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9 avril 2021 5 09 /04 /avril /2021 15:26

Opium, nerf de la guerre

Retour à l’arbre de la drogue : une hypothèse qui porte ses fruits

 

Dans le dernier article du blog, nous avions évoqué les mythes de la création et de la chute, repris par la Bible, où sont présentés deux arbres : l’arbre de la connaissance et l’arbre de vie. Comme son nom l’indique, le second nous conduit vers la vie, alors que l’arbre de la connaissance, lié au mensonge, nous conduit vers la mort. Et, à ce stade, nous avons posé l’hypothèse que l’arbre de la connaissance pouvait être identifié à l’arbre de la drogue, qui semble accroître certaines capacités de l’imaginaire et développer la lucidité. Il ne s’agissait pas réellement d’une interprétation univoque car l’arbre de la connaissance peut aussi évoquer différentes formes de toute-puissance. Mais nous pensions que la drogue était dans l’arrière-fond du mythe. Or, cette hypothèse nous a permis, grâce aux discussions que l’article a provoquées, de révéler toute une part de réalité que nous ne voyions pas : la drogue a envahi notre monde au point de produire des ravages à tous les niveaux, aussi bien dans le domaine de la santé qu’au plan de la vie économique.

 

La création face à la décréation

L’homme a hérité d’un monde en pleine création et, qu’il le veuille ou non, il est amené à coopérer à une telle création. Or, comme l’expriment nos deux arbres, il est confronté à deux forces qui s’opposent : une force de création et une force de décréation, la drogue étant plutôt du côté de la décréation. Sans doute, la réalité est-elle plus complexe. Dans plusieurs cas, la drogue pourrait coopérer à la vie mais à certaines conditions. Ainsi, aujourd’hui même, les hommes, et surtout les plus jeunes, doivent choisir entre deux voies, celle de la création et celle de la décréation ou celle de la vie et celle de la mort. Un tel choix est d’autant plus important qu’il va permettre de construire ou de déconstruire leur avenir et l’avenir du monde lui-même. Et la drogue peut être au centre du débat.

 

Symbolisation, désymbolisation

En fait, la création est du côté de la symbolisation, c’est-à-dire du côté d’une spiritualisation progressive, ce qui n’implique pas nécessairement une dimension religieuse ou l’ouverture à une divinité. Or celui qui choisit la drogue ou l’arbre de la connaissance (dans le sens du mythe) comme chemin d’avenir court le risque d’entrer dans une série de déséquilibres en chaîne. Tout d’abord, il sort du jardin, c’est-à-dire met en danger sa relation à la nature. Les rapports entre homme et femme deviennent plus compliqués et la sexualité elle-même entre dans la sphère de la culpabilité. Même le travail pour gagner sa vie s’avère de plus en plus dur. Par ailleurs, le rapport à l’autre est en partie compromis comme le montre le meurtre d’Abel. On comprend que les religieux aient parlé de péché originel, c’est-à-dire d’égarement qui compromet l’avenir de l’humanité. Ils ont exprimé à leur manière ce que voulait souligner le mythe. Sans doute les dogmes peuvent-ils induire en erreur les hommes mais les mythes eux-mêmes se trompent rarement.

 

Le piège opéré par le mensonge

Comme le diable dans le mythe, la drogue ouvre un piège. Elle fait croire que le bonheur humain est du côté du cannabis ou de l’herbe. En fait le paradis qu’elle promet est illusoire et destructeur. Et ce sont les plus fragiles qui deviennent les plus grandes victimes.

 

Le jeu de cache/cache

Dès le départ la culpabilité est présente, même si elle est en partie inconsciente. Dans le mythe, dès qu’ils ont cédé à la tentation, Adam et Eve se cachent. Ils en viennent à voiler leur sexe et évitent le regard de Dieu qu’ils ne peuvent soutenir.

