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26 octobre 2007 5 26 /10 /octobre /2007 09:15

 

Tissage (métissage) au Bhoutan

http://amisdubhoutan.free.fr/Pages/page_10.html


Notre rapport à l’étranger

 Au-delà de l’incompréhensible incompréhension

En France, notre rapport à l’étranger est fait de bonne volonté mais aussi d’une grande incompréhension. L’image de notre comportement, noircie par le renvoi des immigrés, surtout lorsque les familles sont déchirées et les destins individuels brisés, devient de plus en plus insupportable. Aurions-nous déserté la sphère de l’humain, écarté le rapport à l’autre qui fait de nous des hommes ? Peut-être, mais c’est alors dans la plus grande inconscience. Le film coréen, Printemps, Été, Automne, Hiver… et  Printemps, pourrait contribuer à nous ouvrir les yeux.    

 

   La pierre qu’il faut traîner 
 
Le cinéaste Kim Ki-Duk met en scène un vieux moine et un enfant, sur une petite île au milieu d’un lac. Sans intervenir inutilement, le vieux moine s’efforce d’éduquer l’enfant, pour le conduire, un jour, jusqu’à l’éveil. Or, une scène étonnante est en train de se passer. L’enfant attache des pierres, par l’intermédiaire d’une ficelle, à un serpent, une grenouille et un poisson. Les pauvres petits animaux peinent pour traîner ce fardeau inhabituel et leur tortionnaire prend plaisir à les voir gesticuler. Le maître est là mais ne dit rien. Au cours de la nuit, il vient lui-même attacher une grosse pierre au dos de l’enfant. Lors du réveil, il lui fait la leçon : « Hier, tu as martyrisé de pauvres petits êtres vivants. Aujourd’hui, tu vas toi-même traîner ta pierre pour aller libérer les animaux que tu as torturés. Si l’un d’entre eux est mort, tu souffriras, toute ta vie, de la cruauté de ton acte ». Péniblement, l’enfant se traîne jusqu’au lieu du forfait. Il délie le poisson et la grenouille de leur pierre invalidante. Malheureusement, le serpent a cessé de vivre. Sans s’en rendre compte, le jeune moine est en train de faire son voyage initiatique et il se trouve maintenant au point de rencontre crucial avec la mort. Il se rend compte qu’il a une pierre à traîner parce que quelqu’un d’autre l'a attachée sur son dos. Nous saurons à la fin du film que sa mère l’a abandonné, au tout début de son existence. Pour se libérer, il faudra, comme le moine le lui a fait comprendre, s’ouvrir à l’autre pour l’aider à se  délivrer de son fardeau. Alors, la pierre qu’il a fallu traîner, pendant de longues années, deviendra le socle de l’éveil lui-même et donc de la libération de l’être. 

 

     La pierre de l’étranger 
 
L’étranger, qui quitte le Maghreb, les profondeurs du continent africain, le Moyen Orient, a aussi une pierre qu’il traîne avec difficulté. Il tourne en rond parce que la communauté l’enferme et aspire toute son énergie. Il a de la peine à réaliser sur place des programmes de développement à long terme. Tout s’effiloche, l’argent s’égare dans les poches de ceux qui lui veulent du bien, l’horizon se ferme et il ne voit d’autre solution que d’aller rêver ailleurs parce qu’ici le rêve a perdu sa force créatrice. 

  Il vient chez nous pour qu’on le libère de sa pierre 
 
Par tous les moyens, l’étranger cherche à sauver sa peau. Il veut parvenir chez nous, comme s’il percevait déjà sur notre terre un avenir messianique. Contrairement à ce que certains pensent, il ne vient pas d’abord pour gagner sa vie : il est plus fondamentalement en quête de guérison et de libération. Le nœud du problème est culturel ; il n’est pas seulement économique. Il attend, bon gré mal gré, qu’on le libère de sa pierre.

  Nous ne comprenons pas sa demande 
 
Pris dans nos problèmes de crise, nous ne comprenons pas sa demande. Il a le cœur meurtri et nous le prenons pour un envahisseur. Notre cœur se ferme pour pouvoir se défendre. Il y a, entre nous, un jeu de cache-cache qui contrarie la recherche de solutions adéquates. Nous imaginons son besoin à la lumière de nos propres soucis. Mais nos soucis enveloppent sa demande du voile de la nuit, qui nous empêche de le comprendre.

 
 Une situation impossible et le règne de la peur 
 
La situation devient de plus en plus impossible à dénouer. Dans la confusion qui engendre l’incompréhension, chacun s’enferme dans la peur. Il faudrait que nous nous engagions, les uns et les autres, dans un voyage initiatique, pour affronter la mort. Mais la mort, c’est l’autre et il faut l’écarter. Les banlieues s’enflamment et les charters se chargent des sans papiers. Les autorités tentent de s’accaparer la raison face aux dangereux utopistes, loin de la réalité, et pourtant, comme toujours, « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ».


