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Fondation de l'homme et parole juste
Le dernier blog a porté sur la torture, présentée comme une sorte de « défondation » de l’homme, en obligeant à se taire. En fait, l’expérience montre qu’une telle « défondation » est impossible ; l’homme n’a pas complètement prise sur la parole qui le fonde. Le mythe intitulé Le triomphe d’Horus représente un moment exceptionnel dans l’élaboration de la pensée égyptienne. Jusqu’ici, Seth, le meurtrier d’Osiris, assimilé au principe du désordre, était constamment mis à l’écart. Mais, en voulant se protéger, la société des dieux qui structure l’univers, compromettait ainsi l’instauration du droit et le surgissement permanent de la parole. Après plusieurs siècles, la pensée s’est subitement élargie : un véritable saut s’est opéré en donnant un statut reconnu à cette force de désordre, qui semblait contrarier la bonne marche du monde.
Il semble intéressant de revenir sur la parole comme fondement de l’homme. Dans cette optique, Etienne Duval suivra pas à pas le mythe égyptien sur « Le triomphe d’Horus ». Yvon Montigné, de son côté, se dégagera du mythe pour mener sa propre réflexion. Finalement, les deux pensées, qui suivent des cheminements très différents, finissent par se rejoindre en liant droit et parole, dans le premier cas, et parole et justice, dans le second.
« Le triomphe d’Horus » ou l’insaisissable parole, qui engendre l’homme
Le bateau et le tombeau
Depuis près d’une centaine d’années, il était impossible de départager Seth et Horus, le fils d’Osiris, pour l’attribution du royaume de Haute et Basse Égypte. Les procès succédaient aux procès et, chaque fois, l’Ennéade, chargée de structurer le monde, donnait raison à Horus. Seth, constamment débouté, refusait de se plier à la décision des dieux. Pour sortir de cette impasse, il propose un combat où chacun des prétendants luttera sur un bateau de pierre. Celui qui l’emportera sera le véritable souverain. Dans la nuit, Horus construit un bateau de sapin et l’enduit de plâtre. De son côté, Seth s’en va trancher un morceau de montagne et s’y taille un bateau de pierre. Aussitôt mise à l’eau, l’embarcation coule ; Seth se transforme alors en Hippopotame et fait couler le bateau d’Horus. Celui-ci prenant son harpon le jette sur l’animal au risque de le tuer. C’est alors que l’Ennéade s’interpose, évoquant l’interdit du meurtre comme principe inviolable. Le bateau de pierre avait la forme d’un tombeau, signifiant que le combat guerrier n’est pas la bonne solution pour régler les problèmes des dieux et des hommes car il conduit à la mort.
La mort qui départage
La solution ne peut être que dans le droit mais jusqu’ici le droit a fait faillite. C’est alors qu’intervient Thot, le dieu de la connaissance et l’inventeur de l’écriture. Il propose que l’on fasse appel à Osiris. C’est une manière d’introduire la mort dans le débat pour départager les prétendants. Osiris en effet a été assassiné par Seth, son frère, mais Isis, sa femme, a rassemblé les morceaux du corps dispersé pour redonner vie à l’être disparu. Osiris ressuscité féconde Isis avec son sexe manquant, recomposé pour la circonstance, et deviendra ainsi le père d’Horus. Un peu confusément, la pensée perçoit que le manque comme la mort sont une des composantes de la création, en séparant les êtres qui s’unissent pour éviter la confusion destructrice. En ressuscitant, Osiris, qui a traversé la mort, ne peut plus vivre sur terre : il est devenu le maître du ciel et des enfers. Son point de vue, qui le situe au terme de toute existence, devient primordial. Il enracine le droit dans la mort pour donner force à la filiation : son fils a droit au royaume, parce que ce royaume appartenait autrefois au père disparu.
La lutte interminable entre ordre et désordre
Les dieux veulent instaurer l’ordre par le droit mais le désordre, sous les traits de Seth, continue à s’y opposer. La parole, qui fonde le droit a deux faces : une face qui pousse à l’instauration de l’ordre et une autre face, qui prône le désordre. Seth résiste à l’enracinement du droit dans la mort parce qu’elle fige les situations. Elle peut entrer dans le débat, mais elle ne peut avoir le dernier mot. L’opposant a une part de raison que la raison ne perçoit pas. Il veut tenir coûte que coûte et sait déjà que sa parole sera décisive. Ce n’est pas à partir de l’horizon de la mort que la parole doit s’exprimer : c’est dans l’île du milieu, où les points de vue peuvent s’équilibrer, qu’il tient à plaider sa cause. Devant tous les autres dieux, il perd pourtant son procès.
Des menottes à la parole
Pour clore définitivement le débat, Atoum, le maître des dieux, demande à Isis d’amener Seth, les menottes aux mains. Elle s’exécute sur le champ, conduisant le plaignant docile au centre de l’assemblée. On peut en faire un prisonnier mais personne ne peut l’empêcher de parler. Plus son corps est affaibli plus sa parole sera forte, car le droit est lui-même prisonnier si sa parole n’est pas prise en compte ; en imposant une place au désordre, elle maintient l’ouverture et rend possible les nécessaires remises en cause. Atoum l’interroge : « Pourquoi ne nous permets-tu pas de vous départager en voulant t’adjuger la fonction d’Horus ? » Ce n’est pas la fonction d’Horus, qui est en cause, c’est la force du droit lui-même. Seth va montrer à tous que seule sa parole est décisive : « Fais appeler Horus, dit-il, et qu’on lui donne la fonction de son père Osiris ». C’est de lui, en définitive, que le futur souverain tiendra son pouvoir, car, sans lui, la parole qui fonde son droit, ne serait pas une véritable parole.
Le tonnerre qui précède la pluie
Finalement, la parole de Seth est décisive pour les dieux eux-mêmes. Ils viennent de prendre conscience que la force du désordre est une des composantes de la création. Seth fait aussi partie de l’Ennéade, qui représente la structure fondamentale du monde. Il faut en tenir compte. C’est pourquoi Atoum, le dieu des dieux, demande qu’on lui confie le récalcitrant. Il le considère maintenant comme son propre fils. Désormais Seth siègera avec lui. Accompagnant le soleil, dans ses rondes quotidiennes, il tonnera pour annoncer l’orage. Sans doute fera-t-il peur, mais son grondement sera annonciateur d’une pluie bienfaisante. En dépit des apparences, le désordre, peut être une face cachée de la parole. A sa manière, s’il est intégré, il est là pour faire éclater la vie.
