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24 avril 2007 2 24 /04 /avril /2007 14:22

 

 

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Identité nationale et immigration

 Nicolas Sarkozy a jeté un pavé dans la mare en parlant d’un Ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Il va sans dire que l’idée d’un ministère de ce type, par les références qui le sous-tendent,  était tout à fait contestable. Dans le pire des cas, elle rappelle les pratiques du gouvernement de Vichy, qui en venait à dénationaliser des Juifs, sous prétexte qu’ils ne correspondaient pas à l’idée que l’on se faisait de la France : c’était une forme de dé création, une injure faite à l’humanité.

 

  Mais l’idée d’associer identité nationale et immigration paraît être une ruse de l’inconscient : quoi que nous fassions, quoi que nous disions, nous appartenons tous à la même humanité et l’inconscient finit par le rappeler. L’identité nationale est en effet très directement liée à l’immigration.

  Contre l’exclusion, accepter le paradoxe

 Paradoxalement, il ne peut exister de nation sans immigré. L’immigré apporte la différence sans laquelle la nation ne peut pas vivre. Peut-être les difficultés que nous avons aujourd’hui tiennent-elles en partie à cette absence. Les trois valeurs républicaines, liberté, égalité, fraternité, structurant la nation française, semblent marcher à cloche-pied ; il manque la différence, ouvrant une place à l’étranger ou à l’immigré. L’identité est faite de similitude et d’altérité : je suis moi-même mais je suis aussi un autre, un être de relation. L’altérité est inscrite au cœur de mon être d’homme. Contrairement à ce qui a été dit, nous avons besoin de l’Afrique, sous ses différentes composantes ; elle nous apporte l’hospitalité. Si d’emblée l’hospitalité réglait nos rapports avec les nations du sud ou de l’est et avec leurs habitants, il serait beaucoup plus facile de trouver des solutions aux problèmes de l’immigration car chacun serait amené à respecter l’autre, à l’aider, à lui offrir l’asile en cas de nécessité, à l’accueillir de manière temporaire, à respecter les règles qu’impose le vivre ensemble. 

     Pour des êtres de parole, il n’y a pas d’identité toute faite

 Créer une identité c’est donner un nom, c’est entrer dans l’espace de la parole et de la création. Le nom est fait de valeurs, mais il est aussi fait d’incomplétude. Il est en même temps un point d’appui et un projet à réaliser, un manque que la dynamique du désir devra combler. Il n’y a donc pas d’identité toute faite. En un sens chacun a la responsabilité de créer son identité et de créer l’identité des réalités dont il a la charge. Et les autres, dans le jeu des relations, sont aussi responsables de leur devenir.     

 Babel nous montre que la volonté d’enfermer l’identité d’un groupe conduit à la destruction de la parole : plus personne n’écoute et ne comprend ce que dit l’autre. Mais en réalité il n’y a pas d’autre. Autrement dit, c’est l’autre qui fait naître la parole. L’étranger et donc l’immigré ont ce privilège insigne de nous apporter la parole pour que nous construisions ensemble notre identité et en particulier notre identité nationale.

 

   Le projet de vivre ensemble avec l’autre

 La nation est donc non seulement le projet de vivre ensemble : elle est le projet de vivre ensemble avec l’autre. L’autre et donc l’immigré a une place essentielle : il doit contribuer à faire de la France une terre d’hospitalité. Il crée du vide pour que le groupe ne s’enferme sur lui-même et ne finisse par s’étioler. Sa mission est de nous ouvrir les bras pour accueillir ceux qui frappent à la porte. Il porte la miséricorde au moment où la crispation sur notre identité nous ferme le cœur. Sans doute avons-nous le droit de nous protéger et de contrôler nos frontières. Mais ce droit ne trouvera sa juste place que là où est l’hospitalité car l’hospitalité a des règles qu’elle seule peut faire respecter. Ce devrait être, en tout cas, notre pari d’humanité.   

 

  La culture ou l’interaction entre différentes cultures

  Comme la nation elle-même, la culture française qui la fait vivre n’est pas une réalité figée dans le passé. De tout temps, elle s’est enrichie de cultures qui venaient d’ailleurs et qui conservent leurs traces dans les cultures locales. Mais notre excès de centralisation contribue aujourd’hui à les asphyxier et conduit à une purification culturelle assez proche de la purification ethnique. L’immigré arrive avec sa culture. Nous voudrions qu’il y renonce pour entrer dans la nôtre. Il nous apporte un cadeau inestimable et nous finissons par le rejeter. Son intégration dans la nation française est pourtant impossible si nous n’acceptons pas de nous confronter avec sa propre culture pour élargir la nôtre et la sienne, dans le même mouvement. C’est à ce prix qu’il pourra trouver sa place et conforter celle de tous.

  
Un morceau d’humanité pour engendrer des sujets

 Dans l’étymologie du mot nation, il y a la naissance et l’engendrement. La nation est un espace, un morceau d’humanité où nous sommes appelés à naître et à renaître. Son ambition est de fabriquer des hommes, mêlant l’universel et le particulier, donnant une coloration régionale à celui qui a pourtant vocation à devenir citoyen du monde. Mais grâce à l’immigré qui est la figure de l’autre, elle est appelée à faire plus encore : elle doit engendrer des sujets caractérisés par leur hospitalité et leur aptitude à faire une place à l’étranger.

Etienne Duval, le 24 avril 2007

 

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commentaires

A
Merci pour ce texte que je viens seulement d'imprimer...je vais le garder, je le trouve clair...Cordialement. Annik
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E
Je ne saisis pas très bien. C'est sûr que l"identité nationale peut entraîner des dérives. Il me semble alors que la véritable clé réside dans l'acceptation ou le refus de l'autre et, en particulier, de l'immigré.
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J
mes propos seront bien modestes au sujet de l'dentité . Il me semble que définir "nationalisme " et "patriotisme" ne serait pas inutile.. par les temps qui courent. L'une de ces attitudes est ouverte, légitime , l'autre est dangereuse. Je pense à Renan et Toqueville.
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E
Merci pour ces nouvelles précisions. Comme toi, je ne me sens pas bien à l'aise avec la notion d'intégration et je pense que l'interculturalité est essentielle.
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C
Merci Etienne pour ces précisions.Il est vrai que lorsque j'oppose à la "normalité" le "flou artistique" du cas par cas, ce n'est pas une réponse de juriste mais plutôt celle de l'artiste; "l'art nous  libère de la vérité qui tue" disait Nietzsche.En relisant ton texte et nos commentaires, peut-être n'avons nous pas assez insisté sur l'importance de la reconnaissance, de la prise en compte de la culture d'origine; certes, les vrais bilingues par leur appartenance aux deux cultures sans avoir tranché entre l'une et l'autre, nous sont souvent insaisissables; mais la notion "d'intégration" me fait peur. Le chauffeur iranien intégré en 6 mois aux USA, c'est fait, c'est devenu un "mutant" ?Quant aux écrits que nous t'adressons, au moins en ce qui me concerne, comment se fait-il que sur le blog, tout ce qui rend le texte plus lisible et plus fidèle (caractères gras, italiques, titres des livres cités soulignés) ait disparu ? Cela vient-il de ma propre messagerie quand tu reçois mon texte ou en aval ?
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E
Peut-être laisses-tu sans cesse toutes les orientations possibles comme ton anneau de Mobius. Plus simplement, je voulais dire que tu aurais pu tout aussi bien faire de la philosophie ou de la littérature, le droit n'étant pas forcément ta pente naturelle. Ne t'inquiète pas ! Cela veut simplement dire que tu t'es laissé un avenir possible.
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C
Etienne bonjour,et merci pour ta réponse à chacun de nous (58 à ce jour!) sur le forum de "identité nationale et...". En ce qui me concerne personnellement, que veux-tu dire :"Parfois je me dis -Est-ce qu'il ne s'est pas trompé d'orientation? Mais, après tout, il n'est jamais trop tard pour se retrouver soi-même." ? Un méditant grenoblois de vipassana qui a une formation de physicien me disait à propose de 'l'anneau de Möbius" que ce qui le caractérise (contrairement à ce que j'ai cru comprendre de l'utilisation que semble en faire Jacqueline Légaut pour sortir du système binaire entre intérieur et extérieur ) ce n'est pas que la bande à plat avec un endroit et de l'autre côté qui n'est pas visible, un envers, serait une surface plane à deux dimensions, alors que si on fait effectuer à cette bande une demi-torsion, elle deviendrait à trois dimensions car, me disait-il, la bande non-torsadée tu peux bien la considérer aussi à trois dimensions. Non, la propriété de l'anneau de Möbius, ce n'est pas une histoire de changement de dimensions, c'est que chacun des points sur cet anneau n'a pas d'orientation. Quand je le reverrai, je lui demanderai de me préciser un peu cela mais pour l'immédiat je m'interroge : qu'est-ce-que cette histoire "d'orientation" que toi aussi tu évoques ? Mais rassure-toi Etienne, je ne vais pas prendre le mot à la lettre et désormais quand je m'installe en demi-lotus pour "méditer", me tourner vers l' Orient, là où il est vrai sur notre planète le soleil se lève.Salut Etienne et encore et encore merci à toi
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E
Merci de ta réponse qui m'oblige sans doute à être plus rigoureux. Je reconnais qu'il y a, de ce point de vue, des faiblesses. Mais d'un autre côté, je crois que la logique de la pensée n'est pas tout à fait la logique des sciences, de la technique ou des mathématiques. La pensée a besoin d'espaces de respiration, qui sont, pour une part, ceux de l'intuition. Or l'intuition meurt si on veut trop la ficeler.
Par ailleurs je reconnais que mon premier paragraphe était trop abrupt . Je l'ai modifié comme suit : "Nicolas Sarkozy a jeté un pavé dans la mare en parlant d’un Ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Il va sans dire que l’idée d’un ministère de ce type, par les références qui la sous-tendent, était tout à fait contestable. Dans le pire des cas, elle rappelle les pratiques du gouvernement de Vichy, qui en venait à dénationaliser des Juifs, sous prétexte qu’ils ne correspondaient pas à l’idée que l’on se faisait de la France : c’était une forme de dé création, une injure faite à l’humanité." Je pense qu'il ne faut pas se voiler la face : il y avait un appel du pied à un certain éléctorat, qui peut engendrer des dérives. Et la parole, dans ces cas, doit être sans ambiguïté, sans peur de blesser.
Ton chauffeur iranien est une belle histoire : elle nous montre bien le chemin qu'il nous reste à parcourir, en France. Sans doute, l'immigré n'est pas l'autre absolu. Mais, lorsqu'on parle d'identité nationale, il est la figure la plus appropriée de l'autre, au moins à mon sens.
Ta double identité américaine m'intéresse au plus haut point. Ils ont su en effet conserver la dimension communautaire que nous ne  voulons pas voir en France. Mais l'identité nationale n'a rien à voir avec l'identité des communautés individuelles.
Enfin, je ne pense pas que la notion de nation soit conservatrice si elle laisse la place à la région, à l'Europe et à un entité à construire au niveau mondial.
Encore merci et à une prochaine fois !
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A
Nicolas Sarkozy a jeté un pavé dans la mare en parlant d’un Ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Il va sans dire que l’idée d’un ministère était contestable. Dans le pire des cas, elle rappelle les pratiques du gouvernement de Vichy, qui en venait à dénationaliser des Juifs, sous prétexte qu’ils ne correspondaient pas à l’idée que l’on se faisait de la France : c’était une forme de dé création, une injure faite à l’humanité.Si la parole est un remède, pourquoi ce premier paragraphe dont le sueul but est de mettre de côté un des interlocuteurs du aialogue potentiel ?
 
