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2 avril 2007 1 02 /04 /avril /2007 15:57

 

 

Babel de Bruegel

 Repères d’avenir

 Jacques Attali vient de publier chez Fayard un livre qui peut surprendre. Il s’intitule : Une brève histoire de l’avenir. Il s’inscrit dans une tradition qui ne nous est plus familière, celle des prophètes de l’Ancien Testament. Il s’agit, en analysant le passé et le présent, de repérer les structures de l’histoire elle-même et d’imaginer alors ce qui va se produire à moyen et à long terme. Sans doute, pousse-t-il à l’extrême certaines tendances profondes qu’il a décryptées, en soulignant en même temps les mutations prévisibles qui briseront leur linéarité, mais l’éclairage qu’il apporte peut nous aider à exercer notre responsabilité par rapport au monde futur. Si la grossièreté apparente de ses projections, qui font pourtant place à l’inattendu, peut susciter l’énervement, la lumière qui finit par se manifester a de quoi surprendre. Elle rejoint sur nombre de points celle que nous apporte les mythes, dans un langage symbolique qu’il convient d’interpréter. Sous une autre forme, ils tentent de nous transmettre par des récits imaginaires les structures profondes du fonctionnement humain. 

 Je voudrais donc en me dégageant d’une lecture trop servile de Jacques Attali, conjuguer les enseignements qu’il nous transmet avec ceux des mythes eux-mêmes, parfois plus explicites que les siens, notamment en ce qui concerne la constitution du sujet, la violence et la parole. 

 Une force qui pousse à la libération de l’homme

 Il existe, à toutes les époques, une force qui, sous l’effet d’un désir profond,  pousse les hommes à se libérer de leurs contraintes, à devenir ce qu’ils sont fondamentalement, à se constituer comme sujets. Souvent ils peuvent basculer dans la tyrannie et l’aliénation mais c’est pour rebondir ensuite. Toute l’histoire est marquée par cet élan intérieur de la vie individuelle et sociale. La réussite n’est pas toujours à la hauteur des espoirs, mais l’échec, porteur de souffrances, finit par remettre les individus et les peuples dans une voie plus compatible avec leur destinée d’êtres libres.

 

    L’illusion du sujet avec le culte de l’individu

 Pendant longtemps, l’homme a dû lutter pour se libérer des chaînes de la communauté et de ceux qui cherchaient à les maintenir pour assurer, soi disant, le bien des hommes. Elles concernaient aussi bien la religion que la famille, la politique ou la culture. A juste raison, au moins pour une part, ceux qui ont lutté ont eu l’impression d’atteindre la liberté. Ils ont ainsi donné sa place à l’individu. Mais l’individu n’est pas le sujet, tant qu’il n’a pas intégré sa dimension sociale. Autrement dit, la véritable liberté est toujours dans la tension entre l’individu et la société. Même si elle est en partie acquise, elle est toujours un projet à réaliser.

 

    L’alliance entre la liberté individuelle et l’économie dans le capitalisme

  Ce qui a fait la force apparente du capitalisme, c’est qu’il a su allier l’Ordre marchand avec la liberté individuelle, engageant ainsi une compétition qui propulse sans cesse vers de nouveaux gains et de nouvelles conquêtes. En fait l’économie a toujours avancé à travers des seuils successifs constitués par les révolutions technologiques : l’imprimerie, les chantiers pour la construction et l’entretien des bateaux, la machine à vapeur, le moteur à explosion, l’électricité et aujourd’hui l’informatique, internet et les différentes techniques de la communication qui en découlent. La liberté individuelle a paru libérer l’échange, mais elle a introduit le ver dans le fruit car elle s’est identifiée abusivement à la liberté réelle d’un sujet, individuel et social, en même temps. Il fallait aller plus loin pour libérer l’homme à travers l’économie.

 

 Le capitalisme contribue à la destruction de l’environnement, du politique et des services publics

 

 Le capitalisme ne voit que l’intérêt de l’individu même s’il est obligé de faire face à certaines contraintes inévitables, ne serait-ce que pour assurer le renouvellement de ses infrastructures. Aussi plus il progresse et plus il donne de force à la recherche du profit pour certains, et, par contrecoup, plus il coopère à l’appauvrissement des autres, laissés sur les bas côtés du chemin, privés d’un travail et d’un salaire, sous l’effet de la compétition. Jusqu’à un certain point, il se trompe lui-même pour conserver une certaine bonne conscience car il prétend obéir aux lois de l’économie, oubliant qu’il a faussé ces lois en enfermant l’individu sur lui-même aux dépens du sujet humain concret. L’environnement ne peut constituer une priorité que s’il favorise ses projets. Sinon il se défait de ses chaînes comme il s’est libéré des chaînes communautaires. A la limite, il cherche à se défaire de l’espace et du temps, oubliant l’intérêt des populations locales, lorsqu’il est plus avantageux de se délocaliser, et l’intérêt des populations à venir elles-mêmes, lorsque la pression du gain le pousse à détruire les richesses de la terre. Les lois des pays sont souvent, pour lui, des obstacles, qu’il détourne facilement en sautant d’un endroit à l’autre. Il n’est d’aucun pays parce que déjà l’univers est son royaume, un univers dont il cherche à détruire les frontières internes. Enfin, parce qu’à son avis, ils coûtent trop cher, il prétend assumer les services publics avec plus d’efficacité. Mais, en réalité, ceux-ci courent le risque d’être réduits au minimum, pour ne pas contrarier la prospérité économique elle-même.

  
La mise en place à terme d’un immense marché planétaire

 Le capitalisme est l’acteur principal de la mondialisation. Sous l’effet conjugué d’un certain déterminisme et d’une volonté affichée, et grâce aux possibilités que lui offrent l’informatique, internet et les techniques de communication, il cherche à créer un immense marché planétaire. Il devrait y arriver sans trop de peine mais il le fera en asservissant les États et en se déconnectant des nations. Dans de telles conditions, la vie politique sera plus apparente que réelle et elle sera progressivement mise au service de l’économie et de l’intérêt individuel. Son projet propre sera détourné et subira l’effet d’une véritable inversion, la condamnant à devenir le contraire de ce qu’elle devrait être.

 

    L’enfermement du sujet dans l’assurance et la surveillance

 Ainsi la pulsion qui pousse le sujet à se libérer sera complètement contrariée. Parce que l’individu enfermé sur lui-même veut éviter le risque et la mort, il s’entourera de multiples assurances, qui lui donneront l’illusion du confort et de la stabilité. En même temps, la recherche de sécurité deviendra un de ses principaux objectifs et le conduira à tisser un réseau infini et indéfini de surveillance dans lequel il s’installera. En voulant garantir sa liberté individuelle, il deviendra prisonnier de lui-même. Croyant détenir les clefs de sa prison, il deviendra le gardien de son propre cachot.

 

    Des conflits retentissants et inquiétants en perspective

 Lorsqu’il est détourné de lui-même, l’homme finit par se révolter. Son élan intérieur se transforme en violence pour sortir de la confusion qui l’étouffe. Des conflits d’un genre nouveau, aveugles et insaisissables,  commencent déjà à semer l’angoisse, un peu partout dans le monde. Si rien n’est fait pour libérer l’économie de son enfermement, dans la recherche de l’intérêt individuel aux dépens de la satisfaction de tous, ils se multiplieront et pourront prendre une dimension insoupçonnable. Ce sont les États-unis et les lieux symboliques de l’économie qui en feront probablement les frais.   Parce qu’ils seront complètement affaiblis, les États seront impuissants à opposer une résistance efficace et utile. 

  Une nouvelle parole finira par naître de ces conflits

 En réalité, le conflit n’a pas sa finalité en lui-même. Contrairement à ce que chacun croit, la violence est à l’origine de la parole. Le conflit, en effet, ne peut se dénouer que dans la négociation, qui finit par donner la parole à chacun. Et, fréquemment il est possible d’éviter l’irrémédiable, si la parole est offerte rapidement à la pulsion de violence qui surgit inopinément. C’est à elle qu’il faut prêter l’oreille pour éviter le pire. Ainsi, on peut imaginer que les grands conflits que le monde devra affronter finiront par donner naissance à une parole nouvelle qui exprimera l’intérêt de tous et non plus celui des individus déjà privilégiés. Peut-être même l’intelligence de quelques hommes plus sages et plus prévoyants permettra-t-elle, grâce à l’écoute de la violence apparemment inaudible, d’enrayer la menace de conflits trop destructeurs pour l’humanité. 

 La naissance possible d’une véritable démocratie

 C’est la parole qui fait l’homme : c’est aussi elle qui fait la démocratie. Engendrée dans la douleur, elle devrait permettre progressivement à chacun de devenir un sujet à part entière, un sujet en même temps individuel et social. C’est alors que l’économie pourrait être radicalement transformée, au bénéfice de tous. Sans doute y a-t-il  une part d’utopie dans une telle vision. Mais l’utopie ne devient-elle pas réalité lorsque le monde lui-même tend à devenir un village où les distances et le temps n’exercent plus les mêmes contraintes qu’autrefois. En devenant plus proche et plus conscient de lui-même, il offre, à chacun et à tous, la possibilité de se retrouver soi-même. En ce sens, l’Europe, comme le dit Jacques Attali, pourrait être un des chemins privilégiés pour fabriquer le monde futur où régnera une véritable démocratie.

