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7 mars 2018 3 07 /03 /mars /2018 17:35

 

 

Le difficile accouchement de l’espérance

Les parents doivent accoucher deux fois : à la naissance et lorsque l’enfant prend son élan dans la vie et qu’il doit voler de ses propres ailes. Dans le second  cas, c’est l’accouchement de l’espérance qui est en cause. Or il se trouve que ce second accouchement n’est pas toujours facile. Pour illustrer mon propos je prendrai un cas concret en cherchant à en faire l’épure d’un cas plus général.


Raymond, Jacqueline et leur fils Bruno

Je connais Raymond et Jacqueline depuis plus de vingt ans. J’ai assisté à leur mariage avec la famille et quelques amis. Et puis Bruno est né, faisant la joie de ses parents. Il est beau, intelligent, sportif. Tout semble lui réussir et son avenir se dessine progressivement sous une forme brillante. Avec ses parents et ses maîtres, Bruno construit un château somptueux. Il est rieur et s’entoure d’amis. Dès sa naissance les fées semblent l’avoir placé sur une voie royale.


Les murs du beau château commencent à se fissurer à 18 ans

Or, à la fin de l’adolescence, au moment où Bruno doit commencer à prendre son envol, l’équipage commence à tanguer et à donner des signes inquiétants. Il va dans un sens puis dans un autre, s’élance à grande vitesse sur une portion de la route et puis se trouve brusquement bloqué. Les parents s’inquiètent, consultent, font confiance à un psychiatre puis à un autre et finissent par déchanter car les résultats promis se font attendre. Bruno s’affronte alors à la toute-puissance sous ses formes multiples : la sienne d’abord, la drogue, les médicaments, la psychiatrie, internet, les marchands de faux espoirs… Parfois il repart car il pense avoir trouvé la solution à ses problèmes mais l’enthousiasme passager cède au découragement.


L’épuisement des parents

A un moment donné, Bruno semble pourtant bien reparti. Les parents reprennent espoir. De son côté, Jacqueline s’apprête à organiser une grande fête pour le départ de son travail et convoque de nombreux amis. Déjà, je me réjouis de cette prochaine rencontre et cherche par quel cadeau je pourrai concrétiser une amitié        qui a subi l’épreuve du temps. Et puis une lettre arrive : tout est décommandé, la fête n’aura pas lieu. La rechute de Bruno finit par épuiser Jacqueline et Raymond qui subissent depuis plusieurs années les soubresauts d’un enfant qui n’arrive plus à grandir.


Espérer coûte que coûte pour redonner la vie à Bruno  

Je me dis que Bruno, quelle que soit sa santé psychique, a droit à sa seconde naissance. Les traitements, les médicaments  de toute nature, ne peuvent prendre la place de ses parents pour lui permettre d’accoucher de l’espérance. Si ses parents n’espèrent plus, comment pourrait-il sortir de ses peurs qui l’empêchent de vivre ? Je prends alors le risque d’être inhumain en adressant à la mère un laconique souhait de bonne soirée comme réponse à sa lettre où pointait une certaine désespérance. La réaction ne se fait pas attendre : je n’ai rien compris à la situation et au drame des parents. Quoi qu’il en soit, je dois à tout prix témoigner de l’espérance pour qu’ils témoignent à leur tour auprès de Bruno. C’est l’humanité de sa vie qui est en jeu. Personnellement je sais que l’espérance porte la vie et la profonde bienveillance de la vie, même si la guérison souhaitée ne vient pas comme on l’attend. Je me souviens encore du jour où je suis né une seconde fois. Un homme, à qui je demandais conseil au moment même où je doutais de mon avenir, m’a ouvert la porte de l’espérance : « Cherchez la vérité partout où elle se trouve ». Quelques années après, j’ai appris qu’il était psychanalyste. Depuis, un tel conseil m’a permis de traverser le temps. J’ai cherché la vérité dans le christianisme. Je l’ai cherchée chez les incroyants, chez Marx et la révolution chinoise, chez les jeunes des banlieues, au Moyen Orient. Jamais elle ne m’a déçu. Toujours elle m’a libéré et continue à me libérer aujourd’hui. Ce dont je suis sûr, c’est que Bruno a un avenir, le sien,  et qu’il faut l’aider à ouvrir la porte.


L’espérance, une petite fille de rien du tout

L’espérance, c’est rien, c’est l’insignifiance même. Et pourtant, elle porte la vie sur ses épaules. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Péguy, un grand auteur, mort à la guerre de quatorze.

