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8 janvier 2021 5 08 /01 /janvier /2021 16:29

Chagall

Le doigt qui empêche de voir la lune ou la présentation d’un Christ, qui empêche l’accession à l’Esprit

 

Personnellement je me situe dans le courant chrétien, mais, en même temps, je reste très attentif à la recherche spirituelle dans ses formes les plus diverses. Cette recherche n’est pas limitée par l’horizon politique : elle s’inscrit dans la culture universelle, dynamise l’évolution du monde et lui donne un sens ultime.

Or, dans le courant chrétien, je perçois autour de moi une contradiction mortifère : la foi est presque complètement centrée sur le personnage du Christ, oubliant qu’il lui appartient de révéler l’Esprit, garant de l’avenir de l’homme et du monde. De ce fait, on en fait une idole, parce qu’on le prive de sa vocation principale, qui doit permettre l’intériorisation de la Loi. Nous sommes comme l’imbécile fixant son regard sur le doigt qui lui montre la lune, au lieu de regarder la lune elle-même.

 

Un véritable conte de fée

Avant l’arrivée du Christ, je suis personnellement fasciné par deux personnages, qui nous emmènent dans une sorte de monde féérique tout en le dépassant. Je veux parler d’Abraham et de Moïse. Abraham en vient à fonder la civilisation humaine sur deux principes simples : l’hospitalité, c’est-à-dire l’ouverture à l’autre, et le renoncement à la toute-puissance. Lorsqu’il reçoit des personnes venant du désert, il découvre en elles la présence de Dieu. Mais, en même temps, il renonce finalement, sous l’action divine elle-même, à obéir à un prétendu ordre de Dieu, qui l’enjoint d’immoler son fils : il finit par percevoir que le Dieu tout-puissant qu’il veut honorer est un faux dieu.

Du côté de Moïse, c’est une toute autre histoire. Alors qu’il est probablement Egyptien lui-même, il reçoit comme vocation de de libérer les Hébreux, opprimés par l’Egypte. Mais, en même temps, il accepte l’héritage culturel de son pays, qui lui permettra, au terme d’une intense expérience spirituelle, d’y découvrir les prémices de la Loi.

 

Le personnage de Jésus, qui révèle l’homme à lui-même

Jésus est apparemment un homme comme tous les autres. Pendant trente ans, il est le fils du charpentier Joseph et charpentier lui-même. Trente ans, c’est déjà un âge avancé pour l’époque. Jusqu’ici, il a eu ses moments de silence et de méditation, qui lui ont permis de poursuivre l’expérience spirituelle d’Abraham, de Moïse et du peuple juif. Jusqu’ici, il a eu une intuition fondamentale : il a perçu qu’il venait de Dieu, au point d’être son fils et qu’il était appelé à partager cette filiation avec tous les hommes. Il fallait donc proclamer ce message autour de lui pour que chaque homme soit révélé à lui-même. C’est décidé, il quitte son métier et se met au service de tous les autres humains. Il abandonne tout au point qu’il n’a même pas une pierre à lui où reposer sa tête.

 

La révélation de l’Esprit comme personne à part entière

Jésus s’en va au désert où il rencontre un homme étrange, appelé Jean le baptiste, habillé d’un vêtement en poils de chameau et d’un pagne, fait de peau de bête. On dit qu’ils sont cousins. En tout cas, ils ont, à peu près, le même âge. L’un est pourtant en fin de carrière alors que l’autre va prendre le relais. Pour inviter ses disciples au repentir, le Baptiste les plongent dans l’eau. Mais il sait que ce baptême dans l’eau n’est que la figure du baptême de l’Esprit. Or, lorsqu’il voit arriver Jésus, il a l’assurance que c’est lui qui va baptiser dans l’Esprit. Et pourtant le nouvel arrivé sait que la transition doit se faire dans les règles. Il demande à Jean de le plonger dans l’eau. Le Baptiste se récuse. Jésus insiste. Et, lorsqu’il sort enfin de l’eau, « il voit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voici qu’une voix venue des cieux dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur ». » (Mt, 3 16-17). Nous sommes en face de la figure trinitaire et la personne de l’Esprit est parfaitement individualisée, sous la forme d’une colombe. Bien plus, c’est apparemment, sous l’action de l’Esprit, que l’homme Jésus devient Fils de Dieu.

