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1 décembre 2007 6 01 /12 /décembre /2007 17:13

 

Arbre à palabres de M'Bor Faye (1900-1984), Sénégal

http://lettresbacpro.free.fr/bacpro/bacpro2.htm


Négociation et espace d’incertitude

L’actualité attire aujourd’hui notre attention sur plusieurs conflits. Nous voudrions montrer ici que la négociation réussie passe par un lâcher prise et ne peut se réaliser qu’à l’intérieur d’un espace d’incertitude. Que nous le voulions ou non, la parfaite maîtrise et l’immobilité ne sont plus de mise lorsqu’il faut ouvrir une place à l’autre et à l’avenir. Pour faire comprendre une telle exigence, nous soulignerons les étapes qui vont de la mauvaise entente à la parole, en passant par l’affrontement et le nécessaire décalage et décentrement.

 

     Mauvaise entente et confusion

Au départ, nous piétinons dans une situation où la parole ne passe plus sous l’effet d’une mauvaise entente. Déjà la violence est à la porte car il n’y a pas de place pour l’écoute, de part et d’autre. Dans le mythe de Babel, c’est l’enfermement dans le même qui engendre l’incompréhension. Le projet est de réunir tous les habitants autour de la construction d’une Tour qui atteindra le ciel. Chacun devient une brique dans l’ensemble de la communauté qui s’élève vers Dieu, peut-être pour s’approprier la toute-puissance divine. C’est alors que les différences s’estompent et les messages se brouillent. Il n’y a plus de parole possible lorsqu’on va du même au même, ou plus simplement lorsque l’autre ne compte pas, parce qu’il devient un objet manipulable à merci. Il n’y a pas de sujet pour entendre, les repères s’estompent et chacun entre dans la confusion.

 
 Du blocage à l’affrontement

 Si la parole ne passe plus, c’est le courant lui-même qui fait défaut. La machine se bloque et le dynamisme du corps social s’essouffle. La peur prend le relais, peur d’être asphyxié et même peur de la mort. Pour en sortir, l’homme a l’arme de la violence pour recréer la distance et le manque. Sans doute l’homme est-il désir, mais il est aussi violence dès l’origine. La violence peut tuer sans doute, mais elle peut aussi faire cheminer l’homme vers la parole. Les Indiens disent qu’il y avait, dans leur contrée, un arbre plus vieux que le monde. Chaque année il portait des fruits magnifiques, mais, sur l’une de ses deux branches, les fruits étaient empoisonnés et pouvaient produire la mort. Aucune femme, aucun homme ne savait quelle était la mauvaise branche si bien que, jusqu’ici, personne n’avait osé manger un seul de ces fruits, les plus magnifiques du monde. Or, une année, la famine s’installe. Les habitants du village voisin vont mourir s’ils ne goûtent au fruit de l’arbre des origines. A bout de souffle, l’un d’entre eux se lève et cueille sa nourriture sur la branche de droite. Il reste debout et se trouve réconforté. Les autres habitants se précipitent à sa suite, pour leur plus grand plaisir. Mais, à la tombée de la nuit, le conseil du village décide de couper la branche de gauche. Au petit matin, lorsque tous viennent en quête de nourriture, l’arbre est mort et les fruits sont jetés à terre. La branche du désir ou de la vie a besoin de la branche de la violence ou de la mort : les villageois l’ont appris à leurs dépens. Il ne s’agit pas pour autant de donner libre cours à l’affrontement. Sous peine de mort, la violence doit toujours être conjuguée avec le désir qui recherche l’amour, pour faire prospérer la vie. Encore faut-il qu’elle soit intégrée pour dynamiser le désir lui-même. Lorsque Moïse conduisait les Israélites dans le désert, l’énervement finit par prendre le dessus et des mutineries s’installèrent, mettant en danger le peuple tout entier (selon notre interprétation). Le chef eut alors  une inspiration de génie. Il fit représenter la violence (notre interprétation)  sous la forme d’un très grand serpent d’airain, que tout le monde pouvait voir parce qu’il était placé sur un étendard très élevé. Si quelqu’un était prêt à s’engager dans la mutinerie meurtrière, il devait regarder le serpent. C’était alors  sa propre violence qu’il découvrait et, en l’intégrant en lui, il se trouvait guéri. Pour écarter le danger de la violence, rien ne sert de vouloir l’éradiquer : il est préférable, au contraire, de l’accepter comme une dimension de soi-même, pour en faire une source privilégiée de la parole naissante. Il n’est pas forcément opportun de vouloir éviter le temps de l’affrontement, si c’est bien la négociation qui à terme est recherchée.

 