Mais l’idée d’associer identité nationale et immigration paraît être une ruse de l’inconscient : quoi que nous fassions, quoi que nous disions, nous appartenons tous à la même humanité et l’inconscient finit par le rappeler. L’identité nationale est en effet très directement liée à l’immigration.
Cette idée ou cette question n'est pas une ruse de l'inconscient, elle vient naturellement à l'idée lorsqu'on avoyagé par exemple aux USA où l'immigrant se considère intégré après six mois de présence. C'est l'expérience que nous avons vécue à San Diégo où un chauffeur de taxi venant d'Iran depuis moins de six mois se considérait comme complètement américain.
 
Paradoxalement, il ne peut exister de nation sans immigré. L’immigré apporte la différence sans laquelle la nation ne peut pas vivre. Peut-être les difficultés que nous avons aujourd’hui tiennent-elles en partie à cette absence. Les trois valeurs républicaines, liberté, égalité, fraternité, structurant la nation française, semblent marcher à cloche-pied ; il manque la différence, ouvrant une place à l’étranger ou à l’immigré. L’identité est faite de similitude et d’altérité : je suis moi-même mais je suis aussi un autre, un être de relation. L’altérité est inscrite au cœur de mon être d’homme. Contrairement à ce qui a été dit, nous avons besoin de l’Afrique, sous ses différentes composantes ; elle nous apporte l’hospitalité. Si d’emblée l’hospitalité réglait nos rapports avec les nations du sud ou de l’est et avec leurs habitants, il serait beaucoup plus facile de trouver des solutions aux problèmes de l’immigration car chacun serait amené à respecter l’autre, à l’aider, à lui offrir l’asile en cas de nécessité, à l’accueillir de manière temporaire, à respecter les règles qu’impose le vivre ensemble.
"Il ne peut exister de nation sans immigré" est une exagération qui peut décrédibiliser le reste. Je comprends que l'identité nationale ne peut se construire que par opposition ou affrontement à un environnement extérieur ; l'aspect immigration en est un aspect pas absolument nécessaire. La similitude ou l'altérité peut avoir d'autres sources.
Ce contre-sens me rappelle celui d'un professeur qui s'émerveillait de ce que les feuilles du haut laissaient de la lumière à celles du bas. En réalité, celles du bas poussent où elles peuvent recevoir de la lumière.
 
Babel nous montre que la volonté d’enfermer l’identité d’un groupe conduit à la destruction de la parole : plus personne n’écoute et ne comprend ce que dit l’autre. Mais en réalité il n’y a pas d’autre. Autrement dit, c’est l’autre qui fait naître la parole. L’étranger et donc l’immigré ont ce privilège insigne de nous apporter la parole pour que nous construisions ensemble notre identité et en particulier notre identité nationale.
Ils ne sont pas les seuls.
 
La nation est donc non seulement le projet de vivre ensemble : elle est le projet de vivre ensemble avec l’autre. L’autre et donc l’immigré a une place essentielle : il doit contribuer à faire de la France une terre d’hospitalité. Il crée du vide pour que le groupe ne s’enferme sur lui-même et ne finisse par s’étioler. Sa mission est de nous ouvrir les bras pour accueillir ceux qui frappent à la porte. Il porte la miséricorde au moment où la crispation sur notre identité nous ferme le cœur. Sans doute avons-nous le droit de nous protéger et de contrôler nos frontières. Mais ce droit ne trouvera sa juste place que là où est l’hospitalité car l’hospitalité a des règles qu’elle seule peut faire respecter. Ce devrait être, en tout cas, notre pari d’humanité.
On reste ici sur une nécessité qui en réalité peut être considérée comme un accident.
 

Comme la nation elle-même, la culture française qui la fait vivre n’est pas une réalité figée dans le passé. De tout temps, elle s’est enrichie de cultures qui venaient d’ailleurs et qui conservent leurs traces dans les cultures locales. Mais notre excès de centralisation contribue aujourd’hui à les asphyxier et conduit à une purification culturelle assez proche de la purification ethnique. L’immigré arrive avec sa culture. Nous voudrions qu’il y renonce pour entrer dans la nôtre. Il nous apporte un cadeau inestimable et nous finissons par le rejeter. Son intégration dans la nation française est pourtant impossible si nous n’acceptons pas de nous confronter avec sa propre culture pour élargir la nôtre et la sienne, dans le même mouvement. C’est à ce prix qu’il pourra trouver sa place et conforter celle de tous.
Il y aurait lieu de confronter ce point de vue au cas américain cité et caractérisé par une double identité : celle américaine et celle des communautés individuelles. Quelles conclusions en tirer ?
 
Dans l’étymologie du mot nation, il y a la naissance et l’engendrement. La nation est un espace, un morceau d’humanité où nous sommes appelés à naître et à renaître. Son ambition est de fabriquer des hommes, mêlant l’universel et le particulier, donnant une coloration régionale à celui qui a pourtant vocation à devenir citoyen du monde. Mais grâce à l’immigré qui est la figure de l’autre, elle est appelée à faire plus encore : elle doit engendrer des sujets caractérisés par leur hospitalité et leur aptitude à faire une place à l’étranger.
Je n'ai pas une haute idée de la nation ; elle me semble plus utilisée pour justifier certains pouvoirs ou pour enfermer. Elle est aujourd'hui une notion conservatrice et sûrement négative par rapport aux nécessités de notre époque. Il y aurait lieu d'analyser en rapport avec cette question l'émergence des mouvements régionaux (voir aujourd'hui l'Ecosse).

