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14 mai 2019 2 14 /05 /mai /2019 09:56

 

Baptême et tentations du Christ par Véronèse

 

 

Lorsque la religion joue contre le spirituel

 

La religion et le spirituel ne font pas toujours bon ménage, aujourd’hui comme par le passé si bien que chacun ne sait plus à quoi s’en tenir.


La confusion entre spirituel et religion

En France surtout, où nous cherchons, à juste titre, à séparer pouvoir politique et pouvoir religieux, nous en arrivons à confondre spiritualité et religion. La situation est si grave que nous risquons d’exclure le spirituel de notre vie quotidienne au nom du principe de laïcité. En fait, le spirituel est une dimension du réel et la religion doit contribuer à lui assurer sa place dans le développement humain. Pour ce faire, la religion crée des rites et une institution avec des pouvoirs qui lui sont propres. Elle n’a pas, en elle-même, sa justification : elle est au service de l’homme. Bien plus, le spirituel dépasse largement le domaine religieux. Un athée ou un agnostique peuvent défendre leur position au nom d’une exigence spirituelle et leur rôle est essentiel pour éviter que l’homme ne s’enferme dans la religion. En ce sens, ils sont des défenseurs de la liberté humaine.


L’expérience d’un colloque avec des universitaires algériens

Le 9 et 10 mai 2019, l’université de Fribourg, en Suisse, a organisé un colloque intitulé « Mgr Léon-Etienne Duval face aux conflits ». C’est ainsi qu’elle a invité des spécialistes et des universitaires. Il y avait, parmi eux, un bon nombre de femmes et d’hommes, originaires d’Algérie. Et, pour moi, ce sont eux qui ont été le plus loin, non seulement pour nous faire comprendre, mais aussi pour nous faire sentir le rôle de Mgr Duval, pendant la tourmente algérienne.


La révélation d’une hospitalité de la pensée

Les intellectuels algériens n’ont pas de complexe par rapport à la spiritualité. Pendant le colloque, ils n’ont pas hésité à se placer sur le chemin de l’hospitalité, qui est, chez eux une voie royale pour atteindre la vérité. J’ai découvert alors ce que pouvait être l’hospitalité de la pensée, faite d’une grande modestie et d’une grande ouverture. Mgr Duval était, chez eux, l’invité de l’intelligence, ce qui excluait tout sectarisme, et permettait de mettre en lumière la justesse de son comportement.


Le spirituel en vient à convoquer la raison

En s’ouvrant à l’hospitalité, les intellectuels algériens ont ouvert le champ de leur recherche à la spiritualité et c’est donc la spiritualité elle-même qui a convoqué la raison, pour donner une plus grande chance à la découverte de la vérité. Nous étions loin de la conception qui fait de la spiritualité l’au-delà de la raison. En écoutant les interventions, j’avais l’impression que l’humain gagnait en intensité.


Il affine le fonctionnement de l’intelligence

L’intelligence a aussi sa dimension spirituelle et elle n’atteint sa complète extension que lorsqu’elle laisse une place à la spiritualité. Dès lors, comme j’ai pu le remarquer, au cours du colloque, le fonctionnement de l’intelligence gagne en finesse et en perspicacité. L’amour est tout proche si bien que l’approche de l’autre est marquée par une plus grande bienveillance.


De son côté, la religion est faite pour l’homme et non l’homme pour la religion

A partir de l’expérience du colloque avec des Algériennes et des Algériens, il est assez paradoxal que nous ayons été renvoyés du côté de la spiritualité beaucoup plus que du côté de la religion. Habituellement nous sommes plus attentifs aux pratiques religieuses qu’à l’exercice de l’hospitalité si bien que nous voyons sans voir et ne percevons pas le sens du comportement des croyants.

Il n’en reste pas moins que la religion peut avoir ses débordements lorsqu’elle oublie qu’elle est faite pour l’homme. Dans l’Evangile, le Christ avait perçu le danger, lorsqu’il affirmait avec force que le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. Et ce débat n’est pas toujours tiré au clair dans le monde actuel, qu’il soit chrétien ou musulman.


Lorsqu’elle devient toute-puissante, elle peut être l’un des plus grands fléaux de l’humanité

La religion devient toute-puissante, lorsqu’elle oublie qu’elle est faite pour l’homme. Mgr Duval a été affronté à ce problème, à la fin de sa vie. Il était devenu algérien, en empruntant la voie de l’hospitalité. Aussi lorsque le FIS a perdu le sens, en oubliant que la religion est faite pour l’homme, sa conscience s’est trouvée écartelée. Il devait tenir, en même temps, la fidélité à l’Algérie et la fidélité à l’homme. D’une certaine façon, ce conflit ne pouvait être résolu que dans la mort.

Aujourd’hui, il est important de prendre conscience que la spiritualité est première et que la religion ne peut être que seconde : elle ne peut se justifier que si elle est au service de l’homme.

Etienne Duval

 

 

 

 

 

 

 

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commentaires

J
Bonsoir Etienne ,

pardon pour l 'erreur de parenté .
le 6 juillet nous rentrerons du Doubs où j'organise une semaine de marche sur la grande Traversée du Jura ...Dommage .
le dimanche 7 juillet si tu es libre ou plus tôt en juin .
Maintenons cette tradition !

Amitiés.

Josiane
Répondre
E
Je te propose le vendredi 21 juin à 14 heures.
J
Bonjour Etienne,

Merci pour ces propos rassurants (« séparation pouvoirs politique et religieux en France, religion au service de l’homme, le spirituel dépasse le religieux «) qui prennent une coloration particulière en ce lendemain d'élections européennes où l'on a vu Mrs Salvini exhiber un chapelet et Orban évoquer les racines chrétiennes de l 'Europe. Instrumentalisation de la religion ?
Dangereuses dérives à mon avis.

J'imagine que ce colloque à Fribourg évoquant votre grand -oncle a été particulièrement émouvant. Il a certainement connu Franz Fanon.
L'Algérie semble bien partie avec une jeunesse responsable, tous mes vœux de réussite.

Autre chose : as-tu écouté le billet de François Morel vendredi 24 mai ? Encore une fois, il sait trouver les mots pour aborder un sujet délicat.

Porte-toi bien.
Amitiés.
Répondre
E
Il s’agissait de mon oncle, le frère de mon père, et non de mon grand-oncle. C’était très émouvant d’écouter ces Algériennes et Algériens, qui, dans certains cas, l’avaient connu. Comme je l’ai dit, j’ai été frappé par l’hospitalité de la pensée chez les intellectuels musulmans, que je ne retrouvais pas, à un même degré, chez les intellectuels français.
Si tu es libre, je t’invite pour un après-midi de randonnée, la samedi 6 juillet à 14 h.

A bientôt !
C
Etienne bonjour,
Sur la question de l'hospitalité que tu soulignes justement comme ouverture du religieux (au pied de la lettre, si je puis dire) par le spirituel (symbolique),
il y a tout de même cet inconnu qui peut être traumatisant et qu'aborde André Brunet dans son "Café 88" qui aura lieu mardi prochain 28 mai à Grenoble
avec pour thème "L'événement" ; il cite Caputo qui pense plutôt l'événement comme ce qui introduit du désordre, dérange un état de fait, désorganise un ensemble,
désoriente ce que l'on savait.Caputo compare l'événement à une « pierre lancée sur nos têtes».On en subit le choc et la blessure, sans savoir d'où elle arrive et lorsqu’il situe ' l'évènement
en rapport avec l’hospitalité, il en fait un danger, potentiel, un risque, peut-être même un désastre, car accueillir ce qui vient c’est ouvrir la porte à l'étrangeté sans savoir si elle sera
de bon ou mauvais augure. Quoi qu’il en soit, ce qui vient n'est jamais ce que l'on avait programmé. On ne peut, par définition, s'y préparer.
On est toujours débordé par rapport aux prévisions. C'est en cela que l'événement est traumatique."
Je ne participe pas à ce Café 88 car il y a à mon goût beaucoup trop de matière
mais quand même matière aussi à nourrir la réflexion,
ne serait-ce que sur la question du Réel
et de l'impossible qui ne cesse pas
de ne pas s'écrire.
Amicalement,
Charles
Répondre
E
L’hospitalité, de mon point de vue, ce n’est pas l’ouverture à l’événement, à ce qui arrive, mais c’est l’ouverture à l’étranger, à l’autre, à ce qui me délivre de moi-même pour me structurer de l’intérieur, pour me séparer de ce qui m’enchaîne, pour m’aider à construire une relation dans la séparation. Dans le domaine spirituel, l’étranger est la figure de Dieu. Il n’est pas menaçant : il ouvre l’espace de la rencontre et, en même temps, l’espace de la bienveillance. Tous ceux qui ont un peu voyagé ont remarqué comment la parole advient lorsqu’on fait la connaissance de l’autre. Abraham reçoit trois hommes qui renvoient à la trinité, comme la structure fondamentale de toute rencontre, d’où jaillissent la bienveillance et l’amour. En fait, l’hospitalité nous prémunit contre la menace de l’autre.
M
Et bien oui !
Dans l’un de nos cafés Croix Roussiens ?
Mais il m’arrivera de revenir à Lyon ! Pour des spectacles et voir des amis.
Répondre
E
Je propose que l’on se retrouve le mardi 11 juin, à 15 heures, au Chantecler.

