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26 octobre 2007 5 26 /10 /octobre /2007 09:15

 

Tissage (métissage) au Bhoutan

http://amisdubhoutan.free.fr/Pages/page_10.html


Notre rapport à l’étranger

 Au-delà de l’incompréhensible incompréhension

En France, notre rapport à l’étranger est fait de bonne volonté mais aussi d’une grande incompréhension. L’image de notre comportement, noircie par le renvoi des immigrés, surtout lorsque les familles sont déchirées et les destins individuels brisés, devient de plus en plus insupportable. Aurions-nous déserté la sphère de l’humain, écarté le rapport à l’autre qui fait de nous des hommes ? Peut-être, mais c’est alors dans la plus grande inconscience. Le film coréen, Printemps, Été, Automne, Hiver… et  Printemps, pourrait contribuer à nous ouvrir les yeux.    

 

   La pierre qu’il faut traîner 
 
Le cinéaste Kim Ki-Duk met en scène un vieux moine et un enfant, sur une petite île au milieu d’un lac. Sans intervenir inutilement, le vieux moine s’efforce d’éduquer l’enfant, pour le conduire, un jour, jusqu’à l’éveil. Or, une scène étonnante est en train de se passer. L’enfant attache des pierres, par l’intermédiaire d’une ficelle, à un serpent, une grenouille et un poisson. Les pauvres petits animaux peinent pour traîner ce fardeau inhabituel et leur tortionnaire prend plaisir à les voir gesticuler. Le maître est là mais ne dit rien. Au cours de la nuit, il vient lui-même attacher une grosse pierre au dos de l’enfant. Lors du réveil, il lui fait la leçon : « Hier, tu as martyrisé de pauvres petits êtres vivants. Aujourd’hui, tu vas toi-même traîner ta pierre pour aller libérer les animaux que tu as torturés. Si l’un d’entre eux est mort, tu souffriras, toute ta vie, de la cruauté de ton acte ». Péniblement, l’enfant se traîne jusqu’au lieu du forfait. Il délie le poisson et la grenouille de leur pierre invalidante. Malheureusement, le serpent a cessé de vivre. Sans s’en rendre compte, le jeune moine est en train de faire son voyage initiatique et il se trouve maintenant au point de rencontre crucial avec la mort. Il se rend compte qu’il a une pierre à traîner parce que quelqu’un d’autre l'a attachée sur son dos. Nous saurons à la fin du film que sa mère l’a abandonné, au tout début de son existence. Pour se libérer, il faudra, comme le moine le lui a fait comprendre, s’ouvrir à l’autre pour l’aider à se  délivrer de son fardeau. Alors, la pierre qu’il a fallu traîner, pendant de longues années, deviendra le socle de l’éveil lui-même et donc de la libération de l’être. 

 

     La pierre de l’étranger 
 
L’étranger, qui quitte le Maghreb, les profondeurs du continent africain, le Moyen Orient, a aussi une pierre qu’il traîne avec difficulté. Il tourne en rond parce que la communauté l’enferme et aspire toute son énergie. Il a de la peine à réaliser sur place des programmes de développement à long terme. Tout s’effiloche, l’argent s’égare dans les poches de ceux qui lui veulent du bien, l’horizon se ferme et il ne voit d’autre solution que d’aller rêver ailleurs parce qu’ici le rêve a perdu sa force créatrice. 

  Il vient chez nous pour qu’on le libère de sa pierre 
 
Par tous les moyens, l’étranger cherche à sauver sa peau. Il veut parvenir chez nous, comme s’il percevait déjà sur notre terre un avenir messianique. Contrairement à ce que certains pensent, il ne vient pas d’abord pour gagner sa vie : il est plus fondamentalement en quête de guérison et de libération. Le nœud du problème est culturel ; il n’est pas seulement économique. Il attend, bon gré mal gré, qu’on le libère de sa pierre.

  Nous ne comprenons pas sa demande 
 
Pris dans nos problèmes de crise, nous ne comprenons pas sa demande. Il a le cœur meurtri et nous le prenons pour un envahisseur. Notre cœur se ferme pour pouvoir se défendre. Il y a, entre nous, un jeu de cache-cache qui contrarie la recherche de solutions adéquates. Nous imaginons son besoin à la lumière de nos propres soucis. Mais nos soucis enveloppent sa demande du voile de la nuit, qui nous empêche de le comprendre.

 
 Une situation impossible et le règne de la peur 
 
La situation devient de plus en plus impossible à dénouer. Dans la confusion qui engendre l’incompréhension, chacun s’enferme dans la peur. Il faudrait que nous nous engagions, les uns et les autres, dans un voyage initiatique, pour affronter la mort. Mais la mort, c’est l’autre et il faut l’écarter. Les banlieues s’enflamment et les charters se chargent des sans papiers. Les autorités tentent de s’accaparer la raison face aux dangereux utopistes, loin de la réalité, et pourtant, comme toujours, « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ».


  Le problème, c’est que nous avons aussi notre pierre à traîner 
Si nous réagissons de manière aussi inconsidérée, c’est que nous avons aussi notre pierre à
traîner. Malheureusement, nous ne le savons pas. Notre souci, ce ne sont pas nos racines, ce sont les projets, avec une société à construire et sans cesse à perfectionner. Apparemment, le droit et la vertu sont de notre côté. Construire un monde  où chacun a sa place, n’est-ce pas le plus beau projet imaginable pour l’humanité en marche ? Nous sommes du côté des projets et de la société à construire, mais la pierre que nous traînons, ce sont précisément nos racines et la communauté oubliées. Nos difficultés à mettre en œuvre nos programmes et à conjurer la crise tiennent pour une bonne part à cette lourde pierre que nous ne voyons pas. Les dynamiques ne sont pas du côté de la communauté, qui peut nous enfermer et stériliser nos énergies, ni du côté de la société qui peut nous aliéner dans le mirage de ses plus beaux projets. Elles sont dans l’entre-deux, entre la communauté et la société.

 
 Chacun a la solution pour l’autre
S’il en est bien ainsi, nos destins sont croisés. C’est l’étranger seulement qui peut me libérer de ma pierre parce qu’il m’apporte la communauté que j’avais oubliée. Et, en échange, je peux l’aider à couper le lien mortifère à la communauté, lorsqu’il se laisse envahir par elle, en l’ouvrant aux projets d’une société toujours plus universelle. Comme nous l’enseigne le tao, il faut apprendre à marcher sur ses deux jambes, celle de la communauté reliée aux racines et celle de la société ouverte aux projets.

  
Un chantier commun à entreprendre ou le retour au jardin
Nous avons à construire un espace commun, plein d’enchantement, où chacun pourra trouver ses moyens de subsistance et ouvrir une place à l’autre. Il n’est plus question d’intégration dans un monde préparé à l’avance, qui me reste extérieur. Il devient nécessaire de faire naître une autre culture où nous croiserons nos fils et où le métier choisi, avec son cadre approprié, devra relier communauté et société. Entre l’une et l’autre, nous cultiverons notre jardin comme on tisse une œuvre d’art, pour un monde plein de promesses.