 
 
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E
Merci Pierre pour tes réflexions intéressantes. En un sens, j'aime bien ta façon de parler avec toi-même pour expliciter les choses. D'accord sur le problème de la relation. Mais il me semble qu'il y a quelque chose que tu ne mets pas en évidence et qui est pourtant central : c'est le rapport de soi à soi. Et dans le soi, je rencontre aussi l'autre, qui peut me renvoyer à l'Autre, que l'on n'est pas obligé de nommer.
Pour moi, c'est presque une évidence que la parole nous fait entrer dans la création : parler, pour moi, c'est se mettre soi-même et mettre l'autre en responsabilité. C'est prendre en main le processus de la création, qui n'est jamais achevé
En ce qui concerne Babel, le projet a échoué parce qu'on voulait tout construire avec du même. C'est parce que l'autre n'était pas intégré que la parole est devenue impossible. Le remède a consisté à séparer les individus et les groupes pour créer une altérié nécessaire à la parole.
Comme tu le dis, normalement le vivre ensemble suppose que l'on vit avec l'autre. Malheureusement, comme l'exprime Babel, ce n'est pas forcément le cas et le racisme est précisément la tentation d'exclure l'autre, pour être bien ensemble.
Pour l'intégration et l'hospitalité, d'accord avec toi sur les conditions de l'immigration ou de l'entrée d'une population étrangère. Mais ce que je voulais dire, c'est que l'adoption d'une politique d'hospitalité de part et d'autre devrait permettre d'éviter les dérives dont tu parles.Je remarque que tu as un point de vue de spécialiste de la communication. Tu as raison d'exiger ainsi plus de clarté. Mais il ne faut pas que la communication et la clarté aient le dernier mot. Pour moi, il n'y a pas de pensée ni de parole sans une nécessaire obscurité, qui est le lieu de la questIon.
En tout cas merci. En définitive mes propos ont le mérite de t'entraîner dans le sillon de la parole et de la pensée, en développant le débat. Dans ce cas, la présentation d'un texte n'est rien sans les réactions des autres. Il y a un espèce de cercle vicieux où la pensée d'un autre relance ma propre pensée, qui va relancer la pensée de l'autre...
A bientôt !
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P
Voici quelques réactions sur ton texte "Identité nationale et  immigration". Je n'en remets pas en cause le fond mais il me semble  que certains points méritent d'être développés ou explicités.
- "Contre l'exclusion, accepter le paradoxe" .... "L'identité est  faite de similitude et d'altérité : je suis moi-même mais je suis  aussi un autre, un être de relation."Il faut dire que si je suis moi-même, c'est parce-que je suis être de  relation. La relation n'est pas une alternative dans la façon de se  construire, elle est intrinsèque à la condition humaine : on sait  bien ce qui est arrivé aux malheureux enfants que les nazis ont voulu  élever de façon "scientifiquement parfaite" et à qui on a voulu  éviter la pollution des relations affectives. Ils ne manquaient de  rien, en matière de nourriture équilibrée et de soins médicaux, mais  l'absence de relations les a tué rapidement.De son côté, Albert Jacquard met bien en évidence que la construction  du cerveau, inachevé lors de la naissance, se fait, s'enrichit, selon  l'importance des relations qui se nouent très tôt, dès la naissance.Si je suis un autre, c'est parce-que ce que je suis aujourd'hui est  loin d'avoir épuisé toutes mes potentialités personnelles : jusqu'à  la fin de mes jours, je peux révéler aux yeux des autres et à mes  propres yeux, des aspects nouveaux de moi-même. Et ce sont  effectivement les relations qui peuvent déclencher cette révélation.Mais paradoxalement, la relation peut enfermer et bloquer  l'évolution, dans la mesure où l'identité répond au besoin d'être  reconnu par la collectivité et de correspondre à ce qui est perçu  comme des critères de normalité. Et ce sont alors les aspirations  personnelles qui poussent à enfreindre ce qui convenu, pour pouvoir  exister, quitte à ce que ces transgressions provoquent des relations  de tensions, qui permettront de se construire par l'opposition (c'est  le cas de l'adolescence).Si l'identité est bien faite de similitude et d'altérité, elle est  aussi faite d'une ambivalence entre vouloir ressembler aux autres  (similitude) pour être accepté et vouloir s'en distinguer pour être  soi-même et les deux pôles de cette ambivalence se réfèrent à  l'altérité (qui n'est pas un choix).Au-delà de ce processus qui nous échappe pour une grande part, et qui  est très variable selon les personnes, intervient l'altérité  consciemment choisie, voulue, (qui débouche sur l'hospitalité) ou au  contraire refusée, par peur de la différence, ce qui débouche sur une  forme de mort.
- "Pour des êtres de parole, il n'y a pas d'identité toute faite"Je ne sens pas la démonstration de la première partie du chapitre.* "donner un nom fait entrer dans l'espace de la parole", j'en  conviens, car cela revient à "parler" un individu, mais en quoi cela  le fait-il entrer dans un espace de création ?S'agit-il de sa propre création, car nommer "crée" un individu qui se  distingue désormais de l'indéfini d'où il est tiré par ce nom  spécifique ? De même, en quoi le nom est-il fait de valeurs et d'incomplétude ? En  quoi est-il un point d'appui, un projet à réaliser, et un manque ?* C'est vrai qu'il n'y a pas d'identité toute faite, qu'elle est  toujours en devenir, qu'elle dépend du sujet mais l'affirmation  qu"'il n'y a pas d'identité toute faite" est un peu ambigüe : il est  vrai que l'identité n'est jamais achevée (donc pas toute faite) mais  en même temps, elle est "donnée"  (par l'autre) dans une certaine  totalité par l'attribution du nom.
Dans la seconde partie de ce chapitre, je ne trouve pas très  explicite le propos sur Babel. Je pense deviner le sens mais je  serais incapable d'en parler.Plus loin, "l'étranger et donc l'immigré ont ce privilège insigne  de  nous apporter"... je dirais, "une possibilité de parole qui nous  permet de construire" ensemble notre identité... Ce n'est pas qu'une  nuance : la construction ensemble n'est pas automatique, elle n'est  que potentielle et l'étranger n'a pas mission de nous apporter la  parole "pour" que nous construisions ensemble.
- "Le projet de vivre ensemble avec l'autre"N'y a-t-il pas un pléonasme dans cette formulation car on ne peut  vivre ensemble qu'avec un autre? Je suggère pour la fin de la  première phrase : "elle est le projet de vivre ensemble avec le moins  semblable".A propos de l'autre et de l'étranger, que signifie "il crée du vide" ?
- "La culture ou l'interaction entre différente cultures"L'hospitalité et l'intégration dépendent aussi des conditions dans  lesquelles se fait l'arrivée des étrangers :  si celle-ci est  massive, si les arrivants sont assez nombreux pour faire une  communauté et se refermer sur eux, l'étrangeté de ce groupe et de sa  culture apparaît comme un danger et la peur rend impossible  l'hospitalité. Ce phénomène est clair dans les villages où intervient subitement une  urbanisation massive : les nouveaux venus se retrouvent entre eux et  les anciens villageois se sentent comme évincés de leur propre  village, et pourtant ceux qui arrivent ne sont pas des immigrés de  pays étrangers mais simplement issus de la grande ville voisine qui  élargit sa "ceinture".
Vois ce que tu peux tirer de ça. Bon courage.
Pierre
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E
Merci Charles pour  ton très beau texte plein de pensée. J'apprécie tes réflexions sur l'émigration, sur le semblable, sur l'hospitalité avec les superbes références à Jacques Derrida, sur le rien. J'apprécie aussi ta poésie du début, qui n'est pas hors sujet. Parfois, je me dis : "Est-ce qu'il ne s'est pas trompé d'orientation ?" Mais, après tout, il n'est  jamais  trop tard pour se retrouver soi-même.Pour me rassurer, je me dis qu'il devait y avoir de la pensée et de la parole dans mon propre texte pour provoquer tes propres réactions !En tout cas, merci !
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C
Etienne bonjour,J'aime bien ce temps "entre les deux tours" de réflexion, de poésie et de pas s'défiler auxquelles nous invite ton projet d'article. Et d'abord ce "slam" qui nous vient de Saint-Denis, de Grand corps malade, vu de sa fenêtre c.à.d.avec son regard sur l'Autre, sur "les autres" tout autant que sur lui-même : "Vu d'ma f''nêtre, c'est pas la téléréalité et un site comme dans les productionsJ'vois pas mal de gens qui crient et voient la vie comme une sanctionEt même si face à la galère ils mettent pas l'genou à terre, ils préfèrent se taireEt l'poing en l'air ils restent fiers, Surtout l'printemps, surtout l'été, surtout l'automne, surtout l'hiver.Parce que oui d'ma fnêtre j'vois pas mal d'espoir, quand j'vois le p'tit blond jouer avec le p'tit noirQuand j'vois des gens qui s'bougent, quand j'vois des gens qui s'mettent des coups de pied au culPour sortir de la zone rouge et pour qu'la vie vaille le coup d'être vécueQuand j'vois ces deux hommes qui boivent un coup ensemble en riant alors qu'ils sont soi-disant différentsParce que l'un dit "chalom" et l'autre dit "salam", et putain y serrent la main ces sales âmes de mon slamJ'prends ça pour un bon signe, c'est peut-être un espoir infime, Mais putain j'te jure que j'lai vu, c'est pas pour la rime.C'est vrai que vu d'ma fnêtre j'vois aussi la galère, la misère, les p'tits et les retours en charterEt j'suis un putain rêveur, un grand optimiste et c'est une philosophie qui m'suis, alors j'me dis qu'ça peut s'arranger, j'espère donc je suis.Vu d'ma fnêtre y a qu'des bâtiments, si j'te disais que j'vois d'la verdure tu saurais que je mensEt puis pour voir un bout de ciel, faut s'pencher franchementMais vas-y voir chez moi on r'gadra par la f'nêtre et tu comprendrasPourquoi j'rigole, pourquoi j'crains, pourquoi je rêve, pourquoi j'espèreSurtout l'printemps, surtout l'été, surtout l'automne, surtout l'hiver."Quant à ton texte à toi Etienne, ce que j'aime c'est ta façon de planter comme un coin ta notion d'hospitalité-étranger  entre celle de l'identité nationale et celle de l'immigration. Et comme ce "coin" pour une part me met mal à l'aise, c'est qu'il doit avoir touché quelque part de mon inconscient; alors allons-y voir!"L'immigration", il y a dans ce terme comme l'idée de faire entrer dans un moule, l'idée d'insertion; mais c'est oublier qu'avant il y a eu la violence d'une émigration. Cette violence je puis dire que pour ma part, je l'ai vécue à plusieurs reprises mais d'abord  à ma naissance : l'effroyable cri de ce prématuré qui débarque dans un monde totalement étranger. Plus tard seront fêtés les anniversaires de cette première émigration, celle du sein maternel ! L'autre violence, l'autre "émigration" si je puis dire qui suivra, sera celle du passage en force de ma langue maternelle à celle des symboles, par l'apprentissage de la lecture et de l'écriture.  