 

L’Esprit conduit l’Homme au désert pour l’amener à sortir de la toute-puissance

Il est assez curieux de voir que l’Esprit lui-même conduit l’homme Jésus au désert pour y subir la tentation. En fait dans l’expérience de la filiation divine, le danger est grand d’être affronté à la toute-puissance. Pour la dépasser, il est nécessaire de passer par le manque, qu’il s’agisse du désert ou encore du jeûne. Le manque est une étape indispensable pour progresser dans la vie spirituelle et encore plus lorsqu’il s’agit de divinisation. Pour faire émerger la Loi au bénéfice de toute l’humanité, Moïse et le peuple hébreu avec lui ont dû, pendant de nombreuses années, subir l’épreuve du désert. Et aujourd’hui encore, chaque homme doit passer par le manque pour accéder à la force du désir créateur. Spontanément, nous avons l’image d’un Dieu tout-puissant. En réalité, ce Dieu est une idole : Dieu ne peut être tout-puissant au sens habituel car il est contraint par l’amour (correction apportée le 12 janvier 2021). Et l’Esprit est là pour empêcher l’homme, en quête de perfection, de faire fausse route. 


En même temps, il nous invite à faire la fête

Nous entrons dans l’épisode des noces de Cana (Jean 2, 1 à 11). Cet épisode est d’autant plus important, qu’il est le premier signe opéré par Jésus.

Le Maître est invité avec ses disciples à des noces dans la ville de Cana en Galilée. Les jeunes mariés sont proches de la famille car Marie est aussi de la fête. Or, après les premières agapes, elle s’aperçoit que les réserves de vin sont épuisées. C’est une catastrophe. Elle signale le problème à Jésus, qui fait la sourde oreille. Alors, sans hésiter, elle le force à agir. Appelant, les serviteurs les plus proches, elle leur dit : « Faites tout ce qu’il vous dira. » Jésus n’hésite plus. Il voit six jarres destinées aux purifications des invités. S’adressant aux serviteurs, il leur dit : « Remplissez-les d’eau ». Une fois remplies il leur demande de puiser : l’eau a été transformée en vin. Ils en portent au maître du repas. Celui-ci s’étonne : ce vin est bien meilleur que le précédent. Il fait alors venir le marié et lui demande pourquoi il a conservé le meilleur vin pour la fin du repas, contrairement aux habitudes les plus éprouvées. Comment pourrait-il répondre puisqu’il n’est au courant de rien ? La question n’aura pas de réponse.

En fait, la vie ne peut trouver son plein élan, sans des espaces de liberté, comme ceux de la fête. Ils sont apparemment inutiles mais c’est précisément parce qu’ils sont inutiles, parce qu’ils représentent le rien, qu’ils sont indispensables pour libérer la vie et les hommes eux-mêmes. Ce sont des lieux privilégiés offerts à l’Esprit. C’est pourquoi les noces de Cana sont le premier signe de Jésus. D’ailleurs, le vin évoque ici l’Esprit, soulignant ainsi le passage de l’eau à l’Esprit comme pour le baptême.

 

Porteur de l’évolution créatrice, l’Esprit pousse à la multiplication et au partage

Nous retiendrons les textes de Marc (6, 30-44 et 8, 1-10) pour évoquer deux multiplications des pains. Manifestement, c’est le souffle de vie qui est ici retenu car il opère par multiplication et partage. Dans « L’évolution créatrice », Bergson dit en effet que « la vie ne procède pas par association et addition d’éléments mais par dissociation et dédoublement » (PUF, 80è édition, page 90), ce qui engendre la multiplication.