Une parole qui engendre l’homme à partir du désordre et de la violence
D’après le mythe, c’est sur le droit qu’est fondé le développement de l’homme mais le droit lui-même est l’œuvre de la parole. En ce sens, il ne peut se refermer sur lui-même car la parole est aussi son dépassement. En se disant, elle contribue à ordonner le monde, mais elle ne peut jamais se dire totalement. Il y a, en elle, de l’indicible, qui est le signe de sa transcendance et de l’incomplétude de la création. Le monde en général et l’homme en particulier sont en perpétuelle gestation. Le désordre est le symptôme du non dit, qui pousse constamment la parole à se dire. Mais il faut savoir l’écouter et l’interpréter, même s’il fait peur comme le tonnerre lui-même. C’est à ce prix que nous pouvons progresser vers une plus grande humanisation. La parole, en effet, engendre l’homme à partir du désordre et de la violence. Pour l’exprimer, à sa façon, le mythe dit que « Seth et Horus réconciliés s’unissent charnellement pour assurer la prospérité du royaume d’Égypte ».
Etienne Duval
Vers la justice ou la parole juste Justice
Violences
Si la parole est le propre de l’homme, celui-ci serait aussi le seul capable de la violence suprême : le meurtre.
Certes, la violence, sans doute en un autre sens, est à l’œuvre à la racine même de l’univers et de la vie. Le spectacle d’un ciel étoilé, image de la sérénité, n’est pacifiant qu’en raison de la distance. Les étoiles aux si paisibles révolutions sont des monstres qui naissent, vivent et meurent dans un paroxysme de violence dont les soubresauts, malgré les distances, peuvent être enregistrés par nos instruments. Vies et morts des étoiles primitives. Leurs cendres nourrissent les générations futures d’étoiles des éléments nouveaux sans lesquels la vie ne serait jamais apparue. L’eau, élément indispensable, n’existerait pas non plus sur terre sans les bombardements d’astéroïdes, comètes et autres météorites qui l’ont apportée, et dont les impacts furent en même temps éminemment dévastateurs. Ils n’appartiennent d’ailleurs pas forcément qu’au seul passé. Aujourd’hui, en tous cas, tremblements de terre, tsunamis, éruptions volcaniques, typhons et autres séismes, tout aussi vitaux, répandent encore ici ou là morts et dévastation. Le monde animal lui-même, n’est pas que bucolique : luttes pour le territoire ou pour la domination, invasions, prédation, supplantation, cannibalisme, ne sont pas le propre des sociétés humaines.
Mais la conscience change tout, comme l’apparition de la parole.
Langues
La parole est une mais les langues sont diverses. Première difficulté pour se comprendre et pour des rapports pacifiés. L’humanité a explosé en peuples et langues dont l’histoire commune est jalonnée d’épisodes guerriers. L’interaction de plus en plus étroite des groupes humains rend possible la contagion universelle des conflits ; Les première et deuxième guerres mondiales en sont la tragique illustration.
L’existence d’une langue primitive, unique matrice de toutes les autres, est une question qui reste ouverte. L’esperanto se voulait langue universelle dans une démarche de paix. Mais c’est l’anglais qui joue aujourd’hui ce rôle transversal, vécu parfois comme dominateur. A contrario, la multiplicité des langues traduit sans doute les différentes approches possibles sur la voie de l’humanisation. Quand une langue s’éteint, c’est toute une manière originale et fondamentale d’être au monde qui disparaît, véhiculant des valeurs dont nous pouvons perdre jusqu’à la notion. Je pense aux langues amérindiennes par exemple. A l’inverse, dans nos sociétés, des groupes ou des communautés éprouvent la nécessité d’inventer de nouveaux langages, porteurs de leur culture, car la langue dominante comme l’histoire est souvent celle des vainqueurs. Et cette domination par la parole est aussi une injustice.
La langue, affirmait Ésope est la meilleure des choses car « c’est le lien de la vie civique,…l’organe de la vérité et de la raison ; par elle on bâtit les villes et on les police ». L’Agora, au centre de la cité, était le lieu des échanges et de la politique. La cité grecque, sans doute idéalisée, est attachée dans notre esprit à l’idée de démocratie. Mais le mot de cité, décliné aujourd’hui au pluriel, évoque plutôt l’échec d’un projet social partagé par tous, certains disent le domaine du non droit.
Parole
Tout au long du récit biblique, la Parole est la manifestation du Transcendant. « Parole de Yahvé ». Le mot jalonne en permanence les textes prophétiques. Et si « nul n’a jamais vu Dieu », comme le dit St Jean, Il leur a envoyé ses prophètes, mais « vous ne les avez pas écoutés ». La Parole a butté sur le refus des hommes, nuques raides qui se refusent à la lumière car leurs œuvres sont mauvaises.
Cette Parole s’adresse au peuple choisi, mais pas seulement, comme le raconte Jonas envoyé en mission à Ninive, la grande ville.
La Parole, manifestation par excellence du Très Haut, n’en est pourtant pas la seule. Les livres de sagesse invitent à ouvrir les yeux sur la Geste de Dieu, sa création : « Parle à la terre, elle te donnera des leçons » (Job 12,8). Ils nous invitent ainsi à mettre notre main sur la bouche, dans un silence émerveillé.
Mais la Parole n’a pas suffi. « Et le Verbe s’est fait chair » ; devenu cette chose fragile dont la parole est contredite, piégée, objet de scandale ; et finalement on le met à mort pour le faire taire car « il a blasphémé ». Le signe de la croix : il fallait qu’il soit élevé, misère et grandeur du visage du Tout Autre.
Ésope nous repasse le plat car pour lui, la langue est la pire des choses, « c’est la mère de tous les débats, la source des divisions et des guerres. Si l’on dit qu’elle est l’organe de la vérité, c’est aussi celui de l’erreur, et, qui pis est, de la calomnie. Par elle on détruit les villes, on persuade de méchantes choses. Si d’un côté on loue les dieux, de l’autre elle profère des blasphèmes ».
La parole n’échappe pas à l’ambiguïté ou plutôt à l’ambivalence des entreprises et des signes. Il est pourtant indéniable qu’elle est une contribution essentielle à l’édification de la cité : négociations, arbitrages, rencontres au sommet ou non, procès, travail de deuil. Tout passe par elle pour dépasser la violence immédiate, le conflit mimétique ou la peur de l’autre, la vengeance, le règlement de compte… A quelles conditions ?
La parole s’adresse à un Tu ; elle est face à face. Elle ouvre, par là même, un horizon, la communauté des hommes, horizon qui s’ouvre à la mesure de ma démarche, si bien que par la parole je vais « de commencements en commencements, par des commencements qui n’ont jamais de fin ».
La parole doit se nourrir de silence, non pas celui qui mure dans l’autisme, mais celui de l’attente, la main sur la bouche, dans la stupéfaction ou l’admiration peut-être, en tout cas dans l’interrogation devant la nouveauté étrangère qui se révèle à moi. Je pense à la rencontre avec un groupe d’Indiens engagés dans une lutte révolutionnaire, assis en cercle, fumant le calumet, pendant des heures, avant de prendre une décision importante. Combien de paroles inutiles, car, pendant que l’autre parle, je bouillonne de mes idées, démonstrations, solutions tout droit sorties de mon chapeau.
