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25 août 2018 6 25 /08 /août /2018 14:15

Frontière mexicaine

Repenser les frontières

 

Lorsque nous regardons le fonctionnement des frontières aujourd’hui, il semble que nous ayons perdu la tête. Ou nous les oublions, laissant passer indistinctement les biens et les hommes, ou nous construisons des murs pour nous protéger. Il est donc nécessaire de revenir aux fondements pour retrouver le juste milieu.


La frontière, un espace sacré

On raconte, dans la Bible, que Moïse était berger et qu’il avait emmené paître sur la montagne ses moutons et ses chèvres. Tout à coup il est intrigué car il aperçoit un buisson qui brûle sans se consumer. A coup sûr, c’est Dieu Lui-même qui cherche à se manifester. Alors, il veut en avoir le cœur net et tourne autour du buisson. A ce moment une voix se fait entendre et détourne son attention. Il ne faut pas d’abord s’intéresser au buisson mais considérer avant tout la frontière qui sépare l’homme et Dieu car c’est un espace sacré. Autrement dit, ce qui est important pour l’homme ce n’est pas Dieu en lui-même, mais la relation qu’il va pouvoir développer avec lui ; la frontière, en effet, est le lieu d’échange et de relation entre les deux. Et l’image du buisson qui ne se consume pas veut signifier que, pour Dieu, la relation avec l’homme fait partie de son identité : il se sacrifie pour lui, c’est-à-dire lui fait une place, sans rien perdre de ce qu’il est.  On retiendra de ce récit à dimension mythique que le sens de la frontière est d’abord de mettre en relation des êtres qui ont un destin commun.


Un dynamiseur de la vie économique, sociale et culturelle

La dimension sacrée de la frontière nous renvoie au mystère de la vie : elle sépare pour que la relation soit possible. Il n’y a pas de relation sans séparation. Dans le mythe de la création également présent dans la Bible, le créateur sépare la lumière et les ténèbres, les eaux d’avec les eaux, la mer et la terre, le jour et la nuit, et cela il le fait pour que les relations puissent se faire et que la vie, sous toutes ses formes, puisse se développer. Ainsi la frontière a pour fonction de séparer et de permettre, de cette façon, la relation, l’échange et la création. Avec elle, c’est l’avenir du monde qui est en cause, car elle a, pour fonction essentielle, de dynamiser la vie sous toutes ses formes.


L’Angleterre prise au piège

Refermée sur son isolement insulaire, ce qui ne l’a pas empêché de conquérir le monde, l’Angleterre finit par considérer que les nouvelles frontières que lui impose l’Europe sont un fardeau inutile. Elle n’a pas compris qu’elles sont nécessaires pour faire progresser la vie économique comme la vie sociale et culturelle, à l’échelle mondiale. Au moins provisoirement, elle s’engage ainsi dans un processus de régression, à moins qu’elle ne fasse rapidement un retour en arrière.


L’Europe qui se bloque en laissant filer les frontières

Les vagues anti-européennes qui se multiplient aujourd’hui ne sont pas nécessairement un phénomène négatif. Elles sont en partie une réaction contre un mauvais traitement des frontières : en les ouvrant exagérément, l’Europe oublie la fonction de séparation qui les constitue et contrarie ainsi la dynamisation de la vie qu’elles devraient susciter. La nation conserve encore une place non négligeable car elle est porteuse de l’histoire qui a fait le monde tel qu’il est aujourd’hui. La richesse future est amenée à s’enrichir encore des richesses passées que portent les différentes nations partie-prenantes de l’aventure européenne.


La multiplication des murs qui brisent l’élan de la vie

Pour réagir aux dysfonctionnements des frontières, certains, régis par la toute-puissance, édifient des murs pour bloquer les passages. C’est ce que font bruyamment les Etats-Unis avec le Mexique, c’est ce que fait Israël face à l’Etat palestinien. Ils détruisent ainsi le sens de la frontière qui vise, en séparant, à ouvrir l’espace des relations et des interactions créatives, et conduisent alors à l’étouffement des populations. Mais Monsieur Trump va même plus loin en bloquant les relations avec l’Iran qui lui fait de l’ombre. Les nations doivent choisir entre le marché iranien et le marché américain. Il construit ainsi à peu de frais un mur imaginaire encore plus efficace que le mur fait de poutrelles et de babelés. Mais heureusement la toute-puissance des Etats-Unis a des limites face au savoir-faire et à la richesse de la Chine.


Le problème est moins celui des migrants que celui du mauvais fonctionnement de nos frontières

Souvent les murs ont pour finalité de bloquer l’arrivée des migrants. Or il est évident qu’une bien meilleure régulation des passages serait possible si les frontières étaient de réelles frontières, qui séparent pour permettre la relation et l’interaction. C’est à ce niveau que nous avons à inventer en quittant le champ des passions pour faire face à la réalité, en donnant sa place à l’imaginaire qui ouvre l’espace des possibles et en adoptant des comportements rationnels enrichis par l’expérience de plusieurs centaines d’années. Le chantier est immense mais il convient de se mettre au travail sans tarder. L’avenir du monde est en jeu.

