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17 septembre 2008 3 17 /09 /septembre /2008 16:39

 
Partage de Yalta par Cabu
http://ecolesdifferentes.free.fr/CANARDYALTA230805.htm

Variations sur le sacrifice


Le mot « sacrifice » évoque des représentations diverses et sans doute aussi des sens différents. Certains mythes lui donnent une place majeure dans la construction de l’homme. Mais, avec le temps, il s’est tellement chargé de souffrances qu’il a suscité le rejet au nom d’une saine conception de l’être humain. Etienne Duval et Yvon Montigné reflètent ces variations sans pour autant être en désaccord sur le fond. Il appartient maintenant à chacun d’entrer dans la dialectique sous-jacente pour alimenter sa propre réflexion et celle des autres.


Le sacrifice ouvre le cœur de l’homme


Pour comprendre ce qu’est le sacrifice, nous allons suivre un jeune paysan chinois, qui s’en va en pèlerinage pour réfléchir  sur le sens de la vie humaine. Ce conte m’a été transmis, il y a de nombreuses années déjà, par un étudiant chinois.

La voie vers la vérité

Chen a une vingtaine d’années. Son père est mort à la tâche. Comme lui, il travaille un à deux hectares de terre que lui a confiés un propriétaire local. Désormais il vit seul avec sa mère. Leur vie est précaire. Porté à la réflexion, il se demande s’il faut entrer en répétition et continuer l’existence routinière de ses parents et de ses ancêtres, depuis de nombreuses générations. Pourquoi n’irait-il pas consulter le dieu de l’Ouest dont le temple est en Inde, à la frontière de la Chine ? En dépit des réticences de sa mère, il décide d’entreprendre un pèlerinage de neuf mois, juste le temps nécessaire pour une nouvelle naissance.

La voie vers la vérité implique la question

Sa décision est motivée par une question. Apparemment le monde est bien organisé : les saisons se succèdent, apportant l’eau et la chaleur nécessaires pour faire pousser les récoltes. Mais pourquoi doit-il travailler à temps complet sans pouvoir gagner sa vie ? Une des lois qui rythment la vie des humains ne doit pas être respectée. Il veut savoir ce qu’il en est exactement. Il posera sa question au dieu de l’Ouest et déjà son esprit qui s’ouvre se met au travail au cours de ses longues marches de la journée et même pendant la nuit lorsque le sommeil s’échappe.

La question fait naître d’autres questions

Chen marche depuis quarante-cinq jours. Maintenant, la fatigue lui impose un temps de repos. Une femme lui ouvre sa maison pour qu’il puisse refaire ses forces. Elle a une fille qui disparaît dès que l’étranger lui sourit et cherche à engager la conversation. Après tout peu importe : Chen parlera avec la mère après le repas du soir. Ou plutôt c’est elle qui l’interroge : quel est son projet et le but de son pèlerinage ? Il s’exprime sans détour. Alors la femme prend un ton grave et le charge de porter sa propre question au dieu de l’Inde. Elle a une fille belle et intelligente, mais cette beauté aux yeux rayonnants de charme ne parle pas ; d’où vient une telle anomalie ? La mère sait depuis toujours que cette fille n’est pas née muette.

Quarante-cinq jours plus tard, Chen demande l’hospitalité à un paysan dont la demeure est belle et confortable. Mais le maître des lieux a aussi ses problèmes. Il possède un champ d’orangers : chaque année les arbres fleurissent abondamment mais les fleurs s’étiolent et jamais un fruit n’est arrivé à maturité. Il faut aussi évoquer ce problème auprès du dieu de l’Ouest.

A la fin de l’étape suivante, notre pèlerin se trouve en face d’un fleuve qui sépare la Chine et l’Inde. Déjà il se demande comment il pourra le traverser lorsqu’un dragon curieux se présente à lui : que fait-il, où va-t-il ? Une fois encore la conversation s’engage et Chen se trouve chargé d’une nouvelle question : « Pourquoi le dragon n’arrive-t-il pas à s’élever alors qu’il pratique la vertu depuis mille ans ? » En échange de son service, le dragon se baisse pour que le pèlerin monte sur son dos et il le transporte de l’autre côté du fleuve.

Le sacrifice de sa propre question pour faire place aux questions des autres

Peu de temps après la traversée du fleuve, Chen aperçoit le temple du dieu de l’Ouest. A peine arrivé,  un beau vieillard à la barbe blanche s’approche et lui demande quel est l’objet de sa visite. Le pèlerin égrène les quatre questions : la sienne et celles de ses hôtes. Le vieillard l’arrête : pour entrer dans la dynamique divine, il faut un nombre impair de questions. Il est donc nécessaire d’en sacrifier une. Hésitant, inquiet, Chen demande le temps de la nuit pour opérer le sacrifice indispensable. A trois heures du matin, la solution est trouvée : le pèlerin sacrifiera sa propre question. Au lever du jour, il confie donc au vieillard les trois questions récoltées pendant son voyage. Les réponses sont transmises dans l’heure qui suit. Il ne reste plus qu’à s’engager sur le chemin du retour pour les porter aux hôtes intéressés.

La voie de la vérité conduit au partage

Comme on va le voir, les réponses font apparaître un décalage entre la loi de la vie, qui est le partage, et la pratique des hommes qui s’enferment dans l’appropriation.

Pour pouvoir s’élever, le dragon doit enlever la perle qu’il porte sur le front comme signe de sa richesse et marque de ses privilèges. Lorsqu’il la détache, il prend son envol et entre dans le partage en confiant la perle abandonnée au jeune paysan chinois. De son côté, le propriétaire des orangers apprend que ses richesses ne peuvent prospérer parce qu’il a enfoui des sacs d’or et d’argent sous sa citerne, les enfermant dans la terre au lieu de les faire fructifier. Lorsqu’il les enlève, les orangers sont arrosés de l’eau de la vie et les arbres se chargent de fruits. Engagé dans la loi  du partage, en sortant de l’appropriation, le propriétaire confie la moitié de son or et de son argent au pèlerin bienheureux. Il en va de même pour la fille retenue par une mère possessive : elle parlera lorsqu’elle se détachera de l’enclos familial et deviendra amoureuse d’un jeune homme. Sentant aussitôt que l’étreinte se détend, la jeune fille demande quel est l’homme séduisant qui a pénétré dans la maison. Sa question vient de l’ouvrir à la parole et la parole fait naître l’amour. Un mariage est rapidement célébré et Chen repart dans son village avec une perle, des sacs d’or et d’argent, et une femme qui fera la joie de toute sa vie.

Le partage implique le manque

Le partage multiplie les richesses matérielles et spirituelles, mais il n’est possible que si j’accepte de manquer. Le plus se conjugue avec le moins et la multiplication est soumise à la division. C’est par la division de la cellule que se fait la multiplication de la vie. D’un autre point de vue, le manque apporte l’oxygène nécessaire à l’existence : il n’est pas possible d’inspirer sans expirer auparavant. Bien plus, il est impossible de partager si l’autre n’est pas là. Le rôle essentiel du manque consiste à faire sa place à l’autre pour que le partage avec lui soit possible. Ce que je n’ai pas l’autre peut me l’apporter et ce que l’autre n’a pas peut être en surabondance chez moi.

Le sacrifice pour instaurer le manque et faire vivre le désir

En dehors de toute perspective rituelle et dans la vie quotidienne de tous les jours, et notamment dans le conte chinois, le sacrifice, comme son étymologie le suggère, consiste à ouvrir chez soi et en soi l’espace sacré de l’autre. C’est en ouvrant son cœur à l’autre que l’homme accède à son humanité ; il sort ainsi de l’appropriation qui l’étouffe et le referme sur lui-même. La clé d’interprétation du conte apparaît lorsque Chen accepte de sacrifier sa question pour faire leur place aux autres et à leur propre interrogation. Elle se dévoile plus encore dans les réponses du dieu et les nouveaux comportements qu’elles entraînent.

C’est donc par l’instauration du manque que le sacrifice remet l’homme dans la loi de la vie. Ce faisant, non seulement il permet le partage mais il fait vivre le désir pour que le sujet lui-même puisse exister. Sans manque il n’est pas de désir et, sans désir, il n’est pas de sujet possible.

Le désir du partage conduit à la lumière

 Désormais le jeune homme est heureux : à travers les réponses apportées aux autres, il a découvert ce qui ne fonctionnait pas dans sa vie et dans l’existence de ses congénères. La loi du partage n’est pas respectée. Pour lui donner sa place, il faut sortir de l’appropriation et ouvrir l’espace sacré de l’autre, en acceptant le sacrifice ;  l’homme pourra ainsi entrer dans le jeu du désir, qui ne peut vivre sans le manque. Et pourtant Chen ne peut partager son bonheur avec sa mère, qui a perdu la vue, tant elle a pleuré pendant son absence. Aussi son désir de partage avec celle qui l’a porté, il y a un peu plus de vingt ans, est si intense que les yeux finissent par s’ouvrir et que la joie vient inonder l’existence de la pauvre femme.  Le jeune homme était parti en quête de vérité. Il revient maintenant porteur de lumière parce que son désir profond l’entraîne vers le partage.

