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15 avril 2008 2 15 /04 /avril /2008 13:57

 

 

 Galaxie des antennes



Deux dimensions indispensables de l’intelligence, qui trouvent leur équilibre dans l’acte de connaître. Deux points de vue s’expriment ici, sans pour autant se contredire : l’un à partir des mythes, l’autre à dimension plus historique.

 

 

 Plaidoyer pour la vision

 

L’acte d’intelligence est en même temps fait d’immédiateté et de détour, de simplicité et de complexité, d’élan et de prise de distance. Parfois, il se manifeste comme une fusée qui éclaire tout l’horizon. D’autres fois, il prend son temps et s’installe dans la durée.

 Épiméthée et Prométhée et les deux dimensions de l’intelligence

 Pour nous faire comprendre la double démarche de l’intelligence, Platon, dans Protagoras, évoque le mythe d’Épiméthée et Prométhée. Ce sont, pour lui, les deux faces du même homme. Prométhée est du côté de la vision : il est impulsif et imprévisible. Son étymologie parle à sa place. Il  voit et comprend avant, plongeant à l’intérieur de lui-même pour qu’émerge l’intuition. Épiméthée s’installe délibérément dans la raison : il évoque la lenteur et le calcul. Il prend tout son temps pour connaître et ne comprend qu’après. Il tourne autour de l’objet, prend de multiples points de vue qu’il essaie d’enchaîner les uns aux autres, s’enfermant parfois dans la méthode. On aurait tort de le sous-estimer car la mise en valeur de la raison est une conquête de la philosophie. Mais le problème, comme dans le mythe, tient au fait que nos deux « personnages » fonctionnent souvent séparément l’un de l’autre, dans une sorte de schizophrénie de l’intelligence.

 Sans vision, la raison est infirme

 Les dieux n’ont fait qu’ébaucher la création. Ils ont besoin des deux fils de Titans pour la conduire jusqu’à son terme. Travaillant, à l’intérieur de la terre, ils souhaitent que les animaux et les hommes soient pourvus des qualités nécessaires pour les produire à la lumière. Plein de bonne volonté, Épiméthée souhaite en assurer seul la distribution ; il est tellement sûr de ses calculs. Prométhée viendra contrôler, une fois le travail achevé. Un peu à regret, ce dernier, perplexe, accepte les modalités du projet. Besogneux et apparemment efficace, Épiméthée commence par les animaux. Coordonnant l’ensemble, il cherche l’efficacité. Il donne aux uns la force, aux autres la vélocité, confère à certains une  grande taille ; la taille est nettement plus petite pour ceux qui volent ou vivent dans les souterrains. Son principe est l’égalité des chances en vue de  favoriser la survie. Il distribue encore des fourrures et des carapaces, des griffes ou des sabots. Beaucoup se nourriront d’herbages, de feuilles ou de fruits alors que d’autres recevront des dents très aiguisées pour découper la chair de leurs victimes… Apparemment, le travail est fait à la perfection, mais notre fils de Titan a oublié le principal. Il ne reste plus de qualités pour équiper l’homme qui est nu, déchaussé et désarmé.

 Sans raison, la vision s’égare

 Prométhée arrive et constate amèrement l’imprévoyance de son frère. C’est à lui maintenant de faire face à la situation. Visionnaire, il est aussi imaginatif. Puisque l’homme est contraint de vivre avec le manque, il va se tourner vers les dieux pour le satisfaire. Pour Épiméthée, le manque était un oubli catastrophique ; pour lui, il est un levier qui fait basculer du côté de la divinité. A deux reprises, il pénètre par effraction dans l’atelier d’Athéna et Héphaïstos pour y dérober le feu et l’art de l’utiliser, pénétré de l’intelligence d’Athéna. Progressivement, l’homme élève des autels et apprend à faire des images des dieux, construisant ainsi une chaîne symbolique qui unit le ciel et la terre et permet d’articuler sons de la voix et parties du discours pour donner naissance à la parole. Mais il faudra l’intervention d’Hermès pour accorder à l’homme le sentiment de l’honneur et du droit, lui conférant ainsi la capacité d’administrer la cité. Pourtant, manquant de la raison, illustrée par Épiméthée, Prométhée  manque aussi de mesure. La partie du mythe, qui n’est pas reprise par Platon, dit qu’Héphaïstos l’attache à un rocher, évoquant ainsi les contradictions qui le paralysent. En même temps,  sa toute-puissance, tel un aigle gigantesque venu du Caucase, lui ronge le foie, chaque nuit. Pendant de nombreuses années, il faudra qu’il apprenne à recevoir d’un autre sa propre libération.

 L’idée qui porte l’hypothèse

 Peut-être Socrate et Platon sont-ils comme Prométhée et Épiméthée, mais leur force tient au fait qu’ils n’ont jamais délié la vision de la raison. Platon a toujours voulu s’appuyer sur les étonnantes intuitions de Socrate, à tel point qu’il a donné une place éminente à l’idée, sorte de modèle idéal préexistant à tout raisonnement. Or  le terme « idée » vient d’un verbe signifiant voir. Elle permet de saisir dans une seule perception la multiplicité des points de vue et des sensations. Aujourd’hui encore, redescendant sur terre, l’idée a  retrouvé toute sa noblesse dans le domaine de la recherche. Sans idée le chercheur est stérile : c’est elle qui féconde la recherche en  donnant naissance à l’hypothèse.

 L’homme est un être qui se souvient du ciel

 Pour Platon, si l’homme a des idées c’est parce qu’il se souvient du ciel. Pour l’exprimer, il a inventé, dans Phèdre,  le mythe de l’attelage ailé. L’âme humaine  est comparée à un attelage composé d’un cocher et de deux chevaux. Le premier cheval est attiré par le ciel, le second est pressé de rejoindre la terre. En attendant, l’attelage se déplace, le cocher contemplant les réalités supérieures, surtout s’il bénéficie de la compagnie d’un dieu. Mais les forces contradictoires de l’âme finissent par l’entraîner dans une chute sur terre, qui donne naissance de l’homme ; l’âme fait alors exister un corps pour pouvoir vivre dans son nouvel univers. Or, en dépit de la lourdeur des sens, l’homme n’a pas complètement oublié son existence passée. Il est capable de se ressouvenir des réalités supérieures qu’il a jadis contemplées en face, faisant ainsi émerger de son inconscient les idées oubliées. C’est une manière symbolique d’expliquer qu’à la racine de la connaissance, il y a une lumière captée par la vision. Autrement dit, c’est la vision qui fonde la possibilité de la raison et non l’inverse.

 Le nécessaire retour au mythe pour éduquer la vision

 L’enseignement, depuis longtemps, se donne pour mission de former à la raison. C’est là sa noblesse, sans doute mise, en partie, en échec depuis une quinzaine d’années. Mais l’école a apparemment oublié quelque chose d’essentiel, à savoir l’éducation à la vision. Sans doute l’art et la poésie ne sont-ils pas absents des écoles, mais, sauf dans des spécialités bien précises, leur part reste très limitée.  Or, pour former à la vision, nous avons à notre disposition de nombreux textes symboliques et en particulier le mythe qui est au fondement de toutes nos cultures. Comme dans une semence, ensuite jetée en terre, il contient la vision fécondante du symbole. Aussi travailler à l’interprétation des symboles contenus dans le mythe peut-il être une merveilleuse éducation à la vision de la lumière des origines. Bien plus, analyser le mythe dans son ensemble est, en même temps, une formidable formation à la raison, car il nous livre les structures fondamentales qui lui permettent d’exister.

 Les accès fulgurants d’intuition créatrice chez Einstein

 L’exemple d’Einstein nous fournit un bon exemple de la vision, comme principe de fécondation de la pensée, dans sa dimension créatrice. L’illustre savant n’était pas spécialement brillant au cours de ses études trop centrées sur l’éducation à la raison. Par contre, dans son équipe de recherche, à l’université de Princeton, son intelligence fonctionnait par à coups fulgurants d’intuition créatrice. Sa vision précédait le raisonnement, sans pour autant l’éliminer. Il appartenait alors au professeur Eisenheart de parachever les formules et les équations et d’établir des liens dans le jaillissement saccadé des nouvelles découvertes.

 La vision qui porte le sens

 Dans le tableau de Nicolas Poussin sur la fuite en Égypte, un ange indique à Joseph la direction à suivre. Être de vision, tourné vers Dieu, il donne à l’homme le sens qui doit guider son action. Dès le début du voyage, dès le départ de toute recherche, la vision stimule la démarche pour atteindre l’Égypte. Faible lueur à l’origine, elle porte le sens jusqu’à le faire apparaître en pleine lumière au terme du pèlerinage de la pensée.

 Réunir Épiméthée et Prométhée mais donner la priorité à Prométhée

 Nous n’avons pas à choisir entre Épiméthée et Prométhée. Ils sont les deux faces de la même intelligence et doivent se conjuguer dans le même acte de connaître.  Mais parce qu’il donne le sens, Prométhée doit avoir la priorité. Épiméthée, voulant exercer le premier rôle, a échoué dans la distribution des qualités aux êtres vivants ; faisant une construction où tout s’emboîte, l’homme ne pouvait avoir sa place. Cette leçon garde encore sa valeur aujourd’hui. La pensée est un jeu entre vision et raison. Sans doute la vision n’est-elle que l’un des deux joueurs. Mais elle est, en même temps, le moteur qui permet au jeu d’exister. Il appartient alors à la raison de lui donner les règles, qui assureront son déroulement dans le temps.

 Etienne DUVAL

  

La raison d'aujourd’hui suffit-elle à faire de nous les sujets d'une pensée vivante ?

 De la raison à l'émotion et la passion (XVII-XVIII-XIXè siècles)

 Pendant longtemps (depuis le XVIIème siècle en France environ), il y a eu chez les philosophes une sur-valorisation du rationnel par rapport au sensible et à l’émotionnel ; de la conscience sur ce qu’on n’appelait pas encore l’inconscient ; de la volonté en lien avec la liberté. Il relevait de la morale individuelle – s’émancipant progressivement de la foi (collective ?) – de résister par l’intelligence aux préjugés de la foule. Dans ce contexte, l’irrationnel, c’est l’incompréhensible – après avoir été la signature du péché et du chaos et de l’emprise du Diable contre l’ordre divin.

 Le Romantisme (tardif en France par rapport aux pays anglo-saxons) entre dans la reconnaissance de ce qui échappe à un premier degré de rationalité : on est fasciné par le fantastique, et plus fondamentalement encore, on reconnaît à l’émotion (au XVIIIème siècle) puis au sentiment, à la passion (au XIXème) une place éminente dans la vie de l’âme et du cœur.

