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28 septembre 2007 5 28 /09 /septembre /2007 11:07

Socrate dans son enseignement

L’enseignement selon Socrate

 De l’illusion de la transmission du savoir à l’accouchement d’un sujet

 Il n’est sans doute pas inutile, en cette période de l’année, où écoliers et étudiants reprennent le chemin de l’école, de nous interroger sur l’enseignement. En ce domaine, Socrate est notre maître à tous.  Il l’est sans doute plus dans les mythes platoniciens que dans une philosophie plus élaborée. La vision des anciens y est plus présente et il dit lui-même sans ambages : « Or, le vrai, ce sont les anciens qui le savent » (Phèdre). Déjà, à son époque qu’il juge moderne, il pense qu’il faut revenir aux mythes pour s’approcher de la vérité. 

  La rencontre de Thot et du Dieu Ammon

 Thot vient de faire une découverte extraordinaire (Phèdre) : il a inventé l’écriture, ce qui permettra de démultiplier le savoir et de remédier aux insuffisances de la mémoire. Tout fier de son invention, il vient en parler au Dieu Ammon. Celui-ci prend de la distance par rapport à l’enthousiasme de son confident : il perçoit aussitôt la contradiction dans laquelle il s’enferme, constatant qu’il est en train d’oublier l’acte du sujet qui apprend. Avec son invention, il le contrarie dans sa recherche de la lumière de l’origine, qu’il présente comme un effort pour se ressouvenir. Bien plus, il risque de le dispenser de l’apprentissage du dialogue pour cerner plus sûrement le chemin vers la vérité. Par le biais de l’écriture, les jeunes gens vont accumuler des savoirs qu’ils ne pourront maîtriser  et qui les laisseront incompétents.

Que dire alors de la révolution actuelle de l’écriture avec l’informatique et internet ? L’inconvénient qu’Ammon percevait dans l’écriture se trouve ici démultiplié au centuple, en évacuant le rapport à soi et le rapport à l’autre qu’impose la constitution d’un sujet apprenant et en transformant plus encore le savoir en marchandise. Est-ce à dire qu’il faille renoncer aux nouveaux outils qui sont en train de nous transformer ? Sans doute non. Mais il est important d’être conscient du danger qui nous guette pour tenter d’y porter remède et éviter, à tout prix, que le sujet ne soit expulsé de notre univers.

  Le chêne qui parlait

 On a l’impression que Socrate s’est déjà propulsé dans notre monde actuel. Alors, il enfonce le clou. Il nous renvoie à ces gens qui écoutaient la voix d’un chêne, pour entendre les premières prophéties. Nous pensons qu’il s’agit d’une attitude grotesque. Il nous dit pourtant qu’ils sont davantage dans le vrai que les compétents d’aujourd’hui. Le chêne par sa taille et ses racines jouait avec le symbolique (c’est nous qui interprétons). Il constituait un objet intermédiaire qui renvoyait au savoir de l’origine. Le danger de notre époque pourrait être le renoncement à la démarche symbolique, dont la mission est de conduire le sujet vers lui-même, en le faisant accéder à une parole qu’il n’invente pas mais qui lui est donnée, à travers la voix du chêne, dont la mission est de nous livrer le logos de l’origine et de la prophétie.

L'illusion d'un savoir déposé dans l'âme

  On l’a compris, le savoir, pour Socrate,  n’est pas une marchandise, qu’on va déposer dans l’âme. Il est en même temps le savoir et la gestation du savoir. Il ne s’agit pas d’apprendre quelque chose : il faut apprendre à apprendre. Et, pour cela, la première connaissance consiste à savoir que je ne sais rien. Paradoxalement, c’est là le savoir fondamental qui va me donner accès à tous les autres savoirs. C’est le détour nécessaire pour que le sujet soit directement impliqué dans l’acquisition de savoirs nouveaux.
« Nous devons, dit Socrate, dans La République, nous faire dès lors à l’opinion que voici : la culture n’est point ce que certains, qui font profession de la donner, disent qu’elle est. Ils prétendent, si je ne me trompe, que dans une âme au-dedans de laquelle n’est pas le savoir, eux, ils l’y déposent, comme si en des yeux aveugles ils déposaient la vision. » Il faut passer par une conversion des yeux de l’intelligence « jusqu’au moment où elle sera enfin capable, dirigée vers le réel, de soutenir la contemplation de ce qu’il y a, dans le réel, de plus lumineux ». 
  

  Le fils de l’accoucheuse

 Pour nous faire comprendre sa tâche d’enseignant ou plutôt de maître de tous les enseignants, Socrate nous parle de sa mère. Elle est accoucheuse : elle-même n’enfante pas, mais elle aide les futures mères à enfanter. Lui-même est dans la même situation ; ici pourtant l’enfantement ne concerne pas les corps mais les âmes. C’est une tâche d’une très grande noblesse puisqu’il s’agit d’amener l’individu à enfanter de son âme. Le maître n’a pas lui-même la prétention d’enfanter : il se met à distance, dans une humilité extrême, pour permettre au sujet en gestation d’apparaître en pleine lumière.  

  La fécondation de l’âme

 Il est difficile, pour une accoucheuse, d’aider une mère à enfanter si elle n’a pas été fécondée par un homme. De même, pour Socrate, il est impossible d’amener un individu à accoucher de son âme si cette âme n’a pas été l’objet d’une fécondation préalable. Sans doute toute âme, quelle qu’elle soit, a déjà été fécondée par la lumière, qui s’est, à un moment donné, dans une grande intuition, confondue avec l’intelligence elle-même. C’est un peu comme le grand penseur, qui, en un instant privilégié, voit sa propre pensée, appelée à marquer toute sa vie. C’est pourquoi Socrate insiste sur le ressouvenir qui renvoie à la vision initiale. Il sait, pourtant, qu’il faut aider l’intelligence engourdie à retrouver le chemin de la lumière qui,  un jour, l’a envahi, pour que s’opère une nouvelle fécondation de l’âme. Elle doit réapprendre à voir de l’intérieur, cultiver l’Intuition jusqu’à repérer dans la réalité qui l’entoure le Bien ou peut-être l’Amour comme principe de toute compréhension.

    Le jeu de l’intuition et de la raison

 Socrate l’accoucheur pose donc, en préalable, la lumière ou l’intuition, comme si elle était au fondement de la raison et peut-être de la parole. Il invite ainsi l’enseignant, dans un premier temps, non pas à enchaîner des raisonnements compliqués, mais à introduire l’élève dans la vision en l’initiant aux grandes intuitions, qui ont marqué, jusqu’ici, la naissance et le développement de chacune des disciplines enseignées. L’étudiant trouvera là l’énergie qui le fera progresser, dans les mathématiques, la philosophie et même la musique, où l’intuition est faite non pas d’éblouissement visuel  mais d’images sonores. Sur une telle base, l’enseignant peut, à la suite du maître, introduire le disciple au cœur de la parole pour qu’il enfante la raison elle-même au fil d’un dialogue rigoureux et sans concession, qui traque le faux et les impasses, pour permettre le cheminement vers la vérité.

 

    La raison seule peut enchaîner ou le mythe de la caverne

 Seule l’interaction de l’intuition et de la raison est capable de produire de la pensée. Sans l’intuition et la lumière, la raison est stérile. Elle enchaîne l’homme, jambes et bras liés, pour lui interdire le chemin de la liberté. Sans doute la véritable pensée est-elle un chemin privilégié pour sortir l’homme de son aliénation. 
    Pour nous faire comprendre les effets destructeurs de la raison despotique, Socrate invente le mythe de la caverne (La République). Des hommes sont là, attachés, le dos à la lumière, tournés vers la paroi la plus obscure. Ils ne voient de la réalité que les ombres qui s’affichent devant eux sur le mur et finissent par les identifier au réel lui-même. Seuls existent les abstractions (ou les concepts),  les corps eux-mêmes ont disparu. Les uns et les autres sont pourtant heureux de leur sort et ne souhaitent, en aucune manière, se défaire de leurs liens pour affronter la lumière. Si par hasard l’un d’entre eux franchissait l’interdit et voulait les inviter à la liberté, ils se saisiraient de lui pour le faire mourir. Il serait dommage que l’école conduise à la tyrannie de la raison… !

 

   De la transmission d’un savoir à l’accouchement d’un sujet pensant

 La pensée de Socrate ne condamne pas a priori les outils extraordinaires que peuvent être l’écriture, l’imprimerie, l’informatique ou internet. Elle en montre pourtant les dangers, lorsque l’idéologie de l’école s’enferme sur la transmission du savoir. La connaissance court alors le risque accru de devenir une marchandise et les prétendus progrès de la technique, comme le disait le dieu Ammon, à sa manière, pourraient se retourner contre la pensée et le sujet. Il est donc urgent de revenir à Socrate pour faire de l’école un lieu d’accouchement de sujets pensant et de mettre nos nouveaux outils au service de cet objectif.

