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16 août 2021 1 16 /08 /août /2021 08:10

Ce que parler signifie

 

Il y a peu de temps, j’ai découvert, à 30 mètres de mon immeuble, un nouveau café, appelé « Chez Daddy ». J’ai tout de suite été séduit par ce lieu étrange, bâti sur la force de la parole entre générations, entre l’intérieur et l’extérieur, entre les femmes et les hommes. Dans ce lieu, sans s’en apercevoir, ils étaient en train de manier de la dynamite, car si la parole peut conduire vers la vérité, elle peut aussi produire le mensonge. Aussi ai-je proposé d’ouvrir un café philosophique pour réfléchir sur la parole elle-même.

Depuis des milliers d’années, l’humanité a produit des outils pour apprendre à parler et à penser. Ce sont les mythes, l’Iliade et l’Odyssée, Œdipe et Antigone, Narcisse, les mythes de création et de la chute, les mythes extraordinaires de l’Egypte et les histoires fantastiques du Moyen Orient et de la Perse. Comme une Mère, l’humanité, traversée par l’élan de la création a inventé des histoires pour faire progresser les hommes. Aussi cette réflexion est-elle le prélude au café philosophique : il en retrace les étapes et présente les mythes qui serviront de base à la réflexion commune.

 

Parler, c’est d’abord raconter des histoires

 

Le mot parole vient de parabole, qui évoque l’idée de tourner autour du sujet dont on parle ou du sujet humain à construire. Parler, c’est donc essentiellement raconter des histoires.

L’histoire de Shahrazade

Shahrazade, née entre la Perse et le Moyen Orient, l’a compris depuis longtemps. Elle est un peu comme Isis en Egypte ou la Sainte Vierge dans la religion chrétienne. Depuis sa jeunesse, elle a lu de nombreux livres et a ainsi acquis une sagesse étonnante. Aussi a-t-elle la conviction que le monde va mal parce que l’homme n’entend pas la parole de la femme. Elle est proche du roi Chahriyâr car son père est le Grand Vizir.

Or le roi a été trompé par son épouse. Il en vient à prendre une femme chaque nuit, choisie dans les familles du peuple ou dans celles des marchands. Au petit matin, le Grand Vizir doit les faire disparaître. Shahrazade trouve cela insupportable et décide d’y apporter remède. Pour réussir une telle opération, il faudrait qu’elle obtienne la main du roi. Elle en parle à son père, qui la prend pour une folle. Mais elle insiste tellement que le Grand Vizir porte sa requête auprès du souverain. Le roi s’en étonne mais finit par se réjouir. La nuit suivante, les premiers ébats se passent très bien et pourtant la reine se met à pleurer. Avant sa mort, elle voudrait dire au revoir à sa petite sœur Dounyazade. Qu’à cela ne tienne, le souverain envoie chercher la petite sœur, qui demande à Shahrazade de lui raconter ses belles histoires. La reine s’exécute et lorsque le soleil se lève, elle n’est qu’à la moitié de son récit. Le roi, très intéressé par la suite, remet au lendemain l’exécution de sa nouvelle femme.

Les histoires succèdent aux histoires et les nuits aux nuits. Au bout de Mille et Une Nuits, la reine présente au roi les trois enfants qu’elle a mis au monde pendant trois ans. Le souverain est enchanté, reconnaît ses enfants et la reine elle-même : son oreille a fini par s’ouvrir à la parole de la femme (Shahrazade, édition de René R. Khawam, Phébus Libretto).

 

La parole de l’interdit pour faire sa place à l’autre

Dans la vie humaine, l’interdit est fait pour être dépassé. Il est le temps imposé pour que chacun fasse la place à l’autre ou à la limite pour permettre à l’amour de grandir.


