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17 septembre 2008 3 17 /09 /septembre /2008 16:39

 
Partage de Yalta par Cabu
http://ecolesdifferentes.free.fr/CANARDYALTA230805.htm

Variations sur le sacrifice


Le mot « sacrifice » évoque des représentations diverses et sans doute aussi des sens différents. Certains mythes lui donnent une place majeure dans la construction de l’homme. Mais, avec le temps, il s’est tellement chargé de souffrances qu’il a suscité le rejet au nom d’une saine conception de l’être humain. Etienne Duval et Yvon Montigné reflètent ces variations sans pour autant être en désaccord sur le fond. Il appartient maintenant à chacun d’entrer dans la dialectique sous-jacente pour alimenter sa propre réflexion et celle des autres.


Le sacrifice ouvre le cœur de l’homme


Pour comprendre ce qu’est le sacrifice, nous allons suivre un jeune paysan chinois, qui s’en va en pèlerinage pour réfléchir  sur le sens de la vie humaine. Ce conte m’a été transmis, il y a de nombreuses années déjà, par un étudiant chinois.

La voie vers la vérité

Chen a une vingtaine d’années. Son père est mort à la tâche. Comme lui, il travaille un à deux hectares de terre que lui a confiés un propriétaire local. Désormais il vit seul avec sa mère. Leur vie est précaire. Porté à la réflexion, il se demande s’il faut entrer en répétition et continuer l’existence routinière de ses parents et de ses ancêtres, depuis de nombreuses générations. Pourquoi n’irait-il pas consulter le dieu de l’Ouest dont le temple est en Inde, à la frontière de la Chine ? En dépit des réticences de sa mère, il décide d’entreprendre un pèlerinage de neuf mois, juste le temps nécessaire pour une nouvelle naissance.

La voie vers la vérité implique la question

Sa décision est motivée par une question. Apparemment le monde est bien organisé : les saisons se succèdent, apportant l’eau et la chaleur nécessaires pour faire pousser les récoltes. Mais pourquoi doit-il travailler à temps complet sans pouvoir gagner sa vie ? Une des lois qui rythment la vie des humains ne doit pas être respectée. Il veut savoir ce qu’il en est exactement. Il posera sa question au dieu de l’Ouest et déjà son esprit qui s’ouvre se met au travail au cours de ses longues marches de la journée et même pendant la nuit lorsque le sommeil s’échappe.

La question fait naître d’autres questions

Chen marche depuis quarante-cinq jours. Maintenant, la fatigue lui impose un temps de repos. Une femme lui ouvre sa maison pour qu’il puisse refaire ses forces. Elle a une fille qui disparaît dès que l’étranger lui sourit et cherche à engager la conversation. Après tout peu importe : Chen parlera avec la mère après le repas du soir. Ou plutôt c’est elle qui l’interroge : quel est son projet et le but de son pèlerinage ? Il s’exprime sans détour. Alors la femme prend un ton grave et le charge de porter sa propre question au dieu de l’Inde. Elle a une fille belle et intelligente, mais cette beauté aux yeux rayonnants de charme ne parle pas ; d’où vient une telle anomalie ? La mère sait depuis toujours que cette fille n’est pas née muette.

Quarante-cinq jours plus tard, Chen demande l’hospitalité à un paysan dont la demeure est belle et confortable. Mais le maître des lieux a aussi ses problèmes. Il possède un champ d’orangers : chaque année les arbres fleurissent abondamment mais les fleurs s’étiolent et jamais un fruit n’est arrivé à maturité. Il faut aussi évoquer ce problème auprès du dieu de l’Ouest.

A la fin de l’étape suivante, notre pèlerin se trouve en face d’un fleuve qui sépare la Chine et l’Inde. Déjà il se demande comment il pourra le traverser lorsqu’un dragon curieux se présente à lui : que fait-il, où va-t-il ? Une fois encore la conversation s’engage et Chen se trouve chargé d’une nouvelle question : « Pourquoi le dragon n’arrive-t-il pas à s’élever alors qu’il pratique la vertu depuis mille ans ? » En échange de son service, le dragon se baisse pour que le pèlerin monte sur son dos et il le transporte de l’autre côté du fleuve.

