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22 juin 2008 7 22 /06 /juin /2008 14:38

Florence Aubenas


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La parole du journaliste

Par Etienne Duval, sociologue


Le journaliste est aussi un des acteurs de la parole. Sa parole me fait vivre à l’unisson des événements du monde. Nous aurons, dans un prochain blog, le point de vue d’une ancienne journaliste de Libération, qui n’est pas prête aujourd’hui à donner son point de vue comme elle croyait pouvoir le faire. Pour le moment, je voudrais simplement me situer du côté du lecteur : face à la multiplicité des propositions que favorise internet, il y a, me semble-t-il des exigences très précises que je voudrais modestement exposer ici.

 
Mon attente de lecteur de la presse écrite

 Je ne suis pas journaliste et je ne me permettrais pas de donner des leçons à des professionnels confirmés. Mais j’ai mes exigences en tant que lecteur de la presse écrite. Le développement d’internet m’a amené à lire beaucoup plus de journaux  que je ne le faisais auparavant. Il m’est facile de voir très rapidement quelles sont les nouvelles du jour. L’information abonde et j’ai besoin d’effectuer un tri dans les matériaux qui me sont proposés. C’est pourquoi, par discipline personnelle, chaque matin, je fais ma petite revue de presse, en allant d’un journal à l’autre. Chacun a ses spécialités, ses forces et ses faiblesses. Il m’est aussi possible de donner mon avis sur les blogs ; je les trouve assez souvent décevants, les intervenants ayant de la peine à sortir de l’émotion. Je voudrais donc ici dire quelle est mon attente et je m’inspirerai, pour cela, de la structure du récit dans le mythe, qui nous dévoile les différentes étapes pour atteindre la vérité.

  La mise en scène

 J’ai besoin, pour comprendre la nouvelle, de saisir très rapidement la situation dans laquelle elle fait son apparition. La plupart des journalistes se plient avec bonheur à une telle exigence. Les images, la présentation vivante des personnages construisent, pour moi, un espace visuel, qui me permet d’entrer, de plein pied, dans le déroulement des événements. J’ai besoin de voir pour comprendre et chacun rivalise avec efficacité pour construire la scène sur laquelle le prévisible et l’imprévisible vont se manifester.

 L’événement et le jeu des acteurs

 C’est alors que l’événement surgit, que les acteurs prennent position et jouent leur partition. On voit ainsi défiler coupables et victimes, héros et lâches, souvent les deux à la fois. Les témoins aussi sont là : leur parole explique, contredit, prend parti, interprète. Il faut tout l’art du journaliste pour démêler le vrai du faux. Sa qualité se mesure à sa capacité d’associer la vigueur et le pittoresque du style à la sobriété de la présentation et de la mise en ordre. D’une manière générale, les journaux semblent jouer leur crédibilité sur cette partie de leur rôle, à tel point que certains se contentent tout simplement de l’exposition des faits, laissant le lecteur se faire sa propre opinion.

Les problèmes qui se posent

 Ici donc, nous assistons à un clivage. Certains journalistes abandonnent la partie par souci apparent de neutralité. D’autres poursuivent leurs investigations. Ils creusent, interrogent les faits, déterrent les questions. En fait, c’est là que commence, pour le lecteur, le véritable travail professionnel. Le lecteur est aussi spectateur d’une « intrigue policière » et il ne peut se contenter de la platitude des faits. Il sait que les faits deviennent événements lorsqu’ils posent problème, lorsqu’ils commencent à prendre la parole pour réveiller notre curiosité.

 L’affrontement du journaliste à ses limites et le danger du scoop

 A ce niveau, l’excitation est à son comble. On déterre les problèmes et les questions comme on déterre un trésor. C’est peut-être l’affaire du siècle ! Le journaliste pressé est tenté par le scoop. Le lecteur le presse de révéler son secret. Il a soif de sensationnel. Plusieurs finissent par céder à la tentation et livrent en pâture au public une information mal ficelée et mal vérifiée, qui s’apparente à la rumeur. Mais la rumeur peut faire des ravages et le bon journaliste le sait. Lui se retient, jauge ses limites, attend patiemment, préfère la traque de la vérité aux jeux du cirque. Le lecteur averti se dit alors que personne ne peut remplacer le journaliste professionnel. Dans de nombreux cas, lui seul peut nous éviter de basculer dans la violence.