Bonne soirée !
M
Bonjour Etienne,

Je viens de lire ton blog de mai et, curieusement, je suis entièrement d’accord avec ce que tu as écrit ! Ce doit être la première fois que je suis entièrement d’accord.
Et je te remercie d’avoir remis les choses au clair. D’un côté c’est évident et ça coule de source, de l’autre s’est souvent oublié de part et d’autre dans la pratique.
Et tout le monde en sort appauvri.
Je ne sais pas où était ce colloque et quels étaient les Algériens qui y participaient. L’expliques-tu dans le blog ?

Je dois t’annoncer une nouvelle. Je quitte Lyon fin juin (le 26) et vais m’installer à Béziers. Je conserve mon appartement de la rue d’Ivry prêté à mon amie Guylaine qui en a fait son cabinet d’Hypnose et y vivra dès que nous aurons déménagé de la rue Chazière. J’irai, moi, vivre dans un appartement qu’elle vient d’acheter à Béziers, qu’elle me prête en contrepartie.
Motif, envie de mer, de soleil et de ciel bleu. J’ai habité à Béziers 10 ans, j’y ai des amis et j’ai vécu à côté de Béziers une partie de mon enfance. Guylaine est de Béziers, y a sa famille et descendra bien sûr quand elle prendra des congés. Il m’arrivera de monter aussi pour des spectacles ou voir des amis, elle me logera chez moi.

Bises,
Monique
Répondre
E
Je suis heureux que nous soyons en accord tous les deux. C’est assez bizarre, mais mes contacts avec les Algériens m’ont fait avancer. Ils m’ont montré que la structure fondamentale de l’homme, dans sa spiritualité, n’est pas l’amour des autres mais l’hospitalité. Nous sommes les hôtes des uns des autres si bien que nous avons tous à apprendre de l’autre.
Le colloque dont tu parles était à Fribourg en Suisse. Il y avait surtout des Algériens et des Français. La plupart étaient des universitaires, mais contrairement à ce que j’imaginais, les Algériens étaient beaucoup plus spirituels que religieux, marqués profondément par l’hospitalité. Les Français (pas tous quand même) respectaient les règles de la laïcité, au point d’oublier cette valeur centrale qu’est l’hospitalité de l’intelligence.
Je suis triste en pensant que tu vas quitter la Croix-Rousse. Tu étais une personne qui exerçait la bienveillance dans mon environnement. Il faudra que l’on se revoie avant ton départ.
Bien amicalement.
A
Bonjour Etienne,

Avec ton blog et la conférence de Fadila, nous avons été très sensibilisés à l'hospitalité, non seulement intellectuelle mais aussi concrète. J'ai bien aimé la phrase de Fadila: "L'hospitalité est l'eucharistie orientale".

Ce thème de l'hospitalité me rappelle un petit évènement auquel nous avons participé lors d'un voyage au Maroc. De Fès nous allions en voiture à Marrakech par l'Atlas. Sur le plateau, sans doute fascinés par le paysage, nous nous sommes arrêtés. Un homme nous a alors appelés et nous a conduits jusqu'à une grande tente de nomades éleveurs de moutons et de chèvres. A l'intérieur il y avait beaucoup de monde, femmes, hommes et enfants. Ils nous ont fait asseoir pour nous offrir le thé. C'était un accueil par le tout autre, nous étions vraiment dépaysés d'autant plus qu' il était difficile d'échanger par le manque de langue commune, à tel point que nous commencions à nous poser des questions sur le but de cet accueil. Mais c'était bien de l'hospitalité totalement gratuite, nous sommes partis sans qu'ils nous demandent quoi que ce soit et nous les avons bien remerciés ...

Antoine
Répondre
E
Personnellement je suis aussi fasciné par l’hospitalité. Elle dit plus que la fraternité parce que ce sont non seulement les hommes que nous reconnaissons mais c’est aussi Dieu qui nous reçoit et que nous recevons (l’autre prend un grand A). Je vais essayer d’avoir le texte de Fadila : sa conférence avait quelque chose de prophétique.
Très bonne journée à vous.
H
Merci beaucoup Etienne de partager tous ces beaux documents et tous mes voeux de bon anniversaire! Continue de bien te porter et au plaisir de te revoir (certainement le dernier samedi de juillet), hélène
Répondre
E
Merci Hélène. Ces documents ont un peu quelque chose d'exceptionnel et je ne peux les garder pour moi, d'autant plus que le docteur Asselah veut saluer la famille.
A la fin du mois de juillet avec plaisir !
P
J'espère aussi.
Répondre
P
Etienne,

Je viens de lire avec emotion le message et le texte du colloque du docteur Asselah.

J'espère que les manifestations actuelles déboucheront sur une vraie démocratie, le développement de ce pays et l'ouverture a l'Europe.
Répondre
C
Merci Étienne

Oui, je suis d’accord avec toi.
C’est pourquoi j’avais envie de partager avec lui après son intervention.
J’ai pris ses coordonnées et peut-être Fadila aura envie de le contacter ou ce sera l’occasion d’une nouvelle rencontre en Algérie.
Je sais que je retournerai.

Il est médecin.
Il y a des médecins qui soignent le corps et qui ne vont pas au delà.
Il y en a d’autres qui en soignant le corps, redonnent le tempo de la vie.
Autrement dit, ils « remettent debout dans une grande « verticalité » du corps et de l’esprit.

Le docteur Asselah a accompagné l’oncle Abbé bien au delà, en lui faisant aussi partager avec les algériens, les artistes, ceux qui créent, ceux qui sont l’âme de ce pays. Il nous a raconté cela.

Je crois que l’oncle Abbé a su recevoir avec tout son cœur tout ce que son médecin lui a donné.
Et savoir recevoir, c’est si important aussi car à ce moment là, il y a le partage.

Une belle rencontre...


Christine Duval
Répondre
E
Je l'ai plus découvert dans la lecture de son texte que lorsque je l'ai entendu à Fribourg. Quelle très grande richesse !
D
Tu as raison.
Très bon dimanche !
Répondre
D
Une précision à propos de ton blog.
De l'hospitalité. Il faudrait aussi penser aux prophètes : ils écoutent Dieu et lui répondent favorablement. Cf le petit Samuel dans le temple.
C'est toute la vie spirituelle.
denis
Répondre
D
INTERVENTION DU DOCTEUR ASSELAH AU COLLOQUE DE FRIBOURG SUR MGR DUVAL

Léon Etienne Duval, face aux Conflits
Journées d’Etude 9-10 Mai 2019 Université de Fribourg

Messieurs : Paul Bernard Hodel
Pascal Ortelli
Mgr Henri Tessier
Mesdames : Dr Sylvie Duval
Dr Marie Dominique Minassian

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, Chers amis,
Je remercie tout d’abord les organisateurs de ce colloque Messieurs Paul, Bernard, Hodel, Pascal Ortelli, Mgr Henri Tessier, Mesdames les Docteurs Sylvie Duval et Marie Dominique Minassian, colloque sur la personnalité du Cardinal Duval. Je suis honoré de pouvoir y participer. Je voudrais apporter ma modeste contribution en vous rapportant quelques anecdotes et quelques faits qui vont le faire revivre à nos yeux et témoigner de la place que ce grand homme occupe dans l’histoire de notre pays. Les quelques moments que j’ai vécu auprès du Cardinal Duval sont pour moi d’une richesse et d’une qualité exceptionnelles.
Le Cardinal Duval, s’il avait survécu jusqu’à maintenant, aurait été très heureux et très fier de vivre avec nous actuellement cette Révolution portée par la Jeunesse pour l’instauration de la justice sociale, les libertés d’expression, de culte et où la démocratie serait respectée, tout ce que le Cardinal appelait de tous ses vœux, et ceci par des marches pacifiques, dans le pays tout entier.



