Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 09:02


http://www.licencephoto.com/public/affichfr-27336-60-0-2298.html

Le maître du jardin, le rosier et le bouton de rose

 

Dans le grand livre du monde, il existe  un très beau conte arménien ; il s’appelle Le maître du jardin. Il va nous guider, pour découvrir le sens universel de Noël, au-delà même de la fête religieuse chrétienne. 

 

Le jardin et le rosier intérieur

L’homme possède un jardin intérieur, un tout petit jardin sans doute, mais qui contient l’univers en entier. Ici pousse un rosier extraordinaire. Il s’appelle Anahakan. Ce rosier est l’arbre intérieur de chaque homme, celui qui lui communique la vie et la mort. Il est en lien avec tous les rosiers du monde. Or, il est dit dans les vieux livres : « Sur le rosier Anahakan viendra la rose généreuse, celle qui donnera au maître du jardin l’éternelle jeunesse ». Depuis toujours les hommes aspirent à l’éternelle jeunesse. Ils sont rois mais ils sont aussi jardiniers. Les plus assidus s’enquièrent de l’expérience des anciens mais personne, jusqu’ici, n’a percé le secret pour faire pousser la rose de l’immortalité.

 

Le veilleur

Or, un jour, Samvel, après des heures et des jours d’intense méditation, pense qu’il peut découvrir le chemin de la rose. Il n’est en rien différent de chacun d’entre nous mais il a la volonté de nous ouvrir la voie. Il est sans expérience ; simplement il obéit à une impulsion intérieure. Elle le pousse d’abord à prendre la tenue du  jardinier ; peu à peu elle l’incite ensuite à devenir veilleur. Les savants, les personnes expérimentées se moquent de lui en disant : « Samvel est trop jeune : il lui manque la science du jardin ». Pour lui, la science du jardin consiste d’abord à veiller sur le rosier intérieur. Chaque jour, il l’ausculte, l’arrose, caresse ses feuilles, dépose du fumier près de ses racines : il l’entoure de bonnes pensées et écarte les idées mauvaises. Autour de lui, il installe le silence.

 

Le surgissement de la parole intérieure

La parole finit par émerger du silence. Elle sort du cœur de Samvel. Mais, ô miracle, le rosier lui répond. La Parole les enveloppe tous les deux, bienveillante et rassurante à la fois. Efficace aussi : de sa petite flamme, elle est prête à enflammer des forêts entières. Sous son apparence frêle, elle s’apprête à renverser des montagnes d’incompréhension. Les vieux jardiniers ricanent et les docteurs détournent leur regard. Samvel pourtant continue son travail de veilleur, sans se laisser détourner de son objectif. Il a découvert la Parole intérieure. Chaque jour, dans son dialogue avec le rosier, il lui laisse la première place, celle de l’entre-deux.

 

La mort à la racine

De veilleur, Samvel devient thérapeute. Il trouve le rosier langoureux et souffrant. Aujourd’hui il ne parlera pas, il regardera et surtout il écoutera. Il pose une seule question : « Mon ami, où as-tu mal ? » Le rosier s’étouffe comme si le mal était dans sa gorge, prêt à sortir. Mais non, il n’est pas dans la gorge, il est dans la racine, au cœur de l’être. Le cœur se retourne sur lui-même et, dans un grand cri, expulse le ver qui le ronge depuis toujours. On dit qu’une hirondelle s’en empare. Et, au moment où elle se repose sur une branche basse pour digérer sa proie, un serpent se redresse, avale l’oiseau et avale le ver. Mais un aigle royal regarde la scène : soudain il plonge, tue le serpent, le prend dans ses serres et s’envole. La création tout entière se mobilise pour chasser le mal du jardin de l’homme. 

 

Le bouton de rose ou le dépassement de la mort

Maintenant le rosier reprend de la vigueur. Ses feuilles reverdissent, ses branches se redressent, la sève se fait plus abondante et plus  tonifiante. Et puis, un matin, lorsque Samvel arrive, un bouton de rose, suintant de rosée, est en train de s’ouvrir. Sa beauté dépasse celle de tous les boutons du monde. Sa fraîcheur, sa couleur, son élégance éblouissent le jeune veilleur. Le voilà transporté dans un autre monde, comme le rosier lui-même, dans un univers où la mort est dépassée. Les perspectives s’unifient, les cohérences se précisent jusqu’aux frontières du non sens. Jusqu’ici, l’homme croyait vivre alors qu’il était enfermé dans la mort ; il dépensait son énergie à  la nier parce qu’elle le terrorisait. Depuis que la rose est apparue, la peur l’a quitté. Désormais, son parfum l’habite, tel un esprit nouveau.

 

L’accueil de la rose dans une joie indicible

Désormais le veilleur et le rosier ne font plus qu’un. L’homme était dissocié, coupé en deux, bloqué dans son élan. Maintenant, dans l’unité retrouvée, il est envahi d’une joie indicible qui l’ouvre à l’effervescence et à l’harmonie d’un monde en gestation. Ses yeux s’ouvrent, sa parole se libère, la beauté l’enveloppe d’un manteau aux multiples couleurs, illuminé par le soleil et la lune, et sur lequel scintillent toutes les étoiles du ciel. Il est proche du paradis, mais il ne peut encore en franchir la porte.

 

La mort du roi propriétaire

Il reste habité par un roi propriétaire, par la tentation de l’appropriation et de la toute-puissance. Comment l’appropriation et la toute-puissance pourraient-elles cohabiter avec le bouton de rose ? Le roi propriétaire est enfermé en lui-même et dans la mort. Il se croit le maître du monde. Mais ici il n’y a plus de maître, il n’y a que des passeurs, compagnons de la vie et de la mort. L’homme doit se défaire d’une royauté illusoire, qui exclut la royauté singulière du bouton de rose.

 

Le soi n’en finit pas de naître

Le rosier ne produit pas de fruits. Il ne produit que des fleurs. Le fruit arrive au temps de la maturité. Mais la fleur est une promesse, un commencement, la marque de l’enfance et de la jeunesse. Sous la ramure du rosier de la vie, c’est le soi qui se cache, l’être même de l’homme en perpétuel surgissement. Le soi est dans l’acte même de naître, dans le dépassement constant de la mort. Ici, naître et dépasser la mort ne sont qu’un seul et même acte. En un sens, Noël est la célébration du soi, la promesse, pour l’homme, d’une victoire sur la mort.

 

La révélation de la Parole créatrice ou l’enfance « éternelle » de la création

En réalité, le soi ne tient pas en lui-même. Relié à tous les autres soi, il est dans la vibration de l’Être qui le dépasse : Être mystérieux et insaisissable, qui s’échappe lorsqu’on veut le nommer. Ainsi se révèle le Soi de la création, qui, à chaque instant, donne naissance à tout l’univers et à tous les autres soi. Signe d’un Ailleurs et d’un Autre, il révèle aussi chacun à lui-même, comme parcelle d’éternité dans son premier jaillissement. Il est Parole créatrice, sans cesse renouvelée, depuis les origines du monde : promesse d’une vie en perpétuel dépassement de la mort. Le soi de chacun est lui-même parole qui fait naître à soi-même. Ainsi, en étant célébration du soi, Noël est plus fondamentalement encore célébration de la Parole, qui constamment donne naissance au monde et à la liberté (être soi) de l’homme.

