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5 février 2007 1 05 /02 /février /2007 18:36

 

La démocratie 

Texte sur le site Mythes fondateurs : http://mythesfondateurs.perso.cegetel.net/

En période d’élection, savoir ce que parler veut dire

    

La parole nous échappe au moment même où nous en avons besoin. Elle nous file entre les doigts lorsque nous égrenons le chapelet de nos revendications. Et pourtant, en cette période d'élection, elle peut trouver une place inattendue. Dans le brouhaha de ceux qui voudraient nous séduire, balançant entre le pour et le contre,  comme les cloches qui sonnent à la volée, un espace de démocratie nous est offert si nous acceptons d’abord de faire silence et d’écouter pour réapprendre à parler. Une fois encore nous solliciterons en priorité les mythes égyptiens qui sont, avec ceux de la Mésopotamie aujourd’hui malmenée, à l’origine de la culture méditerranéenne. Ce sont eux qui ont nourri la pensée grecque et la réflexion juive avant même la naissance du christianisme.

 
 Commencer par ouvrir l’espace du possible

 Chez les Égyptiens, la parole créatrice s’enracine dans un monde où tout est encore possible. Le Nouou, oscillant entre les ténèbres et l’Océan primordial, est le père ou la mère de tous les dieux. Il n’existe pas vraiment et pourtant il n’est pas rien. Il est indétermination, indifférenciation et pure puissance, en attente d’un surgissement de vie.  Comme la nuit, le Nouou est le lieu primordial de toute gestation. Dans le creux des ténèbres, la lumière, principe de toute création, se prépare en se condensant, jusqu’à ce qu’un astre majestueux, fait de lumière étincelante et débordant d’énergie, s’élance dans les cieux sous les yeux médusés des dieux qui accèdent à l’existence, dans le sillage de l’astre qui embrase l’univers tout entier.   Mais la lumière continue à faire sa place au Nouou et donc à l’espace du possible, à l’intérieur d’elle-même. Car la création ne se fait pas une fois pour toutes ; elle se poursuit au fil du temps. Elle doit donc continuer à s’appuyer sur l’espace infini du possible pour se déployer dans la durée. C’est pourquoi le signe du déclic de la parole créatrice est le lien qu’elle établit dès de départ avec ce qui n’existe pas encore, pour rendre possible le changement et susciter l’espérance.

 Faire rêver ou le temps de l’artiste

 De manière étonnante, la parole, pour atteindre la réalité, doit passer par le rêve. Un très beau conte arabe met en scène deux rêveurs. Le premier, un paysan misérable, vient de Perse. Sous la poussée d’un rêve merveilleux, il s’en va, traversant les déserts et les périls de toutes sortes, vers la grande ville du Caire où un trésor lui est promis. Malheureusement, le trésor n’est pas à l’endroit indiqué et notre homme va se jeter dans le Nil, au moment où un mendiant le soustrait à la mort. Que se passe-t-il ? Les réponses succèdent aux questions et le mendiant raconte son propre rêve à celui qu’il vient de remettre sur le chemin de la vie. Aussitôt la lumière surgit dans  l’esprit du paysan désespéré : il doit retourner chez lui. Son trésor est son manque et le manque, s’il l’intègre, sera  le moteur qui l’entraînera vers tous les trésors de la vie.  Avant de s’avancer dans son œuvre de création, Rê, le Soleil, se transforme en artiste. Portées par les ailes du rêve, les formes qu’il invente deviendront la réalité de demain. Aussi la parole qui ne fait pas rêver est-elle mensongère et stérile ; en voulant échapper à l’illusion pour rester accrochée à la réalité d’aujourd’hui, elle nous condamne, à moyen et à long terme, à tourner en rond et à mourir à petit feu.

 Penser avec le cœur

 Après le temps de l’imaginaire, la parole suit le chemin de la pensée. C’est dans la pensée elle-même qu’elle va être engendrée. Que peut être une parole qui n’est pas portée par une pensée ? Et les mythes égyptiens nous disent que l’engendrement ou la conception de la pensée est faite par le cœur et non par la tête. S’il est une intuition fondamentale, dans cette culture en plein surgissement, c’est que l’amour est le fondement de toute chose et de tout être vivant. Aussi le désir a-t-il ici une place primordiale jusqu’à ce qu’il devienne réellement désir de l’autre. Un mythe nous raconte qu’Isis, la grande déesse féminine, éprouve un sentiment d’amour pour Atoum (Rê). Elle voudrait bien connaître son nom. Mais Atoum, qui a tout créé, est impénétrable. Il se suffit complètement à lui-même et la déesse pense qu’il lui manque quelque chose pour devenir un véritable dieu. Elle peut prouver qu’il n’est pas parfait ; il commence à vieillir au point que sa bave tombe sur le sol. Elle recueille donc une parcelle de ce produit divin, le mélange à de la terre et en fait un serpent encore inerte, dessiné comme un trait d’écriture. Elle le met à une croisée des chemins où passe le soleil. Lorsqu’Atoum arrive à proximité, l’animal prend vie, se dresse et le pique profondément, introduisant la mort dans son corps encore intègre. Violemment interpellé, le Seigneur de l’univers s’étonne, crie, se demande ce qui lui arrive. Le voici subitement plongé dans l’ignorance. Toute sa suite est en émoi. Il ose appeler à l’aide. Seule Isis propose son appui ; elle assure qu’elle peut le guérir mais il faut qu’il lui communique son nom. Or le nom est incommunicable. Le Dieu s’esquive, décrivant ce qu’il fait, le matin, le soir, à midi et au cœur de la nuit. Cela ne saurait suffire. Alors, mis au pied du mur, le Grand Soleil demande à la belle Isis de lui prêter ses oreilles : comme en un geste d’amour, il y glisse son nom dans le plus grand secret. Seul Horus pourra le recevoir à son tour. Satisfaite, la déesse se met à l’ouvrage : elle fait s’écouler dans la terre le poison qui trouble le désir et inscrit dans le nom la marque indélébile du manque. En perdant sa toute-puissance, le Seigneur de la terre et du ciel atteint enfin la perfection : il est stimulé par le désir de l’autre et devient capable du véritable Amour.

 

   La question accoucheuse de la Pensée

 La conception de la pensée, sous l’impulsion du cœur, ne suffit pourtant pas à faire naître la parole. La pensée est encore confuse et enveloppée du voile de l’inconscient. Plus qu’un voile, il s’agit même d’une coque résistante. Il est nécessaire de la soumettre à la question. Dans un mythe, qui concerne Neith l’archère, Atoum lui-même est encore caché dans un œuf. La mère qui l’a conçu de sa propre chair a besoin d’aide pour le faire passer de l’inconscience à la conscience. Elle imagine des dieux questionneurs pour l’accompagner dans sa tâche comme de véritables accoucheurs, et en fait des dieux primordiaux qu’elle appelle « les ignorants ». Maïeuticiens, véritables « Socrates » avant la lettre, psychanalystes divins, ils sont les révélateurs de la pensée profonde de la déesse, détentrice du savoir et « auteure » de la création du Soleil incandescent de lumière.