Alors va se mettre en place toute une mécanique d'institutions, de représentations, d'images pour parvenir à une identité et à la transmission de cette identité; et non pas n'importe quelle identité: il ne s'agit pas de s'identifier à une marque de vêtement, à une vedette ou à un chef, il s'agit comme tu le dis justement Etienne, de créer cette identité, c'est-à-dire "lui donner un nom" et ainsi "entrer dans l'espace de la parole et de la création." Pierre Legendre dans L'inestimable objet de la transmission p.52 nous rappelle que "les humains viennent à la vie, comme des parcelles. L'institution de la généalogie déjoue cette fragmentation, la division du sujet doit être assumée comme une conquête. Rigoureusement parlant, il faut parvenir à l'identité, s'identifier dans le semblable." D'où sa définition de la "reproduction" qui éclaire ta notion de "création : "Reproduire, c'est produire non pas du même mais du semblable; non pas n'importe quel semblable, mais un semblable qui soit en rapport avec le vrai." Reproduire du "même", ce serait reproduire de l'identique, notamment par le clonage; mais mon "semblable" est autre, et en même temps, il m'est semblable; comment ? Par la représentation que j'en ai. Encore faut-il, ajoute Pierre Legendre que ce semblable soit en rapport avec le vrai. Et comment peut-il l'être ? Par cette "formule théologique essentielle, empruntée par l'Occident au christianisme grec et byzantin : oikonomia, non pas n'importe quelle "économie" mais dans nos montages d'institutions marqués par le christianisme, Économie du Salut, Économie de notre lien de filiation avec l'espace de l'absolu." Depuis, la pensée occidentale a donné bien d'autres sens à cette "économie", comme elle a donné un tout autre sens au mot "nation" alors que les "nations", pour les juifs et dans les premiers temps du christianisme, c'était les païens, "les autres" (à l'inverse de notre "identité nationale" où il s'agit de nous !) . Mais s'il s'agit de penser la "nation" comme tu le fais,comme "projet de vivre ensemble", il peut être utile de nous souvenir de l'origine de notre "Économie", d'autant que dans "ensemble" nous retrouvons cette question soulevée par Pierre Legendre à propos de l'institution de la généalogie et plus fondamentalement de notre filiation, de "notre lien avec l'espace de l'absolu", cette question du semblable en rapport avec le vrai. En foi de quoi la "fraternité" républicaine devient le ferment, le catalyseur des deux autres valeurs, la liberté et l'égalité, ce qui leur donne sens.Quant à ta notion d'hospitalité-étranger, tu sais comme moi que le latin hospes est lui-même formé sur hostis "ennemi"(hostile), "étranger". Or ce qui me met mal à l'aise, ce n'est pas seulement mon expérience personnelle de l'émigration, au point non seulement de m'être perçu dans ma propre famille souvent comme un étranger, mais parfois moi-même en présence d'un étranger, de ressentir  monter comme une angoisse, une "inquiétante étrangeté" (unheimlich hors de ma patrie); c'est aussi ce double sens que donne la langue française au terme d'hôte. L'allemand (oui je sais, je m'appelle aussi "Lallemand" et j'ai souvenir qu'à l'école primaire l'injure à l'époque c'était de m'appeler "Lallemand-le-boche"), la langue allemande distingue Wirt celui qui reçoit et Gast celui qui est reçu. En français, non, c'est les deux. Ce qui évoque la règle de l'hospitalité chez les anciens, en vertu de laquelle on se logeait mutuellement dans les voyages et on se rendait toutes sortes de services; les grecs avaient même matérialisé cette pratique par le symbolon, objet coupé en deux parties et signe de reconnaissance échangé entre deux hôtes liés par cette "convention symbolique" ("convention" plutôt que "contrat"). Depuis "l'hospitalité" a pris aussi le sens de "recevoir, nourrir, loger qqun sans contrepartie". C'est ce qui en décembre 1997 avait donné à Catherine Portevin dans Télérama d'écrire ce bel article "Un étranger à ma table" : "Entre, qui que tu sois. Voilà l'horizon inatteignable de l'hospitalité pure, inconditionnelle, telle que la décrit Jacques Derrida. Viens, toi que je n'attendais pas, dont je ne connais ni le nom, ni la famille, ni la patrie, toi l'anonyme et le sans domicile, entre chez moi et fais ce que tu veux, au risque que ce chez moi en soit bouleversé... Là où je suis, il y a de la place pour un autre; ce que je suis en sera transformé, révélé, jusqu'à ce que je devienne l'hôte de mon hôte ...En accueillant l'autre, c'est moi qui deviens l'accueilli; c'est par l'arrivée de l'autre que j'entre chez moi. Dans l'absolu, oui. Mais dans la réalité, ce n'est pas si simple; car entre cette loi d'hospitalité et ces lois qui règlent au quotidien nos incitations -les conditions sociales, économiques, politiques, sans lesquelles ne peut se réaliser l'accueil de l'étranger- il y a la même relation qu'entre la justice et le droit, entre l'amour de l'autre et l'amour de soi, un lien indispensable, contradictoire et tendu? Un côté ni avec toi ni sans toi".Voilà Etienne mon malaise à la lecture de ton texte; il a eu au moins le mérite de susciter chez moi une réflexion et par suite une parole. Curieusement je m'aperçois que cette parole n'est pas un jeu, comme une sorte de pêche à la ligne avec les mots et leur étymologie, mais plutôt qu'elle m'expose -comme toi je pense- à un impossible, à ne pas pouvoir tout dire de ce que je voudrais dire, à un manque, à un vide contre lequel j'ai longtemps lutté en m'en prenant à moi-même ou aux autres. Ainsi quand Nicolas Sarkozy affirme qu'il faut "maîtriser l'immigration", je serais tenté comme lui dans cette "maîtrise" par une normalisation systématique, une règle unique, celle de la normalité et non pas ce flou artistique du cas par cas et de la 2ème partie de la phrase de Rocard "on ne peut pas prendre en charge toute la misère du monde mais on peut y prendre sa part". Par bonheur plutôt que de lutter avec cette difficulté de la parole et par suite de l'engagement, j'en suis venu à ce qu'une grenobloise, Jacqueline Légaut, appelle dans la psychanalyse l'air de rien qui vient de faire suite à ses Lois de la parole : "l'ascèse du Rien": "Je pense que ce Rien auquel nous confronte la parole, la non-réponse de l'Autre,  a toujours été insupportable depuis la nuit des temps; nous avons toujours mis en oeuvre diverses stratégies pour le nier, le supprimer, l'éviter. Aujourd'hui, ce qui est radicalement nouveau, c'est que tout se présente comme si nous allions être obligés d'en tenir compte et ne plus envisager ce vide, ce Rien comme une malédiction, un châtiment, mais comme notre bien le plus précieux, notre "chance"...Je ne vois pas comment il est possible de renouveler notre approche de la question : "Comment vivre ensemble dans une ville? sans résolument et concrètement faire place à ce rien qui, lui seul, peut nous permettre de renouveler notre rapport à autrui, sur un mode moins défensif. Dans ce domaine, tout est à faire et à inventer. C'est pour cela que lorsque nous disons les "banlieues", les "quartiers difficiles", ce qui est problématique, c'est que nous en parlons en spectateurs. Du coup, nous sommes acteurs de ce clivage, puisque nous nous exprimons en termes d'extérieur et d'intérieur. Ce que nous rejetons, ce dont nous ne voulons rien savoir, c'est toujours cette part de nous-même la plus intime, qui nous confronte au rien et qui nous conduit à préférer fermer les portes...alors que si nous en revenons à la bande de Moebius (pour obtenir une bande de Moebius, avec ta ceinture, tu fais un demi-tour avec l'une des extrémités, et tu la refermes. Du coup, tu obtiens une forme qui se caractérise par ceci qu'en suivant la surface d'un côté avec ton doigt, tu t'aperçois que tout se passe comme s'il n'y avait plus qu'une seule surface qui entoure un vide, et non plus un envers et un endroit.) avec cette bande de Moebius il n'y a plus un dedans et un dehors, chacun d'entre nous est à la fois dedans et dehors, en quelque sorte autour de ce Rien."Voilà Etienne mon commentaire qui ne pars pas de rien puisqu'il part de ton questionnement et du mien, même s'il tourne autour d'un Réel, d'un impossible qui lui, ne cesse pas de ne pas s'écrire.Bien amicalement, Charles
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N
Merci Nada de ton petit mot. Je suis très touché par ta contribution : tu sais de quoi tu parles et par ton origine et par ta spécialité.
Je serais navré, comme toi, que la France en vienne à cultiver la xénophobie au lieu de l'hospitalité et ternisse l'identité française en allant à l'encontre de l'humanisme et des droits de l'homme.
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N
Je suis tout à fait d'accord avec vous : c'est l'autre qui fait naître la parole. Toute construction identitaire se réalise dans l'interaction avec l'autre.Wallon (psychologue) dit que "la connaissance de soi est inséparable d'autrui. C'est au travers des relations avec l'autre que se construit la personne" (H. Wallon, "Le rôle de l'autre dans la conscience du moi").
L'idée de Monsieur Sarkozy par rapport à l'identité nationale amène à provoquer des sentiments hostiles, c'est-à-dire ce qu'on appelle la xénophobie. Il veut créer la culture du fascisme, une culture imprégnée par des idées fascistes. Dans son discours il n'y avait pas de souci humaniste concernant les migrants et leurs souffrances. Tout cela ne correspond pas à la France, le pays de l'humanisme et des droits de l'homme.
La poltique de Monsieur Sarkozy n'encourage pas le partage des cultures et des savoirs dans une société multiculturelle. Au contraire, cette politique amène à s'enfermer sur soi-même.
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F
Bien reçu tes remarques judicieuses (!) à propos de mes textes... En réalité, il me semble que le premier texte long, que tu as gardé, était une ébauche d'un article que j'ai du écrire il y a quelques temps pour la revue "Ecarts d'identité" de l'Adate de Grenoble. Mais bon, les questions restent et restent ouvertes... A bientôt. Francesco
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E
Merci Francesco pour ton nouveau texte, qui appelle les mêmes approbations et les mêmes questions. A chacun de juger et de te suivre, ce qui n'est pas toujours facile tellement la pensée est dense. En fait, et là je te taquine, tu sais parler concret très abtraitement !
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F
Francesco nous envoie un nouveau texte, soi-disant plus adéquat. Je laisse pourtant le précédent  (Etienne) :
Dans  le  journal Le Monde du 29/30 avril 2007 (pag.16) un article intéressant qui présente une enquête internationale et qui écrit en sous-titre :  « Selon les experts des Nations Unies, les pays les plus développés du monde, dont la France, vont devoir faire appel massivement à l’immigration d’ici à 2050 pour éviter le déclin ».  Voilà l’avenir ouvert…
 