Celui qui refuse le sacrifice s’écarte de la condition humaine

Au-delà de la mère, il y a aussi tous les paysans qui travaillent durement sans pouvoir gagner leur vie. Si, au moins, la loi de la vie pouvait les aider à sortir de la misère ! Malheureusement, les propriétaires, enfermés dans l’appât du gain et la conquête de nouveaux privilèges, ne veulent rien sacrifier. Refusant ainsi la loi du partage, ils s’écartent de la condition humaine. C’est pourquoi la vie finit par les abandonner, au cours des nuits suivantes.

 

Etienne Duval

  

L’aventure sans GPS et la question du sacrifice


J’’ai lu le beau conte chinois du jeune homme parti à l’aventure dans un but personnel précis et qui le réalise au travers de diverses rencontres d’une manière paradoxale. Il a de la chance.  Ce conte m’a inspiré diverses réflexions concernant les contes et les mythes. En quoi éclairent-ils nos chemins ? Quel est le sens du renoncement ? Ou celui du primat donné à l’autre ?  Faut-il faire des sacrifices dans la vie ?

Le mot sacrifice est tellement chargé de sens qu’il vaut mieux savoir de quoi on parle si on veut éviter de trop faciles amalgames.

Le sacrifice dans les religions anciennes : un acte de privation intéressé

Dans les religions anciennes (et plus rarement aujourd’hui) plusieurs éléments doivent être rassemblés pour qu’on puisse parler de sacrifice. C’est un acte rituel célébré par un sacrificateur (progressivement mandaté et appartenant à une caste spécialisée de type sacerdotal), au bénéfice d’une personne, d’un groupe social déterminé, ou de toute la société. Il consiste en une mise à part souvent par destruction (mise à mort, crémation, libation) d’un bien (être vivant ou non), répondant souvent à des critères spécifiques de qualité et chargé par sa nature ou son statut d’un sens symbolique. Ce bien fait l’objet  d’une offrande aux dieux. La mise hors d’usage est atténuée avec la notion complémentaire de repas sacré ou « communion », la part  « aliénée », réservée au dieu, n’étant qu’une partie de la victime : sang, viscère, etc. Le sacrifice a aussi un sens identitaire et représente alors une obligation sociale ou personnelle. Il comporte souvent une dimension commémorative d’un évènement historique ou mythique.

Le sacrifice peut avoir plusieurs « utilités », mais en a toujours une, correspondant à certaines conceptions du divin qu’on peut dire aujourd’hui souvent remises en cause : demande de pardon pour des fautes même rituelles ou inévitables,  prévention d’une menace ou d’un danger (guerre, épidémie), réussite d’une entreprise (guerre, récolte, construction, naissance), remerciement pour un bienfait ou un succès. On le retrouve aujourd’hui dans l’islam (sacrifice du mouton), dans les rites vaudous ou animistes, et dans les religions de l’Inde (libations).

On discute de savoir si la circoncision, largement répandue dans le monde d’aujourd’hui, est un sacrifice, son rôle symbolique étant très prépondérant sur sa part de  « retranchement ». Quand à la combustion d’encens ou de cierges, il serait quelque peu abusif de parler de sacrifice, même si on y retrouve une partie des significations du sacrifice.
Certains de ces rites nous font horreur (sacrifice humain, anthropophagie), d’autres nous posent question.

Une chose est sûre, le sacrifice religieux est un acte rituel de privation mais intéressé.

La mort du Christ échappe à la notion de sacrifice

La mort du Christ est un cas particulier qui divise les spécialistes es-sacrifice.
Au vu des seuls critères rappelés plus haut, ce n’en est pas un, aucun pour ainsi dire ne s’y retrouvant, à moins de contorsion sur le sens des mots. Il s’agit pour des pouvoirs en place de se débarrasser d’un gêneur en ordonnant sa mort à l’issu d’une mascarade de procès. L’histoire abonde en cas semblables, le plus proche concernant Mani. Les temps modernes répugnant à la mise à mort, on a plutôt recours à la mise à l’écart (emprisonnement, bannissement,  promotion, etc.) et autres formes de mise au placard. Mais certaines pseudo démocraties ont encore recours à l’assassinat plus ou moins déguisé confiés à des hommes de l’ombre à l’impunité garantie. On trouve aussi l’assassinat souvent public de héros de nobles causes, comme Martin Luther King, fomentés par des individus isolés ou représentatifs  d’une fraction plus ou moins importante de la société et donc plus ou moins absous.

Le Nouveau Testament, à part l’Epitre aux Hébreux,  présente rarement la mort du Christ comme un sacrifice, même si les commentateurs ont tendance à tirer les textes en ce sens.  Ce sont en particulier les textes relatifs à la Cène réinterprétée à la lumière  des pratiques eucharistiques des premières communautés : le sacrifice eucharistique. La discussion de ce point dépasse le cadre de ce blog pour être plus amplement  traité (voir  possible texte dans les commentaires). Elle concernerait des analyses de textes et une réflexion de type théologique sur la signification de la mort du Christ pour le salut.

Je serais plutôt de l’avis de René Girard qui parle « Des choses cachées depuis la fondation du Monde » avec des interlocuteurs qui manient, à vrai dire, un peu trop l’encensoir. Il pense que la symbolique du sacrifice nous fait passer à côté du sens de l’événement.

Sacrifices d’aujourd’hui : la perte d’un bien pour un avantage attendu

Les acceptions modernes du mot sont multiples, mais celles qui nous intéressent  comportent toutes la perte d’un bien, ou du moins son éventualité, pour un avantage attendu pour soi, les autres ou la société. La démarche est un peu semblable à celle des sacrifices anciens, mais laïcisée et mécaniste, et souvent dépourvue de symbolique.

-         Calcul purement stratégique dans le sacrifice d’un pion aux échecs ou dans le sacrifice de l’arrière garde consenti par une armée aux abois.

-         Calcul, introduisant la symbolique du bouc émissaire, dans le sacrifice d’un ministre face à la colère populaire.

-         Renonciation imposée par un gouvernant à ses concitoyens ou un chef  d‘entreprise à ses salariés pour redresser une situation économique. Le résultat est purement comptable.

-         Renonciation volontaire pour un résultat logique : renoncer au tabac.

-          Renonciation volontaire à caractère symbolique et religieux demandée aux croyants pendant le Carême ou le Ramadan. Seul ce dernier cas peut  concerner notre réflexion.

      Il est cependant des sacrifices interdits comme de brûler ses propres billets de banque,   sans doute incarnations trop proches du divin dans le nouveau culte de l’argent.

(
Se) sacrifier pour autrui

Toute une série d’expressions  du sacrifice, peut-être à partir de l’interprétation sacrificielle de la mort du Christ, impliquent un sens tout à fait nouveau, incompréhensible pour les religions anciennes, celles de se sacrifier pour autrui.

-         Se sacrifier pour ses enfants, tout sacrifier pour la science, se sacrifier pour la patrie, avoir l’esprit de sacrifice, c’est renoncer à des avantages personnels en donnant la priorité à une cause, jusque à la mise en cause de sa propre vie (héroïsme au combat). Mise en cause immédiate et chargée de symbolique dans la grève de la faim, que la cause soit personnelle, familiale ou sociale, pour un bénéfice personnel ou par solidarité.

-         Dans le cas des immolations par le feu des moines bouddhistes lors de la guerre du Vietnam, c’est la vie même qui est auto sacrifiée, dans une projection dans le temps qui dépasse la destinée personnelle, appel tragique à restaurer pour les siens un sens de la vie qui mérite d’être vécu.

Dépasser la problématique sacrificielle

Utilisé par d’autres pour caractériser le dévouement de quelqu’un, « se sacrifier a l’inconvénient d’insister sur l’origine de la démarche en la globalisant par ailleurs d’une manière parfois outrancière et sans esprit critique, en en faisant une démarche  « christique ».
Utilisé par la personne même «  se sacrifier » revient en priorité sur soi au lieu d’aller vers l’autre, dans une revendication d’altruisme, lequel n’est guère un produit de beauté ni un produit d’importation. «  Après m’être tant sacrifié pour mes enfants… » se nuance souvent de rancœur ou de revendication dévoilant l’autovalorisation, sinon la déification
. L’aventure de l’autre ne se vit pas le regard fixé sur le rétroviseur, et le GPS n’est guère plus utile en ce cas que le diseur de bonne « aventure ». La patrie n’a pas été tellement reconnaissante au maréchal Pétain qui avait pourtant fait, en prenant le pouvoir,
 le don de sa vie pour le pays ; et on la comprend.

Le don est don et suppose ouverture, accueil et partage. Il n’est pas sacrificiel, ni  même symbolique. Le sacrifice est trop intéressé, tout au long de son histoire pour être un critère éthique.

