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22 février 2020 6 22 /02 /février /2020 14:44

Un jour, une pensée, overblog

 

Le poème du grand soufi « Rûmî »

sur l’accueil

 


L’être humain est un lieu d’accueil,
Chaque matin un nouvel arrivant.

Une joie, une déprime, une bassesse,
Une prise de conscience momentanée arrivent
Tel un visiteur inattendu.

Accueille-les, divertis-les tous
Même s’il s’agit d’une foule de regrets
Qui d’un seul coup balaye ta maison
Et la vide de tous ses biens.

Chaque hôte, quel qu’il soit, traite-le avec respect,
Peut-être te prépare-t-il
A de nouveaux ravissements.

Les noires pensées, la honte, la malveillance
Rencontre-les à la porte en riant
Et invite-les à entrer.

Sois reconnaissant envers celui qui arrive
Quel qu’il soit,
Car chacun est envoyé comme un guide de l’au-delà.

Djalâl ad-Dîn Rûmî
1207 – 1273

 

 

 

Selon Rûmî, l’hospitalité nous conduit, au-delà de la mort, à la victoire de la Vie

 

Rûmi est avec Ibn Arabi, l’un des plus grands soufis du monde arabe et persan. Ancrés dans la tradition musulmane, ils dépassent, l’un et l’autre, le cadre de l’Islam pour s’inscrire dans la recherche spirituelle des hommes de tous les remps. Ils vivent tous les deux, à peu près, à la même époque. Rûmî est né le 30 septembre 12O7 à Balkh (Afghanistan) et mort le 17 décembre 1273 à Konya (Turquie). De son côté, Ibn Arabi naît le 26 juillet 1165 à Murcie (Espagne) et meurt le 16 novembre 1240 à Damas (Syrie).

Nous allons maintenant suivre pas à pas, strophe par strophe, le grand poème de Rûmî pour tenter d’expliciter la révélation du poète que les mots enveloppent de mystère.


L’être humain est un lieu d’accueil

L’homme vit à l’ombre du don. Il lui faut accueillir avant de donner lui-même, écouter avant de parler et de faire. Ses mains sont prêtes à s’ouvrir pour recevoir et ses oreilles doivent rester en éveil. Peut-être quelqu’un va-t-il frapper à la porte ?  Peut-être est-il porteur d’un message heureux ou même malheureux ? Mais qu’importe après tout, puisqu’il doit me réveiller alors que je suis encore endormi.


Il accueille d’abord la vie faite de joie et de peine

La vie est là qui m’appelle. C’est la joie qui frappe à la porte de mon cœur. Celui-là est malheureux parce qu’il refuse de s’ouvrir. La peine est dans la fermeture. Alors il se croit abandonné des dieux et vit dans la déprime. La joie frappe encore : elle est porteuse de toutes les richesses de la vie. Tout à coup ma conscience s’éveille. Je cours ouvrir la porte : elle laisse entrer le rayon de soleil qui va illuminer toute ma journée.
 

Il ne doit pas avoir peur du vide car le manque fait naître le désir de l’autre

Je voudrais enfermer le bonheur qui est enfin entré chez moi. Mais le bonheur étouffe et moi avec lui. Il a besoin de respirer l’air venu d’ailleurs. Désespérément, je suis en train de ressasser le passé. Comment se fait-il que je n’aie pas réussi à retenir les moments heureux ?  Finalement, le passé refuse d’être pris pour cible. Il ouvre la porte avec violence : il veut faire le vide et laisser sa place à l’avenir. C’est alors que se creuse en moi le manque qui fait naître le désir de l’autre.

 

L’autre, en tant qu’hôte, a droit au respect de sa différence

Dans le désir, l’autre ne peut pas être le simple reflet de moi-même. Il ne peut être le miroir dans lequel je vais pouvoir me contempler, l’écho qui me renvoie ma propre image. Pour l’avoir voulu, Narcisse a fini par se donner la mort. Avant d’accueillir l’autre, il est important que je creuse l’espace de la séparation, qui garantit la différence. Chacun a droit au respect de sa différence car elle porte sur son dos les richesses de la vie.

 

La rencontre avec lui est promesse d’amitié
et de ravissement

Par un curieux paradoxe, l’espace de la séparation est aussi l’espace de la rencontre. C’est là que chacun s’arrête et ouvre le sac qu’il porte sur son dos pour partager les richesses de la vie. L’amitié et le ravissement sont les fruits du partage. Ils sont aussi la marque d’une évolution créatrice qui cherche, sans cesse, à nous entraîner dans son élan, comme de véritables partenaires de la Vie.


Elle court aussi le risque de l’affrontement avec le méchant

L’hospitalité conduit à la rencontre de l'autre mais cette rencontre ne se termine pas toujours par une amitié. Le méchant, le pervers, le voleur, profitent de la porte ouverte pour accomplir leurs larcins. Qu’on le veuille ou non, le mal rôde aussi sur les terres de l’hospitalité. Il se présente en concurrent direct, comme les noires pensées et la honte. Et pourtant Rûmî nous dit de ne pas en avoir peur et de lui ouvrir la porte en souriant comme à un messager de l’invisible.

 

Mais l’accueil désarme le méchant
de sa malveillance

C’est là que le miracle se produit. Le méchant qui a pris les armes contre l’autre se trouve désarmé lorsque quelqu’un d’étranger l’accueille en vérité. Pour lui, l’autre est un ennemi du fait de sa différence. Lui-même ne peut rencontrer que ses semblables. Or il vient de prendre conscience que la véritable hospitalité ne dépend pas de la similitude mais au contraire de l’altérité. Il assiste à un renversement, qui finit par le délivrer du mal qui l’accablait depuis longtemps.

 

Ainsi l’hospitalité nous conduit, au-delà de la mort, à la victoire de la Vie

Vaincu par l’hospitalité, le méchant opère sa conversion et devient un allié de la Vie, avec une force redoublée. La vraie Vie est du côté de l’hospitalité. Non seulement elle est au-delà de la mort, mais elle contribue à faire de la mort elle-même une véritable force de vie.

Etienne Duval

 

 

 

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commentaires

G
Oui oui oui

Je sors d'une écoute intéressée de l'émission de Finkelkraut qui avait invité ce matin Chantal Delsol (que j'apprécie peu) et Francis Wolf, que je ne connaissais pas, mais que j'apprécie après l'avoir entendu. (France Cul. ).