     Le nécessaire décalage pour voir et écouter l’autre

 Celui qui reste ancré sur son territoire et ses positions juge la situation et ceux qui l’entourent à partir de lui-même et de son conditionnement. Marx l’a expliqué savamment dans sa théorie sur l’idéologie. De leur côté, les Chinois nous offrent un conte pour rire, qui le fait comprendre plus simplement. Un jour, un paysan, originaire d’une région reculée, décide de partir au marché. Sa femme souhaiterait qu’il lui achète un peigne. Mais, arrivé sur le lieu de ses emplettes, il ne sait plus quel est l’objet désiré par son épouse. Il choisit un miroir. De retour à la maison, il le donne à sa femme. Curieuse, celle-ci déchire l’emballage. En regardant l’objet, elle se met à pleurer. Sa mère est là, toute proche ; elle s’enquiert du problème. « Mon mari a acheté femme seconde », dit la fille éplorée. Prenant, à son tour, le nouvel objet, la mère rassure la jeune femme : « Ne t’inquiète pas, elle est déjà bien vieille ». Ainsi, celui qui ne quitte pas sa maison, juge tout en fonction de sa propre image. Le décalage est indispensable pour voir et écouter l’autre. C’est ce qu’a bien compris un autre paysan chinois. Une question l’inquiète : pourquoi ne gagne-t-il pas sa vie alors qu’il travaille sans relâche ? Pour trouver une solution à cette énigme, il décide de s’écarter de chez lui pour aller interroger le dieu de l’ouest. Son long voyage lui permet de rencontrer plusieurs personnes, qui lui confient leur propre problème à présenter au dieu. Arrivé à la porte du temple, un vénérable personnage l’interroge sur ses requêtes. En fait, il a quatre questions, alors que le nombre total doit être impair. De quatre, il convient de passer à trois. Après une nuit de réflexion, notre jeune homme décide de sacrifier sa propre question. La réponse ne se fait pas attendre. Il convient de respecter la loi du monde qui est le partage. Les conséquences sont sans appel. Si l’on veut devenir un personnage honorable, il faut renoncer à ses privilèges. Pour réussir dans les affaires, mieux vaut ne pas être trop attaché à son argent : il  est préférable de le faire fructifier pour le bénéfice de tous. Si une mère veut le bien de sa fille, elle doit accepter de s’en séparer. A travers toutes ces réponses, le jeune homme s’enrichit du partage avec ses hôtes de passage jusqu’à trouver sa propre femme et finit par découvrir la solution à sa propre question. Pour gagner correctement sa vie, il ne peut plus considérer l’entreprise agricole pour laquelle il travaille comme une mère dont il devrait tout attendre et ceux qui l’emploient ne peuvent pas agir comme s’ils étaient les propriétaires de leurs employés au point de les pressurer constamment. A ces deux conditions, le paysan pourra prendre sa part de responsabilité et gagner correctement sa vie. Il fallait donc se décaler pour voir correctement le problème, allant jusqu’à faire passer, avant les siennes, les préoccupations des autres. En même temps la solution supposait des séparations, qui obligeraient à mettre de la distance entre les individus et à créer du détachement par rapport aux privilèges et à la richesse. Ainsi le décalage initié par la décision de partir en voyage finit par structurer toute sa démarche.

    L’entre-deux pour la rencontre

 Dans la plupart des cas, il ne suffit pas de se décaler pour aboutir à la meilleure solution des problèmes posés. Il convient d’aller plus loin encore, en ouvrant un espace intermédiaire entre les intéressés, pour que la rencontre soit réellement possible. Cet espace est sacré parce qu’il fait sa place à l’autre. Un célèbre épisode de la Bible le met parfaitement en évidence : il s’agit de l’événement du buisson ardent. Un buisson brûle sans se consumer. Moïse, qui fait paître son troupeau, à proximité,  réalise un détour (il se décale) pour considérer le phénomène. Tout à coup Yahvé l’arrête : « N’approche pas d’ici, retire tes sandales de tes pieds car le lieu où tu te tiens est une terre sainte ». Le berger est sur l’espace sacré de l’entre-deux et de la parole : Dieu va lui révéler son nom (Je suis celui qui suis) et lui confier la mission de libérer son peuple. C’est tout l’avenir d’Israël, qui est engagé, à partir de ce lieu privilégié où l’Autre a sa place.

 

    Créer l'espace d'incertitude pour pouvoir négocier

Nous sommes constamment en plein décalage et en pleine mobilité. Le mouvement et l’imprévisibilité doivent atteindre maintenant les positions de chacun. Un footballeur, qui entraîne des jeunes de la banlieue lyonnaise a son secret : il faut, selon lui, créer l’espace d’incertitude pour pouvoir marquer des buts. Il en va de même pour aboutir dans une négociation. Peut-être estimons-nous que nous n’avons rien à lâcher. Alors écoutons ce conte de l’Inde, intitulé Le pauvre et le grain d’or.  Un mendiant, très pauvre, allait de porte en porte pour quêter sa nourriture. Or il apprend que le roi va passer tout près sur un chariot d’or. Il se précipite alors vers la route royale. Le chariot arrive. Le souverain fait arrêter l’équipage à la hauteur du mendiant. L’air souriant, il tend la main, demandant au quêteur ce qu’il peut lui donner. Interloqué, celui-là croit que le roi se moque de lui. Et le Seigneur insiste. Le pauvre a bien deux ou trois poignées de riz dans sa poche mais il n’aime pas partager. Piteusement il tend au demandeur un seul grain pour toute aumône. Mal lui en prit car, le soir, en grattant dans sa poche, il découvre un grain d’or. « Si au moins, dit-il, j’avais donné une bonne partie de mes réserves ! » Ainsi, celui qui ne veut rien perdre ne peut rien gagner.

 
 Le temps de la parole

 La négociation implique l’entrée dans la parole et la parole est elle-même pétrie d’imprévisibilité, même si certains cadres doivent être respectés. Que penser alors des négociateurs trop prudents, qui ne font que répéter les consignes du pouvoir ou des appareils ? Nasr Eddin, un grand sage du Moyen Orient, vivant dans les temps anciens et utilisant la plaisanterie pour se faire comprendre, leur a depuis longtemps préparé une réponse. Un jour,  sur un marché, quelqu’un vient vendre un très beau perroquet qui parle l’arabe. Il en obtient deux pièces d’argent, ce qui est une coquette somme d’argent pour l’époque. Le lendemain, Nasr Eddin arrive avec un superbe dindon. Il en demande trois pièces d’argent. Surprises, les personnes, qui avaient assisté à la séance de la veille, interrogent le voleur : « Comment peux-tu demander trois pièces d’argent pour un dindon, alors que le perroquet parlant l’arabe a été cédé pour deux pièces seulement ? – Sans doute votre animal parle, reprend l’interpellé, mais le mien vaut beaucoup plus parce qu’il pense ».  Ainsi, ceux dont la parole n’est que répétition sans pensée aucune seront toujours les dindons de la farce.

