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28 octobre 2019 1 28 /10 /octobre /2019 16:02

L'hospitalité d'Abraham, Chagall

 

L’hospitalité, créatrice d’humanité

 

J’ai souvent bénéficié de l’hospitalité dans des familles musulmanes au Liban, au Maroc et même en banlieue lyonnaise. Récemment encore, à l’occasion d’un colloque, où il y avait de nombreux universitaires algériens, j’ai été saisi par l’hospitalité de la pensée qui a marqué les débats. Et peu après, assistant à une conférence, j’ai entendu Fadila Semai, journaliste d’origine algérienne, nous avouer : « L’hospitalité, c’est l’eucharistie des musulmans ». Il n’en fallait pas plus pour m’interpeller fortement : qu’avons-nous fait de l’hospitalité en milieu chrétien et dans les nations démocratiques ? Elle est pourtant le fondement de notre humanité comme l’ont souligné Emmanuel Levinas et Jacques Derrida.

A un moment de malaise international, où de nombreux émigrés viennent nous solliciter, il n’est plus possible de rester sourd aux appels venus du monde entier. Pour moi il faut s’interroger sur l’hospitalité que nous avons oubliée. C’est pourtant sur elle que nous avons bâti notre culture. Aussi ai-je décidé de réfléchir avec deux groupes, pendant une année entière, sur un tel sujet. Nous devons échanger à partir de textes importants tirés de la Bible, mais aussi à partir des mythes et des deux philosophes que j’ai déjà cités.

Au cours du mois d’octobre, nous avons déjà travaillé sur l’hospitalité d’Abraham, à l’ombre du chêne de Mambré, près de la ville d’Hébron, actuellement en Cisjordanie (Genèse, ch.18, 1-15).

 

Trois hommes mystérieux à la limite du désert

Abraham est sorti de sa tente pour méditer à l’ombre d’un chêne qui sert de repère pour les voyageurs. Tout à coup, il voit trois hommes qui viennent dans sa direction. Ils ont aperçu l’arbre qui doit les mettre sur leur route. Ce sont des étrangers qu’Abraham n’a sans doute jamais vus. Et pourtant, au cœur de sa méditation, il découvre en eux la présence de Yahvé. Dans l’étranger, il y a l’autre et, dans l’autre, se manifeste l’inconnu, entouré de transcendance.

 

L’accueil inconditionnel de l’autre

Abraham voit s’approcher les messagers de Dieu. Il guette chacun de leurs mouvements et essaie d’écouter les paroles qu’ils échangent entre eux. Mais plus ils s’approchent, plus leur silence le plonge dans le mystère. Il faut absolument qu’il les accueille sans même s’interroger sur la menace qu’ils peuvent représenter. Arrivés à quelques pas, il ne peut s’empêcher de se prosterner devant eux. Leur altérité l’impressionne. Ils doivent lui faire l’honneur de s’arrêter. Ne sont-ils pas fatigués par le voyage qu’ils viennent d’effectuer ?

 

Le corps privilégié

Oui, ils sont fatigués, souillés par le sable du désert et ils n’ont ni bu ni mangé depuis de longues heures. Il n’est pas temps de les interroger sur les nouvelles venues d’ailleurs. C’est des corps dont il faut maintenant s’occuper. Dans la mentalité d’Abraham et des peuplades qui l’entourent, le corps n’est pas à négliger, il est l’accomplissement de l’homme. La sourate II du Coran reflète à merveille une telle manière de penser. Dieu est avec ses anges et il veut faire de l’homme son lieutenant sur la terre. Les anges commencent à s’indigner, se croyant bien supérieurs à la créature qui est venue à l’existence après eux. Or Adam connaît le nom des créatures, alors que les anges l’ignorent. Dieu demande, en conséquence, à ses serviteurs de se prosterner devant le premier homme. Ils obéissent tous en dépit de leur étonnement intérieur, sauf Iblis qui semble être la figure de Satan, convenant ainsi que l’homme avec son corps leur est supérieur.

Ainsi Abraham fait apporter de l’eau pour que les étrangers puissent se laver les pieds. Sara, sa femme, confectionne des galettes. Et ses serviteurs préparent un veau, « tendre et bon », choisi par le patriarche. On y ajoute du caillé et du lait pour que le repas soit complet.

 

Une hospitalité pour aider l’autre à faire son passage

Les trois étrangers sont en voyage. Il ne s’agit pas d’abord de les accueillir chez soi. Ce qui importe c’est de les aider à poursuivre leur itinéraire, de leur permettre de se restaurer pour aller plus loin, au bout de leur désir. Le sens de l’hospitalité ne consiste pas à accueillir la misère de l’autre mais à lui offrir une halte qui l’aidera à poursuivre son chemin, peut-être à un autre niveau. Celui qui accueille n’est pas maître du sens que l’autre veut donner à sa vie. Il importe, avant tout, de l’aider à faire son passage.

 

La femme qui retrouve sa place

Les hommes s’inquiètent. Où est Sara, la femme d’Abraham ? Elle est recluse, enfermée dans la tente. Or ces étrangers sont venus précisément pour lui redonner la parole. Sans parole, il n’y a pas de création, pas d’humanité. Et pour le faire comprendre ils annoncent à la femme que, dans un an, elle aura un fils, en dépit de son âge avancé. Si elle a été jusqu’ici stérile, c’est sans doute parce qu’Abraham, sans même s’en rendre compte, l’avait écartée du champ de la parole. Les étrangers apportent à la femme la parole que le patriarche a omis de lui donner parce qu’il n’avait pas perçu son altérité.

 

Le rire énigmatique de Sara

En écoutant l’étranger, Sara se met à rire. Comment pourrait-elle enfanter alors qu’elle n’a plus ses règles ? Il faut également reconnaître que son vieux mari a perdu de sa virilité ! Vraiment ces hommes venus d’ailleurs n’ont pas le sens des réalités : ils sont en train de rêver à défaut de la faire rêver elle-même. L’étranger, porteur du rêve, pourtant, est sûr de lui. Le merveilleux reste possible. En fait, si Sara s’est mise à douter, elle a, en même temps, ri de plaisir, en pensant qu’elle pourrait avoir un fils. Celui qu’on appelle Yahvé va le lui faire remarquer. Il lui apprend à parler en jouant avec le sens des mots pour accéder à plus de vérité. Par crainte, elle avoue qu’elle n’a pas ri pour dire qu’elle n’a pas douté. Et l’étranger lui répond : « Si tu as ri (de plaisir) » pour lui faire prendre conscience qu’elle a aussi dépassé le doute. En réalité, il faut bien que l’homme commence par douter pour cheminer vers un peu plus de vérité.

 

Le jugement dernier

Fadila Semai a vu juste en disant que l’hospitalité est l’eucharistie des Musulmans. Avec le Christ, en effet, nous ne sommes pas sortis de l’hospitalité. C’est pour nous aider à passer, à dépasser la mort avec lui, qu’il nous offre un ultime repas.