Je fis la connaissance de son Eminence Le Cardinal Léon Etienne Duval en Mai 1971, à l’hôpital Mustapha, à Alger, dans le bureau de notre Chef de Service, le Professeur Lebon. Le Cardinal était venu chercher sa nièce Louise, ce qu’il faisait exceptionnellement. Mr Lebon fit les présentations. « Ah ! Vous travaillez avec ma nièce Louise ? Est-ce une bonne infirmière ? » Me dit-le Cardinal. Je répondis qu’elle était excellente. Je m’excusai et me suis retiré.
Ce trait de caractère, cette façon spontanée de vous mettre à l’aise, de décontracter une situation tendue, je les retrouve, par la suite, dans de nombreuses situations que j’ai vécues avec le Cardinal : une dont je me rappelle précisément, c’était lors d’une Conférence sur Saint Augustin que le Cardinal avait donnée au Palais de la Culture, à Alger, en 1978, en présence du Ministre des Affaires religieuses, Mr Mouloud Kassem Nait Belkacem.
A la fin de la Conférence, le Cardinal descendit de la tribune sous les applaudissements du public et voyant le Ministre plutôt embarrassé lui dit : Monsieur Le Ministre, est- ce que j’ai dit beaucoup de bêtises ? Ceci a suffi pour redonner au Ministre sa jovialité et son entrain.
En Fait, c’est grâce au Colonel Ouamrane Amar, un des Chefs historiques de la Révolution Algérienne que je ferai vraiment la connaissance du Cardinal et serai adopté et par le Cardinal et par Louise.
Un Vendredi, vers 16 h 30, Le Colonel Ouamrane m’appelle au téléphone, me demandant si j’étais disponible pour l’accompagner rendre visite à son ami le Cardinal Duval.
Je veux te présenter le plus grand combattant de la Liberté que nous ayons. Je sais ce que je dis : Je connais le Cardinal Duval depuis 1955 ; Il était intarissable d’éloges, énumérait, tout au long de notre parcours jusqu’à Notre Dame d’Afrique, les qualités qu’il lui reconnaissait : son courage, sa dignité, sa droiture, sa fidélité, sa modestie et son humilité. Je veux que tu prennes soin de lui et que tu sois son médecin.
Le Cardinal reçut le Colonel Ouamrane avec beaucoup d’affection en le serrant dans ses bras. Il me reconnut et me dit : ma nièce Louise me parle souvent de vous, vous êtes très proche des malades.
Comment connaissez vous le Dr Asselah ? dit-il à Ouamrane . Je suis un vieil ami de sa famille. C’est son cousin qui s’appelle aussi Hocine qui m’a fait entrer au PPA, Parti nationaliste du Peuple Algérien. Hocine est maintenant mon médecin. Je l’ai ramené avec moi pour vous le recommander.
Puis, se tournant vers moi, le Cardinal me dit : « Vous êtes ici chez vous, sans protocole. Venez me voir quand vous pouvez. »
Pendant que nous prenions le thé, le Colonel invita le Cardinal et Louise à diner chez lui, le lendemain soir, en précisant de sa façon bourrue et amicale : « il y aura seulement un couscous d’orge et du petit lait. » « Ça me convient parfaitement, dit le Cardinal, » et se tournant vers moi me dit : « Pourriez- vous passer nous prendre Louise et moi, demain soir, et nous conduire chez le Colonel Ouamrane.

Un après midi, j’avais fait part au Cardinal de mes constatations à l’hôpital où il m’arrive souvent d’assister, dans leurs derniers moments, des patients de toutes confessions, parfois même des hommes de religion (imams, prêtres, rabbins) arrivés au-delà de tout recours médical.
Presque personne n’abordait avec sérénité la dernière heure et n’invoquait Dieu, fut-il homme de religion. Il y a, dis je au Cardinal un fossé entre philosopher sur la mort quand on est bien portant et être là, devant la mort, à sa dernière heure : « C’est un problème complexe et délicat, dit le Cardinal. Il s’agit d’une question individuelle et qui témoigne de la foi de l’individu en Dieu. La foi profonde doit primer sur l’instinct de conservation. Quant à moi, mourir représente l’abandon à la miséricorde de Dieu.

Un après midi, vers 16h, le Cardinal me téléphone bouleversé : j’ai besoin de vous voir, vous parler d’une affaire très grave. J’arrive dans ½ h à 3/4h lui répondis-je : l’hôpital Bologhine où je travaille est proche de Notre Dame d’Afrique. Je trouve le Cardinal dans un état de nervosité extrême, lui habituellement si calme. D’une voix faible et saccadée, il m’apprend qu’il vient de recevoir un prêtre qui a reçu un arrêté d’expulsion du territoire national sans aucune explication. Le Cardinal se sentait humilié que les autorités algériennes ne l’aient pas informé auparavant de cette décision et donner une explication. Il me charge d’intervenir auprès des autorités compétentes. Dès le lendemain, je demande audience au DG de la sureté nationale. Celui-ci n’étant pas disponible me confia à un de ses adjoints :
-Monsieur, lui dis-je, je viens vous voir de la part de son Eminence le Cardinal Duval
- Arrêtez- là, vous avez dit le Cardinal Duval ! Vous connaissez vous le Cardinal Duval ? Ce n’est pas possible !
-Oui, je le connais et je viens de sa part.
- Depuis l’indépendance à ce jour, je cherche à lui rendre visite pour le remercier de ce qu’il a fait pour moi et ne sais pas comment faire. Voici mon histoire : J’étais lieutenant dans l’ALN et au cours d’un accrochage dans les maquis de Kabylie, j’ai été blessé et fait prisonnier. Pour me soigner, on me fit admettre avec d’autres détenus à l’hôpital Mustapha. Au bout de deux semaines, notre infirmière qui était sœur religieuse, tout en me faisant mes pansements, me dit : soyez prêt à 12h30, je passerai devant vous et vous me suivez. Je l’ai suivi jusqu’à la sortie de l’hôpital. Puis j’ai rejoint mon unité dans l’ALN jusqu’à l’indépendance. J’ai envoyé au Cardinal en signe de remerciement une enveloppe avec une feuille blanche portant uniquement le tampon de ALN wilaya 4.
Bon, maintenant, dites moi de quoi il s’agit, je ferai tout pour le Cardinal Duval et après cela, promettez moi de me conduire chez le Cardinal.
Je lui expliquais qu’un de ses amis, un prêtre a reçu un arrêté d’expulsion du territoire national. Le Cardinal est très malheureux qu’on ne l’ait pas informé lui d’abord et qu’on ne lui ait donné aucune explication.
Donnez moi 48h que je fasse une enquête puis revenez me voir après demain. Demandez un RDV d’audience auprès du Ministre de l’Intérieur car il n’y a que lui qui soit habilité à annuler une telle sanction.
Comme convenu, je suis allé le revoir et le trouvai joyeux : « nous avons réussi à bloquer dette décision qui émanait du Commissaire Central d’Alger. Allez maintenant voir le Ministre de l’Intérieur, nous lui avons déjà transmis le dossier. Le Ministre de l’Intérieur qui connaissait le Cardinal m’a reçu immédiatement : il était honteux qu’on se soit conduit de la sorte avec le Cardinal. Il me demande de transmettre au Cardinal ses mille excuses.
Le Cardinal était soulagé. Quelques jours plus tard, il reçut le Directeur Adjoint de la Sureté nationale. Celui-ci, en arrivant devant le Cardinal était vraiment ému ; il voulait l’embrasser sur le front et fondit en larmes. En sanglotant, il lui rappelle qu’il lui a envoyé une lettre, une lettre blanche portant le tampon de ALN wilaya 4 n’osant rien écrire de peur qu’elle soit interceptée. Oui, dit le Cardinal, je l’ai reçu : cela m’a beaucoup intrigué puis je l’ai rangée dans mes archives.


Il me racontait comment, dès son arrivée à Constantine, en février 1947, il reçut son premier choc .Il était bouleversé par tant de misère. Il fut pris de passion pour le peuple algérien qu’il découvrait dans la souffrance et le dénuement, après les évènements de 1945 :
« Il aurait fallu être aveugle, disait –il, dès 1947, pour ne pas être effrayé d’une part, par l’étendue de l’injustice sociale et d’autre part, par les conséquences que cette violence devait entrainer. Il eut la forte intuition que la colonisation était arrivée à son terme. »
Arrivé donc, en Algérie, en pleine tourmente, il va vivre avec nous, partageant nos souffrances, les préparatifs du déclenchement de la révolution, puis la guerre de libération et la période récente post indépendance.
« Nous avons quand même vécu un cataclysme, disait Kateb Yacine. Une Révolution, ce n’est pas rien. Le fait d’être né justement pendant cette période, d’avoir vécu un peu avant, pendant et juste après, explique que tout cela n’a pas été facile à assumer… »
Le Cardinal Duval a justement assumé toutes ses périodes sans aucune faille. La grandeur d’un caractère réside dans sa constance. Ses prises de position publiques l’attestent. Il n’est que de consulter les quelques ouvrages qui lui sont consacrés.
Le 15 septembre 1955, Noel 1955 en s’appuyant sur Pie Xll, le 7 Octobre 1956 autant de dates autant de messages aux Autorités françaises et Internationales, où il affirmait de façon claire et sans détour qu’il faut assurer la libre expression des aspirations légitimes de la population algérienne. 2mois et ½ après le début de la guerre de libération, il s’élève avec vigueur contre la pratique de la torture et des exactions physiques dès que des actes de torture lui avaient été signalés.
Ainsi sa vision de l’avenir de l’Algérie est bien en avance sur celle des hommes politiques des deux camps .Il serait intéressant pour les Historiens de faire des Etudes comparatives, en fonction de leur chronologie, des déclarations publiques des personnalités de l’époque du monde politique de tout bord et des religieux de toutes confessions pour se rendre compte combien la vision de Mgr Duval revêtait un caractère prophétique. La force de ses convictions la justesse de ses opinions reposent d’une part sur sa foi inébranlable en l’idéal de St Augustin et d’autre part sur une connaissance profonde des réalités algériennes et le refus catégorique de toute aliénation.
En 1992, dans une interview au Journal El watan, il déclare : « Je suis un Combattant de la liberté. J’ai défendu le droit des Hommes et le droit des Algériens. Je me suis toujours inspiré de l’idéal de St Augustin qui est Algérien. Ayant choisi de rester en Algérie, j’y resterai toujours. »
Ailleurs, il écrivait : « Si j’ai opté pour la nationalité algérienne, c’est pour signifier mon attachement profond à l’Algérie que j’aime et où j’ai beaucoup d’amis. Pour moi, être algérien, c’est consacrer ce qu’il y a de meilleur en moi-même au service des Algériens.
Les relations que j’ai avec ceux-ci montrent qu’ils sont heureux que je sois devenu un des leurs. Ce qui compte, c’est le cœur et les valeurs de cœur ont une influence de premier plan dans la vie. »
C’était un Juste.
Il avait une si haute opinion de sa responsabilité sacerdotale qu’l l’exerçait à la manière d’un apôtre. Il vivait ses convictions. Sa vie de tous les jours servait d’exemple : «La première façon de parler, aimait – il dire, c’est de vivre, la vie est un témoignage. » Il était tellement imprégné des préceptes de l’Evangile et de l’enseignement de l’Eglise qu’il les a synthétisés en quelques formules percutantes d’une extraordinaire clarté et d’une actualité saisissante.
Ses formules transcendaient le cadre strictement religieux et atteignaient la source originelle de la morale universelle. C’est pour cela que ses discours atteignaient le cœur de tous les hommes de bonne volonté, qu’ils soient chrétiens ou non chrétiens.
L’histoire de l’Algérie exerçait sur lui une sorte de fascination. Il découvrait nos illustres ancêtres ; et si Saint Augustin était une référence de prédilection ou plutôt sa source inépuisable, il était au fait de l’histoire millénaire du pays.
Il se sentait investi, comme d’une grâce, de succéder ainsi à Saint Augustin à l’évêché d’Hippone. « Saint Augustin, aimait-il dire, a été mon compagnon, ma consolation aux moments les plus difficiles et les plus tragiques de ma mission épiscopale.
Il reste une grande lumière dans ma vie et qu’il me permette cette audace irrespectueuse, une amitié. »
Saint Augustin le suivra partout, dans ses moments les plus difficiles, comme dans ses moments de joie. Saint Augustin sera, durant 50 ans, l’objet de ses soliloques.
Le Cardinal voyait en Saint Augustin le philosophe ou mieux le prophète de la paix, un des rares esprits à avoir un sens aussi élevé de l’homme, à confondre l’Amour avec le témoignage essentiel de la foi et à faire de l’humilité la pierre angulaire de toute vie spirituelle.