Le récit de la chute

Nous sommes au début de l’Humanité, dans le Récit de La chute. Dieu vient de créer l’homme et la femme. Ils sont dans un jardin, mais, pour le moment, ils n’ont pas le droit de toucher à l’arbre qui est au milieu du jardin. Le mythe joue avec les images. Le jardin, c’est aussi le corps de l’homme et de la femme et le sexe est planté au milieu du jardin. De même que l’arbre fruitier doit commencer par développer ses relations avec l’environnement en s’intéressant à ses feuilles et à ses racines, l’homme doit attendre pour donner naissance à des enfants. Il faut d’abord que chacun ouvre un espace à l’autre de manière à faire naître l’amour.

Le serpent, qui entretient le mensonge, cherche à détourner Adam et Eve de l’interdit. En faisant l’amour, comme le font les animaux, ils deviendront comme des dieux. En réalité, Il fallait attendre un peu pour cultiver l’amour. A la suite de l’arbre que l’on pousse à produire des fruits, avant l’heure, ils vont finir par végéter. Ils s’aperçoivent vite qu’ils se sont trompés, se cachent et évitent la présence de Dieu.  Il faudra qu’ils portent les conséquences de leur acte. Il n’y a pourtant pas de malédiction pour eux et leurs enfants. L’homme apprend aussi par ses échecs. Il doit savoir que l’interdit est posé afin de pouvoir être dépassé. Il y va du respect de l’autre (Genèse, 3, 1-24).


Celui qui ne fait pas la place à son frère dans la parole finit par le condamner à mort

Après s‘être intéressé aux parents, la Bible nous invite à jeter un regard sur les enfants. La parole là aussi à son rôle à jouer.

Caïn et Abel

 Caïn est très proche de sa mère et sans doute le lien n’est pas totalement coupé entre les deux. Il a été privilégié car il a reçu la propriété des terres. Son frère vit de l’élevage de petit bétail. Il est d’ailleurs content de son sort et finit par mieux réussir que son frère Caïn. La Bible dit que Dieu agrée ses offrandes alors qu’il n’accepte pas les fruits de Caïn offerts avec parcimonie. Aigri par la jalousie, Caïn ne parle plus avec Abel. Son esprit finit par tourner sur lui-même et ne peut retenir sa propre violence. Pour l’enlever de son horizon, il donne la mort à son frère Abel. S’il veut reconstruire le lien avec l’autre, il devra parcourir la terre (Genèse, 4, 1-16).

 

La parole de l’autorisation et de la libération, à condition de sortir de la toute-puissance

Ce qui empêche l’homme de faire une place à l’autre et d’entrer dans la parole, c’est sa propre toute-puissance. Il veut absolument être maître chez lui. Cette fois le récit biblique met en scène un père avec son fils, dans Le sacrifice d’Abraham.


Le sacrifice d’Abraham

Abraham est, en même temps, un personnage réel et un personnage mythique. Par son sacrifice, il fonde en grande partie la civilisation humaine. Le texte dit que Dieu lui ordonne de sacrifier son fils en son honneur. Est-ce vraiment un ordre de Dieu ou un ordre de la société elle-même ? Il est dans la coutume de l’époque de sacrifier le premier-né pour assurer la protection des autres enfants. Chacun peut pencher dans un sens ou dans l’autre.

En tout cas, le patriarche croit que l’ordre vient de Dieu. Il emmène donc son fils Isaac, qui a entre douze et treize ans, et prend avec lui deux serviteurs pour porter le bois de l’holocauste. Arrivé à proximité de la montagne du sacrifice, il ordonne à ses deux serviteurs de rester sur place. Il charge alors le bois sur les épaules de son fils et chemine avec son couteau pour gravir la montagne toute proche. Etonné, Isaac commence à s’inquiéter. Il voit bien le bois de l’holocauste et le couteau du sacrificateur. Mais où est donc l’agneau à sacrifier ? Abraham arrive à peine à cacher ses larmes mais il s’esquive : « Dieu y pourvoira ». Arrivés au sommet de la montagne, il faut bien se rendre à l’évidence. Le père dresse l’autel et lie son fils sur le bois de l’holocauste. Il lève alors son couteau, mais son bras est arrêté par une main invisible et une voix se fait entendre : « N’étends pas ta main sur l’enfant ».