 La valorisation de la science et le scientisme au XIXè

 C’est pourtant au même moment que naît, croît et embellit la valorisation de la science, terrain d’élection de l’exercice rationnel de l’esprit, qui développe un savoir de plus en plus vaste et diversifié et une efficience concrète qui transforment le monde et la vie des humains.

On a pu montrer que le scientisme du XIXème siècle, pourtant mis à mal par la saignée spectaculaire de la guerre 14-18 et plus encore par les génocides organisés et le bond (saut qualitatif !) des bombes A puis H, avait encore la vie dure de nos jours.

 Aujourd’hui recherches scientifiques et innovations technologiques ne sont-elles pas trop confondues ?

 En réalité nous vivons plutôt une confusion (juteuse pour certains) … entre recherches scientifiques et innovations technologiques ; les exemples majeurs en sont sans doute l’informatique d’une part, et les techno-sciences biologiques d’autre part. La confirmation de ce jugement pourrait se trouver du côté des choix idéologiques et financiers des États qui privilégient dans l’aveuglement le court terme et la rentabilité (pour qui ?!). Ce qui n’empêche pas le prestige de la Science de venir auréoler l’Économie, ou la Sociologie, ou la Psychologie, ou la Linguistique, dont chaque esprit honnête connaît bien les liens d’intimité avec les idéologies – qui existent encore, je les ai rencontrées !

On pourrait par exemple travailler longtemps sur l’histoire de la psychanalyse : le choc épistémologique qu’elle a représenté, l’élaboration d’une méthode et d’une théorie qui prennent en compte ce qui pourtant reste et fait résistance. Est-elle actuellement digérée ? ou toujours pierre d’achoppement pour toute tentative d’assimilation conformiste ?

L’émergence de l’irrationnel, comme terrain d’élection de toutes les manipulations

 Mais l’irrationnel est devenu – ou plutôt redevenu – ou même resté – un terrain d’élection pour toutes les manipulations : sectaires, archaïques, exotiques, téléologiques… Sans aller jusqu’au pire, à travers des faits divers individuels ou collectifs, on constate depuis plusieurs années déjà que l’émotion fait florès : après avoir été ignorée, méprisée, redoutée…, elle a émergé,  elle est valorisée, pour être bien sûr immédiatement utilisée et manipulée. La mise en spectacle de la violence, du sexe, de la mort elle-même, jouant sur la fascination et l’horreur, titille et/ou amortit le désir et/ou bien la peur de vivre, livrant des compensations illusoires à des frustrations stériles. Les enfants, puis les adultes y perdent leur enfance, la protection nécessaire des garde-fous temporaires de l’éducation, et ils y perdent aussi la double expérience de leurs limites et de la force inaliénable de leur désir. Or comment vivre, pour soi et avec les autres, à moins d’être confronté à cette tension ?

 Le besoin de mobiliser nos ressources de pensée et de vie

 Dans une situation où se conjuguent ainsi 1°) une dévalorisation du savoir ouvert au profit de techniques embrigadées,  2°) un clivage mortifère du sujet (entre corps-objet, esprit happé par les technologisme et en perte de l’activité critique, émotion dégoulinante et sentiment convenu), 3°) une manipulation politique de grande envergure qui casse les solidarités, confisque l’Histoire et menace tout avenir, il est urgent de mobiliser toutes nos ressources de pensée et de vie, unies :

- reconnaître nos limites de toutes sortes

- écouter nos doutes qui n’ont rien de pathologique

- accueillir tout ce qui résiste aux modèles dominants : une matrice de l’espoir ?

- repartir à la recherche d’une connaissance plus juste parce que plus englobante et plus radicale : ici et ailleurs, maintenant et plus tard, moi et les autres, etc.…

Par exemple, faire la chasse aux présupposés idéologiques latents en économie, mais aussi  en sciences biologiques appliquées à la médecine, à l’agriculture, etc.…

 Le retour nécessaire à une formation de base rigoureuse

 Pour cela on ne peut faire mieux que de reprendre une formation de base rigoureuse, qui combine 1°) l’apprentissage des connaissances indiscutablement acquises dans les principaux domaines et 2°)  celui d’une méthode scientifique à connaître, pratiquer, critiquer sans relâche. Parallèlement, il faut très tôt apprendre à reconnaître, accueillir et prendre en compte ce qui n’est pas expliqué par nos moyens actuels,

par exemple les travaux de chercheurs marginaux : méprisés, moqués, parfois persécutés comme en médecine parallèle, …. avant d’être pillés et exploités par les circuits officiels, au profit du privé de préférence.

 Pour une pensée ouverte et vivante, dans la rigueur indispensable

 Une pensée vivante, active, ouverte et rigoureuse peut mettre en œuvre toutes les ressources d’une méthode vraiment scientifique, c’est-à-dire qui se connaît et s’applique dans le respect de son objet et les limites de son champ d’investigation, appelé lui-même à s’étendre et de complexifier.

Rien de théoriquement neuf, à l’évidence, mais beaucoup de travail, à contre-courant d’une pratique actuelle à la fois desséchante et molle… entre culte du binaire et complaisance aux illusions. Il y va quand même de l’avenir ! Comment favoriser l'émergence de sujets pensant et vivant leurs vies ensemble, dans leur temps, sur notre planète, en partage avec nos suivants... ?

 Marie-Louise FLECKINGER-JAFFRÈS,

Ancienne élève de l’École Normale Supérieure, Agrégée de lettres

 axies des antennes

  Télécharger : http://etienneduval.neuf.fr/textes/Vision%20et%20raison.rtf


Photo de Hubble surnommée "Oeil de Dieu"