 Revenir à la langue universelle des symboles

 
Révélée à elle-même, la pensée en vient à se transformer en parole créatrice. C’est alors qu’elle passe du cœur dans la bouche : la langue lui donnera un corps de vibration où prédomine la voyelle, et les dents, pourvoyeuses de consonnes, en assureront l’articulation. Pour le mythe, les dents du dieu créateur représentent l’Ennéade, c’est-à-dire les structures fondamentales de la création après avoir été les dimensions essentielles de la divinité. Elles donnent naissance aux grands symboles sous-jacents à  la langue. Ils sont reliés les uns aux autres, fonctionnant par paires où gît l’opposition : haut et bas, ciel et terre, feu et eau, vie et mort, féminin et masculin, désir et manque, savoir et non savoir, rêve et réalité, interdit et transgression… Aussi, pour être comprise, la parole devra passer par les symboles dans leur liaison faite d’opposition et de complémentarité, utilisant les ressources de l’image pour favoriser la compréhension. Autrement dit, elle devra, autant que faire se peut, revenir à la langue universelle que tout le monde comprend, parce qu’elle est inscrite, comme un donné fondamental, dans le corps de chaque individu. Le symbole donne à voir, unit le corps et l’esprit, alors que l’abstraction et les termes trop abstraits effacent le corps.

 Mettre ses idées dans la circulation de la parole

 Les paroles sont les véhicules de l’idée, issue de la pensée. Privées de l’idée, elles s’enferment sur elles-mêmes, se transforment en rhétorique et ne véhiculent plus rien. Il semble aujourd’hui que trop de formations supérieures, préparant aux responsabilités de l’État et de la société civile, insistent exagérément sur la manière d’exposer et de communiquer, oubliant l’élaboration de la pensée et le moment essentiel de la question. Le sujet est annulé pour mieux réussir à convaincre. La technique et la technocratie qui la relaie tendent à remplacer les idées. Et, en définitive, le faire, sans doute essentiel, se substitue à la création parce que la parole créatrice a perdu sa place. Neith, la déesse, qui, dans certains mythes, a mis au monde le soleil, s’est efforcé de le faire connaître, en l’introduisant dans le champ de la parole.  Pour exister, sa mise au monde ne suffisait pas : il fallait, en plus, que son nom circule dans le monde de la parole. Personne ne peut maîtriser la circulation de la parole. Mais celui qui a la prétention de parler, doit pourtant, dans un acte de foi, lui faire confiance à tout prix, s’il veut que ses idées circulent et puissent, un jour, transformer le monde.

 Affronter ceux qui veulent votre mort car ils peuvent vous rendre le plus grand des services

 Sans doute, le heurt des paroles, surtout dans une campagne électorale, est-il à la limite du supportable. Tous les coups semblent permis pour faire chuter l’adversaire. Les mots deviennent des armes qui peuvent détruire. Il est vrai que le respect de l’autre devrait être une règle d’or dans les joutes de la parole. Mais faut-il s’étonner des débordements de violence sournoise qui sont autant d’obstacles pour endiguer la victoire de l’autre ? Les Égyptiens se sont beaucoup interrogés sur la force de mort qui troublait les rapports sociaux, en introduisant le désordre. Ils en ont même fait un dieu au nom de Seth. Supportant mal la place privilégiée de son frère Osiris, Seth a fini par le mettre à mort et même à le découper en morceaux, dispersés dans toute l’Égypte. En recomposant son mari avec les morceaux retrouvés, Isis lui a permis de revivre et a réussi à être fécondée par le sexe qui manquait, signe d’un passage subtil de la reproduction à la fécondation par la parole. Plus encore que les autres, Horus qui est ainsi venu à l’existence, était d’ascendance divine. Mais il a dû subir les coups renouvelés de Seth, le frère de son père. Les procès succédaient aux procès et les décisions n’étaient jamais appliquées. Finalement, les dieux firent appel à Osiris, désormais maître du ciel et des enfers. Ils avaient fini par comprendre que lui seul avait les qualités pour être médiateur parce que, chez lui, à travers le passage de la mort à la résurrection, était illustrée la capacité de la force de mort à devenir une force de vie. Le mystère de Seth commençait ainsi à être résolu en même temps que le mystère de la vie lui-même. Grâce au nouvel espace de la parole ouvert par le médiateur, un autre procès put avoir lieu. Une fois encore, il donna raison à Horus et, en définitive, ce fut Seth, qui énonça la sentence, reconnaissant à son neveu les privilèges de son père. Il venait de comprendre que c’était, pour lui, la seule façon  de trouver sa propre place, que les autres ont fini par lui reconnaître. Et, pour faire bonne mesure, Atoum le prit avec lui : Seth faisait peur à tout le monde en provoquant le tonnerre, mais le tonnerre était le signe annonciateur de la pluie, qui est force de vie. La leçon de ce mythe était la suivante : lorsqu’on accepte la mort, la force de mort qui fait peur se transforme en force de vie. En acceptant d’affronter ceux qui veulent votre mort, vous vous préparez à entrer dans le mystère de la vie.

 Reconnaître l’autre pour en faire un sujet de parole

 Après la traversée de la mort, la parole peut atteindre son but : faire de l’autre, en le reconnaissant, un sujet de parole. Existe-t-il une meilleure manière de désigner celui qu’on appelle le citoyen ? Aussi est-il important que les candidats sachent que c’est cela que nous attendons de leur campagne. Il leur appartient de nous faire exister pendant et au-delà du temps de parole qui leur est concédé. Ce sera leur première victoire annonciatrice de la seconde. Car nous voterons  en grand nombre pour celui ou celle qui donnera la parole à chacun et surtout à ceux qui ne l’ont jamais eue jusqu’ici. Alors, comme dans tous les mythes, ce sera une grande fête : la fête de la démocratie retrouvée, où chacun aura l’espoir de découvrir enfin sa place, dans le logement, le travail, la vie privée et la vie publique, en devenant réellement sujet de parole. Utopie sans doute mais l’utopie construit l’avenir.