Etienne Duval

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commentaires

M
Bonsoir,<br /> <br /> Quelques réflexions sur ton blog du mois d'août. Elles ne vont pas très <br /> loin...<br /> Tu abordes la notion de frontière sous un aspect purement philosophique, <br /> je ne dis pas que ce n'est pas pertinent mais il me semble nécessaire <br /> dans un premier temps d'analyser le pourquoi des frontières. C'est le <br /> principe de la subsidiarité qui répond à cette question. Chacun de nous <br /> commence par exister pour lui-même et met en place une frontière entre <br /> lui et les autres, elle lui permet de se construire. Mais ensuite il va <br /> se situer à l'intérieur de sa famille et commencer à développer un <br /> premier système de relations. La famille elle-même va se situer dans un <br /> village ou à l'intérieur d'un groupe d'intérêts. Et de proche en proche <br /> on peut arriver au pays, à l'Europe, au monde.<br /> Ainsi la frontière a une double fonction: s'éviter les interactions <br /> inutiles pour mieux se concentrer sur ce qui n'intéresse que l'intérieur <br /> d'un groupe et permettre la mise en commun de ce qui ne peut être <br /> résolu qu'à un niveau supérieur.<br /> C'est pourquoi je suis assez admiratif dans le domaine politique du <br /> système allemand, les institutions fédérales ont deux assemblées l'une <br /> élue au suffrage universel (à la proportionnelle intégrale) et une <br /> formée de délégués des gouvernements régionaux (lander); J'avais proposé <br /> en son temps de mettre en place dans le département de Haute-Savoie une <br /> deuxième assemblée formée par les délégués des communautés de <br /> communes, celles-ci ayant des responsabilités larges en ce qui concerne <br /> l'aménagement du territoire..<br /> Comme tu le dis indirectement il peut y avoir deux erreurs quant aux <br /> frontières soit y enfermer plus que justifié soit en réduire le rôle <br /> par le groupe de niveau supérieur. L'une peut provoquer l'autre c'est la <br /> cas du Brexit et de beaucoup de partis anti-européens.<br /> <br /> J'espère que tu vas bien, on a manqué l'occasion de se voir chez Nadette.<br /> Je t'embrasse,
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D
J’attendais ta réponse et je suis content que tu sois intervenu parce que tu as des choses intéressantes et originales à dire. Tu commences par une démarche philosophique qui me plait car tu fais référence aux frontières de l’individu qui sont indispensables pour la construction du sujet et indirectement tu montres que les niveaux suivants sont aussi nécessaires à cette construction. Ensuite tu pars de ton expérience avec un discours plus politique et des suggestions très pertinentes.<br /> Je suis d’accord avec ce que tu dis sur le principe de subsidiarité. On pourrait aussi prendre exemple sur l’Allemagne pour la transformation du sénat. Et tu pourrais continuer à pousser l’idée d’une assemblée départementale représentant les communautés de communes.<br /> Merci pour ta participation à la réflexion commune et plurielle à la fois.
G
J'ai connu cette protection pour des confitures (de mures). Mais je n'ai pas transgressé les interdits, à l'époque. (Regrets inutiles ...)<br /> Ceci donne à penser que, pour transgresser et rentrer dans la délinquance, du moins autrefois, il fallait des connaissances techniques très concrètes. Pour défendre l'ordre aussi, d'ailleurs. Avec des effets incertains. Les confitures, c'est la vie même.
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E
Le problème, c’est qu’avec la confiture il n’y a plus de frontière et c’est la confusion ! Il faut donc croire qu’avec la confusion il y a parfois du bon.
G
On accède à la confiture en tournant le couvercle résolument à gauche. Que l'opération soit légale ou illégale importe moins. Sans prises de risques, pas de Sujet libre.
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E
Quand j'étais gosse, les pots de confiture étaient recouverts d'un papier parafiné. Or un frère avait pour spécialité de vider les pots de confiture de châtaigne en faisant un petit trou dans le papier. En même temps, il allait jusqu'à manger les rissoles (pâtisserie savoyarde) non cuites. Alors ma mère l'attrapait en faisant des rissoles au son et il a été pris au piège plusieurs fois !
F
Etienne, dans nos questionnements sur altérité et relation Dieu/homme <br /> je me trouve aujourd'hui bien stimulé par le texte de St-Paul des <br /> lectures de la liturgie du jour 1 Cor. 2,10b-16.<br /> il y a cette forte intuition sur esprit/Esprit qui est primordiale pour <br /> moi, dans toute cette relation homme/Dieu, et pas trop le Christ... qui <br /> me semble a eu lui aussi cette Parole, à peu près : maintenant je m'en <br /> vais, j'ai fini, je ne serai plus parmi-avec vous, mais vous aurez <br /> l'Esprit qui va vous conduire et éclairer etc etc....<br /> <br /> donc peut être que le lien homme-Dieu et l'altérité réciproque peut se <br /> faire et se comprendre que par l'esprit/Esprit avec toutes les subtilité <br /> et les détails que St-Paul donne dans cette lettre aux Corinthiens...<br /> <br /> à bientôt. Francesco
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E
Dans ce contexte, c’est l’Esprit qui donne à l’homme d’être dans la proximité et dans l’altérité par rapport à Dieu. Cela ne fait, pour moi, aucune difficulté. En même temps, je pense que cette possibilité est déjà en creux dans l’esprit humain si bien que si l’homme comme autre de Dieu se retrouve en plénitude dans l’homme sanctifié par l’Esprit, il est déjà là dès la création. Mais peut-être faut-il préciser cette vision avec un peu plus de finesse.<br /> <br /> Bonne fin d’après-midi.
