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19 août 2007 7 19 /08 /août /2007 14:50

 

Le dr Le dragon
 http://throneofbaal.free.fr/bg2%20le%20jeu.htm


La problématique du sujet

 (Texte pour la Mission régionale d’information sur l’exclusion)

 
Le dossier sur la territorialisation produit par la Mission Régionale d’Information sur l’Exclusion, en Rhône-Alpes, est excellent. Il donne un bon état des lieux et permet de mieux connaître les nouveaux dispositifs. Mais, en même temps, il fait apparaître un problème important : le risque de tourner en rend face au chômage et à l’exclusion.  La problématique du territoire, qui vise une insertion dans l’espace, est trop étroite. 
C’est pourquoi il m’a semblé important de revenir aux mythes, qui donnent les grandes structures du comportement humain et contiennent les fondements de la raison humaine. En dépit de leur éloignement dans le temps, ils ont une capacité étonnante d’éclairer les problèmes les plus actuels.

Produire du sujet
Pour le mythe comme pour la plupart des textes symboliques, l’existence humaine est un parcours dont la finalité est de constituer des sujets. Or, il se trouve que, depuis une vingtaine d’années au moins, la constitution du sujet est devenue une exigence sociale, du fait de la mondialisation. Le risque est grand, en effet, de voir les individus pris au dépourvu dans un univers démesuré et laminés par des forces qui les dépassent. En réalité, le choix ne nous est pas laissé : la planétarisation de tous nos problèmes devient inéluctable et nous ne pouvons rester passifs même si l’évolution en cause peut ouvrir d’heureuses perspectives. En de telles conditions, la problématique qui s’impose désormais à tous les dispositifs pour leur donner sens semble se situer du côté de la production du sujet.

Dans cette perspective, l’exclusion, qui intéresse tout particulièrement la MRIE, n’est pas simplement exclusion du champ social, elle est surtout exclusion de soi-même. Le sujet en effet se constitue dans la tension entre individu et dimension sociale : si la dimension sociale n’est pas acquise, le devenir du sujet est compromis. Il en va de même si la dimension individuelle n’est pas respectée ou si le paradoxe qui fait tenir ensemble des éléments apparemment contradictoires n’est pas accepté. Il apparaît donc indispensable d’élargir les perspectives en donnant la priorité à la problématique du sujet.  Pour cela, le mythe ne donne pas simplement le sens de l’action à entreprendre ; il marque aussi les différentes étapes de l’itinéraire à parcourir.

Le sujet se constitue dans l’entre-deux 
 
Parce qu’il suppose la tension et le paradoxe, le sujet ne peut se constituer s’il est enfermé dans un territoire ou dans une structure quelconque. Il a besoin de la respiration que donne l’entre-deux avec l’espace intermédiaire, entre un dedans et un dehors, le même et l’autre, l’individu et le groupe, la communauté et la société, le passé et l’avenir et finalement soi et soi. Ainsi les stratégies du territoire ne peuvent être définies, pour le bien du public concerné, que si elles sont confrontées aux stratégies des acteurs sociaux et économiques, sans que la tension entre les deux, au-delà des négociations nécessaires, ne soit compromise.

Le moment  de l’insertion ne peut durer qu’un temps 
 
L’insertion est nécessaire pour permettre l’inscription de l’individu sur un territoire et lui ouvrir les possibilités d’un emploi. On voit bien d’ailleurs que la notion d’emploi a quelque chose de statique et de passif, comme si le seul intérêt d’un travail était de recevoir un salaire. Que fait-on alors de la responsabilité de chacun dans la production des biens et des services ? Au bout d’un certain temps, il est indispensable de passer de l’assistance et du maternage à la responsabilité partagée dans l’action. Après avoir trouvé sa place dans l’espace, l’individu est appelé à grandir pour devenir un acteur dans le monde économique, social et culturel.

L’accompagnateur est un passeur 
 
Le jeune ou le moins jeune en insertion est donc amené à faire un passage. Un accompagnateur est nécessaire, mais, dans une problématique du sujet, il n’est pas simplement là pour donner des informations et ouvrir des pistes dans la recherche d’emploi, il est invité à  devenir un passeur. Autrement dit il doit non seulement faire passer d’un endroit à un autre, d’une situation à une autre, mais il a pour mission de conduire l’individu vers soi-même, en lui donnant les clefs du passage.

Le saut dans le vide et « l’affrontement à la mort » 
 
Le passage en effet est difficile et pourtant il est capital. Il s’agit métaphoriquement d’affronter la mort, en prenant ses responsabilités face au licenciement, au chômage ou à l’exclusion en général. Sous leurs différentes formes, les forces de mort sont appelées à devenir des forces de vie, mais à condition qu’elles soient intégrées. Le plus souvent, la peur est là : il faut faire un saut dans le vide, qui implique une sorte d’acte de foi en la vie. C’est alors que l’accompagnateur a pour mission d’aider à affronter le risque du saut. Je pense que souvent il en est incapable parce qu’il n’a pas fait lui-même son propre passage.

Le resurgissement lorsque le handicap devient un atout

Les responsables des parcours individuels savent que les publics les plus difficiles sont ceux qui restent à mi-chemin, au bord du précipice. Par contre, ceux qui sont « tombés au fond du trou » ont beaucoup plus de chances de s’en sortir. Pour eux et pour tous ceux qui ont fait le saut dans le vide, le handicap peut devenir un atout. La peur disparaît et le sujet, qui a accepté d’affronter le « dragon », reçoit de lui un cadeau inestimable pour poursuivre sa route.  Quelle que soit sa situation, celui qui veut réussir sa vie est mis en demeure de faire son voyage initiatique. Dans ce cas, l’échec lui-même peut devenir plus utile pour l’avenir qu’une réussite trop rapide.

A ce stade, il devient possible d’envisager une formation pour obtenir, si elle manque, la compétence technique souhaitée.

Le temps de l’acteur : la confrontation aux acteurs sociaux et économiques

Lorsqu’il a fait son passage, l’individu est beaucoup mieux armé pour faire sa recherche d’emploi et devenir un véritable acteur économique ou social à sa mesure. Rien n’empêche qu’il soit soutenu par un parrain ou un tuteur, mais à condition que ces derniers sachent s’effacer pour laisser le premier rôle à celui qu’ils accompagnent. C’est maintenant l’entrée dans la confrontation avec les responsables sociaux et économiques. Il n’est pas dans leur nature de faire des cadeaux : ils recherchent l’efficacité. Mais ils sauront se montrer compréhensifs si les nouveaux candidats sont prêts à devenir de réels acteurs dans les services ou dans la production. Ils doivent pourtant apprendre, grâce aux parrains et tuteurs, que les difficultés endurées par les aspirants au travail peuvent être aussi pour l’entreprise un facteur de réussite non négligeable. A condition sans doute que la culture du sujet fasse partie de la culture de l’entreprise, au-delà même de la recherche du profit… Chacun est amené à faire son propre parcours…

La limite de l’acteur et le jeu du sujet 
 
A terme pourtant un écueil se manifeste, l’homme n’est pas seulement un travailleur ou un acteur. La famille est là avec ses exigences, l’environnement social élargi sollicite aussi son attention. Bon gré, mal gré, la vie le contraint à marcher sur ses deux  jambes et à avoir un pied dedans et un pied dehors. C’est là que commence à s’affirmer avec force le paradoxe du sujet.

Dès le début des années 80, la problématique du sujet est apparue avec les nouvelles formes d’aménagement du temps. Sans doute devaient-elles introduire une souplesse supplémentaire à l’intérieur des entreprises. Mais, en même temps, elles tentaient de concilier les contraintes de l’activité extérieure et celles de la famille. Les femmes qui cherchaient à avoir leur place sur le marché du travail ont été un levier important pour l’introduction de la nouvelle problématique dans le monde de l’entreprise et des services publics.

Le rapport à soi

Progressivement, un centre se constitue pour faire face au paradoxe du sujet. Sans lui, l’homme serait écartelé. Son énergie lui vient du rapport à soi, qui affirme la présence de l’être intérieur ou de l’esprit indépendamment de toute foi religieuse. C’est sur ce pivot que va reposer désormais tout l’édifice humain. Pourtant, lui non plus n’échappe pas à une forme de dualité en tension, qui s’exprime par le rapport entre soi et soi. En fait, le sujet est aussi un autre et signe par là le nécessaire rapport à Autrui, comme source de son accomplissement. Ainsi, malgré sa dimension qui l’ouvre à une transcendance, il n’en aura jamais fini avec la dialectique de l’existence.

Dernier rappel 
 
La problématique du sujet ne concerne pas seulement le demandeur d’emploi ou l’exclu. Elle s’adresse aussi à tous les acteurs, qu’ils soient dans les dispositifs d’insertion ou dans les entreprises. Bien plus, c’est toute la société, stimulée par l’action politique et culturelle, qui doit aujourd’hui produire du sujet, au risque éventuel d’être entraînée dans des conflits interminables et dans l’expulsion de l’homme lui-même.

Le 19 août 2007

 Etienne Duval, sociologue

  

 

 