Ce qui m'étonne, dit Dieu, c'est l'espérance.
Et je n'en reviens pas.
Cette petite espérance qui n'a l'air de rien du tout.
Cette petite fille espérance.
Immortelle.

Car mes trois vertus, dit Dieu.
Les trois vertus mes créatures.
Mes filles mes enfants.
Sont elles-mêmes comme mes autres créatures.
De la race des hommes.
La Foi est une Épouse fidèle.
La Charité est une Mère.
Une mère ardente, pleine de cœur.
Ou une sœur aînée qui est comme une mère.
L'Espérance est une petite fille de rien du tout.
Qui est venue au monde le jour de Noël de l'année dernière.
Qui joue encore avec le bonhomme Janvier.
Avec ses petits sapins en bois d'Allemagne couverts de givre peint.
Et avec son bœuf et son âne en bois d'Allemagne.
Peints.
Et avec sa crèche pleine de paille que les bêtes ne mangent pas.
Puisqu'elles sont en bois.
C'est cette petite fille pourtant qui traversera les mondes.
Cette petite fille de rien du tout.
Elle seule, portant les autres, qui traversera les mondes révolus.

L'Espérance voit ce qui n'est pas encore et qui sera.
Elle aime ce qui n'est pas encore et qui sera
Dans le futur du temps et de l'éternité.

Sur le chemin montant, sablonneux, malaisé.
Sur la route montante.
Traînée, pendue aux bras de ses deux grandes sœurs,
Qui la tiennent par la main,
La petite espérance
S'avance.
Et au milieu entre ses deux grandes sœurs elle a l'air de se laisser traîner.
Comme une enfant qui n'aurait pas la force de marcher.
Et qu'on traînerait sur cette route malgré elle.
Et en réalité c'est elle qui fait marcher les deux autres.
Et qui les traîne.
Et qui fait marcher tout le monde.
Et qui le traîne.
Car on ne travaille jamais que pour les enfants.

Et les deux grandes ne marchent que pour la petite.

Charles Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu, 1912


Dépasser la peur qui ferme à clef la porte de l’espérance

La pire ennemie de l’espérance, c’est la peur. C’est en tout cas, ce qu’on raconte en Thaïlande.

Un jour, un homme qui avait beaucoup guerroyé s’en vint voir un ermite. Il lui ouvrit son âme. Jusqu’ici il avait perdu son temps mais il cherchait maintenant à se tourner du côté de la sagesse, vers des biens non périssables. L’ermite l’accueillit avec une grande bienveillance et, pendant trois jours,  lui apprit à méditer, à maîtriser son souffle et à conduire ses pensées.

Pendant un an, l’ancien guerrier continua ses exercices. Mais il n’arrivait pas à aimer la vie et à aimer les autres. En fait, comment pouvait-il y arriver puisqu’il ne s’aimait pas lui-même ? Le sage lui apprit alors à atteindre le fond paisible de son cœur pour affronter les tempêtes de ses sens.

Une nouvelle année passa. L’homme se raidissait devant l’absence de résultats. Et puis il finit par en avoir marre, regrettant de s’être égaré dans une telle expérience. Mais avant de reprendre sa vie d’autrefois, il voulut régler ses comptes à celui qui abusait de la naïveté de ses disciples. Sans avertir, il s’engouffra dans la hutte du maître et l’accusa de manière définitive : « Vous êtes un imposteur ! » Le maître ne prit pas ombrage d’une pareille ingratitude. Il s’en alla chercher son jeu d’échecs et annonça : « Nous allons faire une partie, mais celui qui perdra aura la tête tranchée. Êtes-vous d’accord ?  » L’homme perçut une forme de malice dans l’œil brillant de son interlocuteur. Alors, il accepta la proposition de l’ermite. La partie commença. Malheureusement notre joueur perdait ses positions les unes après les autres. Déjà il sentait le fil de l’épée glisser sur sa nuque. Alors il respira fortement, se gonfla de courage et reprit l’avantage. Au moment d’abattre sa reine sur le jeu, il interpella son compagnon : « Vous avez perdu ! » mais sa main qui portait la reine resta suspendue au-dessus de la tête du sage. Il ne pouvait pas lui couper la tête puisque son adversaire ne l’avait pas fait lorsqu’il avait l’avantage.