En même temps, il aperçoit un bélier qui s’est pris les cornes dans un buisson. Il comprend : le bélier représente sa propre toute-puissance. Il délie alors Isaac et sacrifie sa toute-puissance en sacrifiant le bélier. En faisant cela, il autorise son fils à être un homme en lui donnant la parole (Le sacrifice d’Abraham, Genèse, 22, 1-19).

 

La parole du vagabond qui guérit le tout-puissant

Il appartient au roi ou au responsable politique d’aider les citoyens à devenir des hommes authentiques. Autrement dit, il doit nécessairement leur donner la parole pour les libérer. C’est loin d’être toujours le cas.

 

Le secret

Au Moyen- Orient, Mahmoud est un roi puissant et Ayaz est son esclave. Ils sont pourtant devenus de grands amis. Attiré par la lumière qui sort de son visage et la sagesse de ses propos, Mahmoud vient, chaque soir, parler avec son nouvel ami. Finalement, à la surprise générale, il en fait son premier conseiller. De toute évidence, le monarque a perdu la raison. Aussi le Grand Vizir vient-il à son secours : il surveille tous les déplacements du conseiller et finit par découvrir qu’il s’enferme, tous les soirs, pendant une heure, dans une chambre basse du sous-sol, en prenant soin de refermer la porte à clef lorsqu’il s’en va. Manifestement il est en train de comploter avec un ennemi invisible. Le roi est averti ; il finit par douter de son ami et le convoque dans son bureau. « Que fais-tu tous les soirs dans la chambre basse ? -Je ne peux pas te le dire. » C’en est trop. Mahmoud veut en savoir plus. Le soir suivant, Ayaz sort de sa chambre basse en s’appliquant à refermer la porte à clef. Le roi est là avec le Grand Vizir.  « Donne-moi cette clef » insiste le vizir. La clef finit par tomber des mains du conseiller. Le Grand Vizir la prend et ouvre la porte. La pièce est vide. Seules sont exposés la tunique, le bâton et le bol du mendiant. En s’adressant au roi, Ayaz s’écrie : « Tu n’avais pas le droit d’entrer dans cette pièce. Ici c’est le royaume des pèlerins perpétuels.». Sans réfléchir, le roi s’agenouille et baise le pan du manteau du mendiant. Il venait d’être guéri de sa toute-puissance : le mendiant lui donnait ainsi une parole royale ou tout simplement la Parole elle-même (Conte arabe, Henri Gougaud, L’arbre aux trésors, Edition du Seuil).

 

Donner un nom aux êtres et aux choses pour assurer leur fécondité


Le village sans nom

Il était une fois un village qui n’avait pas de nom. Les maisons étaient pourtant bien construites et confortables. Mais la tristesse régnait partout et les passants n’osaient pas s‘y arrêter. Depuis la construction, aucune femme n’avait réussi à enfanter Et pourtant une jeune femme sentit une joie indicible monter en elle. C’était dans l’après-midi. Elle se mit à chanter. Un oiseau chanta avec elle. Alors la jeune femme l’interpella : « Gentil oiseau, quel est ton nom ? – Et toi peux-tu me dire le nom de ton village. -Euh, il n’a pas de nom. – Eh bien moi, je ne peux pas te révéler mon nom. » Vexée par son impertinence, la jeune femme prit un caillou et le lança en direction de l’oiseau chanteur. La bête tomba à terre, sans pouvoir se relever. La femme le prit dans ses mains, le réchauffa mais il ne put revenir à la vie. En désespoir de cause, elle vint interroger son mari. « C’est grave s’exclama-t-il. C’est un Laro, un oiseau-marabout. » Vite, ils allèrent ensemble mari et femme, voir le chef du village. Devant la gravité de la situation, ils décidèrent de faire de grandes funérailles pour apaiser l’âme du laro.