 

     Une question pourtant continue à se poser : où est passée, dans la parole, la violence qui présidait à l’affrontement initial et qui a permis d’opérer le premier déblocage ? L’histoire du sage et du serpent va nous le faire comprendre. Un serpent était installé sur un chemin que devaient emprunter les habitants d’un village. Chaque jour, il les terrorisait sans ménagement, en se jetant sur eux pour les mordre cruellement. Or un sage vint à passer.  Le reptile lui fit subir le même tourment. Doucement, le sage lui demanda pourquoi il lui imposait des tortures alors qu’il voulait simplement passer sans lui causer le moindre ennui. Ému par la douceur du voyageur, le serpent s’excusa. L’homme lui fit la leçon et lui demanda de faire le serment qu’il ne mordrait plus les passants. Sans attendre, il donna sa parole. Depuis ce jour, il ne mordit plus mais les voyageurs, s’apercevant de son changement d’attitude, lui firent subir les pires désagréments, lui jetant des pierres, le frappant avec des verges et le faisant tournoyer dans les airs au bout de leurs bâtons. Là-dessus, le sage passa à nouveau, après quelques semaines. Il chercha l’animal. Tremblant, meurtri de toutes parts, celui-ci était caché sous quelques feuilles ; il finit par se montrer. L’homme n’en revenait pas. « Que s’est-il passé, dit-il ? – Tu m’as demandé de ne plus mordre, répondit le serpent. Je t’ai obéi mais ma vie est devenue une épreuve de chaque instant. – Oui, je t’ai interdit de mordre, reprit le maître, mais je ne t’ai pas défendu  de siffler. » Depuis lors, le reptile mena une vie tranquille auprès des habitants du village. Ce que le sage veut nous faire comprendre, c’est que la violence reste sous-jacente à la parole sous la forme de la menace et de la critique : elle peut « siffler », gronder, invectiver, contredire, interdire même sans pour autant détruire. Dans le jugement de Salomon, un modèle pour toute justice, la menace était présente sous la forme de l’épée, qui permit de faire émerger la vérité. Aussi demeure-t-elle toujours une arme dans la négociation pour faire bouger les lignes lorsqu’elles sont trop figées : elle fait partie de la parole.