G
Nous résisterons.<br /> <br /> Bonne semaine aussi. <br /> <br /> Gérard, et Monique qui vient de produire une nouvelle livraison de confiture (aux prunes de Lesches)
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E
Ce n'est pas pour des prunes que nous avons résisté jusqu'à ce jour. Mais je reste convaincu que la confiture de Monique est excellente.<br /> <br /> Encore une fois, très bonne semaine à tous les deux.
G
Tu formules très clairement et à ta manière ce que je pense aussi. Je pensais bien que tu retrouverais le Sujet quelque part dans cet entre-deux. <br /> <br /> Je dirais à ma manière et selon ma préoccupation que l'organisation politique juste (la Loi) est celle qui permet et garantit les choix ou les héritages choisis, assumés, les "reconnaît". Autrement dit elle doit à tout homme - et femme, bien sûr ! -, un rapport avec une transcendance quelle qu'elle soit : verticale, horizontale, voire oblique. Ce rapport est son territoire. Il esr (doit être) radicalement libre ; il est l'objet ou le résutat d'un combat constant, y compris avec soi-même. Il constitue, à mes yeux, l'essentiel même de "l'humanité" capable d'amour, de générosité, de rectitude, sans discours ni calcul, par intuition immédiate ; il crée une fraternité vraie, que l'histoire rend fragile. Les Résistants de juin 40 et d'avant en sont un exemple. Cette possible humanité, à laquelle il est bon de croire, est-ce bien ce que tu appellerais le Sujet ? <br /> <br /> Bonne semaine.<br /> Gérard
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D
Pour moi, c’est bien le sujet. En parlant simplement, je dirais que le sujet est celui qui a droit à la parole. Il est ce petit arbrisseau qui résiste à la force du vent et qui ne s’abaisse pas en présence du chêne.<br /> Bonne semaine à toi !
G
Une solution irait en effet dans le sens que tu dis, et qui n'est pas loin de mon évocation de la laïcité, dans le sens où Jolif l'exposait (si je l'ai bien compris et bien retenu). Une distinction est nécessaire entre le réel et ce qui est affirmation de foi, ou de croyances, ou d'idéologie, ce qui pourrait éviter de sacraliser n'importe quoi, par exemple ce qui relève de circonstances donc de l'histoire et qu'il s'agit d'analyser (d'abord) rationnellement pour ce que c'est. Ce qui n'empêche nullement d'attibuer, par choix ou convention, une valeur particuliière à telle notion ou à tel fait qui la signifie. (Ainsi des nations, des frontières, du drapeau tricolore, etc...)<br /> L'important, comme tu dis, est que le système politique, social, de représentations intellectuelles permette à chacun, à chaque groupe ou minorité -historique ou religieuse par exemple- de concevoir et cultiver ses propres choix ou particularités héritées, son "territoire", c'est-à-dire que la loi les reconnaisse. A cette fin, il faut une analyse rationnelle qui, tout en distinguant les choix particuliers - et l'organisation sociale, légale, etc, permette à celle-ci (l'organisation) et à ceux-là (les choix) non de co-exister par tolérance, mais de se nourrir mutuellement. Je radote : la conception française a selon moi une limite forte : en définissant un citoyen abstrait, elle rejette les choix particuliers dans la "sphère du privé" (bien !) et de ce fait, les rejette tous dans l'insignifiant (moins bien). Conserver ensemble et contradictoirement les deux (choix ou héritages - et organisation politique), serait-ce une "pensée de l'entre ", qui protègerait mieux les "territoires personnels" ? <br /> Bon dimanche !
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E
Il existe en effet un entre-deux entre le territoire personnel et le territoire collectif et c’est dans cet entre-deux que peut se constituer le sujet. Le territoire collectif fait intervenir le politique. Et ce qui est sacré, c’est moins le territoire personnel que l’entre-deux lui-même. Ainsi le sujet se construirait sur la frontière et c’est lui qui donnerait à la frontière sa dimension sacrée. Autrement dit la frontière n’est pas sacrée en elle-même, mais simplement parce qu’elle est le lieu de la construction du sujet… Les choses se simplifient pour moi mais je ne sais pas si elles se simplifient pour toi.
G
Bien d'accord. <br /> Il y a bien des faux-sacrés ! Qui aggravent les absurdités historiques. <br /> Je pense souvent à la chance que nous avons d'avoir institué la "laïcité" (bien que, dans la pratique elle dispense beaucoup de nos concitoyens contemporains de chercher à comprendre le phénomène religieux, ce qui nous rend difficile l'analyse correcte des religions, surtout celles qui nous sont assez étrangères, et de comprendre ceux qui s'en réclament). Mais pas à pas... <br /> A la prochaine.<br /> Gérard
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E
Je sors d’un film policier et je crois avoir trouvé la solution au problème que posent les migrants. Le migrant, c’est celui qui n’a pas son territoire (personnel). Or, comme je l’ai indiqué, ce territoire est sacré parce qu’il représente un droit fondamental. Il va donc tout faire pour en trouver un, quitte à transgresser les frontières, qui, souvent, sont faussement sacrées, comme tu le suggères. Quitte à risquer sa peau…<br /> Bon dimanche !
G