A ce moment précis, l’ermite renversa l’échiquier sur le gazon et s’expliqua : « Vous avez compris maintenant ! Avant d’ouvrir la porte du temps et de l’amour, il fallait vaincre vos peurs ».

Etienne Duval

 

 


 

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commentaires

C
Bonjour Etienne. Voici d'abord ma réponse à ton blog précédent qui semble être passé aux oubliettes.
Bonne journée à toi.
Génial Étienne ton texte !
"Cherchez la vérité partout où elle se trouve" disait ce psychanalyste ; la difficulté c'est que cette vérité n'est le plus souvent pas là où l'on l'attendait - et "lonla lonlon lonlère" comme dans la chanson ! - d'où notre désespérance ; il y faut, comme tu le dis, un second accouchement, celui de "la petite fille espérance" qu'aucune peur jamais ne saurait bloquer...pas même - j'ajouterais après l'émission mardi soir sur Arté - celle pour nombre d'accoucheurs et leur clique, de leur refus - illégal ! - de l'IVG ; mais c'est un autre sujet.
Amicalement.
Charles
Répondre
E
Oui la vérité n’est jamais tout à fait là où on l’attendait car il y a tout un parcours, qui peut être long, entre l’endroit où on attend et celui de l’arrivée. Entre les deux il y a effectivement le parcours de l’espérance.
G
Cher Etienne,
Je disais ceci :
"La recherche de la vérité -ou des vérités – paraît un jeu gratuit, presque un plaisir solitaire". J'aurais dû être plus explicite : il se dit, donc se cherche et se trouve, une certaine quantité de vérités (dans les investigations sociologiques, économiques, écologiques !, les analyses politiques etc.) mais la plupart sont oubliées, escamotées, noyées ; de sorte que la recherche en est souvent découragée. La complexité, alléguée et réelle, du "monde" fait le reste. Je veux dire (même si cela paraît être un propos de café du commerce) que les opinions dominantes des "experts"-en-tout forment pour chacun "la coquille" qui protège illusoirement, enferme réellement, qui dispense de rechercher "la" vérité ; celle-ci paraît illusoire, inatteignable, ou sans intérêt...
Raison de plus, bien évidemment, pour la chercher sans mollir.

Je crois qu'une grande partie de nos contemporains vivent ainsi (si on peut appeler cela "vivre") : résignés, désabusés de n'être jamais entendus ni pris au sérieux , et ne prenant plus grand chose au sérieux. Comment, dans ces conditions, nourrir de "l'Espérance" ? Surtout quand on a quinze ou vingt ans ?
Espérons quand même. Tu y aides en tous cas.
Gérard
Répondre
D
Je comprends bien ce que tu dis mais pour moi l’attitude de base consiste à se situer soi-même sur le chemin de la vérité. Et apparemment être sur le chemin de la vérité et être sur le chemin de l’espérance, c’est la même chose. Or, dans ce cas, nous ne sommes pas à la recherche d’une vérité intangible : c’est presque tout le contraire, c’est être là où la vie invente la vie, être soi-même sur la voie de la création. Autrement dit, d’une certaine façon la vérité serait à faire avant d’être trouvée. Le chemin de la vérité c’est le chemin de la création et de la liberté.
G
Cher Etienne,
Il faut avoir la foi chevillée au corps -disons : l'optimisme solide- pour espérer qu'un jour suffisamment de charité – disons : de respect du prochain et de bienveillance – nous fera vaincre nos peurs. Mais cet espoir, est-ce de l'Espérance ?
Autrement dit, peut-on avoir de « l'Espérance » - espérer en avoir ? - si ce bas-monde concret et historique, si ce qu'on en sait ou ce qui nous est dit à longueur de journées et de mois, nous laisse peu d'espoir ? Nos peurs de toutes sortes sont quotidiennement nourries, presque justifiées. La recherche de la vérité -ou des vérités – paraît un jeu gratuit, presque un plaisir solitaire. L'Espérance que tu évoques avec l'aide, admirable, de Péguy peut-elle avoir une réalité si elle n'est pas aussi, totalement, par nature et par définition, un espoir historique, pour lequel il faut quelque « Foi » , qui serait porté par un « projet » réel, réaliste, collectif, visant radicalement la justice, qui est à mes yeux, la forme concrète de la « Charité ».
Je suis porté à croire que, en ces temps bizarres, ce type de projet, réel et profondément pensé, est -ou paraît- impensable. C'est ce qui rend difficile l'espoir, donc l' Espérance ; et laisse toute la place, ou presque, aux délires fondés sur la peur, et qui l'alimentent. C'est un cercle très, très vicieux, que des « logiques » réputées incassables font tourner. La question reste « Que faire ? » et par quoi commence-t-on ?
Gérard Jaffrédou
Lesches-en-Diois, 12. III. 2018
Répondre
E
Merci Gérard d’entrer dans la discussion et le dialogue. Tu as raison d’évoquer les peurs entretenues par la société mais la seconde naissance me semble prioritairement concerner le sujet pour ne pas dire qu’il s’agit précisément de la naissance du sujet dans sa dimension sociale. Pour moi, dans l’exemple concret que j’ai évoqué, il me semble que le jeune dont il est question n’est pas sorti de sa coquille. Il faut l’aider à briser la coque dans laquelle il est encore enfermé par peur de la sortie. Je dirais qu’il s’agit de vocation sociale, c’est-à-dire de l’appel à occuper sa place dans la société. Sans doute faut-il que la société dans laquelle il hésite à entrer ait un projet qui la jette hors d’elle-même, qui l’ouvre elle-même à l’espérance, et, par là-même, qui le jette hors de lui-même dans un chemin personnel d’espérance. Tout est en réaction. Pour l’expérimenter depuis plus de cinquante ans, je peux dire que ma manière d’être dans la société qui consiste à « chercher la vérité partout où elle se trouve » n’est pas un jeu purement gratuit. Sinon, je ne serais pas là à discuter avec toi et avec d’autres pour que nous avancions ensemble.
Bonne soirée !
C
Je parcours le monde car c’est mon chemin.
J’ai toujours rêvé de faire le tour du monde qui est par conséquent, « venu » à moi avec Moissonnier.
Mais je suis convaincue que l’on peut trouver « son tour du monde » au coin de la rue.