Mythes, contes, théâtre et cinéma : d’utiles bagages pour l’aventure

Dans le conte du jeune chinois en route vers sa destinée et qui la réalise en l’oubliant pour les autres, tout est bien qui finit bien. Il en est souvent ainsi des mythes et des contes, expressions d’une sagesse certes souvent paradoxale qui se veut pédagogique. Mais dans nos propres vies et dans nos aventures avec les autres, tout ne finit pas toujours aussi bien. En ce sens, le théâtre, avec sa dimension tragique, est peut-être plus proche de la vie.

 Mythes, contes et théâtre (et cinéma), dans la mesure où ils nous interrogent et dans cette mesure parfois nous enseignent. Ils sont d’utiles bagages dans l’aventure. Ils ne sauraient être de sécurisants GPS.

 

                                    

                                           Yvon Montigné

 

Télécharger le texte :   http://etienneduval.neuf.fr/textes/Variations%20sur%20le%20sacrifice.doc

Télécharger le conte :   http://mythesfondateurs.perso.cegetel.net/Textes/%C9change%20et%20partage.rtf

Elton John - Sacrifice : http://video.google.fr/videosearch?hl=fr&q=Sacrifice&um=1&ie=UTF-8&sa=N&tab=wv#hl=fr&q=Sacrifice&um=1&ie=UTF-8&sa=N&tab=wv&start=30