 Etienne Duval

  Le 5 février 2007

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commentaires

E
Je suis d'accord avec toi Jean-Claude. Mais ce que tu souhaites est très difficile parce que cela ne colle pas avec l'image que l'on se fait du politique. Une des tâches urgentes, aujourd'hui, est de remettre en cause nos images pour pouvoir changer la réalité.
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J
Oui, la parole créatrice, comme la lave d'un volcan, surgit des flancs et des sommets de nos montagnes intérieures, des fractures de nos coeurs et de nos rêves . Elle s'exprime de façon privilégiée dans la poésie qui est l'art de sculpter la réalité avec le ciseau de l'imaginaire . Les philosophes comme les hommes politiques devraient d'abord être poètes...
Jean-Claude
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E
J'ai bien conscience Bruno que je n'ai abordé qu'un petit aspect des problèmes que soulève la campagne électorale. Je pense pourtant que le problème de la parole n'est pas marginal. La plupart du temps, on est dans la rhétorique et la communication mais peu dans la pensée et très peu dans ce que j'appelle la parole créatrice, qui a un pouvoir beaucoup plus subversif qu'on ne le croit. La parole subversive sait créer les décalages pour ouvrir d'autres fenêtres, qui restent malheureusement fermées, pour une bonne part, d'un côté ou de l'autre.
C'est vrai qu'après, il reste tout le problème du contenu : libéralisme, antilibéralisme, économie, social, éducation, Europe... Pour ma part, il me semble qu'il faut sortir de notre hémiplégie traditionnelle, qui passe de l'économie au social, sans les tenir ensemble, à tout moment. C'est pourquoi Bayrou attire beaucoup de gens, mais, à mon avis, il n'est pas assez suversif pour transformer radicalement la vie politique. Dans tous les autres domaines, il est important aussi de se tenir dans l'entre-deux parce que c'est là que sont les dynamiques : antilibéralisme/libéralisme, décentralisation/centralisation (je remarque, en certains domaines, une centralisation forcenée et bureaucratique qui annule l'effort de décentralisation et détruit toute marge de manoeuvre, y compris pour les régions, dans le domaine de la formation, par exemple), Europe et mondialisation/individualité nationale, éducation/recherche (couple fondamental). Et naturellement, il convient, à mon sens, de bien réserver la place du sujet au centre : c'est à ce niveau qu'est le point crucial aujourd'hui face au phénomène de la mondialisation car il y a ici un risque énorme de perte de liberté.
Mon objectif est d'introduire le débat et, comme tu le sais, le blog est un merveilleux instrument.
Répondre
B
Etienne
 

je raisonne par tiroir.
 


 

Si je travaille sur les champs d'humanisme, de théologie, d'histoire (les plus fréquents dans mes deux heures quotidiennes ) je suis pleinement d'accord avec ton texte et il m'enrichit
 

Sur ce plan, je ne voudrais pas trop juger les différents candidats qui ont tous leurs heures de sincérité humaine, même s'ils sont des machines à gagner médiatiquement et aussi des machines d'ambition (car on ne peut pas faire longtemps de la politique sans une certaine ambition. pour ma part c'est parce que je ne veux plus en avoir que je suis un petit militant de quartier, qui ne veut pas se retrouver coincé dans 25 réunions mensuelles et qui se contente d'un devoir hebdomadaire qui est aussi un plaisir limité de faire des contacts dans les HLM du coin et dans la ville pendant une ou deux heures par semaine).
 

Je ne doute pas que Sarkozy ait une ou deux heures dans le mois où il ait une écoute des autres et un sens du dévouement à la République. Bayrou aussi, S'golène certainement aussi.
 

Les deux candidats à mon avis les plus capables de l'écoute et de la pensée venant du coeur dont tu parles sont à mon avis J Bové et MG Buffet. D'autres peuvent penser autrement.
 


 

Mais malheureusement ce n'est pas comme ça que je peux les classer pour le jour où nous allons être 30 millions une minute dans l'isoloir du premier tour. Là je dois sortir un autre tiroir. Lequel est aujourd'hui capable de lancer une dynamique politique mettant sérieusement en cause pour quelques années les statu quo très favorables depuis la dérive des années 1989-1991 au libéralisme qui rend saoule la société et la vie de nos enfants? Sur ce plan je préfère reprendre la logique marxiste pour son efficacité.
 


 

Quant à mes jugements sur la bourgeoisie et une certaine façon d'aborder le discours électoral d'aujourd'hui qui était ma critique, je sais trop bien que tu es d'une génération flambée, comme moi pour la bourgeoisie (même si l'action catholique nous a appris les multriples nuances entre bourgeoisie des villes, petites bourgeoisis des campagnes... bourgeoisie branchée sur de nouveaux styles. Là dessus ton texte que je vois arriver parmi mes mel politiques qui sont nombreux me faisait espérer une analyse politique pour la société actuelle, et pour les champs d'insertion ou culturels dans lesquels j'admire ton impact et la finesse de ce que tu fais. si tu pouvais être quelques heures militant politique ! sans que cela ne brûle ton action par ailleurs...
 


 

Je cherche pour ma part à être entendu tantôt comme militant chrétien, indépendant de ses opinions politiques et tantôt militant politique, quelles ques soient mes posisitons religieuses qui brouillent le regard de certains.
 


 

Sur le champ chrétien il est vrai que mon défi est de faire une théologie croyante en même temps que matérialiste... le mot marxiste, juste en politique, l'est moins pour moi dans ma philosophie propre. Je n'ai lu Marx que dans les écoles élémentaire et moyennes du parti d'il y a 30 ans. J'ai été certainement imbibé plus que je ne le crois mais alors je suis aussi marxiste que des millions de gens qui ont été imbibés comme moi au XX e siècle.
 


 

amitiés   
 


 


 


