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5 janvier 2018 5 05 /01 /janvier /2018 15:48

La ville de Ghardaïa

https://media1.britannica.com/eb-media/23/136123-004-7C2110FC.jpg

 

Comme des mages venus d’Orient, les Arabes sont porteurs de somptueux trésors

 

Je pense personnellement que nous faisons fausse route dans nos rapports avec la culture arabe. Nous sommes crispés dans des peurs non raisonnées et nous faisons comme si le bien était de notre côté et le danger du côté d’autres courants que nous ne maîtrisons pas. Pour faire simple, sans chercher à justifier mon point de vue, je dirai qu’en Occident, nous sommes du côté de la rationalité alors que la culture arabe s’enracine dans une sorte de sensibilité esthétique où le beau conduit à une autre forme de la vérité.


Un restaurant marocain transformé en palais d’Orient

Il y a six jours à peine, juste après Noël, une amie m’invite dans un restaurant marocain de Lyon. Dès que je rentre, je suis ébloui par la beauté du lieu. Des couleurs multiples et douces viennent égayer les murs et le plafond. Les sièges avec des dizaines de coussins se déploient autour de superbes tables. Comme nous ne sommes que deux, la serveuse ne nous installe pas face à face, mais côte à côte dans un coin en angle droit. Tout est fait pour la qualité de l’accueil. Nous voici transportés  dans un véritable palais, en proie aux rêves qui précèdent une nouvelle naissance.

 

La maison de Nabatieh avec ses cinq salons

Tout cela m’évoque une maison surprenante au Liban. Grâce à Mohamed, lui-même d’origine libanaise, nous avions organisé « L’Opération des Mille et Un  Fauteuils Roulants » regroupant plusieurs ONG françaises en lien avec deux associations locales Arc-en-ciel à Beyrouth et Sarafand près de Saïda. C’était entre 1996 et 2001. Il s’agissait de fournir des fauteuils roulants à des milliers de handicapés, victimes de la guerre du Liban. Ahmed était alors directeur des relations extérieures à Sarafand. Personnellement, j’étais chargé de l’évaluation de l’opération, ce qui m’obligeait à suivre de très près les différents moments de l’action. Un dimanche, Ahmed nous invite à plusieurs, dans sa maison près de Nabatieh. Nous sommes reçus comme des princes. Il y a là cinq très beaux salons. Nous entrons dans celui qui était réservé aux hommes, en face d’un autre seulement réservé aux femmes. Chacun avait ses couleurs et son aménagement particuliers. Ce lieu de rêve jouait un rôle important dans la vie d’Ahmed. Il nous disait : « J’ai une famille de quatre enfants : trois filles et un garçon. Je tiens mon équilibre à cause de ma base, dans ma maison près de Nabatieh. Je souhaite que ce que je trouve au sein de la famille soit un exemple comme lieu de bonheur ».


Une promenade magique dans la Médina de Fès

Au mois d’avril 2012, je participe, à Fès, à un colloque sur la traduction des textes sacrés. Or une demi-journée est consacrée à la visite de la Médina. Ce sont 14000 maisons qui sont installées là avec leurs toits couleur de pierre et de terre. La ville a été fondée au 9è siècle par Moulay Idriss 1er et, depuis 1981, elle est inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco.

Pendant plusieurs heures, nous sillonnons les multiples ruelles et admirons les palais, les mosquées avec leurs minarets verts, les madrasas, les restes de l’Université Al Quaraouiyine. Il y a là aussi de multiples ateliers qui accueillent les menuisiers, les vanniers et les femmes artisans. Tous les espaces ruissellent de beauté. Un de mes interlocuteurs me dit que la promenade dans la médina de Fès a un effet thérapeutique pour tous les habitants de la ville. Et sans doute aussi pour les touristes.


La ville bleue de Ghardaïa qui surgit de la nuit

C’était il y a déjà longtemps. En 1979, je décide de m’approcher du Sahara. Rendu à Alger, je prends un car pour plus de 600 km, qui doit m’emmener à Ghardaïa. Le voyage est long et fatigant mais l’aboutissement est merveilleux. Il est six heures du matin. Tout à coup, nous voyons surgir sur une colline, une ville toute bleue, qui sort de la nuit. Le désert qui l’entoure la met encore plus en valeur. Je ne sais plus si je suis dans le rêve ou la réalité. J’en garde encore aujourd’hui un souvenir lumineux.


La femme qui change cinq fois de vêtement au cours d’un repas

Pour vérifier l’opportunité de ce blog, j’en parle, il y a deux jours, à un professeur tunisien. Il me rassure, me disant que mon intuition est juste et, pour aller dans mon sens, il me raconte une petite histoire. Il est invité au Maroc chez un collègue. Or il constate que la femme de son ami change cinq fois de tenue vestimentaire pendant la durée du repas. Ayant habité pendant de nombreuses années dans les banlieues lyonnaises, j’ai toujours constaté que le vêtement revêtait une grande importance, quels que soient les moyens financiers, pour les habitants maghrébins. Il doit contribuer à mettre en relief la beauté de celui qui le porte.


Tout homme, comme mon plombier de Noël, a la dignité d’un prince

Nous sommes le 27 décembre dernier. Le lendemain 28, je dois recevoir à midi sept personnes de ma famille. Or je constate qu’il y a une fuite au-dessous de mon évier. Vite, j’avertis Ali mon plombier. Il me fait savoir par SMS qu’il n’est pas libre dans l’immédiat. Après plusieurs appels répétés, il me répond, vers 5 heures de l’après-midi,  qu’il passera peut-être dans deux heures. A 19 heures 30, il n’y a toujours pas d’Ali à l’horizon. De nouveaux appels se succèdent sans succès. Ali décroche pourtant vers 10 heures du matin, le lendemain. Il me fait espérer qu’il sera chez moi dans une heure et demie. Mais, comme je m’y attendais, mon plombier ne se présente pas à l’heure dite. Alors, je deviens raciste à l’intérieur de moi : « Ces Arabes n’ont pas de parole. On ne peut pas compter sur eux ! » Je prends provisoirement mon mal en patience en installant une cuvette dans l’évier. Et puis, à 12h30, un appel de la porte : c’est mon frère qui voudrait que je lui ouvre le parking de l’immeuble. Je descends rapidement. Or Ali est là : en grand seigneur il salue tous les membres de ma famille, après avoir constaté nos ressemblances entre frères. Et puis il monte avec nous, repère rapidement les dégâts et donne, avec sa clef, un tour de vis, qui remet tout en ordre. Le voici triomphant, avec en plus la beauté du geste. Il nous souhaite à tous un très bon repas.


La beauté de l’Orient est là pour redonner chair humaine à la prétentieuse raison de l’Occident

Ici, en occident, nous pensons que la raison a forcément raison de tout. C’est logiquement convenable, mais la raison n’a ni corps ni émotion. Elle se déploie dans un univers inhumain. Il lui faut le tour de vis de mon plombier arabe, avec son geste princier pour retrouver sa dimension humaine et donner toute sa splendeur à une vérité, qui, jusque-là, reste trop désincarnée. Si nous voulons continuer notre marche vers un avenir plus radieux, nous avons besoin d’un mariage entre la beauté et la raison, entre l’Orient et l’Occident.

Etienne Duval

 

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commentaires

M
DESIR ET BEAUTE EN ISLAM DE MALEK CHEBEL



S’interroger sur la place du désir et de la beauté en islam est loin d’être anecdotique tant ces notions y sont taboues et centrales à la fois. Taboues en ce qu’un certain nombre de théologiens fondamentalistes y voient une forme de dévoilement diabolique. Centrales en ce qu’elles sont essentiellement humaines, voire même profondément spirituelles. Par essence, l’islam embrasse de nombreux aspects de la vie et codifie le lien au corps. Et alors que dans une vision dogmatique de l’islam, le désir est une réalité refoulée et donc proscrite, pour Malek Chebel il en est, au contraire, une part essentielle, anticipation du Paradis, et condition du bonheur ici-bas. À travers l’étude de la calligraphie, du tatouage, de l’amour des pierres précieuses, de l’art des jardins, l’auteur nous révèle l’importance du beau en islam, reflet d’une existence de plaisir tout autant que d’une attitude spirituelle. Il est urgent, pour lui, d’initier une nouvelle théologie en terre d’islam, celle de la Raison face à l’idéologie assassine, celle de la Lumière face à l’obscurantisme, celle de la paix face à la monstruosité du crime, celle du désir face à l’interdit. Un véritable traité du bonheur en terre d’islam.
MALEK CHEBEL
Anthropologue des religions, philosophe et psychanalyste, grand spécialiste de l’islam, Malek Chebel est connu pour ses prises de position en faveur d’une réforme de cette religion incluant certains aspects positifs de la modernité politique. Il est, entre autres, l’auteur de L’islam expliqué par…, d’un Dictionnaire encyclopédique du Coran, de L’érotisme arabe et, plus récemment, de L’inconscient de l’islam.
Répondre
N
J'ai relu le blog que vous m'avez envoyé ; c'est un très beau voyage, mais je pense que la vie des deux communautés est tellement différente que, malgré tout le respect que l'ont doit porter à l'Orient et ce qu'il peut nous apporter, il sera toujours très difficile de cohabiter . Ceci n'engage que moi .....