Six mois plus tard, la jeune femme sent un enfant bouger dans son ventre. La population fut très vite au courant et pour honorer la future mère, on lui demanda ce qui lui ferait plaisir. « J’aimerais, dit-elle, qu’on donne au village le nom de l’oiseau mort ». Sitôt fait, sitôt dit. Toutes les femmes du village portèrent un enfant à leur tour. Et le village « Laro » s’emplit de cris et de chansons. Comme chacun l’a bien compris, il manquait un nom au village pour assurer sa fécondité (« Le nom », conte africain, Henri Gougaud, L’arbre aux trésors, Ed. du Seuil).

 

Appeler l’autre par son nom pour le faire exister

Comme nous le savons tous, appeler quelqu’un par son nom ou son prénom, c’est le faire exister dans la société. Mais peut-être plus encore.

 

Ré et Isis (mythe égyptien)

En Egypte, Rê, qui est le soleil lui-même, est le dieu primordial qui a tout créé. Isis, qui occupe un rang secondaire, prétend que Rê n’est pas fini. Il est isolé dans sa sphère et ne communique avec personne. Or, elle a remarqué, que, dans son parcours matinal, il laisse tomber de sa bave sur le sol, sous forme de rosée. Elle en prend, le mélange avec du limon et en fait un serpent d’argile qu’elle met sur le trajet du soleil. Lors que le soleil arrive à son niveau, le serpent prend vie et pique le grand dieu au point de menacer son existence. Sentant la vie qui s’échappe, il appelle au secours. Tous les dieux se précipitent. Isis arrive un peu plus tard. Rê lui raconte sa mésaventure. Elle compatit à son malheur mais lui promet de le guérir s’il lui donne son nom. Comme chacun d’entre nous, il commence par lui raconter sa vie, son lever, son coucher, ses trajets de la journée, mais oublie le principal. Comme elle insiste, Rê lui demande ! « Prête-moi ton oreille pour que j’y mette mon nom ». Elle lui prête son oreille ; il y glisse son nom. Sans attendre, la magicienne demande au poison de sortir et appelle le grand dieu par son nom. Le soleil est guéri mais il est transformé. En l’appelant par son nom, Isis l’a recréé, en introduisant en lui le manque de l’autre et donc la possibilité de communiquer et de parler avec son entourage (Textes sacrés et textes profanes de l’Ancienne Egypte II, traductions et commentaires de Claire Lalouette, Connaissance de l’Orient, Gallimard).

 

 

 

Parler, c’est prendre le risque de la mort

Les grands témoins le savent, la vérité n’est pas toujours bonne  à dire parce qu’elle dérange les puissants. Beaucoup paient encore aujourd’hui de leur vie l’audace de leur témoignage.

 

La parole (conte d’Afrique Noire)

Drid, un pécheur vigoureux, s’en va, le long de la plage, un filet sur le dos. Tout à coup, il remarque un vieux crâne disposé sur le sol. Il le prend et lui demande : « Vieux crâne, qui t’a conduit jusqu’ici ? », A sa grande surprise, les mâchoires se détendent et il entend : « La parole ». Eberlué, le pécheur repose sa question. Et le crâne répond.

C’est extraordinaire, Drid s’en va chez le roi. Le roi n’aime pas bien qu’on le dérange au moment du repas de midi. « Qu’est-ce qui t’amène ici ? – Il y a sur vos terres un crâne qui parle ». Le roi ne veut rien entendre.  Drid insiste. Le roi finit par céder. Il enfile son manteau et prend sa grande épée. Ils approchent du crâne. Drid le prend et lui dit : « Le roi est ici. Dis-lui pourquoi tu es là ». C’est drôle mais, comme le roi il y a quelques minutes, le crâne ne veut rien entendre. Il reste délibérément muet. Alors, le souverain prend sa lance et tranche la tête du pécheur. La tête roule près du vieux crâne, qui, maintenant, ouvre la bouche pour interroger le nouveau venu : « Qu’est-ce qui t’a conduit jusqu’ici ? i - La parole ». La parole qu’on ne veut pas écouter… (La Parole, conte d’Afrique Noire, Henri Gougaud, L’arbre aux trésors, Ed. du Seuil).

