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31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 09:13


Le concile de Nicée

http://www.lessignets.com/signetsdiane/calendrier/mai/20.htm


La confrontation actuelle de tous les courants

culturels et spirituels

Le risque d’un apport idolâtrique du christianisme

 

Je suis bien conscient d’aborder ici un problème délicat pour les croyants chrétiens. Je souhaite, avant tout, respecter leur foi. Mais il n’est pas question de m’attribuer une compétence théologique que je n’ai pas. Loin de moi l’idée de  me mêler à une joute d’experts puisque je n’en ai pas la qualification. C’est d’un point de vue extérieur que je veux parler ici, c’est à partir de l’observation des confrontations culturelles et spirituelles qui sont en train de construire le monde de demain que je compte m’exprimer. Même s’ils se présentent sous un mode affirmatif, mes propos seront plutôt une question, visant à permettre au christianisme d’apporter son trésor en vue de la construction d’une société pour l’homme. Il se pourrait en effet que l’idéologie chrétienne, dans son fonctionnement pratique, engendre chez le croyant une attitude idolâtrique très pernicieuse pour le monde dans son ensemble. Si l’on n’y prend garde, l’idolâtrie risque d’être à l’origine de violences meurtrières.

 
La construction d’un monde pour l’homme

Nous avons tous aujourd’hui la responsabilité de créer un monde pour l’homme, où chacun puisse devenir un véritable sujet, autonome et ouvert à l’autre. Une prise de conscience est en train d’émerger : il existe un jeu d’interactions universel, dans l’univers humain comme dans l’univers physique. C’est pourquoi des confrontations s’imposent aujourd’hui, et personne ne sait, au point de départ, ce qui peut en sortir. Dans ces conditions, le christianisme est un courant  spirituel parmi d’autres. Il doit laisser leur place à tous les autres courants, sans prétendre imposer sa maîtrise à l’ensemble. Peu à peu émergeront les lignes de crêtes les plus décisives.

 

Le besoin d’une reformulation du mystère chrétien

Les formulations chrétiennes sont datées. Une des plus importantes nous vient du Concile de Nicée en 325. Les pratiquants catholiques la reprennent dans le Credo : Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles… L’influence de Constantin, l’empereur romain et « l’évêque du dehors », y est importante : c’est lui qui convoqua le concile pour mettre un frein aux dissensions théologiques, responsables de troubles publics. C’est aussi dans son palais qu’eurent lieu, en sa présence, toutes les délibérations. Les évêques d’Occident étaient très peu nombreux et le pape lui-même s’était fait représenter.

Il s’agissait, avant tout, d’affirmer le principe du Dieu en trois personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit car Arius évacuait la Trinité en ne déclarant comme vrai Dieu que le Père. Le plus important était de retenir qu’en Jésus-Christ se révèle l’initiative du Fils de Dieu, dans une absolue liberté, de transmettre à l’homme, à toutes les femmes et à tous les hommes, la filiation divine, qui lui appartient en propre. Aussi, Jésus est-il le premier bénéficiaire d’un tel don.

Or, sans vraiment s’en apercevoir, le Concile établit une identité entre le Révélateur et celui qui reçoit la révélation, entre l’Initiateur et le bénéficiaire du don : « Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu » ; il ne voit pas comment sauvegarder autrement la filiation unique de Dieu. Dans le jeu symbolique, il confond apparemment le symbole et la réalité : nous pourrions être dans l’idolâtrie ou, pour le moins, aux portes de l’idolâtrie. La permanente initiative  du Fils et son absolue liberté tendent à être effacées. Et pratiquement, les hommes ont de la difficulté à accéder au Mystère, qui les dépasse infiniment, de Celui qui est le Verbe de dieu,  l’Intelligence organisatrice du monde, puisque tout est  présent dans le Christ. A la limite, ils ne peuvent être que des fils de seconde zone dans la mesure où ils tirent leur filiation non pas directement de Celui qui est Fils de toute éternité, mais de Jésus-Christ, qui, dans le jeu des représentations, pourrait leur barrer la route, au lieu de les ouvrir au Mystère. 

Je sais qu’en parlant de cette manière je me situe formellement dans l’hérésie mais je prends ce risque pour sortir de la confusion et rendre au Christ sa véritable fonction : nous révéler le Fils présent en lui et finalement présent au cœur  de l’homme, et nous ouvrir la voie afin de recevoir le don de Celui qui nous appelle pour entrer en relation intime avec Lui et devenir nous-mêmes des fils de Dieu. C’est ainsi que nous pourrons nous inscrire dans la multitude de ses frères, les hommes.

En fait, la formulation du concile de Nicée apparaît assez maladroite. Elle tend à sacraliser les pouvoirs : celui de l’empereur, représentant temporel du Christ,  celui du pape et des évêques, représentants spirituels du Fils de Dieu fait homme,  sur la terre. Bien plus, elle pourrait produire pratiquement des comportements idolâtriques chez les croyants, au risque de détruire leur propre foi. En voulant s’opposer théoriquement à l’arianisme, le concile de Nicée ne fait  pratiquement que le confirmer : pour éviter l’idolâtrie, le croyant risque de transférer concrètement toute la divinité sur le Père.

Il semble donc nécessaire, dans ce temps de confrontation générale, de reformuler la foi chrétienne pour qu’elle soit compréhensible par tous les hommes. Il ne faudrait pas alors que son critère premier apparaisse, de manière perverse, comme l’acceptation de l’idolâtrie.

 

La vie, un grand jeu avec l’Autre

La vie est en réalité un grand jeu, où chaque élément de la Création, chaque être, plante, animal, homme, est en relation interactive avec tous les autres au point d’acquérir et d’entendre la parole, comme dans le Cantique des créatures de Saint François d’Assise.

Loué sois-tu, Seigneur,

Avec toutes tes créatures,

Spécialement messire le Soleil,

Par qui, tu nous donnes le jour, la lumière ;

Il est beau, rayonnant d’une grande splendeur,

Et de toi, le Très Haut,

Il nous offre le symbole.

 

Loué sois-tu

Mon Seigneur,

Pour sœur Lune

Et les étoiles dans le ciel :

 

Loué sois-tu,

Mon Seigneur,

Pour frère Vent,

 

Loué sois-tu,

Mon Seigneur,

Pour notre mère la Terre,

Qui nous porte

Et nous nourrit,

Qui produit la diversité des fruits,

Avec les fleurs diaprées

Et les herbes.

 

Loué sois-tu,

Mon Seigneur,

Pour notre sœur la Mort corporelle,

À qui nul homme vivant

Ne peut échapper…

 

Ainsi le jeu symbolique de la création confère une âme à chaque élément et chaque être de l’univers. Mais Saint François nous montre que ce jeu n’est possible que s’il est d’abord un jeu avec l’Autre : le croyant le nommera Dieu, l’agnostique, le mystère, l’athée,  l’inconnu en attente de connaissance… L’homme tire son dynamisme du jeu avec sa limite et l’au-delà inconnu de sa limite ; il s’ouvre ainsi non seulement à la recherche constante mais aussi à la poursuite de la création, comme s’il était le partenaire d’un Créateur invisible. Dans un tel contexte, le sens vient d’abord de l’inconnu et peut-être de l’inconnaissable, que l’individu soit croyant ou incroyant. Et, pour le croyant, l’homme devient le symbole de Dieu, autrement dit le lieu d’une incarnation toujours latente de l’Autre.

 

Une double révélation dans le christianisme

-         La révélation de l’homme

-         La révélation de l’Autre

En étant dans l’intimité de Dieu, le Christ nous révèle d’abord l’homme. En effet Dieu le fait homme. Jésus reçoit son humanité de l’Autre et plus il est proche de Dieu, plus cette humanité se manifeste et devient rayonnante. En tant que chemin de vérité, il nous dit que c’est là aussi la vocation de tout homme.

Par contrecoup, dans le jeu symbolique, l’homme révèle l’Autre. Plus il est homme et plus l’Autre apparaît en lui. Autrement dit, dans la foi chrétienne, Dieu révèle l’homme à lui-même et l’homme, pleinement humain, révèle Dieu.  Peut-être le révèle-t-il aussi à Lui-même puisqu’il est son partenaire, son image et son miroir.

 

Avec le concile de Nicée, l’homme Jésus pourrait être soustrait à l’humanité

Dans sa maladresse, le concile de Nicée tend à détruire le jeu symbolique entre l’homme et Dieu, entre l’homme et le Fils de Dieu. Il n’y a plus vraiment de jeu puisque Jésus est le Fils de Dieu. Ainsi beaucoup d’hommes qui se reconnaissaient en lui pourraient se voir  écartés de celui qui les révélait à eux-mêmes et, par le fait même, pourraient se voir écartés d’eux-mêmes. Pour eux la foi chrétienne est devenue un piège puisqu’au lieu de faire apparaître leur fraternité avec le Christ, elle tend à renforcer l’écart quasi infranchissable, qui les sépare de lui.

 

Le blocage des relations avec les Juifs et les Musulmans

 Pour les Juifs et les Musulmans, qui ont une très grande sensibilité à la transcendance, l’affirmation du concile de Nicée est une imposture radicale. Dans la grande confrontation qui se prépare, elle sera le lieu d’un blocage indépassable. Chacun est prêt à accepter le Christ, comme celui qui peut ouvrir le chemin vers une filiation réelle avec Dieu. Mais la fusion entre l’homme Jésus et le Fils de Dieu sera toujours un obstacle radical pour le grand jeu symbolique de la création, qui est appelé à rassembler tous les hommes.

Dès lors, une des tâches primordiales des églises chrétiennes consisterait à libérer le Christ de l’idolâtrie dans laquelle on semble l’avoir enfermé, pour le rendre aux hommes, le rendre aux Juifs et aux Musulmans, et finalement le rendre à Dieu Lui-même.

 

Rendre à Dieu ce qui est à Dieu et rendre à l’homme ce qui est à l’homme 

Pour être bien clair, il n’est pas question ici de nier la filiation divine de Jésus pas plus qu’il n’est question de nier la filiation divine à laquelle tous les hommes sont appelés. Mais, en même temps, il est nécessaire de reconnaître la permanente initiative du Fils de Dieu dans le don de sa filiation. Or cela ne semble possible que si, contrairement à ce qu’exprime le concile de Nicée, on n’établit pas une équivalence entre le Christ et Celui qui est Fils de Dieu de toute éternité.