Le sujet, somme toute : l'universel (et ses maladies) les identités (et leurs pièges).

Salut et à la prochaine.

Gérard
Répondre
E
Nous voici renvoyés à nos classiques.
Très bon week-end !
G
Tout ce que tu dis est intéressant et juste, mais d'une manière abstraite.

Pour qu'il y ait "rapport", "enrichissement", dans une "altérité" , il fautdrait que cette "altérité" existe réellement ! et soit reconnue ! Or ce que nous voyons depuis notre Bretagne, c'est que l'Etat hexagonal a tout fait, et continue de le faire, pour empêcher et tuer cette altérité, et qu'il y est presque parvenu.

Je veux bien admettre que "dans le "presque" il y a toute l'espérance" (citation de je ne sais qui, que m' a apprise François Douchin) C'est joli, mais loin de l'histoire réelle.
Bon ouiquenne
Gérard
Répondre
E
Eh bien il reste beaucoup à faire, beaucoup à inventer. Mais il n’y a pas que la langue et la littérature. Il y a aussi l’art à qui il faut donner la parole.
Bonne soirée !
G
Il ne faut quand même pas dramatiser et mélanger les plans.
La plupart des Bretons sont, comme les Savoyards et beaucoup d'autres, bien satisfaits de connaître le français pour d'évidentes raisons autant symboliques que pratiques ! Et mieux souvent que les Français de souche, parmi les scolarisés des années trente, quarante et cinquante, car leur français était scolaire, bien dans les normes. Savoir (bien) le français était comme une promotion. Ceux qui en bénéficiaient étaient fiers et reconnaissants car ils échappaient à la plouctitude (des autres). Jean Rohou, qui est de cette génération, a bien décrit cela (Fils de Plouc, Editions Ouest-France, 2005, notamment son T. II) et comprennent mal qu'on puisse défendre cette langue associée à la pauvreté souvent, et toujours source d'humiliation. C'est plus encore le cas des générations précédentes scolarisés (un peu) au début du XXè s. ( ma mère par exemple, née en 1903).
La situation n'est perçue comme grave, voire comme un drame, que par « nous autres intellectuels » sensibles à la disparition des langues et des civilisations. Et puis, comme c'est la République qui a voulu cela , et comme ça s'est fait finalement, …. ON l'accepte. Et on construit « l'idéologie » qui convient pour justifier ce fait. Et une autre pour en nier la légitimité et sauver ce qu'on peut..
Pas simple, puisqu'un tas d'affects s'agitent autour de cette évolution historique et troublent sa perception : la filiation des générations, la République et la laïcité - et lesquelles ? - , donc l'Eglise et la religion quand l'une et l'autre comptaient davantage, et la Langue nationale, base et garant de la Nation, fondamentalement sacralisée, etc.

En fait : comme toujours en cas de conflit embarrassant, il y a d'un côté les francophones de naissance -les « Français racinés » (Detienne)- avec ceux qui le sont par promotion, relativement à l'aise dans le camp des « vainqueurs », amateurs de stéréotypes qui se veulent bienveillants . Et par ailleurs, ceux qui se trouvent mal à l'aise dans ce camp des vainqueurs, acceptent mal qu'il y ait les vainqueurs et les autres, militent plus ou moins pertinemment pour sauver ce qui peut l'être (de la langue), essaient de comprendre, quitte à couper les cheveux en quatre. Et la masse des indifférents prudents. Ou ceux attirés par des modes exotiques et modernes.

Mais pour tous il reste un « contentieux » (comme me dit une amie sociologue que je cite dans mon texte, qu'elle a lu). Mais « contentieux » par rapport au breton –c'est son cas- ou par rapport à son abandon ? - ce qui alimente le militantisme) : presque un traumatisme refoulé et sublimé qui a été diagnostiqué par Jean-Jacques Kress, psychanalyste. Mais beaucoup ont refusé cette analyse : ceux qui ont bénéficié de la promotion, considéré la destruction organisée de la langue comme historiquement fatale, nécessaire, presque souhaitable, comme on se débarrasse d'un vieil outil inutilisable.
Ces propos m'ont été tenus dans ces termes-mêmes par des universitaires connus – et que j'estime ! - et qui m'ont invité autrefois à les joindre dans un groupe d'étude. J'ai fui. Mais c'est une interrogation de l'un d'eux, assez récemment, qui m'a remis au travail sur cette question que j'avais laissée, avec mes vieux papiers, dans mes tiroirs .

Excuse-moi, cher Etienne, d'avoir été à nouveau un peu long.
Bien cordialement
Gérard
Répondre
E
J’apprécie ta lucidité et c’est vrai que Bretons ou Savoyards nous apprécions d’avoir notre place dans la langue française, un peu comme certains africains ou haïtiens qui ont réussi à enrichir notre langue commune, sans rien renier de leur origine. En réalité, comme tu le suggères, ce n’est pas ou l’un ou l’autre mais l’un et l’autre, en même temps. En réalité, je considère que la langue bretonne peut apporter des choses à l’humanité en passant par la culture française. C’est par la langue que nous accédons à l’altérité et à la transcendance. Il y a sans doute une richesse de l’altérité et de la transcendance, qui passe par la langue bretonne.
Bien amicalement.
G
Cher Etienne,
Je m'offre une récréation en quittant mes instits.

