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19 août 2007 7 19 /08 /août /2007 14:50

 

Le dr Le dragon
 http://throneofbaal.free.fr/bg2%20le%20jeu.htm


La problématique du sujet

 (Texte pour la Mission régionale d’information sur l’exclusion)

 
Le dossier sur la territorialisation produit par la Mission Régionale d’Information sur l’Exclusion, en Rhône-Alpes, est excellent. Il donne un bon état des lieux et permet de mieux connaître les nouveaux dispositifs. Mais, en même temps, il fait apparaître un problème important : le risque de tourner en rend face au chômage et à l’exclusion.  La problématique du territoire, qui vise une insertion dans l’espace, est trop étroite. 
C’est pourquoi il m’a semblé important de revenir aux mythes, qui donnent les grandes structures du comportement humain et contiennent les fondements de la raison humaine. En dépit de leur éloignement dans le temps, ils ont une capacité étonnante d’éclairer les problèmes les plus actuels.

Produire du sujet
Pour le mythe comme pour la plupart des textes symboliques, l’existence humaine est un parcours dont la finalité est de constituer des sujets. Or, il se trouve que, depuis une vingtaine d’années au moins, la constitution du sujet est devenue une exigence sociale, du fait de la mondialisation. Le risque est grand, en effet, de voir les individus pris au dépourvu dans un univers démesuré et laminés par des forces qui les dépassent. En réalité, le choix ne nous est pas laissé : la planétarisation de tous nos problèmes devient inéluctable et nous ne pouvons rester passifs même si l’évolution en cause peut ouvrir d’heureuses perspectives. En de telles conditions, la problématique qui s’impose désormais à tous les dispositifs pour leur donner sens semble se situer du côté de la production du sujet.

Dans cette perspective, l’exclusion, qui intéresse tout particulièrement la MRIE, n’est pas simplement exclusion du champ social, elle est surtout exclusion de soi-même. Le sujet en effet se constitue dans la tension entre individu et dimension sociale : si la dimension sociale n’est pas acquise, le devenir du sujet est compromis. Il en va de même si la dimension individuelle n’est pas respectée ou si le paradoxe qui fait tenir ensemble des éléments apparemment contradictoires n’est pas accepté. Il apparaît donc indispensable d’élargir les perspectives en donnant la priorité à la problématique du sujet.  Pour cela, le mythe ne donne pas simplement le sens de l’action à entreprendre ; il marque aussi les différentes étapes de l’itinéraire à parcourir.

Le sujet se constitue dans l’entre-deux 
 
Parce qu’il suppose la tension et le paradoxe, le sujet ne peut se constituer s’il est enfermé dans un territoire ou dans une structure quelconque. Il a besoin de la respiration que donne l’entre-deux avec l’espace intermédiaire, entre un dedans et un dehors, le même et l’autre, l’individu et le groupe, la communauté et la société, le passé et l’avenir et finalement soi et soi. Ainsi les stratégies du territoire ne peuvent être définies, pour le bien du public concerné, que si elles sont confrontées aux stratégies des acteurs sociaux et économiques, sans que la tension entre les deux, au-delà des négociations nécessaires, ne soit compromise.

Le moment  de l’insertion ne peut durer qu’un temps 
 
L’insertion est nécessaire pour permettre l’inscription de l’individu sur un territoire et lui ouvrir les possibilités d’un emploi. On voit bien d’ailleurs que la notion d’emploi a quelque chose de statique et de passif, comme si le seul intérêt d’un travail était de recevoir un salaire. Que fait-on alors de la responsabilité de chacun dans la production des biens et des services ? Au bout d’un certain temps, il est indispensable de passer de l’assistance et du maternage à la responsabilité partagée dans l’action. Après avoir trouvé sa place dans l’espace, l’individu est appelé à grandir pour devenir un acteur dans le monde économique, social et culturel.