D’ailleurs, pour le jugement dernier, il ne va pas s’enquérir de notre piété ou de nos élans mystiques. C’est sur notre hospitalité concrète qu’il nous jugera.

  • « J’avais faim et vous m’avez donné à manger,
  • J’avais soif et vous m’avez donné à boire,
  • J’étais étranger et vous m’avez accueilli,
  • J’étais nu et vous m’avez vêtu,
  • Malade et vous m’avez visité,
  • Prisonnier et vous êtes venus me voir. »

(Matthieu, 25, 31 et suivants)

 

Vers une spiritualité laïque basée sur l’hospitalité

En réalité, nous voyons que nous ne sommes pas tenus à être religieux pour accéder à une vie éternelle. Par contre l’hospitalité est une exigence fondamentale pour tout homme, qu’il soit juif, chrétien, musulman, agnostique ou athée. La religion n’est pas interdite, pour autant, elle peut même être une aide efficace. Mais le critère de sa vérité est l’hospitalité elle-même, qui est fondement de notre humanité. C’est dans la pratique de l’hospitalité que tous les hommes sont appelés à se rencontrer.

Etienne Duval

 

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commentaires

A
J'ai pris le temps de lire et partager quant à l’hébergement, l'accueil etc...<br /> Mais ce n'est pas à sens unique - re sourires <br /> J'ai souvent hébergé ... une femme qui dormait dans sa voiture a passé une nuit chez moi, rue Villeneuve <br /> Je ne la connaissais pas .... Plus de nouvelles <br /> <br /> Je répète... ce n'est pas à sens unique et que ceux qui arrivent s'intègrent au pays qui les acceuille<br /> <br /> BISES <br /> <br /> Anne Marie
Répondre
E
C’est prévu dès le départ, à tel point que l’hôte est, en même temps, celui qui accueille et celui qui est accueilli. Autrement dit, dans l’hospitalité, celui qui est accueilli doit accueillir celui ou celle qui l’accueille. Et, pourtant, celui qui accueille le fait sans attendre de retour.<br /> Bonne fin de journée !
G
J’ai lu, Etienne, avec beaucoup d’intérêt, ton texte, si riche de symboles, sur l’hospitalité.<br /> Je pense que tu touches, là, un point fondamental que nous avons laissé de côté, petit à petit, dans nos sociétés « matérialistes et riches » …<br /> A travers le récit d’amis (es) qui voyagent beaucoup dans le monde entier, on ressent cette hospitalité, cet accueil de « l’autre, si différent ». Le sourire, l’ouverture du visage vers l’autre, nous touche et nous étonne. Et, pourtant, cette partie de l’humanité a, comme préoccupation, ce qu’ils vont pouvoir manger chaque jour, comment ils vont nourrir leurs enfants.<br /> Je suis née au Maroc, d’une famille « pied-noir », ce que je revendique complètement. Le retour forcé en FRANCE, j’avais 3 ans et demi, fut dur pour mes parents : Le froid, une sorte d’indifférence des autres, voire une hostilité liée à ce retour (1958) …Et ce fut pire en 1962.<br /> Toute la famille, qui se réunissait chaque dimanche près de MEKNES (« la vallée heureuse »), se retrouva dans des régions différentes de FRANCE. Malgré tout, mon grand-père paternel essaya de garder cet esprit de convivialité : Nous nous réunissions régulièrement chez lui autour d’un méchoui, près d’AGEN. Ma grand-mère, malade, continuait de préparer des spécialités. <br /> Au fil du temps, les réunions se sont estompées, mais mon grand-père, veuf, allait voir chacun au moins une fois par an. Il adorait le marché de la Croix-Rousse, commençant à éplucher les légumes, sur son journal, de bonne heure…<br /> Dans les années 60, on pouvait frapper à la porte d’un voisin de notre HLM, n’ayant plus de sel ou autre. Nos voisins du dessous juifs Tunisiens nous apportaient une assiette de couscous avec des boulettes, ne cuisinant pas les ingrédients comme ma mère…<br /> L’appartement de mes parents était « la porte ouverte ».<br /> Mais la société changeait, inexorablement. Le chômage, l’éloignement des siens, la mondialisation et bien d’autres phénomènes, eurent une incidence sur notre vie, à notre insu.<br /> Le téléphone ne remplacera jamais une petite visite devant un café, l’informatique a tout révolutionné ensuite.<br /> Moi-même, j’ai perdu la notion de retrouvailles familiales, mes cousins se réunissant encore tous les 2 ans, dans une région différente selon l’organisateur qui centralise les demandes. Je n’y ai plus trouvé de l’intérêt, j’avais évolué trop différemment sans doute.<br /> Et, quand la maladie grave d’un enfant arrive, l’isolement se dessine de plus en plus : A la fois, nous avons besoin d’être seuls en tant que parents souffrants, mais il nous fut plus possible de « trouver la bonne distance », d’être accueillant en mettant nos préoccupations de côté.<br /> Oh, ce n’est pas une excuse, simplement un constat. Et cet isolement, je l’ai vu chez des personnes malades, atteintes de cancer, qui avaient toute leur vie visité les autres…<br /> D’où la notion de faire de son mieux, sans jamais attendre de retour : Rien ne nous est dû. Ma philosophie m’aide beaucoup, moi qui souffre de solitude de par mes origines : respecter la liberté de chacun, se dire que chaque gentillesse, chaque parole bienveillante, est un « plus » qu’on n’attendait pas.<br /> J’essaie de transmettre des signes positifs, d’écouter, de ne pas juger de façon trop rapide ni radicale. Tout est dans la nuance, dans les gris. Et des gris, il y en a pléthore !<br /> Quand on a été blessé, trahi par des proches, dont la famille dite « recomposée », on se méfie des autres, on a peur d’être manipulés, de se tromper, de souffrir. C’est ce qui nous arrive à mon mari et moi. Nos amis sont tous des amis de longue date…<br /> Pourtant, il faut prendre des risques. Pour moi, et je m’excuse de ramener le débat à ce que je connais, le plus grand risque fut celui de mettre un enfant au monde : Quelle responsabilité ! Que de joies et de chagrins en perspective ! Le ciel le préservera-t-il des accidents, des attentats, de la maladie ? S’ils sont plusieurs, s’entendront-ils plus tard, pour « avoir chaud » ? Je sais que je ne lui donnerai jamais la chaleur que j’ai reçue au MAROC, chaleur qui a persisté encore un certain nombre d’années grâce au Grand-Père.<br /> Mais la vie m’a souri, mettant sur ma route des personnes exceptionnelles de bonté, de gentillesse. A 19 ans, sans repère aucun, j’ai rencontré Papy et Mammy, des personnes de la terre au service de la grande bourgeoisie de St Didier Au Mont D’Or. Ils m’ont tout appris, m’accueillant à n’importe quelle heure, toujours disponibles. Je ne mangeais plus et ils avaient toujours une assiette pour moi. Je dormais mal aux gratte-ciels de Villeurbanne et je pouvais me reposer chez eux une nuit sur deux…<br /> Jamais les tomates n’auront le goût de celles de mon Papy. Je fus intégrée à cette famille bienveillante, ouverte sur de nombreux points. Je repris confiance en l’humain…Nos discussion duraient des heures, même si Papy parlait peu. Il avait de l’Amour dans le regard.