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22 avril 2019 1 22 /04 /avril /2019 14:57

La Croix, photo de l'incendie

 

Rfi.fr (Radio France internationale)

 

 

LE SECRET DE NOTRE-DAME DE PARIS

 

Il y a quelques jours, nous étions tous effrayés en voyant brûler la cathédrale de Paris. Et puis, à peine la frayeur évacuée, l’avenir reprenait le dessus pour donner force à la vie contre la mort : des voix s’élevaient du monde entier pour compatir à la souffrance des français et, en même temps, les dons affluaient pour redonner une nouvelle naissance à ce bâtiment chargé d’une transcendance insolite. Au-delà des français eux-mêmes, c’était l’homme lui-même, quel que soit son pays d’origine, qui semblait touché dans ce qu’il a d’essentiel. La cathédrale de Paris renferme un secret, qui pourrait être le secret de l’homme lui-même.


Entre ciel et terre

La cathédrale de Paris est représentation de l’homme, un symbole fait de pierre et d’art, de chair et d’âme, de travail et de désir, pour amener l’être humain à retrouver sa véritable position entre le ciel et la terre. Il n’est pas simplement matière faite de limon. Il est aussi esprit créateur, à la recherche du secret du monde et du secret du ciel, car il sait que son propre secret est à la jonction de ces deux secrets fondateurs.


La maison du peuple où se côtoient croyants et incroyants

La cathédrale de Paris est d’abord maison du peuple et peut-être, avant tout, maison de tous ces pauvres, qui sont le trésor de l’église, imaginée par le Christ lui-même. Ce sont les premiers invités pour que la maison du peuple soit vraiment la maison de tous. Cette demeure n’appartient pas d’abord aux religieux. Elle est ce lieu où tout homme a sa place. Chacun qu’il soit marchand ou paysan, ouvrier ou technicien, praticien ou chercheur, chinois ou américain, russe ou indien, doit pouvoir se sentir accueilli. C’est ainsi que les touristes peuvent ici circuler librement pourvu qu’ils soient respectueux des offices qui sont en train de se dérouler.


Une attention particulière à la femme

Ici la femme n’est pas dans la soumission à l’homme. Au sein de l’intuition originelle, elle est la première invitante puisque la maison s’appelle « Notre Dame ». Cette appellation prend aujourd’hui une dimension prophétique dans la mesure où la mutation de la société suppose la promotion de la femme à sa juste place. Non pas pour remplacer l’homme lui-même, mais pour être avec lui dans un partage permanent.

 

Un espace où se conjuguent passé et avenir dans une dynamique qui rythme l’histoire de la France

Une première basilique, dédiée à Saint-Etienne, a été édifiée avant le huitième siècle sur l’emplacement actuel de Notre-Dame et ce n’est qu’en 1163 que fut posée la première pierre de la cathédrale de Paris. Sa construction sera achevée en 1272 et son histoire portera la marque non seulement des constructeurs et des restaurateurs, mais aussi des rois et des révolutionnaires. En 1302, c’est dans ce lieu que Philippe Le Bel ouvre les premiers Etats généraux du royaume de France. Durant la révolution la flèche est démontée et de nombreuses statues seront détruites. Mais en 1801 déjà, l’édifice est rendu au culte catholique et, en 1804, Napoléon y sera sacré en présence du pape Pie VII. En 1831, Victor Hugo lui donnera un nouveau souffle en publiant son roman « Notre-Dame de Paris ». Et, c’est grâce à un décret du gouvernement de Louis-Philippe 1er, en 1844, que Viollet-Le-Duc pourra redonner une flèche à la vieille construction. Enfin, le 26 août 1944, le général de Gaulle n’hésitera pas à entrer dans la cathédrale pour un Te Deum qui devait célébrer la libération de Paris et de la France.