Tout d'abord, étant « historien » « de formation » plus que de métier, mes « ancrages » dans le temps sont souvent imprécis et la plupart du temps de seconde main ; ou pire : je mouille l'ancre dans un fond vaseux ou rocailleux : dérapage assuré et dérive conséquente. Seule solution : on met l'ancre à pic, puis haute et claire, on renvoie et on reprend le cap. Excuse ces métaphores maritimes lourdement filées.
Mais j'admets quelques préoccupations constantes (tu sais lesquelles puisque nous en partageons quelques-unes) me conduisent à lire et à relire des bons auteurs sur des thèmes -principalement historiques, c'est vrai- qui se tiennent. Le but : ne pas être dupe des discours dominants, approximatifs, non fondés par un examen méthodique et de première main, ni organisés par une réflexion juste dans des termes au contenu précis. Rien d'extraordinaire ! Un mélange de (dé)formation professionnelle historienne et d'un vieux fond jolifien ou génuitien.
Je ne te fais pas la liste des mots valises où je sens le piège : identité (nationale d'abord), libéralisme (néo- ou pas), partenaires (sociaux de préférence) etc, etc.... la « Langue de la 5éme république » comme il y en a eu du IIIème Reich, qui rend sourd, aveugle et parfois con. Ce qui m'arrive souvent, bien sûr.
Le travail dans lequel je me suis (re)lancé sort, je crois bien de ces préoccupations-là. Notre amie, qui venait de lire mon texte, en remarquait le fond (pas si inconscient, mais dont je n'avais pas une claire conscience) : comme un besoin de m'excuser. Je lui expliquais en retour le scrupule tenace, d'abord de n'avoir pas mené ce travail jusqu'au bout (quelques circonstances servaient d'excuse), donc d'avoir sans doute déçu mon directeur de recherche (qui, je crois, m'estimait assez) ; et la mauvaise conscience de ne pas avoir finalement affronté le fond (un fond) de la question inhérente au sujet : comment la scolarisation telle qu'elle fut org anisée de Guizot à Ferry sur les bases de 1792 et 1802, a - tout en diffusant une nécessaire et utile instruction ! – « acculturé » et aussi déculturé « le peuple », comment, et avec quel profit pour ceux qui ont mené l'affaire. Or en Basse-Bretagne cette « acculturation-déculturation » est fondamentalement linguistique. Et délibérée. Mes sources, que je retrouve et sors de mes tiroirs, sont explicites et indiscutables sur ce point. Or cette « disparition souhaitée et organisée d'une langue » est généralement soit ignorée, soit considérée comme un phénomène naturel, inévitable, totalement bénéfique … puisqu'il s'est produit.
Et aussi puisque la Nation éternelle se trouve ainsi légitimée dans les formes étatiques qu'on connaît et qu'on accepte (comme un possible modèle universel – ce qui provoque des désirs de retour au local derrière des frontières....). Toute-puissance du mythe national, enfermement consenti ou inconscient du Sujet (qu'on peut imaginer libre – que je vois, après Mona Ozouf, comme un citoyen tout abstrait ).
Tu vois qu'en effet, tes cadres m'ont porté à ré-examiner ces questions anciennes que j'avais laissé de côté pour de mauvaises raisons impératives.
Mon petit texte de 35 pages n'ira pas loin, même accompagné par l'enquête de 1833 restituée dans sa totalité et qui décrit, sur 33 questions, les 150 écoles visitées dans le Finistère et leurs 147 instituteurs – mais fait apercevoir, en marge, les « écoles non autorisées » qu'il s'agit de combattre et de réduire : on y lit le breton et même le latin... alors !
Mais je ne retiens pas (pour le moment, que je sens fort durable) ta suggestion « impérative ». Mon directeur de recherche, qui avait achevé sa thèse d'Etat, à 65 ans, à la fin d' une forte carrière consacrée à la création de la fac à Brest et à de nombreuses publications, me disait en revenant de sa soutenance, exténué, « Jaffrédou, il y a un âge pour tout ».
C'est aussi l'avis de Monique, je crois bien.
Je me contenterai de vider mes tiroirs, en jetant un œil à défaut d'un coup de balai dans ceux qui contiennent quelques fonds d'inconscient.
Après ….
Dans les virements de bord, on disait autrefois « A Dieu vat ! ». Je peux sortir ce vœu rituel de mes fonds peu fréquentés. Mais que tu rouvres de temps en temps. Grand merci.

Bien cordialement.
Gérard
Répondre
E
Ton sujet est particulièrement intéressant et, en même temps, traumatisant puisqu’il s’agit de la destruction triomphante d’une langue locale en échange de l’adoption d’une langue nationale. En Savoie, nous avions la chance d’avoir la langue française, portée par de grands auteurs comme François de Sales, si bien que notre passage à la France s’est faite sans grandes douleurs ni grands traumatismes. Mais, en te lisant, je sens la gravité de la situation pour des bretons, qui, en perdant leur langue, ont perdu leur altérité et la possibilité de faire vivre leur histoire particulière. J’espère que tu pourras nous dire comment tu as, en fait, assumé la perte et comment aussi tu as participé à l’effort pour faire resurgir ce qui avait été perdu.
V
J’ai été tentée de donner mon point de vue sur le thème de l’accueil sur ton blog mais j’ai hésité car évidemment je n’ai pas les connaissances pour une analyse qui tienne la route.

Cependant, j’accueille depuis plusieurs mois un couple de géorgiens avec leur jeune fille, 11 ans. Evidemment ce parcours n’est pas idyllique mais comporte beaucoup d’enseignements c’est un vrai défi. Cela pose aussi la question de l’accueil chez soi, c’est mon cas, ou accueil solidaire porté par la collectivité. Cela soulève d’énormes questions quant à l’engagement et à sa faisabilité.

Amicalement.
Répondre
E
Merci Vida. Je vois que tu es très courageuse. L’hospitalité ne nous oblige pas forcément à accueillir chez soi. Ce peut être un simple repère, un bonjour bienveillant, qui aide à poursuivre sa marche. Normalement, il y a aussi renvoi à la collectivité, qui peut prendre ses responsabilités, sans me laisser seul. Et puis, peut-être le plus important, l’hospitalité, ce n’est pas simplement moi qui accueille. Celui que j’accueille doit aussi m’accueillir si bien que la réciprocité de l’accueil ouvre l’avenir encore incertain de chacun en nous faisant passer de l’aumône à une évolution créatrice qui engage les uns et les autres. Nous entrons dans une forme permanente de multiplication des pains, de multiplication du don. La création est alors l’effet de la multiplication du don. Si j’étais à ta place, c‘est de ce côté que j’essaierais. Tu découvrirais un univers inattendu.
M
Bonsoir Etienne,
Je viens de prendre connaissance de ton nouvel article et je trouve dans un premier temps le poème de Rûmi superbe ! Ton explicitation nous renvoie à la profondeur de ses mots sur lesquels il faut revenir plus d'une fois. J’en suis à ma deuxième lecture pour en comprendre le sens profond et spirituel. Il me vient ce verbe à l'esprit : il me faut "ruminer" désormais son poème pour le faire mien...
Merci Etienne,
Michel
Répondre
E
Bel à propos Michel avec Rumi et ruminer. Par ailleurs tu soulignes qu’il faut revenir à la manière selon laquelle Rumi (l’autre) comprend les choses pour s’approprier son message. Et cela me renvoie à ce que dit la femme rabbin Horvilleur sur l’étymologie du mot religion : il ne s’agit pas de religare (relier) mais de relegere (relire). La réalité a une face phénomènale et une face symbolique (elle nous renvoie à autre chose, à une dimension transcendante). Autrement dit j’atteins le réel lorsque je relis le texte et que je relie dialectiquement les deux faces de la réalité. La vache qui rumine mange deux fois pour profiter de tout l’apport nutritif de l’herbe, comme le spirituel qui lit deux fois le texte pour le faire sien.
G
Cher Etienne

Assez curieusement, je trouve ta réponse tout juste après avoir envoyé un salut et une explication à une amie du Diois qui venait de lire mon texte et y a perçu les dessous inconscients que tu devines toi-même (sans avoir rien lu).