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commentaires

M
Messaoud, qui vit à la Réunion, me fait parvenir un conte qui entre taotalement dans le sujet que nous débattons. Il parle de lui-même.<br /> Un saint homme tenait un jour une conversation avec Dieu. Il lui dit: «Seigneur, j'aimerais savoir comment est le paradis et comment est l'enfer ».> Dieu conduisit le saint homme vers deux portes. Il ouvrit l'une des portes et permit au saint homme de regarder à l'intérieur. Au milieu de la pièce, il y avait une immense table ronde.. Au milieu de cette table, il y avait une grosse marmite contenant un ragoût à l'arôme délicieux. Le saint homme saliva d'envie.> Les personnes assises autour de cette table étaient maigres,livides et malades. Elles avaient toutes l'air affamées. Elles tenaient des cuillères aux très longs manches, attachées à leurs bras. Toutes pouvaient atteindre le plat de ragoût et cueillir une cuillerée. Mais,comme le manche de la cuillère était plus long que leurs bras, elles ne pouvaient ramener les cuillères dans leur bouche. Le saint homme frissonna à la vue de leur misère et de leurs souffrances. Dieu dit : « Tu viens de voir l'enfer » Dieu et le saint homme se dirigèrent vers la seconde porte. <br /> Dieu l'ouvrit. La scène que vit le saint homme était identique à la précédente. Il y avait la grande table ronde, la marmite de délicieux ragoût qui fit encore saliver le saint homme. Les personnes autour de la table étaient également équipées des cuillères aux longs manches. Cette fois, cependant, les gens étaient bien nourris, replets, souriants et se parlaient les uns aux autres en riant. Le saint homme dit à Dieu : « Je ne comprends pas ! »  «C'est simple, répondit Dieu, ça ne prend qu'une seule habileté. Ils ont appris à se nourrir les uns les autres tandis que les gloutons et les égoïstes ne pensent qu'à eux-mêmes. » Il est estimé que 93 % des gens ne transféreront pas ce courriel.<br /> Si vous faites partie des 7 % qui le feront, transférez-le avec le titre : « 7 % » <br /> Je fais partie des 7 % et rappelle-toi que je partagerai toujours ma cuillère avec toi<br />  <br />  
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E
Merci François de tes réflexions. J'aurais bien aimé te convaincre mais ce n'est pas la loi de ce blog, heureusement. Simplement, tout sacrifice n'est pas victimaire comme le prétend Girard. La preuve, c'est que le plus grand texte de l'Ancien Testament sur ce sujet, le sacrifice d'Abraham illustre précisément le passage du sacrifice victimaire au sacrifice non victimaire. Il y a aussi le très beau texte du Buisson ardent où Dieu Lui-même se sacrifie sans rien perdre de ce qu'il est pour faire une place à l'homme. Ce n'est pas moi qui ai choisi ce thème mais finalement j'ai été très content de l'avoir pris parce qu'il a permis de mettre à jour une structure anthropologique fondamentale que l'on retrouve dans les grands courants spirituels, à savoir la nécessité de faire sa place à l'autre pour partager avec lui et ouvrir l'avenir.
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F
Je viens de lire aussi ton très beau texte sur le sacrifice. Encore un thème qui ne me fait pas courir, mais tu serais presque convainquant, malgré le handicap de toutes les conneries catholiques sur ce thème. J'ai lu aussi Girard et suis assez d'accord avec lui. Je me souviens aussi d'une session Thomas More (sur les Psaumes ? en sémiotique) où je m'étais bagarré avec ..., grand prophète du sacrifice, version mâle méditerranéen. La psychanalyse aggravait les dégâts mais le peuple m'avait suivi ! Le comble est la "réitération" tridentine du sacrifice du Christ, on est là dans l'horreur, la magie et la manipulation. Rendons grâce à Christian Duquoc pour le bel article qu'il avait écrit dans la revue sur "l'eucharistie, sacrement de l'absence réelle"...
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E
Je suis impressionné par la densité de la pensée de Lévinas, supportée par une vision mystique très forte. C'est vrai que je me retrouve un peu dans sa conception du sacrifice, qui est approche de celui dont on est responsable, c'est-à-dire celui dont je restitue l'altérité. Intéressante aussi pour moi l'idée du beau risque à courir comme si l'autre m'entraînait au-delà de la mort, là où esst la beauté et la gratuité.Je suis aussi impressionné par la responsabilité de l'autre mais je pense en même temps que le sacrifice implique le dessaisisement de l'autre : il s'agirait d'une responsabilité dans le dessaississement et non dans la maîtrise. L'autre, pour être lui-même, a besoin que je le laisse en dehors de mon emprise...En tout cas, à défaut d'être clair, Lévinas nous amène à penser ou à tenter de penser.
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Y
Je ne pensais pas que le terme de sacrifice faisait partie du  <br /> vocabulaire de Levinas, qu'on ne peut cependant soupçonner de manquer  du sens de l'autre. En tapant sur Google "Levinas sacrifice", j'ai  trouvé un certain nombre de références à Levinas ou à des  <br /> commentateurs, en particulier ? Cohen. Et des références  aux textes  <br /> de Levinas. Je ne crois pas que le terme soit présent dans "Totalité  <br /> et infini". Par contre, il apparaît à plusieurs reprises dans un  <br /> ouvrage plus tardif, mais que je trouve plus ardu: "Autrement qu'être  <br /> ou au delà de l'essence", dans un sens assez proche de celui que tu  <br /> lui donnes. Ce sens me paraît malgré tout assez éloigné du sens  <br /> traditionnel, mais les vocabulaires ont le droit d'évoluer. Je te  <br /> passe quelques citations en mettant les références de chapitres car je  <br /> n'ai que l'édition originale qu'on ne trouve plus aujourd'hui. A  <br /> défaut de les utiliser dans le blog, je ne renonce pas au plaisir de  <br /> les partager avec toi.<br />  <br /> Les citations suivantes sont toutes de "Autrement qu'être...",  <br /> chapitre IV / 3°, 4°, 5°, 6°.<br />  <br /> 4° Le Soi est Sub-jectum; il est sous le poids de l'univers -  <br /> responsable de tout. L'unité de l'univers n'est pas ce que mon regard  <br /> embrasse dans son unité de l'aperception; mais ce que de toutes parts  m'incombe, me regarde dans les deux sens du terme, m'accuse, est mon  affaire. Dans ce sens, l'idée qu'on me cherche dans les espaces  intersidéraux, n'est pas une fiction de la science-fiction, mais  exprime ma passivité de Soi. ( Il y a un peu plus loin dans la même  section des textes magnifiques, mais je passe)<br /> .<br /> 5° (la communication) n'est possible que dans le sacrifice qui est  <br /> l'approche de celui dont on est responsable. La communication avec  <br /> autrui ne peut être transcendante que comme vie dangereuse, comme un  beau risque à courir. Ces mots prennnent leur sens fort,  quand au lieu  de désigner les défauts en certitude, ils expriment la gratuité du  <br /> sacrifice. Dans le beau risque à courir, on n'a jamais suffisamment  <br /> pensé au mot "beau". C'est comme antithétiques de la certitude et, en  <br /> somme de la conscience, que ces termes prennent leur sens positif et  <br /> ne sont pas l'expression d'un pis-aller. Le Moi de la responsabilité, c'est moi et pas un autre, moi à qui l'on  voudrait apparier une âme soeur de qui on exigerait substitution et  sacrifice. Or dire qu'Autrui doit se sacrifier aux autres, ce serait  prêcher le sacrifice humain!<br />  <br /> 3° Plus je suis juste - plus je suis coupable<br />  <br /> 6° L'approche, dans la mesure où elle est sacrifice, confère un sens à  la mort. .. En elle la vie ne se mesure plus par l'être et la mort ne  <br /> peut plus y introduire l'absurde. Au plaisir - où s'oublie l'espace  <br /> d'un instant la tragi-comédie et qui pourrait se définir par cet oubli  <br /> - la mort apporte un démenti alors que malgré toute son adversité elle  <br /> s'accorde avec le pour l'autre de l'approche. Personne n'est assez  <br /> hypocrite pour prétendre qu'il a enlevé à la mort son dard - pas même  <br /> les prometteurs des religions - mais nous pouvons avoir des  <br /> responsabilités et des attachements par lesquels la mort prend un sens  <br /> - c'est que, dès le départ, Autrui nous affecte malgré nous.<br />  <br />  <br />  
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E
Je savais que nous étions sur la même longueur d'onde et j'en suis d'autant plus heureux que cela n'est pas une simple position intellectuelle, mais correspond à une pratique. La notion de sacrifice au sens fort du terme nous permet, je pense, de vérifier le bien fondé d'une religion dans sa dimension anthropologique ( je ne parle pas de révélation) et je constate avec bonheur que l'Islam, dans ce qui en fait l'essentiel, fonctionne tout à fait à l'intérieur du modèle.Nada, de son côté, a mis l'accent sur la notion d'avenir et je pense qu'elle a raison : l'ouverture de l'espace de l'autre me paraît tout à fait lié à l'ouverture de l'espace de l'avenir. 
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R
Toujours sur le RamadanMerci pour cette lecture "sacrificielle" du Ramadan. J'irai regarder le blog dès que possible, mais d'emblée je peux te dire que je suis d'accord avec toi: l'altérité, le partage, le manque...La renonciation à la nourriture, boisson (comme forme de sacrifice à Dieu) rapproche de soi (c'est comme une purification et un apprentissage de l'humilité) et des hommes (on comprend les fondements et on prend conscience des besoins chez les autres). C'est comme ça que je le comprends et c'est comme ça que je le vis (+ d'autres choses dont je te parlerai avec plaisir lors d'une prochaine rencontre).
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E
Je trouve très intéressante ton idée d'ouvrir l'espace de l'avenir en même temps que l'espace de l'autre. En fait tu mets l'accent sur un aspect du sacrifice que nous avons un peu passé sous silence et qui est pourtant essentiel.
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N
C'est intéressant l'idée de faire sa place à l'autre pour pouvoir partager avec lui. J'ajoute l'idée que la raison la plus importante de faire le Ramadan, c'est de casser les habitudes. Les psychologues comportementalistes ont dit que le plus dur pour changer un comportement c'est l'habitude. Le Ramadan aide beaucoup pour dimunier la resistance au changement.   Salut    Nada
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E
Cf Le sens anthropologique du Ramadan et de l'IslamIbrahim, j'apprécie beaucoup les réactions joyeuses d'un soufi en ramadan, qui nous fait aimer les Musulmans.
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I