La parole juste est réponse.
La parole juste doit se faire chair. La réponse ne se fait pas les mains vides. Sorti de chez moi, à l’aventure, à la rencontre de l’autre, c’est ma maison qu’il lui faut ouvrir, avec toutes ses richesses, injuste possession, appropriation ou bien pierre apportée à la construction de la cité.
Sinon ce ne sont que paroles. « Paroles, paroles… » comme dit la chanson.
Yvon Montigné
Vous êtes intéressé par le mythe "Le triomphe d'Horus"
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Sur mon texte, tes remarques ne m'étonnent pas. C'est toujours difficile de rester près du texte du mythe et d'en donner la signification. J'essaie d'être entre les deux pour ne pas enfermer l'interprétation, qui n'est jamais univoque. Par ailleurs, à condition de ne pas donner dans l'excès, laisser un peu d'obscurité fait partie de la pédagogie car cela laisse l'espace ouvert pour les questions de chacun.
Pour simplifier, je dirai que les dieux essaient de fonder le développement de l'homme sur le droit et non sur la lutte et la force guerrière. Mais le droit est l'oeuvre de la parole, qui ne peut jamais être dite complètement. En définitive, c'est donc bien sur elle que s'effectue la fondation de l'homme : oeuvre jamais achevée, qui ne peut ignorer le désordre car tout l'enjeu de l'humanisation est de parler le non dit qu'il renferme. Mais je me rends compte que je reste obscur...
Ton passage initial sur les étoiles ne me gène pas, au contraire. L'utilisation de Lévinas non plus car il ne semble pas être pour toi un substitut de la pensée, mais un véritable outil pour exprimer ta propre pensée.
La Grande Ennéade ou la structure fondamentale du monde
1. Atoum, le soleil, 2. Shou, l’air sec, 3. Tefnou, l’air humide, 4. Geb, la terre, 5. Nout, le ciel, 6. Osiris, mort et resurrection, 7. Isis, la mère idéale, 8. Seth, le désordre et la violence, 9. Nephtys, la femme amoureuse, (Horus, l’être accompli)
Qu'est-ce qu'une parole juste ?
Si vous écriviez un peu moins chienlit, comme disait mon général, ce serait peut-être plus intéressant.
La base : pas trop de néologismes et un emploi de la morphologie et de la syntaxe près de ce que le frère Antoine, frère des Écoles chrétiennes, m'enseigna en 8e d'alors, devenue sans doute le cours moyen 1ere année.
En plein dans la guerre de 14-18, je retrouve vos thèmes avec plaisir.
L'homme reste, l'apparence du monde change.
Tu nous égratignes mais tu ne dis rien sur le fond. En ce qui me concerne, c'est vrai que j'aurais dû écrire plus clairement. Mais ce n'est pas toujours facile lorsqu'il faut se coltiner avec un mythe, qui ne livre un peu de son sens qu'après beaucoup d'efforts.
Par ailleurs je te signale que les mythes égyptiens ont souvent été pensés, il y a plus 5000 ans. Alors ta guerre de 14 !!!
Bien amicalement.
Tu me cherches. Me voici, Étienne !
L'homme est toujours l'homme, j'embrasse toutes les femmes. C'est cela le fond de ma pensée.
D'où ma récherche sur l'inconscient collectif qui nous mène.
En conclusion, je pense que votre article va dans ce sens, mais que le ministère de l'immigration va dans un très mauvais :
comment irai-je dans un pays où l'étranger peut se faire renvoyer à tout moment. ?
Aujourd'hui, comme hier, comme demain, le politique pense et agit son contraire car la parole de l'autre lui fait peur à plusieurs niveaux :
son intelligence
son siège
bien avec tout le monde, sans ami.
Combien de commerciaux dynamiques s'écroulent à la retraite, dis, au moins le sais-tu ?
La parole de Dieu est efficace disent les religieux, pour moi celle de l'homme l'est aussi. Je ne peux pas dire des paroles "vraies" ou "fausses" sans qu'elles retentissent en moi à un moment de la vie.
Tes mythes sont là pour me le rappeler, me le ressasser, à temps et à contre temps.
Les magouilles de Guillaume II pour faire des paix séparées en 1917, sont identiques à celles de notre acheteur de terre de l'indivision, que veut les avoir à moitié prix du marché.
Sous les habits différents, la parole est la même, l'homme qui s'en sert est le même. Certes c'est un changement d'apparence, mais pas un progrès de la parole de l'homme, de l'homme qui parle.
La dimension du temps et de l'espace est difficile à acquérir en soi, pour soi, comme le montrait déjà Augustin dans ses confessions.
Autant je crois à ton baratin sur le respect mutuel pour trouver des
solutions sociales, autant vos écrits pseudo-intellos me laissent sans voix, sans voie. Je décroche.
Très amicalement
denis
Réponse à Mireille.
Le point commun des deux textes est une réflexion sur la parole et finalement nous nous sommes rejoints, Etienne et moi , sans avoir connaissance du texte de l'autre, sur les rapports entre droit et justice, loin d'avoir épuisé le sujet. J'espère qu'Etienne proposera à d'autres, ou que d'autres se proposeront, pour écrire, à partir de leur réflexion, de leurs lecture et de leur vécu, de nouvelles participations au blog.
Le face à face est sans doute l'expérience décisive; à laquelle certains se refusent, et que d'autres voudraient tant, du face à face amoureux au face à face de la confrontation, jusquà l'injonction du "Tu ne tueras point". Et pourtant! Aucune expérience humaine n'est donc sans ambivalence. Sauf peut-être la justice. C'est un peu ce que j'ai voulu commencer à dire.
Puissions-nous dire comme le paysan, surpris silencieusement en prière par le curé d'Ars dans son église:" Il m'avise et je l'avise", devant le visage de quiconque nous fait face. Point. Point de départ, Yvon
J'aime bien les portes entr'ouvertes ! Mais peu importe...
Que la parole soit en lien avec l'inconscient, c'est bien évident. Que l'inconscient se réduise au ça, c'est un autre problème. Personnellement je ne le pense pas. Bien plus il y a du spirituel dans l'homme, du sujet, qui n'est pas réductible au ça et, pour moi, la parole se situe essentiellement à ce niveau. C'est pourquoi elle a une dimension créatrice, porteuse de constante nouveauté. Mais on ne va pas s'enfermer dans nos petites querelles ! Je te signale qu'Yvon Montigné t'a posé une question, en te demandant ton corrigé.