  
Francesco Azzimonti, formateur de formateurs

Etienne Duval , sociologue

 Le 29 novembre 2007

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commentaires

E
Alain, je suis toujours heureux lorsque le blog fait entrer l'autre dans la réflexion. C'est bien ce qui se passe avec toi car tu me sembles poser des questions très judicieuses.L'intégrité pour céderDe mon point de vue, tu poses le problème du sujet. C'est vrai qu'il faut être sujet pour négocier, ce qui veut dire aussi savoir faire sa place à l'autre pour entrer dans la parole. La question qui se pose est celle-ci : faut-il être sujet pour pouvoir céder ? Ou encore le fait de céder n'est-il pas un pas vers la constitution du sujet ? Le problème fondamental me paraît être le suivant : à un moment donné, il faut savoir sauter dans l'inconnu si l'on veut se constituer comme sujet et, en même temps, l'apprentissage de la négociation est une bonne propédeutique pour se constituer comme sujet. L'intégrité menacéeFondamentalement, la lutte sociale est un combat pour sortir de l'aliénation qui m'empêche d'être sujet et celui qui m'empêche d'être sujet à part entière est objectivement un ennemi. Cela, je le conçois tout à fait et motive certains de mes combats. Mais, en même temps, je sais que celui qui menace mon intégrité ou qui m'empêche d'être sujet n'est pas vraiment sujet lui-même. Lorsque je le découvre, l'ennemi devient, en quelque sorte, un partenaire avec lequel je vais pouvoir négocier progressivement. Le sublimeEntièrement d'accord avec toi. La parfaite réconciliation est eschatologique et je dois accepter de vivre dans l'histoire sans la court-circuiter. C'est pourquoi si ma charité marque la justice de son empreinte, elle ne peut l'esquiver ni la remplacer. Il me semble que c'est la justice qui donne un corps à la charité. Ce sont là des sujets importants, qui méritent d'être repris dans une discussion plus approfondie.
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A
Excuse-moi de n¹ avoir pas encore répondu au texte que tu m¹avaisenvoyé : Négociation et espace d¹incertitude. Il m¹a donné l¹occasion d¹aller sur ton blog, même si je ne puis le suivre régulièrement. Je passe déjà trop de temps sur l¹Internet ! Je serais intéressé de savoir si tu as des réactions et comment y accéder. 1. Le texte m¹a plu par certains côtés :le rappel que celui qui cède est finalement le plus fort, car précisément il n¹a pas peur de céder et que cela ne l¹atteint pas dans son intégrité. Et il faut pour cela avoir atteint une très grande sécurité intérieure. Où peut-onla trouver ?2. Il me semble aussi qu¹il faut tout de même envisager le cas où cette intégrité est menacée, de fait. Ce que Jésus appelle l¹amour des ennemis n¹implique pas le refus d¹avoir des ennemis ­ comme l¹entendent trop souvent beaucoup aujourd¹hui : le ³tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil² stigmatisé par un faux cyniqueS ­ mais l¹identification claire de cet ennemi et de l¹enjeu de l¹affrontement/rencontre.3. Il me semble qu¹il faut aussi résister à la tentation du ³sublime², qui serait un court-circuit vers une fausse rencontre. L¹eschatologie a ceci de propre qu¹elle ne se choisit pas, elle vient et s¹accueille. J¹entends par là que l¹eschatologie de la charité ne doit pas courtcircuiter la négociation, et respecter des références communes si elles existent.Il faudrait sans doute en reparler plus en détail. Peut-être pourrons-nous le faire en se voyant. 
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E
Je suis extrêmement sensible au témoignage de la personne incarcérée dont parle Francesco. Si on faisait un blog sur la prison, ce serait un très bon texte pour faire réfléchir. Lorsqu'on enferme les gens dans un ordre mortel, il n'y a plus de place pour la parole et donc plus de reconstruction possible.
Mais il me semble qu'il y a un ouverture inattendue, comme l'ultime refuge de la parole, c'est le silence : lieu d'un dialogue intérieur possible, mais aussi attente de l'écoute d'un autre ou peut-être de l'Autre. Mais si l'autre n'est pas là pour entendre, le silence finira par alimenter la frustration et le repliement sur soi. Notre "ami' ici nous interpelle...
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F
J'ai envoyé il y a quelques temps à une personne que je connais et qui est actuellement incarcerée, en attente de jugement, le texte Négociation et espace d'incertitude.Je retranscris quelques réactions de cette personne:"J'ai beaucoup apprecié les réfléxions sur la parole comme médiation entre violence et immobilité. La violence est certes une part de la vie, qui empêche de rester immobile. Ici, en prison, elle tourne souvent à vide sur elle-même, comme une frustration qui ne trouve pas de parole pour l'exprimer. L'autre jour il y avait un détenu flamand, qui ne parle pas un mot de français et visiblement en état de frustration permanente. Apparemment il ne comprenait toujours pas après plusieurs mois ici ce qu'on lui reprochait. L'administration semblait avoir perdu son papier de condamnation qu'il n'a jamais reçu après un procès sans interprète ni avocat. Enfin, il est sorti maintenant. Il se souviendra de ses vacances en France. C'est des cas où la communication est très difficile, pas seulement à cause de la langue, mais à cause du niveau de frustration qui enferme sur soi-même, dans une urgence de répéter en boucle son histoire et d'exprimer son indignation, sans s'ouvrir aux issues possibles........ça ne se fait pas ici de s'extérioriser, sauf pour se taper sur la figure... on sent tout de même à travers ce silence une attente,dans toutes ces vies abimées... Pour un autre détenu, ses deux filles, qui sont encore jeunes, sont le seul sens de la vie  pour lui. Il les voyait chaque semaine au parloir. Mais ses beaux-parents refusent maintenant qu'il les voit. J'espère qu'il aura la force pour se battre pour arriver à les revoir. Mais tout est si compliqué ici, que l'expérience première est celle de l'impuissance face à l'arbitraire... Pour ma part, il y a des moments difficiles, car l'univers de ce lieu est toujours incertain, dérrière sa regularité parfaite des heures et des activités. Nous sommes entre immobilité mortelle et explosion imprévisible de violence... mais il est toujours délicat de se concentrer. Par exemple, ça vient subitement de commencer à hurler sous les portes, pour communiquer d'une cellule à l'autre et s'injurier...  Ce lieu est vraiment signe de l'échec de nos sociétés, la poubelle, où l'on cache ceux dont on ne sait quoi faire. Parfois, ça apparait comme une solution de facilité. En tout cas, ce n'est pas un lieu de reconstruction des hommes et de réparation des déchirures. Ce que je vois, c'est plutôt un approfondissement de celles-ci. Plus profondement, ce genre de lieu transforme en victime et de ce fait rend difficile la réflexion sur ses actes et rend encore plus fragiles..."No virus found in this incoming message.Checked by AVG Free Edition. Version: 7.5.516 / Virus Database: 269.19.15/1248 -
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E
Etre à l'écoute, comme tu le dis, me semble être l'attitude de fond, qui permet de régler pas mal de situations. L'écoute est, à sa manière, l'espace intermédiaire de la parole, espace aussi d'incertitude pour le réglement des conflits. Comme tu l'expérimentes, elle nécessite une remise en cause de soi-même. Tu es sur la bonne voie pour 2008 !
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J
merci pour ton soutien .Finalement , je pense que la situation avec ces élèves un peu "pestes " se débloque :-je me suis remise en cause et entretenue avec le directeur et des responsables -enseignants de cette classe;-la plus insolente des élèves a été virée de son stage au bout d'une semaine ( ce qui confirme, d'une certaine manière, que je n'ai pas inventé certaines phrases ou provoqué son comportement inadmissible!!!);-quelques élèves, repérées par ailleurs , ont été convoquées chez le directeur et ne s'y attendaient pas... Bref ,la reprise a été consacrée à la rédaction des rapports de stage et j'espère que le vent de folie de Novembre 2007 est passé... En tout cas , il convient de ne pas être isolé face à un groupe , de ne pas cacher ses difficultés et donc d'être à l'écoute de ceux qui expriment des problèmes ... Que de résolutions pour 2008!!! 
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E
Je prends ton commentaire comme une critique sympathique. Mais peut-être y a-t-il plusieurs manières d'aborder le même sujet. Je ne suis pas tout à fait dans la mystique mais dans le langage symbolique, qui représente la seule langue universelle, à la base de toutes les langues. Pour moi, c'est une exigence aujourd'hui de revenir à cette langue universelle pour renouveler le discours, beaucoup trop appauvri par une rationalité qui tourne en rond.  Mais je veux rester modeste comme le conteur des rues.
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H
La réflexion est savoureuse, mais quel écart entre l'espace d'incertitude de Crozier et cette fable mystique !
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E
Un travail avec un atelier-contes vient de me permettre de voir plus clair dans la négociation en montrant que l'espace d'incertitude n'est rien d'autre que l'espace de l'imaginaire. Cet entre-deux permet l'interaction et l'invention dans l'interaction. Ainsi grâce à lui, la vie peut s'exprimer avec toute sa créativité. Il permet de jouer avec l'avenir, de jouer même avec la mort, de faire jouer, entre elles, la mort et la vie et finalement de jouer avec l'autre et avec soi-même. Sans l'espace de l'imaginaire, la vie et le négociation sont vouées à l'échec. En déplaçant notre regard, nous pouvons nous interroger sur les difficultés de négociation au Moyen Orient entre Israël et la Palestine. La situation est telle qu'il n'y a plus de place pour l'imaginaire. C'est là-dessus en priorité qu'il faudrait travailler pour gagner la paix.
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E
C'est ce que je viens de faire à propos de la psychanalyse. Ce serait bien aussi que vous donniez votre avis sur négociation.
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B
On serait heureux que vous veniez partager vos connaissances et laisser vos commentaires sur le Blog de Carl Jung :
http://blog-carl-jung.blogspot.com
 