Je ne souhaite évidemment pas réduire la réflexion à une analyse historique. Celle-ci peut seulement permettre des réalités sous des mots, ou vérifier qu'il y en a. De plus cette question est bien issue de l'histoire. <br /> <br /> L'interprétaion de la Genèse que j'évoquais, due à une psychanaliste, suggérait que reconnaître ou voir l'ordre du monde nous structure profondément, Nous avons certes besoin que soit respecté notre territoire, mais nous avons besoin tout autant d'avoir un ou des territoires à respecter : c'est le rôle fondamental que je vois dans la Loi. Ces frontières-là, posées par la Loi, sont discutables, variables, diverses et pour autant, fortement nécessaires. A condition que la Loi soit juste et assure la "reconnaissance" (au sens où Ricoeur l'entendait) des citoyens et des groupes. La France (tu me vois venir) définit des citoyens abstraits (Cf. Mona Ozouf !) : qui peut s'y reconnaître, surtout nos arrivants d'outre-frontière ? "L'Europe" crée des règles qui sortent d'on ne sait où. La "mondialisation" crée une universelle uniformité désespérante. Pas étonnant que d'aucuns - beaucoup - perdus dans la confusion ambiante, cherchent un repli identitaire à l'abri de frontières, dans des lois qui seraient bien de chez nous.... <br /> <br /> J'arrête là. Merci pour ta constante stimulation. <br /> Bon dimanche. <br /> Cordialement <br /> Gérard
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E
Oui, c’est vrai qu’un territoire national n’a rien de sacré. Il est l’œuvre des hommes avec tous les aléas qui peuvent se présenter. Je pense aux pays d’Afrique, créés de briques et de brocs, sans respect des ethnies qui chevauchent sur plusieurs frontières. Mais tout se fait dans le temps. Nous avons à poser un pied après l’autre en faisant fonctionner la loi. Mais peut-être avons-nous un socle relativement solide constitué par les droits de l’homme. Chaque femme, chaque homme ont droit à leur territoire et à la frontière qu’impose ce territoire. Or, pour y arriver, c’est un combat de tous les jours qui met nos lois en porte à faux. Mais j’avoue, que, sur ce sujet, je n’y vois pas encore très clair sauf que ce territoire fondamental, lui, est sacré.
G
Cher Etienne,<br /> <br /> L'obsession des frontières me semble relativement récente, c'est-à-dire d'abord historique. De ce point de vue, ce ne sont pas les frontières qui font problème, c'est ce qu'elles ont produit - ou interdit. Et je te rejoints de cette manière.<br /> <br /> Les frontières ont formé au XIXè siècle, les « Etat-nations », c'est-à-dire les « identités nationales » qui séparent et opposent, alimentent nationalismes, stéréotypes, peurs, méfiances, arrogances, sentiments de supériorité et tout ce qui peut s'en suivre : les conquêtes coloniales légitimées, les guerres justifiées. La France en est le meilleur exemple, avec son obsession de l'uniformité, sa croyance dans l'universalité de ses Principes sacrés. On y fétichise l’État et la Nation, par conséquent et inévitablement ses frontières. Il me semble que c'est d'abord cet examen historique qu'il faudrait faire sérieusement, afin de discuter sur les « frontières ». Car enfin, que leur demanderait-on ?<br /> <br /> Il semble qu' « on » en attend une protection… Mais de quoi ? Sinon d'une identité nationale fantasmée et mystifiée, qui fait voir tout étranger comme un danger, une menace, une impureté ? Et protéger comment ? Sinon d'une manière illusoire, à peine symbolique : construire un « chez soi » qui est en plein vent. On sait bien que les vraies et lourdes décisions se prennent hors d'un vrai contrôle des Etats – pire, des populations - et se moquent bien des frontières. Elles sont sont prises par les instances internationales, le « système », celui de la « mondialisation » qui n'est que la domination absolue du capitalisme, qui impose sa logique folle dans le monde entier . Ce sont elles qui engendrent, pour l'essentiel, les bouleversements qui poussent ces hommes et ces femmes vers les « frontières » d'un monde qu'ils voient meilleur. Le « pillage du Tiers-monde » comme on disait, a été analysé, dénoncé depuis fort longtemps ( Cf. Pierre Jalée, 1963 sauf erreur) et continue après les prétendues « décolonisations ». Questions jamais sérieusement étudiées et discutées – passons vite. Lorsque le Royaume de France (et celui d'outre-Manche) et les régimes qui ont suivi, Républiques comprises, ont fait rentrer dans leurs frontières des territoires, des peuples et leurs richesses, « on » n'a guère « pensé » ni respecté les « frontières » de ces populations. Il est vrai qu'il y avait « Un devoir sacré des races supérieures à civiliser les races inférieures », disait Jules Ferry. Or les voici chez nous !<br /> <br /> Suffira-t-il de « repenser » autrement les frontières ? Il est toujours utile, sans aucun doute de penser et repenser. J'ai lu autrefois une interprétation de la Genèse analogue à celle que tu proposes. Yawhé crée un monde en ordre, distinguant ce qui était confus ; moyennant quoi l'homme et la femme peuvent vivre et y habiter. Soit! C'est la fonction de la Loi. Mais la pensée et l'organisation des distinctions -donc la Loi- ne doivent pas se réduire à sacraliser les séparations, puis à imposer un culte des soi-disant « identités », ou des particularités, ou des prétendus mérites ; ou contre cela, un faux et illusoire « universel ». Il faut penser « l'écart », c'est-à-dire le lien par la différence même (nous en convenions). Il y faut sans aucun doute une vaste culture, notamment linguistique, littéraire, anthropologique (et un peu historique). Et un très grand respect. Je sais que tu as tout cela en stock. Ce qui fait entre nous quelques écarts, qui font la discussion.<br /> <br /> Gérard, 1. IX. 2018