<br /> Je ne fus pas la seule à être accueillie : La plupart ont fait leur chemin et je suis restée. Philippe a gardé contact mais a sombré, après leur mort, dans la dépression et l’alcoolisme…<br /> Maintenant, je sais qu’il existe deux étoiles de plus dans le ciel. Je reste fidèle à leurs valeurs, ils ont changé le cours de ma vie.<br /> D’autres rencontres m’ont enrichies, profondément : Bien Sûr, Etienne qui a travaillé 20 ans avec mon mari. Dans les rêves, je l’appelle MON BERGER. Je sais qu’il a souri quand je le lui ai dit.<br /> Quand je suis désemparée, s’il est là et disponible, il est le seul qui puisse m’atteindre réellement.<br /> Et je citerai Marie-Thérèse, qui a toujours œuvré dans le bénévolat et accompagne les personnes en fin de vie. Malgré son veuvage prématuré, elle a continué à diriger ARTIBOIS, que son mari avait créé, pendant un temps. C’est une association de réinsertion des malades mentaux par le travail du bois.<br /> J’ai donc eu plusieurs vies dans une vie.<br /> Je vous remercie de me lire.
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E
Merci Geneviève pour ce texte très personnel et très bien pensé. Nous suivons ton parcours, depuis Meknès jusqu’à aujourd’hui. L’hospitalité s’évade et puis réapparaît. Quelle belle image de ton grand-père tu nous laisses ! C’est assez étonnant de voir que l’hospitalité arabe est transmise aux français de métropole par les pieds-noirs. Ceux-là l’ont emmenée en héritage et l’ont cultivée à leur tour. Mais il y a eu des trous ou la perte de l’esprit d’origine. Alors des visages nouveaux sont apparus pour la faire renaître. Il y a en elle quelque chose qui nous transcende et qui semble parler d’ailleurs pour réveiller l’espérance aux moments difficiles.
H
Etienne, je t’envoie d’abord ceci en P.J.... des gens super qui ont fait énormément de bien autour d’eux et que Roselyne a pratiqués. Je suis arrivé en même temps qu’eux à Vénissieux.<br /> Ceci en attendant d’écrire ma réaction sur ton blog que je veux suffisamment pesée. Votre irénisme global me chagrine vraiment !!!<br /> Amitiés<br /> Hubert
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D
Hubert, je comprends tout à fait tes réactions dans la mesure où il ne s'agit pas d'accueillir chez soi les étrangers qui se présentent mais de les aider à faire un passage. Il se trouve que je me suis trouvé dans la même situation que Robert et son épouse à La Saulaie, où je suis resté une dizaine d'années avec un groupe d'une dizaine de personnes, alors que les bonnes volontés du départ avaient quitté le quartier depuis longtemps. Nous avons dû affronter les agressions sur nos voitures et bien d'autres choses. Mais nous avons aussi créé des liens d'amitié avec la population maghrébine et aidé quelques-uns à faire leur passage.
M
Le premier paragraphe est désagréable par l’obsession toujours présente d’opposer l’islam au christianisme en montrant en quoi le premier serait meilleur que le second. <br /> Citons quelques exemples d’expériences de l’hospitalité. <br /> Dans les années 1947-1948 des Kabyles faisaient du porte à porte avec des gros sacs de linges, draps, serviettes. Une fois ce colporteur fut invité au repas de la famille, il en fut si ému qu’il voulut faire un cadeau et offrit son stylo.<br /> Comme Etienne nous avons été reçus par une famille libanaise mais maronite donc chrétienne nous pouvons assurer que l’accueil était au-delà de tout ce que nous avions expérimenté jusque-là, c’était pour nous presque trop. <br /> Nous venons de passer quelques jours dans une famille de migrants portugais, chrétiens aussi ; malgré leurs modestes conditions, l’accueil et la générosité dépassaient tout ce que nous avions pu espérer. <br /> De tels exemples nous pourrions en ajouter de nombreux qu’ils soient le fait de familles allemandes, américaines, etc…<br /> <br /> A un autre moment travaillant pour un projet de la CNUCED nous invitions à un dîner un jeune économiste originaire d’Algérie. Sachant que nous étions en période de Ramadan nous avons attendu que le soleil fut couché pour inviter notre hôte à passer à table mais celui-ci refusa nous disant que l’horaire officiel du coucher de soleil était ¾ d’heure plus tard, compte tenu de la latitude du lieu. Cet exemple, où on retrouve sous une autre forme l’inversion décrite dans l’évangile entre le Sabbat pour l’homme et l’homme pour le sabbat, est la véritable image du problème de l’islam en France ou en Europe. Que pouvait importer à notre musulman de raccourcir de ¾ d’heure sa durée de jeune sachant que s’il avait été plus proche de l’équateur elle aurait été nettement plus courte et que s’il avait été au pôle nord il aurait dû attendre 6 mois…Ce genre de code n’a de sens que dans le rite vécu en privé, il en est de même de toutes les règles liées à la consommation, viandes hallal ou autres. Est-ce que Abraham a d’abord demandé à ses visiteurs ce qu’ils avaient le droit ou l’habitude de manger il leur a offert ce que pour lui était le meilleur ? Et ses visiteurs ont fait honneur à ce qui leur était proposé.<br /> <br /> Ainsi ce premier paragraphe du blog n’est que la formulation d’un préjugé et qui dit préjugé d’un manque d’ouverture étonnant, peut-être même l’expression d’une revanche
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E
C’est vrai que j’ai souvent été séduit par l’hospitalité des familles arabes, qu’elles soient musulmanes ou chrétiennes. Je veux bien reconnaître que ma formulation était trop exclusive.<br /> <br /> Pour Jean Druel, dominicain du Caire et bon connaisseur de l’Islam, le problème n’est pas de savoir qui a raison. Nous sommes différents les uns des autres et l’Evangile, c’est le dialogue, sans chercher à repérer duquel côté est le modèle. Nous sommes en constante évolution. Il ajoute, pour des chrétiens, les musulmans c’est comme la belle-fille par rapport à la belle-mère qui représente les chrétiens. Or il faut bien accepter de vivre avec la belle-fille, quels que soient les défauts que la belle-mère lui trouve. <br /> <br /> C’est là que l’hospitalité intervient. L’accueil inconditionnel de l’autre est la règle. A partir de cette règle, il convient d’apprendre à vivre ensemble, sans chercher, pour autant, à avoir raison.<br /> <br /> Bonne soirée !
I