En fait, du point de vue chrétien, pour accéder à cet aboutissement de l’Alliance divine avec les hommes, il apparaît indispensable de séparer ce qui appartient à Dieu, dans son absolue liberté, et ce qui appartient à l’homme. Il est toujours nécessaire de séparer pour unir, si l’on veut sauvegarder et promouvoir le sujet humain. Pour qu’il y ait jeu avec l’Autre sans aliénation, il convient d’ouvrir l’espace de jeu entre Dieu, dans sa Trinité, et tous les hommes. L’espace de jeu est ouvert lorsque les rôles sont bien définis. L’homme est celui qui reçoit la filiation divine : il ne peut l’acquérir de ses propres forces. Dieu est celui qui la donne. Là il existe une lien intime entre accorder la filiation divine et faire don à l’homme de son humanité. Et c’est en acceptant d’être pleinement homme et fils, que l’homme, devenu disciple de Jésus et serviteur de l’Autre, peut être partenaire de Dieu  pour la création et le salut de tous.  

 

Etienne Duval, le 28 août 2009

 

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______________________

 

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commentaires

Duval Etienne 19/12/2009 14:13


Apostat ? Tu m'inquiètes. En tout cas, je ne le pense pas. Peut-être suis-je apostat d'une certaine manière de concevoir le Christ, mais alors c'est pour lui restituer toute sa plénitude au niveau
divin comme au niveau humain. En tout cas, je n'identifie pas le Christ à l'Humanité, ce qui nous ferait retomber dans une confusion indicible et surtout dangereuse. Sa très grande proximité avec
nous ? Oui, mais dans une altérité indépassable.


Gérard Jaffredou 19/12/2009 14:06


Te voilà carrément apostat, je crains bien. Et moi avec. Mais moi, qui
le suis depuis longtemps, je suis maintenant en très bonne compagnie.
Continuons.
A la prochaine.
Gérard


Duval Etienne 19/12/2009 10:28


Excuse-moi, puisque tu m'as autorisé à faire ce que je veux, j'ai publié ta petite réponse comme j'avais publié tes premières réflexions. Tu explicites très bien ce que je n'ai pas dit jusqu'au
bout. Merci.


Gérard Jaffredou 19/12/2009 10:24


On ne saurait mieux dire.
Ou bien pour risquer : ".... athées de tous les faux dieux" (à nouveau)
; et c'est l'humanité entière qui, par le Christ -son histoire et son
enseignement- revêt (si elle le veut et tout le problème est là) un
caractère divin.

Cela dit, mes pauvres remarques n'étaient pas destinées à publication.
Ni celles-ci, pas plus.  Mais tu fais évidemment ce que tu veux.


Duval Etienne 19/12/2009 09:23


Je suis très heureux si j'ai pu faire avancer ta réflexion. Le point auquel tu es arrivé me paraît déjà très appréciable. Ce qui est fascinant dans un personnage comme le Christ c'est son côté
profondément humain : comme tu le dis, il nous révèle des vérités essentielles sur l'homme. Personnellement, c'est en partant de là que je me suis interrogé sur la formulation de Nicée, qui me
semblait absorber l'humain, en l'annulant plus ou moins, dans l'immuable de Dieu. Le point auquel je suis arrivé me paraît beaucoup plus extraordinaire : il s'agit d'une transformation de Dieu. Il
y a un nouvel engendrement par l'Esprit qui fait surgir un être nouveau : un Dieu (Fils) qui est en même temps pleinement homme. L'éternel Fils de Dieu n'existe plus : il est affecté dans sa
divinité par la limite de son humanité nouvelle, ce qui, loin de l'amoindrir, lui apporte sa plénitude et l'apporte à tous les hommes devenus ses frères. Par un certain côté, il nous débarrasse de
la religion, en validant la raison désormais ouverte sur un au-delà d'elle-même et en donnant toute son extension à la foi qui fait l'homme. Je pense en effet que la foi n'est pas d'abord une
question de religion : elle constitue l'homme au sens où elle le propulse sans cesse au-delà de ce qu'il croit être, pour qu'il devienne réellement lui-même. Elle ouvre complètement le champ de la
pensée et de la responsabilité personnelle.


Gérard Jaffredou 19/12/2009 08:58


Je n'ai pas répondu à ton dernier texte (ta mise au point finale et
provisoire sur ta position hérétique) : elle n'appelait pas de réponse,
m'a -t-il semblé.

Je voulais simplement te dire que tes réflexions, auxquelles tu m'a
convié, ont surtout fait avancer la mienne sur la question posée par toi.

Je pensais depuis assez longtemps que le nouveau et l'ancien testament
ont une valeur essentiellement métaphorique, histoire de Jésus -ce
« prophète assassiné »- comprise, mais sans trop d'assurance, comme un
petit bricolage personnel  un peu... douteux.
Tu posais un jour la question de la « révélation », m'invitant à me
prononcer.  J'aperçois mieux maintenant que si Jésus, pour ne parler que
de lui, peut être compris comme essentiellement humain, l'histoire et
toute la métaphore construite autour ou préalablement, avec l'ancien
testament , révèle  des vérités essentielles sur l'homme dans son
rapport à autrui et à l'univers.

Voilà l'état actuel de mon petit bricolage, qui reste assez douteux.
Mais je pense que le doute aussi  est, dans certaines conditions,  un
assez bon carburant.


Duval Etienne 08/12/2009 16:12


Abraham et les trois anges (figures du Père, du Fils et de l'Esprit-Saint) par Chagall






Duval Etienne 07/12/2009 18:14


Je n'ai pas lu le livre de Moingt, mais je me sens tout à fait en accord avec ce que tu dis.


Hugues Puel 07/12/2009 18:13


Je n'ai pas participé aux discussions du blog, mais la conviction  s'est
renforcée pour moi à travers la lecture collective du livre de Joseph Moingt
(Dieu  qui vient à l'homme) de l'importance de l'Esprit saint comme personne
en relation dans la Trinité. L'Esprit agit dans le Christ auprès de chaque
personne. C'est lui l'autre Paraclet (défenseur) que Jésus en gloire n'est
plus comme au temps de sa vie terrestre. L'Esprit fait de Dieu un foyer de
relations auxquelles par le Christ, tout homme peut s'associer.



Duval Etienne 07/12/2009 12:06


Ce que tu dis sur la première expérience des chrétiens se retrouve aujourd'hui : la difficulté à se trouver en face de deux Seigneurs. Personnellement, c'était en plus la difficulté de concilier
Fils de Dieu et personnalité humaine, sans rien perdre de cette personnalité humaine. La référence à l'Esprit Saint a, pour moi, résolu le problème, car il est aussi Celui qui  permet de
parler avec Dieu, sans rien perdre de mon humanité.
En tout cas merci pour ton éclairage car il montre le cheminement des premiers chrétiens, qui est aussi celui des chrétiens d'aujourd'hui.


Hugues Cousin 07/12/2009 11:56


Merci de ton envoi. J'ai lu avec intérêt ta note d'aujourd'hui; 
j'avais lu bien sûr ton blog. NIcée, c'est bien tardif pour moi…

Je n'ai pas le temps de développer ce que j'ai enseigné depuis 
longtemps : la conviction que tout s'est joué dans l'interprétation 
que la communauté de langue araméenne a fait de l'expérience 
pascale : Mar Ieshoua ! Jésus est Seigneur, Marana tha. Jésus est le 
Seigneur du peuple. Et en même temps : Chema, Israël… Yhwh est le 
Seigneur Un. La réflexion théologique du NT va progressivement 
chercher à dire, pour ne pas se retrouver avec deux Seigneurs au 
matin de Pâques, que Dieu était déjà totalement présent en Jésus dès 
sa conception.

C'est ce que je retrouve dans un livre à lire (à emprunter au Saint 
Nom, car il coûte 69 €) :
Larry W. HURTADO, Le Seigneur Jésus Christ. La dévotion envers Jésus 
aux premiers temps du christianisme, Cerf, 2009 (782 p.)  C'est 
vraiment un livre que tu devrait consulter !

Cordialement à toi


Duval Etienne 05/12/2009 11:30


C'est bien. Laissons la question ouverte.


Denis Jeanson 05/12/2009 11:29


pas d'objection. question seulement.
denis


Duval Etienne 04/12/2009 10:34


Je n'ai pas l'impression de tirer la couverture à moi. Si le rapport entre le Père et le Fils donne l'Esprit, est-ce que le Père et le Fils ne s'accomplissent pas dans l'Esprit, d'autant plus que
l'Esprit exprime l'Amour, d'après la Tradition ? Et, dans la vie spirituelle, est-ce que l'homme ne s'accomplit pas dans l'Esprit ? Il me semble que si. Ou alors je ne vois pas réellement ton
objection.


Denis Jeanson 04/12/2009 10:27


*L'Esprit est Celui en qui s’accomplissent Dieu, l'homme et le monde.
En corrigeant ton texte, pour respecter la grammaire française, j'ai obtenu
la phrase ci dessus.
Honnêtement, je ne le savais pas, car j'étais plutôt habitué à l'inverse :
Amour entre Dieu, père et fils = Esprit Saint.
J'ai quand même l'impression que tu tires la couverture dans ton sens, dans
un sens qui t'honore.
Il y a là un renversement de vapeur qui me sied, mais rend-il compte de la
réalité spirituelle ?
Denis.


Duval Etienne 03/12/2009 12:08


Il y avait le bûcher à la Croix-Rousse parce que j'essayais de faire apparaître une question. Maintenant le bûcher s'éloigne parce que je fais apparaître un début de réponse. L'Esprit Saint est
Amour. Il est Celui en qui s'accomplit Dieu, l'homme et le monde. C'est en lui que les personnes divines se révèlent : le Père prend conscience qu'il est, en même temps, Fils (de l'Esprit), le Fils
prend conscience qu'Il est, en même temps, Dieu et Homme. De son côté, dans l'Esprit, l'homme accomplit sa personnalité humaine et sa dimension de fils adoptif de Dieu, sa masculinité et sa
féminité. De son côté, la Vierge Marie est, grâce à l'Esprit la préfiguration de la libération de la femme, en qui sont portées à laur perfection  féminité et masculinité au-delà même de sa
dimension d'épouse et de mère...