 

Etienne Duval

Télécharger le texte : http://etienneduval.neuf.fr/textes/La%20jeunesse%20%E9ternelle%20de%20l'homme.doc
Télécharger le conte original : http://mythesfondateurs.perso.cegetel.net/Textes/Le%20ma%EEtre%20du%20jardin.rtf

Partager cet article

Repost0

commentaires

E
Noël vient de natalis, qui évoque la naissance. Ce que je voulais souligner c'est que l'être de l'homme, en tout cas l'être du soi est dans un perpétuel acte de naître. Il est toujours en acte de naître, il est toujours dans la fête de Noël, dans une forme d'immortalité...
Répondre
J
J'ai relu le conte arménien sans voir immédiatement  son lien avec Noël ... <br /> Je m'interroge sur l'étymologie de "Noël" ; tu as certainement des explications plus satisfaisantes que les miennes.<br />  L'italien nous renvoie à l'idée de naissance , d'origine , en effet.<br />  Noël se situe aussi au moment où les jours commencent à grandir .<br />  La gratuité de la rose , son inutilité apparente , est ce qui en fait la valeur . <br /> La contemplation ne peut être que silencieuse .<br /> Ce que le conte raconte très bien.<br />  La vie me semble être dans cette attente de la fleur , du soin à apporter à la plante : elle n'est pas donnée d'emblée .<br />  Qu'est-ce que l'immortalité ?  La conscience que d'autres roses fleuriront si un jardinier s'en occupe ?<br />   La métaphore du jardinier fonctionne , une fois de plus!<br />  <br />  <br /> Ce ne sont que quelques remarques éparses ...
Répondre
E
Je trouve particulièrement beau et suggestif ce que tu rapportes de Hannah Arendt : l'homme est fait pour innover, pour surmonter constamment la fatalité de la mort. Face à mourir il y a naître et renaître. La fête de Noël est aussi la fête de la renaissance !
Répondre
C
En ce qui concerne le conte arménien "le maître du jardin", voici une autre réflexion à laquelle m'a conduit en ces premiers jours de l'année 2009 Hannah Arendt, par laquelle elle conclut son chapitre sur "l'action" dans "Condition de l'homme oderne"(éd.Agora p.314) :"...la vie de l'homme se précipitant vers la mort entraînerait inévitablement à la ruine, à la destruction, tout ce qui est humain; n'était la faculté d'interrompre ce cours et de commencer du neuf, faculté qui est inhérente à l'action comme pour rappeler constamment que les hommes, bien qu'ils doivent mourir, ne sont pas nés pour mourir, mais pour innover. Mais de même qu'au point de vue de la nature, le mouvement linéaire de la vie de l'homme entre la naissance et la mort ressemble à une déviation bizarre par rapport à la loi commune, naturelle, du mouvement cyclique, de même, au point de vue des processus automatiques qui semblent régir la marche du monde, l'action paraît un miracle [...] Le miracle qui sauve le monde et le domaine des affaires humaines de la ruine normale, "naturelle", c'est finalement le fait de la natalité, dans lequel s'enracine ontologiquement la faculté d'agir. En d'autres termes: c'est la naissance d'hommes nouveaux, le fait qu'ils commencent à nouveau l'action dont ils sont capables par droit de naissance. Seule l'expérience totale de cette capacité peut octroyer aux affaires humaines la foi et l'espérance, ces deux caractéristiques essentielles de l'existence que l'antiquité grecque a complètement méconnues, écartant la foi jurée où elle voyait une vertu fort rare et négligeable, et rangeant l'espérance au nombre des illusions pernicieuses de la boîte de Pandore. C'est cette espérance et cette foi dans le monde qui ont trouvé sans doute leur expression la plus succincte, la plus glorieuse dans la petite phrase des Evangiles annonçant leur "bonne nouvelle" : "Un enfant nous est né"."Mais aujourd'hui, né où ça ? Sous les bombes ?À plus ! Charles<br />  
Répondre
E
Je me suis laissé prendre par le discours de Lacan et me suis demandé comment interpréter un mythe ou un conte sans laisser s'échapper la parole qu'il contient, parole multiple puisqu'elle va résonner différemment chez chaque sujet. La seule chose que je puis dire, c'est comment elle résonne chez moi en laissant l'espace pour  toutes les autres résonances  possibles. Dure ascèse qui passe par la mort de la toute-puissance interprétante...En tout cas merci pour ton art à relancer la réflexion et bonne année 2009 pour poursuivre tes questionnements...
Répondre
C
Merci pour le conte "le maître du jardin" que tu as pris soin de nous adresser; je partage l'avis d'Yvon sur le fait qu'il fallait commencer par là et seulement ensuite nous donner ton propre commentaire, même s'il est très éclairant. Il m'évoque ton chantier-école de 94 :"Faire pour se faire -Le détour nécessaire par le jardin" et aussi cette observation que fait Lacan dans "Ecrits I" (p.347 "points"9€) concernant l'analyste:...il faudrait que l'analyste eût dépouillé l'image narcissique de son Moi de toutes les formes du désir où elle s'est constituée, pour la réduire à la seule figure qui, sous leurs masques, la soutient: celle du maître absolu, la mort...Et ce serait la fin exigible pour le Moi de l'analyste, dont on peut dire qu'il ne doit connaître que le prestige d'un seul maître, la mort, pour que la vie, qu'il doit guider à travers tant de destins, lui soit amie...L'inconscient se ferme en effet pour autant que l'analyste ne porte plus la parole, parce qu'il sait déjà ou croit savoir ce qu'elle a à dire(P.357)...Si cette parole est accessible, c'est qu'aucune vraie parole n'est seulement parole du sujet, puisque c'est toujours à la fonder dans la médiation à un autre sujet qu'elle opère...C'est dans la mesure où l'analyste fait se taire en lui le discours intermédiaire pour s'ouvrir à la chaîne des vraies paroles, qu'il peut y placer son interprétation révélante"(p.352).Je ne sais pourquoi, ce conte m'évoque aussi la fable des "deux pigeons" de La Fontaine: "Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre"; non pour l'humour de Tristan Bernard : "Moralité: l'un d'eux s'ennuyait au logis", mais pour leur fraîcheur, celle de la fable comme celle du conte: "amants heureux amants, soyez-vous l'un à l'autre..." tels la rose Anahakan! Au fait, ce nom a-t-il une traduction en Arménien? Je vais aller poser la question à l'ami Jean-Jacques (Kirkacharian).Bon, je ne suis ni analyste, ni conteur, alors Etienne, si je trouve un moment, je vais peut-être me laisser surprendre par le discours intermédiaire de mon propre narcissisme. Puisque comme Samvel, nous avons le temps désormais, tout le temps.Amicalement, Charles
Répondre
E
Merci Yves pour cette poésie, qui est comme le bouton de rose de notre jardinier : elle délie nos rêves et fortifie notre espérance.
Répondre
Y
Nouvel An<br /> Nouvelle année pour nos rêves.<br /> Q’un souffle léger<br /> Vienne retirer les cendres, qui trop souvent,<br /> Recouvrent notre terre<br /> Afin de laisser place<br /> A une douce lumière.<br />  <br /> Notre imaginaire aussi<br /> Peut chasser la misère<br /> Car en rêvant d’un monde neuf<br /> L’homme fortifie ses attentes<br /> Ses espoirs prennent racine<br /> Au fond de l’univers ses cris d’amour s’entendent.<br />  <br /> Aussi n’abandonnons pas la  partie<br /> A ceux qui voudraient que le monde<br /> Soit voué à l’infamie<br /> Que les cris de colère <br /> Soient les seuls qu’on puisse ouïr<br /> Que la fureur de nos guerres<br /> Soit elle seule ressentie.<br />  <br /> Car le temps qui semble chasser nos songes<br /> Au contraire les emporte<br /> Tout au bout de la terre<br /> Là, ils rejoignent  les Cieux<br /> Où reposent nos pères<br /> Qui veillent sur nos vœux<br /> Mais eux n’ont plus la force de les exhausser<br /> Seule la puissance de nos espérances<br /> Peut les faire fructifier.<br />  <br /> C’est donc plein de rêves tous neufs<br /> Que je vous souhaite<br /> Pour cette nouvelle année<br /> Deux Mille Neuf.<br />  <br />                                                          Yves .