 

*
 

Penser à la dimension d’ « accueil » des personnes immigrées en France, renvoie à interroger le projet de la société française à leur sujet et celui qu’eux-mêmes se construisent avec leur société d’accueil. Les difficultés rencontrées par les populations immigrées ont des caractéristiques spécifiques mais témoignent surtout  d’une signification globale. C’est un peu comme si ce groupe social constituait un miroir grossissant des problèmes de la société, l’immigration comme une loupe révélant des problèmes globaux de notre société          . On l’a vu à travers          les situations de chômage, à travers le logement, à travers les banlieues, à travers la précarité, par exemple, où la première fixation sur les immigrés a été ensuite révélatrice de situations sociales plus profondes.  Immigration  qui met en relief le droit à l’expression culturelle dans sa diversité… Immigration et nationalité… Immigration et famille… Immigration et laïcité…  Confrontée à ses pannes, la France s’interroge sur ses doctrines et ses systèmes de croyances. L’accueil des étrangers, un des éléments de la devise républicaine de la « fraternité » ?
 

Avant d’être l’objet d’études, de réglementations, de théories, l’immigré s’appartient à lui-même. C’est son sentiment d’appartenance à un collectif, à un réseau de références symboliques et culturelles qui enracine son insertion matérielle dans la société. Les hommes et les femmes de l’immigration ne constituent pas une entité homogène ; la construction de cette conscience est certainement plus difficile quand on passe de systèmes de vie sociale relativement simples et homogènes  à une société complexe et hétérogène. Le contrat possible d’accueil passe par des ruptures et des reconstructions, qui ne peuvent pas être décrétées ni magiques. Quand le droit au travail, à la dignité, est subordonné à la productivité financière…quand les critères de gestion économique  intègrent mal la rentabilité sociale…quand les formes communes de dialogue dans la cité s’y érodent… quand les pouvoirs de décider et d’agir ont été éloignés encore davantage des citoyens… une société qui est remodelée par des changements profonds, quelle est la place des immigrés dans  cette évolution ? Grains de sable ou miroir grossissant ?       
 

L’immigration n’est pas un concept, mais est constituée de la somme des situations réelles de personnes immigrées qui existent. Elles se manifestent par leur histoire de vie, leur trajectoire, nous obligent à penser pluriel, à penser complexe. Un seul cadre pour tous peut-il refléter cette approche plurielle et complexe ?
 

Les expériences de formation d’adultes qu’on dit analphabètes ou illettrés proposent des passerelles, des lieux d’apprentissage et de transition, d’évolution de situation d’immigration à des situations de citoyenneté pour peu qu’elles soient reconnues pour telles. La formation, de ce point de vue, est un espace intermédiaire, d’inter-culture  pour accompagner ces passages. La formation peut être un acte de développement culturel personnel et collectif. Si elle est inscrite dans la proximité des lieux de vie des personnes concernées, si elle est inscrite dans le contexte social où les personnes sont amenées à vivre crises et dépassements : consolider ses repères et en assumer d’autres, maîtriser les mécanismes sociaux  inconnus, modifier des façons de voir et d’agir.
 


 

*
 

Apprendre une langue, c’est entrer dans un univers global de signes et de sens, c’est aborder un mode de vie et de pensée, pénétrer dans une culture. Et c’est bien ce type de connaissance et d’expérience que font les étrangers quand ils sont « en formation », tendus entre les acquis d’un monde culturel connu et expérimenté et ceux d’un univers culturel nouveau à saisir et à maîtriser. Il ne faut pas oublier cette donné fondamentale : des modes de pensée collent à une langue, des modes d’agir collent aux modes de penser. Ce n’est pas par des approches techniques ou de niveaux linguistiques seulement que les passages d’une rive à l’autre peuvent se  faire, mais  par la découverte des clés culturelles pour vivre en France, par la médiation et la perspective d’échanges interculturels. Ce qui est écrit dans un dictionnaire ne peut que se traduire dans une négociation constante d’ utilisation des mots et des phrases par rapport à une vision du monde et une relation aux autres.
 


 

*
 

L’apprentissage se fait tout au long de la vie, en lien étroit avec l’expérience, avec la pratique, avec le contexte dans lequel on vit, avec la réalité de chaque « personne ». Nous avons besoin constamment de sortir du simplisme, de penser que c’est suffisant de partir du a pour passer au b-a-ba. Nous faisons souvent l’expérience que l’apprentissage ne se fait pas en allant du simple au compliqué, à l’oral comme à l’écrit, mais plutôt du connu vers l’inconnu et ce qui est complexe. La « personne » qui apprend est un être riche et complexe également et pour faire le lien avec le sens il lui faut mobiliser des ressources personnelles et  sociales très variées, ancrées dans ses racines culturelles.
 

Chacun est bien unique (sujet… individus…) et en même temps il est plusieurs en un, et il entend être reconnu comme tel. La difficulté vient souvent des institutions car elles cherchent à s’adresser à des individus unidimensionnels : à l’école il y a des élèves, à l’hôpital il n’y a que des malades, pour la CAF il y a des allocataires, pour l’ANPE je suis chômeur, pour d’autres je peux être « primo-arrivant », et pour d’autres je suis stagiaire, rmiste ou retraité…
 

Le sens des apprentissages ne serait-il pas lié à une reconnaissance de la complexité de la « personne », de ses identités plurielles, à la prise en compte de la « personne » dans sa globalité complexe
 


 

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Immigration… Intégration… ?  Une question que nous ne pouvons plus poser « en soi » mais dans le cadre d’une citoyenneté sociale et active, donc dans le cadre des processus de développement personnel et collectif, et qui est ancrée dans le développement local et la restauration de liens sociaux.
 

Francesco Azzimonti
 


 


 


 

 
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E
Francesco, excuse-moi, mais j'ai toujours le même problème avec le word : je ne peux pas maîtriser les écarts !
Si j'ai bien compris tes propos très denses et qui donnent à réfléchir, dans le sujet qui nous intéresse, et, en tout cas, en pédagogie, il faut :- Penser concret- Penser sens- Penser complexité- Penser interculturel- Penser la personne au centre- Penser la relation à la personne.
Et tu termines : le problème de l'immigration et de l'intégration n'est plus une question que nous pouvons penser en soi, mais dans une citoyenneté sociale et active. Je pense que tu as en grande partie raison mais je revendique tout de même le droit de poser des questions, ce que l'on cherche de plus en plus à éviter dans le domaine de la réflexion intellectuelle, parce que sans question il n'y a pas de pensée. Et j'ai tout simplement voulu poser la question de l'altérité par rapport à l'immigré.