 

Un lieu où la mort peut être un chemin de résurrection

Il est étrange que l’incendie soit arrivé, en pleine semaine sainte, à un moment où les chrétiens célèbrent la mort et la résurrection du Christ. Dans une véritable unanimité, les hommes et femmes, quelles que soient leur appartenance nationale, sociale ou religieuse, ont puisé, dans la mort annoncée de la cathédrale, une force nouvelle pour éviter son effondrement et favoriser sa reconstruction. Ici le christianisme met en valeur un cheminement déjà inscrit au cœur de l’homme. Et, d’une certaine façon, au cœur de la cathédrale, sous l’inspiration de ceux qui l’ont imaginée et construite pour être une lumière au service des hommes. Par l’art, ils ont su favoriser un lien d’amour entre la Demeure de tous et ceux qu’elle doit accueillir.


De la réhabilitation de la cathédrale à la réhabilitation des plus défavorisés

Il y a, dans le christianisme, un ferment révolutionnaire, qui échappe à beaucoup. Le Christ a été condamné à mort parce qu’il voulait remplacer le Temple de pierres par un nouveau peuple spirituel, donnant la priorité aux plus pauvres. Il manquerait donc à la nouvelle naissance de la cathédrale quelque chose d’essentiel si les plus défavorisés n’étaient pas pris en compte dans leurs aspirations les plus légitimes. Il appartient donc aux acteurs politiques d’inscrire dans l’histoire de Notre-Dame de Paris la récompense promise aux plus démunis.

Etienne Duval


 

 

 

 

 

 

 

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commentaires

Michel Onfray (Decaillet) 11/05/2019 18:01

L’athée que je suis est d’abord malheureux qu'un chef d’œuvre du patrimoine occidental judéo-chrétien ait à souffrir ces dommages. J’ose espérer que c’est un accident et non un acte volontaire, ce qui ne serait pas impossible à envisager ces temps-ci alors que nous vivons une recrudescence d’actes de vandalisme contre les édifices chrétiens. J’espère qu’une enquête digne de ce nom établira bientôt les responsabilités. Ensuite , l’athée que je suis espère que votre question ne m’est pas posée parce que je suis athée et qu’on pourrait supposer que, de ce fait, je puisse une seule seconde me réjouir de ce malheur... Le vandalisme, d’où qu’il vienne, est indéfendable. De même , la disparition d’un édifice destiné à l’ordre spirituel n’est jamais une bonne nouvelle. Y compris quand il s’agit d’une école ... Enfin je conçois mon athéisme comme un débat intellectuel respectueux et non comme un combat anticlérical et , au sens premier du terme, iconoclaste.

Etienne Duval 11/05/2019 18:03

Une attitude et une prise de position, qui honorent son auteur.

Marie-Claude Marchand 06/05/2019 14:40

Suscitées par L'image de "matrice béante" fragile et forte et créatrice de Françoise Mozzo
et celle de notion de reconnaissance indispensable à chacun -et surtout jusqu'au "Considéré-Comme"
ou se "Considérant -Comme" le plus "petit" sur l'échelle humaine (?)- d'Etienne Duval, pour une re-création nouvelle dans la continuité qui me plait beaucoup et suite à une conversation avec ma petite-fille de 10 ans qui faisait remarquer qu'elle aura vu la cathédrale "juste -Avant" ...et de considérer que "ça fait devenir plus vieux" (dans le sens qui rend plus "sachant")

Déjà,quelques temps avant que "Notre Dame" en un soir ne se change en "Notre Drame",lors d'un documentaire exceptionnel nous ayant invités et emmenés voir, exceptionnellement, de nos fauteuils,ce que des millions de visiteurs de la Cathédrale ne pouvaient jamais voir , l'Art de l'agencement de sa charpente dénommée " la forêt".

A la vue de ses ces poutres de chênes multiséculaires, quasiment durcies comme pierres -tant par les longs traitements initiaux dans l'eau des rivières que par l'air des siècles- en moi était monté ce commentaire off :
Les premiers vers Baudelairiens de "Correspondances"


La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité...

"La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité...."

Quelque soit la cause de l'incendie de cette "forêt" , la réaction re-constructive, ne se fit pas attendre, Combien restent en moi les deux derniers vers cités ici. Des cendres re- jaillissent tant de choses, tant de vies,
Je crois aussi en une lente, longue et lumineuse Unité en dépit de tant d'incendies y compris en dépit de ceux passant pour feux d'artifices!