LETTRE D'INFORMATION<br /> <br /> Chers amis,<br /> <br /> il est très frappant de constater que depuis plusieurs années, les musulmans prennent l’initiative du dialogue interreligieux. Les exactions commises par Daech les ont probablement contraints à sortir du bois. Comme toujours, les formes les plus médiatiques de ce dialogue ont tendance à occulter la recherche académique et les actions caritatives menées en commun, qui sont elles aussi de plus en plus souvent à l’initiative des musulmans. Nous sommes témoins de tout cela à l’Idéo et nous nous en réjouissons. Grâce à votre aide, nous espérons pouvoir répondre positivement à ces sollicitations de plus en plus nombreuses.
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D
J’ai été très intéressé par le discours de Jean Druel. Pour lui il faut de l’amitié pour engager le dialogue avec les musulmans. Mais ce dialogue nous apporte une liberté intérieure. Dieu nous pousse à ce dialogue. L’évangélisation, c’est le dialogue.<br /> Alors, si je reviens à l’hospitalité, c’est en pratiquant l’hospitalité de part et d’autre que nous pouvons nous entendre et qu’un vrai dialogue devient possible.
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C
Merci à Etienne pour son partage, et merci à celles et ceux qui ont déjà réagi.<br /> <br /> Pour enrichir la réflexion, je me permets à mon tour de vous adresser, ci-dessous, le lien de la récente émission du Jour du Seigneur dans laquelle est interviewé le frère Jean Druel, dominicain en responsabilité à l'IDEO du Caire. C'est assez décapant !<br /> <br /> Bien amicalement :<br /> <br /> Christian Delorme <br /> <br /> <br /> Le jour du Seigneur Le dialogue islamo-chrétien, une simple amitié ?À l'occasion du 800ème anniversaire de la rencontre entre saint François d'Assise et le Sultan d'Égypte al-Malik...
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E
Merci Christian pour ta réaction et je signale qu’il suffit d’appuyer sur ton nom pour écouter l’émission du jour du Seigneur avec Jean Druel, dominicain du Caire.<br /> Très bonne journée !
C
Cher Etienne,<br /> <br /> Merci pour ton article sur l’hospitalité qui ouvre une question essentielle, pour enrichir la méditation sur ce thème, je t'invite à regarder le film » Lourdes", une saisissante manifestation de l'hospitalité dans l'accueil de l'autre, du différent...<br /> Le film fait vivre pour nous un brassage social, un creuset d'humanité dans une communion fraternelle dénuée de jugement, ainsi que l'exprime un pèlerin manouche : " ici à Lourdes on touche au Royaume"<br /> Nous pouvons te prêter le film ou le visionner ensemble<br /> <br /> Amitiés
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E
Si c’est possible, je veux bien regarder le film avec vous. Ce sera une manière, pour moi, de témoigner que ce qui vous unit vous dépasse, après l’expérience que vous avez vécue comme une lumière à la sortie d’un tunnel.<br /> Pour moi, la réflexion sur l’hospitalité m’a montré que tout est contenu dans une telle attitude, qu’il s’agisse de spiritualité ou même de religion.<br /> Très bonne journée !
J
Merci Etienne pour ta réactivité.<br /> <br /> L'hospitalité est un sujet que tu appliques au quotidien. Ta vie est en parfait accord avec tes idées ce qui est rare dans une société où le verbe se substitue souvent à l'action.<br /> <br /> Excellente journée.
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E
Je ne mérite pas un tel jugement. Comme beaucoup je fais comme je peux au gré des sollicitations concrètes.<br /> Très bonne journée à vous aussi !
J
Bonjour Etienne,<br /> Merci pour ton dernier article très intéressant sur l'hospitalité, créatrice d'humanité.<br /> Je te transmets, ci-joint quelques commentaires sur le sujet.<br /> Depuis la nuit des temps, le monde a connu des mouvements migratoires. Mais la notion d’hospitalité envers les migrants est un débat de plus en plus d’actualité. Ton article s’inscrit pleinement autour de ce questionnement et les références bibliques dont tu fais état permettent de mieux nous interroger sur ces questions fondamentales.<br /> Comme toi Etienne, j’ai connu dans mon enfance, une société beaucoup plus ouverte vers les autres qu’aujourd’hui.<br /> <br /> Dans les années 1950, dans mon petit village de Haute-Savoie, proche du tien, les gens organisaient régulièrement des veillées qui sont devenues de plus en plus rares avec l’arrivée de la télévision. Je ne veux pas idéaliser cette époque où les gens étaient certes plus solidaires mais où régnaient aussi des jalousies, des médisances et une stigmatisation des étrangers, en particulier à l’encontre des italiens qui avaient franchi les Alpes pour travailler en France et qui faisaient preuve pourtant d’un grand pouvoir d’intégration.<br /> <br /> Plus tard, dans les années 1960, j’ai quitté mon village, pour la ville voisine, Annemasse. Dans un contexte pourtant bien différent, j’ai retrouvé dans mon immeuble une certaine convivialité avec les voisins qui parlaient volontiers entre eux et se rendaient mutuellement de petits services. <br /> Suite au décès prématuré de ma mère ils étaient tous venus dans notre appartement pour participer à une veillée funèbre. Malgré ses trois enfants, notre voisine de pallier, personne à la foi inébranlable et d’une très grande générosité, nous avait hébergé plusieurs jours avec son mari pour nous épargner, ma grande sœur et moi, de partager la vision cruelle des derniers instants de notre maman.<br /> <br /> Aujourd’hui, dans mon immeuble à Lyon, les résidents se croisent mais ne se voient pas. On échange des « bonjours » conventionnels mais les conversations se font rares. Ce défaut de communication n’est pas lié à la différence et à la « peur de l’étranger » car tous les résidents ou presque sont de culture française. Le problème est donc beaucoup plus profond et mérite qu’on y réfléchisse.
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E
Tu as raison. C’est vrai que la société est aujourd’hui moins ouverte que par le <br /> passé. Elle s’enferme dans la peur de l’autre alors que l’hospitalité est l’accueil<br /> Inconditionnel de l’étranger. On ne se pose même pas la question des <br /> dangers d’un tel accueil parce que l’hospitalité transforme les individus <br /> accueillis en sujets, les faisant passer de l’inimitié à l’amitié. L’hospitalité <br /> suppose le saut du risque..
F
Bonsoir Etienne, je vous remercie de m’avoir fait parvenir votre article.<br /> Je l’ai lu avec intérêt, et j’ai appris des choses.<br /> N’hésitez pas à me faire parvenir ceux qui viendront après.<br /> Je vous espère en forme.<br /> Bien cordialement. Fadila
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E
Merci de votre retour. Je souhaite que vous poursuiviez avec succès le voyage d’hospitalité que vous avez entrepris, il y a déjà bien des années. <br /> Bonne soirée !
G
Cet article est maintenant référencé par google.
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G