Merci à Olivier pour la référence à "Fondation de l'homme et parole juste" . C'est un peu difficile mais il n'est pas inutile de revenir à certaines questions fondamentales. Les mythes égyptiens nous aident à penser les questions d'aujourd'hui. (Mon commentaire sur le métablog du 24 janvier, qui fait référence à l'article) :
http://oliviersc.blog.lemonde.fr/2008/01/24/histoires-de-jules/
La lecture des deux points de vue me conduit au commentaire suivant: pas d'opposition entre les 2 mais, sous des formes d'expression différentes, une grande similitude.
Dans le cas du 1er je note que le non dit incarne le désordre et qu'apprendre à l'écouter et à l'interpréter permet d'avancer dans l'humanisation du Monde.
Dans le cas du second, je note que certes si la parole fait dépasser l'erreur, le conflit, la violence et permet d'aller vers l'autre, encore faut-il pour cela la faire naître du silence.
Conclusion: n'est-ce pas le silence qui permet d'abord l'écoute, la réflexion et ensuite l'interprétation du non dit?
Bonsoir,
Merci pour ton envoi que nous lisons toujours avec beaucoup d'intérêt. Le mythe d'horus est tout à fait dans notre actualité.
Voici les pensées que les deux textes font naître en moi.
il est vrai qu'avec tout pouvoir ,il faut un contre- pouvoir, on peut trouver un certain équilibre au centre.Je trouve ceci dans ton texte si je l'ai bien compris. Nous parlons de l'histoire humaine.
Yvon montigné parle de l'histoire de l'univers. Tout s'y passe en fonction de l'homme, jugé par l'homme. Les catastrophes, les créations, les forces sont nommées ainsi parce -que l'homme existe et qu'il se trouve au mauvais moment, au mauvais endroit, une météorite qui s'écrase dans un désert n'est pas une catastrophe. Et si l'homme seul n'existait pas, l'univers serait et n'existerait pas, personne ne parlerait de catastrophes etc. La pensée et le verbe sont la naissance du monde.
L'apparition de l'homme est récente dans l'histoire de l'univers. Pourquoi n'est-il pas sage, pourquoi a-il toujours besoin de pouvoir? Pourquoi les chefs religieux ne se sont -ils pas accordés. Pourquoi l'équilibre n'est -il pas naturellement possible.Qu'est ce que le bien et le mal? Tout est fonction de l'homme.
J'ai entendu un commentaire quant aux comportements humains, l'homme a toujours en lui l'homme préhistorique,celui qui doit lutter pour manger.Cet homme préhistorique a maintenant des moyens techniques pour tout détruire. Aura-il la capacité de maintenir l'équilibre? Ou trouvera-il la sagesse en vieillissant comme le monde.? Les volcans finissent par s'éteindre.
Si nous n'existons plus, Dieu existera-il?,,,,,,"that is the question".
amitiés
A propos de mon précédent commentaire, pour ceux qui voudraient aller plus loin, deux bonnes lectures :
- dans Wikipedia, l’article « Pierre Hadot » dont j’extrais : « On ne philosophe pas de 10h à 12h, mais pour sauver sa peau et pour vivre autrement ».
- dans l’Universalis en ligne, l’article du même Pierre Hadot « Théologie négative » (accès de l’article entier réservé aux abonnés).
Pour répondre à Andrée, en restant dans la même perspective concrète. La réponse aux questions dépend du point de vue où on se situe, et donc du point de vue philosophique. Pour certains, la question est hors sujet, pour d’autres sans intérêt, pour d’autres fondamentale. Il me semble, mais je n’ai guère de compétences en la matière, qu’elle est centrale dans une perspective existentialiste. D’autres que moi sauront mieux lui répondre.
Pour ne pas rester paresseusement muet, sans me perdre dans des banalités ou noyer le poisson, je dirai que c’est un peu le paradoxe que j’éprouve derrière mon télescope. A l’échelle de l’univers, toutes nos petites affaires sont rigoureusement sans intérêt. Arrêtons cet anthropomorphisme ridicule ! Mais d’un autre côté tout n’existe qu’ici et là. Y a-t-il un dessein, y a-t-il un destin ? N’est-ce pas formidable d’aimer là où l’on est ? Et n’est-ce pas une responsabilité ? Je donne mon point de vue au risque de faire ricaner certains ou d’en exaspérer d’autres, ce que je comprends parfaitement. Si le Verbe s’est fait chair, ici, chez nous, il doit bien y avoir un sens.
Personnellement je ne pense pas que l’homme ait beaucoup progressé depuis la préhistoire. Il a même sans doute régressé dans sa manière d’être au monde, en jouant à l’apprenti sorcier. L’inimaginable il y a cent ans seulement, c’est que l’homme pouvait carrément changer en quelques années le visage de la planète. Mais, même si c’est spécialement visible, ça ne me parait pas un privilège exclusif. Les arbres colonisent, les espèces modifient la biosphère. L’oxygène, poison initial, a remplacé le méthane du seul fait de l’évolution des espèces.
Si on philosophe, c’est pour sauver sa peau. La sagesse n’est jamais donnée. Elle est toujours à conquérir. Et ce que certains pourraient trouver un luxe d’intellos, la philosophie (amour de la sagesse) n’est rien d’autre, à condition d’être péripatéticienne, de se dire, simplement, dans les rues des cités, avec les gens, avec leurs mots. Puisse ce blog y contribuer. Internet c’est la nouvelle agora. Il y a même des forums ! Mais il y a un temps pour parler, et un autre pour retrousser ses manches.
J'aime bien l'expression d'Yvon : "Si on philosophe, c'est pour sauver sa peau". Autrement dit, si on fait en sorte que la sagesse se dise, si on fait en sorte de rendre présent le Verbe qui structure tout ce qui existe, c'est pour sauver le monde. Je prolonge l'idée de départ et rejoins, pour une part, l'intuition chrétienne. Plus prosaïquement et, à un plan plus personnel et plus restreint, si j'accepte d'exprimer le non dit sur un divan, c'est bien concrètement dans l'optique d'un "sauve qui peut" pour progresser en humanité.
Il y a aussi une question qui m'obsède un peu, celle d'Andrée, en fin de commentaire : "Si nous n'existons plus, Dieu existera-t-il ?" Je réponds personnellement : "non", mais avec cette idée que Dieu semble avoir voulu manquer de l'homme et ne plus pouvoir vivre sans lui..., sans en faire un dieu pour l'éternité...
Ci-joint un article de "La Croix" d'aujourd'hui. Peut-être t'intéressera-t-il ? J'ai beaucoup de peine à te suivre dans les méandres de tes mythes.