Dans la mesure où le partage n'est pas considéré comme un sacrifice mais un acte de joie et de charité naturel la notion de sacrifice devrait être vue sous cet angle libératoire et non pas un acte d'héroïsme et de privation comme il lest probablement dans certains sacrifices.Excuse mes propos, je suis a jeun ; je dirai peut-être plus à un autre moment.
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E
Merci de tes réactions. Ce que tu dis est intéressant : ce sont tes enfants, les autres les plus proches auxquels tu as fait la place, qui t'ont permis d'avancer. C'est bien cela l'eprit véritable du sacrifice, qui n'est pas à interpréter comme le lieu de la douleur mais comme la construction de l'espace sacré de l'autre et des autres. Et une telle démarche fait avancer parce que nous devenons ainsi plus humains.
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G
Si je n'ai pas réagi à ton blog sur le sacifice ne m'en veux pas mais je ne me sens pas concerné pas vos débats. Je veux bien cependant te dire mon  vécu sur l'idée de sacrifice.<br /> Jeune mère pas du tout volontaire, mes sentiments à l'époque passaient de la culpabilité au sacrifice permanent et puis et cela bien plus tard j'ai eu le sentiment très fort que je devais à mes enfants toutes mes expériences et le courage d'aller plus loin. Voilà à bientôt !<br />  
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E
Le sens anthropologique du Ramadan et de l'Islam<br /> A travers la réflexion menée sur le sacrifice, il semble qu'on peut faire émerger le sens humain du Ramadan : manquer de nourriture pour apprendre à manquer de l'autre (et de l'Autre) et à lui faire sa place en vue de partager avec lui.Dans la mesure où le Ramadan est lié au don du Coran, c'est aussi le fond de la  signification humaine de l'Islam, qui s'exprimerait à travers ce mois de jeûne : faire sa place  à l'autre pour pouvoir partager avec lui.Un point à discuter...
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E
Si j'ai bien compris, c'est ma relation à l'Autre qui fonde la rationalité. Il n'y a donc pas incompatibilité entre les deux. Finalement c'est la raison, qui à travers le langage et la communication, exprime le sens et fondamentalement ma relation à l'Autre. Mais il y a plus encore chez Lévinas. C'est pourquoi, afin de mettre en mouvement la réflexion, je retiens quelques phrases-clé de Lévinas :<br /> L’Autre n’est pas pour la raison un scandale qui la met en  mouvement dialectique, mais le premier enseignement raisonnable, la  condition de tout enseignement…<br />  <br /> Le langage conditionne ainsi le fonctionnement de la pensée  raisonnable…<br />  <br /> Les choses acquièrent une signification rationnelle et non  simplement de simple usage, parce qu’un Autre est associé à mes  relations avec elles.. Connaître objectivement, serait donc constituer  ma pensée de telle manière qu’elle contienne  déjà une référence à la  pensée des autres.<br />  <br /> L’activité de la raison commençant avec la parole, le sujet n’abdique  pas son unicité, mais confirme sa séparation. Il n’entre pas dans son  propre discours pour y disparaître. Il demeure apologie. Le passage au  rationnel n’est pas une désindividualisation précisément parce qu’il  est langage, c’est à dire réponse à l’être qui lui parle dans le  visage et qui ne tolère qu’une seule réponse personnelle, c’est à dire  un acte éthique.Chacun aura compris qu'une telle référence à Lévinas tient au fait qu'il met en évidence cette relation à l'Autre que le sacrifice s'efforce de mettre en place dans le concret de l'existence. Ce faisant, le sacrifice n'est pas en dehors de la raison ; au contraire il en confirme le fondement.
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Y
A propos de la raison et du raisonnable, je t’envoie quelques extraits  de « Totalité et Infini » ; extraits de la troisième section «  Le  visage et l’extériorité »/ » B. Visage et éthique /  « 3. Visage et  raison » à « 8. Volonté et raison ». Je n’ai pas mis les pages car ça  dépend des éditions. Je te les mets en  me référant à mon édition (2°  édition 1961 chez Martinus Nijhoff/La Haye) : 178-198.Je n’ai gardé que les passages  où apparaissent raison, raisonnable,  rationalité, rationnel. C’est trop court pour résumer une pensée et  c’est trop long pour être inséré comme tel dans le blog, mais tu pourrais peut-être en tirer quelques lignes, si tu le juges utile et  utilisable. Sinon, laisse tomber. Merci de ta réponse  à mes  précédents commentaires.3.  L’Autre n’est pas pour la raison un scandale qui la met en  mouvement dialectique, mais le premier enseignement raisonnable, la  condition de tout enseignement… La liberté s’inhibe alors non point  comme heurtée par une résistance, mais comme arbitraire, coupable et  timide ; mais dans la timidité elle s’élève à la responsabilité. La  contingence, c’est à dire l’irrationnel ne lui paraît pas alors hors  d’elle dans l’autre, mais en elle. Ce n’est pas la limitation par l’autre qui constitue la contingence, mais l’égoïsme, comme injustifié  par lui-même. La relation avec Autrui comme relation avec sa  transcendance – la relation avec autrui qui met en question la brutale  spontanéité de sa destinée immanente, introduit en moi ce qui n’était  pas en moi. Mais cette « action » sur ma liberté met précisément fin à  la violence et à la contingence et, dans ce sens aussi, instaure la  Raison…. L’Autre n’est pas pour la raison un scandale qui la met en  mouvement dialectique, mais le premier enseignement. Un être recevant  l’idée de l’Infini  - recevant puisqu’il ne peut la tenir de soi – est  un être enseigné d’une façon non maïeutique – un être dont l’exister  même consiste dans cette incessante réception de l’enseignement, dans  cet incessant débordement de soi (ou temps). Penser, c’est avoir  l’idée de l’infini ou être enseignée. La pensée raisonnable se réfère  à cet enseignement.<br /> 4. Le langage conditionne ainsi le fonctionnement de la pensée  raisonnable… Le langage ne se joue pas à l’intérieur d’une conscience,  il me vient d’autrui et se répercute dans la conscience en la mettant  en question, ce qui constitue un événement irréductible à la conscience où tout survient de  l’intérieur, même l’étrangeté de la  souffrance…L’idée de l’infini dans la conscience est un débordement de  cette conscience dont l’incarnation offre des pouvoirs nouveaux à une  âme qui n’est plus paralytique, des pouvoirs d’accueil, de dons, de  mains pleines, d’hospitalité…..<br /> Le sens c’est le visage d’autrui et tout recours au mot se place déjà  à l’intérieur du face à face originel du langage… Ce  "quelque chose »  que l’on appelle signification surgit dans l’être avec le langage,  parce que l’essence du langage est la relation avec Autrui…. Si le face à face fonde le langage, si le visage apporte la première  signification, instaure la signification même dans l’être – le langage  ne sert pas seulement la raison mais est la raison.<br /> 5. Les choses acquièrent une signification rationnelle et non  simplement de simple usage, parce qu’un Autre est associé à mes  relations avec elles.. Connaître objectivement, serait donc constituer  ma pensée de telle manière qu’elle contienne  déjà une référence à la  pensée des autres. Ce que je communique donc se constitue d’ores et  déjà en fonction des autres. En parlant je ne transmets pas à autrui  ce qui est objectif pour moi ; l’objectif ne devient objectif que par  la communication.<br /> 6. Autrui et les AutresLe langage comme présence du visage,  n’invite pas à la complicité  avec l’être préféré, au « je-tu » suffisant et oublieux de l’univers ; il se refuse dans sa franchise à la clandestinité de l’amour où il  perd sa franchise et son sens et se mue en rire ou en roucoulement. Le  tiers me regarde dans les yeux d’autrui – le langage est justice.<br /> 8. Volonté et raison.…Si, au contraire, la subjectivité se fixe comme un être séparé en  relation avec un autre absolument autre ou Autrui – si le visage  apporte la première signification, c’est à dire le surgissement même  du rationnel, la volonté se distingue nettement de l’intelligible  qu’elle ne doit comprendre et où elle ne doit pas disparaître car l’intelligibilité de cet intelligible réside précisément dans le  comportement éthique, c’est à dire dans la responsabilité à laquelle  il invite cette volonté…L’activité de la raison commençant avec la parole, le sujet n’abdique  pas son unicité, mais confirme sa séparation. Il n’entre pas dans son  propre discours pour y disparaître. Il demeure apologie. Le passage au  rationnel n’est pas une désindividualisation précisément parce qu’il  est langage, c’est à dire réponse à l’être qui lui parle dans le  visage et qui ne tolère qu’une seule réponse personnelle, c’est à dire  un acte éthique.
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E
Je suis entièrement d'accord avec toi : nous n'avons pas à entrer dans une réflexion théologique. Mais il paraissait difficile, à propos du sacrifice, de ne pas faire référence à Girard, au processus victimaire et à ce qu'il appelle la subversion évangélique du sacrificiel. Il prétend, de son côté, que faire référence au christianisme ou à l'Evangile non seulement n'exclut pas une pensée non religieuse ; au contraire une telle démarche libérerait l'espace propre de la philosophie en ce qui concerne la violence.
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Y
J'ai lu la citation de Girard ou "La révélation du nouveau prophète".  En fait les choses sont beaucoup plus simples et il n'est nul besoin  d'adhérer aux thèses de Girard. La réponse est théologique. Il s'agit  de croire comme le disent tous les textes sripturaires. Et ça c'est  l'affaire de chacun. On peut réfléchir théologiquement et ce serait  fort intéressant, mais ce serait tirer le blog dans un sens catho et  ce serait dommage, car je pense qu'il doit rester philosophique, pour  ne pas écarter ou décourager ceux qui pensent qu'une réflexion neutre  par rapport aux religions leur apporte dans leur propre vie un  supplément d'humanité.
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E
Il me semble que la subversion du sacrificiel existe déjà dans le sacrifice d'Abraham ou le Buisson ardent. On la retrouve même dans le conte chinois utilisé pour ce blog.
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R