Mais tout cela, tu le sais déjà ! C'est dans l'Esprit que se révèle, au plus haut point, le Mystère de Dieu (Amour).


Denis Jeanson 03/12/2009 11:42


Le bûcher s'éloigne, enfin, de la Croix-Rousse.
Ton idée de mettre en parallèle :
Jésus : homme - fils de Dieu
Éteinne : homme -fils adoptif de Dieu
sous l'influence de l'Esprit,
me paraît très intéressante.
A ceci près : l'Esprit est-il le résultat de l'amour que se portent Dieu,
père et fils ?
Comment envisages-tu son action ?
Bon courage


Duval Etienne 03/12/2009 03:03


Oui, tu as raison, la discussion était bien abstraite et bien compliquée, à l'image des querelles qui ont eu lieu à l'occasion des conciles de Nicée, de Constantinople ou de Chalcédoine.
C'est  ce malaise que je voulais traduire à l'occasion de ce blog et il aura fallu bien des paroles pour retrouver l'Esprit-Saint, qui dénoue l'imbroglio dans lequel nous étions enfermés sans
Lui. François dit tout, mais il n'avait pas l'autorité des conciles. Et pourtant, dans sa sainteté et sa charité, et donc dans l'Esprit, il était déjà au-delà des conciles eux-mêmes.


Francesco Azzimonti 03/12/2009 02:53


Le texte reçu aujourd'hui, "une dernière mise au point" en ce qui concerne le questionnement sur la personne du Christ, a été vraiment très éclairant et pour une fois mieux compréhénsible et je
peux le partager.
Un débat, me semble-t-il, depuis un bon moment sur le blog et de vive voix, qui me paraissait bien compliqué et un peu abstrait, m^me si je comprends les enjeux d'une confrontation des courants
culturels et spirituels.
Est-ce qu'il y a un courant spirituel fort qui n'a pas essayé, de manière diverse, de "diviniser" son fondateur et sa référence charismatique? On ne peut pas construire tout un sens de la vie et du
monde en se référant uniquement à un homme comme nous... Et en même temps Dieu, pour tous les courants spirituels, est au-délà de tout mot et de toute définition.  Jésus nous dit être venu
pour nous reveler le Père. Il nous faut, à nous tous, chrétiens ou pas, un Dieu-homme ou un Homme-Dieu pour faire ce lien entre nous et l'Invisible.
Mais je me retrove dans  "le trait d'union" et en particulier dans l'Esprit comme ce trait d'union, pour  nous chrétiens ( à voir de plus près pour d'autres courants spirituels).

Depuis le début de ces échanges, qui me dépassaient un peu, j'avais au fond de moi cette référence possible à l'Esprit, car au fond nous ne sommes pas dans de querelles rationalistes ou
scientifiques au sujet de la personne du Christ, mais bien dans "un mysthère de la foi". Accueillir une Parole donnée, recevoir un don de la filiation, même si la question d'un Dieu "Père" reste
ouverte (le Père l'image la plus pertinente pour parler de Dieu ?). Comment l'Eglise a ensuite essayé de dire avec des mots et des concepts ce Don de la Vie qui est Parole et Esprit... C'est
l'Esprit qui fait vivre et ouvre vers l'avenir possible....
Je peux tout simplement relire un court texte de st-François d'Assise (Lettre aux fidèles): " je me suis proposé de vous rapporter, par les présentes lettres et par ce message, les paroles de notre
Seigneur Jesus-Christ (avec le trait d'union, donc...), qui est la Parole du Père, et les paroles de l'Esprit-Saint (il y a aussi un trait d'union...), qui sont esprit et vie. Cette Parole du
Père  ( et de l'Esprit...) , si digne, si sainte et si glorieuse, le Père très haut l'envoya du ciel... dans le ventre de la sainte et glorieuse Vierge Marie  (envoi, message, don qui
part du ciel pour atterir dans le ventre d'une femme...); c'est de son ventre que la Parole reçut la vraie chair de notre humanité et de notre fragilité (voilà le sens de la "pauvreté de Dieu", qui
se "manifeste" donc dans un partage de la fragilité de la condition humaine... par l'Esprit).


Duval Etienne 02/12/2009 10:05



Dernière retouche à la réflexion sur la personne du Christ





Je poursuis la réflexion amorcée sur le blog, concernant la confrontation actuelle de tous les courants culturels et spirituels. Il semblait que la formulation du dogme sur la personne du
Christ était à revoir dans la mesure où elle identifie Jésus-Christ à la personne éternelle et unique du Fils de Dieu ou du Verbe de Dieu. Cela pourrait entraîner un risque pratique d’idolâtrie.
La discussion a montré que l’accord n’était pas unanime sur ce point. En même temps, les intervenants ont été très sensibles à la possibilité de poursuivre la réflexion sur ce thème estimant plus
ou moins que les conciles de Nicée, Constantinople n’étaient encore qu’une étape dans la prise de conscience des chrétiens. C’est aussi ma position personnelle et je suis actuellement plus en
mesure, suite aux réactions des uns et des autres, de dépasser le blocage que j’ai cru constater.


 


Lorsqu’on parle de Jésus-Christ, il me semble que tout se joue dans le trait d’union, c’est-à-dire dans l’entre-deux entre l’homme Jésus et le Christ, Fils de Dieu. Donner la priorité au Fils de
Dieu, en pensant que l’unité entre les deux natures se fait dans sa Personne, pose une sérieuse difficulté dans la manière de se situer à son égard. Son identité est en effet très mal perçue par
de nombreux chrétiens et sa dimension humaine pourrait apparaître plus ou moins fictive. Or il y a un Grand Oublié dans une telle discussion ; il s’agit de l’Esprit Saint. Pour reprendre
l’image déjà évoquée, c’est lui la véritable trait d’union. C’est en Lui que s’effectuent l’accomplissement et  le dépassement de la Personne du Fils et de la personnalité
humaine de Jésus dans une même unité. Un engendrement nouveau surgit dans le rapport entre l’homme et Dieu, engendrement qui va se poursuivre, à un autre niveau, pour chacun des hommes appelés à
la filiation divine. De cette manière, non seulement la Personne du Fils mais aussi la personnalité humaine de Jésus sont respectées. Il en va de même en chaque homme, qui doit allier la
dimension humaine et la dimension de fils adoptif de Dieu.


 


Sans rien retrancher à l’essence de la foi chrétienne, cette manière de poser le problème me satisfait beaucoup plus que la position traditionnelle des conciles de Nicée et Constantinople. Mais
il est bien évident que la discussion reste ouverte.


 


Je mets ce texte à la fin du blog sur la confrontation actuelle de tous les courants culturels et spirituels. 


 


Etienne Duval, le 2 décembre 2009




Alain Riou 29/10/2009 17:40


 Merci de ton dernier mail. Excuse-moi de n¹avoir toujours pas répondu au
précédent concernant ton texte sur Jésus fils de Dieu. Je ne sais que t¹en
dire, ne voyant pas bien l¹enjeu. Pour moi, la question n¹est pas de savoir
s¹il faut prendre l¹expression par le haut ou par le bas (ce n¹est pas
exactement ce que tu dis !), mais de savoir ce qu¹on entend par Dieu et fils
de Dieu. Ces mots supposent que Dieu soit donné, or la Chine et sa langue se
sont totalement passées de ce mot Dieu¹, et de tout ce que la pensée
européenne et théologique a pu mettre sous ces mots. Il me semble que le
gros problème de nos jours n¹est pas celui de la mort de Dieu, qui suppose
encore que Dieu soit donné, mais celui de l¹avortement de Dieu¹,
c¹est-à-dire de son évacuation tranquille ­ ou presque ­ des préoccupations
de la majorité de nos contemporains.



Etienne Duval 14/10/2009 09:41


Il me semble que pour éviter le risque idolâtrique dans le christianisme, il convient de donner une place essentielle à l'Esprit Saint.

- Tous les hommes sont appelés à être fils de Dieu grâce à l'Esprit Saint
- C'est d'abord avec Jésus que le Fils de Dieu partage sa filiation divine grâce aussi à l'Esprit Saint
- L'Esprit Saint fait de Jésus le médiateur de la filiation divine pour tous les hommes.
- C'est grâce seulement à son impulsion que cette médiation peut être vécue en vérité
Ces propositions sont une manière sans doute très imparfaite de penser le mystère chrétien sans heurter la sensibilité des hommes, engagés dans d'autres traditions, souvent très légitimes.


Etienne Duval 02/10/2009 16:48


Tu fais bien de revenir au désir et de souligner le rapport entre le manque et le désir. Mais tu me poses une question : Est-ce que la femme ne serait pas plus proche du désir que l'homme parce
qu'elle se perçoit plus facilement comme sujet manquant ? A débattre !


Charles Lallemand 02/10/2009 16:44


Encore une petite touche de nuances:
À condition toutefois, comme tout "sujet", aussi bien vous les femmes
que nous les mecs, de ne pas aller dans la "toute puissance"...
...mais de demeurer les "sujets du désir", des sujets "manquant" !


Etienne Duval 02/10/2009 16:39


Tu as raison, être femme c'est le contraire de la toute-puissance. Peut-être faut-il que l'homme devienne femme, qu'il intègre sa féminité, pour sortir de la toute- puissance.

La mère peut devenir matriarche, pleine de toute-puissance, lorsqu'elle cesse d'être femme.


Charles Lallemand 02/10/2009 16:35


Pour aller jusqu'au bout de ma pensée, à ma réponse précédente, je
précise :
Pleinement en accord avec ta réponse Etienne, notamment avec le conte
des /Mille et une Nuits /sur "la femme à moitié enterrée quand elle
n'est que mère et épouse". Et "la Vierge Marie", cette appellation si
ambigüe, est-ce que ça ne signifie pas symboliquement qu'elle n'est pas
seulement mère et épouse, mais femme " point  barre " ?
À condition toutefois, comme tout "sujet", aussi bien vous les femmes
que nous les mecs, de ne pas aller dans la "toute puissance".


Etienne Duval 02/10/2009 15:16


Sur la Vierge Marie, je suis entièrement d'accord avec toi. Elle n'est pas seulement mère et épouse, elle reste totalement femme, femme-sujet. Comme quoi certaines expressions symboliques que nous
pensions totalement ringardes sont d'une étonnante actualité.