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commentaires

E
Charles, tu remues des problèmes que nous nous posons tous et, personnellement, j'ai souvent l'impression d'être dans l'illusion, surtout lorqu'il s'agit du rapport à l'Autre. L'Autre se révèle et nous échappe dans le même mouvement et il est précisément l'Autre lorsqu'il nous échappe. Peut-être sommes-nous alors ramenés à une plus grande humilité, à recevoir ce qui vient d'ailleurs, sans trop chercher à déméler les tenants et les aboutissants. Si Dieu existe, il est sans doute capable de se révéler à travers toutes nos imperfections. "Credo quia absurdum".
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C
Etienne bonjour,je te rejoins pleinement dans ta question :""Est-ce que le miroir est si dangereux si je sais y découvrir l'image de l'autre en même temps que la mienne ?" Oui "en même temps", c'est cela l'important, cet instantané de notre miroir traversé par le regard, par le visage de l'autre.Mais ce n'est pas si évident de s'y exposer, ce peut être même la porte ouverte sur l'angoisse comme ce que vivent peut-être en ce moment ces moines bouddhistes non pas dans leur pagode de Shwedagon mais dans les rues de Rangoon, voyant surgir au lieu de " l'autre " la présence menaçante de militaires de la junte.L'angoisse, ce malaise, cette "inquiétante étrangeté" ("unheimlich"  hors de ma patrie, de ma matrie), Lacan lui a consacré son Séminaire et s'interrogeant comme nous sur le Sujet il observe (Seuil p.104) : " Le sujet ne saurait d'aucune façon être exhaustivement dans la conscience, puisqu'il est d'abord et primitivement inconscient, en raison de ceci, qu'il nous faut pour tenir pour antérieur à sa constitution l'incident du signifiant... Il s'agit de savoir ce qui permet à ce signifiant de s'incarner. Ce qui le lui permet, c'est d'abord ce que nous avons là pour nous présentifier les uns les autres, notre corps. Seulement ce corps n'est pas constituable à la façon dont Descartes institue dans le champ de l'étendue. Il ne nous est pas donné de façon pure et simple dans notre miroir. Et même dans l'expérience du miroir, un moment peut arriver où l'image que nous croyons y tenir se modifie. Si cette image spéculaire que nous avons en face de nous, qui est notre stature, notre visage, notre paire d'yeux, laisse surgir la dimension de notre propre regard, la valeur de l'image commence de changer -surtout s'il y a un moment où ce regard qui apparaît dans le miroir commence à ne plus nous regarder nous-mêmes. Initium, aura, aurore d'un sentiment d'étrangeté qui est la porte ouverte sur l'angoisse."Je ne sais si c'est ce genre de réflexion qui a amené A.-M.Besnard peu avant sa mort en 78 à 52 ans à nous mettre en garde dans ses Propos intempestifs sur la prière "Les hommes tes frères doivent être dans ton oraison par présence de charité. Parfois cela signifiera qu'ils y seront par présence de pensée ou de souci, mais parfois non. Mais d'aucune manière ils ne doivent y être par présence d'approbation ou de désapprobation." Et il s'explique : "Innombrables, entrecroisées, enchevêtrées sont les traces d'autrui dans notre psychisme. Elles sont nos despotes ou nos proies; tantôt présence de menace, de persuasion, d'obligation, tantôt présence pour la satisfaction anticipée ou imaginaire de nos désirs. Cette complexité apparaît moins dans l'action, qui est toujours une résultante globale dont les lois d'élaboration nous échappent. L'oraison, elle, s'y heurte.Il ne suffit plus ici de parler des"autres" en général, soit pour affirmer qu'il faudrait les éloigner, soit pour prétendre qu'il faudrait les accueillir tous dans le giron de la prière. Ces grands principes laissent intacts certains problèmes et quiconque chemine dans l'oraison devient plus embarrassé et plus circonspect. Car les "autres" ici ne sont jamais tels qu'en eux-mêmes, mais tels qu'ils hantent notre intériorité...Si nous n'étions que charité! Nous sommes aussi, hélas, tout le reste, qui le paralyse. En particulier l'oraison, qui nous met sous le regard de Quelqu'un, peut ranimer nos vieilles manières infantiles d'être sous le regard d'autrui. Si nous sommes influençables, la relative passivité de l'oraison peut nous livrer subrepticement à toutes les influences dont notre esprit a conservé les traces. Dans l'oraison nous continuerons à obéir de façon absurde aux modes et aux opinions régnantes, quelque peu fondées qu'elles soient. Au lieu d'être l'une des manifestations supérieures de notre liberté, l'oraison devient le lieu de pullulation de nos assujettissements, le festival des mythes qui nous cachent la vérité...Or pourquoi ma liberté relèverait-elle du jugement d'une conscience étrangère? (1 Co 10,29) "
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E
Est-ce que le miroir est si dangereux si je sais y découvrir l'image de l'autre en même temps que la mienne ?
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C
Etienne bonjour,Je viens de voir sur ton blog que tu avais mis mon dernier texte sur la Birmanie (avec une répétition de phrase au début due à un virus probablement dans mon traitement de texte Microsoft qui m'a obligé plusieurs fois à lui imposer tel type de caractères alors qu'il m'en balançait un autre?!). Pourquoi suis-je allé plus spécialement sur le passage de ton beau poème du détour nécessaire par le jardin qui traite de la connaissance par le toucher? Parce que dans la technique vipassana telle que je l'ai apprise, je me suis aperçus que les adjectifs qui m' invitent à observer les sensations de mon corps telles que je les perçois réellement (et non telles que je me les "représente") portent tous sur le tactile et le manuel, non sur le visuel : c'est chaud ou froid, humide ou sec etc.... Je m'en suis expliqué à un méditant de vipassana rencontré au terme de ces 10 jours dans le Jura suisse qui m'a demandé de lui fabriquer un tabouret comme celui que je me suis fait pour la méditation (il est médecin à Montbéliard et je le lui enverrai par la poste). Mon"dépliage" si je puis dire se trouve vers la fin du message que je lui ai adressé et que je te transmets "brut de fonderie" pour éclairer mon propos (et le tien puisque tu repérais déjà le lien entre la cellule de la peau et celle de l'oreille interne comme nous y invite Lacan avec son "signifiant" : "Le signifiant, c'est ce qu'on entend, alors que le signifié n'a rien à faire avec les oreilles, mais seulement avec la lecture, la lecture de ce qu'on entend de signifiant." Encore 1972-73 p.29
Cher Hubert,j'apprécie ton insistance; c'est souvent comme ça avec moi, même pour une course en montagne il faut que chaque fois quelqu'un(e) vienne me tirer par les pieds. Tu m'as devancé car j'allais te préciser une petite erreur de ma part : la pente de 10° par rapport à l'horizontale c'est celle du plateau et c'est le chant des pieds qui n'est pas droit mais à 15° par rapport au sol; j'allais te dire aussi que si tu vas faire satipatana sur 8 jours à Dhamma Mahi comme tu en as l'intention, tu trouveras là-bas 2 ou 3 tabourets identiques que je leur ai laissés l'année passée; 1 chez les hommes 2 chez les femmes [ Le cours de satipatana que j'ai moi-même suivi, c'est génial : conjugaison de la méditation et du travail de la pensée comme le discours du Bouddha nous en donne l'exemple et même si un moine Zen invitait Lacan pour lui faire comprendre le bouddhisme à se contenter d'entendre un chien aboyer, "le bouddhisme, exemple trivial, ajoutait ce dernier (pas le chien quand même! mais Lacan)  par son renoncement à la pensée même]. Bon,je pourrais t'envoyer mon propre tabouret si c'est urgent et c'est vrai que c'est important après les 10 jours de continuer à pratiquer l'assise au quotidien mais je pense que tu en préfère un neuf; alors dès que j'ai un moment je me mets à une série (3 ou 4) dont le tien : mon appartement étant petit, ma scie à onglets et ma perceuse à colonne sont chaque fois démontés dans deux cartons dans un cagibi. L'envoi par la poste, les pieds démontés, ne devrait pas poser de problème : le tabouret en hêtre pèse 1 kg; ensuite chez toi pour éviter que tes enfants ne le démontent trop brutalement, tu peux toujours coller les assemblages par une goutte de colle à bois (colle blanche vinylique) dans les 4 mortaises.Quant à Antoine, je vois qui c'est, un grand jeune sympathique que j'ai vu l'année passée à Dhamma Mahi. Que la discussion informelle en groupe qui s'est formée à votre initiative au soir du 10ème jour ait eut lieu plutôt que les habituels apartés à 2,3 ou 4, je trouve que même si, d'après lui ça risque de bousculer la tradition, eh bien pourquoi pas; la tradition c'est comme mon tabouret, ça s'ajuste et c'est fait pour s'asseoir dessus, bien assis ! Je pense à la gêne par exemple qu'exprimait Nadine d'entendre le chanting de (S.N.)Goenka avec, il est vrai, une belle voix qui aurait pu être celle de chanteur d'opéra; mais celle d'un Pavarotti n'est pas obligatoirement agréable à toutes les oreilles. Et si, comme je posais la question, le successeur de Goenka était une femme et psalmodiait de sa voix féminine l'accompagnement de nos méditations et de nos "méta", pourquoi non ? La protestation "hystérique" (comme on disait au début du siècle passé) de Nadine ne me paraît pas sans fondement : pourquoi la femme serait-elle éternellement "en retrait" ("usteros" en grec ancien) comme dans la plupart des religions, sauf peut-être dans le protestantisme ? Après tout les chaudes vibrations que nous transmet Goenka dans ces psalmodies en pâli et que j'apprécie pour ma part, participant à Grenoble à un chœur de gospel animé par un Camerounais, je conçois que ce don que nous fait Goenka, considéré jusqu'à présent comme naturel, normal, Nadine et d'autres l'entendent consciemment ou inconsciemment comme la "norme-mâle".Il me reste Hubert, puisque tu m'en donnes l'occasion, à m'expliquer un peu, à "déplier" si tu veux la phrase quelque peu sibylline de mon précédent message par laquelle je te confiais "m'appliquer dans l'observation de mes sensations, celles-ci, dans ma propre pratique de la méditation vipassana, pour autant que je les perçois réellement, tactiles plutôt que visuelles." Pourquoi "tactiles", me suis-je interrogé ? Freud dans ses Essais de psychanalyse écrit en 1927 que "le moi est finalement dérivé des sensations corporelles, principalement de celles qui ont leur source dans la surface du corps. Il peut ainsi être considéré comme une projection mentale de la surface du corps." Ainsi la peau qui délimite le dedans du dehors, le contenant du contenu, est à la fois organe de contact avec "l'autre" et zone de séparation. L'enveloppe corporelle est ce qui va faire barrière protectrice à l'intrusion de l'autre et du monde extérieur, elle est le garant d'une certaine intégrité corporelle, d'une intimité préservée, ce qui n'est pas le cas, comme l'observera plus tard Lacan, de l'enfant psychotique dont la peau qui dessine les contours du corps n'a pas acquis sa fonction de contenant, de limite dans l'imaginaire, garant de la subjectivité de l'être. L'enfant psychotique ne distingue pas entre son corps et celui de sa mère, il n'est pas dans le langage.Et pourquoi pas "visuelles" ? Car des différents adjectifs qu'utilise Goenka pour m'inviter à observer ces sensations telles que je les perçois réellement et non telles que je me les "représente", aucun n'est d'ordre visuel. Elles existent pourtant bien les sensations visuelles : couleur, forme, relief, telles que par exemple m'apporte la vue d'un mantra, mais parce que dans la méditation vipassana il s'agit de sensations émanant de mon propre corps et non d'objets, d'images extérieurs, le seul fait de me les "représenter" risque, il me semble, de ne pas opérer le travail de purification auquel me convie la technique de méditation sur ce "moi" que Freud considérait lui-même, nous l'avons vu, comme "une projection mentale de la surface du corps". Avec les sensations visuelles je risque, il me semble, de partir plus facilement dans l'imaginaire et dans ce jeu en miroir tel que le décrit si bien Pierre Legendre dans son Inestimable objet de la transmission (éd.Fayard p.54 sq.) avec l'aide d'Ovide, et qui est [la question de l'homme enlacé dans son désir et, comme Narcisse, tellement enlacé qu'il fait corps avec lui : "tandis qu'il boit, tout entier saisi par l'image d'une forme qu'il voit, voici qu'il aime une attente sans corps (spem sine corpore) Les Métamorphoses III v.416. Il croit dur comme fer être deux, lui et la forme de son corps, puis ayant reconnu son erreur, "je suis celui que j'aime", il s'interroge, "que faire?" La réponse, c'est l'image qui fonctionne ici comme un interdit : "exigua prohibemur aqua", nous sommes empêchés (moi et mon reflet dans l'eau) par une eau infime v.450. Le sujet et son image sont ici en rapport d'interdit. C'est pourquoi, l'enfant vivra mieux, s'il respecte l'oracle du devin Tirésias, "s'il ne se connaît pas" v.348. Le "ne pas se connaître" est équivalent à "se connaître autre", le prix exigé étant un désenlacement, une certaine forme d'abolition de soi, une perte. Moyennant cela, l'image prend statut de relais, d'objet intermédiaire, nécessaire à la vie...Obliger notamment le sujet à déplacer l'amour de son image ailleurs qu'à la surface d'un pur miroir." Ainsi l'observation des sensations plutôt tactiles que visuelles de mon propre corps, "telles que je les perçois réellement" sans avidité ni aversion, m'aide à repérer mon propre Moi et à le libérer de sa tentation d'en rester au jeu du miroir.Bonsoir Hubert et merci de m'inciter par ton insistance -non ton assistance- à la vigilance dans ma propre méditation. Amicalement, Charles
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E
Merci Charles pour ton nouveau texte.
Je suis très impressionné par ces moines bouddhistes de Birmanie, qui affirment tranquillement l'absolu du sujet humain contre la dictature. C'est vrai qu'ils dressent devant nous un grand miroir où chacun peut se regarder. La junte pourra-t-elle supporter  le portrait détestable qui lui est ainsi renvoyé ? Par contre quelle est belle cette image de notre prix Nobel de la paix ! Les moines nous ont révélé la force de son sourire !
 