Les disciples de Jésus sont tellement captés par son enseignement, qu’ils ne pensent pas à manger. D’ailleurs, ils n’ont même pas pensé à prendre des provisions. Pour une foule très nombreuse, on ne trouve que 5 pains et deux poissons, à l’occasion de la première multiplication, et 7 pains et quelques petits poissons, au cours de la seconde multiplication. Dans les deux cas, Jésus se recueille, rend grâces ou bénit, rompt les pains et les donne à ses apôtres, avec les poissons, pour qu’ils effectuent la distribution. Et voici que se produit un événement inouï : il existe assez de pains et de poissons pour nourrir plusieurs milliers de personnes et même on remplit des corbeilles entières avec ce qui reste. Le souffle de l’Esprit, émanant de Jésus, a permis la multiplication inattendue.

 

La dernière Cène ou l’Esprit, vainqueur de la mort, laissé en héritage

Au moment de la dernière Cène (Luc 22, 7-20), lorsque Jésus donne son corps à manger et son sang à boire, il opère comme pour la multiplication des pains, avec les mêmes gestes : « Puis, prenant du pain, il rendit grâces, le rompit et le leur donna… » C’est toujours le même souffle de l’Esprit qui est ici à l’œuvre avec son processus multiplicateur. Son effet de résurrection sur la personne de Jésus va se démultiplier pour tous les apôtres et tous les disciples, et finalement toutes les femmes et tous les hommes de bonne volonté. Ainsi se dévoile ici le sens de l’Eucharistie : le don de l’Esprit qui fait vivre au-delà même de la mort, à la suite de Jésus, frère aîné de tous les êtres humains.

 

L’Esprit nous livre sa carte d’identité à la Pentecôte

Même si le Christ reste présent après sa résurrection, il y a passage de témoins. Désormais, c’est l’Esprit qui va tenir le premier rôle. Personne invisible et pourtant très active, il va accéder à une plus grande visibilité. Et, pour son entrée en scène, il nous présente sa carte d’identité dans un événement inédit qui est celui de la Pentecôte.

 

2 Quand le jour de la Pentecôte arriva, ils étaient tous ensemble au même endroit.
2 Tout à coup il vint du ciel un bruit comme celui d'un vent violent, qui remplit toute la maison où ils étaient assis.
3 Des langues qui semblaient de feu leur apparurent, séparées les unes des autres, et elles se posèrent sur chacun d'eux.
4 Ils furent tous remplis du Saint-Esprit et se mirent à parler en d'autres langues, comme l'Esprit leur donnait de s'exprimer. 

5 Or il y avait en séjour à Jérusalem des Juifs, hommes pieux venus de toutes les nations qui sont sous le ciel.
6 A ce bruit, ils accoururent en foule, et ils furent stupéfaits parce que chacun les entendait parler dans sa propre langue.
7 Ils étaient [tous] remplis d'étonnement et d'admiration et ils se disaient [les uns aux autres]: «Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous galiléens?
8 Comment se fait-il donc que nous les entendions chacun dans notre propre langue, notre langue maternelle?
9 Parthes, Mèdes, Elamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée, de la Cappadoce, du Pont, de l'Asie, 
10 de la Phrygie, de la Pamphylie, de l'Egypte, du territoire de la Libye voisine de Cyrène et résidents venus de Rome, Juifs de naissance ou par conversion,

11 Crétois et Arabes, nous les entendons parler dans notre langue des merveilles de Dieu!» 
12 Tous remplis d'étonnement et ne sachant que penser, ils se disaient les uns aux autres : « Qu’est-ce que cela veut dire ?»

13 Mais d'autres se moquaient et disaient : « Ils sont pleins de vin doux. » (Bible Segond, Actes des Apôtres).

 

 

 

Dans le texte, nous voyons défiler toutes les dimensions de son identité.

 

1. Un souffle :

« un vent violent qui remplit toute la maison où étaient les apôtres ».

L’Esprit est le Souffle fondamental de la Vie.

2. Un souffle qui constitue les hommes comme sujets de la parole :

« Des langues qui semblaient de feu leur apparurent, séparées les unes des autres et elles se posèrent sur chacun d’eux ».

En suscitant la parole, le Souffle de Vie fait émerger des sujets.

3. La parole constitue des sujets, en dépassant les frontières de la langue :

« ils se mirent à parler en d’autres langues, comme l’Esprit leur donnait de s’exprimer ».
 