 

   

  Etienne Duval

 Etienne.duval@cegetel.net

 Le 1er avril  2007

    Télécharger le texte

 

 

 

 

 

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commentaires

E
C'est drôle, je m'attendais à avoir tes (ou vos) remarques sur Socrate et voici que tu me renvoies aux prophètes du temps présent, avec l'ouvrage de Jacques Attali. En un sens, tu as sans doute raison. En un autre, un véritable prophète n'est jamais démodé, à condition qu'il ne soit pas enfermé dans un système. J'aime bien le Socrate des mythes platoniciens, plus proches du personnage réel. J'apprécie moins le Socrate revu et corrigé par Platon, sans pour autant discréditer la philosophie platonicienne, qui reste un monument de notre culture.
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C
Il faut écouter les prophètes du temps présent
Grâce à Florence qui avait imprimé ton texte sur les prophéties d'Attali, j'ai pris plaisir à lire tes explications...
D'autant plus qu'il y a longtemps que j'aurais volontiers projeté de me le procurer.

D'autres fois ce fut plus ardu !
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E
Merci Josiane, en espérant que nous irons vers moins d'individualisme et plus de sujet.
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J
Merci pour cette belle synthèse /profession de foi en l'Homme et l'Europe que je transmets à quelques amis fidèles.
Tes propos sur "l'individu "distinct du" sujet" m'éclairent. Comme toi , je redoute l'affaiblissement des Etats et pense que de grandes violences ne trouvent pas d'echo aujourd'hui . Je veux croire , aussi, à cette utopie et croire à l'Europe.
Vivement Di soir ... Forte participation attendue : beaucoup de votes par procuration ,c'est une bonne chose .
 
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E
J'en reste là pour laisser la porte ouverte à la parole...
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D
OUI, bien sûr!(déjà dit......)Je fais tt à fait confiance en ns.Mais pas à la bonne volonté en face. Je n'ai aucune illusion la-dessus. C'est pour ça que Bové fait ce qu'il fait par ex : parce que ça a le mérite de poser là et que ça a valeur démonstrative.
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E
Tu évoques le problème du conflit et de la lutte. Tant que la parole n'est pas possible, nous restons au niveau de la lutte et du conflit mais avec l'espoir d'aboutir à une négociation. Je t'accorde que ce n'est pas toujours facile, mais en tant qu'hommes (au sens générique), il nous appartient, je crois, de favoriser cet aboutissement.
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D
Il faut savoir avec qui on peut partager la parole, ds quels lieux, (ect...) et ceux qui ont des intérets contradictoires et si vifs que ça n'est pas possible.Il ne faut pas croire que c'est TOUJOURS possible.C'est même 1 exception, je pense vraiment , malheureusement!
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E
Merci Denise de ton commentaire. Je vois que tu connais bien tes classiques. Mais il me semble que Marx disait : l'important ce n'est pas d'abord de changer le monde mais de comprendre ce qui se passe ( pour orienter les forces qui sont déjà en action). C'est un peu ce que j'ai essayé de faire en m'appuyant sur le livre de Jacques Attali et sur l'enseigenemnt des mythes. Dans cette optique il est important de voir ce qui est essentiel. Ce n'est donc pas en interdisant les délocalisations qu'on arrivera à changer le système économique. Peut-être faut-il le faire de manière circonstanciée mais ce n'est pas suffisant. Ce qui me paraît important c'est d'être attentif aux conflits et aux luttes déjà en oeuvre pour entendre la parole qui commence à émerger et lui permettre d'aller jusqu'au bout d'elle-même. La lutte est importante et on ne peut l'éviter sauf dans certains cas, qui pourraient être tragiques pour les hommes. Et pourtant elle ne suffit pas. Le résultat va dépendre de notre capacité à la faire évoluer vers la parole partagée : utopie ? Non, simplement réalisme, qui tient à notre qualité d'homme en devenir. ..
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D
Je suis OK avec ton analyse sur chaque point, mais tu es trop optimiste sur les solutions. La véritable essence du capitalisme on y est au plus fort, dans ce que Marx avait prévu des fusions-acquisitions. Les délocalisations sont donc son essence même, dans la course à toujours plus de profits. Une politique qui saurait interdire les délocalisations serait la seule alternative pacifiste. Mais elle ne le peut pas par abdication de Mitterand, etc. Seules les luttes vont le pouvoir.
Actuellement, ce n'est pas la politique qui domine l'économie, c'est l'inverse. L'expérience de Lip, dans les années 70, serait une issue possible ? Sous le voile d'une démocratie où l'on serait "libre", se cache une violence, qui ne permet pas un minimum de justice sociale.
Il faut trouver une troisième voie entre le capitalisme et les "socialismes" (URSS, Chine), qui n'ont été que des caricatures. C'étaient des socialismes d'Etat bureaucratiques, dont une caste s'est s'emparé. Mais la nature de l'homme permet-elle un changement autre que la violence et l'exploitation de l'Autre ?
Est-ce possible de sortir du libéralisme à ce stade ?
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E
J'en suis vraiment ravi et souhaite que votre livre soit lu et compris pour une meilleure prise de conscience de ce qui nous attend et la prise de responsabilité que doit entraîner une véritable lucidité.
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J
J'ai relu votre texte, que je trouve remarquable. Je vous en remercie.
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E
Merci pour ta participation au débat.
Il est vrai que l'on court toujours le risque de simplifier ou de compliquer lorsqu'on présente un texte qui doit être débattu. C'est sans doute ce qui m'arrive ici.
Eugène, où as-tu vu que je parlais de la richesse ? Mon problème avec notre système économique n'est pas la richesse ni à la limite le profit mais sa relation intime avec la liberté individuelle. C'est cela qui contrarie un développement humain. L'individu, en effet, n'est pas le sujet ; le sujet est, en même temps, individu et être social. Or la constitution du sujet est devenu un problème social du fait même de la mondialisation qu'il va falloir vivre et intégrer. C'est pourquoi on peut s'attendre à de graves contradictions entre le développement économique et cette requête de soi.
Je n'ai jamais dit que la mondialisation était mauvaise. Encore faut-il qu'elle se fasse dans de bonnes conditions. Pour le moment ce qui est à prévoir assez rapidement c'est d'abord la constitution d'un vaste marché planétaire où primera l'économique ordonné à l'individu.
Par ailleurs les concepts de base dont tu parles sont clairs pour moi et ne sont pas, contrairement à ce que tu dis, bâtis sur des bases non établies. Ce que tu peux me reprocher c'est de ne pas en avoir donné un contenu précis. Et cela, je le reconnais tout à fait.
Sur le problème de la violence, il est, pour moi, évident que nous aurons à l'affronter, dans la situation où nous sommes : ce n'est pas une question de morale mais de lucidité. Par ailleurs, je ne vois pas une contradiction radicale a priori entre la violence et la parole qui est dialogue, dans la mesure où la violence elle-même est au point de départ de la parole, tout le problème étant de savoir l'écouter. C'est en définitive ce qui me rend optimiste, mais les jeux sont loin d'être faits... Il y va précisément de notre responsabilité. C'est pour cela que j'ai écrit ce texte.
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F
Nous avons bien lu ton dernier texte. Si je peux être en gros d'accord avec tes conclusions, je trouve qu'à la fois tu compliques les choses et les simplifies trop, suivant le niveau auquel on se place. A la base, la richesse n'est pas un but en elle-même mais doit contribuer au développement de tous les hommes, chacun étant responsable de l'autre. Le problème n'est pas tellement celui du capitalisme lui-même, mais du libéralisme individuel qui ignore l'autre. De plus, la mondialisation n'est pas forcément mauvaise, bien au contraire si elle permet d'étendre le déveoppement dans toutes les parties du monde. A mon avis, tu fais appel à des concepts dont les bases sont mal établies, et dont on peut facilement en gauchir le sens, tels que sujet,  individu, parole,...,  et qui finalement brouillent les pistes. Une dernière remarque, l'homme est confronté au dialogue ou à la violence, mais la violence n'est pas inéluctable.
 
