Dieu originel, s’il est le Souverain venu de Dieu, il a un père et une mère qui lui ont donné un nom caché. En tous cas il appelle à l’aide, les dieux qui savent les formules magiques. Des paroles.
6) Isis se présente comme salvatrice et elle ment.
7) Dieu lui explique les maux dont il souffre suite à la morsure du serpent.
8) Isis profite de son avantage pour lui poser la question de son nom qu’il tient secret. Lui aussi triche, il répond : Je suis Khepri au matin, Rê au zénith, Atoum dans le soir/ »
9) Isis le menace, cette fois elle ne cache pas ses intentions : « Ton nom n’est pas parmi ceux que tu m’as dits. Dis-le-moi donc, et le poison sortira, car un homme revit lorsque son nom est prononcé ».
10) Alors Rê s’exécute : son nom passe de son corps dans le corps d’Isis. Donc elle devient toute puissante ? Et le Dieu admet soudainement que ce nom doit être transmissible à son fils (par la voie d’Isis, sa mère). Je croyais qu’Horus était le fils d’Osiris. Rê est-il Osiris ?
11) Isis dit les incantations destinées à délivrer le Dieu du poison. (Un mode d’emploi, style recette de sorcière guérisseuse suit). Et Dieu est guéri.
Lecture du texte Rê et Isis, avec questions et mes commentaires personnels à la fin.
Paragraphe 1: Parole du Dieu. S’agit-il du Dieu des dieux, de celui qui vint à l’existence de lui-même. Donc le seul dans ce cas ? Et les autres Dieux, les a t-il créés ? Leurs limites vont-elles au delà des années ? Possèdent-ils aussi beaucoup de noms ?
Rê ou Ra (fondé sur la reconstruction attestée du copte par Rīʕu) est le dieu du disque solaire dans la mythologie égyptienne. Sa naissance serait attribuée à la déesse Neit, qui aurait mis Rê au monde sous la forme d'un œuf. Cependant, d'après Neil Philip dans son œuvre Mythes et Légendes, il semblerait que Rê se soit créé lui-même en se nommant.
Rê a également été associé à plusieurs autres dieux comme Amon pour devenir Amon-Rê, ou encore Atoum. Assimilé à Atoum, le dieu d'Héliopolis, il est le créateur de l'univers.Wikipédia.
Paragraphe 2 : Isis, semble symboliser la connaissance, à l’égal de Rê. Mais elle ne connaît pas le nom de Dieu. Isis est la Grande Déesse par excellence. À travers toutes les variantes on retrouve ses pouvoirs magiques et son rôle salvateur du Dieu qu’elle empêche de pourrir ou ressuscite. Son pouvoir magique n’est-il pas « démoniaque » ?
Paragraphe 3 : Isis modèle un serpent. Donc elle brave un interdit. Elle modèle le serpent avec de la terre et de la salive. Est ce comme le Dieu chrétien a modelé l’homme ? Ce Dieu là a figure de vieillard. Quel est ce trône des deux horizons qui règne sur deux pays ? - Quels pays ?
Paragraphe 4 : Le serpent l’empoisonne de son venin. (Comme l’a voulu Isis). Son Enneade dit « qu’est ce donc ? Le groupe de dieux appelés les « Neufs Dieux d'Héliopolis » ou « Ennéade » (du grec ennea, neuf) auquel Isis appartient.
Paragraphe 5 : Le grand Dieu réunit son aréopage. Dans ses déclarations on ne sait plus s’il est le Dieu originel, s’il est le Souverain venu de Dieu, il a un père et une mère qui lui ont donné un nom caché. En tous cas il appelle à l’aide, les dieux qui savent les formules magiques. Des paroles.
Paragraphe 6 : Isis se présente comme salvatrice et elle ment.
Paragraphe 7 : Dieu lui explique les maux dont il souffre suite à la morsure du serpent.
Paragraphe 8 : Isis profite de son avantage pour lui poser la question de son nom qu’il tient secret. Lui aussi triche, il répond : Je suis Khepri au matin, Rê au zénith, Atoum dans le soir/ »
Paragraphe 9 : Isis le menace, cette fois elle ne cache pas ses intentions : « Ton nom n’est pas parmi ceux que tu m’as dits. Dis-le-moi donc, et le poison sortira, car un homme revit lorsque son nom est prononcé ».
Parapraphe 10 : Alors Rê s’exécute : son nom passe de son corps dans le corps d’Isis. Donc elle devient toute puissante ? Et le Dieu admet soudainement que ce nom doit être transmissible à son fils (par la voie d’Isis, sa mère). Je croyais qu’Horus était le fils d’Osiris. Rê est-il Osiris ?
Paragraphe 11 : Isis dit les incantations destinées à délivrer le Dieu du poison. (Un mode d’emploi, style recette de sorcière guérisseuse suit). Et Dieu est guéri.
J’en déduirais qu’elle a pris pouvoir sur lui.
Mais ce n’est pas un pouvoir qu’elle va exercer elle-même puisqu’elle s’engage à le transmettre à son fils.
Je note que Dieu dit : « ton fils Horus » et non : « mon fils « ou « notre fils ».
Elle est passée par le mensonge (la ruse) et non le glaive, pour le lui arrache
Suite
Elle est passée par le mensonge (la ruse) et non le glaive, pour le lui arracher. Mais en même temps elle a assuré la transmission. En somme maintenant le Dieu peut mourir.
(Certaines espèces d’insectes femelles tuent le mâle après la procréation).
Donc ce Dieu ne sera plus éternel ?
Car un homme revit lorsque son nom est prononcé.
Il revivra par son fils porteur du nom (sorte de réincarnation). Elle, reste médiatrice, ne porte pas le nom qu’elle transmet.