 

Au commencement était la Parole

C’est le titre du Prologue de Saint Jean. Ce qui nous intéresse ici, ce n’est pas le message évangélique, mais la pensée philosophique sous-jacente. La Parole existe dès l’origine. Autrement dit, elle est au fondement du monde, comme Parole créatrice. En même temps, elle constitue une dimension essentielle de l’homme lui-même, Elle est le chemin qui conduit à la création et à l’amour. L’homme est fait pour créer et aimer mais, pour y arriver, il doit passer par la parole, car il est un être de parole.

Ettienne Duval

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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commentaires

J
Merci Etienne ,

Ces rappels m'ont fait du bien !!!
Oui nous sommes des êtres de parole même si nous devons être prudents et " tourner 7 fois notre langue ds notre bouche avant de parler !" ou nous souvenir que " le silence est d'or " ...

La parole est du côté de la puissance , je suis bien d' accord avec toi . Pensons aux discriminations liées aux accents , par exemple .

J'espère que tu vas bien et que tu as passé un bon été .
Me voici de retour à Crémieu , ravie de retrouver mes amis .

Amitiés.

Josiane
Répondre
E
Merci Josiane d'être toujours aussi réactive et de manière personnelle. C'est vrai que la parole est fondamentale et nous avons encore à le découvrir.
M
Bonsoir Etienne,
Je viens de lire ton article sur la parole. Il est tellement riche, il y a tellement de références, que j'ai un peu de mal à faire la synthèse de tout ça. Ces histoires ne me paraissent pas toutes "parler" de la même parole et ce sont surtout des questions qui me viennent sur le sens à donner à ce mot. Est-ce que nommer, dire le nom qui donne la vie ou qui intègre, c'est parler ? " La parole de Dieu " peut-elle être assimilée à celle des hommes qui, en effet, comme dit Gérard peut aussi rejeter, exclure, détruire ou simplement se tromper, le langage n'étant pas infaillible ni toujours vrai ? chez l'homme est-ce donc la parole qui fait sa place à l'autre ou la communication, la relation qui n'impliquent pas obligatoirement une "parole" ?

J'espère que nous aurons l'occasion d'en reparler mais ce qui sépare Caïn et Abel me semble moins être la parole - ou son absence - que leurs deux manières d'être au monde, l'un sédentaire, attaché à la terre, et l'autre nomade, avec tout ce qui en découle ( c'est ma nouvelle marotte, partager l'humanité entre les "sédentaires" et les "nomades", ces deux aspects de nous-mêmes . . . je creuse cette piste ) D'ailleurs Ayaz parle de "pèlerins perpétuels" et cette notion se retrouve partout dans la Bible.
Merci donc de ta parole dans ce blog, qui nous permet d'approfondir toutes ces questions.
Et bonne soirée
Michèle
Répondre
E
Merci Michèle pour ton attention et ta bienveillance. Ce qui m’interroge c’est lorsque le lecteur ne comprend pas ce que je veux dire. Toi tu comprends et renvoies tes interrogations ? C’est vrai que la parole, dans ce texte, prend des visages multiples. En tout cas nommer est un des rôles essentiels de la parole, puisque c’est faire exister l’autre.

C’est vrai que la parole peut être destructrice mais, en même temps, elle est créatrice parce qu’elle permet de construire le sujet.

Par ailleurs le rapport entre Dieu et nous pour un croyant est un rapport de parole. Nous parlons à Dieu et il nous parle. Il parle avec nos mots aussi divers soient-ils. C’est pourquoi il peut y avoir révélation.