Amitiés .
Répondre
D
Ce que vous dites correspond en effet à ce que beaucoup pensent, de part et d’autre. Personnellement, je pense qu’il y a un malentendu. C’est pourquoi j’ai voulu revenir aux racines de la culture arabe qui mettent en valeur l’esthétique ou la beauté. Chaque culture apporte aux autres ce qui lui est propre si bien que les cultures se fécondent les unes les autres. Or la culture occidentale marquée par le christianisme valorise surtout le logos ou la raison. Or la raison qui vise l’universel n’a pas de corps. Elle a besoin de la culture arabe pour favoriser son incarnation à travers la beauté. Je ne veux pas dire pour autant qu’il n’y a pas de beauté dans la culture occidentale ni de raison dans la culture arabe. Mais je pense que la raison est une dominante chez nous et la beauté du côté de la culture arabe. En raisonnant ainsi, je veux ramener chacun à sa propre culture qui est aussi valorisante d’un côté que de l’autre, avec l’idée que personne ne doit se soumettre à l’autre, mais faire sa place à l’autre. Ce faisant je cherche à sortir l’occident de sa prétention et à redonner confiance aux Arabes eux-mêmes. Et, dans le même mouvement, je voudrais faire comprendre que l’islamisme terroriste est en contradiction avec ses propres racines car, dans un monde humain, le terrorisme qui veut l’emporter par la force est à l’opposé de la beauté originelle.
J
Oui , entièrement d' accord avec toi !

Bonne journée .
Répondre
M
Je veux te dire, à propos du dernier article de ton blog sur la culture arabe, que j'associe toujours à la beauté de ces pays à laquelle je suis également très sensible, la sensualité qui m'en paraît indissociable (parfums, couleurs, cuisine, musiques, . . .) et qui la nourrit (ce n'est pas Gide qui va me contredire !). . . D’'ailleurs dans ma prime jeunesse la lecture des Nourritures terrestres a été pour moi un enchantement et un peu plus tard, Camus ce qui m'a valu d'aller à Tipasa. Souvenirs, souvenirs . . .
Bonne soirée
Répondre
E
Je suis assez d’accord pour dire que la beauté arabe est souvent associée à la sensualité, qui s’exprime dans les parfums, les couleurs, la cuisine, la musique, les chants et les danses. C’est vrai, comme on me l’a fait remarquer, que la volonté de cacher la beauté de la femme entre en contradiction avec les racines de la culture originelle. Aussi mon idée d’insister sur la beauté est une manière de faire apparaître le côté artificiel et polluant de ce qui va à son encontre.
J
Bonsoir Etienne ,


merci pour ton message et les propos du blog de Janvier dont la conclusion pourrait constituer un voeu pour 2018 : marier la raison et la beauté !

La culture arabe est majestueuse : architecture , jardins , miniatures , tapis etc ...mais j'ose dire que ce qui est dangereux c'est la dérive autoritaire qui condamne les femmes à être vêtues de noir , couvertes de la tête aux pieds ...
Répondre
D
Je pense personnellement que la beauté constitue un fondement essentiel de la culture arabe. Or, obliger les femmes à être vêtues de noir et à se couvrir de la tâte aux pieds, c'est le contraire d'un tel fondement, puisqu'on cache la beauté elle-même. Autrement dit, il y a là une contamination qui pollue la culture.
Y
Je t'avais parlé Etienne lors d'une de nos rencontres, d'un livre que m'avait offert un des traducteurs d'Ibn 'Arabi "Traité de l'Amour" qu'il m'avait conseillé de lire à dose homéopathique, un conseil que je suis scrupuleusement et dans lequel j'ai découvert ce poème que je voudrais confier sur ce blog.
"De moi, je me détache, mais le désir m’absorbe.
Je fréquente l’aimé mais je ne peux guérir.
Car le désir demeure quand l’aimé est absent,
Comme il est persistant pendant qu’il est présent.
Sa rencontre cependant vient susciter en moi
Un état dans mon âme assez inopiné.
Mais à la guérison en moi se substitua
Une affection nouvelle née du transport d’amour,
En découvrant un être dont la beauté s’accrût
Dès le premier moment où je la rencontrai
Dans sa beauté splendide et sa magnificence.
Mais il convient alors qu’il garde avec l’aimé
Un lien d’affinité dans son débordement,
Quand devant la beauté se développe en lui
Une union concordante pleinement épanouie."

La page suivante l'auteur écrit :
Certes, l'amour a pour cause la beauté (jamâl) qui appartient à Dieu et qui est aimable par essence. Car "Dieu est beau (jamîl) et aime la Beauté" (*).
(*) Hadîth prophétique célèbre, consigné dans les recueils sûrs de récits prophétiques.

Il me semble effectivement que le monde arabe a beaucoup à nous apprendre sur la beauté qui entoure notre monde.
Répondre
D
Merci Y.ves de contribuer à élargir notre réflexion à tous. En effet, les textes que tu présentes montrent bien comment la beauté imprègne toute la pensée arabe et musulmane. D'une part, Dieu est un chef d'oeuvre de beauté, qui donne leur éclat à toutes les beautés du monde. D'autre part, en donnant une place essentielle à la beauté dans l'amour, cette pensée montre comment l'amour est possible sans détruire. La beauté introduit dans l'amour l'harmonie et renforce ainsi la possibilité du vivre avec.

B
HYMNE A LA BEAUTE DE CHARLES BEAUDELAIRE


Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme1,
Ô Beauté ! ton regard, infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l'on peut pour cela te comparer au vin.

Tu contiens dans ton œil le couchant et l'aurore ;
Tu répands des parfums comme un soir orageux ;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l'enfant courageux.

Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien ;
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.

Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques ;
De tes bijoux l'Horreur n'est pas le moins charmant,
Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques2,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.

L'éphémère3 ébloui vole vers toi, chandelle,
Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau !
L'amoureux pantelant incliné sur sa belle
A l'air d'un moribond4 caressant son tombeau.

Que tu viennes du ciel ou de l'enfer, qu'importe,
Ô Beauté ! monstre énorme, effrayant, ingénu !
Si ton œil, ton souris5, ton pied, m'ouvrent la porte
D'un Infini que j'aime et n'ai jamais connu ?

De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou Sirène,
Qu'importe, si tu rends, - fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! -
L'univers moins hideux et les instants moins lourds ?