Mais je ne vais pas te répondre pour le moment. Je prévoyais de retravailler sur ce foutu texte (35 pages) en vue d'une mise en forme définitive.



Merci toutefois pour ces encouragements bienveillants et optimistes.

Bien cordialement.
Répondre
E
Prends ton temps, tu répondras quand tu voudras.
E
Bonjour Gérard,

Je vois que tu n’interviens plus sur le blog. Peut-être est-ce de ma faute ? Je reviens souvent sur l’hospitalité. Il se trouve qu’après une forte prise de conscience, j’ai décidé, cette année, de faire travailler deux groupes sur ce sujet qui me paraît essentiel, non seulement en fonction de l’actualité mais aussi en raison d’une mauvaise appréhension depuis longtemps de ce qu’est le sujet. Nous l’avons souvent appréhendé selon le rapport de soi à soi. Or nous prenons progressivement conscience que c’est le rapport à l’autre qui est le plus déterminant : il ouvre son espace de jeu et permet de mieux comprendre sa dimension créatrice. C’est dans l’accueil inconditionnel de l’autre que j’entre dans la dynamique de l’évolution créatrice dont j’ai, pour une part au moins, la responsabilité. Je viens d’adresser à chacun des deux groupes en travail un ensemble de repères pour mesurer l’avancement dans notre réflexion, que je te communique.

Repères pour notre travail sur l’hospitalité

Il s’agit ici de voir où nous en sommes et dans quel sens nous nous orientons.
1. L’hospitalité est au fondement de l’humanité

2. L’hospitalité, c’est accueillir l’autre sans condition (Abraham et le chêne de Mambré)

3. Abuser de l’autre entraîne la destruction du sujet et de l’humanité (Sodome et Gomorrhe)

4. L’accueil de l’autre suppose le sacrifice de sa propre toute-puissance (le sacrifice d’Abraham)

5. Dieu et l’homme sont dans l’universel et la proximité (Le buisson ardent)

6. En faisant une place à l’autre, Dieu et l’homme ne perdent rien de ce qu’ils sont comme sujets (Le buisson ardent)

7. Nous verrons plus loin, et en particulier avec Lévinas, que c’est l’altérité qui fonde le sujet, en dernier ressort, et non le rapport de soi à soi

8. Voici le programme pour les quatre prochains mois :

- En mars, « le texte de Rumi sur l’hospitalité »
- En avril, « le mythe égyptien de Rê et Isis »
- En mai, « la parabole du bon samaritain » sur le prochain
- En juin, « Visage et infini », dans Totalité et infini

____________________
Bien amicalement.
Répondre
G
Mon cher Etienne

Ce n'est pas par désintérêt, ni encore moins par désaccord, que je n'ai pas répondu à tes deux précédents blogs. J'invoque deux excuses simples.

1) je ne suis vraiment pas sûr que mes radotages apportent grand chose.

2) plus pratiquement : je me débats depuis plusieurs semaines avec la mise en forme d'un travail très ancien resté dans mes tiroirs depuis une trentaine d'année (la "matière première" de cette thèse fantôme jamais écrite et abandonnée ; je l'évoquais dans le "Temps de morsure" et Mona Ozouf m'avait incité à reprendre le travail - ce que j'ai fini par faire, mais très partiellement). J'en suis à des finitions qui n'en finissent pas de finir. Je sors à l'instant de chez "ma secrétaire", avec un nouveau travail (final ???) ....



Cela dit, les rélexions que tu proposes me renvoient toujours à mes références centrales : Ricoeur : "Moi-même comme un autre" (et / ou l'inverse) ; et ma grande et méfiante perplexité sur les affirmations "d'indentité", ("nationales" ou autres -"religieuses" par exemple ) qui permettent, certes, la "reconnaissance" (encore Ricoeur) donc la durée, la survie ?, mais qui, dans le contexte actuel, parasitent le rapport à autrui, séparent, renferment, opposent, etc.... bref : tuent la vie même, où je veux bien chercher l'idée de Dieu.



Je n'en mets pas plus. J'ai -je crains - tourné , déjà et plus d'une fois, autour de ces idées somme toute assez communes. Mais j'admets tout à fait qu'elles méritent d'être toujours approfondies, donc exposées à la contradiction féconde.



Pour l'instant, cher Etienne, je tourne autour de mes "instituteurs de 1833" afin de me débarrasser proprement d'un vieux scrupule, en proposant cette reprise d'un travail ancien alors à peine ébauché, à ceux qui en voudront. J'ai déjà deux, presque trois destinataires potentiels, qui se disent intéressés. C'est ma préoccupation du moment.



Bien fraternellement.