Etienne Duval 06/05/2019 15:39

Merci pour cette superbe évocation baudelairienne.

Bonne fin de journée !

Françoise Mozzo 04/05/2019 19:44

Manquer de soi-même, est-ce ne pas être relié à son être profond ? Françoise

Françoise Mozzo 04/05/2019 19:46

En effet, mais pour cela j'ai besoin de la reconnaissance de l'autre ou des autres. Le problème, c'est lorsque cette reconnaissance ne m'est pas accordée.

Françoise Mozzo 04/05/2019 14:35

Merci Etienne pour ce texte.
Le lien avec les plus démunis est vraiment juste, mais peu souligné en général.

Avec la béance de l'édifice ouvert au grand jour, j'y vois une matrice offerte au monde pour aller vers la fragilité et la force de notre humanité.
Prendre d'abord la mesure de ce qui manque, vivre un temps de deuil, pour que cette épreuve devienne créatrice d'un monde neuf, avec la vision d'un nouveau départ, une renaissance.
Cordialement. Françoise

Eteienne Duval 04/05/2019 14:42

Merci Françoise.
Les plus démunis, c’est la note chrétienne, et peut-être la plus humaine de tout l’évangile. Pour moi, le démuni ou le pauvre, c’est celui qui manque de lui-même, celui qui n’est plus un sujet à part entière. Peut-être, en tout cas pour une part, celui que révèlent les gilets jaunes. Je ne peux pas avoir raison si je n’ai pas raison avec les plus démunis.
Bon après-midi !

Marie-Claude Marchand 04/05/2019 11:09

Je ne sais si avec ton très beau texte on peut donner l'impression de "La Croix"?

Etienne Duval 04/05/2019 11:10

Pourquoi pas ? Dans la mesure où la mort nous pousse vers la résurrection.

Josiane Bochet 26/04/2019 21:54

Bonsoir Etienne,

Merci pour ton beau texte sur cette cathédrale à la « transcendance insolite », d'accord avec toi. Elle réunit les hommes, croyants ou non, sans les écraser par la force de l’art, le mystère des bâtisseurs (que j’admire), la tension entre l'horizontal et le vertical ... Elle contient tout le mystère de la vie humaine et nous avons besoin de ces monuments pour vivre.

Bien amicalement.

Josiane

Etienne Duval 26/04/2019 21:55

Oui, Notre-Dame de Paris contient tout le mystère de la vie humaine et nous avons besoin de ces monuments pour vivre et rêver.

Gérard Jaffrédou 24/04/2019 16:42

D'accord comme ça, si je te comprends bien. Et merci pour cette précision.

Je prenais, dans ma réponse très courte, le mot "symbolique" dans le sens péjoratif qu'on lui donne souvent, tout en me doutant bien qu'il avait pour toi un autre sens, que je crois comprendre mieux.

Le "symbolique" peut donner ainsi l'intuition d'un sens qu'on peut apercevoir dans le réel, complexe par nature ; ce qui permettrait d'agir mieux (mais que veut dire "agir mieux " ?).

Voilà quelques pistes qui s'ouvrent ou se ré-ouvrent. Merci encore.
Gérard

Etienne Duval 24/04/2019 16:43

Bonne soirée !

Etienne Duval à Gérard Jaffrédou 24/04/2019 11:18

Je reviens sur le symbolique. C’est lorsque ma praxis prend en compte la dimension symbolique du réel qu’elle devient créatrice. L’artiste est artiste parce qu’il fait jouer les deux faces de la réalité et, pour cette raison, il nous ouvre au cœur du réel dans toute sa beauté. C’est pourquoi Notre-Dame de Paris sera toujours appréciée. En parlant ainsi je ne m’enferme pas dans la conception lacanienne du symbolique.

Gérard Jaffrédou 24/04/2019 10:32

Oui,
Mais si dans l'action on reste dans le symbolique, plus rien ne tient.
Bonne journée.