Charles Baudelaire - Les Fleurs du mal
Répondre
D
LE BLOC-NOTES D’ANTIOCHUS

Le poème «Hymne a la beauté» appartient à la section « spleen et idéal » des Fleurs du Mal de Charles Baudelaire en 1857. Il est dédié à Jeanne Duval, une maîtresse de l’auteur. Dans ce poème, Baudelaire cherche ce qu’est la beauté et exprime une idée paradoxale sur la beauté : elle est divine et elle est satanique à la fois. Il se demande d’où elle vient : « viens tu du ciel profond ou sors tu de l’abîme ? » et encore « sors tu du gouffre noir ou descends tu des astres ? »
Il y a une double postulation de la beauté : elle est satanique et divine. Dans ce poème il y a un rythme binaire : le bien/ le mal. Qu’importe si elle vient du bien ou du mal, Baudelaire la trouve immorale. La beauté est maîtresse de tout et dirige tout, elle fait de son auteur un esclave et une victime car elle est lié aux enfers et donc a la mort : « le destin charmé suit tes jupons comme un chien ». La beauté est une réponse esthétique au spleen.
http://antiochus.over-blog.com/article-hymne-a-la-beaute-charles-baudelaire-72991639.html
A
Qui est déraciné déracine. Qui est enraciné ne déracine pas. S Weil
Répondre
D
Je suppose que cette phrase n'a pas grand chose avec ce blog. Mais le hasard fait bien les choses. Les Arabes qui viennent habiter chez nous sont porteurs de somptueux cadeaux. Mais si nous n'acceptons pas de tels cadeaux, les nouveaux habitants seront déracinés et contribueront à nous déraciner de nos propres racines.
M
LA BEAUTE DE DIEU


Je lis en ce moment Eyes wide open, un livre sur la beauté que m’avait conseillé Stéphane. Je prends vraiment beaucoup de plaisir à le lire, on est finalement assez peu enseigné sur ce sujet. Ce livre développe une théologie de la beauté et m’invite à reconsidérer tout ce qui m’entoure et tout ce que Dieu me donne de profiter. J’ai prévu d’en faire une recension une fois terminé, mais en attendant, je ne me retiens pas de vous en partager un extrait.
Dans le premier chapitre, The beauty beyond, DeWitt explique pourquoi nous aspirons tous à la beauté, pourquoi nous y sommes autant sensibles. Toute beauté pointe vers la beauté de Dieu, qui en est la source et la mesure. Mais quand on parle de beauté en parlant de Dieu, on a du mal à se figurer ce dont on parle, pour au moins trois raisons :
1. Même si Dieu a choisi d’exprimer sa beauté de manière visible, physique, cette expression n’est pas la beauté de Dieu en elle-même. Nous ne devons pas confondre l’expression visible de sa beauté avec son caractère essentiel. La Création par exemple est une expression de sa beauté mais n’en constitue pas l’essence. Nous sommes habitués à parler de beauté en terme de sensations, mais la beauté de Dieu dépasse nos sens.
[Tweet « La beauté de Dieu dépasse nos sens »]
2. Deuxième problème, la beauté est souvent vue comme une préférence personnelle, une question de goût. Souvent, c’est celui qui regarde qui dit ce qui est beau, de manière subjective. La beauté varie alors selon la culture et les préférences de chacun. Mais la beauté de Dieu dépasse les cultures, les préférences et la subjectivité. Elle est divine, éternelle et infinie. Il est beau. Il l’a toujours été et le sera toujours.
[Tweet « La beauté de Dieu dépasse les cultures, les préférences et la subjectivité. »]
3. Troisième difficulté, la beauté de Dieu dépasse notre entendement. Elle dépasse notre capacité à comprendre. En un mot, elle est ineffable. Dieu transcende toute définition esthétique. On ne peut pas voir sa beauté (son essence), on ne peut l’évaluer et on ne peut la comprendre.
[Tweet « La beauté de Dieu transcende toute définition esthétique. »]
L’auteur le dit bien : « Notre finitude limite notre compréhension, mais ce que nous pouvons voir et comprendre nous pousse à nous émerveiller – ce qui précède l’adoration. » Plus loin dans le livre, on retrouve ce schéma : Beauté > Émerveillement > Adoration.
DeWitt se demande alors si la beauté de Dieu est un attribut ou simplement une description de Dieu :
Les choses créées peuvent être belles esthétiquement (Dieu l’a dit quand il les a déclarés « Très bonnes »). La beauté de Dieu en revanche, est plus qu’une description, elle est inhérente à son Être éternel. La beauté de son caractère signifie que sa beauté transcende nos faibles tentatives d’y apposer une étiquette esthétique. Comme Jonathan Edwards a écrit :
Comme Dieu est infiniment l’Être le plus grand, il est donc autorisés à être le plus beau et le plus excellent : et toute la beauté que l’on trouve de par la création entière n’est que le reflet de rayons diffus de cet Être qui a une infinie plénitude d’éclat et de gloire ; Dieu…est le fondement et la fontaine de tout être et de toute beauté.¹
C’est ce que les cieux crient. C’est ce que déclare toute beauté bonne et désirable dans l’univers. Dieu est lui-même beau et la somme de tout ce qui est désirable. Plus une chose est belle et admirable, plus le blasphème est grand de ne pas désirer prendre plaisir en elle. Dieu est l’objet de notre envie de beauté. Comme beauté au-dessus et derrière toute beauté créée, Il est la mesure de ce qui est vraiment beau. Un mètre en est une bonne illustration. Un mètre mesure un mètre et fait lui-même un mètre. La beauté de Dieu est comme ça. Il est beauté et Il est la mesure de toute beauté.
Mais Dieu est beaucoup plus que juste la mesure de la beauté. Il est la source et le standard de toute beauté. Dans un sens, Il est comme le soleil. Quand vous choisissez une couleur pour votre maison, on vous conseille souvent de regarder l’échantillon de couleur au soleil. Pourquoi ? Si vous voulez voir la vraie couleur, vous devez placer l’échantillon à la lumière du soleil. Le soleil est la source de la lumière, et ses rayons révèlent la vraie beauté dans tout le reste. La beauté de Dieu est comme ça. Il est ce qu’Il mesure. Sa beauté est essence et source, attribut et adjectif. Toute beauté que nous expérimentons découle et reflète ce qu’Il est.²
Ce livre me donne envie d’adorer Dieu pour sa beauté et de le louer pour ce qui est beau autour de nous.
Et toi, c’était quand la dernière fois où tu as loué Dieu pour sa beauté ?
Splendeur et majesté rayonnent de son être,
et puissance et beauté ornent son sanctuaire.
– Psaume 96.6
¹ Jonathan Edwards, The Nature of True Virtue, pp. 252-53
² Steve DeWitt, Eyes wide open, pp. 17-18

APPUYER SUR MATTHIEU GIRALT
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D
On comprend dès lors que, pour un croyant, produire de la beauté ou développer les arts est une manière d'honorer le créateur aussi bien pour un chrétien que pour un musulman. Mais peut-être le musulman arabe est-il mieux préparé pour agir en ce sens.
E
Bonjour Rédouane,



En réfléchissant au sujet du blog, j’ai la nette perception que l’on se méprend sur le Dieu de l’Islam. Il ne doit pas s’agir d’un dieu autoritaire, mais d’un Être dont la beauté dépasse toutes les beautés du monde. Il est le plus beau de tous les princes : c’est pour cette raison surtout que l’on se prosterne devant lui. Ce serait plus cohérent avec la culture arabe, telle que je la perçois. Il y aurait eu ensuite une contamination venant d’une société qui dévie vers l’autoritarisme. Et si je parle de beauté, c’est plutôt féminin, car c’est surtout la femme qui est belle…
Répondre
R
Merci de ton message et excuse ma réponse tardive, mais je suis resté quelques jours à Grenoble et dans les Alpes avec les enfants.
Je trouve ton intuition percutante. La beauté est en effet un élément majeur de la culture arabe. Les historiens et anthropologues en ont souligné diverses manifestations, dont l'architecture, l'esthétique de l'eau, le paysagisme... L'art des jardins pendant le règne musulman en Andalousie a atteint des dimensions sublimes.
L'insistance sur la beauté, qu'on retrouve aussi dans la pratique de la langue (parler arabe c'est d'abord bien le parler), dans le domaine de l'hygiène du corps, dans le domaine vestimentaire (cet aspect a été tellement important que certains mots français ayant trait aux vêtements viennent de l'arabe: chemise, jupe...).
Certains de ces aspects culturels viennent de la culture arabe préislamique. Il en est ainsi de la beauté de la langue quotidienne ou de la poésie. Mais l'Islam a eu une influence immense dans le domaine.
Comme d'autres, j'ai souvent entendu ce fragment de hadith prophétique: "Allâh est Beau et Il aime la beauté". Ce hadith fonctionne comme une règle à la fois éthique et esthétique. Je l'ai entendu dans divers contextes et chaque fois on attirait mon attention sur l'importance sacrée de la beauté.
Tous les musulmans connaissent ce fragment de hadith, mais peut-être pas tous ne connaissent l'ensemble du hadith. Le voici:

D'après 'Abdullah Ibn Mas'ud le prophète Mohammed a dit :

« "N'entrera pas au Paradis quiconque a le poids d'un atome d'orgueil dans son cœur".
Un homme a dit : "Et si un homme aime les beaux vêtements et les belles chaussures ?"
Le prophète dit : "Allâh est Beau et Il aime la beauté. L'orgueil c'est de refuser la vérité et de regarder de haut les gens" ».