Charles Lallemand 02/10/2009 15:11


Pleinement en accord avec ta réponse Etienne, notamment avec le conte
des /Mille et une Nuits /sur "la femme à moitié enterrée quand elle
n'est que mère et épouse". Et "la Vierge Marie", cette appellation si
ambigüe, est-ce que ça ne signifie pas symboliquement qu'elle n'est pas
seulement mère et épouse, mais femme " point  barre " ?
Charles


Etienne Duval 02/10/2009 08:51


Merci Charles. Cette fois le blog est réparé.

Il me semble que tu oublies le mot de Pascal : l'homme est un roseau mais c'est un roseau pensant. Ce qui signifie aussi que par la pensée, nous nous rapprochons de ce qui est au-delà de
nous-mêmes, nous contribuons à nous dépasser.

Entièrement d'accord sur la nécessité de réintégrer le corps dans nos comportements comme le font les mythes et comme tu le fais dans le théâtre.

En ce qui concerne la femme, je crois beaucoup à ce qu'évoquent les Mille et une Nuits : la femme est à moitié enterrée car elle n'est que mère et épouse et pas assez femme, ce qui doit vouloir
dire femme-objet et non pas suffisamment femme-sujet.


Charles Lallemand 02/10/2009 08:43


En attendant la réparation du blog, merci Étienne pour ta réponse qui
nous fait avancer, notamment sur le clivage entre monothéisme et
polythéisme.
Toutefois quand tu te fondes avec Einstein sur une "cohérence de
l'Univers", bien sûr c'est cette foi en la cohérence, comme la foi en la
pensée, qui nous encourage à construire, malgré toutes les vicissitudes
du réel, "un monde de sujets"; mais que savons-nous réellement de cette
cohérence? "Car enfin qu'est-ce que l'homme dans la nature ? Un néant à
l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et
tout. Infiniment éloigné de comprendre les extrêmes, la fin des choses
et leur principe sont pour lui invinciblement cachés dans un secret
impénétrable..." Ce fragment 72 de Pascal, demeure, je trouve, d'une
sage actualité !
Et c'est avec cette même conscience de nos limites, que le travail sur
*/les mythes /*que, depuis plusieurs années tu nous fais partager, peut
nous préserver d'un certain intellectualisme, "dans un rapport au monde
et à la vie, qui, comme le théâtre, soit beaucoup plus un rapport
organique qu'intellectuel." C'est ce que vient de nous exprimer hier
soir notre metteur en scène, François Gibut, avec lequel nous allons
travailler toute cette année  à l'aide de masques "neutres" : des
masques d'une grande qualité esthétique mais neutres, pour que les
expressions qui s'expriment d'ordinaire, notamment dans les "gros
plans"au cinéma, par les visages et les regards, ce soit tout le
mouvement des corps qui les expriment. C'est étonnant comme cela donne
aux personnages ("persona" le masque) une dimension, certes qui est
celle du théâtre, mais qui est aussi, comme les mythes, l'apprentissage
d'une certaine présence */organique/*, et non pas intellectuelle, au monde.

"L'art théâtral, écrit-il, pourrait bien être un art de reconsidérer le
monde. L'acteur examine le temps et l'espace à la loupe. Il doit
s'avancer sur la scène comme dans la neige fraîchement tombée qui a
chamboulé l'air du temps. Il doit s'avancer lentement, dans cette neige,
considérant minutieusement chaque chose, à l'affût, ébloui par
l'incommensurable retentissement de chaque nouveau pas. À ce titre, le
jeu de l'acteur tient à la fois du prédateur et de la proie. Je veux
dire par là que le théâtre devrait être beaucoup plus un rapport
organique qu'intellectuel au monde, à la vie. C'est à ce prix que
l'acteur pourra insuffler de la vie dans ce monde enfin reconsidéré."

Enfin, en ce qui concerne ta réponse sur "monothéisme et sexualité", je
trouve que les mythes que tu nous a fait analyser ces années passées,
peuvent aussi nous aider à mieux nous situer dans ce contexte actuel du
matriarcat qui a pris le relais du féminisme. La femme dans ces mythes,
comme tu l'as souligné plus d'une fois, y joue un rôle moteur, mais non
pas en castratrice comme l'homme craint à tort qu'elle le soit, mais
pour participer elle-même, de sa position de femme et de mère, à */la
paternité de l'homme/*, à ce qu'il devienne père lui-même. C'est
notamment le beau mythe d'Isis fécondée par Osiris, que tu nous a
rappelé. Peut-être pourrions nous ainsi mieux comprendre la position de
Marie dans le christianisme "au nom du Père...et du Saint-Esprit" !
Charles



Duval Etienne 01/10/2009 12:08


Cela vient d'over-blog. Je ne sais pas ce qu'il faut faire. C'est la première fois que cela arrive.


charles Lallemand 01/10/2009 10:30


Etienne bonjour, la suite des 77 commentaires m'est actuellement inaccesible: quand je clique sur "suite 2", je suis renvoyé au point de départ; celà vient-il de ma bécane ?


Etienne Duval 30/09/2009 10:25


Charles, tu soulèves de nouveaux problèmes auxquels il n'est pas facile de répondre.

L'apprentissage de la pensée
Dans un monde de sujets qu'il nous faut construire aujourd'hui, la pensée est capitale. Il n'y a pas de véritable sujet sans pensée : je pense donc je suis sujet, je suis sujet donc je pense. Il y
a là un enjeu très important car nous sommes sans cesse menacés d'un interdit de la pensée, qui donnerait un satisfecit à la pensée unique, interdirait les remises en question et contrarierait la
création elle-même. Pour poser la question de ce blog, il faut nécessairement transgresser un tel interdit, au risque, il est vrai, d'ébranler la foi de certains croyants. Mais si, pour ces
derniers, cet ébranlement conduisait à la prise de conscience qu'il n'est pas de foi sans pensée, la partie serait gagnée.

Le polythéisme
Les hommes sont naturellement polythéistes parce qu'au départ les dieux sont un moyen subtile pour permettre l'intégration des structures symboliques. Il n'y a pas qu'une structure symbolique, il y
en a plusieurs. De mon point de vue, l'ennéade égyptienne, avec ses neuf dieux, est l'exemple typique de ce rapport étroit entre les dieux et les structures symboliques qu'il nous faut
intégrer.

Le monothéismeLe monothéisme est une sorte de purification du polythéisme, la prise de conscience que les dieux multiples n'ont de sens
que par rapport à l'homme et non dans l'absolu. Dans ce cas, le Dieu Un est aussi le Dieu Autre. C'est donc  un gros acquis pour la pensée de pouvoir penser, en même temps, l'unité et
l'altérité. Mais on a ainsi perdu la multiplicité.
Einstein ne croyait pas en Dieu mais il reconnaissait dans le monde la présence d'une Intelligence au-delà de l'homme. Etant donnée la cohérence de l'Univers, une telle Intelligence ne
pouvait être qu'unique.

Le christianismeD'une certaine façon, le christianisme combine monothéisme et polythéisme : il y a bien un seul Dieu mais avec trois
personnes différentes. La multiplicité est réintégrée sans nuire à l'unité grâce à la notion de relation. Chaque personne est définie par sa relation aux autres personnes. De ce point de vue
le christianisme est  une nouvelle conquête de la pensée, ce qui ne justifie pas pour autant la foi des croyants, ancrée sur un au-delà de la raison.
D'une certaine façon, au-delà des trois personnes, le polythéisme retrouve ici pleinement ses droits puisque les hommes eux-mêmes sont appelés à la filiation divine.

L'ancêtre unique
Comme tu peux facilement le comprendre, après l'étude des mythes, l'ancêtre unique est une notion symbolique pour signifier qu'il n'existe qu'une nature humaine.

Monothéisme et sexualitéJe ne sais pas si les monothéismes ne réussissent pas à bien intégrer la sexualité. C'est d'abord l'homme, quel
qu'il soit, qui éprouve une difficulté à vivre l'amour, et la relation en général, dans la séparation. Il me semble que le lien entre relation et séparation devient une nécessité lorsqu'il s'agit
de constituer des sujets.


Charles Lallemand 30/09/2009 09:19


Étienne bonsoir. J'ai remis en forme mon texte, compte tenu de tes
remarques, mais surtout ce n'est pas pour que tu en remettes une couche
sur le blog; tu as bien assez bossé comme ça avec nos 77 commentaires.
Je trouve que tu es un merveilleux accoucheur de la pensée; je sais que
tu y crois fort, à la pensée; pour ma part j'étais un peu sceptique, ne
serait-ce qu'à l'égard de ces querelles théologiques de nos différentes
religions et philosophies; mais tu nous fais aller profond, jusque là
où, seuls, nous ne nous serions jamais aventurés.
Et maintenant pour moi, se pose déjà une nouvelle question : celle du
*/monothéisme/* et la question de l'*/Un/*. Bien sûr pour le "moi idéal"
et l'"idéal du moi", l'Un est unificateur, mais je me demande si le
monothéisme n'a pas favorisé un "*/fantasme de filiation/*", comme le
désigne Charles Melman (_/Pour introduire à la psychanalyse
aujourd'hui/_ p.352) avec les théories pseudo-scientifiques aberrantes
et racistes d'un hypothétique ancêtre unique. Le "/complexe de Moïse/",
comme se propose de l'appeler Charles Melman, c'est cette interrogation
de Freud sur deux peuples, deux dieux, deux Moïse (dont l'un étranger),
et cet Autre de Lacan qui est peut-être structuré comme un langage, mais
qui ne parle pas notre langue. Être adulte, n'est-ce pas alors "accepter
ce fait de structure qui est que,  au lieu de l'Autre, il n'y a pas de
figure dont je puisse me réclamer au titre d'une filiation, ne serait-ce
que parce que cet Autre est par définition */hétérogène/*"
C'est déjà vrai, il me semble, au niveau de la sexualité, non seulement
avec l'exogamie (l'individu choisit son conjoint en dehors du groupe 
auquel il appartient),  mais du fait de la sexualité elle-même et de la
disparité des places. En ce sens, le "métissage", ce n'est pas une
exception et encore moins une tare, c'est la réalité du fait même de la
différentiation des sexes. De même, durant nos neuf jours de vipassa
consacré au "noble silence", nous nous sommes trouvés hommes et femmes :
séparés; non par négation de notre sexualité mais au contraire pour la
prendre en compte. Et puis  le dixième jour, nous sommes retrouvés, le
jour du "noble bavardage".  Finalement, ma question pourrait être
celle-ci : pourquoi les différents monothéismes, en règle générale, ne
font  pas "bon ménage" avec la sexualité, si ce n'est pour une
"sexualité furtive", parce qu'en vue, essentiellement, de procréer  ?
Peut-être est-ce que je mélange plusieurs questions ? Le polythéisme, il
est vrai, ne me satisfait pas non plus.
À bientôt, Charles




Gérard Jaffredou 28/09/2009 12:14


J'ai lu ta réponse au Psychiatre, ainsi que sa contribution au blog.
Mon,Dieu, je ne trouve rien à redire , ni à ce qu'il dit, ni à ce que tu
lui dis.