Gérard
E
Avec le temps, tes interventions sur le blog ont pris une importance essentielle pour deux raisons :
1. Tu réagis en historien avec un ancrage précis dans le temps, alors que je réfléchis le plus souvent à partir des mythes, qui sont comme l’inconscient de l’histoire ;
2. Nous faisons ensemble un parcours qui nous amène à changer d’optique l’un et l’autre.
Et, puisque je suis dans l’inconscient, je vois que tu n’en es pas très loin, cherchant à faire sortir le fantôme de ta thèse. Si Mona Ozouf est d’accord, il ne faut pas hésiter à aller jusqu’au bout. Tu vas donc passer cette thèse à la fin de l’année : c’est un impératif que je n’hésite pas à formuler pour être en accord avec ton désir profond.
Bien sûr, ta référence à Ricoeur et ton rejet de certaines identités sont tout à fait dans la ligne de ma propre réflexion.
En plus, tes instituteurs de 1833, mais un peu plus tard, m’évoquent ceux qui ont introduit la culture dans ma famille. Grâce à eux, mes deux grands-pères, qui n’avaient pas pu faire d’études parce qu’ils n’en avaient pas les moyens économiques, sont allés, après le certificat d’études, aux cours qu’organisaient pendant l’hiver, les instituteurs les plus motivés du coin, jusqu’à l’âge de 24 ans. Si tes instituteurs de 1833 ont fonctionné dans cette optique, je serai preneur de ta recherche, puisque je suis, encore aujourd’hui, l’un de leurs héritiers.
Bien amicalement.
C
Il y a aussi notre relation avec les loups !
Dans une édition de 1938 de textes historiques sur le Dauphiné j'ai trouvé ce curieux passage des Essais d'un briançonnais, Antoine Froment, publié à Grenoble en 1639.
" Un loup fut assez hardi et assez délicat pour venir en plein jour presque au milieu de village de Chantemerle boire à la fontaine, se parer le groin à la chute d'eau, et s'en retourner hardiment.
En 1633, le mercredi des Cendres, un loup vint attaquer une femme qui attisait son feu dans la fougaigne : il la tirait par derrière par le gros pli de sa robe, et elle, croyant que c'était quelque caresse de son mari, dit : Laissez cela ; mais, sentant les caresses un peu extraordinaires et rudes, elle se retourna, et, effrayée et surprise, elle se mit à crier : Hay, lou loup ! Au loup ! ..."
Dois-je en conclure que ce n'est pas tant le loup qui attaque l'homme que notre peur à nous qui en fait notre ennemi ?
Amicalement.
Charles
Répondre
D
Je pense que tu as un peu raison. Mais peut-être, parce que nous n’en faisons pas un autre et que nous le réduisons à nos représentations, le loup devient-il le réceptacle de toutes nos peurs sans véritable fondement. En fait, ici le texte semble suggérer que le véritable loup, c’est le mari. La vision du loup viendrait révéler ce qu’elle n’osait penser de son mari….
C
Merci Etienne pour ce beau poème qui rejoint cette autre leçon d'humanité, toute franciscaine,
que nous donne François Sarano en déconstruisant beaucoup d'idées reçues.
https://www.youtube.com/watch?v=4Hqtil1hw4Y

François Sarano nous raconte dans le you tube avec une faconde extraordinaire ses rencontres avec les cachalots, les requins, les baleines bleues, et l'univers magique des océans. Il livre aussi une vision très originale de la nature et de la société. Nous espérons que vous savourerez cet entretien avec un homme que la vie avec les animaux a conduit à un humanisme profond. François Sarano est un océanographe et un plongeur exceptionnel. Depuis des décennies, il parcourt les mers du globe, accompagnant les expéditions de Jacques-Yves Cousteau, puis la réalisation du magnifique film de Jacques Perrin, "Océans". Il vient de publier, avec Coralie Schaub, "Réconcilier les hommes avec la vie sauvage"".

Amicalement.
Charles
Répondre
E
Je trouve assez étonnant, comme l’exprime François Sarano, qu’il faille renouer avec la vie sauvage, avec le cachalot, pour retrouver le sens de l’autre et la pratique de l’hospitalité. Il y a, à ce niveau, une réflexion importante à mener. Retrouver le sens de l’autre, c’est retrouver la dimension du sujet. Or l’animal, tel le cachalot, serait aussi porteur d’altérité.
Pour tout comprendre, revenez au commentaire précédent et appuyer sur Charles Lallemand.
R
27 CITATIONS DE RUMI


1. « Cet univers n’est pas à l’extérieur de vous. Regardez à l’intérieur de vous-même ; tout ce que vous voulez, vous l’êtes déjà. »
2. « Elle est si proche ton âme de la mienne. Que ce que tu rêves, je le sais. Les amis connaissent le tréfonds de la pensée de l’autre. »
3. « Ne vous contentez pas des histoires de ceux qui vous ont précédé. Allez de l’avant et construisez votre propre histoire. »
4. « Elevez vos mots, pas votre voix, car c’est la pluie qui fait pousser les fleurs, pas le tonnerre. »
5. « Sachez-le : un jour viendra où ils s’éloigneront de vous et vos amis deviendront vos ennemis. »
6. « Votre cœur connaît le chemin, courez dans cette direction. »
7. « Ces douleurs que vous ressentez sont des messagers, écoutez-les. »
8. « Viens, je sais que tu es fatigué, mais c’est le chemin qu’il faut emprunter. »
9. « Sois patient, car la patience est la clé de la joie. »
10. « Arrêtez d’agir si petit, car vous êtes l’univers en mouvement extatique. »
11. « Laissez-vous entraîner par la plus forte attraction de ce que vous aimez vraiment. Elle ne vous perdra pas. »
12. « C’est votre route, et seulement la vôtre. D’autres peuvent s’y joindre et marcher avec vous, mais personne ne peut marcher pour vous. »
13. « Chacun a été créé pour un travail particulier et le désir pour ce travail a été mis dans chaque cœur. »
14. « Pourquoi es-tu si émerveillé par ce monde, alors qu’une mine d’or se trouve en toi ? »
15. « L’amour est le pont entre vous et tout. Le reste »
16. « Trouvez les personnes qui illumineront votre chemin. Ignorez ceux qui vous rendent effrayés et tristes qui vous entraînent vers la maladie et la mort. Mettez votre vie en feu. Cherchez ceux qui attiseront les flammes. »
17. « Si vous êtes irrité par chaque frottement, comment allez-vous être poli ? »
18. « Laissez la beauté de ce que vous aimez devenir ce que vous faites. »
19. « Votre tâche n’est pas de chercher l’amour mais simplement de chercher et trouver tous les obstacles que tu as construits contre l’amour. »
20. « Dans ta lumière, j’apprends comment aimer. Dans ta beauté, comment écrire des poèmes. Tu danses en ma poitrine, là où personne ne te voit. Mais parfois je te vois, et cette vision devient cet art. »
21. « Ce que vous cherchez vous cherche ».
22. « Hier, j’étais intelligent et je voulais changer le monde. Aujourd’hui, je suis sage et je me change moi-même. »
23. « Les amants ne se rencontrent nulle part / Ils sont l’un dans l’autre, toujours. »
24. « Il y a une voix qui n’utilise pas de mots. Ecoute. »
25. « La blessure est l’endroit par lequel la lumière entre en vous. »
26. Ne pas éviter les expériences difficiles ; elles sont d’excellents professeurs.
27. Se libérer des préjugés donne le discernement et cette liberté est une lumière pour les yeux, tandis que l’égoïsme t’aveugle et les préjugés ensevelissent ta connaissance dans la tombe. L’absence de préjugés rend l’ignorance sage ; les préjugés pervertissent la connaissance. Résiste à la tentation et ta vue est claire ; agis avec cupidité et tu deviens aveugle et asservi.
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J
Bonjour Etienne,