Les hadiths sur la question de la beauté sont très nombreux et variés. Tu en trouveras beaucoup sur Internet. Il en est de même des versets coraniques.

Quant à ta remarque sur l'autoritarisme, je ne sais pas jusqu'où je pourrai te suivre. Dans autoritarisme il y a une notion d'arbitraire et de violence dictatoriale, voire tyrannique. Mais il y a aussi la Loi, et celle-ci est nécessaire. La beauté ou l'harmonie dépend elle-même d'une loi. Mais c'est surtout la pulsion qui nécessite l'autorité de la loi. Nous avons travaillé sur ces questions quand nous avons écrit *La violence et la parole*. Les chapitres que j'ai consacrés à la version coranique de la Genèse et du récit d'Abel et Cain abordent ces sujets.

Ta vision est proche de celle d'Ibn Arabi (le grand Soufi andalou, le Maître des maîtres soufis) qui voit le divin dans la beauté féminine.
Pour moi la beauté est asexuée ; elle est dans le corps mais aussi au-delà de lui, comme la lumière. Et, justement,

"Allah est la Lumière des cieux et de la terre..." (Coran, 24: 35)

Enfin, je pense que la civilisation arabo-musulmane n'a pas déprécié la raison. Bien au contraire, le Coran et les hadiths insistent sur l'importance et la nécessité de la réflexion rationnelle. Historiquement, les sciences se sont épanouies dans le monde musulman, et on connaît les ouvrages d'Ibn Roshd (dit Averroes) sur l'articulation essentielle entre la foi et la raison.

Voici une réaction spontanée à ton message. Il reste certainement beaucoup à dire et à préciser...
Amicalement.
Rédouane
D
J'ai eu raison de t'interroger car ta réponse est merveilleuse pour moi. J'apprécie tout particulièrement l'idée sur la beauté de Dieu. Je te suis aussi lorsque tu dis que la beauté dépend elle-même d'une loi. Personnellement je me situais du côté des non musulmans qui essaient de comprendre l'Islam ; ils ont tendance à voir dans le rapport de Dieu aux hommes la situation de dépendance de la femme par rapport à l'homme et même sa justification.Enfin en ce qui concerne la raison, je reconnais facilement que la civilisation arabo-musulmane n'a pas déprécié la raison. Mais je voulais souligner que la dominante du côté de l'Occident se situait surtout du côté du logos (de la raison) et que, dans la version orientale, c'était plutôt la beauté qui l'emportait sans exclure pour autant la raison. Je cherchais dans le blog ramener les égarés de l'Islam à la raison en les ramenant à la beauté.
F
Un mariage entre la beauté et la raison,

souhaitons-le pour cette année 2018. Françoise

Françoise MOZZO
Répondre
D
Je sais que c'est déjà ta philosophie et ton horizon. Je souhaite pourtant que tu refasses le saut avec toute ta famille et tous tes proches !
H
Merci de ton beau texte et très bonne année 2018 avec ma fraternelle amitié.Hugues
Répondre
D
Merci Hugues et très bonne année aussi à toi !
S
Ce texte m'a été transmis par Francesco Azzimonti

PETITE MEDITATION SUR LE MYSTERE DE L'EPIPHANIE SUR LA TERRE DE L'AUTRE



Entendue et méditée en Europe, l’histoire des mages garde quelque chose de féérique et d’irréel. Tels des enfants, nous nous laissons porter vers cette grande préfiguration de toutes les nations reconnaissant le Sauveur, L’adorant et – parce que l’esprit va toujours très vite dans les rêves – entrant dans l’Eglise puisque « associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Evangile. » (Ep 3,6). Reste que l’évangéliste Matthieu, s’il avait seulement voulu exprimer cette vision eschatologique, se serait sans doute contenté de placer les mages à la crêche sans autre forme de procès. Au contraire, il semble se plaire à nous donner pléthore de détails sur leur parcours de Jérusalem à Bethléem. Et si ces étapes avaient un rôle et un sens… Si elles étaient là pour nous révéler la manière que Dieu choisit pour agir avec l’autre croyant et l’attitude qu’il attend de notre part à leur endroit. Si cette page était destinée à nous ouvrir au grand mystère de l’altérité des religions, non pas en nous donnant une justification de leur existence, ce qui ne serait pas dans les habitudes de l’auteur divin, mais en nous proposant une praxis, une conversion de nos regards et de nos comportements… C’est en tout cas ce à quoi que les échos entre cette page d’Evangile et la vie au plus simple de la médina me conduisent aujourd’hui…

Les mages ont vu l’étoile et se sont mis en route. Ces hommes étaient des chercheurs. Des chercheurs de vérité sans doute, de Dieu très vraisemblablement car on ne saurait scruter les astres sans croire à une forme de transcendance. Et c’est au cœur de leur quête qu’ils se sont sentis appelés à se mettre en route. Tant de gens aujourd’hui cherchent avec une honnêteté et une conscience inlassable, au cœur de l’Islam, de l’athéisme ou d’autres approches. Certains creusent les textes de leurs traditions, d’autres se mettent à l’écoute intérieure de ce qui naît en eux, d’autres enfin s’engagent pour la justice et pour les autres sentant imperceptiblement que leur quête fondamentale se joue là. Or, la Bonne Nouvelle de Noël c’est que Dieu vient leur parler là, au cœur même de leur effort (de leur ijtihad), au coeur de leur monde, avec leurs mots. Dieu précède comme l’ont découvert avec stupéfaction les théologiens de la Renaissance inquiets du salut de tant d’âmes qui n’auraient pas été approchées par le Christ…
Ensuite, les mages se sont dirigés vers Jérusalem, vers nous en somme, avec leurs questions qui nous déroutent parfois : « A quelle heure priez-vous chaque jour ? Pourquoi prétendez-vous jeûner alors que vous continuez à manger ou à boire ? Pourquoi les religieux ne se marient-ils pas ? » Ces questions, nous les avons entendues mille fois : elles peuvent nous énerver, nous faire parfois nous sentir supérieurs car détenteurs d’une vérité que l’autre n’aurait pas, lui qui cherche dans le noir… Mais, n’emprunterions-nous pas le chemin d’Hérode, des grands prêtres et des scribes en pensant ainsi ?... Or le Seigneur nous appelle à un simple service rendu à Sa Parole : Il nous demande de dire Sa Parole à l’autre croyant qui, mystérieusement, peut en avoir besoin sur sa propre route. L’autre soir, j’étais au chevet de notre volontaire le plus ancien. A 82 ans, ce vieux cordonnier me paraissait plus proche de notre sœur la mort corporelle que jamais. Il a tenu à me partager combien il avait été touché par une parole que lui avait jadis adressée notre vieux frère Joël : « Avec lui j’ai appris que, non seulement nous étions à Dieu, mais que nous venions de Lui (min Allah) ! » Et cela changeait tout pour lui : nous étions frères par grâce car ancrés dans cette unique racine de la miséricorde divine. Bien sûr, un bon fqih aurait pu lui objecter que la même notion se trouve dans les hadiths, mais Dieu avait voulu avoir besoin d’un chrétien pour qu’il creuse son propre chemin de musulman dans le sens de cette unité si chère à l’Islam. Là est la deuxième Bonne Nouvelle de Noël : ce besoin que Dieu choisit d’avoir de nous, simplement pour redire la Parole qu’Il nous a donnée. Elle nous place ainsi dans la position juste : pas celle de celui qui veut se justifier, asseoir son identité ou son pouvoir, ou encore se défendre, mais celle tout simplement de celui qui est appelé à répondre aux questions de l’autre croyant sur la Parole qui lui est confiée en croyant fondamentalement que cette Parole qui le fait vivre peut également être utile à l’autre sur le chemin que Dieu fait avec lui.
Car, finalement, tout tient dans les mains de Dieu comme nous le rappelle l’étonnante réapparition de l’étoile et son parcours jusqu’au-dessus de la maison. L’évangéliste ne croit pas plus que nous à cette étoile qui se poserait sur une maison : elle aurait déjà tant de mal à désigner un pays ! Mais il nous signifie par là que Dieu prend les rênes. Or, tous nous avons été et sommes encore témoins que Dieu a des parcours étonnants au cœur de la vie de nos frères autres croyants ou incroyants. Il y a tant de baptêmes de désir au sens le plus fort qu’il nous est donné de contempler au cœur de ce monde de l’Islam. Mais là, il convient de se taire, car on pénètre dans le secret de Dieu et des cœurs.
Les mages, eux, continuent leur chemin et finissent par entrer dans la maison où ils adorent l’enfant. C’est là que nous entrons en scène pour la seconde fois. En effet, l’Eglise, nous, c’est Jérusalem qui témoigne de la Parole qui lui a été confiée, mais ce sont aussi Marie et Joseph qui portent l’enfant-Dieu. Le Christ, nous le portons en nous et contre nous. Cette présence christique, c’est notre propre naissance à la vie divine dont parle Jean dans son Prologue : « A ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jn 1,12). Du Christ, nos frères d’Islam ne sauraient voir que ce que nos existences transformées, nouvellement accouchées et appelées à une vie toujours plus neuve peuvent leur en révéler. L’autre jour, un de nos anciens qui sentait, lui aussi sa fin approcher, me disait : « Vous êtes chrétien, je suis musulman. Le jour de ma mort, dites une messe pour moi ! » Ceci ne faisait pas de lui un chrétien : il se savait, se sentait et se voulait musulman. Cependant, tout comme ces mages qui ne sont pas revenus par Jérusalem mais sont repartis par un autre chemin, il avait « besoin » de rencontrer le Christ. Quelque chose de grand et de proprement divin se jouait là… et l’Eglise « gardait tout dans son cœur » (Lc 2,19)…