Etienne Duval 28/09/2009 09:10


Je suis très sensible sur ce que tu dis de la pratique du vipassana. Elle correspond tout à fait à ce que nous appelons le mouvement de l'incarnation dans le christianisme, à cette présence de Dieu
dans le corps lui-même : présence-absence, qui désigne une place pour l'Autre, place qui nous échappe.

Merci pour ta réflexion qui oblige à déplacer les portes de notre entendement pour ouvrir l'espace de l'Autre, là où nous ne le cherchons pas spontanément, dans la matérialité même de notre corps :
non pas dans l'intelligence, ni dans la perception mais dans la sensation.


Charles Lallemand 28/09/2009 08:59


Suite


En particulier l'oraison,


qui nous met sous le regard de Quelqu'un, peut ranimer nos vieilles


manières infantiles d'être sous le regard d'autrui, continuant à obéir


de façon absurde aux modes et aux opinions régnantes, quelque peu


fondées qu'elles soient. Au lieu d'être l'une des manifestations


supérieures de notre liberté, l'oraison devient le lieu de pullulation


de nos assujettissements, le festival des mythes qui nous masquent la


vérité."


Fraternellement, Charles




Charles Lallemand 28/09/2009 08:55



Etienne bonsoir et merci pour ton travail de découpage de mon texte avec


des titres appropriés qui l'aèrent un peu.Ta réponse personnelle avec le


rappel du mythe de la fécondation d'Isis par Osiris touche, je trouve, à


l'essentiel et puis cette place du Père qu'il nous est si difficile


d'entendre au sens symbolique.


Ainsi, dans le passage sur "la filiation", nous pourrions être tentés


d'entendre le "/discours de la filiation/" comme un discours sur "/la


famille/", avec "le père, chef de famille" etc., confusion dont Pierre


Legendre nous préserve par son concept de "/permutation symbolique",/


(/_L'inestimable objet de la transmission_/ p.304), / "/symbolique,


parce qu'il ne s'agit pas d'un problème de  réciprocité entre deux


personnes mais de *dissymétrie* entre deux places (qui mobilisent par


ailleurs trois personnes, père de mon fils et fils de mon père) référées


toutes deux à la Référence absolue. /Symbolique /ici veut dire que le


sujet rencontre la vérité des textes, le discours de ce qui fait loi


pour l'espèce...On ne peut chiper la place du père, elle est à lui, plus


à lui que sa propre vie, étant la place qui représente la fonction zéro,


cette fonction tenue en chaque système juridique par la Référence


absolue.[...] Négliger ce mécanisme, c'est réduire la problématique


père-fils à une problématique purement familiale, et la paternité à la


*/propriété des familles/* , voire des pères qui seraient alors


eux-mêmes des souverains."


Enfin en ce qui concerne ma pratique de la méditation vipassana, je


précise que si elle peut paraître différente de la pratique chrétienne


de l'oraison où je m'adressais par la prière -notamment des psaumes-  de


tout mon être (corps et esprit) à Quelqu'un, alors que dans la pratique


de vipassana  je m'applique simplement à observer mes propres


sensations, il y a, il me semble, dans ces deux pratiques, la même


recherche d'une */véritable écoute/*, "l'ouverture de son âme vers Dieu


pour qu'il l'accomplisse", belle définition de la prière que nous a


laissée Thomas d'Aquin. Actuellement je trouve pour ma part que cette


pratique très simple mais exigante de vipassana me convient mieux que


celle de l'oraison ou même que celle du zen. Quoi qu'il en soit, leur


mérite, aux unes et aux autres, est de laisser ouverte "la question de


l'autre", telle que l'exprimait -je ne saurais mieux le dire !


-Albert-Marie Besnard dans ses _/Propos intempestifs sur la prière/_ :


"Innombrables, entrecroisées, enchevêtrées sont les traces d'autrui dans


notre psychisme; elles sont nos despotes ou nos proies : tantôt présence


de menace, de persuasion, d'obligation , tantôt présence pour la


satisfaction anticipée ou imaginaire de nos désirs. Cette complexité


apparaît moins dans l'action, qui est toujours une résultante globale


dont les lois d'élaboration nous échappent. L'oraison, elle, s'y heurte.


Il ne suffit plus ici de parler des "autres" en général...car les


"autres" ici ne sont jamais tels qu'en eux-mêmes, mais tels qu'ils


hantent notre intériorité...Le don réel que nous avons fait de


nous-mêmes aux autres dans l'ensemble de notre existence compte plus que


tous les cinémas que nous nous faisons de leurs visages. Sachons


déchiffrer cette présence sourde, cette présence par mode de fatigue


dépensée pour eux, cette présence par mode de disponibilité actuelle à


ce qu'ils requièrent de nous. Si nous n'étions que charité! Nous sommes


aussi, hélas, tout le reste, qui le paralyse. En particulier l'oraison,


qui nous met sous le regard de Quelqu'un, peut ranimer nos vieilles


manières infantiles d'être sous le regard d'autrui, continuant à obéir


de façon absurde aux modes et aux opinions régnantes, quelque peu


fondées qu'el




Etienne Duval 26/09/2009 10:20


Charles tu nous entraînes sur de bien étranges chemins mais combien fécondants, à partir d'une réflexion sur la mort et sur le manque. Cela me rappelle le mythe égyptien de la fécondation d'Isis
par Osiris. Isis est fécondée par le sexe manquant d'Osiris, sexe qui n'a pas été retrouvé après l'effort de recomposition du corps dispersé du géniteur. Par une sorte de raccourci de la pensée, la
mort est liée au manque. D'une certaine façon elle permet de rassembler l'univers entier, dans un nouveau surgissement qui est résurrection mais en perdant l'essentiel, le fécondateur, qui doit
faire circuler la vie. Qu'à cela ne tienne, c'est ce manque qui renvoie à un Autre inconnu, que je ne peux saisir, que je ne peux connaîttre vraiment mais qui est le véritable auteur de la Vie. Il
est le Père.

Nous comprenons mieux, maintenant, en ce qui concerne Jésus, l'intuition fulgurante du Père qu'il a eu, Père manquant plus efficace que le père empirique puisqu'il a été capable de le faire
resurgir de la mort. Alors, oui, de ce Père là il est le Fils. Comme tout homme à sa suite.

Charles, j'ai essayé de suivre ta pensée en me l'appropriant, à ma manière, grâce au mythe égyptien. Mais j'ai bien conscience de laisser tomber énormément de choses sauf peut-être 
l'essentiel.


Duval Etienne 25/09/2009 15:43


Ouf ! Quelle épreuve pour publier un texte long. J'ai été obligé de m'y reprendre à quatre fois. Je reviendrai lundi, pour réagir à ce texte, qui est en même temps beau, grave et savant


Charles Lallemand 25/09/2009 15:40



Suite





. Le père : une figure irruptive et violente dans un nid qui n’aurait demandé qu’à être maternel, c’est-à-dire régi par l’amour. De là vient qu’on peut –qu’on
doit !- entendre que chaque fois qu’on s’en prend au père, on s’en prend à celui qui vient forniquer avec la mère, qui vient introduire le sexe dans un monde clos où, au fond, aurait dû
régner l’amour ; seule tolérance, celle d’une sexualité furtive. […] Mais avec le père, on ne va pas parler de cause évidente ou naturelle comme pour la mère avec son enfant, mais de cause
disons spirituelle de la chaîne des générations ; il n’est pas besoin de microscope ni connaître la valeur du sperme pour considérer ainsi le père. Il est à cette place au titre
d’instance spirituelle, autrement dit, il tient son autorité d’une instance qui échappe à tout contrôle, et c’est cela qui a constitué un progrès. Au contraire,
aujourd’hui nous en revenons en quelque sorte au matriarcat, comme en témoignent les familles monoparentales. Cela va de pair avec la récusation de la dimension de
l’impossible qu’avait introduite la fonction paternelle" et qui est que ce qui précède ne peut se confondre avec ce qui suit, et ce qui suit ne peut effacer ce qui précède, "une
loi de la nature" aurait dit le bouddha Gotama, de la transmission, symbolique.  Va comprendre, Charles !   