On comprend dès lors que le commerce de la drogue commence par échapper aux regards et à se développer en banlieue, loin des agglomérations centrales. Mais avec le temps, comme me le disent ceux qui ont lu le texte précédent, la drogue se rapproche des centres-villes en passant par les caves et les garages. A un moment donné même, grâce à l’aide des guetteurs, elle se faufile dans les parcs et sur les places pour se rapprocher des clients.

 

Une généralisation sans bruit

En parlant avec les uns et les autres, je m’aperçois que la drogue est présente partout. Les clients ne sont pas simplement dans les banlieues : ils sont présents dans toutes les classes de la société, même dans les familles les plus aisées. Les parents et les grands-parents parviennent à me faire sortir de mon ignorance : dans les lycées, près de la moitié des élèves toucheraient au cannabis ou à l’herbe, n’hésitant pas à fumer un pétard pour les motifs les plus futiles.

 

Les errements de la médecine

La médecine elle-même en vient à traiter les maladies psychiques par la drogue dans le domaine de la psychiatrie. Elle peut ainsi obtenir des résultats rapides et peu coûteux, qui lui font délaisser le remède de la parole. Mais le prix qu’elle n’a pas voulu assumer dans le soin se retrouve en fin de parcours, à travers la léthargie des patients et l’addictologie aux produits qui leur sont imposés. La drogue fait ici des ravages sur ordonnance. Il ne s’agit pourtant pas de condamner en bloc ce type de pratique. Certains médicaments permettent de traverser des périodes difficiles et de mener une existence normale là où les pratiques anciennes condamnaient les individus à une grande marginalité. Et pourtant la parole pourrait encore faire des miracles dans la vie courante, en faisant progresser vers plus d’humanité. Il y a quelques jours, j’interrogeais un SDF à qui je venais de donner une pièce : « Comment se fait-il que vous en soyez arrivé à une telle situation ? C’est très simple, me dit-il. J’ai été contacté par des extra-terrestres et j’ai passé un certain temps en hôpital psychiatrique. Voilà pourquoi j’en suis arrivé là où j’en suis ». J’ai souffert lorsque j’ai entendu sa réponse pleine d’innocence. Il m’a semblé qu’on avait voulu traiter son mal dans le court terme sans lui apprendre à retrouver la maîtrise de ses pensées et de sa parole.

 

La destruction du sujet

La drogue en vient restreindre l’espace de vie des gens qu’elle poursuit, à les enfermer en eux-mêmes et à développer l’individualisme dans la société tout entière, en omettant de favoriser l’émergence du sujet. Je ne suis pourtant pas assez naïf pour penser que la drogue est la seule responsable d’une telle situation. Mais, en fait, je suis certain maintenant que la drogue a beaucoup plus d’importance que je ne le pensais sur son effet anesthésiant de la société tout entière.

 

Retourner à la parole pour retrouver un monde de création

Dans la rue où j’habite vient de se bâtir un nouvel immeuble. Ceux qui ont conçu sa construction ont pris soin d’installer un café intergénérationnel appelé « Chez Daddy ». Il est ouvert à même le trottoir et invite les passants à s’arrêter pour parler. Intrigué par mes réflexions du moment et poussé par ma curiosité, j’ai décidé de franchir le pas de l’entrée à deux reprises. J’ai été émerveillé. Dans mon immeuble, surtout depuis l’irruption de la covid, les habitants ne parlent presque plus entre eux. Ici, je me suis trouvé, chaque fois, dans un groupe d’une dizaine de personnes, animé par trois jeunes femmes d’une vingtaine d’années. La question posée était des plus simples : « Pour vous qu’est-ce que le bonheur ? » Chacun improvise à sa manière : le retour du soleil, le temps passé avec des amis, la paix intérieure… Les paroles se croisent, s’interpellent. Des sourires s’échangent, des vies se découvrent. Dans la plus grande simplicité, un nouveau monde est en train de s’ouvrir. Alors me reviennent des paroles prophétiques : « Au commencement était la Parole, … tout fut par elle, sans elle rien ne fut » (Jean ch. 1). Chez Daddy, comme des enfants, nous sommes en train de réinventer le monde.