4. Une pulsion vers une fraternité universelle est en train de se manifester :

quelle que soit leur origine, « des hommes pieux, venus de toutes les nations qui sont sous le ciel » disent qu’ils entendent les apôtres « parler des merveilles de Dieu » dans leur propre langue.

 

5.De tels phénomènes incompréhensibles finissent par poser question :

« Tous, remplis d’étonnement et ne sachant que penser, se disaient les uns aux autres : « Qu’est-ce-que cela veut dire ? »

 

6. C’est un monde nouveau qui s’annonce, où l’action de l’Esprit sera prépondérante

 

Malheureusement, beaucoup, aujourd’hui, continuent à fixer leur regard unilatéralement sur le Christ, comme s’ils n’étaient pas entrés dans la question qu’a posé autrefois l’événement de la Pentecôte. Si Jésus reste présent, c’est pour nous indiquer qu’il faut faire la place à un Autre. Son doigt pointe en direction de l’Esprit, mais beaucoup ne voient malheureusement que le doigt.

Etienne Duval

 

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commentaires

M
À moi


Etienne,
je viens de lire ce soir ton dernier blog sur l'Esprit et je te rejoins tout à fait dans ton analyse et sur le sens de la Pentecôte.
Bien à toi,
Michel
Répondre
E
Merci Michel et bonne soirée !
Y
A propos du dernier blog, il me renvoie à un quatrain de François Cheng que j'affectionne particulièrement:

"Entre reins et coeur, à notre insu,
un filet de souffle circulant
Redit ce que les astres ont tu,
Ce que la chair a corrompu"

Je pense, si j'ai bien compris ton propos, que c'est plutôt là qu'il faut chercher plutôt que de suivre le doigt, en évitant un autre écueil tout aussi dangereux, qui est de se limiter à notre nombril.

Yves
Répondre
E
Merci Yves. Depuis longtemps je te fais confiance parc e que je reconnais en toi la force de l'Esprit
C
Merci Étienne, tu approfondis encore un peu mieux ce que j'ai cherché à dire.
Je penserai à toi et aux vôtres demain pour l'enterrement de ton frère.
Fraternellement. Charles
Répondre
E
Merci Charles.
C
Étienne bonjour,
en ce qui concerne la question de "la puissance" qu'un croyant, ,il est vrai, ne saurait effacer,
car que serait la foi en son Dieu si elle ne reposait pas sur le repère dans nos vies
d'un certain pouvoir de ce Dieu que nous appelons la grâce ?
Reste à savoir de quel sorte de pouvoir il s'agit.
Et ton texte, nous gardant d'une sorte d'arrêt sur image de Jésus par rapport à l'Esprit,
loin d'effacer cette question, l'a pour ma part, comme tu l'as vu, suscité.
Aussi, percevant ce Dieu, comme tu le précises maintenant, "contraint par l'amour",
c.à.d. nous incitant à "faire place à un Autre", je me dit que "ce grand Autre",
comme dit Lacan, s'il a quelque pouvoir, ce ne peut être
qu’en tant qu'Autre manquant (Autre "barré"),
du fait structuralement de ce manque.
Amicalement. Charles

En pièce jointe ces réflexions d'Anne-Marie Dransart, notamment p.4 et 5 sur la question de l'Autre.

Zone contenant les pièces jointes
Répondre
E
Merci Charles de nous confronter à Lacan, qui est un peu théologien sur les bords, marqué par son frère Dom Lacan, qui était bénédictin et spécialiste des Ecritures. En fait, Dieu n’est pas tout-puissant, parce qu’il est au-delà de la toute-puissance. Du fait de la contrainte de l’amour il est soumis au respect de l’autre, qu’il soit homme ou Dieu. Alors, sans doute, l’Autre manquant, c’est celui qui s’efface pour faire une place à l’homme. Du fait de l’amour, Dieu en vient à manquer de l’homme. De ce fait, le manquant renverrait à l’homme et non à Dieu.
Bonne soirée !
E
Cher Étienne,
C'est toujours avec grande curiosité et attention que je lis tes textes, ils me nourrissent et je t'en suis reconnaissante.
Répondre
E
Merci Elodie.
J
merci pour ton texte que j'ai lu sans le comprendre , pardon .
Je retiens la notion de souffle et de spiritualité qui nous conduisent . Je redoute les tendances évangélistes extrémistes ...