Merci pour ce beau poème qui nous invite à nous ouvrir au monde comme le firent ces grands hommes du XIII siècle.
Pas si obscurantiste le Moyen-Age, regardons les vitraux, les fresques des cathédrales ...

J'espère que tu vas bien.
Amitiés.

Josiane
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E
Pas obscurantiste du tout, c’est un des siècles les plus brillants avec ses philosophes, théologiens, mystiques, ses cathédrales comme tu le soulignes … Rumi et Ibn Arabi continuent à nous enseigner sans nous enfermer dans une religion précise.
J’espère que tu vas bien toi aussi.
Très bonne journée !
C
Le paysan et le trésor.
Dans la ville d’Ispahan, vivait autrefois un paysan miséreux. Il n’avait qu’une pauvre maison basse couleur de terre, un champ de cailloux avec une source et un figuier. Il reposait sous son figuier quand un rêve lui vînt. Il cheminait dans une cité magnifique aux riches boutiques. Au loin, on voyait des minarets et des palais couleur d’or. Parvenu au bord d’un fleuve, il s’avança sur le pont et, au pied de la première borne, il y avait un grand coffre empli d’or et de pierres précieuses. Une voix lui dit : Tu es ici dans la cité du Caire, en Egypte, et ces biens seront à toi. Cela entendu, il s’éveilla sous son figuier. Il pensa qu’Allah l’aimait et voulait l’enrichir. « En vérité, se dit-il, ce rêve est le fruit de sa grande bonté ». Il s’en alla sur l’heure pour chercher le trésor. Le voyage fut périlleux, mais il parvint enfin au Caire, la ville qu'il avait rêvée, les mêmes rues, les mêmes boutiques, et les mêmes minarets, au loin. Il parvint au bord du même fleuve et du même pont, et à son entrée, la même borne. Mais il n'y avait là qu’un mendiant qui tendait la main. Pas de trésor, hélas. Le paysan désespéra. « Á quoi bon vivre, dit-il. Plus rien de bon ne peut m’advenir dans ce monde ». Il voulut se jeter dans le fleuve. Le mendiant le retint, disant : - Pourquoi mourir, par un si beau temps ? - L’autre raconta son rêve, son espoir, et son long voyage. Alors le mendiant se prit à rire en disant - Voilà le plus grand idiot de la terre. Quelle folie qu'un tel voyage sur la foi d’un rêve ! Auprès de toi, je me sens fort sage. Toutes les nuits je rêve que je suis dans une ville inconnue dont le nom est Ispahan. J'y vois une pauvre maison basse couleur de terre, un champ de cailloux avec une source et un figuier. Je creuse un trou au pied du figuier, et je trouve un coffre empli d’or et de pierres précieuses. Ai-je jamais couru vers ce mirage ? Non, Je suis raisonnable, et je reste à mendier sur ce pont. "Songe est mensonge", dit le proverbe. - Tu aurais dû demeurer où Dieu t’a mis. Va, et sois moins naïf à l'avenir ! Le paysan avait reconnu sa maison et son figuier. Il retourna à Ispahan, et creusant au pied du figuier, il découvrit un immense trésor. Face contre terre il dit : « Allah est grand, et je suis son enfant ».


L'invité repu.
Un homme vint voir Bahaudin Naqshband et lui dit : "J'ai voyagé, je suis allé de maître en maître, j'ai étudié de nombreuses voies. J'en ai reçu de grands bienfaits et retiré maints avantages. Je voudrais maintenant me joindre au cercle de vos disciples, que je puisse m'abreuver à la source de la connaissance, et progresser de degré en degré sur la voie spirituelle, (la tariqa)." Bahaudin ne répondit rien, mais demanda que l'on servit le dîner. Lorsqu'on eut apporté le riz et le ragoût, et que son hôte s'en fut restauré, le maître insista pour qu'il en reprît. Et il en fut ainsi à plusieurs reprises. Puis il lui fit offrir des fruits et des gâteaux, et fit signe qu'on apporte d'autres mets, des légumes, des salades, et des confitures, tout cela en abondance. L'invité se sentit d'abord flatté, et, voyant que Bahaudin semblait toujours plus ravi lorsqu'il avalait, il mangea autant qu'il pouvait. Quant son appétit paraissait faiblir, le sheikh soufi se montrait fort contrarié. Pour ne pas le mécontenter, le malheureux ingurgita presque un deuxième repas. Quand son invité fut dans un état tel qu'il dût s'allonger sur des coussins, Bahaudin dit enfin: "Quand tu t'es présenté devant moi, tu étais aussi plein d'enseignements non digérés que tu l'es maintenant de viande, de riz, de fruits... Tu te sentais mal à l'aise. Parce que tu ne sais pas ce qu'est le vrai malaise spirituel, tu as pris cette sensation pour celle de la faim, la faim de connaissances nouvelles. En réalité, ce dont tu souffrais, c'était d'indigestion. Je peux t'instruire si tu es prêt maintenant à suivre mes directives, prêt à rester ici avec moi le temps qu'il faudra pour digérer - au moyen d'activités qui ne te sembleront pas initiatiques mais qui sont l'équivalent de la substance qu'on absorbe pour pouvoir digérer un repas comme celui-là afin qu'il soit transformé en éléments nutritifs plutôt qu'en graisse. Le visiteur accepta cette proposition. Il raconta son histoire des dizaines d'années plus tard alors qu'il était devenu le grand maître Sufi Khalil Ashrafzada.