« Chercher la vérité partout où elle se trouve » ?

Je ne sais pas. Encore.

Ce dont je suis convaincue par contre, c’est que chacun a son chemin de vie, son « IKIGAI » et si l’on suit ce chemin, on peut rentrer en concordance avec l’univers ou le cosmos dans une forme de plénitude et trouver peut-être SA vérité. Les « lieux indicibles » sont les signes de cette concordance.

Chercher la vérité, c’est ainsi cette quête du sens, que l’on trouve en avançant jour après jour sur le chemin qui s’ouvre à nous, en étant pleinement présent à soi et aux autres dans le respect de la nature, de SA nature.
J’ai ce sentiment qu’être en phase avec soi est le meilleur moteur pour être connecté aux autres, à la nature, à ce tout.

Pierre Rabhi parle de « la convergence des consciences », j’’ai plutôt en tête « l’élévation de nos consciences » dans cette quête de vérité autrement dit la spirale de la vie.

Ce qui est certain, c’est que les voyages ouvrent des portes en nous faisant perdre les repères du quotidien.
C’est en se perdant ailleurs, que l’on se trouve avec le plus de vérité.
Voyager est pour moi, un vrai ressourcement et les enfants tout comme Jean-François ont aussi cette soif de découverte, cette curiosité de voir un peu plus loin.
Mais comme je l’évoquais au départ, les rues de la Croix-Rousse sont vivantes et je suis certaine qu’elles ont les couleurs des chemins que je prends en Chine ou ailleurs.

Voilà pour la pensée du soir… il est tard ici mais le décalage horaire est parfois compliqué et du coup, c’est un peu de rab de temps pour lire, écrire ou travailler !:)
Répondre
D
Oui, bien sûr, on peut trouver le tour du monde au coin de sa rue. Avec « chercher la vérité partout où elle se trouve » je faisais référence au conseil que m’a donné quelqu’un dont j’ai appris par la suite qu’il qu’il était psychanalyste, au moment où je cherchais ma voie. Et ce conseil avait provoqué ma seconde naissance en m’ouvrant le chemin de l’espérance. Et, de ce conseil, je vis encore aujourd’hui. Et, en fait, une telle recherche me met en phase avec tout le monde, respectueux de la vérité de chacun.
Je trouve que tu as une très bonne pensée du soir… Tu peux dormir en paix !



C
Joliment exprimé.
Il est "habité" comme tous ces gens qui ont connu le désert.
J'ai trouvé de nombreux échos dans ce livre.
Les 3h de vol, c'était le temps de la lecture du livre.