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C
Etienne bonjour,voici un nouveau "copié-collé" suite de ma réflexion. Est-ce bien lisible?
Merci Etienne pour ta lecture qui éclaire la mienne, mon dessin n'ayant d'autre dessein que de réfléchir à haute et si possible intelligible voix. Je ne t'inviterai donc pas au jeu de la caricature pour y découvrir Benoît XVI caché dans un feuillage et Ségolène derrière un buisson, quoique.
Plus sérieusement, à l'heure où en Birmanie, parce qu'ils sont solidaires de leur peuple lui mendiant chaque jour leur nourriture, plus de 5000 moines bouddhistes sortent de leurs monastères pour Merci Etienne pour ta lecture. Et parce que mon dessin n'avait d'autre dessein que de réfléchir à haute et si possible intelligible voix, je ne t'invite pas au jeu de la caricature pour y découvrir protester contre la dictature d'une junte militaire, je me replonge dans ta problématique du sujet et me trotte dans la tête la torsion qu'opère Lacan du «là où c'était» de Freud (« Le moi doit déloger le ça ») en « là où s'était, c'est mon dessin que je vienne à être ».  Son commentaire, je l'ai trouvé par hasard dans la préface p.5 d'Essais sur la topologie lacanienne de Marc Darmon, lequel poursuit : « La question du lieu, de la place est essentielle quelle que soit sa forme imaginaire ; phobie de l'enfermement, ou de l'espace, obsession de l'intérieur, querelle avec le voisin. Le dessin par l'enfant de la maison montre cette place, ce "heim"(patrie, matrie) que le sujet trouve ou ne trouve pas chez le grand Autre maternel ; un toit plus ou moins stable, plus ou moins écorné signifiera la qualité de cette relation à l'Autre, le grand "Toi".  Or ces moines bouddhistes, parce qu'ils sont par nécessité solidaires de leur peuple, il m'apparaît que leur grand "Toit" à eux, ce n'est pas seulement celui de leurs temples mais celui qui abrite leur peuple ; j'ajoute : d'une certaine façon seulement ; Je m'explique : pendant ces 10 jours dont je t'ai parlé où j'ai servi en cuisine, nous allions, mes petits camarades de la cuisine dont moi, rejoindre chaque jour ceux qui apprenaient à méditer toute la sainte journée et que nous servions, pour méditer avec eux. C'est ainsi qu'une fois, assis en demi-lotus occupé à observer partie par partie sans avidité ni aversion les sensations telles que sur l'enveloppe du corps je les percevais réellement (selon la technique bouddhiste "Vipassana" pratiquée en Birmanie depuis des siècles) je me surpris à observer sur mon miroir intérieur une particule de gras restée colée à une casserole imaginaire qui « me prit la tête » au point que je perçus alors une sensation désagréable sur la partie du corps que, l'instant d'avant, j'observais attentivement. « Objets inanimés avez-vous donc une âme ? » se serait interrogé le sage Raymond Devos ! Pour ma part plus prosaïquement je suis retourné à l'écoute de mon corps, au « là où s'était » de Lacan, échappant ainsi au « là où c'était » et à mon inconsciente identification au « ça », à cette particule de gras que le « moi » se devait à tout prix de déloger, refouler,  si je m'étais laissé prendre au jeu de combattre l'ennemi extérieur, écraser le dragon comme dans les BD de science fiction. Ce travail me rappelle ta belle réflexion sur "le détour nécessaire par le jardin" à propos du chantier-école :
 
Le premier sens de la connaissance est le toucher.
La cellule de la peau est très proche
De celle qui tapisse l'oreille interne...
Toute connaissance passe par l'image.
Pour renvoyer l'image,
Il faut un miroir.
Sans ce miroir intérieur,
L'homme dépend des modèles qu'on lui impose.
Il devient un être programmé.
 
Dans la Perse antique,
Le maître du jardin concentre son attention
Sur la pièce centrale,
Où se reflètent arbres et fleurs.
En son centre, le jardin devient miroir,
Evocation du miroir que l'homme fait apparaître en lui,
Au contact des sources.
C'est parce que ces moines bouddhistes sont d'abord dans cette démarche, dans ce "travail", que leur protestation, il me semble, peut aller au-delà des rapports de force, laissant, telle une trace, « une vacuité pour le sujet à venir ».
 
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E
J'en reviens à ta dernière image. Nous avons en nous une étoile. On voudrait la réduire à des gènes. C'est l'homme qui risque d'être expulsé ! Et ce sont les liens familiaux qui risquent d'être détruits. Nous devons réagir. Il ne faut pas que nous jouions aux apprentis sorciers.
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C
« Ma vie n'est pas un roman » vient de dire en substance notre nouvelle et jeune ministre de la justice, issue elle-même de l'immigration, prenant ainsi ses distances par rapport à l'amendement présenté par le nouveau ministre de « l'identité-nationale-et-de-l'immigration » de tests ADN systématiques pour les étrangers demandeurs de regroupement familial, « afin de gagner du temps », expliquait le député UMP Mariani, quand par exemple une préfecture a donné son accord mais pas encore le consulat dans le pays d'origine qui recherche des preuves de filiation, « tests, ajoutait ce député, pratiqués couramment dans d'autres pays européens ». Dans un tel contexte ta problématique du Sujet m'apparaît d'une actualité brûlante car le risque est grand de banalisation de la question même sur un plan interculturel comme m'y fait songer cette remarque d'un « appelé » pris dans l'engrenage de la torture pendant la guerre d'Algérie disant que ni la religion, ni la culture, ni ses « humanités » ne lui ont été alors d'aucun secours et nous renvoyant à la réflexion de Marx (1845) sur L'idéologie allemande : « À l'encontre de la philosophie allemande qui descend du ciel sur la terre, c'est de la terre que l'on monte ici. Autrement dit, on ne part pas de ce que les hommes disent, s'imaginent, se représentent, ni non plus de ce qu'ils sont dans les paroles, la pensée, l'imagination et la représentation d'autrui, pour aboutir ensuite aux hommes en chair et en os ; non, on part des hommes dans leur activité réelle, et c'est à partir de leur processus de vie réel que l'on représente aussi le développement des reflets et des échos idéologiques de ce processus vital.Ce n'est pas la conscience qui détermine la vie, mais la vie qui détermine la conscience. »
De quoi s'agit-il ? Il s'agit de proposer systématiquement au demandeur d'apporter à ses frais la preuve génétique de son lien de filiation avec l'enfant né ou resté « au pays ». Cela ne concerne que la population étrangère car en France les citoyens sont jusqu'à présent protégés d'une telle dérive par la loi bioéthique de 1994 que semblent ignorer d'autres pays européens. Et pourtant même en France certains ne comprennent pas la portée de cette loi. C'est ainsi que lors d'un débat auquel participait l'association « Nés sous X » l'un de ses membres, tout en reconnaissant que pour lui ses véritables parents étaient ses parents adoptifs qui lui avaient apporté tout leur amour, il souffrait, disait-il, d'un non-dit du fait que l'anonymat qu'impose la loi aux services sociaux ne lui permettait pas d'aller savoir qui avait été son géniteur ou celle qui l'avait conçu. Alors il cherchait à combler ce vide, « ce Rien laissé par la non réponse de l'Autre » comme l'appelle Jacqueline Légaut par « la fonction de l'idole » avec le sens que lui donne Pierre Legendre dans L'inestimable objet de la transmission  (Fayard p.65) : «Pensons à la ressemblance. Vous connaissez les expressions familières « il me ressemble » ou « il tient de moi » et ce vieillard qui faisait ses comptes généalogiques : « J'ai les yeux de ma mère, mais j'ai le front du père.» Autrement dit, il s'identifiait en dépeçant ses parents. Je pourrais poursuivre en  évoquant les liens du sang, la chair de sa chair. À travers ces formules, ce qui se joue, c'est la différenciation humaine : les enfants et les parents doivent se différencier, sortir du magma, pour qu'il y ait sujet et que la reproduction humaine fonctionne ou, simplement, que la vie humaine ait lieu .Il s'agit de situer avec précision les artifices d'institution qui permettent à l'identification humaine de fonctionner sans folie, par exemple au dépeçage du corps des parents d'avoir lieu en paroles seulement, en paroles qui sont des métaphores constitutives du sujet. C'est pourquoi, ici je m'occupe de situer le père comme idole, c'est-à-dire de le situer dans le travail social de la représentation où, l'absolu du pouvoir de diviser se déclare comme représentation du Sexe absolu pour tous les humains quel que soit leur sexe. Nous avons affaire au Père comme équivalent du Phallus, au Créateur.Sa marque, c'est le vestigium dont Albert le Grand au XIII siècle donne une définition élémentaire saisissante : L'impression du pied dans la poussière, la référence comme trace, une trace qui ne dit pas qui elle est, parce qu'elle est là pour signifier l'absence, l'absence de l'Autre absolu. » Car ne nous y trompons pas, et Pierre Legendre poursuit sa réflexion (p.159) : « L'interrogation sur le père va plus loin, dès lors que le père se trouve défini sur le principe duquel se sont échafaudés tous les droits européens : le père est celui que les noces désignent ; présomption capitale, dont voici l'une des  conséquences : hors du mariage, le fils n'a pas de père. Qu'est-ce qu'un fils sans père ? Serait-il sans loi ? L'histoire des techniques juridiques, dans le voisinage de la religion et des pratiques administratives des Etats laïcisés, témoigne de l'importance de l'instance tierce, de cette instance suprême du pouvoir de produire les fictions vitales, pour aménager des paternités de remplacement, efficaces parce que mythiquement fondées. » Pour répondre à ce « né sous x » comme il se nomme, je dirais que le père n'est pas un état mais une fonction, que nous sommes tous plus ou moins bien « adoptés », en référence à une trace qui ne dit pas qui elle est, parce qu'elle est là pour signifier l'absence. Jean Renoir, « enfant naturel » comme on disait à l'époque, faisait à propos de « l'ingénuité qui est absolument nécessaire à la création » cette observation si juste : « Les gens font l'amour en disant : « Nous allons faire un enfant magnifique. » Eh bien ! ils ne feront pas d'enfant magnifique, mais ils ne feront peut-être pas d'enfant du tout ce soir-là.L'enfant magnifique vient par hasard, un jour où l'on a bien rigolé ; il y a eu un pique-nique, on s'est amusé dans les bois, on a roulé sur l'herbe, là il y aura un enfant magnifique. »
Cette longue digression pour observer que la recherche de preuve de filiation par les tests ADN, c'est-à-dire par la piste génétique, n'est nullement anodine car elle peut venir perturber gravement les relations à l'intérieur des membres d'une même famille. Oui mais, va-ton répliquer, cela ne concerne pas notre droit français, il s'agit de familles étrangères ; or, d'une part à l'heure de la mondialisation il serait temps de réfléchir au niveau de notre planète et pas seulement de l'hexagone et d'autre part, comme l'observe Axel Kahn, si une loi n'est morale qu'à l'intérieur d'un périmètre, elle est alors amorale. Supposons qu'à la suite d'un test ADN, celui que la famille s'est donné comme père ne soit pas le géniteur ? Et alors !  Qu'est-ce que c'est  que cette usine à gaz (je n'irai pas jusqu'au jeu de mot-vais esprit : « à gazer ») qu'on est en train de nous fabriquer sous prétexte d'accélération des procédures ? Avons-nous mesuré les conséquences d'un tel tripatouillage ?
J'ai l'impression, Etienne, pour en revenir à ta problématique du Sujet d'être pris parfois dans une énorme foire à compétition. Je reviens de 10 jours non pas « assis » mais à servir en cuisine et à un moment alors que l'une de nous était un peu trop oppressée et oppressante, dans une sorte de « sollicitation maternelle » permanente, dirions-nous, notre chef cuistot, un jeune canadien qui mettait tellement d'amour dans sa cuisine qu'elle était chaque jour inventive, nous fit faire à tous une pause et nous raconta cette histoire : c'est celle d'une graine de séquoia, cet immense sapin, qui sous terre propose à sa voisine, une graine de pommier de faire un concours à celui qui montera le plus haut. Leur tige respective commence à sortir de terre et le séquoia de se vanter qu'il va bientôt atteindre les étoiles ; oui répond le pommier mais moi le fruit que je vais donner, regarde, l'étoile est en lui. Et notre jeune cuistot prend un couteau et devant nous ébahis coupe une pomme par le milieu mais dans le sens transversal ; alors apparait sur chacune des faces, quoi ? une étoile ! Après un moment de délicieux silence, nous avons tous repris le travail, cette fois sereinement.
 