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E
Tu me prends un peu au dépourvu. Npus essaierons en un premier temps de créer un espace de médiation et nous désignerons un médiateur compétent. Son premier rôle consistera à repérer le début de parole dans l'affrontement. Il essaiera ensuite de sortir des positions officielles pour analyser les non dits de part et d'autre. Cela lui permettra de voir ce qui peut évoluer et ce qui ne le peut pas. A cette étape, il donnera la parole aux personnes et aux deux groupes antagonistes, qu'il supervisera. Ainsi une négociation pourra progressivement se construire.Il reste encore à prendre des cas concrets. 
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J
J'ai lu ton texte. Il serait très bien si à la fin, en dix ou vingt lignes vous nous disiez concrètement ce qu'il faut faire dans une négociation  à deux personnes ou dans une négociation entre deux groupes .Peut être auriez -vous des exemples à citer. Bon courage.
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E
Je suis heureux que vous soyez laissé prendre par les contes et je suis sensible à vos remarques bienveillantes. Pour le serpent d'airain, je ne conteste pas vos interprétations encore que celle du Nouveau Testament soit sollicitée après coup. Mais la liaison est intéressante car, dans cette optique, le Christ a pleinement assumé la violence et reste un modèle pour que nous en fassions autant.Sur l'espace d'incertitude, vous avez un peu raison. En fait c'est du footballeur que je tiens la formule (espace d'incertitude). Je n'en retiens que l'idée suivante : il faut se mettre dans une situation d'imprévisibilité pour obtenir des résutats, ce qui est vrai aussi bien pour le foot que pour la négociation.C'est étonnant que vous ayez jugé ambigu le conte sur le sage et le serpent : venant de l'Inde, il est plutôt dans la ligne de la non violence. Le sifflement évoque en même temps la parole et la menace mais pas la terreur...En fait tous les textes symboliques ont de multiples interprétations possibles... Equilibre par la terreur un peu dans le sens où la peur reste présente.
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F
Ton nouveau texte  nous a bien intéressés. Voilà notre réaction.
Merci pour ces beaux contes qui sont pleins de bon sens. Qui ne les approuvait pas? Ils décrivent bien la nature humaine,  qui est un peu fermée sur elle-même, comme le laisse apparaître par exemple le conte de "l'arbre des Indiens": la violence est intrinsèque à la nature humaine et ne peut être éliminée.Quelques petites remarques ou critiques mineures. D'accord pour proposer une interprétation originale du "Serpent d'airain", mais celle que vous proposez est un peu trop loin du texte, et éloignée de celle donnée par des habitués de l'Ecriture tels que St Paul et St Jean. Il est écrit que "quiconque aura été mordu et regardera le Serpent sera sauvé". Le Serpent apparaît plutôt comme le symbole du salut, l'homme ne reste pas en face de lui-même devant le Serpent d'airain, mais il est sauvé parce qu'ill accepte de se tourner vers Dieu.Le secret du footballeur ne nous paraît pas vraiment applicable à une négociation : l'espace d'incertitude  dans un match de foot a plutôt pour but de créer la confusion chez l'adversaire pour prendre le dessus et marquer des buts...Le dernier conte du serpent siffleur est un peu ambigu: la morale de cette histoire serait l'équilibre par la terreur ou la dissuasion par la violence possible...
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E
Je crois que tu peux dire à ton voisin qu'il néglige des textes qui font partie de la culture universelle, en dépit de leur présence dans la Bible.Par contre, j'ai bien apprécié tes remarques sur le médiateur, qui doit cerner le non dit. Cela va bien avec l'espace d'incertitude. Je te fais d'autant plus crédit que tu as été un médiateur efficace pour de grands conflits.
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J
J’ai voulu recueillir les remarques de l’un de mes voisins qui est très différent de moi (milieu d’origine, culture, génération, mentalité,etc....). Pour être plus précis, il a une formation de psy. (licence de psychologie), il se dit athée (s’est fait débaptiser ou, tout au moins, a entrepris des démarches à cet effet), est très individualiste et très sécuritaire dans la conduite de tous ses actes et de toutes ses entreprises.
Ses connaissances de la Bible sont très basiques. Il m’a donc dit que les références au mythe de Babel, au serpent d’airain de Moïse, à l’épisode du buisson ardent et au jugement de Salomon, n’ont pour lui qu’une signification relative.
Au sujet de ton point de vue sur la réussite en affaires, il a émis des doutes sur le bien fondé de la fructification de son argent personnel pour le bien de tous. In fine, il ne m’a rien dit d’intéressant (prudence dans l’expression de son point de vue) mais, au cours de ses 2 ou 3 lectures successives du texte, il a fait la moue plusieurs fois, ce que j’ai interprété comme étant des réactions de scepticisme.                                                                      Pour En ce qui me concerne, mon expérience de la médiation et de la conduite d’une négociation, est en parfait accord avec ton analyse. Elle m’a cependant été profitable en me conduisant à saisir l’importance du lien violence>>>désir et vie>>>mort ainsi que l’inopportunité de l’évitement du temps d’affrontement lorsque existe l’objectif d’obtention d’un accord négocié.Je pense que le médiateur efficace est celui qui possède, au-delà de la capacité de l’écoute,  celle bien plus subtile qui consiste à comprendre et à saisir le non- dit des différents acteurs au conflit. En effet, chacun d’eux exprime inconsciemment à travers ses propos et ses attitudes (l‘expression de son visage, ses mouvements de mains), ce qu’il ne veut pas ou ne peut pas dévoiler pour diverses raisons : amour propre, point de vue et position de ses mandants, opinion publique, réputation personnelle ou de son organisation, refus de donner l’impression de recul ou de faiblesse, etc....etc.....Or, c’est dans le non- dit des protagonistes en présence que se situe la clef de l’accord possible et la solution négociée du différend.
 Tu as donc raison de dire que le médiateur doit être libre de ses propos; pour ma part je prétends qu’il doit  être souvent, pour ne pas die toujours, le  « révélateur » des pistes de solution possibles qu’il détecte à travers les déclarations et les positions des uns et des autres et que, de plus, il doit  être parfois « provocateur »; c’est d’ailleurs de cela dont  ont besoin les parties en présence , bien qu’à mon avis elles n’en aient pas souvent conscience.   
En conclusion, le médiateur n’a pas la science infuse; c’est à travers les propos et les non-dits des un et des autres qu’il découvre progressivement les voies de la solution.
 