Maintenant dans le Sud de la Chine... juste en face de Hong Kong !

Bonne journée.
Répondre
E
Tu parcours le monde comme je parcours les rues de la Croix-Rousse. Mais la recherche est peut-être la même : "Chercher la vérité partout où elle se trouve".
C
Indicible

Je suis toujours surprise de la "convergence des consciences" quand l'esprit est éclairé.

Tu évoquais cet "espace indicible" de Le Corbusier dans ton dernier mail.
Je profite de quelques heures de Vol de Beijing à Shenzhen pour lire "La convergence des consciences" de Pierre Rabhi.
Et je retrouve ce mot qui désormais fait écho.

Que penses tu de Pierre Rabhi ?
Répondre
E
Je connais un peu Pierre Rabhi. Il venait vendre ses fromages de chèvre en Ardèche, aux Vans où j’allais souvent. Je me le représente comme quelqu’un de simple et d’authentique, qui laisse couler la source qui est en lui, pour venir féconder ce qui est en nous.
Très bonne journée !
Y
« O lumière ! C’est le cri de tous les personnages placés, dans le drame antique, devant leur destin. Ce recours dernier était aussi le nôtre et je le savais maintenant,. Au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible » Albert Camus l’Eté.
Voilà les mots que j’ai trouvés pour dire ce qu’est pour moi la force de l’espérance. Tu sais Etienne l’écho que peut avoir pour moi l’histoire de Bruno, tu sais le parcours qui est le mien alors au diable l’impudeur du récit,.
Je n’ai pas connu les chambres d’isolement du Vinatier, mais celles de St Jean de Dieu, du Vinatier j’ai connu les ateliers de réinsertion, j’ai connu les longues journées de mélancolie d’un Hôpital de Jour, alors j’entends la souffrance que peut être celle de Bruno, et j’entends aussi le désarroi de ses parents.
Je ne trouverais certainement part aujourd’hui les mots qui pourraient peut-être dire la part d’indicible qui m’a conduit vers ce que je peux nommer une renaissance, certes elle est le résultat des différentes thérapies qu’elles soient médicamenteuses ou autres, mais elle conservera toujours une part de mystère, en cela je rejoins le dernier commentaire que tu as fait, et je crois, qu’il faut parfois aussi, laisser faire la part de travail qui échappe à la raison.
Alors, je veux juste étayer ton propos en ce qui concerne l’espérance que doivent continuer à porter ses parents parce que j’ai conservé comme un trésor, par devant moi, une lettre adressée par une de mes sœurs, après ce que l’on nomme une HDT, une lettre remplie d’amour, et je suis convaincu que cet amour qui porte l’espérance, dont a témoigné toute ma grande fratrie, puisque nous étions dix enfants, a été lui aussi l’artisan de ma guérison. Ce dernier était comme un pilier sur lequel j’ai pu m’adosser chaque fois que mon corps et mon âme chancelait.
Répondre
E
Yves, j’apprécie la force de ton témoignage, à tel point que ton passage par la difficulté a rendu plus précieuse et plus vraie la renaissance d’une profonde humanité en toi. Je sens que Bruno est encore enfermé dans sa coquille, bloqué par la peur. Mon souhait est qu’il arrive à casser la coquille pour naître enfin vraiment comme tu l’as fait toi-même. Je peux témoigner qu’il s’agit, chez toi, d’une grande réussite, car la fragilité en partie dépassée contribue à un surplus d’humanité.
G
La référence à cet article est maintenant sur google.
Répondre
J
Merci, Etienne, de ta réponse.
Une fois de plus, tu as tout compris et je suis complètement d’accord avec Toi.

La mesure d’HDT fut signée par Jean-Marc, très mal par rapport à cette décision: Pour JM, c’est un retour en arrière mais ce n’est qu’une mesure de protection concernant Bruno.
Tu sais qu’au Vinatier, tout est légiféré et, pour le mettre en protection, il faut des mesures officielles, dont nous recevons un double avec références aux lois.
Il valait mieux que ce soit son Papa qui la signe car tu sais que Bruno m’a été hostile pendant longtemps et que je pense que c’est moins porteur de choses négatives.

Effectivement, notre fils s’est plaint de la dureté des 2 heures (15h/17h) en chambre d’apaisement, chaque jour, et il est en pyjama.