Répondre
E
Eugène, tu nous emmènes sur les cimes. Je pense personnellement, dans le récit de la Genèse, que Dieu veut nous mettre en garde contre la précipitation : il faut se donner le temps de l'invention de la parole pour affronter les risques de la vie. De ce point de vue la réflexion de ton auteur arabe m'intéresse tout particulièrement : l'invention de la parole c'est sans doute le travail de la raison pour structurer la langue et favoriser ainsi le rapport à l'autre. Nous retrouvons alors notre bouton de rose qui met l'accent sur la beauté et le parfum de la langue...
Répondre
E
Des réflexions apparemment sans lien avec le texte = commenterVoici ce qu'écrit présisément Spinoza à propos du péché originel,  qui me semble intéressant et mérite réflexion: " Dieu commanda à Adam de ne pas manger du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal; ce qui me semble signifier que Dieu commanda de faire et de chercher le bien pour cette raison qu'il est le bien et non en tant qu'il est le contraire du mal, c'est à dire de chercher le bien par amour du bien et non par la crainte du mal."<br /> Je t'avais aussi parlé d'articles d'auteurs d'origine arabe dans le livre "Dieu sauve la raison" écrit à la suite de Ratisbonne. Celui de Wael Farouk m' a paru très intéressant. Pour un arabe du désert les civilisations autres que la sienne sont de "d'argile et de pierre" alors que la sienne est la sagesse de la langue. Pour les arabes  la langue n' est pas un instrument pour exprimer la raison, mais le contraire, la raison est là pour structurer la langue.<br />  
Répondre
E
Un contre-témoignage, en ce temps de Noël, à la prison de Fleury-Mérogis : un film réalisé par des détenushttp://www.dailymotion.com/video/k1ydpEsEsuRz0USJ4G
Répondre
A
Les trois messes basses d'Alphonse Daudet- Deux dindes truffées, Garrigou ?...- Oui, mon révérend, deux dindes magnifiques bourrées de truffes. J'en sais quelque chose, puisque c'est moi qui ai aidé à les remplir. On aurait dit que leur peau allait craquer en rôtissant, tellement elle était tendue...- Jésus maria ! moi qui aime tant les truffes !... Donne moi vite mon surplis, Garrigou... Et avec les dindes, qu'est-ce que tu as encore aperçu à la cuisine ?...- Oh ! toutes sortes de bonnes choses... depuis midi nous n'avons fait que plumer des faisans, des huppes, des gelinottes, des coqs de bruyère. La plume en volait partout... Puis de l'étang on a apporté des anguilles, des carpes dorées, des truites, des...- Grosses comment, les truites, Garrigou ?- Grosses comme ça, mon révérend... Énormes !...- Oh ! Dieu ! Il me semble que je les vois... As-tu mis Ie vin dans les burettes ?- Oui, mon révérend, j'ai mis Ie vin dans les burettes...Mais dame ! Il ne vaut pas celui que vous boirez tout à l'heure en sortant de la messe de minuit. Si vous voyiez cela dans la salle à manger du château, toutes ces carafes qui flambent pleines de vins de toutes les couleurs... Et la vaisselle d'argent, les surtouts ciselés, les fleurs, les candélabres !... Jamais il ne se sera vu un réveillon pareil. Monsieur Ie marquis a invité tous les seigneurs du voisinage.Vous serez au moins quarante à table, sans compter le bailli ni Ie tabellion... Ah ! vous êtes bien heureux d'en être, mon révérend !... Rien que d'avoir flairé ces belles dindes, l'odeur des truffes me suit partout... Meuh !...- Allons, allons, mon enfant. Gardons-nous du péché de gourmandise, surtout la nuit de la Nativité... Va bien vite allumer les cierges et sonner Ie premier coup de la messe ; car voilà que minuit est proche, et il ne faut pas nous mettre en retard...Cette conversation se tenait une nuit de Noël de l'an de grâce mil six cent et tant, entre Ie révérend dom Balaguère, ancien prieur des Barnabites, présentement chapelain gagé des sires de Trinquelage, et son petit clerc Garrigou, ou du moins ce qu'il croyait être Ie petit clerc Garrigou, car vous saurez que Ie diable, ce soir-là, avait pris la face ronde et les traits indécis du jeune sacristain pour mieux induire Ie révérend père en tentation et lui faire commettre un épouvantable péché de gourmandise.Donc, pendant que Ie soi-disant Garrigou (hum ! hum !) faisait à tour de bras carillonner les cloches de la chapelle seigneuriale, Ie révérend achevait de revêtir sa chasuble dans la petite sacristie du château ; et, l'esprit déjà troublé par toutes ces descriptions gastronomiques, il se répétait à lui-même en s'habillant :- Des dindes rôties... des carpes dorées... des truites grosses comme ça!...Dehors, Ie vent de la nuit soufflait en éparpillant la musique des cloches, et, à mesure, des lumières apparaissaient dans l'ombre aux flancs du mont Ventoux, en haut duquel s'élevaient les vieilles tours de Trinquelage. C'étaient des familles de métayers qui venaient entendre la messe de minuit au château. Ils grimpaient la côte en chantant par groupes de cinq ou six, Ie père en avant, la lanterne en main, les femmes enveloppées dans leurs grandes mantes brunes où les enfants se serraient et s'abritaient. Malgré l'heure et Ie froid, tout ce brave peuple marchait allégrement, soutenu par l'idée qu'au sortir de la messe, il y aurait, comme tous les ans, table mise pour eux en bas dans les cuisines. De temps en temps, sur la rude montée, Ie carrosse d'un seigneur précédé de porteurs de torches, faisait miroiter ses glaces au clair de lune, ou bien une mule trottait en agitant ses sonnailles, et à la lueur des falots enveloppés de brume, les métayers reconnaissaient leur bailli et Ie saluaient au passage :- Bonsoir bonsoir maître Arnoton !- Bonsoir, bonsoir, mes enfants !La nuit était claire, les étoiles avivées de froid ; la bise piquait, et un fin grésil, glissant sur les vêtements sans les mouiller, gardait fidèlement la tradition des Noëls blancs de neige. Tout en haut de la côte, Ie château apparaissait comme Ie but, avec sa masse énorme de tours, de pignons, Ie clocher de sa chapelle montant dans Ie ciel bleu noir, et une foule de petites lumières qui clignotaient, allaient, venaient, s'agitaient à toutes les fenêtres, et ressemblaient, sur Ie fond sombre du bâtiment, aux étincelles courant dans des cendres de papier brûlé... Passé Ie pont-levis et la poterne, il fallait, pour se rendre à la chapelle, traverser la première cour, pleine de carrosses, de valets, de chaises à porteurs, toute claire du feu des torches et de la flambée des cuisines. On entendait Ie tintement des tournebroches, Ie fracas des casseroles, Ie choc des cristaux et de l'argenterie remués dans les apprêts d'un repas ; par là-dessus, une vapeur tiède, qui sentait bon les chairs rôties et les herbes fortes des sauces compliquées, faisait dire aux métayers, comme au chapelain, comme au bailli, comme à tout Ie monde :- Quel bon réveillon nous allons faire après la messe !Drelindin din !... Drelindin din !...C'est la messe de minuit qui commence. Dans la chapelle du château, une cathédrale en miniature, aux arceaux entrecroisés, aux boiseries de chêne, montant jusqu'à hauteur des murs, les tapisseries ont été tendues, tous les cierges allumés. Et que de monde ! Et que de toilettes! Voici d'abord, assis dans les stalles sculptées qui entourent Ie chœur Ie sire de Trinquelage, en habit de taffetas saumon, et près de lui tous les nobles seigneurs invités. En face, sur des prie-Dieu garnis de velours, ont pris place la vieille marquise douairière dans sa robe de brocart couleur de feu et la jeune dame de Trinquelage, coiffée d'une haute tour de