Symphonie", n'exagérons pas. Duo occasionnel, où tu tiens le chant dans la portée supérieure et où j'essaie suivre en basse continue sur une ou deux notes constantes, dans la portée inférieure sans éviter parfois des fausses notes.<br /> Je te souhaite une joyeuse Toussaint, en pensant à tous ces vieux frères visités à La Tourette début octobre, grâce à qui nous vivons en tendant vers l'harmonie.<br /> Gérard
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E
S’il y avait le décalage que tu dis, il n’y aurait pas de dialectique entre nous et nous ne pourrions pas avancer. Or il y a une réelle dialectique qui nous fait avancer.<br /> Bonne fête de Toussaint à vous deux !
A
Merci Etienne pour ce blog. J'ai beaucoup aimé. C’'est une vraie synthèse de notre dernière réunion. Avec mes Amitiés. Anne-Marie
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E
C’est vrai que je me suis beaucoup inspiré de notre réunion, tout en prenant une liberté sur certains points.<br /> Bonne fin de journée !
S
Sylvie Guitton Le 09/11/2016 – Consultante Formatrice<br /> <br /> Il y a à peine deux semaines, dans la confrontation aux démantèlements, nos regards se tournaient vers la « jungle » de Calais...Tout récemment vers Paris…<br /> Sur ces lieux, d’autres regards, concernés, exprimaient les sentiments d’un vécu, sentiments qui caractérisent nos singularités, confirment nos identités.<br /> Ces regards, dans leur diversité, disent la complexité d’un problème humanitaire qui, dans ce qui semblerait vouloir se penser à être réglé par le droit, n’en interroge pas moins notre devoir d’hospitalité, et nous invite à penser le fond de cette grave situation humaine.<br /> Des regards fermes, peinés, agacés, navrés, lassés, soulagés, embués, choqués, attristés, révoltés, étonnés, haineux, soucieux, éteints, sensibles, découragés, apeurés, bienveillants, fermés, désarmés, intolérants, mouillés, vides, compatissants, menacés, doux, courageux, surpris, autoritaires, accueillants, sévères, encore lumineux d’espoir… Ils expriment tout le tragique de vécus humains, ceux des hôtes - les citoyens accueillants, ceux des hôtes - les étrangers accueillis, entre le commun et le différent, entre la loi et des situations singulières.<br /> Dans notre pays, inscrit dans une tradition d’accueil, la confusion n’est-elle pas dominante en ces jours ? Les arrêtés préfectoraux permettront- ils d’envisager une amélioration ou une dégradation des situations ?<br /> Tous ces regards - les nôtres, ceux des accueillis - prenons-nous encore le temps de les lire, et de nous interroger ? Dans la croisée des regards ne sommes-nous pas invités au réveil, à l’éveil, à la prudence dans l’interprétation, dans l’accompagnement des situations ? Ne sommes-nous pas invités à éviter les catégorisations, les lectures imprégnées de représentations standardisées ?<br /> Tous ces regards - les nôtres, ceux des accueillis - nous interpellent : quel sens prend le terme d’hospitalité, tant utilisé, voir même clamé lorsque l’on parle d’immigration aujourd’hui ? Ne porterait-il pas, par son emploi fréquent, souvent détourné, l’idée qu’une réponse au problème politique de l’immigration serait d’ordre éthique ? Mais penser que la réponse ne devrait être qu’éthique, ne relève-t-il pas de l’utopie ? Parler d’hospitalité ne serait-il pas tenter d’approcher cette question d’actualité en considérant « l’étranger reçu » comme étant celui qui vient nous déplacer dans notre rapport à l’autre ? Et parce que nous déplaçant, nous interpellant, notre hospitalité ne serait-elle pas alors, réponse à une demande, une attente, un besoin, un manque, éloignant toute tentative à le considérer comme « exclu » ? Ne serions-nous pas alors invités, voire obligés à avoir le goût à repenser l’hospitalité ?<br /> Car lorsque l’on parle d’hospitalité, nous disons plus que la solidarité, dans l’intersubjectivité des situations de rencontres. Dans les situations hétérogènes de la question de l’immigration (demandeurs d’asile, persécutés, migrants économiques…), l’hospitalité, fondée sur la notion d’altérité, de l’altérité culturelle en particulier, questionne le rapport social : loin d’une approche binaire, inclusion/exclusion, l’hospitalité est devoir à proposer un recevoir dans les échanges interindividuels, et par là-même à dépasser les problématiques de la solidarité.<br /> Proposer un recevoir, c’est refuser l’inhospitalité qui semble vouloir envahir cet espace d’humanité dans lequel se joue le devenir de notre société.<br /> Recevoir, dans le sens de donner l’hospitalité ; et recevoir cet autre différent. Etre accueillant, dans un service de l’autre, mais savoir recevoir aussi, au sens d’être réceptif à l’autre, d’accepter l’altérité de l’accueilli.<br /> Etre ouvert à l’accueil, être ouvert au recevoir demande prudence, pour pouvoir cheminer vers « comment accueillir, comment recevoir ». Un « comment accueillir » pour éviter l’enfermement de l’étranger demande exigence et investissement. Un « comment recevoir » implique d’anticiper la pensée de l’intégration de cet autre de culture différente. Cette aventure hospitalière fait peur car elle bouscule les acquis de la sédentarité. Elle demande inventivité ; une forme de veille ainsi que de s’interroger sans cesse sur la conception que l’on a de la dignité et du respect de l’accueilli. Exercer cette veille, c’est chercher à maintenir l’intégrité des accueillis, en créant un environnement favorable. C’est chercher à maintenir l’intégrité des accueillants, en créant les conditions de possibles dans l’adaptation.<br /> Dans cette relation asymétrique, accueillants et accueillis sont invités à l’ajustement dans une reconnaissance réciproque de leurs identités, de leurs représentations, dans un apprivoisement mutuel. C’est consentir pour chacun à emprunter un chemin d’acculturation. La reconnaissance mutuelle - entre l’exilé loin de ses racines culturelles et le citoyen sédentarisé, bénévole, professionnel, représentant de la loi - est loin d’être évidente sur ce chemin d’acculturation, mais elle introduit un mouvement d’ouverture. Elle invite à reconnaître l’étrangeté de l’étranger, et à éviter que l’étranger soit perçu comme « envahissant ». Elle invite au dévoilement de soi, au décentrement de soi dans une rencontre singulière avec l’autre, n’importe quel autre, indépendamment des contextes du terrain. Elle invite à la responsabilité, à la vigilance qui contribue à repenser sans cesse le « comment accueillir, comment recevoir » au cœur des détresses présentes et des difficultés organisationnelles et juridico-politiques. Le visage étranger convoque notre responsabilité à offrir l’hospitalité.