Pour St Augustin, l’heureuse fortune fut de trouver dans le Cardinal Duval un proche, à la fois un membre de la famille algérienne et un membre de la famille spirituelle, mais aussi un fidèle qui lui a consacré toute sa vie, en contribuant à le réhabiliter dans un contexte pernicieux d’idées étriquées, et lui a redonné un regain d’actualité éternelle.

Je voudrais sur ce long compagnonnage parler d’un après midi où Louise nous donnait lecture d’un texte de Tahar Djaout qui avait paru dans son Journal « Ruptures » et qui commençait ainsi : « Saint Augustin est un bougnoule comme vous et moi… »
L’expression avait beaucoup plu au Cardinal que je voyais, pour la première fois, rire à gorge déployée, lui qui savait bien ce que ce terme de bougnoule voulait dire :
_ « Moi aussi, je suis un bougnoule, reprit –il. On m’appelait Mohamed Duval. Et je suis fier d’avoir l’honneur d’être Algérien. » Il faudrait des volumes et des experts pour parler du rôle de premier plan joué par le Cardinal Duval de 1947 à 1962 et après, sous une autre forme, de 1962 à 1996.
Son amitié ne fut jamais limitée aux gens de l’Eglise, encore moins aux gens du pouvoir. Il fréquentait des ouvriers, des étudiants qu’il aidait de son mieux et de façon discrète, des gens de tous les milieux, surtout des nécessiteux.
C’est toujours de façon fortuite et longtemps après que l’on apprend de la bouche de quelques personnes reconnaissantes que c’est grâce au Cardinal que tels enfants de pauvres ont pu poursuivre des études supérieures en Algérie ou à l’étranger,
Que telle famille dans la détresse a pu être secourue, que telle action humanitaire a pu être réalisée en faveur des réfugiés, des handicapés, des personnes âgées, des enfants abandonnés.
Il ne manquait aucun effort dès qu’il jugeait qu’une action pouvant soulager la souffrance de pauvres gens était possible.
Il était à l’écoute des gens qui souffrent. Il intervenait personnellement avec discrétion.
Les petites gens le savaient. Ils savaient que sa porte était toujours ouverte et qu’ils pouvaient trouver auprès de lui, à n’importe quel moment et en toutes circonstances compréhension, aide et réconfort.
Le Cardinal n’était pas un homme de salon, mais un homme de terrain. Il connaissait l’Algérie qu’il a parcourue pendant plus de 45 ans.
Sa nature généreuse faisait qu’il savait reconnaitre, chez chacun, ses qualités premières. De même qu’il a en horreur le mensonge, la malhonnêteté l’insincérité, l’opportunisme.
Il connaissait l’Algérie profonde et c’est pour cela que l’on trouve dans la plupart de ses discours cette confiance au peuple. Ce n’est point démagogique. C’est à travers son vécu qu’il s’exprime. Il disait souvent : « la vie, pour qui sait être attentif, est beaucoup plus riche que tous les livres. »
Il m’arrivait parfois de l’amener à parler de l’identité algérienne.
Il convenait que le texte, qu’il affectionnait, à ce sujet était « l’Eternel Jugurtha » de Jean Amrouche qui faisait partie de ses amis. Pour Jean Amrouche, il n’y a pas de héros plus emblématique de notre histoire, sous sa forme la plus accomplie, que Jugurtha ! Aussi le Cardinal n’hésitait pas à qualifier de Jugurtha ceux en qui il reconnaissait être les « dignes fils de l’Algérie. »

Nous avons quand même eu à partager avec le Cardinal quelques instants de bonheur : c’était, entre autres, quand il réunissait autour de lui le grand écrivain et poète Kateb Yacine et le grand peintre Issiakhem M’hamed. Le Cardinal, en nous recevant Chez lui, vers 19 h, s’adressait à Kateb Yacine : « J’ai passé la journée à relire vos poèmes. Vous êtes le Rimbaud Algérien. »
Et se tournant vers M’hamed Issiakhem : «le portrait que vous avez bien voulu faire de moi, grâce au Professeur Asselah , est un Chef d’œuvre. Je ne sais comment vous remercier. Sa place n’est pas ici. Il faut qu’il soit dans un musée. » Le Cardinal était rayonnant. Il était plein de délicatesse envers ses hôtes. Je sentais le Cardinal heureux d’être là, dans une ambiance décontractée, que seuls les artistes peuvent créer. Une soirée entière, toute de finesse, de haute appréciation et de respect mutuels. On ne pouvait pas évidemment ne pas parler de Saint Augustin. Il me disait, le lendemain, puis, dans une lettre : « Je ne vous remercierai jamais assez de m’avoir fait connaitre ces dignes fils de l’Algérie. Ils sont de ceux qui réconcilient l’Algérie avec son histoire millénaire.
A plusieurs reprises, il nous arrivait de parler des difficultés que traversait l’Algérie. La situation du pays le préoccupait intensément. Il en avait de graves inquiétudes. Il souffrait de nous voir souffrir. Il rêvait d’une Algérie heureuse où régneraient la justice sociale, les libertés d’expression, de culte et où la démocratie serait respectée.
Le Cardinal poursuivait : C’est dans ce cadre que l’Algérie pourrait s’atteler à relever les défis du sous-développement, la lutte contre l’anal- phabétisme, le chômage, la misère sociale et culturelle. »
Il rêvait d’une Algérie à la hauteur de ses immenses potentialités naturelles et humaines, de sa situation méditerranéenne, de son passé fabuleux. Il ne désespérait jamais. Il avait confiance dans le peuple.
Il était toujours là serein et disponible, ne se plaignant jamais de sa santé sauf quand nous insistions amicalement. Il était toujours à notre écoute, prêt à nous réconforter, à nous apaiser, à nous redonner espoir dans les moments les plus difficiles, les plus tragiques.
L’énumération quotidienne des violences physiques et morales, des tragédies que nous avons subies depuis les années 1990 le faisaient souffrir profondément.
Quand il apprit l’assassinat le 5 mars 1994 de mon cousin Asselah Ahmed, Directeur de l’Ecole nationale supérieure des Beaux Arts d’Alger et de son fils Rabah, étudiant âgé de 24 ans dans l’enceinte même de l’Ecole,il était particulièrement éprouvé. Il lança avec force des messages de paix et de concorde. « Le crime disait-il est un outrage à Dieu, l’homme quel qu’il soit possède une dignité inviolable. »
« L’Algérie a trop souffert. Que ce long calvaire s’achève dans des pardons mutuels, dans la réconciliation et une volonté sincère ! Toute conception de la justice qui ne reposerait pas sur la dignité de la personne humaine serait fausse, dangereuse. J’appelle tous les hommes de cœur à travailler ensemble avec force et détermination à un renouveau de confiance. L’Algérie ne périra pas. »
Ses derniers jours furent empreints d’une profonde tristesse. Rien ne pouvait justifier l’horreur de l’assassinat des moines de Tibhirine .Il était profondément choqué. Il refusait de s’alimenter. Il fallait que Louise use de son trésor de patience et de douceur pour lui faire avaler quelque chose. Puis peu à peu, il arrivait à bout du désespoir. Il voulait tellement de toutes ses forces que l’espoir reste vif et que la charité l’emporte.
Jusqu’aux derniers instants, le Cardinal Duval a donné l’exemple d’une vie en harmonie avec ses convictions.
A la suite d’une petite chute malencontreuse à son domicile, il fallait décider en urgence de l’intervention chirurgicale. D’une façon directe, je lui exposais les faits : les collègues orthopédistes jugeaient qu’une intervention chirurgicale était indispensable.
« Il vous appartient, lui dis je, de prendre la décision :soit d’être opéré à Genève, près de vos parents soit d’être opéré ici et je me charge de réunir les conditions optimales . » La réponse fut immédiate, me faisant même le reproche d’avoir osé lui poser la question.
« Je veux être opéré ici, par les Algériens en qui j’ai une confiance totale. »
Après l’intervention chirurgicale qui s’est déroulée dans de bonnes conditions, il ne tarissait pas d’éloges et de remerciements pour l’équipe médicale et paramédicale pour leur compétence et leur gentillesse. Il était ému que l’on manifeste autour de sa personne tant de sollicitude, de prévenance, d’affection. Je lui répondais que les Algériens avaient pour lui beaucoup d’estime et d’amour et que c’était tout à fait normal qu’ils les lui expriment ainsi.
Le lendemain de sa sortie de l’hôpital, il pressait Louise d’adresser personnellement à chacun des membres de l’équipe médicale et paramédicale une lettre de remerciements. Ce que Louise fit immédiatement. « Il avait trouvé dans cet hôpital, disait il , les ressorts de la modernité et les délicatesses de la morale. »




