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9 février 2018 5 09 /02 /février /2018 16:45

https://www.corsenetinfos.corsica/Theatre-a-l-Espace-Diamant-le-silence-de-Moliere-mise-en-scene-par-Marc-Paquien_a25177.html

Le silence de Molière

 

Il est temps de sauver le « aleph » ou la case vide

pour sauver l’homme lui-même

 

Yuval Noah Harari a écrit un livre passionnant : « Sapiens : une brève histoire de l’humanité ». Il nous montre comment l’homme s’est efforcé de conquérir le monde par son intelligence. Mais aujourd’hui l’humanité s’apprête à franchir une nouvelle étape que l’auteur appelle « Homo deus ».


Homo deus

Sous des mots voilés, la Genèse nous avait fait entrevoir le passage de l’animalité à l’humanité et l’épreuve que l’homme avait dû affronter : il avait perdu le sens des limites et avait cru pouvoir accéder à la divinité par ses propres moyens. Sans le vouloir au départ il devait maintenant se confronter à la toute-puissance. Or aujourd’hui, avec les pouvoirs que lui donnent la science et la technique, il croit être à même d’atteindre l’immortalité et  le bonheur. Il a pour satisfaire ses désirs deux moyens fabuleux : le numérique avec les algorithmes et la biotechnologie qui lui donne accès à certains secrets de la vie et de son développement. Grâce aux progrès de l’informatique, il est désormais capable d’envisager l’avenir en faisant interagir une multitude de facteurs, dans un temps très réduit : il construit alors des algorithmes qui sont des chemins pour résoudre rapidement les problèmes qui s’imposent à lui. En même temps, le déchiffrement du code génétique lui permet d’agir sur les organismes vivants et donc sur sa propre vie en utilisant la biologie, la biologie moléculaire, la microbiologie, la biochimie et la biophysique…

Il peut ainsi construire des robots qui font le travail à sa place, allonger sa vie avec l’illusion d’atteindre l’immortalité, et découvrir peut-être les pilules du bonheur. L’homme est de trop car le sujet ne peut plus se construire et trouver sa voie. De son côté, l’intelligence est toujours là. Elle est même décuplée par les artifices de la science. Mais désormais elle se sépare progressivement de la conscience. A la limite, l’humain se déshumanise en créant des monstres qui pourraient prendre le pouvoir à sa place, et court le risque de devenir lui-même monstrueux.

L’auteur du livre nous interpelle : nous n’avons que quelques dizaines d’années pour intervenir. Or Il me semble qu’une petite histoire construite comme un mythe ou comme un conte nous laisse entrevoir la solution.


La création du monde et les lettres de l’alphabet

On raconte que lorsque Dieu a voulu créer le monde il est venu demander de l’aide aux lettres de l’alphabet car, en fait, le langage précède la création du monde elle-même. Et c’est à partir des lettres de l’alphabet que se construit le langage. Il y avait donc 22 lettres et chacune avait son énergie doublée d’un sens précis, avec une possibilité d’évolution. Si nous regardons les lettres hébraïques et les lettres chinoises, nous ne sommes pas très loin de la réalité, car d’un côté comme de l’autre, elles sont chargées de la force du symbolique.

Chaque lettre vient donc se présenter devant Dieu, en commençant par la dernière, et fait valoir tous ses atouts. Finalement c’est le beth  qui présidera à toute la création car il exprime la bénédiction et la bénédiction elle-même se transmettra de génération en génération. Le aleph n’ose pas venir près de Dieu, à son tour, car tout est déjà réglé. Et puis sa lettre ne se prononce pas : elle est silence, moment d’interruption. Pourquoi s’en préoccuper puisqu’elle n’est rien ? Dieu pourtant n’est pas de cet avis. Il l’interpelle : « Pourquoi ne viens-tu pas ? C’est toi que je préfère. Tu seras la première dans mon œuvre de création car, sans toi, rien ne peut tenir. Ton silence engendre la parole tout entière, le vide dans lequel tu te complais met en relief la beauté. Grâce à toi chaque être trouve sa place et découvre son identité. Tu vas permettre, en même temps, l’unité et la diversité du monde que je m’apprête à créer ». C’est alors qu’en s’inclinant, pour ne pas froisser l’orgueil de ses voisines, la lettre  aleph s’en vient timidement occuper la première place.

Chacun comprend sans peine maintenant que c’est le aleph qui manque à notre monde en profonde mutation. Cette lettre est le vide intermédiaire qui permet à chacun d’exister, elle est l’espace de la dynamique de la vie, elle est le temps de repos et de respiration qui favorise la récupération de ses forces. Bien plus elle empêche le monde de se figer et ouvre, à tout moment, le chemin de son évolution.


Moïse qui brise les Tables de la Loi

Avec les Tables de la Loi, nous sommes un peu dans la même problématique  car elles sont à leur manière l’un des codes génétiques essentiels de l’humanité tout entière. Personnellement je suis ébloui par le personnage de Moïse. Nous pensons spontanément qu’il est juif mais en lisant le texte très attentivement, avec l’histoire fabuleuse de sa naissance et de son adoption par la fille de Pharaon, nous découvrons qu’il est probablement égyptien lui-même. Or il est choisi pour libérer les Hébreux asservis par son peuple. Il y a un blanc : les Juifs vont bien s’affranchir de ceux qui les ont réduits en servitude mais ils ne le font pas complètement eux-mêmes. Ils ont un chef issu du clan des oppresseurs.