 
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E
Je te remercie, Bruno, de faire part de tes réflexions même si elles sont peu amènes pour moi. Mais je suis prêt à me remettre en cause. En fait, je n'ai nullement cherché à faire un texte militant pour orienter les électeurs dans un sens ou dans un autre. Mon propos était plus modeste : celui de faire réfléchir les uns et les autres sur la parole. Il m'a semblé en effet que les mythes égyptiens nous apportent sur ce sujet des indications plus intéressantes que la philosophie grecque. Pourquoi cherches-tu à tout ramener à une analyse marxiste, qui expliquerait de contenu de ce que j'écris par mes racines chrétiennes et bourgeoises. Je te signale que je ne suis pas de famille bourgeoise et que j'ai passé plus de vingt ans dans des banlieues parfois très difficiles et que j'ai habité de longues années dans les HLM. Si je connais bien la théorie de l'idéologie, je n'aurais pas dû m'égarer dans le sens où tu le dis.
Mais je reviens à la parole. Pourquoi ne pas me faire confiance dans l'interprétation des textes égyptiens ? Il est possible qu'ils soient proches de la théologie chrétienne mais je n'y peux rien. Ce que je cherchais à savoir c'est si nos candidats sont dans la parole et si nous le sommes nous-mêmes lorsque nous intervenons dans la campagne des élections. C'était là ma seule problématique en m'appuyant sur les mythes égyptiens. Or la parole des Egyptiens nous renvoient d'abord à une écoute inconditionnelle des autres pour sortir de nos cadres préfabriqués et nous ouvrir à tout l'espace du possible. Entre nous, je sens parfois, chez toi, une sorte d'enfermement dans les cadres marxistes, qui, même s'ils sont pertinents pour certaines réalités, brident le regard pour d'autres. Ensuite, ils pensent que le rêve est une étape essentielle dans l'éléboration de la pensée. Bien plus, pour eux, me semble-t-il, il n'y a pas de parole sans pensée. Or combien de paroles sont dépourvues de toute pensée et sont de la pure rhétorique ou le reflet de théories toutes faites. Bien plus la conception de la pensée vient avant tout du coeur, avec une métapysique qui définit tout à partir de l'amour. On peut se demander, à partir de cela si nos politiques sont proches des gens par le coeur et sont capables de compassion. Enfin, et je ne veux pas aller jusqu'au bout, la question est essentielle pour révéler le contenu de la pensée de l'autre et la faire évoluer vers la parole.
Je conçois avec toi qu'il y a un hiatus entre mon texte et le discours politique habituel, mais pourquoi ne pas introduire un décalage pour amener l'autre à se poser des questions ?
De toute façon j'accepte bien volontiers tes critiques même si je ne suis pas forcément d'accord, parce que je connais ta bienveillance.  
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B
mes réactions;
1° je me suis régalé à reprendre toute cette théologie égyptienne entrevue pendant un voyage récent dans ces lieux magnifiques.
2° j'y trouve une spiritualité très sympathique pour nos temps "modernes"
3° elle me renvoie, pour la bataille politique très sérieuse que nous vivons et les enjeux graves de ce début de siècle, entre le libéralisme et l'antilibéralisme, les gens sans logement, les jeunes précaires, les cortèges de licenciements, etc... à cette question que je me pose depuis longtemps
comment se fait-il que les gens qui ont une telle maîtrise des raccourcis qui mènent vers le ciel, sont aussi éloignés des grandes autoroutes de la terre? comment se fait-il que les gens qui voient si juste pour les choses de la religion voient si brouillé, si tordu parfois, pour ne pas dire autant à l'envers?
en effet ton texte est issu d'une profonde culture chrétienne et bourgeoise.
mais mes contacts catho et bourgeois sur abondants me permettent de voir que beaucoup sont volontairement égarés derrière la tentation Bayrou , ou (un peu mieux) derrière le chemin tranquil de Royal, ou dans diverses démarches protestataires inabouties (Laguiller) ou dans un nihilisme écolo sans débouché.
ton texte ne serait pas de nature, il me semble, à les motiver pour s'engager vers des voix nettement antilibérales. et pourtant il peuvent avoir le choix... Bové, Besancenot ou mieux MG Buffet...
beaucoup de choses sont brouillées. même pour toi , ton texte ne laisse pas de chemin vers l'action présente.
pourtant la campagne urge. les médias nous saturent et il est indispensable d'aller passer des heures dans les HLM... et ailleurs que dans les HLM
excuse ces réaction peut-être peu gentilles
je t'enverrai peut-être prochainement notre blog de l'Ouest lyonnais mais il est difficile de trouver les mots justes, suffisamment proches des révoltes qui couvent, de l'action nécessaire et en même temps d'un espoir d'une perspective de faire bouger effectivement notre société. peut-être trouveras-tu nos mots et nos paroles insuffisants
 
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E
Josiane, j'ai du plaisir à te lire en découvrant tes propres pistes de réflexion sur la parole et le corps. Je suis d'accord avec toi lorsque tu soulignes la nécessité de la proximité pour donner chair à ce qui est dit. D'accord aussi sur la parole qui permet d'éviter la barbarie, au prix d'un nécessaire affrontement.
C'est vrai que je me bats pour lancer et maintenir le débat. C'est un exercice de pensée et de démocratie. Je te conseille de lire les messages envoyés pour la mort de Jean-Louis, un ami de longue date : je suis émerveillé par ce qu'ils révèlent de profondeur dans l'amour et la pensée.
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J
"Ce que parler veut dire..."il convient de se poser la question en ces temps de "communication " à tout va ! Le préfixe "co-" , me paraît souvent oublié , quand on ne parle pas sur l'autre au lieu de le laisser s'exprimer ! C'est souvent le cas pendant les campagnes électorales...
Merci pour tes analyses éclairantes et les recherches que tu as faites sur les mythes fondateurs.
Toute leur richesse m'échappe , cependant ,je me permets de te dire que je te rejoins complètement  lorsque tu expliques que la parole est inscrite dans le corps et que le symbole unit le corps à l'esprit. (Je le constate, aussi, avec mes élèves en difficulté.) Edith Piaf incarnait ses chansons , me semble t-il. D'où l'importance du contact avec le candidat : le voir , l'entendre et pas seulement lire ses propositions. Echanger avec lui comme sur TF1 le lundi soir? Pourquoi pas? (Hélas , pas de question sur l'Europe et l'International posée à S. Royal...Pour quelles raisons?)
Du débat , de l'affrontement  naît la possibilité de continuer , de sortir du blocage. Oui . La parole peut éviter la barbarie. "Un mauvais accord vaut mieux qu'un bon procès" : cette formule le dit , je crois. Mais une parole sincère , qui engage où le fond est plus important que la forme. Nous sommes renvoyés à nos devoirs de citoyens : nous devons exiger cette parole vraie!(J'ai perdu quelques forces /illusions pour le faire...)
Je vois que tu n'as pas perdu espoir , que tu te bats toujours en animant ce forum  /blog : courage pour continuer ! Pas d'avenir sans utopie , de toute manière...
 
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E
Merci de toutes ces précisions et de ton propre apport dans le débat. J'apprécie ta rigueur et la justesse de tes propos.
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M

Je vais essayer de reprendre ton texte point par point.

La parole nous échappeC'est le premier signe qu'elle n'est pas objet de possession.

Ce sont les mythes égyptiens qui ont nourri la pensée grecque et la réflexion juiveUne bonne occasion pour rabaisser quelques orgueils.