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commentaires

C
chère Nada,Avec le printemps qui approche, la neige devient lourde pour le ski de randonnée et aujourd'hui il y a du monde sur les routes, alors je viens de lire le début de ton "mémoire" qui m'intéresse fort parce que c'est ton regard du "point de vue" marocain, notamment avec cette incidence du "non-figuratif" et parce qu'il y a cette question à travers l'art du rapport du "voir" avec "la pensée", j'ajouterai et avec "le coeur". En effet, comme je te l'écrivais le 15 janvier avec ce beau texte d'Attâr "Le langage des oiseaux", la conscience imaginative qui opère dans l'art est un langage intérieur "orienté" vers la réalisation spirituelle personnelle, leçon de sagesse que "l'Occident" pourrait réapprendre de "l'Orient", non pas en rejetant toute représentation figurative mais en s'interrogeant tout de même sur cette exigence du Coran; pour ma part je pense que c'est une invitation à aller du visible à ce qui est caché, le "Trésor caché" dont parle notamment le soufisme iranien du 12ème siècle:  Rûzbehân Shîrazi 1128-1209 Nostalgie du « Trésor caché » qui aspire à être connu et crée le monde, afin d’être connu et de se connaître dans les créatures. L’Etre divin éprouve de la jalousie à l’égard de soi-même ; en se révélant, en s’objectivant, il n’est plus identiquement son propre témoin, il a un témoin en dehors de lui, un autre que lui-même ; c’est le premier Voile. Il renvoie sa créature à la ontemplation d’elle-même; c’est le second Voile dont l’épreuve consiste pour le mystique à découvrir la connaissance de soi comme étant le regard même dont Dieu se contemple. Alors le voile devient miroir, car Dieu n’a jamais contemplé depuis la Création un monde autre que lui-même ; mais ceux qui atteignent à la conscience d’être les témoins par lesquels Dieu s’atteste à soi-même, ceux-là sont les yeux par lesquels Dieu regarde encore le monde." D'où l'impotance de la représentation"; elle n'est jamais neutre. Et elle n'est pas seulement à examiner sous l'angle rationnel comme tu sembles nous y inviter dans les dernières lignes de ton début de "mémoire"; car cette représentation n'est pas seulement du côté du "signifié" objectif, de ce qui est lu, vu de façon primaire ("je vois ce que je vois"), mais pour employer les termes de Jacques Lacan, cette représentation, elle est du côté du "signifiant", de ce qui est à entendre du "sujet" qui ne se laisse pas réduire à un signe, à un objet, mais qui -du fait même du langage- parle et renvoie à d'autres signifiants. Ainsi, cette histoire du mystique de Shîrazi, ce n'est pas une démarche irrationnelle, mais un itinéraire qui notamment par l'art, figuratif ou non, prend en compte la part de ce qu'il y a en lui de non-dit, de caché et qui est à contempler, à voir et par suite à "entendre" alors oui maintenant au sens d'"entendement". Quant à tes distinctions "contemporain", "modernité" et "avant-garde", c'est un bon outil conceptuel, je trouve, pour introduire la question de l'art au Maroc (qu'il ne faut pas seulement distinguer de l'art en Occident; il y a aussi l'art africain, indonésien etc...)Je t'ai fait quelques petites corrections d'orthographe (concordance des temps avec le subjonctif, un ou deux pluriels)et des mots en gras ou italique pour me faciliter ma propre lecture, que je t'adresse en pièce jointe (dis-moi si tu peux l'ouvrir) tout en gardant ton texte original.
Répondre
N
Mémoire / Fiche n° 1<br /> Aborder la question de l’art contemporain au Maroc ne saurait se faire sans un retour aux origines de l’expression artistique dans notre pays. L’histoire de l’art marocain est, faut-il le rappeler, récente. Elle ne dépasse pas un siècle d’existence, si nous tenons pour motif de datation la peinture de chevalet. L’histoire de l’art au Maroc demeure un projet en cours de construction. Il s’agit de quelque chose qui est en train de se faire et qui semble être en perpétuel devenir. Notre propos n’est pas de faire une histoire de l’art au Maroc, mais d’évoquer, dans un premier temps, ce qui fait du paysage artistique marocain un champ difficile à aborder avant d’étudier la question de l’art contemporain. <br /> L’approche du paysage artistique marocain est complexe. D’une part, elle met le chercheur face à une quasi-absence d’éléments historiques susceptibles d’éclairer sur la naissance de l’expression artistique moderne. D’autre part, il existe le problème de l’appartenance géographiques et culturelle naît suite à l’indépendance et qui entretient un conflit latent avec la possibilité que l’art serait un apport du protectorat. Par ailleurs, la présence d’une mémoire artistique « courte » ne permet pas de distinguer clairement une chronologie évolutive des genres et des changements qui ont pu s’opérer dans le champ de la production artistique marocaine. <br /> Alors qu’émerge au Maroc une forme de production artistique dite « contemporaine »,  tout ce qui s’est construit en amont de celle-ci reste imprécis. Dans la quasi-absence d’outils de médiation, d’interprétation et de compréhension de l’œuvre d’art, il est difficile de s’engager dans cette approche. Ce qui est d’autant plus complexe, c’est la création des liens entre ce qui s’est fait au début et ce qui se fait actuellement. <br /> Une question se pose d’emblée : sous quelle forme l’art est-il apparu au Maroc au début du siècle dernier ? Manifestement sous sa forme moderne si nous considérons l’œuvre de Ben Ali R’bati comme l’une des premières productions artistiques modernes au Maroc. Une autre question s’impose : qui sont nos classiques ? Nos classiques sont encore vivants pour la plupart, je pense notamment aux plasticiens de la génération des années 60 et 70 qui ont reçu des formations à l’étranger à partir des années 50 et qui ont été générateurs d’une esthétique nouvelle. Nous entendons par « classiques » les initiateurs, les modèles et les autorités reconnues comme telles jusqu’à nos jours. Dès lors, se pose le problème de la modernité dans le champ artistique marocain. Où commence-t-elle? <br /> Si nous considérons le passage de Delacroix au Maroc comme date importante dans l’histoire de l’art marocain - qui a ouvert la voie à d’autres peintres orientalistes - et l’œuvre qui s’en suit, cela revient à dire que la modernité est d’ascendance occidentale et qu’elle est apparue dans un contexte sociopolitique de contact : la colonisation. Elle apparaît d’emblée dans une conjoncture conflictuelle. Une tension qui se confirmera davantage après la décolonisation, avec l’avant-garde artistique. <br /> Cette référence historique succincte nous met face à trois notions importantes, souvent amalgamées dans le discours courant à savoir : modernité, avant-garde et contemporanéité. Nous souhaitons, dans un premiers temps, lever l’ambiguïté sur ces trois concepts en mettant en évidence ce qui les distingue. Cette distinction saura introduire une aisance dans l’approche historique de l’art contemporain parce qu’elle nous permettra d’établir un système de coordonnées conceptuelles susceptibles d’introduire une cohérence dans notre approche.<br /> La notion de modernité <br /> Dans son ouvrage Modernité Modernité, Henri Meschonic note : <br /> « La modernité est la vie. La faculté du présent. Ce qui fait des inventions du penser, du sentir, du voir, de l’entendre, l’invention de formes de vie »<br /> Il semblerait que la modernité soit quelque chose de nécessaire, de constant, de toujours présent. Par inventions, doit-on comprendre « le nouveau », « le renouveau », « l’impensable » ? Ce que nous retenons de ce fragment c’est l’idée de la continuité et de la constance de cette notion. La modernité s’y présente non pas comme une réalité ponctuelle et passagère, mais comme l’ensemble des faits et des discours qui génèrent un mode de conduite et de perception spécifique au présent. Il en découle que toutes les périodes que nous pouvons représenter de manière calendaires sont, ou, ont été modernes. La modernité serait alors ce qui fait d’une période de l’histoire un tout homogène. Elle semble n’avoir ni début ni fin. Qu’en est-il alors de la conscience historique de la modernité ? Nous entendons par conscience historique le début et la fin que lui ont accordé les historiens.<br />   Dans ce même ouvrage H. Meschonic  exclue deux aspects de la modernité : le paradigme industriel et technique et le paradigme du « mouvement » artistique. Que nous reste-t-il alors ? Le concept « modernité » devient presque vide de sens. Toutefois, nous retenons de sa réflexion l’idée que : « la modernité a plusieurs commencements. Plusieurs fins. Celles qui ont eu lieu. Celle qu’on lui annonce. » Ainsi, la modernité est un phénomène qui échappe à la datation parce qu’il se répète d’une époque à une autre. Par déduction, la modernité ne saurait être une notion temporelle ; elle est plutôt un état. <br /> Le contemporain <br /> La notion de contemporain est avant tout une notion temporelle. Elle dénote un principe de simultanéité. La première confusion qui s’établit entre moderne et contemporain est relative à l’idée du présent et de l’actuel. Elle tient à l’hic et nunc.   Ces deux notions prêtent à confusion parce qu’elles semblent signifier cette même chose qu’est la cohésion temporelle. Nous pouvons penser que cet amalgame est levé à partir du moment où le contemporain est appliqué au domaine de l’art en croyant que cela lui accorderait une signification esthétique. Mais la modernité s’applique également à l’art entre autres. Ce qui les distinguerait c’est la signification chronologique qui caractérise le contemporain et à laquelle échappe la modernité. <br /> Les historiens font du contemporain la suite du moderne, ce qui l’achève. Toutefois être contemporain ne signifie pas pour autant « être plus moderne que les modernes ». Ce serait, pour reprendre les mots de  H. Meschonnic « ce vertige momentané qu’on a jamais été plus moderne. […] une notion fortement discontinue mais qui joue au continu. » p. p 132, 134. <br /> L’avant-garde<br /> Considérons la définition qu’en fait le Petit Robert :<br /> D’avant-garde : qui joue ou prétend jouer un rôle de précurseur, par ses audaces. Avancé. Cinéma, théâtre, littérature  d’avant-garde, Musique d’avant-garde. Expérimental.<br /> De cette définition, nous retenons deux aspects importants : le principe d’avancement et le principe d’expérimentation. La notion d’avant-garde reprend aussi ce principe du nouveau que semblent contenir les deux notions précédentes. Mais elle fait intervenir un paramètre nouveau, celui du décalage temporel. Etre avant-gardiste semble signifier être en avance sur son époque. L’avant-garde s’inscrit alors dans une démarche de refus et d’exclusion  qui pourraient induire ce qui la caractérise : l’opposition.<br /> C’est pourtant une évidence banale que bien de ceux qui ont fait ce qu’est pour nous la modernité, étaient des solitaires qui n’ont ni fondé ni dirigé un groupe, quand ils n’étaient pas hostiles à cette idée même, comme Baudelaire. C’est le cas de Gauguin, de Segalen. Rimbaud, Lautréamont. Apollinaire, Cendrars. Les amis groupés autour de Mallarmé ne font pas de son salon une avant-garde. P. 83.