L’histoire des Tables de la Loi est encore plus extraordinaire. Dieu, selon une tradition principale, est directement l’auteur de l’inscription opérée sur ces Tables. Elles semblent ainsi avoir une valeur exceptionnelle, en tout cas beaucoup plus importante que si elles avaient été l’œuvre du sculpteur Moïse. En fait c’est mal comprendre la logique sous-jacente. Voyant que leur chef restait trop longtemps sur la montagne, les Hébreux ont voulu avoir un dieu à domicile : ils se sont construit un veau d’or. C’est alors que Moïse,  découvrant leur forfait, brise les Tables, pourtant écrites par le Très-Haut. En somme son forfait est plus important que celui des Juifs eux-mêmes. Mais ce n’est là qu’une apparence. De manière plus ou moins consciente, il vient de s’apercevoir que le aleph est absent des Tables divines. Autrement dit,  il manque le vide qui doit ouvrir une place à l’homme et à son avenir. D’ailleurs Dieu paraît avoir fait la même découverte : il demande à Moïse d’écrire directement sur les Tables. C’est ainsi qu’une grande leçon vient d’être délivrée aux humains. Ceux qui veulent tout attribuer au Grand Seigneur se trompent de Dieu car le vrai Dieu, par nature, fait sa place à l’Homme. En créant, il n’oublie pas le aleph.

Alors en ce qui concerne l’homme, qu’il soit croyant ou refuse de croire, il est essentiel de retenir la leçon de Dieu ou du mythe. Il ne faut pas vouloir tout maîtriser, il est même indispensable de laisser des blancs, pour qu’avec la mutation nouvelle de l’humanité la vie puisse passer.

Etienne Duval

 

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commentaires

Salvador Vida 08/03/2018 21:49

J'ai hésité avant d'écrire car j'avais l'impression d'être comme on dit familièrement à côté de la plaque, mais quelque chose me dit que non. Quand j'ai lu ce qu'Etienne a écrit à propos de l'espérance cela m'a ramené au film que je venais de voir et qui m'a fait une profonde impression, le film de Robert Bresson, Un condamné à mort s'est échappé". Le jeune François condamné à mort a mis tout son espoir dans l'évasion mais voilà qu'après avoir tout organisé on lui amène un compagnon de cellule le jeune Jost dont la présence risque de mettre en péril le projet d'évasion et pourtant François choisis de lui faire confiance et de le mettre dans la confidence, bien lui en a pris, il a donné une chance je dirais de rédemption et cette confiance il ne la pas trahie et cela leur a permis de se sauver tous les deux. Pendant le film on voit le rôle joué par le pasteur et le prêtre qui encouragent le jeune François à s'évader en glissant des petits mots, lors des rencontrent furtives, tel que " le vent souffle où il veut" et même le vieux prisonnier à côté de sa cellule qui parlé de mourir a changé sa parole et donné du courage à François de persévérer dans son choix d'évasion. Gardons l'espérance de François.

Michèle Vallet 18/02/2018 21:47

Voilà quelques réflexions que m'a inspirées le texte si riche de ton blog

Toute création se fait dans le Silence et le Vide . C'est pourquoi aleph vient en premier
Je dirais volontiers que c'est un temps d'apnée, indispensable, si court soit-il, entre expir et inspir; c'est un temps de "suspension", mais pas d'arrêt, qui permet de passer de l'un à l'autre, qui permet à la vie de circuler, point d'équilibre momentané comme dans le symbole du yin et du yang
D’ailleurs Dieu paraît avoir fait la même découverte : il demande à Moïse d’écrire directement sur les Tables. C’est ainsi qu’une grande leçon vient d’être délivrée aux humains.
Pour en revenir aux Tables de la Loi , on peut se demander si Moïse ne les fracasse pas car ce qui est écrit par Dieu s'inscrit dans l'Eternité et il faut les briser pour que l'homme puisse reprendre sa marche en avant . L'Homme n'étant pas capable encore d'intégrer totalement ce qu'a écrit Dieu,( la preuve, le Veau d' Or ) il faut que Moïse les refaçonne pour que ces tables s'inscrivent dans le temps, dans une matière "humaine" et puissent donc évoluer avec l'Homme. Chaque fois que l'homme veut arrêter le Temps (atteindre l'immortalité, par exemple) ou la Vie (le veau d'or n'est pas vivant) Dieu intervient pour réengranger le processus grâce à ce moment de vide (l'aleph) - au niveau individuel comme au niveau collectif.

Chacun comprend sans peine maintenant que c’est le aleph qui manque à notre monde en profonde mutation. Cette lettre est le vide intermédiaire qui permet à chacun d’exister, elle est l’espace de la dynamique de la vie, elle est le temps de repos et de respiration qui favorise la récupération de ses forces. Bien plus elle empêche le monde de se figer et ouvre, à tout moment, le chemin de son évolution.

Je ne sais pas bien ce que tu veux dire quand tu dis qu'actuellement notre monde manque d'aleph, je penserais plutôt que les hommes redoutent de s'y confronter car je crois qu'il est bien ici présent dans notre monde d'aujourd'hui en pleine mutation, moment de suspension, de "vide", de passage, de page blanche où l'Homme doit inscrire son avenir et qui lui fait peur.
Le 2° point que j'ai relevé, c'est à propos du mot langage
" On raconte que lorsque Dieu a voulu créer le monde il est venu demander de l’aide aux lettres de l’alphabet car, en fait, le langage précède la création du monde elle-même."
Je ne dirais pas que c'est le langage qui précède la Création, mais le Verbe ( ce n'est pas de moi ! ! ! -lol- ) car je pense que le langage appartient à l'Homme, il le constitue, il évolue, il naît et disparaît comme lui, avec lui ; il est multiple, l'unit et le sépare (cf la Tour de Babel) La fonction du langage serait de permettre aux Hommes, de s'approprier la Parole de Dieu en la "traduisant", de l'entendre et de la transmettre en l'ancrant dans la matière Air - la fonction de l'écriture lui permettant de la voir, d'en garder trace, et de la transmettre de façon durable, en l'ancrant dans la matière Terre.
Si la Parole de Dieu qui doit être intégrée au Temps pour être accessible a l'Homme, évolue en fonction de l'évolution de l' Humanité n'est-ce pas à cause de sa propre nature ? elle n'est pas le Verbe, elle n'est pas éternelle, elle est intermédiaire entre le Verbe et le langage, entre l'Esprit et les Hommes, sur un schéma trinitaire : le Verbe, la Parole, le Langage ( les langues). Je retrouve là les Tables de la Loi
Je suis allée un peu vite, j'espère que j'ai été claire . . . on peut en discuter.
Oui Nicole viendra avec moi mercredi