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E
Merci Pierre pour ta réflexion qui vient enrichir le débat. Je vais reprendre ce que tu dis point par point pour souligner nos accords et désaccords.
Au départ, sans vraiment m'excuser, je dirais que dans un texte de débat les raccourcis sont inévitables sinon il devient difficile de faire réagir parce que c'est trop explicite et trop long.
L'illusion du sujet
D'accord pour être moins catégorique. De toute façon, il y a toujours eu du sujet, mais cela dépendait plus de l'initiative des individus que de l'environnement social. Aujourd'hui, contrairement au passé, la constitution du sujet est devenu un problème social.
C'est vrai que l'émancipation de la communauté a été un début, mais, comme tu le précises, cela ne suffisait pas. Par ailleurs, il y a une chose que je sous-entends mais que je ne dis pas : dans sa première émancipation, la société a complètement évacué la communauté alors qu'il fallait la mettre juste place, qui était relative. Le vide qui a été creusé nous pose problème aujourd'hui. Je pense en effet que le sujet se constitue entre la communauté qui nous rattache à une origine commune et la société qui nous ouvre sur des projets plus universels. C'est bien ce qui tend à faire difficulté avec l'Islam qui continue à accorder une grande importance à la communauté. Je pense que l'opposition radicale au capitalisme et à la civilisation occidentale de l'islamisme trouve son point de départ à ce niveau. Même si nous pouvons dire à l'Islam qu'il est important de donner sa place à l'individu, il a raison de nous renvoyer que nous avons fait trop bon marché de la communauté. Aussi la constitution du sujet nous amènera-t-elle à revenir sur un tel problème.
Le capitalisme contribue à la destruction ...
Entièrement d'accord. L'économie n'est pas nécessairement liée à la liberté individuelle aux dépens du collectif. Il est trop facile de dire que l'économie a ses lois mais le capitalisme dans sa version libérale n'est pas l'économie...
Les conflits
Je te suis sur la peur. Mais avec la peur nous sommes déjà dans la parole et nous ne pourrons en sortir que si nous l'écoutons. Comme il faut écouter la violence dans la mesure où elle est le point de départ de la parole.
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P
J'ai bien reçu ton texte mais j'ai eu un emploi du temps très chargé  ces jours-ci, et ma réponse est sans doute plus tardive que le  souhaitais !!!Globalement je souscris à ton texte et ce que je peux en dire sera  plus pour expliciter un raccourci qui me paraît un peu rapide, et  pour compléter et renforcer un ou deux aspects.
- Tout d'abord dans le chapitre "L'illusion du sujet avec le culte de  l'individu", ceux qui ont lutté pour se libérer des chaînes de la  communauté n'ont-ils jamais intégré la dimension sociale ? Il me  semble que le texte sous-entend cela, alors que la réalité est moins  absolue. Ne pourrais-tu adopter une formulation qui précise que dans  la mesure où cette lutte s'est résumée à sa seule libération elle a  donné sa place à l'individu mais est restée incomplète. En effet  l'individu n'est pas le sujet....C'est peu de chose mais cela éviterait des réactions épidermiques  (comme la mienne) qui peuvent entraîner une gêne pour accueillir la  suite.
- Dans le chapitre "Le capitalisme contribue à la destruction de  l'environnement, du politique et des services publics", je suis tenté  d'en rajouter et j'ai essayé de formuler ça :Le capitalisme se trompe lui-même aussi car il s'applique, se  concentre sur le "comment" et s'affranchit du "pourquoi" de son  existence. Nulle part la théorie libérale n'affirme que l'objectif de  l'économie est l'enrichissement de quelques uns au détriment de la  grande masse des autres. Au contraire, n'est-il pas censé  rationaliser l'économie afin d'apporter plus de prospérité pour tous  (même s'il admet que, par la différence de mérite, cette prospérité  ne sera pas forcément égalitaire) ? Or sa logique de onctionnement  l'éloigne de plus en plus de cette perspective  et de sa racine  justificatrice, qui est de nature sociale.Il se trompe lui-même  car il se réfère à des règles de l'économie  invoquées comme immanentes mais qu'il a créées lui-même et qu'il  s'empresse de trahir et de modifier au gré de ses besoins du moments.  C'est ainsi que l'exigence de l'atomisation de l'offre et de la  demande est depuis longtemps délaissée au profit de la course à la  "masse critique" (qui est de plus en plus grosse) pour être  compétitif (on s'en souvient de temps en temps, pour sauver les  apparences, quand on arrive aux situations de quasi-monopoles et l'on  brandit alors quelque loi anti-trust). Dans ce contexte, en  continuant de prôner la liberté individuelle, il se donne des  arguments pour casser tout ce qui est collectif afin de  s'attribuer,  ensuite, comme espace de marché, tout l'espace des services publics  existants. Il conteste leurs coûts élevés, omettant de considérer ou  de dire, qu'en les reprenant à son compte et en y ajoutant la marge  croissante pour des actionnaires de plus en plus gourmands, il  accroît mathématiquement les coûts qu'il prétend excessifs (cf  l'électricité au Royame Uni). C'est seulement dans les cas où il ne  pourra pas mettre en oeuvre cette démarche, qu'il tendra à supprimer  le service public correspondant.En outre, croissant d'un côté et brisant le collectif de l'autre il  crée une situation de relations complètement déséquilibrées, où  l'individu, soi-disant libre, a de moins en moins de pouvoir et de  choix.
- Relatif au chapitre "Des conflits retentissants et inquiétants en  perspective", il me semble qu'il ne faut pas oublier que la violence  vient aussi de la peur et que la peur est souvent fille de l'inconnu.  Par son caractère de plus en plus anonyme, le capitalisme devient un  tyran sans visage, une source inconnue, invisible et inquiétante  d'oppression. Le sentiment d'impuissance qui en résulte ne peut  qu'accroître la violence des réactions qui interviendront quand  l'oppression sera trop intolérable.
Voilà ! Fais bon usage de tout ça
Pierre
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E
Excuse-moi : ton texte n'est pas très bien passé sur le blog. C'est toujours ce qui se passe lorsqu'on transfère du word. Mais c'est très lisible et c'est le principal.
Tu parles d'abord de l'articulation de l'économie et de nos systèmes de valeur. Ce sont deux registres différents, c'est vrai. Mais il se trouve que le système économique qui prévaut actuellement se fonde sur une valeur, qui est la liberté individuelle. Il ne s'agit pas d'économie pure mais d'une économie qui a fait sienne une valeur, et donc l'hétérogénéité dont tu parles n'existe pas vraiment et c'est bien le problème. Or ce que je conteste, et tu l'as compris, c'est la notion de sujet impliquée par la liberté individuelle : le véritable sujet est un individu qui est en même temps être social.
Dans ton second paragraphe, tu ne fais, me semble-t-il, qu'expliciter le danger de notre système économique pour la constitution du sujet. C'est le fond du problème et nous sommes entièrement d'accord.
En ce qui concerne le conflit et la parole, c'est vrai que la relation entre les deux n'est pas automatique. Le conflit nous engage pour le faire évoluer. De mon point de vue et nous en avons souvent parlé, il existe une relation intime entre violence et parole, la violence étant le point de départ de la parole. Mais, encore faut-il l'écouter par la faire évoluer, pour la symboliser dans une parole. Il y va de notre responsabilité. Lorsque je considère d'emblée la violence du conflit comme quelque chose de mauvais, qu'il faut à tout prix évacuer, je me mets dans la pire des positions : je contrarie la parole en gestation et je rends toute solution impossible. Israël écoute-t-il la parole qui s'esquisse dans la violence des Palestiniens ? Les Etats-Unis écoutent-ils la violence des Irakiens ? La police écoute-t-elle la violence des jeunes ? L'employeur se met-il en position d'écouter le demandeur d'emploi ? Le consommateur écoute-t-il les cris de la planète qui souffre. Je pense que tu n'ignores pas que le projet humain dans son ensemble est précisément de sortir de la violence en la faisant évoluer vers la parole. Ce n'est pas une question de bons sentiments. C'est toute notre humanité qui est engagée là-dedans.
Tu parles ensuite de reconnaissance et là tu mets le doigt sur quelque chose qui a été oublié au départ, à savoir le problème de l'écoute dont je viens de parler. Sans écoute préalable, il n'y a pas de dialogue parce qu'il n'y a  pas de reconnaissance de l'autre.
Sur l'Europe, nous sommes d'accord. Ce n'est pourtant pas elle qui est en cause en tant que telle mais le système économique qu'elle tend à cautionner. Elle sera nécessairement impliquée dans les conflits futurs, comme elle l'est déjà dans certains conflits actuels. Aussi son avenir comme l'avenir de l'humanité dépendront-ils de notre capacité à écouter la violence pour la faire évoluer vers la parole. Mais cela dépend aussi de la capacité de chacun à s'écouter soi-même c'est-à-dire à se remettre en cause. Alors nous pourrons entrer dans une véritable démocratie.
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F
Dans ton texte, une analyse intéressante et stimulante, dans laquelle je peux me retrouver. Et en même temps quelques questions qui surgissent…
 


 

-         la force qui pousse les hommes à se libérer de leurs contraintes ? Il y a comme un décalage, qu’il nous arrive de vivre tous les jours, entre les « valeurs » que tu soulignes (la parole, la négociation, la liberté, ce qui peut constituer un individu comme sujet….) et les « mécanismes » économiques qui font tourner le monde (qui sont évidemment fondés sur d’autres valeurs… ou sans valeurs du tout…) et qui fonctionnent sur d’autres registres….Je ne sais pas si on peut articuler ces deux niveaux, comme si cela pouvait aller de soi, alors que cela demanderait davantage une « révolution culturelle » qui influencerait les règles économiques aussi… sinon on risque d’avoir comme repère une étrange « sociale économie ». Ces deux niveaux, « valeurs humains» et « mécanismes économiques » sont-ils compatibles et interconnectables ?
 