Tel m’apparaît donc ce mystère de Noël à la lumière de l’étoile de l’Epiphanie dans la maison de l’autre : comme le mystère de la délicatesse de Dieu qui sans cesse se plaît à dépasser nos schémas limitatifs et exclusifs. Un Dieu qui vient, qui précède et qui choisit d’avoir besoin de nous, nous appelant à demeurer à la juste place, celle du serviteur de la Parole, celle du témoin de la Vie surabondante des enfants de Dieu en lui-même, celle de celui qui ne cherche pas à retenir et à s’approprier l’autre. Un Dieu qui joue avec nos différences (Christian de Chergé) et qui, plus encore, nous donne la joie du serviteur qui, lorsqu’il se sait à sa place et donnant le peu qui lui est demandé, peut contempler son Maître à l’œuvre dans le cœur de chacun et au cœur même de ce qui le fait le plus autre. Comme Dieu est grand…
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D
Merci pour ce texte qui nous déplace pour faire une place à l'autre, pour laisser sa place au chemin de l'autre. Nous croyons trop facilement qu'il n'y a qu'un chemin et qu'il faudrait convertir l'autre à notre chemin. Mais, à la limite, il y a autant de chemins que d'individus et c'est au croisement des chemins que chacun pourra devenir soi-même. Personnellement j'ai cru percevoir un aspect du chemin des individus de culture arabe : il consisterait à produire de la beauté dans le monde et pour les hommes. Certains m'ont dit que j'embellissais la réalité et qu'il fallait tenir compte de la dérive de certains islamistes. Or c'est précisément parce que cette dérive est moche, que j'ai voulu montrer qu'elle était une fausse route. Pour les égarés à la raison, j'ai tenté de les ramener à la beauté, peut-être le chemin par excellence des Arabes eux-mêmes. Dans leur foi Dieu ne peut pas être le reflet d'un surmoi moralisant et destructeur. Il ne peut être qu'un chef d'oeuvre de la beauté.
J
Cher Etienne
Meilleurs vœux pour 2018. Que l'année soit riche d'échanges comme vous avez si bien su les orchestrer par le passé.
Depuis que pour des raisons de santé, je ne fréquente plus le café-ciné, je m'appauvris et deviens un peu bête
Je vais tenter une (dispensable) contribution:
N'accordez vous pas toujours un point d'avance à " l'autre ", par générosité?
La très grande beauté peut être aussi d'une violence sidérante et les émotions qu'elle suscite sont contradictoires: de la contemplation et l'admiration, à l'envie ou à la haine et la raison est un garde-fou
Je connais peu le monde, malheureusement, mais ici, en France, j'ai travaillé au rapprochement entre les cultures dans mon quartier: la main tendue ne suffit pas; reconnaître l autre, lui reconnaître des vertus ne suffit pas . J'ai décidé pour ma part - petite espagnole nourrie de culture française- de porter haut les couleurs de celle-ci. Rimbaud, la chanson française et même l'accordéon. Ce n'est pas très ...raisonnable. Mais j'aime beaucoup le oud et l'artisanat d'art du Maroc
A un jour prochain, peut-être
Juliette Germain
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D
Bonjour Juliette,