Duval Etienne 18/02/2018 21:48

Je crois que je suis entièrement d’accord avec toi.. Mais il faut que j’apporte des explications.
Tout d’abord, si j’ai écrit ce texte, c’était en écho au passage que l’humanité est en train de faire actuellement. Il s’agirait de passer de l’homo sapiens à l’homo deus, avec le développement des algorithmes, la découverte et une certaine maîtrise du code génétique, l’ouverture à une économie collaborative… C’est vrai que nous sommes en train de vivre une mutation et que nous courons le risque d’un égarement dans la toute-puissance, comparable à celui que l’homme a dû affronter en passant de l’animalité à l’humanité et qui est illustré par la théorie de la faute originelle.
Par ailleurs, ce n’est pas moi qui dis que le langage précède la création, c’est le midrash lui-même et j’ai un peu essayé de le reprendre à mon compte sans pourtant penser que j’étais dans le vrai. Ce qui me semble pourtant c’est que, d’une certaine façon, le langage nous est donné comme la vie elle-même, c’est-à-dire la capacité à exprimer le sens à partir de ce que nous sommes et de ce que nous vivons, autrement dit la capacité d’accéder au symbolique en passant d’un niveau à un autre…
A bientôt !

Etienne Duval 14/02/2018 08:55

PROBLEMATIQUE

Il ne s'agit pas de contrarier l'évolution en cours, qui engage l'humanité dans une mutation importante. Il s'agit au contraire de faire en sorte qu'elle réussisse dans toute son ampleur.

François Cheng 13/02/2018 21:38

Vide et plein
Le langage pictural chinois
François Cheng
Vide et plein

L’objet que se donne la peinture chinoise est de créer un microcosme, « plus vrai que la Nature elle-même » (Tsung Ping) : ceci ne s’obtient qu’en restituant les souffles vitaux qui animent l’Univers ; aussi le peintre cherche-t-il à capter les lignes internes des choses et à fixer les relations qu’elles entretiennent entre elles, d’où l’importance du trait. Mais ces lignes de force ne peuvent s’incarner que sur un fond qui est le Vide. Il faut donc réaliser le Vide sur la toile, entre les éléments et dans le trait même.

C’est autour de ce Vide que s’organisent toutes les autres notions de la peinture chinoise ; celles-ci forment un système signifiant auquel François Cheng est le premier à appliquer une analyse sémiologique. Son commentaire est enrichi par d’amples citations et des reproductions.


François Cheng

Écrivain, il a été professeur à l’INALCO. Membre de l’Académie française, il est notamment l’auteur de Souffle-Esprit (Seuil, « Points Essais », 2006) et de Cinq méditations sur la mort (Albin Michel, 2013).

Gérard Jaffrédou 13/02/2018 21:17

Cher Etienne
Je n'avais pas grand-chose à dire sur le sujet précédent. Je n'ai pas d'expérience personnelle qui me permette une réflexion générale, ni de connaissances historiques ou sociologiques ou philosophiques assez solides pour dire quoi que ce soit qui eût pu être le moindrement intéressant.

Je ne sais si ton sujet d'aujourd'hui, le Vide comme origine de tout, notamment de la vie, et sa destination finale, m'inspirera davantage. Il se trouve que j'ai un peu lu (et rapidement relu) sur la question deux petits très grands livres que je me permets de recommander. CHENG (François), Vide et plein, Le langage pictural chinois, Seuil, 1991, Folio essais. Et : L'écriture poétique chinoise, Seuil (1996) Folio- essais. Du premier, parmi de multiples citations possibles, je propose celle-ci : après avoir expliqué que dans la peinture chinoise, dans un tableau qui suggère « le tout », il précise : « dans ce tout, le Vide, partant d'un centre et circulant de niveau en niveau, suit un mouvement en spirale comme pour dénouer un nœud. Cette conception organique du tableau fait penser une fois de plus, dit-il, au corps humain, où le cœur, habité par le vide médian, concentre les souffles pour les répartir (...) » (p. 73). Il conclut, p. 74, « Un face du plein, le Vide constitue une entité vivante. Ressort de toutes choses, il intervient à l'intérieur même du Plein, en y insufflant les souffles vitaux (…). C'est bien à partir 'une conception originale de l'univers (…) qu'on peut appréhender la réalité de ce Vide ». (Cf. aussi pp. 59 à 62, passim.)
Dans L'écriture poétique, Cheng montre comment l'écriture chinoise crée du Vide, qui fait vivre la langue : les idéogrammes en sont pleins -si on peut dire-, et ils en laissent entre eux. Ce vide permet une tension, qui laisse de la place à un sens non figé.
Ceci renvoie à des réflexions d'Arthur Goldschmidt, traducteur et plus, qui estime que le travail de traduction, sa difficulté et son intérêt est dans le passage-même entre deux langues (ou plus...) dont les mots qu'on croit équivalents ne disent pas tout à fait la même chose, car chaque langue découpe et dit le monde à sa manière. (D'où la triste pauvreté du monolinguisme imposé en France). L'important n'est pas de dire puis penser la même chose, mais de se retrouver dans ces « vides », ces espaces riches des sens multiples, pour des recherches communes.