Le sacrifice de sa propre question pour faire place aux questions des autres

Peu de temps après la traversée du fleuve, Chen aperçoit le temple du dieu de l’Ouest. A peine arrivé,  un beau vieillard à la barbe blanche s’approche et lui demande quel est l’objet de sa visite. Le pèlerin égrène les quatre questions : la sienne et celles de ses hôtes. Le vieillard l’arrête : pour entrer dans la dynamique divine, il faut un nombre impair de questions. Il est donc nécessaire d’en sacrifier une. Hésitant, inquiet, Chen demande le temps de la nuit pour opérer le sacrifice indispensable. A trois heures du matin, la solution est trouvée : le pèlerin sacrifiera sa propre question. Au lever du jour, il confie donc au vieillard les trois questions récoltées pendant son voyage. Les réponses sont transmises dans l’heure qui suit. Il ne reste plus qu’à s’engager sur le chemin du retour pour les porter aux hôtes intéressés.

La voie de la vérité conduit au partage

Comme on va le voir, les réponses font apparaître un décalage entre la loi de la vie, qui est le partage, et la pratique des hommes qui s’enferment dans l’appropriation.

Pour pouvoir s’élever, le dragon doit enlever la perle qu’il porte sur le front comme signe de sa richesse et marque de ses privilèges. Lorsqu’il la détache, il prend son envol et entre dans le partage en confiant la perle abandonnée au jeune paysan chinois. De son côté, le propriétaire des orangers apprend que ses richesses ne peuvent prospérer parce qu’il a enfoui des sacs d’or et d’argent sous sa citerne, les enfermant dans la terre au lieu de les faire fructifier. Lorsqu’il les enlève, les orangers sont arrosés de l’eau de la vie et les arbres se chargent de fruits. Engagé dans la loi  du partage, en sortant de l’appropriation, le propriétaire confie la moitié de son or et de son argent au pèlerin bienheureux. Il en va de même pour la fille retenue par une mère possessive : elle parlera lorsqu’elle se détachera de l’enclos familial et deviendra amoureuse d’un jeune homme. Sentant aussitôt que l’étreinte se détend, la jeune fille demande quel est l’homme séduisant qui a pénétré dans la maison. Sa question vient de l’ouvrir à la parole et la parole fait naître l’amour. Un mariage est rapidement célébré et Chen repart dans son village avec une perle, des sacs d’or et d’argent, et une femme qui fera la joie de toute sa vie.

Le partage implique le manque

Le partage multiplie les richesses matérielles et spirituelles, mais il n’est possible que si j’accepte de manquer. Le plus se conjugue avec le moins et la multiplication est soumise à la division. C’est par la division de la cellule que se fait la multiplication de la vie. D’un autre point de vue, le manque apporte l’oxygène nécessaire à l’existence : il n’est pas possible d’inspirer sans expirer auparavant. Bien plus, il est impossible de partager si l’autre n’est pas là. Le rôle essentiel du manque consiste à faire sa place à l’autre pour que le partage avec lui soit possible. Ce que je n’ai pas l’autre peut me l’apporter et ce que l’autre n’a pas peut être en surabondance chez moi.

Le sacrifice pour instaurer le manque et faire vivre le désir

En dehors de toute perspective rituelle et dans la vie quotidienne de tous les jours, et notamment dans le conte chinois, le sacrifice, comme son étymologie le suggère, consiste à ouvrir chez soi et en soi l’espace sacré de l’autre. C’est en ouvrant son cœur à l’autre que l’homme accède à son humanité ; il sort ainsi de l’appropriation qui l’étouffe et le referme sur lui-même. La clé d’interprétation du conte apparaît lorsque Chen accepte de sacrifier sa question pour faire leur place aux autres et à leur propre interrogation. Elle se dévoile plus encore dans les réponses du dieu et les nouveaux comportements qu’elles entraînent.