 

-         l’individu n’est pas le sujet tant qu’il n’a pas intégré sa dimension sociale… ok, d’accord, bien sûr. Mais alors se pose toute la question du rapport à l’autre. Et cela est valable aussi bien en termes de « valeurs » que de « mécanismes économiques ». De plus en plus j’entends : je ne t’aime pas, donc je te tue (parfois virtuellement dans les jeux et parfois aussi dans les actes et les gestes plus réels) et en même temps (logique « capitaliste » que tu ne soulignes pas assez) de plus en plus de gens se trouvent dans l’incapacité de rivaliser avec le train de vie de leurs voisins. Dans la logique économique libérale ou capitaliste le moteur est la comparaison, la concurrence, la rivalité par rapport à une « réussite » qui n’est pas toujours fondée sur les « valeurs » mais l’opportunité. L’autre est à concurrencer, à rivaliser, à abattre… (on le retrouve même dans la logique européenne des « appels à projets »  ou des « marchés » publics ou des « appels d’offre » qui entraînent toute sorte d’initiative locale et associative…).
 


 

-         Le conflit ne peut se dénouer que dans la négociation, qui finit pour donner la parole à chacun… oui encore, tout à fait d’accord. Mais où est la parole dans le conflit entre Israël et Palestine ? où est la parole entre Etats Unis et Irak ?entre gardiens et prisonniers-otages ?  où est la parole entre jeunes et polices ? entre demandeur d’emploi et employeur ? entre « appel à projet » associatif et « réponse à projet » ? entre malade et médecin ? entre consommateur et avenir de la planète ? etc etc…. La parole et le dialogue comme utopie ? Oui, mais il nous faudrait une utopie un peu plus proche et réaliste, pour ne pas attendre la fin des temps, ou en tout cas la fin de notre vie, pour y arriver un tout petit peu… Utopie comme horizon de rêve, d’espoir, mais inaccessible ou utopie comme force de transformation dès maintenant ?
 


 

-         Et, évidemment, toute cette utopie réaliste de la parole et du dialogue comme constitutive d’un sujet personnel et social met en jeu la dimension de la « reconnaissance » (tu en parles peu dans ta réflexion) et pourtant c’est par la reconnaissance de soi et des autres que la parole peut circuler et un dialogue s’établir, sinon on risque une parole sans voix et un dialogue de sourds…
 


 

-         L’Europe comme espace possible… oh là là, peut être, mais on renoue avec tout le débat du referendum… quelle Europe ? tant que cette Europe reste fondée sur un « marché » commun, donc sur des règles et des bases « économiques » assez libérales, j’en doute fort. Peut être on peut rêver que l’espace de l’utopie possible est aussi celui de la proximité, là où il y a échelle humaine de dialogue, de reconnaissance, de parole, d’échange ( vie associative, quartier, ville…) et où tout n’est pas basé que sur des « porte paroles ».  Mais il me faut faire attention car Le Pen et De Villiers guettent derrière cette proximité, alors vaste débat, mais échelle aussi significative de « noyaux » possibles d’utopie réaliste…..
 


 

                                                                                                                                                                                                                                                       Francesco
 


 
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E
Merci Barbara de ta réponse que je trouve déjà bien substantielle et nuancée.
Pour moi, la première question que tu poses est la plus essentielle : "Qu'entends-tu par "il fallait aller plus loin pour libérer l'homme à travers l'économie ?" Il ne fallait pas l'associer à la seule liberté individuelle, il fallait la lier au sujet, qui est en même temps individu et être social. Le système communiste a mis l'accent sur la collectivité ou sur l'être collectif mais pas sur le sujet dans sa double dimension. Il a ainsi, au moins en Union Soviétique, contrarier radicalement la constitution du sujet.
Je suis assez d'accord avec ce que tu dis sur la liberté. Mais, pour moi c'est vrai, le sujet n'est pas l'être collectif : c'est en même temps l'individu et l'être social réunis. Mais c'est vrai qu'il ne peut se réaliser en dehors de la collectivité, bien que d'une certaine façon il la transcende.
D'accord aussi sur le problème du temps et du développement durable : le capitalisme tend à se libérer de l'espace et du temps.
Si le capitalisme ne s'est pas effondré avant c'est qu'il se produit un phénomène nouveau qui n'existait pas auparavant : depuis une vingtaine d'années, le problème de la constitution du sujet est devenu un problème social avec la mondialisation : l'homme est, d'une certaine façon, obligé de se constituer comme sujet s'il veut assumer la mondialisation et ne pas être écartelé par elle : autrement dit, la contradiction était moins radicale qu'elle ne le devient aujourd'hui.
Le problème de l'Europe est du même type : elle est effectivement trop libérale et trop bien accordée au capitalisme. Mais elle est devenue indispensable et j'espère qu'il est possible de la faire évoluer : en tout cas, c'est mon espoir.
Merci Barbara de faire avancer la réflexion.
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B
J'ai bien recu ton texte dans ma boite du boulot maisje n'étais pas bcp là ces derniers temps. Pour terépondre, il va falloir que je me pose un peu et je metourne la tête un peu différemment que lorsque jepense syndicat ou politique.Après une première lecture, ce texte ne me choqueabsolument pas donc j'ai du mal à faire preuved'esprit critique.J'aurais qques questions à te poser :- qu'entends tu par "il fallait aller plus loin pourlibérer l'homme à travers l'économie" ?En quoi les systèmes qui ne se réclamaient pas ducapitalisme auraient pu approcher cela ? Pour moi lessystèmes communistes ont eu la même volontéd'accumulation des richesses qu'un système capitalistemais la redistribution devait être différente- je suis assez d'accord avec toi lorsque tu dis qu'ons'est trompé de liberté, à savoir la liberté del'individu l'a rendu plus seul, plus vulnérable sansqu'il puisse se réaliser en tant que sujet. Pour moi,c'est une perte de sens, on ne sait plus qu'on faitpartie d'un tout, de quel tout, qu'on ne peut pas"exister" qu'en fonction de soi, mais aussi grâce auxautres, avec les autres. Se reconnaitre dans un groupec'est aussi être plus fort. J'ai l'impression que celan'est pas abordé parce que cette idée de collectifs'opposerait à la réalisation du sujet selon toi ? - pour parfaire ta description du capitalisme, tu peuxtravailler sur la notion de temps très court del'économie actuelle qui empêche de penser le dvptdurable, la recherche aussi- le capitalisme existe depuis presque deux siècles,pourquoi ne s'est il pas effondré avant ? quel rôleont eu les guerres (à mon avis, cela a ralenti sonévolution car la logique individuelle ne peut rien pendant et juste après une guerre)? quelle parole ontelle libéré ?- je ne sais pas de quelle Europe on parle mais entous cas celle qu'on a voulu nous proposer et celledans laquelle nous vivons aujourd'hui ne semble pass'éloigner d'un pouce de la logique que tu critiques :on va continuer à privatiser tous les servicespublics, à réduire l'interveention des Etats afin queles entreprises privées puissent récupérer des marchés(c'est flagrant pour les réseaux, mais aussi dans lamanière qu'on a de régler les pbs des retraites)
Voilà, je vais réfléchir encore un peu, en discuter unpeu avec mon frère par ex. pour essayer de te donnerqqch de plus construit.
 
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E
Ton manque de compréhension est le signe que mon texte n'est pas clair. Mon problème, si ce n'est ma problématique, est le suivant. Pour moi, depuis un certain nombre d'années, un des grands mouvements de fond de la société est la constitution du sujet : cela devient un problème social, en raison même de la mondialisation, parce qu'il faudra l'intégrer au risque de désastres et d'écatèlements et que, pour l'intégrer il faut bien un sujet, qui ne soit pas simplement un dindividu mais un sujet individuel et social en même temps. Or le capitalisme, qui est un des moteurs essentiels de la mondialisation, est marqué par son lien avec la liberté individuelle. Et je trouve que ce point est peu souligné par les candidats. Il va donc s'ensuivre des soubresauts auxquels il faut bien se préparer.
En ce qui concerne la violence et la parole, il y a tout un arrière fond d'étude de nombreux mythes. La violence est au point de départ de la parole ; c'est précisément sa symbolisation opposée à sa sacralisation qui va permettre la naissance de cette parole. Je prépare justement un exposé en lien avec un professeur de littérature américaine,d'origine marocaine, sur ce sujet. Et nous préparons aussi un livre sur la violence, à partir de la Bible et du Coran.
Par ailleurs, je fais référence à la pensée de Jacques Attali, qui semble approuver ce texte.
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A
Pour la seconde fois, je viens de lire "repère d'avenir". Je n'ai pas  envoyé de réactions, parce que je ne comprends pas bien la  problématique.Je n'ai pas lu Attali, et je ne saisis pas non plus exactement la  portée de tes propos sur la violence, la parole, etc.C'est donc par défaut de compréhension que je ne réagis pas.
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J
Je prends connaissance seulement ce soir de ton mail .
J'essaie de faire quelques remarques dans les 48h . Cela ne m'embête pas, la question est grave .
 