 

 

   Textes de Platon utilisés sur « Mythes et pensée » http://etienneduval.neuf.fr/

 La maïeutique, Platon, La Pléiade, « Le Théétète » (148e-151d)
Le mythe de la caverne, Platon, La Pléiade, « La République » (Livre VII, 514a-517a)
L’interprétation du mythe de la caverne, Platon, La Pléiade, « La République » (Livre VII, 517a-518e)
L’invention de l’écriture, mythe de Thot, Platon, La Pléiade, Phèdre (274b-276a)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

  Etienne Duval, le 28 septembre 2007

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commentaires

H
Etienne je te remercie pour la valeur que tu m'en as donné.De plus pour les résumer, tu m'as éclairé sur les grandes intuitions de Socrate.
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E
Ton texte est un document. Il a valeur par lui-même. Il n'est donc pas question de le juger pour savoir s'il correspond point par point à la pédagogie socratique. Et, pourtant, dans l'esprit, il me semble qu'il rejoint les grandes intuitions de Socrate :
- S'intéresser au sujet et pour cela commencer par écouter- Faire sortir l'individu de la toute-puissance en imposant des limites- Féconder l'âme, en réapprenant à voir, à retrouver les intuitions fondamentales de l'homme- Introduire la question et la critique, notamment en travaillant sur les mots et les expressions : qu'est-ce que je veux dire ? Quels sont les mots et les expressions justes pour le dire (travailler sur la justesse)...?- Amener finalement l'individu à répondre de lui-même, sans toujours chercher la faute chez les autres...
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H
Jeunes de quartiers
 Je ne sais si cela peut être mis en relation avec Platon ou Socrate et sa République mais voici la sorte de bilan que j’avais écrit en l’an 2000 après trente années de présence sur les quartiers et de formation avec les jeunes. Peut-être faut-il réactualiser mais le fond me semble rester le même. Je n’ai abordé ni le logement ni la prison, ni les sans-papiers...  Sous le déluge de sons, d'images, de choses, de compétition et de superlatifs déversés par les films, vidéos et reportages d'outre-Atlantique je veux avoir tout, tout de suite : ce que je vois à la télé et que j'ai sous la main en hypermarché. Tentation omniprésente qui résonne 5/5 dans les caves, les allées, lieux cachés aux adultes comme pour tout ado au monde, où quand on ne dispose d'aucun moyen, l'imaginaire part en spirale et dérape entre copains, leur seule richesse. Alors la vitesse vous prend, même si l'on reste immobile, même si l'on « rouille ». Et à l'extérieur où c'est la galère, on traîne pas, on file et on... se défile. On parle, saccadé, on mange Mac Do, et toujours en vitesse... on fait des conneries. Dans cette jungle d'ennemis pour être reconnu il faut être connu, alors le mieux est de puiser dans le médiatique choc et chicSUShjkkllll, style US de préférence ! Et en avant pour les marques... Plus elles vous zèbrent plus vous existez. Et, mais cela a toujours existé, « être comme »… Michael Jordan, Mike Tyson, ou les derniers héros des séries policières ou pire comme les cyniques destructeurs du film Scarface qui a cartonné en banlieue. Comme lorsque Rachid, Ali et Nordine ont retraversé l'Atlantique avec 700 photos quasi uniquement de leurs poses devant Manhattan, East Rider, Golden Bridge, Hollywood, sur un dragster, dans une Cadillac..., tout cela n’étant rien devant THE clou ! qui a fait le tour de toute la ZUP à vitesse grand V : pause de chacun puis des trois avec les policiers de Chicago devant leurs voitures tous feux en action. Ne manquait que le hurlement des sirènes... Cela seul semblait valoir le voyage de toute une vie. Peut-on s'étonner de leurs courses poursuite incessantes avec la police..? Qui ne sont qu'un jeu. Leur vie est un jeu. Jeu tragique, s'il existe seul au détriment de ce et de ceux qui les entourent. Mais l'Amérique, c'est là-bas. Ici, c'est ICI. Où l'on y est sans y être, quand les parents vous ont habitué à un futur « là-bas » tout en restant ici... ou bien que l'on fait toutes sortes de « commerces » entre les deux rives de la Méditerranée... Le pire c'est quand on ne vous dit RIEN. Quand ni le père ni la mère n'esquissent la moindre ouverture sur leur passé, leur histoire, leur avenir. Non-dit persistant = cancer de l'existence, qui vaut aussi pour l'insertion par le travail où nous avons remarqué que les plus grosses difficultés provenaient souvent du silence familial du père vis à vis de son travail. Ou qu’on laisse faire, par fatigue, décrochage, abandon alors que dans cette folie racoleuse de consommation le rôle des parents est aussi de dire NON ! Et puis il y a tout le cortège des ruptures et de la mal-vie : école où l'on passe..., travail et santé précaires, chômage, économies parallèles, précarité économique, parents dépassés, racisme réciproque, immeubles de l'enfance qui s'écroulent, ghettos, rapport exclusif d'agressivité avec l'adulte, manque cruel de place chez soi, mauvais exemple des aînés, et enfin ! la drogue... qui dissout les derniers liens familiaux, par vol, pillage, folie. L'Enfer. J'ai assisté, impuissant, à « l'accrochage » de certains quartiers par l'apport souterrain d'abord gratuit pendant quelques mois auprès de certains jeunes, fragiles, qui en entraînent d'autres, puis l'on passe à la caisse... Et là, c'est l'horreur. Qu'on ne me parle pas de drogues « douces » : ceux qui ont les moyens de ne pas glisser plus hard, tant mieux pour eux. Mais trop d'exemples m'ont prouvé le contraire : beaucoup sont morts ou infirmes à vie, ont été tués ou ont eux-mêmes tué sous la dépendance de maffias qui s'incrustent menaçant les habitants qui finissent par se terrer dans l'omerta. On tente de sauver les apparences mais les bras vous en tombent. On ne réagit plus. On laisse faire. Ici finit la République. Tout cela donne le tournis. Pas étonnant que de plus en plus de jeunes, de plus en plus jeunes, deviennent de plus en plus durs. Spirale sans fin qu'il faut casser à tout prix, avant que les trafics de toutes sortes : drogues, armes, biens de consommation prolifèrent. Et pour certains on saupoudre le tout de religion, islamique par exemple. Or, encore une fois, il s'agit surtout d'une QUÊTE ENORME d'IDENTITE. On remarque aussi que les meneurs de destructions n'ont souvent aucune tutelle parentale et sont en fait une infime minorité. Mais leur "force de frappe" croît en fonction du désarroi "d'en face" et d'un flagrante impunité. Grèves et manifs n'ont aucun impact. Bien au contraire. Alors comment passer du mouvement circulaire, ou plutôt « brownien », à un mouvement un peu plus rectiligne permettant la notion de projet réalisable ? Ou bien de la « culture » de quartier à celle de l'entreprise ? Si cette soif « à l'américaine » en prise avec leur fonctionnement - il n'y a pas meilleurs ambassadeurs qui, lors des manifs étudiantes, détruisent les mobylettes de livreurs de pizzas de leur âge et respectent les MacDo - ne trouve pas de contre-balancement, leurs jacqueries d'appropriation vont être de plus en plus violentes. Remarquons bien que l’objet - qu'on brûle - n'a aucune valeur en soi. Avant, la valeur d'un objet était liée au temps (et à la peine): un temps pour le fabriquer, à condition de l'avoir vu faire et un temps pour l'acquérir, à condition d'avoir un salaire, donc de travailler. L'objet arrivant chez le commerçant ne remplit pas ces conditions, alors si on peut le piquer... Notons bien que les panneaux publicitaires fixés en énorme au-dessus du centre commercial de la ZUP l'y encouragent à fond : « Prenez la voiture, elle coûte 0 franc ! Vous paierez après ! »... REPONSES PEDAGOGIQUES POSSIBLES...J'ai pu dégager quelques principes qui m'ont guidé, avec mes équipes successives, dans la réalisation de modules de dynamisation et de formation et qui ont porté quelques fruits pour la mise en activité de ces jeunes.1.    Donner CONFIANCE et poser des LIMITES (en les faisant respecter) Le besoin de la relation/adulte passe par une écoute authentique dans le cadre d'une fermeté sans faille. Moyens : Actions encadrées par petits groupes et un contrat basé sur des règles acceptées au départ, des horaires et une responsabilité dans le groupe. 2. Réaliser en VRAIE grandeur (concret - visible - reconnu)- le séjour - étroitement suivi - en entreprise (plutôt PME) est incontournable.- des chantiers d'utilité publique en villages. 3.   Pédagogie donnant à VOIR- utilisation fréquente d’outils audiovisuels et de l’ordinateur pour lire, écrire, fabriquer un journal- le code de la route Rousseau (Règles - Voyage - Français et Maths) 4. CREVER sa frontière : « Apprends-nous à parler aux gens ! » - travail sur l'expression - reprises jouées de situations conflictuelles vécues et récentes, avec ou sans vidéo.La réalisation du journal sur ordinateur est complète et vivante : l'écriture sortant nette valorise son auteur et le reportage apprend la préparation, la rencontre et à préciser sa pensée, seul et avec d’autres.Le chantier en village prouve à chacun ses possibilités par un travail utile, visible et reconnu dans le cadre d'une nature qui tend à diluer les ondes de rage habituelle du quartier et de favoriser des relations avec d’autres personnes, plus disponibles, moins stressées.
 Hubert Marrel