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E
J'ai parcouru avec beaucoup d'intérêt le rapport Védrine. Il est très stimulant dans sa manière de révaloriser les Etats et la politique étrangère de la France sans inféodation aux Etats-Unis. Il essaie de repenser la diversité dans l'unité, la personnalité de chaque Etat dans l'unité européenne, pour sauver notre capacité à créer et à développer des richesses culturelles et matérielles. Avec lui, je me sens contre la tentation de l'uniformisation et pour la différence...
 Je me pose une question sur l'acceptation sans trop de restriction, c'est vrai avec beaucoup de régulations, de l'économie globale de marché. Quelle différence entre l'économie globale de marché et le capitalisme ? Je continue à penser que le capitalisme, surtout avec les dérives du capitalisme financier, met en danger le sujet, parce qu'il associe mal l'intérêt individuel et l'intérêt collectif, l'individu et l'être social...
 

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J
Je suis tombé sur la nouvelle de la remise du rapport d'Hubert Vedrine sur "la France et la mondialisation". Gros pavé de plus de 60 pages qui traite de politique étrangère certes, mais aussi de bien d'autres sujets, d'une manière extrêment précise et circonstanciée et qui est bourré de références mettant en lumière les apports intelligents de bien des acteurs qui s'évanouissent comme neige au soleil dans le tourbillon "d'actualité" des médias. Avec cet enseignement bénéfique pour tous que les résultats de notre action sont modestes, limités et que rien n'est défini ...définitivement, que tout est provisoire et conditionné par les circonstances ; mais qu'il n'en reste pas nécessaire de définir sa propre action sans baisser les bras. Il me semble qu'il dépasse le cadre limité de son sujet, ou alors c'est que le sujet en cause est vraiment plus que central. Je crois qu'il est bon de le lire, en prenant son temps. Peut-être sera-t-il interessant de le commenter ? Qu'en penses-tu ? Peut-être aussi faudra-t-il lire et écouter les critiques qui en seront faites ? En tout cas, voici le site où on peut le lire in extenso :
http://www.elysee.fr/elysee/root/bank_mm/pdf/20070904RFM-HV.pdf
 
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E
Nous voilà presque d'accord. Ce que tu exprimes sur ta façon de concevoir le yin et le yang me convient maintenant tout à fait. Ce qui faisait difficulté entre nous, c'était l'idée que je me faisais de ta manière d'envisager la contradiction : personnellement je n'y vois pas un système d'opposition mais l'expression de la dialectique de la vie. Entièrement d'accord aussi sur l'entre-deux : je l'ai toujours conçu comme tu le présentes. De même pour le mouvement de l'inclusion et de l'exclusion, de l'emploi et du non emploi.Par ailleurs tu as raison de présenter les différentes formes de capitalisme. Les fonds de pension et les différents fonds mutualisés n'ont fait qu'accentuer leur pente normale à pressurer les entreprises et finalement les salariés. Ainsi la dimension créatrice du capitalisme s'en est trouvée amoindrie donnant le primat au capitalisme financier par rapport à l'investissement productif. Intéressant aussi tout ce que tu dis sur la protection et les bas salaires : c'était surtout ce que j'avais retenu de notre discussion.
Enfin l'entre-deux de la France me redonne espoir : il y a là quelque chose d'original, qui donne un supplément d'humanité à l'économie, mais avec un système de castes.Merci pour toutes tes précisions.
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J
Merci de tes remarques ; elles me permettent de préciser ma réponse. Il y a effectivement deux points qui restent flous :

1 / le Yin et le Yang n’ont jamais été « soft » et n’interdisent pas la critique. Cette « croyance » me paraît être l’expression même de notre incompréhension. Le Yin et le Yang n’abolissent pas la violence, toute l’histoire et toutes les histoires de Chine et d’arts martiaux le montrent trop bien. C’est une autre façon de lutter.

Par cet éclairage, je voulais évoquer une façon féconde de voir « l’entre deux ». Ce n’est pas un moment  bref  et secondaire faisant passage entre deux rives opposées stables et durables lesquelles on va analyser longuement. Il représente le lieu de notre mouvement permanent qui ne passe au contraire qu’un court moment dans les positions singulières que sont les extrêmes blanches et noires dont le système occidental privilégie trop l’importance. Une image simple me vient à l’esprit mais elle est réductrice, c’est celle de la médecine occidentale qui privilégie l ‘étude de « l’organe » alors que la médecine chinoise cherche la réponse dans les relations entre les organes.

Le raccord avec ton texte serait alors que la personne n’est ni en position « d’emploi » ni en position « d’exclusion » d’une manière permanente ou même durable, mais qu’elle est vouée à être en mouvement entre ces deux pôles. Dit d’une façon pratique : qu’elle croit en la nécessité permanente de changer/bouger elle-même et non les autres.

Se posent alors différemment les questions de la sécurité dans l’emploi, comme celle de la difficulté à sortir de l’exclusion, comme celle du « saut dans l’inconnu ». Là aussi devrait se préciser la position du passeur qui donne juste « le coup d’épaule » et devient secondaire.

2/ La protection et les bas salaires ?
 Tu parles d’une « certaine forme de capitalisme ». De quoi s’agit-il vraiment ? En simplifiant, on peut dire que nous connaissons deux formes de capitalisme, d’une part le capitalisme dynastique qu’on appelle « rhénan » Krupp, Schneider, mais aussi PLM, Berliet, Renault, Michelin, etc.… Qui correspond à des sociétés qui duraient et donc à une assez grande stabilité de l’emploi dépassant souvent une génération avec une forte tendance au paternalisme. C’est à cette forme du capitalisme que se sont heurté en pratique les marxistes. Il a régné en gros du milieu du XIX me siècle au milieu du XX me en Europe et nous a amené deux guerres terriblement meurtrières.

Une autre forme : « le capitalisme anglo-saxon » arrive en Europe depuis ce milieu du XX me siècle. Il est tout à fait adapté à notre société mondialisée en pleine accélération. Plus véloce, changeant, avide de faire des coups, d’OPA et restructurations, il est beaucoup plus instable et spéculatif. L’emploi devient précaire ! Mais les entreprises aussi !

En face de cela (et il y a peut-être une causalité) se développe une recherche de sécurité, de protection par des citoyens/salariés qui sont en même temps de plus en plus des consommateurs et donc avides de pouvoir d’achat. Cette protection coûte cher et conduit à une compression des salaires nets alors que le vrai coût, celui que paie l’entreprise et qui assure la protection augmente (une statistique que je ne retrouve pas indique que la France est l’un des pays d’Europe où les salariés coûtent le plus cher alors que les salaires nets touchés sont bien plus bas). En même temps, cela conduit aux compressions de personnel restructurations et autres délocalisations ; car dans le même temps apparaissent en deux horizons distincts : les salariés des pays de l’Est de l’Europe et ceux du continent asiatique voire d’Afrique, bien moins coûteux et dont on s’aperçoit qu’ils savent très rapidement faire tout aussi bien que nous.

Je ne crois pas que cette tendance soit due spécialement à l’existence des « fonds de pension », boucs émissaires un peu trop faciles ce ne sont que des groupes de petits actionnaires qui ont confié leurs économies à des professionnels performants. Ils sont pressés, il est vrai de toucher des dividendes de leur vivant (et non de bâtir des patrimoines pour leurs descendants). Mais tous les actionnaires actuels quels qu’ils soient pressurent les entreprises, ils sont tous devenus bien plus hyper consommateurs immédiats de yachts mais aussi de télé grand écran et de voitures (comme les salariés), que créateurs de richesse pour l’avenir. Face à cette tension sur les coûts, les fusions, acquisitions, échanges, se multiplient car chaque entreprise veut atteindre la « taille critique » et se mettre à l’abri de la concurrence.

Coincés entre ces exigences contradictoires, les chefs et dirigeants d’entreprises (pressés eux aussi de s’enrichir) n’ont guère de marge de manœuvre. Ils ont certes amélioré leurs techniques de management et profité de l’amélioration considérable de la productivité, mais la tentation de la restructuration et de la délocalisation est d’autant plus forte que l’entreprise est grande, car la dimension humaine est plus absente et les possibilités de se dégager du carcan moins nombreuses. Le cas des petites entreprises est plus complexe, mais je pense cependant que grâce à l’aide de conseillers fiscaux et autres avocats d’affaire les chefs de moyennes et petites entreprises commencent à apprendre aussi ces possibilités, surtout lorsqu’il s’agit de « transmettre leur entreprise ».

Dans la réalité tout est plus  mélangé. En France, nous sommes un peu entre les deux avec en plus un système de « caste dirigeante » en partie familiale et en partie choisie par cooptation entre anciens des grandes écoles ; caste qui se partage de plus entre secteur public et privé, politique et affaires, ce qui n’éclaircit pas le tableau. Mais les autres pays ont leurs autres problèmes….Il reste pour moi une énigme, c’est : comment l’Allemagne avec des contraintes similaires et dans la même situation globale peut-elle  mieux réussir sont adaptation que la France ?
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E
Merci de ta contribution qui stimule la discussion et fait avancér la réflexion. Je suis amusé car, tout en te voulant dans la perspective soft du yin et du yang, tu entres, malgré toi, dans la dialectique en adoptant une position résolument critique mais d'une critique constructive. Personnellement , je ne saurais m'en plaindre.
Produire du sujet et planétarisationC'est vrai qu'il y a toujours eu production du sujet. La nouveauté, pourtant, me semble-t-il, c'est que la production du sujet devient une exigence sociale, un problème de survie pour l'espèce humaine. Comme toi, je suis d'accord que la pensée est encore inapte à passer les frontières. A mon avis, nous sommes victimes d'un type de rationalité, qui évacue la mort.Les mythesMalgré tout le respect que j'ai pour Cyrulnik, je pense que sa position sur le mythe est très réductrice. Le mythe n'est une explication magique que pour ceux qui ne font pas l'effort de l'interpréter. Je pense que tu seras d'accord après plusieurs années passées sur les textes grecs ou égyptiens. Par ailleurs, qu'il y ait une dimension collective dans le mythe, c'est plus qu'évident. Mais le sujet est précisément capable d'intégrer la dimension collective et sociale de l'homme.
Le sujet se constitue dans l'entre-deuxComme tu le dis, l'entre-deux est le lieu d'un passage et non d'une opposition. Et pourtant la dimension dialectique n'en est  pas absente : il faut, en même temps, un pied dedans et un pied dehors.
Le moment de l'insertion ne peut durer qu'un tempsJe suis assez d'accord sur ta notion de métier.
Les expériences limitesCe que tu exprimes est malheureusement trop vrai et je déplore ici une certaine forme du capitalisme, qui fait refluer sur le salarié les différentes contraintes que devrait assumer l'entreprise elle-même. J'ai regretté que tu n'aies pas développé le thème de la protection et des salaires systématiquement bas... En ce qui concerne le manque d'humanité de l'entreprise, il me semble qu'il n'est pas général. Mais il est vrai que si nous ne sommes pas attentifs aux dérives du capitalisme avec le pouvoir de l'argent, qui s'exprime par exemple avec les fonds de pension et d'autres fonds mutualisés, qui accentuent encore le reflux des contraintes sur le salarié, nous avons encore des jours sombres devant nous. Il y a, de ce côté, tout un travail de critique, de combat et de pensée à développer, de manière urgente, si l'on veut sauver l'homme.
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J