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E
Je suis très touché par votre encouragement car j'ai beaucoup douté de la qualité et de l'opportunité de ce texte. En tout cas merci pour votre inspiration.
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J
Merci de ce texte remarquable, qui me touche beaucoup.
 
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Y
Merci de ton nouvel apport. Tu m'amènes à préciser un peu plus ma pensée. Si j'ai écrit ce texte c'est parce que le problème posé par le capîtalisme est trop facilement éludé. Les principaux candidats n'en parlent pas, comme s'il s'agissait d'une affaire classée. L'extrême gauche en parle mais de manière imparfaite, en s'attachant surtout à la notion de profit.Pour moi, le problème de la constitution du sujet est prioritaire en période de mondialisation, sinon personne ne sera à même d'intégrer un événement aussi important et chacun risquera d'être complètement écartelé. Or la constitution du sujet est incompatible avec un système économique directement lié à la liberté individuelle. Il y a une contradiction radicale entre l'une et l'autre puisqu'il n'y a de sujet que lorsque l'individu intègre sa dimension sociale. Mon problème n'est pas d'abord le rapport entre l'individu et la collectivité, mais celui qui se manifeste entre l'individu et le sujet. Or la contradiction radicale dont je parle entraînera des conflits très importants, conflits déjà en cours mais qui vont encore s'intensifier et se multiplier. Et il faut donc bien s'y préparer soit pour y faire face soit, dans certains cas, pour les désamorrcer.
Dans ce contexte, c'est vrai que je privilégie l'économique et je cherche à ramener le débat à des aspects simples et presque évidents pour chacun plutôt que d'en venir à des querelles de spécialistes pour lesquelles la plupart d'entre nous ne sont pas compétents.
Quoi qu'on puisse en penser, les mythes sont loin d'être étrangers à ce débat car ils visent fondamentalement la constitution du sujet en faisant apparaître les principales structures en cause. Si tu prends le texte de la chute dans la Genèse, il te montre comment l'intégration de la violence dans le manque est la condition pour redonner la priorité à la vie sur la mort  et au désir sur la violence, de manière à faire naître une parole (créatrice). Nous sommes en face de termes généraux et pourtant leur compréhension pour la pratique nous fait beaucoup plus avancer que des analyses très techniques. Après on peut entrer dans le détail pour voir le lien entre le vêtement et le manque , s'interroger sur le sens de l'interdit qui renvoie finalement à l'interdit du meurtre et de l'inceste. Si le manque n'est pas intégré dans le désir, l'homme risque la mort pour lui et pour les autres etc. etc.Ta position me paraît tout à fait défendable et la plupart te donneront raison lorsque tu défends la diversité des situations, les changements entre une période et une autre... Mais la compréhension de cette diversité et de ces changements a besoin de faire appel aux grandes structures et aux grands principes que fournissent les mythes. C'est pourquoi lorsqu'on les analyse en groupe, la plupart des gens sont frappés par leur extrême actualité. Tu as aussi raison lorsque tu parles de prophétisme. Mais il y a aussi du prophétisme à essayer de révéler simplement ce qui est tenu caché.
Je m'en tiens là pour le moment parce qu'il se fait tard.
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Y
Pour répondre plus précisément à ton texte "Repères d'avenir". Plutôt dans le genre critique...D'abord quelques remarques liminaires:Le thème annoncé me faisait attendre une réflexion globale et imaginative sur notre avenir,  enrichi par l'apport des mythes, objet du site, même si sur le thème du mythe, j'ai un sentiment mitigé. .D'où ma digression antérieure sur la fonction de prophète. Or je ne trouve rien de très prophétique, et pas la moindre allusion aux mythes. Pour ne pas dérouter le questionneur du site, ne serait-il pas préférable de s'en tenir au thème de référence , quitte à ouvrir d'autres blogs ou participer à d'autres débats?Je regrette aussi, à moins d'avoir mal lu, que le texte se situe pratiquement en permanence dans le champ de l'économique, même si c'est pour le critiquer. La critique du capitalisme, pour être opérante, n'a-t-elle pas besoin d'analyses un tant soit peu plus fouillées. Des compétences, d'horizons les plus divers s'y emploient; pourquoi ne pas les rejoindre, pour coordonner les efforts?Enfin, troisième remarque, déjà faite: les termes d'individu, société, liberté, parole, violence, courent le long du texte ou vers la fin pour les deux derniers, mais ça fait beaucoup en peu de lignes pour apporter du neuf.  Avec le risque d'hypostasier au lieu d'affronter.  Je ne vais pas revenir sur ce que j'avais écrit à propos d'un texte antérieur.Je voudrais revenir sur  Individu et société et  sur la reprise incessante du combat pour la liberté. Ce sont des réflexions personnelles et non des critiques du texte.Je ne pense pas que les textes fondateurs, les grandes lois aient d'autre fonction que le bien commun d'une société. Malheureusement faute d'intégrer à temps et avec sérieux les évolutions de la société,  elles finissent un jour par aller à l'encontre de l'objectf initial. Je repense à l'analyse de l'évolution des législations, réussie ou non, face aux évolutions démographiques et techniques, que fait Mazoyer dans" Histoire des agricultures du Monde"  ou sur une période et un territoire beaucoup plus limités, Leroy-Ladurie dans "Les paysans du Languedoc".Et il y a aussi la volonté délibérée des puissants de détourner les lois à leur profit; ça ne date pas d'aujourd'hui.Sans parler des lois dont c'est l'objectif ultime, quand les lois sont faites par une minorité (la classe des élus) pour les gens de leur classe sociale.C'est quoi les individus pris en compte par une société. Même les règles des fondateurs de la démocratie grecque n'englobaient pas tous les bipèdes du territoire concerné. Et les citoyens romains n'étaient qu'une toute petite minorité dans le monde romain, même si on pouvait acheter ce droit. Et dans tous lespays aujourd'hui les nationaux et les autres n'ont pas les mêmes droits et devoirs (les assujettis suisses à l'impôt sont beaucoup plus taxés que les étrangers; ils doivent lorgner vers Monaco!). après il y a les résidents à des titres divers, les gens en transit, et les clandestins. Aucun n'est sans droit, mais les droits sont bien différents.Parler des individus et de la société d'une manière aussi générale que dans ton texte ne me paraît guère opérant.C'est pourquoi, dans mon premier envoi, je posai la queston des appartenances et des identifications dans une situation de mondialisation. Je n'y reviens pas. Ces relais sociaux me semblent à la fois indispensables et ambigûs, voire lourds de conflits, et concrètement largement illusoires, car à l'intérieur même de ces appartenances, les situations économiques, juridiques, législatives, etc,  sont largement discriminatoires. On ne peut parler de société sans aborder cette question, à mon avis..Appartenance et ouverture, La maison et l'autre, comme dirait Levinas.Dans ce contexte, les lois les plus généralistes (OMC et autres) ne font que servir la loi du plus fort, faute de vouloir souvent ,mais  parfoisdélibérement, prendre en compte les contraintes particulières à certaines zones ou situations. Sans parler des détournements souterrains et règles contradictoires édictés par les pays les plus riches sous des prétextes sanitaires ou autres. Je pense encore à Mazoyer.Enfin, dernière remarque à propos de prospective ou de prophétisme, je parlais de point de vue radicalement nouveau et de discernement précoce des germes positifs ou négatifs qui risquent d'être les questions majeures de demain, même si on en parle par ci par là; je ne vais pas les lister. Mais c'est dans cet ordre d'idée que ton blog  sur les mythes pourrait susciter de féconds et riches débats plus que sur une réflexion économique ou anti capitaliste. Qui trop embrasse...Je pense par exemple à une valeur non économique comme la religion, disons l'islam. Cela représente un ordre de valeur pour lequel des gens se battent, parfois physiquement.Mais il y a aussi à ce sujet de nobles combats. La philosophie, ça paraît bien loin des problèmes actuels. Mais l'éducation  sérieuse à ce sujet ne m'en paraît pas du tout éloigné. Bon, tu connais mes dadas.Bon je m'en tiens là, en terme de questions plus que de réponse.
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E
Tu as raison, l'homme n'en est encore qu'aux balbutiements. Mais nous n'avons qu'une vie et c'est celle-ci qu'il faut vivre le mieux possible. C'est bien pour cela qu'il faut harceler nos hommes politiques pour qu'ils soient à la hauteur de nos attentes.
 