Le Cardinal était fier d’avoir l’honneur d’être Algérien comme il disait. Les Algériens sont doublement fiers et honorés de compter parmi les grandes figures de leur histoire, le Cardinal Duval, à la fois à côté des héros de la Révolution Algérienne et à côté des grands esprits de ce pays parmi lesquels Saint Augustin dont il était le disciple et l’ « ami. »

Lors d’une rencontre avec le Colonel Ouamrane, au sortir de la décennie noire, nous évoquions le souvenir du Cardinal en déplorant qu’il a été impossible durant toute cette période tragique d’organiser une commémoration digne de la personnalité du Cardinal Duval
Je suggérais à Ouamrane que nous devrions voir le Ministre des Affaires religieuses pour lui demander de baptiser une rue d’Alger au nom du Cardinal Duval. L’idée l’enthousiasmait. Je suis entièrement d’accord, son nom doit rester gravé pour l’éternité dans la mémoire des Algériens, et si tu es disponible demain après midi, je lui téléphonerai pour qu’il nous reçoive vers 15 h. Le Ministre nous reçut chaleureusement mais nous avertit que le processus est lent et doit passer par une commission interministérielle. Nous apprîmes plusieurs mois plus tard que la grande Esplanade ou Place autour de la Basilique Notre Dame d’Afrique porte désormais le nom : Place Cardinal Léon Etienne Duval. Ho



Merci Prof. Hocine Asselah

Le Cardinal Duval avait l’Algérie dans son cœur .Il avait beaucoup d’appréhension quant à la situation politique du pays et il aurait été heureux de vivre avec nous cette nouvelle étape dans la voie de la démocratie et de la liberté.
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H
HOCINE ASSELAH EST LE PROFESSEUR QUI A SOIGNE MGR DUVAL A LA FIN DE SA BVIE

Cher ami,
Je trouve que vos remarques entre religion et spiritualité sont judicieuses. Personnellement, je pense que si le Cardinal Duval avait une très large audience auprès des Algériens, surtout du peuple, c'est qu'il a su transcender les principes étriqués des trois religions monothéistes (judaïque, chrétienne, musulmane) et
S’élever en spiritualité. ; d'ailleurs, je crois en avoir un peu parlé en citant le Cardinal. Le Cardinal faisait appel aux valeurs universelles, spirituelles qui dépassent les points de vue strictement religieux.
" Les relations que j'ai avec les Algériens montrent qu'ils sont heureux que je sois devenu un des leurs. Ce qui compte, c'est le cœur et les valeurs de cœur ont une influence de premier plan dans la vie. « C’était un Juste
Il avait une si haute opinion de sa responsabilité sacerdotale qu'il l'exerçait à la manière d'un apôtre. Il vivait ses convictions. Sa vie de tous les jours servait d’exemple :" la première façon de parler, aimait -il dire, c'est de vivre, la vie est un témoignage". Il était tellement imprégné des préceptes de l’Évangile et de l'enseignement de l'Eglise notamment de Saint AUGUSTIN qu’il les a synthétisés en quelques formules percutantes d'une extraordinaire clarté et d'une actualité saisissante. Ses formules transcendaient le cadre strictement religieux et atteignaient la source originelle de la morale universelle. C’est pour cela que ses discours atteignaient le cœur de tous les hommes bonne volonté qu'ils soient chrétiens ou non chrétiens.
Nourri par les préceptes de Saint Augustin, il a complètement épousé la philosophie de Saint Augustin qui faisait de l'humilité la pierre angulaire de toute vie spirituelle.
J'ai été heureux de vous revoir à Fribourg et vous remercie de votre accueil. J'ai parlé à mon fils Jamil et lui ai dit que son jeune ami Duval était à Toronto ; il m'a réclamé son téléphone si c'est possible.
Je vous prie de transmettre à la famille Duval et à Louise mes meilleurs sentiments. Je vous joins le texte de mon intervention au colloque de Fribourg.
Meilleurs sentiments
Hocine Asselah
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D
Je vous remercie de votre témoignage, qui m’ouvre une nouvelle fenêtre sur la vie en Algérie de Mgr Duval. Je sais qu’il vous appréciait beaucoup. Personnellement j’ai été heureux de faire votre connaissance à Fribourg. Avec mon meilleur souvenir.
C
Bonjour Étienne,

Merci de ton retour.
Nous avançons, nous avançons !

Comment s’est passée la conférence de Fadila ?
Je crois qu’elle est prête à écrire son second livre.

Bonne journée,
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E
Je reviens de la conférence de Fadila. C’était d’une grande qualité. Elle n’a pas peur de témoigner de tout ce qui peut faire progresser l’humanité, et, en particulier, de l‘hospitalité. Elle a été bien écoutée et elle dégage une lumière vivifiante. Très bonne fin de journée !
G
Cet article est maintenant référencé par google
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C
Bonjour Etienne,

J’ai lu avec grande attention le texte de ton blog.
Je l’ai trouvé limpide, comme une espèce d’évidence et quand évidence il y a, je pense qu’il y a une grande « verticalité » de la pensée « du ciel à la terre ».

Les intervenants algériens ont parlé avec leur cœur. Ils ont exprimé la grande fraternité qui les liait à l’oncle Abbé au delà de tout.
Ils ont été invité à ce colloque mais ce sont eux qui nous ont « accueillis » au cœur de leur vie avec l’Oncle Abbé !

L’hospitalité algérienne, c’est ça pour moi ! C’est l’accueil de l’autre, avec tout ce qui le fait lui dans un élan de vie très fort.
La religion n’est pas vraiment invitée dans ce partage.
Chacun vient plutôt à nu, vrai.
C’est l’amour, la fraternité de Saint-Augustin et de notre cher Onclé Abbé qui « raisonnent ».

Et oui, l’humain animé par cette hospitalité gagne en intensité car l’humain accueille ce « souffle de vie » qui vient de l’au delà, et le fait circuler ici et maintenant.
Je crois que l’oncle Abbé a été intensément vivant auprès des algériens et il leur a fait ce don, le don de la vie au travers de sa mort.
Son enterrement le même jour que les moines a permis de rassembler les uns et les autres, tous les algériens et les familles des moines.
Il n’aurait pas pu faire de plus beau cadeau aux uns et aux autres que de donner sa vie en même temps que celle des moines.
Un grand signe de fraternité a été donné ce jour-là certainement à Notre Dame d’Afrique et je crois que c’était ce même élan de fraternité que j’ai ressenti à Oran en décembre. L’oncle Abbé de l’au delà, était présent et nous avait envoyé ce « souffle de vie » le jour même où l’on assistait à la béatification des moines assassinés !

La religion bien souvent, enferme, la religion donne un cadre, la religion est dans la toute puissance et elle empêche ainsi, l’énergie de vie de circuler librement. Bien des religions montent des murs et combien de prisonniers se retrouvent enfermés au nom de leur religion !

La religion est au service de l’homme que si elle accompagne chaque être humain à trouver son propre chemin, le chemin de l’amour de la vie et de la fraternité entre les hommes, le chemin de sa liberté intérieure.

Voilà comment tes mots ont raisonné en moi !