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E
Merci Gérard de ta compétence d’historien, qui ouvre d’autres champs de réflexion, notamment avec la toute-puissance du capitalisme qui se fiche pas mal des frontières, phénomène renforcé par la financiarisation de l’économie. Désormais les capitaux qui doivent pallier à l’endettement des Etats et des individus circulent comme ils veulent.<br /> Personnellement ce sur quoi j’ai insisté, ce n’est pas la séparation en elle-même, mais la séparation qui est la condition de l’échange, de la relation et à la limite de la création. En ce sens, je te rejoins, lorsque tu dis : « Il faut penser « l'écart », c'est-à-dire le lien par la différence même (nous en convenions) ».<br /> <br /> Par ailleurs, je crains l’analyse des frontières qui se réduit à une analyse historique. C’est un problème structurel qui nous concerne dès les origines et qui est lié à la notion de territoire. Même pour notre développement individuel, nous avons besoin que soit respecté notre territoire.
F
En continuité, une prière de saint François d'Assise.<br /> <br /> BILLET A FRÈRE LÉON<br /> <br /> LOUANGES DE DIEU<br /> <br /> (1) Tu es saint, Seigneur, seul Dieu, toi qui fais des merveilles.<br /> (2) Tu es fort, tu es grand, tu es très haut, tu es roi tout-puissant, toi, Père saint, roi du ciel et de la terre.<br /> (3) Tu es trine et un, Seigneur, Dieu des dieux, tu es le bien, tout bien, le souverain bien, Seigneur Dieu vivant et vrai.<br /> (4) Tu es amour, charité ; tu es sagesse, tu es humilité, tu es patience, tu es beauté, tu es mansuétude, tu es sécurité, tu es quiétude, tu es joie, tu es notre espérance et notre allégresse, tu es justice, tu es tempérance, tu es toute notre richesse à suffisance.<br /> (5) Tu es beauté, tu es mansuétude, tu es protecteur, tu es notre gardien et notre défenseur, tu es force, tu es rafraîchissement.<br /> (6) Tu es notre espérance, tu es notre foi, tu es notre charité, tu es toute notre douceur, tu es notre vie éternelle, grand et admirable Seigneur, Dieu tout-puissant, miséricordieux Sauveur.<br /> <br /> 1. Ps 76, 15.<br /> 2. cf. Ps 85, 10 ; Jn 17, 11 ; cf. Mt 11, 25.<br /> 3. cf. Ps 135, 2 ; cf. 1 Th 1, 9. <br /> 4. Ps 70, 5.<br /> 5. Ps 30, 5 ; cf. Ps 42, 2.<br /> 6. cf. Indes II (Répons).
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E
En lien avec notre texte sur la frontière et pour répondre à ce que tu dis et aux prières de Grégoire de Nazianze et de François, j’ai l’envie d’aller dans un autre sens :<br /> Tu es saint, tu es fort, tu es amour, tu es beauté, tu es notre espérance. <br /> Mais, en même temps, tu as créé l’homme à ton image<br /> Pour qu’il puisse te voir, te parler et t’aimer<br /> A tel point qu’il est la plus grande merveille de ta création.<br /> Dans la frontière qui nous sépare, tu te fais l’un d’entre nous.
E
Nous en resterons au texte de Grégoire de Naziance pour le moment. Pour commencer j'ajouterai que le miracle est là : Dieu nous donne, pour une part, de connaître Celui qui est inconnaissable. Et c'est là l'effet de sa toute-puissance.
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F
tienne, pour faire le lien, je te rappelle une "prière" qui m'accompagne et m'éclaire depuis longtemps, une prière attribuée à Grégoire de Nazianze.... <br /> "O Toi l'au-delà de tout" - je n'ai pas le texte ordinateur, mais tu peux probablement le retrouver par Google ou autre....
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G
Ô Toi qui es au-delà de tout, peut-on Te désigner autrement ? Quelle parole peut Te chanter, Toi qu’aucun vocable ne saurait désigner nommément ? Comment l’esprit Te verrait-il, ô Toi qui ne peux être perçu par aucun esprit intelligent ? Tu es seul innommable, Toi qui as créé tout ce que la parole saisit. Tu es seul inconnaissable, Toi qui as créé tout ce que la connaissance saisit. Toutes choses parlantes ou non parlantes disent Ta gloire, les désirs de tous, les songes de tous gravitent autour de Toi et les prières de tous sont autour de Toi. Tout l’univers qui a l’intelligence de ton Être Te chante un hymne de silence. Sois-nous propice, ô Toi qu’on ne peut désigner autrement et qui es au-delà de tout ! Amen.
F
Je comprends un peu ce que tu dis... mais pour moi Dieu n'est pas une "personne" ou quelqu'un qui est en dehors de moi, je ne sais pas dans quel ciel et où il vit et il habite... Dieu et son ciel sont à l'intérieur de moi, plus intimes à moi que moi-même, bien un Autre qui est en moi, et l'au-delà-est un horizon à l'intérieur de moi, je ne vois pas quel autre "au-delà" peut exister, où et comment, sinon cette immense dimension-questionnement ouvert à l'intérieur de moi, jamais épuisé... la toute-puissance de Dieu est cette fonction vitale à l'intérieur de moi qui me pousse toujours à voir au-delà de ce que je vois...avec un espace de liberté responsable correspondant...( c'est d'ailleurs là qui se joue et se vit en moi ainsi la référence au Christ et à sa Parole, vivifiée par un souffle de l'esprit/Esprit....)<br /> Bonne soirée. Francesco
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E