dentelle gaufrée à la dernière mode de la cour de France. Plus bas on voit, vêtus de noir avec de vastes perruques en pointe et des visages rasés, Ie bailli Thomas Arnoton et Ie tabellion maître Ambroy, deux notes graves parmi les soies voyantes et les damas brochés. Puis viennent les gras majordomes, les pages, les piqueurs, les intendants, dame Barbe, toutes ses clefs pendues sur Ie côté à un clavier d'argent fin. Au fond, sur les bancs, c'est Ie bas office, les servantes, les métayers avec leurs familles ; et enfin, là-bas, tout contre la porte qu'ils entrouvrent et referment discrètement, messieurs les marmitons qui viennent entre deux sauces prendre un petit air de messe et apporter une odeur de réveillon dans l'église toute en fête et tiède de tant de cierges allumés.Est-ce la vue de ces petites barrettes blanches qui donne des distractions à l'officiant ? Ne serait-ce pas plutôt la sonnette de Garrigou, cette enragée petite sonnette qui s'agite au fond de l'autel avec une précipitation infernale et semble dire tout Ie temps:- Dépêchons-nous, dépêchons-nous... Plus tôt nous aurons fini, plus tôt nous serons à table.Le fait est que chaque fois qu'elle tinte, cette sonnette du diable, Ie chapelain oublie sa messe et ne pense plus qu'au réveillon. Il se figure les cuisiniers en rumeur, les fourneaux où brûle un feu de forge, la buée qui monte des couvercles entrouverts, et dans cette buée deux dindes magnifiques bourrées, tendues, marbrées de truffes...Ou bien encore il voit passer des files de pages portant des plats enveloppés de vapeurs tentantes, et avec eux il entre dans la grande salle déjà prête pour Ie festin.ô délices ! voilà l'immense table toute chargée et flamboyante, les paons habillés de leurs plumes, les faisans écartant leurs ailes mordorées, les flacons couleur de rubis, les pyramides de fruits éclatants parmi les branches vertes, et ces merveilleux poissons dont parlait Garrigou (ah ! bien oui, Garrigou!) étalés sur un lit de fenouil, l'écaille nacrée comme s'ils sortaient de l'eau, avec un bouquet d'herbes odorantes dans leurs narines de monstres. Si vive est la vision de ces merveilles, qu'il semble à dom Balaguère que tous ces plats mirifiques sont servis devant lui sur es broderies de la nappe d'autel, et deux ou trois fois, au lieu de Dominus vobiscum ! Il se surprend à dire Ie Benedicite. À part ces légères méprises, Ie digne homme débite son office très consciencieusement, sans passer une ligne, sans omettre une génuflexion ; et tout marche assez bien jusqu'à la fin de la première messe ; car vous savez que Ie jour de Noël Ie même officiant doit célébrer trois messes consécutives.- Et d'une ! se dit Ie chapelain avec un soupir de soulagement; puis, sans perdre une minute, il fait signe à son clerc ou celui qu'il croit être son clerc, et...Drelindin din !... Drelindin din !... C'est la seconde messe qui commence, et avec elle commence aussi Ie péché de dom Balaguère.-Vite, vite, dépêchons-nous, lui crie de sa petite voix aigrelette la sonnette de Garrigou, et cette fois Ie malheureux officiant, tout abandonné au démon de gourmandise, se rue sur Ie missel et dévore les pages avec l'avidité de son appétit en surexcitation. Frénétiquement il se baisse, se relève, esquisse les signes de croix, les génuflexions, raccourcit tous ses gestes pour avoir plus tôt fini. À peine s'il étend ses bras à l'Évangile, s'il frappe sa poitrine au Confiteor. Entre Ie clerc et lui c'est à qui bredouillera Ie plus vite.Versets et répons se précipitent, se bousculent. Les mots à moitié prononcés, sans ouvrir la bouche, ce qui prendrait trop de temps, s'achèvent en murmures incompréhensibles.Oremus ps... p,ç... p,i...Mea culpa... pa... pa...Pareils à des vendangeurs pressés foulant Ie raisin de la cuve, tous deux barbotent dans Ie latin de la messe, en envoyant des éclaboussures de tous les côtés.Dom... scum !... dit Balaguère....Stutuo !... répond Garrigou ; et tout Ie temps la damnée petite sonnette est là qui tinte à leurs oreilles, comme ces grelots qu'on met aux chevaux de poste pour les faire galoper à la grande vitesse. Pensez que de ce train-là une messe basse est vite expédiée.- Et de deux ! dit Ie chapelain tout essoufflé ; puis, sans prendre Ie temps de respirer, rouge, suant, il dégringole les marches de l'autel et...Drelindin din !... Drelindin din !...C'est la troisième messe qui commence. Il n'y a plus que quelques pas à faire pour arriver à la salle à manger ; mais, hélas! à mesure que le réveillon approche, l'infortuné Balaguère se sent pris d'une folie d'impatience et de gourmandise. Sa vision s'accentue, les carpes dorées, les dindes rôties sont là, là... Il les touche... il les... Oh ! Dieu !... Les plats fument, les vins embaument : et, secouant son grelot enragé, la petite sonnette lui crie :- Vite, vite, encore plus vite !...Mais comment pourrait-il aller plus vite ? Ses lèvres remuent à peine. Il ne prononce plus les mots... À moins de tricher tout à fait avec le bon Dieu et de lui escamoter sa messe... Et c'est ce qu'il fait, le malheureux !... De tentation en tentation, il commence par sauter un verset, puis deux. Puis l'épître est trop longue, il ne la finit pas, effleure l'Évangile, passe devant le Credo sans entrer, saute le Pater, salue de loin la préface, et par bonds et par élans se précipite ainsi dans la damnation éternelle, toujours suivi de l'infâme Garrigou (vade retro, Satanas.), qui le seconde avec une merveilleuse entente, lui relève sa chasuble, tourne les feuillets deux par deux, bouscule les pupitres, renverse les burettes, et sans cesse secoue la petite sonnette de plus en plus fort, de plus en plus vite.Il faut voir la figure effarée que font tous les assistants !Obligés de suivre à la mimique du prêtre cette messe dont ils n'entendent pas un mot, les uns se lèvent quand les autres s'agenouillent, s'asseyent quand les autres sont debout ; et toutes les phases de ce singulier office se confondent sur les bancs dans une foule d'attitudes diverses. L'étoile de Noël en route dans les chemins du ciel, là-bas, vers la petite étable, pâlit d'épouvante en voyant cette confusion...- l'abbé va trop vite... On ne peut pas suivre, murmure la vieille douairière en agitant sa coiffe avec égarement.Maître Arnoton, ses grandes lunettes d'acier sur le nez, cherche dans son paroissien où diantre on peut bien en être. Mais au fond, tous ces braves gens, qui eux aussi pensent à réveillonner ne sont pas fâchés que la messe aille ce train de poste ; et quand dom Balaguère, la figure rayonnante, se tourne vers l'assistance en criant de toutes ses forces : Ite, missa est, il n'y a qu'une voix dans la chapelle pour lui répondre un Deo gratias si joyeux, si entraînant, qu'on se croirait déjà à table au premier toast du réveillon.Cinq minutes après, la foule des seigneurs s'asseyait dans la grande salle, Ie chapelain au milieu d'eux. Le château, illuminé de haut en bas, retentissait de chants, de cris, de rires, de rumeurs ; et Ie vénérable dom Balaguère plantait sa fourchette dans une aile de gelinotte, noyant Ie remords de son péché sous des flots de vin du Pape et de bons jus de viandes. Tant il but et mangea, Ie pauvre saint homme, qu'il mourut dans la nuit d'une terrible attaque, sans avoir eu seulement Ie temps de se repentir ; puis, au matin, il arriva dans Ie ciel encore tout en rumeur des fêtes de la nuit, et je vous laisse à penser comme il y fut reçu.