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8 décembre 2019 7 08 /12 /décembre /2019 12:32

Kandinsky  (le féminin)

 

 

Intelligence du cœur et avenir de l’homme

 

Hospitalité et intelligence du cœur sont comme deux sœurs jumelles. La première est dans l’accueil de l’autre : elle est le fondement de l’humanité. Mais comment l’accueillir l’autre si le cœur n’est pas déjà ouvert pour lui faire une place. Une petite expérience récente m’a ouvert les yeux sur ce point.


Une opération à l’infirmerie protestante de Lyon

Lundi dernier, deux décembre 2019, je suis admis à 8 heures du matin à l’Infirmerie protestante, pour une petite opération, qui aura lieu à 9h30. Je repartirai le lendemain à 3 heures de l’après-midi. Assez rapidement je suis pris en charge par une chaîne humaine qui me conduira jusqu’à la salle d’opération. L’anesthésiste m’adresse la parole avec beaucoup de bienveillance et, à l’aide de sa seringue, m’expédie dans un autre monde. Une heure plus tard, je commence à reprendre conscience dans une salle où règne beaucoup d’agitation. Des femmes et des hommes passent d’un malade à l’autre pour les rassurer. Finalement je suis emmené dans une chambre à deux lits au cinquième étage. C’est toute une équipe qui me prend en charge comme si j’étais accueilli dans une famille.

 

L’infirmière est l’âme du service

Rapidement, je remarque une infirmière qui coordonne l’ensemble des mouvements. Elle accompagne l’aide-soignante pour faire les lits et finit par m’adresser la parole avec un beau sourire. Je sens, tout de suite, qu’elle est heureuse dans son travail, même si elle doit affronter certaines difficultés qui m’échappent encore. Sans doute le chirurgien ou le chef du service est-il un personnage important, mais il n’a pas ici le contact, la présence et la proximité de l’infirmière. Elle est comme un chef d’orchestre.

 

Son efficacité tient à l’intelligence du cœur

Je sens que j’ai une place dans le service, comme les autres malades. Mais, en même temps, l’accueil est particulier pour chacun des patients. Le cœur et l’intelligence se rencontrent chez notre chef d’orchestre et finissent par éclairer son visage d’une beauté particulière. Ils donnent à son travail une efficacité qui paraît échapper à la contrainte.

 

L’intelligence du cœur rejoint l’autre au cœur de son humanité

Dans cette nouvelle symbiose, une relation de confiance finit par s’établir entre l’infirmière et le malade. Tout en restant différents, ils sont maintenant sur la même longueur d’onde, engagés dans une même musique qui rythme la vie du service. A ce niveau, qui reste encore limité, l’humanité elle-même est déjà en plein travail de création.


Elle permet à l’autre d’accoucher de lui-même en le connectant au souffle de la vie

L’intelligence du cœur n’est pas maternage. Elle n’enferme pas l’autre dans la dépendance. Au contraire, elle ouvre sur quelque chose qui dépasse chacun des acteurs, quelque chose d’universel et de particulier. Je veux parler du souffle de la vie qui traverse les êtres et l’univers tout entier pour les inscrire dans l’élan de la création. C’est ainsi que chacun peut finir par accoucher de lui-même. L’infirmerie n’est pas simplement là pour soigner. Elle est un temps de passage pour permettre à chacun de reprendre son souffle, le souffle même de la vie, pour continuer son chemin.

 

Aujourd’hui l’humanité entière est dans les douleurs de sa propre gestation

Il n’échappe à personne que l’humanité entière est secouée dans toutes les parties du monde. Elle aspire à sortir du corset dans lequel les pouvoirs tout-puissants l’ont enfermée, au point de la paralyser et de l’empêcher de naître et de renaître. Elle a besoin de se libérer pour devenir elle-même. Sans doute les souffrances sont-elles là. Mais elles sont l’annonce d’un monde nouveau à faire advenir.