C’est donc par l’instauration du manque que le sacrifice remet l’homme dans la loi de la vie. Ce faisant, non seulement il permet le partage mais il fait vivre le désir pour que le sujet lui-même puisse exister. Sans manque il n’est pas de désir et, sans désir, il n’est pas de sujet possible.

Le désir du partage conduit à la lumière

 Désormais le jeune homme est heureux : à travers les réponses apportées aux autres, il a découvert ce qui ne fonctionnait pas dans sa vie et dans l’existence de ses congénères. La loi du partage n’est pas respectée. Pour lui donner sa place, il faut sortir de l’appropriation et ouvrir l’espace sacré de l’autre, en acceptant le sacrifice ;  l’homme pourra ainsi entrer dans le jeu du désir, qui ne peut vivre sans le manque. Et pourtant Chen ne peut partager son bonheur avec sa mère, qui a perdu la vue, tant elle a pleuré pendant son absence. Aussi son désir de partage avec celle qui l’a porté, il y a un peu plus de vingt ans, est si intense que les yeux finissent par s’ouvrir et que la joie vient inonder l’existence de la pauvre femme.  Le jeune homme était parti en quête de vérité. Il revient maintenant porteur de lumière parce que son désir profond l’entraîne vers le partage.

Celui qui refuse le sacrifice s’écarte de la condition humaine

Au-delà de la mère, il y a aussi tous les paysans qui travaillent durement sans pouvoir gagner leur vie. Si, au moins, la loi de la vie pouvait les aider à sortir de la misère ! Malheureusement, les propriétaires, enfermés dans l’appât du gain et la conquête de nouveaux privilèges, ne veulent rien sacrifier. Refusant ainsi la loi du partage, ils s’écartent de la condition humaine. C’est pourquoi la vie finit par les abandonner, au cours des nuits suivantes.

 

Etienne Duval

  

L’aventure sans GPS et la question du sacrifice


J’’ai lu le beau conte chinois du jeune homme parti à l’aventure dans un but personnel précis et qui le réalise au travers de diverses rencontres d’une manière paradoxale. Il a de la chance.  Ce conte m’a inspiré diverses réflexions concernant les contes et les mythes. En quoi éclairent-ils nos chemins ? Quel est le sens du renoncement ? Ou celui du primat donné à l’autre ?  Faut-il faire des sacrifices dans la vie ?

Le mot sacrifice est tellement chargé de sens qu’il vaut mieux savoir de quoi on parle si on veut éviter de trop faciles amalgames.

Le sacrifice dans les religions anciennes : un acte de privation intéressé

Dans les religions anciennes (et plus rarement aujourd’hui) plusieurs éléments doivent être rassemblés pour qu’on puisse parler de sacrifice. C’est un acte rituel célébré par un sacrificateur (progressivement mandaté et appartenant à une caste spécialisée de type sacerdotal), au bénéfice d’une personne, d’un groupe social déterminé, ou de toute la société. Il consiste en une mise à part souvent par destruction (mise à mort, crémation, libation) d’un bien (être vivant ou non), répondant souvent à des critères spécifiques de qualité et chargé par sa nature ou son statut d’un sens symbolique. Ce bien fait l’objet  d’une offrande aux dieux. La mise hors d’usage est atténuée avec la notion complémentaire de repas sacré ou « communion », la part  « aliénée », réservée au dieu, n’étant qu’une partie de la victime : sang, viscère, etc. Le sacrifice a aussi un sens identitaire et représente alors une obligation sociale ou personnelle. Il comporte souvent une dimension commémorative d’un évènement historique ou mythique.

Le sacrifice peut avoir plusieurs « utilités », mais en a toujours une, correspondant à certaines conceptions du divin qu’on peut dire aujourd’hui souvent remises en cause : demande de pardon pour des fautes même rituelles ou inévitables,  prévention d’une menace ou d’un danger (guerre, épidémie), réussite d’une entreprise (guerre, récolte, construction, naissance), remerciement pour un bienfait ou un succès. On le retrouve aujourd’hui dans l’islam (sacrifice du mouton), dans les rites vaudous ou animistes, et dans les religions de l’Inde (libations).