J’ai été très content de voir ta signature. Jusqu’ici j’ai toujours apprécié tes interventions, en tout cas, dans le café, parce qu’elles étaient porteuses d’une expérience profonde. Aussi je suis très attentif à ce que tu me dis aujourd’hui. J’y vois une critique à peine voilée. C’est vrai que j’ai insisté sur le bon côté de la culture arabe parce qu’elle fonctionne aujourd’hui à côté de son inspiration fondamentale et surtout beaucoup trop centrée sur un surmoi religieux, qui finit par être destructeur de ce qu’elle cherche à proposer. Mon idée c’est de dire aux Arabes : « Aujourd’hui, dans un certain nombre de domaines vous fonctionnez en dehors de vos pompes. Revenez à votre identité, faites ressortir ce qui est inconscient chez vous et qui consiste à produire de la beauté dans le monde. A ce moment le Dieu dont vous témoignerez sera lui-même un chef d’œuvre de beauté, ennemi de tout ce qui est moche, de tout ce qui consiste à tuer son frère ou de prétendus ennemis ». Si personne ne leur tient un tel discours, beaucoup iront à la dérive. Sans le dire j’ai voulu les ramener à la raison, c’est-à-dire aussi à la beauté. En tout cas, très bonne année à toi !
Z
« L’HOMME DOIT RECONCILIER RAISON ET SENTIMENT POU ACCEDER A LA BEAUTE ».
AUDRERIE Sabine , le 04/10/2007 à 0h00
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Au-delà du multiculturalisme, c'est la culture propre à chaque famille qu'aborde votre roman. Vos personnages semblent tous vouloir échapper à ce carcan.
Zadie Smith : Oui et on voit bien la vanité de leur quête. Plutôt que de chercher à cultiver ce qu'ils sont, ils luttent contre ce avec quoi ils se sont construits. L'identité comme étiquette est un frein qui fige le cours d'une existence. Se définir selon ces critères figés, raciaux, religieux ou culturels empêche de s'interroger sur son comportement, et de voir l'essentiel : la manière dont nos actes orientent notre vie au quotidien.Howard et Monty, les pères de ces deux familles, tentent de maintenir leurs clans debout en s'appuyant à toute force sur leurs convictions sans voir le monde alentour.
Pour la génération d'Howard, la politique de l'identité était primordiale, dans le contexte des revendications pour les droits civiques notamment. Pour ces mouvements, la seule manière d'obtenir des progrès fut de mettre l'identité au centre de leur combat, mais ces mécanismes auraient dû être temporaires. Au contraire, ils se sont consolidés, au point que revendiquer une identité, raciale, sexuelle, politique, est passé au premier plan. Et l'obsession du langage est partie du problème. Tout semble progresser parce que l'on a fait des efforts dans le politiquement correct, mais en réalité, tout reste à changer quand on se satisfait de dire « afro-américain » sans donner aux Noirs un salaire décent. Dire « je suis une femme noire » est un fait, mais ces mots me semblent impuissants. Il n'y a rien que je pourrais faire pour être moins noire ou moins femme. Dans le livre, Lévi, préoccupé par le fait de ne pas être assez noir, ou de perdre une parcelle de son essence noire, en arrive à des extrémités. C'est une manière stérile d'appréhender la réalité, qui peut devenir dangereuse, on le voit aujourd'hui dans la communauté musulmane.
Vous rendez hommage en introduction à E.M. Forster. La célèbre phrase de son roman Howard's end, « Only connect ! (...) Live in fragments no longer (1) », semble irriguer votre travail.
Oui, et il est important de la citer dans son entier et ne pas s'arrêter au seul « Only connect », souvent mal interprété. Forster ne formulait pas un vœu d'harmonie entre personnes, il allait plus loin, défendant la mise en rapport pour chacun des différents aspects de sa personnalité. Le cerveau et le cœur, les pensées et les sentiments... Cette interaction manque à tous mes personnages.
L'intrigue de Howard's end se situait il y a un siècle...
Oui, mais cette question est une constante de la vie britannique. Les Anglais ont un problème avec le corps et l'honnêteté émotionnelle. C'est peut-être pourquoi le reste du monde nous trouve bizarres... L'Europe évolue lentement, et ce qui était vrai il y a un siècle est toujours d'actualité. Je suis très attachée à cette notion de continuité. De la beauté, assez classique dans sa construction, est un hommage aux livres avec lesquels j'ai grandi, et auxquels je ne peux cesser de m'intéresser adulte. J'aime la modernité, mais à l'inverse d'autres jeunes artistes, je ne suis pas pour accentuer une rupture. Nous ne prêtons pas assez attention à la profondeur palpable sur laquelle nous sommes construits, y compris dans les centres urbains où le superficiel prévaut. Le nord-ouest de Londres par exemple est un quartier très moderne, urbain, multiculturel, fréquenté par des gangs... et au milieu de tout cela demeure une petite église du XIIIe siècle et son cimetière catholique, d'avant la Réforme. Les gens enterrés ici il y a huit siècles sont toujours là. De la même façon, le jeune Indien qui se promène dans Londres est totalement déterminé par le passé de ce lieu, par les rapports entre Britanniques et Indiens au long du XIXe et du XXe siècle.
Êtes-vous sensible à la totale reconfiguration de l'Est londonien décidée pour accueillir les Jeux olympiques de 2012 ?
C'est terrible ! Cela n'a aucun sens... Tout un pan de notre histoire est en train d'être détruit. Un quartier primordial pour l'histoire du pays, où se trouve la conjonction de l'histoire littéraire, du mysticisme, des cimetières anciens, toute une société décrite par William Blake, où les communautés juives et indiennes se sont ensuite installées... Tout cela va disparaître au profit d'une enceinte entièrement fabriquée pour le commerce et les retransmissions télévisées, où aucune vie ne se développera. Londres avait réussi jusque-là à conserver un mélange social, historique et ethnique à l'intérieur de son centre. Une ville doit évoluer sans tourner le dos à son passé. Je me sens très patriote dans ce sens.
Votre roman fait des allers-retours entre Angleterre et Nouvelle-Angleterre, mais la majeure partie de l'intrigue se situe pourtant sur la côte Est des États-Unis.
Je pense que j'étais un peu angoissée à l'idée de devenir le « poète de Willesden Green » et de la mixité, et que j'ai eu besoin de cette distance géographique. Et enseigner à Harvard m'a donné le cadre du roman. Pourtant, mon prochain livre sera situé dans le nord-ouest de Londres où j'ai grandi. Je me rends compte qu'un auteur, où qu'il soit, écrit depuis un lieu, qui est la source de son œuvre, et qu'il ne faut pas lutter contre ça. Philip Roth, Saul Bellow, John Updike, les plus grands écrivains travaillent sur cette matière autobiographique en resserrant au fil des livres leur travail sur quelques pâtés de maisons. La maturité rend possible cette honnêteté et ce tribut. D'une manière générale, le progrès en écriture vient de plus de sincérité et de fidélité à ce que l'on est profondément.
Vous empruntez votre titre au livre d'Elaine Scarry, On beauty and being just (2). En quoi fut-il important pour vous ?
Cet essai philosophique sur la nature de la beauté a fait sauter un verrou en moi. Elaine Scarry étudie comment l'académisme, particulièrement en France dans les années 1970, a relégué à l'arrière-plan le concept de beauté, jusqu'à le considérer avec défiance, peut-être à cause de la manière dont les régimes fascistes l'ont détourné au XXe siècle. Elle montre que la beauté n'est pas une simple échelle de valeurs mais aussi une source inépuisable d'éveil à qui la considère. J'ai été énormément nourrie des thèses de Derrida, et ce n'est qu'en arrivant à Harvard que j'ai compris que je craignais les réactions émotionnelles de mes étudiants devant les textes, que je tendais à les refréner au profit d'une analyse structurelle. Elaine Scarry propose une troisième voie qui résume les deux autres. Il était très courageux de publier un tel livre dans le contexte universitaire de la côte Est, où l'on trouve encore embarrassant d'évoquer la dimension métaphysique d'une œuvre. J'ai aussi appris à ne plus opposer philosophie et littérature, à ne pas utiliser l'une pour déconstruire l'autre, à lire et faire lire Kafka et Kierkegaard ensemble plutôt que d'utiliser le second pour mettre le premier en pièces. Les deux peuvent être tressés comme deux formes d'écriture complémentaires.
Howard, l'intellectuel pur, ne laisse aucune place au ressenti, dans sa vie comme dans son approche de l'art.
Il refoule jusqu'à l'idée de sentiment, refuse l'humilité devant un chef-d'œuvre qu'il ne comprend pas, que ce soit un tableau de Rembrandt ou un air de Mozart. Lui qui a construit toute sa vie sur l'idée de démocratie et de liberté est à sa manière un fondamentaliste. L'homme doit réconcilier raison et sentiment pour accéder à la beauté et être honnête avec ses propres émotions. Combien de personnes soi-disant amateurs d'art dédaignent Picasso et lui préfèrent une performance contemporaine où un homme joue à allumer et éteindre un interrupteur. Je vis en Italie et entends tous les jours autour de moi de jeunes peintres rejeter en bloc Canaletto ou le Caravage. Des maîtres dont le génie n'est plus considéré dans sa valeur d'enseignement. La relation des artistes au sacré a changé, ils ne conçoivent plus leur art en tant qu'expression d'une croyance, mais comment nier la grandeur d'un art qui nous dépasse ?
Recueilli par
AUDRERIE Sabine
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D
LES SECRETS DE BEAUTE DE DUBAI OBTIENNENT UN SUCCES INTERNATIONAL
Inspirées par des siècles de tradition désertique, les marques de beauté arabes rayonnent à l'international et sont saluées par la critique.
https://www.visitdubai.com/fr/business-in-dubai/why-dubai/news-and-insights/dubai-beauty-secrets-make-it-bigV

Les femmes du monde arabe ont toujours servi de référence dans l'histoire de la beauté. De la précision de leur kohl pour un effet "smoky" sur leurs yeux, à leurs visites hebdomadaires au hammam, les femmes de la région sont reconnues pour leur appréciation de la beauté et pour leur engagement dans la beauté personnelle. Les acheteurs mondiaux se tournent vers les marchés de la beauté du Golfe, qui présentent des marques locales concevant et développant des produits appréciés du reste du monde, tout en n'oubliant pas d'intégrer l'esprit des traditions arabes.

Le Salon de la beauté du Moyen-Orient 2017 (Beautyworld)

Organisé du 14 au 16 mai au World Trade Centre de Dubai, le Salon de la beauté du Moyen-Orient 2017 (BeautyWorld Middle East) a permis aux fournisseurs et marques de la région de profiter d'une représentation forte avec plus de 220 groupes locaux exposant lors du plus important des marchés de la beauté annuels. Ahmed Pauwels, PDG de l'entreprise organisatrice du Salon de la beauté du Moyen-Orient (BeautyWorld Middle East) - Messe Frankfurt Middle East - a déclaré que les marques de Dubai étaient une partie intégrante du marché mondial de la beauté.


“La croissance impressionnante de ce salon coïncide avec la position de Dubai en tant que leader du commerce inter-régional,” a expliqué Pauwels. “Les chiffres du Service douanier de Dubai montrent que l'émirat a vendu 20,68 milliards d'AED (4,75 milliards d'euros) en parfums et cosmétiques en 2016, alors qu'au premier trimestre de 2017, c'était 202 000 tonnes d'une valeur de 5 milliards d'AED (1,15 milliard d'euros) qui étaient importées, exportées, et ré-exportées.”

Des recettes de beauté

De très nombreuses recettes locales et connaissances en termes de bien-être ont aidé à donner du prestige au statut actuel si "indispensable" de la beauté arabe, avec des marques développant des produits s'inspirant des préparations bédouines. Shiffa, une marque de soins pour visages et corps fondé par le Dr. Lamees Hamdan, a par exemple connu un succès immense à la fois à Dubai, la ville natale de son créateur, mais aussi au Moyen-Orient et à l'international.