Personnellement j’en reviens à la théologie chrétienne de la Trinité. Je ne suis pas en relation avec Dieu, mais avec des personnes, le Père, le Fils et l’Esprit-Saint. De plus, l’espace de Dieu ne se limite pas à mon espace :il est aussi ailleurs et cet ailleurs doit être pris en compte dans ma connaissance de Dieu. Si je suis enfermé avec Dieu dans mon espace intérieur, je suis dans une prison. Je ne respecte pas précisément la frontière qui sépare nos territoires respectifs, même si, en un sens, ils s’interpénètrent. Mais je ne sais pas si nous sommes encore sur la même longueur d’ondes. La toute-puissance de Dieu est limitée par ma propre toute-puissance. Elles se conjuguent toutes les deux et c’est bien parce qu’il y a une forme de toute-puissance en moi, donnée par Dieu, que je peux sans cesse aller au-delà de ce que je connais pour m’ouvrir à la toute-puissance de l’Autre.
E
Merci, Gérard, de poursuivre la réflexion sur le communisme ou le marxisme à partir de Tcheng. Personnellement je suis un peu décalé car je suis passé au sujet suivant sur les frontières. Mais j’imagine bien, comme tu le suggères, que nous allons nous retrouver sur les mêmes interrogations, le capitalisme ayant tout intérêt à ne pas s’arrêter aux frontières qui contrarient son expansion.
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G
Oui ... ?<br /> <br /> Je travaille à un court texte -forcément sommaire ; la difficulté est ne pas être trop schématique, ou trop consensuel.<br /> <br /> Le tout en menant des travaux nécessaires autour de la maison et sans abandonner l'exploration du plateau leschois. <br /> <br /> A bientôt
F
Etienne, je reprends notre échange, avec mes forces physiques et <br /> spirituelles pas en grande forme, mais, un pas après l'autre.... excuse-moi.<br /> <br /> *Nous sommes partis d'une échange sur le sens biblique et actuel du <br /> rapport séparation/relation, avec le lien personnel et social pour ce <br /> qui concerne les frontières et les murs...<br /> <br /> *j'avais réagi en faisant un lien entre identités et altérite, car <br /> c'est à partir de nos identités plurielles fermées ou ouvertes que nous <br /> pouvons envisager séparation/relation avec l'autre, qui a aussi ses <br /> identités propres et son existence...<br /> <br /> * et tu as poursuivi en explicitant la question de l'homme qui serait <br /> l'autre de Dieu, on ne peut pas les séparer ni les penser l'un sans <br /> l'autre...<br /> <br /> *alors, pour continuer, si tu as posé la question surtout à partir de <br /> Dieu, je ne peux personnellement que réagir en posant la question à <br /> partir de l'homme, à partir de moi...<br /> <br /> *Dans le questionnement sur identité/altérité on ne peut pas éluder la <br /> question: qui est tu? qui est Dieu? et qui je suis... qui est <br /> l'homme...? et de garder cette question identitaire toujours ouverte, en <br /> recherche et pas en définition ou réponse définitive, qui risque d'être <br /> alors fermée..<br /> <br /> *Qui est Dieu pour moi? Le Dieu de mes pères. des anciens... de la <br /> Tradition... des livres et des représentations... des théologiens et des <br /> prédicateurs..etc..? ou le Dieu Vivant et Créateur toujours à l'œuvre <br /> encore maintenant, fonction vitale essentielle, ouvert sur l'avenir, <br /> inscrit au plus profond de moi, plus intime à moi que moi-même <br /> (St-Augustin)...<br /> <br /> *l'altérité peut être physique, extérieure à moi, mais là je suis <br /> confronté à une altérite intérieure à moi, dans mes profondeurs, <br /> méta-physique, au-delà-de-tout, océan de sens, horizon de vie, créateur <br /> et stimulateur d'énergies intérieures... donc "pur esprit/Esprit" vivant <br /> en dynamique à l'intérieur de mon esprit.....<br /> <br /> *comment mes choix, mes comportements, mon penser et mon agir sont <br /> toujours questionnés par cette identité au fond de moi "autre" que <br /> moi-même immédiat et concret... appel continu à aller toujours <br /> "au-delà-de-tout", des apparences, des premiers regards et points de vue <br /> etc. etc...<br /> <br /> *je retrouve alors la grande question, si Dieu est tout-autre au dedans <br /> de moi, toujours le chercher, me questionner et rester ouvert: -je ne <br /> suis pas Dieu, il est autre de moi, au plus profond... -donc je n'ai <br /> pas toujours raison, je ne sais pas toujours bien quoi faire, je ne <br /> donne pas des ordres, je ne suis pas maître du monde et des autres, je <br /> ne fais pas que mes intérêts (ou ceux de mon pays...)... je ne ferme pas <br /> les frontières sur moi-même (ou sur mon pays)... je ne monte pas des <br /> murs, je n'exclue pas... -je dois faire surgir en ma vie de la <br /> nouveauté, de l'ouverture, de la relation, de l'écoute, du don, de <br /> l'échange, même dans la confrontation avec l'autre nécessaire et <br /> constructive...<br /> <br /> *c'est comme ça que je retrouve par là notre point de départ de rapport <br /> significatif et vital séparation. Relation.... qui relie l'homme à Dieu, <br /> Dieu qui ferait partie intégrante de l'intimité de l'homme...<br /> <br /> à poursuivre... bon courage... Francesco
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E
Il me semble qu’en l’homme Dieu n’est plus tout à fait le tout autre puisque l’homme le constitue d’une certaine façon et en vient à limiter sa toute-puissance. Je ne peux plus, pour moi, penser Dieu comme le tout autre. Il introduit, en lui-même, une limite qui est celle de l’homme. En faisant de l’homme, l’autre de lui-même, il donne un coup de canif à son altérité radicale. Et donc cet Autre qui est en moi ne peut plus être tout-autre, et c’est peut-être en cela qu’il ouvre, pour moi, un espace de liberté. Où tu as raison, c’est que je dois laisser à Dieu sa propre liberté et une aptitude à mettre une limite concrète à ma propre toute-puissance
F