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E
Brigitte, tes réactions sont encourageantes ! Merci.
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B
Que ce texte est vivifiant ! Merci pour toutes ces réflexions dans lesquelles je vais me plonger.
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E
Je connaissais le conte des 17 chameaux mais je n'avais pas pensé l'utiliser pour une réflexion sur la négociation. La leçon est retenue et je t'en remercie.C'est vrai que nous avons pris de la hauteur par rapport à l'actualité : peut-être un petit décalage pour que la compréhension soit meilleure et plus ouverte ! En réalité, je me suis posé la question que tu nous présentes et j'en suis resté là.Bien amicalement.
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L
Le 18ème chameau
 Un bédouin sentant sa fin prochaine fit venir ses enfants pour dicter ses dernières volontés. De ses 17 chameaux, il destinait la moitié à l'aîné, le tiers au cadet et le neuvième au benjamin. Aucun calcul ne tombait juste.Le règlement de la succession s'avéra impossible, déclenchant l'hostilité entre les frères, jusqu'au moment où ils cherchèrent leur dernier recours auprès d'une vieille femme renommée pour sa sagesse. "Si je vous donne mon chameau, vous pourrez procéder au partage." Le compte fut vite fait : la moitié des 17+1=18 chameaux représentait 9 bêtes pour l'aîné, le cadet en recevait 6 et le benjamin 2 ! Au total 17 chameaux se trouvaient répartis, il en restait même un qu'ils s'empressèrent de restituer à la vieille femme en lui adressant leurs profonds remerciements.La morale de cette histoire : plutôt que se focaliser sur le partage de la valeur (et se faire la guerre), il vaut mieux consacrer ses efforts à agrandir la "galette" et donc : créer de la valeur... (c'est-à-dire, pour chaque négociation : rechercher où est, ou quel est le...18ème chameau...) ! (ex David Weiss, Beyond the walls of conflict, 1999)
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N