Meilleurs voeux pour 2021 : garde toute ta santé et ta force intellectuelle pour participer au débat !
Bien amicalement .

Josiane
Répondre
E
Merci Josiane. Je pensais que le texte était très clair. Il faut croire qu’il ne l’était pas. Tu as raison de craindre le courant évangéliste, qui décolle un peu de terre. Mais ma position est un peu contraire car il s’agit d’ accepter l’Esprit qui permet l’incarnation en faisant de nous des fils de Dieu. La mission essentielle du Christ est de nous orienter vers l’Esprit pour devenir nous-mêmes. Or, en voulant s’accrocher au Christ sans voir qu’il nous conduit vers l’Esprit, c’est une contradiction. C’est ce que j’ai voulu montrer.
Mon frère Eugène, qui habitait Caluire et avait 5 ans de moins que mois, est mort hier matin d’un cancer : il ne supportait plus les chimiothérapies. Il est enterré vendredi.
Bonne journée !
J
Merci Etienne pour ton dernier article riche en références bibliques et qui s'appuie aussi sur l'interprétation des principaux miracles du Christ.

Dans ce texte tu mets l’accent sur le fait qu’il ne faut pas se tromper d’objectif et faire de Dieu une idole toute puissante. Cette approche conduirait, selon toi, à nous éloigner du Christ et serait source d’intolérance entre les religions et les hommes.

A l’inverse, le souffle de l’esprit divin, porteur de l’évolution créatrice, conduirait au partage et au rapprochement entre les peuples. Le jour de la Pentecôte, symbole d'un dépassement des frontières de la langue, serait le point d’orgue de ce rapprochement entre toutes les cultures.

J’espère ne pas avoir trop déformé ta pensée.
Répondre
E
Merci Jean-Marc, en gros, je suis d’accord avec toi mais un des points que je voulais souligner est le suivant : en voulant trop centrer son regard sur le Christ, on en vient à oublier qu’il nous montre l’Esprit.
G
Oui, Oui : on se prend parfois les pieds dans les béquilles ; mais le Souffle, l'Esprit reste vital.

A la prochaine.
Répondre
E
Comme tu dis.