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M
Merci vraiment pour ta réponse avec des aspects inattendus qui m'aident à aller plus loin.
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E
Il me semble que tu as compris untuitivement la leçon de Socrate. Pour m'expliquer les choses, tu ne les dis pas théoriquement mais tu prends des exemples, qui ont une certaine force symbolique. Tu donnes à voir avant de faire entendre. Pour Socrate, ce qui est premier c'est aussi le voir, cette vision fondamentale qui me permet de connaître. Or, en un sens, ce qui donne à voir, c'est la langue des symboles, qui est la langue universelle au fondement de toute langue. Lorsque je l'utilise avec l'autre pour l'enseignement, d'une part j'éveille son esprit et d'autre part je me mets en situation de communier avec lui dans la connaissance. Il y a une conception qui se fait dans la rencontre ; cette conception va engendrer un apprentissage, qui est aussi une création comme la gestation de la mère.C'est bien ce que fait le moine avec l'enfant lorsqu'il lui attache une pierre au dos, pierre qu'il a déjà fait porter à d'autres, mais qu'il risque de traîner  intérieurement, toute sa vie. Pour tenter de le guérir, il lui révèle symboliquement ce qui s'est passé pour lui, à l'aube de sa vie. Un inconnu ou une inconnue lui a laissé une pierre à traîner... Il ne pourra s'en séparer qu'en aidant les autres à couper le lien qui les paralyse : tâche de toute une vie, peut-être pour chacun d'entre nous... Par son enseignement symbolique, le moine a mis je jeune enfant sur sa propre voie. 
Par ailleurs si Marc peut progresser, c'est parce que le maître a déposé en lui une graine symbolique comme le fait, en un sens, l'homme avec la femme. Sinon Marc ne ferait que répéter et tourner en rond. Je pense que ce que Socrate veut nous faire comprendre, c'est que nous ne sommes pas dans la transmission mais dans la création parce nous faisons un détour par le symbolique. Pour lui nous ne pouvons transmettre qu'en conduisant l'autre à la création, en nous désaisissant de notre toute-puissance (induite dans l'idée de transmettre).
Excuse-moi, j'ai l'impression de comprendre ce que je te dis, mais je ne suis pas sûr de t'aider à le comprendre, si ce n'est en utilisant le symbole du rapport de l'homme et de la femme : la rencontre dans la communion permet la conception, puis la gestation du côté de la future mère.
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M
Je n’étais pas allée sur le blog depuis longtemps. Ton texte sur l’enseignement et les réactions qu’il suscite aident à réfléchir. Comme je ne veux pas être uniquement  consommatrice, voici un petit témoignage sur ce que j’ai vécu ces derniers jours. Hier, Luca (mon petit fils 10 ans) qui pratique l’escrime, me disait que pour bien combattre, il fallait à son avis, « de la rapidité, de l’attention et de la technique ». Il doit trouver en lui-même ce qu’il faut pour faire grandir sa rapidité, son attention. Mais la technique lui est transmise par son maître d’arme. Dimanche dernier, j’écoutais Marc (un autre petit fils 11 ans) jouer « le coucou » de Daquin. J’entendais « sa » musique à lui,avec sa  sensibilité, son’énergie qu’il devra cultiver encore et longtemps pour progresser, mais je percevais aussi le travail  de son professeur, l’ apport théorique, les exercices obligés. J’ai une plante sur mon balcon  dont j’ignore le nom et que Lola ‘la plus jeune de mes petites filles) appelle « la plante douce ». C’est elle qui m’a fait découvrir la douceur de ces feuilles… « L’enseignement » me fait penser à la main tendue du maître qui transmet, « signale » l’héritage. « L’apprentissage » serait la main tendue du disciple qui « prend » pour construire, créer à son tour. Et comme on dit, on apprend à tout âge. Je suis en train de lire « Difficile liberté ». Je n’aurais jamais ouvert ce bouquin si notre ami Yvon ne m’avait pas parlé d’Emmanuel Lévinas avec enthousiasme et profondeur…Encore une petite chose qui me vient à l’esprit, je te la donne puisque tu aimes les histoires. As-tu regardé  le film coréen « printemps été automne hiver » retransmis sur Arte il y a quelques jours ?. Les saisons de la vie passent sur un  temple construit sur une île minuscule, habité par un moine boudhiste et un enfant. On voit un enfant qui joue à ficeler un poisson puis une grenouille et s’amuse à les regarder se déplacer difficilement, entravé par le fil. Le matin il se réveille avec une pierre attachée dans le dos. Il pleure, dit qu’il a mal. Le moine l’exhorte à aller, ficelé à sa pierre,  retrouver le poisson et la grenouille, et dit quelque chose du genre si l’un d’eux est mort, tu porteras cette pierre toute ta vie dans ton cœur ».
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E
Tu as bien réussi à montrer la complexité du problème et, si je n'avais pas écrit le texte et essayé de comprendre ce que dit Socrate, je te donnerai mon plein accord. Mais il y a, chez moi, quelque chose qui résiste.
La priorité du sujet qui apprendIl me semble que le problème posé est celui de la toute-puissance de l'enseignant. Il doit à tout prix renoncer à cette toute-puissance pour laisser place au sujet qui apprend. Il est obligé de passer par lui. Bien plus il me semble qu'il doit faire en sorte que sa démarche aide l'autre à se constituer comme sujet.
C'est pourquoi la pure transmission du savoir n'existe pasL'enseignant est amené à accepter de plonger dans l'inconnu, en se soumettant à l'autre qui apprend. Il passe le relais non pas dans la transmission d'un savoir mais dans l'acte d'apprendre ou de recevoir ce savoir. A la limite, cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas apprentissage, mais cet apprentissage n'est pas une simple transmission.
L'idée qu'il faut revenir à une intuition première, à un savoir fondamental, qui rend possible la connaissanceSi l'on respecte la pensée de Socrate, le sujet doit commencer par se ressouvenir, c'est-à-dire revenir à cette lumière fondamentale, qui le constitue comme sujet apprenant. Autrement dit, il doit y avoir un éveil préalable de l'autre, qui va rendre possible l'apprentissage. Il va de soi que l'enseignant peut favoriser cet éveil, en amenant l'élève à "percevoir ce qu'il y a de plus lumineux dans le réel", comme le dit Socrate lui-même.
Une priorité de l'intuition sur la raisonPar derrière la position de Socrate, il me semble qu'il y a l'idée que l'intuition l'emporte sur la raison. Il faut commencer par voir pour comprendre et c'est alors que la raison peut fonctionner. Cela est vrai pour l'intuition première qui fonde toute connaissance. Mais c'est aussi vrai à tous les autres niveaux. Aussi l'éveil préalable de l'esprit que doit favoriser l'enseignant est une sorte de propédeutique à la vision, une familiarisation avec les grandes intuitions de l'humanité. C'est sur ce socle que le sujet peut acquérir des connaissances nouvelles.