L’accompagnateur est un passeur 
 
Le jeune ou le moins jeune en insertion est donc amené à faire un passage. Un accompagnateur est nécessaire, mais, dans une problématique du sujet, il n’est pas simplement là pour donner des informations et ouvrir des pistes dans la recherche d’emploi, il est invité à  devenir un passeur. Autrement dit il doit non seulement faire passer d’un endroit à un autre, d’une situation à une autre, mais il a pour mission de conduire l’individu vers soi-même, en lui donnant les clefs du passage.

Le saut dans le vide et « l’affrontement à la mort » 
 
Le passage en effet est difficile et pourtant il est capital. Il s’agit métaphoriquement d’affronter la mort, en prenant ses responsabilités face au licenciement, au chômage ou à l’exclusion en général. Sous leurs différentes formes, les forces de mort sont appelées à devenir des forces de vie, mais à condition qu’elles soient intégrées. Le plus souvent, la peur est là : il faut faire un saut dans le vide, qui implique une sorte d’acte de foi en la vie. C’est alors que l’accompagnateur a pour mission d’aider à affronter le risque du saut. Je pense que souvent il en est incapable parce qu’il n’a pas fait lui-même son propre passage.

Le resurgissement lorsque le handicap devient un atout

Les responsables des parcours individuels savent que les publics les plus difficiles sont ceux qui restent à mi-chemin, au bord du précipice. Par contre, ceux qui sont « tombés au fond du trou » ont beaucoup plus de chances de s’en sortir. Pour eux et pour tous ceux qui ont fait le saut dans le vide, le handicap peut devenir un atout. La peur disparaît et le sujet, qui a accepté d’affronter le « dragon », reçoit de lui un cadeau inestimable pour poursuivre sa route.  Quelle que soit sa situation, celui qui veut réussir sa vie est mis en demeure de faire son voyage initiatique. Dans ce cas, l’échec lui-même peut devenir plus utile pour l’avenir qu’une réussite trop rapide.

A ce stade, il devient possible d’envisager une formation pour obtenir, si elle manque, la compétence technique souhaitée.

Le temps de l’acteur : la confrontation aux acteurs sociaux et économiques

Lorsqu’il a fait son passage, l’individu est beaucoup mieux armé pour faire sa recherche d’emploi et devenir un véritable acteur économique ou social à sa mesure. Rien n’empêche qu’il soit soutenu par un parrain ou un tuteur, mais à condition que ces derniers sachent s’effacer pour laisser le premier rôle à celui qu’ils accompagnent. C’est maintenant l’entrée dans la confrontation avec les responsables sociaux et économiques. Il n’est pas dans leur nature de faire des cadeaux : ils recherchent l’efficacité. Mais ils sauront se montrer compréhensifs si les nouveaux candidats sont prêts à devenir de réels acteurs dans les services ou dans la production. Ils doivent pourtant apprendre, grâce aux parrains et tuteurs, que les difficultés endurées par les aspirants au travail peuvent être aussi pour l’entreprise un facteur de réussite non négligeable. A condition sans doute que la culture du sujet fasse partie de la culture de l’entreprise, au-delà même de la recherche du profit… Chacun est amené à faire son propre parcours…

La limite de l’acteur et le jeu du sujet 
 
A terme pourtant un écueil se manifeste, l’homme n’est pas seulement un travailleur ou un acteur. La famille est là avec ses exigences, l’environnement social élargi sollicite aussi son attention. Bon gré, mal gré, la vie le contraint à marcher sur ses deux  jambes et à avoir un pied dedans et un pied dehors. C’est là que commence à s’affirmer avec force le paradoxe du sujet.

Dès le début des années 80, la problématique du sujet est apparue avec les nouvelles formes d’aménagement du temps. Sans doute devaient-elles introduire une souplesse supplémentaire à l’intérieur des entreprises. Mais, en même temps, elles tentaient de concilier les contraintes de l’activité extérieure et celles de la famille. Les femmes qui cherchaient à avoir leur place sur le marché du travail ont été un levier important pour l’introduction de la nouvelle problématique dans le monde de l’entreprise et des services publics.