  Le problème, c’est que nous avons aussi notre pierre à traîner 
Si nous réagissons de manière aussi inconsidérée, c’est que nous avons aussi notre pierre à
traîner. Malheureusement, nous ne le savons pas. Notre souci, ce ne sont pas nos racines, ce sont les projets, avec une société à construire et sans cesse à perfectionner. Apparemment, le droit et la vertu sont de notre côté. Construire un monde  où chacun a sa place, n’est-ce pas le plus beau projet imaginable pour l’humanité en marche ? Nous sommes du côté des projets et de la société à construire, mais la pierre que nous traînons, ce sont précisément nos racines et la communauté oubliées. Nos difficultés à mettre en œuvre nos programmes et à conjurer la crise tiennent pour une bonne part à cette lourde pierre que nous ne voyons pas. Les dynamiques ne sont pas du côté de la communauté, qui peut nous enfermer et stériliser nos énergies, ni du côté de la société qui peut nous aliéner dans le mirage de ses plus beaux projets. Elles sont dans l’entre-deux, entre la communauté et la société.

 
 Chacun a la solution pour l’autre
S’il en est bien ainsi, nos destins sont croisés. C’est l’étranger seulement qui peut me libérer de ma pierre parce qu’il m’apporte la communauté que j’avais oubliée. Et, en échange, je peux l’aider à couper le lien mortifère à la communauté, lorsqu’il se laisse envahir par elle, en l’ouvrant aux projets d’une société toujours plus universelle. Comme nous l’enseigne le tao, il faut apprendre à marcher sur ses deux jambes, celle de la communauté reliée aux racines et celle de la société ouverte aux projets.

  
Un chantier commun à entreprendre ou le retour au jardin
Nous avons à construire un espace commun, plein d’enchantement, où chacun pourra trouver ses moyens de subsistance et ouvrir une place à l’autre. Il n’est plus question d’intégration dans un monde préparé à l’avance, qui me reste extérieur. Il devient nécessaire de faire naître une autre culture où nous croiserons nos fils et où le métier choisi, avec son cadre approprié, devra relier communauté et société. Entre l’une et l’autre, nous cultiverons notre jardin comme on tisse une œuvre d’art, pour un monde plein de promesses.

 
 La voie du sujet et de la libération
C’est dans ce jardin que pourra se faire l’éveil et la libération. Le sujet ne peut trouver sa voie qu’entre communauté et société, où gît le paradoxe. Ici la parole a droit de cité, donnant aux actes toute leur fécondité. Elle naît à la jonction de nos deux pierres, qui, une fois libérées, serviront de fondement à notre maison commune.

Etienne Duval

 Le 26 octobre 2007

  

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Published by Duval Etienne - dans mythesfondateurs
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commentaires

Etienne 07/01/2008 09:53

C'est possible, comme quoi il convient d'être très modeste dans sa réflexion. A vrai dire, ce qui m'intéressait, dans ce texte, c'était de faire apparaître notre oubli de la communauté, qui rend très difficile l'accueil des étrangers. Mais, en même temps, l'acceptation de la dimension communautaire a une contre-partie, celle d'ouvrir vers plus d'universel dans la constitution de la société, ce qui va limiter les conflits.

Achille 07/01/2008 09:47

N'est-ce pas notre orgueil qui nous fait croire que l'étranger est en quête de projets plutôt que de pain? Et notre redécouverte du sens de la communauté ,  ne comporte-t-elle pas, si celui-ci  est trop étroit, le risque de l'affrontement?

Jean-Claude 01/12/2007 16:39

Je suis resté 5 jours à l'hôpital . Je viens de rentrer chez moi. J'ai besoin d'un peu de repos...Oui, ce qui est grossier me fait rire, je pense que c'est une réaction plus saine que la colère...Pour moi la fidélité est une chose importante...Je ne souhaite pas continuer cet échange par mail . Si j'ai un jour l'occasion de rencontrer Geneviève nous pourrons reparler de l'Etranger, proche ou lointain...
 
 

Etienne 30/11/2007 18:28

Le problème est moins ce que nous pouvons apporter à l'étranger mais ce que l'étranger peut nous apporter. Tant que nous n'accepterons pas de voir nos manques, rien ne pourra être fait. Je pense en particulier que nous avons perdu la communauté. Nous sommes comme un arbre sans racines, qui peut difficilement produire les fruits que chacun attend. Or c'est le sens de la communauté que l'étranger peut nous apporter. Après nous pourrons l'aider à prendre de la distance par rapport à la communauté sans pour autant la détruire et à s'engager vers plus d'universel et plus de développement. C'est ainsi que nous reconstruirons une véritable culture méditerranéenne. C'est en ce sens que je suis personnellement engagé.

GeneviÚve 30/11/2007 18:19

Je veux dire à Jean Claude que je suis d'un anticléricarisme grossier mais pas risible. A cela j'ajoute que je n'ai aucune culture et que la fidélite n'ai pas pour moi une priorité. Malgré tous ces handicaps, j'aime l'échange et le partage. Nous avons tous besoin de béquilles et qu'importe le nom qu'on leurs donne ; l'essentiel est l'aide quelles nous apportent.  Je crois en un monde meilleur et j'essaie de comprendre ce que notre génération a raté Je voudrais éviter à mes enfants et petits enfants les erreurs que j'ai pu faire. J'aime beaucoup l'aide qu'Etienne nous apporte sur le chemin d'une reflextion meilleure et je l'en remercie. Au sujet de notre rapport à l'etranger je me sens bien demunie devant le sort qu'on leurs fait. Et je pose la question de l'aide que l'on pourrait apporter.

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