La nécessaire acquisition des outilsLà, je pense que je suis d'accord avec toi, l'homme a besoin d'outils pour apprendre : la lecture, l'écriture, le calcul, l'informatique, l'utilisation d'internet et bien d'autres choses. Et il faut bien que quelqu'un transmette ces outils. Mais le mot "outil" dit bien qu'ils sont là pour aider à apprendre, pour favoriser l'acte du sujet qui apprend. C'est alors que l'écriture, l'informatique et internet deviennent un passage nécessaire et une formidable stimulation pour l'élève et l'étudiant.
Comme tu le dis bien, c'est à un équilibre qu'il faut arriver mais avec cette double idée qu'on a à faire à des sujets imprévisibles que je ne peux pas manipuler et que leur éveil est nécessaire pour toute acquisition de connaissances nouvelles.
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P
Je réponds bien tard à ton interpellation sur l'enseignement via  Socrate, mais j'ai eu un emploi du temps assez chargé ces temps-ci.La question de l'enseignement est très importante en effet et j'ai le souvenir de discussions très âpres et longues avec certains de mes  anciens collègues formateurs. L'un, surtout, se refusait à intervenir  comme apporteur de savoir car, à ses yeux, c'était, d'une part,  manipulatoire, puisqu'il y a toujours, de la part de l'apporteur, un  choix du contenu dans sa forme et son étendue et, d'autre part, c'est  considérer l'esprit de celui qui est censé recevoir, comme un  réceptacle alors que la personne peut être active, qu'elle est active  quoi que nous fassions et ce que nous donnons n'arrive pas comme nous  l'avons donné. En outre, pour qu'il y ait acquisition, il faut qu'il  y ait motivation sinon il ne reste rien. J'ai toujours été sensible à ces arguments mais ils ne m'ont jamais  satisfait totalement car il y a d'autres arguments qui montrent les  limites de cette seule démarche.En effet, ne jamais apporter de savoir à l'autre, sous prétexte de  lui laisser découvrir ce dont il a besoin, reviendrait à nier la  solidarité inter-générationnelle de l'humanité, chacune devant  redécouvrir ce que les précédentes ont déjà trouvé. Les faits de  l'histoire contredisent cela et toutes les générations ont cherché à  faire profiter leur descendance de leurs propres expériences et  découvertes.Cela n'empêche pas certains de s'interroger sur la véracité  d'affirmations antérieures, de refaire l'expérimentation avec de  nouveaux moyens et un esprit critique et d'arriver à des conclusions  différentes, voire de démontrer l'erreur de la croyance passée. N'est- ce pas, justement, l'affirmation, parfois péremptoire, qui incite à  la remettre en question ?La science n'a-t-elle pas toujours fonctionné ainsi ? Où en serait- elle si des savants et des professeurs n'apportaient pas leur savoir  à de nouvelles générations qui viendront, sans doute,  bouleverser ce  savoir ?Refuser l'apport de connaissances reviendrait à condamner chaque  génération à réinventer tout ce que les précédentes ont déjà trouvé.  Qui serait assez intelligent, aurait assez d'énergie et vivrait assez  longtemps pour mener à bien cette tâche ?D'autre part, il apparaît qu'un certain nombre d'automatismes imposés  par la contrainte dans l'enseignement traditionnel ont fini par  "rentrer" malgré la protestation intérieure, et à rendre service à   ceux qui les ont subis, je veux parler de la lecture, de  l'orthographe ou des tables de multiplication, pour rester dans des  choses simples. Évidemment, ça ne marchait jamais pour tous et il  restait des éléments imperméables à la démarche. Ces résistances  démontrent des limites au fait d'enseigner mais ne remettent pas en  cause sa validité, même si on peut revoir les méthodes et la contrainte.Il s'agit donc de trouver un équilibre,- d'une part, entre le désir du sujet, de découvrir, de comprendre et  l'apport de ce qui est connu ou considéré comme tel,- et, d'autre part, entre la disponibilité du savoir et la relation  avec l'autre dans l'acquisition de ce savoir. Par exemple, la  disponibilité immense d'informations que représente les bases de  données via les moteurs de recherche, donne à l'enfant des  possibilités de savoir qu'aucun n'a eu dans les générations qui l'ont  précédé. Or, ce savoir va-t-il seul, lui permettre d'être plus homme  que ses arrière-grands parents ?  J'en doute fort, car à ce savoir, il faut adjoindre la relation.Le savoir peut-il être intégré, humainement intégré, c'est à dire  dans un sens utile à la société humaine, sans une expérimentation,  une confrontation avec la relation humaine ? Quel pourrait être  l'intérêt d'un savoir à l'état pur, s'il n'avait d'une façon ou d'une  autre un lien avec l'autre, ce qui est vécu avec lui ?Cela revient à se demander si l'homme pourrait vivre seul avec son  savoir.D'ailleurs beaucoup de vocations et le désir d'apprendre ce qui leur  correspond, ne découlent-elles pas des relations entre un enfant et  un parent, un enseignant ou un personnage qu'il admirait ?Je crois plutôt que l'enseignement est comme un passage de relais  avec une part connue (au moins en partie) qui est le passé sur lequel  les "nouveaux" peuvent s'appuyer pour une part inconnue :  l'avenir  qui est à créer.Le rôle de l'enseignement n'est-il pas de donner à chaque génération  une connaissance du passé et des savoirs qu'il a accumulé, qui lui  permettent de créer son avenir. Et malgré la connaissance acquise,  l'avenir pourra-t-il jamais être autre chose qu'un tâtonnement à  partir de désirs, de tentatives pour les satisfaire avec des  réussites et des échecs ?Dans cette logique, des progrès sont à faire en permanence en matière  de savoir, en termes de méthodes pour le présenter, en faciliter la  compréhension et l'acquisition mais aussi dans en matière de  relations entre ceux qui ont un savoir et ceux qui veulent ou qui  doivent en acquérir. Et nul doute que la qualité de cette relation  sera souvent  déterminante.L'idéal serait sans doute, de laisser buter le jeune sur des  difficultés au point qu'il veuille comprendre pourquoi elles  surviennent et comment il serait possible de les éviter ou de les  vaincre, de montrer des choses ou des situations et d'attendre  d'éventuelles interrogations à leur sujet etc...Mais chaque chemin intérieur de curiosité est singulier et il  faudrait un accompagnateur-enseignant permanent par enfant, pour  respecter ce rythme (Socrate ne préconisait-il pas ou ne pratiquait- il pas une relation en tête à tête avec ses disciples ?)D'autre part, le savoir a-t-il un sens s'il n'est au service de  l'homme ? Or, l'homme étant fait essentiellement par ses relations,  peut-on se contenter de parler d'enseignement quand son application  va dépendre de la façon dont chacun a appris à se comporter avec les  autres ? L'enseignant-accompagnateur n'est-il pas, même à son corps  défendant un maître, une référence relationnelle à deux niveaux,  relation avec les autres autant qu'avec son savoir.
Je ne suis pas sûr d'être très clair et je n'ai pas de recette mais  je tenais à manifester la complexité que je perçois vis à vis de  l'enseignement et surtout le fait qu'il y a un équilibre à rechercher  en permanence (il ne sera jamais définitivement acquis) entre  découverte et enseignement, entre savoir et relation dans   l'apprentissage quel qu'il soit.
Pierre
 