 
 La voie du sujet et de la libération
C’est dans ce jardin que pourra se faire l’éveil et la libération. Le sujet ne peut trouver sa voie qu’entre communauté et société, où gît le paradoxe. Ici la parole a droit de cité, donnant aux actes toute leur fécondité. Elle naît à la jonction de nos deux pierres, qui, une fois libérées, serviront de fondement à notre maison commune.

Etienne Duval

 Le 26 octobre 2007

  

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commentaires

E
C'est possible, comme quoi il convient d'être très modeste dans sa réflexion. A vrai dire, ce qui m'intéressait, dans ce texte, c'était de faire apparaître notre oubli de la communauté, qui rend très difficile l'accueil des étrangers. Mais, en même temps, l'acceptation de la dimension communautaire a une contre-partie, celle d'ouvrir vers plus d'universel dans la constitution de la société, ce qui va limiter les conflits.
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A
N'est-ce pas notre orgueil qui nous fait croire que l'étranger est en quête de projets plutôt que de pain? Et notre redécouverte du sens de la communauté ,  ne comporte-t-elle pas, si celui-ci  est trop étroit, le risque de l'affrontement?
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J
Je suis resté 5 jours à l'hôpital . Je viens de rentrer chez moi. J'ai besoin d'un peu de repos...Oui, ce qui est grossier me fait rire, je pense que c'est une réaction plus saine que la colère...Pour moi la fidélité est une chose importante...Je ne souhaite pas continuer cet échange par mail . Si j'ai un jour l'occasion de rencontrer Geneviève nous pourrons reparler de l'Etranger, proche ou lointain...
 
 
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E
Le problème est moins ce que nous pouvons apporter à l'étranger mais ce que l'étranger peut nous apporter. Tant que nous n'accepterons pas de voir nos manques, rien ne pourra être fait. Je pense en particulier que nous avons perdu la communauté. Nous sommes comme un arbre sans racines, qui peut difficilement produire les fruits que chacun attend. Or c'est le sens de la communauté que l'étranger peut nous apporter. Après nous pourrons l'aider à prendre de la distance par rapport à la communauté sans pour autant la détruire et à s'engager vers plus d'universel et plus de développement. C'est ainsi que nous reconstruirons une véritable culture méditerranéenne. C'est en ce sens que je suis personnellement engagé.
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G
Je veux dire à Jean Claude que je suis d'un anticléricarisme grossier mais pas risible. A cela j'ajoute que je n'ai aucune culture et que la fidélite n'ai pas pour moi une priorité. Malgré tous ces handicaps, j'aime l'échange et le partage. Nous avons tous besoin de béquilles et qu'importe le nom qu'on leurs donne ; l'essentiel est l'aide quelles nous apportent.  Je crois en un monde meilleur et j'essaie de comprendre ce que notre génération a raté Je voudrais éviter à mes enfants et petits enfants les erreurs que j'ai pu faire. J'aime beaucoup l'aide qu'Etienne nous apporte sur le chemin d'une reflextion meilleure et je l'en remercie. Au sujet de notre rapport à l'etranger je me sens bien demunie devant le sort qu'on leurs fait. Et je pose la question de l'aide que l'on pourrait apporter.
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G
Bonjour Etienne Les fleurs il n'y en a jamais trop. Tu le sais, toi qui sais si bien les envoyer.  Et puis en géneral elles sont beaucoup plus rares que les critiques.Je n'aime pas assez. On ne m'aime pas assez . C'est bien vrai. Pourtant j'ai été aimée comme peu de personnes ont pu l'étre et ce bonheur là reste à tout jamais.
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J
Une brève réponse à Geneviève .
Je n'ai pas été choqué . J'essaie d'écouter et de respecter tous les points de vue, aussi différents soient-ils . Loin de moi l'idée de guerre de religion . Chacune d'elles à ses valeurs et elles se rejoignent, je crois, sur l'essentiel qui est le grand commandement de l'amour ."On" a beaucoup parlé effectivement de la position de l'église catholique en Afrique jusqu'à la rendre responsable de la propagation du sida...ce qui est une véritable malhonnêteté intellectuelle inspirée d'un anticléricalisme grossier etrisible . Au Niger, où le sida fait des ravages, les catholiques représentent 1 pour 1000 de la population . Les 999 autres sont musulmans...L'Islam interdit la contraception et "autorise" 4 femmes par homme...Un homme peut répudier unefemme par une simple déclaration devant le Marabout du quartier...Mais on ne dit rien ou presque de la position de l'Islam sur le sujet...Sur l'essentiel, l'Eglise invite au respect de l'autre et à la fidélité . Chacun fait ensuite son chemin avec les béquilles qu'il peut trouver . Et je n'ai jamais entendu un prêtre condamner les moyens contraceptifs, sauf l'avortement qui n'en est pas un mais que l'"on" voudrait banaliser...Autre débat...Concernant l'accueil des étrangers chez nous, je pense que Geneviève connaît le travail réalisé par Forum Réfugiés, la Cimade, le Secours Catholique...celui des policiers qui traquent les étrangers en situation irrégulière, les nouvelles conditions de renouvellement des cartes d'identité, les conditions de vie dansles centres de rétention...Ce serait intéressant d'en parler...A bientôt .Amicalement .Jean-Claude
 
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E
Juste un petit mot avant de laisser la plume à Jean-Claude. L'Eglise, c'est comme la famille et la communauté : il faut savoir prendre  de la distance pour ne pas se sentir enfermé, pour avoir avec elle une relation d'adulte et, éventuellement, pour l'amener à s'ouvrir lorsqu'elle nous surprend et nous scandalise.Tu ne m'en voudras pas, j'ai souligné, à la fin de ton texte, un lapsus, en mettant le texte en gras. Au lieu de mettre "On n'aime jamais assez", tu as écrit : On m'aime jamais assez.
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G
Pour rebondir aux réactions de Jean ClaudeJe suis navré de l'avoir choqué, ce n'était pas mon but Je ne pensais pas non plus rentrer dans une guerre de religion en pensant que l'une soit meilleure que les autres. Simplement je parle de ce que je connais, la religion catholique étant le fondement de notre pensée et de notre vie quotidienne.Il me semble bien difficile d'y échapper et je me sens souvent étriquée.Je comprends fort bien qu'on n'y étouffe pas, heureusement Je suis d'accord aussi pour une certaine liberté d'expression, c'est bien le moins.Je suis admirative du travail accompli au Niger mais bien humblement je pose la question sur la position de l'église « Sida et contraception".Mais nous sommes bien loin de l'étranger chez nous, qui  est  mal accueilli et de rapports qui pourtant ne devraient poser aucun problème et c'est sur terrain la que je voudrais avançer.ST Augustin, le père de Foucault et bien d'autres nous invitent à aimer sans limites mais c'est bien là le plus dur. On m'aime jamais assez.
 