On discute de savoir si la circoncision, largement répandue dans le monde d’aujourd’hui, est un sacrifice, son rôle symbolique étant très prépondérant sur sa part de  « retranchement ». Quand à la combustion d’encens ou de cierges, il serait quelque peu abusif de parler de sacrifice, même si on y retrouve une partie des significations du sacrifice.
Certains de ces rites nous font horreur (sacrifice humain, anthropophagie), d’autres nous posent question.

Une chose est sûre, le sacrifice religieux est un acte rituel de privation mais intéressé.

La mort du Christ échappe à la notion de sacrifice

La mort du Christ est un cas particulier qui divise les spécialistes es-sacrifice.
Au vu des seuls critères rappelés plus haut, ce n’en est pas un, aucun pour ainsi dire ne s’y retrouvant, à moins de contorsion sur le sens des mots. Il s’agit pour des pouvoirs en place de se débarrasser d’un gêneur en ordonnant sa mort à l’issu d’une mascarade de procès. L’histoire abonde en cas semblables, le plus proche concernant Mani. Les temps modernes répugnant à la mise à mort, on a plutôt recours à la mise à l’écart (emprisonnement, bannissement,  promotion, etc.) et autres formes de mise au placard. Mais certaines pseudo démocraties ont encore recours à l’assassinat plus ou moins déguisé confiés à des hommes de l’ombre à l’impunité garantie. On trouve aussi l’assassinat souvent public de héros de nobles causes, comme Martin Luther King, fomentés par des individus isolés ou représentatifs  d’une fraction plus ou moins importante de la société et donc plus ou moins absous.

Le Nouveau Testament, à part l’Epitre aux Hébreux,  présente rarement la mort du Christ comme un sacrifice, même si les commentateurs ont tendance à tirer les textes en ce sens.  Ce sont en particulier les textes relatifs à la Cène réinterprétée à la lumière  des pratiques eucharistiques des premières communautés : le sacrifice eucharistique. La discussion de ce point dépasse le cadre de ce blog pour être plus amplement  traité (voir  possible texte dans les commentaires). Elle concernerait des analyses de textes et une réflexion de type théologique sur la signification de la mort du Christ pour le salut.

Je serais plutôt de l’avis de René Girard qui parle « Des choses cachées depuis la fondation du Monde » avec des interlocuteurs qui manient, à vrai dire, un peu trop l’encensoir. Il pense que la symbolique du sacrifice nous fait passer à côté du sens de l’événement.

Sacrifices d’aujourd’hui : la perte d’un bien pour un avantage attendu

Les acceptions modernes du mot sont multiples, mais celles qui nous intéressent  comportent toutes la perte d’un bien, ou du moins son éventualité, pour un avantage attendu pour soi, les autres ou la société. La démarche est un peu semblable à celle des sacrifices anciens, mais laïcisée et mécaniste, et souvent dépourvue de symbolique.

-         Calcul purement stratégique dans le sacrifice d’un pion aux échecs ou dans le sacrifice de l’arrière garde consenti par une armée aux abois.

-         Calcul, introduisant la symbolique du bouc émissaire, dans le sacrifice d’un ministre face à la colère populaire.

-         Renonciation imposée par un gouvernant à ses concitoyens ou un chef  d‘entreprise à ses salariés pour redresser une situation économique. Le résultat est purement comptable.

-         Renonciation volontaire pour un résultat logique : renoncer au tabac.

-          Renonciation volontaire à caractère symbolique et religieux demandée aux croyants pendant le Carême ou le Ramadan. Seul ce dernier cas peut  concerner notre réflexion.

      Il est cependant des sacrifices interdits comme de brûler ses propres billets de banque,   sans doute incarnations trop proches du divin dans le nouveau culte de l’argent.