- Retire-toi de mes yeux, mauvais chrétien ! lui dit Ie souverain Juge, notre maître à tous. Ta faute est assez grande pour effacer toute une vie de vertu... Ah ! tu m'as volé une messe de nuit... Eh bien, tu m'en payeras trois cents en place, et tu n'entreras en paradis que quand tu auras célébré dans ta propre chapelle ces trois cents messes de Noël en présence de tous ceux qui ont péché par ta faute et avec toi...... Et voilà la vraie légende de dom Balaguère comme on la raconte au pays des olives. Aujourd'hui, Ie château de Trinquelage n'existe plus, mais la chapelle se tient encore droite tout en haut du mont Ventoux, dans un bouquet de chênes verts. Le vent fait battre sa porte disjointe, l'herbe encombre Ie seuil ; il y a des nids aux angles de l'autel et dans l'embrasure des hautes croisées dont les vitraux coloriés ont disparu depuis longtemps. Cependant il paraît que tous les ans, à Noël, une lumière surnaturelle erre parmi ces ruines, et qu'en allant aux messes et aux réveillons, les paysans aperçoivent ce spectre de chapelle, éclairé de cierges invisibles qui brûlent au grand air, même sous la neige et le vent. Vous en rirez si vous voulez, mais un vigneron de l'endroit, nommé Garrigue, sans doute un descendant de Garrigou, m'a affirmé qu'un soir de Noël, se trouvant un peu en ribote, il s'était perdu dans la montagne du côté de Trinquelage ; et voici ce qu'il avait vu...Jusqu'à onze heures, rien. Tout était silencieux, éteint, inanimé. Soudain, vers minuit, un carillon sonna tout en haut du clocher, un vieux, vieux carillon qui avait l'air d'être à dix lieues. Bientôt, dans le chemin qui monte, Garrigue vit trembler des feux, s'agiter des ombres indécises.Sous Ie porche de la chapelle, on marchait, on chuchotait :- Bonsoir maître Arnoton !- Bonsoir bonsoir mes enfants !...Quand tout Ie monde fut entré, mon vigneron, qui était très brave, s'approcha doucement et, regardant par la porte cassée, eut un singulier spectacle. Tous ces gens qu'il avait vus passer étaient rangés autour du chœur, dans la nef en ruine, comme si les anciens bancs existaient encore.De belles dames en brocart avec des coiffes de dentelle, des seigneurs chamarrés du haut en bas, des paysans en jaquettes fleuries ainsi qu'en avaient nos grands-pères, tous l'air vieux, fané, poussiéreux, fatigué. De temps en temps, des oiseaux de nuit, hôtes habituels de la chapelle, réveillés par toutes ces lumières, venaient rôder autour des cierges dont la flamme montait droite et vague comme si elle avait brûlé derrière une gaze ; et ce qui amusait beaucoup Garrigue, c'était un certain personnage à grandes lunettes d'acier, qui secouait à chaque instant sa haute perruque noire sur laquelle un de ces oiseaux se tenait droit tout empêtré en battant silencieusement des ailes.Dans Ie fond, un petit vieillard de taille enfantine, à genoux au milieu du chœur agitait désespérément une sonnette sans grelot et sans voix, pendant qu'un prêtre, habillé de vieil or allait, venait devant l'autel, en récitant des oraisons dont on n'entendait pas un mot... Bien sûr c'était dom Balaguère, en train de dire sa troisième messe basse.                     
Répondre
N
COREE DU SUD - Bouddhistes et catholiques réaffirment, à l'occasion de Noël, leurs voeux communs de paix et d'harmonie interreligieuse<br /> Bulletin EDA n° 410 du 01/01/2005<br /> Retour | Imprimer<br /> Le 21 décembre, le vénérable Bubjang, à la tête de l'Ordre Chogye, la plus importante dénomination du bouddhisme en Corée du Sud, a adressé aux catholiques un message présentant ses voux pour la paix et la réconciliation à l'occasion de la célébration de la naissance du Christ. C'est la cinquième année consécutive que l'Ordre Chogye adresse ainsi ses voux de Noël à la communauté catholique de Corée du Sud (1) ; cette année, la rue principale menant au temple de l'ordre arborait une banderole de dix-huit mètres de long et portait l'inscription : "Félicitations pour la naissance de l'enfant Jésus !"<br /> Selon le moine bouddhiste, les fondateurs du christianisme et du bouddhisme ont parlé de la puissance du désir humain d'où toutes les mauvaises choses sortent et de la loi de la jungle qu'il entretient. Le vénérable Bubjang a évoqué les deux "saints Jésus et Bouddha, qui se serreront la main en souriant lorsqu'il n'y aura plus de pauvres et de gens souffrant dans le monde. Il a ajouté : "Les vingt millions de bouddhistes de cette nation présentent leurs félicitations les plus sincères pour la naissance de Jésus venu sur terre pour le salut dans la compassion."<br /> A propos de ce message de Noël, l'évêque auxiliaire de Kwangju, Mgr Hyginus Kim Hee-joong, président du Comité pour la promotion de l'unité chrétienne et le dialogue interreligieux, de la Conférence épiscopale, a répondu, le 22 décembre, qu'il appréciait grandement le geste des bouddhistes. Selon lui, si les gens professent des fois différentes, ils ne diffèrent pas dans leur désir de paix et de respect mutuel. "En cette période de Noël, comme la lumière disperse les ténèbres de notre société, joignons nos efforts, bouddhistes et chrétiens, pour rendre la société meilleure a-t-il déclaré.<br /> Par ailleurs, du 8 au 15 décembre dernier, s'est tenue, dans une galerie d'art de l'enceinte du temple bouddhiste Bubryunsa, à Séoul, une exposition commune entre artistes de confession bouddhiste et artistes de confession catholique, qui reflétait la même préoccupation. Faisant suite à l'exposition célébrant Vesak, le jour anniversaire de la naissance de Bouddha, qui s'était tenue l'an passé du 30 avril au 31 mai à la Galerie d'art catholique à Séoul, la manifestation de cette fin d'année a rassemblé douze artistes catholiques et onze artistes bouddhistes qui ont exposé des peintures et des sculptures sur des thèmes religieux comme le Saint Esprit, la Croix, la naissance du Christ ou encore des représentations de Bouddha.<br /> Selon Joseph Choi Jong-tae, président de l'Association des artistes catholiques de Corée, et professeur honoraire à l'Université nationale de Séoul, cette exposition commune est importante dans la mesure où les tensions interreligieuses peuvent être désamorcées grâce à des rapports suivis entre artistes de croyances différentes. Interrogé par Ucanews le 8 décembre, il a précisé que d'autres expositions de ce type verraient le jour. Le vénérable Bubjang a assisté au vernissage de l'exposition, considérant que les religions ne sont pas "des concurrentes ou des ennemies" mais "des partenaires" ; selon lui, la coopération interreligieuse est nécessaire au-delà de la seule entente entre les religions car elle est nécessaire pour assurer un développement social durable ou bien encore résoudre pacifiquement les différends internationaux ou les questions d'environnement. L'évêque du diocèse catholique de Chunchon, Mgr John Chang Yik, qui était présent au vernissage de l'exposition, a exprimé le vou que de telles "expositions se répètent, afin de promouvoir l'amitié et la compréhhttp://eglasie.mepasie.org/bouddhistes-et-catholiques-reaffirment-a-l-occasion-de-noel-leurs-voux-communs-de-paix-et-d-harmonie-interreligieuse.fr-fr.76.7884.eda_article.htm<br />
Répondre
O