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G
Si ils rêvent, mais c'est à la manière occidentale. Ils rêvent de nos valeurs : gains, voitures... Il faut que l'Occident consacre beaucoup d'argent pour les aider à rêver en Africains.
Dans les campus chinois, les jeunes rêvent d'aller aux Etats-Unis.
En Afrique, ce n'est vraiment pas brillant. Ils risquent leur vie pour venir chez nous. Ils n'ont plus d'espoir dans leur pays.
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E
Il me semble que chez eux le rêve n'est plus possible? C'est peut-être un peu ce que tu dis lorsque tu reconnais qu'ils n'ont pas d'avenir...
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G
Je ne pense pas que les étrangers (dont on parle) soient venus en France pour des raisons d'ordre culturel ; ils sont d'abord venus pour des raisons économiques. On voit bien que, lorsqu'ils sont là, ils envoient un pécule à leur famille. Ma belle-soeur est allée au Mali avec un groupe. Là-bas, les jeunes n'avaient qu'un objectif : venir en France. Ils pensent que nous sommes un pays de cocagne. D'ailleurs, pour eux, même les sans-papiers arrivent à vivre en France.
C'est vrai que c'est un pays où il n'y a pas d'avenir matériel ou spychologique. Ce n'est pas normal qu'il n'y ait pas d'avenir. Nous devons les aider pour qu'un avenir soit possible.
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E
D'accord sur la perversion de la notion de nation. Mais il faut bien reconnaître que la nation ne peut pas être l'horizon du politique à un moment où nous pensons Europe, où les pays pauvres nous interpellent et où nous devons nous orienter vers la mondialisation.
Maintenant je laisse la parole à Geneviève.
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J
Je voulais poser la question de Nation, beau concept unificateur, que l'on a parfois voulu homogène et disciplinée au point d'en faire une machine de guerre idéologique, économique et militaire contre "les puissances étrangères", contre cet "étranger" dont il fallait se méfier à cause des espions, de la "5ème colonne", comme on se méfie aujourd'hui des clandestins . Nous avons cetteculture de la méfiance dans les gènes . L'étranger est un intrus, il dérange, déstabilise, met en péril...Il nous prend notre feu, notre pain et nos femmes...Il faut que l'espace entre lui et nous soit le plus grand possible...
Pour répondre à Geneviève : pourquoi la religion chrétienne serait-elle "étriquée" ? Plus que le bouddhisme, le taoïsme...? L'évangile n'appelle à rien d'autre qu'à une révolution de l'amour, à la mise en commun, au partage, à l'universel...Toutes les religions sont étriquées à partir du moment où le dogmatisme prend le pas sur la liberté d'expression, où l'on se retrouve étranger dans sa propre église . Je n'étouffe pas dans ma religion chrétienne etje suis même souvent étonné de la liberté d'expression que trouvent aujourd'hui des courants de pensée souvent très opposés au sein de cette institution ."Aime et fais ce que veux" disait St Augustin . Tout est dit . Au Niger, en février dernier, j'ai vu des religieux et religieuses, africains ou européens, la main dans la main avec leurs frères musulmans DONNER leur vie, à mains nues pour lutter contre la marée montante de la misère du monde . Je vous invite àMaradi . Le plus fort taux de mortalité infantile et la plus forte natalité du monde, le revenu moyen par habitant le plus faible du monde, sans doute 10.000 sidéens, plusieurs centaines de lépreux regroupés à la périphérie de la villeavec les aveugles et les infirmes...Il y a 350.000 habitants à Maradi dont 350 catholiques qui ne vivent pas un amour des autres "étriqué"...
A bientôt !
 
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G
Réponse à Jean-Claude
En remerciant Jean Claude pour ses paroles apaisantes et agréables à lire, je précisais qu'en disant orgueil et suffisance ce n'était pas dans la culpabilité mais dans mon impuissance à renconter l'autre l'étranger bien sûr, mais aussi mes très proches..En lisant les derniers commentaires de J Claude je suis moi aussi consternée par les dégats de la mondialisation. Nous avions cru en une vie meilleure pour tous.Le gone du chaaba était à Vaulx en Velin et nous ne l'avons jamais vu. Nous avons maintenant des acquisn des privilèges, et eux dorment dans la rue. Nos acquis, nos privilèges, ne sont pas seulement économiques .Nous entrons dans un monde nouveau et l'accouchemente est très douloureux.Notre vision chrétienne et étriquée fait barrière et nous empèche d'avancer. Seule notre capacité à aimer nous délivrera. On n'aime jamais assez. L'amour vrai c'est la démesure... Le père de Foucault disait «  La où il ny a pas d'amour, mettez de l'amour, alors vous extrairez de l'amour » Très beau programme. L'abandon, le renoncement, d'accord Jean Claude mais nous ne sommes pas des saints. Alors que faire ? Pleurer, prier, voter ...... Bloguer c'est ok....A très bientôt bien amicalementGENEVIEVE
 
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E
Merci d'être entré dans la réflexion pour apporter ta pierre à la réflexion commune. Dans la partie "Nous ne comprenons pas leur demande", je veux intoduire l'idée suivante, qui sera plus claire par la suite : tant que nous n'aurons pas intégré la dimension communautaire, il nous est impossible de comprendre la demande de l'étranger dont je parle. Cette demande en effet a rapport à la communauté. Ma pierre contribue a voiler ma connaissance, m'empêchant de voir la réalité telle qu'elle est et donc de porter une juste appréciation sur la demande de l'autre. Bien plus elle me met dans l'incapacité de répondre efficacement à une telle demande. 
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J
pardon d'avoir mis si longtemps à te répondre.j'espère que tu vas bien.Le film coréen dont tu parles est passé récemment à la télé et j'ai regretté de ne pouvoir le re-voir. Je l'avais vu dans des conditions privilégiées à Lille durant les vacances de Pâques .J'avais fait un petit séjour -découverte de Lille-capitale européenne de la culture: musée des beaux-arts , piscine de Roubaix , film d'art et essai. ce film évoque F. Cheng et le taoisme , oui. Le message passe bien adouci (plus ou moins !) par la beauté du paysage. D'accord avec toi pour dire que contrairement à 'l'air du temps" psychologisant tout , "notre souci , ce ne sont pas nos racines mais la société à construire". Telle est la difficulté...Pour ce faire , il faut marcher sur ses 2 jambes -image très parlante - j'ajouterai en regardant à la fois par terre et loin devant pour ne pas trébucher! J'ai du mal à comprendre le § intitulé" Nous ne comprenons pas leur demande" , il faudra que je le relise , que je cherche des éléments d'information. Merci , pour ces pensées constructives.Porte-toi bien.   J.B
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E
Je pense que l'incapacité à faire exister un espace intermédiaire constructif, entre communautés culturelles et projets multiples de la société plus universelle, existe bien avant Jules Ferry, avec Jules Ferry , et encore aujourd'hui.Mais Jean-Claude, je laisse la plume à Geneviève que j'alerte immédiatement.
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J
NOTRE RAPPORT A L’ETRANGER…suite de quelques réflexions rapides à l'intention de Geneviève