Le maître soufi.
Un jeune soufi voyageait avec son maître aux confins du désert. Ils connaissaient mal le pays qui était fort rocailleux, et perdirent bientôt leur chemin. Après quelques jours d'errance, ils vinrent à manquer de nourriture et d'eau . Ils se préparaient à mourir quand ils aperçurent au bas de la montagne une ville lointaine au bord d'un grand lac. La maître dit alors : " Je suis épuisé et ne pourrai aller plus loin. Tu es jeune et tu peux encore sauver ta vie en marchant un peu. Va vers la ville et rapporte moi de l'eau. Je vais m'allonger à l'ombre de ce rocher et je t'attendrai". Le jeune soufi gagna donc la ville et se désaltéra auprès du puits où des femmes puisaient de l'eau. Il remarqua une jeune fille particulièrement belle dont il tomba amoureux sur le champs. Il la suivit jusqu'à la maison de son père, un commerçant dont il se fit rapidement connaître Le personnage était vieux et veuf et il avait besoin d'aide pour son commerce. Il demanda au jeune soufi de demeurer chez lui et de devenir son commis. Les jours, les mois et les années passèrent. Le jeune soufi épousa la fille, et, lorsque le vieux père mourut, il fit prospérer le commerce. Le soufi eut plusieurs enfants et devint bientôt riche et fort influent dans la cité. Il arriva qu'un jour, passant devant le puits de sa rencontre, il vint à penser au vieux maître qu'il avait laissé dans la montagne au bord du désert. Pris de remords il décida d'aller chercher ses restes pour leur donner une sépulture. Il revint donc vers le rocher ou il l'avait quitté. Le vieux maître était toujours allongé dans l'ombre protectrice du rocher, et, relevant la tête il lui dit simplement . " M'as tu apporté cette eau que je t'ai demandée ?".
Répondre
C
La flèche et le trésor.
Une nuit, un homme pauvre rêva que le secret d'un trésor caché était écrit sur un parchemin vendu dans une boutique de la ville. A son réveil, il s'y précipita et il constata qu'en effet un parchemin y était en vente. Il l'acheta aussitôt et commença à le déchiffrer. Il apprit alors que pour découvrir le trésor, il devait se rendre en un certain endroit devant un certain bâtiment, puis se tourner vers l'est et mettre une flèche sur son arc. Il trouverait le trésor à l'endroit où tomberait la flèche. Il s'y rendit donc, se tourna vers l'est, banda son arc et tira une flèche. Il creusa à l'endroit où elle était tombée, mais ne trouva aucun trésor. Il recommença chaque jour suivant, tirant bien des flèches et creusant des trous partout sans succès. La rumeur de ces efforts parvint jusqu'au roi qui exigea qu'on lui remit le parchemin afin de découvrir ce trésor pour lui même. De nombreux archers furent envoyés qui tirèrent des milliers de flèches dans toutes directions et creusèrent d'innombrables trous sans aucun résultat. Dépité, le roi rendit à l'homme son parchemin en disant que si un tel trésor existait, il serait désormais le sien puisque lui même n'avait pu le découvrir. Le pauvre homme retrouva quelque espoir, et la nuit suivante, il rêva d'un mystérieux personnage qui lui reprocha d'avoir été présomptueux et ne ne pas avoir suivi les instructions du parchemin dont le message disait simplement de placer une flèche sur l'arc en se tournant vers l'est. Il ne disait pas de tendre l'arc et de tirer la flèche. C'est donc par vanité et pour marque sa volonté que l'homme avait trouvé logique de bander l'arc et de tirer la flèche, alors qu'il suffisait de la laisser tomber à ses pieds. Place la flèche sur l'arc et laisse la tomber. Où tombera la flèche, creuse la terre, là sera le trésor. Ainsi chacun juge de tout en fonction de la place où il se trouve, mais pourtant la vraie connaissance est plus proche de l'homme que la veine jugulaire de son cou.
Répondre
C
Bonjour Étienne,

Nous sommes dans le TGV pour des RV à Paris avec JF.
Oui, je comprends tout à fait ta réponse.
Merci et bonne journée à toi,
Christine Duval
Répondre
E
Bons rendez-vous à tous les deux !
C
Bonsoir Étienne,

Merci pour ton nouvel article du blog.
Voici quelques pensées spontanées à la lecture de ce beau texte.

Terre d’accueil
Universalité
Hospitalité

Je crois que nous en sommes arrivés à délaisser, maltraiter, détruire la Terre qui nous a accueillis.
En faisant nôtre cette Terre, en nous appropriant ses ressources naturelles, en divisant les territoires, nous avons rompu les liens qui nous unissaient les uns aux autres mais aussi ceux qui nous reliaient à « un monde plus grand ».
Nous avons perdu le sens de l’hospitalité.
Et l’Autre, hors de nos frontières, est devenu étranger, différent, attisant les peurs, la haine... ou suscitant une totale indifférence.
Ce retour à la Terre qui se fait sentir ; marque une volonté de se relier un à un, à la Source, au cœur du Vivant.
C’est aussi prendre conscience que nous devons respecter la Terre, en prendre soin, car elle ne nous appartient pas. Elle est « universelle », une Terre d’accueil de l’humanité toute entière.
Où va se nicher l’hospitalité finalement ?
Sur la Terre
Dans le cœur des hommes

Et au-delà, des nationalités, des races, des déviances de toutes sortes, ce cœur bat de la même façon, au rythme de la Terre.
Il n’y a pour moi pas d’élan d’hospitalité possible s’il n’y a pas la conscience de cette Unité de l’homme qui résonne dans un « Monde plus grand ».
Accueillir cet alter ego qui n’est qu’une autre partie de soi !
Bonne nuit,

Christine
Répondre
E
C’est vrai que la terre est hospitalière. Et si elle est hospitalière, c’est parce qu’elle n’est pas refermée sur elle-même et qu’il y a de l’autre en elle, qui nous renvoie tous à une source commune. Tu parles alors de l’alter ego, qui est effectivement l’autre qui fait partie de soi, sans lequel nous ne pourrions pas avoir de rapport avec autrui. Mais, en même temps, il nous renvoie à une source commune, autre que nous-mêmes, comme je le disais plus haut.
Très bonne journée !
R
L’HOMME EST UN LIVRE