La parole, socle identitaire de l'humain
... L'homme est d'abord un être de parole. La parole, précisément n'est-elle pas la racine identitaire de l'être humain ? La parole n'est pas un outillage, une simple fonctionnalité. Elle est en amont de la langue, des langues, qui nous servent à l'exprimer. ... La parole, en amont de la langue, est ce qui nous constitue. Elle nous englobe, elle est ce à travers quoi nous nous regardons, nous regardons les autres, nous appréhendons notre environnement. Elle est cette capacité unique à dire le monde, à agir avec des mots, à planifier la transformation de notre environnement, à recréer en permùanence le monde des relations sociales, aussi bien qu'à disposer de toutes les ressources du dialogue intérieur. ...
L'identité n'est plus alors une notion dispersée, un attribut, une différence, mais un élément constitutif de notre être. Toute approche de l'identité, si elle ne veut pas se fourvoyer dans d'étranges méandres, doit partir de cette réalité première qui définit l'humain à la fois dans sa spécificité et dans son unicité, mais surtout dans sa pratique, même si les différences dans l'exercice de la parole sont immenses et prpres à chaque culture. ...Il y a une exigence qui est celle de la reconnaissance que chacun d'entre nous, à part égale, homme, femme, enfant, riche ou pauvre, petit ou grand, est un être de parole, et, à ce titre, non seulement abstraitement, digne de respect, mais en position concrète de contribuer pleinement, sous toutes les formes sociales possibles, à nourrir, au-delà des différences, notre identité commune..."
(Philippe Breton, "La parole, socle identitaire de l'humain ?", "La croix" du 25 janvier 2008)
Tu n'es pas le seul à avoir quelque difficulté à suivre les méandres du mythe ou à me suivre dans les méandres de mes mythes. Il y a, dans les mythes, une grande lumière, mais cette lumière est protégée par une sorte de coque opaque, qu'il faut arriver à casser. Si la présentation du mythe est elle-même un peu opaque, c'est que la coque n'a pas été complètement cassée pour laisser passer la lumière.
Merci de l'apport de ton article : cela fait partie de l'échange des blogs. Je me retrouve assez bien dans ce que dit Philippe Breton sur la parole comme racine identitaire de l'homme. Cela n'est pas contredit pas le mythe. Mais l'auteur en a fait une notion trop abstraite à mon goût pour souligner son universalité dans la constitution de l'homme. L'intérêt du mythe est de faire apparaître la progressive émergence de la parole, où se contrarient, sans s'opposer radicalement, ordre et désordre, parole exprimée et parole encore non dite. Elle joue alors son rôle décisif dans la constitution d'un être historique, toujours en devenir. Bien plus, la pointe du mythe est pour montrer l'importance irremplaçable du désordre dont il faut se dégager au fil du temps. Si on ne l'amène pas à se dire, il n'y aura ni droit ni parole véritablement humaine.
Nous avons bien discuté de vos 2 textes, et en particulier du mythe d'Horus. Je te fais part de ma remarque:
Le mythe "Le triomphe d'Horus" est intéressant, mais que la parole surgisse du désordre est très surprenant, à moins que l'on assimile celui-ci, de façon abusive, à l'imprévisible, au "non-raisonnable", à l'autre finalement. Quant à la violence, elle serait plutôt l'envers de la parole.
Merci de votre remarque. L'intérêt du mythe est précisément de montrer qu'il y a, dans la parole, du dit et du non-dit. Ce non-dit doit finalement se dire. Et, dans ce non-dit il y a souvent le désordre ou la violence. Finalement la parole est en partie le résultat d'une symbolisation de la violence. La violence n'est donc pas vraiment l'envers de la parole. Elle en est plutôt l'origine (au moins pour une part)
La force du silence
Je t'envoie des bribes d'un message reçu d'un frère franciscain ami depuis Toulouse (et un texte joint)... autour de la parole et du silence.
Le journal Le Monde en a déjà parlé en sa 3ème page tout entière il y a quelque temps, aujourd'hui à midi (et peut être repris ce soir..) un reportage au journal télévisé de A2. Parole et silence, silence qui devient parole, et silence et parole publiques.....(tu avais vu rapidement ce frère Stéphane chez Jean sur la terrasse il y plusieurs mois)
Article Vent d'Ouest (Extraits)
Un silence qui fait du bruit...
Pour qui aurait encore pu en douter, l'Esprit Saint ne manque vraiment pas d'humour ! Mi-octobre, notre évêque vient partager notre repas fraternel. Il nous glisse au détour d'une conversation : « Personne ne parle des franciscains dans le diocèse !... » Les mineurs sont connus pour leur esprit critique, mais de là à convoquer la presse nationale pour contredire leur pasteur !...
A Toulouse comme dans bien d'autres lieux j'imagine, cette question de la rétention des sans-papiers travaillait les uns et les autres depuis de nombreux mois. L'ouverture d'un Centre de Rétention Administrative (CRA) à l'extrémité des pistes de l'aéroport de Blagnac n'avait fait qu'accentuer les choses, sans compter les liens que nous pouvions avoir plus ou moins directement avec des étrangers inquiétés voire expulsés. Mais que faire ? Il y avait bien le travail essentiel et de terrain des associations : tant dans les centres qu'au niveau national pour la Cimade, qu'au cas par cas via la fédération de parents d'élèves pour le Réseau Education Sans Frontière (Resf). Nous cherchions comment exprimer notre indignation avec ce que nous sommes en famille franciscaine : des hommes et des femmes de prière, des artisans de paix et de fraternité, des porteurs d’une Bonne Nouvelle qui se fait appel à la conscience de chacun pour transformer ce monde.
C'est ainsi qu'a germé l'idée d'un cercle de silence sur la place du Capitole. L'objectif est clair dès le départ : il s'agit de dénoncer l'enfermement des sans-papiers (d'hommes et de femmes placé dans un régime proprement carcéral du seul fait de leur entrée illicite sur le sol national). Cet état de fait nous le dénonçons au nom même de la dignité de l'être humain. A travers ce refus d'un tel traitement, ce sont les conditions de rétention qui ont été mises en avant (régime pénitentiaire...), mais le problème est plus global, touchant proprement au fait de l'enfermement. Cet objectif nous avons choisi de le poursuivre par le cercle de silence, c'est-à-dire par la prière, par l'appel à la conscience et par le lien avec les associations travaillant avec les sans-papiers.