Ce recul peut l’aider à se recentrer et à trouver les clés pour sortir de sa coquille.

Les médicaments qui aident à moins souffrir le mettent dans une forme de léthargie et le fatiguent.

Mon ancien Directeur, Pascal OGER, atteint d’un cancer grave est revenu, en rémission, avec une mission pour Paris, je pense. Il est très courageux.
Je l’ai salué vers la photocopieuse, lui demandant si je pouvais passer la semaine prochaine, pour lui dire “au revoir”, en n’étant pas centrée que sur ma propre difficulté.
Je lui imprimerai ton texte, qui lui apportera des éléments pour continuer sa lutte et c’est un cadeau que je peux lui faire grâce à toi. C’est un homme très fin, intelligent et sensible, qui appréciera.
En même temps, le courant était bien passé entre Jean-Marc et lui.

Tu as raison: Il faut que je termine au mieux au bureau pour partir la tête haute, l’esprit tranquille. C’est une forme de respect des autres et de moi-même.
Quand je trie et que je range mes notes et autre, c’est une forme de deuil, ce qui me parait normal. Ce n’est pas facile de quitter ce qui fut “ma maison” depuis 1974, même si j’ai vécu des moments douloureux à l’extrême. Je ne retiendrai que le positif et il n’est pas des moindres.
Je laisserai un petit message écrit à la main à mon chef de division qui est absent pour un mois, ce qui n’est jamais arrivé. Il est hyper-actif et, ne voulant pas déléguer, s’est épuisé.

L’ambiance est très lourde à la DEM (division enquêtes ménages) car chacun m’évite mais cela n’a pas beaucoup d’importance et peut être interprété de différents manières.
Je sais qui je suis, ce que je vis et sans doute me suis-je isolée de fait.

Je t’embrasse et commence de bonne heure.
Répondre
E
Merci de ton message et je me réjouis que l’écriture à travers ce blog permette d’exprimer non seulement ta part consciente mais aussi un peu de ton inconscient, ce qui est fondamental pour son propre nettoyage intérieur. Il faudra sans doute prendre le temps de te reposer car ton être tout entier va se relâ cher après ton départ. Tu pourrais alors te sentir très fatiguée.
Très bonne journée !
J
Bonsoir Etienne,

Ce que tu as écrit est mon plus beau cadeau d’Anniversaire (demain), qui n’a d’importance que dans la mesure où je rends grâce à ma maman ce jour-là...Encore plus que d’habitude.

Je te répondrai plus tard sur le fond, étant très fatiguée actuellement. Il faut que je te relise à tête reposée.

En effet, nous sommes allés, hier, voir Bruno, que je n’avais pas vu depuis nombre de semaines: Il est très mal, agressif, ne voulant pas que je m’approche de lui...
Le médecin avait accordé une heure 2 fois par semaine mais c’est sans doute trop tôt et il faut attendre de voir ce que le traitement donnera: Il parait que, à chaque rechute, la remontée est de plus en plus difficile, de plus en plus longue. Rien ne sert d’appeler le Médecin, plus débordé que jamais, car il faut lui arracher les mots et que nous ne savons pas grand chose. C’est donc frustrant...
Pas d’amélioration, pas d’objectif, rien à se raccrocher et nous sommes mal.

Je termine quelques jours au bureau, dans la difficulté. Et la broyeuse s’est mise en panne!
Il faut boucler différentes démarches, entre autre sur notre fichier RH pour les congés, les heures, afin que tout soit clean pour le service du personnel.
J’ai déjà fait place nette ou presque sur mon ordinateur.
En dernier, je remettrai mes badges.

Je te souhaite une bonne soirée
Bises
Répondre
D
Le mal être de Bruno n’est pas définitif. Il vit peut-être son éloignement comme une forme d’abandon de votre part, surtout si vous avez autorisé les mesures qui lui sont appliquées aujourd’hui. Il me semble qu’il faut regarder son évolution à deux niveaux : une forme apparente et quelque chose de plus profond qui a de la peine à se mettre en place. Tout cela est encore lié aux médicaments. Mais ce n’est pas vraiment du vrai Bruno dont il s’agit. Ce vrai Bruno est encore enfermé et il aspire à sortir de sa coque. C’est lui que vous devez aider à se libérer pour une forme de renaissance. Tout cela dans sa phase actuelle.
Pour le moment, termine bien ton travail. C’est important pour toi.
O
Merci à Olivier pour sa référence sur oxymoron fractal. Appuyez sur Olivier.
Répondre
R
X__, alias Raymond, comme Domenech. Il était autrefois l’une de mes têtes de Turc préférées, mais cela tu ne pouvais pas le savoir.
Répondre
E
Tu étais comme moi. Personnellement, je l’aimais bien comme homme mais pas comme entraîneur.
Bonne fin de journée !
J
Bonjour Etienne,

Nous avons été extrêmement touchés par l’artiche que tu nous as dédié, intitulé “le difficile accouchement de l’espérance”.