Etienne Duval

 

 

 

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commentaires

J
josiane bochet
mar. 27 avr. 11:10 (il y a 9 jours)
À moi

Bonjour Etienne ,

merci pour ces analyses et bons moments chez Daddy , en terrasse !

D'accord avec toi . Je me permets d' ajouter que ce qui me gène ds la drogue c'est le discours de "l'élite intellectuelle , artistique " qui banalise les produits et ne se soucie pas de mettre en danger ses fournisseurs ... Consommer suppose un dealer et une source d' approvisionnement ...
Dans certains milieux il est de bon ton de "fumer " ou autre ...
Comment lutter ?
Pas facile de faire accéder un ados au monde spirituel de la création ...

Le muguet est fleuri , les orchidées aussi ! voici ma " drogue "...
Porte-toi au mieux .
Amitiés.

Josiane
Répondre
E
Merci Josiane. Je te suis complètement.
I
On trouve des traces de consommation de drogue dès la nuit des temps. L'opium semble être la première substance de cet ordre à avoir été découverte par l'homme, il y a 8 000 ans, un peu partout dans le monde. ... Néron a semble-t-il utilisé un concentré d'opium pour tuer Britannicus et prendre sa place.
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L
L'arbre qui rend fou En Colombie, une substance tirée du " Datura arborea " provoque des ravages sanitaires et alimente la violence urbaine
Le Monde
Publié le 06 juillet 1994 à 00h00 - Mis à jour le 06 juillet 1994 à 00h00
Temps deLecture 6 min.
Article réservé aux abonnés

BOGOTA de notre correspondante

LA légende veut que les Espagnols qui découvrirent et envahirent la savane de Bogota au XVII siècle le surnommèrent l'" arbre qui rend fou ". Le Datura arborea, arbre de taille moyenne, aux impressionnantes fleurs blanches en forme de campanile, recouvrait alors la place conquise. Qui se reposait un moment à l'ombre de ses feuilles devenait, dit-on, invariablement fou.

Aujourd'hui, le " borrachero ", comme on l'appelle vulgairement, continue de rendre fou. Dans les années 70, les délinquants colombiens ont découvert que d'une partie de ses fruits on pouvait extraire un alcaloïde assez commun mais qui, bien utilisé, devenait un poison terrifiant et criminel, une arme idéale qui hypnotise et fait perdre la mémoire : la scopolamine (ou hyoscine). Depuis, la " burundunga ", le nom commun donné hier, ici, à cette drogue et à toutes ses variantes, a fait son chemin. Il y a deux mois, un sénateur et son épouse ont, une nuit durant, sous l'emprise de la " burundunga ", vidé de leur contenu leurs comptes en banque en s'arrêtant à chaque distributeur pour le remettre à une bande de malfaiteurs. Puis, ils ont ouvert leur appartement et ont offert leurs biens les plus précieux... C'est l'histoire la plus banale des victimes de ce nouveau genre de délinquance.

Chaque week-end, quinze à vingt patients arrivent en urgence à l'hôpital Kennedy de Bogota, drogués, ne se souvenant absolument pas de ce qui a pu leur arriver et, le plus souvent, dépouillés de leur argent et de leurs bijoux, voire violés. Le poison qu'on leur a fait ingurgiter, fabriqué à base de scopolamine et/ou à base de benzodiazépine, une substance chimique aux effets similaires à doses élevées, est une véritable spécialité colombienne qui n'a, étrangement, jamais ou rarement dépassé ses frontières. " La drogue idéale " " On nous a signalé quelques cas isolés au Venezuela et une histoire dans un aéroport espagnol, mais les responsables étaient un couple colombien ", remarque le docteur Camillo Uribe, de la clinique de toxicologie de Bogota. La " burundunga " serait responsable, selon le docteur Uribe, de plus de 80 % des cas d'intoxication qui arrivent en urgence dans les hôpitaux colombiens. " C'est la drogue idéale : la victime accepte de faire ce qu'on veut d'elle, puis ne se souvient ni des faits ni des agresseurs. C'est une hypnose chimique parfaite qui peut entraîner tous les délits, notamment le viol et les abus sexuels, qui sont les plus courants, mais aussi d'autres crimes plus effrayants. Car certains l'utilisent comme un sérum de vérité comparable au penthotal, expérimenté pendant la seconde guerre mondiale ", constate le docteur Uribe. L'expert n'a pas besoin de fouiller longtemps dans sa mémoire pour relater l'histoire de quelques-uns de ses patients.