Je ne connais pas le dossier auquel tu fais référence. J’écrirai donc  seulement ce que m’inspirent certaines parties de ton texte et n’essaierai  pas d’en cerner l’ensemble, j’en suis bien incapable ! Comme à l’habitude ; un peu comme le « fou du roi »,  j’essaierai de décrire les expériences vécues dans la mesure où, bien que paraissant parfois hors sujet, elles me semblent en correspondance avec ton texte. Voici donc, ma modeste contribution au débat :
 « Produire du sujet et planétarisation. »Produire du sujet, ce n’est pas nouveau, je crois que de tout temps, un certain nombre d’hommes se sont « constitués en sujet », échappant à la servitude de la survie,  soit par la richesse, soit par la maîtrise de leur environnement immédiat et par la sagesse qui en découle. La planétarisation nous donne le vertige parce que nos schémas de pensée sont inadaptés à appréhender le monde dans son entier, parce que nous avons encore de la peine à passer les frontières même par la pensée.Les mythes :Pour alimenter le débat, une citation de Boris Cyrulnik, tirée du numéro 1079 de Sciences et Vie, « Pourquoi le hasard est-il si dérangeant ? » p.62 que je te livre :« Les premiers hommes avaient peur de la nature. Ils avaient froid, faim, craignaient d’être dévorés par des animaux…Bref, tout leur faisait peur parce qu’ils ne contrôlaient rien. Et donc, leur premier tranquillisant a été …le silex, qui leur a permis de tuer les animaux, de découper leur viande. Il y a 2,5 millions d’années, nous avons commencé à contrôler le monde extérieur. On avait les moyens d’agir sur le réel et on contrôlait aussi le monde avec les mythes, des explications magiques, qui lui donnaient un sens : si un oiseau volait vers la droite, aucun risque ; si l’oiseau vole dans l’autre sens, méfiance… On contrôlait l’angoisse sans forcément agir sur le réel. Mais nous créions déjà notre base de sécurité. Puis avec l’agriculture, la domestication des animaux, nous avons accru notre contrôle du réel. La technologie d’aujourd'hui poursuit ce processus. Sur les deux générations qui viennent de passer, nous avons fait 90 % des découvertes scientifiques et techniques depuis l’apparition de l’homme …».Ce n’est qu’un point de vue, mais il me semble intéressant car il marque le caractère collectif de la constitution du mythe et de son usage, plus dans l’intérêt du groupe que dans celui du sujet lui-même ?« Le sujet se constitue dans l’entre-deux »  :Oui, si l’on veut bien comprendre l’entre deux comme « un passage », comme le trajet qui mène de l’un à l’autre dans l’incessant mouvement  et non comme le lieu d’une opposition. Prenons comme exemple si tu veux ( on ne se défait pas facilement de ses manies), les représentations du Yin et du Yang chinois que ce soit par des traits interrompus ou non, ou par l’image spirale blanche et noire. Ce sont davantage des tentatives de représentations du mouvement alternatif et incessant par le dessin, forcément statique, que l’expression d’une différence, encore moins d’une opposition. Maintenant,  je pense plus aux frères Lumière et à l’invention du cinéma lorsque je les vois qu’à la dialectique.Le moment  de l’insertion ne peut durer qu’un tempsOui bien sûr, la notion « d’emploi » est statique par définition :  on case quelqu’un   Elle s’oppose, je crois,  à celle de « métier » : quelqu’un apprend à faire. Elle est en grande partie née de la prise en compte médiatisée et collective du chômage, lui-même créé en grande partie par la révolution industrielle et postindustrielle qui ont détruit pour beaucoup la notion de métier. C’est peut-être cela qui est inédit, conséquence de l’industrialisation plus que de la planétarisation elle-même et davantage encore des suites post-industrielles avec le développement des emplois du commerce, services et autres tertiaires.Voici quelques expériences limites qui relativisent, à mon sens, les notions qui nous sont chères d’aménagement du temps de travail, de sa limitation, de la sécurité de l’emploi ; ainsi que celle du respect du « sujet » :- Une entreprise d’immobilier de vacances recrute dans le midi de la France des vendeurs payés à la stricte commission et en charge de tous leurs frais, et ceci sans faire de sélection.  Le principe est que chacun des recrutés recrute à son tour autant d’autres vendeurs qu’il le peut, lesquels seront rétribués aussi à la stricte commission. Chaque recruteur/vendeur  touchant une commission (partagée) sur les ventes de ses recrutés. On peut ainsi recruter n’importe qui, aucune sélection n’est nécessaire. Sur la masse, il y aura bien un ou deux « bons » et les autres, qui de toutes façons ne coûtent rien, disparaîtront d’eux-mêmes ! ! ! Cela ressemble aux ventes pyramidales, mais ce qui m’a frappé c’est l’élimination pour l’entreprise, non seulement du risque de l’embauche, mais même aussi la suppression de la tâche de la sélection reportée sur le salarié lui-même : auto-sélection ! (Voir le dernier livre de Jacques Attali et les processus « d’autocontrôle »).- Autre expérience, la pratique qui, là m’apparaît sous son aspect symbolique, du changement de prénom imposé par l’entreprise  à ses employés dans les centres d’appels téléphoniques : les Martin, Isabelle, Brigitte et autres Antoine et Alain qui depuis de lointains pays essaient de nous vendre des contrats de téléphones ou autres assurances. Mon petit-fils appelé Raphaël a été ainsi transformé en Marc ? ? ? On peut rapprocher cela de la façon dont mes guides chinois changent leurs prénoms en prénoms européens même sur leurs cartes de visite…-         Dernière chose, je viens de rencontrer  un aimable guide de Naples, spécialiste des visites de Pompéi, Capri, etc. Il est âgé d’environ 60 ans, il travaille en totale indépendance, happe les clients au débarquement des navires de croisières et dans les parkings de bus. Il dispose d’une carte d’accréditation, suite à trois ans d’études effectuées il y a quelques années et paie toutes les cotisations d’assurances diverses dont il estime avoir besoin. Il travaille sept jours sur sept, gagne entre 200 et 300 € par jour, tout à fait brut. Il prend un mois de vacances en janvier, parce qu’il n’y a pas de client et vient de s’offrir un supplément de quinze jours ce mois d’août, moment où la clientèle est moins bonne et aussi parce que ça « commence à marcher ». Il envisage de continuer à travailler après sa prise de retraite, il a un collègue de 80 ans. C’est pas loin Naples !Malgré tout ce qu’il y a de vrai dans ton développement sur les acteurs économiques et le nécessaire saut dans le vide ; je crains qu’il ne faille pas trop se faire d’illusions sur une évolution de l’entreprise vers plus « d’humanité » ou simplement sur la prise en compte volontaire « d’exigences sociales ». L’aménagement du temps de travail des années 80 que tu évoques me paraît être suffisamment expliqué par le développement de la consommation – production nécessaire au maintien aussi longtemps que possible de la « croissance » et par la nécessité pour permettre cela de recruter davantage de gens ( femmes aux salaires de complément) à qui l’on a consenti des « avantages » de temps aménagé leur permettant de plus ou moins mieux gérer la garde de leurs enfants au lieu de les mieux payer. Mes collègues femmes « cadres », ne profitaient pas de ce temps aménagé, elles travaillaient à temps très plein et faisaient garder, leurs enfants à domicile par des nourrices très chères….C’est tout ce que je peux dire pour l’instant, peut-être davantage plus tard, en tout cas, les réactions des uns et des autres sont riches et variées.