Bon weekend et bonne conférence avec mon amie Fadila.
Répondre
E
Oui, tu as raison, ce sont les intervenants algériens qui nous ont accueillis. A Chênex c’était la même expérience avec oncle abbé. C’était la fête lorsqu’il venait à la maison parce qu’en fait c’était lui qui nous invitait. Et je suis encore d’accord avec toi lorsque tu dis que le même oncle abbé était intensément vivant auprès des Algériens. C’est vrai aussi, mais tu l’exprimes mieux que moi, il leur a donné sa vie.
Bonne soirée !
J
Bonjour Etienne,

j'ai lu avec attention, le texte de 3 pages proposé ci-après en p.j.
Je me trouve à Vancouver, au Canada, près de mon mari, de mon fils, et de quelques très bons amis .
Pour cette raison, je ne serai pas parmi vous physiquement chez Françoise lors de la projection du film de mai, mais je le serai en pensée . Donne le bonjour de ma part à toutes les personnes présentes alors .
(Je rentre sur Lyon le samedi 25 mai, ou un ou deux jours plus tard, selon la disponibilité sur les avions) .

Il se trouve, que je viens d'écrire un texte court intitulé ENTRE LE DIVIN ET L'INFERNAL à la demande des protestants de la Lanterne, vers les Terreaux . Ce texte devrait être publié dans un ouvrage collectif à l'automne . Bien qu'écrit trop rapidement dû à des impératifs de délais, je vais essayer de l'améliorer dès que j'en aurai le temps . Je pourrai alors te l'adresser en réponse au texte, que tu as envoyé ci-après, et avec lequel je suis entièrement en accord .

Je te laisse à présent pour finaliser les préparatifs de la célébration du 40ème anniversaire de notre mariage, à mon mari et moi-même . Nous serons 10 personnes en tout (famille et amis), dans un restaurant près de l'océan, spécialisé dans les produits frais du Pacifique, surtout en ce qui concerne les fruits de mer .

(Les cc à mon mari, mon fils, et deux amis impliqués dans une pratique de la méditaion, sont pour leur info respective . J'espère, que tu n'y vois aucun inconvénient) .

A bientôt sur Lyon,

josette
(de Vancouver B.C., Canada) .
Répondre
E
Merci de ton petit mot. Bon anniversaire de mariage ! Et je transmets ton mail à Françoise car je ne pourrai pas participer à la séance du café-ciné.
A bientôt !
M
Tu as compris ma remarque :la séparation des chrétiens d'orient et des chrétiens d'occident a été progressive, mais à la fin du Vè siècle elle était bien avancée.
D'un autre côté, Byzance était devenue Constantinople et elle était devenue Istamboul bien avant la lettre, à partir de Kosovo Polje en 1389, la première dé faite des Serbes devant les Turcs, puis l'entrée des Turcs en Serbie en 1459, et la prise de Belgrade en 1471.
L'Albanie tombe à son tour malgré l'épopée de Skanderbeg.
La Serbie reste Orthodoxe, l'Albanie devient musulmane à 70%. Pas pour son choix religieux, mais pour des raisons économiques. (20% orthodoxe, 10% catholique, Mère Teresa est albanaise de Macédoine, catholique).
De multiples religions apparaissent. le monde musulman est divisé en chiites et sunnites, le Bekhtachisme est une mouvance soufi (islam chiite).
Tu vois que c'est compliqué, quand on en arrive à la Macédoine (qui porte bien son nom). Je n'ai pas le temps de te décrire. C'est plus compliqué encore quand on s'occupe des origines, et des langues. Mais tu vois que le fait religieux est lié aux invasions, aux origines, aux faits économiques.

Et pourtant le fait spirituel est bien présent. Les monastères ne sont pas là pour faire joli… mais pour des raisons spirituelles. Les Turcs dans leur envahissement de 5 siècles étaient respectueux des lieux. Ste Sophie a été conservée en devenant musulmane...Le seul changement était l'orientation vers Jérusalem qui est devenue orientée vers la Mecque : l'autel a été démonté, vers Jérusalem, et la chaire montée vers la Mecque.

Ce qui prouve que le sujet de ta discussion est sans fin. Reçois mes amitiés et tu vois que je lis tes blogs…!
Répondre
E
Merci Michel. Si j’ai bien compris, c’est une même spiritualité ou force spirituelle qui va alimenter et donner leur énergie aux différentes religions. Nous nous battons en pensant que chaque religion possède la vérité. En réalité la vérité est disséminée dans de multiples cultures qui, en fait, peuvent coopérer parce qu’elles ont une même origine.
Bien amicalement à tous les deux !
M
Bonjour Etienne, c'est à l'occasion ton blog de mai (religion et spiritualité) que je reprends contact. :
Mais ce n'est pas de cela que je veux te parler mais de ton Blog.
Je l'ai lu, je savais que ton oncle avait été en Algérie (je ne savais pas qu'on l'appelait Mohammed Duval !) nous en avions parlé.

J'ai lu les commentaires de tes amis, sur "Religion et Spiritualité".

Tu sais que je m'intéresse aux Balkans, c'est la conséquence du mariage de mon fils avec une Croate. Mais ça ne date pas d'aujourd'hui, c'est la conséquence de ce voyage que j'ai fait autrefois en yougoslavie, toutes les républiques sauf la Serbie. En outre ma fille m'a offert un tas de livres sur les Balkans. Puis j'ai été intéressé (de ce fait) à l'histoire depuis l'antiquité jusqu'à maintenant.

On m'appelle pour le repas mais c'est assez dire que les religions (et non pas la religion) sont multiples et que les spiritualités sont multiples aussi mis pas dans le même sens. Je t'en reparle cet après midi. A tout à l'heure.
Répondre
E
Merci Michel. Je suis content d’avoir à nouveau de tes nouvelles. J’espère que ta santé va reprendre le dessus. En ce qui concerne les rapports entre religions et spiritualité, je ne suis pas étonné qu’une meilleure connaissance des Balkans t’a amené à te poser des questions. Ici l’Islam est bien présent et sans doute une forme d’Islam bien particulier, habitué à côtoyer des chrétiens depuis longtemps. Mais j’attends la suite de tes réflexions.
E
7 différences entre la religion et la spiritualité
Beaucoup de gens confondent la religion et la spiritualité ou avec certains phénomènes mystérieux et surnaturels. Cela est souvent dû à un manque de connaissances et à la peur d’être manipulé.
Si nous nous engageons à faire abstraction de nos appréhensions pour essayer d’étudier et de comprendre le sens même de la spiritualité, nous arrivons à une prise de conscience et à la conclusion qu’elle n’a rien de mystérieux ni de surnaturel, et qu’elle n’est en aucun cas liée à une secte.
Voici 7 différences entre la religion et la spiritualité qui vous aideront à mieux les comprendre :
La religion vous fait vous incliner – La spiritualité vous libère
La religion vous dit de suivre une idéologie et d’obéir à certaines règles car sinon vous allez être puni. Le spiritualisme vous permet de suivre votre cœur et de sentir ce qui est juste pour vous. Elle vous libère de façon à exprimer votre vraie nature sans devoir vous incliner à tout ce qui ne s’aligne pas avec vous. Il vous a été donné de choisir ce qui peut être honoré afin de le rendre divin.
La religion vous montre la peur – La spiritualité vous montre comment être courageux
La religion vous dit ce qu’il faut craindre et vous montre les conséquences. Le spiritualisme vous fait prendre conscience des conséquences, mais ne veut pas que vous vous concentriez sur la peur. Elle vous montre comment vous positionner malgré la peur, et comment continuer à faire ce que vous sentez être juste, malgré les conséquences qui peuvent en découler. Elle vous montre l’acte fondé autour de l’amour et non de la peur, et ainsi comment contrôler la peur, pour en tirer le meilleur.
La religion vous dit la vérité – La spiritualité vous permet de la découvrir
La religion vous dit ce qui est juste et ce en quoi il faut croire. L’ immatérialité vous permet de le découvrir à votre propre rythme et selon vos aspirations. Elle vous permet de vous connecter avec votre Soi Supérieur et de comprendre avec votre propre esprit ce qu’est la vérité, car la vérité dans son ensemble ; est la même pour tous. Ainsi, elle vous permet de croire en votre propre vérité et à travers votre propre perception et cœur.
La religion sépare des autres religions – Le spiritualité les unit
Il y a beaucoup de religions à l’échelle mondiale et toutes prêchent que leur histoire est le bon récit. Le spiritualisme voit la vérité à travers toutes celles-ci et les unit, parce que la vérité est la même pour tous, malgré nos différences. Elle met l’accent sur la qualité du message divin que les religions partagent et non sur les différences de ses détails historiques.
La religion crée une dépendance – La spiritualité vous rend indépendant
Vous n’êtes réellement religieux que si vous assistez à des événements religieux et alors seulement, vous êtes considéré comme quelqu’un qui est digne du bonheur. Le spiritualisme vous montre que vous n’avez ni à dépendre ni à avoir besoin de quoi que soit pour être heureux. Le bonheur se trouve toujours au fond de nous-mêmes et nous sommes les seuls à être responsables de notre bonheur. Nous sommes toujours là où nous devons être, au-delà d’assister à certains événements. La divinité se trouve en nous et c’est la raison pour laquelle nous sommes toujours dignes.
La religion met la répression en pratique – La spiritualité met le Karma en pratique
La religion dit que si nous n’obéissons pas à certaines règles, il y a une punition qui nous attend. Le spiritualisme nous permet de comprendre que toute action a une conséquence et de réaliser que la punition suite à nos actes sera la conséquence provenant des actes que nous mettons en pratique. Elle s’appuie uniquement sur les forces fondamentales de l’univers et vous n’avez pas besoin de croire à l’existence de cette force.
La religion vous fait suivre le parcours d’un autre – La spiritualité vous permet de créer le vôtre
La fondation d’une religion est l’histoire qu’elle raconte au sujet d’un Prophéte ou de plusieurs Dieux, leur voyage vers l’illumination et la vérité découverte en vous faisant suivre leurs pas. La spiritualité vous laisse faire votre propre voyage vers l’illumination et découvrir la vérité par vos propres moyens en suivant ce que votre cœur vous dit être vrai, parce que la vérité est toujours la même, peu importe la manière que vous utilisez pour y parvenir.
Chaque religion est arrivée par la spiritualité, par le voyage à travers lequel une personne est devenue Dieu ou Prophète. Les détails de l’histoire ne sont pas forcément importants, ils aident seulement le personnage à découvrir la vérité. Ce qui est important, c’est le message qui partage la vérité, « le code divin du cœur humain » qui résonne harmonieusement à travers chacun d’entre nous. C’est pourquoi chaque religion a aussi quelque chose de vrai.
Après 7 différences entre la religion et la spiritualité voir aussi:
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par Taboola


https://www.espritsciencemetaphysiques.com/7-differences-entre-la-religion-et-la-spiritualite.html