<br /> Cela nécessite de considérer l’intersubjectivité d’une relation privée, duelle, celle du face à face citoyen-étranger et l’intersubjectivité d’une relation publique dans laquelle l’accueilli est appréhendé avec un statut administratif et des droits propres à sa situation. Là est sans doute la complexité dans l’hospitalité à offrir. Il est bien question de penser un « nous des accueillants » face aux accueillis, un « nous » qui pourrait être reconnu hospitalier, assurant un droit d’accueil relevant de la bienveillance, qui invite à une action politique autre que la forme sociale actuelle.<br /> Être plus hospitalier signifie penser à ajouter une belle pincée de supplément d’hospitalité, fait de communication, de sollicitude inconditionnelle dans la considération des accueillis-vulnérables. Ne serait-ce pas alors interroger certaines règles juridiques qui, tout en apportant la garantie d’un standard de l’hospitalité, contraignent trop l’hospitalité sans tenir compte de la dimension de bienveillance dans la manière d’accueillir et de traiter les hôtes étrangers ? Ne serait-ce pas intégrer l’hospitalité dans une pratique éthique quotidienne, en considérant combien nous sommes étrangers les uns pour les autres, mais aussi pour nous-même ? Ne serait-ce pas penser l’accueilli en terme de vulnérabilité ? Et considérer notre propre vulnérabilité ? Etre plus hospitalier, c’est entendre l’invitation à être des citoyens responsables en capacité humaine de transformer les structures institutionnelles et les espaces qui encadrent l’immigration, en des lieux inclusifs considérant la différence ; des lieux où l’étranger n’est plus l’« exclu », mais l’ « accueilli-semblable », car digne de cet échange, digne tout autant que l’accueillant.<br /> Etre plus hospitalier, c’est sans doute être en capacité de concevoir l’exigence d’une relation d’hospitalité entre citoyens - accueillants et migrants étrangers en devenir de citoyenneté - accueillis.<br /> Les espaces d’accueil qui s’organisent à ce jour en différents lieux du pays, pourraient-ils être, dans leur construction nouvelle, des espaces dans lesquels l’exigence vigilante serait à l’œuvre pour que chacun puisse devenir hospitalier de l’autre ? Pourraient-ils être des lieux dans lesquels seraient donnés aux accueillants engagés et aux accueillis, la capacité à s’exposer dans la confiance face à la complexité des situations ?<br /> En étant présents pour accueillir dans la proximité un vécu singulier, le vécu même du recevoir, créerait les conditions pour bâtir un projet commun, dans la pertinence de la relation asymétrique entre citoyens et étrangers. Sans doute, est-il nécessaire, pour ce faire, de dépasser l’idée de ne traiter l’accueil qu’en termes de lieux d’hébergements, qu’en termes de droits des étrangers, pour penser le recevoir en termes d’action collective, en termes de devoirs d’intégration. Ce serait penser l’hospitalité en redéfinissant le sens donné à « être citoyen français », et permettre pour ceux qui souhaitent devenir citoyens de notre pays, de créer les conditions réelles et légales de cet engagement. Ce serait penser ces espaces dans le sens où - non pas du fait des - mais, avec les directives, avec les cases administratives à compléter, l’étranger ne serait pas chosifié ; pour habiter ces espaces en prenant des risques, en traversant, dans le temps, les incertitudes dans la relation accueillants – accueillis, en pointant la responsabilité et le consentement de chacun. Ce serait engendrer du lien humain et bannir les ghettos pour fonder le vivre ensemble dans une ouverture à l’autre, pour intégrer par l’apprentissage de la langue, l’école, etc... Et parvenir pour tous, accueillants et accueillis, au témoignage d’un engagement citoyen fait d’humanisme, de fraternité.<br /> Alors en vivant ces valeurs de considération de l’humanité, en choisissant librement la voie d’une dimension créatrice dans un renouvèlement des problématiques de la solidarité, la douloureuse question de l’immigration laisserait entrevoir un nouveau type de rapport social, une espérance de résolution patiente permettant de parler objectivement, en vérité, de l’hospitalité, et non utiliser ce vocabulaire pour se rassurer, voir dénier les réalités.<br /> <br /> http://www.espace-ethique.org/ressources/editorial/lhospitalite-un-droit-un-devoir<br /> <br /> Appuyer sur le nom de l’auteur pour avoir la référence de l’article.
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E
Cet article est dans la ligne de la réflexion que nous avons commencé à mener. L’hospitalité est également envisagée comme créatrice d’humanité.
B
LA FRAGILITE, SOURCE D’HUMANITE<br /> Par Bernard Devert | 25/04/2018, 4:43 | 540 mots, La Tribune<br /> <br /> Le dur enferme ; la fragilité ouvre les coeurs (Crédits : DR)[Rencontres Capitales] Le réel, dit Lacan, c'est ce à quoi on se cogne. En se cognant, on se fait mal, on a mal. Mal de voir ces situations inacceptables qui changent si peu et si difficilement. Mal d'observer que les maux nous résistent, quand ils ne s'aggravent pas, au point de nous narguer, constatant notre impuissance ou notre détermination chancelante pour transformer ce qui devrait l'être.<br /> Qui n'entend pas ces familles qui se cognent à une insuffisance de ressources, avec comme conséquence le refus d'un logement ? Leur avenir se fait plus incertain, pour se cogner à une réalité qui suscite, avec le désarroi, la perte de confiance : je n'y arriverai pas. Pour une maman seule, c'est l'angoisse : que vont devenir mes enfants ?<br /> Le réel n'est plus seulement ce à quoi on se cogne, mais ce qui vient vous cogner ; il maltraite. Que de victimes de la précarité et de la pauvreté sont montrées du doigt comme responsables, si ce n'est coupables de leur situation ! Le peu d'espoir, qui déjà étreint, fait surgir un réel qui gifle. Le drame naît de l'indifférence quand il n'y a personne pour aider à voir clair, non point pour rappeler l'histoire, mais pour en susciter une nouvelle. La dureté blesse le discernement. Ce monde a besoin d'une plus grande attention à la fragilité, clé de la fraternité. Le dur enferme ; la fragilité ouvre les coeurs.<br /> Ouvertures inespérées<br /> Qui n'a pas en mémoire Aylan, cet enfant syrien de 3 ans, retrouvé mort, échoué sur une plage ? L'impact de sa photo fut considérable. Les consciences furent réveillées. La fragilité éclate, rendant insupportable la dureté du monde qui se replie dans ses peurs jusqu'à faire plier la vie. Cet enfant sait-il qu'il a fait naître des ouvertures inespérées ? Je pense à ce maire refusant l'accueil de Syriens et d'Irakiens. Bouleversé devant la photo de cet enfant, il me téléphone. Mon père, me dit-il, était un résistant. Il s'est levé contre la cruauté du nazisme. Si Aylan est mort, c'est toujours la même barbarie aveugle. Insupportable ! Immédiatement, il me donne l'autorisation d'accueillir des réfugiés mais, plus encore, il offre un magnifique engagement que bien de ses administrés partageront, quittant une hostilité pour entrer dans une hospitalité créatrice d'un monde plus fragile, plus humain.<br /> Cette fragilité n'est pas une émotion, mais la promotion d'une société attentive à la question du sens. S'éloignent alors les intranquillités pour accorder du prix à la fragilité. Ces femmes et ces hommes, après avoir accueilli ces Syriens et Irakiens, ont reçu d'autres frères quittant la violence et la haine qui les cognaient. Le dur s'est effacé, les vulnérabilités partagées ont donné à chacun des raisons de vivre autrement.<br /> Défendre l'homme conduit toujours à se placer du côté de la fragilité.