Le rapport à soi

Progressivement, un centre se constitue pour faire face au paradoxe du sujet. Sans lui, l’homme serait écartelé. Son énergie lui vient du rapport à soi, qui affirme la présence de l’être intérieur ou de l’esprit indépendamment de toute foi religieuse. C’est sur ce pivot que va reposer désormais tout l’édifice humain. Pourtant, lui non plus n’échappe pas à une forme de dualité en tension, qui s’exprime par le rapport entre soi et soi. En fait, le sujet est aussi un autre et signe par là le nécessaire rapport à Autrui, comme source de son accomplissement. Ainsi, malgré sa dimension qui l’ouvre à une transcendance, il n’en aura jamais fini avec la dialectique de l’existence.

Dernier rappel 
 
La problématique du sujet ne concerne pas seulement le demandeur d’emploi ou l’exclu. Elle s’adresse aussi à tous les acteurs, qu’ils soient dans les dispositifs d’insertion ou dans les entreprises. Bien plus, c’est toute la société, stimulée par l’action politique et culturelle, qui doit aujourd’hui produire du sujet, au risque éventuel d’être entraînée dans des conflits interminables et dans l’expulsion de l’homme lui-même.

Le 19 août 2007

 Etienne Duval, sociologue

  

 

 

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Published by Duval Etienne - dans mythesfondateurs
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Etienne 27/09/2007 14:40

Charles, tu remues des problèmes que nous nous posons tous et, personnellement, j'ai souvent l'impression d'être dans l'illusion, surtout lorqu'il s'agit du rapport à l'Autre. L'Autre se révèle et nous échappe dans le même mouvement et il est précisément l'Autre lorsqu'il nous échappe. Peut-être sommes-nous alors ramenés à une plus grande humilité, à recevoir ce qui vient d'ailleurs, sans trop chercher à déméler les tenants et les aboutissants. Si Dieu existe, il est sans doute capable de se révéler à travers toutes nos imperfections. "Credo quia absurdum".