Quand nous mettons en avant la prière, il ne s'agit pas d'ouvrir un quelconque parapluie diplomatique (ce sont des religieux : ils prient !). Non ! Nous sommes réellement là pour prier, pour porter tous les acteurs de cet épineux dossier. « Même ces cons de flics ? » me demandait un gars de la rue. Oui, même et surtout les forces de l’ordre dans le difficile travail qui leur est demandé. En les portant, ce sont tous les efforts individuels et collectifs pour que des solutions plus humaines soient mises en place que nous remettons entre les mains du Père. Une femme dont le mari a été expulsé en octobre, nous a permis de découvrir combien ce soutien priant était pour elle une force, la certitude d'une communion ouvrant un avenir et une espérance. Dans des dossiers aussi complexes où tout simplisme doit être banni, sans l'Esprit nous ne sommes rien ! Prière donc et... silence. Un silence qui finit par faire du bruit : des gens s'arrêtent (près de 400 au total à l'occasion des deux premiers cercles), s'interrogent (« Ce ne peut pas être en France ! »), entrent dans le cercle (« On aimerait tant pouvoir faire quelque chose ! »), repartent interpellés. Force du silence au coeur de notre monde affairé : peut-être est-ce aujourd'hui la seule voix qui puisse dépasser le bruit ambiant et l'indifférence de quotidiens surchargés. Car ce silence interroge, mais il ne donne aucune réponse, renvoyant chacun à ce qu'il est, à ce qu'il fait et à ce qu'il pourrait transformer dans son regard et dans ses attitudes. Appel profond à la conscience de chacun et à la vraie grandeur de l'homme : celle de l'emprisonné comme celle du juge ou du passant de la place du Capitole. Prière, silence... et entrée des sans-papiers dans nos vies. …
Nous ne saisissons pas vraiment la cause de cet engouement tout médiatique. … Par-delà l'effet de bulle médiatique, cet intérêt qui perdure m'interroge. Cette action n'est-elle pas profondément ce qu'attendait l'homme d'aujourd'hui ? Face à des mouvements globaux qui le dépassent et lui donnent le sentiment de n'avoir aucune prise sur son avenir et celui du monde, le voilà ramené à un mystère qui le transcende mais qui est en lui, à une dignité qui est la sienne et à laquelle il se voit appelé, à une espérance collective possible et presque à portée de main dans un monde qui la nie habituellement. Il y a quelque chose de vital dans ce NON exprimé silencieusement sur la place du Capitole : pour nous, pour les sans-papiers, mais peut-être également aussi pour chaque homme et chaque femme de ce temps. C'est cette centralité de la vie et ce lent chemin de maturation dans l'Esprit que nous vivons depuis quelques semaines qui me fait profondément croire que nous sommes là à notre juste place. Le processus engagé nous dépasse et nous ne savons pas où il nous mènera, mais nous cherchons à le vivre en revenant fidèlement aux objectifs qui sont les nôtres, en cherchant à donner toute la place aux sans-papiers, en ne condamnant personne et en laissant aux associations et aux pouvoir-publics le soin d'avancer concrètement sur ce chemin de la justice. ...
Frère Stéphane pour les frères de Toulouse.
PS : Des cercles de silence sont actuellement en train de voir le jour dans d’autres villes. Certaines associations ont pris contact avec des fraternités en ce sens. Pour plus de détails sur le contenu de cette action et ses implications directes, n’hésitez pas à nous contacter (fr Alain Richard, Frédéric-Marie Le Méhauté ou Stéphane Delavelle).
Centre de rétention… Quelle action ?
A partir du 30 octobre, tous les derniers mardi du mois de 18 h 30 à 19 h 30, des frères franciscains et des membres de la famille franciscaine toulousaine se retrouveront place du Capitole, en silence et en prière, pour dénoncer l’enfermement par le gouvernement dans des centres de rétention des personnes étrangères en situation irrégulière.
Comme frères de saint François d’Assise et au nom de l’Evangile, nous ne pouvons laisser faire cela. Par ce geste nous voulons apporter notre contribution au travail mené, sur le terrain et auprès des décideurs publics, par différentes associations dont nous saluons les actions.
Nous dénonçons d’une part l’enfermement de personnes dont le seul crime est d’être entré en France pour vivre mieux ou pour sauver leur vie.
D’autre part, nous tenons à manifester notre inquiétude devant les conditions de détention elles-mêmes :
- Le centre de rétention de Cornebarrieu, ville de la banlieue de Toulouse, est muni de vitres anti-chocs et entouré de grillages et de fils de fer barbelés à deux niveaux (à 20 m et 100 m du bâtiment).
- La cour où peuvent s’amuser les enfants est encore doublement sécurisée à tel point que de grandes plaques métalliques ont été posées afin d’éviter tout regard extérieur.
S’agirait-il de personnes à ce point dangereuses pour nous ?
Saurons-nous trouver des solutions plus respectueuses
de l’être humain et de tous ses besoins,
ceux des enfants notamment ?
Nous invitons toutes les personnes de bonne volonté
à nous rejoindre dans le silence.
Les frères franciscains de Toulouse
Le silence de Toulouse
Formidable témoignage. Silence et immobilité collective sur la bruyante grand place de la cité. Silence à l'opposé du "Se taire et ne rien faire".. Silence qui rend présent, qui ramène là, les femmes, les enfants, les hommes, condamnés à n'être entendus de personne, muets, enfermés derriere murs et barbelés au coeur du vacarme des pistes de l'aéroport, là-bas, à quelques kilomètres. Silence qui n'exige rien, qui ne demande rien, qui nous laisse à notre place. Raccouci d'une telle discrétion, d'une telle force qu'il nous laisse face à face avec l'étranger. " Qu'as-tu fait de ton frère?" - "Moi?". A moi de répondre, ou de faire un détour. Pure responsabilité, responsabilité collective, sans escuse. Yvon Montigné
Intéressant d'avoir une réfléxion partagée à deux voix sur le thème de la "parole" comme fondement de l'homme. Et c'est vrai que les stimulations offertes par ces deux textes sont assez consistantes. Deux textes complémentaires, certes, mais costauds aussi. Ce n'est pas en cinq minutes qu'on peut bien réagir, il faut du temps et du temps pour les assimiler et faire le lien avec les situations de sa propre vie... Etienne ouvre tout le temps des lectures intéressantes pour trouver le fil conducteur des récits mythiques, mais il faut suivre pour ne pas perdre le fil et se laisser détourner par les détails des histoires racontées... Yvon, pareil, on arrive à suivre,intéressant, mais il ne faut pas perdre le fil....
1) quelques points qui font écho par rapport à mon expérience:
- le combat guerrier n'est pas la bonne solution pour régler les problèmes (cf.le bateau et le tombeau)...oui d'accord presque totalement, pour les situations de guerre des autres, sauf que si je ne fais pas parfois la guerre (ou la resistance...) à certaines forces adverses au sens que je donne à ma vie, qu'est-ce que je vais devenir?......
- la lutte interminable entre ordre et désordre... ce n'est pas à partir de l'horizon de la mort que la parole doit s'exprimer... oui, mais ce n'est jamais fini, une tension constante à poursuivre, la vie est peut être dans cette contradiction à porter constamment... la force du désordre est une des composantes de la création.. de la vie, donc
2) le désordre est le symptôme du non dit, qui pousse constamment la parole à se dire... et là je retrouve une grande question: au fond, de quelle "parole" s'agit-il ? Des "paroles, paroles.." on en connait tous et j'en dis beaucoup. La Parole/le Verbe incarné, je vois à peu près... mais entre les deux, alors, de quelle "parole" s'agit-il, pour que le désordre puisse constamment pousser la "parole" à se dire ?