 Le retour à la complexité

En fait, la simplicité est une illusion. Il devient urgent de revenir à la complexité. Mais la complexité demande du temps pour de nouvelles investigations et un supplément de moyens que de nombreux responsables de presse ne sont pas prêts d’accorder. C’est ainsi qu’on assiste à un nouveau clivage. Les journalistes les plus pressés quittent la scène, souvent à leur « cœur » défendant. Seuls vont rester à leur poste les plus opiniâtres : ce sont des chercheurs d’or qui acceptent de prendre des risques et souvent de perdre de l’argent.

 Le jeu des apparences et de la réalité

Les apparences sont à la surface. Il faut aller jusqu’au cœur pour trouver la réalité, c’est-à-dire en ce lieu où tous les fils s’entrecroisent. En tant que lecteur, j’ai besoin que des spécialistes aillent chercher le filon d’or, qui résiste au savoir faire de l’amateur. Sinon, comme tout le monde, je céderai à l’imagination et aux fantasmes. Il y a une santé de la société comme il existe une santé des individus. Sans doute le journaliste doit-il poursuivre sa recherche jusqu’au point critique de la réalité où se cache le trésor. Il participera alors à une forme de thérapie sociale qui nous arrachera aux dérives d’un imaginaire mal orienté.

 Le problème de la vérité au risque de la vie

En définitive, la parole du journaliste pose le problème de la vérité. La vérité n’est pas un aboutissement, elle est plutôt un chemin, une exigence extrême, un entre-deux, qui permet un va et vient entre l’apparence et la réalité. Elle est la place de l’Être et plus simplement la place du sujet. J’attends que le journaliste, face aux événements de la société, m’aide à y accéder pour pouvoir cheminer vers mon propre destin tout en m’insérant dans le devenir du monde. Je sais pourtant qu’il le fait au risque de sa vie. La voie de la vérité est un lieu exposé car elle s’installe là où les forces de désordre sont en pleine action. Bien plus, elle fait peur aux régimes tyranniques qui veulent maintenir caché ce que le journaliste cherche à révéler. Il n’est pas rare alors que le mensonge engendre le meurtre. Mais, à long terme, la parole de vérité a plus de poids que la force des dictateurs et la plume qui la fait jaillir de l’écriture est une arme autrement redoutable que celle des tyrans.

 La constitution du sujet lecteur

 Pour moi, le journaliste de la presse écrite est comme un maître d’école. Il m’apprend à lire dans le grand livre du monde, à déchiffrer le sens de l’Événement. Il m’aide ainsi à me constituer comme sujet lecteur, pour devenir à mon tour passeur de vérité. Sans doute sa tâche est-elle limitée ; elle se conjugue avec celle d’autres acteurs. Mais, dans son domaine que je ne sais qu’effleurer, elle est créatrice d’humanité.

 Et vous qu’en pensez-vous ?…..

  Télécharger l'article : http://etienneduval.neuf.fr/textes/La%20parole%20du%20journaliste.rtf

 

 

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Published by Duval Etienne
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commentaires

Etienne 04/08/2008 18:13

Je suis heureux que ta nièce, journaliste professionnelle soit d'accord avec l'article mis sur internet. Comme elle je pense qu'il faut défendre la presse écrite pour introduire un peu de mise à distance et de réflexion dans l'information. En ce qui concerne l'écriture, j'ai refait un texte intitulé "Réécriture" pour éclairer et développer mes premiers propos, qui restaient un peu obscurs surtout pour ceux qui sont peu habitués aux textes symboliques.

Josiane 04/08/2008 18:08

Ma nièce -journaliste à La Provence (enfin embauchée en CDI)- est globalement d'accord avec toi / travail du journaliste de presse écrite. Il y a aujourd'hui une différence entre le scoop immédiatement mis sur internet et l'article rédigé plus calmement selon la déontologie du métier ; selon elle.