Etienne Duval 24/04/2019 10:33

Je ne pense pas car le symbolique est au cœur de la réalité. Le symbolique n’est pas surajpouté, il est là au cœur du réel et c’est avec le réel qu’il faut se coltiner si l’on veut transformer le monde et que tout tienne. Nous ne devons pas avoir la même perception du symbolique. C’est parce que le réel a deux faces qu’il est symbolique, Ce n’est pas parce qu’il renvoie à une image de la réalité.

Etienne Duval à Philippe Brand 24/04/2019 09:17

Philippe, tu as raison d’attirer l’attention sur les espaces intermédiaires à propos de Notre-Dame de Paris. Le miracle, c’est précisément que la cathédrale a fonctionné et fonctionne encore comme espace intermédiaire. Or ce phénomène est vital pour tous. Comment aujourd’hui faire respirer les villes, les pays et le monde avec des espaces intermédiaires ? Lorsque je fonctionnais à la politique de la ville, je souhaitais qu’il y ait un lieu dans les quartiers pour que les habitants viennent y respirer indépendamment de toute appartenance religieuse.

Philippe Brand 23/04/2019 21:16

REPRISE

Ça n'a pas été facile dans ma tête.

Je suis très attaché à la laïcité, mais il faut reconnaître que l'Histoire a mêlé le rôle religieux catholique et le rôle patrimonial, national et même populaire de la Cathédrale de Paris. Elle produit ainsi, fugitivement peut-être, un rapprochement de beaucoup de sensibilités de notre pays... avec quelques arrière-pensées, tout de même.

Personnellement, j'ai vécu cela pendant dix ans, avec ma participation à une association de quartier, imprégnée de catholicisme traditionnel, mais dans laquelle j'ai pu faire entendre les appels d'aujourd'hui de l'humanité et de la planète.

Les espaces intermédiaires, toujours !

Amicalement.

Duval Etienne 23/04/2019 21:23

Les espaces intermédiaires permettent de faire vivre le symbolique, en évitant la confusion des domaines. Parce que la réalité humaine est symbolique et permet le jeu constant de la vie.

Gérard Jaffrédou 23/04/2019 20:51

ND de Paris, un capital spirituel, bien sûr, à condition qu'il y ait un capital culturel pour le comprendre et donc , d'abord, un capital institutionnel pour conserver, développer et partager celui-ci. Et des oreilles pour entendre.

Etienne Duval à Denis Jeanson 23/04/2019 20:53

Oui, lorsque nous sommes dans le symbolique tout se tient.

Bonne soirée !

Jean-Claude Boulliat 23/04/2019 18:22

Très beau texte porté par un grand souffle qui va du coeur à l'esprit, où l'essentiel est dit.

Merci Etienne

Jean-Claude

Etienne Duval 23/04/2019 18:23

Merci Jean-Claude et très bonne soirée !

Charles Lallemand 23/04/2019 18:15

Quant à ton texte sur Notre-Dame, pour le moment il ne m'inspire pas trop, si ce n'est qu'hier à Monoprix, il m'a été proposé d'arrondir à l'€ supérieur au profit de la "Fondation de France" ; quand j'ai appris ensuite que mes 65 centimes allaient pour la restauration de la vieille dame de pierres, même s'il ne s'agit pas des marchands du Temple et que "les pauvres" on en aura toujours - dixit l'évangile - j'aurais préféré les destiner au "Secours populaire", ou catholique ou ce qu'on veut, mais à entendre au sens d'universel, là où l'urgence, elle, est universelle !
Je suis revenu à Grenoble avec mon petit fils Jacques, bientôt 17 ans, et pendant ces 2-3 jours nous avons vu le beau film "Green Book" sur le racisme du sud des États-Unis face à un pianiste virtuose qui exprime la beauté avec autant d'élégance que Notre-Dame de Paris, à la différence près que c'est un noir, "un nègre" comme ils disent encore là-bas.
Bonne semaine à toi Étienne.
Charles

Etienne Duval 23/04/2019 18:17

Toi, tu parles souvent du réel et cela m’intéresse. Personnellement, à travers les blogs, j’insiste sur le symbolique avec les deux dimensions de la réalité, le plus souvent matériel et spirituel, mais aussi conscient et inconscient, attestataire et critique… Je constate que les gens ont de la difficulté à marcher sur leurs deux jambes et c’est de là que viennent la plupart des incompréhensions. Si le blog ne servait qu’à cela, ce serait déjà pas mal, pour aider à sortir de nos blocages. Je déteste les gens qui ne roulent que sur u ne seule roue. Ils se fatiguent et ils nous fatiguent.