Le premier déclic de la parole créatrice se fait lorsqu'elle établit un lien avec ce qui n'existe pas encoreLa parole ne double jamais ce qui est : elle postule toujours une béance par rapport à ce qui est. Cette béance est alimentée par ce qui n'est pas, ce qui n'est plus, ce qui n'est pas encore, ce qui pourrait être et ce qui pourrait ne pas être...

La parole pour atteindre la réalité doit passer par le rêveOui, je suis entièrement d'accord.

En voulant échapper à l'illusion pour rester accrochée à la réalité d'aujourd'hui, la parole...La dyade illusion/réalité est mortelle. Elle est différente de la triade qu'introduit un rêve actif.

Les mythes égyptiens nous disent que l'engendrement de la pensée est faite par le coeur et non par la tête. Cela est essentiel et ce n'est pourtant pas ce qui se passe aujourd'hui.

La langue donnera à la parole un corps de vibration et les dents pourvoyeuses de consonnes en assureront l'articulationC'est vrai que la vibration est un mode d'union mais je ne vois pas bien ce que tu veux dire exactement. S'agit-il du rapport corps/âme, masculin/féminin ? Je parlerai plutôt de la vibration et du rythme.

La parole doit passer par les symboles dans leur liaison faite d'opposition et de complémentarité, utilisant les ressources de l'imageC'est peut-être ce qui interdit de réduire le symbole à une ou même des images et ce qui inscrit le lien avec la vie et la relation, ou la vie de la relation.

L'abstraction et les termes trop abstraits effacent le corps (ou prétendent le faire)Oui si le corps implique justement la vie et la mort dans le temps. Nous crevons de l'abus d'abstractions.

Mais celui qui a la prétention de parler doit pourtant lui faire confiance à tout prix (à la parole et à la circulation de la parole)Oui, il faut faire confiance à son origine, à sa structure et à sa force créatrice.

Isis a permis à Osiris de revivre et a réussi à être fécondée par le sexe qui manquait, signe d'un passage subtil de la reproduction à la fécondation par la paroleCela est peu clair

En acceptant d'affronter ceux qui veulent votre mort, vous vous préparez à entrer dans le mystère de la vieNe penses-tu pas que c'est trop allusif et trop mystique ?

Après la traversée de la mort, la parole peut atteindre son but ; faire de l'autre, en le reconnaissant, un sujet de paroleOui, je suis tout à fait d'accord.

Nous voterons en grand nombre pour celui qui donnera la parole à chacun et surtout à ceux qui ne l'ont jamais eue jusqu'iciAttention ! A quelles conditions ?? Ces conditions ce ne sont pas les pseudo-débats, les pannels bidons, etc.

En effet, les conditions concrètes de :- l'écoute de la parole des "sans voix"- l'échange des paroles- l'échange des engagementsne sont pas réalisées.