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E
Pour que l’hospitalité soit possible, il faut être attentif à la fragilité. Les étrangers accueillis par Abraham sont frappés par la fragilité de Sarah. C’est pourquoi ils lui redonnent la parole, la plaçant ainsi dans le champ de l’humanité.<br /> <br /> Appuyez sur Etienne Duval pour avoir la référence à l'article de Bernard Devert..
G
Cher Etienne ;<br /> Je retrouve dans ton texte la même idée au fond, qui m'a frappé à l'écoute, dimanche, de Talmudique, de Marc-Alain Ouaknine, que j'écoute toujours avec intérêt. Avec deux invités (qu'il retrouvera dimanche prochain) il donnait une dimension à laquelle je n'avais pas pensé à ce verset archi-connu de la Genèse : « Il n'est pas bon que l'homme soit seul ». C'est-à-dire - mieux - « qu'il vive dans la solitude », car c'est la parole - avec autrui ! - affirmaient-ils, qui fait l'humanité.<br /> Or, je pense, tu le sais, que dans la période actuelle, nous risquons non la solitude réelle, mais une solitude culturelle, mortelle elle aussi, c'est-à-dire humaine. La tentation est forte, sans cesse sollicitée, de nous enfermer dans notre prétendue « identité » - française, occidentale, européenne, etc. ou, comme tu le soulignes, religieuse... et de vivre dans son trou, premièrement national.<br /> Gérard Noiriel, que je relis en ce moment, montre (dans son Histoire populaire de la France) comment et pourquoi, historiquement, l'Etat -ses dirigeants- a , après la Révolution, et peu à peu, forgé cette « identité » une, unique, uniforme, obligatoire, qui est le terrain fertile du nationalisme, de la haine et de la peur de l'autre (qui suit le même chemin de l'autre côté des frontières). La III ème République parachève cette évolution par une loi qui, en 1889, définit et impose « l'assimilation » comme base de la « nationalité ».<br /> Puis Noiriel montre que, sur cette base, depuis 1914, puis en 1920, en 1927, en 1934, en 1937, des lois et des dispositions administratives ont eu pour but déclaré, et pour effet réel, d'exclure les « indésirables » qui sont une menace pour la « pureté de la race française ». Ces termes ont été réellement, officiellement et régulièrement employés. Les « indésirables » infiltrés dans la Nation en ont été chassés, déchus d'une « nationalité » qu'ils ne méritaient finalement pas aux yeux des Français de souche, descendants directs et purs, comme on sait , des Gaulois, qui sont de race blanche. On sait aussi ce que cela a donné.<br /> Vichy et son antisémitisme endogène et assumé ne sont pas tombés du ciel ou de nulle part le 22 juin 1940 ; et les « Jours heureux » qui ont suivi 1944 ont (heureusement ?) fait oublier ces longs efforts pour sauver la France éternelle.<br /> Mais voilà que, sous l'effet de quelques désordres mondiaux – où, bien entendu, nos pays très civilisés et très démocratiques n'ont aucune responsabilité- nous apportent quelques demandeurs d'asile. Mais grâce à Dieu, d'aucuns, nombreux semble-t-il, n'ont rien oublié des menaces qui pèsent -à nouveau- sur notre belle et fraternelle Nation ; ceux-là semblent -à nouveau- armés et prêts pour contenir et refouler ces « indésirables », on dira plutôt : les « non souhaitables ». La nuance est dans le vocabulaire. La nausée me prend.<br /> Je ne sais si tous ces défenseurs de la pureté nationale sont disposés à voir Yahvé dans les arrivants. Je suis convaincu, par contre, que « l'identité » sacralisée, à la française, est génératrice de barbarie. Je suis convaincu aussi que la base élémentaire de l'Humanité est toute simple : il s'agit de reconnaître en chaque homme et femme un être humain tout comme nous, qu'il s'agit de respecter ; et avec qui il s'agit de parler (difficile au temps de l'invective numérisée, généralisée et anonyme). Les différences font l'intérêt de cette parole partagée si elle reste rationnelle. Et permettre ceci est la seule légitimité des religions. La laïcité, belle invention, est légitime si elle protège efficacement la liberté de penser, de se parler, de rester ouvert aux transcendances qu'on voudra.<br /> Gérard Jaffrédou<br /> 29.X.2019
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E
Je suis entièrement d’accord avec tout ce que tu dis. J’écoute aussi avec grand plaisir les émissions juives. Les juifs restent encore des inspirateurs. Au fil du temps nous avons accordé nos violons et nous pouvons maintenant entamer une symphonie où tout le monde est invité.<br /> Bonne soirée !
C
Je fais des photos ici en Chine depuis 4-5 ans notamment dans les vieux quartiers de Pékin qui disparaissent peu à peu.<br /> Le gouvernement ne veut plus montrer ce visage au monde entier et pourtant, c’est…<br /> L’âme de Pékin.<br /> Les « Gens de Pékin ».<br /> <br /> Capter l’âme, c’est ouvrir l’œil et voir le « dedans » qui s’exprime à l’extérieur.<br /> L’instant est très fugace, l’espace indicible, où un lieu, une personne, va prendre cette lumière et capter le regard<br /> Je le sens. Tout se passe très vite. Pris sur le vif et voilà.
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E
Ce que tu dis me rappelle une petite expérience vécue, dimanche dernier, avec une amie. Nous avons quitté le centre de la Croix-Rousse, bouillant de vie, pour prendre un café dans un quartier excentrique, plein de poésie. Nous nous sommes dit : « C’est aussi ça La Croix-Rousse.
M