Charles 27/09/2007 14:27

Etienne bonjour,je te rejoins pleinement dans ta question :""Est-ce que le miroir est si dangereux si je sais y découvrir l'image de l'autre en même temps que la mienne ?" Oui "en même temps", c'est cela l'important, cet instantané de notre miroir traversé par le regard, par le visage de l'autre.Mais ce n'est pas si évident de s'y exposer, ce peut être même la porte ouverte sur l'angoisse comme ce que vivent peut-être en ce moment ces moines bouddhistes non pas dans leur pagode de Shwedagon mais dans les rues de Rangoon, voyant surgir au lieu de " l'autre " la présence menaçante de militaires de la junte.L'angoisse, ce malaise, cette "inquiétante étrangeté" ("unheimlich"  hors de ma patrie, de ma matrie), Lacan lui a consacré son Séminaire et s'interrogeant comme nous sur le Sujet il observe (Seuil p.104) : " Le sujet ne saurait d'aucune façon être exhaustivement dans la conscience, puisqu'il est d'abord et primitivement inconscient, en raison de ceci, qu'il nous faut pour tenir pour antérieur à sa constitution l'incident du signifiant... Il s'agit de savoir ce qui permet à ce signifiant de s'incarner. Ce qui le lui permet, c'est d'abord ce que nous avons là pour nous présentifier les uns les autres, notre corps. Seulement ce corps n'est pas constituable à la façon dont Descartes institue dans le champ de l'étendue. Il ne nous est pas donné de façon pure et simple dans notre miroir. Et même dans l'expérience du miroir, un moment peut arriver où l'image que nous croyons y tenir se modifie. Si cette image spéculaire que nous avons en face de nous, qui est notre stature, notre visage, notre paire d'yeux, laisse surgir la dimension de notre propre regard, la valeur de l'image commence de changer -surtout s'il y a un moment où ce regard qui apparaît dans le miroir commence à ne plus nous regarder nous-mêmes. Initium, aura, aurore d'un sentiment d'étrangeté qui est la porte ouverte sur l'angoisse."Je ne sais si c'est ce genre de réflexion qui a amené A.-M.Besnard peu avant sa mort en 78 à 52 ans à nous mettre en garde dans ses Propos intempestifs sur la prière "Les hommes tes frères doivent être dans ton oraison par présence de charité. Parfois cela signifiera qu'ils y seront par présence de pensée ou de souci, mais parfois non. Mais d'aucune manière ils ne doivent y être par présence d'approbation ou de désapprobation." Et il s'explique : "Innombrables, entrecroisées, enchevêtrées sont les traces d'autrui dans notre psychisme. Elles sont nos despotes ou nos proies; tantôt présence de menace, de persuasion, d'obligation, tantôt présence pour la satisfaction anticipée ou imaginaire de nos désirs. Cette complexité apparaît moins dans l'action, qui est toujours une résultante globale dont les lois d'élaboration nous échappent. L'oraison, elle, s'y heurte.Il ne suffit plus ici de parler des"autres" en général, soit pour affirmer qu'il faudrait les éloigner, soit pour prétendre qu'il faudrait les accueillir tous dans le giron de la prière. Ces grands principes laissent intacts certains problèmes et quiconque chemine dans l'oraison devient plus embarrassé et plus circonspect. Car les "autres" ici ne sont jamais tels qu'en eux-mêmes, mais tels qu'ils hantent notre intériorité...Si nous n'étions que charité! Nous sommes aussi, hélas, tout le reste, qui le paralyse. En particulier l'oraison, qui nous met sous le regard de Quelqu'un, peut ranimer nos vieilles manières infantiles d'être sous le regard d'autrui. Si nous sommes influençables, la relative passivité de l'oraison peut nous livrer subrepticement à toutes les influences dont notre esprit a conservé les traces. Dans l'oraison nous continuerons à obéir de façon absurde aux modes et aux opinions régnantes, quelque peu fondées qu'elles soient. Au lieu d'être l'une des manifestations supérieures de notre liberté, l'oraison devient le lieu de pullulation de nos assujettissements, le festival des mythes qui nous cachent la vérité...Or pourquoi ma liberté relèverait-elle du jugement d'une conscience étrangère? (1 Co 10,29) "

Etienne 26/09/2007 14:22

Est-ce que le miroir est si dangereux si je sais y découvrir l'image de l'autre en même temps que la mienne ?