<br />  L’avant-garde participe de la modernité, mais elle ne se confond pas avec. La réflexion qu’en fait H. Meschonnic nous permet de relever cette nuance de sens qui les sépare. D’une part l’avant-garde implique l’idée du mouvement en groupe. Idée que la modernité écarte, car les modernes, tels qu’ils nous ont été représentés par l’histoire et la littérature, sont des individus à la fois isolés mais conscients de leur temporalité, des leaders malgré eux. Cet état de l’artiste moderne est parfaitement décrit par Baudelaire dans le peintre de la vie moderne comme une état de « constante convalescence ». L’artiste moderne a cette faculté d’être à la fois « hors de chez soi et pourtant se sentir partout chez soi ; voir le monde, être au centre du monde et rester caché au monde. » p. 146<br /> La modernité au Maroc<br /> La désignation des choses, des phénomènes se fait par le discours et tente tant bien que mal de se faire la plus intelligible possible. En ce sens, l’expression « modernité au Maroc » semble être plus juste que « modernité marocaine ». La modernité n’appartient pas  au Maroc. Elle est exclusivement occidentale. Dire le contraire serait un leurre. Son ascendance occidentale nous met face à une autre problématique, celle de la légitimité d’approcher la dimension artistique marocaine à partir d’un système de référence occidental. Nous nous devons alors de préciser que l’enjeu de notre recherche n’est pas d’appliquer intégralement au champ artistique marocain ce système de référence, mais uniquement de repérer ce qui est valable pour toute société. En somme, il s’agit de rechercher ce que le contact avec l’occident a rendu possible. En d’autres termes, relever les conditions qui ont permis l’émergence de formes d’expressions plastiques. Ces conditions nous ne les envisageons pas comme causes objectives, mais comme moment de confluence, contexte qui a rendu possible une expérience plastique. <br /> Pour parer à l’ambiguïté que pose le terme omnibus " modernité " relativement aux deux autres occurrences, nous retiendrons le paradigme qui les unit, à savoir le paradigme du nouveau. Qu’est-ce qui a, artistiquement, constitué du nouveau pour la génération du début du siècle dernier ? Et qu’est-ce qui est nouveau pour la génération actuelle ? <br /> Il semble que l’apparition des pratiques du visible soit l’évènement principal qui s’est produit au début du siècle dernier. Cela n’exclue pas le fait que ces pratiques existaient avant, mais la forme qu’elles revêtent est nouvelle. Les marocains du début du vingtième siècle ne peuvent être que fascinés devant l’aura que leur propose une photographie ou un portrait. Ils sont dans la découverte d’un nouveau médium et parfois dans la méprise. Méprise parce qu’il y a la question de l’interdit coranique de la représentation, sur lequel nous reviendrons au cours de notre recherche. Ce qui nous importe à ce stade c’est de s’interroger sur ce qui était visible à l’époque. Partant du postulat que le visible est inéluctable, nous ne pouvons prétendre que le sujet marocain en 1900 ne voyait pas ou ne savait pas voir. Voir est une modalité de la perception qui n’a pas d’origine exclusive à l’occident ou à l’orient ; elle est commune au genre humain ; cela ne s’apprend pas. L’homme voit et regarde par défaut. Nous devons considérer dès lors l’acte de voir, non pas uniquement comme geste organique, mais comme élan de la pensée. Il est important de noter la pensée que génère le visible. Ce qui est proposé au regard du sujet marocain est perçu comme intuition du divin. La majesté de l’architecture des édifices religieux, les matériaux utilisés, leur composition, tout est perçu comme matérialisation de la cause ultime qu’est Dieu. Absence de figuration, absence de représentation du visible. Voici, sommairement, l’univers percevable dans lequel évoluait le sujet marocain du début du siècle dernier. <br /> La question de l’interdit coranique<br /> « On dirait que l’invisibilité de Dieu entraîne l’invisibilité des choses faites pour être vues, des choses terrestres, sauf à les voir sous le mode de l’invisibilité divine. » [1]<br /> Il est vrai que, le Maroc en tant que pays musulman, se rattache immanquablement aux présupposés religieux appliqués à la figuration, bien qu’il n’y ait pas expressément un interdit coranique formel de la représentation figurative des choses terrestres; sauf si l’exégèse théologique l’a formulé dans son effort d’interprétation. Considérons la sourate V, verset 90 :<br /> Ô vous qui croyez !<br /> Le vin, le jeu de hasard, les pierres dressées <br /> Et les flèches divinatoires<br /> Sont une abomination et une œuvre du Démon.<br /> Évitez-les… <br /> -Peut-être seriez-vous heureux-<br /> Les pierres dressées renvoient aux pierres de l’Arabie préislamique, c'est-à-dire à l’Arabie païenne. Elles constituent une métonymie des idoles. Mais rien ne prouve que ces « pierres dressées » aient été figuratives. La juxtaposition de ces éléments : « le vin », « les jeux du hasard », « les pierres dressées » et « les flèches divinatoires » constitue un ensemble hétérogène qui laisserait entendre que ce qui est condamnable ce n’est pas l’idolâtrie en tant que telle. <br /> Le sujet arabo-musulman est, contrairement au sujet occidental, fortement imprégné par une modalité de perception du divin qui écarte sa représentation. Il s’agit de saisir l’existence de Dieu par la raison et non par la représentation des signes qui constituent l’univers créé par Dieu. Cette différence d’acception fait que l’histoire de l’art au Maroc est loin de s’organiser autour des mêmes repères symboliques que ceux de l’occident. Par conséquent, l’appréhension de l’expérience du visible, son évolution, sa perception, sa médiation en sont largement différentes. <br />  <br />  <br />  <br />  <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> [1] Alain Besançon, l’Image Interdites, p. 153.
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C
Etienne merci pour ta réponse qui est très juste: "ne pas être vu, toute la séduction à introduire dans l'acte d'amour, pour élargir le champ de la vision, l'invisible qui nous échappe. Sans cela l'amour n'est pas visible." Mais as-tu pu ouvrir ma première réponse à Nada que m'a inspiré la mystique chiite du XIIème siècle? Charles<br />  
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E
J'ai bien apprécié tes réactions à partir du mémoire de Nada. Ce que tu rapportes est assez surprenant car le voir me semble omniprésent dans l'univers musulman. Mais peut-être ai-je tort. Je me souviens de Ghardaïa, avec les femmes qui n'avaient qu'un petit orifice dans leur vêtement pour regarder l'autre. En fait cela donnait à l'acte de voir l'autre une magie que nous ne connaissons pas. L'interdit ne porte pas sur l'acte de voir mais sur le fait d'être vu. Et, de mon point de vue, cet interdit ne fait que renforcer la séduction. Dans le récit de la chute, l'interdit de l'arbre de la connaissance est fait pour introduire la parole dans l'acte d'amour. Il faut un temps d'attente. Du côté musulman, je pense que c'est la séduction qu'il faut introduire dans l'acte d'amour. Il ne faut pas être vu pour élargir le champ de la vision à l'invisible qui nous échappe. Sans cela, l'amour n'est pas possible. Je pense que l'interdit, en ce qui concerne la représentation de Dieu est là pour nous apprendre à voir l'invisible, pour ne pas le cantonner dans le champ de la rationalité. Regarde l'art autour des lettres de l'alphabet. Regarde aussi l'importance  donnée au visage, qui reflète l'invisible. Je me souviendrai toute ma vie de la réflexion de Keltuma, trois ans, à propos d'un ami qui déprimait : "Nous on ne t'aime pas parce que tu n'as pas de visage !" L'invisible n'était plus visible sur son visage. Toute la pensée arabe et musulmane me semble tout à fait paradoxale. Il faut apprendre à voir au-delà du visible chez l'autre comme chez Dieu. Voir vraiment c'est voir l'invisible que je ne peux pas représenter.
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C
Je vais demander à Nada la suite de son mémoire; je te transmets mon premier commentaire; il me semble que dans la non-représentation coranique parce que l'invisible est d'intuition divine, il y a ce que tu appelles "le retour au mythe pour éduquer la vision" mais que curieusement Nada appelle le"rationnel" (le mouvement de la pensée, la "visée" en amont de la représentation) en opposition je pense au "pulsionnel" du visible immédiat...."Partant du postulat que le visible est inéluctable, nous ne pouvons prétendre que le sujet marocain en 1900 ne voyait pas ou ne savait pas voir. Voir est une modalité de la perception qui n’a pas d’origine exclusive à l’occident ou à l’orient ; elle est commune au genre humain ; cela ne s’apprend pas. L’homme voit et regarde par défaut. Nous devons considérer dès lors l’acte de voir, non pas uniquement comme geste organique, mais comme élan de la pensée. Il est important de noter la pensée que génère le visible. Ce qui est proposé au regard du sujet marocain est perçu comme intuition du divin. La majesté de l’architecture des édifices religieux, les matériaux utilisés, leur composition, tout est perçu comme matérialisation de la cause ultime qu’est Dieu. Absence de figuration, absence de représentation du visible. Voici, sommairement, l’univers percevable dans lequel évoluait le sujet marocain du début du siècle dernier.La question de l’interdit coranique« On dirait que l’invisibilité de Dieu entraîne l’invisibilité des choses faites pour être vues, des choses terrestres, sauf à les voir sous le mode de l’invisibilité divine. »  Le sujet arabo-musulman est, contrairement au sujet occidental, fortement imprégné par une modalité de perception du divin qui écarte sa représentation. Il s’agit de saisir l’existence de Dieu par la raison et non par la représentation des signes qui constituent l’univers créé par Dieu."<br />  
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E
Merci Francesco de la référence. Je suis allé sur internet (Le Figaro) et j'ai tropuvé le commentaire suivant :<br /> Blindness débute comme un film catastrophe. Une mystérieuse épidémie a frappé de cécité les populations. La contagion s'est étendue avec une telle rapidité que la panique gagne. Les victimes sont mises en quarantaine dans un asile désaffecté. Étrangement, seule la femme (Julianne Moore) d'un médecin ophtalmologue (Mark Ruffalo) a été épargnée par la maladie. Décidée à rester auprès de son mari, elle est le témoin oculaire de la montée de la violence dans les dortoirs, organisée par un ancien barman (Gael Garcia Bernal) qui s'est autoproclamé roi du dortoir n° 3. On se bat pour de la nourriture, pour conquérir un territoire jusqu'à en perdre toute humanité…<br /> C'est alors qu'entre en scène l'homme au bandeau noir (Danny Glover), un prophète qui révèle des secrets. Un personnage que le romancier revendique d'ailleurs comme étant son alter ego. «Si tu peux voir, regarde. Si tu peux regarder, observe», livrait en citation José Saramago dans la préface de son roman philosophique.Ce que je remarqueNous serions tous aveuglés et nous aurions perdu notre vision. D'après le film, une telle absence de vision conduirait à la violence c'est-à-dire à la destruction de la raison.Il peut y avoir un sursautL'absence de vision pourrait provoquer un sursaut : le passage de la vision à la parole avec une intégration de la vision dans la parole, qui donne la prophétie.Que de réflexions en perspective ! En tout cas, je suis d'accord avec les deux points soulignés.
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F
En suivant l'actualité, j'ai entendu parler d'un film presenté en ouverture du Festival de Cannes:  " Blindness" du brésilien Fernando Meirelles, adapté d'un roman de José Saramango. Apparemment il traite beaucoup de "vision", avec des situations très fortes et un message... Je ne l'ai pas "vu", mais j'ai pensé qu'il pourrait être un stimulant à la réfléxion.... A suivre... Francesco
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E
Mea culpa ! Si tu n'arrives pas à lire, c'est que nous n'avons pas fait l'effort suffisant pour être compris. Je pensais que l'image de Prométhée et Epiméthée, comme les deux faces d'un même homme, était suffisamment parlante. Il faut croire que non.
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J
Je n'arrive pas à lire vos pages sur "Vision et raison"  alors j'abandonne ...Saint-Exupéry  : "Vol de nuit " est plus facile et pas inintéressant du tout !
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E