C’est pourquoi l’intelligence du cœur doit prendre le pas sur l’intelligence de la raison

L’intelligence est au service de la création. Aussi prend-elle des formes différentes, intelligence du corps et du monde physique, intelligence de l’esprit qui mobilise la raison et l’intuition pour accéder au monde des valeurs. L’une et l’autre sont très utiles voire même indispensables mais, pour qu’elles soient fécondes, elles ont besoin de jouer ensemble en étant animées par l’intelligence du cœur. L’intelligence du cœur est la maîtresse du jeu de la création. Comme on l’a vu, c’est elle qui relie au grand souffle de la vie. Tous les mouvements de contestation en France et dans les autres pays du monde soulignent son absence chez les gouvernants, au moment où l’humanité doit accoucher d’elle-même. Pour faire advenir le monde nouveau, la raison qui donne naissance à la technocratie, ne suffit pas. Elle est trop lointaine des gens et de leurs problèmes. Il faut passer à l’intelligence du cœur. Cela est possible. Il suffit de prendre exemple sur les infirmières, dans le monde de la santé.


Retour à Socrate l’accoucheur

Socrate était un prophète. Il avait compris que le rôle de l’intelligence était d’amener l’homme à accoucher de lui-même. D’emblée, il plaçait la philosophie sous l’égide de l’intelligence du cœur. Et intuitivement il avait compris que l’homme ne peut devenir lui-même que dans l’accueil de l’autre et donc dans l’hospitalité, à tel point que le dialogue devenait le chemin de l’accouchement nécessaire. Nous avons préféré Platon et Aristote à leur maître. Sans doute est-il souhaitable, aujourd’hui, de revenir à Socrate lui-même.

 

Etienne Duval

 