Très bàn dimanche !
C
Etienne bonsoir.
Est-ce parce que je m'intéresse plus au doigt qui montre la lune qu'à la lune elle-même, mais ton texte me laisse sur ma faim.
Tu écris que "Dieu est sans doute puissant, mais il ne peut être tout puissant" En introduisant cette notion de puissance à propos de Dieu
et en caractérisant l'Esprit comme "garant de l'avenir de l'homme et du monde" tu ouvres un espace dans lequel je me perçois fondamentalement athée.
Je m'explique : me servant du moteur de recherche de Google, puissant celui-là, pour voir ce que recouvre ce terme de "puissance"
j'ai trouvé cette définition de Max Weber dans Economie et société ;"toute chance de faire triompher, au sein d'une relation sociale, sa propre volonté contre la résistance d'autrui.",
ne serait-ce, précise-t-il dans Le savant et le Politique, au nom d'une exigence de sécurité, le droit de s'octroyer "le monopole de la violence physique légitime".
Alors d'où vient mon malaise sur ce "Dieu sans doute puissant", faisant triompher sa propre volonté, quelle volonté ? et cet Esprit garant, garant de quoi ?
Mon malaise vient peut-être non seulement de nos théocraties mais de démocraties comme Israël ou les Etats-Unis qui, avec nottament le "courant chrétien" des Evangélistes, se prétendent fondées sur ce Dieu puissant, alors que, pour ma part, s'il existe un Dieu ce ne peut être qu'un Dieu présent, comme le disait Jacques Pohier (Quand je dis Dieu 1977) ,"présent par mode de Schekinah, c.à.d.
un espace ouvert, et aussi peu vide que le sont des paumes ouvertres" ; car en matière de puissance et pour conclure avec Montaigne : "Au plus élevé trône du monde, ne sommes encore assis que sur notre cul ! "
Amicalement. Charles
Répondre
E
Je n’ai pas le temps de répondre en détail à tes propos parce que je suis pris aujourd’hui. Mais j’ai été amené à traansformer, page 3, la fin du paragraphe « L’Esprit conduit l’homme au désert… » de la manière suivante :
« Spontanément, nous avons l’image d’un Dieu tout-puissant. En réalité, ce Dieu est une idole : Dieu ne peut être tout-puissant au sens habituel car il est contraint par l’amour (correction apportée le 12 janvier 2021). Et l’Esprit est là pour empêcher l’homme, en quête de perfection, de faire fausse route. »
G
"La fraternité universelle, c’est ce que tu appelles l’humanité". C'est exactement ce que je pense. La prédication de Christ donne un fondement à cette "fraternité universelle".
Quant à la disparition des religions ... je n'en suis pas si sûr.
Bon dimanche.
Répondre
E
Merci Gérard. Les religions sont comme des béquilles, elles ont un caractère provisoire, mais, pour moi, l’ Esprit a un caractère définitif.
Très bonne soirée !
G
Cher Etienne,
Merci à nouveau pour cette forte réflexion sur de l'essentiel.
Je retiens depuis longtemps cette réponse de d'Hugues questionné parmi d'autres théologiens à qui on demandait : « Pour vous qui est Jésus ? » (une émission à la télé lors d'un jour de Pâques, je crois). Au milieu de réponses convenues : « le Fils de Dieu », « Il s'est sacrifié pour nous » etc..., Hugues a répondu, provoquant sur le coup un scandale : « Un prophète assassiné ». Ceci m'a conduit à penser que les formules théologiques -ou autres- produites par les Eglises –une tout particulièrement- nourries par des polémiques pas toujours intellectuelles, enferment notre compréhension dans des vérités institutionnelles qui, comme ton doigt, immobilisent notre regard.
Je ne dis pas qu'il faut couper le doigt pour mieux voir. On risque alors de ne voir que nos propres fantasmes, nourris par nos délires davantage que par notre raison ; celle-ci appuyée sur une connaissance sérieuse des textes, de leurs contextes et de leur transmission. Sur ces points je ne peux rien dire. Je pense que Hugues savait bien, comme toi-même, de quoi il parlait. Ma confiance est placée là d'abord. Je l'ai un peu complétée ces derniers temps par quelques relectures (dont Trocmé (Etienne) : L'enfance du christianisme ; Geoltrain (Pierre, -textes présentés par) : Aux origines du Christianisme (deux textes de Hugues). Je reste par ailleurs fidèle à Ricoeur qui redonne sur un autre plan une nouvelle force au « message » fondamental du « prophète Jésus ».
Si je t'ai bien compris, ta lecture est au fond la même : « l'Esprit » , la prédication du prophète est le rappel à l'évidence de ce qu'est « l'Humanité » : elle rassemble les hommes dans une égale et commune fraternité -souhaitable !!!-, dans l'égalité de tous et de chacun particulièrement, dans la reconnaissance intuitive de cette « transcendance » qu'est l'Humanité, quelque nom qu'on lui donne et quelque discours qu'on développe à son sujet.
Pour cela il faut regarder plus loin que le bout du doigt, autrement dit : voir et vouloir cette « humanité » à travers et malgré les durables accidents de l'histoire, tout en constatant ce qu'ils ont de relativement déterminant et, comme en ce moment, de remarquablement désastreux.
Mais après le constat : « Que faire ? ».
Gérard Jaffrédou
9. I. 2021
Répondre
E
Merci Gérard de ton apport à la réflexion commune. Je pense que Jésus est un personnage important : il nous révèle en effet ce qu’est l’homme. Mais, au-delà de l’homme, il nous révèle aussi l’Esprit, qui fait de nous des fils de Dieu à la suite du Christ. Un des intérêts de l’Esprit, c’est qu’il réunit tous les hommes, quelle que soit leur foi, et donc, en même temps, croyants et incroyants parce que son souffle fondamental fait vivre les uns et les autres et les appelle à l’unité dans une fraternité universelle. La fraternité universelle, c’est ce que tu appelles l’humanité. A ce niveau, les religions elles-mêmes sont appelées à disparaître.
Très bonne soirée !
G
J'ajouterai mon souhait que tu puisses continuer à écrire des textes comme
le dernier que j'ai reçu et qui m'a ravi l'âme ! On peut perdre la foi,
comme moi, et se retrouver dans un même espace spirituel avec un croyant.
Merci, Étienne, persiste, y compris dans la provocation !