Bien cordialement
Gérard

Etienne Duval 13/02/2018 21:18

Je crois que je pourrais signer à deux mains ce que tu écris. Je viens de converser avec Robert Faure que tu connais peut-être puisque c’est un ancien de La Tourette, grand maître dans la peinture chinoise. Il me dit qu’il donne à chacun de ses étudiants une feuille de dessin, découpée en trois parties, dont une occupée par du vide qu’ils ne devront pas toucher. Il est ainsi dans la même intuition que Cheng. C’est du vide que tout part et c’est vers lui que tout revient. C’est le lieu de l’inspiration et sans lui pas de création. Personnellement je suis d’accord avec nombre de propositions de l’homo deus. Mais pour faire réussir la mutation qui s’effectue déjà, nous devons veiller à ce qu’un espace essentiel soit réservée, au vide, c’est-à-dire à l’autre, à l’avenir et à la vie dans son évolution permanente.

Eric Schaerer 12/02/2018 18:25

« Homo deus – Une brève histoire de l’avenir » : magistrale synthèse du monde qui vient
Par Etic scherer : https://www.meta-media.fr/2017/09/18/homo-deus-une-breve-histoire-de-lavenir-magistrale-synthese-du-monde-qui-vient.html

Publié le 18 septembre 2017 / 0 commentaire
Epoustouflant ! Vertigineux ! Souvent, durant la lecture, les adjectifs viennent aux lèvres de l’admirateur, avide de prospective, qui souligne et annote furieusement « Homo deus – Une brève histoire de l’avenir ».
Difficile de résumer le second opus du professeur Yuval Noah Harari, après son best-seller « Sapiens ». Visionnaire sans être prophétique, l’historien israélien produit une magistrale synthèse de ce qui est en train de naître sous nos yeux. Celle du monde qui vient, dominé par les pouvoirs inédits de la biotechnologie et des algorithmes informatiques.

Il nous facilite toutefois la tâche dans les tout derniers paragraphes d’un livre de près de 500 pages :
A quelques mois, conclut-il, nos principaux problèmes concernent « les troubles au Moyen Orient, la crise des réfugiés en Europe et le ralentissement de l’économie chinoise (…) En termes de décennies : le réchauffement climatique, l’inégalité croissante et les problèmes du marché du travail ».
« Mais si nous prenons encore plus de recul, tous les autres problèmes et évolutions sont éclipsés par trois processus liés les uns aux autres :
1. La science converge vers un dogme universel, suivant lequel les organismes sont des algorithmes et la vie se réduit au traitement des données.
2. L’intelligence est dissociée de la conscience.
3. Des algorithmes non conscients, mais fort intelligents, pourraient bientôt nous connaître mieux que nous-mêmes. »
En d'autres termes :
Vers une dictature numérique
« En politique par exemple, il existe un vrai danger de transfert de l’autorité des électeurs et de la classe politique vers les algorithmes et les Big Data (…) qui pourrait conduire à une dictature numérique », a-t-il expliqué cette semaine à Paris au Collège des Bernardins, après avoir été reçu à l’Elysée par Emmanuel Macron.

« Les principales décisions économiques, celles des gros investissements de milliards de dollars, rappelle-t-il, sont déjà prises par des algorithmes sur les marchés boursiers. Et les entités qui décident aujourd’hui qui est un terroriste, comme à la NSA ou au Mossad, sont aussi des algorithmes ».
« Quand le génie génétique et l’intelligence artificielle révèleront tout leur potentiel, le libéralisme, la démocratie, et le libre marché pourraient bien devenir aussi obsolètes que les silex, les cassettes, l’islam et le communisme », écrit-il.
Pour lui, « le dernier espoir des démocraties libérales, actuellement en crise, réside dans le projet européen. S’il échoue, ce sera comme l’effondrement des systèmes communistes. Et cette fois nous n’en avons pas d’autre en vue. »
L’explosion inédite des inégalités
« Le 21ème siècle sera dominé par les biotechnologies et les algorithmes qui vont créer la société la plus inégalitaire de l’histoire de l’humanité », prévient Harari. Car « ceux qui les maîtriseront, auront le pouvoir. Un pouvoir bien plus vaste que jadis, car il portera non seulement sur des machines ou des usines, mais aussi sur le corps, le cerveau et l’esprit, les grands produits du 21ème siècle » qui pourront d'ailleurs être augmentés.
« La plupart des pays seront largués et n’auront aucune chance de combler leur retard. Le fossé sera plus grand que pendant les époques du colonialisme et de l’impérialisme. »
« L’économie reposera sur des gens sophistiqués (indispensables et indéchiffrables) et des technologies autonomes.» C’est-à-dire des robots. Et attention, ajoute Harari, à ne pas faire l’erreur de comparer les performances d’un homme à un robot. Car l’homme ne sera pas face à une machine, mais face à un réseau réactualisé en temps réel !
« Une des plus grandes menaces du 21ème siècle sera la montée d’une classe de gens inutiles. Non pas exploités comme jadis, mais inutiles aux milliardaires de la Silicon Valley (…) Ils ne pourront même pas faire grève. Qu’allons-nous faire d’eux ? (....) Que faire des surnuméraires ? Ce pourrait bien être la question économique la plus importante du 21ème siècle (....) Ce sera encore plus dramatique dans les pays pauvres ».
D’autant que « la médecine ne va se plus consacrer à soigner les malades mais à améliorer les bien portants. » Et à produire des super-humains. Notamment pour rester dans la course face à l’essor rapide de l’intelligence artificielle.
« Les élites vont-elles alors s’intéresser à la santé et au bien-être des masses ? Pas sûr », répond le professeur. « Jusqu'ici, elles y avaient intérêt (guerre, usines, champs) mais demain, avec les robots, « les humains perdront leur valeur économique et les guerres ne se feront plus avec des soldats ».