Je ne sais pas si j'arriverai à te répondre dans les jours qui viennent, sinon ce sera pour plus tard. Seulement je ne suis pas très réactif ni disponible ni en grande forme...<br /> <br /> Si tu as la patience, je vais essayer de te répondre aux textes proposés, mais sans jour ni heure fixe...je fais un pas après l'autre, jours après jour...
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E
Je vais attendre avec patience mais aussi avec assurance.
E
L’HOMME, L’AUTRE DE DIEU<br /> <br /> Dans une discussion précédente avec Francesco Azzimonti, nous en étions arrivés à l’idée que l'homme était l’autre de Dieu, comme si Dieu Lui-même ne pouvait exister sans poser un autre en face de lui, se pliant ainsi à la règle commune. Cela pourrait éviter les incompréhensions multiples face à la proposition chrétienne de ce qu’on appelle l’incarnation de Dieu. Si l’homme est l’autre de Dieu c’est qu’il existe dès le départ dans le projet intime de Dieu. D’une certaine façon, il fait partie de Dieu. C’est peut-être ce qu’on a voulu exprimer en parlant du fils de Dieu : dès le départ, l’homme serait conçu comme le fils du Dieu Père et, de ce fait, le révélateur de sa paternité. Ainsi l’homme ferait partie de l’intimité de Dieu : c’est pourquoi Saint Augustin parle de Dieu comme plus intime à l’homme que lui-même. De ce fait il serait impossible de parler de Dieu sans parler de l’homme et de parler de l’homme sans parler de Dieu parce qu’ils seraient impliqués l’un dans l’autre. C’est alors que l’événement historique du Christ pourrait fonctionner comme la révélation de l’Homme, la révélation de ce qu’est l’homme. En se présentant comme Fils de Dieu, le Christ révélerait ce qu’est l’homme. Sans doute une telle présentation des choses est-elle encore un peu grossière voire réductrice, et peut prêter à des confusions. Mais c’est un essai maladroit pour sortir des confusions que recèle la présentation actuelle du dogme chrétien, qui reste inacceptable aussi bien pour les Juifs que pour les Musulmans. J’attends maintenant la réaction de Francesco pour pousser plus loin la discussion.<br /> Etienne DUVAL
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G
Nous avons décidé à trois de créer un groupe 'frontières". Le pont de départ sera l'article autour duquel nous partageons. Nous nous réunirons à 15 heures, le mardi 11 septembre, à la brasserie "chantecler" de la Croix-Rousse.
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G
Google fait maintenant référence à cet article.
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C
Merci, cher Etienne, de ce long article bien documenté, comme d’habitude ! Moi, je ne suis pas forcément d’accord avec tout : les murs construits (ex. entre USA et Mexique) ne sont là que par<br /> la suite d’un politique américaine indéfendable.<br /> <br /> De même, à une autre échelle, la politique européenne face aux migrants qui « stagnent » à nos portes. Mais là, c’est nous-mêmes qui sommes en cause, c’est encore plus indéfendable.<br /> <br /> A bientôt de discuter de tout cela, mais quand ?<br /> Bises à toi, sans frontières !<br /> Claire et Jean Nicolas
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E
Merci Claire de tes propos sympathiques. Je ne suis pas bien documenté, mais j’essaie simplement de revenir aux fondements de la frontière, sans laquelle nous ne pouvons pas vivre. Je me souviens toujours de ces jeunes parents, qui avaient mis leur enfant qui venait de naître dans un grand lit pour en faire un être libre. L’enfant pleurait toutes les nuits. Sans frontière il ne pouvait pas grandir !
E
Si tu es inspiré, j'aimerais bien que nous reprenions la proposition : l'homme est l'autre de Dieu. Elle me semble ouvrir des perspectives très intéressantes. Mais je ne serai là que ce soir, vers 7 heures, car je pars à La Roche de Solutré.<br /> <br /> A bientôt peut-être !<br /> Etienne DUVAL
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H
Texte très intéressant. Bravo.<br /> <br /> <br /> <br /> Amitiés<br /> <br /> <br /> <br /> HUGUES
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E
Encore une fois, Hugues, merci pour ton amitié bienveillante.
F
Etienne, bien pertinent ton essai de réflexion sur les frontières, et cette lecture du buisson biblique où se cache la relation et la séparation. Je me retrouve assez bien dans cette optique de séparation/relation que j'ai pu expérimenter dans mon histoire de vie, personnelle et sociale... Oui les frontières à penser comme des ponts plutôt que des murs... Je voudrais seulement souligner comment cette question des frontières renvoie très fort à la question de l'identité... identités personnelles et collectives. Il me semble avoir entendu ou lu des propos très intéressants et justes de Michel Serres sur cette question de l'identité... identité multiple et plurielle pour chacun et pour chaque groupe. Comment chacun de nous (et un groupe social... et une nation aussi peut-être...) a à gérer ses différents niveaux d'identité qui le définissent et le constituent comme sujet unique avec l'altérité et la confrontation des identités plurielles de l'autre aussi, à reconnaitre réciproquement, sinon ça ne marche pas, pas de relation véritable. Identité/altérité... des ponts et pas des murs oui, mais aussi tension et recherche peut-être jamais bien achevées mais toujours en mouvement, un peu comme un souffle ou une brise légère ou un orage (les forces de l’Esprit) qui traversent les "frontières" en constante/vivante élaboration au risque de séparations créatrices de relation...<br /> A bientôt, avec ces morceaux de vie qui nous font avancer. Francesco