Cette gamme de luxe utilise des ingrédients traditionnels comme l'eau de rose, l'huile de coco, le jasmin, le miel, l'huile d'argan et le lebné (un produit traditionnel à base de yaourt au lait fermenté). Le Dr. Hamdan explique que sa décision d'utiliser ces ingrédients est inspirée des rituels de beauté de sa mère et ses tantes. Ayant débuté comme une huile corporelle locale créée dans la cuisine du Dr. Hamdan pour ses problèmes de vergetures douloureuses liées à sa grossesse, cette doctoresse entrepreneuriale a été récompensée d'un prêt pour entreprise en 2005 de la part de l'Établissement Cheikh Mohammed pour les jeunes leaders commerciaux. Shiffa, qui se traduit par 'guérison' en arabe, présente désormais ses huiles et crèmes enrichies chez Sephora au Moyen-Orient, dans toute l'Asie, et au Royaume-Uni chez SpaceNK et Selfridges, et affiche des chiffres de ventes notables dans ses magasins internationaux en ligne.

La beauté de Dubai

Sans surprise, c'est Dubai qui est à l'avant-garde de cette nouvelle vague de beauté inspirée de l'Arabie, et c'est pour cela que des fondateurs de marques de beauté choisissent la ville pour lancer leurs produits.

Huda Kattan est peut-être la plus connue de ces entrepreneurs de la beauté, elle est la fondatrice de Huda Beauty. Grâce à ses tutoriels vidéos publiés sur Youtube, cette maquilleuse dubaïote a d'abord proposé une gamme de faux-cils qui confèrent un look romantique qui a fait la réputation des femmes arabes. Cette une ligne s'est ensuite élargie et constitue aujourd'hui collection complète de cosmétiques. Grâce à sa popularité internationale, elle s'est lancée chez Sephora US, devenant ainsi la chaîne de marque la plus vendue en l'espace d'une semaine. Ayant aujourd'hui 18 millions de fans Instagram à travers le monde, Kattan gère toujours les activités quotidiennes de sa marque lancéeil y a quatre ans, depuis ses bureaux situés au sein des Jumeirah Lakes Towers à Dubai.

Fondateur et PDG de Herbal Essentials, Aly Rahimtoola, indique que voir le succès des autres marques dubaïotes telles que Huda Beauty a encouragé ses propres ambitions, le motivant alors à choisir Dubai comme base pour encourager les activités de Herbal Essentials.

“Nous essayons d'exploiter les connaissances modernes et traditionnelles de la beauté reflétant au mieux Dubai [et] afin d'offrir aux résidents et aux touristes le meilleur de l'Orient et de l'Occident,” a-t-il déclaré. “Dubai compte de nombreuses marques de beauté, et ces marques ont beaucoup à apporter au marché mondial de la beauté. Nous avons pu trouver des idées et des formules qui n'auraient pas pu voir le jour dans d'autres parties du monde.”

APPUYER SUR DUBAI
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I
L'INSTITUT DU MONDE ARABE A IMPOSE LES BEAUTES DE L’ORIENT
(Le Parisien)

Comment s'offrir un tour du monde, de Tokyo à Mexico, sans quitter Paris ? En découvrant les 28 centres étrangers qui participent à la première Semaine des cultures étrangères à Paris. Troisième étape aujourd'hui : l'Institut du monde arabe.
FIÈREMENT DRESSÉ dans le Paris historique, près de Notre-Dame et de la Sorbonne, l'Institut du monde arabe (IMA) a réconcilié les Parisiens avec l'architecture contemporaine. Quinze ans après son inauguration, le géant de métal et de verre conçu par Jean Nouvel fascine toujours autant, par sa beauté, mais aussi par son étrange modernité. Près d'un million de visiteurs s'engouffrent chaque année dans cet immense paquebot arrimé au bord de la Seine, dont les flancs semblent épouser la courbe du fleuve, et où tout n'est que passerelles jetées entre Orient et Occident. Car l'IMA est bien de Paris et d'Arabie. De Paris par le satiné des gris (reflets du verre conjugués à l'aluminium), d'Arabie par l'éclat des blancs. La lumière, qui pénètre dans le bâtiment grâce au savant mécanisme des moucharabiehs de la façade sud, joue d'ailleurs un rôle indéniable dans le bâtiment. Quand il fait soleil, le sol s'habille de mille formes géométriques, comme un tapis oriental. Par mauvais temps, le lieu devient mystérieux, et l'acier, glacial. Dans ce labyrinthe de transparences et de reflets, on vient rêver d'exotisme syriaque ou égyptien. Mais pas seulement. Ce centre biculturel (il est cogéré par la France et les pays arabes) va aujourd'hui bien au-delà du rôle qui lui avait été attribué au départ. D'un lieu de culture passif (musée et bibliothèque), il est devenu un carrefour d'échanges. Destiné à faire connaître le monde arabe aux Occidentaux, il est maintenant le rendez-vous de nombreux Français d'origine arabe, intellectuels, artistes ou gens du peuple. Toute l'année des spectacles de musique, théâtre, danse et cinéma y sont proposés, de même que des conférences, des émissions de radio et de télé C'est un lieu de rencontres, de débats, de curiosité. Mais c'est aussi l'un des plus beaux monuments de Paris, qu'il ne faut pas quitter sans en avoir vu le sommet : au neuvième étage, la terrasse du Zyriab, le restaurant-salon de thé de l'IMA, met la capitale à vos pieds, avec une vue imprenable sur Notre-Dame et l'île de la Cité. Un moment de plénitude à savourer avec un bon thé à la menthe accompagné de cornes de gazelle, pour un dépaysement complet. Institut du monde arabe, 1, rue des Fossés-Saint-Bernard (V e ). M o Jussieu, Sully-Morland ou Cardinal-Lemoine. Tél. 01.40.51.38.38. Programme complet sur www.imarabe.org. INSTITUT DU MONDE ARABE. Conçu dans les années 80 par Jean Nouvel, l'IMA est devenu un vrai carrefour d'échanges, où il fait bon flâner et admirer Paris du haut de la terrasse.
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P
La raison permet d'être objectif et de dialoguer avec tous, en revanche l'esthétique est question de gout de chacun et est donc variable. Heureusement que l'un n'exclut pas l'autre !
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D
C'est vrai que la beauté est plus individualisée parce qu'elle implique le corps et l'émotion. C'est bien pour cela qu'elle a quelque chose de plus humain que la raison. Mais il y a aussi une dimension universelle dans l'esthétique et la beauté...
R
'ai eu une émotion comparable au Maroc,, la beauté fut un choc

on en garde nécessairement quelque chose, lorsqu'elle ajoute à la nature

et qu'elle apparait si intimement mêlée à la vie qotidienne

faisant de chacun son artiste

les patios qui abritaient la fleur des mosaîques, des jets d'eau miraculeux, des orangers en fleurs

les cafetans des femmes aux couleurs chamoirés ,

leur main tissés d'arabesques de hénné , calligraphie géométrique parfaite et si vite effacée

L'enfant s'aventurait un peu trop parfois

Partager l'antre des femmes était prodigieux, on se nourrissat d'effluves et de rires



j'avais 7 ans

nous fîmes un voyage dans le sud qui fut mon plus beau voyage ,

la morsure du désert avant la luxuriance de l' oasis ,

dans le lit des oueds dessechés nous cherchions des gravures d'animaux fabuleux laissés sur les pierres par des hommes d'un autre âge .

Arrivés au village c'était le jour du marché aux épices flamboyant, la sheriffa faisait la police et assurait l'accueil

deux adultes se battaient pour un couscoussier en bois fait d'une seule pièce et patiné par les ans,

ils auraient vendu leur âme pour l'objet convoité

L'air était sec et le thé parfumé sous la voute du ciel
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D
Quel très beau texte ! Tu sais traduire l'ambiance avec les mots et le jeu des mots. Tu es douée pour l'écriture et il faut que tu en tires les conséquences. Ecrivaine et Romane, cela va presque ensemble. Je suis heureux de voir que nous sommes sur la même longueur d'ondes. Il est temps de sortir de la vision univoque et négative que l'on a aujourd'hui sur la culture arabe. D'ailleurs ce dieu potentat qui a la figure du père ne semble pas correspondre à l'origine. La prosternation, à mon idée est l'attitude devant un être plus beau que tous les princes ensemble. Le dieu révéré a la beauté de tous les chefs d'oeuvre du monde. C'est cela me semble ètre la vision des origines.
H
Cher Etienne

Merci pour ton texte et ton blog toujours, et de plus en plus, vivant !
Nous te souhaitons, Roselyne et moi, une bonne et fructueuse année !