Que peut-on alors faire ? Commencer par réguler la propriété des données
Attention, dit-il ! « Nous n’avons que quelques années ou quelques décennies avant que les réseaux et les algorithmes prennent le pouvoir ».
« Au Moyen Age, le principal actif était la terre, puis ce furent les machines et les usines, aujourd’hui ce sont les données. Donc la question cruciale est la suivante : qui possède les données ? Aujourd’hui, elles sont la propriété d’une petite élite formée d’une poignée de firmes et d’entités gouvernementales. Nous n’avons même pas le contrôle de nos propres données. Nous sommes en train de céder le pouvoir à ces nouveaux possesseurs d’actifs en échange de services de messagerie et de vidéos de chats. Il faut donc en réguler la propriété ».
Attention, avertit-il encore ! « L’essor de l’intelligence artificielle ne constitue pas un moment critique, ou à l’arrivée d'un nouveau point d’équilibre, mais ressemblera à une cascade de changements incessants ». « Et dire qu’aujourd’hui, on ne sait même pas quoi enseigner aux enfants en maternelle ! ».
La fin de l’humanisme
Le plus impressionnant dans son livre, c'est quand Harari entrevoit la fin de l’humanisme, du système démocratique libéral, et, ce qui est le plus choquant, de notre libre arbitre.

Il voit trois menaces pour le libéralisme, qui domine le monde depuis trois siècles :
• Les hommes perdront toute valeur économique, car l’intelligence va être dissociée de la conscience.
• Ils perdront leur autorité individuelle pour être gérés par des algorithmes extérieurs.
• Une élite privilégiée d’humains augmentés va s’imposer au système qui ne pourra ni les comprendre ni les gérer.
La fin du libre arbitre :
Pour Harari, « les sciences de la vie sapent le libéralisme en soutenant que l’individu libre n’est qu’une fiction concoctée par un assemblage d’algorithmes biochimiques. (…) Le moi unique et authentique est aussi réel que l’âme éternelle, le Père Noël ou le lapin de Pâques »
« La technologie du 21ème siècle, peut, elle, permettre à des algorithmes extérieurs de +pirater l’humanité+ et de me connaître bien mieux que je ne me connais. A compter de ce jour, la croyance en l’individualisme s’effondrera et l’autorité sera transférée des individus aux algorithmes en réseau. Les êtres humains cesseront de se voir comme des êtres autonomes qui mènent leur vie à leur guise pour s’habituer à se voir comme un assemblage de mécanisme biochimiques constamment surveillé et guidé par des algorithmes électroniques. Pour que ceci se produise, nul besoin d’un algorithme extérieur qui me connaisse parfaitement et ne fasse jamais d’erreur ; il suffit que l’algorithme me connaisse mieux que je ne me connais et commette moins d’erreurs que moi. Il sera alors sensé de confier toujours plus mes décisions et choix de vie à cet algorithme. »

« Qu’adviendra-t-il le jour où nous comprendrons que les choix des clients et des électeurs ne sont jamais libres, et où nous disposerons de la technologie pour calculer, concevoir ou déjouer leurs sentiments ? Si l’univers entier est arrimé à l’expérience humaine, qu’adviendra-t-il lorsque l’expérience humaine ne sera qu’un produit modelable de plus, dont l’essence ne suffira plus à le distinguer de n’importe quel article de supermarché ? ».
Les humains n’étant plus finalement que des algorithmes biochimiques, il deviendra aussi possible de les hacker. Alors, « la plus grande menace viendra des hackers qui hackeront des humains, et non des machines ».
Une nouvelle techno-religion : le dataïsme, qui repose sur la liberté de l’information

L'historien parie sur l'apparition de techno-religions, post-humanistes, croyant en l’immortalité et aux paradis virtuels et qui seront essentiellement de deux ordres : « le techno-humanisme d'une part et la religion des données d'autre part ». La première croyant essentiellement dans un homme augmenté, homme-dieu, qui lancera une nouvelle révolution cognitive « avec le concours du génie génétique, des nanotechnologies et des interfaces cerveau-ordinateur. »
On l'a vu: Harari décrète la fin de l’humanisme de Hume ou de Voltaire qui défendaient l’idée que « Dieu est un produit de l’imagination humaine ». « Le dataïsme retourne aujourd’hui cette arme contre eux et leur répond : « Oui, Dieu est un produit de l’imagination humaine, mais celle-ci, quant à elle, n’est que le produit d’algorithmes biochimiques ». « Car le dataïsme fait valoir que ce sont exactement les mêmes lois mathématiques qui s’appliquent aux algorithmes biochimiques et électroniques. Ce faisant, il fait tomber la barrière entre animaux et machines (…) ».
Et le plus frappant c’est que, selon Harari, c’est la biologie et non l’informatique qui sera la discipline-clé du dataïsme.
Une des caractéristiques de cette croyance à venir c’est qu’elle « renverse la pyramide traditionnelle du savoir » : « Jusqu’ici les données étaient perçues comme la première étape d’une longue chaîne intellectuelle. Les hommes étaient censés distiller les données en information, les informations en connaissance, et la connaissance en sagesse. » Mais désormais les hommes n’ont plus la capacité suffisante de traitement de flux immenses de données qu’ils doivent sous-traiter aux Big Data et aux algorithmes informatiques.
La beauté et la force des données c’est aussi qu’elles constituent « un langage commun, construisent des ponts par delà les frontières universitaires et permet aux intuitions de passer facilement les frontières des disciplines. Musicologues, économistes et spécialistes de biologie cellulaire peuvent enfin se comprendre ».
« L’examen critique du dogme dataïste ne sera probablement pas seulement le plus grand défi scientifique du 21ème siècle ; ce sera aussi le projet politique et économique le plus urgent à mener. »
« Ecoutez vos sentiments ! » recommandait l’humanisme.
« Ecoutez les algorithmes », recommande le dataïsme ».
Impossible de freiner !
En débutant son ouvrage, Harari reconnaissait qu’aujourd’hui « personne ne sait où sont les freins ! ».
« Certains experts suivent ce qui se passe dans un domaine comme l’intelligence artificielle, les nanotechnologies et le « Big Data » ou la génétique, mais personne n’est expert en tout. Personne n’est capable de relier tous les points et d’avoir une vue d’ensemble. Les différents domaines s’influencent mutuellement avec une telle complexité que même les meilleurs esprits ne sauraient deviner en quoi les percées de l’intelligence artificielle pourraient avoir un impact sur les nanotechnologies et inversement. Personne ne peut assimiler toutes les découvertes scientifiques les plus récentes, personne ne peut prédire de quoi l’économie sera faite dans 10 ans, et personne n’a la moindre idée de ce vers quoi nous nous dirigeons avec tant de hâte. Personne ne comprenant plus le système, nul ne peut l’arrêter ».
A lire ! Et à suivre !
ES