 
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F


Ecarts d’identité  -  textes flashs

 
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Formateur d’adultes, accompagnateur, pédagogue : j’ai vu des femmes immigrées en train d’apprendre à parler, lire et écrire le français en tissant un tapis, un « tapis de lecture » pour la bibliothèque de leur quartier, où vont parfois leurs enfants ;  j’ai vu des jeunes et des adultes, hommes et femmes immigrées, apprendre le français et les maths en voulant passer le code de la route ou préparer un camp de vacances pour les enfants du quartier… Quelque chose d’essentiel a modifié ma conception pédagogique quand, à la suite de ces nombreux regards, j’ai compris que la  formation, l’apprentissage linguistique, n’est pas une fin en soi, mais qu’elle est au service d’un projet personnel ou collectif. C’est parce qu’on a quelque chose à faire, à réussir, qu’on apprend ce qu’il faut pour y arriver.
 

Ce n’est probablement pas sur ordre ou sur commande qu’on apprend, j’ai vu et j’ai compris  que l’apprentissage fonctionne quand l’apprenant lui donne un sens. A moi, formateur, de mettre en œuvre assez de confiance en  celui qui apprend, pour lui ouvrir ce sens ; à moi, formateur, de le stimuler juste un peu au delà de ce qu’il croit être ses limites, ses incapacités. On voit qu’on nous fait confiance ; on voit qu’on croit à nos capacités ; même si on est un peu perdus, on va tout faire pour y arriver…La vie n’est plus « prétexte » d’apprentissage, elle en est l’objectif et le contenu. Et le comportement qui en résulte est modifié.
 

J’ai vu des femmes immigrées analphabètes apprendre à écrire en brodant sur un coussin de leur fabrication le dessin de leur enfant expliqué régulièrement aux mamans par l’institutrice de l’école. J’ai vu des hommes immigrés analphabètes apprendre à lire en suivant graduellement les devoirs et les cahiers d’école de leurs fils, par l’intermédiaire d’un journal de classe régulièrement travaillé avec les instituteurs. En apprenant ainsi à parler et à lire, c’était aussi une confrontation et une négociation interculturelle qui s’amorçait : l’école pour moi…l’école dans mon pays… l’école ici en France.
 

J’ai vu des hommes et des femmes analphabètes apprendre à lire et à écrire en décortiquant leur « dossier » de demande de logement ; apprendre à compter en gérant le peu d’argent de leur activité dans un centre social, apprendre un tas de choses en cherchant un local pour leurs cours dans leur quartier…
 


 

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Penser à la dimension d’ « accueil » des personnes immigrées en France, renvoie à interroger le projet de la société française à leur sujet et celui qu’eux-mêmes se construisent avec leur société d’accueil. Les difficultés rencontrées par les populations immigrées ont des caractéristiques spécifiques mais témoignent surtout  d’une signification globale. C’est un peu comme si ce groupe social constituait un miroir grossissant des problèmes de la société, l’immigration comme une loupe révélant des problèmes globaux de notre société          . On l’a vu à travers          les situations de chômage, à travers le logement, à travers les banlieues, à travers la précarité, par exemple, où la première fixation sur les immigrés a été ensuite révélatrice de situations sociales plus profondes.  Immigration  qui met en relief le droit à l’expression culturelle dans sa diversité… Immigration et nationalité… Immigration et famille… Immigration et laïcité…  Confrontée à ses pannes, la France s’interroge sur ses doctrines et ses systèmes de croyances. L’accueil des étrangers, un des éléments de la devise républicaine de la « fraternité » ?
 

Avant d’être l’objet d’études, de réglementations, de théories, l’immigré s’appartient à lui-même. C’est son sentiment d’appartenance à un collectif, à un réseau de références symboliques et culturelles qui enracine son insertion matérielle dans la société. Les hommes et les femmes de l’immigration ne constituent pas une entité homogène ; la construction de cette conscience est certainement plus difficile quand on passe de systèmes de vie sociale relativement simples et homogènes  à une société complexe et hétérogène. Le contrat possible d’accueil passe par des ruptures et des reconstructions, qui ne peuvent pas être décrétées ni magiques. Quand le droit au travail, à la dignité, est subordonné à la productivité financière…quand les critères de gestion économique  intègrent mal la rentabilité sociale…quand les formes communes de dialogue dans la cité s’y érodent… quand les pouvoirs de décider et d’agir ont été éloignés encore davantage des citoyens… une société qui est remodelée par des changements profonds, quelle est la place des immigrés dans  cette évolution ? Grains de sable ou miroir grossissant ?       
 

L’immigration n’est pas un concept, mais est constituée de la somme des situations réelles de personnes immigrées qui existent. Elles se manifestent par leur histoire de vie, leur trajectoire, nous obligent à penser pluriel, à penser complexe. Un seul cadre pour tous peut-il refléter cette approche plurielle et complexe ?
 

Les expériences de formation d’adultes qu’on dit analphabètes ou illettrés proposent des passerelles, des lieux d’apprentissage et de transition, d’évolution de situation d’immigration à des situations de citoyenneté pour peu qu’elles soient reconnues pour telles. La formation, de ce point de vue, est un espace intermédiaire, d’inter-culture  pour accompagner ces passages. La formation peut être un acte de développement culturel personnel et collectif. Si elle est inscrite dans la proximité des lieux de vie des personnes concernées, si elle est inscrite dans le contexte social où les personnes sont amenées à vivre crises et dépassements : consolider ses repères et en assumer d’autres, maîtriser les mécanismes sociaux  inconnus, modifier des façons de voir et d’agir.
 

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Apprendre une langue, c’est entrer dans un univers global de signes et de sens, c’est aborder un mode de vie et de pensée, pénétrer dans une culture. Et c’est bien ce type de connaissance et d’expérience que font les étrangers quand ils sont « en formation », tendus entre les acquis d’un monde culturel connu et expérimenté et ceux d’un univers culturel nouveau à saisir et à maîtriser. Il ne faut pas oublier cette donné fondamentale : des modes de pensée collent à une langue, des modes d’agir collent aux modes de penser. Ce n’est pas par des approches techniques ou de niveaux linguistiques seulement que les passages d’une rive à l’autre peuvent se  faire, mais  par la découverte des clés culturelles pour vivre en France, par la médiation et la perspective d’échanges interculturels. Ce qui est écrit dans un dictionnaire ne peut que se traduire dans une négociation constante d’ utilisation des mots et des phrases par rapport à une vision du monde et une relation aux autres.
 


 

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L’apprentissage se fait tout au long de la vie, en lien étroit avec l’expérience, avec la pratique, avec le contexte dans lequel on vit, avec la réalité de chaque « personne ». Nous avons besoin constamment de sortir du simplisme, de penser que c’est suffisant de partir du a pour passer au b-a-ba. Nous faisons souvent l’expérience que l’apprentissage ne se fait pas en allant du simple au compliqué, à l’oral comme à l’écrit, mais plutôt du connu vers l’inconnu et ce qui est complexe. La « personne » qui apprend est un être riche et complexe également et pour faire le lien avec le sens il lui faut mobiliser des ressources personnelles et  sociales très variées, ancrées dans ses racines culturelles.
 

Chacun est bien unique (sujet… individus…) et en même temps il est plusieurs en un, et il entend être reconnu comme tel. La difficulté vient souvent des institutions car elles cherchent à s’adresser à des individus unidimensionnels : à l’école il y a des élèves, à l’hôpital il n’y a que des malades, pour la CAF il y a des allocataires, pour l’ANPE je suis chômeur, pour d’autres je peux être « primo-arrivant », et pour d’autres je suis stagiaire, rmiste ou retraité…
 

Le sens des apprentissages ne serait-il pas lié à une reconnaissance de la complexité de la « personne », de ses identités plurielles, à la prise en compte de la « personne » dans sa globalité ?
 


 

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Si la « personne » est au centre de notre agir éducatif, cette notion devient un critère pour interroger les dispositif, les normes, les cadres institutionnels, les appels à projet. La « personne » au centre peut interroger nos projets, éducatifs ou pédagogiques, mais elle peut également interroger nos « contrats », d’intégration ou autres, interroge nos propres fonctionnements pédagogiques et institutionnels : au service d’un accompagnement de l’éclosion, de l’émergence de la « personne », ou pour un clonage, un modèle standard à reproduire sur la base de portraits robot ?  Eduquer un enfant, un adolescent, un jeune adulte, un adulte, ne peut se limiter à les adapter à une fonction ou à un rôle qu’ils auraient, maintenant ou plus tard, à jouer. Si les familles, les écoles, les institutions, les professions, doivent tenir compte des logiques des situations concrètes et des besoins, y compris des leurs, elles n’ont pas à enrôler les « personnes » en les assujettissant. Au contraire, elles auraient à les servir en les faisant grandir car ce sont elles qui sont faites pour les personnes, ce ne sont pas les personnes qui sont faites pour elles.
 