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S
Nous avons bien lu ton propos au sujet du livre d'Attali ; pour moi, l'homme est difficile à cerner,et ses comportements me dépassent, mais dans la logique du temps de la création du monde,il n'est qu'à ses balbutiements.Aura t-il le temps de mûrir et de devenir sage? Pour jean pierre, il aime ton résumé du livre d'Attali ; ces politiques sont malins, ils trouvent le fond de l'homme dans leurs propos et  caressent l'individu dans le sens du poil. Leurs utopies ensuite ne respectent pas l'échelle des valeurs que l'on attend d'eux.
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E
Jacques, je suis étonné par ta grande culture. Tu connais beaucoup plus Attali que je ne le connais moi-même et ta manière de le lire à la chinoise est aussi séduisante : tu vois un réservoir d'idées là où j'ai essayé de trouver un sens. Comme toujours, c'est sans doute au croisement de ces deux démarches que nous pouvons avoir la lecture la plus juste.
Comme toi, je suis interrogatif en face de la phrase que tu as relevée :"...d'aucuns découvriront alors que la liberté elle-même -  objectif majeur de l'homme depuis les débuts de l'Ordre marchand -  n'est  en fait que l'illusoire manifestation d'un caprice à l'intérieur de la prison du  temps..." Je vois dans cette phrase une interrogation salutaire pour nous guérir de la toute-puissance, mais je me refuse à la faire mienne jusqu'au bout. Car si l'homme n'est qu'un roseau, c'est aussi cet être extraordinaire, qui est roseau pensant et, je crois, capable de liberté.
Alors comment ne pas s'interroger sur cet homme qui va droit dans le mur et sur les possibilités d'éviter la catastrophe ? Je trouve qu'Attali nous donne des pistes intéressantes qui me paraissent prophétiques : tu vois en lui un essayiste et tu as raison mais il me semble que l'essayiste brouille les pistes par pudeur pour cacher une réelle sève prophétique qui l'anime. Seul l'auteur pourrait trancher mais je n'en suis même pas sûr car chacun porte des bagages dont il ne connaît pas le contenu : les autres sont là pour le lui révéler.
Pour terminer tu prononces une phrase avec laquelle je résonne parfaitement. Je l'exprimerai à ma façon : il faut se souvenir que nous sommes mortels. Mais j'ajouterai : c'est la meilleure façon pour nous permettre de dépasser l'espace ou le temps et la mort elle-même.
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J
J'ai retrouvé mon livre et j'ai relu ton texte. L'un et l'autre me posent  problème;Que faire de celui d'Attali ?J'aime bien l'Attali romancier, j'ai marché avec "le premier jour  après moi" en 1990 . J'avais aussi été impressionné en 1979 par son essai :  "L'Ordre cannibale "et le suis encore et la rencontre de quelques amis  "prothésés" me montre que l'imagination de l'auteur était assez bonne.  D'autres m'ont ennuyé comme " Chemins de sagesse..." en 1996. Celui que tu  évoques "Une brève histoire de l'avenir" a fait l'un et l'autre. J'ai aimé ce  survol audacieux, même s'il est contestable, de l'histoire "vue autrement", de  plus haut, plus largement. Cette histoire "des coeurs" de civilisation baladeurs  et le fait qu'ils aient omis de passer par Paris m' a parlé, même si tout cela  peut être contesté. Hier, j'ai vu à la télé, un documentaire de Thalassa sur  Dubaï : coeur artificiel d'un monde devenu fou ? J'ai trouvé un peu trop  apocalyptique le développement sur les "armées pirates", mais... J'ai été  intéressé par l'avenir brossé des vagues futures et le passage proche par la  société de surveillance et d'assurance. Sais tu que certaines villes anglaises  ont ajouté à leurs caméras de surveillance des haut-parleurs qui peuvent ainsi  tancer le contrevenant en "live" ? J'ai trouvé cependant un peu embrouillée cette  histoire de troisième vague d'espérance qui devrait déferler avant que les  premières ne fassent leur mortel office. Le dernier chapitre qui parle de  la France est d'un autre ton, déclinologique ? Vraisemblable ? Fait pour  réveiller ? Electoraliste ? Voici, qui répond déjà un peu à cela, une citation  de  "l'Ordre cannibale" ( p 293 édition Grasset) ...Faut il refuser ce livre et ce qu'il énonce ou refuser cet avenir  et ce qu'il annonce, faut-il contester l'histoire ou résister à l'avenir  ?J'aurai réussi si j'ai provoqué l'envie de faire l'un et l'autre, car  le rejet de l'un est la condition du rejet de l'autre. Le succès le plus extrême  d'une théorie ne se juge pas, en effet, à sa réfutabilité, mais à sa réfutation  : au fait que produisant un sens logique du passé et dessinant dans ce sens un  futur cohérent, elle aide à refuser cet avenir, à détruire tout ce qui en nous  le produit, annulant du même coup la représentation du passé qu'elle sous-tend. Nous ne cesserons d'avoir été cannibales qu'en cessant de le  devenir..."
Mais dans l'ouvrage "une brève histoire de l'avenir", Je suis  tombé en arrêt sur le passage suivant (p 219 de l'édition fayard) et ne  m'en remets pas : "...d'aucuns découvriront alors que la liberté elle-même -  objectif majeur de l'homme depuis les débuts de l'Ordre marchand -  n'est  en fait que l'illusoire manifestation d'un caprice à l'intérieur de la prison du  temps..."  Peut-être cela est-il familier à certains d'entre  nous, mais moi, ça m'a frappé. En définitive, cet essai, je le vois comme je vois aujourd'hui la  divination chinoise : en aucune manière, une façon magique de découvrir  l'avenir, mais une construction pragmatique de scénarios possibles, offre de  stratégies utilisables avec discernement pour faire face à un moment donné à une  situation donnée. Qu'importe si ce qu'il dit se produira ou non, ce n'est pas  Madame Soleil. Personne ne sait l'avenir et seuls les inquiets cherchent à le  connaître.   Ton texte maintenant ? Il me semble que c'est autre chose, un débat différent, plus  centré, qui s'appuie sur quelques éléments du livre d'Attali, mais que ne  trouverait-on pas dans un livre d'Attali ? Peut-être as tu réussi à dégager un  sens unique, là où j'ai pris plaisir à rencontrer des tas de choses qui  s'entrechoquent et se bousculent, des tas d'idées....Tu t'appuies en quelque  sorte, sur la fin du livre, sa conclusion, utopie bienveillante ; mais les  conclusions des essayistes sont souvent faibles, Tu as raison, de la soutenir,  mais elle n'est pas à notre petite échelle individuelle.  Le problème n'est-il pas en fin de compte, de concilier cet individu que  nous sommes avec le monde dans l'espace comme dans le temps, c'est-à-dire se  souvenir de notre condition extrêmement temporaire et de l'accepter, au lieu de  rechercher dans l'argent, la puissance ou la gloire, une garantie de permanence  complètement illusoire. Je crois que ce livre nous y aide un peu. en toute amitié, Jacques BESOMBES. 
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E
Je te remercie de ton texte et constate avec bonheur que tu ne fais jamais les choses à moitié. Mais, en même temps tu me fais travailler si je veux essayer de dialoguer sur les réflexions que tu apportes.
C'est vrai que le texte n'est pas assez circonscrit. Mais j'ai voulu, en bénéficiant de l'apport de Jacques Attali, attirer l'attention sur un point capital, que les principaux candidats à la présidence semblent avoir oublié : le lien entre le capitalisme et la liberté individuelle, qui va entraîner des conséquences inquiétantes avec le phénomène de la mondialisation et contrarier la constitution du sujet, en même temps individu mais aussi être social. Or la constitution du sujet est socialement aujourd'hui, me semble-t-il, le problème le plus important à affronter.
Sur le prophète, je trouve que tu analyses bien la notion : c'est celui qui oblige à changer de point de vue pour que les gens se rendent compte qu'ils vont droit dans le mur et qu'ils transforment leurs comportements en vue d' ouvrir l'avenir sur une mutation plus heureuse. Or il y a aujourd'hui matière à la prophétie...
Je trouve aussi personnellement que le thème de l'identité est fondamental. Tu parles d'appartenance, c'est sans doute une bonne approche. Je l'aborde plutôt par le nom. Donner un nom à quelqu'un c'est l'amener à entrer dans le champ de la parole pour devenir ce qu'il est ou ce qu'il n'est pas encore, soit sous l'effet de sa propre responsabilité soit aussi dans son rapport aux autres. Il devient ainsi créateur avec les autres. C'est dire que l'identité est au départ une coquille vide, une sorte de projet à réaliser, qui au lieu d'enfermer l'individu et les individus, contribue à les ouvrir à l'autre et aux autres. Dans ce contexte, si je relie l'identité nationale et l'immigration, contrairement à ce que certains pensent, ce n'est pas me fermer à l'étranger, c'est au contraire m'ouvrir à l'autre parce que je ne puis exister sans lui. Mon identité nationale ne peut se forger en dehors d'un rapport très étroit avec l'étranger. Elle implique pour exister son propre dépassement. Alors, on fait un pari, le prochain blog portera sur l'identité.
Attention 49 langues parlées ce n'est pas Babel, c'est la sortie de Babel : Babel, ce serait une seule langue, l'anglais par exemple !
Sur le devenir de l'humanité, je pense comme toi. Mais les changements historiques nous obligent à réinterroger notre sens artistique, notre sagesse, notre sens du partage, du respect, de la compassion, parce que, chaque fois, ils sont mis à rude épreuve. Il faut bien qu'ils s'incarnent dans la nouvelle réalité. Il est possible alors que cette incarnation soit rendue difficile parce que nous manquons d'hommes de la terre et donc de racines.
En tout cas, merci pour ton apport, qui chaque fois suscite une parole nouvelle parce qu'il oblige à réagir.
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Y
Je réponds un peu rapidement à ton texte car je ne peux me prononcer sur le texte d'Attali que je n'ai pas lu et que je ne lirai sans doute pas, ayant organisé autrement mes priorités. Je réponds pour participer brièvement au blog, mais suis quand même un peu embarassé. Ton texte certes veur susciter un débat, je suppose dans le but de participer à l'édification d'une conscience citoyenne. Mais le thème de ta réflexion est tellement vaste et les réponses tellement succintes qu'elles sont un peu généralistes et je les aurai aimé un peu plus... prophétiques. Le débat ne gagnerait-il pas à être plus circonscrit, et en même temps plus étendu. Il se situe à partir de l'économique et plus particulièrement du capitalisme ou du libéralisme. Je ne suis pas un spécialiste de ces questions et ne voudrait pas me hasarder à dire trop de bêtises. Tu essaie de le situer dans la perspective de l'individu, de la liberté et de la société. Mais je trouve un peu trop encore dans le champ de l'économique.Donc quelques réflexions en vrac au risque d'embrouiller un peu plus le débat.
Et d'abord trois reflexions liminaires:A propos des prophètes. Prophètes de malheur! Et qui invitent à la conversion pour échapper au malheur.Déjà une simple réflexion sur la fonction prophétique, ça suffirait pour alimenter un blog. Ca fait un moment que je ne les ai plus lu ni que j'ai ouvert un atlas pour comprendre ce qui s'est passé en ce temps là. Et des prophètes, il y en a toujours eu et il y en a encore aujourd'hui, heureusement. Pour moi le prophète est un guetteur qui se retournant vers sa cité se dit et dit " Mais non ce n'est pas possible, ils ne voient pas; la ruine est à la porte" Le prophéte pose des actes et dit des choses, et les gens se réveillent. Le prophète doit savoir parler. Ganhi, Martin Luther King, l'abbé Pierre, peut-être même  ...De Gaulle, tu vas rire.Les choses vont leur train, mais ce train n'est pas bon. Les prophètes sont des hommes religieux, dans un univers religieux; ils invitent à se convertir à Dieu; c'est leur job. Ils invitent à changer de vie, à changer les comportements individuels et collectifs.J'ai une affection particulière pour Samuel. On allait vers la royauté; ça jette, un roi, sauf qu'il veut toujours être un grand roi. Et Samuel, il voit bien que c'est une connerie, et il traîne des pieds. Sego, Sarko...J'aime bien aussi Jonas ou celui qui l'a inventé. C'est de la prophétie dans l'humour; j'aime bien l'humour qui courre tout le long du livre.Mais je me pose une question pour ce qui est des grands prophètes. Que ses concitoyens se soient convertis ou non est-ce que ça aurait changé grand chose. La région, et ça n'a guère changé était passablement agitée. La grande région. Les noms des pays ont changé , les raisons aussi, mais la situation... La petite région, elle avait le malheur d'être là: Liban, Palestine... Pour les grands empires, l'accès à la mer c'était vital en terme de commerce et de sécurité. Et comme ils étaient plusieurs à avoir la même idée,  et les mêmes ambitions (le conflit pour le même comme dirait Girard), le rouleau compresseur des armées et les trains de déportation n'en finissaient jamais de circuler. Génocide ou Shoah, quand tu es à la mauvaise place, orthodoxe ou pas, je ne sais pas si ça change grand chose. J'ai des doutes. La réponse me paraît surtout géopolitique. Et une religion ou une sagesse aux dimensions de la Chine, c'est moins risqué que Jehowah. Bon, je sors du sujet.Pour moi, le prophète, c'est celui qui change de point de vue,  radicalement, parfois en réveillant des sagesses oubliées,  ou en discernant les tout petits germes heureux ou malheureux qui ne font qu'à peine pointer leur nez dans le débat (présidentiel ou pas) et qui se les coltine. car,un jour, elles peuvent tout emporter dans le bon sens ou le mauvais sens. Mai 68, le Larzac, hier, le micro-crédit, le Canal Saint Martin aujourd'hui, ça a pour moi une saveur prophétique.
Deuxième digression hors sujet: à propos de l'identité. C'est un sujet qui me tracasse et qui me semble indispensable d'aborder pour avoir une vision prophétique. Je sais par oûï dire que ce sujet a été traité par des personnes compétentes.  Mais ça pourrait faire le thème d'un blog. Voilà ma petite réflexion personnelle . Tu parles souvent dans ton texte de l'individu et de la société.  Je pense que le problème plus fondamental est celui des appartenances. Faut-il sortir son drapeau? Etre un bon aryen? Obtenir son indépendance quand on est basque, catalan, du Kosovo, de la Croix Rousse ou d'Océtie du Sud,  insulaire de Nauru, des îles Cai¨man, du Liechtenstein ou de Monaco, de Sainte Lucie ou de Hon-Kong.  Il y avait des grandes taches monochromes sur les Atlas: Chine, Inde, USA, Union Soviétique, Canada. Il en reste encore. Certains ont explosé,  pour avoir abusé du pouvoir (et du profit ) central, d'autres subsistent par la violence, d'autres se sont forgé une identité commune dans la diversité des appartenances; et la cohésion toute relative du Canada tient sans doute à sa diversité assumée. Et les USA, c'est aussi un brave mélange. L'inde s'est coupée en trois dans la tragédie. Et il y a toujours le Cachemire.Aujourd'hui, à l'heure de la mondialisation, cette référence universelle est plutôt déstabilisante pour beaucoup, et en même temps la référence nationale est parfois vécue comme oppressive. On en revient à des entités beaucoup plus limitées, ethniques, linguistiques, géographiques, où on pense mieux se retrouver, s'identifier. Faut-il faire une région Bretagne ou Grand Ouest, La Belgique est-ce que ça a du sens. Si je comprends les revendications, toutes ces AOC, je ne sais pas si c'est la bonne solution. Une Yougoslavie certes un peu factice et quelques années plus tard une situation encore plus balkanisée. Heureusement, il y a "l'Europe, l'Europe" comme disait de Gaulle, même s'il s'est un peu fourvoyé avec son "Vive le Québec libre" ou quand le prophétisme cède la place à l'annexion identitaire. Samuel (pas le prophète, mon fils)  est d'ailleurs très content d'enseigner dans un collège de Montréal où il ya 49 langues parlées. Babel comme dirait Etienne (voire en tête de ton site).
Troisième digression toute personnelle, concernant le devenir de l'humanité. Personnellement je ne crois pas au progrès, ni au déclin d'ailleurs. Les techniques, la durée de vie, la taille, tout ça, s'est sûr, ça grandit. Mais la sagesse, le sens artistique, le sens du partage, du respect, de la compassion, j'en doute. Et une chose se perd: la prise au sérieux que l'homme est dans la nature. On a perdu nos instincts. On flotte dans l'abstraction. On rêve de maîtriser l'univers (disons la terre et ses environs). On manque d'hommes de la terre. Et avec la multiplication des connaissances, on peine à appréhender le tout. On vit un peu saucissonnés. Et dans un "avoir toujours plus" inconscient,  ravageur. Quelles valeurs portent les discours de nos hommes politiques?  Les questions ne sont pas qu'économiques.Raison de plus pour ne pas baisser les bras. Comme Sisyphe la tâche est toujours à recommencer, et ça vaut vraiment le coup. A situations nouvelles, réponses originales pour que ce qui fait  la grandeur de l'homme puisse s'enraciner dans le concret des réalités politiques, économiques, sociales,etc.
Bon, je n crois pas que mes digressions ça ait un grand intérêt sur le blog, mais si tu penses en tirer des extraits, ça ne me dérange pas. Mais vu l'heure tardive, je remets à demain la réponse à ton texte
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A
merci Etienne , je suis ravie d'être en lien avec vous, quel bonheur pour l'ancienne philosophe que je suis!!
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E
Tu as raison.  C'est bien de la même structure dont il s'agit : celle de la toute-puissance, qui enferme l'individu sur lui-même sans faire sa place à l'autre. Le problème est simple, mais personne ne le voit !
 