Mediapart, un nouveau journal 25/07/2008 09:30

Mediapart, un nouveau journal
Sur le web :le site de médiaPart

 

Le prix de la liberté
par Edwy Plenel
Nous avons besoin d’une nouvelle presse en France, et MediaPart est ce projet. Vous en découvrirez progressivement les contours sur ce pré-site, jusqu’à la sortie, début 2008, du site définitif. Né de la rencontre entre des professionnels du journalisme et des spécialistes du Web, il cherche à inventer une réponse aux trois crises – démocratique, économique, morale – qui minent l’information en France, sa qualité et son utilité, son honnêteté et sa liberté.
Notre présidentialisme exacerbé, qui réduit la politique de tous au pouvoir d’un seul, ruine l’esprit démocratique, corrompt l’indépendance des hommes et dévitalise l’expression de la liberté. Il impose son agenda à l’information, son omniprésence aux médias et son oligarchie financière aux entreprises de presse. Dans cette culture politique-là, un(e) journaliste est forcément un adversaire qu’il faut séduire ou réduire, vaincre dans tous les cas.
Economiquement, la presse quotidienne française est entraînée dans une spirale dépressive sans fin. C’est le règne du perdant-perdant : des déficits qui se creusent, des lecteurs qui s’en vont, des recettes publicitaires qui se réduisent et des plans sociaux qui se répètent, privant les journaux de leur capital le plus précieux – l’expérience de celles et ceux qui les font. Economie et politique vont de pair : une presse fragile est une presse faible.
Tout semble fait, aujourd’hui, dans ce pays-ci, pour démoraliser le journalisme, ses valeurs, ses idéaux, sa jeunesse en somme. Certes, les résistances ne manquent pas, au sein des rédactions, dans certains hebdomadaires ou sur les sites indépendants. Mais le rapport de forces général semble d’autant plus défavorable qu’à cette crise spécifiquement française s’ajoutent les bouleversements induits par la révolution industrielle dont Internet est le symbole. Les anciens modèles économiques volent en éclats, les vieilles cultures professionnelles sont déstabilisées et le journalisme de qualité peine à trouver ses marques dans ce tourbillon.
Face à ce triple défi, le projet MediaPart se veut l’invention d’une réponse en forme d’espoir : non seulement une presse éditorialement libre et indépendante économiquement, mais surtout une presse profondément repensée et totalement refondée. Ni sous-produit numérique de la presse papier, ni média de complément des titres existants, le rêve que nous caressons est la création d’un journal en ligne, de qualité et de référence, qui se suffise et vous suffise. Désormais soumis à vos avis, commentaires et contributions sur ce pré-site, l’avenir de ce projet est entre vos mains.
Le journalisme dont nous nous réclamons s’inscrit dans une longue tradition. Son ambition est de fournir les informations d’intérêt public qui nous sont nécessaires afin de rester libres et autonomes, maîtres et acteurs de nos destins, individuel et collectif. Sa première obligation est à l’égard de la vérité, sa première loyauté envers les citoyens, sa première discipline la vérification et son premier devoir l’indépendance. Mais il ne suffit pas de revendiquer cet héritage pour lui rester fidèle. Car notre métier ne peut plus être pratiqué d’en haut, tel un argument d’autorité qui ne souffrirait pas la discussion, ni entre nous seuls, comme une histoire pour initiés qui tiendrait à distance ses lecteurs.
Avec l’avènement du média personnel, la révolution d’Internet a fait tomber de son piédestal le journalisme qui prétendait avoir le monopole de l’opinion. S’il l’avait oublié, il lui a fallu réapprendre, parfois à ses dépens, que le jugement, le point de vue, l’analyse ou le commentaire, l’analyse et l’engagement, l’expertise et la connaissance ne sont pas sa propriété exclusive. C’est une bonne nouvelle, car le voici ainsi remis à sa juste place, celle qui fonde sa légitimité démocratique : chercher, trouver, révéler, trier, hiérarchiser, transmettre les informations, les faits et les réalités, utiles à la compréhension du monde, à la réflexion qu’elle suscite et à la discussion qu’elle appelle.