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E
Merci Francesco. Oui tu as raison d’évoquer le couple altérité/identité en face du rapport séparation/relation. La séparation crée l’altérité nécessaire à l’identité de moi et de l’autre. Je ne peux être moi-même qu’en étant en rapport avec l’autre, à tel point que l’autre me constitue. Dieu lui-même reconnaît que l’autre (homme) le constitue, à tel point que lui faire une place n’enlève rien à ce qu’il est. C’est vraiment extraordinaire de pouvoir dire que l’homme est l’autre de Dieu et qu’ainsi on ne peut pas les séparer ni les penser l’un sans l’autre.
B
NE PAS ECARTER LES FRONTIERES MAIS TRANSGRESSER LA NOTION DE FRONTIERE <br /> <br /> Par une insidieuse générosité, certains voudraient supprimer les frontières. Ils pensent que ceux qui sont d’un avis contraire sont d’odieux conservateurs. En fait, ils n’ont rien compris au fonctionnement humain. L’homme est un être de relation mais la relation n’est possible que s’il y a séparation. C’est dans l’espace de séparation que peuvent se tisser les liens entre les individus et les peuples parce que l’espace de séparation est aussi un espace de rencontre. Et puis, après tout, nous n’avons pas à discuter, puisque c’est Dieu qui l’a dit. Je ris bien sûr. La Bible nous parle de Moïse. Il se cachait chez son beau-père parce qu’il avait tué un Egyptien. Un jour, il mène paître les troupeaux de la famille sur une montagne toute proche. Soudain, il aperçoit un buisson en feu qui ne se consume pas. C’est étrange. Il fait un petit détour. Tout à coup, une voix venant du buisson lui dit : « N'approche pas d'ici, retire tes sandales de tes pieds car le lieu où tu te tiens est une terre sainte." L’espace qui sépare l’homme de Dieu est sacré parce qu’il est l’espace de la rencontre. Il en va de même entre les hommes. <br /> Il y a quelques années, le président de la communauté de communes d’Archamp-Saint-Julien-en-Genevois voulut, à son tour, transgresser l’ordre naturel des choses, en faisant de la frontière entre la France et la Suisse un lieu d’échanges et d’interactions à tous les niveaux : économique, social et culturel. Il pourrait ainsi bénéficier, en particulier, du capital intellectuel du CERN, qui réunit un grand nombre de savants. Je crois que le projet, appuyé par le Conseil Général de Haute-Savoie, a bien débuté et donné de bons résultats. Mais je ne puis dire où il en est aujourd’hui.
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D
Bonjour.<br /> De ton texte, je retiens :<br /> Les frontières sont de réelles frontières, si elles séparent pour permettre la relation et l’interaction.<br /> J'ai de plus en plus de mal à comprendre pourquoi les biens circulent comme ils veulent et que les hommes veulent se séparer.<br /> Ô la belle frontière entre les dirigeants et les dirigés !<br /> Avec plaisir, je vois que notre conversation téléphonique t'a été fructueuse.
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E
Les conversations sont toujours fructueuses si l’on est dans l’écoute. C’est là que se tisse la pensée, à la frontière qui nous sépare pour que nous puissions écouter l’autre et lui parler.
P
J'ai envie de réagir, mais je ne suis pas très vaillant ce soir, d'"autant plus que demain, nous avons une réunion de famille. <br /> En attendant, je t'envoie un poème que j'avais écrit sur la Sicile après y avoir passé deux jours en croisière, mais qui est en partie vérifié par l'accueil des migrants à Palerme. <br /> Amicalement. <br /> <br /> METISSAGE<br /> <br /> La Sicile<br /> <br /> Ile triturée par l’histoire <br /> Au confluent des influences,<br /> Dominations d’autres puissances &lt;<br /> Envieuses de son territoire,<br /> <br /> Creuset brûlant de ces mélanges,<br /> Enrichi par ces différences &lt;<br /> Déposées en strates étranges,<br /> Mosaïque harmonieuse de toutes descendances.<br /> <br /> Le génie des grecs, cadeau de naissance,<br /> La vertu romaine, fierté d’origine,<br /> La splendeur de l’art, marque byzantine,<br /> Forment le trépied, base d’excellence.<br /> <br /> Des Goths, des barbares, le souffle puissant,<br /> Des Vikings normands l’élan conquérant,<br /> Et des Vénitiens l’esprit commerçant,<br /> Apportent au substrat un corsé piment.<br /> <br /> Les sardes y instillent la bonne gestion,<br /> L’Italie saupoudre de « combinations » ;<br /> Secouez le tout, c’est une implosion,<br /> Un tempérament de toutes passions.<br /> <br /> Au bout de l’histoire, tous les siciliens <br /> Sont un même ensemble en incandescence,<br /> Mosaïque harmonieuse de toutes descendances ;<br /> La fierté d’être un peuple …le plus cher de leurs biens.<br /> <br /> Ils oublient leur ancrage dans les temps plus anciens,<br /> Leurs anciens métissages, leurs clés d’appartenance,<br /> Devant tous étrangers, revendiquent leur lien <br /> Entre eux, les meilleurs, sans nulle concurrence.<br /> <br /> La sûre perspective d’un avenir commun<br /> Façonne au cours des ans profonde cohérence,<br /> Pour peu que le métèque ait la ferme assurance<br /> De même dignité pour tous et pour chacun.<br /> Décembre 2009
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E
Avec ton idée de métissage, tes propos illustrent tout à fait le travail qui se fait aux frontières. C’est là que la création se poursuit, que se tisse l’avenir en opérant le métissage dont tu parles.

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