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A
j'ai aimé beaucoup le texte autour du livre de jacques Attali, cela ne concerne pas seulement les hommes politiques et notre avenir, mais certaines personnes de notre entourage parfois, qui dès qu 'elles  ont la moindre commande en mains, ont le même profil et nous rendent la vie infernale, voire sans issue quand on les voit aller droit dans le mur.
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J
Etienne, connais tu cette anectode dont j'ignore l'origine ?  Le Cardinal de Richelieu approche de La Rochelle, à l'issue du  conflit qui l'oppose aux Anglais pour la possession de cette place. Il est  accueilli aux abords de la ville par les Echevins qui se courbent jusqu'à terre  et s'excusent platement de ne pas donner du canon en son honneur. Pour ce fait,  ils lui  lui annoncent trois raisons : -la première disent-ils, est que nous n'avons pas de canon...."-la deuxième, est que ..."-Suffit dit Richelieu, qu'importent les autres raisons....." Je suis dans une situation un peu semblable à celle des échevins de La  Rochelle. Je tarde à te répondre pour deux ou trois raisons : - la première est que j'ai prêté le livre d'Attali à l'un de mes gendres,  et que je préfère l'avoir pour te répondre...."qu'importent les autres.... Mais je sais que le temps presse et je vais le récupérer sans tarder.  
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E
Tu as raison. Il ne suffit pas de parler, il faut commencer par écouter. Savoir écouter la violence elle-même, présente dans le conflit pour faire naître une nouvelle parole.
Bien sûr, la technologie est bonne et nous en profitons avec internet. Mais, comme disent les mythes, ne tombons pas dans le toujours plus au point d'éliminer le manque ; il permet à notre désir d'exister et de nous faire exister en tant que sujets à part entière. .  
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S
Merci de ton message    Je rentre à mon tour dans le débat  Il y a eu des révoltes à chaque époque. Des gens y ont même laissé leur vie , ce qui devrait nous faire réfléchir pour ne pas en venir aux extrêmes, mais malheureusement de plus en plus  la violence devance la parole.  Beaucoup cherchent dans  le dialogue leur propre intêret, on écoute, mais on n'entend pas.  La modernisation crée un état de manque  dés que la technologie tombe en panne,  mais comment s'en passer, maintenant qu'on y a goûté.  Bien qu'à double tranchant (exemple internet) bien utilisée, elle permet  d'élargir  notre horizon,  de s'ouvrir à d'autres pensées  et  de les échanger.  A vouloir toujours plus on devient malheureux
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E
J'entends bien ton point de vue sur l'Europe : c'est sans doute à ce niveau que nous pouvons agir.
Mon point de vue, en liaison avec Jacques Attali et la leçon des mythes, c'était d'alerter sur le dysfonctionnement du capiatlisme  et sur les conflits importants que nous devrons affronter et auxquels il faut se préparer.
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J
Etienne, bonsoir.Bien reçu ton message.Mon point de vue n'est certainement pas très oiriginal: c'est celui d'un senior citoyen de base qui a le sentiment d'être quasiment déconnecté du monde du travail. En tous cas le voici:Je pense que le processus de mondialisation est irreversible. A terme (il risque d'être long), il réduira  l'écart économique, me semble-t-il, entre les différentes nations. La question importante est donc le comment de son développement. C'est là dessus que le Pouvoir Politique doit intervenir afin d'assurer une certaine régulation du libéralisme actuel. Je pense que  notre pays n'a pas la taille adéquate pour être efficace. La solution est donc l'Europe qui a besoin pour cela de devenir une puissance politique d'où la necessité urgente de la remise en chantier de la Constitution Européenne avec, si besoin, la mise en place entre ses membres de zônes concentrique permettant au x différentes nations qui la composent d'avancer à des rythmes différents.
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E
Les choses sont toujours, il est vrai, plus complexes qu'on ne l'imagine. Je laisse la discussion ouverte pour que le débat continue.
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A
Etienne Duval a écrit : Merci pour ta réponse rapide. Je suis d'accord avec la régulation du politique mais je ne pense pas que le système capitaliste soit un bon  système économique pour la bonne raison qu'il ne prend pas en compte le véritable sujet, qui n'est pas simplement un individu mais aussi un être social. Concrètement, il est vrai que le politique peut réguler mais, avec la mondialisation, il le peut de moins en moins.
C'est inexact, le problème se situe dans l'inexistence d'un pouvoirpolitique au dessus des pays, à cause, en particulier, du conservatisme des pouvoirs politiques nationaux.Par ailleurs, il est vrai que la mondialisation s'impose à nous. Maisil me semble qu'elle tend à se réduire à un immense marché.
C'est une  vision biaisée : observe les jeunes, leur culture, leurs intérêts ...Sur la culture politique française, qui privilégie la centralisation,je suis d'accord.
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E
Je côtoie beaucoup les maîtres pour une association dont je suis président. J'aurais voulu les voir d'un peu plus loin !
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D
Il y a bien longtemps que tu sais que le maître ne peut avoir de disciple. Tout au plus des apôtres ou de pâles imitateurs.
Veuillez agréer, mon cher Maître, l'assurance de mon profond respect
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E
J'attends avec beaucoup d'intérêt tes réactions;
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C
Première lecture rapide : bien intéressant.J'espère trouver bientôt le temps de réactions plus précises.
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H
Je n'ai pas lu le livre de Jacques Attali et il n'est pas dans mon programme prochain de lecture qui est assez encombré, mais cela viendra.
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E
D'accord pour une éthique reconstructive ! Tu nous mets l'eau à la bouche.
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H
L’association Economie et Humanisme dans laquelle je mène mes activités de recherche a élaboré en 2006 un Manifeste intitulé « Citoyens d’une humanité fragile ». Un des chantiers lancé par ce texte d’orientation (le quatrième de notre longue histoire) est intitulé « l’économie en question ». Le travail se fait dans le cadre du réseau dans lequel évolue notre association.