Des origines arabes au mot NoëlJe propose une explication infiniment plus simple, plus ancienne, plus sûre. On sait qu'en arabe, orthographe et vocalisation ont été fixées, pour ne plus changer, dès le début de l'Islam, au septième siècle. Par contre, les langues européennes, issues de sources variées, dont naturellement le latin et le grec, mais aussi de nombreuses langues plus anciennes et obscures, n'ont cessé d'évoluer. Ce qui fait qu'il est difficile de retracer l'origine d'un mot et de son sens. Pensons seulement à la fixation relativement récente des orthographes [...] ainsi qu'à ces tendances encore plus récentes de simplification qui rendront plus difficile que jamais la filiation des mots. En arabe, de telles difficultés n'existent pas. Que dit cette langue du mot «Noël»? Aujourd'hui, pour parler de la fête chrétienne, les arabo-musulmans disent simplement «aïd almiilaad» c'est-à-dire fête de la naissance. C'est plutôt autour de la sonorité du mot qu'il faut orienter son attention. Tout dictionnaire un peu élaboré (Assabil, par exemple, n'est pas le moins utile) expose avec grande précision le sens et les modulations syllabiques de la racine trilitère (excusez-moi, je commence à faire savant) «n-oua-l». Je fais grâce des caractères arabes parmi lesquels le «oua» est représenté par une seule lettre. Voici, solidement ancré sur cette racine «éternelle» à trois lettres, une liste de quelques mots arabes et leur signification: na-ou-la: donner, gratifier, offrir na-ou-l: don, faveur, bienfait nou-oua-la: cabane, hutte (gentil clin d'oeil à la crèche de François d'Assise) naa-oua-la: présenter, tendre, offrir On trouve associées à ces mots des variantes (par ajout des préfixes «ma» et «ta» ainsi que des modulations «i» ou «a» de la semi-voyelle «ou»), comme dans: ma-na-a-l: obtention ta-naa-oua-la: recevoir, prendre, comme dans prendre à manger On peut mentionner aussi des noms propres révélateurs: ni-ii-l: avantage, profit, Nil (un pays ne s'en considère-t-il pas être le don?) na-oua-l: prénom féminin Naoual signifiant don, faveur Il n'est pas nécessaire de s'étendre longuement sur le voisinage méditerranéen permanent ni sur la longue domination culturelle et scientifique du monde arabe sur le monde européen pour imaginer un transfert du mot et de sa signification. http://www.ledevoir.com/2008/12/12/222841.html
Répondre
Y
Merci pour ton message et pour ton commentaire initial. C'est une  qualité rare chez les auteurs de reconnaître tout simplement une  "erreur " de parcours quand on est à plein dans son sujet et quand les  critiques manquent, comme trop souvent, d'un peu d'aménité.
Répondre
E
Certaines réactions assez vives venues de part et d'autre m'ont fait comprendre que j'avais fait un faux pas avec le "Merveilleux conte de Noël". Ce faux pas a consisté à ne pas respecter le texte d'origine en en faisant en même temps une présentation et une interprétation. J'ai abouti ainsi au contraire de ce qui était envisagé : au lieu de provoquer la parole du lecteur, j'ai contribué à la bloquer. Dans l'optique du conte lui-même j'aurais dû aider la parole en souffrance à s'exprimer. En fait, j'ai fini par l'enfermer. Le texte est comme le rosier du conte. Pour qu'il donne naissance au bouton de rose, il a fallu que je procède à un désherbage et à un assainissement des racines. C'est pourquoi, je le présente maintenant sous sa forme originale.<br /> Le maître du jardin<br />   <br /> Il était un roi d’arménie. Dans son jardin de fleurs et d’arbres rares, poussait un rosier chétif et pourtant précieux entre tous. Le nom de ce rosier était Anahakan. Jamais, de mémoire de roi, il n’avait pu fleurir. Mais s’il était choyé plus qu’une femme aimée, c’était qu’on espérait une rose de lui, l’Unique dont parlaient les vieux livres. Il était dit ceci : « Sur le rosier Anahakan,  un jour viendra la rose généreuse, celle qui donnera au maître du jardin l’éternelle jeunesse. »<br />  <br /> Tous les matins, le roi venait donc se courber dévotement devant lui. Il chaussait ses lorgnons, examinait ses branches, cherchait un espoir de bourgeon parmi ses feuilles, n’en trouvait pas le moindre, se redressait enfin, la mine terrible, prenait au col son jardinier et lui disait : « Sais-tu ce qui t’attend, mauvais bougre, si ce rosier s’obstine à demeurer stérile ? La prison ! L’oubliette profonde ». C’est ainsi que le roi, tous les printemps, changeait de jardinier. On menait au cachot celui qui n’avait pu faire fleurir la rose. Un autre venait, qui ne savait mieux faire, et finissait sa vie comme son malheureux confrère, entre quatre murs noirs. <br />  <br /> Douze printemps passèrent, et douze jardiniers. Le treizième était un fier jeune homme. Il s’appelait Samvel. Il dit au roi : « Seigneur, je veux tenter ma chance. » Le roi répondit : « Ceux qui t’ont précédé étaient de grands experts, des savants d’âge mûr. Ils ont tous échoué. Et toi, blanc-bec, tu oses ! – Je sens que quelque chose, en moi, me fera réussir, dit Samvel. – Quoi donc, jeune fou ? – La peur, Seigneur, la peur de mourir en prison ! »<br />  <br /> Samvel, par les allées du jardin magnifique, s’en fut à son rosier. Il lui parla longtemps à voix basse. Puis il bêcha la terre autour de son pied maigre, l’arrosa, demeura près de lui, nuit et jour, à le garder du vent, à caresser ses feuilles. Il enfouit ses racines dans du terreau moelleux. Aux premières gelées, il l’habilla de paille. Il se mit à l’aimer. Sous la neige, il resta comme au chevet d’un enfant, à chanter des berceuses. Le printemps vint. Samvel ne quitta plus des yeux son rosier droit et frêle, guettant ses moindres pousses, priant et respirant pour lui. Dans le jardin, des fleurs partout s’épanouirent, mais il ne les vit pas. Il ne regardait que la branche sans rose. Au premier jour de mai, comme l’aube naissait : « Rosier, mon fils où as-tu mal ? »  A peine avait-il dit ces mots qu’il vit sortir de ses racines un ver noir, long, terreux. Il voulut le saisir. Un oiseau se posa sur sa main, et, les ailes battantes, lui vola sa capture. A l’instant, un serpent surgit d’un buisson proche. Il avala le ver, il avala l’oiseau. Alors un aigle descendit du haut du ciel. Il tua le serpent, le prit dans ses serres, s’envola. Comme il s’éloignait vers l’horizon où le jour se levait, un bourgeon apparut sur le rosier. Samvel le contempla, il se pencha sur lui, il l’effleura d’un souffle, et lentement la rose généreuse s’ouvrit au soleil du matin. « Merci, dit-il, merci. »<br />  <br /> Il s’en fut au palais en criant la nouvelle. Le roi était au lit. Il bâilla. Il grogna. « Moi qui dormais si bien ! – Seigneur, lui dit Samvel, la rose Anahakan s’est ouverte. Vous voilà immortel, ô maître du jardin ! » Le roi bondit hors de ses couvertures, ouvrit les bras, rugit : « Merveille ! » En chemise, pieds nus, il sortit en courant. « Qu’on poste cent gardes armés de pied en cap autour de ce rosier ! dit-il, gesticulant. Je ne veux voir personne à dix lieues à la ronde ! Samvel, jusqu’à ta mort, tu  veilleras sur lui ! » Samvel lui répondit : « Jusqu’à ma mort, Seigneur ». <br />  <br /> Le roi, dans son palais, régna dix ans encore, puis, un soir, il quitta ce monde en disant ces paroles : « Le maître du jardin meurt comme tout le monde. Tout n’était que mensonge. – Non, dit le jardinier, à genoux près de lui. Le maître du jardin, ce ne fut jamais vous. La jeunesse éternelle est à celui qui veille, et j’ai veillé, Seigneur, et je veille toujours, de l’aube au crépuscule, du crépuscule au jour. Il lui ferma les yeux, baisa son front pâle, puis sortit sous les étoiles. Il salua chacune. Il dit : « Bonsoir, bonsoir, bonsoir ». Samvel avait le temps désormais, tout le temps.  (Conte d’Arménie, Henri Gougaud, L’arbre d’amour et de sagesse, Ed. du Seuil) <br />  <br />  <br />  
Répondre
G