Si j'ai bien compris, tu penses que la raison est le mode de connaissance d'un être lié à un corps, qui le rattache à la terre. Par contre la vision est le rappel que nous sommes aussi un morceau d'étoile venu du ciel. Je suis assez d'accord avec toi tout en pensant que l'éternité, pour nous, n'est pas seulement un rêve : elle est cette limite qui nous rappelle que nous e-xistons, que nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes et que nous ne pouvons pas être des sujets à part entière sans cette lumière venue d'ailleurs, sans cette part d'Autre qui pose question... L'éternité est, pour le moins, un horizon, un morceau de mémoire dont nous ne pouvons nous délester sans cesser d'être nous-mêmes. Mais, en ce domaine, chacun est libre de penser ce qu'il veut. Disons que l'hypothèse de l'éternité comme destin peut être une hypothèse permettant d'avancer dans sa recherche.
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G
J' apprecie d'être chez moi sans me plonger dans vos débats d'intello qui me passent largement  au-dessus de la tête.<br /> Je repondrai à ton dernier message "Vision et Raison" en disant que pour moi la raison ferait partie de notre ancrage dans la vie routiniere que l'on doit  vivvre pleinement dans l'instant present sans jamais oublier que cela n'est pas  éternel.Que la vision peut être ce magnifique rêve d'eternité si utile dans les moments de détresse sans oublier que ce n'est qu'un rêve.<br /> Ce serait en somme notre part de terre et de ciel, notre corde raide sur laquelle nous sommes invités à vivre.<br />  
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T
<br /> Information aux différents cercles de silence.<br /> <br /> Depuis 6 mois, sur Toulouse, nous dénonçons par un cercle de silence mensuel<br /> <br /> « l’enfermement de personnes pour le seul fait d’être entré en France pour vivre mieux ou pour sauver leur vie. » Depuis lors, une quinzaine de cercles ont vu le jour à travers la France, dans la même perspective de dénonciation.<br /> Le 20 mai prochain, le Parlement Européen est appelé à voter une directive concernant les politiques d'immigration et plus précisément la question de la rétention.Sur cette question précise de l'enfermement, cette directive comporte des éléments positifs. Cependant, un certain nombre de propositions du texte actuel nous semblent dangereuses et susceptibles de remettre en cause la dignité de l'être humain.<br /> <br /> <br /> Côté positif.<br /> <br /> 1)<br /> <br /> La rétention est reconnue par le Parlement pour ce qu'elle est. Comme l'indique le rapporteur du texte à l'assemblée « la « garde temporaire » devrait être appelée par ce qu'elle est dans la réalité, en toute honnêteté, à savoir une « rétention », étant donnée la dimension de privation de liberté qui la caractérise et la durée qui lui est attachée. »1 Ceci nous semble une base de départ juste, en ce qu'elle rend compte de ce qu'est l'enfermement pour les sans-papiers : un emprisonnement.<br /> 2)<br /> <br /> D'autres solutions sont préconisées par le projet de directive, la rétention ne devant intervenir qu'en cas de « risque de fuite » : « Obligations de se présenter régulièrement aux autorités, de déposer une garantie financière, de remettre des documents, ou de demeurer en un endroit déterminé »2. Or ce sont ces autres moyens qu'il nous semble important d'explorer et de développer pour que soit pleinement respectée la dignité des personnes.3) Cette question est abordée dans le cadre d'un débat démocratique européen et elle a pu donner lieu à des propositions d'amendements allant dans le sens de la protection des droits fondamentaux de l'être humain.1 Projet de résolution législative du Parlement Européen, COM (2005) 0391-C6-0266 / 2005-2005/ 0167 (COD) page 82 Projet de directive du Parlement Européen et du Conseil, 2005/0167 (COD) Art.14 alinéa.1 1/4<br /> <br /> Côté négatif.<br /> <br /> Depuis le début de notre action, nous dénonçons les conditions de l'enfermement dans les Centres de Rétention Administrative et le fait même de cet enfermement. Certaines préconisations du projet de directive renforcent encore l'inquiétude qui était la nôtre sur ces deux points.1)<br /> <br /> Sur les conditions de la rétention : la directive tend à aligner toutes les politiques européennes en matière de rétention sur la durée maximale autorisée aujourd'hui en Europe : 6 mois extensibles à 18 mois en cas de difficultés pour procéder à l'éloignement. Or, en France en 2007 la durée moyenne de rétention dans les centres était de 13 jours, mais l'administration est autorisée, depuis 2003, à maintenir une personne en rétention jusqu'à 32 jours. Y a-t-il vraiment nécessité à allonger la durée maximale légale de rétention? Ou s'agit-ild'infliger une peine dissuassive aux sans-papiers? Le risque nous paraît trop grand de passer d'une rétention destinée à permettre d'organiser l'éloignement du territoire à une rétention-sanction. Il nous semblerait prudent que le seuil de 32 jours admis aujourd'hui ne soit pas réhaussé.2) Et sur le fait même de l'enfermement:a) Systématisation de la mise en rétention : des parlementaires avaient insisté pour que la rétention soit limitée aux cas de « risque grave de fuite ». Cet élément n'a pas été repris dans les derniers textes. Ceci nous semble ouvrir la porte à une systématisation de la rétention, utilisée comme procédure normale pour tout éloignement d'un étranger. Or comme nous l'avons dit plus haut, d'autres moyens nous semblent à privilégier. (cf. côté positif §2)b) Vers un enfermement à titre préventif ? Les premières versions de la directive laissaient la possibilité de procéder à une mise en rétention à titre préventif pour des demandeurs d'asile durant l'étude de leur dossier. Cet élément semble avoir disparu de la dernière version, mais il convient de rester particulièrementt vigilants afin d'éviter toute criminalisation a priori de l'entrée irrégulière sur le territoire, qui 'éloignerait du principe originel : mise en rétention administrative uniquement le temps d'organiser l'éloignement.<br /> <br /> Que faire?<br /> <br /> A partir de cette analyse, nous rejoignons un certain nombre d'associations et notamment la CIMADE, seule association autorisée dans les Centres de Rétention Administrative, qui perçoivent un réel danger dans cette proposition de directive : celui d'une<br /> <br /> institutionalisation et d'une systématisation de la rétention des personnes en situation irrégulière.En conséquence, nous estimons que notre dénonciation de l'enfermement dans les Centres de Rétention Administrative aujourd'hui ne peut rester à l'écart de ce qui au niveau européen.En ce sens, exceptionnellement, nous, frères franciscains, nous retrouverons le mercredi 7 mai à 18h30 pour 1 heure de silence et de prière sur la place du Capitole à Toulouse,et nous invitons ceux qui le désirent à nous rejoindre. Ce temps de silence sera suivi par une information, sur le contenu de la directive assurée par la CIMADE et la Ligue des Droits de l'Homme. Il appartient aux parlementaires et aux représentants des Etats au Conseil Européen de se prononcer sur cette directive. Par notre présence silencieuse, nous voulons exprimer notre inquiétude sur les conséquences possibles de cette directive pour la dignité des personnes et notre espérance fondamentale qu'il est possible de trouver des solutions plus respectueuses de chacun : des solutions qui ne soient pas basées sur le seul enfermement. Ces solutions devraient au minimum intégrer les éléments mis en avant dans le constat précédent. A savoir :1) Ne pas dépasser le seuil maximal de 32 jours pour la possiblité de maintien en rétention administrative.2) Privilégier toute alternative à l'enfermenent pour la période précédant un éloignement.3) Limiter le recours à l'enfermement aux situations comportant des risques de fuite graves, dont les critères seront à définir précisément.4) S'assurer qu'une mise en rétention préventive est impossible pendant la période d'étude des dossiers, notamment pour les demandeurs d'asile.5) Interdire le placement en rétention de personnes particulièrement fragilisées (handicapés, personnes âgées...)<br /> Nous proposons également à tous les autres cercles de silence qui sont nés depuis le mois d'octobre, de se retrouver à la même heure, si possible, pour signifier à travers la France et la Belgique, cette espérance de solutions plus justes et plus respectueuses de la dignité de chaque être humain.Par ce silence partagé, nous cherchons➔ à éveiller nos concitoyens à l'enjeu de ce vote,➔ à accompagner et à soutenir les personnes qui se mobiliseront le 7 maidans le respect de tous, parlementaires, pouvoirs publics, personnels judiciaires et administratifs...➔ et enfin à porter ceux et celles qui au Parlement et au Conseil Européens le 20 mai devront prendre ces décisions.<br /> Les frères franciscains de Toulouse, le 23 avril 2008.<br /> www.franciscainstoulouse.fr<br /> <br /> <br />  <br />
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E
Je me suis interrogé sur la place du silence par rapport au thème de la vision et de la raison. Ici, comme, dans chaque structure paradoxale, c'est le problème du sujet et de sa constitution qui est en cause : le sujet qui connaît. Or, il me semble que le silence se situe dans une étape antérieure pour interpeller chaque sujet, pour lui poser question et l'amener à entrer personnellement dans une démarche de connaissance et de combat. C'est pourquoi je propose le texte de Francesco sur les cercles de silence.
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E
Francesco, l'exemple que tu donnes, en parlant de l'histoire des Franciscains, me paraît très intéressant. C'est plus ou moins vrai pour toutes les fondations. Mais ici, ce qui est étonnant, c'est que, face à la vision si forte et si évangélique de François, ce sont les rationnels qui semblent l'avoir emporté. Là encore, je pense que les mythes nous aident à voir plus clair. La raison n'est pas absente des mythes, au contraire, mais ici elle se présente sous forme de structures paradoxales. C'est à l'intérieur du paradoxe que se situent  la lumière et la vision. Autrement dit, ici, vision et raison ne s'opposent pas, elles se confortent, à condition que la raison soit elle-même paradoxale. Nous aurions beaucoup à réfléchir en ce domaine, car ce que nous appelons raison a précisément évacué le paradoxe en évacuant la mort. Comme cela est évident dans une église chargée de propager l'Evangile ! comme peut-être dans l'ordre franciscain lui-même. Dans un monde humain, la raison peut-elle autre que paradoxale. Lorsqu'on étudie le sacrifice d'Abraham, on voit que la violence qui pousse vers la mort est, en même temps, et presque dans le même mouvement, la force qui va s'opposer à la mort pour la dépasser. Comment comprendre un tel phénomène si on se cantonne dans un discours rationnel, au sens traditionnel du terme ?
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F