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commentaires

J
Bonsoir Etienne,<br /> Ton dernier article, comme les précédents, a retenu toute mon attention. L'intelligence du cœur et l'intelligence de la raison est un thème particulièrement intéressant qui pourrait faire l'objet d'un débat dans le cadre d'une émission littéraire ou philosophique. <br /> Amicalement.<br /> J. Marc Dupont
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E
Merci Jean-Marc. Il n’est pas question de faire une émission littéraire ou philosophique mais bien d’engager un débat, avec les éclairages des uns et des autres. Ce qui m’intéressait au départ, c’était de sortir d’une démarche trop rationnelle, qu’affectionne la technocratie, pour donner un peu plus de cœur et donc de chair à l’engagement humain dans la transformation de la société.<br /> Très bonne soirée !
E
Intelligence émotionnelle, intelligence du coeur<br /> <br /> Il est beaucoup question depuis les travaux de Daniel Goleman, d’intelligence émotionnelle. Longtemps, on a cru que réussir se vie dépendait d’un bon QI, c’est-à-dire d’un bon quotient intellectuel. Or, on se rend compte de plus en plus que la réussite ne doit pas grand-chose à notre niveau d’intelligence cérébrale et beaucoup à celui de l’intelligence du cœur, l’intelligence émotionnelle.<br /> Dans les relations amoureuses, c’est un cœur ouvert qui permet de maintenir la relation dans le temps, au-delà des petites querelles et des vicissitudes de tous les jours. Avec les enfants, c’est un bon équilibre entre compassion et fermeté qui permet d’élever les enfants sans les rabaisser… ni leur permettre de tyranniser leurs parents. Et dans la vie professionnelle, combien de réussites ne sont-elles pas dues à une forte présence, une bonne dose d’amour propre et d’humour, de maîtrise, d’élan, d’attention à l’autre et l’art de le convaincre ou de susciter l’enthousiasme ? Toutes ces qualités ainsi que bien d’autres sont des facteurs d’intelligence émotionnelle que l’on peut mesurer. Qui dit intelligence émotionnelle dit « capacité à comprendre ses émotions et celles des autres. » Mais de quoi les émotions sont-elles le vecteur ? <br /> La plupart des auteurs s’accordent à distinguer quatre grandes émotions de base : la colère, la peur, la tristesse et la joie. D’aucuns ajoutent une cinquième émotion : les uns vont rajouter le dégoût, d’autres l’amour… Peu importent les querelles d’école : ce qui est important de comprendre ici, c’est que les émotions de base vont offrir d’infinies variantes selon les besoins en jeu, leur intensité, leur retentissement et leur combinaison avec d’autres émotions. Ainsi, la colère peut aller de la petite irritation à la crise de rage ou à l’agressivité chronique ; la peur, de la vague inquiétude à la crise de panique complète ou à la phobie ; la tristesse, de la déception passagère au désespoir le plus profond ou à la dépression ; et la joie, de la paix tranquille à l’exaltation la plus complète ou au fou rire. De même, la honte sera-t-elle le plus souvent un mélange de colère rentrée contre soi ou de dégoût teinté de tristesse ; dans la jalousie, on verra la peur associée avec la colère… Pour compliquer le tout, il faut tenir compte aussi des émotions parasites qui font écran à nos émotions authentiques. Dans notre société, culturellement, les hommes sont plus encouragés à exprimer leur colère et masqueront leur peur ou leur chagrin derrière des manifestations de dureté apparente ; les femmes par contre sont conditionnées à ravaler leur colère. Ce qui ne veut pas dire qu’elles se laissent faire, Dieu merci. <br /> Voilà donc déjà quelques clés pour décoder le langage émotionnel. Qui dit émotions – en dehors de la joie – dit généralement besoin frustré. C’est une énergie mobilisée pour tenter de combler un besoin en souffrance. Jusque là, tout va bien tant que chacun assume la responsabilité de ses besoins et se sert de l’énergie de l’émotion pour satisfaire ses besoins. Comme un programme de survie, La colère nous permet de protéger notre intégrité, la peur, de faire face au danger, la tristesse, de faire le deuil de nos attachements pour tourner la page. Les difficultés commencent lorsqu’on attribue à quelqu’un d’autre la responsabilité de nos propres besoins : c’est là que les relations se gâtent. Les accusateurs vont chercher un martyr sur qui déverser leur colère, les victimes, un bouc émissaire pour se justifier