Pourquoi ?- Qui veut vraiment entendre ?- Qui veut vraiment parler ?- Qui n'a pas encore vu l'intérêt de ce mode de parole ?- Qui a intérêt (à court terme) à ce que cela ne se fasse pas ?- etc...
Répondre
E
Je crois que tu as raison d'insister sur l'écoute. Et c'est vrai que de ce point de vue il y a un abîme entre le mythe et le discours politique. Mais le discours politique doit bien être une parole qui s'adresse à des sujets. Et il me semble alors que le mythe est un bon outil pour vérifier si ce discours obéit aux structures de la parole que révèle le mythe. C'est uniquement cette vérification qui m'intéresse.
En définitive, je reconnais tout à fait que c'est l'écart que tu repères qui a fait et fait difficulté pour le lecteur.
Répondre
M
Bonjour Etienne, Deux mots après lecture de ton texte, puisque la parole s'enracine dans l'écoute. On n'écoute pas de la même manière un mythe égyptien ou son interprétation et un discours électoral. Le premier se reçoit dans la disponibilité,  demande de la fraîcheur, de la "jeunesse".  Il peut nous "parler" ou pas. Le second exige un esprit critique, du "travail" pour acquérir un minimum de connaissances historiques, économiques... une réflexion personnelle sur le monde que l'on veut construire. Ta manière de lier les deux approches est un peu dérangeante mais donne à réfléchir... Mireille 
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P
Merci de tes remarques. Elles sont bien venues car elles me montrent mes insuffisances dans l'écriture pour me faire domprendre.
Le signe du déclic de la parole créatriceJe pensais à tort que c'était clair. Je venais de parler de la nécessité de revenir à l'espace du possible pour toute nouvelle création. Or la parole est une démarche qui devrait être créatrice. Un premier signe qu'elle pourra l'être est donc son ouverture du possible. Est-ce que dès le départ elle laisse penser qu'il y a du jeu pour que les choses soient possibles ?Le trésor est son manqueC'est vrai que j'ai fait un raccourci. Tout devait se passer chez lui et plus précisément en lui. C'est là qu'il fallait creuser car le trésor n'est pas quelque chose d'extérieur qu'on va chercher ailleurs. C'est d'abord son manque qui est le moteur du désir. Le mendiant était la figure du manque et c'est cela qu'il a fini par comprendre. Mais je ne peux pas faire toute l'analyse du conte dans un texte comme celui-ci. Je pense qu'il faut faire un minimum  confiance à celui qui écrit !
Ce que tu suggères à la fin de chaque chapitreCe que tu demandes est à la tête du chapitre. Autrement dit, il me semble que ce que tu souhaites existe déjà dans le texte.
Le côté abstrait du texteC'est vrai que c'était un gageure de me référer à des mythes égyptiens qui sont difficiles. J'ai essayé tout de même de rendre le texte plus concret en racontant des histoires et en essayant de l'exprimer à travers des images. Il me semble que l'écrit est intéressant lorqu'on laisse un peu deviner les choses par le lecteur. La trop grande clarté peut être le signe d'une pauvreté de la pensée et en tout cas contraire à une certaine forme de pédagogie, qui doit introduire un peu d'obscurité pour amener celui qui lit à être acteur dans sa lecture. Enfin, c'est mon point de vue.
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P
J'ai ressenti à plusieurs reprises des ellipses trop importantes. Je  veux dire que, parfois, en prolongement d'une explication, tu passes  à une déduction dont on ne voit pas le lien avec ce qui précède.  C'est le cas dans la conclusion, en gras, du chapitre "Commencer par  ouvrir l'espace du possible" :  il est question du "signe du déclic  de la parole créatrice"..  alors qu'avant il n'a pas été question de  ce signe du déclic et qu'on ne voit pas, à priori de quoi il s'agit.Dans le chapitre suivant où il est écrit à propos du paysan  misérable, "son trésor est son manque.." alors que ce manque n'a pas  été évoqué auparavant, qu'on ne peut que le déduire sans être sûr que  cette déduction corresponde à ce que tu veux dire.De même, dans le chapitre suivant, dans l'avant-dernière phrase, le  "manque" est évoqué comme une marque indélébile, sans que l'on sache  ce que cela recouvre puisque ce manque n'a pas été ni évoqué, ni  défini auparavant.Enfin, je suggère qu'en fin de chaque chapitre, soit formulée, en  gras, une phrase qui résume l'idée-clef du chapitre, de sorte qu'en  réunissant les phrases en gras, on dispose de l'essentiel du message.  En effet, le contenu étant très abstrait, cet essentiel n'est pas  évident de prime abord.
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E
Merci de ton commentaire.
Sur l'abîme entre la parole et les électionsJe me suis posé la question en écrivant, mais je n'ai pas été arrêté pour plusieurs raisons :- La période d'élection d'un président de la république est un temps de parole et il est souhaitable qu'elle le soit.- Toute parole, même collective, s'adresse à un sujet- Il me paraît souhaitable que la parole politique soit une vraie parole : elle a, en tout cas, l'avantage de nous faire éventuellement entrer dans un dialogue. La vraie parole me semble être un dialogue.Il y avait donc un enjeu à poser le problème de la parole à l'occasion d'une campagne électorale.
Où était l'enjeu ?Il était multiple :- Vérifier que nous sommes bien dans la parole- Réhabiliter une parole créatrice et ne pas en rester simplement à de l'information et de la communication- Engager éventuellement chacun d'entre nous à entrer en parole : c'est l'avantage du blog et c'est pourquoi je suis heureux que tu aies réagi.Il y avait pourtant un abîmeIl était entre la parole des élections et la forme que j'ai donné à ce billet, qui était plus un essai de réflexion philosophique à partir du mythe qu'une parole. En plus le côté ardu du mythe accroissait encore le décalage. Je courais ainsi le risque que le lecteur ne fassent pas le lien et ne réagisse pas. Mais s'il acceptait de se poser et de réfléchir, il me semble que le texte pouvait aider à engendrer une vraie parole. C'est en tout cas ce qui s'est passé pour toi.
La référence chinoiseElle m'intéresse vraiment. J'apprécie cette humanité qui veut dire proximité et compassion. C'est une qualité indispensable aussi pour un président. Mais existe-t-elle vraiment ? C'est un autre problème.
L'apparence et la sincéritéLà, tu rejoins le problème que je me suis posé au départ. Parce que s'il y a vraie parole, il y a sincérité et non seulement apparence. Maistu poses aussi un problème général : la parole n'a-t-elle pas tendance à disparaître ? Et c'est bien le problème sous-jacent au texte que j'ai proposé.
Voilà, j'ai essayé, à mon tour, d'entrer dans la parole.
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J
Tu nous offres un nouveau texte qui cherche une fois encore à raccorder  l’aujourd’hui ordinaire aux paroles des grands mythes et c'est bien. J’ai  longtemps hésité à  répondre ; Qu’en dire ?
C’est sans doute les  mots du titre : « en périodes d’élections » qui m’ont bloqué.  Dans ce texte, tu parles de mythes égyptiens, de contes, des paroles issues de  la pensée qui vient du cœur et non de la tête. Oui, certes ! L’amour comme  fondement. Bien sûr ! L’articulation de la parole après sa conception, les  symboles qui facilitent la compréhension. Evidemment !  Mais les élections dans tout cela ?  Tu les évoques un peu, dans certains § et à la fin de ton texte… Mais il  me semble qu’il demeure un abîme entre les deux sujets. Cet abîme, n’est-il pas la conséquence de la confusion entre le  «personnel », ce qui a trait à la personne, ( à l’individu)  et ce qui est collectif, commun à tous, le politique donc. Le conte, le  mythe nous parle-t-il personnellement dans le secret de notre cœur ou bien  est-il leçon pour la tribu, pour le peuple? Plus exactement : le conte  conduit-il à l’épanouissement de la personne ou à la cohésion du groupe ?  L’analyse que nous en faisons, me paraît ressortir  plutôt du premier que du second.  Pourtant je crois que le conte est en grande partie un vecteur de cohésion,  d’acceptation par les individus des règles de la tribu, de la société (cf  la leçon de stratégie à multiples détentes que constitue aussi le mythe  d'Isis et d'Atoum que tu cites). Mais comme nous sommes, ici en Occident  viscéralement individualistes, nous  préférons nous intéresser à ce qui a trait à notre seule personne. Mais  cela est une autre histoire.  A l’écoute de nos trois principaux candidats et en lisant ton  texte j’ai eu envie de te rapporter cette pensée chinoise, entendue sans  que je puisse préciser son exacte origine, dans le petit et magnifique musée  consacré au Marquis Yi de Zeng, grand amateur de musique, inhumé en  433 av. J.-C., à Leigudun, près de Suixian , actuelle Suizhou , au nord du  Hubei : « Les quatre piliers du gouvernement : la  musique, la connaissance, l’humanité, le  rituel. » Passe sur la musique, « la Marseillaise » ? Passe sur la  connaissance qui ne fait pas de doute dans notre pensée. On peut tiquer sur le  rituel, « rituel démocratique » ou « électoral »? Mais  que dire de l’humanité ? N’est-ce pas en leur humanité, que nos   « candidats possibles » cherchent à nous faire accroire. N’est-ce pas  la différence fondamentale entre le chef de clan et le Président  ? 
Ceci dit, je crois que dans une telle campagne notre problème réside  d’abord dans l’impossible distinction entre  «l'ap- l’apparence » et la  « sincérité » de nos candidats et de leur parole. Ne nous trompons pas  non plus d'adversaire, ce n'est pas l'E.N.A. ou les "technocrates" de Bruxelles  ou d'ailleurs qui constituent notre faiblesse,  c'est notre propre EGO. Je  suis désolé d’être autant rabat-joie, mais leurs paroles ne me font nullement  rêver et ce depuis longtemps et je doute que  nous soyons très nombreux à  voter pour celui ou celle qui donnera la parole à ceux qui ne l’ont jamais eu  jusqu’ici. 
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E
Merci de ta réponse, toujours très intéressante, et qu'on sent soutenue par une forte réflexion personnelle. Je vais essayer de répondre point par point sans trop chercher pourtant à avoir raison.
C'est vrai qu'il vaut mieux avoir accès directement aux textes.Il était pourtant difficile de donner les textes eux-mêmes sans alourdir considérablement le débat. Mais, par contre, je crois que je suis resté assez près du texte tout en facilitant sa compréhension.
Tu te situes dans l'optique d'une analyse historiqueL'analyse historique est longue et toujours insatisfaisante. Nous avons à faire à des textes symboliques. Dans cette optique, je préfère l'approche de la sémiotique qui s'en tient au texte en se disant que tous les éléments sont présents pour accéder à la signification. C'est un choix qui n'exclut pas le choix de l'analyse historique. Sans doute les deux approches devraient-elles se compléter.
Le mythe reste un des points de départ de la penséeLe mythe n'est pas le seul point de départ de la pensée, mais il en est pourtant un qui est fondamental. Il part de la structure symbolique qui soutient la réalité et le langage. Il est inscrit dans le corps. C'est pourquoi il y a une connaturalité entre nous et le mythe, qui n'existe plus avec la philosophie.
Pourquoi passer par les mythes égyptiens ?En ce qui concerne la compréhension de la parole, ils me semblent plus éclairants et plus complets que les mythes grecs. Ils tracent une trajectoire plus exhaustive en montrant les liens de la parole, avec le tout possible, le rêve, la pensée, l'amour, la question, la langue universelle des symboles, la mise en circulation des idées, la mort et finalement la construction du sujet. Ils permettent mieux, à mon sens, de retrouver la dimension créatrice de la parole. C'est vrai que c'est un point de vue personnel que pourraient peut-être contester de bons hellénistes. Je trouve pourtant que l'avantage des mythes égyptiens, c'est qu'ils nous montrent une pensée en train de se faire.
Le mythe n'exclut pas la réflexion philosophique : au contraire il la nourrit en profondeurPersonnellement, je pense qu'il faut féconder la réflexion philosophique en revenant aux mythes. Le gros problème, me semble-t-il, c'est que la philosophie est née du mythe et qu'elle l'a quitté. Elle ne peut pas se couper complètement de ses origines. Pour moi, son renouvellement passe par un retour au mythe un peu comme le christianisme s'est renouvelé en revenant à la lecture de la bible.
Le texte proposé ne veut pas tout résoudreIl est bien évident qu'il faut une analyse précise de la réalité, en particulier au niveau technique. Personnellement, comme je l'ai déjà indiqué dans une autre réponse, je cherchais à poser deux questions :- Est-ce que nos candidats parlent vraiment ?- Comment faire en sorte que ce temps d'élection soit un temps de parole pour un grand nombre de personnes ?Et par derrière, il y a l'idée qu'il faut revenir à une parole créatrice, qui permette de construire du sujet.
Et maintenant, il est déjà tard dans la matinée. Il faut que j'aille faire un peu de marché parce qu'Olivier vient de m'annoncer qu'il vient manger avec moi...
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Y