 

Un séminaire mensuel sur la raison économique se réunit depuis le printemps 2006 à notre siège social. Y participent l’Association lyonnaise d’éthique économique et sociale (ALEES), l’initiative pour repenser l’économie » (IRE) menée par Pierre Calame, directeur de

la Fondation Charles
Léoplod
Mayer pour le progrès de l’homme (FPH) et par
Paul Dembinski
qui dirige l’Observatoire de la finance (OBF) à Genève et publie
la revue Finances
et bien commun.

 

Dans le cadre de ce séminaire, avec une petite dizaine de collègues professeurs d’économie et de gestion en activité ou en retraite, je contribue à l’œuvre collective en apportant des contributions sur l’éthique économique (sur laquelle j’ai naguère publié deux ouvrages, L’économie au défi de l’éthique, en 1989 et Les paradoxes de l’économie, en 1995) et je creuse la question des mobiles de l’action économique (je dispose aussi pour cela d’une chronique trimestrielle dans
la revue Economie
et humanisme où je m’efforce depuis quelques années de déployer ce thème à partir de l’actualité des événements et des publications.

 

Dans la perspective d’engagements à venir d’enseignement et de communication dans des colloques, je travaille actuellement la question du bien commun. Cette expression qui était fortement disqualifiée dans les années 1960 et 1970, avec le structuralisme et le positivisme régnants, fait depuis lors un retour de plus en plus insistant dans les domaines des savoirs économique, gestionnaire et politique. Les raisons de contexte sont évidentes : la prégnance d’une mondialisation complexe, un nihilisme qui s’exprime dans des formes qui vont jusqu’au terrorisme, le cynisme des pratiques financières, les menaces écologiques.

 

Mais peut-on aller au-delà d’une formule rassurante ou d’un simple doublet de l’intérêt général ? Il faut d’abord se rappeler son origine avec son expression philosophique, presque disparue de la culture, d’un bien diffusif de soi par sa nature transcendante. Or on est pris dans une contradiction. Un acquis essentiel de la civilisation occidentale est la reconnaissance du sujet individuel comme juge en dernier ressort par sa conscience de ce qu’est le bien. Il n’est pas difficile de montrer que c’est à la fois un héritage de la tradition chrétienne et de la modernité séculière.

 

On sait comment la philosophie d’un John Rawls a tenté de fonder un principe de justice sans référence au bien. Reprenant l’hypothèse du contrat social, Rawls a, en effet, imaginé la situation théorique du voile d’ignorance. Des partenaires désencombrés de leurs particularismes sont supposés élaborer les principes de justice. Le premier principe de justice sur lequel se fait l’accord est le principe d’égalité. Accord facile dans le contexte de la modernité démocratique, mais qui devient plus délicat quand il s’agit de sa compatibilité avec le principe de liberté. On sait que le libre exercice de l’efficacité des talents aboutit à des inégalités importantes et conduit au darwinisme social. On sait aussi que dans une société libérale l’introduction de règles du jeu n’aboutit qu’à une très problématique égalité des chances. Les partenaires sous voile d’ignorance vont-ils pouvoir fonder, comme le pense Rawls, un principe de différence dont le jeu démocratique inspirerait des correctifs à l’avantage des plus défavorisés ?

 

Le débat philosophique, notamment dans le courant communautariste américain, montre  que la situation de voile d’ignorance qui désincarne les individus en les privant de leurs particularités les empêchent par le fait même d’accéder à un tel principe de différence qui tel que défini par Rawls suppose une conception du bien commun.
 


 

Il n’y a alors aucune issue théorique à ce problème. La seule issue me parait d’ordre pratique et politique dans la ligne d’une éthique  reconstructive. Encore faut-il le justifier.

 
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  • : Mythes, articles à partir des mythes, réactions sur le site Mythes fondateurs http://mythesfondateurs.over-blog.com/ Le mythe et le conte sont la parole dans sa première gestation. C'est pourquoi, si la parole est malade, comme le dit Vittorio Gasman, il devient urgent de revenir à ses fondements qui sont encore à notre disposition, à travers les mythes et les contes. Lorsque la parole ne fonctionne pas, c'est la violence qui gagne. Les mythes et les contes, par l'apprentissage du processus symbolique qu'ils proposent, sont là pour nous aider à faire sortir la parole de la violence. C'est de la naissance de l'homme lui-même dont il s'agit.
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