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G
Merci pour l'information. J'essaierai d'en tenir compte.

Bonne semaine

Gérard
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E
Bonne semaine à toi !
H
As-tu lu L’esprit du christianisme de Joseph Moingt, ?. A mon, avis, c’est la meilleure réponse à la question que tu poses.



Amitiés

Hugues
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E
Merci Hugues.
Malheureusement je n'ai pas lu le livre de Moingt mais je peux encore le lire.
Très bonne journée !
J
Bravo, Étienne. Tout mon respect pour ton oncle.
denis jeanson
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E
Merci Denis.
O
Regard sur l’Europe et la Méditerranée – 9 – par Olivier Brachet, spécialiste de la demande d’asile, sollicité par CDM.
À propos des questions migratoires, nous ne sommes pas vraiment sortis du vieux monde. Nous raisonnons toujours comme « avant », comme s’il s’agissait d’importations en fonction des besoins, que ce soient des militaires comme en 14/18 ou de la main d’œuvre pour la croissance ou la reconstruction, et qu’ainsi, selon la conjoncture, on ouvre ou on ferme le « robinet », oubliant au passage que nous sommes entrés dans un monde global d’échanges qui inclut les migrations. Dans le même temps nous voulons ignorer, que notre histoire est singulière sur ce sujet ; une histoire singulière qui rend ce dossier si sensible depuis une quarantaine d’années. Cela tient au fait que nous sommes quasiment le seul pays européen dans notre voisinage immédiat, à n’avoir jamais été contraint d’émigrer massivement, ni obligé d’apprendre une langue, ni de se fondre dans la culture de l’autre par nécessité.
Dans cette asymétrie de l’expérience (contrairement à celle des Italiens, des Portugais, des Espagnols, des Irlandais, des Anglais, des Belges, des Allemands etc…) nous ne pouvons comprendre ce que nous n’avons jamais appris. Une part du débat passionné que nous avons en France, contrairement à d’autres pays européens, tient paradoxalement moins à la peur du « grand remplacement » (notre démographie et notre expérience coloniale toujours présente nous en met un peu à l’écart) qu’à un jugement implicite mais sévère que nous portons sur la capacité d’un étranger à se civiliser dans notre « Nation particulière », une sorte d’étranger jamais à la hauteur de notre destin, et que seul l’enchaînement de 3 ou 4 générations peuvent « assimiler », repoussant ainsi au long terme la capacité à s’intégrer rapidement. Même « mort pour la France », l’immigré est encore loin d’être de « souche » et « repose » à part ! Le récit national s’invente une « éternité enracinée » tandis que le réel fait d’un français sur cinq un descendant d’étranger ! C’est le fameux « effet miroir » dont parlait Abdel Malek Sayad : « quand on parle des immigrés, on parle de nous »! Une manière d’être au présent en ignorant ce que nous avons oublié ; le rejet faisant à retardement le ciment de la communauté des « exportés ». Décidément, être une terre d’immigration est bien difficile à expliquer et à assumer !
De cet impensé délibéré résulte 50 ans de politique migratoire binaire de l’État (depuis en fait 1974 et la crise pétrolière). C’était « ouvert » jusqu’en 1974 avec environ 200 à 220 000 entrées annuelles soit à peu près ce que l’on connaît aujourd’hui alors que nous sommes 15 millions d’habitants de plus. C’est en principe « fermé » depuis. Plus besoin ! On pense même sous Raymond Barre à renvoyer 6 millions d’étrangers, … ça fait beaucoup !
Depuis tous les gouvernements, sans exception aucune, de gauche et de droite ont cherché à tenir le robinet fermé : pas moins de 16 lois sur l’immigration depuis 1980 pour serrer les boulons et une tous les 2 ans depuis 2005 ! Résultat en 2017 quelques 240 000 titres de séjour ont été distribués soit à peu près le flux d’arrivée de 1971/72 juste avant la fermeture des frontières à l’immigration en 1974.
Il faut bien saisir ce qui se noue au tournant des années 1970/74. Comme un lapsus ou un faux geste de l’histoire, une fenêtre s’entrouvre avec l’élargissement de la Convention de Genève alors réservée aux réfugiés issus de la 2eme guerre mondiale et de l’espace de celle-ci. Les accords de New-York (66), ratifiés par la France en 71 ouvrent le statut à toutes origines géographiques, quelle que soit la date des menaces de persécution. Ils permettent ainsi l’accueil plus large des persécutés comme ceux de la décolonisation, des dictatures brunes et rouges, puis plus tard des guerres civiles…
De 1500 en 1972/73 par an le nombre de demande d’asile passera en France à 63 000 en 1989 et 73 000 en 2015, et souvent beaucoup plus ailleurs, après la crise de 2015 (plus d’un million en Allemagne).
Rappelons que l’asile ne résulte pas d’une politique migratoire, mais d’une convention internationale. On ne choisit pas. On l’applique plus ou moins bien mais on ne choisit pas. Une politique migratoire, elle, se décide en raison de nombreux facteurs : démographiques, économiques, sociaux, culturels, compétences, droits de l’individu comme mariage ou naissance… C’est un complexe mélange de contraintes et de vouloirs, tout sauf un robinet qu’on ouvre ou que l’on ferme. C’est un ensemble complexe de règles toujours appliquées mais aussi toujours un peu transgressées, qui pose la question de la sanction à appliquer aux irréguliers de toutes sortes et à qui les mêmes traitements ne sont pas faciles à appliquer efficacement.
Il y a les flux difficiles à contrarier : les touristes qui restent en France, les étudiants qui ne repartent pas tout de suite, les étrangers qui nouent une relation, se marient et ont des enfants, les mineurs qu’il faut protéger, les déboutés de l’asile, ceux qui viennent travailler ou en stage, – car on a malgré tout besoin de certains – qui restent, ceux à qui on refuse la nationalité et qui pensent la mériter ou l’avoir de droit, ceux qui sont irréguliers depuis si longtemps qu’ils ne savent plus rien de leurs pays…et surtout ceux que l’on arrive pas à renvoyer parce que les pays d’origine ne les reconnaissent pas ou ne veulent pas les reprendre sans contrepartie.
La police réalise entre 30 et 40 000 interpellations de personnes en situation irrégulière chaque année alors que seulement 15 à 18 000 mesures d’éloignement sont effectivement exécutées. Par exemple moins d’un sur deux sont repris par le Maroc ou la Tunisie. Cette difficulté qui met en échec la sanction, n’est pas spécifique à la France et cela relativise l’impact de nos 16 lois qui viennent au secours de la fermeture des frontières depuis les années 1980.
Devant ces difficultés, il est plus facile de parler de submersion, comme l’a fait l’ex-ministre de l’intérieur, que de tenter de raisonner. Depuis 40 ans le simplisme du « robinet » s’accommode d’un simplisme correspondant en matière de méthode : il faut dissuader les arrivées ! C’est dire résoudre mal les problèmes, créer un inconfort pour ne pas créer d’attractivité ni d’effets d’appel. Voilà la philosophie, la pensée politique profonde, et voilà le résultat : pas beaucoup plus d’arrivées qu’il y a 40 ans, mais beaucoup plus de dégâts dans les traitements, multiplication des personnes à la rue et des refus d’accès aux aides sociales et médicales, tandis que l’immigration devient le ressort principal de la grande pauvreté en France. Le personnel politique en France et ailleurs n’est pas loin de dénoncer les limites de l’approche par les droits de l’homme, rejetant les remarques des instances civiles et juridictionnelles la mettant en garde contre une dérive à ce sujet. Les politiques s’en emparent et la dernière campagne électorale a vu certains candidats déplorer les effets de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme, et récemment ont laissé assimiler les ONG à des passeurs.
Pourtant dans le monde réel des solutions pour un si lourd dossier ne sont pas si loin :
1/ il faut y consacrer l’argent à la hauteur de ce que pèse ce dossier politiquement et matériellement. On en est loin. Georges Soros l’évalue pour l’Europe à 30 milliards par an, et l’on en a donné 10 à la Turquie pour stopper le flux de réfugiés !
2/ la contrainte des droits de l’homme est impérative faute de quoi elle nous touchera ensuite, car personne ne peut jurer qu’il ne sera un jour réfugié !
3/ le renvoi des irréguliers ne pourra se faire qu’avec une position commune des 28 (cela devrait au moins satisfaire les récalcitrants de l’accueil !!) mais en contrepartie de moyens donnés ou réclamés par les pays d’origine. L’immigration est au cœur d’un enjeu entre pays aussi fort que le pétrole en 1974 !
4/ quant à l’intégration, c’est souvent un sujet pour masquer l’inaction dans les 3/ précédents, mais pour la France, on n’a jamais su apprendre notre langue aux immigrés, parce qu’on a bien du mal à apprendre une langue étrangère.
5/ quant aux pays de l’Europe de l’Est, il faudra attendre qu’ils aient fini de rentrer dans le 20e siècle pour découvrir les questions qui sont maintenant celles du 21e ! L’Europe peut les y aider…ou les installer dans un autre périmètre de participation à l’UE, s’ils tardent trop. Mais la mésentente actuelle des pays de l’Union ne peut durer sans qu’elle soit atteinte dans ses fondements.