(
Se) sacrifier pour autrui

Toute une série d’expressions  du sacrifice, peut-être à partir de l’interprétation sacrificielle de la mort du Christ, impliquent un sens tout à fait nouveau, incompréhensible pour les religions anciennes, celles de se sacrifier pour autrui.

-         Se sacrifier pour ses enfants, tout sacrifier pour la science, se sacrifier pour la patrie, avoir l’esprit de sacrifice, c’est renoncer à des avantages personnels en donnant la priorité à une cause, jusque à la mise en cause de sa propre vie (héroïsme au combat). Mise en cause immédiate et chargée de symbolique dans la grève de la faim, que la cause soit personnelle, familiale ou sociale, pour un bénéfice personnel ou par solidarité.

-         Dans le cas des immolations par le feu des moines bouddhistes lors de la guerre du Vietnam, c’est la vie même qui est auto sacrifiée, dans une projection dans le temps qui dépasse la destinée personnelle, appel tragique à restaurer pour les siens un sens de la vie qui mérite d’être vécu.

Dépasser la problématique sacrificielle

Utilisé par d’autres pour caractériser le dévouement de quelqu’un, « se sacrifier a l’inconvénient d’insister sur l’origine de la démarche en la globalisant par ailleurs d’une manière parfois outrancière et sans esprit critique, en en faisant une démarche  « christique ».
Utilisé par la personne même «  se sacrifier » revient en priorité sur soi au lieu d’aller vers l’autre, dans une revendication d’altruisme, lequel n’est guère un produit de beauté ni un produit d’importation. «  Après m’être tant sacrifié pour mes enfants… » se nuance souvent de rancœur ou de revendication dévoilant l’autovalorisation, sinon la déification
. L’aventure de l’autre ne se vit pas le regard fixé sur le rétroviseur, et le GPS n’est guère plus utile en ce cas que le diseur de bonne « aventure ». La patrie n’a pas été tellement reconnaissante au maréchal Pétain qui avait pourtant fait, en prenant le pouvoir,
 le don de sa vie pour le pays ; et on la comprend.

Le don est don et suppose ouverture, accueil et partage. Il n’est pas sacrificiel, ni  même symbolique. Le sacrifice est trop intéressé, tout au long de son histoire pour être un critère éthique.

Mythes, contes, théâtre et cinéma : d’utiles bagages pour l’aventure

Dans le conte du jeune chinois en route vers sa destinée et qui la réalise en l’oubliant pour les autres, tout est bien qui finit bien. Il en est souvent ainsi des mythes et des contes, expressions d’une sagesse certes souvent paradoxale qui se veut pédagogique. Mais dans nos propres vies et dans nos aventures avec les autres, tout ne finit pas toujours aussi bien. En ce sens, le théâtre, avec sa dimension tragique, est peut-être plus proche de la vie.

 Mythes, contes et théâtre (et cinéma), dans la mesure où ils nous interrogent et dans cette mesure parfois nous enseignent. Ils sont d’utiles bagages dans l’aventure. Ils ne sauraient être de sécurisants GPS.

 

                                    

                                           Yvon Montigné

 

Télécharger le texte :   http://etienneduval.neuf.fr/textes/Variations%20sur%20le%20sacrifice.doc

Télécharger le conte :   http://mythesfondateurs.perso.cegetel.net/Textes/%C9change%20et%20partage.rtf

Elton John - Sacrifice : http://video.google.fr/videosearch?hl=fr&q=Sacrifice&um=1&ie=UTF-8&sa=N&tab=wv#hl=fr&q=Sacrifice&um=1&ie=UTF-8&sa=N&tab=wv&start=30

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Published by Duval Etienne
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commentaires