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Françoise Mozzo 12/02/2018 16:08

Etienne,
Avec notre équipe MCC, nous venons d'avoir une réunion sur le transhumanisme, à partir du livre de Luc Ferry.
Ce qui m'a permis de me faire une idée des NBIC : oui, l'homme d'aujourd'hui prépare l’homo deus.
Merci pour cette approche avec Moïse.
Cordialement. Françoise

Duval Etienne 12/02/2018 16:18

Merci Françoise. Je suis entrain de lire "Homo deus". Mais j'aimerais bien lire aussi le livre de Luc Ferry sur le transhumanisme. Personnellement je pense qu'une mutation de l'humanité s'effectue en ce moment et il est important que nous y réfléchissions tous un peu pour partager ensuite. Mais se farcir "Homo deus" est une épreuve. C'est vrai que le retour à Moïse continue à me fasciner et à me divertir surtout s'il s'agit d'un Egyptien.. Bonne fin de journée !

Google 12/02/2018 00:25

L'article est maintenant référencé par google.

Aleph 11/02/2018 21:25

Symbolisme
« L’alphabet hébreu commence par un silence, en effet א n’a pas de son et se vocalise à l’aide d’une voyelle. Ainsi, Aléf pourra indifféremment se prononcer o, a, é, i, ou, seul le son que l’on fabrique pour la prononcer rend cette lettre audible. Bien qu’Alef soit en lui-même inaudible, le Sepher haBahir dit : l’oreille est faite à l’image du Aléf, il est l’essentiel des dix commandements“.
Aléf est le symbole de l’unité, du principe, par cela de la puissance, de la continuité, de la stabilité, de l’équanimité. C’est aussi le centre spirituel d’où rayonne la pensée, en établissant un lien entre les mondes supérieur et inférieur, le ciel et la terre; entre ce que le Zohar appelle Mi ( מי qui ? ) et Mah ( מה quoi ? ) » Vyria.
Cette lettre unifie les mondes de l’avant et de l’après création, les mots unité ( éh’ad–אחד ) et amour ( Ahavah – אהוה ) commencent par cette lettre en hébreu. Aléf est un lien qui s’établit entre les individualités ( dans le sens indivisible dualité ), en hébreu, « moi » se dit « ani » ( אני ), et « toi », l’autre, se dit « atha » ( אתה ). Ceci veut dire que toi et moi sommes un, attachés à la même origine, bien que différents en aspect. Aléf est le point de départ de toute chose, c’est pourquoi le Bahir ( 17 ) dit : “Pourquoi Aléf est-il placé en tête ? C’est parce qu’il a tout précédé, même la Torah“.
« Aléf signifie aussi abondance et force » (Yeroushalmi Menah’oth 8 :1).
Dans le Deutéronome : « Comment un poursuit mille ?” ( איכה ירדך אחד אלך ) ( Eik’ah yérdek eh’ad éléf ), se réfère à la puissance de la lettre Aléf capable de passer instantanément de l’unité à la pluralité, de 1 [a] à 1000 ( éléf ), paradoxe divin. La phrase « איכה ירדך אחד אלך (comment un poursuit mille) » a pour roshéi teivoth ( initiales ) les quatre lettres איאא dont les valeurs totalisent 13, valeur numérique de “éh’ad” ( אחד ), l’unité. Les soféi teivoth ( lettres finales ) des mots de la phrase sont הפדפ, dont les valeurs totalisent 169, soit 132 Le nombre 169 est le résultat de l’addition des trois mots אדם אלף אחד (Adam Aléf éh’ad), trois mots désignant la forme, le nom et le nombre de l’unité : Adam, le premier homme, Aléf, la première lettre et Eh’ad, l’unité.
Aléf est constitué de trois parties : En haut à droite un Yod ( י ), en bas à gauche un autre Yod ( י ) et pour réunir ces deux lettres, un Vav ( ו ) inscrit en diagonale. Cette composition attache l’unité du Aléf au Tétragramme car les trois lettres Vav Yod Vav ( ויו ) totalisent 26, valeur du Nom YHWH (יהוה). Cette relation symbolise l’Être Unique, en effet, le Nom יהוה contient l’Être passé, présent, futur : “Hayah” ( היה ), était, “Hové” ( הוה ), est, “Yhyéh” ( יהיה ), sera.
Sépher haBahir
§ 17 « Pourquoi Aléf est-il au début ? Parce qu’il fut avant tout, même avant la Torah ».
§ 70 « L’oreille est l’image du Aléf et Aléf est le commencement de toutes les lettres ; plus que cela, son existence conditionne celle de toutes les lettres. Aléf est l’image du cerveau, de même que pour prononcer Aléf on ouvre simplement la bouche [sans produire de son], la pensée s’étend à l’infini et sans terme ».
§ 79 « Car l’oreille est à l’image du Aléf qui est le fondement des 10 commandements ».
§140 « Et que signifie le mot “mari” ( מארי – mari signifie “mon maître” en hébreu ) ? Il indique qu’Aléf symbolise le Saint Palais. Tu dis Saint Palais, il est préférable que tu dises “Palais de la Sainteté”. “Que signifie le mot “az” ( אז ) (alors) ? Il nous apprend qu’il est interdit de prononcer Aléf tout seul ou de lui adresser la prière. Il faut lui attacher les lettres qui l’accompagnent et qui siègent principalement dans la Royauté (Malkouth). Les lettres qui écrivent Aléf sont trois [ אלף ]. Il en reste 7 parmi les 10 Paroles. A celles-ci correspond la lettre Zain (de valeur 7), comme il est écrit : Alors chanta (az yashir) Moïse avec les enfants d’Israël ».