Pour moi, le rapport avec l’autre est d’abord un rapport de parole, même s’il existe d’autres moyens d’être avec, ne serait-ce que l’amour. Dans le mythe de Caïn et Abel, il y a d’autres aspects que la parole ou le manque de parole, par exemple, comme tu le dis, la sédentarité et le nomadisme. Et pourtant je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a d’abord échec de la parole. En fait, les points de vue sont multiples. Lorsque nous parlons et pensons, nous sommes sans arrêt en train de tourner autour de la réalité. Or la parole c’est tourner autour et le constat que j’essaie d’exprimer, c’est que la parole et la pensée (parler avec soi-même) sont fondamentales.

En tout cas merci de faire tourner la parole.
N
Il est très vrai que les personnes que l’on ne peut pas nommer « n’existent pas » , c’est d’autant plus vrai dans les relations familiales . Merci Etienne.
Répondre
E
Je suis d'accord. Très bonne journée !
G
Je n'ai rien à redire ni a dire de plus..
Sauf ceci.
J'ai bien connu autre fois un ethnologue universitaire, Donatien Laurent, spécialiste de la littérature orale, et particulièrement des contes populaires bretons, transmis de génération en génération, et en breton bien entendu. Ils contenaient tous une vérité discrète, qui en était la base, le point de départ et le prétexte. Donatien insistait sur le fait que la transmission orale garantissait la vérité. Le public ponctuait rituellement l'écoute par des "Ya, Ya ! Gwir eo" (oui, oui, c'est vrai) : l'adhésion proclamée publiquement, collectivement, renforçait la vérité.
Autre civilisation, celle de l'oral et de langue bretonne, insistait mon directeur de recherches.
A une autre fois...
Gérard
Répondre
E
Ce que tu dis des contes bretons est vrai de tous les contes et de tous les mythes. Encore que je n’ai pas une très grande estime pour ces contes souvent repris et transformés par la religion chrétienne. Mais ce ne doit pas être vrai pour ceux dont parle ton universitaire. Ces contes sont au cœur de la culture, car la culture est d’abord une culture de la parole.

Bonne soirée !
J
Bravo pour ton interprétation de la chute.
Le péché est acquis et non pas inné.
Répondre
E
Merci Denis de t'intéresser à ce blog et au mythe de ka chute. J'espère que tu passes de bonnes vacances, que tes filles vont bien ainsi que tes petits-enfants.

Très bonne soirée !
P
Bonjour Étienne,
J'espère que vous allez bien
Merci pour votre partage que je vais très vite lire
Avec toute mon estime
Bien cordialement
Philippe DELAS
Répondre
E
Merci Philippe. Je suis heureux de vous lire parce que je vois que l’élan de la vie est toujours là, et j’attends votre parole.
Bien amicalement.
G
Les mythes et contes que tu rappelles signifient que la parole -une parole- a provoqué des choix qui créent la vie (écartent la mort, engendrent l'amour) à moins qu'elle ne provoque la mort, ou pousse au refus de la vie. Au quotidien, il en est de même. La parole, alors est le fait de se parler « en vérité » avec confiance, d'être entendu et surtout d'entendre en retour. La Parole n'est pas d'utiliser des mots, mais d'y mettre le poids d' un engagement personnel.

Un peu différemment, les paroles, c'est-à-dire l'oral, suppose aussi un engagement. On ne parle pas seul (sauf cas particuliers...). Devant autrui, les hésitations, les maladresses et erreurs de l'oral – et de l'écoute-, la présence, l'attitude, le ton, l'expression sont des risques, parfois difficiles, souvent heureux, qui tiennent au rapport vivant. On sait bien que l'écrit met un peu à l'abri (provisoirement,) donne le temps de la réflexion, de mieux choisir les mots et de les changer, donc de modifier le sens, parfois in extremis avant l'envoi (ce que je fais en ce moment).