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E
Charles, tes images m'aident à penser et il me semble que tu penses vraiment. Bonne leçon pour chacun d'entre nous ! La rencontre de l'inconnu, Celui qui est seul est un homme mal accompagné, Le moi doit déloger le ça, Le sujet n'est déjà plus là que comme une vieille peau de serpent, Le vendeur du grand magasin, Le mot dans la godasse... L'image est là comme l'enveloppe, la matrice de la pensée. Et le sujet advient lorsque l'individu sort de la matrice et de l'imaginaire pour rencontrer l'autre. C'est en tout cas ce que j'ai cru entendre de ta parole...
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C
Oui j'ai fait de l'escalade avec mes petits enfants et nous avons campé sous la tente à Orpierre; juste un jour de pluie. Et puis le 15 août je suis allé me faire tout seul la Roche Noire dans Belledonne à 2700 m; c'est assez délité et donc peu fréquenté. Comme je n'avais pas droit à la chute, je tâtais chaque roche non pas comme Aristote pour voir ce qu'il y a dessous mais pour choisir celle qui tenait. Au retour j'ai rencontré un inconnu qui me nommait chaque nuage par son nom; alors nous nous sommes mis à nous parler et depuis il m'a envoyé trois poèmes dont celui-ci :                                            L'impermanence
Pour épouser l'impermanenceSans craindre la violenceDu changement permanentPrends le chemin de la joieQui d'un trait transformeLa peur d'exister en ce mondeEn une source  d'amourQui se prénomme bienveillanceEt forge profondément en soiUne force indestructibleConfiante en la vie
  Dominique CAUX                                                                                                                                                                       D'être seul parfois offre l'occasion, à la différence des couples ou des groupes, de belles rencontres imprévues comme celle-ci.  Mais qu'est ce qui a fait que nous nous sommes adressé la parole ? Cette question m'amène à ta "problématique du sujet" dans ce que tu observes du "rapport à soi" : "Progressivement un centre se constitue...qui n'échappe pas à une forme de dualité en tension...le rapport entre soi et soi. En fait, le sujet est aussi un autre et signe par là le nécessaire rapport à Autrui, comme source de son accomplissement."
Pour ma part je réalise que dans la rencontre imprévue que je viens d'évoquer, "le sujet" -moi, lui, prenant la parole, a surgi dans le même moment que "l'autre". Le "sujet" révèle "l'autre" comme "l'autre" révèle "le sujet". Ici nous sommes dans un rapport d'extériorité; pour autant nous sommes dans une "représentation" de chacun tel que l'autre le voit; ce n'est pas une "présentation", un rapport d'objet à objet; il n'y a pas de transparence comme en rêvent aujourd'hui les media. Sous l'apparence de l'extériorité, c'est en fait quelque chose de très intime qui se passe en chacun des sujets de la rencontre, finalement "un rapport entre soi et soi" comme tu l'écris. Nous pourrions en rester là, le sujet "signant" sa trace "d'autre" pour l'autre sujet et réciproquement, chacun marquant son territoire dans un rapport direct et simple au monde et à soi-même comme dans le monde animal où il suffit de se laisser guider par ses instincts.
Mais j'en reviens à ma question initiale : qu'est-ce qui a fait que nous nous sommes adressé la parole, qu'est-ce qui nous a fait "causer"? Pierre Arditti récemment rapportait ce propos d'un homme confiant à Paul Valery que "mieux valait un homme mal accompagné que seul", ce à quoi celui-ci lui a répondu "qu'un homme seul est toujours mal accompagné", signifiant par là, je pense, que la solitude n'est pas une compagne et ce qu'il y a d'insatisfaisant dans la solitude. Or rendu à ce point de ma réflexion, je me dis que ce n'est pas tant ce qui nous a fait causer qui présente de l'intérêt dans ta "problématique du sujet", comme de parler de la pluie et du beau temps, mais ce qui nous "cause" et la source de cette parole dans la rencontre, à savoir en ce qui me concerne, alors que je me trouvais à ce moment là bien avec moi-même et content de ma course, pourtant dans une insatisfaction, un manque, un vide ou quelque chose comme un étonnement, celui de cet "autre" que moi qui suscite ma parole et que j'entends, comme ta question Etienne qui suscite la mienne.
On pourrait traiter cette insatisfaction dans l'ordre du symptôme au sens de pathologie, trouble du comportement, "accident" (sens étymologique de "piptô" tomber), alors qu'elle relève, il me semble, de ce qui constitue notre subjectivité; d'où la difficulté à cerner cette insatisfaction car il n'y a pas de "légitimité du sujet" pas plus qu'il n'y a de "légitimité de l'autre"; un "sujet" n' a pas de carte d'identité pour lui-même ni pour un autre sujet, en ce sens c'est un "sans papiers" puisqu'il n'a pas de signe comme dans le monde animal pour le représenter, et que c'est un "signifiant"(au sens de Lacan) qui va le représenter pour un autre signifiant. La légitimité, il faut la renvoyer à l'ordre symbolique, aux lois du langage. Car "le sujet", "l'autre", c'est une fiction; nous ne naissons pas "sujet" mais dans l'indifférenciation: puis nous allons entendre "l'autre", la mère, la nourrisse, l'Autre et à partir du "principe de différenciation", comme l'appelle Pierre Legendre dans L'inestimable objet de la transmission,  nous mettre à fabriquer du sujet et de l'altérité; oui "fabriquer" : "Je veux être poète, et je travaille à me rendre voyant, écrit Arthur Rimbaud à son ex-prof. Georges Izambard le 13 mai 1871. Je me suis reconnu poète. Ce n'est pas du tout ma faute. C'est faux de dire : je pense. On devrait dire : On me pense. Pardon du jeu de mots. Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon..." J'entends Rimbaud parler comme un orphelin, dire le manque de l'objet chéri, de l'objet d'élection, "l'objet a" de Lacan dont la perte initiale va lui donner paradoxalement, à lui "sujet" et à partir d'une différenciation des places entre lui et "l'autre" et les autres, sa "consistance ". Alors nait le désir, et la parole qui organise ce désir. Mais il n'y aurait pas de parole s'il n'y avait d'abord cette insatisfaction, ce manque et le désir non su du sujet. À moins que la parole soit purement technique, organisationnelle, auquel cas il peut bien y avoir des acteurs opérationnels, "autonomes" (comme cet enfant à qui on apprend à lacer ses chaussures tout seul pour pouvoir se passer des autres), mais non des "sujets".
Il y a un commentaire de Lacan qui m'a aidé à mieux comprendre cette question du sujet par rapport à l'objet et son articulation avec "l'Autre", c'est celui qu'il fait du mot célèbre de Freud : "Wo Es war, soll Ich werden" (Là où était le Cà, le Je dois devenir) : "Là où c'était, peut-on dire, là où s'était, voudrions-nous faire qu'on entendit, c'est mon dessin que je vienne à être -et non "le moi doit déloger le ça". Opération symbolique par laquelle le sujet doit venir se loger, impératif éthique, dans le lieu de l'énonciation inconsciente. Il doit se reconnaître chez lui, là où son désir s'articule, c'est-à-dire reconnaître dans l'Autre le trou laissé par la découpe de l'objet, topologie plus subtile que la simple opposition entre extérieur et intérieur, le sujet est dans l'Autre en exclusion interne. Le "s" du "là où s'était" renvoie au Es freudien et à l'initiale du sujet, ce "s" réflexif renvoie sous une forme dite passive au sujet, et justement ce sujet n'est plus là que sous la forme de trace, "là où s'était" laissant une vacuité pour le sujet à venir." Le sujet n'est déjà plus là que comme une vieille peau de serpent.Je termine, provisoirement, par une anecdote, (car il se fait tard et je pars demain pour 10 jours "m'asseoir" ou servir en cuisine, ce sera selon). À plusieurs reprises dans une "grande surface" je cherchais un produit et, apercevant un vendeur, je lui demandais dans quel rayon il pouvait se trouver (le produit, pas le vendeur; çà c'est pas un jeu de mots, çà s'appelle "un mot d'esprit"). À chaque fois le vendeur commença par me dire sur un ton un peu agressif : "bonjour Monsieur", me laissant entendre avec raison que j'aurais pu moi-même commencer par là. L'importance d'être reconnu non seulement comme acteur mais tout simplement comme sujet parlant; la "reconnaissance". C'est d'autant plus important dans notre société de "services", et de moins en moins industrielle, que les salariés ont "le contact" avec les clients auprès desquels ils trouvent une motivation à leur travail, alors que la motivation dans l'industrie, je me souviens à Romans, c'est quand dans une godasse sur une chaîne de montage se trouvait un petit papier à lire discrètement parce qu'il invitait à s'organiser pour une grève. On aurait pu y lire Rimbaud qui dans ma lettre citée écrivait au moment de "La Commune" : je serai un travailleur; c'est l'idée qui me retient  quand les colères folles me poussent vers la bataille de Paris, -où tant de travailleurs meurent pourtant encore tandis que je vous écris! Travailler maintenant, jamais, jamais; je suis en grève."
Amicalement à toi Etienne, Charles
     
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E
C'est toujours important qu'un texte puisse résonner chez l'autre ! Merci.
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L
Merci pour le texte sur la problématique du sujet. Je consonnebien avec ce que vous écrivez
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E
Marie-Louise, quel superbe poème philosophique ! Je me retrouve bien dans le paradoxe, le tissage des contraires, le creux du manque, qui va favoriser la gestation. J'apprécie la poésie qui traverse toute ta pensée, et qui me révèle ce qu'est fondamentalement la parole. Il faut la laisser jouer sa partition, l'écouter comme une oeuvre musicale. L'entre-deux entre nous et la mort m'intrigue et suscite mon espérance : pour moi, l'attente de Quelqu'un qu'on ne saurait nommer...
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M
SUJET ET DEVELOPPEMENT
 Parler de « sujet » humain implique déjà de se situer dans une dialectique paradoxale. A moins de croire à une substance – déjà donnée, à confirmer, ou découvrir – nous, humains, ne pouvons faire qu’une expérience radicalement troublante de nous identifier – ou plutôt de chercher à nous (y) reconnaître dans le tissu de nos fils multiples, variés, divers, bruts, filés, tissés, usés, cassés, disparus ;  tissu tiraillé, troué, mais qui doit tenir quand même – du lange au linceul.L’Un platonicien n’est pas pour nous, qui appartenons aux multiples, aux divers, aux opposés, aux contraires et même aux contradictoires. Et pourtant nous ne pouvons vivre humains que si l’Un nous « intéresse », s’il existe (se tient) entre nous et les autres, nous et nous-mêmes (justement pas « mêmes »), comme si le désir de vivre ne pouvait être autre chose que tension recherche, appel, entre quête et attente, labeur et disponibilité.Ce qui met, ou plutôt perçoit et reconnaît, et finalement aime qu’au centre de nos vies soit ce creux – abîme des jours sombres, ou nid préparé pour quel envol lumineux ? -  ce manque, douleur et liberté.Le pire serait de se suffire, seul, à deux – pour combien d’illusions mortifères ?, - à tous- pour la pire des oppressions, déjà vue.Dieu merci ! – et peut-être cette reconnaissance est-elle une ébauche de foi… - la vie nous propose et, plus souvent, nous impose de vivre ce manque, de rencontrer ce qui (peut et) ne peut pas le combler, et de continuer à en creuser d’autres. Ce qui nous sauve d’être jamais satisfaits, arrêtés, morts pour de bon, c’est le grain de sable, l’écharde, l’inattendu, et l’inespéré lui-même, qui viennent troubler nos somnolences et réveiller la faim. Toujours un troisième élément, troisième « terme » qui ouvre au contraire un commencement, étrangeté libératrice pour un nouveau voyage.Départ, rupture, changement de cap, comme l’adolescence mais aussi l’âge prétendu mûr en connaissent plus d’un.Mais point n’est toujours besoin de rompre, sinon avec les habitudes et les anesthésies. Une maison, une chambre, un atelier, un bureau peuvent suffire, si les heures changent et que l’oiseau entre.Souffle de l’esprit, croisement des chemins ouverts ou barrés, force de la parole dite ou entendue, Verbe créateur : Si foi me parle en croix, c’est de confiance dans le renouveau, entre résistance des racines et renaissance des feuilles (les fruits seront aux passants).Brin d’herbe entre deux pavés immémoriaux – Roméo avec Juliette entre Montaigus et Capulets – Cézanne, par exemple, entre impressionnisme, nouveauté digérée, et cubisme provocant et bientôt dogmatique…Plus humblement, c’est tout ce qui, dans nos anonymes vies, se creuse en utérus, prépare une gestation, accueille la surprise, fait peau neuve pour une rencontre, homme ou œuvre ; don et labeur, grâce et urgence de la nécessité.Tout au bout, il y faudra la mort. Entre nous et nous – tous et chacun, et chacun et lui-même.Et qui, entre elle et nous ?Marie-Louise FLECKINGER-JAFFRES, 26 août 2007
 