Messaoud Berrimi 06/10/2008 09:31

Messaoud, qui vit à la Réunion, me fait parvenir un conte qui entre taotalement dans le sujet que nous débattons. Il parle de lui-même.
Un saint homme tenait un jour une conversation avec Dieu. Il lui dit: «Seigneur, j'aimerais savoir comment est le paradis et comment est l'enfer ».> Dieu conduisit le saint homme vers deux portes. Il ouvrit l'une des portes et permit au saint homme de regarder à l'intérieur. Au milieu de la pièce, il y avait une immense table ronde.. Au milieu de cette table, il y avait une grosse marmite contenant un ragoût à l'arôme délicieux. Le saint homme saliva d'envie.> Les personnes assises autour de cette table étaient maigres,livides et malades. Elles avaient toutes l'air affamées. Elles tenaient des cuillères aux très longs manches, attachées à leurs bras. Toutes pouvaient atteindre le plat de ragoût et cueillir une cuillerée. Mais,comme le manche de la cuillère était plus long que leurs bras, elles ne pouvaient ramener les cuillères dans leur bouche. Le saint homme frissonna à la vue de leur misère et de leurs souffrances. Dieu dit : « Tu viens de voir l'enfer » Dieu et le saint homme se dirigèrent vers la seconde porte.
Dieu l'ouvrit. La scène que vit le saint homme était identique à la précédente. Il y avait la grande table ronde, la marmite de délicieux ragoût qui fit encore saliver le saint homme. Les personnes autour de la table étaient également équipées des cuillères aux longs manches. Cette fois, cependant, les gens étaient bien nourris, replets, souriants et se parlaient les uns aux autres en riant. Le saint homme dit à Dieu : « Je ne comprends pas ! »  «C'est simple, répondit Dieu, ça ne prend qu'une seule habileté. Ils ont appris à se nourrir les uns les autres tandis que les gloutons et les égoïstes ne pensent qu'à eux-mêmes. » Il est estimé que 93 % des gens ne transféreront pas ce courriel.
Si vous faites partie des 7 % qui le feront, transférez-le avec le titre : « 7 % » 
Je fais partie des 7 % et rappelle-toi que je partagerai toujours ma cuillère avec toi
 
 

Etienne 02/10/2008 09:13

Merci François de tes réflexions. J'aurais bien aimé te convaincre mais ce n'est pas la loi de ce blog, heureusement. Simplement, tout sacrifice n'est pas victimaire comme le prétend Girard. La preuve, c'est que le plus grand texte de l'Ancien Testament sur ce sujet, le sacrifice d'Abraham illustre précisément le passage du sacrifice victimaire au sacrifice non victimaire. Il y a aussi le très beau texte du Buisson ardent où Dieu Lui-même se sacrifie sans rien perdre de ce qu'il est pour faire une place à l'homme. Ce n'est pas moi qui ai choisi ce thème mais finalement j'ai été très content de l'avoir pris parce qu'il a permis de mettre à jour une structure anthropologique fondamentale que l'on retrouve dans les grands courants spirituels, à savoir la nécessité de faire sa place à l'autre pour partager avec lui et ouvrir l'avenir.

François Douchin 02/10/2008 09:02

Je viens de lire aussi ton très beau texte sur le sacrifice. Encore un thème qui ne me fait pas courir, mais tu serais presque convainquant, malgré le handicap de toutes les conneries catholiques sur ce thème. J'ai lu aussi Girard et suis assez d'accord avec lui. Je me souviens aussi d'une session Thomas More (sur les Psaumes ? en sémiotique) où je m'étais bagarré avec ..., grand prophète du sacrifice, version mâle méditerranéen. La psychanalyse aggravait les dégâts mais le peuple m'avait suivi ! Le comble est la "réitération" tridentine du sacrifice du Christ, on est là dans l'horreur, la magie et la manipulation. Rendons grâce à Christian Duquoc pour le bel article qu'il avait écrit dans la revue sur "l'eucharistie, sacrement de l'absence réelle"...