Gérard Jaffrédou 23/04/2019 16:46

Cher Etienne,

Je m'attendais à ce que tu proposes cette réflexion sur ce sujet. Voici ce qui m'est venu depuis ce sombre lundi.
Désastre consternant, spectaculaire. Emotion touchante, qu'elle soit silencieuse ou en prières ; témoignages de sympathie et de solidarité qui font du bien (j'en ai trouvé un, dès le mardi matin, venant d'amis belges, connus à Lesches). Je remarquais aussi cette symbolique trop facile : l'événement survient au seuil de la semaine sainte, qui s'achève comme on sait – ou comme on croit.

Je m'attendais aussi à ce que l'événement soit utilisé pour une nouvelle couche de discours sur les « centralités » : Notre-Dame, centre de Paris, donc, de la France, donc du monde. L'événement est donc d'importance et de signification universelles. Ce qui n'a pas manqué de se produire. Sur quoi se sont greffés, sans surprise, ces discours soulignant un prétendu paradoxe, mais rassurant, :la France, grande nation laïque, sait s 'émouvoir devant un malheur qui frappe un édifice religieux, sacré. Oui, mais ce discours permet de ne pas dire que c'est la nation qui se conçoit comme sacrée, ainsi que l'Etat. Ce propos satisfait rajoute contre les mauvais esprits. une couche de rassemblement national et d 'émotion unanime.

Cela dit, cette émotion passée (assez vite en ce qui me concerne), on peut essayer de voir, grâce à quelques discussions entendues, quelques réalités.
Le « patrimoine » est constamment évoqué et invoquée la désolation que celui-là soit ainsi touché. Certes. Mais dans quel état était-il ? Quel soin y avait-on apporté ? De quoi se préoccupe-t-on maintenant ? sinon de le rendre à nouveau et rapidement rentable, dans les cinq ans, avant les jeux olympiques.
Il est bien sûr très légitime de s'en préoccuper. Mais je m'interroge aussi sur le soin qu'on avec lequel on fait vivre (survivre?) d'autres « patrimoines » : la santé et le système public censé la protéger, l'instruction et le système public censé la développer, la culture et la liberté et les moyens qui la font vivre , etc. Il serait bon de s'en émouvoir autant – et de mobiliser autant de ressources ou plus - que pour « sauver Notre-Dame ». Ce qu'il faut faire, bien entendu, en prenant tout le temps qu'il faut. Et pour ces autres « patrimoines », il semble bien qu'il y ait depuis longtemps une urgence.

Ceci dit, derrière ce désastre matériel, j'en aperçois un autre, peu évoqué, et qui me préoccupe davantage. Autant que les réalités et les circonstances, la « symbolique » est une invitation à réfléchir. A entendre les commentaires et les inquiétudes au sujet du « patrimoine », je me demande si l'autre patrimoine, le religieux, voire le « spirituel » (je me méfie du mot) - disons en tout cas le « culturel », l'intelligence du monde, n'est pas menacé plus gravement que le matériel ou l'institutionnel. Il y a , sur ce sujet aussi , une vraie urgence.

Bien cordialement.

Gérard

Etienne Duval 23/04/2019 16:47

Merci Gérard ! Tu fais bien de nous secouer, car nous risquons de rester accrochés à l’émotionnel et à une certaine naïveté. J’en ai discuté avec Monique (Douillet) soulignant qu’il était important de tenir compte des deux faces de la réalité, attestataire et critique, consciente et inconsciente… Et je rebondis sur l’alerte que tu poses à la fin de ton commentaire : notre patrimoine religieux, spirituel, culturel, est encore plus en danger que le patrimoine matériel. C’est bien ce que consciemment ou inconsciemment j’ai ressenti à propos du patrimoine religieux plus précisément, au moment de l’incendie de Notre-Dame. Personnellement je crois que ce qui est important, c’est de penser, en même temps, le matériel et le spirituel (à travers le symbolique) : il n’y a pas de spirituel sans corps. Pas de corps humain sans spirituel. C’est ce jeu qu’il nous faut sauvegarder. Mais l’expérience que nous venons de vivre ne nous a-t-elle pas montré que Notre-Dame de Paris était elle-même un capital spirituel ?