Je suis en ce moment dans la traduction d'un petit livre en italien qui prépare la memoire d'un évenement ancien mais significatif : probablement en l'an 1209, François d'Assise et un petit groupe d'une dizaine de compagnons (des "frères mineurs") sont allés voir le Pape à Rome pour obtenir une permission officielle de "vivre selon l'Evangile", avec comme "règle" quelques phrases d'Evangile. Trouble et hésitations du Pape qui voulait quelque chose de plus consistant et construit... il a fini pour donner une appobation orale, pour ne pas trop laisser penser que vivre l'Evangile était inenvisageable...Et alors je me suis trouvé à réfléchir à plein d'aventures et de projets, les "Franciscains" en particulier, mais bien d'autres, où il y a eu conflit entre la vision et la raison. François d'Assise était probablement beaucoup du côté de la vision... en se référant à l'Evangile, qui semble être aussi bien du côté de la vision. Et son intuition et son charisme a vite rencontré opposition et conflit de la part d'autres "frères" qui tiraient du côté de la raison : il faut organiser, il faut structurer, il faut institutionnaliser.... François d'Assise a même demissioné à un certain moment de sa charge de "fondateur" et "responsable" du projet qu'il avait mis en route, car trop tiré du côté de la raison.  Et on a construit l'histoire des "Franciscains", et d'autres aussi..., sur la raison. Conflit inévitable entre charisme et institution? Entre vision et raison? Il y a bien eu une histoire mouvementée parmi les "Franciscains": reformes, bagarres, scissions... souvent au nom de cette tension (cfr. Joachim de Flore qui annonce même arrivée enfin l'époque et le royaume de l'Esprit Saint, avec lui et son mouvement des "spirituels"...). Mais la grande tendance reste celle de la raison et de l'institution, de l'organisation, avec ses lois, ses constitutions, ses réglementations juridiques et casuistiques... Qui doit l'emporter, la vision ou la raison ? La raison permet de vivre et de s'organiser (et de survivre peut être...) la vision permet de renover, refonder, mais elle reste souvent souterraine ou minoritaire...  C'est étonnant de constater le nombre important de fois où François d'Assise dans ses Ecrits (un recueil modeste de textes d'une cinquantaine de pages imprimées seulement) utilise le verbe "voir", alors qu'on sait qu'il était très malade des yeux et donc avait du mal "à voir"... Donc il cherchait une "vision" au delà du réel, de la raison...  Un individu, un groupe humain, pour exister, doivent-ils tirer le cheval de la raison, qui "organiserait" l'intuition, ou peuvent-ils ne vivre que de "vision" en laissant la raison du côté de "la dynamique du provisoire" (référence au titre d'un livre de fr.Roger de Taizé)?
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E
Il me semble que la solution de ton problème est dans le livvre "Storytelling" de Christian Salmon. Il montre comment les commerciaux, les politiques et bien d'autres encore, utilisent le langage symbolique pour formater les esprits, vendre des produits, imposer des guerres ou des idéologies politiques, en imposant une manière de penser qui semble détruire les structures fondamentales du langage ou, en tout cas, les structures fondamentales de l'homme. On raconte des histoires comme on raconte des contes ou des mythes. Mais on a oublié que les grands contes et les mythes sont modelés par l'inconscient collectif, et c'est là leur garantie de vérité. Aussi, au lieu de conduire les hommes vers la vérité, ces nouvelles histoires manipulent les esprits à travers le langage symbolique. C'est une perversité extrême. Je crains qu'un tel phénomène se propage en Italie, comme il s'est propagé aux USA et en France. S'il en est bien ainsi, il ne faut pas s'étonner qu'il n'y ait plus ni vision ni raison. Nous serions alors dans un irrationnel, fabriqué par des manipulations et non seulement terrain d'élection des manipulations. Je pense que Marie-Louise nous en parlera prochainement, dans ce blog, à l'occasion d'une prochaine contribution.J'en tire, quant à moi, une raison supplémentaire, pour donner place aujourd'hui aux vrais mythes et vrais contes. Ce sera la meilleure manière pour déformater les esprits nouvellement abusés..
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F
Il y a des événements qui me(nous?) laissent perplexes et puisque la philosophie peut nous aider à comprendre le réel, voilà ma question d'actualité.Confronté aux résultats des élections législatives en Italie, au niveau national, mais aussi régional et de quelques Mairies (Rome, par exemple), en voyant quelles "équipes" politiques vont "gouverner" le pays,  à proximité d'une droite extrême et d'une Ligue du Nord, je me demande où est la vision et la raison là dedans... Comment est-ce possible que l'intelligence collective des citoyens (italiens) fonctionne sans les deux dimensions de l'intelligence, vision et raison (cfr.texte d'Etienne Duval)? Bien difficile de percevoir une "vision" dans ce choix et encore plus difficile de percevoir une "raison"; quand l'attelage ailé de Platon ne fonctionne pas, les individus ne sachant pas maîtriser les deux chevaux, de quoi s'agit-il? Vision et raison, direction à suivre.. sens qui doit guider l'action... et quand il n'y a pas de vision ni de raison? Marie-Louise parle de l'emergence de l'irrationel, comme terrain d'élection de toutes les manipulations... et là il s'agit non seulement de quelques individus mais de l'intelligence collective d'un pays...Est-ce possible de vivre longtemps dans l'irrationel et sans vision?
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E
Ibrahim, qui a organisé une soirée sur les poètes arabes auxquels a été associé Aimé Césaire, l'ami d'un général qui était avec nous, a voulu que son texte d'évocation figure sur ce blog. Il a pensé, en effet, que nous étions dans la lumière et la vision. Nous avons tous ressenti une très grande joie en découvrant ou en redécouvrant ces grands auteurs qui achèvent la création du monde en intégrant et dépassant la rationalité dans une sorte de communion, qui saute par dessus les frontières... Ce temps passé entre nous a été, pour moi, un trés grand moment.
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I
Chers amis des Horizons    Ce que nous avons vécu hier soir, le 25 avril au château Sans souci est vraiment digne de nous.Chacun de nous femme et homme de lettres et de cultures s'est senti dans son élément pour s'exprimer sur des sujets où l'on était compétent et sans fausse modestie, brillant. Une certaine lumière éclairait notre assemblée et nous baignions dans une joie intérieure que nous exprimions succinctement  et qui se voyait sur nos visages épanouis, on avait l'impression à un certain moment de communier avec les auteurs morts ou vivants et même de les toucher des mains, Le médecin général voyait Aimé Césaire , Redouane se voyait dans Driss  Chraïbi, Mohammad  Rafed dialoguait avec Latifa et Rachid, Omar s'adressait à Abulkassem avec le dialecte du pays, Khaldoun interpelait Gibran comme pour l'appeler au secours, quant à Sophia la bacheleère en partance elle  se revoyait à Beyrouth et à Damas pour présenter Nizar sous les regards affectueux de la maman Houria, du papa Philippe et de la mamy jeanine qui régalait son public par son Namoura et son thé à la menthe offerts par elle-même, j'ai laissé pour la fin celle qui a ouvert le bal de la francoarabophonie Inge en France et particulièrement à Lyon et que nos ne faisons qu'essayer de l'imiter, la belle Rouba, le cèdre en voyage qui met sous son ombre tant et tant d'auteurs qu'elle a connus de très près de Georges Schéhadé, à Salah Stibié,  à la maman qui saigne même dans la tombe Nadia Tuéni et à plein d'autres. Je n'oublie pas nos lecteurs, Inge La germanique douée, et son mari Gérald, La Lyonnaise  Nelly en face de Nour sa fille et le papa Khaldoun,  La découverte de la soirée le Jeune Benachour pour la grande joie du papa Houcine, et les plus fidèles, les premiers arrivés, les derniers partis Etienne et Reymond.Personnellement je me considère à la fin d'un cycle de cinq ans,  j'ai fondé, j'ai formé, j'ai planifié,  j'ai même élevé un édifice imaginaire au-dessus de mes possibilités, j'ai besoin de dialoguer avec vous pour construire et orner cet édifice de dialogue de culture dans la cité des Gaules que nous aimons et qui nous a ouvert son cœur  pour réussir notre vie. Nous lui devons le désir  de réaliser un rêve permanent d'être les meilleurs et pour aspirer à faire partie intégrante d’un patrimoine culturel universel    Ibrahim le 26 AVRIL 2008
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Y
Pour ceux que la physique intéresse, on peut lire l'article  "Unification des forces fondamentales " dans Universalis. Pour la raison, on peut lire dans E.Levinas , le livre" Totalité et Infini",  dans la section "Le visage et l'extériorité",  chapitre  "Visage et éthique",  les points 4 "Langage et objectivité" , 5   "Langage et objectivité" et 8 "Volonté et raison" soit les pages 179-187  et 191-195 dans la deuxième édition (1965)  éditions Martinus Nijhoff/  La Haye, la seule que j'ai, yvon<br />  
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E
Yvon, ce nouveau texte est arrivé après la mise sur le blog de nos deux contributions. Comme tu verras, je suis d'accord avec ton rectificatif. Sur le mot "Commentaires", il n'est pas de moi : c'est over-blog qui nous l'impose. Mais je vais essayer, la prochaine fois, d'avertir les éventuels contributeurs sur la véritable nature de ces "commentaires".
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Y
En relisant mon texte écrit un peu rapidement hier soir, je pense  qu'il contient quelques approximations; En fait je voulais parler  d'identité de démarche. Pour le reste je pense que chaque mot a un  sens spécifique et qu'on ne peut identifier l'un et l'autre sous peine  de verser dans la confusion. Mais je ne m'y connais pas assez dans le  domaine, comment dire, des processus de conscience ou des processus  cognitifs, je ne trouve pas les termes exacts, pour lancer le débat  sur ce terrain. Ce n'est sans doute pas  non plus l'objet de ce blog. J'ai aussi pensé que cela correspondrait mieux à ce que tu souhaites   concernant le fonctionnement du blog, si au lieu de dire "  commentaires" tu disais "contribution" Non?
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Y
Merci Yvon pour cet imposant travail de réflexion et pour ta manière de rester dans le paradoxe pour nourrir le débat.La vision est raison et la raison est visionJe suis d'accord avec toi au sens où les deux réalités sont liées : elles s'appellent l'une, l'autre. Mais je n'irai pas jusqu'à les réduire l'une à l'autre. D'abord, en un sens un peu métaphysique, il y a une vision d'origine, qui m'est donnée, comme condition nécessaire pour l'acte de connaître. Ensuite, au plan phénoménal, il s'agit de deux moments différents dans la connaissance : la vision vient en premier et resurgit à la fin ; la raison est le trajet entre deux visions. La raison est analytique et la vision est globale. Mais c'est vrai que la vision nourrit la raison et que la raison nourrit la raison.La vision est une sorte d'acte de foiTu veux dire, comme tu l'expliques, que la vision est adhésion. C'est vrai qu'à son point de départ la vision est donnée : elle devient une adhésion première. Mais cette adhésion n'est jamais définitive : elle peut toujours être remise en cause par la raison. Même la foi se nourrit de raison. Et pourtant elles ne se réduisent pas l'une à l'autre car le don qui vient d'un autre n'est pas totalement explicable par la raison, tout au moins dans ma façon de percevoir les choses.La vision en tant qu'adhésion engendre une vision du monde Tu le dis pour la foi mais on peut le dire aussi pour la vision lorsqu'elle est globale. Je suis d'accord avec toi. La foi offre une vision du monde où le don est premier. Elle tient ferme pour que l'on ne réduise pas la vision du monde à la rationalité et la rationalité cherche à tenir toute sa place dans cette vision. Finalement, tu mets l'accent sur le rapport entre la foi et la raison. Il ne peut y avoir de raison sans un acte de foi dans la cohérence du monde. Il n'y a de raison que parce que je crois que cette raison ordonne le monde, qu'elle m'est aussi donnée. Le lien entre coeur et raisonOui, personnellement je pense aussi comme toi.La raison comme construction d'une cohérenceOui, bien sûr, mais, comme tu le dis, la raison est dans l'écoute : elle se plie à ce qui est, à ce qui est donné. Comme tu le dis encore, elle est aussi une effort pour sortir de ses raison. Autrement dit, la raison repose sur une vision de la structure fondamentale qui fonde la raison. Mais est-ce que la vision de la structure fondamentale dit tout de la vision. Je ne pense pas. Le mythe nous livre en même temps une vision et des structures fondamentales. Les deux sont liées mais elles ne sont pas complètement réductibles. Il y a la ligne et la lumière au bout de la ligne. Je suis, pour maintenir la distinction même si le lien entre les deux est évident.Tu m'obliges à beaucoup réfléchir.A suivre...
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Y