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E
L'ARBRE HALLUCINOGENE D'AFRIQUE

L’iboga, l’arbre hallucinogène d’Afrique centrale menacé par sa réputation
C’est un puissant hallucinogène, utilisé par des tribus d’Afrique pour les rituels initiatiques. On en a tiré des médicaments contre l’addiction. Mais ses effets secondaires l’ont finalement classé comme drogue dans de nombreux pays. Aujourd’hui, cette plante endémique est menacée, victime de son commerce.
Article rédigé par

Jacques Deveaux
France Télévisions Rédaction Afrique
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G
Depuis longtemps, l'article est référencé par google.
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M
Merci pour ton nouvel article.
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E
Cette fois, les commentaires peuvent être partagés. L'ordinateur semble fonctionner correctement...
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C
Bonjour Étienne,
Tes deux textes reprenant celui du mythe de la Genèse "l'arbre de la connaissance et l'arbre de vie" me laissent sur ma "faim" et ma "fin", notamment quand tu écris : " Aujourd’hui les hommes, et surtout les plus jeunes, doivent choisir entre deux voies, celle de la création et celle de la décréation ou celle de la vie et celle de la mort. " car en identifiant la mort à la drogue, tu nous renvoies à cette dualité - voire ce manichéisme - du mythe biblique de la genèse du Bien et du Mal, alors qu'un autre mythe, celui de Narcisse, je le trouve plus "juteux" - au sens de porter des fruits.
Pour ce qu'il en est de "l'arbre de vie", Delphine Horviller mercredi soir dans "la Grande Librairie" à propos de la mort inscrite elle-même, comme tu nous le fais souvent remarquer, dans le processus de la vie, rappelait que, nos cellules ne cessant de mourir tout autant que de se régénérer, la fonction d'une tumeur cancéreuse, par ex., c'était de faire obstacle à ce processus en le dérivant, et non pas la mort de la cellule. Là où je te rejoins, c'est que la drogue peut être aussi un obstacle à ce processus en contournant le Réel grâce à la fuite dans un Imaginaire qui, par définition, est sans limites, le recours au spirituel pouvant être lui-même une forme de drogue dans la mesure où il n'est pas porté par ce que Besnard dans ses Propos intempestifs sur la prière appelait "le goût de la chose réelle".
Quant à "l'arbre de la connaissance", dans le mythe de Narcisse, à sa mère Liriope qui demande au devin Tirésias si son fils vivra longtemps, celui-ci a cette étrange réponse : "S'il ne se connaît pas", (Ovide Les Métamorphoses III v. 348) Dans cet oracle la connaissance fonctionne en effet comme un interdit, un impossible, qu'exprime Narcisse (v. 350) "exigua prohibemur aqua" mot-à-mot "empêchés par une eau infime", empêchés, moi et mon reflet dans le miroir, de nous y reconnaître. Et Narcisse meurt pour avoir franchi cet interdit, croyant à son insu, inconsciemment, qu'il s'agit d'un autre, alors que dans ce miroir ce n'est que lui-même, et le même ! Cependant, le narcissisme n'est pas qu'une "admiration de soi-même" comme le définit le dictionnaire. Pour Freud c'est - avec l'altérité, le recours à l'Autre -, le choix qui permet aussi au sujet de se construire et dans lequel le "moi" intervient alors comme support : "Prends connaissance de toi-même" , dit l'oracle de Delphes, à la condition que, paradoxalement, cette connaissance demeure à l'horizon d'une méconnaissance, en sorte que l'Autre, selon la belle expression de Rilke dans Le Testament, "fût une fenêtre dans l'espace élargi de l’existence, non un miroir" ; notre semblable, sinon c'est le retour à l'identique, aux groupes identitaires et à la mort, celle de Narcisse.
Amicalement, Charles
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C
Bonsoir Étienne, voici mon texte, dis-moi si tu le reçois.
Déjà, comme je te l'avais dit au téléphone, ton texte précédent qui nous renvoie à la question de la drogue ne m'inspirait pas, non pas que cette question ne soit pas actuelle, au point qu'un débat devrait avoir lieu sur la dépénalisation du cannabis, mais parce que c'est plus à traiter au niveau sociologique et économique, me semble-t-il, que par une réflexion de forme dualiste sur le bien et le mal finalement, à mon goût, plutôt moralisatrice.
Alors, peut-être que ma réflexion sur la fonction de "la méconnaissance" va te paraître n'avoir rien à voir avec ton texte et avec la drogue mais pour ma part, partant de la question de " la connaissance" que tu soulèves, elle m'aide à aller plus en profondeur, telle une antidote, même si les comportementalistes et les adeptes de l'analyse transactionnelle ne s'y retrouveront pas, non plus que les partisans du choc des civilisations et des "identités meurtrières".
Amicalement. Charles
Répondre
E
Bonjour Gérard,