https://www.kabbale.eu/la-lettre-aleph/

Appuyez sur aleph

Olivier Schmidt-Chevalier 10/02/2018 21:09

C'est sympa, chez Olivier, chaque fois que je présente un nouvel article, il y a toujours une place libre pour en fairre la promotion. Appuyez sur Olivier...

Philippe Brand 10/02/2018 20:31

Est-ce qu'il y a du blanc et du vide dans mon poème ?

Etienne Duval 10/02/2018 20:43

Ta houle est précisément faite pour créer du vide. Et finalement tu reviens en toi dans ton vide intérieur qui est le lieu d'une certaine énergie, peut-être l'énergie de l'Esprit...ais il me semble que ta versification assez rigoureuse t'oblige à un peu trop de plein...
Mais surtout fais comme tu sens.

Philippe Brand 10/02/2018 18:40

L’ENERGIE DE LA HOULE


Qui la pousse, l’entraîne, la fait vibrer, la roule,
Jour après jour, sans trêve, minute après minute ?
D’où vient son énergie, sans répit, sans relâche,
Obstination farouche, désopilant courage ?

Elle paraît fâchée, elle apparait en rage,
Elle démantèle tout quand soudain elle se fâche,
Le plus souvent, pourtant, en silence elle bute
Sur les galets tout ronds, qu’elle a polis en boules.

L’aller et le retour, mouvement de pendule
Dessinent des figures, au rythme de l’horloge,
Le jeu des fonds lacustres s’anime en cent modules
D’arabesques irisées, où des lutins se logent.

Avec acharnement, sans faiblesse, la houle,
Charrie les bois flottés, remodèle les plages,
Déstabilise roches et fait glisser coteaux,
Sape hautes falaises, érode tout relief.

Elle reste, au final, la maîtresse en son fief,
Semant les catastrophes au rythme de ses flots,
Recomposant le cadre de tout le paysage,
Obstinée, elle bouscule et transforme, la houle.

Le souffle de la vie stimule les vivants,
Toujours, en permanence, les pousse, les remue,
Les maintient identiques, accompagne leur mues,
Les tient en mouvement, comme un intime vent

Le souffle de ma vie, à chaque instant s’écoule ;
A l’insu de mon gré, à son rythme, mon cœur
Bat sans désemparer, de l’inertie vainqueur,
Dans mes veines et artères, sans cesse le sang coule.

Sans que j’y sois pour rien, l’estomac, l’intestin,
Digèrent l’aliment, nourrissent les cellules
Le pancréas, le foie, assimilent un festin,
Où donc ont-ils trouvé le secret, la formule ?

Pourquoi broyer du noir et se ronger les sangs ?
Tout comme la nature, notre corps a sa source
D’énergie en dedans, inlassable ressource,
Qui transforme et bouscule nos vies à cent pour cent.

29/11/2013- 03/02/2014

Etienne Duval 10/02/2018 18:46

Tout comme tu dis, notre corps a sa source d’énergie au-dedans, un dedans qui est apparemment sans fond.

Merci Philippe

Philippe Brand 10/02/2018 18:27

Etienne,

C'est toujours rafraichissant de recevoir tes "géniales élucubrations philosophiques".
En retour, un poème.
J'espère que tu vas bien, mais ta production le dit déjà.
Amicalement.

Etienne Duval 10/02/2018 18:34

Mes élucubrations ne sont pas géniales. Sinon il manquerait du blanc et du aleph. Et donc elles n’auraient aucune fécondité.
Je vais mettre ton poème sur le blog un peu plus loin.

Antoine 10/02/2018 18:13

Le conte de la lettre aleph est intéressant par son symbolisme. Elle joue un peu le rôle du Vide Suprême des penseurs chinois, elle est l'indifférenciation, l'indétermination, grâce auxquelles tout devient possible et imprévisible. C'est cette imprévisibilité que les "homo deus" veulent supprimer et veulent ainsi nous enfermer.

Il y a en effet une parenté entre ce conte et l'épisode des tables de la loi. Mais je ne sais pas s'il manquait la lettre aleph sur les tables. Elles ont été brisées car elles ne pouvaient montrer l'écriture de Dieu, qui aurait enlever toute liberté aux hommes. C'est la même raison pour laquelle lorsque Jésus écrit, il écrit sur le sable pour finalement ne pas laisser de trace objective.

Une petite remarque, il me semble qu'il n'y a pas dd lettres dans l'écriture chinoise.
Antoine

Duval Etienne 10/02/2018 18:16

Oui je suis assez d’accord avec ce que tu dis sur la lettre aleph, le Vide suprême et l’indifférenciation.

Sur les Tables de la Loi tu exprimes ce que je voulais dire : il manquait le blanc de la place de l’homme. Par ailleurs si il y a des lettres chinoises mais elles sont au moin quatre mille que l’on retrouve sur les machines à écrire. Il me semble qu’il y aurait quelque chose à prendre dans ta ligne de pensée en ce qui concerne les lettres hébraïques : à travers leur symbolisme, elles tentent de réunir l’objectif et le subjectif

Christine Duval 10/02/2018 10:57

Bonjour Etienne,

Je te remercie.
Ça y est, je suis de nouveau dans la boucle.