Charles 26/09/2007 14:17

Etienne bonjour,Je viens de voir sur ton blog que tu avais mis mon dernier texte sur la Birmanie (avec une répétition de phrase au début due à un virus probablement dans mon traitement de texte Microsoft qui m'a obligé plusieurs fois à lui imposer tel type de caractères alors qu'il m'en balançait un autre?!). Pourquoi suis-je allé plus spécialement sur le passage de ton beau poème du détour nécessaire par le jardin qui traite de la connaissance par le toucher? Parce que dans la technique vipassana telle que je l'ai apprise, je me suis aperçus que les adjectifs qui m' invitent à observer les sensations de mon corps telles que je les perçois réellement (et non telles que je me les "représente") portent tous sur le tactile et le manuel, non sur le visuel : c'est chaud ou froid, humide ou sec etc.... Je m'en suis expliqué à un méditant de vipassana rencontré au terme de ces 10 jours dans le Jura suisse qui m'a demandé de lui fabriquer un tabouret comme celui que je me suis fait pour la méditation (il est médecin à Montbéliard et je le lui enverrai par la poste). Mon"dépliage" si je puis dire se trouve vers la fin du message que je lui ai adressé et que je te transmets "brut de fonderie" pour éclairer mon propos (et le tien puisque tu repérais déjà le lien entre la cellule de la peau et celle de l'oreille interne comme nous y invite Lacan avec son "signifiant" : "Le signifiant, c'est ce qu'on entend, alors que le signifié n'a rien à faire avec les oreilles, mais seulement avec la lecture, la lecture de ce qu'on entend de signifiant." Encore 1972-73 p.29
Cher Hubert,j'apprécie ton insistance; c'est souvent comme ça avec moi, même pour une course en montagne il faut que chaque fois quelqu'un(e) vienne me tirer par les pieds. Tu m'as devancé car j'allais te préciser une petite erreur de ma part : la pente de 10° par rapport à l'horizontale c'est celle du plateau et c'est le chant des pieds qui n'est pas droit mais à 15° par rapport au sol; j'allais te dire aussi que si tu vas faire satipatana sur 8 jours à Dhamma Mahi comme tu en as l'intention, tu trouveras là-bas 2 ou 3 tabourets identiques que je leur ai laissés l'année passée; 1 chez les hommes 2 chez les femmes [ Le cours de satipatana que j'ai moi-même suivi, c'est génial : conjugaison de la méditation et du travail de la pensée comme le discours du Bouddha nous en donne l'exemple et même si un moine Zen invitait Lacan pour lui faire comprendre le bouddhisme à se contenter d'entendre un chien aboyer, "le bouddhisme, exemple trivial, ajoutait ce dernier (pas le chien quand même! mais Lacan)  par son renoncement à la pensée même]. Bon,je pourrais t'envoyer mon propre tabouret si c'est urgent et c'est vrai que c'est important après les 10 jours de continuer à pratiquer l'assise au quotidien mais je pense que tu en préfère un neuf; alors dès que j'ai un moment je me mets à une série (3 ou 4) dont le tien : mon appartement étant petit, ma scie à onglets et ma perceuse à colonne sont chaque fois démontés dans deux cartons dans un cagibi. L'envoi par la poste, les pieds démontés, ne devrait pas poser de problème : le tabouret en hêtre pèse 1 kg; ensuite chez toi pour éviter que tes enfants ne le démontent trop brutalement, tu peux toujours coller les assemblages par une goutte de colle à bois (colle blanche vinylique) dans les 4 mortaises.Quant à Antoine, je vois qui c'est, un grand jeune sympathique que j'ai vu l'année passée à Dhamma Mahi. Que la discussion informelle en groupe qui s'est formée à votre initiative au soir du 10ème jour ait eut lieu plutôt que les habituels apartés à 2,3 ou 4, je trouve que même si, d'après lui ça risque de bousculer la tradition, eh bien pourquoi pas; la tradition c'est comme mon tabouret, ça s'ajuste et c'est fait pour s'asseoir dessus, bien assis ! Je pense à la gêne par exemple qu'exprimait Nadine d'entendre le chanting de (S.N.)Goenka avec, il est vrai, une belle voix qui aurait pu être celle de chanteur d'opéra; mais celle d'un Pavarotti n'est pas obligatoirement agréable à toutes les oreilles. Et si, comme je posais la question, le successeur de Goenka était une femme et psalmodiait de sa voix féminine l'accompagnement de nos méditations et de nos "méta", pourquoi non ? La protestation "hystérique" (comme on disait au début du siècle passé) de Nadine ne me paraît pas sans fondement : pourquoi la femme serait-elle éternellement "en retrait" ("usteros" en grec ancien) comme dans la plupart des religions, sauf peut-être dans le protestantisme ? Après tout les chaudes vibrations que nous transmet Goenka dans ces psalmodies en pâli et que j'apprécie pour ma part, participant à