ou un saint-bernard auprès de qui se plaindre. Dans ce jeu de patate chaude, personne ne s’assume vraiment, et les choses ne risquent pas d’être réglées de sitôt. Chacun nie la responsabilité de l’émotion qu’il ressent et s’ôte le pouvoir d’obtenir ce qu’il veut vraiment. Il y aura donc du monde pour faire les frais de ce qui ne lui appartient pas. Ce jeu pervers poursuit les familles de générations en générations qui vont porter le poids de situations inachevées. <br /> Ce triste cortège dépeint malheureusement la trame de bien des relations. Les jeux de pouvoir ne se jouent pas qu’en entreprise : les relations familiales sont d’autant plus polluées d’enjeux secrets que leurs membres sont investis de l’obligation de satisfaire ces exigences tacites. Que de non-dits, de regrets, de rancoeurs, de ressentiments… le ressentiment n’étant autre que le sentiment qui n’est pas dit. Il existe pourtant des approches simples et puissantes pour apprendre à écouter, reformuler, dire les choses clairement, parler pour soi et non pour l’autre, clarifier les liens ambigus et repositionner chacun à sa juste place. Les approches de Gordon et de Rosenberg sur l’affirmation pacifique des besoins et de Bert Hellinger sur les constellations familiales vont dans ce sens. Sans parler de l’apprentissage de la communication, dans lequel on apprend à parler dans le langage de l’autre, selon ses préoccupations. Ainsi, John Ray s’est fait largement connaître avec sa célèbre série « Mars et Vénus » pour dépeindre le monde respectif des hommes et des femmes avec leur langage spécifique.<br /> Au-delà de ce travail sur la relation, reste le travail à faire sur soi pour restaurer l’amour blessé et pardonner son passé. On rentre là davantage dans le travail de thérapie, longue ou brève. Une approche comme celle mise au point par Bob Hoffman par exemple offre un exemple magistral pour renouer avec sa famille, avec son histoire et en fin de compte avec soi-même. C’est dire que l’intelligence du cœur s’éduque et se rééduque. Il est temps de sortir du cliché selon lequel l’intelligence, qu’elle soit mentale ou émotionnelle, serait acquise une fois pour toutes. S’il n’est jamais trop tard pour construire des relations heureuses, il n’est jamais trop tard non plus pour avoir une enfance heureuse.<br /> <br /> https://www.souffledor.fr/blog/intelligence-emotionnelle-intelligence-du-coeur-n75<br /> <br /> Appuyer sur Editions pour retrouver les sources de cet artile
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G
Cet article est maintenant référencé par google.
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J
Bonjour Etienne ,<br /> <br /> convergence des dates , des symboles de lumière ... Couleurs à la fois chaudes et froides de Kandinsky ( masculin et féminin ?) ...<br /> Ton texte représente pour moi le sens que j'ai envie de donner à Noël afin que chacun retrouve le chemin du coeur .<br /> MERCI .<br /> <br /> Bien amicalement .<br /> <br /> Josiane
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E
Ta réponse me fait grandement plaisir. Noël, en effet, c’est se mettre en état d’écoute de l’autre pour qu’il puisse naître et se développer dans notre monde.
G
Cher Etienne<br /> Comme toujours j'ai lu avec beaucoup de plaisir ton dernier texte : d'abord parce qu'il me donne -outre matière à réflexion, comme toujours- des nouvelles de toi, ce qui m'intéresse autant que ta réflexion. De plus ces nouvelles sont entourées d'une atmosphère heureuse et conduisent à une bonne fin.<br /> <br /> J'ai lu il y a quelque temps, et je relis parfois, de Robert Musil, De la bêtise, Ed. Allia, 2015,(conférence donnée en 1937, encore d'actualité comme la bêtise). J'en ai retenu l'idée (qui n'est pas formulée dans ces mots) qu'il n'y a pas d'intelligence sans ce que tu appelles « l'intelligence du cœur » : sans cette « intelligence du cœur », on est dans la bêtise. Celle-ci peut prendre de multiples formes, y compris aimables, selon les doses respectives et les proportions dans le mélange de connaissance rationnelle, de science, et de cette compréhension intuitive qui fait saisir par sympathie et respect le point de vue d'autrui, (autrement dit -si je t'ai bien compris – grâce à cette « l'intelligence du coeur »), pourvu ce mouvement vers autrui soit totalement « sincère », profond, spontané, immédiat (autant que possible – parfois il faut un peu de temps), se face dans le respect et la reconnaissance d'autrui, base de tout. Une rencontre s'établit alors, qui permet beaucoup de « compréhension », autrement dit d'intelligence commune – divergences comprises-. C'est alors que se produit de « l'humanité » .