Pour ton changement de nom, c’est dommage, car il suffit de changer son mot de passe
lorsqu’on a son carnet d’adresses piraté.
Nous sommes plein, moi le premier, à être passé par cette déconvenue et nous n’avons pas changé notre nom pour autant.
Ca m’a fait tout drôle, m’a même ennuyé, choqué...
Please, retrouve ton IDENTITE, Etienne !
Sinon Grosses Bises de nous deux.

Hubert et Roselyne
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D
Merci Hubert de m'encourager. J'aime bien ces petits échanges mensuels.En ce qui concerne mon identité, j'espère ne pas l'avoir perdue. Il s'est trouve qu'e l'adresse cegetel ne fonctionnait plus. Alors je me suis replié sur gmail où j'avais déjà une adresse que je n'ai pas changée. En principe, sur les mails, j'ai la signature Etienne Duval. Mais peu importe, je souhaite à toi et à Roselyne pour 2018, la meilleure année que vous n'avez encore jamais eue.
Bien amicalement.
J
Merci cher Etienne pour ton beau texte qui rejoint mon expérience de tous les jours ici.
Très bonne année à toi.
Jean-Paul
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E
Merci de ta réponse. Elle me confirme que ce que j'avance n'est pas seulement une intuition mais qu'elle rejoint une réalité que tu vis plus que moi. Très bonne année à toi !
P
Bonjour Etienne!

je te transfère le petit mail que je t'avais envoyé il y a 3 jours sur ton ancienne boîte mail . . .

je suis bien content d'avoir reçu hier ton blog de janvier,

c'est très beau et très vrai toutes ces rencontres que tu décris!

à bientôt j'espère


Philippe M.
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E
Merci Philippe. Le pillage de mon carnet d'adresses m'a causé quelques soucis. Mais je suis content que nous puissions reprendre contact. Dans le blog, j'essaie de faire ressortir un aspect essentiel de la culture arabe, qui est occulté par un débat démesurément religieux. Pour progresser à un niveau global, je pense qu'il faut insister sur les valeurs des uns et des autres : la rationalité en Occident et la beauté dans la culture arabe. Ces deux valeurs peuvent se féconder l'une l'autre et permettre aux populations concernées de se rapprocher.
E
Tu as raison. Mais j'essaie justement de déplacer le problème vers ce qui me paraît plus fondamental et pour tenter de le faire sortir de l'inconscient. Si la raison est bien ce qui est central dans la culture occidentale, c'est le beau qui l'est dans la culture arabe. Il me semble que c'est cela sur lequel il faut appuyer pour qu'une fécondation soit possible.
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C
Merci Etienne pour ce témoignage.
Il y a beaucoup à apprendre et à s’émerveiller de la culture arabe.
Toutefois la crainte occidentale n’est pas sur ce plan.
Elle est vis à vis du risque de voir l’islam prendre toute la place, celle de la religion et de la vie sociale et personnelle dans une dérive totalitaire ou anti-démocratique comme nous pouvons en observer des exemples sur la planète ou dans des communautés plus près de chez nous.
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G
L'article est référencé par google grâce à oxymoron fractal.
Répondre
E
LES MAGES

01 Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem

02 et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »

03 En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui.

04 Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ.

05 Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète :

06 Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël. »

07 Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ;

08 puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »

09 Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant.

10 Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie.

11 Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.

12 Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

13 Après leur départ, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. »

14 Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte,

15 où il resta jusqu’à la mort d’Hérode, pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : D’Égypte, j’ai appelé mon fils.

16 Alors Hérode, voyant que les mages s’étaient moqués de lui, entra dans une violente fureur. Il envoya tuer tous les enfants jusqu’à l’âge de deux ans à Bethléem et dans toute la région, d’après la date qu’il s’était fait préciser par les mages.

17 Alors fut accomplie la parole prononcée par le prophète Jérémie :

18 Un cri s’élève dans Rama, pleurs et longue plainte : c’est Rachel qui pleure ses enfants et ne veut pas être consolée, car ils ne sont plus.

19 Après la mort d’Hérode, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph en Égypte

20 et lui dit : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et pars pour le pays d’Israël, car ils sont morts, ceux qui en voulaient à la vie de l’enfant. »

21 Joseph se leva, prit l’enfant et sa mère, et il entra dans le pays d’Israël.

22 Mais, apprenant qu’Arkélaüs régnait sur la Judée à la place de son père Hérode, il eut peur de s’y rendre. Averti en songe, il se retira dans la région de Galilée

23 et vint habiter dans une ville appelée Nazareth, pour que soit accomplie la parole dite par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen.
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O
Merci à Olivier, qui, une fois de plus, fait référence à cet article. Appuyer sur son nom pour le constater.
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J
LÉGENDE DU TOMBEAU DE MONSIEUR JAMES
ou
"le reliquaire que fit saint Budoc pour ceux d'Orient"
H. de KERBEUZEC, "Le tombeau de Thomas James à Dol" [Dol-de-Bretagne], impr. Plihon et Hervé, 1895, pages 35 à 38.
[Sous le pseudonyme H. de KERBEUZEC on reconnaît François DUINE. le 20 décembre 1999, j'ai consulté son exemplaire personnel de cette brochure, conservé à la Bibliothèque Universitaire de Rennes - fonds DUINE - sous le N° 87 312]

Ils vinrent trois, trois magiciens de l'Arabie...
L'Arabie, un pays lointain où les lutins chevauchent sur des rayons de lune; où sont suspendus dans les airs des palais de diamant qui étincellent sous un soleil d'or pur; où les hommes portent au doigt des anneaux qui rendent invisibles.

Ils vinrent trois, trois magiciens de l'Arabie.
Ils étaient couverts de grands manteaux, tissus de neige, et portaient sur la tête un turban écarlate, découpé dans un nuage pourpre, un soir d'été.
A leur arrivée, les vieilles fées d'Armor firent solennelle réception. En l'honneur des étrangers, il y eut assemblée plénière des Korrigans, et, pendant sept nuits -nombre sacré-, à la musique lointaine des flots, il y eut des danses d'esprits dans les bois frissonnant de la baie de Cancaven.

Ils vinrent trois, trois magiciens de l'Arabie.
Longtemps ils firent des prestiges, mais, un jour, ayant perdu leur baguette d'argent, ils tombèrent en un chagrin mortel. Lors, les visita Monseigneur saint Budoc, archevêque de Dol, qui connaissait l'Orient d'où il avait rapporté jadis le couteau de la Cène et maints objets d'un prix infini. Et il leur parla leur langage. Et ils comprirent. Et ils moururent chrétiens, espérant dans la lumière de Judée.

Ils vinrent trois, trois magiciens de l'Arabie.
Ils furent ensevelis dans la cathédrale. O merveille ! Pendant les suaves oraisons du bienheureux pontife, surgit, sur les cadavres des enchanteurs, un tombeau rose et or, ciselé d'ornements mystérieux.

Vous pouvez me croire. Je tiens ces choses d'une femme très ancienne qui me les a contées en me montrant, selon son expression, le "reliquaire que fit saint Budoc pour ceux d'Orient".

Ils vinrent trois, trois magiciens de l'Arabie.
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E
Quel beau conte avec lequel je résonne parfaitement ! Oui il faut apprendre à parler le langage des mages ou des contes. C'est alors que nous pourrons recevoir de fabuleux présents.
B
En plein accord. Bonne et riche année. Et mbonne sante pour les projets 2018
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E
Quelle belle suprise ! J'aime bien votre famille. A mon tour de vous souhaiter plein de bonnes choses, à vous, à vos enfants et vos petits-enfants.

  • : le blog mythesfondateurs par : Etienne
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  • : Mythes, articles à partir des mythes, réactions sur le site Mythes fondateurs http://mythesfondateurs.over-blog.com/ Le mythe et le conte sont la parole dans sa première gestation. C'est pourquoi, si la parole est malade, comme le dit Vittorio Gasman, il devient urgent de revenir à ses fondements qui sont encore à notre disposition, à travers les mythes et les contes. Lorsque la parole ne fonctionne pas, c'est la violence qui gagne. Les mythes et les contes, par l'apprentissage du processus symbolique qu'ils proposent, sont là pour nous aider à faire sortir la parole de la violence. C'est de la naissance de l'homme lui-même dont il s'agit.
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