Tout autre chose sont les discours et propos qui sont émis et circulent, sont repris, répétés, deviennent de ce fait des pseudo-vérités. Ces propos stéréotypés, convenus, calibrés, répétés n'ont pas grand chose de commun avec la parole ; mais, par les moyens qu'on sait – dont celui que j'utilise en ce moment - ces propos communs; ces bavardages se substituent à la parole... qui se fait rare ; et aux liens humains qui le deviennent aussi. Est-ce là le mal du siècle ?

Je me demandais, dans une autre vie, en quoi consistait, ce que signifiait « la Parole de Dieu » que les Frères prêcheurs avait mission de porter. Cela me semblait une formule grandiose et un peu fallacieuse. Nous apprenions à transmettre, sous cette étiquette, une somme de relectures qui traduisaint cette hypothétique « Parole » en un discours savant et abstrait, nourri d'abstractions théologiques ou métaphysiques. (Je me souviens de cette mise en garde de Jolif : « La théologie sert à dire ce à quoi il faut, ou on peut vraiment croire – et ça tient en très peu de chose » ; il accompagnait son propos par le rapprochement extrême de ses deux index). Je ne vois pas de « Parole » créatrice de vie dans ces discours qu'on entend parfois dans les églises -ou les temples. Rarement savants – ou pire : moralisateurs et très approximatifs. Je doute qu'ils soient la « Parole de Dieu ». Sont-ils même une parole ? Je ne vois pas quels sont, dans ces situations et ces discours, les liens humains, ni en quoi consiste leur sens, ni par conséquent, comment ils portent « la vie ». J'ai fui depuis longtemps, sauf obligation et le plus souvent avec désolation.

Dieu merci, je retrouve la parole de temps à autre : à l'occasion d'une émotion ou d'une question commune, qui mobilise des conceptions ou des préoccupations partagées ou du moins convergentes, par le jeu d'une complicité et la chance d'un calme propice, on peut alors se dire l'un à l'autre bien autre chose que des propos convenus, déjà fabriqués ailleurs. Quelque chose se passe alors : le lien amical (ou plus) en est renforcé mais aussi la réflexion et la compréhension du monde (si j'ose dire) et même un peu plus d'espoir ?
Je dois dire que mes échanges (de paroles et autres) ne sont pas toujours si idylliques. Et, Dieu merci encore une fois, j'utilise aussi des mots forts communs pour des activités ou propos fort quotidiens. Mais tous ont en commun d'entretenir la vie dans ses différents aspects ou ses multiples obligations ou plaisirs, parce qu'ils requièrent une présence. Et à défaut de présence, ton invitation à réfléchir en tient lieu très heureusement.
Bien amicalement
Gérard,
19. VIII. 2021
Répondre
E
Merci Gérard. Tu soulignes bien ce qui manque à nos paroles pour être une véritable parole : l’engagement, la vie, la vérité. Il y a aussi le risque, risque de la mort. Cela nous pousse à rechercher ce qu’est une véritable parole. Les mythes et les grands contes le sont. Ils sont une véritable révélation éprouvée souvent par des milliers d’années. Il n’y a pas que la révélation juive ou chrétienne.
Par ailleurs je me pose comme toi la question de La Parole de Dieu. Si je parle en théologien Dieu a inventé la parole non seulement pour que les hommes se parlent mais aussi pour qu’il y ait une parole entre les hommes et Dieu. Ce sujet est passionnant. C’est la parole qui réunit le ciel et la terre.
En ce qui concerne la prédication, je trouve que les réflexions même intelligentes ne sont rien à côté des mythes initiaux, de la parole à son état originel. Ils parlent d’eux-mêmes comme une mère parle à ses enfants.
Très bonne journée.
E
Merci Gérard. Tu soulignes bien ce qui manque à nos paroles pour être une véritable parole : l’engagement, la vie, la vérité. Il y a aussi le risque, risque de la mort. Cela nous pousse à rechercher ce qu’est une véritable parole. Les mythes et les grands contes le sont. Ils sont une véritable révélation éprouvée souvent par des milliers d’années. Il n’y a pas que la révélation juive ou chrétienne.
Par ailleurs je me pose comme toi la question de La Parole de Dieu. Si je parle en théologien Dieu a inventé la parole non seulement pour que les hommes se parlent mais aussi pour qu’il y ait une parole entre les hommes et Dieu. Ce sujet est passionnant. C’est la parole qui réunit le ciel et la terre.
En ce qui concerne la prédication, je trouve que les réflexions même intelligentes ne sont rien à côté des mythes initiaux, de la parole à son état originel. Ils parlent d’eux-mêmes comme une mère parle à ses enfants.
Très bonne journée.
B
"Ce que parler veut dire" est le titre d'un ouvrage de Bourdieu. Il insiste sur la parole domine et son rôle de valorisation du pouvoir...
Répondre
G
Cher Etienne,
J'ai bien reçu ton nouveau texte. Je n'ai pu ouvrir la pièce jointe, mais je l'ai lu sur le site (pour la première fois) et j'ai été surpris par la brièveté des réponses. .
Je crains de devoir en faire une plus longue (trop ?). Donc à bientôt.
Gérard
Répondre
E
La longueur ne me gêne pas.