Il y a des cadres et des démarches de formation qui planifient et produisent des niveaux, des compétences, des référentiels et il peut y avoir des démarches et des cadres, par l’apprenant au centre, qui « développent » des personnes et des itinéraires… La prise en compte des  acquis et des compétences liées à l’expérience, ainsi que des itinéraires personnels et sociaux apparaît tout à fait essentielle dans la proposition de contrats et de situations d’apprentissage.
 


 

*
 

Entrer dans l’univers de l’écrit, communiquer par la lecture et l’écriture, sont des actes éminemment symboliques, on voit les choses pas seulement par ce qu’elles sont, mais par ce qu’elles signifient. L’important n’est pas dans la maîtrise d’une technique de lecture ou d’écriture, mais dans la relation d’une personne avec l’écrit et ce qu’il peut signifier pour elle, son groupe d’appartenance, sa position sociale.  Comme dans un contrat, probablement, ce ne sont pas d’abord les clauses de ce contrat qui intéressent séparément, mais ce qui est important c’est le sens et l’utilité de l’engagement, le pourquoi, ce qui lie les parties et qui permet de vérifier l’intérêt des détails. C’est sur « la relation » à l’écrit, le « rapport » à l’écrit que le pédagogue travaille afin de mettre en chemin quelqu’un dans la communication écrite. On accroche un texte, un livre, quand il y a quelque chose de soi qui résonne, un peu de soi qu’on retrouve, un imaginaire qui s’ouvre. Ce n’est pas par injonction que je peux établir un rapport, une relation au livre et aux textes écrits, c’est dans la découverte, la mise en œuvre d’une relation que je peux aimer les livres, utiliser l’écriture. Et ma démarche pédagogique s’ancrera plus dans l’accompagnement et la construction de cette relation que dans l’objet lui-même, le livre. Et dans toute relation il y a quelque chose de soi que les parties engagent et espèrent trouver à terme. Lire et écrire sont un acte de relation de soi au monde, de compréhension du monde, et un acte de relation de soi aux autres, de compréhension des autres. Apprendre à écrire : accompagner la possible évolution de la relation de soi au monde, de la relation de soi aux autres, de nouveaux regards sur le livre de la vie.
 


 

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Immigration… Intégration… ?  Une question que nous ne pouvons plus poser « en soi » mais dans le cadre d’une citoyenneté sociale et active, donc dans le cadre des processus de développement personnel et collectif, et qui est ancrée dans le développement local et la restauration de liens sociaux.
 


 


 

                                                                                              Francesco Azzimonti
 


 

(Pédagogue
 

 Formateur d’adultes
 

 Formateur de formateurs
 


 

et bien d’autres choses encore, au choix… )
 


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F
Etienne, je t'envoie quelques remarques concernant immigration et identité... on peut en écrire longuement, mais quelques flash suffiront... c'est encore un document Word, je ne sais pas comment faire autrement... A bientôt. FrancescoTu peux choisir des morceaux de textes, si nécéssaire, il s'agit de quelques textes que j'avais déjà en memoire extraits d'un autre texte etc etc....
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E
Ta parole est tout à fait respectable et je ne veux surtout pas l'éliminer. A moi aussi l'attitude du candidat me pose de sérieux problèmes. Et j'apprécie ton paradoxe de la fin.
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D
On est TJRS ému par ce qu'il y a d'humain ds chacun, ^m si c'est 1 criminel , ou 1 fou. Ca n'empêche pas mon analyse psychologique de la dangerosité de Sarko! Il n'y a pas à éliminer 1 pt de vue contre 1 autre. Je dis qu'il n'est pas vraiment perméable au discours de l'autre, et que c'est par la parole qu'on peut l'atteindre
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E
Je suis moins pessimiste que tu ne l'es même s'il n'est pas mon candidat. Il est terriblement humain par ses défauts ou ses manques comme nous pouvons l'être nous-mêmes. Personnellemenr, je ne cherche surtout pas à diaboliser mes adversaires même s'il est important de faire preuve de lucidité.
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D
il n'y a pas d'Autre pour qq'1, la parole ne sert à rien .Il est constamment ds le passage  à l'acte,la quérulence, il se nourrit des conflits.Il en a besoin pour exister,il ne peut pas faire autrement.Le pb est : qu'est-ce qui serait alors efficace? S'il ne se pose aucune question?, que peut-on faire? A quoi est-il accessible?????????????,....................
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E
J'ai bien essayé de faire passer ton image, mais elle n'apparaît pas. Elle montre bien ce que nous associons inconsciemment à l'identité nationale : la nécessité de se défendre contre l'étranger dès le plus jeune âge. C'est peut-être pour cela que nous avons tant de mal à construire notre identité avec l'immigré et pourquoi lui a tant de mal à trouver sa place. Il nous faut donc passer du fusil à la parole, comme l'expriment si souvent les mythes. Merci pour tes encouragements à continuer une réflexion commune, même si nous ne sommes pas toujours d'accord (heureusement !).
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J
Étienne, Pour une fois que je me sens tout à fait en accord avec un de tes textes,  je me sens coupable de ne pas l'avoir dit. Je bondis en effet sur mon clavier,  lorsque ce que je lis me paraît insuffisant ou contestable et là je suis resté  muet ; "qui ne dit mot consent". Cette forme d'abstention est mauvaise,  sortons en donc ! Oui, cent fois oui, sur son sujet ton texte me convient  parfaitement. Il n'épuisera pas la question de la rencontre avec l'étranger, de  notre comportement face à lui de son comportement face à nous ; C'est là affaire  trop compliquée, pour être réglée une fois pour toute et dans le général. Je ne veux pas l'analyser, tu sais que ce n'est pas mon fort et j'apprécie  ton texte dans sa globalité.S'il fallait en extraire un fragment, ce serait celui-ci que je choisirais  : "...nous appartenons tous à la même  humanité...." L'identité nationale comporte certes plein d'aspects positifs et  nécessaires à notre construction, à notre équilibre ; mais ce mot me fait  penser davantage (je ne dis pas : seulement, je dis : davantage, tout n'est  pas noir ou blanc) avec ses attributs qui reviennent à la, mode à "guerre",  "armée" et "mobilisation". J'ai chez moi la "réplique"   d'un catalogue de La Manufacture d'Armes et Cycles de Saint Etienne, (devenue  ensuite Manufrance), de 1900 et quelques poussières... Il y est proposé entre autres, un  article bon marché :  LA CARABINE POPULAIRE  SCOLAIRE : " Cette carabine, comme son nom  l'indique a été spécialement créée par le Manufacture d'...à la demande de la  FEDERATION NATIONALE DES SOCIETES DE TIR, qui désirait posséder pour  l'organisation des tirs scolaires, - dont les budgets sont  souvent très limités- une carabine de tir d'un maniement aussi simple que  possible pour faciliter l'entretien etc....La carabine POPULAIRE SCOLAIRE  ne pèse que deux kilos, elle convient donc admirablement pour les  enfants et les jeunes gens...." L'image représente le  maniement d'arme dans une  école primaire ( p 138 de la "réplique" du  catalogue édité par LES ÉDITIONS 1900 216, bd Saint Germain 75007 Paris  Peut-être n'apparaîtra-t-elle pas sur le blog, au moins, Etienne l'aura  vue. Dans le même registre et sans tellement sortir du sujet, on pourrait aussi  citer (p 104 du même ouvrage) : "le canon de 38 mm à tir rapide MODELE DE MARINE ET MODELE  COLONIAL. "Les explorateurs, les Directeurs d'exploitation coloniales,  le Gérants de factoreries, les Yachtmen, ont très souvent besoin d'une  artillerie à tir rapide, légère, simple, robuste, facilement transportable et  d'un prix modéré....Ce type de canon avec lequel on peut tirer de 35 à  40 coups minutes, jusqu'à une distance de 4000 mètres convient admirablement  (sic) ......."Merci Etienne pour ton texte. amitiéJacques BESOMBES;
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E
Merci de tes encouragements. Tu suscites ma curiosité avec Derrida. Il va falloir que j'aille voir. C'est vrai que l'étranger ne regroupe pas toute l'altérité. En même temps, dans la Bible, il est la figure de l'autre. Peut-être est-cela qui m'a piégé.
En tout cas merci.
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J
Grand merci pour ton texte qui rejoint une de mes grandespréoccupations. J'avais commis un petit bouquin avec I Berten surl'identité nationale il y a quelques années.
J'ai aimé ton papier mais pour la  discussion : ton passage « l'autre » « l'étranger » n'est peut être pas assez précis. L'étranger n'est pas seulement l'autre, ni même l'autre de culture différente. qui est-il vraiment ? (cf Derrida).
Le thème de l'hospitalité est essentielle  (cf là encore Derrida).
Merci de tes textes toujours stimulants
 
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E
J'attends tes réflexions du week- end du premier mai.
L'hospitalité, c'est pour moi une attitude de fond par rapport à l'autre. Il n'y a pas d'homme véritable sans hospitalité. Mais c'est vrai, il reste à en définir les modalités selon les circonstances.
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J
Merci pour ce partage d'idees que tu me proposes.  Il faut que je relise ton   article sur l'Immigration car je ne suis pas très au point sur 'Intégration" " melting pot "... Le mot "hospitalité" me gène  , sans que je sache bien pourquoi...
Ce WE qui fleure bon le muguet me donnera l'occasion de réfléchir (?!).
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E
Un beau moment de poésie pour apprendre à écouter l'autre !
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I
Je rajoute un poème :
VIBRATO
 
Les oiseaux chantent et la guerre éclate.
Trop de mots, sous les arbres, les hommes en armure
murmurent.
Et toi, la femme tu vibres et tu t'enivres en sourdine, emmurée
Avec tes enfants en pleurs dans la demeure.
Qui, pourquoi, comment sous les ramures
Livre ses pensées au guerrier, sans haine,
Enflamme le coeur de l'amant.
En fait, quelle est au fond de toi cette guerre qui violente
le silence et tes gênes ?
Pour être,  ne lutte pas ni ne ment.
Tu es la Femme
Tu es le Mythe et la muse de l'homme élu.,
La femelle en jouissance, gazelle demain...oublie...
 