Jamais dans les Evangiles, la mort de Jésus n'est définie comme un sacrifice ... Dans le Evangiles, la passion nous est bien présentée comme un acte qui apporte le salut à l'humanité, mais nullement comme un sacrififice... La lecture sacrificielle de la passion... doit être critiquée et révélée comme le malentendu le plus paradoxal et le plus colossal de toute l'histoire, le plus révélateur, en même temps, de l'impuissance radicale de l'humanité à comprendre sa propre violence, même quand celle-ci lui est signifiée de la façon la plus explicite. De tous les renversements qui se sont imposés à nous au cours des entretiens, il n'en est pas de plus important. Il ne constitue nullement une simple conséquence de la perspective anthropologique que nous avons adoptée.  En réalité, c'est la subversion évangélique du sacrificiel qui commande cette perspective et qui révélant le texte dans son authenticité première, libère l'hypothèse de la victime émissaire et lui permet de se transmettre aux autres hommes. Des choses cachées depuis la fondation du monde,  René Girard, Grasset, 1978, p. 203-204      
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R
Le mécanisme victimaire Si deux individus désirent la même chose il y en aura bientôt un troisième, un quatrième. Le processus fait facilement boule de neige. L’objet est vite oublié, les rivalités mimétiques se propagent, et le conflit mimétique se transforme en antagonisme généralisé : le chaos, l'indifférenciation, « la guerre de tous contre tous » de Hobbes, ce que Girard appelle la "crise mimétique". Comment cette crise peut-elle se résoudre, comment la paix peut-elle revenir ?<br /> Pour Girard, cette énigme ne fait qu’un avec le problème de l’apparition du sacré. C’est précisément qu'au paroxysme de la crise de tous contre tous peut intervenir un mécanisme salvateur : le tous contre tous violent peut se transformer en un tous contre un. S'il ne se déclenche pas, c'est la destruction du groupe. Pourquoi mécanisme ? C'est qu'il ne dépend de personne mais découle du mimétisme lui-même. Plus les rivalités mimétiques s'exaspèrent, plus les rivaux tendent à oublier les objets qui en furent l'origine, plus ils sont fascinés les uns par les autres. À ce stade de fascination haineuse la sélection d’antagonistes va se faire de plus en plus contingente, instable, rapidement changeante, et il se pourra alors qu'un individu, parce qu'un de ses caractères le favorise, polarise alors l'appétit de violence. Que cette polarisation s'amorce, et par un effet boule de neige mimétique elle s'emballe : la communauté tout entière (unanime !) se trouve alors rassemblée contre un individu unique.<br /> Ainsi la violence à son paroxysme aura alors tendance à se focaliser sur une victime arbitraire et l’unanimité se faire contre elle. L’élimination de la victime fait tomber brutalement l’appétit de violence dont chacun était possédé l’instant d’avant et laisse le groupe subitement apaisé et hébété. La victime gît devant le groupe, apparaissant tout à la fois comme l’origine de la crise et la responsable de ce miracle de la paix retrouvée. Elle devient sacrée c'est-à-dire porteuse du pouvoir prodigieux de déchaîner la crise comme de ramener la paix. C’est la genèse du religieux archaïque que René Girard vient de découvrir, du sacrifice rituel comme répétition de l’événement originaire, du mythe comme récit de cet évènement, des interdits qui sont l’interdiction d’accès à tous les objets à l’origine des rivalités qui ont dégénéré dans cette crise absolument traumatisante. Cette élaboration religieuse se fait progressivement au long de la répétition des crises mimétiques dont la résolution n’apporte la paix que de façon temporaire. L’élaboration des rites et des interdits constitue une sorte de savoir empirique sur la violence.<br /> Si les explorateurs et ethnologues n’ont pu être les témoins de semblables faits qui remontent à la nuit des temps, les preuves indirectes abondent, comme l’universalité du sacrifice rituel dans toutes les communautés humaines et les innombrables mythes qui ont été recueillis chez les peuples les plus divers. Si la théorie est vraie, alors on trouvera dans le mythe des caractères récurrents : on y verra une victime-dieu, qui est coupable, qui porte des traits préférentiels de sélection victimaire (par exemple une infirmité), qui est à l’origine de l’engendrement de l’ordre qui régit le groupe. Et René Girard trouve ces éléments dans les nombreux mythes, à commencer par celui d’Œdipe, qu’il analyse dans ce livre et dans des livres postérieurs.http://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Girard
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E
Je suis entièrement d'accord avec Martin Buber : se sacrifier, c'est se mettre en situation de réciprocité active.
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E
Ce matin en lisant Je et Tu de Martin Buber, sans relation avec ton blog,  je suis tombé sur cette phrase qui ne te surprendra pas:<br /> "En quoi la prière et le sacrifice différent ils de la magie? La magie prétend agir en dehors de toute relation, elle pratique ses artifices dans le vide; mais l'homme qui prie ou qui sacrifie se place "devant la Face" et accomplit pleinement le sens du mot sacré, du Je-Tu qui signifie la  réciprocité active"
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E
Les plus grands textes et le conte chinois lui-même sont plus précis et disent que le sacrifice au sens le plus fort du terme consite à faire la place de l'autre et de l'Autre. C'est en tout cas le sens du sacrifice d'Abraham, qui abandonne l'idée de victime sacrificielle et et où le père renonce à sa toute-puissance  pour offrir sa place à Isaac et lui permettre d'être père à son tour. C'est également le cas dans le buisson ardent où Yahvé se sacrifie sans rien perdre de lui-même pour faire une place sacrée à l'homme.
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E
Nous avons bien lu et apprécié les textes sur le sacrifice.Je te propose ce petit commentaire dont tu feras ce que tu voudras.<br /> Le conte chinois est beau et les précisions d'Yvon Montigné sur le sacrifice intéressantes. Pour ajouter un commentaire, je dirais que se sacrifier c'est perdre ou donner quelque chose pour des valeurs sacrées, autrement dit pour plus  d'humanité. Il y a les petits sacrifices,  et les grands sacrifices pouvant aller jusqu'à la mort.<br />  
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Y
Bien reçu; autant pour moi. Avec mes excuses; j'aurai du vérifier. A  bientôt,  Yvon
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E
Yvon, j'avais rendu les armes un peu rapidement à propos du sacrifice. Je suis retourné voir le conte que j'ai utilisé et j'ai constaté que le mot sacrifice était bel et bien utilisé au moins, à deux reprises :"Tu ne peux poser au Dieu qu'un nombre impair de questions.Tu as quatre questions. Il te faut sacrifier l'une d'entre elles."L'épreuve est difficile.La nuit entière est nécessaire pour réfléchir. Au petit matin, la décision est prise.Le jeune Chinois sacrifiera sa propre question."C'est vrai que là n'est pas l'essentiel bien que dans les mythes et les contes les mots peuvent avoir leur importance. Une simple manière de relancer le débat...
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E
Le conte fait apparaître une structure :1. La loi de la vie est le partage et non la recherche de ses intérêts privés2. Pour pouvoir partager il faut accepter de faire une place à l'autre : c'est cela le sacrificeDans la réalité 1. La loi de la vie, qui serait loi du partage, n'est pas respectée : c'est la recherche de l'intérêt privé qui est la loi concrète, loi du chacun pour soi au dépens de l'intérêt général et de l'intérêt du sujet (le sujet étant à la jonction de l'individu et du social)2. La place de l'autre n'est pas faite, ce qui veut dire que le sacrifice nécessaire n'est pas acceptéSans doute est-ce trop rester dans l'abstrait pour un économiste ?
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H
Réponse à la question : Comment ce conte peut-il éclairer la situation économique actuelle ?Etienne, je ne vois pas en quel sens. Les victimes sacrificielles ne sont pas encore clairement désignées : dans la profession bancaire, dans le mouvement général de la production et de la consommation, dans les pays émergents, chez les pauvres et dans les classes moyennes. Mais c'est vrai, quelle est la question ?
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E
J'ai beaucoup de plaisir à lire ton texte et je m'y retrouve bien. Sans doute vas-tu beaucoup plus loin que moi dans le sens d'une altérité forte et d'une soumission à l'imprévisible. Personnellement, je laisserais plus de place à la raison, au raisonnable comme tu dis, parce qu'ils sont aussi porteurs de la Loi, qu'il faut bien accepter avant de les dépasser. Il me semble que ton allergie au langage sacrificiel tient au fait que ta conception du sacrifice n'est pas celle des grands textes, comme le Buisson ardent et le sacrifice d'Abraham. Dans ces deux textes, c'est la séparation de l'autre pour qu'il puisse exister en tant qu'autre imprévisible, qui constitue le sacrifice. Aussi lorsque tu parles de ton comportement avec tes enfants, tu n'es pas dans le sacrificiel édulcoré, mais tu es tout à fait dans le sacrifice, au sens où tu ouvres l'espace de l'autre. En tout cas pour moi...C'est vrai que le mot sacrifice n'est pas dans le conte chinois, mais la notion, telle que je l'ai envisagée y est complètement. Par ailleurs, pour moi, la fin heureuse des contes n'est pas gênante. Nous ne sommes pas dans l'historique mais dans les structures fondamentales. J'aime bien personnellement que le recouvrement de la vue par la mère me fasse comprebdre que l'orientation dans le sens du partage est porteur de lumière, ce que je pense profondément. Bien plus la mort des propriétaires terriens ne me gêne pas, au contraire : elle veut simplement signifier que si je ne veux pas faire de place à l'autre, je me mets en dehors de la condition humaine. Je tique un peu sur ce que tu dis : "Accepter l'aventure sans GPS, cette certitude de l'incertitude, me paraît le seul réalisme et le seul raisonnable." Pour moi, nous sommes toujours entre l'incertitude et la certitude, entre l'incognito et le raisonnable, entre le même et l'autre... Nous avons besoin du paradoxe pour vivre en tant que sujet humain. Dans le système économique actuel, rester dans l'incertitude, c'est laisser le pouvoir à tous les intérêt privés. Il faut bien de la régulation et donc de la raison pour maîtriser l'avenir. Toute la science, à la limite, est faite pour nous permettre de sortir de l'incertitude tout en nous ouvrant au mystère, à ce que je ne peux pas comprendre. Tout ce que tu dis à la fin sur le rapport à l'autre me paraît très beau : "les biens que nous partageons sont le terrain de la rencontre." Je n'abandonne pas cependant le sacrifice pour ne garder que le partage. Pour moi, il ne peut y avoir de partage si je ne fais pas de place à l'autre (ce qu'est, pour moi, le sacrifice). Il reste beaucoup à discuter...
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Y