Depuis Jules Ferry et ses hussards noirs des générations d’enseignants se sont efforcées de fondre et de promouvoir dans les forges communes des républiques successives les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité pour créer une Nation, mosaïque sociale harmonieuse, soudée par une langue et des valeurs communes,  respectueuse des territoires, de leurs communautés et de leurs cultures . Mais ce patient tricotage républicain qui estompait petit à petit les inégalités et faisait émerger une nouvelle citoyenneté est mis à mal . La mondialisation fait éclater aujourd’hui les nations . Elle déstabilise leurs économies, appauvrit les uns, enrichit les autres . Dans cette nouvelle situation complexe, aux évolutions imprévisibles, où les identités et les repères se diluent, les communautarismes de toutes sortes, y compris économiques, reviennent comme des refuges et les étrangers font peur . Après avoir léché les pieds du plus fort parce qu’il est le roi de l’acier ou de l’informatique on se rabat, pour exorciser ses peurs, courageusement, sur les plus faibles dont proviennent, bien sûr, tous les maux .
Vaste débat, parfois sanglant, où nations, sociétés, communautés, groupes ethniques et bien sûr les individus les plus vulnérables, au premier rang desquels  les étrangers, font tour à tour les frais de ces peurs, de nos cécités et de nos amours-propres . Que valent dans la balance macabre de cette nouvelle guerre où l’étranger devient un ennemi nos actions « humanitaires », n’est-ce pas Geneviève ?  Mais la guerre est mère de toute choses disait Héraclite . C’est pourquoi la concurrence et la compétition économique, aux antipodes de la responsabilité, de l’altruisme et du partage, sont devenus les moteurs infernaux d’une économie libérale et aliénante où l’autre, simple acteur économique, devient un ennemi, qu’il faut, dans le monde entier, conquérir, capter, acheter, enrôler dans une consommation servile et surtout rentabiliser à travers une démarche dite, bien sûr, de service qui n’est que le masque du mercantilisme . Nous sommes tous, symboliquement, des enfants de Caïn, le meurtrier de son frère . Mais comment sortir de cette violence sans renoncer à nous-mêmes ?
Comment notre désir d’un monde meilleur pourrait-il se réaliser si l’animal  humain socialisé n’est regardé que dans sa dimension économique, dans sa capacité à consommer et à faire bouger le taux de croissance ?
Pour que l’autre ne soit plus un étranger, saurons-nous jamais le regarder gratuitement, c’est à dire autrement que dans sa capacité à nous appauvrir ou à nous enrichir ?
Avons-nous compris que tant que nous aurons un seul privilège économique auquel nous ne voudrons pas renoncer l’autre sera un étranger ?
« Liberté, Egalité, Fraternité »…que de crimes nous commettons encore en ton nom …
Jean-Claude BOULLIAT  16 11 2007
 