En redonnant vigueur et force à ce travail d’information, d’enquête et d’explication, de terrain et de contextualisation, le projet MediaPart propose de défendre le journalisme tout en l’invitant à se remettre en cause dans un partenariat inédit avec des lecteurs contributeurs. L’univers francophone de l’information en ligne attend encore l’invention d’un site participatif de qualité et de référence, associé à un journalisme revendiquant les mêmes principes. Grâce à Internet, dire qu’une presse vraiment libre est celle de ses lecteurs fidèles peut ne plus être un vain mot, un argument démagogique ou un cliché commercial. Mais à condition d’échapper à la masse anonyme et de sortir de la foule vengeresse pour construire un public conscient et impliqué, partageant des valeurs communes et nouant une conversation démocratique.
C’est pourquoi le projet MediaPart s’avance à contre-courant de la vulgate dominante selon laquelle il n’y aurait qu’un modèle viable sur le Net, celui de l’audience et de la gratuité. D’abord, cette pensée unique repose sur un mensonge : le gratuit ne l’est pas, non seulement parce qu’il est financé par la publicité, mais surtout parce que vous ne cessez de payer, souvent trop cher, les équipements, les abonnements, bref les tuyaux qui donnent accès à ces contenus prétendument gratuits. Ensuite, elle véhicule l’illusion que tout se vaut puisque tout serait gratuit, le meilleur comme le pire, l’information pertinente comme la rumeur infondée. Enfin, dans sa course au plus grand nombre, elle tire vers le bas l’information, l’uniformise et la banalise, la malmène et la dévalorise.
Il en va ainsi de la liberté de l’information comme de sa valeur. Adhérer au projet MediaPart, c’est payer pour les garantir. C’est d’abord acheter la promesse d’une information exigeante, sans dépendance publicitaire ni courbe d’audience. C’est ensuite acquérir le droit de participer à un média totalement inédit, d’appartenir à sa communauté de lecteurs et de contributeurs, de faire vivre soi-même l’information, la réflexion et le débat. C’est enfin construire durablement l’indépendance de cette nouvelle presse, radicalement démocratique.
Il ne s’agit donc pas seulement de résister, mais aussi d’inventer. De découvrir de nouvelles terres, d’arpenter de nouveaux continents, de fonder de nouveaux modèles pour mieux sauver les traditions et les héritages qui nous tiennent à cœur. Ainsi, durant la longue marche qui nous a menés à ce projet, nous avons souvent pensé au Combat d’Albert Camus, ce quotidien issu de la Résistance et né à la Libération quand brillait l’espoir de refonder la République par un surcroît de démocratie, de solidarité et d’humanité. « Notre désir, écrivait Camus dans Combat, le 31 août 1944, d’autant plus profond qu’il était souvent muet, était de libérer les journaux de l’argent et de leur donner un ton et une vérité qui mettent le public à la hauteur de ce qu’il y a de meilleur en lui. Nous pensions alors qu’un pays vaut souvent ce que vaut sa presse. Et s’il est vrai que les journaux sont la voix d’une nation, nous étions décidés, à notre place et pour notre faible part, à élever ce pays en élevant son langage ».
D’un siècle à l’autre et d’un média à l’autre, du papier au Web, le programme reste inchangé. Je ne sais si cette référence nous portera chance, puisque Combat fait partie de ces espérances trahies dont l’histoire de la presse est encombrée. Quand, refusant de se compromettre, Albert Camus reprit sa liberté de journaliste, il eut ce mot : « Au moins, nous n’aurons pas menti ». D’ores et déjà, au seuil de cette aventure qui devient la vôtre, nous pouvons dire qu’au moins, nous n’aurons pas renoncé. Mais, demain, quand vous aurez été nombreux à relever ce pari avec nous, à croire comme l’équipe qu’il rassemble à ce projet, à son ambition et à son réalisme, nous pourrons ajouter qu’au moins, nous ne nous sommes pas trompés.

Taraf, un nouveau journal en Turquie 16/07/2008 11:20

Taraf, un nouveau journal non-conformiste en Turquie08 juillet 2008

Taraf : le vilain petit canard


“Düsünmek taraf olmaktir”… Penser est un parti pris. La devise du journal Taraf qui après quelques mois d’existence est devenu incontournable sur les étals des marchands de journaux. 60.000 exemplaires vendus en moyenne la semaine dernière… Grâce à un ton différent (refus d’employer les qualificatifs idéologiques tels que “terroristes”, “martyrs” et compagnie), une orientation ouvertement libérale et anti-kémaliste et surtout quelques scoops bien vendus, Taraf a attiré l’attention. (Voir article du 2 juillet).http://istanbul.blog.lemonde.fr/

Jean Puel 08/07/2008 12:08

Merci de ta réponse. Elle m'éclaire l'esprit. Je la conserve.

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