Je vois finalement que, comme moi, tu as été bien impliqué dans les histoires de drogue sans pour autant avoir mordu à l’hameçon. Finalement la drogue fait perdre la tête et je ne vois d’autre solution que de réamorcer le processus de la parole pour retrouver la raison. L’arbre de la parole devient malade et c’est lui qu’il faut guérir. Il ne s’agit pas tellement de s’acharner sur l’addiction à un poison que de renforcer l’arbre de la parole, qui est en soi. Nous sommes ici au centre de l’humain et c’est pour cela que l’affrontement au problème de la drogue est si important. Oui, comme toi, je pense que la drogue est une saloperie dont il faut se débarrasser et que les tergiversations autour de son autorisation sont inopérantes.
Pour le moment, je ne peux pas mettre les commentaires sur le blog. J’espère que je pourrai le faire dans peu de temps.
Très bonne journée !
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L
Le problème que me pose ce texte

Ce texte est d’une très grande qualité. Il est rempli d’observation, de rationalité et de pensée. Et pourtant il suscite en moi un certain malaise. Et je crois que j’en ai trouvé la raison. L’homme a deux yeux : d’abord celui de la conscience, de la rigueur. Celui-là Gérard l’a fait fonctionner avec un grand art. Mais il y a aussi celui de l’inconscient, qui saisit l’avenir encore non maîtrisable. D’une certaine façon, il ne fait pas toujours bon ménage avec le premier surtout lorsque la maîtrise est très forte. Or, dans une situation donnée, il y a aussi ces deux dimensions à tel point que la situation d’aujourd’hui porte en elle l’avenir même s’il n’est pas très apparent.