<br /> <br /> En effet, selon Musil, l'intelligence, c'est de comprendre une situation dans son ensemble, de comprendre, surtout autrui, dans cette situation, de s'adapter à l'ensemble et de réagir ou d'agir de telle sorte que « l'humanité » soit en chacun préservée et enrichie (et efficiente). Ce qui implique fondamentalement une recherche de justice. Chacun doit trouver, dans la réflexion et surtout dans les décisions et dans l'action, le même respect, la même compréhension, la même humanité. Et, cela ne va pas sans dire : chacun doit trouver -ou construire- un bonheur de vivre, avec des garanties concrètes !<br /> <br /> Vaste programme.<br /> On peut douter que ce soit celui de nos dirigeants, ou celui des puissants de toutes sortes et de tous les niveaux. On peut se demander où sont passés les « intellectuels » d'autrefois (on peut se demander d'ailleurs d'où ils venaient, vers où ils souhaitaient se diriger). On peut parfois échapper à ce qui a pris leur place : une médio-techno-cratie très présente, et des programmes de télé très débiles.... Un monde qui produit fondamentalement de la bêtise.<br /> <br /> Il faut commencer sans doute par « l'intelligence du cœur », afin d'atteindre l'intelligence tout court, c'est-à-dire vaste et globale. Vaste programme aussi. Les bons sentiments (à quoi ne se réduit pas « l'intelligence du coeur », j'en serais d'accord) détournent trop facilement d'une compréhension précise des réalités. Il sera intéressant d'observer si M. Philippe aura une « intelligence du coeur » assez forte pour comprendre M. Martinez (ce sera plus facile à l'égard de M. Berger) et pour prendre au sérieux les arguments, les craintes fondées des quelques millions de manifestants de ces jours-ci. Quant à demander à ceux-ci d'avoir une « intelligence du cœur » à l'égard de M. Philippe et ses comparses, je n'irai pas jusque là. Toi non plus, si je t'ai bien compris.<br /> <br /> Gérard Jaffrédou<br /> 10. XII. 19
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E
Je vois que tu m’as bien compris, à travers Musil : sans l’intelligence du cœur, on est dans la bêtise. Tu soulignes les points importants : comprendre autrui, le respecter, faire preuve d’humanité. Sans écoute de l’autre, il n’y a pas de vraie intelligence du monde et de l’homme. C’est vrai qu’il n’y a pas aujourd’hui de grands intellectuels parce qu’il y a trop de peur face à un bouleversement du monde qui s’annonce. On cherche les vrais accoucheurs, comme Socrate. Mais je suis plutôt optimiste car ce sont les événements qui fabriquent les hommes. Macron ou Philippe sont-ils les bons accoucheurs. Ce n’est pas tout à fait sûr. Sont-ils capables d’écouter les gilets jaunes ? Un peu. Martinez ? C’est moins sûr. Personnellement il me rappelle de mauvais souvenirs. Et pourtant, dans ses rangs, il y a des revendicateurs, qui ont de la peine à se faire entendre et qu’il n’arrive pas à maîtriser. Il faut aussi les écouter.
J
Magnifique cher Etienne cette méditation sur l'intelligence du coeur, la seule véritable intelligence, qui plus est à la portée de tout le monde, intellectuel ou pas, à partir d'une expérience personnelle forte si finement décrite. <br /> Très fraternellement à toi, une année après la béatification.
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E
Merci Jean-Paul. Je pense comme toi que la seule véritable intelligence est l’intelligence du cœur. Une année après la béatification, comme me l’a rappelé Christine. Et un 8 décembre, qui renvoie à la figure de Marie, dont le cœur et l’intelligence sont ouverts à tous les hommes.<br /> Bonne préparation à Noël en Algérie !
C
Diotime, Étienne, n'est pas pour moi seulement "la part féminine de Socrate, cet autre de lui-même" ; c'est une altérité radicale qui si situe dans une autre dimension que celle de la complémentarité masculin-féminin - dans Le Banquet la position d'Aristophane ; et c'est cette altérité que nous fait percevoir l'intelligence du cœur par sa juste compréhension du "manque" face au Réel, à l'impossible, à la souffrance et à notre propre mort, y compris face à cette différence des places dans la sexualité que voudrait gommer la notion d'égalité, mais dans une position "subjective" que précisément rejette l'intelligence rationnelle, considérant "objectivement" ce manque comme un possible dont on peut toujours repousser les limites - ce que la science, la technique, ne permet pas aujourd'hui de connaître et de réaliser mais le pourra demain, nous portant ainsi à nous évader de "l'humain" - auquel, par l'intelligence du cœur comme tu le soulignes justement, veille notre position subjective - pour un "transhumain" utopique mais fou, délirant, faisant fi du Réel et donc à l'opposé de l'altérité.<br /> Amicalement.<br /> Charles