3) et pour revenir un peu terre à terre, une situation concrète: pour ma santé fragile, un peu bancale en ce moment, quelle "parole"? La parole du médecin, qui encadre, analyse, diagnostique, prescrit, décrete ce qui est bon pour moi, avec l'appui de la science,sa position institutionnelle, sa science médicale objective (?) ou ma parole à moi sur mon état de santé, sur mon diagnostic, sur mes symptômes, sur mon état, parole à moi évidemment non scientifique, populaire, approximative, inexacte, pas intéressante... qui est l'exegète de mon corps ? certes un peu en désordre mon corps en ce moment, mais quelle parole "à se dire" pourrait surgir de cette situation de fragilité, et quel médecin pourrait l'entendre pour "en parler" ? Qu'est-ce que va faire le médecin prescripteur de soins et de médicaments de ma parole? et qu'est-ce que je vais faire moi, de cette parole prescriptive et scientifique (?) du médecin ?
Alors, de quelle "parole" s'agit-il , pour qu'elle soit fondement de l'homme ?
Francesco, merci pour tes observations, enracinées dans ton expérience personnelle. Tu poses des questions : elles sont difficiles. Je vais, pour ma part, essayer d'apporter quelques réponses.
Le combat guerrier
Tu parles apparemment d'un combat personnel contre des forces adverses. Ce combat, je pense qu'il faut le mener, tout en sachant qu'à lui seul il ne sera pas décisif. Le danger, c'est de le mener dans la toute-puissance. Il faut laisser une place à la dynamique de la vie, au don constant de cette vie. C'est probablement dans le jeu entre les deux perspectives que se situe la vérité.
La lutte interminable entre ordre et désordre
Il me semble qu'il faut faire attention. Dans cette dialectique, l'ordre est plutôt du côté de la mort, du côté du passé, de l'expérience de ce passé. C'est la mort qui nous normalise. De son côté, le désordre est porteur d'une vie en gestation. C'est bien pourquoi il est vital de lui laisser une place. Que nous le voulions ou non, nous sommes embarqués dans un jeu entre la vie et la mort pour quelque chose, qui nous pousse toujours au-delà de la situation présente.
Le symptôme du non dit et la parole qu'il pousse à dire
Je me risque un peu en revenant à la notion marxiste de Praxis. Le non dit ne peut resurgir en parole qu'en passant par une action de transformation. Par rapport au non dit il y a une forme d'action, qui est médiation de la parole : c'est un peu, apparemment ce qu'Yvon voulait signifier en parlent de parole juste.
La parole du médecin et ma parole à moi
C'est moi qui suis responsable de ma santé. Ce n'est pas le médecin. Cela signifie que la parole qui me guérira sera la mienne ; elle sera située entre la parole rationnelle du médecin et mon désir de vivre.
Voici quelques balbutiements. Y von aura sûrement d'autres perspectives.
Ce blog pose la question de la gestation de l'homme et du monde, comme le dit Etienne à la fin de son texte. ? Gestation qui amène à réfléchir sur la parole, l'ordre et le désordre ou la violence. Cette gestation passe par plusieurs médiations dont celle de la parole qui, pour moi, n'en est qu'une parmi d'autres. Et celle de la violence? J'y reviendrai. La reprise des éléments apparemment harmonieusement rassemblés est toujours nécessaire, comme le rythme de la respiration ou plutôt de la marée, avec ses tempêtes. L'harmonie apparente est toujours, mais pas non plus tout le temps, à reprendre, remise en cause par ce qui survient et surtout par qui survient. On retrouve le thème de l'étranger, de l'autre, qui vient d'au delà de mon horizon. Un ordre nouveau est à reconstruire, car l'ancien, qui l'ignore est injuste, surtout s'il ne l'accueille qu'en termes de profit, le chosifiant dans un projet qui le concerne guère et où il n'a pas sa place d'homme. Un droit nouveau apparaît, provisoire lui aussi. Il ne peut se construire sans la parole de l'autre. Et sans doute pas sans tatonnements.
Certaines sociétés (je pense à la société québéquoise), plus tolérantes que d'autres, ne sont pas pressées de trancher, et même y répugnent. Elles pensent que leur identité est cette diversité même. Elles peuvent même accepter la cohabitation de plusieurs lois. Cela ne va pas sans problèmes! La nature et là-bas magnifique et dure, immense et généreuse, ouverte à tous. Elle enseigne l'humilité et le respect. Mais quand tout est posible et qu'on peut toujours aller de l'avant, on perd aussi la sagesse, et les plus démunis en font les frais, laissés sur le bord de la route...et les trottoirs.
La violence est-elle une médiation nécessaire dans cette gestation de l'homme, quand la parole ne joue pas son rôle? Il est facile de s'en offusquer quand on jouit des biens suffisants. Il est aussi plus facile de la dénoncer dans le "désordre" de l'autre que de la reconnaître sous sa forme policée de notre propre univers. Mais qu'en est-il pour celui qui est dans l'urgence de la menace, de la ruine ou de la mort? Ou plus souvent chez nous quand le rouleau compresseur de l'ordre établi qui commence à l'écraser, continue inexorablement sa si "paisible" allure.
Les révolutions sont par la suite parfois reconnues comme les moments fondateurs d'une nation. Et ce ne sont pas toutes des révolutions de velours ou des oeillets. Il est des fêtes nationales qui commémorent des épisodes révolutionnaires passablement sanglants. Se tenir dans le rôle de l'héritier bénéficiaire certes attristé est quelque peu hypocrite. Héritiers de la Révolution, oui; héritiers des révolutionnaires, non. "La réforme, oui; la chienlit, non". Mais est-ce possible? On ne peut certes répondre à la légère à une telle question. Peut-être pourra-telle faire le thème d'un blog. Pour donner sa juste place à la parole.
Yvon oblige à avancer dans la réflexion sur la violence et la parole. C'est pourquoi je voudrais essayer d'exprimer mon point de vue.
Le désir et la violence
Il me semble qu'à l'origine de l'homme, il y a deux forces essentielles : le désir et la violence. Le désir rapproche et la violence écarte et sépare. L'un ne peut pas fonctionner sans l'autre. Toute l'évolution sera un tricotage de ces deux forces fondamentales.
De la violence à la parole
La violence est une force de mort et elle peut conduire effectivement à la mort si elle n'est pas transformée. Le génie de l'homme va consister à en faire une force de vie en la transformant en parole. Je pense personnellement que la violence porte en germe la parole ou qu'elle est un germe de parole et qu'il faut passer du germe à son développement. Ce passage est en quelque sorte une symbolisation de la violence. Le premier temps de cette symbolisation consistera à faire craquer l'enfermement du désir sur lui-même pour ouvrir la place de l'autre.