Bonne journée en attendant.
N
On dirait que tu écris tes blogs pour les francs-maçons!
Bonne soirée
Répondre
E
Oui, si tu veux, je les écris aussi pour des francs-maçons.
N
Pas convaincu.
Répondre
E
Ne compte pas sur moi pour te convaincre!
N
Tu es comme André ! Tu trouves tj quelque chose pour te défausser. Que dire de la bible pour les agnostiques !
Paul
Répondre
E
Je ne me défausse pas. Je respecte la liberté du lecteur. Je pense que la Bible la respecte aussi. Elle n’enferme pas dans le religieux. Le couvent de l’Arbresle, qui a été construit par Le Corbusier, un agnostique, n’enferme pas dans le religieux ; mais reste ouvert au croyant comme à l’incroyant
N
Je viens de lire rapidement ton blog sur la Parole. Je vois que tu bases ta « démonstration » sur les mythes et contes! C’est judicieux. Mais, que dire de la « parole » du Christ dans les évangiles? Tu t’arrêtes vite sur l’ancien testament.

Je vais le relire plus tranquillement.

Je t’embrasse. Bonne soirée. Paul
Répondre
E
Je le fais exprès pour respecter la liberté de chacun. Je m'arrête à la porte de la foi.
Très bonne soirée !
C
Sur le chemin, Étienne, de ces mythes que tu nous fais parcourir,
je me dis que ce "frère prêcheur" qui s'exprime dans le blog
n'est pas à entendre au sens de "moralisateur"
mais justement de "frère de la Parole".
Merci à toi, "caminante" !
Charles Lallemand
Répondre
E
Merci ,à toi ,qui est dans la même inspiration.

Bonne soirée !

  • : le blog mythesfondateurs par : Etienne
  •   le blog mythesfondateurs par : Etienne
  • : Mythes, articles à partir des mythes, réactions sur le site Mythes fondateurs http://mythesfondateurs.over-blog.com/ Le mythe et le conte sont la parole dans sa première gestation. C'est pourquoi, si la parole est malade, comme le dit Vittorio Gasman, il devient urgent de revenir à ses fondements qui sont encore à notre disposition, à travers les mythes et les contes. Lorsque la parole ne fonctionne pas, c'est la violence qui gagne. Les mythes et les contes, par l'apprentissage du processus symbolique qu'ils proposent, sont là pour nous aider à faire sortir la parole de la violence. C'est de la naissance de l'homme lui-même dont il s'agit.
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