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E
Ce que je voulais souligner c’est que l’altérité est interne au sujet lui-même. Je suis autre : constitutionnellement je ne peux pas être moi-même sans faire une place à l’autre, à tous les autres. Ce qui signifie aussi que je suis un être de désir. Et c’est sans doute là que nous nous rejoignons…
C
Que Diotime soit un personnage de fiction imaginé par Platon comme le proposait déjà Léon Robin (note 160) dans son édition de La Pléiade de ...1950, il n'en reste pas moins que, au cours de ce banquet sur le thème de "l'amour" où chacun - des hommes exclusivement - y va de sa définition, Socrate - quand c'est à son tour de parler et de dire ce que c'est pour lui " de l'amour" - dans un premier temps, ne parle pas en son nom mais fait parler une femme (201 d) : "C'est le discours que j'entendis un jour de la bouche d'une femme, Diotime, aussi savante là-dessus que sur quantité d'autres sujets. [...] L'Etrangère quand elle me soumettait à ses questions, ce que je lui disais était, à peu de choses près, la réplique de ce qu'à présent me disait Agathon ; et elle me réfutait exactement par ces arguments qui m'ont servi à moi pour le réfuter." C'est ainsi que Socrate introduit dans ce banquet celle qui est en position de complète altérité puisqu'aucune femme n'avait le droit d'y participer ; ce qu'il a appris ce n'est ni du jeune Alcibiade, ni d'Agathon, ni des mêmes, mais de l'Autre, de Diotime en position d'altérité.<br /> Il me semble que l'intelligence du cœur cela implique aussi l'intelligence de l'altérité, et donc aussi la mise en place du "trois". Tu parles Etienne de Socrate, accoucheur, mais précisément, quand il s'agit d'enfantement, l'amour dans un couple par ex., ce n'est pas qu'une affaire de complémentarité (1+1 = 2) mais : (1+1 = 3). Dans Le Banquet, le discours d'Aristophane notamment, c'est de ramener cette question de l'amour au "deux", et non seulement à la dualité mais à la moitié : "nous étions à l'origine d'une seule pièce qui, à un moment donné, a été coupée en deux et, du fait de cette séparation, chaque moitié depuis a le désir de retrouver son autre moitié" (193 a), tel le "symbole" dans la Grèce antique, signe convenu qui, par rapprochement entre les deux parties d'une même pièce, témoignait de relations d'hospitalité ; alors que Socrate, en choisissant d'entrée de faire parler Diotime, on n'est plus dans la dualité, il n'y a pas Socrate et ses interlocuteurs ; il y a lui, eux et cet Autre, Diotime qui n'est pas là mais combien, par son absence, présente dans son discours :<br /> Ils sont trois, donc dans une toute autre dimension, celle que par cette infirmière, Etienne, tu nous fais percevoir, et où je te rejoins.<br /> Buenas noches.
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E
Finalement, si je comprends bien ce que tu nous dis, Diotime, c’est la part féminine de Socrate, cet autre de lui-même, sans laquelle, il n’y a pas de création possible. C’est finalement la liaison entre Socrate et son autre féminin, qui fait de lui un créateur. Il y avait déjà Phénarète, sa mère accoucheuse. Cela devient fabuleux. Il y a intelligence du cœur, lorsque le cœur s’ouvre à cet autre féminin ou masculin qui restait caché. C’est, à ce moment là, que l’homme ou la femme acquièrent leur pleine humanité.<br /> <br /> Très bonne journée ! Il faut être deux pour penser !
C