Conte de Noël de Guy de Maupassant<br /> CONTE DE NOËL<br /> Guy de Maupassant, 25 décembre 1882<br /> Le docteur Bonenfant cherchait dans sa mémoire, répétant à mi-voix :« Un souvenir de Noël ?... Un souvenir de Noël ?... »Et tout à coup, il s'écria :- Mais si, j'en ai un, et un bien étrange encore ; c'est une histoire fantastique. J'ai vu un miracle ! Oui, mesdames, un miracle, la nuit de Noël. Cela vous étonne de m'entendre parler ainsi, moi qui ne crois guère à rien. Et pourtant j'ai vu un miracle ! Je l'ai vu, fis-je, vu, de mes propres yeux vu, ce qui s'appelle vu. En ai-je été fort surpris ? non pas ; car si je ne crois point à vos croyances, je crois à la foi, et je sais qu'elle transporte les montagnes. Je pourrais citer bien des exemples ; mais je vous indignerais et je m'exposerais aussi à amoindrir l'effet de mon histoire. Je vous avouerai d'abord que si je n'ai pas été fort convaincu et converti par ce que j'ai vu, j'ai été du moins fort ému, et je vais t'cher de vous dire la chose naïvement, comme si j'avais une crédulité d'Auvergnat.<br /> J'étais alors médecin de campagne, habitant le bourg de Rolleville, en pleine Normandie.L'hiver, cette année-là, fut terrible. Dès la fin de novembre, les neiges arrivèrent après une semaine de gelées. On voyait de loin les gros nuages venir du nord ; et la blanche descente des flocons commença.En une nuit, toute la plaine fut ensevelie.Les fermes, isolées dans leurs cours carrées, derrière leurs rideaux de grands arbres poudrés de frimas, semblaient s'endormir sous l'accumulation de cette mousse épaisse et légère.Aucun bruit ne traversait plus la campagne immobile. Seuls les corbeaux, par bandes, décrivaient de longs festons dans le ciel, cherchant leur vie inutilement, s'abattant tous ensemble sur les champs livides et piquant la neige de leurs grands becs.On n'entendait rien que le glissement vague et continu de cette poussière tombant toujours.Cela dura huit jours pleins, puis l'avalanche s'arrêta. La terre avait sur le dos un manteau épais de cinq pieds.Et, pendant trois semaines ensuite, un ciel clair, comme un cristal bleu le jour, et, la nuit, tout semé d'étoiles qu'on aurait crues de givre, tant le vaste espace était rigoureux, s'étendit sur la nappe unie, dure et luisante des neiges. <br /> La plaine, les haies, les ormes des clôtures, tout semblait mort, tué par le froid. Ni hommes ni bêtes ne sortaient plus : seules les cheminées des chaumières en chemise blanche révélaient la vie cachée, par les minces filets de fumée qui montaient droit dans l'air glacial. De temps en temps on entendait craquer les arbres, comme si leurs membres de bois se fussent brisés sous l'écorce ; et, parfois, une grosse branche se détachait et tombait, l'invincible gelée pétrifiant la sève et cassant les fibres.<br /> Les habitations semées çà et là par les champs semblaient éloignées de cent lieues les unes des autres. On vivait comme on pouvait. Seul, j'essayais d'aller voir mes clients les plus proches, m'exposant sans cesse à rester enseveli dans quelque creux.<br /> Je m'aperçus bientôt qu'une terreur mystérieuse planait sur le pays. Un tel fléau, pensait-on, n'était point naturel. On prétendit qu'on entendait des voix la nuit, des sifflements aigus, des cris qui passaient. Ces cris et ces sifflements venaient sans aucun doute des oiseaux émigrants qui voyagent au crépuscule, et qui fuyaient en masse vers le sud. Mais allez donc faire entendre raison à des gens affolés. Une épouvante envahissait les esprits et on s'attendait à un événement extraordinaire.<br /> La forge du père Vatinel était située au bout du hameau d'Épivent, sur la grande route, maintenant invisible et déserte. Or, comme les gens manquaient de pain, le forgeron résolut d'aller jusqu'au village. Il resta quelques heures à causer dans les six maisons qui forment le centre du pays, prit son pain et des nouvelles, et un peu de cette peur épandue sur la campagne.Et il se mit en route avant la nuit.Tout à coup, en longeant une haie, il crut voir un oeuf dans la neige ; oui, un oeuf déposé là, tout blanc comme le reste du monde. Il se pencha, c'était un oeuf en effet. D'où venait-il ? Quelle poule avait pu sortir du poulailler et venir pondre en cet endroit ? Le forgeron s'étonna, ne comprit pas ; mais il ramassa l'oeuf et le porta à sa femme.« Tiens, la maîtresse, v'là un oeuf que j'ai trouvé sur la route ! »La femme hocha la tête :« Un oeuf sur la route ? Par ce temps-ci, t'es soûl, bien sûr ?- Mais non, la maîtresse, même qu'il était au pied d'une haie, et encore chaud, pas gelé. Le v'là, j'me l'ai mis sur l'estomac pour qui n'refroidisse pas. Tu le mangeras pour ton dîner. »<br /> L'oeuf fut glissé dans la marmite où mijotait la soupe, et le forgeron se mit à raconter ce qu'on disait par la contrée.La femme écoutait toute p'le. « Pour sûr que j'ai entendu des sifflets l'autre nuit, même qu'ils semblaient v'nir de la cheminée. »On se mit à table, on mangea la soupe d'abord, puis, pendant que le mari étendait du beurre sur son pain, la femme prit l'oeuf et l'examina d'un oeil méfiant.« Si y avait quelque chose dans c't'oeuf ?- Qué que tu veux qu'y ait ?- J'sais ti, mé ?- Allons, mange-le, et fais pas la bête. »Elle ouvrit l'oeuf. Il était comme tous les oeufs, et bien frais.Elle se mit à le manger en hésitant, le goûtant, le laissant, le reprenant. Le mari disait : « Eh bien ! qué goût qu'il a, c't'oeuf ? » Elle ne répondit pas et elle acheva de l'avaler ; puis, soudain, elle planta sur son homme des yeux fixes, hagards, affolés, leva les bras, les tordit et, convulsée de la tête aux pieds, roula par terre, en poussant des cris horribles. Toute la nuit elle se débattit en des spasmes épouvantables, secouée de tremblements effrayants, déformée par de hideuses convulsions. Le forgeron, impuissant à la tenir, fut obligé de la lier. Et elle hurlait sans repos, d'une voix infatigable :« J'l'ai dans l'corps ! J'l'ai dans l'corps ! »<br /> Je fus appelé le lendemain. J'ordonnai tous les calmants connus sans obtenir le moindre résultat. Elle était folle.Alors, avec une incroyable rapidité, malgré l'obstacle des hautes neiges, la nouvelle, une nouvelle étrange, courut de ferme en ferme : « La femme du forgeron qu'est possédée ! » Et on venait de partout, sans oser pénétrer dans la maison ; on écoutait de loin ses cris affreux poussés d'une voix si forte qu'on ne les aurait pas crus d'une créature humaine.<br /> Le curé du village fut prévenu. C'était un vieux prêtre naïf. Il accourut en surplis comme pour administrer un mourant et il prononça, en étendant les mains, les formules d'exorcisme, pendant que quatre hommes maintenaient sur un lit la femme écumante et tordue.Mais l'esprit ne fut point chassé.Et la Noël arriva sans que le temps eût changé.La veille au matin, le prêtre vint me trouver :« J'ai envie, dit-il, de faire assister à l'office de cette nuit cette malheureuse. Peut-être Dieu fera-t-il un miracle en sa faveur, à l'heure même où il naquit d'une femme. »Je répondis au curé :« Je vous approuve absolument, monsieur l'abbé. Si elle a l'esprit frappé par la cérémonie (et rien n'est plus propice à l'émouvoir), elle peut être sauvée sans autre remède. »Le vieux prêtre murmura :« Vous n'êtes pas croyant, docteur, mais aidez-moi, n'est-ce pas ? Vous vous chargez de l'amener ? »Et je lui promis mon aide.<br /> Le soir vint, puis la nuit; et la cloche de l'église se mit à sonner, jetant sa voix plaintive à travers l'espace morne, sur l'étendue blanche et glacée des neiges.Des êtres noirs s'en venaient lentement, par groupes, dociles au cri d'airain du clocher. La pleine lune éclairait d'une lueur vive et blafarde tout l'horizon, rendait plus visible la p'le désolation des champs.J'avais pris quatre hommes robustes et je me rendis à la forge.