Cet article, d’une très grande richesse et d’une rare densité (je l’ai lu à plusieurs reprises pour en appréhender toutes les facettes), nous sera très utile pour surmonter nos épreuves et deviendra sans doute pour nous un texte de référence. Au-delà de notre histoire personnelle, de nombreuses personnes en proie à la douleur se sentiront elles aussi concernées par ces différents textes qui délivrent un fort message d’espoir.

Parmi les nombreux points qui ont attiré mon attention, j’ai retenu un passage du poème de Charles Peguy. Bruno est comme cette petite fille, la petite espérance, trainée, pendue aux bras de ses deux grandes sœurs comme une enfant qui n’aurait pas la force de marcher mais c’est elle qui en réalité pousse ses sœurs à marcher. En ce qui nous concerne, nous n’avançons plus que pour Bruno et grâce à lui. Il nous maintient en vie et nous oblige à rester debout.

Comme tu l’écris très justement, tous les traitements et médicaments de toute nature ne peuvent prendre la place des parents pour lui permettre d’accoucher de l’espérance.

Grâce à toi nous pourrons prendre un plus de hauteur et de distance par rapport à nos épreuves et gravir plus aisément “le chemin montant, sablonneux et malaisé “évoqué par Péguy.

Avec tous mes remerciements.
Répondre
D
Je suis content que ce texte puisse vous aider. Comme je l’ai dit : Bruno a un avenir, j’en suis sûr, et il saura bien l’écrire lui-même. Ce serait bien qu’il puisse écrire sur ce qu’il est et ce qu’il ressent. Cela l’aiderait à avancer, car l’écriture est en lien avec l’inconscient.

Bonne fin de journée !
C
Merci à toi.
J'ai été coupé de ton blog car mon adresse Coexiste ne fonctionnait plus.
Je suis à nouveau connectée ! Et ravie.

Indicible... voilà !
Exactement.
Qui rime avec le champ de tous les possibles.
Un lien avec ton précédent thème du blog.

Oui, j'adore lire et écrire depuis toujours.
Depuis que je voyage autant pour Moissonnier et aussi en famille, j'ai ces temps de pause dans l'avion, en taxi... pour écrire.
Des parenthèses.
Et j'écris un livre dont le titre est : "Eprit libre".
Répondre
D
Oui, l’espace de l’espérance et l’espace indicible (ce sont souvent les mêmes) sont l’espace de tous les possibles.
« Esprit libre », un très beau titre, qui, en plus, te convient bien.
Fais de nouvelles découvertes en Chine et ailleurs !

C
Hello Etienne.

Je viens d'arriver à l'aéroport et je suis encore une fois... dans le taxi.
Alors je prends le temps qui m'est offert.

Je te rejoins à 100% et c'est précisément ici à Pékin dans les jardins de la Cité impériale que j'ai pu sentir cette dimension qui dépasse la raison.
Toutes ces personnes âgées qui dansent et font du Qi Gong.
Par méconnaissance de la Chine, on a un regard très critique mais il y a une richesse ici dans la philosophie, les Arts, la médecine, les liens entre les aînés et les plus jeunes..

À Bali aussi, l'énergie des lieux, des gens, cette sérénité, simplicité de la vie, ... amènent à penser qu'il y a un espoir, une dimension au delà de la raison.
Je te rejoins pleinement.