L’homme est un livre.
En lui toutes les choses sont écrites,
Mais les obscurités ne lui permettent pas
De lire cette science
A l’intérieur de lui même.
Répondre
R
JE SUIS ENIVRÉ PAR LA COUPE DE L’AMOUR
J’ai regardé dans mon propre cœur :
C’est là que je L’ai vu.
Il n’est nulle part ailleurs.
Je ne suis ni chrétien, ni juif, ni parsi, ni même musulman.
Je ne suis ni d’Orient ni d’Occident, ni de la terre, ni de la mer.
J’ai abdiqué la dualité, j’ai vu que les deux mondes ne sont qu’un.
Un Seul je cherche, Un Seul je contemple, Un Seul j’appelle.
Il est le premier, Il est le dernier, l’extérieur et l’intérieur.
Je ne sais rien d’autre que « Ô Toi », « Ô Toi qui est ».
Je suis enivré par la coupe de l’Amour.
Répondre
R
SACHE QUE L’AME EST LA SOURCE
Sache que l’âme est la source,
Et toutes les choses créées,
Des ruisseaux.
Tant que demeure la Source,
S’écoulent les ruisseaux.
Chasse le chagrin de ton esprit,
Bois l’eau de ce ruisseau ;
Ne crains pas que l’eau tarisse,
Car elle est sans fin…
Vois comme est devenu un tout ce corps,
Qui est une partie de ce monde de poussière !
Quand tu auras voyagé à partir de ta
Condition d’homme, sans nul doute
Tu deviendras ange.
Quand tu en auras fini avec la terre,
Ta demeure sera le ciel.
Dépasse le niveau de l’ange :
Pénètre dans cet océan.
Afin que ta goutte d’eau devienne une mer
Plus vaste que cent mers d’Oman.
Répondre
J
Merci cher Etienne de ce poème et de ton commentaire toujours concis et juste. Je le lis alors que nous sommes en session à Alger ave tous les visiteurs de prison et ce poème sur la rencontre de l'autre dans sa différence tombe à point.
Très fraternellement à toi.
Jean-Paul
Répondre
E
Merci Jean-Paul. Tu me rassures pour mon commentaire et je suis très heureux si ce texte peut être une piste de réflexion pour les visiteurs de prison. En tout cas, je trouve que le Moyen Age et en particulier le 13è siècle a produit beaucoup de pensée et de spiritualité, quels que soient les courants, chrétiens, musulmans, sans doute aussi juifs. C’est une chance que les dominicains aient pris naissance sur ce terreau-là.
J’apprécie beaucoup, aujourd’hui, la femme rabbin, Horvilleur. C’est apparemment une grande passeuse. Hier matin, elle disait que l’étymologie de religion n’était pas religare (relier) mais re-legere (lire deux fois) : lire deux fois la réalité, pour qu’elle apparaisse en même temps dans sa dimension phénoménologique et sa dimension symbolique. Ce serait donc faire apparaître le réel. En ce sens, la religion devient attrayante.
Bon travail et très bonne journée !
R
Très beau texte en vérité...
Il me semble avoir perçu que nos humeurs - enthousiastes ou austères - restent en fait des hôtes de passage et qu’elles ne doivent pas être considérées avec trop de sérieux ... la question reste de trouver la "bonne écoute", pour les autres comme pour soi-même, (l'humour aide sauf que justement il nous arrive souvent de le perdre dans ces moments de doute. Ce qui est un signe.)
On ne peut pas être toujours "sur la crête"...
Et les vrais amis sont ceux qui nous font crédit de ces changements de surface et qui nous accueillent (encore) lorsque nous nous trouvons au creux de la vague ...Pourvu que nous ne prêtions pas -nous mêmes- trop d’attention à l'abîme qui semble se creuser en dessous.
Trouver l'équilibre pour ne pas conforter ces pensées déprimantes, viles, calculatrices, surexcitées ou angoissées ...sans les ignorer ... relève sans doute d'un exercice de sagesse ou de style.
A défaut d'y parvenir tout à fait en avoir conscience ...n'est déjà pas si mal
Autrefois j'allais boire à la source d'autres "amis-sages » ou je me repliais comme un escargot dans sa coquille ...Aujourd'hui j'apprends (aussi) à les laisser me traverser comme des nuages
Romane
Répondre
E
Je vois que tu es bien rentrée dans le texte de Rumi. Se laisser traverser par la vie quels soient ses aspects, c’est apparemment ce que tu as appris à faire. C’est en elle que se situe la source à laquelle nous sommes appelés à nous abreuver. Si nous acceptons le don qui nous est fait, nous échappons à l’héroïsme qui nous déshumanise et nous enferme sur nous-mêmes au lieu de nous ouvrir aux autres.
Pour le moment, mon blog n’accepte pas les commentaires. Mais dès demain, je vais entrer en contact avec overblog pour régler le problème.
Très bonne soirée !
G
Le nouvel article est référencé par google
Répondre
F
Merci Etienne pour ta réflexion à propos d'un texte de Rûmî. Elle ouvre
à l'espace de la rencontre de l'autre, en respectant l'altérité... ce
qui n'est pas facile chaque jour dans une relation quotidienne…

Mais je voulais tout simplement te faire un clin d'œil à propos de
Rûmî. Tout à fait, il y a quelque temps, en essayant de le situer dans
son contexte et dans ce qu'on sait de sa vie et de sa fin et de toutes
ses initiatives et chemins de vie et de tous ses messages.... j'ai
découvert qu'il a vécu presque en même temps et en tout cas dans la même
période de temps que François d'Assise... intéressant, un en Italie et
l'autre de l'autre côté de la mer...Et en regardant leu vie, leur
aventure et leurs messages, on dirait qu'il se ressemblent beaucoup,
presque une similitude et un parallèle de vie et d'expérience, chacun
dans son contexte social et culturel, mais assez intéressant... au moins
à partir de ce que j'ai pu lire et comprendre en détail dans un petit
livre dont j'ai perdu la trace pour l'instant et les références...

On peut toujours rêver d'un st-François occidental et d'un saint
François/Rûmî oriental...
Répondre
E
Merci Francesco pour tes remarques. La période de Rumi a été très féconde sur un plan spirituel et théologique. A côté de François d’Assise et Bonaventure, il y a, au 13è siècle, les grands dominicains : Dominique, Albert le Grand, Thomas d’Aquin… C’est un peu, dans de nombreux domaines, ce que la Moyen Age a donné de meilleur.

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