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E
Je viens de regarder avec un très grand plaisir le film sur wudangshan. Je suis allé jusqu'au bout, sans rien négliger. Et ce qui est étonnant, c'est que j'ai été ramené à ce que j'ai étudié, ce matin, au cours d'un atelier de sémiotique. Il y était question de l'arbre de vie et de l'arbre de la connaissance. Socrate et Bouddha sont du côté de l'arbre de la connaissance. Ils reviennent à la source de toute connaissance. Dans le taoïsme, c'est l'arbre de vie qui est en question. On remonte à la source de l'énergie de la vie pour atteindre l'immortalité, source qui se décline sous l'alternance du yin et du yang, du dur et du mou, de la montagne et du fleuve. Dans la Bible, le serpent semble confondre l'arbre de vie et l'arbre de la connaissance. Il ramène l'arbre de vie à l'arbre de la connaissance, négligeant le passage premier par l'arbre de vie. En deçà de la lumière et de la connaissance originelle, il y a le souffle (divin) fait d'inspiration et d'expiration, sans doute assez proche du yin et du yang. Il semble qu'il faille appuyer la connaissance sur la vie (qui est donnée) et non l'inverse.
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E
Je suis séduit par le rapprochement que tu fais entre le ressouvenir qui doit conduire à la lumière d'origine et fonde toute connaissance, et l'éveil du bouddhisme. Il me semble que c'est la même intuition, à la limite l'intuition fondamentale de l'homme, qui lui ouvre les portes de toute connaissance. Comme Socrate, le maître illettré montre avec beaucoup de relief que la lumière se fait, que l'esprit s'éveille, lorsque je prends conscience que je ne sais rien. Il faut faire le deuil des "lettres" dont je peux m'enorgueillir pour accéder à la connaissance, au don de la connaissance. Je ne veux pas conclure mais au contraire me laisser travailler par un tel rapprochement pour y voir un peu plus clair. Merci Jacques de me contraindre à un tel exrcice.
Je vais maintenant m'instruire sur le wudangschan et je reviendrai ensuite sur le site.
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J
Plus encore que d’habitude, ton texte ainsi que les commentaires qu’il a déclenchés me laissent dubitatif. Je ne me sens pas capable de disserter sur les auteurs et les principes, ni de me battre avec le sens, si souvent changeant, de leurs mots. Encore plus que d’habitude, un peu comme les adeptes du "chan", je choisis de répondre  à côté , modestement. J’espère que cela peut être utile. Deux réponses donc, qui viennent l’une et l’autre  de Chine. Tant étrangères et pourtant parfois si proches ; fais avec ce que tu pourras et voudras.  1/ légende de Huineng, le sixième patriarche : Un soir, cet été, dans un bistrot de la Chine du Nord, après deux bières et les visites de nombreux temples, le Maître du Sud s’est un peu lâché. Alors il  nous a raconté la légende de Huineng, le sixième patriarche illettré, choisi par Hongren, le cinquième, pour être son successeur dans la tradition du bouddhisme « chan» (zen en japonais) spécifique à la Chine.
 En résumé : Huineng, le barbare illettré, arrive au monastère alors qu’il a déjà connu l’éveil et impressionne le maître Hongren qui le reconnait d’emblée. Mais comment, aux yeux des autres moines savants, un illettré pourrait-il connaître l’éveil ? Donc, par prudence, Hongren ne le met pas en avant, il ne le favorise pas et l’envoie aux cuisines. Quand vient le temps où Hongren sent sa mort prochaine, il doit désigner un successeur et demande aux moines de composer un poème qui servira de « test ». Le meilleur élève, «"le dauphin désigné », dirait-on aujourd’hui, écrit le poème suivant qu’on placarde sur le mur :
Mon corps est l’arbre de l’éveil ;
Mon esprit ressemble à un clair miroir.
De tout temps, je m’efforce de le faire briller
Sans le laisser se couvrir de poussière.
Quelques péripéties plus tard, le modeste cuisinier apprenant la chose, demande à un lettré d’écrire pour lui,  les mots suivants sur le mur à côté du poème ci-dessus :
Il n’y a jamais eu d’arbre de l’éveil ;
Guère plus que de clair miroir.Originellement, il n’est pas une seule chose :
Où trouverait-on de la poussière ?
Hongren, après l’avoir lu,  convoque secrètement Huineng, le Barbare du Sud, à minuit dans sa chambre, lui confie les attributs du patriarche et lui conseille, de peur que les autres « ne lui fassent du mal », de s’enfuir sur le champ dans le Sud et de s’y cacher sans enseigner pendant cinq ans. Ce que fit Huineng ; puis il enseigna la doctrine. De là, du Sud, conclut le maître,  vient la plus pure tradition du Bouddhisme chan.
Ceci est un résumé extrêmement réduit et lapidaire. Je raconte l’histoire comme je l’ai entendue cet été. Depuis j’ai trouvé le texte complet, dans un livre étonnant : « Le zen autrement » de Stephan Schumacher, aux éditions Albin Michel ; ch. 5 « le barbare du sud ». On y trouve toutes les péripéties et détails qui montrent comment le maître prend, dans la plus grande discrètion, toutes les précautions nécessaires pour protéger son successeur et ménager, on dirait aujourd'hui manipuler, les autres. Tout cela a son importance, mais il n'est pas possible d'écrire ici le chapitre entier.
C’est en quelque sorte, le triomphe, la reconnaissance et le soutien attentif par le maître avisé, de l’illumination naturelle de 'l’esprit simple », opposée au travail du besogneux opiniâtre, mais aussi empli d’avidité.  Cependant,  la lecture de l’ouvrage ci-dessus, bien que fort riche, bouleversant et qui va très loin, est malaisée à qui n’est pas un tout petit peu familiarisé avec la pensée chinoise et le taoïsme. Certains, en effet, disent que le bouddhisme chan est né de la rencontre entre le bouddhisme venu d’Inde et le taoïsme.
On peut trouver des explications intéressantes au sujet du Bouddhisme chan et « le sutra de l’estrade » qui  corespond aux enseignements de Huinen sur le site suivant :
 http://fr.wikipedia.org/wiki/S%C5%ABtra_de_l%E2%80%99Estrade
 L’article (lien) suivant replace les choses dans un contexte historique qui rappelle les mésaventures de la « fausse »  prophétie de  Neferty
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Chan_%28bouddhisme%29
 Enfin, ce troisième site (lien) raconte encore plus résumée l’histoire de Huinen
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Huineng
 2/ Le taoïsme et le maître du Wudangshan :
Loin de moi, la folle ambition d’expliquer le taoïsme. Je voudrais juste te faire profiter d’un film, qui est passé il y a quelques temps sur la Arte et la 3, puis que j’ai retrouvé sur le net.
On peut le voir sur le site suivant, mais pas le télécharger ni le passer en plein écran, du moins moi je ne peux pas.
Je suis allé l’année dernière dans cette montagne du Wudang (Wudangshan = montagne de Wudang). J’ai visité tous ces lieux et j’en ai été impressionné au plus haut point. J’ai rencontré cet homme : maître Tian Lang, il nous a offert le thé, parlé un peu, montré beaucoup, nous avons vu les démonstrations des élèves. L’ensemble était extraordinaire. Vois si tu le peux et si tu as cinquante minutes à y consacrer :
 http://www.clorenz.org/article-12313597.html
 Le site est un peu capricieux, mais cela vaut le coup ! C’est un peu long, mais il est bon de tenir jusqu’à la fin. Vois comment parle Tian Lang, comment lui et ses compères rigolent souvent, en général lorsqu’il raconte une légende empreinte de superstition, alors que lorsqu’il donne les enseignements fondamentaux, il est sérieux et convaincant. Vois le langage du corps…..
  