Etienne a raison de dire que sur le fond nous nous rejoignons assez.  Je voudrai revenir sur ce que j’appellerai le cheminement vers  l’autre, la vie en général et aussi la mort. Ma perception à ce sujet  m’amène à une certaine allergie en ce qui concerne le vocabulaire  sacrificiel.<br /> Tu peux faire sauter ce paragraphe trop personnel ; c’est plutôt pour  toi :  je pense ne m’être jamais sacrifié, même pour mes enfants. J’ai  plutôt essayé de leur donner un environnement chargé de sens  ou ils  puissent,  - en leur étant présent et en les « entourant » - dans un  climat de liberté, même petits, éprouver plusieurs  options et faire  leur propre choix de valeurs,  de priorités et de bonheur, ce qui  certes ne les a pas toujours mis dans une situation confortable dans  l’environnement général, et a développé leur sens critique au risque  de s’attirer des forts désagréments, entre autre à l’école. En  divorçant, je les ai certes quelque peu abandonnés et ils en ont  souffert. Mais j’espère, même en faisant ce choix, les y avoir  impliqués. Par ailleurs, comme tout un chacun, j’ai eu des hauts et  des bas, vécu des situations économiques fort éloignées du confort et  de la sécurité, fait par choix des boulots passablement pénibles, mais  je n’ai jamais eu l’impression de sacrifier quoique ce soit, même si  mon milieu de bourgeois aisés devait me conduire à une situation plus  « glorieuse ». Je ne regrette rien, et souvent je me suis « éclaté ».<br /> D’ailleurs le terme de sacrifice ne paraît pas dans le texte même du  conte chinois, et il me semble qu’on peut le lire et le comprendre  sans introduire cette notion. A propos de contes et des mythes,  j’ajouterai que je préférerai qu’ils se terminent avant l’épilogue,  dont la finalité pédagogique implique une fin heureuse. Fin heureuse  que rien ne nous garantit, à nous qui sommes encore sur le chemin. Le  théâtre et le cinéma osent cette nécessaire incertitude et nous  interrogent davantage, du moins je le pense.<br /> Cheminant dans la vie et allant à la rencontre de l’autre, nous  emmagasinons de l’expérience et faisons marcher notre petite tête.  Nous avons besoin d’espérance, parfois de consolation, de repères  aussi ; il nous faut rester dans le réel et le raisonnable, faute de  quoi l’amère désillusion nous attend. Accepter l’aventure sans GPS, cette certitude de l’incertitude, me parait le seul réalisme et le  seul raisonnable.<br /> L’autre, même un vieil ami, reste toujours la terra incognito. Je me  tiens devant lui sans détourner la tête et sans baisser les yeux, et  si je viens à lui, c’est tout entier, avec mes questions, mes acquis  et mes biens, mes acquis si peu à moi et dont pourtant je porte la  responsabilité de les amener là, dans une attitude de disponibilité,  d’écoute, d’attente et peut-être d’émerveillement : l’aventure.  Certains diront que c’est le moment du sacrifice. Je préfère parler de  partage. Si moi et l’autre nous restons séparés, et il le faut, les  biens que nous partageons sont le terrain de la rencontre, comme dans  l’épisode du buisson ardent.  Je ne vois de sacrifice que si je me  considère bien abusivement comme propriétaire. On ne sacrifie que ce  qu’on « a ».  Le raisonnable, le seul, me paraît dans cette attitude. Même si  l’issue ne nous en est jamais donnée d’avance, à l’inverse des contes.  Bien sûr  toujours rester « raisonnable », toujours neuf pour la  rencontre, ce serait la sainteté ! A l’inverse, le déraisonnable,  l’absurde, c’est l’ignorance ou le refus de l’aventure,  l’accaparement, le sécuritaire, le toujours plus, l’absurde chaos de  la finance ou de la guerre, ou la médiocre aventure, avec GPS, pas  raisonnable..<br />   Certes il n’est pas toujours facile d’aller ainsi. Parfois, on croit  regarder droit devant, mais c’est dans le rétroviseur qu’on regarde.  On croit avancer, et c’est dans le garage qu’on arrive ; dans le  garage, ou dans sa coquille, ses certitudes et se sécurités, l’alarme  branchée et les portes fermées. L’eau du fleuve ne repasse jamais dans le même lit. Au soir d’une  journée, nous endormons-nous dans le même « lit » que la veille. Si ce  n’est pas une journée perdue, elle aura sans doute manqué de  rencontre, de découverte, d’aventure.<br />  
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E
Tu m'excuseras Yvon : tes commentaires anticipés étaient restés dans l'oubli. Je les présente ici ensemble, ce qui ne leur enlève rien puisqu'ils sont très liés. Et je suis heureux de les relire car je vois qu'il y a une réelle convergence de vue, en tout cas, lorsque tu parles du Christ, qui a ouvert l'Aventure de l'Autre. C'est pour moi, en tout cas dans l'analyse que j'ai faite du conte et dans l'analyse du Buisson ardent et du sacrifice d'Abraham (et non d'Isaac), la définition la plus aboutie du sacrifice. Dans le développement que j'ai fait, j'ai indiqué que le sacrifice nécessaire pour le partage consistait à faire la place de l'autre (ou de l'Autre). Toi tu essaies d'inscrire cela dans l'existentiel, dans l'événement. Peu importe les mots, puisque la réalité sous-jacente est la même. La reprise de Derrida illustre bien le fond de ta pensée. Pour aller dans mon sens, je dirais que le sacrifice est essentiel parce qu'il valide la structure générale de l'expérience, qui s'ouvre à l'irruption de l'Autre. C'est pourquoi je ne suis pas d'accord avec René Girard. Mais sans doute faudrait-il que je le relise.
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Y
Merci pour tes propositions. C'est par paresse que je n'ai pas corrigé  mes sous titre qui correspondaient à une première mouture beaucoup  trop longue. En fait la partie sur le sacrifice ne devait être qu'une  première partie, la deuxième concernant  les contes et les mythes.  <br /> J'ai beaucoup réduit la première partie (en particulier la section  concernant la mort du Christ). Mais je n'ai pas trouvé le moyen de  réduire davantage, parce qu'il me semblait nécessaire de développer un  argumentaire un peu exhaustif, pour ne pas avoir l'air trop  péremptoire tout en étant disons catégorique. J'ai supprimé toute une  réflexion sur le symbolisme appliqué au sacrificiel. Du coup, ça fait  un peu scolaire ou mathématique, CQFD, comme on dit ( Ce Qu'il Fallait  Démontrer). Concernant le texte de René Girard, que je trouve assez agaçant et peu  convaincant à force de vouloir tout prouver comme conforme à la  révélation qu'il entend apporter, je suis assez proche de ses  conclusions, mais pas de son argumentation. En fait je voulais dire  qu'il faut d'abord rester sur l'événement, qui n'est certes jamais un  avènement brut et qui n'existe jamais que comme "vu"; Et qu'il fallait  bien lire la relecture à posteriori comme telle. Enfin quelque chose  comme ça. Je me suis rendu compte  qu'en banalisant la mort du Christ  en l'alignant sur d'autres, ça posait un problème. J'ai commencé à  réfléchir là dessus, mais je n' ai pas complètement abouti. Je pense  <br /> d'ailleurs que tu serais assez d'accord avec les réflexions que  j'aurai engagé sur ce thème, et qui ne sont pas très éloignées  d'ailleurs des conclusions de Girard, mais pour d'autres raisons que  lui. Je ne pense pas que l'on puisse dire que le Christ est sauveur  parce qu'il serait d'accord avec Girard, mais parce que lui, le Fils  de Dieu a ouvert l'aventure de l'Autre, de la mort et de la vie en  acceptant la mort comme le passage à la vie. Cela m'aurait amené à un  trop long développement, et trop théologique sur la nature du  Christ,les liens entre mort et résurrection, et les liens entre la  Cène et ces deux autres événements. Je pense que les textes concernant  la Cène sont déjà très (trop) théologiques et peuvent conduire à  donner trop d'importance à ce que j'appellerai la relecture. En plus  <br /> je devais faire attention à ne pas retomber dans le piège du GPS.<br /> Donc pour faire bref, je n'avais plus de place pour la deuxième partie  qui devient aussi abrupte qu'un couperet. Je ne voulais pas non plus  ressortir mes dadas et essayer de m'exprimer sans y faire référence,  petit challenge que je me suis donné. Une dernière chose; il y a juste le titre que je n'arrive pas à  décider. Je voulais qu'il reste accrocheur sans tout dévoiler, mais  c'est vrai que l'importance donné en longueur au sacrifice... Je  voulais dire l'aventure de l'Autre, mais sans utiliser ce mot. Je  préférerai quelque chose comme"L'aventure sans GPS et la question du  sacrifice", sans préciser s'il s'agit de l'aventure de l'autre ou de  l'aventure de la vie.<br />  <br /> En cherchant des renseignements pour ton ami (voir copie), je suis  tombé sur ce texte que je t'envoie sans que je puisse ajouter un mot à  l'envoi, d'où ce nouveau courrier. C'est pour le dernier paragraphe et  spécialement ce passage: " Pour Derrida pas plus que pour Levinas, la venue de l'autre  n'interrompt pas mon être dans le monde..." "L'ouverture à l'avenir ou à la venue de l'autre comme avènement de la  justice, mais sans horizon d'attente et sans préfiguration  prophétique". " la venue de l'autre comme un évènement singulier que  nul ne peut anticiper, qui n'anticipe rien, qui interrompt l'histoire  sous la forme d'une décision de l'autre, comme une structure générale  de l'expérience". Ces textes vont tout à fait dans le sens que je voulais donner à mon  texte sur le GPS pour le blog.<br />  <br />  <br />  
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E
Merci Hugues. Il me semble que ce conte pourrait éclairer notre situation économique... Qu'en penses-tu ?
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H
Salut Etienne ! Ton conte du jeune chinois est superbe.<br />  
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E
Merci Jean-Claude de prendre du temps pour réagir au blog alors que tu es très occupé. On peut dire, comme tu le soulignes, que le sacrifice souligne qu'on ne doit pas être plein de soi. Personnellement, je préfère insister comme le conte lui-même, sur le fait de faire sa place à l'autre. Le mythe du sacrifice d'Abraham va dans le même sens, puisque nous passons de l'ancien type de sacrifice, où il fallait une victime, à un sacrifice où il n'y a en a plus : le sacrifice où il n'y en a pas consiste alors à faire sa place à Isaac, pour qu'il puisse devenir père à son tour. Dans le Buisson ardent, l'image est plus forte, puisque, comme le buisson, Dieu se sacrifie sans rien perdre de lui-même. Il fait sa place à Moïse dans l'espace qui les sépare l'un et l'autre. Et cet espace est sacré, ce qui nous rapproche du mot sacrifice. Personnellement, je pense que l'orientation vers la souffrance est une déviation, même si faire sa place à l'autre peut être douloureux. Ce ne peut être la douleur qui donne son sens au sacrifice. Le conte chinois a le mérite de nous ramener à des choses simples et essentielles. Yvon, de son côté, a raison de se situer dans l'histoire et de dénoncer les excentricités auxquelles la notion de sacrifice a donné lieu Le blog est aussi fait pour que chacun se libère de fausses interprétations dont il a pu souffrir concrètement et dont beaucoup d'autres ont souffert. 