Je t'envoie ce prolongement de notre lecture du texte d'Abraham. J'ai cherché le sens des deux noms des fils d'Abraham et ce que j'ai trouvé m'a ouvert des horizons. Non, ce n'est pas du Derrida, mais puisque notre convention était de parler avec notre ressenti . . . <br /> <br /> Sarah<br /> <br /> Non, n'aie pas peur, Sarah, laisse éclater ta joie. Ris d’être vivante, d'être devenue même usée dans ton corps, pleinement vivante, de cette autre vie que tu sens déjà frémir en toi. Oui, ris Sarah de pouvoir accueillir la vie, de pouvoir l'héberger, la nourrir pour qu'elle puisse grandir et se multiplier. <br /> Ris de ce miracle qui t'est annoncé, ris de t'agrandir de ta partie divine, de ce don qui te fait échapper à la loi de la terre. Tu as nourri ces étrangers au seuil de ta tente et tu peux à présent nourrir cette partie en toi qui t'était étrangère ; te voilà entièrement femme, capable d'engendrer des multitudes d’étoiles. Et tu peux rire, Sarah, rire de cette joie puissante qui est de porter la Vraie Vie, et de la transmettre afin qu'elle soit transmise.<br /> Oui, Sarah, laisse éclater ta joie, sans en avoir de honte, même si l'homme ne la comprend pas. Un jour, il frémira de cette même joie ; le nom de ton fils, Isaac, nous en fait la promesse.<br /> <br /> Isaac = il (Dieu) a ri<br /> Ismaël = il (Dieu) a entendu<br /> <br /> <br /> On est certes un peu loin de l'hospitalité (quoique) A propos de ce que tu dis de la parole de Sarah ((et non plus Saraï), ce qui me frappe c'est qu'au seuil de la tente, elle a entendu la parole. Mais ce texte est tellement riche, je pense qu'on pourrait passer une année dessus<br /> A plus tard, en décembre ?<br /> Passe une bonne journée<br /> Michèle
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E
Que c’est beau ! Dieu rit avec nous, entend avec nous, parce qu’il est dans l’hospitalité avec nous.<br /> Très bonne journée à toi aussi !
C
Il suffit parfois que la lumière illumine le gris.<br /> C’était magnifique ce matin.
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E
C’est vrai la lumière est aussi hospitalière, parce qu’elle est, pour une part, à l’origine de la vie. C’est dommage que je ne puisse pas mettre tes photos.
P
J'ai accompagné ma femme à l'EHPAD St-François de la Croix-Rousse (réseau "Habitat et Humanisme" de Bernard Devert), un autre monde... J'ai lu le dernier Blog sur "l'hospitalité" et je le vis d'autant plus dans cette situation d'"hospitalisation" et des problèmes du grand âge où l'on devient "autre" et souvent avec perte de la parole et du rapport aux autres, l'homme devient alors un étranger à lui-même dans une sorte de "mort vivante", de mort avant la mort. Il est vrai que le mot "hospitalité" est alors plus riche que tout autre synonyme d'accueil ou de charité surtout quand des mots d'accueil et d'ouverture ont été remplacés dans le sens commun de l'hospice devenu rejet et marginalité dans nos sociétés "modernes" occidentales. Je suis donc devenu un témoin qui subit et partage plus ou moins bien des épreuves physiques et psychiques difficiles : elles mettent la foi à rude épreuve en effet. Recevez mes amitiés. Paul.
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E
Je conçois bien que la situation où vous êtes est difficile. Dans ce cas l’hospitalité a tout à fait sa place pour aider à recréer ou à restaurer l’humanité de l’autre. C’est en lui parlant que vous la rétablissez dans le champ de la parole, dans cet espace où l’on a un peu plus conscience d’exister pour soi et pour les autres.<br /> Bien amicalement.
C
Bonjour Etienne, <br /> <br /> Merci pour ton retour.<br /> Ce matin, c’est toujours à propos.<br /> Nous allons visiter la Cité interdite que je trouve très « « inhospitalière ». <br /> Le « Palais d’été » des empereurs au bord d’un grand lac et de jardins en périphérie de Pékin l’est plus. La nature est plus « accueillante ». <br /> Il n’y a que la pierre au cœur de cette Cité interdite. <br /> C’est impressionnant tous les chinois qui visitent leur pays. Nous voyons très peu d’occidentaux ici.<br /> C’est un plaisir de visiter en marge des RV de travail.<br /> <br /> A bientôt.
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E
C’est vrai que l’interdit ne rime pas bien avec l’ouverture et l’hospitalité. On parle aussi du cœur de pierre…<br /> Je suis aussi d’accord avec toi pour dire que la nature est hospitalière. Lorsque je suis allé en Chine en 1975, j’avais été heureux de rencontrer à Tien Tsin les mêmes plantes que chez nous. Alors que j’étais en Chine, je me trouvais aussi chez moi.<br /> Travaille bien !
M
Quel est celui qui jouit le plus de droits ? Le musulman en France ou le chrétien en pays musulman ?<br /> Je te répondrai plus longuement la semaine prochaine.
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E
Je reconnais avec toi que l’Islam est loin d’être parfait dans toutes ses expressions, mais c’est pourtant chez les musulmans que, jusqu’ici, j’ai rencontré le plus d’hospitalité. En tout cas, pas chez les chrétiens.<br /> <br /> Très bonne journée !
C
Bonsoir Étienne,<br /> <br /> Je suis actuellement à Pékin pour Moissonnier, accompagnée d’Etienne qui est en vacances.<br /> <br /> Ton texte tombe à pic !<br /> <br /> Hier, nous sommes allés marcher sur la grande muraille de Pékin et je me disais qu’il fallait avoir sacrément peur de l’étranger pour monter des murs aussi hauts et à perte de vue !<br /> Mais cette grande muraille aujourd’hui a bien des failles... elle s’est écroulée par endroit et elle a été restaurée à d’autres.<br /> Elle n’a plus sa raison d’être. <br /> <br /> Ériger des murs par peur de l’étranger, cet autre qui ne nous ressemble pas, c’est la muraille de Chine bâtie en notre for intérieur. <br /> Ça fait mal au cœur !<br /> On est là au cœur du sujet !<br /> <br /> Je crois que le cœur est à la source de la vie et de cette hospitalité dont tu parles. Ouvrir son cœur à l’autre, c’est l’accueillir en soi et lui donner vie en nous. Sans cela, il n’y a pas d’hospitalité.<br /> S’il n’y a que la raison qui parle, on trouvera toujours mille raisons de fermer la porte !<br /> Et le corps est sans vie si le cœur ne bat plus. <br /> <br /> Tu évoques les mots de Fadila.<br /> Son livre « l’ami parti devant » est le témoignage de ces liens d’amitié, ces liens « de cœur » et non « de sang » qui ont eu raison de toutes leurs différences.<br /> <br /> Créons les conditions d’une rencontre au « cœur à cœur » pour créer la faille en nous qui nous amène à « baisser la garde », à faire tomber les murs !<br /> <br /> A bientôt.
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E
Tu as raison. Les murailles extérieures sont l’expression de nos murailles intérieures. Et les murailles intérieures ne peuvent céder que si le cœur est en accueil de l’autre. Or l’hospitalité n’est au fond rien d’autre que ce que tu cherches à exprimer. A condition cependant qu’elle s’incarne dans la vie concrète, qu’elle se traduise dans le corps lui-même et son environnement : donner à manger, donner à boire, céder au pauvre ses vêtements sans utilité, faire une place à l’étranger, visiter celui qui est en prison.<br /> Bon voyage avec Etienne !

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