Monique Douillet 23/04/2019 16:07

Merci Etienne.

Cette histoire exemplaire de Notre-Dame de Paris, telle qu’elle nous est relatée risque de passer dans la grande « Histoire » et de grandir notre président français qui a réagi et anticipé si vite alors qu’il était dans une situation des plus délicates avec une partie de son peuple.

Il a réagi en prenant des initiatives à la seconde même, annulant la réponse attendue au grand débat qui le préoccupait,
car des esprits chagrins avaient déjà annoncé qu’elle ne répondait nullement aux demandes des révoltés : l’annulation des privilèges aux milliardaires
et l’augmentation insensée des taxes à la consommation de première nécessité.

Et il a anticipé, puisque les milliardaires honnis du peuple, ont pris la parole presque avant l’alerte officielle à l’incendie qui, comme on l’a appris par des fidèles présents dans la cathédrale, a eu lieu 20 min après une première évacuation (fausse alerte), et un retour dans l’église.
Ces milliardaires, donc, hier honnis, aujourd’hui révérés, dans un élan de générosité inspiré par le ciel ont promis dans l’instant des fortunes époustouflantes pour la reconstruction de l’église. « Et vous voudriez mesquinement que le gouvernement les oblige à payer leurs impôts après ça ? »

Sans attendre la moindre estimation d’expert, Emmanuel, notre envoyé de Dieu, a annoncé dans la foulée que la cathédrale serait remise à neuf et rajeunie pour les jeux Olympiques de 2024.
Propos confirmé par le grand architecte qui a déjà « sous le coude » de multiples projets.
La ferveur et l’engouement populaire ont aussitôt embrayé créant partout des cagnottes en faveur de la reconstruction dans le monde entier
et « les gilets jaunes » dont on n’a plus retenu que les méfaits sont passés au second plan.

C’est ce qu’on appelle « la stratégie du choc ».

La vision collective de l'incendie de ce symbole et patrimoine millénaire de notre nation relayé par tous les médias a créé un Choc Emotionnel intense au sein de la population, capable de la ressouder autour de son leader.
De mauvais esprits y voient une technique de sauvetage politique inventée par la CIA. (Pourquoi pas par Machiavel ?)

Des témoins dissonants ont pourtant fait une brève apparition sur les réseaux sociaux pour expliquer leurs très grands doutes concernant la version officielle de l’incendie.
Des témoins qui n’appartiennent nullement aux traditionnels pourvoyeurs de complots.
Il s’agit de personnalités telles que l’architecte qui a été pendant 13 ans le responsable de la sécurité de la cathédrale, d'un général de l’armée française, de plusieurs experts (hommes de l’art), charpentiers, chimistes qui tous s’appuient sur des analyses concordantes qu’il est difficile d’évacuer… mais tout cela s’est noyé dans le flot des témoignages…


Prudent, Étienne, après un magnifique hommage à la cathédrale qui a été une source d’inspiration inépuisable, appelle les chrétiens (suivant l’exemple du Christ) à chasser les marchands du temple et à nos politiciens à inscrire dans l’histoire de Notre-Dame de Paris la récompense promise aux plus démunis.

Etienne Duval 23/04/2019 16:09

Merci Monique. J’ai au moins l’avantage d’avoir donné des ailes à ton inspiration. A te lire je me demande si l’écriture n’est pas ton talent principal. Comme moi sans doute, tu sais que l’écriture n’est pas de la parole déployée sous une autre forme. C’est une voie donnée à l’inconscient. Or chez toi, l’inconscient n’a pas rendu les armes et nous amène à voir l’envers des faits et des discours. Personnellement j’essaie de voir, en même temps, l’envers et l’endroit mais je suis plus naïf que toi.
Encore merci de relancer la réflexion, à ta façon.