 
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E
Merci de ce partage. Il me semble que la clef principale du passeur, c'est de sortir soi-même de la toute-puissance et d'amener l'autre à en sortir. C'est peut-être cela se confronter à la mort ou la force de mort. Je suis alors en mesure d'entrer dans l'espace du don ; grâce au don, je vais pouvoir devenir acteur et poursuivre ma route vers la constitution du sujet. La vie, la dynamique de la vie m'est donnée. Ce que je suis fondamentalement aussi, sans doute. Je ne peux construire qu'à partir du don... C'est la compréhension de cela qui m'apparaît être le pont aux ânes de la vie... Ainsi tout l'art du passeur sera de savoir s'effacer. Es-tu d'accord ? C'est peut-être un peu abstrait ?
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A
Je vois que tu ne chômes pas, même au mois d'août.J'ai lu avec intérêt ton texte sur le sujet. Je l'ai lu à réception  et encore une fois aujourd'hui.Je le trouve intéressant et je pense pouvoir partager ce que tu dis  sur la constitution du sujet.Une seule difficulté : je me pets à la place de l'accompagnateur  lambda dans le travail de réinsertion. S'il est d'accord, il va se  demander comment il peut faire pour favoriser la constitution et le  développement du sujet.  Tu écris toi-même : " Autrement dit il doit  non seulement faire passer d’un endroit à un autre, d’une situation à  une autre, mais il a pour mission de conduire l’individu vers soi- même, en lui donnant les clefs du passage. " Il faudrait, d'un seul  point de vue pédagogique, donner quelques-unes de ces clefs. Il ne  doit pas y avoir de clefs universellement applicables, mais je pense  qu'il faudrait que tu sois plus explicite si tu veux être plus  efficace auprès de tes lecteurs de terrain. sinon, il vont être  déroutés...
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E
Yvon, ce que j'apprécie dans tes contributions, c'est que d'emblée tu prends une position critique : cette attitude oblige ensuite à réagir et donc à faire avancer la discussion. Je vais essayer de prendre les points les uns après les autres.Le mytheC'est vrai que c'est toujours en arrière-fond, mais je ne veux jamais trop m'y attarder parce que cela énerve un certain nombre de lecteurs. Et pourtant, l'intérêt de la référence au mythe est triple :- mettre l'accent sur la constitution du sujet- intégrer l'affrontement à la mort ou à la force de mort dans la rationalité - repérer les étapes du processus, qui conduit à la constitution du sujetL'insertionComme je le dis, l'insertion n'est qu'un moment du processus dont on ne sort pas souvent. Il consiste à repositionner l'individu au sein de la communauté et de la société. L'emploi ici n'est conçu que comme un moyen de l'insertion et l'accompagnement prend une place importante. A un moment donné il faut sortir de cette perspective qui tend à infantiliser les individus en les amenant à s'affronter aux difficultés et à faire un peu leur voyage initiatique. C'est alors qu'ils peuvent devenir acteurs et prendre des initiatives comme ton jeune Marocain.Le rapport à soiJe persiste dans ma formulation. Soi est aussi un autre. L'autre est intérieur au sujet. C'est ce qui permet à chacun d'entrer vraiment dans une relation d'altérité. Je suis d'accord avec toi : il y a, en chacun, quelque chose d'irréductible, une sorte de noyau d'incommunicabilité, mais il n'y a pas que cela sinon nous serions chacun dans notre tour d'ivoire. Dans la révélation du nom divin, dans la Bible, Yahvé montre qu'il ne perd rien de Lui-même en faisant sa place à l'autre (en se sacrifiant pour que l'autre ait sa place).La définition du sujetComme tu le sais le mot parole vient de parabole, qui veut dire en gros "tourner autour du sujet". Ce que tu dis n'est donc pas étonnant si l'on veut s'engager dans un processus de parole. Mais je reconnais qu'à un moment donné il faut arriver à une définition précise. Je pensais l'avoir suggérée en parlant du rapport à soi : il n'y a sujet que lorsqu'il y a rapport à soi, conscience de soi, et aussi capacité de relation à l'Autre.Je n'ai sans doute pas complètement répondu à tes interrogations. Ce sera pour une prochaine fois.
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Y
 Au risque d'aller à l'encontre des commentaires reçus sur ton site émanant de personnes bien impliquées dans le sujet et dans la problématique, ton texte m'a laissé quelque peu sur ma faim. Non que je sois en désaccord. C'est pourquoi, je me contenterai, amicalement d'apporter quelques questions et critiques.  
  Dans un site consacré aux mythes, tu commences par faire référence aux mythes, mais en fait tu n'en parles jamais par la suite. En général, j'ai eu exprimé quelques réserves  sur les mythes ou la manière dont tu les utilises (même si le terme est passablement exagéré). Mais c'est l'originalité du site de partir des mythes, et quand tu les cites, avant de les analyser, le lecteur a été en contact avec eux, et pour certains lecteurs, le mythe va continuer à trotter dans sa tête et produire ses fruits de sagesse.
  Dans le paragraphe " Le moment de l'insertion ne peut durer qu'un temps",  et pour sortir de la problématique que je ne suis pas sûr d'avoir bien compris, cette importance donnée en général à l'obention d'un travail comme la fin de la période d'insertion (je simplifie)  me pose problème. Souvent l'obtention d'un travail pour des personnes en difficulté, comme celles que nous cotoyons journellement dans notre association d'insertion,  c'est l'obtention d'un salaire parfois guère plus avantageux que la totalité des aides (qui ne sont il est vrai que des aides économiques et remplissent bien mal leur rôle social). C'est une "normalisation" sociale, souvent précaire d'ailleurs, ce n'est presque jamais une "valorisation" de la personne, à part ça, qui n'est pas rien, d'accord. Ce n'est pas comme pour nous qui avons choisi de faire ce que nous faisons, que de prendre un boulot parce que par chance il s'en présente un, n'importe lequel.  Je pense qu'en même temps qu'amener quelqu'un à s'engager dans un travail, et souvent les travailleurs sociaux n'ont guère le choix que de pousser à accepter "n'importe quoi", il faudrait d'une manière ou d'une autre envoyer d'autres messages; comment, je ne sais pas. J'en liste quelques uns:  - ce travail ne sera sans doute pas, à tous égards, très valorisant, mais correspond à une nécessité de survie  - accompagner le repérage des valeurs de la personne qui n'y sont pas prises en compte, l'aider à en prendre conscience, et à en tirer des conséquences pratiques. Assez souvent le retour au travail ne dure pas, par frusration mal définie de la personne.  - se hasarder à une analyse politique de cette situation, qui demande à mon avis à être faite en commun, dans un échange. Prise de conscience d'une situation de classe. Je trouve que les travailleurs sociaux ont trop tendance à résoudre des problèmes personnels au niveau personnel. La révolte est juste; elle doit trouver ses chemins, sa stratégie, ses arguments, sa solidarité. Il faut le dire sans pousser les gens dans le mur.  - la formation, une formation qui prenne en compte les compétences ignorées et les obstacle rédhibitoires, c'est une partie de la réponse, quand c'est possible.  -aider la personne à repérer les lieux où elle peut "exister", en dehors de son travail ou même dans son travail, où elle peut se valoriser comme acteur social, peut-être même sans le savoir: son conjoint, ses parents ou ses enfants, son voisinage et son quartier, sa famille restée au pays, etc, etc. Le travail n'est pas le seul lieu de réalisation, et dans un poste, il n'y a pas que la production d'un travail. Ca me rappelle une anecdote. Je suis entré un jour, il y a longtemps,de bon matin, dans une très bonne librairie lyonnaise, boulevard Victor Hugo, je crois, pour acheter "La violence et le sacré" de René Girard. Le vendeur, puis le patron (?) me disent qu'ils n'ont pas reçu ce livre. C'était une grande librairie. Un jeune marocain qui finissait en retard son balayage nocturne nous dit "Si, il est là" et va directement le chercher en bas d'un long rayonnage. Sans commentaire.  Je pense qu'il faudrait des travailleurs sociaux auprès de certains patrons, DRH, chefs d'entreprises, maîtresses de maison, pour leur apprendre, au moins sous cet angle, à tirer profit du capital humain du "moindre" de leurs subordonnés. Certaines entreprises le savent,  pour qui toute bonne idée, d'où qu'elle vienne, mérite son salaire.
  Les mêmes réflexions à propos du paragraphe " Le temps de l'acteur..."
  Dans le paragraphe " Le rapport à soi", il y a quelques phrases qui m'ont fait bondir, excuses-moi." En fait le sujet est aussi un autre et signe par là le nécessaire rapport à Autrui", ou c'est maladroit, ou c'est réduire jusqu'à la nier l'irréductible altérité de l'Autre. Là je ne peux être qu"en total désaccord. La distance entre soi et soi dans la mesure ou soi est un autre pour soi, sans tomber dans du freudisme de Café du Commerce, n'a rien à voir avec la transcendance. Se trouver en face du Visage de l'Autre, si. Enfin c'est un point de vue.
  Pour en terminer avec des réflexions d'ordre plus général, je pense que tout autant que le travail, même si c'est d'une autre manière, la famille, la communauté ( j'ai bien aimé quelques réflexions sur le blog à ce sujet; je pense en effet que la conception de la communauté ou des  gargarisantes valeurs de la République qu'on a en France est beaucoup trop crispée: à bientôt une meilleure approche, je pense, dans cette bonne ville de Montréal), le quartier, etc, tous ces paramètres, même s'ils le façonnent, restent à l'extérieur du sujet (bon, c'est une approximation).  Je pense, à ce propos que ton texte " la problématique du sujet" tourne autour du sujet (sans jeu de mot), mais aurait gagné à cerner ce qu'est le sujet avec une plus grande rigueur. Mais c'est peut-être trop un sujet philosophique ou d' école philosophique.  Excuses-moi d'être un peu trop critique sans doute, mais si ça peut faire avance le schmilblick.  Amicalement, Yvon
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E
Je suis heureux de constater que ce texte rejoint tes préoccupations professionnelles. Former des élèves responsables me semble être un très beau projet et je pense que le sujet est précisément un être responsable : quelqu'un qui peut répondre et répondre de lui-même face à la société et aux autres.Le terme "éduquer" est encore plus fort que "conduire sur les chemins de vie", il signifie "conduire à l'extérieur". Assez paradoxoxalement il faut  se désinsérer  pour en faire un sujet.En ce qui concerne la vie professionnelle, rien n'empêche que la culture d'entreprise intègre la culture du sujet à condition que la perspective d'ensemble aille au-delà de la recherche du profit.
Comment produire du sujet ? C'est là tout l'intérêt du mythe de nous le dire puisqu'il souligne les différentes étapes de cette production du sujet. - Se situer par rapport à l'environnement- S'insérer- Repérer le danger d'enfermement- Faire le saut dans le vide ou "affronter la mort"- Prendre la mesure de la nouvelle situation- Devenir un véritable acteur- Accepter la tension entre le rôle d'acteur et sa situation familiale et sociale- Faire en sorte que sa position face sens- Se situer par rapport à soi-même et par rapport à l'autre.
En tout cas merci pour ta réflexion.