NégociationsBonjour Etienne-Ton article prend de la hauteur par rapport aux situations de l'actualité sociale que nous connaissons.Ce serait intéressant de viser une version plus large qui pourrait être soumise à la discussion de syndicalistes cheminots, p.Ex.-Je te fais passer un petit conte "Le 18ème chameau"qui met en valeur la médiation qui peut décaler la vision des protagonistes, au besoin par le biais de quelque ruse ( arithmétique en l'occurence) . -Connais-tu cette revue "Négociations "   http://universite.deboeck.com/livre/?GCOI=28011100307040&fa=sommaireEt puis la nouvelle livraison du Clairon:La fusion ANPE-ASSEDIC Pour les nuls :http://leclairon.blog.lemonde.fr/2007/11/30/fusion-anpe-assedic-enfer-ou-paradis/et notre rubrique LIVRES : internet contre libraires ?http://leclairon.blog.lemonde.fr/2007/12/01/commander-ses-livres-sur-amazon-et-revendiquer-la-livraison-gratuite-est-ce-mal/
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E
Merci pour tes encouragements et Jean-Claude verra sur le blog tes excuses. A bientôt !
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G
Comme poujours ta parole est juste et nécéssaire Je te laisse le soin de presenter mes excuses à Jean Claude.
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E
Merci de tes encouragements, qui nous montrent que notre réflexion ne repose pas sur du vide. Je vois que la formalisation a quelque chose d'utile pour le partage. C'est bien de le souligner car, c'est là que pour moi s'installe le doute. J'aime aussi ton insistance sur notre manque de culture de la négociation et sur la nécessité d'aller voir ailleurs.Tous mes encouragements pour que vous puissiez débloquer la situation avec votre classe de BEP 2è année !
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J
décidément , ce n'est pas la première fois que tes éclairages arrivent au moment où j'en ai besoin!    MERCI . Il se trouve que je profite de ce mois de Décembre où une classe de BEP 2° année est en stage pour réfléchir à la manière de re-démarrer le travail avec elle ,en Janvier, car la situation était bloquée en Novembre.Tout ce que vous écrivez sur la négociation ( "perdre pour gagner ") et sur l'espace d'incertitude  résonne vivement en moi et je vais le mettre en pratique ! La formalisation de ces idées et le partage de ces propositions me soulagent déjà : je ne me sens plus isolée dans mon coin avec l'impression de me débattre, seule face à des "sauvageons"... Bien entendu , votre travail nous aide aussi à soutenir les négociateurs et à encourager ceux qui doutent de la possibilité d'aboutir sur les dossiers chauds du moment. Nous ne sommes pas , en France , dans la culture de la négociation . Il nous faut des lois pour les contourner!Je crois savoir que dans les pays d' Europe de Nord on est plus dans une culture du consensus ; par exemple pour la limitation de vitesse . Résultat : les règles sont respectées .Comme vous le dites : écartons-nous , allons voir ailleurs , sortons de nos blocages ,arrêtons de penser que rien ne peut changer...J'espère que votre article fera avancer les négociations à tous niveaux et en tous lieux : famille , école , quartier , syndicat etc... Merci encore .
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E
Merci de la qualité de ta réponse. J'ai, avec toi, un censeur redoutable, mais c'est aussi cela qui m'intéresse.Le buisson ardentJe me suis posé la question pour l'interprétation. La tienne est celle qui vient d'abord à l'esprit et personne ne la contestera. Et pourtant, je pense qu'il y a déplacement pour la parole du tout autre, qui est aussi un Dieu proche. Il parle à distance comme Moïse lui-même. Le véritable espace intermédiaire est entre le buisson et le lieu où se trouve Moïse. Et c'est parce qu'il y a cette distance que la parole est possible. L'altérité de chacun est respecté y compris celle de Moïse.Femme secondeC'est un mauvais souvenir du texte initial qui m'a fait écrire "femme seconde". Je suis retourné voir le conte : c'est Madame Seconde". Cela ne change rien au texte mais m'interroge sur mes représentations. Le paysan chinoisJ'ai été très élliptique pour gagner de la place et je regrette que cela est rendu l'histoire obscure. Il y a, la question d'une femme : "Pourquoi sa fille pourtant très belle ne parle pas ?"Il y a ensuite la question d'un propriétaire d'orangers (qui, en réalité, comme on le verra par la suite, a enterré son argent:) : "Pourquoi ses orangers sont magnifiques et ne produisent pas de fruits ?" Il y a, enfin la question d'un dragon, qui aide le paysan à traverser le fleuve : "Pourquoi n'arrive-t-il pas à s'élever alors qu'il pratique la vertu depuis très longtemps ?" Cela fait donc quatre questions en tout. Par ailleurs, le paysan chinois travaille un lopin de terre qui appartient à un propriétaire faisant travailler plusieurs paysans. J'avoue que j'ai un peu sollicité le texte pour l'interprétation, parce qu'il était aussi question du rapport à la mère. Mais le rapport à la mère était, à mon avis, transposé au niveau du travail.L'épée de SalomonCette épée joue un rôle décisif : elle révèle la vraie mère, qui préfère laisser l'enfant à l'autre femme, plutôt que de la voir tuer. A ce moment, la parole de Salomon prend le relais de la violence esquissée avec la menace de l'épée. On assiste ici à la symbolisation de la violence. Bien plus, dans le sens que tu évoques, la menace de l'épée effectue les séparations nécessaires entre la mère et son enfant, entre la mère de l'enfant et l'autre femme. Elle fait advenir en quelque sorte l'altérité. Et la parole achèvera cette opération notamment en ce qui concerne la seconde femme. Et alors on est d'accord sur le fait que la vraie justice suppose la reconnaissance de l'autre.  
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Y
Je ne pense pas que les quelques réflexions qui suivent soient d'un quelconque intérêt pour le blog, quoique si tu en veux en extraire quelque chose...à ta guise, avec les coupures que tu veux.J'ai d'abord été agréablement surpris que dans un blog sur les mythes tu (ou vous) sois revenu à émailler le texte de mythes, contes et autres récits, particulièrement bien choisis. Comme ça, même si on n'est pas d'accord avec l'interprétation que tu en fais, on peut toujours faire son miel de ces textes. En gros, je suis d'ailleurs d'accord avec la ligne générale.Il y a cependant un point avec lequel je ne suis pas d'accord. Dans le paragraphe "L'entre deux...", il me semble y avoir un contresens sur l'interprétation du texte biblique. Le territoire sur lequel pénètre Moïse n'est pas un entre deux mais celui du Tout Autre, où s'impose le respect et l'écoute. Signalé par le buisson ardent, où commence-t-il? Où s'arrête-t-il? Moïse s'y enrichit de la parole, et quittant le territoire, s'en va vers son peuple pour la partager. La leçon n'est pas finalement différente, mais le respect du texte mène la réflexion beaucoup plus loin, me semble-t-il.Quelques petites critiques sur la forme. Dans le récit chinois, je pense que la fille s'adresse à sa mère en chinois normal et non en français petit nègre!...Dans le récit du paysan chinois, le développement que tu en donnes me semble passablement confus. Apparemment le paysan, lui, n'a qu'une question et pas quatre. En plus, il trouve femme. Ah bon, on ne s'y attendait pas. Et on apprend vers la fin que c'est un ouvrier agricole et non un paysan , ce qu'on croit jusque là. Disons, selon moi, quelques maladresses de rédaction, si je peux me permettre.Je suis aussi un peu sceptique sur l'interprétation que tu donnes à l'épée de Salomon. Elle a peut-être quelque chose à voir avec la violence, mais surtout avec l'illusion de défendre la notion d'équité. La justice ou la raison n'existent, comme dirait quelqu'un, qu'à partir du moment ou l'autre (ici l'enfant vivant) est présent, pris en considération. Etre juste n'est pas avoir une bonne balance (l'épée de la justice, si j'en crois l'iconographie en vigueur), mais être où l'autre (ou peut-être plutôt l'amour de l'autre) décide. L'exercice de la justice suppose-t-il la menace de l'épée? D'ailleurs, dans le récit, la non-mère n'a aucun sens de la violence infligée et l'épée n'est en rien une menace ou une violence, mais juste le chemin, erroné, de la justice. On accède à la justice moins par la peur que par la reconnaissance de l'autre. Ca, c'est le fait du prince (Salomon), du juste prince. On connait tant de princes qui sont des rouleaux compresseurs, des tanks,dont le verbiage couvre délibérément le bruit du moteur.Enlèves tes chaussures, car tu es entré sur le territoire du Tout Autre
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E
Mireille, tu as raison de mettre l'accent sur le médiateur. Sa présence est souvent indispensable. Il aurait  fallu effectivement l'évoquer, à la fin de l'article. Tu le fais, c'est bien.
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M
Bonjour Etienne, tu fais bien de terminer par le "jugement de Salomon". Un médiateur, un arbitre est souvent indispensable pour ouvrir cet "espace d'incertude" si difficile à explorer quand on est pris dans un conflit.
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E
Je suis content de voir que les contes et les mythes faciles à lire donnent l'impression de boire du petit lait ! En tout cas, c'est ce qui était cherché.
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D
Geneviève et moi nous avons bu ton petit lait avec plaisir d'autant plus que Geneviève avait fait une session sur la négociation, avec nécessité de résultat, bien entendu, dans le travail.Bon courageDenis
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E
Merci Ibrahim, je savais que tu étais sensible à ce type d'histoires.
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I
merci Etienne les anecdotes sur le miroir et le grain d'or m'ont fait réfléchir sur l'esprit du partage et la connaissance de soi-même à travers l'autreAmitiés Ibrahim
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F
Notes sur la question de la « négociation »