Olivier Brachet
Ancien directeur Général de Forum Réfugiés
Ancien Administrateur de l’OFPRA
Juge Assesseur à la Cour Nationale du Droit d’asile
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E
C’est tout à fait par hasard que cet article d’Olivier Brachet a été inséré dans ce blog. Mais c’est peut-être un hasard heureux, car, dans le blog, on insiste beaucoup sur l’hospitalité comme valeur centrale pour comprendre et intégrer l’autre. Or l’hospitalité est une valeur spirituelle que nous n’avons pas réellement adoptée. Et pourtant elle est une valeur centrale pour de nombreux maghrébins présents sur notre pays. Il ne fait pas de doute que si nous les accueillions comme de véritables français, ils nous communiqueraient, en cadeau, ce qui est, chez eux, un véritable trésor.
G
Tout à fait d'accord.

J'ajoute que je relisais Cheng sur l'invitation d'un ami -agrégé de philosophie - qui critiquait vivement Cheng sur sa conception de l’âme (selon lui en contradiction avec toute la pensée philosophique - mais je n'ai pas encore compris comment. Comme tu dis : peu importe - pour le moment).
Gérard
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E
Personnellement je m’en tiens à la conception de Thomas d’Aquin. L’âme est, en même temps, forme du corps et forme subsistante, c’est-à-dire qu’elle nous renvoie au sujet.
O
Merci à Olivier de faire référence à cet article. Appuyez sur son nom.
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F
BONSOIR ÉTIENNE,
Entièrement d'accord avec toi.
Ton oncle, je l'ai connu quand j'étais enfant en Algérie, près de la frontière marocaine. Il était ami de mes parents.
Dans mon adolescence, pendant la guerre, j'étais fière de lui, car on l'appelait Mohamed Duval !
Avec mon amitié. Françoise
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E
Je suis heureux que tu aies pu être fière de lui. Je le suis moi aussi.
Bonne soirée !
G
Cher Etienne,
Il se trouve que je relis en ce moment le petit bouquin de François Cheng « De l'âme, sept lettres à une amie ».

A première vue, le « spirituel » que tu réhabilites serait du côté de l'âme, que Cheng réhabilite aussi. Il signale que l' âme est dans la conception ternaire de l'homme : corps- esprit- âme, qui accompagne une conception ternaire de Dieu, somme toute, de la Vie.
Cette conception ternaire se serait perdue avec l'idée de Dieu, se serait réduite à une conception dualiste, raccourcie, de l'homme : corps et esprit ; ou, un peu délirante : corps et âme ; ou encore pire : âme et esprit. Or la conception de l'âme est ce qui permet au reste d'être ouvert à une transcendance (quelle qu'elle soit) c'est dire, suggère Cheng, à plus que nous même, ne serait-ce qu'autrui. Ou un « Tout Autre ».
Je suppose que c'est à ce niveau que se trouve « le spirituel », vitalement lié aux deux autres et nécessairement ces deux-ci au premier.
L'exemple que tu donnes, que tu connais mieux que nous, en est une illustration tragique : si l'un des éléments (le corps -le réel-, l'esprit -la raison-, ou l'âme -le spirituel-) est absent, ignoré ou défaillant, et si l'ensemble ne tient pas les trois il meurt d'une manière ou d'une autre.
Est-ce au fond et vu de haut ce qui nous arrive dans ces temps quelque peu inquiétants ?
Gérard
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E
Merci Gérard de nous rappeler cette conception ternaire de la vie : corps-raison-âme, en dehors de laquelle l’être humain ne tient pas. On peut discuter sur la conception que Cheng se fait de l’âme, mais peu importe. C’est le ternaire qui permet d’être en équilibre. Je pense comme toi que nous sommes en déséquilibre aujourd’hui parce que nous ne respectons pas la dimension ternaire de l’homme et que nous remplaçons l’esprit par le religieux. Bien amicalement.
F
Merci Etienne, très pertinent ce que tu dis à la suite de l'expérience de ton grand frère Duval.... Surtout si on arrive à relier cette dissonance réelle que nous pouvons nous-mêmes vivre dans notre expérience personnelle, où parfois les paroles d'Evangile ne sont pas "Esprit et Vie" intérieure et personnelle mais textes à lire et diffuser avec componction, citation et référence 'culturelle' plutôt que "spirituelle". Cela ouvre plus ou moins les vois de l'hospitalité dans notre propre vie... bonne route ! Francesco
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E
Merci Francesco. Je suis entièrement d’accord avec toi. Même les textes évangéliques peuvent être vidés de leur contenu, dans la mesure où on les place dans un cadre qui n’est plus le leur.
Bonne soirée !.
P
Bonjour,
je te trouve toujours aussi pointu !
aujourd'hui je pense très fort à la "Nouvelle conscience", celle qui doit habiter l'Homme si nous voulons échapper à l'extinction de l'Humanité.
Sans elle je ne vois pas comment nous pourrions continuer notre chemin sur cette planète, notre Mère à tous : Gaïa.
La Nouvelle Conscience, c'est tout simplement prendre conscience de qui nous sommes vraiment, de comprendre que le Pouvoir est en Nous et non pas à l'extérieur, que nous sommes les seuls maîtres de notre destin, que l'Autre est autre donc différent et que c'est cette différence qui est notre richesse et donc son expression qui est notre trésor.
Le "Service" est la Loi selon laquelle tout fonctionne car nous le savons maintenant, l'Univers fonctionne sous le mode collaboratif et qu'ainsi si Gaïa s'est mise à notre service nous devons en retour la servir et qu'ainsi aussi si l'Autre est à notre service nous sommes en retour à son service.
L'échange qui est toujours la Loi qui régit notre société doit être remplacée aujourd'hui par le "Don" car l’échange est "Jeu de pouvoir" et donc violent par essence et que si nous voulons échapper à l'extinction nous devons créer une société apaisée avant qu'elle ne devienne Non violente.
Je ne peux comprendre l'Autre car je ne suis pas lui alors j’accueille sa communication et je ne me sens nullement touché voir impacté par celle-ci car elle lui appartient et est de sa responsabilité. Je sais qui je suis aussi le regard de l'Autre ne me touche pas.
J'entends par l'Autre tous les Humains mais aussi tous ceux qui m'entourent qu'ils appartiennent au monde animal, au monde végétal, au monde minéral donc la nature et l'Univers entier.
Nous savons aujourd'hui par la physique quantique que le vide qui nous entoure n'est pas si vide que cela et qu'il s'agit d'une soupe énergétique, qu'un centimètre-cube de vide contient plus d’énergie que l'univers matériel tout entier et que c'est cette énergie là qui nous nourrit et c'est pour cela que je l'appelle "Amour" parce qu'elle est créatrice, qu'elle est notre lien et facilite ainsi notre union dans la quo-création de l'instant présent.

MERCI d'être là et de nous éclairer de ta sagesse.
Je te reçois avec un grand plaisir.
Éternellement tien !

J'aime beaucoup les paroles de cette chanson:
« Sonho que se sonha só É só um sonho que se sonha só Mas sonho que se sonha junto é realidade »
« Un rêve qui se rêve seul
est seulement un rêve qui se rêve seul.
Mais un rêve qui se rêve ensemble est réalité »
https://www.youtube.com/watch?v=Q3VzzpTlSMw

"Deux êtres qui s'aiment s'infligent plus de torture que leur ennemi juré n'oserait leur en imposer car deux êtres qui s'aiment soigneront leurs blessures d'un simple regard échangé".

Cœurdialement
Pierre Pérol
1 place du général De Gaulle
11000 CARCASSONNE
09 86 79 29 38
06 30 18 39 38
Répondre
E
Merci Pierre pour cet engagement plein d’intelligence et qui vient du fond du cœur. Je reprends que rêver ensemble est réalité et que le véritable amour est créateur. Peut-être que derrière tous les autres, il y a un Autre qui nous fait autre, sujet parmi tous les sujets.
Bien amicalement.

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