Une échappée belle - nourrie de tous mes voyages - pour mieux revenir lire tes textes.

Je retiens deux mots "l'intelligence" et la "toute puissance" qui m'amènent à exprimer ce qui me vient.

On croit pouvoir tout maîtriser grâce à l'intelligence, les progrès fantastiques de la science. On repousse les limites, on va de plus en plus loin...
On "fabrique" des robots.

L'intelligence dont on parle là, est technique, pragmatique, intellectuelle, "dans le faire".
Elle est l'instrument de la toute puissance et d'une forme de démesure, de la course effrénée en avant, d'un déséquilibre du monde.

Cet espace dont tu parles, ce vide, cette zone, ce sas, ... n'est ce pas l'espace où tout est possible ?
Ce temps de l'ici et maintenant.
L'ancrage.
L'équilibre.
Et quand on est pleinement là, présent à soi même, on revient à la nature des choses, à l'essence, à la vie.
C'est la page blanche qui laisse la place à la création. Une ré création. Un élan vital.

L'intelligence prend alors une autre forme. Elle est plus intuitive, émotionnelle, elle décode les signes, elle donne du sens, elle laisse la place à l'humain dans le sens où elle connecte chacun a son "âme".

Dans un monde qui s'emballe, il y a des signes qui ne trompent pas et qui nous alertent sur tous les risques, les déséquilibres actuels :

La nature qui reprend toujours ses droits et nous fait prendre conscience que la toute puissance est un leurre : quelques tsunamis ou inondations plus proches de chez nous ou les feux en Californie, ...

Donald Trump qui devient président des Etats-Unis et qui offre au monde entier la caricature de ce que nous "produisons"...

Mais il y a aussi des signes très positifs :

Le formidable attrait pour le retour à la terre, au vrai, à l'esprit communautaire - c'est ce qui explique notre attrait pour le Canada into the wild -...

La prise de conscience de la richesse de la culture amérindienne qui vivait simplement en harmonie avec la nature.

Finalement, il nous appartient d'appuyer sur PAUSE, de ne pas avoir peur du blanc et de laisser la place pour pouvoir continuer à exister pleinement.
Se reconnecter à soi même pour mieux "être" avec les autres aussi.
C'est fou de constater combien nous sommes connectés aujourd'hui via internet mais complètement déconnectés et déshumanisés !

Vive Diane Dufresne : Hymne à la beauté du monde :) nous avons entendu cette musique à la fin d'un spectacle du Cirque du Soleil au Québec et je crois que c'est la meilleure réponse aux mots que tu as écrits.

Ne pas laisser sauver le "aleph" c'est "tuer la beauté du monde".

Écoute !

Duval Etienne 10/02/2018 11:00

Je crois que je suis entièrement d’accord avec toi. Oui l’espace du aleph, c’est en effet l’espace où tout reste possible. Je suis aussi pour une intelligence plus intuitive, qui ne se reboucle pas sur la maîtrise de la raison. Mais comme toi je pense qu’il y a des choses positives qui se manifestent dans le monde d’aujourd’hui comme ceux dont tu parles. En même temps, je suis personnellement très intéressé par les algorithmes et les biotechnologies mais il faut à tout prix les insérer dans du blanc.

Très bonne journée !



Jean-Nicolas Hérique 10/02/2018 10:33

Etienne

Ton blog est très intéressant et mérite à lui seul un débat, mais nous regrettons (Claire et moi) qu'il risque de clore le débat avant qu'il ait commencé.

Ce texte d'Homo deus mérite un vrai débat : ce débat a lieu d'ailleurs même chez les trans-humanistes qui ne sont pas d'accord entre eux...on en parlera demain.

Laissons l'écoute réciproque se faire dans un groupe de Parole.

As-tu lu Homo deus ? Je suis loin d'être d'accord sur certaines de ses thèses mais je pense aussi, quand on le lit jusqu'au bout, que l'auteur ne serait pas en désaccord avec les derniers mots de ton texte:

"Il ne faut pas vouloir tout maîtriser, il est même indispensable de laisser des blancs, pour qu’avec la mutation nouvelle de l’humanité la vie puisse passer"

A demain donc

Bonne journée



Jean Nicolas

Etienne Duval 10/02/2018 10:44

Oui je veillerai à être dans l'écoute pour permettre un vrai débat.

A demain !

Philippe Delas 09/02/2018 19:15

Pour moi le « ventre » de « beth » évoque la Création et nous dit que « dans le principe » d’origine … du aleph .. 1ère lettre tout était là … et le beth est la 1ère lettre de la Genèse …

Quant au aleph, il inclut 2 « yod » séparé par une « barre en élévation » … il préfigure la différenciation … le Yin/Yang des chinois ….

C’est passionnant

Bien amicalement

Etienne Duval 09/02/2018 19:18

Merci pour cette réponse qui est celle d'un homme éveillé !

  • : le blog mythesfondateurs par : Etienne
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  • : Mythes, articles à partir des mythes, réactions sur le site Mythes fondateurs http://mythesfondateurs.over-blog.com/ Le mythe et le conte sont la parole dans sa première gestation. C'est pourquoi, si la parole est malade, comme le dit Vittorio Gasman, il devient urgent de revenir à ses fondements qui sont encore à notre disposition, à travers les mythes et les contes. Lorsque la parole ne fonctionne pas, c'est la violence qui gagne. Les mythes et les contes, par l'apprentissage du processus symbolique qu'ils proposent, sont là pour nous aider à faire sortir la parole de la violence. C'est de la naissance de l'homme lui-même dont il s'agit.
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