Bonjour Étienne,<br /> <br /> Je partage avec joie. Merci à toi !<br /> <br /> A Oran, lors des Béatifications, je crois que nous étions au cœur du sujet.<br /> <br /> Nous étions là sur la Terre d’Algérie, Terre généreuse, Terre d’accueil de l’autre.<br /> <br /> Nous avons attendu de nombreuses heures dans le calme que tout se prépare sans vraiment savoir comment tout cela allait se passer.<br /> Il y a eu ce temps de l’écoute, du partage, de la découverte de l’autre, avec une grande disponibilité; la conscience d’être ici et maintenant dans un grand lien d’humanité. <br /> <br /> Sur cette Terre, le cœur ouvert, nous avons pu ainsi, accueillir un à un la Lumière des Béatifications. <br /> <br /> Et puis, Étienne et moi sommes partis tous les deux à Alger où nous nous sommes rendus à la Basilique Notre Dame d’Alger.<br /> <br /> A l’intérieur, j’ai été « empoigné », ce mot que Fadila utilise souvent, par quelque chose qui m’a dépassée.<br /> J’ai vu la fresque mettant en scène l’Oncle Abbé et la petite lumière au dessus de l’endroit où il a été enterré et j’ai eu un torrent de larmes.<br /> Touchée au cœur !<br /> J’ai eu l’intuition que ces larmes étaient peut-être aussi celles de l’oncle Abbé qui a dû partir dans une immense tristesse et c’est comme si je versais aussi, toutes les larmes qu’il a contenues lors de l’Assassinat Des Moines. <br /> Puis tout s’est apaisé et la vie a repris son chemin. <br /> <br /> C’est tout ça pour moi, la présence à Oran et à Alger.<br /> <br /> Bonne journée à toi,<br /> <br /> Christine Duval
Répondre
E
Oui, tu as été touchée au cœur et, à travers les larmes, le cœur a libéré toutes les souffrances accumulées. Quelle chance !
C
Bonsoir Étienne,<br /> <br /> Comment vas-tu ?<br /> <br /> Je me suis permise d’adresser ton mail à Fadila qui est toujours très sensible à tout ce que tu écris.<br /> <br /> Nous sommes le 8 décembre et il y a un an, nous étions en Algérie pour les Béatifications.<br /> Quelle hospitalité !<br /> Quelle lumière !<br /> C’était un beau cadeau pour Etienne et moi que nous avons accueilli avec joie.<br /> De ce voyage est née une belle amitié avec Fadila. <br /> <br /> Je crois que tout ce que tu as écris dans ton beau texte, nous l’avons ressenti à Oran. <br /> <br /> A bientôt,<br /> <br /> Christine Duval
Répondre
E
Merci Christine pour tout ce que tu écris. Merci aussi d’avoir envoyé le texte à Fadila.<br /> Si tu dis que ce que j’ai essayé d’écrire, tu l’as ressenti à Oran, j’en suis ravi. Cela veut simplement dire qu’il y a eu pour toi une conversion du cœur : tu es entrée dans une relation intérieure avec l’Esprit sans rompre avec la réalité humaine. C’est, pour moi, l’essentiel.<br /> <br /> Bonne fin de soirée !<br /> Que
H
Tu nous invites, Etienne, soulignant la primauté de l'intelligence du cœur sur celle de la raison, à revenir à Socrate ; j'ajouterai : et à Diotime, une femme, une étrangère,<br /> Qui - il nous le confie dans Le Banquet de Platon (200 a) -"me soumettait à ses questions". Sacrée Diotime !<br /> Amicalement.<br /> Charles
Répondre
E
Je pense que Diotime est un personnage de fiction imaginé par Platon. Mais il faudrait que je me replonge dans Le Banquet pour en savoir davantage. Peut-être peux-tu nous éclairer davantage et dire pourquoi tu relies Diotime à Socrate, accoucheur.
C
Merci cher Etienne, quel beau texte tu nous fait comme cadeau de Noël, il laisse tellement à penser.<br /> Et à vivre, si c’est possible, entre gens de bonne volonté …quand c’est possible …<br /> <br /> Je vais bientôt prendre l’avion, pour aller dans cet autre pays les USA, dont je ne partage pas tous leurs idéaux et<br /> encore moins ceux de leur Président !<br /> <br /> Mais ces moments sont si difficiles pour moi, je m’y sens si seule et sans toutes les ressources qui étaient<br /> Validées par mon JEAN Nicolas, là j’ai bien besoin de tes prières !<br /> <br /> Je rentrerai le 2 janvier et j’espère alors avoir de nouveaux buts.<br /> Chaleureusement<br /> Claire Henrique-Dumont
Répondre
J
Intelligence du cœur est avenir de l’homme.
E
Merci à toi Claire. Je sais que cette fête de Noël est dure à passer sans Jean-Nicolas. Mais je ne peux penser qu’il ne te fasse pas un petit signe. En tout cas, tes enfants vont te gâter et tu ne seras pas seule.<br /> <br /> Je t’embrasse et que Dieu t’acco!mpagne pendant tout ce voyage !
F
Bonjour Etienne,<br /> Christine m’à fait parvenir votre dernier texte, destiné à votre blog.<br /> Oh merci, pas un mot à ajouter, pas une virgule à déplacer, pas un point à ajouter : une symphonie Vivante parfaite.<br /> C’est ça, absolument ça.<br /> Merci beaucoup.<br /> Bien à vous, Fadila
Répondre
E
Merci Fadila de réagir aussi vite. Je suis ravi que ce texte vous ait plu. Mais je ne mérite pas autant de louanges. Mon seul souci a été d’être le plus simple possible.<br /> Bonne soirée !

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