... Elle s'éconduit, en garce éplorée,
La vieille Europe.
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E
J'attends vos commentaires.
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N
vous ne m'embêtez pas. C'est gentil de m'envoyer ce texte, je veux le lire .  Avec tous mes remerciements
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E
Merci. Il faudra que j'aille voir.
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M
Vous pouvez lire l'aticle d'Antoine Sfeir dans le Figaro de mercredi 25 avril: tout y est il n'y a rien à ajouter ou à gloser.
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E
Je laisse parler la spécialiste. C'est vrai qu'il y a des problèmes mais je laisse quand même à Sarkozy le droit à la parole pour ne pas sombrer dans la destruction de l'autre.
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D
Il n'y a pas de hasard pour l'inconscient.Rapprocher ainsi les 2 concepts est signifiant: il n'y a pas de place pour 1 autre pour Sarkosy: c'est pour ça qu'il est dangereux.Pas d'autre comme étranger s'il ne conforme pas à nos schémas, pas d'autre tt court si on en juge par les censures qu'il oblige ss cesse à la presse.On en est à la 5ème.
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E
C'est vrai que le texte est moralisant. Et je pense qu'il faut l'évitr le plus possible pour ne pas donner l'impression de juger.
A certains moments, sur un sujet qui paraît grave, ne faut-il pas interpeller la conscience des gens ? C'est une manière de redonner à la parole sa violence d'origine. Par ailleurs ce petit texte doit servir d'article-débat pour une revue, ce qui suppose une nécessaire prise de position.
Entièrement d'accord sur un nécessaire retour au concret. Mais ici, il fallait que je fasse court et un peu percutant... Peut-être est-il possible d'associer les deux ?
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P
Par rapport à ta production haibtuelle, je trouve ce texte plutôt moralisant. Résultat d'un besoin de convaincre en vue du deuxième tour ?
Il me semble que tu aurais avantage à l'illustrer par des exemples historiques d'enrichissement de la nation par l'immigration, et par des exemples de la vie quotidienne d'enrichissement personnel par l'altérité.
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E
Tu as raison, le problème n'est pas celui du ministère. Il peut très bien y avoir un ministère des migrations. Ce qui fait problème, c'est le lien établi, à propos de ce ministère, entre l'immigration et l'identité nationale. Ce lien tend à souligner l'immigration comme obstacle possible à l'identité nationale. Pour faire court, je pense qu'il ne peut y avoir d'identité nationale sans immigration.
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4
Je trouve au contraire qu’un tel ministère peut-être une aide aux personnes qui arrivent en France, pour leur faire comprendre la mentalité française et les aider à s’adapter . Ce ministère pourrait également servir à offrir des formations linguistiques.
Pourquoi faut-il obligatoirement voir ce ministère comme un garde chiourme plutôt que comme une aide dans tous les domaines : administratif, social, etc…
Comment croyez-vous que cela se passe dans d’autres pays vis-à-vis des étrangers (je pense évidemment à l’Afrique !!!)
Pourquoi les français sont-ils incapables d’évoluer ?
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E
Je reprendrai contact pour qu'on s'explique.
A bientôt !
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S
FlashmailMerci, Etienne de ta réponse.
Elle ne me satisfait pas et quand tu le pourras relis SVP les lignes que j'ai écrites à propos du droit du sol, de l'excès  et l'abus qu'il en est fait. Cet excès a en grande partie détruit les valeurs de la France et  l'évolution future de la France ? ...comme le franglais serait celle que prendrait notre langue ds un avenir assez proche...? (puisque tte langue change et se meut)
Je reprendrai ce débat ultérieurement mais sans 'prendre de gants' je veux simplement dire qu'il n'y a plus de valeur véritable à être français, cela alors ne veut plus rien dire.
Avant de te dire bonsoir, je ne jette aucunement l'oprobe sur qui que  ce soit mais il y a des cultures qui st très différentes les unes des autres, enfin c'est un vaste débat, à plus VÄRLIG.
 
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E
Je suis heureux que le texte t'ait intéressé.
AbsenceEn me relisant, j'avoue que le texte n'est pas clair : il s'agit de l'absence de la différence.
La paroleLa parole est nécessairement dialogue : expression et réception. Je pense que tu as raison de parler de tension : la parole, pour moi, a son origine dans la violence. Elle dit, en même temps, le manque, le besoin de l'autre, et la volonté de distance, de séparation. C'est bien un tel paradoxe qui la rend féconde. Elle crée la relation mais la relation ne peut exister que dans la séparation.
BabelPour moi, il y a échec d'un projet inhumain, qui excluait l'autre. Mais, en même temps, avec la dispersion et la diversité des langues, l'homme est remis sur la voie de la parole. Il y a une violence au coeur du langage, qui oblige à la différence et à l'altérité. Mais je crois que c'est un peu ce que tu dis...
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Y
Pour une fois, je serai bref et...non critique  J'ai bien aimé ton texte. En plus, il m'a posé quelques questions.
  J'avoue ne pas avoir bien compris ce que tu veux dire dans le deuxieme alinéa liminaire, ni , un peu plus loin, dans "Peut-être la difficulté que nous avons aujourd'hui tient-elle à cette absence".  De quelle absence parles-tru?  J'ai trouvé assez amusant et ssez sympa que tu ne t'inclines pas dévotement devant la noble devise de la France. C'est sans doute vrai qu'elle correspond à une période où il fallait souder une nation réellement menacée et à construire. Si on ajoutait " différence", ça serait pas mal.  A propos de la "parole" je pense sans pouvoir bien expliciter ma pensée que la parole que l'on reçoit et la parole que l'on délivre (mot assez étrange) ne sont pas du tout de même nature. C'est celle qu'on reçoit qui enrichit. Et je pense que sa réception d'une parole autre par un individu ou une nation crée une tension disons inévitable, et qu'il faut apprendre à rendre féconde. C'est cette tension qui est féconde. Nier cette tension, c'est je pense nier l'originalité de cette parole autre.  Difficile accueil pour sortir comme tu dis de la sclérose de l'autosatisfaction. Ah, l'exception française.  A propos de Babel, c'est un mythe pour moi un peu difficile. Ca se termine par un échec ou une chance? Illusion d'un projet totalitaire qui prétend enfermer tous les hommes dans un unique défi.? Nécessité d'exister ensemble et différents dans de multiples situations, la diversité faisant le sens et le possible?  Mais il ya bien d'autres lectures dont certaines ne sont pas très réjouissantes. 
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E
Tu as sans doute raison : je n'ai pas très bien compris ce que tu cherchais à dire. Excuse-moi. Je tâcherai de te passer un coup de fil, un de ces jours prochains. Ce sera plus facile de s'expliquer.
A bientôt !
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V
QUEL DOMMAGE ON N A RIEN COMPRIS A CE QUE J AI ECRIT !!!
ou alors je me suis vraiment mal exprimée !!!
VARLIG
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E
Je te remercie de ta réponse rapide et je vais reprendre pas à pas ce que tu me dis :
Le premier paragrapheJ'ai un peu corrigé la première mouture. Au lieu de dire "l'idée d'une ministère était contestable", j'ai mis : "L'idée d'un ministère de ce type était contestable". Ce qui pose problème, c'est que dans la proposition de ce ministère, Sarkozy mettait en lien l'identité nationale et l'immigration, soulignant que l'immigration risquait d'être un obstacle à l'identité nationale. J'ai tenté de montrer qu'elle pouvait, au contraire, être un enjeu.
L'immigré comme autreDans la Bible, l'étranger a toujours été la figure de l'autre, voire la figure de Dieu. Mais je suis d'accord que l'immigré n'absorbe pas à lui seul toute l'altérité.
L'hospitalitéEntièrement d'accord avec ta formule : "il faut que la politique intègre l'hospitalité et soit imprégnée d'hospitalité".
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