 
 
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E
Au sens fort du terme, je pense que l'écriture est comme une graine jetée en terre qui va donner naissance à la parole. C'est pourquoi, dans les études universitaires, l'apprentissage de la lecture des grands textes était si importante, à tel point que certains professeurs étaient appelés "lecteurs". Quand on relit les grands mythes aujourd'hui, on voit bien comment la lecture en commun devient un outil privilégié de la pensée.
Toi tu parles de l'apprentissage de l'écriture, y compris la formation informatique et l'expérience de la recherche sur internet. Tu y vois une condition préalable pour faire de l'écriture et non seulement de la lecture un outil pour la pensée, un outil pour le sujet. Je suis tout à fait d'accord avec toi. Alors l'acte d'écrire devient un acte tout à fait original. Il n'est pas la pure traduction d'une parole, il est une invention de la pensée, au sens de creuser pour faire sortir. Ici, l"criture ne vient plus parasiter l'acte du sujet qui se ressouvient, elle le conforte et même elle l'accomplit en devenant créatrice dans le meilleur des cas. J'essaie de redire à ma façon ce que tu dis toi-même.
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E
Merci Francesco d'être intervenu en dépit des brumes de la grippe. Tu soulèves un problème important avec l'écriture. On n'a pas ici, avec Socrate, une théorie de l'écriture. Il met simplement en garde contre les dangers de cette écriture pour l'acte d'apprendre. Mais j'y reviendrai ce soir, car je pars à un enterrement.
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F
Je me retrouve bien dans la lecture des textes de Socrate quant au risque de considérer la connaissance comme une marchandise qu'on déposerait dans l'âme/l'esprit d'un apprenant, par une transmission du savoir. Et le rôle d'accouchement d'un sujet pensant.Je ne vois pas bien comme cela s'articule avec les reformes du temps scolaire du samedi matin, les heures supplémentaires des profs, la carte scolaire... oui peut-être un petit peu avec les incitations à un accompagnement plus personnalisé... à voir.
Quelques nuances concernant les "outils", en particulier l'écriture."Par le biais de l'écriture, les jeunes gens vont accumuler des savoirs qu'ils ne pourront maîtriser et qui les laisseront incompétents.." (cfr. paragraphe La rencontre de Thot et du Dieu Ammon). Et au dernier paragraphe: "La pensée de Socrate ne condamne pas à priori les outils extraordinaires qui peuvent être l'écriture, l'imprimerie, l'informatique ou internet". Je ne suis pas sûr que ces "outils extraordinaires" soient bien déjà à la portée de tous, pour l'apprentissage, et qu'il y a encore bien de decalages dans la possibilité , "pour tous", de disposer de ces outils...Mais, l'écriture est-elle vraiment un outil? Est-elle vraiment un outil parmi d'autres, l'imprimerie, l'informatique ou internet? Il y a certes un aspect "outil" dans l'écriture, car elle se voit par une habilité gestuelle, par des techniques, elle est régie par des règles et des codes et elle se matérialise par papier, crayon, mais aussi par imprimerie, ordinateur ou internet.Mais je crois que l'écriture est (ou devrait être, car il y a encore un certain nombre de personnes qui pensent et disent "ne pas savoir écrire") de l'ordre du "savoir", donc un savoir à autoriser, à stimuler, à faire accoucher par un sujet plutôt qu'une technique ou un outil à acquérir ou à maîtriser. Elle est de l'ordre de la créativité. Un outil de la pensée, oui, peut être. Surtout une possibilité pour un sujet de "se dire", à lui-même d'abord et à d'autres aussi et ensuite une possibilité de communication et de socialisation. Je pense, donc j'écris. Je cherche, donc j'écris. Je parle, donc j'écris. J'existe, donc j'écris. Pour moi l'écriture est avant tout ce "lieu" où un sujet peut se dire, où il peut être entendu, où il peut être reconnu. Elle est liée "à la démarche symbolique dont la mission est de conduire le sujet vers lui-même" (cfr. paragraphe Le chêne qui parlait).
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E
A Marie-Louise
Pour te montrer que la raison n'est pas absente, au moins en apparence, de la vie dans la caverne, je te renvoie à ce que dit Socrate : " Pour ce qui est des honneurs et des éloges que, je suppose, ils échangeaient jadis, de l'octroi de prérogatives à qui aurait la vue la plus fine pour saisir le passage des ombres contre la paroi, la meilleure mémoire de tout ce qui est habituel là-dedans quant aux antécédents, (d) aux conséquents et aux concomitants, le plus de capacité pour tirer de ces observations des conjectures sur ce qui doit arriver, es-tu d'avis que cela ferait envie à cet homme, et qu'il serait jaloux de quiconque aura là-bas conquis honneurs et crédits auprès de ses compagnons ? ou bien, qu'il éprouverait ce que dit Homère et préférerait très fort " vivre, valet de boeufs, en service chez un pauvre fermier" ; qu'il accepterait n'importe quelle épreuve plutôt que de juger comme on juge là-bas, plutôt que de vivre comme on vit là-bas ? (e)
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E
Merci de me ramener à un peu plus de rigueur et je conviens bien de certaines approximations que tu soulignes à juste titre.
Mais je pense que tu n'as pas vraiment saisi ma démarche qui est loin d'être parfaite. J'essaie au départ de comprendre l'intuition de Socrate, ce qui me permet de sortir des concepts platoniciens et de pouvoir me resituer dans la position actuelle. Il me semble d'ailleurs qu'il y a un décalage, en partie perceptible, entre ce que pense Socrate et ce qu'en exprime Platon. Par exemple, tu dis "Chacun doit reconnaître qu'il porte en lui le souvenir des Idées". On est déjà dans la conceptualisation. Mais dans l'intuition qui est, en partie révélée par Socrate, qui ne parle pas du ressouvenir des idées mais de l'acte de se ressouvenir, on voit bien qu'il révèle quelque chose qui est tout à fait acceptable : je ne puis connaître sans une connaissance fondamentale, qui m'est donnée au départ, comme l'être, la vie, l'amour, qui me sont aussi donnés au départ. Dans tout apprentissage, je suis renvoyé à cette connaissance fondamentale originelle.
En ce qui concerne le chêne, il me semble qu'il y a beaucoup plus que ce que tu en dis : c'est l'idée que le logos originel, comme fondement de toute parole, nous est donné.
Sur le deuil du pouvoir direct de l'enseignant, je suis entièrement d'accord. Mais c'est d'ailleurs tout le sens de la pensée de Socrate : il fau respecter l'acte du sujet qui apprend.
Sur le mythe de la caverne, si on reprend l'intuition que traduisent bien toutes les images, on peut en conclure que sans l'intuition ou le retour au savoir originel, la raison est vide et se transforme en opinion comme tu le dis. J'en suis toujours à l'intérêt du mythe, qui, en nous livrant l'intuition de départ, nous permet de faire le passage entre un système philosophique ancien et la pensée actuelle. Pour moi le mythe comme l'intuition au sens fort du terme fonctionnent comme des passeurs de sens et nous n'avons pas à rester enchaînés aux concepts anciens, tout en mesurant, c'est vrai, la distance entre ces concepts et ceux que nous forgeons aujourd'hui.
Sur la situation de l'enseignement aujourd'hui, tu es beaucoup plus compétente que moi pour en parler.
Sur l'articulation des concepts anciens et des concepts modernes, je ne cherche pas à les articuler dans la mesure où, toujours fidèle à ma méthode en ce qui concerne les mythes, je cherche un peu plus de liberté en essayant de cerner l'intuition qu'ils véhiculent, ce qui me permet de faire les passages nécessaires. Mais, c'est vrai, il y a loin entre le projet et la réalisation.
Merci parce que tu m'obliges à préciser ma pensée.
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M
* Quand tu mets Phèdre entre parenthèses, il faudrait mettre l¹italique, pour dire que c¹est une citation du Phèdre de Platon.
§ 2 : difficilement compréhensible :
Thot vient de faire une découverte extraordinaire (Phèdre) : il a inventé l¹écriture, ce qui permettra de démultiplier le savoir et de remédier aux insuffisances de la mémoire. Tout fier de son invention, il vient en parler au Dieu Ammon. Celui-ci prend de la distance par rapport à l¹enthousiasme de son confident : il perçoit aussitôt la contradiction dans laquelle Thot s¹enferme, constatant qu¹il est en train d¹oublier l¹acte du sujet qui apprend. Avec son invention, Thot  contrarie l¹homme  dans sa recherche dela lumière de l¹origine, que lui Ammon  présente comme un effort pour se ressouvenir. Bien plus, il risque de le dispenser de l¹apprentissage du dialogue pour cerner plus sûrement le chemin vers la vérité. Par le biais de l¹écriture, les jeunes gens vont accumuler des savoirs qu¹ils ne pourront maîtriser  et qui les laisseront incompétents.
Le chêne qui parlait
On a l¹impression que Socrate s¹est déjà propulsé dans notre monde actuel. Alors, il enfonce le clou. Il nous renvoie à ces gens qui écoutaient la voix d¹un chêne, pour entendre les premières prophéties. Nous pensons peut-être qu¹il s¹agit d¹une attitude grotesque. Il nous dit pourtant qu¹ils sont davantage dans le vrai que les ³compétents² d¹aujourd¹hui. Le chêne par sa taille et ses racines jouait avec le symbolique (c¹est nous qui interprétons). Il constituait un objet intermédiaire qui renvoyait au savoirde l¹origine. (cf le lien entre terre et ciel)Le danger de notre époque pourrait être le renoncement à la démarche symbolique, dont la mission est de conduire le sujet vers lui-même, en le faisant accéder à une parole qu¹il n¹invente pas, mais qui lui est donnée, à travers la voix du chêne, dont la mission est de nous livrer le logos de l¹origine et de la prophétie.(NB : dernière phrase peu claire. Le chêne est plus grand, plus fort, plus vieux que l¹homme. Cela renvoie au temps et au développement)
Réaction ³violente²  sur la phrase ³il faut apprendre à apprendre² :Confusion possible avec le discours de l¹IUFM qui a évacué les connaissances au nom de la méthodologie (creuse)!Ce n¹est pas ce que dit Socrate : pour lui chacun doit reconnaître qu¹il porte en lui le ³souvenir² des Idées.Mieux expliquer que le ³savoir² fondamental n¹est pas sur le même  plan que les ³autres savoirs².
§ : Le fils de l¹accoucheuse³Elle n¹enfante pas elle-même². Cela signifie qu¹elle n¹a plus l¹âge, ou ne peut pas accoucher.L¹enseignant a donc a faire le deuil d¹un pouvoir direct...
Socrate l¹accoucheur pose donc, en préalable, la lumière ou l¹intuition, comme si elle était au fondement de la raison et peut-être de la parole. Il invite ainsi l¹enseignant, dans un premier temps, non pas à enchaîner des raisonnements compliqués,(NB : L¹enseignement actuel ne le fait plus depuis longtemps : il est bien en deça d¹une pratique de la raison !! Il est en-dessous des Sophistes !)