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E
Je suis toujours satisfait lorsque le texte du blog suscite de nouvelles pensées et permet aux uns ou aux autres d'exposer ce qu'ils portent en eux-mêmes.Merci donc pour ton texte qui nous introduit dans la complexité et la subtilité. J'ai été amusé par cet étranger qui marche avec deux béquilles !Personnellement je voulais attirer l'attention sur un seul point, comme je l'ai déjà dit plus haut : nous ne pourrons faire une place à la communauté maghrébine et à la communauté africaine que si nous respectons la dimension communautaire, comme une des composantes de notre vivre ensemble. Sans doute faut-il dépasser les particularités, mais il ne faut pas, pour autant, détruire les communautés culturelles, au nom de l'intérêt supérieur, comme nous l'avons fait constamment jusqu'ici et sans état d'âme, en France même.
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F
- Des tonnes de paroles, de textes, de livres, de témoignages, comme aussi quantité de décrets, de lois… chaque approche essaie de poser un regard, un point de vue sur une question à la fois complexe (économique- sociale- culturelle- historique etc etc..) et aussi très personnelle (celle ou celui qui émigre est unique, un « sujet » en construction, en recherche, comme celle ou celui  qui accueille ou en parle…). Peut être il ne faut pas trouver de réponses claires, univoques, mais garder la question ouverte, constamment… Des hommes et des femmes qui émigrent, d’autres qui accueillent, toujours en questionnement les uns par rapport aux autres. L’étranger est peut être une question toujours posée, plutôt qu’un problème à résoudre ou a réglementer…-         Toute identité, toute construction d’un « sujet » est en devenir, en évolution, certes appuyée sur deux piliers (ou deux béquilles ?), mais elle n’est pas linéaire, aisée. Comment, dans cette construction d’un  « sujet » prendre en compte, négocier un  « corps étrange/étranger » ? qui s’inscrit dans notre propre corps personnel et social… Des approches psychologiques, des approches sociales, et aussi des approches médicales nous renvoient souvent à cette gestion/négociation personnelle, en nous-mêmes, des « corps étrangers » (à combattre… à éliminer… à criminaliser… ou à assumer… à digérer… à métaboliser… à positiver… etc etc.).-         Il y a peut être à regarder de près les signes concrets de cet appui sur deux jambes, deux piliers de la bonne marche d’un « sujet »… Un exemple ? Communiquer, parler lire écrire, dans une langue autre que la sienne d’origine… Evidemment l’étranger « doit » parler la langue du pays d’accueil (jusqu’à l’injonction administrative pour pouvoir obtenir des papiers de séjour… comme si on pouvait apprendre sur commande ou « par obligation » sans lien avec un sens…). Mais les personnes et les institutions du pays d’accueil quelle « autre » langue parlent-ils ou écrivent-ils ? Il n’y a que la langue de la République pour tous, pas les langues et les langages du « sujet »… existe-t-ils des sujets unilingues ?-         Cette question de l’étranger pose la question des « frontières » (spatiales, géographiques, territoriales, culturelles, inter-personnelles…) qu’il faudrait  creuser… et aussi celle des « minorités »…  Un monde uniforme ? Des « sujets » immobiles ? La question des frontières et des minorités reste une question capitale pour l’avenir… unification technique et économique du monde ? guerre des civilisations ? balkanisation politique et culturelle ? en Europe et ailleurs aussi… Qui est socialement, religieusement, ethniquement, économiquement « pur » ?
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E
Je suis heureux d'avoir pu te faire comprendre ce que je voulais exprimer dans le texte. Nous n'avons pas réussi à donner une place aux communautés culturelles, qui composent la France. Ce que la colonisation a produit à l'extérieur, la France l'a fait chez elle. C'est pour cela qu'il faut une prise de conscience forte pour qu'enfin nous ne arrivions, avec la communauté maghrébine et la communauté africaine, à faire un véritable métissage, à réaliser enfin ce que nous n'avons pas réussi à faire jusqu'ici.
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C
Ta réponse Etienne est maintenant pour moi tout à fait claire et éclairante. J'avais quelque scrupule à faire état de ma famille sur le blog, parcelle de cette vie qu'on dit "privée"; mais c'était la condition pour moi d'une parole non pas tant originale qu'originaire, authentique, concrète, du vécu. Je ne le regrette pas : ta réflexion sur "la communauté" paradoxalement m'est porteuse de paix; c'est quand même mieux que tout ce qui porte à la zizanie ! Merci à toi. charles
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E
Ton texte est particulièrement intéressant d'abord parce que tu nous transmets le très beau poème de Nazim Hikmet. Il dit toute la beauté, toute la laideur parfois, toutes les contradictions de notre humanité.
Ensuite parce que tu nous fais percevoir les complexités de ta propre famille. Mais la famille n'est pas encore la communauté : elle n'a pas vraiment une culture commune. Au Liban, par exemple, on parlera de communauté chiite, de communauté sunnite, de communauté druzze. En France, il existe aussi des communautés  sous-jacentes, mais elles ont été contrariées et n'ont pas vraiment droit de cité ; leur langue aussi a été, pendant longtemps, interdite. On peut parler de communauté corse, mais on n'ose pas vraiment parler de communauté basque, de communauté bretonne, de communauté flamande, de communauté savoyarde, de communauté béarnaise...  En raison de son idéologie, la France a été incapable de faire vivre, dans une même société, ces différentes communautés, pourtant si pleines de richesses. En voulant les unifier, elle a laminée leur culture et a fini par culpabiliser ceux qui voulaient les "parler" et les faire vivre.
C'est cela que je conteste : notre incapacité à faire exister une société en respectant toutes les diversités d'origine. C'est pourquoi nous avons tant de peine à accueilir les communautés étrangères.
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C
Ta réponse Etienne m'éclaire mais me laisse encore insatisfait sur le 2ème thème, celui de la communauté, "cet ensemble que nous formons parce que nous sommes rattachés à une origine commune". Concrètement pour ma part quelle est mon "originaire" ? Celle de la France de 1936 où je suis né et ce n'est pas par hasard si je viens d'y puiser (mais ce n'est pas "le puits" de la culpabilité, simplement celui de mes racines) trois lieux de non-dits peut-être parce que contradictoires au sein de ma propre famille, avec une grand-mère maternelle dauphinoise née à Constantine, un grand-père paternel qui, sans être antisémite, n'était pas moins un lorrain patriote à la Charles Mauras et dont pourtant un fils, mon oncle Louis, résistant à Lyon, n'est jamais revenu, lui, de Mauthausen. Et pour faire bonne mesure de nos contradictions de ce côté-ci de la Méditerranée, va interroger Dora née "l'año del hambre" à Madrid en pleine guerre civile. Certes, nous avons les uns les autres quitté notre propre famille, vécu au sein de nouvelles familles -biologiques ou spirituelles avec ou sans enfants, petits-enfants, au sein de Gaïa la terre (ça c'est le beau mythe grec de la genèse) sur laquelle Ouranos le ciel pesait d'un tel poids que Chronos, l'un des fils, est venu le castrer de sa toute-puissance étouffante; ce n'est donc pas, quant à nous, pour retourner dans le sein maternel !  Alors quelle "communauté" ?Celle de Nazim Hikmet, étranger dans son propre pays ( le quart de sa vie dans les prisons turques ! ) auquel "le tissage" sur ton blog me fait penser ?"Pense Taranta-Babou : Le coeur la tête et le bras de l'homme fouillant les entrailles de la terreont crée de tels dieux d'acier aux yeux de feu Qu'ils peuvent écraser la terre d'un coup de poing.L'arbre qui donne des grenades une fois par an peut en donner mille fois plus.Si grand, si beau est notre monde et si vaste, si vaste le bord des mersque nous pouvons tous chaque nuit nous allongeant côte à côte sur les sables d'orchanter les eaux étoilées.Que c'est beau de vivre, Taranta-Babou Que c'est beau de vivrecomprenant le monde comme un livre le sentant comme un chant d'amour s'étonnant comme un enfantVIVRE...Vivre un à un et tous ensemble comme on tisse une étoffe de soie Vivre comme on chante en choeur un hymne à la joie Vivre...Et pourtant quelle drôle d'affaire, Taranta-BabouQuelle drôle d'histoireQue cette chose incroyablement belle que cette chose indiciblement joyeusesoit tellement dure aujourd'hui tellement étroite tellement sanglante tellement dégoûtante... "         Amicalement, Charles
 