 
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J
je suis rentrée à Crémieu pour préparer l'année scolaire et plus précisément quelques séances sur le "projet personnel "et "professionnel" alors ton texte m'intéresse vivement!Evidemment , il est très théorique (pour moi!) et des données m'échappent. Cependant , je te rejoins complètement lorsque tu affirmes:- qu'il s'agit d'exclusion de soi-même et pas seulement de la société.-que le sujet se constitue dans l'entre-deux; l'exclu est enfermé et se referme .-qu'il faut accompagner sans materner. C'est là toute la difficulté ! On retrouve le verbe "éduquer" =conduire sur les chemins de la vie.-qu'il y a affrontement à la "mort". J'ai pu constater qu'il ne faut pas rester au bord pour avancer ...Toucher le fond permet de rebondir :oui.La fin de la page 3 ne me parle pas vraiment.    Comment donner cette "culture du sujet "qui  s'accorde avec la "culture d'entreprise"?  De quoi s'agit-il ?Comment produire du sujet?   C'est aussi la question que nous nous posons dans mon lycée dont le slogan est : "Former des élèves responsables."
Voici quelques modestes remarques ! Merci de me faire partager tes analyses . Bravo pour ton activité .
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E
Merci et bravo pour ton texte, une texte venu de l'autre bout du monde. Je vois que le dépaysement en désinsérant ouvre les yeux. C'est toute ton expérience qui resurgit ici, avec tes nombreux engagements jusqu'en Amérique du Sud. Aussi je pense que j'ai prêché une convaincue. En fait cela m'encourage parce que le texte rejoint la réalité. Ce que tu dis sur l'Australie est très intéressant : des côtés négatifs comme la dureté vis à vis des sans papiers mais aussi des aspects plus positifs : je pense à l'acceptation des communautés à condition que l'on ne tombe pas dans le communautarisme. En France, l'exclusion de la communauté produit de l'exclusion tout court Je pense depuis longtemps que l'homme se construit dans l'entre-deux, entre la communauté (racines, particularités) et la société (projets, plus d'universaliré).
Bonne fin de vacances à tous les deux ! Et je sens que vous allez revenir avec une vision élargie de tous nos problèmes pour mieux aider à les résoudre.
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B
Merci pour ce texte, il nous fait du bien, et nous rejoint dans ce que nous vivons…nous les petiot on n’a ni ta hauteur de vue, ni tes competences, mais pour une fois je me lance….1, je passe ton texte aux educs  et accompagnateurs ou exclus de tous poils…2. j’essaie de mettre de l’ordre dans ma tete pour te transmettre ce qui suit ;je me dis que sans etre exclu c’est dur d’être un sujet dans le monde du travail. Mes collègues disaient  : on n’y peut rien, on n’a pas de pouvoir, on a toujours fait comme ca…Beaucoup subissaient leur travail et ceux qui etaient assez contents parce qu’ils gagnaient bien leur vie ne voulaient plus partir a la retraite ne s’etant accompli que par et pour le travail…”mais qu’est-ce qu’on va faire a la retraite????’ Oui, nous tournons en rond dans tous nos problèmes chaque fois qu’on oublie le projet de Dieu pour l’homme.  Et meme si les societes futures arrivent par obligation a construire du bon, les hommes pour certains se poseront toujours la question du sens, il me semble… Pour moi, chaque fois que je me suis desinsérée [relativement] des systèmes etablis, j’y ai gagné au centuple..Des exclus j’en ai cotoyé dans ma vie et je l’ai  ete aussi, du travail….je me rappelled au college de notre fils ou l’on a invente une 4eme-3eme en trois ans – sur les 15 jeunes que l’on voulait ejecter en LEP 4 a 5 ont fait des etudes universitaires dont notre fils,,,, exclues aussi les femmes maghrebines du centre social. En devenant conteuses certaines ont trouve definitivement du travail, et les autres sont restees conteuses, donc avec une place dans la societe…au syndicat avec la lutte pour le travail a temps partiel [meme si on a ete peu nombreuses a participer a la lutte, et plus etonnant encore a en profiter..]au Perou où notre association a permis aux Indiens de construire deux etables et avoir enfin des echanges commerciaux qui les font vivre…[notre accompagnement a seulement dure 2 ans]Dans ma vie personnelle où j’ai du me desinsérere de plein de choses familiales… Alors oui, traiter l’exclusion seulement par le biais du territoire ne sera pas suffisant…mais j’en ai assez de voir les problemes traites superficiellement..tant de millions d’euros depenses dans les centres sociaux, les maisons de quartier qui ne proposent qu’une alphabetisation sans exigence d’assiduite aux cours,,,qui ne proposent bien souvent que le hamam, la cuisine, la danse…c’est bien, mais pas suffisant…à quand une exigence plus soutenue pour l’apprentissage de la langue francaise…à quand le micro-credit pour encourager un travail soit de coiffeuse a domicile, soit de repasseuse, soit de femme de ménage ou de lavage du linge??? Ce que toute femme maghrebine fait parfaitement…et pendant que l’etat et les benevoles donnent argent et temps, que font ces femmes ??? d’apres elles elles regardent les feux de l’amour a la tv, elles se reunissent pour partager des commerages, d’autres enfin surfent sur internet pour trouver l’ame soeur….voila ce que je constate…et je me dis que les accompagnateurs gerent la crise …dommage!!!  [bien sur je te parle des gens des cites…]Je t’écris d’australie ou nous sommes pour 3 mois chez notre fils…ici la realite est differente, encore que…ici beaucoup de communautes etrangeres se cotoient  et s’ignorent…un  habitant sur 4 a Sydney est chinois…beaucoup de pakistanais, d’indiens, d’arabes, de turcs, de soudanais…’pas de problemes – comme vous les francais avec le voile…nous tout est permis si on respecte la loi…”effectivement le temple hindou, les évangélistes, la mosquée, l’eglise catho, tout se suit souvent dans une meme rue et dans les admnistrations on a au guichet des employes avec le voile, Ici pas beaucoup de chomage….mais les sans papiers sont parques derrieres des barbeles dans des camps et leurs enfants n’ont pas le droit de frequenter l’ecole…ici on considère ta personnalité et non tes diplômes, et les gens ont chacun leur chance…mais si t’échoues, pas de pitie, c’est de ta faute…paradoxalement les églises sont remplies dimanche et semaine   de familles…le Samedi soir une messe et le Dimanche :  3 le matin et une le soir et chaque fois l’eglise est pleine…le taux de syndicalisation est important plus par securité que par solidarité…il me semble…selon une egyptienne il n’y a pas de vie sociale---mais j’ai constate la presence d’amnesty international, d’emmaus, d’associations pour les sans-abris, …et il y a sûrement d’autres associations…c’est vrai qu’on voit surtout le sport, la consommation et le blues des banlieues [banlieues faites de maisons individuelles tres imposantes et riches] est souvent evoque dans les journaux. Bref dans ce contexte, ton texte nous fait encore plus réfléchir d’autant plus que notre belle fille a une mere chinoise et un pere du kazakstan, et qu’on nage dans la culture chinoise et australienne…quel méli-mélo, mais enrichissant,,,,Bon, je ne sais pas si tout ce blabla va t’intéresser car je n’apporte pas une reflexion nouvelle, mais ce blabla pour te dire que tu ne te trompes pas, c’est en tous cas ce que je pense depuis toujours…si on va pas au fond de soi  et si on n’est pas insere dans la societe on ne pourra proposer que des solutions boiteuses…Voila tout simplement. Bernadette Petiot
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P
Merci, Pierre, de ton empressement à répondre et de la qualité de ta réponse.
Pour ta première question, je précise tout de suite que la formation n'apprend pas à faire le passage mais qu'elle peut s'effectuer utilement lorsque le passage est fait. C'est une opinion : on peut en discuter.
En ce qui concerne le rapport à soi, c'est le problème de la conscience qui est évoqué : il y a conscience parce qu'il y a rapport à soi. En même temps, je veux souligner qu'en ce qui concerne l'homme il n'y a pas adéquation entre soi et soi, parce que le soi est aussi un autre. Il y a un manque d'être qui contribue à faire la place de l'autre ou de l'Autre, selon sa position métaphysique. Ainsi l'autre est interne au sujet. C'est pour cette raison que je ne pourrai me réaliser sans passer par l'autre.
D'accord sur le problème de la clarté, qui te tient à coeur, en tant que spécialiste de la communication.
A bientôt, pour d'autres réflexions communes.
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P
Merci pour ton interpellation intellectuelle en plein été !!!  (qoiqu'avec le temps qu'il fait, on ait quelques doutes...)Je suis assez d'accord avec tout ce que tu as écrit sur "la  problématique du sujet" et je trouve intéressant que tu proposes une  dimension "à hauteur d'homme" qui dépasse, ou donne du sens, à des  approches trop seulement techniques.Deux remarques cependant :- A la fin du chapitre "Le resurgissement lorsque le handicap devient  un atout" la dernière phrase m'a interpellé : est-ce qu'une formation  peut apprendre à faire le passage ? N'est-ce pas donner à ce passage  une dimension trop technique ou seulement technique justement ?
- Le chapitre sur "Le rapport à soi" m'a paru un peu obscur : "le  rapport entre soi et soi" est évoqué comme s'il allait de soi et que  le lecteur voyait d'emblée de quoi il s'agissait. Qu'y a-t-il  derrière l'affirmation que "le sujet est aussi un autre" ? (Je sais  bien que tu aimes entretenir un peu de secret qui te paraît  indispensable. Pour ma part, je constate que les différences entre  les personnes sont tellement radicales, malgré tout ce qui leur est  humainement commun, qu'il n'est pas nécessaire d'entretenir du flou :  il en existe bien assez, même lorsqu'on s'efforce d'être le plus  clair possible). Pour l'heure, si tu pouvais trouver une phrase qui  explicite un peu la nature de cette dualité paradoxale, il me semble  que ce serait bien pour renforcer ton document et le rendre plus  accessible.
Voilà mes réactions "à la volée", (je réagis vite de peur de ne pas  réagir du tout...). J'espère qu'elles te seront utiles tout de même.
 
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E
Est-ce si illisible ? Sans doute un peu long ?
En tout cas merci de renvoyer vos lecteurs à ce texte.
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O
 
J’ai de plus en plus de mal avec les longs textes bourrés de sens et, souvent, j’omets de signaler le billet. Je ne saurais intervenir sur celui-ci et c’est à vous de voir : La problématique du sujet.
http://oliviersc.blog.lemonde.fr/
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E
J'attends quand même tes réflexions sur le texte par e-mail. Bon séjour au Canada !
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J
merci de penser a moi, mais je ne pourrai pas reagir directement sur le blog, car mon mari ne m'a pas encore installé mon oridinateur dans notre nouveau logement, et le detachement de pieces jointes sur "l'ordi", qu'il a mis à ma disposition en attendant est trop complique. Ce message present, pour te dire, que je te trouve très sympa de m'ecrire, que j'aime ça, recevoir des nouvelles de Lyon, et que je vous retrouverai tous avec grand plaisir probablement en octobre prochain.
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E
Merci Geneviève. Comme tu le dis, nous sommes finalement tous des handicapés. C'est lorsque nous l'avons compris que nous sommes capables du meilleur et que nous pouvons servir de passeur.
Je pars voir quelqu'un qui a fait le saut dans le vide, en tombant de sa terrasse.
 
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G
J ai bien reçu ton texte (la problématique du sujet). N'etant plus concerné je ne comprends pas tout.Cependant l'ouverture aux mythes me parait d'une cruelle actualite; Je pense aussi comme toi qu'un éducateur qui n'a pas lui mème fait le plongeon est bien handicapé pour aider.Mais malheureusement nous en sommes tous là.Je constate cette impuissance pour moi mème pratiquement tous les jours.
N'en deduis pas pour autant que je suis péssimiste. La belle ernergie que tu deploies pour nous aider  me laisse admirative et confiante pour un avenir radieux
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E
Francesco, je compatis vraiment à ce qui t'arrive. Tu es tombé dans le trou, mais, comme tu le dis, il a manqué le passeur ! Et maintenant il te faut un autre passeur, et cela tous les jours et à toutes les heures. Je me demande ce que cela signifie. On peut être victime de l'accident si, au préalable, on n'a pas assumé le risque. Tout le problème se trouve autour de l'intégration du risque et donc de la prévention. Mais je m'arrête de philosopher face à une situation qui n'est pas drôle : simplement un petit clin d'oeil, un petit sourire pour te montrer que tu n'es pas seul.
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F
Etienne, j'ai lu ton texte. Rien à redire. C'est une interrogation forte... mais je me suis arreté au saut dans le vide, tomber dans le trou (et les questions de vie et de mort) etc. car depuis quinze jours maintenant j'ai fait effectivement un saut dans le vide et je suis tombé depuis la terrasse de chez Jean et j'ai maintenant pied et jambe dans le plâtre, interdiction de poser le pied par terre et cela jusqu'à fin septembre! Je ne peux pas rentrer chez moi, ni monter ou descendre des marches tout seul, même à l'intérieur de la maison de Jean.Quelques pas à l'intérieur de la maison en m'appuyant un peu partout. Etonnant de devoir dépendre en tout de tout le monde pour une simple "chute" mais c'était bien un saut.. et sans "accompagnateur". Voilà ma situation bien terre à terre. Si tu passes, fais signe avant, car si Jean n'est pas là je ne peux pas venir ouvrir les portes. Et parfois je ne peux pas non plus attraper le téléphone, si je ne suis pas tout près
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E
Merci de ta forte réactivité. Mais j'avoue que j'hésite à éliminer la référence au mythe et aux textes symboliques ; ils nous apprennent en effet des choses que nous avons tendance à oublier.
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J
Je viens de lire ton texte. Je le trouve intéressant.Mais si tu veux le rendre plus accessible à tous, supprime le deuxième paragraphe et tu enchaines ainsi :"L'existence humaine est un parcours dont la finalité es de constituer des sujets. C'est ce que nous rappellent la réflexion philosophique,les textes symboliques et le mythe."Dire que c'est mythe qui nous permet de connaître la fin- alité de l'existence humaine, c'est un peu court et risque d'écarter des lecteurs.
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  • : le blog mythesfondateurs par : Etienne
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  • : Mythes, articles à partir des mythes, réactions sur le site Mythes fondateurs http://mythesfondateurs.over-blog.com/ Le mythe et le conte sont la parole dans sa première gestation. C'est pourquoi, si la parole est malade, comme le dit Vittorio Gasman, il devient urgent de revenir à ses fondements qui sont encore à notre disposition, à travers les mythes et les contes. Lorsque la parole ne fonctionne pas, c'est la violence qui gagne. Les mythes et les contes, par l'apprentissage du processus symbolique qu'ils proposent, sont là pour nous aider à faire sortir la parole de la violence. C'est de la naissance de l'homme lui-même dont il s'agit.
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