J’ai lu ton texte qui me pose plusieurs questions sur :-  l’accès aux mythes, égyptiens, entre autres,-  la compréhension des mythes,-  les mythes et les structures de la  pensée,
-  l’histoire des mythes,-  l’utilité générale de passer par les mythes dans la problématique de ta question-  la nécessité de la connaissance des techniques de compréhension et de résolution des questions posées,D’où une attitude plutôt dubitative.Ton texte propose une lecture des mythes que personnellement je ne connais pas. Ces histoires de dieux et de cosmologie, c’est un peu compliqué pour moi. Il faudrait mieux connaître cet univers, pour pouvoir laisser soi-même surgir un sens. Donc, comme pour la Bible, accéder aux textes. Les commentateurs, si talentueux soient-ils, ne remplaceront jamais l’accès direct. Ils peuvent donner envie, guère plus, du moins c’est ma manière de faire.Ceci supposé, ce qui n’est pas une mince affaire et demande disons des années, il reste à entrer dans un autre univers, celui qui a nourri , sans être le seul, l’univers grec ou sémite. Comment ne pas lire ces mythes sans la grille des relectures qui nous ont forgé, et en utilisant pourtant des outils qui en sont certes issus mais plus tardifs, et sans lesquels nous n’arrivons même plus à penser ou  à parler en donnant un sens. Le travail de décapage nous laisse-t-il autre chose que des tessons hasardeux, fruits d’une archéologie peu précautionneuse. Sans parler du problème des traductions qui alimente avec des rebondissements continuels le discours des exégètes.Les mythes ne sont pas au niveau du big-bang de l’humanité consciente. Ils ont aussi leur propre histoire, je suppose. Peut-on se passer de cette lecture historique pour les aborder ? L’histoire des mythes et l’histoire de la pensée construite ( disons philosophique pour faire bref) doivent s’être nourries l’une de l’autre.  Je ne pense pas que l’on puisse bien comprendre (terme approximatif) les mythes sans une histoire de la pensée ou des problématiques qui se posaient alors aux hommes, mais en utilisant des termes qui sont des pièges tant le contexte dans lequel ils étaient saisis et nous-même les saisissons a évolué ou dérivé, comme tu voudras.Alors pourquoi passer par les mythes pour répondre à ta question, à propos du discours électoral ou électoraliste.
Personnellement, ce n’est pas ça qui va m’éclairer.
Je pense pourtant que c’est une approche qui peut alimenter le débat en donnant de l’espace où poser les questions, les questions sur les projets, les enjeux, les choix, et d’abord sur soi-même, personne concernée pour soi-même et personne responsable dans un univers citoyen, ce qui me semble trop souvent, dans le discours actuel, être passé sous silence ou ramené naïvement (ou mensongèrement) au premier point, celui d’un ego dans l’attente d’un toujours plus.Pour faire bref, mon cheminement passerait plus par une démarche philosophique que par la relecture des mythes.Enfin, pour se positionner dans le débat actuel, il reste indispensable d’acquérir un minimum de connaissances techniques dans les domaines abordés,  pour comprendre l’argumentaire des propositions : impôts, dette publique, inégalités, mondialisation, délocalisations, urbanisme, éducation, privé-public, monnaie, Europe, constitution, travail, temps de travail, modèle social, valeurs, environnement, sources d’énergies, etc, etc. L’argumentaire utilise la comparaison avec d’autres pays ou notre propre histoire, les choix soit de droite soit de gauche qui ont été payants. C’est utile, mais pas toujours évident. Si on veut être sérieux, et ne pas penser que par slogans, il faut se construire une opinion en acquérant un minimum de compétence dans les domaines en question, et là ni les mythes ni la philo ne sont d’une grande utilité.Et enfin, rien ne remplace le choc d’être confronté personnellement à une situation à laquelle on veut contribuer à apporter une réponse.Je rajoute, suite aux problèmes de courriel, qu’il faut bien évidemment que tout cela soit porté par une utopie, une vision pour le monde,  inséparable d’une parfois difficile ou douloureuse remise en cause de soi-même ; et ça les politiques sont trop souvent des suiveurs ; s’ils veulent être élus, ils n’ont pas le choix. Honte à nous. Retournons à la philo, à la « sagesse »,… et aux mythes.Amicalement, Yvon     
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E
Le principal, en effet, c'est de ne pas perdre sa curiosité et d'essayer de comprendre...
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A
Tu ne m'as pas vexé, Etienne !! ::::  Tu ne me vexeras jamais!::::::!J'essaie de comprendre ! :::::Tout le monde essaie decomprendre, actuellement, je crois :::::; Pour ne pas être dupes. Maisau moment du choix, ça donne quoi ?:::::Je ne connais pas les banlieues(sauf l'épisode ..., aux Minguettes et quelques études ponctuelles-Chanteloup-les-vignes,-Roland Castro-&&& -il y a 20 ans ou presque!:::::! Oui, il faut passer par le rêve, et par la parole Je regarde tonblog'
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E
Je vois que je ne vais pas faire avaler n'importe quoi à un inspecteur général des affaires sociales ! Excuse-moi de t'avoir agacé quelque part.
Tu sais bien qu'on ne peut pas tout dire, en même temps. Ma question était : "Est-ce que les candidats parlent vraiment et comment peuvent-ils avoir une vraie parole ? J'essaie de prendre la parole au sérieux. Et en prenant la parole au sérieux, je voudrais qu'on sorte en même temps du bavardage et de la toute-puissance du faire en délaissant la création. Je m'excuse mais si on veut créer quelque chose de nouveau il faut accepter de passer par le rêve et bien sûr par la parole.
Ce n'est pas à moi mais à eux après de décliner le programme.
Et puis, dans les banlieues que je connais un peu pour y avoir habité longtemps, je crois que les jeunes et les moins jeunes attendent qu'on les reconnaisse réellement comme des sujets de parole, qu'on les écoute et qu'on les respecte.
 