 




Chales Lallemand 25/09/2009 15:36


Suite


[…] Pour autant, s’il est une chose que l’exégèse moderne montre bien, c’est qu’il n’y a jamais eu foi dans le Dieu de Jésus, ni foi en Jésus, ni même une
formulation sur ce que fut Jésus et sur ce qu’il a dit de Dieu, sans qu’il y ait construction de ce Jésus et de ce Dieu de Jésus par la foi. Les différentes
traditions et communautés de premiers chrétiens qui sont à l’origine de ce qui s’est recomposé dans le Nouveau Testament ont opéré des constructions-destructions. Pour le meilleur
et pour le pire. Et cela se poursuit depuis vingt siècles. Pour le meilleur et pour le pire. Bien loin que ce soit là une imperfection pour la connaissance que nous pouvons avoir de Jésus et de
Dieu, c’est au contraire une qualité spécifique de la connaissance. Car il n’y a pas connaissance là où il n’y a pas construction de l’objet connu par le connaissant (et construction du
connaissant par l’objet connu). La construction de son objet par la connaissance n’est pas une imperfection de la connaissance mais une perfection, car la
connaissance est une œuvre, un acte."(p.230) "J’ai commencé à réfléchir, écrit Merleau-Ponty dans Phénoménologie de la perception, ma
réflexion est réflexion sur un irréfléchi, elle ne peut s’ignorer elle-même comme événement. Dés lors elle s’apparaît comme une véritable création, comme un changement de
structure de la conscience, et il lui appartient de reconnaître en deçà de ses propres opérations le monde qui est ordonné au sujet parce que le sujet est donné à lui-même." Cela, c’est ce que
Pohier appelle « l’effectuation de l’humanité et du monde ». Mais, ajoute-t-il, "l’effectuation de Dieu, le resurgissement de Jésus, l’ouverture à l’Esprit, sont un aussi gigantesque
labeur, une aussi longue patience, une lutte aussi aléatoire et faillible que tout ce qui est la part de l’homme dans l’effectuation de l’humanité et du monde. Et non par blessure, mais
par nature." (p.246) Seulement voilà, on a considéré "la contingence comme la conséquence du péché, au point de penser que les organes sexuels étaient l’instrument de
transmission de ce péché originel qui avait amené l’homme à portée de la mort et de la faute. Bref, c’est par le mal qu’on expliquait la contingence. Sans le péché, pas de contingence, ou en tout
cas, pas de mortalité, pas de concupiscence, et, si possible, pas de sexe (p.103)


 


La filiation


Pour en revenir à ta question, Etienne, du "Fils de Dieu", voici une brève de comptoir qui m’a donné à réfléchir : « Jésus-Christ est le Fils de Dieu. Et
le grand-père, c’est qui ? », question que Pierre Legendre dans L’inestimable objet de la transmission (p.105) analyserait
comme « le discours de la filiation », "représentation vitale, parce qu’il s’agit pour le sujet humain de fonder sa parole en renonçant à se fonder lui-même, d’entrer
dans la reproduction du désir en renonçant à la folie de s’autoproduire, c’est-à-dire en renonçant à la prétention d’être un dieu.[…] Et la psychanalyse met sur la
table qque chose de très simple : le lien entre l’interrogation du désir et l’émergence de la pensée ; car le discours de la filiation est ce qui rattache la reproduction de la vie dans
l’humanité à la reproduction du phénomène de la pensée, équivalent du discours de la Raison, […] recentrant notre propre discours sur la parole. Contre la prétention scientiste, d’après laquelle
toute question doit être résolue, c’est-à-dire détruite, la psychanalyse maintient que la reproduction passe par le désir et par un indestructible de la parole, c’est-à-dire par l’interrogation
du qu’est-ce que ? La mise en scène de l’objet absolu n’est que l’interprétation (dans tous les sens du terme) du qu’est-ce que ? là où cette
interrogation vire en représentation, en mise en ordre mythique." Or cette question de la filiation, je n’y avais d’abord pas attaché d’importance, me disant que lorsque Jésus dit « je ne
suis pas le Père » il y avait paradoxalement la même reconnaissance de la transcendance de Dieu que chez les musulmans pour lesquels Dieu n’est pas plus Père que Jésus n’est Fils de Dieu. Ce
me fut en fait  une façon subtile de me débarrasser comme notre génération actuelle de tout ce qui relevait du patriarcat. Or, comme l’observe encore Charles
Melman L’homme sans gravité (folio p.100), la figure du père dans la religion chrétienne, soyons massifs et simples, c’est celle de
Joseph. C’est celle du cocu, celui qui conduit l’âne et qui est amené à sortir de l’histoire. La relation fécondante s’établit entre la femme et le Saint-Esprit ; le père est à subir, comme
moyen. –Mais c’est aussi la figure de Dieu, Dieu le Père ?- À Dieu le Père, on peut très bien attribuer une figure maternelle. Je peux appeler Dieu le Père, mais le doter de caractéristiques
maternelles : amour universel, bonté, générosité, pardon ; de telle sorte que dans la religion chrétienne, c’est bien d’avantage la figure maternelle qui se trouve spiritualisée. Le
père : une figure irruptive et violente dans un nid qui n’aurait demandé qu’à être maternel, c’est-à-dire régi par l’amour. De là vient qu’on peut –qu’on doit !- entendre que c




Charles Lallemand 25/09/2009 15:31






Suite


ce n’est pas la mort de Jésus de Nazareth qui rend compte de ce que fut sa vie et lui donne un sens, mais c’est au contraire ce que fut sa vie qui
rend compte de ce que fut sa mort." Car Jésus n’est pas un objet empirique qu’on pourrait idolâtrer sur cette "croix, capitale de la douleur", masochisme moralisateur que dénonçait Jacques
Pohier, si ce n’est cet "objet "a" que Lacan en 1962 lors de son Séminaire X (p.192) interprète comme " l’angoisse de
Dieu " : "Ai-je besoin de faire appel au mythe chrétien le plus fondamental pour donner corps à ce que j’avance ? Toute l’aventure chrétienne est engagée sur une tentative centrale
incarnée par un homme dont toutes les paroles sont encore à réentendre, d’être celui qui a poussé les choses jusqu’au dernier terme d’une angoisse qui ne trouve son véritable cycle qu’au niveau
de celui pour lequel est instauré le sacrifice, c.à.d. le Père. Dieu n’a pas d’âme ; ça c’est bien évident, aucun théologien n’a encore songé à lui en attribuer une. Pourtant, le changement
radical de la perspective du rapport à Dieu a commencé avec un drame, une passion, où quelqu’un s’est fait l’âme de Dieu. La place de l’âme est à situer au niveau "a" d’objet
chu". Le problème pour nous autres est que, pris éventuellement par une angoisse –bien légitime !- de la mort, nous voulons tout savoir sur « après la mort », et sur Dieu et
finalement sur notre propre inconscient. Nous sommes comme Œdipe qui veut lui aussi voir et savoir. Tirésias lui dit bien : « Tiens-toi tranquille », mais pris comme nous par
son propre excès (ubris) alors qu’il est innocent, (Jocaste, c’était la femme de l’autre, il n’avait aucune raison a priori de penser qu’elle pouvait être sa mère et puis celui qu’il a
tué, il ne savait pas non plus que c’était son papa), au lieu de tirer un voile, il veut tout voir, tout ce qu’il y a de caché et, observe Charles Melman Pour introduire à la psychanalyse, aujourd’hui (p.366), "c’est là que pour le plaisir d’écrire une tragédie, il est allé trop loin." D’où vient la
difficulté ? Comme l’analysait Jacques Pohier (p.218), "c’est qu’il est illusoire de penser que la perfection de la connaissance exige la communication absolue, telle la
connaissance définitive de Dieu qu’on promet à l’homme pour l’autre monde. Mais au sein de la Trinité ? M’interrogeant (on se demande bien pourquoi !) sur les relations
du Fils avec le Père, je me disais –reprenant sans le savoir la difficulté d’Arius- : si le Fils ne reçoit pas du Père tout ce qu’est le Père, c’est qu’il lui manque quelque chose, il n’est
pas aussi parfait que le Père, donc aussi vraiment Dieu. Or Thomas d’Aquin –et il n’est pas le seul- ose insister sur le fait que […] le Père a quelque chose qui lui est propre et qui est
incommunicable au Fils, à savoir que le Père est Père ; de même le Fils est Fils. […] Il en est de même de l’incommunicabilité intraconjugale dans la relation père et mère,
époux et épouse, amant et amante. On peut faire l’amour ensemble, mal et bien, tantôt mal et tantôt bien. Mais la perfection de l’amour, du bonheur, du plaisir ne tient pas à ce
que chacun saurait et aurait tout de l’autre ; elle tient à ce que, comme le langage amoureux l’exprime à la perfection, chacun « vient », l’un avec l’autre, par
l’autre, ensemble. Ne pas avoir tout de quelqu’un ni tout connaître de lui, non par une imperfection de l’amour ou de la condition humaine, mais au contraire de par ce qui fait leur
perfection. Si non, c’est la fusion des personnes et leur dilution. Cela est vrai de ce que l’amour, le plaisir et la connaissance ont de plus intime et de tout ce qui fait la diversité
et la perfection des personnes, sans même parler de la radicale différence des sexes. […] Avec ce fantasme de la communication absolue, on n’est pas très loin de l’idolâtrie, qui consiste à
prendre pour Dieu ce qui n’est pas Dieu, puisqu’on s’imagine que l’homme, qui n’est pas Dieu, pourrait penser avec ce qui est propre à Dieu, sa divinité; c’est ce qu’ont bien senti et refusé les
deux autres grandes religions monothéistes : le judaïsme et l’islam. L’une et l’autre ne considèrent pas seulement comme idolâtriques les conceptions chrétiennes de l’Incarnation et de la
divinité de Jésus, mais aussi les conceptions chrétiennes de la grâce et de la divinisation de l’homme. En effet, les christianismes auraient grand profit à entreprendre en ces domaines une
sérieuse mise au point […] On ne peut continuer indéfiniment d’insister sur l’extraordinaire transcendance de Dieu et l’impossibilité où se trouve l’homme de le connaître, puis insister sur
l’extraordinaire condescendance de Dieu qui rendrait l’homme capable de le voir face à face, sans finir par s’aviser un jour qu’il y a là un véritable virement (au sens comptable)
de transcendance et découvrir quel est le bénéficiaire, et donc l’instigateur, de l’opération. […] Pour autant, s’il est une chose que l’exégèse moderne montre bien, c’est qu’il
n’y a jamais eu foi dans le Dieu de Jésus, ni foi en Jésus, ni même une formulation sur ce que fut Jésus et sur ce qu’il a dit de Dieu, sans qu’il y ait construction de ce Jésus
et de ce Dieu de Jésus par la foi. Les différentes traditions et communautés de premiers chrétiens qui sont à l’origine de ce qui s’est recomposé dans le Nouveau Testament ont
opéré des co




Charles Lallemand 25/09/2009 15:25


Suite


Or la caractéristique de cette "jouissance" (à entendre au sens de « faire usage de » aussi bien que :« jouissance sexuelle »), c’est
qu’elle ne nous paraît recevable aujourd’hui, comme l’observe Charles Melman L’homme sans gravité (folio p.105) qu’à la condition d’être
de l’ordre de l’excès, c.à.d. produisant une éclipse du sujet, que ce soit au moyen de l’alcool, de la vitesse, de la drogue.., avidité et aversion. Mais le
fondement de la pratique vipassana c’est justement que pendant l’observation des sensations qui se manifestent sur mon corps, "les observer comme elles sont réellement" (traduction du Pali
"vipassana") dont éventuellement cette sorte de "jouissance" qui remonte alors à la surface, je vais m’efforcer non seulement de demeurer constamment vigilant, attentif, mais de
ne pas y réagir, c.à.d. ne pas passer par la fenêtre de mon fantasme, ou de ma pulsion. Le sujet que je suis, corps et âme, ne passe pas à la trappe.