Pour moi, la vision est raison et la raison est vision et toutes deux  exigent la même attitude. Je commencerai par ce paradoxe et finirai de  même, pas seulement pour nourrir le débat. Sans vouloir me situer par rapport à l’ensemble de la problématique  proposée par les deux textes initiaux, sans ignorer non plus  l’indispensable travail prométhéen, je pense que fondamentalement vision et raison sont la même chose ; je pense qu’on peut le dire sans  tordre le sens des mots, mais au contraire en leur donnant leur sens  premier ; les deux sont exogènes. Cela n’épuise pas le sujet, c’est  juste une manière de mettre les choses en perspective, une perspective  pour moi indispensable. Si on prend les  deux termes, vision et raison, chacun d’eux à partir  du point qui apparaît le plus opposé à l’autre, et donc le plus  caractéristique, on s’aperçoit vite que l’opposition ne tient pas. Je  pense en écrivant ces quelques lignes au commentaire du médecin,  Pierre Duterte, qui me semble si pertinent car nourri de l’Autre  accueilli dans un espace de parole et de liberté ; je pense aussi aux  interventions  qui se situent dans l’économique, voire celles qui font  référence à Einstein.Dans le texte initial et dans certains commentaires, vision, foi,  intuition dialoguent entre eux ; on sent parfois une certaine  hésitation, voire une certaine appréhension.<br /> Qu’est-ce que la vision ? Quelque chose de primitif, étincelant,  subjuguant, toujours surgissant et nourrissant, au plus intime de moi- même ? Non, la vision, si l’on en garde le sens étymologique, est «  vision de… »En ce sens, et en un certain sens, foi est proche de  vision. C’est une adhésion, qui n’est possible que parce qu’elle m’est  proposée. Elle est donnée. Croire, c’est croire Dieu. Et les athées  ont raison, eux qui ne croient pas Dieu, de dire qu’elle est une  invention (avec un but rationnel, comme toutes les inventions), ou une  espèce d’illumination intérieure dont on parviendra bien à montrer  l’inanité, une sorte de vision délirante, voire perverse (quand on  pense aux sectes, où le seul culte est celui rendu à l’ego du gourou  ou aux  egos rassemblés dans une démarche identitaire collective, ils  n’ont pas tort). La foi n’est pas la transe.  La foi engendre une nouvelle vision du monde, un nouvel ordre des  choses et des valeurs, une nouvelle rationalité. En ce sens, les saints sont des références (terme éminemment rationnel) mais pas des  modèles, car la vision se nourrit de visions nouvelles et la sainteté  est toujours à inventer ; comment peux-tu dire que tu aimes Dieu que  tu ne vois pas si tu n’aimes pas ton frère que tu vois. La plupart des plus intransigeants mystiques ont été des femmes et des hommes de  communication.Pour rester plus terre à terre, on a dit : «  Le cœur a ses raisons  que la raison ne connaît pas ». Ne pourrait on pas dire : « La raison  qui n’a pas de cœur n’est pas une raison » ?<br /> Qu’est-ce que la raison ? C’est ce travail prométhéen de construction  de la connaissance., la construction d’une cohérence. La recherche, en  physique, de l’unification des forces fondamentales m’en semble un  exemple. Maxwell, au XIX° siècle, a réussi à unifier magnétisme et  électricité. Einstein essaiera, par sa théorie de la relativité  générale, d’unifier électromagnétisme et gravité en ayant recours à  une espèce de « géométrie » de l’espace-temps ; Les théories  quantiques, par une toute autre voie, ont la même ambition  unificatrice. Et ce ne sont pas de simples élucubrations. Exemple pas  très gai : la bombe atomique. Autre application qu’on retrouve même  dans nos assiettes : les nanoparticules. Savoir, c’est pouvoir agir. En économie aussi, on tend à une rationalité. Les progrès sont la  critique de modèles antérieurs trop simplistes, trop dogmatiques, rop  idéologiques.. Et les échecs actuels de l’économie mondiale ou de la finance internationale, les appréhensions concernant les modèles de  développement nous ramènent aux considérations fondamentales :  –primo : notre planète est, tout à la fois, un univers clos mais non  autarcique et un univers dynamique, dont nous n’avons jamais une assez  juste VISION. L’humilité face à la nature et le sentiment de communion  de vie, vécus par les peuples premiers, comme on dit au Québec,  contenaient une leçon oubliée. La raison est dans l’écoute ( l’écoute  de la vision, oserai-je dire), pas dans la soi-disant maîtrise.-deuzio : Quand on veut parler au nom des autres, il faut qu’ils  existent. Oubliés, ils manifestent,… ou ils meurent. La raison en  économie, c’est de garder les yeux bien ouverts, à toute situation  humaine, à toute parole humaine, à toute sagesse humaine. Il n’y a de  raison que dans la remise en cause, dans l’écoute. Trop souvent, quand  on parle de raison , on la confond avec l’autisme ( au sens n° 2 des  dictionnaires). La rationalité ne se construit que si l’on est capable  de sortir de « ses » raisons. La raison, comme la vision n’a jamais  fini de sortir de soi pour  s‘enrichir de ce qui lui est étranger.<br />  
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J
Ta capacité de réaction me paraît grande et bien ajustée. Lorsque je parle de vision, je me situe au niveau intellectuel et non pas au niveau de la sensation. Mais tu as raison d'attirer l'attention sur l'ouïe, le toucher, qui peuvent apporter des nuances à la vision intellectuelle elle-même. Celle-ci doit être plus riche lorsqu'elle synthétise les apports de tous les sens, en un seul éclair d'intellligence. Je vois que, dans ta sagesse pleine d'expérience, tu emboîtes le pas à Marie-Louise, lorsqu'il faut faire face aujourd'hui, par "un excès de raison" à "l'excès d'irrationnel" qui égare pas mal de monde. Je suis naturellement d'accord avec toi.Je suis toujours heureux d'avoir tes réflexions personnelles, qui viennent enrichir la raison commune.
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J
Tu tritures mes modestes méninges! Voici cependant ma réaction:Nos outils de perception ne se limitent pas à la vision (qui est, certes, le plus courant); il ne faut pas négliger l'ouïe, le toucher, l'intuition et peut-être, parfois, la révélation. A partir de là, se déclenche la raison dont la valeur dépend de plusieurs facteurs: temps qui lui est consacré, capacités de l'auteur, son tempérament, son expérience, les circonstances du moment, etc....... Nous sommes à la fois Epi. et Pro. mais à différents niveaux. Le second a souvent été plus apprécié que le 1er mais au-delà de la raison, il existe l'émotion, la passion, l'intuition, une capacité de vision  ou de perception originales: n'est-ce pas cela qui caractérise les artistes et les  êtres d'exception?L'irrationnel a, je crois, toujours existé et je pense qu'il faut plus que jamais cultiver la raison; n'oublions pas le proverbe "sachons raison garder". La difficulté - qui est, je crois, de toujours - est de l'inculquer aux jeunes mais il me semble que l'expérience, les revers et les rhumatismes garantissent sa perennité.Bref, les deux points de vue exprimés me conviennent, le second étant porteur d'une certaine inquiétude sur l'état de notre societé.
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E
Pierre, j'avais bien perçu que vous vouliez remettre de l'espoir. Comme vous aussi je pense que nous avons à faire à des chapelles à pensée unique, qui veulent nous enfermer dans des discours rationnels où la vision est absente. Pour résister, il me semble qu'il faut écrire, car l'écriture fait revivre la vision. Elle a pour fonction de la structurer pour qu'elle soit transmissible à l'autre. Je serais heureux si le blog qui passe par l'écriture était un appel à rendre ses visions réellement visibles pour les autres. De votre côté, vous n'avez aucune peine à le faire. Et, en plus, vous êtes constamment enrichi par les idées de vos patients, à qui vous rendez la liberté de penser.
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P
Dans ma toute petite intervention, je voulais mettre de l'espoir. Mais je crois que la lutte conte la dictature et je ne pense pas du tout qu'à celle des pays tyranniques, loin de là, mais aussi à celles des chapelles de la pensée unique, la dictature de ceux que vous appelez les grands prêtres du système, j’y suis confronté depuis 15 ans. La liberté de parole, de penser, d’avancer est vraiment un combat au quotidien. Rien n’est jamais acquis à l’Homme ni sa force ni sa faiblesse disait Aragon… La remise en cause doit être permanente. Ne jamais s’asseoir sur sa merveilleuse idée ! elle peut être bonne mais comment est elle reçue, perçue, interprétée ? a-t-elle sa place ? que de question pour une fin de semaine bien fatigante ! ☺
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E
Merci de ton essai de clarification. C'est vrai qu'il y a des choses qui ne sont pas sur le même plan. Lorsque je parle de lumière des origines, je me situe à un niveau métaphysique. L'acte de connaître supppose une lumière à l'origine, qui est donnée. C'est sur elle que la raison est fondée sans pour autant s'y réduire. Donc elle n'a rien d'irrationnel. Mais c'est vrai, comme tu le suggères, que les autres visions ou intuitions ne sont pas sur le même plan. Et, pourtant, il ne peut y avoir de progrès dans une recherche rationnelle sans vision ou sans intuition.J'ai longuement parlé, ce matin, avec un scientifique : lui ne voulait pas entendre parler d'intuition mais était tout à fait d'accord avec le terme vision.Je suis étonné que tu écartes la vision et l'intuition en ce qui concerne Einstein. C'est bien ce qui lui permettait d'aller très vite, même si son intuition, comme l'explique François, était basé sur un travail besogneux et sur des modèles complexes que les autres ne maîtrisaient pas. Encore une fois, je ne cherche nullement à opposer vision, intuition et raison.Sur ton classement, il est sans doute pertinent pour beaucoup de monde mais j'avoue ne pas savoir ce qu'est l'irrationnel absolu sinon peut-être la folie, peut-être le chaos ? En fait la folie et le chaos ne sont pas complètement déconnectés de la rationalité. Par ailleurs, je ne mettrai pas, en premier, le rationnel mais peut-être l'inconnaissable.Pour autant que je sache, l'imaginaire ou l'imagination ne sont pas dans le rationnel : heureusement pour nous. Elles ne le contredisent pas non plus.Tu as raison, les mythes ne sont pas la seule voie pour développer la vision ou l'intuition. Mais cela reste une voie intéressante parce qu'elle nous révèle la lumière qui nous est donnée et les structures fondamentales qui nous permettent de comprendre ce qu'est la raison.En tout cas merci pour ton apport : il relance la réflexion.
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E
Les deux textes sont intéressants et donnent à réfléchir. Mais le titre du premier  "Vision et raison" est ambigu et sème un peu la confusion, à mon avis, d'autant plus qu'il renvoie à quelque chose de  totalement irrationnel,  la "lumière des origines", expression que tu as, Etienne, déjà mentionnée dans tes textes précédents. Il me semble que tu projettes sur un même plan plusieurs niveaux différents. Pour clarifier les choses de façon simple, mon point de vue, qui n'est pas original, serait le suivant: 1er niveau, le savoir rationnel, majoritairement scientifique; 2er niveau, la création artistique; 3éme niveau, l'irrationnel absolu. Au premier niveau, il  faudrait parler d'intuition plutôt que de vision. Pour avancer, il faut ici faire appel non seulement à la logique à partir du déjà connu, mais aussi à l'imagination par la réflexion et la méditation qui par le mélange des choses mémorisées ou ressenties font apparaître des modèles nouveaux. Mais on reste ici, même si on peut parler de création, dans le rationnel. Tu parles d'Einstein, il n'y a pas de plus rationnel que lui, au moins dans son activité scientifique, à tel point qu'il a eu une grande difficulté à admettre la mécanique quantique qui laisse un peu d'indétermination dans les prévisions. Au deuxième niveau, l'oeuvre d'art, même si elle peut être analysée en surface, n'est pas réductible à la raison. Au 3ième niveau, l'irrationnel pur ne peur être pénétré par la raison. On peut tourner autour, comme le fait la philosophie et ce n'est pas négligeable. Cette distinction ne signifie pas que ces 3 niveaux sont imperméables l'un à l'autre, et il est bien possible que la source du rationnel, comme tu le dis, soit l'irrationnel  lui-même ( "la lumière des origines"), mais c'est alors une question de foi.<br /> Pour développer l'intuition et la création, je ne suis pas sûr qu'il faille se baser seulement sur les mythes, mais il faut que l'enseignement ne consiste pas à accumuler des connaissances qui peuvent être complexes, mais à développer l'esprit de recherche, à apprendre à méditer devant une feuille blanche, à favoriser la céation artisitique, et sans doute à ouvrir aux religions.