            Plusieurs situations, nationales ou internationales, mais parfois aussi relationnelles (interpersonnelles, en famille, dans un quartier…) nous renvoient au « principe de fermeté » : on ne négocie pas, on ne concède rien. Face à une prise d’otages et au chantage qui en découle, il n’y a pas de gouvernement au monde qui ne dira : faire tout le possible pour obtenir la libération. Mais tout se joue sur l’élasticité de ce « possible ». Et là il n’y a pas de modèle. Mais s’en tenir au front de la fermeté. Les principes, les valeurs (lesquels ?) ne se négocient pas.Tu ne sortiras pas ce soir. Je ne t’accompagne pas. Tu ne regarderas pas tel programme de télé. Tu n’ouvriras pas ton ordinateur aujourd’hui. Quand est en jeu l’autorité (celle supposée de l’Etat, celle du père ou de la mère ou du mari…) pas de négociation possible et le sacrifice de l’individu est inévitable. Et cela parce que dans cette souveraineté serait inclus également l’espace de notre liberté ou sa protection.Payer une rançon ou un échange de prisonniers seraient-t-ils des gestes à risque de bouleverser le cadre d’une démocratie ? Ou c’est le caractère sacral de la souveraineté (en réalité entièrement dépendante des rapports de force internationaux, des grands pouvoirs économiques, des humeurs de l’opinion publique…) qui va exiger le sacrifice de l’individu ?Auto-affirmation du pouvoir, qui ne peut admettre échec ou repliement. On ne négocie pas sur les principes, parfois même pas sur les objectifs, tout au plus on peut dialoguer sur les moyens ou les modalités…Et quand l’Eglise arrive avec la « loi naturelle » ou « la défense de la vie » à tout prix…            Depuis les défenseurs d’une certaine morale jusqu’aux champions de la dignité nationale ou de l’intérêt public , contre toute négociation avec les « déviants » ou les « terroristes », il y a un front de la « non-négociabilité ». L’art du compromis serait-elle dans la rencontre entre l’absolu avec le relatif ? Ce qui n’est pas négociable représente une sorte de « transcendance », de principe absolu. En concret, au moment même où l’on accepterait de négocier, l’adversaire aurait déjà gagné. L’adversaire ?  Ce qui serait extrêmement positif, la rencontre avec la radicalité de l’autre, devient une menace : négocier ne supposerait pas un interlocuteur, mais un ennemi.La « vérité », l’absolu ne peut être relatif, objet d’échange. En guerre, l’autre est à détruire. En paix, l’autre est un sujet à rencontrer, et par la parole/échange une nouvelle situation peut naître…là où des choses impossibles peuvent se croiser. Donc, un pont est nécessaire (médiation, espace intermédiaire..) pour essayer de concilier les inconciliables.Ce qui est en jeu dans la négociation est l’impossible, la nouveauté, autre chose que ce qui paraît possible au départ. C’est le choc nécessaire entre l’absolu et le relatif.Un absolu qui ne peut être absolu que dans la rencontre avec l’histoire, le devenir, les situations, les personnes… Négocier : viser l’impossible, pour faire exister l’absolu dans la réalité.Une valeur, un principe, n’existent pas « en soi », en l’air, en dehors de tout, mais ils existent justement « en relation à… », parce que crées, pensées, élaborées, données ou révélées même, dans une histoire. Penser la « valeur » comme ce qui est continuellement en vie, valeur parce qu’en vie, en négociation, en échange, infiniment négociable donc.. Elle n’existe pas en dehors de sa propre négociation, un absolu qui a besoin du relatif, de faire un pas hors de lui, pour être l’absolu qu’il est.             Négocier, pour moi, ce n’est pas seulement essayer de résoudre une situation du présent, c’est aussi ouvrir un espace de liberté pour l’avenir, un laboratoire pour le futur. Il faudrait arriver à déclarer la poésie comme un bien essentiel de l’humanité, autant que l’eau et la terre… Ne pas subir ou gérer la réalité comme une « prose » quotidienne, répétitive et inéluctable,  mais pouvoir la re-inventer, en découvrit toutes les nuances, les peurs comme les rêves. Poser la capacité à la poésie, à la créativité  parmi les indicateurs qui mesurent le développement d’un pays et d’une personne. Une façon essentielle de penser, regarder et raconter la vie. Pas pour s’en évader, mais pour en découvrir un autre aspect, le sens et la signification, et pour en donner l’orientation. C’est peut être cela la capacité offerte à tous d’avoir et d’être un projet. La poésie qui fait partie de- la vie. Surtout quand l’enjeu est symboliquement ou réellement antagoniste à la vie : maladie, dépression, chômage, chantage, misère, mort, blocages de toute sorte… L’espace de négociation est aussi celui qui ouvre sur l’avenir.
 

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