Le Point 23/04/2019 09:28

LES DIX SECRETS DE NOTRE-DAME DE PARIS
(Le Point, 22/12/2012)

1 - Un fondateur modeste
L'évêque Maurice de Sully, qui lance la construction en 1163, est le fils d'un tâcheron et d'une bûcheronne. Élevé chez les moines près de Sully, il est envoyé à Paris pour poursuivre ses études, puis il intègre le prestigieux chapitre de Notre-Dame, avant d'être élu évêque par ses pairs. Un jour, alors que sa mère lui rendait visite parée comme une bourgeoise, il lui imposa de s'habiller comme la paysanne qu'il avait toujours connue.
2 - Construite sur quatre églises
Les dernières hypothèses archéologiques estiment que pas moins de quatre édifices religieux différents se sont succédé sous l'actuelle cathédrale, tous construits sur le même emplacement de l'île de la Cité. Une église paléochrétienne du IVe siècle, une basilique mérovingienne, une cathédrale carolingienne et une romane, qui fut démolie au fur et à mesure de la construction de la cathédrale actuelle, les pierres sacrées étant parfois retaillées ou utilisées pour les fondations.
3 - Une cathédrale tordue
Le choeur de Notre-Dame, situé plein est dans l'axe du soleil levant, ne forme pas une droite parfaite avec la nef centrale, son plan étant très légèrement désaxé sur la gauche. La tradition veut qu'il s'agisse d'une vieille coutume symbolisant la tête affaissée du Christ sur la croix.
4 - La plus vieille statue
Il s'agit de la Vierge en majesté sur le tympan du portail Sainte-Anne, à droite de la façade, portant son fils sur les genoux. Un chef-d'oeuvre de l'art roman, datant sans doute du milieu du XIIe siècle, qui appartenait à l'ancienne cathédrale et que les tailleurs de pierre ont réutilisé sur ce portail. Il fut épargné par la Révolution.
5 - Star du Moyen Âge
Quand la nef est achevée à la fin du XIIe siècle, Notre-Dame de Paris est l'édifice chrétien le plus grand du monde occidental et le reste durant toute la première partie du XIIIe siècle, jusqu'à l'édification d'autres cathédrales, comme celles de Chartres et de Reims. Elle symbolise la richesse et la puissance de la capitale capétienne de Philippe Auguste.
6 - Une forêt sous les toits
Vingt et un hectares de chênes ont été engloutis pour réaliser l'une des plus imposantes charpentes du XIIIe siècle, surnommée "la forêt". Chaque poutre provient d'un arbre différent, 1 300 chênes furent abattus, certains datant du IXe siècle !
7 - Charivari autorisé
On connaît la Fête des fous romancée par Victor Hugo. Il s'agissait en réalité d'une inversion des pouvoirs organisée par les jeunes clercs du 28 décembre jusqu'au 6 janvier, dates qui correspondent au changement calendaire. Le maître de la fête trône près de l'évêque, dirige des chants, parodie la hiérarchie. On va jusqu'à danser, manger sur l'autel et faire brûler de vieilles savates dans les encensoirs ! Tolérée, encadrée, puis réprimée, la fête disparaît au XVIe siècle.
8 - Menacée de destruction
Sous la Révolution, l'édifice n'est plus que l'ombre de lui-même : trésor pillé, statues détruites, flèche écroulée... On envisage même de le raser et de vendre les pierres ! Il faut attendre le fameux roman de Victor Hugo, en 1831, conjugué à la redécouverte du patrimoine français, pour que soit lancé le projet d'une grande restauration.
9 - Violet-le-Duc immortalisé
Le célèbre architecte qui consolide et embellit la cathédrale au milieu du XIXe siècle est représenté dans le groupe des apôtres, situé au pied de la nouvelle flèche qu'il fait édifier. On le reconnaît sous les traits de saint Thomas, patron des architectes. Il est le seul à se retourner, comme pour contempler son oeuvre...