Désir du sujet  


Cela dit, cette pratique d’origine bouddhiste – se libérer de la souffrance et devenir bouddha soi-même – laisse ouverte la question du désir, non pas du désir au
sens d’avidité mais du désir par rapport à « l’autre », là où, dit Lacan, "le désir du sujet" ce n’est pas l’autre, si ce n’est que l’amour c’est souvent miam-miam,
(bouffer l’autre), mais " le désir de l’autre ", à entendre dans les deux sens, car " la relation à l’autre ne se fait pas « à l’autre », mais à la demande ou
au désir de l’autre, ou à son fantasme dans la relation sexuelle"; (de même que dans la dépendance à une drogue par exemple, la demande ne se fait pas à la drogue elle-même mais à la sensation
que procure cette drogue). Tout cela, donc,  à entendre au second degré !


 


Clivage


Ce long préambule, Etienne, avec les hallebardiers, les bouffons et les belles nues vénitiennes de Véronèse, pour en venir à la question que tu nous poses si j’ai
bien compris sur une "équivalence" qu’aurait posée le concile de Nicée en 325 entre la divinité de Jésus-Christ et son humanité, confondant le symbole avec la réalité qu’il symbolise. Depuis,
avec le concile de Chalcédoine en 451, le discours du maître c’est : "consubstantiel au Père selon la divinité, consubstantiel à nous selon l’humanité". Pour ma part, poursuivant ma quête
"ékastos", comme disaient les grecs : « chacun à partir de soi », plutôt qu’"équivalence" j’évoquerais le "clivage" au sens ambivalent de ce terme lui-même
qui de "to cleave, fendre" donne en allemand son contraire "kleben, coller", ou "to lock, fermer"↔"Loch, le trou", et dans le vieil égyptien comme l’observe
Freud où "ken" signifiait à la fois "fort" et "faible" et qu’on accompagnait d’une figurine pour les distinguer. Je m’explique : parce que je crois que l’inconscient ça
existe, « le Fils de Dieu » je ne saurais le percevoir qu’au niveau inconscient, non dans la claire vision, alors que Jésus-Christ pleinement homme, j’en ai pleinement
conscience. C’est la méditation –cette fois intellectuelle- de la Lettre de Paul aux Colossiens (Col.3, 1-4)  qui va m’éclairer : "Du moment donc que vous êtes ressuscités avec
le Christ…Car vous êtes morts et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu…le Christ, lui qui est votre vie…". Mais le latin comme le français ne font que répéter "vita
vestra, votre vie" et rendent mal le clivage dans le texte grec entre "zôè umôn" (zôè, la vie animale, logika zôa l’animal parlant, et pas seulement la
"bio"), votre vie à vous "kécruptai, cachée", et : "zôè èmôn " sa vie à lui.





Idolâtrie


Dans ce clivage entre umôn et èmôn, s’opère le passage comme s’est opéré, il me semble, le passage du Père au
Fils, ce Père qui ne l’a pas ressuscité comme on restaure un objet empirique perdu ou manquant, selon les lois sado-masochistes du Manque et de l’absence totale du Tout-Autre, comme l’observait
Jacques Pohier en 1976 (Quand je dis Dieu (p.208) car " « la performance » qui bouleversa les premiers chrétiens, la bonne
nouvelle qu’ils annoncèrent, n’était pas de l’ordre de la résurrection des morts ou de Jésus, elle était de l’ordre de la manifestation de Dieu. L’étonnant était que Dieu soit tel que Jésus
l’avait fait connaître, que ce que Jésus avait fait connaître de Dieu soit encore vivant après que Jésus eût été mis à mort. Et ce que Jésus a été, nous pouvons, Dieu et moi, le faire ressurgir.
Il en est ainsi à cause de ce que Jésus a été, à cause de ce qu’est Dieu, et à cause de ce que je suis. À cause de ce que Jésus a été : un homme qui a vécu pour une certaine idée de Dieu, un
homme en qui a vécu l’idée que Dieu a de lui-même




Charles Lallemand 25/09/2009 15:08



L’inquisiteur : « Quelqu’un vous a-t-il demandé  de peindre dans ce tableau des hallebardiers, des bouffons et d’autres choses du même
genre ? » - Véronèse : « S’il reste de l’espace dans ce tableau, je l’orne d’autant de figures qu’on me le demande et selon mon imagination […] Nous les peintres, nous
nous accordons la licence que s’accordent les poètes et les fous. » Procès de Véronèse, 1573 à Venise


Je ne sais Etienne, si c’est avec la même hardiesse que je vais tenter d’exprimer ce que me suggère ton texte et les 70 commentaires que j’ai parcourus sur le blog
au retour de 10 jours d’assise silencieuse " vipassana " dans la Puisaye, puis d’un détour inattendu par le Louvre à l’occasion du "vernissage" de magnifiques "huiles" exposées de la
Renaissance vénitienne, Le Titien, Tintoret et le plus jeune, Véronèse, qu’accompagnait sa belle réplique. Toi, de hardiesse tu ne manques pas !





J'étais parti m'asseoir pour réfléchir à ton texte


J’étais parti « m’asseoir » avec à l’esprit ton texte –non pas inquisiteur celui-là mais interrogateur- et la nouvelle par sa compagne Michelle le matin du
dimanche 30 août de la mort de mon ami Christian qui s’est « endormi » la veille après que le jeudi précédent, nous ayons encore « médité » un peu tous les deux, bavardé
joyeusement, et qu’en partant j’ai salué ces deux amoureux d’un « c’est beau l’amour ! », tellement cela me réjouit toujours.


Et puis « je me suis assis » ; je veux dire que neuf jours durant, (45 hommes et 42 femmes), nous avons pratiqué dans un complet silence la technique
de méditation "vipassana" qui consiste à observer sa respiration, puis du sommet du crâne jusqu’au bout des pieds, partie par partie, les sensations sur mon corps,
non pas telles que je me les représente, mais telles que je les perçois réellement, apprenant à ne pas réagir comme nous le faisons habituellement à ce qui est désagréable ou bien agréable,
observant simplement, avec la perception de plus en plus vive de leur caractéristique qui est d’apparaître et de disparaître, complètement instables comme toute vibration. Et de même que j’avais
écouté la semaine précédente la respiration de plus en plus faible de mon ami Christian, j’observais maintenant ma respiration et les sensations tantôt grossières, douloureuse, massives, tantôt
légères, subtiles que mon propre corps exprimait, se laissant écouter au passage de cette attention que je portais patiemment de haut en bas, puis de bas en haut, assis en demi-lotus, de plus en
plus attentif à ces sensations et donc de moins en moins occupé par les idées, les images, les représentations de toutes sortes qui nous passent habituellement par l’esprit. Non pas que ces idées
n’aient pas leur importance, comme des brides de ton texte, Etienne, qui me venaient à l’esprit, ou la mémoire de Christian, mais « ce n’était pas le sujet ». Le sujet, c’était de
passer des heures et des heures à simplement porter mon attention, l’esprit calme et vigilant, l’esprit stable, à quelque chose par contre de complètement instable mais aussi bien
réel : les sensations que je percevais réellement, et sans pour autant m’identifier à elles. Ainsi passer des heures sur rien, sur du vent ! Une approche de la mort en
somme, de ce moment où je suis avec mon corps et le moment d’après où je ne serai plus. J’ose dire : une approche de Dieu. Et là, je dois dire que tout un fatras d’idées qui me traversaient
jusqu’alors l’esprit m’ont apparu comme un foutu bavardage ; quid est fide, qu’en est-il de la foi ? « Mais extrêmement peu de chose ! » observait Jean-Yves Jolif, comme
nous le rappelle Gérard Jaffrédou. Et pourquoi une approche de Dieu par ce chemin des sensations ? J’observe que le plus douloureux, pour ma part, dans la pratique quotidienne de cette
"assise", c’est le renoncement à « mes pensées » qui remontent à la surface comme sur un miroir et que je quitte pour « retourner » à l’observation de la sensation réelle
comme le petit enfant devant le miroir qui, en se retournant, voit un autre objet (visage) que celui dans le miroir. Penser alors, c’est perdre le fil, ce fil d’Ariane (non pas
d’Arianus !) de mon attention qui conduit mon esprit patiemment dans toutes les fibres de mon corps, partie par partie, comme le montagnard en montagne ou le pèlerin sur son chemin de
Compostelle. Alors seulement le corps se laisse écouter et « travailler » sur sa part obscure, celle qui, l’instant d’avant, « me prenait la tête », tous ces " points de
fixation ", source d’avidité « j’en veux encore » ou d’aversion « c’est insupportable ! ». Le révélateur ici, c’est la sensation qui se manifeste au travers de
mon propre corps, dans le cheminement duquel circule ce que Jacques Lacan désigne par une voyelle, l’objet "a", cause du désir parce que c’est un objet manquant que je ne cesse de chercher et sur
lequel je ne puis « mettre la main », si ce n’est dans le fantasme ($ ◊ a), cherchant à contourner ce "trou du désir" ; ou dans la pulsion ($ ◊ D), contournant par le biais des
drogues notamment, le trou de la demande "D" ; toute cette jouissance qui m’incite à passer par la fenêtre de mon fantasme ou de ma pulsion pour rattraper l’objet manquant, ou perdu. Or la
caractéristique de cette "jouissance" (à entendre au sens de « faire usage de » aussi bien que :« jouissance sexuelle »), c’est qu’elle ne nous




Etienne Duval 19/09/2009 09:30

Laurent, je suis très content de ton intervention, qui nous ramène au point de départ de ma réflexion : la confrontation entre les courants culturels et spirituels. Aucun courant ne peut se penser aujourd'hui en dehors des autres courants. C'est pourquoi il faut que les messages des uns et des autres soient clairs, qu'ils soient passés au crible d'une forme de purification.Une révélation universelleSi j'emploie le langage traditionnel, je dois reconnaître que la révélation ne se limite pas au judaïsme et au christianisme. Elle est présente dans toutes les cultures du monde comme l'expriment les mythes, qu'ils soient de l'Egypte, de la Grèce ou de la Scandinavie, en provenance des Indiens d'Amérique ou de l'Inde bien sûr comme tu l'exprimes. Le mystère de la VieD'accord aussi avec toi pour reconnaître que le mystère de la Vie dépasse de beaucoup la sphère humaine. Il y a des milliers et peut-être des millions d'espèces d'animaux et de plantes, qui soulignent la richesse extraordinaire de l'Être....La non-identificationJ'aimerais bien que tu précises ce que tu mets sous ce mot si important pour toi. Dans mon langage, il s'agirait de la non-appropriation de l'autre, du moi et de soi-même. Dans mon expérience, cette non-appropriation est centrale pour que puisse se constituer un sujet. Mais peut-être veux-tu aller plus loin que le sujet. A toi de nous le dire pour que nous bénéficions de l'originalité de ta démarche. La propagande pro-catholique, pro-missionnairePersonnellement, je le déplore comme toi. La confrontation nécessaire est bien là pour que nous sortions de notre centralité et de notre certitude d'être dans la vérité. La vérité nous dépasse tous et elle est partout même là où nous sommes persuadés qu'elle n'est pas.