mais à introduire l¹élève dans la vision en l¹initiant aux grandesintuitions, qui ont marqué, jusqu¹ici, la naissance et le développement de chacune des disciplines enseignées. L¹étudiant trouvera là l¹énergie qui le fera progresser, dans les mathématiques, la philosophie et même la musique,où l¹intuition est faite non pas d¹éblouissement visuel  mais d¹images sonores. Sur une telle base, l¹enseignant peut, à la suite du maître, introduire le disciple au c¦ur de la parole pour qu¹il enfante la raison elle-même au fil d¹un dialogue rigoureux et sans concession, qui traque le faux et les impasses, pour permettre le cheminement vers la vérité.Je trouve cette fin de ce §, insuffisamment claire en l¹état actuel.
La raison seule peut enchaîner ou le mythe de la caverneLa notion de raison ne paraît pas claire !Seule l¹interaction de l¹intuition et de la raison est capable de produire de la pensée. Sans l¹intuition et la lumière, la raison est stérile. Elle enchaîne l¹homme, jambes et bras liés, pour lui interdire le chemin de la liberté. Sans doute la véritable pensée est-elle un chemin privilégié poursortir l¹homme de son aliénation.
Pour nous faire comprendre les effets destructeurs de la raison despotique (NON, il s¹agit de l¹opinion), Socrate invente le mythe de la caverne (La République). Des hommes sont là, attachés, le dos à la lumière, tournés vers la paroi la plus obscure. Ils ne voient de la réalité que les ombres qui s¹affichent devant eux sur le mur et finissent (commencent) par les identifier au réel lui-même.Seuls existent les abstractions (ou les concepts),  les corps eux-mêmes ont disparu. (Phrase ambiguë, car pour Platon ce sont plutôt les  Idées qui seraient représentées par les corps...)Les uns et les autres sont pourtant heureux de leur sort et ne souhaitent,en aucune manière, se défaire de leurs liens pour affronter la lumière. Si par hasard l¹un d¹entre eux franchissait l¹interdit et voulait les inviter à la liberté, ils se saisiraient de lui pour le faire mourir.Il serait dommage que l¹école conduise à la tyrannie de la raisonS ! NB : Onn¹y est pas du tout actuellement !Ni raisonnement, ni genèse des théories.
De la transmission d¹un savoir à l¹accouchement d¹un sujet pensantPour qu¹il y ait transmission cela suppose la relation entre des sujets ! prof/élève...La pensée de Socrate ne condamne pas a priori les outils extraordinaires que peuvent être l¹écriture, l¹imprimerie, l¹informatique ou internet. Elle en montre pourtant les dangers, lorsque l¹idéologie de l¹école s¹enferme sur la transmission du savoir. La connaissance court alors le risque accru dedevenir une marchandise et les prétendus progrès de la technique, comme le disait le dieu Ammon, à sa manière, pourraient se retourner contre la pensée et le sujet. Il est donc urgent de revenir à Socrate pour faire de l¹école un lieu d¹accouchement de sujets pensant et de mettre nos nouveaux outils au service de cet objectif.
Donc en résumé, si ton idée générale est juste, l¹articulation de tonraisonnement ne paraît pas assez précise dans la mesure où les concepts platoniciens ne s¹articulent pas toujours avec les concepts modernes et surtout tu ne mesures pas assez la profondeur de la décadence actuelle et de la perversité des théories fumeuses qui détruisent les possibilités de lajeunesse...
Marie-Louise
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E
Merci pour tes réactions et ta volonté de passionner le débat. Je vais essayer d'y répondre point par point sans annuler pour autant la critique que tu fais.
Sur l'intuitionC'est vrai qu'habituellement l'intuition n'arrive que sur la base de l'acquisisition de connaissances préalables. Si j'en reviens à Socrate, je lie l'intuition au ressouvenir. En définitive Socrate veut dire qu'il ne peut y avoir de connaissance sans un savoir originel qui nous est donné, position avec laquelle je suis entièrement d'accord. Pour lui, il faut revenir à ce fondement, réactualiser l'intuition première en apprenant à voir dans le réel ce qu'il y a de plus lumineux. C'est alors que je me mets en situation d'apprendre. Il nous renvoie ainsi au sujet et notamment à l'acte d'apprendre exercé par le sujet.
Sur les doctrines pédagogiquesLes doctrines pédagogiques dont tu parles nous rapprochent un peu de la position de Socrate. Si l'enfant sait potentiellement, ce que personne ne peut nier, cela ne veut pas dire qu'il n'a rien à apprendre. Cela veut dire qu'il doit établir le lien, par le chemin de la raison, entre ce qu'il sait déjà potentiellement et le savoir nouveau qui lui est proposé. Le rôle de l'enseignant est alors de faire naître ou renaître chez lui la dimension de la raison. Le fait-il réellement ? Tout le problème est de construire un savoir sur des bases, qui sont déjà présentes chez l'enseigné (la connaissance donnée a priori sans laquelle il est impossible de connaître) pour ne pas évacuer le sujet..
Sur raison et la sensibilitéIl me semble ici que tu essaies d'identifier l'intuition et la sensibilité (ce que je sens sans passer par le détour de la raison). Je suis entièrement d'accord avec toi. Mais, dans le concret, cette schizophrénie existe. C'est pourquoi Socrate a inventé le mythe de la caverne. L'absence de lumière directe fait que l'individu enfermé dans la raison identifie la réalité aux ombres et, de ce fait, détruit le concret et évacue le corps...
A suivre
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Y
Lu ton texte. Sur l¹enseignement de Socrate.Je veux bien admettre que l¹intuition soit fondamentale pour avoir envie d¹en savoir plus, pour en déployer tout le contenu potentiel. Mais cette intuition n¹arrive pas sans l¹acquisition de bien des connaissances préalables.. C¹est un peu comme la poule et l¹oeuf...
Autre chose : l¹enseignement n¹est plus ce qu¹il était ; les doctrinespédagogiques actuelles partent de l¹illusion que l¹enfant sait toutpotentiellement... Il n¹a rien à apprendre, puisqu¹il sait déjà... Illusion de l¹illusion. On évacue tout l¹effort d¹emmagasiner un savoir qui structure le pouvoir d¹appréhension de l¹intelligence et de la sensibilité.
Autre chose : l¹intelligence n¹est pas schizophrène. Il n¹y a pas d¹un côté la raison pure (qui n¹existe pas), et la sensibilité pure (qui est miroir aux alouettes). Les deux fonctionnent toujours ensemble ; en art, le maximum de sensibilité est indissolublement lié au maximum d¹intelligence, voire de rationalité.
Bref tout cela promet des débats passionnants
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E
Geneviève, qu'il est beau ton texte ! Je me dis que, pour toi, le fait d'avoir engendré est la chose la plus merveilleuse qui ait pu t'arriver. Tu permets à d'autres d'écouter les mots qui délivrent, la poésie qui enchante, l'amitié qui permet de vivre. Je pense un peu que Socrate n'avait pas d'autre ambition pour ses vrais disciples : les amener à l'écoute, à la poésie et à l'amitié... N'est-ce pas cela la vraie humanité ?
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G
J 'ai lu avec attention ton texte sur la transmission Je te livre pour y répondre quelques reflexions :Donner un avis sur la transmission me semble  une chose bien difficile: J'ai eu trois enfants souvent j'ai changé mon fusil d'epaule pour essayer de les construire et j'ai toujours fait fausse route.L'experience est intransmissible.Il n'y a pas d'école de parentsLes écoles d'enseignants n'apprennent qu'à transmettre du savoir ce qui n'est après tout pas si mal. J'en conclus pour ma part que je n'aurais jamais dû engendrer.Notre responsabilite est immense. Il est impossible d'y faire vraiment face. Alors je me contente avec délectation ( comme dans la caverne ) devant mon écran à ne percevoir que mon ombre. Pourtant, pour moi qui n'ai  pas d'instruction,  j'y apprends beaucoup comme le chante un rockeur de mon coin dans un texte magnifique " IL  Y A DES  SOURIRES QUI NAISSENT COMME CA AU DESSUS D UN LAC ASSECHE ".Après avoir fait le tour des religions qui ont trop de limites, il reste  les mots qui délivrent, la poèsie qui enchante  l'amitié qui permet de vivre. 
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E
Merci de votre lecture et de vos commentaires. Je suis d'accord avec ce que vous dites, mais j'y apporterai quelques précisions. Le point de vue de l'écriture par Socrate est, en effet, tout à fait partiel. Il a raison d'alerter sur les dangers qu'elle peut engendrer en ce qui concerne l'enseignement et sur l'effet de dévalorisation de la parole qu'elle peut entraîner. Mais, en même temps, l'écriture a quelque chose de mystérieux, qui a un rapport avec la mort, et qui en fait la mère de la parole. Cette dimension n'a pas été soulignée par Socrate dans les textes que j'ai indiqués.
Par ailleurs, il est bien évident que l'informatique présente de gros avantages pour soulager la mémoire, mais c'est précisément là que Socrate avait pointé les risques de l'écriture. Ce qu'il met en relief, c'est le lien entre l'intelligence et la mémoire si bien que trop alléger le travail de la mémoire pourrait conduire à un appauvrissement de la connaissance. L'Education Nationale l'a bien perçu puisqu'un logiciel a été mis au point pour faire la chasse aux copier/coller. Je ne suis d'ailleurs pas totalement d'accord avec une telle intransigeance.
Vous avez bien raison de dire que le point de vue de Socrate n'est pas celui des collèges et des lycées. Mais c'est en fait là-dessus que nous devons nous interroger, car tout enseignement doit coopérer à la constitution d'un sujet pensant ou connaissant.
Sur la lumière d'origine, il est vrai que c'est une notion à expliciter. La vraie connaissance n'est possible que parce qu'elle est reconnaissance : elle se fonde sur une connaissance donnée, qui la précède et en fonde la possibilité. C'est cela qu'évoque la lumière d'origine, intuition première sans laquelle il n'est pas de connaissance possible.
Merci encore pour votre réponse qui oblige à déplacer les lignes ou à en préciser le tracé exact.
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E
Nous avons lu avec intérêt ton texte sur "l'enseignement selon Socrate". Cela nous a incités à lire avec plus d'attention les textes de Platon auxquels tu te réfères. Le rapprochement entre l'invention de l'écriture évoquée dans le Phèdre de Platon et "la révolution de l'informatique est intéressant du point de vue de l'enseignement et de la culture. toutefois le parallèle a ses limites: ainsi, par exemple, l'écriture n'est pas loin de la parole et exprime le sujet. mais il est vrai que la culture n'est pas une addition d'informations et que l'enseignement ne doit pas être une simple transmission de connaissances. A ce propos, l'informatique a son intérêt, précisément lorsqu'elle permet à l'élève d'éviter , entre autres, d'encombrer sa mémoire d'informations qui seront stockées ds l'ordinateur, et de libérer son esprit pour penser plus profondément.    Il nous semble que les textes de Platon sur lesquels tu attires notre attention se situent à un autre niveau que celui de l'enseignement tel qu'on le conçoit dans les collèges et les lycées. Pour reprendre ta terminologie, ils ont plutôt à faire à "la constitution du sujet", à la recherche du sens, de la Vérité ou, peut être, de "la lumière d'origine". Mais, pour quelqu'un qui n'est pas versé dans les mythes, cette dernière expression, "lumière d'origine",  paraît un peu fumeuse.
 