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E
Hugues, je vois que tu as parfaitement compris ce dont il s'agit. C'est toujours important de savoir que le message passe ou qu'il mérite de passer. Merci donc de ton jugement.
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H
Merci des deux textes. Dans le tien, tu plaides pour l'articulation de la vision et de la raison avec sa conséquence pédagogique : ouverture à l'art, à la littérature et valorisation de l'intuition par le recours au mythe. Le texte de Marie-Louise fait la critique d'une rationalité étroite trop centrée sur la science appliquée et la recherche d'une efficacité obsédéepar le pouvoir et défend une conception plus ouverte de la raison dans un contexte pédagogique défavorable. Ces deux textes sont intéressants, pertinents, non contradictoires entre eux, et ouvre le débat de la réforme de nos pédagogies.
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E
Pierre, je suis impressionné par ce que vous dites, vous qui faites un travail thérapeutique avec des femmes et des hommes torturés. De voir que les idées ont pu être sauvées grâce au non à la dictature, qui tue la parole et la pensée, cela me redonne espoir. Il a suffi ensuite, de votre côté, que vous leviez l'interdit. Mais, en même temps, cela m'inquiète. Si c'était l'excès de rationalité qui provoquait la torture ! Nous risquerions nous aussi d'être soumis à cette torture sans le savoir. La dictature de la raison aurait pour conséquence de faire peser l'interdit sur l'idée et de nous enfermer dans la répétition, qui détruit toute possibilité de création. Seuls auraient droit  à la parole les grands prêtres du système. Il suffirait pour s'en assurer que vous nous appliquiez la thérapie que vous réservez aux victimes de la torture. Nous pourrions avoir de réelles surprises. Je pense, en tout cas, que notre rationalité est défaillante parce qu'elle a contribué à détruire la vision.
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P
Je suis personnellement frappé quotidiennement par le fait que « l'idée » a besoin d'un vecteur pour émerger. Que sans communication, sans moyen de communication, elle reste seule avec son propriétaire.Je vois des patients qui arrivent illettrés, vécus et malheureusement se vivant comme « incultes » ou pire « pas intelligents » et qui déploient très rapidement des trésors de poésie, de finesse. Une fois l’écriture apprise voilà les poèmes qui s’écrivent, les textes qui émergent. Une fois l’incitation du groupe d’art thérapie voilà le corps qui se met en mouvement, les idées qui fusent, les improvisations qui explosent. Et dire que tout cela était en sommeil ou interdit de sortir. Je me demande si le plus gros des gâchis pour les pays exportateurs de victimes de torture, pour les dictatures n’est pas la fuite des cerveaux. Ces patients qui, parce qu’ils ont eu le courage, le besoin, l’envie de dire non, de refuser, parce qu’ils ont eu « l’idée » de manifester ont été contraints de partir. Ils sont partis sans bagages le plus souvent, ils disent « sans rien »… mais ils sont arrivés chez nous avec leurs idées. Si par son incapacité à l’intelligence, la dictature se prive de personnes extraordinaires, accueillons les et partageons ! nous avons à apprendre, à métisser.
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E
Michèle, merci de passer par ici après un petit détour chez Olivier. Il faudra, de temps en temps, que j'aille me ressourcer chez vous, lorsque l'inspiration manquera! J'y trouverai au moins la présence du soleil ! 
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M
excellent .je ne regrette en rien mon passage ici.absolument magique et plein d'intérêt.
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E
J'ai glissé ici ton commentaire, qui n'a rien à voir avec le texte. Mais j'ai pensé que tes premières impressions sur ton nouvel ordinateur pouvaient intéresser bien des lecteurs. En tout cas, je suis personnellement impressionné par la vitesse, la possibilité de communication entre ordinateurs ... Cela met un peu l'eau à la bouche. C'est un outil très professionnel. A bientôt ton commentaire sur Vision et Raison !
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Y
Je répondrai un peu plus tard à ton invitation. Je viens de changer  d'ordinateur. Je suis passé à Mac, le dernier né: Léopard. Il faut  bien quinze jours pour faire le passage: découvrir des fonctions qui  fonctionnent assez différemment,faire les enregistrements,  paramétrer  les options,charger les anciens logiciels quand ça marche, se procurer  et paramètres de nouveaux,  chercher des plug-ins pour  imprimante,scanner, appareils photos, transvaser de l'un à l'autre  ordinateur toutes sortes de documents, vérifier que ça a marché, ce  qui n'est pas toujours le cas s'ils sont basés sur des logiciels  incompatibles car trop vieux, trouver des astuces pour les faire  passer, trier le tout et le réorganiser.Pour le look et le confort, rien à voir. Pour la vitesse, je suis  passé de un quart d'heure à un centième de seconde, c'est le gros  avantage. Les programmes communiquent instantanément entre eux. On est  connecté sans l'avoir demandé et même sans s'en apercevoir.Quelques inconvénients. cela va parfois si vite que des dossiers  finissent dans des endroits inattendus où il faut aller les chercher,  ce qui est très facile... si on se rappelle de quoi il s'agit: photos  dans un programme musical, logiciel qui passe à la poubelle par  mégarde.. Le système du glisser-déposer paraît souvent assez simple,  mais est assez fastidieux pour de multiples transferts, et gare à ne  pas faire un geste malencontreux, si on éternue, ou si l'espace  physique pour déplacer la souris est insuffisant ou si on accroche sa  manche à quelque chose, l'objet déplacé dégringole exactement à  l'endroit où le pointeur se trouve, c'est à dire n'importe où, et tu  ne sais pas où. Tu le retrouves par hasard quelques jours plus tard.  Cependant la fonction de recherche est instantanée et très  performante. Il y a aussi des programmes un peu concurrentiels, d'où  une dispersion de fichiers semblables; bon je ne maîtrise pas tout.J'ai pris iWork en supplément (la suite Apple) mais aussi Office  Microsoft ce qui n'est pas totalement superflu. J'ai aussi pris .Mac  (point Mac) abonnement annuel assez cher mais avec des fonctions  intéressantes: communication totale synchronisée entre ordinateurs  partout dans le monde à la demande évidemment ( tu peux commencer un  boulot chez toi et le reprendre le soir ailleurs, chez un collègue,  chez des amis, à l'autre bout du monde, même si c'est un PC ou Vista,  la communication pouvant être en lecture seule ou en lecture/écriture  et paramétrage de toutes fonctions), boite de sauvegarde virtuelle de  10Go à fonctionnement paramétré, adresse e-mail et site Web, d'accès  universel ou protégé de manières très diverses et progressives , plus  ou moins sélectives mais très faciles à régler ( je partage photos et  dessins avec mes enfants d'une qualité ahurissante et de très gros  fichiers, sans aucune compression apparente) et des tas d'autres  astuces. J'ai pas fait le tour. Bon à bientôt, Yvon<br />  
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O
Meri à Olivier de faire référence aussi rapidement à ce blog dans son mété-bloghttp://oliviersc.blog.lemonde.fr/
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E
François, je suis impressionné par la qualité et la justesse de ta réflexion, qui part d'une expérience réelle. Et je crois que je peux signer des deux mains tout ce que tu dis. C'est vrai qu'il y a toujours une part de polémique dans des blogs comme celui-ci pour poser question et susciter des réactions. Je suis d'accord sur l'équilibre entre vision et raison. Il me semble que je l'ai indiqué clairement. Mais je suis bien obligé de dire que la rationalité est, en quelque sorte, fondée sur une vision et non l'inverse, encore que le travail de la raison peut donner plus d'ampleur à la vision du départ. Sans vision il n'y aurait ni intelligence ni possibilité de pensée. C'est vrai qu'on peut dire la même chose pour la raison mais en un temps second. Si je parle de priorité c'est pour bien marquer l'ordre dans lequel vision et raison apparaissent. C'est aussi pour attirer l'attention sur une certaine toute-puissance de la raison, qui tend à trop relativiser la vision.En tout cas, merci et à suivre !
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F
Le visionnaire est construit, il s’est bâti un modèle qu’il enrichit et complique au fil des expériences. Ce que l’on perçoit comme de la fulgurance est le fruit d’un travail besogneux de chaque instant intégrant chaque événement dans une impossible et complexe unicité. Le visionnaire confond son œuvre, son monde avec lui-même, son moi.<br /> Chaque expérience nouvelle est, pour le visionnaire, source d’émotions que le modèle soit confirmé ou infirmé. Chaque évolution rendu nécessaire par un événement pas compatible est un pas dans le vide, une prise de risque engendrant tourment et torture intérieurs (L’aigle rongeant le foie du visionnaire)<br />  <br /> Le visionnaire est en déséquilibre permanent, en constante insécurité alors que le raisonnable travaille dans la stabilité. Ce dernier s’attache plus aux situations plus qu’aux événements, il préfère les analyses aux hypothèses, la distance neutre et froide à l’engagement. Malgré tout, Le visionnaire s’appuiera sur les bases édictées par le raisonnable et ce dernier trouvera de quoi sortir de l’impasse parmi les visions.<br />  <br /> Pourquoi faudrait-il les opposer ? Pourquoi donner la priorité à l’un plutôt qu’à l’autre ? Pourquoi opposer mouvement et direction ? un mouvement inconsidéré et une mauvaise direction conduisent tous deux dans l’ornière !! La priorité doit être donnée au juste équilibre entre les deux.<br />  <br /> Il est vrai qu’aujourd’hui, le déséquilibre est patent entre une raison économique qui prend le pas sur une vision politique. Le politiquement correct bannit toute prise de risque. La peur de l’inconnu interdit le progrès. Le principe de précaution finit par faire ou laisser faire plus de dommages que ceux contre lesquels il entend nous protéger.<br />  <br /> Aujourd’hui le progrès réside moins dans la recherche scientifique et son indispensable prolongement  technologique que dans le sens et la vision qui leur font défaut. Ce manque de direction, d’espérance, de rêves, de foi conduit les uns vers une régression : un retour aux valeurs du passé, un intégrisme (religieux ou écologique !) et les autres vers un échappatoire : le paranormal,  l’irrationnel, les sciences parallèles.<br />  <br /> Il s’agit plus de trouver un nouveau courant plutôt que de choisir d’emblée le contrcourant.<br />  
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E
J'attends ton commentaire avec intérêt.
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I
Bonjour etienne en vacances actuellement je ferai un commentaire, un peu plus tard.
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E
Je suis content que tu me fasses cette réflexion car il n'existe pas de parole sans un minimum de silence ! C'est donc que la parole peut maintenant trouver sa place.
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A
Etienne, ton silence m'inquiètait ..Amédée
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