Grenoble à un chœur de gospel animé par un Camerounais, je conçois que ce don que nous fait Goenka, considéré jusqu'à présent comme naturel, normal, Nadine et d'autres l'entendent consciemment ou inconsciemment comme la "norme-mâle".Il me reste Hubert, puisque tu m'en donnes l'occasion, à m'expliquer un peu, à "déplier" si tu veux la phrase quelque peu sibylline de mon précédent message par laquelle je te confiais "m'appliquer dans l'observation de mes sensations, celles-ci, dans ma propre pratique de la méditation vipassana, pour autant que je les perçois réellement, tactiles plutôt que visuelles." Pourquoi "tactiles", me suis-je interrogé ? Freud dans ses Essais de psychanalyse écrit en 1927 que "le moi est finalement dérivé des sensations corporelles, principalement de celles qui ont leur source dans la surface du corps. Il peut ainsi être considéré comme une projection mentale de la surface du corps." Ainsi la peau qui délimite le dedans du dehors, le contenant du contenu, est à la fois organe de contact avec "l'autre" et zone de séparation. L'enveloppe corporelle est ce qui va faire barrière protectrice à l'intrusion de l'autre et du monde extérieur, elle est le garant d'une certaine intégrité corporelle, d'une intimité préservée, ce qui n'est pas le cas, comme l'observera plus tard Lacan, de l'enfant psychotique dont la peau qui dessine les contours du corps n'a pas acquis sa fonction de contenant, de limite dans l'imaginaire, garant de la subjectivité de l'être. L'enfant psychotique ne distingue pas entre son corps et celui de sa mère, il n'est pas dans le langage.Et pourquoi pas "visuelles" ? Car des différents adjectifs qu'utilise Goenka pour m'inviter à observer ces sensations telles que je les perçois réellement et non telles que je me les "représente", aucun n'est d'ordre visuel. Elles existent pourtant bien les sensations visuelles : couleur, forme, relief, telles que par exemple m'apporte la vue d'un mantra, mais parce que dans la méditation vipassana il s'agit de sensations émanant de mon propre corps et non d'objets, d'images extérieurs, le seul fait de me les "représenter" risque, il me semble, de ne pas opérer le travail de purification auquel me convie la technique de méditation sur ce "moi" que Freud considérait lui-même, nous l'avons vu, comme "une projection mentale de la surface du corps". Avec les sensations visuelles je risque, il me semble, de partir plus facilement dans l'imaginaire et dans ce jeu en miroir tel que le décrit si bien Pierre Legendre dans son Inestimable objet de la transmission (éd.Fayard p.54 sq.) avec l'aide d'Ovide, et qui est [la question de l'homme enlacé dans son désir et, comme Narcisse, tellement enlacé qu'il fait corps avec lui : "tandis qu'il boit, tout entier saisi par l'image d'une forme qu'il voit, voici qu'il aime une attente sans corps (spem sine corpore) Les Métamorphoses III v.416. Il croit dur comme fer être deux, lui et la forme de son corps, puis ayant reconnu son erreur, "je suis celui que j'aime", il s'interroge, "que faire?" La réponse, c'est l'image qui fonctionne ici comme un interdit : "exigua prohibemur aqua", nous sommes empêchés (moi et mon reflet dans l'eau) par une eau infime v.450. Le sujet et son image sont ici en rapport d'interdit. C'est pourquoi, l'enfant vivra mieux, s'il respecte l'oracle du devin Tirésias, "s'il ne se connaît pas" v.348. Le "ne pas se connaître" est équivalent à "se connaître autre", le prix exigé étant un désenlacement, une certaine forme d'abolition de soi, une perte. Moyennant cela, l'image prend statut de relais, d'objet intermédiaire, nécessaire à la vie...Obliger notamment le sujet à déplacer l'amour de son image ailleurs qu'à la surface d'un pur miroir." Ainsi l'observation des sensations plutôt tactiles que visuelles de mon propre corps, "telles que je les perçois réellement" sans avidité ni aversion, m'aide à repérer mon propre Moi et à le libérer de sa tentation d'en rester au jeu du miroir.Bonsoir Hubert et merci de m'inciter par ton insistance -non ton assistance- à la vigilance dans ma propre méditation. Amicalement, Charles

Etienne 25/09/2007 20:47

Merci Charles pour ton nouveau texte.
Je suis très impressionné par ces moines bouddhistes de Birmanie, qui affirment tranquillement l'absolu du sujet humain contre la dictature. C'est vrai qu'ils dressent devant nous un grand miroir où chacun peut se regarder. La junte pourra-t-elle supporter  le portrait détestable qui lui est ainsi renvoyé ? Par contre quelle est belle cette image de notre prix Nobel de la paix ! Les moines nous ont révélé la force de son sourire !
 

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