Etienne 01/10/2008 09:47

Je suis impressionné par la densité de la pensée de Lévinas, supportée par une vision mystique très forte. C'est vrai que je me retrouve un peu dans sa conception du sacrifice, qui est approche de celui dont on est responsable, c'est-à-dire celui dont je restitue l'altérité. Intéressante aussi pour moi l'idée du beau risque à courir comme si l'autre m'entraînait au-delà de la mort, là où esst la beauté et la gratuité.Je suis aussi impressionné par la responsabilité de l'autre mais je pense en même temps que le sacrifice implique le dessaisisement de l'autre : il s'agirait d'une responsabilité dans le dessaississement et non dans la maîtrise. L'autre, pour être lui-même, a besoin que je le laisse en dehors de mon emprise...En tout cas, à défaut d'être clair, Lévinas nous amène à penser ou à tenter de penser.

Yvon Montigné 01/10/2008 09:29

Je ne pensais pas que le terme de sacrifice faisait partie du 
vocabulaire de Levinas, qu'on ne peut cependant soupçonner de manquer  du sens de l'autre. En tapant sur Google "Levinas sacrifice", j'ai  trouvé un certain nombre de références à Levinas ou à des 
commentateurs, en particulier ? Cohen. Et des références  aux textes 
de Levinas. Je ne crois pas que le terme soit présent dans "Totalité 
et infini". Par contre, il apparaît à plusieurs reprises dans un 
ouvrage plus tardif, mais que je trouve plus ardu: "Autrement qu'être 
ou au delà de l'essence", dans un sens assez proche de celui que tu 
lui donnes. Ce sens me paraît malgré tout assez éloigné du sens 
traditionnel, mais les vocabulaires ont le droit d'évoluer. Je te 
passe quelques citations en mettant les références de chapitres car je 
n'ai que l'édition originale qu'on ne trouve plus aujourd'hui. A 
défaut de les utiliser dans le blog, je ne renonce pas au plaisir de 
les partager avec toi.
 
Les citations suivantes sont toutes de "Autrement qu'être...", 
chapitre IV / 3°, 4°, 5°, 6°.
 
4° Le Soi est Sub-jectum; il est sous le poids de l'univers - 
responsable de tout. L'unité de l'univers n'est pas ce que mon regard 
embrasse dans son unité de l'aperception; mais ce que de toutes parts  m'incombe, me regarde dans les deux sens du terme, m'accuse, est mon  affaire. Dans ce sens, l'idée qu'on me cherche dans les espaces  intersidéraux, n'est pas une fiction de la science-fiction, mais  exprime ma passivité de Soi. ( Il y a un peu plus loin dans la même  section des textes magnifiques, mais je passe)
.
5° (la communication) n'est possible que dans le sacrifice qui est 
l'approche de celui dont on est responsable. La communication avec 
autrui ne peut être transcendante que comme vie dangereuse, comme un  beau risque à courir. Ces mots prennnent leur sens fort,  quand au lieu  de désigner les défauts en certitude, ils expriment la gratuité du 
sacrifice. Dans le beau risque à courir, on n'a jamais suffisamment 
pensé au mot "beau". C'est comme antithétiques de la certitude et, en 
somme de la conscience, que ces termes prennent leur sens positif et 
ne sont pas l'expression d'un pis-aller. Le Moi de la responsabilité, c'est moi et pas un autre, moi à qui l'on  voudrait apparier une âme soeur de qui on exigerait substitution et  sacrifice. Or dire qu'Autrui doit se sacrifier aux autres, ce serait  prêcher le sacrifice humain!
 
3° Plus je suis juste - plus je suis coupable
 
6° L'approche, dans la mesure où elle est sacrifice, confère un sens à  la mort. .. En elle la vie ne se mesure plus par l'être et la mort ne 
peut plus y introduire l'absurde. Au plaisir - où s'oublie l'espace 
d'un instant la tragi-comédie et qui pourrait se définir par cet oubli 
- la mort apporte un démenti alors que malgré toute son adversité elle 
s'accorde avec le pour l'autre de l'approche. Personne n'est assez 
hypocrite pour prétendre qu'il a enlevé à la mort son dard - pas même 
les prometteurs des religions - mais nous pouvons avoir des 
responsabilités et des attachements par lesquels la mort prend un sens 
- c'est que, dès le départ, Autrui nous affecte malgré nous.
 
 
 

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