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A
Bien reçu ton 1er courriel auquel le n'ai pas fini de penser !! Les banlieues, la dette, les S.D.F. ça devient quoi la dedans ? J'aime bien ton § « mettre ses idées dans la circulation de la parole » Ton discours confirme qu'avec la parole ,qui fait rêver, on peut faire avaler n'importe quoi !!!
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E
Tu as raison. Le passage par le rêve est essentiel pour retrouver la réalité. Il est cette part du réel qui fait avancer.
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S
j'ai lu un peu au bureau (c pas l'idéal) ton texte (je l'ai transmis à unecollègue - pas très "binaire") De premier abord ce texte me parle beaucoup : ce qui résonne pour moi (à chaud) c la notion du passage par le rêve pour accéder à la réalité et la notion de la parole qui doit nous faire rêver pour être crédible en quelque sorte ..... mais je voudrais revenir dessus après unelecture à tête reposée ...sinon aurais tu une ou des références de recueil de poèmes pour tout public(tout âge) et qui soient de différentes origines par exemple
Merci (de nous faire partager le fruit de tes reflexions) et bonne journée !
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E
En très peu de mots, vous dites l'essentiel. Merci
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I
Texte lu attentivement, il est d'actualité permanente . Il faut avoir le coeur très grand pour contenir l'autre, que faire quand on n'a qu'un tout petit coeur et que l'on doive dire que l'on puisse y mettre tous les autres ?
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E
Tu fais bien d'attirer mon attention sur le thème, mémoire et parole. Il faudra que j'y réfléchisse. Merci.
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J
Merci de ton beau et stimulant texte.Je vais le relire. il me semble qu'un volet complémentaire pourraitconcerner la mémoire et laparole..Merci pour cette stimulation
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E
Je vois que vous avez saisi l'inspiration venue d'Egypte et j'en suis très heureux. Il y a, dans ce pays, un héritage qui peut nous faire vivre et penser. A nous de le recevoir.
J'aspire vivement à aller faire un tour sur un des lieux privilégiés de nos origines. Mais les habitants actuels savent-ils vraiment sur quel trésor ils sont installés ?
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A
Glacieret le verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous....d'accord,la parole doit susciter le rêve pour atteindre la réalité,que ce soit en amour,en politique etc.actuellement,nos politiques nous font-ils rêver?où se font-ils rêver,seuls? je dirai que l'oligarchie se fait rêver, et pour ma part,il y a longtemps qu'elle ne me fait plus rêver. Depuis quelques dizaines d' années,la parole des candidats au pouvoir  politique   est stérile, qt à la communication avec les citoyens.il représente un clan et n'exprime plus ses convictions profondes mais ce que le clan a statistiquement décidé. qd l'individu est bon,la foule est médiocre.est ce que l'oligarchie a appris à penser avec le coeur? je ne le crois pas.elle a appris à grandiloquer et à s'écouter.quand le discours est fini,le candidat se dit"j'ai été bon" ,tout s'est bien passé, j'ai été meilleur que mon concurrent,si c'est l'inverse,il faut trouver une stratégie pour revenir en tête,c'est là l'essentiel,le but suprême.quant à ce qu'il promet,trop ,c'est trop.si cela était réalisable,pourquoi cela n'a t'il pas été fait? est -ce qu'un des leurs a une vue à long terme,où est ce qu'il essaie a tout pris de rester où il est?à quoi sert le référemdum,la parole du peuple?une campagne électorale ,pour ma part,ressemble à une foire,mais les maquignons vendent des produits réels,du factuel,l'homme politique vend du virtuel.ce qui est dans sa tête n'existe pas (enfin pas encore) la germination est très très longue.ce sera à l'usage que nous jugerons.nous avons beaucoup apprécié ton texte,tes connaissances.dommage que tu n'aies pas été avec nous lors de notre voyage en égypte!amitiés de nous deux et à bientôt
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E
Tu fais bien de mettre le point d'interrogation car je n'en sais rien pour le moment !
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P
Donc, vive la démocratie participative ?
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O
Je mentionne cet article dans une Revue que je vais poster dans l'après-midi.
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  • : le blog mythesfondateurs par : Etienne
  •   le blog mythesfondateurs par : Etienne
  • : Mythes, articles à partir des mythes, réactions sur le site Mythes fondateurs http://mythesfondateurs.over-blog.com/ Le mythe et le conte sont la parole dans sa première gestation. C'est pourquoi, si la parole est malade, comme le dit Vittorio Gasman, il devient urgent de revenir à ses fondements qui sont encore à notre disposition, à travers les mythes et les contes. Lorsque la parole ne fonctionne pas, c'est la violence qui gagne. Les mythes et les contes, par l'apprentissage du processus symbolique qu'ils proposent, sont là pour nous aider à faire sortir la parole de la violence. C'est de la naissance de l'homme lui-même dont il s'agit.
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