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E
Merci, Charles pour ta réflexion. Mon texte atteint son but lorsqu'il amène l'autre à accoucher de sa propre pensée. Et, dans ton cas, c'est bien ce qu'il semble avoir produit. Mais je m'aperçois que je ne me suis pas fait comprendre sur trois points.Le rapport entre le film et le thème de l'étrangerBeaucoup l'ont cherché et ne l'ont pas trouvé, et pour cause : il n'y en a pas. J'ai simplement voulu utiliser la parabole de la pierre, une pierre que nous traînons souvent à notre insu, et qui nous empêche de voir la pierre de l'autre. Et, pourtant, chacun a besoin de l'autre pour l'aider à se libérer de sa propre pierre. Ainsi entre les étrangers de l'Afrique et du Moyen Orient, et nous, il y a une interdépendance telle que nous semblons former un même ensemble symbolique qu'il faut tenter de reconstituer. Pour y arriver, il faut nous libérer de nos pierres par une action croisée : une insuffisance de communauté et un excès de société, de notre côté, un excès de communauté et une insuffisance de société, de l'autre côté.Le thème de la communautéPar communauté, j'entends cet ensemble que nous formons parce que nous sommes rattachés à une origine commune.Le thème de la sociétéPar société, je veux exprimer un autre ensemble qui est constitué par nos projets pour dépasser nos particularités et aller vers plus d'universalité. Tu m'entraînes toi vers nos refoulements, qui vont susciter des réflexes de néo-colonialisme, d'antiséminisme ou parfois d'antiféminisme, faisant resurgir nos désirs de toute-puissance. Or, la parabole de la pierre, voudrait faire comprendre, en ce qui concerne nos rapports avec l'étranger, que nous devons précisément sortir de la toute-puissance, pour que l'autre puisse m'apporter ce qui me manque et réciproquement. Nous serons alors amenés à métisser notre toile pour un supplément d'humanité.
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C
Etienne bonsoir,
Pourquoi mon malaise à la lecture de ton texte Notre rapport à l’étranger comme chaque fois que j’entends ce mot : « l’étranger » ? Alors je suis allé sur le blog  lire attentivement les commentaires qu’il a suscités; poésie et vérités ! J’y vois plus clair. J’avais vu Printemps, été, automne... il y a trois ans, en compagnie d’une amie par ailleurs marraine d’un enfant tibétain ; morte subitement l’année dernière, je n’ai pas revu sans émotion le 15 octobre sur Arte ce film sud-coréen, saisi plus encore par sa beauté, interrogé aussi par ses thèmes bouddhistes de "l’attachement" et de "l’impermanence" et par cette question universelle de la violence nichée jusque dans les pulsions sadiques de l’innocente enfance à laquelle va s’opposer une autre violence, celle que symbolisent, et que je devine parce que je n’en connais pas la langue, les idéogrammes que le maître a peint avec la queue de son chat et que l’enfant, devenu adulte, va graver de son couteau la nuit durant sur le plancher flottant ; violence nécessaire de ce symptôme ici tout individuel et intérieur dont Jorge Semprun perçoit la dimension collective, le syndrome (courir ensemble), lorsque, de sa propre écriture, il grave cette observation longtemps après son retour de Buchenwald où « les S.S., les Kapo, les mouchards, les tortionnaires sadiques, faisaient tout autant partie de l’espèce humaine que les meilleurs, les plus purs d’entre nous, d’entre les victimes…La frontière du Mal n’est pas celle de l’inhumain, c’est tout autre chose. D’où la nécessité d’une éthique qui transcende ce fonds originaire où s’enracine autant la liberté du Bien que celle du Mal…Une éthique, donc,  qui se dégage à jamais des théodicées et des théologies, puisque Dieu, par définition, les thomistes l’ont assez proclamé, est innocent du Mal. Une éthique de la Loi et de sa transcendance, des conditions de sa domination, donc de la violence qui lui est justement nécessaire. »L’écriture ou la vie. Voilà où m’a mené personnellement la lecture de ce film, à ce « fonds originaire » de ma propre histoire où le Désir tout autant que la Loi m’ont amené à repérer, à vrai dire au sens de "symptôme" plutôt que de "pierre" de culpabilité, la frontière entre le Bien et le Mal. Mais toi, tu nous mènes sur une autre frontière, celle nécessaire qu’implique la notion d’étranger et tu nous invites -pour ce qui me concerne "au forceps" !- à y repérer les liens entre « communauté » et « société ». Or autant il nous est loisible de réfléchir dans le contexte de la mondialisation à des « projets de société » engendrés par une nouvelle vision du monde, vision universaliste bouleversant nos vieux antagonismes, « ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme » (Gal.3/28), mais tous citoyens de cette même planète, autant je perçois mal ce que tu entends par « communauté ».
Peut-être ne devrais-je pas m’affranchir trop tôt des frontières de ma propre histoire, celle où, si nous n’y prenons garde, viendra se nicher sous le vocable d’étranger  "le retour du refoulé". Je m’explique : « L’étranger qui quitte le Maghreb, les profondeurs du continent africain, le Moyen Orient » c’est sa terre-mère à lui qu’il quitte, or c’est celle-là même que dans un passé encore récent nous sommes venus coloniser, non pas seulement au sens de "cultiver" mais d’"exproprier" par la justification de « l’intérêt public » avec toute la subtilité dont fait preuve à l’époque le Conseil d’État, comme Pierre Legendre dans L’amour du censeur p.202 nous le rappelle. « Les Noirs, même les meilleurs d'entre eux, n'ont jamais passé pour être des modèles de ces qualités d'épargne, de prudence et de prévoyance où l'on s'accorde à voir l'un des traits les plus marqués du peuple de France, et plus particulièrement de sa paysannerie. C'est précisément l'honneur de la colonisation française, d'avoir substitué, dans la vie de l'indigène, à ses habitudes d'indolence, les disciplines de la vie agricole, avec ses servitudes assez lourdes, mais aussi ses substantielles récompenses, qui ne sont pas seulement d'argent, mais encore d'anoblissement moral. Mais ce ne saurait être sans peine que, chez des peuples au début réticents, sinon même réfractaires, ou du moins maladroits dans leur tentative, on supplée, en pareille matière, aux traditions des vieux pays…Il doit inévitablement, au moins au début, s'y joindre quelques procédés de contrainte, qui trouvent d'ailleurs amplement leur justification dans l'intérêt même des indigènes et l'importance du but poursuivi."(C.E. arrêt du  20.12.1935 Légalité de l'expropriation par une Commune en vue de rétrocession à certaines Sociétés d'intérêt public.) Symptôme du colonisateur auquel nous renvoie « l’étranger », violence d’une certaine loi, non pas de la Loi et de son éthique.
Autre "retour du refoulé" de la même époque : Les lois anti-juives prenant au piège ceux qui, fuyant les pogroms à l’Est, étaient venus se réfugier au pays des Droits de l’Homme et du Citoyen mais que des antidreyfusards de 36 continuaient de considérer comme des étrangers, et même un peu plus, de « rats ».
Enfin ces lois coraniques de la "répudiation" auxquelles me renvoie un certain "ordre laïc " pas si lointain : « Le Code napoléon et ses commentateurs révérés n'ont pas délibéré sur la jouissance, mais sur le Pouvoir. L'idée du mariage, simple contrat civil, sublime conquête du bourgeois, a développé jusqu'à son extrémité l'ancien jeu symbolique de la femme servant de corps à l'homme (mulier corpus viri), mais sans la casuistique du péché. Dans cette acception laïque, à peine embellie par le thème compensateur du sexe faible, la femme en tant qu'objet sexuel se trouve annulée, littéralement consommée; elle n'est là, pour l'institution, qu'en signe de propriété seulement, et pour les biens ou l'argent qui s'y présentent; en objet strictement sexuel, non, comme tel la femme n'est pas là. De ce point de vue, le mariage bourgeois est une communion cannibale. » Pierre Legendre L’amour du censeur p.206
 

Voilà Etienne pour ce qu’il en est ce soir de ma propre écriture ; elle n’atteint certes pas la beauté et l’harmonie d’un mandala mais ce n’était pas son dessein ; simplement approcher, comme ton texte nous y invite, de notre vérité à chacun, Désir et Loi, dans la diversité de nos histoires, de nos langues et de nos cultures. Charles
 