Ma conviction est la suivante : on a tous un chemin de vie avec ses petits Everests, ses autoroutes, ses grandes plaines, ses embouteillages...
Si on écoute la petite musique sans faux semblants, on est guidé par les signes qui se présentent à nous.
Derrière ces signes, il y l'espoir, les portes qui s'ouvrent car on est prêt à voir, entendre, avancer.
Nous sommes tous reliés d'une certaine façon mais on passe beaucoup de temps à bâtir des murs bien souvent au lieu de créer du lien, ce lien aux autres, à la nature, à la vie...
Tous ces liens créent à mon sens l'espérance de la vie.
Répondre
D
Merci Christine d’être aussi réactive. Tu rejoins Le Corbusier : il disait, à propos de l’église de La Tourette, qu’il y avait un espace indicible. Je pense que c’est aussi un espace indicible que tu ressens dans les jardins de la cité impériale à Pékin ou même à Bali. En fait, oui, je crois, l’espace de l’espérance est un espace indicible, avec ses petits Everests, ses interactions de toute nature propices à la création. Si j’ai un conseil à te donner c’est d’écrire car l’écriture nous ouvre à un autre espace qui est l’espace de l’inconscient.
X
Etienne,

J’ai lu avec intérêt et émotion. Toutes ces histoires difficiles qui sont légions avec ces enfants qui “vasouillent” et les parents désarçonnés...

J’ai un peu honte : avec Anne, nos enfants vont plutôt bien pour ne pas dire plus; nos petites filles aussi pour l’instant... Mais j’ai des neveux qui ne vont pas bien....

Cherchez la vérité en tout ? La vérité vous rendra libres. Il y a toujours une part de vérité.

Amicalement. Xavier.
Répondre
E
Merci Xavier. Je vois que nous n’avons pas de peine à nous comprendre et je suis heureux que tu aies relevé l’idée qu’il faut chercher la vérité en tout. Nous serons jugés sans doute sur cette part que nous aurons réussi à sauver.
Très bonne journée !
C
Bonjour Etienne,

Je suis sur le départ pour Pékin à 23h30 ce soir et à l'instant, dans le taxi qui me mène à l'aéroport.

Alors je prends le temps de lire le nouvel article du blog et de te répondre.

Ce qui me vient spontanément à l'esprit au sujet de l'espérance, c'est le préalable de l'acceptation - l'acceptation de la situation telle qu'elle est sans être dans le denis, sans adopter la position de victime, sans remettre la faute sur l'autre.

Accepter revient alors à intégrer en soi que ce doit être est et que ce qui se présente sur sa route doit être vécu pour avancer, vivre sa vie et passer à une autre étape, grandir finalement.

Accepter permet de ne plus batailler contre ce qui est.
Accepter libère un espace en soi pour laisser entrer la lumière de l'espoir.


Leonard Cohen avait les mots justes.
" There is a crack in everything. That is how the light gets in."

" L'accouchement de l'espérance", c'est ainsi l'acceptation du chemin de chacun, la libération d'une route toute tracée, une forme de "délivrance" d'un poids trop lourd à porter pour l'enfant.

Et toujours garder en tête qu'aimer c'est donner son propre bonheur à l'autre, éclairer l'autre de sa propre lumière.

Voilà mon point de vue !

Bonne nuit
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E
Bonjour Christine,
Merci de ton apport au blog. Tu révèles une profonde expérience de la vie et une bonne réflexion sur ton parcours. Je suis presqu’entièrement d’accord avec toi au sens où il faut accepter la réalité sans déni. Et pourtant je pense que l’espérance fait partie du principe de réalité et qu’elle ouvre sur de l’imprévisible. Et, en fait, le déni n’est pas forcément contestable. La réalité dont on parle peut être jugée par la raison mais, en aucun cas, retreint aux dimensions de la raison. C’est la plupart du temps ce qui nous fait tourner en rond. Si tu t’interroges sur ton parcours et si tu cherches ce qui t’a fait avancer jusqu’ici, tu verras sans doute que tu as été parfois dans un pari au-delà du raisonnable. Je vais donner deux exemples pour étayer ce que je viens de dire. Dans la famille, l’hôpital avait envoyé Jo dans une maison de repos. Lorsqu’il est arrivé là-bas, le médecin lui propose d’entrer en soins palliatifs. Il n’était pas venu pour cela et il n’imaginait pas qu’il était malade à ce point. On avait, chez lui, tué l’espérance. Trois jours après il était mort. Quelques années auparavant, j’avais une amie qui était déjà en soins palliatifs. A un moment donné, elle a repris espoir et elle a commencé à faire des projets pour elle et pour ses enfants. L’équipe soignante a voulu la remettre dans la réalité. Au bout de deux ou trois jours, elle était morte. Je pense que dans les deux cas, on avait tué l’espérance et pourtant l’espérance est une force de la réalité qui peut faire des miracles.
Bon voyage à Pékin !

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