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H
Merci, Etienne, de ton texte toujours stimulant.
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E
Ne t'inquiète pas. Tout se passera bien, si, comme Socrate, tu sais écouter celle qui ne parle pas ta langue.
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C
Elle est belle Etienne ta véritable histoire à toi de Noël et je retiens aussi ton conseil pour Jean-Louis; je suis par contre plus inquiet pour communiquer avec sa compagne qui ne parle que le tchèque et l'anglais; et avec Dora ça ne va pas être triste!
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E
Ton texte m'a fait rêver et m'amène à rapporter une histoire de Noël que j'ai vécue, alors que j'étais encore tout petit. J'avais reçu une superbe voiture dans mes chaussures, la nuit du 24 au 25 décembre. Elle n'a pourtant pas résisté aux attaques extérieures. Alors, mon père, voyant mon dépit, me dit : "Remets donc cette voiture dans tes chaussures, ce soir." J'ai suivi le conseil, et, tôt, le matin, je suis descendu dans la salle à manger : la voiture était là comme neuve, bien installée dans mes chaussures. Ce n'était plus mon père, c'était la voiture qui parlait : elle me parlait de Dieu. Elle m'en parle encore aujourd'hui et je continue à l'écouter et à la croire, comme l'arbre de Socrate.
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C
Etienne merci pour ton texte dont je n'avais reçu qu'une partie mais qui déjà m'avait donné appétit d'aller relire mon Phèdre à la façon dont Péguy -encore lui- dans son Dialogue de l'histoire et de l'âme païenne nous a appris à lire : "Des lecteurs purs, qui lisent pour lire, non pour  s'instruire, non pour travailler... Ainsi pour lire Homère, faites comme moi, dit-elle; comme il faut toujours faire avec les plus grands. Ne vous dites pas : il est grand. Non, ne vous dites pas cela. Ne vous dites rien. Prenez le texte. Ne vous dites pas : c'est Homère. C'est le plus grand. C'est le plus vieux. C'est le patron. C'est le père. Il est le maître de tout. Et notamment il est le maître de tout ce qu'il y a jamais eu de plus grand dans le monde, qui est le familier. Prenez le texte. Et qu'il n'y ait rien entre vous et le texte. Surtout qu'il n'y ait pas de mémoire. Qu'il n'y ait aucune histoire entre vous et le texte." Bien sûr, il faut entendre ici "mémoire" au sens du prêt-à-consommer qu'est le savoir de l'étudiant et non au sens que dans Phèdre 275a le Dieu Ammon donne en réponse à Thot, l'inventeur de l'écriture : "Cette invention, en dispensant les hommes d'exercer leur mémoire, produira l'oubli dans l'âme de ceux qui en auront acquis la connaissance."Aujourd'hui je découvre l'intégralité de ton texte qui m'enchante, notamment avec l'éclairage que tu donnes de ce mythe égyptien de Thot par celui de "la Caverne" et surtout avec ton développement sur l'accouchement de la pensée qui est aussi celle du Sujet.Et là je me dis que cette maïeutique, qu'elle soit orale comme l'enseignement de Socrate, manuelle comme celle de sa mère ou écrite comme celle de Platon puis d'Aristote, il lui faut d'abord quelqu'un, un maître, un "passeur" bien avant l'outil -le micro, le robot, le dico-, qui ne sauraient s'y substituer. Car il ne s'agit pas de répétition mais bien de "fécondation" comme tu l'écris, d'une parole non pas inventée, ni recopiée mais qui trouve sa source dans son origine.C'est alors que la voix d'un chêne ou d'une pierre dans le mythe que tu nous évoques, "pourvu seulement que cette voix fût véridique", précise Socrate, se met à me parler à moi aussi et à me remémorer une histoire vraie que nous a contée il n'y a pas si longtemps, c'était en décembre 2000, quelqu'un, François Gibut, qui a été pour moi "sur les planches" un véritable maître. La voici :"Lorsque j'étais enfant, chaque nuit de Noël, mon père disait : "La nuit de Noël, les vaches parlent". Nous le mettions au défit d'aller vérifier par nous-mêmes, mais il pouvait dormir tranquille. La force du mystère et la crainte de la nuit nous coupaient les jambes et nous rejoignions nos chambres à coucher, tout notre corps tendu vers l'étable, non loin de là. Nous nous endormions enfin, pas tout à fait convaincus, mais tout de même perplexes.Plus tard, adolescent, je suis allé vérifier. J'aimais par-dessus tout me retrouver seul, la nuit dans la tiédeur parfumée de l'étable. Je m'y sentais en sécurité. Cette nuit-là les vaches n'ont pas parlé. J'en ai conclu qu'elles attendaient que je sois sorti pour reprendre leur conversation. Alors, je suis sorti.Quelques années plus tard, au cour de ma formation théâtrale, lors d'un stage professionnel avec Claire Heggen à Paris, je subis un choc profond.Alors que nous étions invités durant dix jours à composer avec une chaise et une chaussure, malgré tous mes efforts de l'énergie du désespoir, Claire hochait désespérément la tête. J'étais dans le corps fictif, disait-elle. Ce corps fictif, du point de vue de Claire Heggen, c'est le corps du savoir-faire, techniciste, nombriliste, coupé de la vie, absent malgré force arguments. Celui que nous enseignaient les derniers assistants d'Etienne Decroux.Ce que j'ai réalisé tout à coup, c'est que je ne voyais pas les objets, pourtant bien réels (chaise et chaussure). Je voyais trouble. Mon regard était à l'envers. Il était rivé sur moi. J'étais enfermé avec mon propre regard. Pour sortir de ce mauvais pas, le dernier jour du stage, je me suis obligé à regarder les objets, tout au long de ma composition.Enfin la tête de Claire Heggen a hoché dans l'autre sens. Ce fut la plus grande expérience de toute ma vie de théâtre. Mais j'étais encore bien loin du compte. J'en étais à la toute première étape, au premier pas. Il me restait à considérer ces objets, cette chaussure comme des êtres vivants et à accepter le dialogue avec elle.L'acteur est à ce titre proche du sorcier. Il puise dans des énergies multiples pour donner existence à quelque chose ou à quelqu'un qui est beaucoup plus que lui ou plus tout à fait lui. Il est sur une scène de théâtre, l'intermédiaire, le passeur du monde visible au monde invisible. Il rend possible l'impossible. Avec lucidité, car il doit éviter le piège de la folie. "Un grand acteur de kabuki disait à ses élèves : je peux vous apprendre à indiquer la lune avec l'index, mais entre l'index et la lune, le geste est sous votre responsabilité. Si l'acteur prend cette responsabilité, le public ne verra plus le geste, il verra la lune" disait yoshi Oida, lui-même à ses élèves. Si je ne vois que le geste et que je trouve ce geste beau, il s'agit pour moi du beau geste. Si je vois la lune, c'est que non seulement l'acteur la voit vraiment mais plus encore qu'il est capable de lui parler et qu'elle lui répondra certainement. C'est le geste beau car il est "éclairé par la lune".Aujourd'hui c'est cette race d'acteurs que je recherche. Ceux qui croient en la lune, aux vaches qui parlent et aux chaussures habitées. S'ils sont convaincus de cela, alors le travail peut commencer. Ils pourront peut-être faire partie de ces rares acteurs capables de transporter le public loin, très loin des murs du théâtre. Puisse-je les accompagner dans cette démarche, sans orgueil, condescendance ni brusquerie. Comme le jardinier attend patiemment l'éclosion des fleurs du printemps. Dusse-je attendre de nombreux printemps."Voilà Etienne; par ce soir de pleine lune, je ne pouvais quand même pas nous conter l'histoire à François sans aller jusqu'au bout du chemin, tant je vous trouve tous les deux sur la même longueur d'onde.
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E
Je savais bien qu'en ce domaine nous étions sur la même longueur d'onde. Il est curieux de voir que ce vieux Socrate est plus moderne que les modernes d'aujourd'hui. Il a l'avantage, comme toi !, de dire les choses simplement.
Bon travail dans ton lycée !
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J
ton texte arrive à point nommé, comme une conclusion à notre journée pédagogique d'hier!!!  Merci . Je l'imprime pour l'afficher en salle des profs .Pardon pour mon  arrogance mais , avec ce texte , tu prêches à un convaincu!Il est plus difficile "d'apprendre à apprendre " que de transmettre un savoir avec de belles phrases  déclamées du haut de son estrade ( avant Mai 68!!!)  ou par un transparent ou un "power point" ... Plus les "apprenants" (= élèves  en jargon moderne?!)  ont des difficultés, plus il convient de trouver -et de mettre en place -des stratégies d'apprentissage . Plus il apparaît, aussi,que la construction du savoir est intimement liée à la constitution du sujet . Pas d'apprentissage possible tant que le corps ou le coeur ou la tête sont trop fêlés... Et / ou , me semblet'il.  Voilà: tout est dit avec des mots simples . Cependant la tâche est ardue , complexe ! Bonnes cogitations! 
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E
La réflexion en compagnie de Socrate n'est pas inutile puisqu'elle t'amène à poser aujourd'hui ces questions, qui étaient déjà les siennes, il y a près de deux mille cinq cents ans....
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A
L'internet est , peut-être , aussi importante que le futl'imprimerie , il y a 5 siècles . Je crois qu'on l'a déjà dit.Pourquoi s'encombrer l'esprit de connaissances,puisque mon téléphone-internet sait tout et me dit tout , plusfidèlement que ma mémoire ? Mais la ''connaissance ''qui fait la ''culture'' c'est autre chose, à travers la personnalité dumaître. ; d'autres que moi y ont pensé, mais qui s'enpréoccupe, concrètement ?     L' imprimerie a t-elle apporté laréforme ( luther ) et une autre civilisation   ? La révolutioninternet est grosse de quoi ? Modestement
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E
Merci Ibrahim. Tu traduis les choses selon ta propre expérience et c'est cela qui fait avancer la pensée !
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I
Oui etienne bonsoir S'agit-il de la docte ignorance qui consacre le besoin permanent de savoir pour acceder à la connaissance après avoir passé par l'expérience ?amitiés Ibrahim
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E
Ta réponse est pleine d'intelligence et de vérité parce qu'elle vient directement du coeur. A  mon tour de remercier.
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J
Merci Etienne pour ce texte qui donne à penser. Je trouve éclairant, en tout cas, de considérer l'acte d'apprendre passeulement sous l'angle du contenu que l'on acquiert, mais sous l'angle duprocessus d'acquisition, où j'entrevois une dimension contemplative(l'"effort pour se ressouvenir" !)...Autre approche, me semble-t-il, du fameux "ce qui est caché aux sages et auxsavants pour être révélé aux tout petits"...C'est une réaction bien rapide, elliptique, mal ficelée ! Mais je voulaistout de suite te remercier !Jean
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E
Merci de la rapidité de ton intervention. Je suis toujours étonné par ta grande culture. Et finalement, je suis heureux de voir qu'internet peut être un outil puissant pour développer un dialogue socratique.
Personnellement tout en voyant les dangers sur lesquels Socrate nous alerte, je suis fasciné par l'écriture, qui est souvent, pour moi, la mère de la parole. Mais c'est sans doute un autre débat.
En tout cas, le débat sur l'accouchement d'un sujet pensant me paraît être tout à fait d'actualité.
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C
Merci Etienne pour ton texte qui dans un premier temps m'a conduit tout droit à relire le beau passage du Phèdre 274 sq. et dans la foulée celui de Péguy dans Note conjointe sur M.Descartes "illettré des anciens temps lisait au livre même de la nature. Ou plutôt il était du livre même, il était le livre même de la création. Le moderne est un journal, et pas seulement un journal mais nos malheureuses mémoires modernes sont de malheureux papiers savatés sur lesquels on a, sans changer le papier, imprimé  tous les jours le journal du jour. Et nous ne sommes plus que cet affreux piétinement de lettres..."Mettre la main à la plume" ce solennel propos du troupier légendaire lui paraît plein d'un sens mystérieux. "Mes chers parents, je mets la main à la plume, c'est pour vous dire que le capitaine..." Quoi qu'on écrive, il y a dans l'écriture un durcissement qui ne sera plus assoupli. Quoi qu'on fasse imprimer il y a dans l'imprimé un piétinement de mémoire..."et aussi cette observation de Jacques Attali dans L'homme nomade sur le fait que les grandes innovations furent d'abord au service du culte avant d'être arme ou outil; ainsi la céramique pour des objets rituels d'offrande aux dieux avant d'être 1500 ans après des récipients utilitaires. Cela rejoint ta réflexion, il me semble, sur l'écriture : si elle a permis de faire voyager ces objets que sont les mots notamment en Egypte grâce au papyrus, elle est oublieuse de la pensée dont elle est seulement le support; or celle-ci ne nait pas de la répétition ni du bavardage mais de l'écoute des dieux : avoir eu un jour par exemple l'idée de la roue, c'est quelque chose de considérable, un bouleversement !enfin ma troisième lecture, celle de Marc Darmon Essais sur la topologie lacanienne p.343 sq "Lacan place le discours scientifique dans le Discours de l'hystérique (le sujet scientifique qui défit le signifiant maître). Le discours de la science a besoin du Discours de l'hystérique, faire entendre quelque chose du sujet au signifiant maître, c'est ce qui fait avancer la science; sans hystériques, il n'y aurait pas de psychanalyse. Ce qui reste non-su, c'est l'objet "a" cause du désir en position de vérité. Par contre, le Discours scientifique n'est pas le Discours de l'université; celle-ci prétend produire un sujet, l'étudiant, dont les unités de valeur lui confèrent une plus-value, sujet divisé entre savoir et vérité; mais ce qui est caché dans ce discours universitaire c'est le signifiant-maître que le sujet est impuissant à atteindre." Traduction : Dans Phèdre "Le signifiant-maître" ce pourrait être  le chêne  et "le discours universitaire" l'écriture informatique.
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