 
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E
Je vais essayer de solliciter d'autres personnes, quitte à te renvoyer en écho le résultat de leurs propres réflexions.
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F
Si j'étais encore dans la course au niveau professionnel, ce serait passionnant de creuser la question avec d'autres . Mais voilà , depuis le début de la retraite , dix ans déjà, j'ai décroché dans ce domaine en France , et , tu le sais , c'est l'humanitaire à Madagascar qui a pris la relève pour la réflexion et l'action .
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E
Françoise, je vois que tu as une idée que je devine un peu. Ce serait bien si tu pouvais l'expliciter davantage. Je pense que tu as une intuition sur la pratique des partenaires sociaux pour introduire plus d'efficacité dans le travail et un supplément d'humanité dans les échanges. J'attends une réponse de ta part. Et ensuite pourquoi ne pas échanger avec Fadela Amara ?
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F
L'approche que tu fais , à partir du film de Kim Ki-duk , est parlante . La montée des peurs réciproques pèse comme un boulet aux pieds de chacun . Pourquoi ne pas proposer la démarche initiatique du moine à l'égard de l' enfant à partir d'une pédagogie dynamique et exigeante , tout d'abord en direction des partenaires sociaux et des décideurs ? Fadela Amara serait-elle réceptive à une telle proposition ? Croyons à l'Utopie ...Avec ma vive amitié .                 Françoise
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E
Je n'avais pas aperçu le texte de Marco. Je pense que tu as raison : il n'y a pas de droit s'il y a refus de l'étranger. Maintenant, l'expulsion n'est pas forcément refus de l'étranger, bien que le mot d'expulsion me révulse. Il peut y avoir un problème de frontière et de respect de la frontière pour un vivre ensemble. Il n'y a d'étranger que s'il y a frontière. Sans frontière, nous pourrions entrer dans la confusion. C'est aussi, pour cela que le rapport à l'étranger est nécessaire pour la constitution du sujet. Il n'y a pas de relation sans séparation. Chaque être a aussi ses frontières nécessaires... Mais je risque de m'égarer... A suivre.
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J
Je vais essayer de répondre à Geneviève. Ce sera en début de semaine prochaine car je pars demain pour tout le week-end et j'ai beaucoup de chose à préparer ou à réparer dont mon micro-tracteur qui est en panne au milieu de mon terrain...Ce que souhaite cette personne n'est pas simple et c'est pourtant ce que nous souhaiterions tous : trouver ce "maître", homme ou femme, dont la sagesse, la bonté et la parole nous éveillent doucement à la compréhension des choses maisaussi et surtout à l'humilité et au détachement . Mon vieil ami ... medit souvent que l'une de ses supplications préférées est celle-ci : "Libera me a me !", Libère-moi de moi-même !...Ecoute extérieure, descente en soi, travail sur soi,compagnonnage quotidien avec ses propres limites appellent, pour l'équilibre de l'être, un compagnonnage humain de parole, de comprèhension etd'affection partagées . Il n'y a pas de recettes et il n'est jamais faciled'accueillir l'autre, celui que l'on ne voit pas parce que l'on n'est pas prêt à l'accueillir, celui que l'on n'entend pas parce qu'il est un être muet dans notre théatre d'ombres, celui dont le cri de la solitude et de la misère se perd dans notre agitation quotidienne et dans le tumulte du monde .Non, la compassion et la bonne volonté ne sont pas orgueil et suffisance...Mais à quoi sommes-nous prêts à renoncer, que sommes-nous prêts à donner ?
A lundi pour la suite de cette première réaction rapide ...
Jean-Claude
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M
Et notre vieux Cicéron, grand-père du droit, d'enchérir : "Ils ont tort, ceux qui interdisent leur pays aux étrangers et les en expulsent, comme Pennus du temps de nos ancêtres, et Papius récemment. Il est certes juste de ne pas permettre à celui qui ne l'est pas de se faire passer pour citoyen, et c'est la loi que proposèrent les très sages consuls Crassus et Scaevola. Mais interdire une ville aux étrangers est parfaitement inhumain."Sujet de dissertation : l'idée même de droit est-elle compatible avec le refus de l'étranger ? Dans l'hypothèse négative, le sujet peut-il l'être pleinement s'il n'est pas sujet de droit ?Mon hypothèse algorythmique : si expulsion, alors pas de droit (lié à l'homme comme espèce), alors pas de sujet (car sujet sans objet). Je plane ?Marco
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E
Je suis d'accord avec toi : nous avons perdu les maîtres parce que nous réfléchissons trop avec la tête et pas assez avec nos mains et avec notre coeur. De mon point de vue, nous ne pouvons aller vers l'autre étranger que si nous acceptons de recevoir de lui, si nous acceptons d'être transformé par lui. Ce n'est pas si facile parce qu'il faut se dessaisir de soi, de ses certitudes, de son héritage.J'apprécie bien ton témoignage sur la Roumanie. La compassion ne suffit pas, à moins que l'on ne revienne à l'étymologie : compâtir, c'est souffrir avec l'autre, se laisser meurtrir par lui, pour pouvoir réagir à bon escient. J'alerte Jean-Claude pour qu'il te réponde directement sur le blog.A bientôt !
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G
En voyant ce tres beau film, Printemps, été; automne, hiver et   printemps je me souviens avoir fait le constat qu'à notre époque de surabondance d'intellectuels, nous n'avions plus de maitres tout simples qui nous entrainent vers l'eveil. Je pense par exemple aux maitres d'apprentissage, aux Jardiniers qui, dans la plus grande simplicité, nous permettaiens de nous decouvrir en decouvrant l'univers. Ton travail avec les mythes nous aide à nous trouver et c'est vraiment bien : mais tout reste à faire pour trouver le chemin vers l'autre, les autres etrangers,  voisins ou très proches? Lors d'un voyage humanitaire en Roumanie, j'ai vite appris que compassion ou simple bonne volonté n'etaient en réalité qu'orgueil et suffisance.J'aimerais, pour ma part,  rencontrer le "maitre" qui me delivre de mes réactions de soi disant bienveillance chrétienne mais c'est un très lourd héritage et un gros handicap pour une ouverture vers les autres. J'ai beau faire des éfforts,  mes idées me semblent toujours  les meilleures. J'aime bien le commentaire de Jean-Claude qui est très proche de ma réflexion. J'admire la facilité qu'il a  d'accueillir les autres sans pour cela se perdre. Bravo!  J'aimerais qu'il me donne la recette.A bientôt  Genevieve !
 
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E
Je n'ai pas de recettes. Mais j'énonce simplement quelques remarques. Tout d'abord, nous sommes manifestement dans une population qui est enfermée par un système communautaire. Ils ne pourront évoluer que s'ils prennent un peu de distance par rapport à la famille et à la communauté. Il n'est pourtant pas question de leur faire abandonner leur mode de vie mais il faut faire en sorte qu'il puisse se conjuguer avec la vie sociale du lieu où ils sont : école, sport, travail professionnel si possible, mariages mixtes (mais je ne sais pas si on en est là), réunions entre familles où les questions peuvent être posées... De toutes façons, ils ne pourront bouger que si l'on introduit un espace intermédiaire entre leur communauté et la société locale.
Pour qu'ils aient l'impression d'apporter quelque chose, il est peut être possible d'ouvrir un groupe où ils initieraient les autres au chant, à la musique et à la danse, où ils communiqueraient leurs recettes de cuisine et leur manière de se soigner. Il faudrait les amener à raconter leur histoire, à l'écrire, y compris avec des dessins, ce qui stimulerait les apprentissages. Si j'étais là-bas, j'ouvrirais un groupe contes en mixant les contes des gitans et d'autres contes. Mais vous pouvez le faire facilement vous-mêmes.
Je sens bien que je parle un peu dans le vide, n'étant pas dans la situation concrète ; je vais communiquer ton mail à un spécialiste, qui connaît bien ces populations. Il te répondra lui-même avec plus d'à propos.
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A
Je n'ai pas l'intention d'apporter un commentaire à introduire dans ton blog mais à partir de nos expériences proches pour lesquelles les étrangers sont les Roms (français depuis longtemps) demander comment résoudre le problème de la vie en commun lorsque les valeurs, les modes de vie sont si incompatibles. Le seul espoir est dans la formation scolaire mais si nous analysons les progrès d'une génération à l'autre ils sont quasi nuls. Les filles suivent une scolarité primaire normale car elles sont chargées des relations avec les administrations dans la famille et ont donc besoin de ce minimum mais les garçons s'en moquenttotalement aussi pour la raison qu'ils sont considérés comme des rois chez eux par opposition aux filles. Si tu me donnes des voies je suis preneur.
 