Pour le faire comprendre je vais raconter une expérience, qui a été aussi celle d’une quinzaine d’autres amis. Dans le service d’études, où je travaillais, le directeur m’avait demandé de travailler sur l’insertion des personnes sans travail pour voir quels étaient les meilleurs moyens de la favoriser. Pour arriver à des idées judicieuses, j’ai fait travailler successivement deux groupes. Le premier était sur Lyon, avec des spécialistes de l’emploi. Le second était composé de marginaux de l’Ardèche. Mon hypothèse de départ était que les idées que nous recherchions étaient en germe dans la situation d’alors. Il fallait trouver le moyen de les amener à la conscience. Pour cela j’ai demandé aux deux groupes de discuter sur l’emploi et l’insertion en Rhône-Alpes sans trop de précision. C’est moi qui écrivais tout ce qui était dit en restant silencieux. La fois suivante, je restituais par écrit le contenu légèrement traité des conversations précédentes. Il y a eu sept séances de part et d’autre. Après une analyse de contenu des paroles énoncées, nous avons pu constater que la solution recherchée était très explicite. Les individus, de part et d’autre, évoquaient sans cesse, de manière directe et indirecte, l’espace intermédiaire. Autrement dit l’utilisation de l’espace intermédiaire était le moyen de favoriser l’insertion de ceux qui étaient restés sur le bord de la route. Il ne fallait pas essayer d’intégrer dans la société ; il fallait jouer sur l’entre-deux (entre l’intérieur et l’extérieur, l’individu et le groupe, le passé et l’avenir, soi et soi etc.). C’est là que sont toutes les dynamiques de la vie qui font avancer. Il fallait à tout prix remettre les exclus dans des espaces intermédiaires pour les faire sortir de l’exclusion. Deux études ont été publiées sur ce sujet : Espace intermédiaire et insertion et Espaces intermédiaires et dynamique de l’insertion. La seconde, qui a été largement diffusée, a eu un assez grand succès. Elle peut être obtenue à la DIRECTE Rhône-Alpes, Direction Régionale des Entreprises, de la Concurrence, de la Consommation, du Travail et de l’Emploi, 1, boulevard Vivier Merle 69443 LYON cedex 03 (04 72 68 29 00 et www.rhône-Alpes.directe.gouv.fr ).
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E
Ayant une assez grande » pratique des mythes, il me semble que la drogue est en arrière plan du mythe de la chute. La drogue est traitée par le mythe de Narcisse. Mais c’est un élément de l’interprétation, qui laisse leur place à toutes les toutes-puissances. En tout cas cette hypothèse m’a parmie de comprendre de multiples choses de la réalité actuelle.
J’ai un problème technique qui bloque tous les commentaires. J’espère qu’il sera résolu bientôt.

Très bonne soirée !
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J
Merci cher Etienne de cette réflexion. Je n'aurais jamais fait à ce point le lien entre l'arbre de la connaissanc et la drogue.
Bon temps de Pâque!
Jean-Paul
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E
Merci Jean-Marc, je te suis tout à fait. Je sais que je dois un peu nuancer pour la psychiatrie et les soins palliatifs. Mais je voulais alerter sur un sujet que l’on prend trop souvent à la légère et relancer la parole qui est hyper importante. Je ne peux pas mettre les commentaires sur internet, pour le moment, car je dois amener mon ordinateur à la réparation.
Répondre
J
Bonsoir Etienne,

Très répandue dans les années 1960-70 au sein de certaines communautés de jeunes en rupture avec la société et à la recherche d’identité, l’usage de la drogue concerne désormais toutes les couches de la société et s’étend à la plupart des territoires bien au-delà des banlieues.

Dans certains lycées renommés, notamment de Lyon, de nombreux élèves n’hésitent pas à fumer des joints entre les cours. Pour beaucoup d’entre eux cette pratique constitue une sorte de passage initiatique vers l’âge adulte sans conséquence grave à long terme. Par contre, pour les élèves les plus fragiles, c’est souvent le début d’une addiction qui les fera basculer progressivement dans une pathologie psychique de plus en plus lourde.

En ce qui concerne l’usage de la drogue dans le domaine médical, il convient à mon avis de porter un jugement nuancé. Certes on ne peut écarter les risques de cette pratique mais il faut reconnaître que l’administration à usage thérapeutique de certaines herbes s’apparentant à de la drogue peuvent aider certains malades à mieux supporter la douleur. C’est le cas notamment dans les services de soins palliatifs où la morphine est fréquemment utilisée pour accompagner et soulager certains patients en fin de vie.

Mes amitiés.

Jean-Marc
Répondre
E
Je suis apparemment débloqué.
Répondre
E
merci
Répondre
J
Et oui ! Au commencement était la parole !

Un grand merci Etienne.
Répondre
D
Grand merci = toi !

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