Et aussi regardez notre vidéo exclusive de la construction de Paris
10 - Des reliques sur le toit
La flèche centrale comprend trois reliques inestimables du haut de ses 93 mètres : un fragment de la couronne du Christ, une relique de saint Denis, premier évêque de Paris, et une autre de sainte Geneviève, patronne de la capitale, dont l'abbaye fut longtemps l'une des plus célèbres de la ville. Elles se trouvent toutes dans le fameux coq qui domine la cité.

Hugues Puel 23/04/2019 08:53

Merci de tes réflexions



A demain



Hugues

Etienne Duval à Denis Jeanson 23/04/2019 08:54

A demain !

Paul Duval 22/04/2019 22:27

J'ai bien aime ton texte sur Notre Dame de Paris.

Duval Etienne 22/04/2019 22:29

Merci Paul !

Philippe Brand 22/04/2019 22:21

Par le plus grand hasard, j'ai écouté ce soir le disque n°2 de Georges BRASSENS, dans lequel figure " La Prière", sur un poème de Francis Jammes, dont les strophes sont scandées par le final " Je vous salue, Marie".



Je me suis dit que Brassens, le " mécréant" avait bien perçu que, la figure de Marie symbolisait la tendresse, l'empathie, la solidarité avec toutes les misères - humaines, et même cosmiques - de notre terre, sur une note accessible à ceux qui croient au Ciel et à ceux qui n'y croient pas. Et j'ai fait le rapprochement avec le ressenti de beaucoup de nos contemproains par rapport à Notre Dame de Paris, qui appartient aux catholiques, mais aussi aux Français, et les aide tous à situer notre Histoire dans une perspective de sens, d'objectif spirituel et humain proposé à notre humanité désorientée.

Etienne Duval 22/04/2019 22:23

Je constate avec bonheur que nous sommes sur la même longueur d'ondes.

Google 22/04/2019 21:18

Cet article est maintenant référencé par google.

Olivier Schmidt-Chevalier 22/04/2019 21:13

Merci à Olivier de faire référence à cet article dans son blog de blogs, comme vous pouvez le constater en appuyant sur son nom.

Maud 22/04/2019 21:00

chapeau etienne ,

c'est très justement dit.

Etienne Duval 22/04/2019 21:01

Nos échanges d'hier m'ont aidé dans ma réflexion.

Romane 22/04/2019 19:59

Chapeau , c'est du grand art de nous sortir ainsi "par le haut " (si je puis dire) des prises de position qui nous déchirent ...lorsque Notre Dame s'offre aussi hélas comme une opportunité de communication et de diversion politique. Cette exigence que tu poses est juste et édifiante . A bon entendeur salut - Romane

Etienne Duval 22/04/2019 20:52

Merci, vous me confortez dans ma position..

Duval Etienne 22/04/2019 18:25

Pas toi Philippe !. Chacun a le droit de réagir comme il veut. Mais, en réagissant de la sorte, tu te déconsidères. Mais sans doute vas-tu te racheter. Personnellement, je ne suis pas accroché à Macron, mais je ne veux pas sa tête à tout prix, ce qui relève d'un a priori et d'un discours partisan..

fifi 22/04/2019 17:28

excuses-moi Etienne, mais tu rêves un peu beaucoup, tu crois que c'est le Macron de mes 2 qui va faire en sorte que les (gilets jaunes) plus défavorisés soient '' pris en compte dans leurs aspirations les plus légitimes''. . . !! tu crois vraiment qu'ils vont avoir droit à ''la récompense promise aux plus démunis'' . . . ! !
moi, ce n'est pas que j'en doute, je suis sûr qu'il n'y aura pas, à l'occasion de la nouvelle naissance de la cathédrale, ce quelque chose d'essentiel qui ferait que beaucoup retourneraient dans les églises . . .
amicalement,
Philippe

fifi 22/04/2019 18:01

philippe maquart, de l'ex drtefp . . .

Etienne Duval 22/04/2019 17:39

Je ne crois rien. Je pose simplement un exigence. Mais dis-moi qui es-tu ?

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