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E
Tes paroles me réconfortent car j'ai beaucoup douté de la capacité de ce texte à toucher le coeur et l'esprit des lecteurs.
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B
Mille mercis pour ce texte si fort et si riche que je trouve en revenant de voyage!!
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E
Ton obscurité, ta poésie qui surgit de l'ombre, nous aident à entrer dans l'intelligence de la vie. L'étranger, qui est aussi toi-même, y découvre une place de choix : lorsque tu t'éveilles, il te tend la main pour t'aider à resurgir. Je suis certain, comme toi, que l'étranger, chez nous, peut nous réveiller car, depuis quelque temps, nous nous sommes assoupis et nous sommes prêts à nous laisser choir dans des souterrains où l'espoir n'a plus de place. Peut-être va-t-il nous aider à nous aimer nous-mêmes, car comment pourrions-nous lui tendre la main, à notre tour, si l'amour de soi-même est absent ? 
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J
Non, rien ne m'a heurté . Ton texte est un beau sujet de réflexion qui interpelle sur les différents aspects de notre perception et de notre relation à l'autre, proche ou lointain .Je te remercie de me relancer car mes temps de  silence actuels ne sont pas de l'indifférence mais une interrogation aigüe sur moi-même . Dans cette interrogation, moi est souvent un autre et je me sens alors étranger à moi-même....Et comment regarder l'autre, l'étranger ou l'ami, l'entendre et lui répondre correctement si l'on n'est pas, d'abord, soi-même ?Comment parler de et à l'étranger si l'on est soumis à la peur del'incompréhensible incompréhension de soi ? Comment être soi, parler de soi à soi et parler à l'autre, marcher sur ses deux jambes, sans connaître les ramifications de son racinaire et le tissu social qui l'accueille ou l'étouffe ?Comment laisser mourir en soi tout ce qui est inutile ou encombrant sans prendre le risque de descendre ou de sombrer dans la mort à soi-même ?La tentation, dictée par la prudence ou par la crainte est celle du repli sur soi, de la descente en soi, dans les souterrains du château féodal de la connaissance de soi par soi-même et de la peur de l'autre qui est d'abord peur de soi-même, ombre inconnue que l'on traîne d'oubliette en cachot .Mais ces souterrains sont un labyrinthe et la clé de la connaissance et du paradis est introuvable dans cette obscurité . .Quand je reviens au jour, quand je regarde au dehors de moi, il y a un visage, des visages, des milliers de visages, de toutes les couleurs de l'arc en ciel, qui disent les mêmes mots, les mêmes paroles, les mêmes recherches, avec des sonorités différentes, qui se complètent, qui sont autant de réponses, de miroirs et de reflets de moi-même qui me révèlent à moi-même .Plus je les interroge, plus je les écoute, plus je les comprends, plus je me comprends moi-même et plus les réponses sont vraies c'est à dire universelles .Oui, plus je les découvre et plus je les accueille, plus ces étrangers me libèrent de moi-même, m'aident à tenir debout et à leur tendre la main...
Voilà, quelques réflexions rapides qui méritent relecture et corrections...
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E
La richesse symbolique du film permet d'en faire de multiples interprétations. Ton interprétation par le karma semble rejoindre la mienne. Je crois y repérer en plus un registre psychanalytique conscient ou inconscient du cinéaste : le lien entre la pierre et l'abandon par la mère, au début de l'existence du jeune moine. Ce jeune moine tire la mère absente ou l'absence de la mère, et le vieux moine doit tirer le jeune moine abandonné par elle...
Ce que j'ai voulu montrer, c'est que l'occidental ne sait pas qu'il a aussi une pierre à traîner, et cela l'empêche de voir la réalité telle qu'elle est, et d'aider l'étranger à se défaire de sa propre pierre.
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A
Nous avons vu ce film, émouvant, sans qu'on sachepourquoi. Je pensais au karma. La beauté des paysages et le jeu desacteurs sont saisissants. Ma pratique ( 12 ans ) du Zen me rapproche de cette histoire, fatalistepour un occidental. Je n'en voyais pas l'application que tu en fais.Par ailleurs j'ai vu   L'ENNEMI INTIME...décevant  !
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E
Je continue.
En fait, je pense que ce sont les deux pierres en même temps : la pierre du tombeau qu'on enlève pour libérer de la mort et la pierre rejetée qu'il faut savoir réintégrer.
 
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E
Ton idée est géniale. Personnellement j'en ai une autre : "La pierre rejetée des bâtisseurs".
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D
Etienne,Après lecture de ton texte je ne peux m'empêcher de penser à la pierre roulée du tombeau ouvert! Peut-être un effet Toussaint...Dominique
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E
Le gros problème auquel il faut s'attaquer, c'est de faire comprendre qu'au nom d'une société universelle nous avons rejeté ou oublié la dimension de la communauté, sans laquelle la société ne peut pas fonctionner sainement. Ce rejet ou cet oubli nous conduit aux pires conséquences dans les banlieues.  La manière de prendre le foulard, par exemple, en est une illustration. Il ne s'agit pas avant tout de faire des choses mais plus simplement de faire comprendre.  Ou alors de faire des choses symboliques. Peut-être le rejet de la religion dans la sphère privée et le type de rapport entre les Eglises et l'Etat sont-ils une autre illustration d'une telle myopie intellectuelle...
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J
Ton texte sur le rapport  l'étranger est intéressant à lire.Mais comment le traduire concrètement dans les relations personnelles et surtout dans la vie d'un pays ? Quelle politique ton texte peut -il inspirer dans une situation concrète, en France , en 2007 ?
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E
Merci de ta réaction sympathique. Sur l'interprétation du film, elle est forcément multiple. En particulier, lorsqu'à la fin une femme voilée amène un enfant, c'est bien un événement nouveau, mais, dans mon interprétation, c'est aussi la révélation de ce qui s'est passé pour lui. Mais on n'est pas du tout obligé d'adopter une telle position.
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