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J
J'ai lu avec un grand bonheur ton conte sur le sacrifice. La question reste cependant : le sacrifice est-il simplement ne pas être plein de soi (c'est ce que j'appellerai moi l'ascèse) ou quelque chose de plus du type souffrance. Avec comme corollaire: faut-il souffrir pour être heureux ? Le texte d'Yvon reprend un peu cela.Merci de tes textes qui nous permettent toujours de discuter.
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E
Olivier, merci de ta nouvelle intervention. J'ai bien compris l'attente pour impression. Je viens de changer d'antivirus : il me jouait des tours en annonçant mes e-mails comme e-mails douteux, etc, ou signalait des spams dans mes messages au lieu de les éliminer. Pour l'adresse du blog, tu fais bien d'attirer mon attention. La bonne adresse est celle-ci :http://mythesfondateurs.over-blog.com/article-22895657-6.html#anchorCommentEn ce qui concerne les religions, comme la langue d'Esope, elles peuvent être la pire et la meilleure des choses. A chacun de juger et de faire son tri. Les moines tibétains et les moines birmans sont aujourd'hui les fers de lance de la résistance à l'oppression... Mais c'est vrai il y a eu l'inquisition et bien des collusions avec le pouvoir...
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O
Etienne : les 1ers liens, sous WP, sont mis en attente lorsque l’on utilise Akismet pour se protéger. Vous n’étiez pas en modération, mais en spam ; je ne sais pas pourquoi … L’erreur est toujours présente sur votre blog où le lien clicable du billet est “Variations sur le sacrififice” sous la date et au-dessus de l’image. Ce titre est peut-être celui que vous aviez donné à la création et qui, dans l’url (adresse) est devenue un numéro (article 22895657). Okay : c’est ça et, si on peut changer ça sous Wordpress, je ne sais si vous pouvez le faire sous OverBlog ; il faut re-éditer l’article pour corriger … Au sujet d’adresse : vous ne donnez pas la bonne dans votre signature de commentaire et l’on arrive chez OverBlog qui n’a aucun intérêt pour les autres visiteurs [okay, vu, ce n'était qu'un double coller ...]; je vais devoir corriger … Pour le fond et la fin de votre commentaire : évidement, tout ce qu’invente l’être humain nous en dit long sur lui : la bombe, le portable, les fichiers politiques, les dieux, la poule au pot, le fric, j’en passe. Ce qui importe, c’est l’usage, l’utilisation qu’il en fait et, en ce domaine, trop de religions sont aussi polluantes qu’Hiroshima …
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E
J'ai lu le texte de l'intervention de Benoit XVI aux Bernardins. Je suis frappé par la qualité intellectuelle de son intervention et je suis intéressé par la référence qu'il fait au monachisme pour mettre en relief une des racines de notre culture. Comme toi, je suis d'accord sur ce qu'il dit de la parole et de l'interprétation. Mais je me sens un peu enfermé dans le religieux et dans l'univers ecclésial, comme s'ils pouvaient être pensés sans leur extériorité : le non religieux, la non foi, les autres courants spirituels. Je n'oublie pas que si Dieu établit une alliance avec l'homme, il le fait en se retirant, en lui laissant la place. C'est ce retirement, cette coupure nécessaire du cordon ombilical avec Dieu que je ne perçois pas bien. L'homme devient adulte lorsqu'il coupe le cordon ombilical avec sa mère et avec son père. Même si je suis croyant, j'ai besoin de couper le lien infantile avec Dieu et avec la mère Eglise, pour respirer l'air de l'extérieur. Il m'est impossible de penser l'intérieur sans l'extérieur sinon je risque d'être enfermé dans une forme de chrétienté dont je ne veux pas. Je dirais même que le Christ est mort parce qu'il a voulu ouvrir le religieux vers l'extérieur. En ce qui concerne le conte chinois, il est bien évident que la réalité actuelle ne confirme pas ce qu'il veut nous signifier. Mais c'est bien précisément là qu'il y a un enseignement : nous sommes en dehors d'une des lois essentielles de la vie qui est la loi du partage. Et pour qu'il y ait partage, il ne faut surtout pas écarter le sacrifice, parce que, de mon point de vue, c'est lui qui permet de faire la place à l'autre, précisément dans l'espace de la séparation. C'est en me séparant, en acceptant que l'autre soit autre et ne soit pas moi que je lui fais sa place. Bien sûr, je parle du sacrifice au sens fort du terme, celui qui apparaît, en ce qui concerne la sphère religieuse, dans les grands textes du Buisson ardent et du sacrifice d'Abraham : en tout cas, dans le sens que lui donne le conte chinois. Chen sacrifie sa question pour faire une place aux autres questions...
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J
UN mot tout d'abord en référence à ton précédent blog relatif à l'écriture et à la réécriture que tu en as faite:"A la lecture du discours du Pape aux BERNARDINS, j'ai été agréablement surpris par la teneur de son enseignement sur la PAROLE (LOGOS) : jen ai retenu que la recherche de DIEU est celle du LOGOS à travers les activités humaines, essentiellement les textes (écritures) et les oeuvres culturelles successives de l'humanité et que le LOGOS résulte de leur interprétation."Quant à toi, que penses-tu, s.v.p., de cette prestation papale?Pour ce qui concerne l'actuel blog, j'apprécie,bien sûr, la qualité du conte  mais, comme le souligne Y. Montigné, la portée pédagogique de sa conclusion n'est pas systématiquement confirmée par les réalités de la vie, bien au contraire. Il n'en reste pas moins cependant qu'il est porteur de plusieurs enseignements, à savoir :- le manque pose question et suscite de ce fait le désir d'en connaître la réponse,- le manque et le désir sont des constituants de la vie humaine,- l'homme est souvent appelé à faire le choix entre  le partage et l'appropriation.
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E
Si vous êtes avec René Girard, vous êtes en de bonnes mains. Personnellement j'ai beaucoup aimé La violence et le sacré. Mais je reste un peu rétif à Des choses cachées depuis la fondation du monde. Je ne suis pas d'accord avec son rejet du sacrifice, comme si le Christ l'avait dépassé. Pour moi, c'est une structure indépassable chez l'homme, nécessaire pour introduire la place de l'autre, comme le signifie le grand mythe du Sacrifice d'Abraham. Mais si vous êtes dans l'optique de Girard vous pouvez avoir une oreille attentive avec Yvon Montigné. Bonnes vacances !
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D
Merci de votre message. Je ne peux guère approfondir car je m'absente de nouveau pour 3 semaines. Mais je vous remercie de me faire participer et donc d'espérer que je pourrai le faire mieux un jour.  Ce conte va continuer à nourrir mes recherches intérieures ; je suis en train de lire de René Girard, les origines de la culture, livre qui me dépasse un peu mais qui s'appuie sur des notions qui pour moi semblent très solides. J'ai beaucoup aimé votre dialogue à 2 voix que j'ai lu beaucoup trop rapidement. Amitiés Dominique Dupuy-Roudel
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E
J'avais bien compris mais j'ai voulu élargir le champ de la réflexion.
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A
Pour moi , il n'y avait pas de rapport entre le partage et la philosophie des contes : j'avais seulement envie de parler de cet amérindien ( très connu ds le monde de la psychiatrie)à bientôt.
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E
Olivier, merci d'avoir signalé cet article sur ton blog des blogs. Merci aussi d'avoir exprimé ton avis. Très souvent j'essaie de dégager les notions philosophiques de la gangue qu'elles ont accumulée au cours des siècles en prenant des textes mythiques ou des contes très anciens. Dans le conte chinois, par exemple, la notion de sacrifice est simple et non idéologique : il n'est pas question de mérite mais simplement de structure fondamentale de l'homme. Je ne peux pas vivre sans manque parce que le manque est le moteur du désir. Je ne peux pas vivre non plus sans le sacrifice, qui inscrit la place de l'autre dans le manque. Et cette place de l'autre est une condition nécessaire du partage, qui, d'après le conte et selon la réalité, devrait être le moteur de la vie. Par ailleurs, je ne pense pas qu'il faille trop se tenir à distance du religieux. Il a aussi quelque chose à nous dire sur l'être humain, car, dans sa formulation, il est une création de l'homme.
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O
Philosophie : Variations sur le sacrifice, il s’agit d’une réflexion sur le sacrifice, sujet peut-être rébarbatif parce qu’il a été trop accaparé par les religions mais sujet très important parce qu’il est lié au manque et au désir ; en effet, mais je désigne cet article en en prenant le côté philosophique et non religieux en étant conscient que, culturellement, la première s’appuie souvent sur le second. Cet article, d’ailleurs, regarde aussi un aspect politique de cette notion tout de même bien barbare à mes yeux car participant de la notion de mérite que j’excecre avec son côte se battre pour vivre et, trop souvent, pour survivre. http://www.blogoliviersc.org/
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E
A bientôt !
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I
Sujet difficile, j'yreviendrai plus tard.
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O
Dans le titre que l'on peut cliquer : sacrififice ...
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  • : le blog mythesfondateurs par : Etienne
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  • : Mythes, articles à partir des mythes, réactions sur le site Mythes fondateurs http://mythesfondateurs.over-blog.com/ Le mythe et le conte sont la parole dans sa première gestation. C'est pourquoi, si la parole est malade, comme le dit Vittorio Gasman, il devient urgent de revenir à ses fondements qui sont encore à notre disposition, à travers les mythes et les contes. Lorsque la parole ne fonctionne pas, c'est la violence qui gagne. Les mythes et les contes, par l'apprentissage du processus symbolique qu'ils proposent, sont là pour nous aider à faire sortir la parole de la violence. C'est de la naissance de l'homme lui-même dont il s'agit.
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