Laurent Besset 19/09/2009 05:02

"L'homme est celui qui reçoit la filiation divine : il ne peut l'acquérir de ses propres forces. Dieu est celui qui la donne"Elargissons le débat, camarade !Pourquoi se limiter aux religions de la Bible ?Les amérindiens, les bouddhistes, les hindouistes, etc. (et même athée !) peuvent eux aussi accéder à cette filiation divine, même s'il y mettent d'autres mots : sage, boddhisattvas, bouddhas, éveil, source, etc. Voila déja qui relie plus de monde sur cette planète !Dans un contexte chrétien qui comme tu l'indiques se limite à soi et à l'autre humain, il y aurait à apprendre de ces autres approches qui voit dans tout ce qui Est des formes de la vie aussi respectables que l'être humain puisque crée par la Vie (pour son divertissement ?) Ce jeu est d'abord un jeu avec l'Autre : le croyant le nommera Dieu, l'agnostique, le mystère, l'athée,  l'inconnu en attente de connaissance. L'homme tire son dynamisme du jeu avec sa limite et l'au-delà inconnu de sa limite ; il s'ouvre ainsi non seulement à la recherche constante mais aussi à la poursuite de la création, comme s'il était le partenaire d'un Créateur invisible.Un "jeu" ... alors que l'essentiel est ailleurs ... dans la non-identification ... dans la conscience de notre vraie nature.Un livre qui m'a beaucoup appris :"De la prison à l'Éveil" de Satyam Nadeen un "fou" qui me permet de prendre avec plus de légèreté mes "rôles" d'humain et ce qu'ils amènent comme péripéties passagères...Je reviens d'une retraite de 4 jours dans une abbaye : du grégorien, la parole du Christ, oui ! mais aussi de la propagande pro-catholique, pro-missionnaire, à désespérer pour la paix ! (en écoutant ces commentaires lus pendant les repas, je me disais que les intégristes islamistes peuvent produire exactement le même discours qui génère la haine de l'autre !)

Etienne Duval 18/09/2009 09:59

Merci pour vos réflexions qui rejoignent les miennes. Je me retrouve dans ce que vous dites et la phrase que vous citez du père Sesboué va tout à fait dans ma préoccupation : sauver le sujet humain du Christ. L'incarnation ne concerne pas uniquement la nature humaine ; elle concerne aussi le sujet. Et, en ce sens, je ne peux imaginer personnellement que l'incarnation du Christ se fasse selon un mode différent de l'incarnation des autres hommes. Le mystère de l'incarnation pour un croyant ne concerne pas seulement Jésus mais aussi toute humanité. Pour employer le langage symbolique traditionnel, le Fils de Dieu se fait homme dans Jésus d'abord et ensuite dans tous les hommes. Personnellement mon projet est d'essayer de penser cette incarnation dans le Christ pour éviter l'idolâtrie et la monstruosité humaine dont parle le père Sesboué. Le respect du sujet humainLorsqu'il s'incarne dans le Christ, le Fils de Dieu s'incarne dans un sujet humain qu'il doit respecter. Il instaure donc un jeu entre deux sujets : le sujet Fils de Dieu et le sujet humain. On voit bien que l'Eglise et les pères conciliaires, en particulier, ont cherché à éviter  la dualité chez le Christ et ils n'ont su le faire qu'en fusionnant les deux sujets, ce qui me semble une monstruosité métaphysique et humaine et l'ouverture à l'idolâtrie.L'accomplissement du sujet humain dans la filiation divinePour éviter la fusion de deux sujets dans une même personne et pourtant respecter l'unité de la personne du Christ, il suffit, me semble-t-il, de reconnaître que le sujet humain s'accomplit dans la filiation divine. Dans ce cas, il n'existe qu'un seul sujet porté au maximum de son accomplissement. Et, entre la filiation du Christ et celle des autres hommes, il n'y a plus qu'une différence d'intensité et non pas une différence de processus.Entre le Christ et Celui qui est Fils de Dieu de toute éternité une infinie proximité et une infinie distance de deux sujetsSi l'on suit la réflexion amorcée, il est facile de comprendre qu'il existe une infinie proximité entre le Christ et le Fils unique de Dieu mais cette proximité ne peut pas annuler l'infinie distance qui sépare les deux sujets réunis dans la même filiation du Père. Il me semble indispensable de sauver en même temps l'initiative absolue du Fils de Dieu, qui existe de toute éternité, et le sujet humain soumis au temps et à sa progression jusquà son accomplissement au-delà de la mort dans la filiation éternelle de Dieu. Le Christ ouvre la voie à tous les hommes ses frèresLe Christ est le premier mais il reste un sujet humain, divinisé bien sûr, fils de Dieu à part entière aussi, mais sans que puisse être établie une équivalence totale entre lui et Celui qui est Fils de Dieu de toute éternité. Il peut alors ouvrir la voie à tous les hommes, qui sont ses frères, promis à la même filiation que lui.C'est sur ce point qu'il y a difficulté, en particulier dans la réponse à la question suivante : comment respecter, en même temps, le sujet humain divinisé du Christ et le sujet divin du Fils de Dieu de toute éternité ? Personne n'a la vérité mais tous sont jugés par elle.

Georges Rousseau, psychiatre des hôpitaux 17/09/2009 22:14

"Une compétence théologique que je n'ai pas". Voilà ce que vous nous dites en préambule de votre propos sur le risque d'un apport idolâtrique du christianisme.Avant d'aborder plus directement votre texte, je me permets de vous dire que si vous n'avez pas la compétence théologique (ce dont je doute !), vous avez, en tout cas, une compétence pastorale, pédagogique. Cr c'est bien de cela dont il s'agit dans votre propos. Et je vais commencer par vous dire en quoi il correspond à un certain cheminement de ma pensée.J'ai toujours été troublé et questionné en moi, pour savoir jusqu'à quel point Jésus savait qu'il était Dieu. Cela me semblait pourtant important pour comprendre et accepter les paradoxes de certaines paroles et attitudes dans l'Evangile. Par ex: Jésus annonce qu'il ressuscitera et par ailleurs il dit : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?" Ce questionnement ne semblait pas intéresser les pasteurs de l'Eglise..., et pourtant il me semblait important, en "pastorale", de pouvoir suivre chacun le cheminement de Jésus vers Dieu et de nous identifier un peu à lui.Et voilà ma question : Est-ce-que mon souci pastoral rejoint le vôtre dans votre propos ? Vous connaissez sans doute le livre de Bernard Sesboué : "La théologie du vingtième siècle et l'avenir de la foi". Il écrit : "Si Jésus a réeelement partagé notre condition humaine, son expérience s'est inscrite dans le temps et a connu une progressivité de science et de conscience, sous peine que l'on fasse de lui un monstre humain". Il me semble que c'est bien là que l'on peut parler de risque d'idolâtrie. Et, en ce sens, je suis d'accord avec vous pour regretter la formulation du concile de Nicée. Marcel Légaut, que j'ai un peu fréquenté autrefois, soulignait cette double révélation (indissociable) dans le christianisme : la révélation de l'homme et la révélation de l'Autre et il regrettait une certaine formulation des dogmes. J'avais écrit ces quelques remarques lorsque Louis Charbonnier m'a transmis les nouvelles explicitations que vous donnez. Elles me satisfont tout à fait. Et là, dans votre méthode d'explicitation (très dialogante), je trouve que vous êtes très "pastoral". Je cite une ou deux phrases très éclairantes :- Il faut que le Verbe traverse tout ce qui fait l'humanité de l'homme.- Si j'identifie cette présence à l'être qui la révèle, je détruis la Présence.- La mort n'est pas la conséquence d'une faute : elle fait partie de la vie.- L'Esprit Saint, 3è personne de la Trinité est au coeur d'un tel mystère... Il est l'entre-deux de la Vie, qui fait respirer l'ensemble et fait tout fonctionner en interaction, à l'intérieur du Rapport à l'Autre.

Etienne Duval 14/09/2009 18:54

On peut trouver une traduction du Prologue de Saint Jean, sur internet :http://www.lexilogos.com/bible/jerusalem_jean.htm

  • : le blog mythesfondateurs par : Etienne
  •   le blog mythesfondateurs par : Etienne
  • : Mythes, articles à partir des mythes, réactions sur le site Mythes fondateurs http://mythesfondateurs.over-blog.com/ Le mythe et le conte sont la parole dans sa première gestation. C'est pourquoi, si la parole est malade, comme le dit Vittorio Gasman, il devient urgent de revenir à ses fondements qui sont encore à notre disposition, à travers les mythes et les contes. Lorsque la parole ne fonctionne pas, c'est la violence qui gagne. Les mythes et les contes, par l'apprentissage du processus symbolique qu'ils proposent, sont là pour nous aider à faire sortir la parole de la violence. C'est de la naissance de l'homme lui-même dont il s'agit.
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