L'autre devient alors le sens du désir
Le désir ne devient désir humain que l'orsqu'il devient désir de l'autre. Pour arriver à ce résultat, la violence doit renoncer à détruire cet autre pour en faire précisément le sens du désir.
La parole est le partage du sens avec l'autre
La symbolisation de la violence trouve son aboutissement dans le partage avec l'autre du sens du désir et ce partage n'est rien d'autre que la parole. Elle devient partie intégrante de l'amour. Sans la parole qui relie en séparant, il n'est pas d'amour humain possible. Ce qui fait symbole dans la parole, c'est précisément de relier en séparant.
Comme nous l'avons vu, une telle parole ne peut naître que du silence
La parole en effet est d'abord écoute de l'autre et cette écoute ne peut naître que d'une rupture qui doit empêcher la parole de se cloîtrer dans la répétition. La rupture ainsi provoquée va ouvrir mon oreille pour être attentif à celui qui n'est pas moi... Cela pourrait signifier que le silence lui-même est une des expressions de la violence originelle.
Voilà quelques balbutiements de raison, qu'il faudrait reprendre à plusieurs.
Francesco, tu poses deux questions :
Sur le non dit
Je pense à l'action violente comme l'expression d'un non dit : dans ce cas, la violence est connue. Il me reste à l'écouter pour la faire évoluer vers la parole.
Sur la parole juste
Je suis d'accord avec toi, l'écoute fait partie de la parole. Elle en est pour ainsi dire le premier moment.
A bientôt !
La parole : est-elle toujours libératrice ?
Horus avait parlé et Seth avait parlé, seulement d’après l’ordre établi : Seth avait tort et Horus avait raison. Conformisme et anti-conformisme. Qui se trouve sur le banc des accusés ? Evidemment l’anti-conformisme. Qui gagne le procès ? Evidemment, le conformisme. Y-avait il nécessité de procès ? Oui et non. Oui, tant que la peur de l’anti-conformisme faisait barrage à toute négociation basée sur ‘LA PAROLE’ ouverte, respectueuse et bienveillante et Non il n’y avait aucun besoin de procès si l’Amour de l’Autre était La Religion et le Respect inconditionnel de l’Autre était une des Lois fondatrices.
‘Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité (Amour), je suis un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit. (Première Epître de St Paul aux Corinthiens 13 :1)
Sans Amour, ni respect : la parole peut enchaîner l’autre, combinée à l’Amour, c’est l’élixir de la libération et de la liberté où tout échange est un enrichissement de l’un et de l’autre .
Merci Jamila pour ta contribution tout à fait intéressante. Ta question est très pertinente. Mais il me semble que le texte sur le triomphe d'Horus est le témoin d'un changement. On passe du procès du conformisme et de l'anticonformisme au procès des conformistes et de l'anticonformiste et là, la voix de Seth va compter : elle sera même décisive. Ici ce sont les deux qui gagnent. Car chacun, au bout d'une lente maturation, en arrive au respect de l'autre. Chacun finit alors par trouver sa place, reconnue par les uns et les autres. On passe d'une position défendue à des sujets qui défendent une position. Personne ne peut vraiment défendre le désordre en tant que tel. Mais il est important que certains fassent reconnaître le désordre non pas comme une position définitive mais comme une dimension de la réalité qu'il faut faire évoluer.
Ta citation de Saint Paul est alors tout à fait bien venue : le respect de l'autre porté par l'amour devient un vrai ferment d'évolution, puisqu'il s'agit de l'instauration de sujets.
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Ayant un peu plus de temps,je réponds à tes questions.
Concernant ton texte, sur le fond ,je n'ai rien à dire. Sur la forme, je trouve ton texte parfois difficile à lire. Peut-être as-tu voulu garder toute la richesse du mythe sans faire trop long, et du coup, ça semble un peu obscur. Il y a parfois tant de notions en peu de lignes qu'on a du mal à reconstituer soit l'histoire, soit le raisonnement sans bien savoir si on est dans l'un ou l'autre. En particulier dans "la lutte interminable" et spécialement de "La parole, qui fonde..." à "... ne perçoit pas".
De même dans "Une parole qui engendre", : D'après le mythe, c'est sur le droit qu'est fondé le développement de l'homme" ne paraît pas évident. D'après ce que j'ai compris c'est plutôt d'après certains protagonistes du mythe, le mythe ayant une autre signification qui est donnée dans la dernière phrase du texte, signification tout autre aue la première. Ou j'ai mal lu.
Pour en revenir à mon texte, le caractère personnel de la fin, OK La justice est je pense pour moi une valeur assez fondamentale. L'injustice me parait plus qu'un crime, une bêtise, comme dirait quelqu'un, et c'est sans doute cet aspect de bêtise qui me révolte le plus. Cf la réflexion de Lévinas sur la raison dans Totalité et Infini. Ce passage correspond à ce que je pense, mais c'est aussi jusque dans la formulation, du Lévinas, que je n'ai d'ailleurs pas relu car je l'ai passé il y a quelques mois à Mireille. Ca pourrait agacer.
A propos de Lévinas je pense qu'il est certes un auteur assez difficile, mais si existentiel, qu'on peut en faire son miel simplement. En fait son vocabulaire est basé sur des termes tellement simples que ça en devient déroutant;
A ce propos, j'ai lu hier les réponses au blog précédent. Sur les thèmes de la violence, du meurtre, de la torture, de l'otage, il y a des choses très fortes dans Totalité et Infini. J'ai fourni à Mireille avec le bouquin un index thématique de lecture que j'avais fait pour la lui faciliter, je ne peux être plus précis. Je crois qu'il y a aussisur le site des études lévinassiennes une sorte d'index.
On peut se demander pourquoi je commence par parler d'étoiles. J'ai d'ailleurs du raccourcir beaucoup ce passage, car une fois lancé... Pour mois regarder le ciel étoilé, surtout au télescope, c'est un peu de la métaphysique. Je m'interroge sur la beauté, la vie, la violence fondatrice, la nécessité d'une histoire même des plus simples éléments, sur les notions de temps, de temps relatif, d'espace, de contingence, d'échelle.... Quand je pense à tous ces paramètres nécessaires à la possibilité de la vie, et à tous les paramètres indispensables et de toutes sortes pour que ces paramètres immédiats existent; quand je pense comment ces paramètres existent pour nous, comment sans le soleil, sans la Lune, sans Jupiter et Saturne, sans les comètes, sans le noyau ferrique de la terre, sans, sans, sans, je suis à la fois émerveillé, et sachant que l'homme par cupidité, courte vue et bêtise peut en casser deux ou trois en moins d'un siècle...
Bon, assez bavardé. Bonne soirée, Yvon