Bien cordialement.
Répondre
E
Merci Gérard. Merci des vœux de la famille et merci de tes réflexions. Ce que tu dis me ravit à mon tour. L’Esprit que tout le monde peut reconnaître ne demande pas l’autorisation pour être ce qu’il est, c’est-à-dire, le Souffle primordial de tout vivant. Il n’oppose pas les croyants et les incroyants, il les rassemble. Je pense que le Christ a souvent été pour les croyants une construction idolâtrique qui a fini par aboutir à l’antisémitisme et à ses effets destructeurs.
Mes meilleurs vœux pour Danièle et toi-même.
O
Très intéressant ton raisonnement.
Répondre
E
Merci Olivier !
G
Ce texte est pris en compte par google.
Répondre
T
Ce texte est relancé par tweeter.
Répondre
D
Merci pour ce Digest biblique à train d'enfer!

Dominique.
Répondre
E
Merci pour ton clin d'oeil malin et sympathique !
F
Bonjour Étienne, je m'interroge sur 'l'imbécile qui regarde le doigt désignant la lune'. C'est peut-être plus 'chinois' qu'il n'y paraît?
On trouve aussi dans les pensées antique (stoïcienne entre autres), qui m'est plus familière, des propos sur la nécessité de la relation dans la transmission de la sagesse, chez Sénèque dans les Lettres à Lucilius, et tout du long, au moins jusqu'à Montaigne sur l'amitié. Je les cite parce qu'il y a aussi l'image du doigt qui se lève. En un sens moins crypté pour nous, les héritiers occidentaux? : "Si un Sage n'importe où dans le monde lève le doigt avec profit (pas facile à traduire, mais en substance, c'est le sens), tous les autres Sages dans le monde en tireront profit" (c'est Sénèque dans une Lettre à Lucilius je crois). Et aussi Héraclite (dans un fragment?): "Celui de Delphes (ou, le maître à Delphes) ne dit rien, il n'impose pas, il montre (il désigne du doigt, il fait signe). Après c'est sûr qu'il lui faut trouver une oreille, ou un capteur, une disposition. Je trouve un parallèle avec ta réflexion? Peut-être que le maître chinois désigne plus que la lune? Peut-être que le disciple à raison de considérer le maître, et d'y réfléchir à deux fois. La lune est capitale chez les Chinois.
Répondre
E
Françoise, tu es, tout à fait, dans le sujet. Et je crois que l’expression nous vient de Chine, en effet. Elle est aussi assez claire pour les occidentaux que nous sommes, et tu as raison de montrer des parallèles dans notre culture.
J
Bravo pour l'Esprit. Ton texte est un de tes meilleurs. Dommage que l'institution dont nous faisons partie, le cache sous un activisme cultuel que favorise le covid 19, 21 et 22.
L'exemple du Pérou où foisonnent les églises évangélistes,peut-être aussi en Europe, me montre comment des chrétiens se servent de lui pour annoncer leur sottise.
Fraternellement.
denis jeanson
Répondre
E
Denis, merci. Je ne suis pas du tout étonné de tes propos. Nous partageons une même vision.
Bien amicalement.
M
Merci Etienne pour ce très beau Chagall et aussi pour ton texte qui pointe la bonne direction à prendre. J'apprécie . . . Philippe M.
Répondre
E
Philippe, quelle heureuse surprise de te revoir ! Merci de ton commentaire et j’en profite pour te souhaiter, à toi, à ta compagne et à tes enfants, une très bonne année 2021.

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