<br /> La possédée hurlait toujours, attachée à sa couche. On la vêtit proprement malgré sa résistance éperdue, et on l'emporta.Léglise était maintenant pleine de monde, illuminée et froide ; les chantres poussaient leurs notes monotones ; le serpent ronflait ; la petite sonnette de l'enfant de choeur tintait, réglant les mouvements des fidèles. J'enfermai la femme et ses gardiens dans la cuisine du presbytère, et j'attendis le moment que je croyais favorable.Je choisis l'instant qui suit la communion. Tous les paysans, hommes et femmes, avaient reçu leur Dieu pour fléchir sa rigueur. Un grand silence planait pendant que le prêtre achevait le mystère divin. Sur mon ordre, la porte fut ouverte et les quatre aides apportèrent la folle.Dès qu'elle aperçut les lumières, la foule à genoux, le choeur en feu et le tabernacle doré, elle se débattit d'une telle vigueur, qu'elle faillit nous échapper, et elle poussa des clameurs si aiguës qu'un frisson d'épouvante passa dans l'église ; toutes les têtes se relevèrent ; des gens s'enfuirent. Elle n'avait plus la forme d'une femme, crispée et tordue en nos mains, le visage contourné, les yeux fous.On la traîna jusqu'aux marches du choeur et puis on la tint fortement accroupie à terre.<br /> Le prêtre s'était levé ; il attendait. Dès qu'il la vit arrêtée, il prit en ses mains l'ostensoir ceint de rayons d'or, avec l'hostie blanche au milieu, et, s'avançant de quelques pas, il l'éleva de ses deux bras tendus au-dessus de sa tête, le présentant aux regards effarés de la démoniaque. . Elle hurlait toujours, l'oeil fixé, tendu sur cet objet rayonnant.<br /> Et le prêtre demeurait tellement immobile qu'on l'aurait pris pour une statue.Et cela dura longtemps, longtemps.La femme semblait saisie de peur, fascinée ; elle contemplait fixement l'ostensoir, secouée encore de tremblements terribles, mais passagers, et criant toujours, mais d'une voix moins déchirante. Et cela dura encore longtemps.<br /> On eût dit qu'elle ne pouvait plus baisser les yeux, qu'ils étaient rivés sur l'hostie ; elle ne faisait plus que gémir ; et son corps raidi s'amollissait, s'affaissait.Toute la foule était prosternée, le front par terre.<br /> La possédée maintenant baissait rapidement les paupières, puis les relevait aussitôt, comme impuissante à supporter la vue de son Dieu. Elle s'était tue. Et puis soudain, je m'aperçus que ses yeux demeuraient clos. Elle dormait du sommeil des somnambules, hypnotisée, pardon ! vaincue par la contemplation persistante de l'ostensoir aux rayons d'or, terrassée par le Christ victorieux.On l'emporta, inerte, pendant que le prêtre remontait vers l'autel.L'assistance, bouleversée, entonna le Te Deum d'action de grâces.<br /> Et la femme du forgeron dormit quarante heures de suite, puis se réveilla sans aucun souvenir de la possession ni de la délivrance.<br /> Voilà, mesdames, le miracle que j'ai vu.<br /> Le docteur Bonenfant se tut, puis ajouta d'une voix contrariée :  "Je n'ai pu refuser de l'attester par écrit. ». <br />
Répondre
E
Il n'y a pas de bonne et de mauvaise interprétation. C'est toujours celle qui résonne en soi, qui est la bonne pour soi. Il me semble que tu as bien perçu que par derrière tout cela, c'était l'amour qui était en cause. Personnellement, j'ai insisté sur la parole, mais la parole, ici, est elle-même issu de l'amour. Ce qui fonde tout, en définitive, c'est l'amour, comme tu le dis à ta façon.
Répondre
G
La lecture de ce conte me fait penser à la rencontre amoureuse : deux etres se trouvent, se transforment en transformant le monde et leurs regards posés sur les choses et les êtres. Tout devient beau lumineux tout devient possible. Mais voilà plus la rencontre est belle plus elle est fragile.....L'autre rencontre que m'evoque le conte est celle ou l'on se trouve soi mème.  L'autre moi qui est plus moi que moi, ce moi si caché, qui souvent est si dur à trouver et surtout à garder.Et pourtant, curieusement, c'est dans la nuit la plus courte que nait l'espoir du renouveau Le printemps est là en germe et si on a la chance de savoir le trouver le reconaitre notre été sera radieu de vie et d'amour.<br />  
Répondre
E
Au moins tu as le mérite d'être clair. Il faut bien croire qu'il y a un problème puisque personne ou presque ne réagit. J'essaie d''utiliser, en l'occurence, le conte comme une sorte de prétexte pour amorcer une réflexion : ici, le problème de la parole comme constitutif du soi et la présence de la parole créatrice dans le monde. Ce n'est pas si facile à comprendre. Peut-être me suis-je égaré. Entre nous, le blog n'est pas fait pour y mettre des contes que les intervenants vont tenter d'interpréter. Il faut bien, pour le moins, lancer la réflexion. Je te signale que je laisse accéder le lecteur au texte original puisqu'ils peuvent le charger.
Répondre
Y
Ensuite et cela n'a strictement rien à voir avec ce qui précède, il y  a quelque chose qui me gêne dans ton dernier envoi. Quand tu m'avais  proposé d'apporter une contribution sur le sacrifice, tu m'avais  envoyé un conte chinois que j'avais beaucoup apprécié. Mais quand le  blog est paru, le conte lui-même avait été remplacé par un résumé qui  plus est sous-titré. Cette fois-ci le traitement me paraît plus  radical. Dans la présentation du conte arménien, on ne sait plus ce  qui est de toi et ce qui est du conte. Je pense que le mot Noël et  bien d'autres vocables n'appartiennent pas au conte lui même. Je pense  que dans un blog sur les contes, la première des choses est de laisser  les interlocuteurs face au texte. Pendant longtemps les  ecclésiastiques ont pensé que la Bible était trop longue, trop  compliquée ou je en sais trop quoi pour être livrée aux simples  chrétiens. A la place, on leur a servi une bouillie sensée être fidèle  à la Bible en plus accessible tant matériellement que spirituellement  ou intellectuellement, et qu'on appelait le catéchisme avec les  titres, le classement, les questions et les réponses. Ne recommençons  pas la même erreur. Je pense que les participants au blog sont assez  grands pour prendre le temps de lire le conte, en faire leur miel et  se situer par rapport à lui et non par rapport à toi, toi qui par la  suite aura encore le dernier mot à la suite de leurs commentaires.i.  Même s'ils peuvent être orientés à lire le conte dans la perspective  qui t'a amené à le leur présenter et que tu peux légitimement leur  proposer, mais à la suite du conte dont nul n'est le propriétaire ou  l'interprète. Personnellement je ne me sens pas de réagir à ton texte  tel que proposé. Excuse ma franchise qui te paraîtra sans doute  passablement brutale, mais c'est strictement sans aucune animosité ma  manière de voir les choses. Amicalement, crois-le bien, Yvon
Répondre
O
Merci à Olivier pour son attention fidèle à ce blog.
Répondre
O
Dans son blog de blogs, Olivier S.C. annonce le blog sur le conte de Noël.http://www.blogoliviersc.org/
Répondre
H
Merci de ce joli conte et bonne fête de Noël.
Répondre
E
La dialectique est quelque chose de naturel. Elle nous habite. Elle n'est rien d'autre que le dialogue avec soi ou avec l'autre.
Répondre
Y
Merci pour ce joli conte et excusez moi de n'avoir pas répondu par paresse à vos précédents envois trés intéressants, même si par moments je suis "dépassé"par la dialectique.
Répondre

  • : le blog mythesfondateurs par : Etienne
  •   le blog mythesfondateurs par : Etienne
  • : Mythes, articles à partir des mythes, réactions sur le site Mythes fondateurs http://mythesfondateurs.over-blog.com/ Le mythe et le conte sont la parole dans sa première gestation. C'est pourquoi, si la parole est malade, comme le dit Vittorio Gasman, il devient urgent de revenir à ses fondements qui sont encore à notre disposition, à travers les mythes et les contes. Lorsque la parole ne fonctionne pas, c'est la violence qui gagne. Les mythes et les contes, par l'apprentissage du processus symbolique qu'ils proposent, sont là pour nous aider à faire sortir la parole de la violence. C'est de la naissance de l'homme lui-même dont il s'agit.
  • Contact

Recherche

Articles RÉCents

Blog De Mythes Fondateurs

Liens

Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -