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9 octobre 2017 1 09 /10 /octobre /2017 15:50

La cour de récréation – Le télégramme – Pont-l’Abbé

Des règles qui contraignent aux règles du jeu qui libèrent

 

L’image de ce blog nous montre des enfants en recréation : ils sont en train de libérer la vie. Ils dansent joyeusement autour d’un arbre qu’ils viennent de planter.


Nous avons oublié de jouer

Les adultes sont devenus trop sérieux : ils ont oublié les cours de récréation, pensant que le jeu est réservé aux enfants. Mais, en fait, le jeu ne concerne pas seulement les plus jeunes, il est aussi, à tous les âges, le principe de fécondation de la vie. C’est lorsqu’il y a du jeu à tous les niveaux de l’existence que la vie, faite d’interactions, peut se développer. Les arbres eux-mêmes ont besoin d’espace pour pouvoir jouer entre eux. Il y a plus  de 2000 ans, deux historiens racontent comment un enfant et un dauphin se sont liés d’amitié. Dionysos, c’était le nom de l’enfant, remarqua que tous les matins un dauphin nageait non loin de lui. Peu à peu ils se rapprochèrent et finalement l’élégant poisson prenait un très grand plaisir à faire des cabrioles autour de l’enfant. Et puis, un jour, alors qu’ils nageaient, l’un à côté de l’autre, le dauphin plongea, se glissa entre les jambes de son voisin d’abord apeuré, et l’emmena faire un voyage en mer, prenant bien soin, ensuite, de le ramener sur la plage. Ils nous faisaient ainsi comprendre que le jeu est au cœur de la nature pour la faire progresser, peut-être,  vers une fête grandiose, unissant les animaux et les humains.


Et pourtant la création est du côté du jeu

Nous aspirons tous à sortir de la monotonie de la vie pour nous associer à la joie de la création. Comment pourrions-nous avoir des enfants sans les jeux de l’amour ? Et si nous portons notre attention sur le comportement des grands créateurs nous remarquerons toujours qu’ils sont aussi de grands joueurs. Ainsi le peintre joue avec les couleurs, l’architecte avec les espaces, le musicien avec les sons, le poète avec les mots. Einstein lui-même n’a pas été un grand génie parce qu’il était plus intelligent que les autres mais parce qu’il jouait avec la raison. Et, en cela, il était à l’écoute d’un joueur de flûte invisible. « Tout est déterminé, disait-il, par des forces que nous ne contrôlons pas. Tout est déterminé, pour l’insecte comme pour l’étoile. Êtres humains, légumes ou poussière d’étoile, nous dansons tous au rythme d’un air mystérieux joué au loin par un joueur de flûte invisible. » Et le savant physicien ajoute, à un autre moment : « Le jeu est la forme la plus élevée de la recherche ».


 


Les règles au cœur de la tourmente

Si le jeu ne trouve pas sa place, c’est parce que les règles l’empêchent de se déployer. Dans la mesure où la société n’a pas dépassé la peur de la mort, elle édicte des règles pour se protéger. C’est ce que nous voyons en France où, jusqu’ici, tout nouveau problème donne naissance au vote d’une loi. L’Europe elle-même donne naissance à une bureaucratie épouvantable, qui décourage les nations soucieuses de leur liberté et même les utilisateurs de mesures, qui finalement pourraient leur être favorables. Ainsi La Grande-Bretagne, pour sauvegarder la grande liberté que lui confère son isolement, préfère se tourner du côté du Brexit. Mais, en même temps, l’Ecosse qui ne supporte plus le corset de l’Angleterre préfèrerait prendre le grand large du côté de l’Europe. En d’autres lieux, dans la ligne de l’Ecosse, certaines régions souffrent de la tutelle des nations.  Ainsi, la Catalogne n’arrive plus à respirer à grands poumons, parce qu’elle sent toutes les contraintes de l’Espagne : celle-ci est encore incapable d’entrer dans le grand jeu de la vie, dans la mesure où elle conserve le mauvais souvenir de la guerre civile et craint l’éclatement du pays. Et, du côté français, nous aurions intérêt à nous interroger sur le difficile décollement de l’Algérie, pour une part paralysée par l’excessive bureaucratie que nous lui avons laissé en héritage.


Passer des règles qui contraignent aux règles du jeu qui libèrent

Dans la mesure où nous avons oublié de jouer, les règles finissent par tourner sur elles-mêmes et nous conduire à l’étouffement. En réalité, l’homme n’est pas fait pour les lois, mais les lois sont faites pour l’homme. Et l’être humain ne peut s’épanouir que dans le jeu. Ainsi la règle ne découvre sa véritable signification que lorsqu’elle devient règle du jeu, règle d’un jeu qui la dépasse, provoquant de multiples interactions. D’interactions en interactions nous pourrions passer de la commune à la région, des régions à la nation, des nations à l’Europe et de l’Europe au monde tout entier.  Et dans la progression d’un niveau à un autre, le jeu peut se démultiplier aussi bien entre les communes qu’entre les plus grands ensembles. L’élan créateur se frayerait ainsi une voie jusqu’aux confins de la terre. A condition, bien sûr, que la règle change de nature en devenant règle du jeu….


Passer de la suprématie de la technique, faite de rigueur, à l’art qui embellit le monde

Un des plus grands espoirs de l’humanité vient aujourd’hui des progrès scientifiques et techniques et principalement du développement du numérique. Mais, en même temps, le plus grand danger est lié à la toute-puissance et à la suprématie de la technique. L’homme risque d’y perdre sa peau et sa liberté. Il devient donc de plus en plus urgent de passer à un autre niveau qui est celui de l’art, parce qu’il fait sa place à l’homme et au sujet, sans rien perdre, pour autant, des multiples avantages que procure le numérique. On raconte que l’empereur de Perse avait organisé un grand concours entre des peintres chinois et des peintres persans. Ils devaient décorer deux murs opposés dans une très grande salle et ils avaient six mois pour achever leur travail. Entre eux, on avait installé un grand voile qui leur permettait de travailler en toute liberté. Les Chinois réclamèrent dix sortes de peintures et de multiples instruments. De leur côté, les Persans ne réclamèrent rien. Au bout de six mois, l’empereur vint avec sa cour pour examiner le travail des uns et des autres. Lorsque les juges découvrirent le travail des Chinois, ils décrétèrent que leur travail était insurpassable. La nature et les différents personnages qui l’animaient y étaient représentés avec une si grande exactitude et une finesse si parfaite qu’il n’était presque plus possible de différencier la réalité et sa reproduction. L’empereur fit enlever le voile de séparation. C’est alors que se refléta l’œuvre des Chinois avec un éclat et une beauté extraordinaires. Les Persans n’avaient fait que polir et repolir leur mur pour enlever toutes les aspérités. En fait, les Chinois étaient restés dans la technique et la reproduction. Quant aux Persans, ils étaient passés au niveau supérieur de l’art ; ils faisaient  une place aux autres en leur servant de miroir. L’art, contrairement à la technique toute-puissante, sait faire une place à l’homme et à l’autre, sans pourtant rien écarter des richesses de la technique.


Ne pas écarter les frontières mais transgresser la notion de frontière

Par une insidieuse générosité, certains voudraient supprimer les frontières. Ils pensent que ceux qui sont d’un avis contraire sont d’odieux conservateurs. En fait, ils n’ont rien compris au fonctionnement humain. L’homme est un être de relation mais la relation n’est possible que s’il y a séparation. C’est dans l’espace de séparation que peuvent se tisser les liens entre les individus et les peuples parce que l’espace de séparation est aussi un espace de rencontre. Et puis, après tout, nous n’avons pas à  discuter, puisque c’est Dieu qui l’a dit. Je ris bien sûr. La Bible nous parle de Moïse. Il se cachait chez son beau-père parce qu’il avait tué un Egyptien. Un jour, il mène paître les troupeaux de la famille sur une montagne toute proche. Soudain, il aperçoit un buisson en feu qui ne se consume pas. C’est étrange. Il fait un petit détour. Tout à coup, une voix venant du buisson  lui dit : « N'approche pas d'ici, retire tes sandales de tes pieds car le lieu où tu te tiens est une terre sainte." L’espace qui sépare l’homme de Dieu est sacré parce qu’il est l’espace de la rencontre. Il en va de même entre les hommes.

Il y a quelques années, le président de la communauté de communes d’Archamp-Saint-Julien-en-Genevois voulut, à son tour, transgresser l’ordre naturel des choses, en faisant de la frontière entre la France et la Suisse un lieu d’échanges et d’interactions à tous les niveaux : économique, social et culturel. Il pourrait ainsi bénéficier, en particulier, du capital intellectuel du CERN, qui réunit un grand nombre de savants. Je crois que le projet, appuyé par le Conseil Général de Haute-Savoie, a bien débuté et donné de bons résultats. Mais je ne puis dire où il en est aujourd’hui.


Le chat-professeur

Mon appartement donne sur une cour intérieure où se côtoient des gens de plusieurs origines. Et puis il y a surtout un chat qui préside aux relations entre les uns et les autres. Les enfants en particulier, qui se rendent dans un cabinet médical, le caressent à chacun de leur passage. Je dirais qu’en un sens il est le garant de la bonne entente. D’ailleurs, il fait preuve d’une ouïe extraordinaire. D’une certaine façon, Il est le gardien des ondes sonores, qui, en jouant entre elles, lui communiquent une information précieuse sur la situation.  Lorsque, le matin, je frappe doucement sur les vitres de ma fenêtre, il tourne la tête vers moi et je lui fais un petit geste de la main pour lui dire bonjour. Or, depuis quelques jours, il n’entend plus et ne répond pas à mes petits appels. Avant-hier, pour en avoir le cœur net, je descends vers lui : il s’écarte et je découvre alors une assez grosse blessure sur son nez. J’en ai presque les larmes aux yeux. J’ai peur qu’on l’ait frappé volontairement pour détruire la bonne entente entre tous. Pour moi, il est un très bon professeur, qui nous apprend à écouter pour entretenir les meilleures relations entre individus structurés par leurs différences culturelles.

Or, depuis deux jours, je ne le revoyais plus. Je craignais qu’il ne soit mort. Et, puis, il y a deux minutes, je l’ai vu réapparaître, balançant joyeusement sa queue comme si de rien n’était. Il faut avoir la tête solide pour accomplir le travail qu’il fait ! Merci professeur !


L’Europe pourrait jouer le rôle de passeur

L’Europe fait un peu fausse route, prisonnière des règles qu’elle s’est données. Il lui manque une vision à long terme pour corriger le tir. Ce n’est pas le numérique qui la sauvera : il lui faut, en plus, de la poésie pour qu’elle se tourne vers la création. En un sens, Einstein, l’un de nos plus grands savants, peut lui servir de guide parce qu’il a su mettre du jeu dans ses réflexions austères : il a su introduire la raison dans le jeu du monde. En faisant aussi jouer entre eux la raison et le sentiment, elle pourrait nous faire passer d’un modèle à un autre, si elle accepte de sortir de la bureaucratie pour entrer dans le jeu de la création.

Etienne Duval

 


 


 

 

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commentaires

A
L'artiste a la même capacité d'émerveillement que l'enfant.
Alors il entend la flûte invisible.
Répondre
A
Ton commentaire révèle ton âme d'artiste qui rejoint celle de l'enfant.
M
le blog d’octobre qui était resté sur mon bureau d’ordinateur trop plein.
Eh bien ! j’ai trouvé ce texte génial ! je ne suis pas sûre de tout comprendre, mais ça m’enchante.
Voilà, je voulais te le dire. J’irai voir les commentaires dès que j’aurai un moment.
Je ne sais pas si les règles du jeu libèrent…
Amicalement,
Monique Douillet
Répondre
E
Merci Monique de l'écho sympathique que tu me renvoies par rapport au blog d'octobre. En ce qui concerne ton interrogation, il me semble bien que les règles du jeu libèrent parce qu'elles mettent en mouvement dans un jeu d'interactions. Mais le sujet mériterait qu'on prenne un certain nombre de cas concrets pour pouvoir en discuter. En tout cas, lorsque, pour moi, le travail devient un jeu, je ne me fatigue plus ; au contraire je retrouve de l'énergie.
Bien amicalement.


Bien amicalement.
J
LE JEU DU HASARD ET DE LA NECESSITE


Jacques Monod Le hasard et la nécessité, Essai sur la philosophie naturelle de la biologie moderne, Editions du Seuil, 1970

La biologie occupe parmi les sciences une place à la fois marginale et centrale. Marginale en ce que le monde vivant ne constitue qu'une infime et très "spéciale" partie de l'univers connu, de sorte que l'étude des êtres vivants ne semble pas devoir jamais révéler des lois générales, applicables hors de la biosphère. Mais si l'ambition ultime de la science entière est bien, comme je le crois, d'élucider la relation de l'homme à l'univers, alors il faut reconnaître à la biologie une place centrale puisqu'elle est, de toutes les disciplines, celle qui tente d'aller le plus directement au coeur des problèmes qu'il faut avoir résolus avant de pouvoir seulement poser celui de la "nature humaine" en termes de métaphysique.

Aussi la biologie est-elle, pour l'homme, la plus signifiante de toutes les sciences ; celle qui a déjà contribué, plus que tout autre sans doute, à la formation de la pensée moderne, profondément bouleversée et définitivement marquée dans tous les domaines : philosophique, religieux et politique, par l'avènement de la théorie de l'Evolution. Cependant, si assuré qu'on fût dès la fin du XIXème siècle de sa validité phénoménologique, la théorie de l'Evolution, tout en dominant la biologie entière, demeurait comme supsendue tant que n'était pas élaborée une théorie physique de l'hérédité. L'espoir d'y parvenir bientôt paraissait presque chimérique il y a trente ans, malgré les succès de la génétique classique. C'est pourtant ce qu'apporte aujourd'hui la théorie moléculaire du code génétique. J'entends ici "théorie du code génétique" dans le sens large, pour y inclure non seulement les notions relatives à la structure du matériel héréditaire et de l'information qu'il porte, mais aussi les mécanismes moléculaires d'expression, morphogénétiques et physiologiques, de cette information. Ainsi définie, la théorie du code génétique constitue la base fondamentale de la biologie. ce qui ne signifie pas, bien entendu, que les structures et fonctions complexes des organismes puissent être déduites de la théorie, ni même qu'elles soient toujours analysables directement à l'échelle moléculaire (on ne peut ni prédire ni résoudre toute la chimie à l'aide de la théorie quantique qui en constitue cependant, nul n'en doute, la base universelle.)

Mais si la théorie moléculaire du code ne peut aujourd'hui (et sans doute ne pourra jamais) prédire et résoudre toute la biosphère, elle constitue dès maintenant une théorie générale des systèmes vivants. Il n'y avait rien de semblable dans la connaissance scientifique antérieure à l'avènement de la biologie moléculaire. Le "secret de la vie" pouvait alors paraître inaccessible dans son principe même. Il est aujourd'hui en grande partie dévoilé. Cet événement considérable devrait, semble-t-il, peser d'un grand poids dans la pensée contemporaine dès lors que la signification générale et la portée de la théorie seraient comprises et appréciées au-delà du cercle des purs spécialistes. J'espère que le présent essai pourra y contribuer. Plutôt que les notions elles-mêmes de la biologie moderne, c'est en effet leur "forme" que j'ai tenté de dégager, ainsi que d'expliciter leurs relations logiques avec d'autres domaines de la pensée.

Il est imprudent aujourd'hui, de la part d'un homme de science, d'employer le mot de "philosophie", fût-elle "naturelle" dans le titre (ou même le sous-titre) d'un ouvrage. C'est l'assurance de le voir accueillir avec méfiance par les hommes de science et, au mieux, avec condescendance par les philosophes. Je n'ai aucune excuse, mais je la crois légitime : le devoir qui s'impose, aujourd'hui plus que jamais, aux hommes de science de penser leur discipline dans l'ensemble de la culture moderne pour l'enrichir non seulement de connaissances techniquement importantes, mais aussi des idées venues de leur science qu'ils peuvent croire humainement signifiantes. L'ingénuité même d'un regard neuf (celui de la science l'est toujours) peut parfois éclairer d'un jour nouveau d'anciens problèmes... Cet essai ne prétend nullement exposer la biologie entière mais tente franchement d'extraire la quintessence de la théorie moléculaire du code... Je ne puis que prendre la pleine responsabilité des développements d'ordre éthique sinon politique que je n'ai pas voulu éviter, si périlleux fussent-ils ou naïfs ou trop ambitieux qu'ils puissent, malgré moi, paraître : la modestie sied au savant, mais pas aux idées qui l'habitent et qu'il doit défendre." (Jacques Monod)
Répondre
F
LA NEGOCIATION EST UN JEU QUI A BESOIN D’UN ESPACE D’INCERTITUDE

(Négociation et espace d'incertitude, article de 2007)

L'actualité attire aujourd'hui notre attention sur plusieurs conflits. Nous voudrions montrer ici que la négociation réussie passe par un lâcher prise et ne peut se réaliser qu'à l'intérieur d'un espace d'incertitude. Que nous le voulions ou non, la parfaite maîtrise et l'immobilité ne sont plus de mise lorsqu'il faut ouvrir une place à l'autre et à l'avenir. Pour faire comprendre une telle exigence, nous soulignerons les étapes qui vont de la mauvaise entente à la parole, en passant par l'affrontement et le nécessaire décalage et décentrement.
Mauvaise entente et confusion

Au départ, nous piétinons dans une situation où la parole ne passe plus sous l'effet d'une mauvaise entente. Déjà la violence est à la porte car il n'y a pas de place pour l'écoute, de part et d'autre. Dans le mythe de Babel, c'est l'enfermement dans le même qui engendre l'incompréhension. Le projet est de réunir tous les habitants autour de la construction d'une Tour qui atteindra le ciel. Chacun devient une brique dans l'ensemble de la communauté qui s'élève vers Dieu, peut-être pour s'approprier la toute-puissance divine. C'est alors que les différences s'estompent et les messages se brouillent. Il n'y a plus de parole possible lorsqu'on va du même au même, ou plus simplement lorsque l'autre ne compte pas, parce qu'il devient un objet manipulable à merci. Il n'y a pas de sujet pour entendre, les repères s'estompent et chacun entre dans la confusion.
Du blocage à l'affrontement

Si la parole ne passe plus, c'est le courant lui-même qui fait défaut. La machine se bloque et le dynamisme du corps social s'essouffle. La peur prend le relais, peur d'être asphyxié et même peur de la mort. Pour en sortir, l'homme a l'arme de la violence pour recréer la distance et le manque. Sans doute l'homme est-il désir, mais il est aussi violence dès l'origine. La violence peut tuer sans doute, mais elle peut aussi faire cheminer l'homme vers la parole. Les Indiens disent qu'il y avait, dans leur contrée, un arbre plus vieux que le monde. Chaque année il portait des fruits magnifiques, mais, sur l'une de ses deux branches, les fruits étaient empoisonnés et pouvaient produire la mort. Aucune femme, aucun homme ne savait quelle était la mauvaise branche si bien que, jusqu'ici, personne n'avait osé manger un seul de ces fruits, les plus magnifiques du monde. Or, une année, la famine s'installe. Les habitants du village voisin vont mourir s'ils ne goûtent au fruit de l'arbre des origines. A bout de souffle, l'un d'entre eux se lève et cueille sa nourriture sur la branche de droite. Il reste debout et se trouve réconforté. Les autres habitants se précipitent à sa suite, pour leur plus grand plaisir. Mais, à la tombée de la nuit, le conseil du village décide de couper la branche de gauche. Au petit matin, lorsque tous viennent en quête de nourriture, l'arbre est mort et les fruits sont jetés à terre. La branche du désir ou de la vie a besoin de la branche de la violence ou de la mort : les villageois l'ont appris à leurs dépens. Il ne s'agit pas pour autant de donner libre cours à l'affrontement. Sous peine de mort, la violence doit toujours être conjuguée avec le désir qui recherche l'amour, pour faire prospérer la vie. Encore faut-il qu'elle soit intégrée pour dynamiser le désir lui-même. Lorsque Moïse conduisait les Israélites dans le désert, l'énervement finit par prendre le dessus et des mutineries s'installèrent, mettant en danger le peuple tout entier (selon notre interprétation). Le chef eut alors une inspiration de génie. Il fit représenter la violence (notre interprétation) sous la forme d'un très grand serpent d'airain, que tout le monde pouvait voir parce qu'il était placé sur un étendard très élevé. Si quelqu'un était prêt à s'engager dans la mutinerie meurtrière, il devait regarder le serpent. C'était alors sa propre violence qu'il découvrait et, en l'intégrant en lui, il se trouvait guéri. Pour écarter le danger de la violence, rien ne sert de vouloir l'éradiquer : il est préférable, au contraire, de l'accepter comme une dimension de soi-même, pour en faire une source privilégiée de la parole naissante. Il n'est pas forcément opportun de vouloir éviter le temps de l'affrontement, si c'est bien la négociation qui à terme est recherchée.
Le nécessaire décalage pour voir et écouter l'autre

Celui qui reste ancré sur son territoire et ses positions juge la situation et ceux qui l'entourent à partir de lui-même et de son conditionnement. Marx l'a expliqué savamment dans sa théorie sur l'idéologie. De leur côté, les Chinois nous offrent un conte pour rire, qui le fait comprendre plus simplement. Un jour, un paysan, originaire d'une région reculée, décide de partir au marché. Sa femme souhaiterait qu'il lui achète un peigne. Mais, arrivé sur le lieu de ses emplettes, il ne sait plus quel est l'objet désiré par son épouse. Il choisit un miroir. De retour à la maison, il le donne à sa femme. Curieuse, celle-ci déchire l'emballage. En regardant l'objet, elle se met à pleurer. Sa mère est là, toute proche ; elle s'enquiert du problème. " Mon mari a acheté femme seconde ", dit la fille éplorée. Prenant, à son tour, le nouvel objet, la mère rassure la jeune femme : " Ne t'inquiète pas, elle est déjà bien vieille ". Ainsi, celui qui ne quitte pas sa maison, juge tout en fonction de sa propre image. Le décalage est indispensable pour voir et écouter l'autre. C'est ce qu'a bien compris un autre paysan chinois. Une question l'inquiète : pourquoi ne gagne-t-il pas sa vie alors qu'il travaille sans relâche ? Pour trouver une solution à cette énigme, il décide de s'écarter de chez lui pour aller interroger le dieu de l'ouest. Son long voyage lui permet de rencontrer plusieurs personnes, qui lui confient leur propre problème à présenter au dieu. Arrivé à la porte du temple, un vénérable personnage l'interroge sur ses requêtes. En fait, il a quatre questions, alors que le nombre total doit être impair. De quatre, il convient de passer à trois. Après une nuit de réflexion, notre jeune homme décide de sacrifier sa propre question. La réponse ne se fait pas attendre. Il convient de respecter la loi du monde qui est le partage. Les conséquences sont sans appel. Si l'on veut devenir un personnage honorable, il faut renoncer à ses privilèges. Pour réussir dans les affaires, mieux vaut ne pas être trop attaché à son argent : il est préférable de le faire fructifier pour le bénéfice de tous. Si une mère veut le bien de sa fille, elle doit accepter de s'en séparer. A travers toutes ces réponses, le jeune homme s'enrichit du partage avec ses hôtes de passage jusqu'à trouver sa propre femme et finit par découvrir la solution à sa propre question. Pour gagner correctement sa vie, il ne peut plus considérer l'entreprise agricole pour laquelle il travaille comme une mère dont il devrait tout attendre et ceux qui l'emploient ne peuvent pas agir comme s'ils étaient les propriétaires de leurs employés au point de les pressurer constamment. A ces deux conditions, le paysan pourra prendre sa part de responsabilité et gagner correctement sa vie. Il fallait donc se décaler pour voir correctement le problème, allant jusqu'à faire passer, avant les siennes, les préoccupations des autres. En même temps la solution supposait des séparations, qui obligeraient à mettre de la distance entre les individus et à créer du détachement par rapport aux privilèges et à la richesse. Ainsi le décalage initié par la décision de partir en voyage finit par structurer toute sa démarche.
L'entre-deux pour la rencontre

Dans la plupart des cas, il ne suffit pas de se décaler pour aboutir à la meilleure solution des problèmes posés. Il convient d'aller plus loin encore, en ouvrant un espace intermédiaire entre les intéressés, pour que la rencontre soit réellement possible. Cet espace est sacré parce qu'il fait sa place à l'autre. Un célèbre épisode de la Bible le met parfaitement en évidence : il s'agit de l'événement du buisson ardent. Un buisson brûle sans se consumer. Moïse, qui fait paître son troupeau, à proximité, réalise un détour (il se décale) pour considérer le phénomène. Tout à coup Yahvé l'arrête : " N'approche pas d'ici, retire tes sandales de tes pieds car le lieu où tu te tiens est une terre sainte ". Le berger est sur l'espace sacré de l'entre-deux et de la parole : Dieu va lui révéler son nom (Je suis celui qui suis) et lui confier la mission de libérer son peuple. C'est tout l'avenir d'Israël, qui est engagé, à partir de ce lieu privilégié où l'Autre a sa place.
Créer l'espace d'incertitude pour pouvoir négocier

Nous sommes constamment en plein décalage et en pleine mobilité. Le mouvement et l'imprévisibilité doivent atteindre maintenant les positions de chacun. Un footballeur, qui entraîne des jeunes de la banlieue lyonnaise a son secret : il faut, selon lui, créer l'espace d'incertitude pour pouvoir marquer des buts. Il en va de même pour aboutir dans une négociation. Peut-être estimons-nous que nous n'avons rien à lâcher. Alors écoutons ce conte de l'Inde, intitulé Le pauvre et le grain d'or. Un mendiant, très pauvre, allait de porte en porte pour quêter sa nourriture. Or il apprend que le roi va passer tout près sur un chariot d'or. Il se précipite alors vers la route royale. Le chariot arrive. Le souverain fait arrêter l'équipage à la hauteur du mendiant. L'air souriant, il tend la main, demandant au quêteur ce qu'il peut lui donner. Interloqué, celui-là croit que le roi se moque de lui. Et le Seigneur insiste. Le pauvre a bien deux ou trois poignées de riz dans sa poche mais il n'aime pas partager. Piteusement il tend au demandeur un seul grain pour toute aumône. Mal lui en prit car, le soir, en grattant dans sa poche, il découvre un grain d'or. " Si au moins, dit-il, j'avais donné une bonne partie de mes réserves ! " Ainsi, celui qui ne veut rien perdre ne peut rien gagner.
Le temps de la parole

La négociation implique l'entrée dans la parole et la parole est elle-même pétrie d'imprévisibilité, même si certains cadres doivent être respectés. Que penser alors des négociateurs trop prudents, qui ne font que répéter les consignes du pouvoir ou des appareils ? Nasr Eddin, un grand sage du Moyen Orient, vivant dans les temps anciens et utilisant la plaisanterie pour se faire comprendre, leur a depuis longtemps préparé une réponse. Un jour, sur un marché, quelqu'un vient vendre un très beau perroquet qui parle l'arabe. Il en obtient deux pièces d'argent, ce qui est une coquette somme d'argent pour l'époque. Le lendemain, Nasr Eddin arrive avec un superbe dindon. Il en demande trois pièces d'argent. Surprises, les personnes, qui avaient assisté à la séance de la veille, interrogent le voleur : " Comment peux-tu demander trois pièces d'argent pour un dindon, alors que le perroquet parlant l'arabe a été cédé pour deux pièces seulement ? - Sans doute votre animal parle, reprend l'interpellé, mais le mien vaut beaucoup plus parce qu'il pense ". Ainsi, ceux dont la parole n'est que répétition sans pensée aucune seront toujours les dindons de la farce.
Une question pourtant continue à se poser : où est passée, dans la parole, la violence qui présidait à l'affrontement initial et qui a permis d'opérer le premier déblocage ? L'histoire du sage et du serpent va nous le faire comprendre. Un serpent était installé sur un chemin que devaient emprunter les habitants d'un village. Chaque jour, il les terrorisait sans ménagement, en se jetant sur eux pour les mordre cruellement. Or un sage vint à passer. Le reptile lui fit subir le même tourment. Doucement, le sage lui demanda pourquoi il lui imposait des tortures alors qu'il voulait simplement passer sans lui causer le moindre ennui. Ému par la douceur du voyageur, le serpent s'excusa. L'homme lui fit la leçon et lui demanda de faire le serment qu'il ne mordrait plus les passants. Sans attendre, il donna sa parole. Depuis ce jour, il ne mordit plus mais les voyageurs, s'apercevant de son changement d'attitude, lui firent subir les pires désagréments, lui jetant des pierres, le frappant avec des verges et le faisant tournoyer dans les airs au bout de leurs bâtons. Là-dessus, le sage passa à nouveau, après quelques semaines. Il chercha l'animal. Tremblant, meurtri de toutes parts, celui-ci était caché sous quelques feuilles ; il finit par se montrer. L'homme n'en revenait pas. " Que s'est-il passé, dit-il ? - Tu m'as demandé de ne plus mordre, répondit le serpent. Je t'ai obéi mais ma vie est devenue une épreuve de chaque instant. - Oui, je t'ai interdit de mordre, reprit le maître, mais je ne t'ai pas défendu de siffler. " Depuis lors, le reptile mena une vie tranquille auprès des habitants du village. Ce que le sage veut nous faire comprendre, c'est que la violence reste sous-jacente à la parole sous la forme de la menace et de la critique : elle peut " siffler ", gronder, invectiver, contredire, interdire même sans pour autant détruire. Dans le jugement de Salomon, un modèle pour toute justice, la menace était présente sous la forme de l'épée, qui permit de faire émerger la vérité. Aussi demeure-t-elle toujours une arme dans la négociation pour faire bouger les lignes lorsqu'elles sont trop figées : elle fait partie de la parole.
Francesco Azzimonti, formateur de formateurs
Etienne Duval , sociologue
Le 29 novembre 2007
Répondre
E
COMPLEMENT DE MON ARGUMENTATION PAR RAPPORT A DENISE

Je voudrais ici compléter mon argumentation par rapport à ce que dit Denise. D’accord concrètement sur les trois règles que tu voudrais ajouter :
- La suppression des paradis fiscaux
- La taxation des revenus financiers
- La régulation de la circulation des capitaux financiers.
Mais alors qu’on les décide et qu’on les présente non pas comme des règles contraignantes mis comme des règles du jeu qui suscitent des interactions et qui engagent concrètement les acteurs concernés. Il faut qu’à tous les niveaux, au niveau politique comme au niveau de l’administration, on passe de règles qui contraignent à des règles du jeu qui finalement doivent libérer.
Répondre
D
Bonjour Etienne,
ton texte est très intéréssant et suscite la réflexion car il présente beaucoup d'entrées et ouvre à des champs très divers.
La fin m'a beaucoup touchée.

Juste quelques remarques concernant le paragraphe: les règles au coeur de la tourmente.
Tu écris " l'Europe donne naissance à une bureaucratie épouvantable qui décourage les nations soucieuses de liberté"...
Il me semble que l'Europe ne souffre pas de règles en général en ce qu'elles s'opposeraient à la pratique du "jeu" mais bien plutôt d'une absence de règles susceptibles de s'opposer au laisser faire des marchés financiers dont la pratique est précisément la dérèglementation et les privatisations au détriment des hommes . La mondialisation du capital financier crée ses propres règles qui mettent les peuples en état d'insécurité généralisée .Elle contourne et rabaisse les nations et les états en tant que lieux pertinents de la démocratie et du bien commun.
Cette mondialisation du capital financier crée son propre état et ses propres règles, un état supranational avec réseaux d'influence et moyens d'action propre. Je pense au FMI, à L'OCDE, à L'OMC qui exaltent les vertus du marché.
L' OMC est d'ailleurs devenue depuis 1995 une institution dotée de pouvoirs supranationaux et placée hors de tout contrôle de la démocratie parlementaire. Une fois saisie, elle peut déclarer les législations nationales en matière de droit du travail, d'environnement ou de santé publique "contraires à la liberté du commerce" et en demander l' abrogation. A la même époque s'est négocié au sein de l'OCDE, en dehors des opinions publiques, un Accord Multilatéral sur les Investissements qui donne les pleins pouvoirs aux investisseurs face aux gouvernements.
Quotidiennement des milliards de dollars font de multiples allers et retours spéculant sur les variations du cours des devises. Les victimes de cette traque du profit sont les salariés dont les licenciements massifs font bondir la côte boursière de leurs ex-employeurs.
L'Europe, parce que son option est libérale, accompagne ce mouvement.
Ce n'est donc pas de moins de règles dont nous avons besoin mais de règles qui permettraient de désarmer le pouvoir financier pour venir à bout de cette jungle où les prédateurs font la loi et éreintent la liberté des peuples.
Je pense à trois règles possibles que pourrait imposer l'Europe si elle avait le souci de répondre aux besoins fondamentaux des peuples:avoir un vrai travail digne, pouvoir se soigner , pouvoir s'éduquer, bénéficier de services publics de bon niveau etc...

1 la suppression des paradis fiscaux, autant de zones où règne le secret. Des milliards de dollars sont soustraits à toute fiscalité au bénéfice des puissants et des institutions bancaires. Toutes les banques ont des succursales dans les paradis fiscaux et en tirent profit.

2 la taxation des revenus financiers. Ces revenus devraient être taxés exactement au même taux que les revenus du travail. Ce n'est le cas nulle part dans l'union européenne. Et l actualité chez nous avec la suppression de l'ISF est à contre-front de tout cela.

3 L'europe pourrait aussi légiférer sur la liberté totale de circulation des capitaux qui déstabilise la démocratie. Il existe des mécanismes dissuasifs. Je pense par exemple à la fameuse taxe Tobin proposé par le prix Nobel américain d'économie et ce dès 1972. Il s'agissait de taxer de manière modique toutes les transactions sur les marchés d'échange pour les stabiliser et procurer des recettes à la communauté internationale. Je me souviens que de nombreux experts ont montré que la mise en oeuvre de cette taxe ne présentait aucune difficulté technique de mise en oeuvre et aurait eu le mérite de ruiner le crédo libéral selon lequel il n'y aurait pas de solution de rechange au système actuel Bref je pense que ce qui ruine la liberté des peuples en Europe c' est l'option libérale poursuivie qui impose la dictature des marchés au détriment des hommes.A quand d'autres règles du jeu?
Amitié Etienne.
Denise.
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E
Bonjour Denise,

Merci de ton approche très précise. Je te remercie de l’avoir fait car tu soulèves de réels problèmes. Par contre il se trouve que j’ai touché de très près la bureaucratie européenne, car je me suis occupé à mon niveau du Fonds social européen (FSE). De mon point de vue c’était épouvantable. Les organismes européens voulaient s’occuper en détail des mesures proposées dans leur application sur le terrain. Ils étaient trop loin pour tout gérer d’en haut. Il fallait un aller et retour entre le terrain et les organismes pour aboutir à beaucoup plus de simplification. C’est une manière de fonctionner qui est en cause. Il faut que la responsabilité soit distribuée à tous les niveaux pour que tout se passe le mieux possible. La bureaucratie, c’est de l’emprise sur la responsabilité des acteurs.
Nous raisonnons à deux niveaux différents. Tu raisonnes au niveau politique et je suis d’accord avec toi. Personnellement je raisonne au niveau de l’outil administratif qui doit mettre en œuvre les mesures décidées au niveau politique. Je suis honoré que tu aies participé à la réflexion commune avec autant de sérieux et de compétence. Disons pour simplifier que la bureaucratie de vient démentielle lorsque les décisions politiques nécessaires ne sont pas assumées.
Nous pourrons en reparler.
M
LILA : LE JEU DE DIEU
"Quoique je fasse, ô Seigneur, tout cela est ton culte."(Shankarâchârya)
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L'UN ET LE MULTIPLE : Dieu est à la fois "sans forme" et "avec forme". Sans forme, Il est la Pure Conscience (Shiva), avec forme Il est le déploiement de Ses Energies (Shakti). Ce déploiement qui constitue l’univers visible, est en vérité Son propre Jeu (lîlâ). C’est pourquoi, le yogin doit toujours adorer Shiva et Shakti ensemble et non l’un sans l’autre. L’Un et le multiple sont inséparablement liés pour l’Eternité.
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"En d'autres termes, tout est en Lui et Lui en tout. C'est ce qu'exprime "sarvam khalvidam Brahman" (tout ceci est Brahman). Lorsque le chercheur se considère comme le serviteur éternel, il est parvenu à un état de non-dualité ; "Serviteur éternel" dénote la permanence de cette réalisation. Cela se manifeste en tant que formes et façon d'être. Si celui qui aspire au sans-forme Le voit comme l'Un sans second mais ne parvient pas à Le situer dans son jeu Divin, la réalisation de ce chercheur n'est pas totale, car il n'a pas résolu le problème de la dualité. Nous avons décrit toute une série de méthodes d'approche. Mais la Réalisation doit comprendre tout, tout embrasser, et en tout l'on doit reconnaître son propre Soi. L'arbre porte des graines et de ces graines des arbres croîtront. Une petite graine contient en puissance un grand arbre qui recommencera le cycle. Que l'Un est en tout et que tout est dans l'Un doit se révéler simultanément. " (Ma Ananda Moyî)
.
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P
Bonjour Ami

Merci tout d'abord pour ton attention qui me touche beaucoup.
J’ai apprécié l'ensemble de tes réflexions sur cette notion de jeux et je te rejoins évidement bien souvent. LILA, le jeu divin dans l'hindouisme est-il immanent ou transcendant ou les deux à la fois ? Peu importe : Jouons, jouons.

Avec toute mon amitié
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E
Merci pour cette réponse bienveillante et amicale. La référence à Lila, jeu divin, est intéressante et montre bien que la notion de jeu est fondamentale et que d’une certaine façon elle précède toutes choses. Bien amicalement à tous les deux.
J
REVOLUTION DE L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE…
jeudi, Oct 19 2017
Fait marquant
Écrit par Puyou Jacques

Theverge.com
Vous vous souvenez sans doute de ce logiciel Alpha go qui a battu 4 parties à 1 Lee Sedol, maître mondial du jeu de go. C’était en mars 2016, c’était il y a très longtemps au rythme actuel des progrès de l’intelligence artificielle.
Alpha go vient de trouver son maître : il a été battu 100 parties à 0 ! Et son maître s’appelle Alpha go Zéro.
Il a été, lui aussi, conçu par Deepmind, filiale intelligence artificielle de Google. Et pourquoi « zéro » ?
Sans doute parce qu’il y en aura d’autres mais surtout parce que ce programme apprend à partir de rien ou presque rien c’est-à-dire à partir des seules règles du jeu et de la position des pions sur le plateau. Il est son propre éducateur. Il joue contre lui-même, aléatoirement d’abord, puis repère et fait siennes les stratégies les plus pertinentes…Cela valait bien un article paru le 18 octobre dans la revue scientifique « Nature ».
Mais qu’y a-t-il de nouveau ?
La différence essentielle avec son prédécesseur est que Alpha go Zéro n’a pas ingurgité les données de 100 000 parties des meilleurs joueurs de la planète pour en faire les « leçons » de son apprentissage.
Il a découvert le jeu tout seul et fait 4,9 millions de parties en trois jours pour s’entrainer et retrouver les séquences gagnantes élaborées par les humains en 3000 ans puis découvrir d’autres coups aussi pertinents et jamais conçus auparavant. Il a été son propre professeur à partir d’une base de données minimale.
Pour le dire dans le langage de l’intelligence artificielle, la part d’apprentissage automatisé « apprentissage par renforcement » ou « reinforcing learning » est devenue beaucoup plus importante que la part « d’apprentissage supervisé » ou supervised learning » en anglais. Pour comprendre la distinction entre les deux types d’apprentissage, « l’apprentissage supervisé » est utilisé pour classifier des données futures à partir de la classification de données existantes dans des classes prédéfinies (classes et données sont fournies à la machine), « l’apprentissage non supervisé »est utilisé pour comprendre et explorer des données sans connaissances préalables.
Mais ce n’est pas tout.
Les performances d’Alpha go Zéro ne se mesurent pas uniquement à son efficacité. Il est aussi plus rapide et moins coûteux que son prédécesseur.
• Il fonctionne avec un seul « réseau de neurones » au lieu de deux ;
• Il n’a joué que 4,9 millions de parties pour battre la version précédente qui en avait fait 30 millions à l’entrainement ;
• Il utilise une puissance de calcul bien moindre puisqu’il a besoin de 12 fois moins de processeurs que son ancêtre.
Pour tempérer l’euphorie qui a gagné les ingénieurs de Deepmind (compréhensible et sensible dans les déclarations de l’un de leurs chefs de file Demis Hassabis), le programme qu’ils ont élaboré en un temps record est confiné à une tâche bien particulière qui se prête parfaitement à ce type de développement.
Pour autant, il est évident que les investissements consentis par Google dans le domaine de l’intelligence artificielle ne sont pas destinés à obtenir la maîtrise suprême du jeu de go et la créativité de ses chercheurs ne va pas se borner à cette élégante résolution d’un problème difficile.
Ils envisagent d’appliquer le bon en avant qu’ils ont fait faire à l’intelligence artificielle à bien d’autres domaines : économies d’énergie, recherche de matériaux nouveaux, repliement des protéines…
Jacques Puyou
Dernière modification le jeudi, 19 octobre 2017
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E
Je retiens ce que dit Puyou :
« Alpha go vient de trouver son maître : il a été battu 100 parties à 0 ! Et son maître s’appelle Alpha go Zéro.
Il a été, lui aussi, conçu par Deepmind, filiale intelligence artificielle de Google. Et pourquoi « zéro » ?
Sans doute parce qu’il y en aura d’autres mais surtout parce que ce programme apprend à partir de rien ou presque rien c’est-à-dire à partir des seules règles du jeu et de la position des pions sur le plateau. Il est son propre éducateur. Il joue contre lui-même, aléatoirement d’abord, puis repère et fait siennes les stratégies les plus pertinentes… »
Ce qui me paraît fascinant, c’est que le programme apprend à partir des règles du jeu et montre par là combien l’invention et la création sont directement liées au jeu. Il reste à voir, si, dans ce cas, le sujet et sa liberté peuvent être respectées.
N
Connais tu le livre d'Alexandre Laurent "la guerre des intelligences"?
Il défend l'idée que l'école doit se transformer pour prendre en compte le poids de plus en plus important de l'intelligence artificielle. Moins besoin de techniciens et ingénieurs etc.
Une idée d'un blog??
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E
Je ne connais pas ce livre. Sans doute faut-il tenir compte de l'intelligence artificielle, qui peut nous apporter beaucoup. Mais c'est aussi de ce côté que nous aurons à affronter un de nos plus grands dangers parce que le sujet lui-même est menacé. C'est un point que j'aborde dans le blog d'octobre, en disant que tout en intégrant les progrès de la technique il faut s'ouvrir à l'art pour donner une plus grande place à un jeu qui embellit le monde.. Mais je conçois bien que c'est à discuter.
C
Merci, cher Etienne, quelle imagination et délicatesse tu as ! Mais je ne pense vraiment pas que, dans le champ de la vie politique, les choses se passent comme cela. De la poésie et des sentiments, dans le périmètre des personnes, c’est trouvable, mais ailleurs, il faudrait l’être
soi-même pour y croire ! Tu l’es, bravo à toi !
Chaleureusement.
Claire
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E
Merci Claire. Il faut bien un peu d’utopie, de jeu et de poésie pour faire avancer le monde, même s’il s’agit de politique. Sinon, nous entrons dans une toute-puissance qui écrase les autres. Le monde est dur, c’est vrai, mais il n’est pas que dur. Ici ou là, il reste quelques poches d’humanité, qui peuvent faire progresser tout le monde si le moment est favorable… Mais ici, il ne s’agit pas d’être d’accord sur tout mais de partager la parole, y compris dans nos différences…
E
RETOUR AU CHAT-PROFESSEUR
J’ai rencontré, hier, une femme qui habite, comme moi, sur la cour intérieure. Elle est une des nombreuses personnes qui promènent leur chien dans cet espace, plusieurs fois par jour. Je prends des nouvelles du chat : « qu’est-ce qu’il est gentil !, me dit-elle, tout le monde l’aime. Mais il est tombé d’un échafaudage ». Je suis rassuré : je croyais qu’il avait reçu d’un habitant, un coup vengeur qui aurait pu le tuer. Il peut donc, sans crainte, continuer à assurer la paix de notre grand immeuble.
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Y
J'ai bien pris connaissance du dernier texte du blog, il est vrai que pour l'instant je l'ai lu rapidement et même si de prime abord je partage ton opinion, je devrais y réfléchir plus avant si je veux apporter ma pierre à cette réflexion car je vois bien au travers des premiers commentaires que cette dernière soulève pour ma part de réelles difficultés, même si je sais bien au travers de mon expérience théâtrale que le jeu le plus libre possible entre les acteurs a toujours été le ressort essentiel de la réussite de tout objet théâtral.
En attendant je me permets, puisque tu m'encourages à écrire, de t'adresser en pièce jointe un petit texte d'une de me tentatives.
Oh tyrannie des mots quand on ne sait les agencer, pourtant une fois couchés sur le papier, eux seuls permettent d’ordonner notre pensée. Alors juste confier à la page blanche quelques réflexions, sans forcément que ces lignes puissent être partagées, à peine offertes à quelque solide amitié. Et puis sentir si elles peuvent résister à l’assaut de nos jours et de nos nuits.
Voilà en peu de mots ce que j’aimerais avouer ; voilà que depuis quelque temps déjà, je semble m’être libéré d’une part infime d’un fardeau que je crois pouvoir nommer culpabilité. Une rencontre qui remonte au mois de Février, avec un de ces guérisseurs de l’âme que le hasard m’a fait rencontrer, depuis mon esprit semble s’être allégé. J’entends bien du même coup, les railleries qu’un tel aveu peut provoquer. D’aucun prétendront qu’il s’agit là d’une chimère, d’autres qu’il n’y a là qu’un simple réconfort comme celui que peut provoquer une douce rêverie ou bien les plus méchants viendront me soupçonner d’abuser de quelque amphétamine. Mais force est de constater que depuis quelques semaines, renforçant il est vrai ma pratique de plusieurs exercices comme il me fut conseillé, je perçois avec une acuité aiguisée l’harmonie de cette nature quand mon regard veut bien juste se poser sans tenter de donner à toutes ces choses une quelconque signification. Toute cette gamme de verts, dont elle est composée, ces pierres d’un muret à peine assemblées, la ligne de fuite de maisons juxtaposées. C’est en fait du même ordre que cette douce sensation que peut provoquer une longue randonnée quand la fatigue aidant, le corps entier semble s’abandonner. N’y voyez pas la seule marque d’une grande naïveté même si vous êtes tentés de ne voir là que mièvrerie, et je ne cède nullement à toute forme d’angélisme car je sais bien que le vernis de tant de beauté peut à tout moment être retiré pour laisser voir de ce monde toute la cruauté. Entre autre ce nouvel équilibre que je semble trouver ne prend pas racine dans cette seule contemplation, c’est aussi dans le goût exquis que me procure chaque respiration quand je lui prête toute mon attention. D’ailleurs au moment où je recopie ces lignes, j’apprends le décès de ma sœur ainée, au même instant mon regard se porte au loin où d’épais nuages abritent tant d’averses, comme si leur noirceur venait m’annoncer que c’est à la tristesse ce soir, que la place va être cédée.

Yves
Répondre
E
Très beau texte, qui n’est pas une réflexion mais une véritable construction de toi-même. Cette construction te libère des freins qu’engendre la culpabilité et te donne accès à une paix qui rend possible la contemplation. Au-delà des remous de surface tu sembles avoir accès à la beauté fondamentale du monde. Et, pour revenir au blog, s’il y a beauté, il y a aussi le jeu sur lequel le monde est fondé. Peut-être l’écriture, la vraie écriture, celle que tu cherches à pratiquer, n’est-elle rien d’autre que la transcription de la beauté de ce jeu profond qui n’a jamais fini de s’écrire. Et je sais que la paix que te procure une telle écriture va t’aider à accompagner ta sœur vers sa destination finale.
M
LE MODELE BUREAUCRATIQUE SELON MAX WEBER
Définition de “bureaucratie” selon Weber
Le modèle bureaucratique mis en place par Max Weber est le modèle de référence, de progrès et d’innovation au XXème siècle. On fixe des règles objectives de production. Il est remis en cause dès les années 1970 à cause de la lourdeur administrative. Cette remise en cause aboutit à son démantèlement et à la privatisation (en partie) des tâches dévolues aux pouvoirs publics.
Le modèle bureaucratique de Weber repose sur 10 principes et hypothèses (qui en font un modèle principalement théorique) :
• Les individus sont soumis à une autorité uniquement dans le cadre de leurs obligations impersonnelles officielles.
• Les individus sont répartis dans une hiérarchie d’emplois clairement définie.
• Chaque emploi a une sphère de compétences clairement définie.
• L’emploi est occupé sur la base d’un contrat.
• Le recrutement se fait sur la base des compétences (diplômes et/ou expérience).
• La rémunération est fixe, en fonction du grade hiérarchique.
• L’emploi est la seule occupation du titulaire.
• Logique de carrière : la promotion ne dépend que de l’ancienneté et de l’appréciation des supérieurs hiérarchiques.
• Les individus ne sont pas propriétaires de leur outil de production.
• Les individus sont soumis à un contrôle strict et systématique dans leur travail.
Max Weber regroupe ces hypothèses en 6 principes :
• Division du travail : Le poste, les tâches et les responsabilités de chacun doivent être clairement définies et distincts.
• Structure hiérarchique : Les relations entre un dirigeant et ses subalternes sont codifiées et l’autorité est précisément définie.
• Sélection du personnel : La sélection du personnel se base sur la formation et les connaissances techniques qui auront été vérifiées au préalable.
• Règles et règlements normalisés: L’uniformité du travail et la normalisation des actes accomplis sont mis en pratique par le biais de règles, de codes, de méthodes, de procédures précis.
• Caractère impersonnel des relations : Les relations entre les différents membres de l’organisation doivent être impersonnelles. L’application des règles et des règlements évite tout conflit de personnalités.

Appuyer sur Max Weber
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M
Le jeu est absent, dans la société, parce qu’on pense qu’il n’est pas sérieux. En fait le jeu est très sérieux tout en étant léger. Nous réfléchissons trop à partir de la technique alors qu’il faudrait partir du jeu.
J’ai l’habitude de beaucoup marcher et je constate que la nature est joueuse. Selon l’heure de la journée, les sons ne sont pas les mêmes, les lumières varient comme les ombres elles-mêmes. La nature joue avec les sons, les lumières et les ombres.
En ce qui concerne l’art, je pense qu’il est dans l’esprit de chacun. Aussi l’interprétation d’une œuvre n’est jamais achevée, étant donné la multiplicité des individus.
Tu parles beaucoup de la frontière, mais tu ne vas pas jusqu’aux fondements. La frontière est d’abord corporelle et intellectuelle. Elle commence par se manifester chez l’individu. Aussi peut-elle enfermer chacun sur lui-même. Mais elle peut aussi être ouverture à l’autre. Autrement dit si elle est ouverte à l’autre, elle a toujours une dimension individuelle.
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E
En gros, je suis d’accord avec toi. Je pense en effet que le jeu est premier. Il me semble que Derrida dit qu’il précède l’être. C’est vrai aussi que le jeu est inscrit dans la nature. Je me demande même si, au sein de la nature, ce n’est pas d’abord la vie qui joue. Elle joue dans la nature comme elle joue chez l’homme.
Par ailleurs ton insistance sur l’individu dans l’art et à propos de la frontière me semble tout à fait opportune. Dans ces domaines, le sujet est impliqué, et, au sein du monde humain, le sujet est d’abord un individu.
J
JEAN ROCHEFORT MAL A L'AISE AVEC LES REGLES

• Au diable les règles
En 2013, Jean Rochefort assure la promotion du film l'Artiste et son modèle. Dans un long entretien à L'Express, il parle de son enfance, de comment il cultive depuis toujours des traits de caractères a priori opposés. Une façon pour lui de montrer son refus de devenir "classiquement austère". Une pulsion qui l'animait encore au moment où il lui fallait faire ses preuves:
"Un jour, au Conservatoire, un comédien [Georges Descrières], en costume trois pièces comme il se devait à cette époque, me prend à part et me dit: 'Tu ne réussiras jamais, tu t'habilles trop mal.' De ce jour, j'ai décidé de ne jamais porter de costume trois pièces. "
Le costume trois pièces obligatoire est passé, Jean Rochefort est resté.

http://www.huffingtonpost.fr/2017/10/09/les-meilleures-citations-de-jean-rochefort-sont-de-formidables-lecons-de-vie_a_23237258/

Appuyer sur Jean Rochefort
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G
Il suffit de voir les enfants qui jouent (ou les musiciens ...) Seul le sérieux permet le plaisir, seul le plaisir rend le sérieux sérieux.
Le sérieux trop sérieux n'est pas sérieux.
Répondre
G
Nous sommes sur la même longueur d'ondes.
C
DE NOMBREUSES CITATIONS SUR LE JEU




Le jeu est la forme la plus élevée de la recherche.
Albert
Einstein

Joue et tu deviendras sérieux.
Aristote

Les rudiments de la connaissance sont assimilés au fil
des jeux.
Mahatma Gandhi

Le jeu est le premier poème de l’existence.
Jean-Paul
Sartre

Les enfants n’ont point d’affaires plus sérieuses que
leurs jeux.
Michel de
Montaigne

Une civilisation est inachevée si elle n’ajoute pas à l’art
de bien travailler celui de bien jouer.
Georges
Santayana

Il n’y a rien de plus sérieux qu’un élève qui joue.
Arnaud
Gazagnes

Le jeu est la plus belle des jouvences.
LUO
Xia Hua

Dieu a créé l’homme afin qu’il s’adonne à de nombreux
jeux.
Alphonse X le Sage

Jeu après jeu, l’enfant devient « je ».
Arnaud
Gazagnes

C’était un homme sérieux, il passait son temps à jouer.
Lewis
Caroll
L’amour du jeu est tellement universel et sa pratique
tellement agréable que cela doit être un péché.
Edward F.
Murphy

Jouer, c’est apprendre. .. à vivre ensemble, à connaître
l’environnement, . . . à coopérer.
Arvid
Bengtsson

La réussite d’une personne est déterminée par les jeux
de son enfance.
Tamil

Chaque homme cache en lui un enfant qui veut jouer.
Friedrich
Nietzsche

La maturité de l’homme, c’est d’avoir retrouvé le sé-
rieux qu’on avait au jeu quand on était enfant.
Friedrich
Nietzsche

On peut en savoir plus sur quelqu’un en une heure de
jeu qu’en une année de conversation.
Platon

Aucun jeu ne peut se jouer sans règles.
Vaclav
Havel

La notion de jeu comporte en soi la meilleure synthèse
de croyance et de non-croyance.
Johann
Huizinga

On ne joue pas en assistant à un jeu.
Proverbe baoulé

Le plus grand plaisir humain est sans doute dans un
travail difficile et libre fait en coopération, comme les
jeux le font assez voir.
Alain

L’issue d’un jeu est incertaine, le plaisir qu’il apporte
est incontestable.
Proverbe malais

Le jeu est indispensable à l’individu [. . .] comme fonc-
tion de culture.
J.
Huizinga

Il faut aussi en finir avec l’image avec l’idée fausse que
la pratique des mathématiques est déductive. Résoudre
un problème exige une grande part d’intuition, d’imagi-
nation, un combat avec soi-même.
Didier
Dacunha-Castelle

Résoudre un problème, c’est chercher un chemin à tra-
vers une difficulté, un chemin pour contourner un obs-
tacle ou atteindre un but qui n’est pas directement ac-
cessible. Résoudre des problèmes est le propre de l’intel-
ligence, et l’intelligence est l’attribut propre de la nature
humaine : résoudre des problèmes est l’activité la plus
spécifiquement humaine.
George
Pólya

(...) pas de panique, monsieur l’inspecteur, il faut sa-
voir jouer avec le savoir. Le jeu est la respiration de
l’effort, l’autre battement du coeur, il ne nuit pas au sé-
rieux de l’apprentissage, il en est le contrepoint. Et puis
jouer avec la matière c’est encore nous entraîner à la
maîtriser.
C‘h€a€g‰rˆi’n‡
€d‡'€éco†le
, Daniel
Pennac

Le jeu n’a pas d’autre sens que lui-même
Roger
Caillois

La recherche doit avant tout être un jeu et un plaisir.
Pierre
Jolliot

L’homme n’est pleinement Homme que lorsqu’il joue.
Schiller

Le jeu, c’est le travail de l’enfant, c’est son métier, c’est
sa vie. . .
Pauline
Kergomard

Jouer doit être une part importante de ta vie. Donne au
jeu le temps qu’il mérite.
Michael
Joseph

Ose jouer. Un enfant tenu à l’écart du jeu est un enfant
maltraité. Vas-y, joue.
Michael
Joseph
Appuyez sur le titre
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G
Ma remarque était seulement pour le jeu (je pensais aux "artistes" politiques)
Merci pour la piste et le retour au sérieux. (j'ai peu fréquenté Derrida)
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E
Je pense qu'il y a un jeu indispensable entre le jeu et le sérieux. Je pense même que le sérieux est interne au jeu.
G
Oui il y a des artistes qui sont d'excellent illusionnistes.
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E
Sont-ils encore artistes ? Il y aurait bien des choses fondamentales, sur ce sujet, à aller chercher chez Derrida.
D
PROPOSITIONS DE DERRIDA SUR LE JEU


Le jeu est un champ de substitutions infinies qui, dans la clôture d'un ensemble fini, exclut la totalisation

Le jeu et l'écriture n'ayant pas d'essence, ils vont sans cesse disparaissant
-
Le jeu de la trace, qui appartient à l'âge de la différance, est "plus vieux" que la vérité de l'être
-
La possibilité du jeu est le point où, à l'intérieur des machines, le calcul trouve sa limite
-
Il y a deux types d'imagination : l'une est mimétique et l'autre met en jeu la productivité libre et spontanée
-






Appuyer sur Derrida
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D
LE JEU CHEZ DERRIDA
En réponse à une question qu'on lui pose en 1988 (Limited p207), Jacques Derrida parle du lexique du jeu dont il s'est servi dans ses premiers textes. Si l'on consulte la page correspondante du Derridex, on note que ce mot est effectivement très fréquent dans De la Grammatologie et l'Ecriture et la Différence, parus en 1967, et aussi dans La Dissémination, paru en 1972, mais beaucoup moins dans les textes ultérieurs. Que signifie ce changement de lexique?
Dans la conception des années 1960-70, l'avènement du jeu est lié à la crise du logocentrisme. Le jeu est une figure qui déborde le langage et ouvre un champ ouvert de substitutions infinies. Dépourvu de centre, non totalisable, incalculable, c'est un espace de don et de supplémentation, un mouvement que rien ne peut arrêter. Plus vieux que la vérité de l'être, il rend possibles les différences et les concepts. Dépourvu d'essence, comme la différance ou la trace dont on peut le rapprocher, il ne se manifeste pas comme tel. Il disparaît dans l'écriture ou dans le divertissement.
Pourtant le jeu survient : par l'imagination, quand elle est libre et spontanée - c'est-à-dire sans concept, comme aurait dit Kant. Il survient aussi dans l'art - par exemple dans la photographie quand elle échappe à la rhétorique. Mais ce "jeu libre" ne doit pas être confondu avec une liberté totale. Il reste limité, structuré par la répétition machinique, la réitération de la marque.
S'il a changé de vocabulaire, Jacques Derrida n'a jamais renoncé à une pensée affirmative du jeu qui pourrait inspirer un nouvel humanisme au-delà de l'homme, c'est-à-dire au-delà de la présence pleine et rassurante de la parole et du langage.
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I
L’ART EST POLITIQUE SANS LE VOULOIR, DES QU’IL SE VEUT POLITIQUE, IL NE PRODUIT QUE DE LA PROPAGANDE L'au - delà du souverain, hors lois, hors savoir
Autres renvois :



L'œuvrance des réseaux
L'œuvrance des réseaux







Il peut y avoir un lien entre art et politique sans que pour autant l'art parle de politique. Cette distinction qui peut paraître subtile est pourtant le coeur du débat. Il y a du politique partout, y compris dissimulé dans l'art apparemment le moins politique. Mais quand l'art est inféodé à la politisation triviale, on ne produit que des propagandistes ou des belles âmes. On fait proliférer les signes et les interprétations, mais pas les oeuvres. L'alliance entre radicalité de l'art et radicalité politique est une possibilité, mais n'a rien d'une obligation, y compris parmi les avant-gardes, qui se sont souvent montrées politiquement conservatrices. Une seule responsabilité politique doit être partagée par tous les artistes : faire en sorte que chacun puisse vivre dans une société où le droit de créer librement est garanti [ce qui est loin d'être le cas partout, comme chacun sait].
C'est vers une micropolitique ou une métapolitique de l'art qu'il faut tendre, pas vers une confusion ou un brouillage des frontières entre art et politique. Une interrogation éthique peut être plus politique que la plus violente des dénonciations.
Derrière toute utilisation politique de l'art, que ce soit sous forme d'objet ou d'intervention, il y a la croyance selon laquelle l'art peut servir à quelque chose : répandre des idées ou réparer le monde. Mais un objet calibré sur des techniques de masse, comme le film parlant, risque de ne reproduire que des mouvements de masse. Un art fait pour la politique ne produit que de la politique. C'est autre chose qu'il faut à l'art.
Il peut y avoir un art politique, à condition qu'il ne serve à rien, comme aux débuts du surréalisme. Il n'est pas politique par destination, mais en tant que producteur d'écarts et de formes. La politique n'y est pas l'essentiel, elle vient en plus comme chez les Klansmen de Philip Guston.
C'est la sensibilité elle-même, si elle est universelle et égalitaire, qui porte la dimension politique en art. Aucune démonstration ni présentation rhétorique ne peut la remplacer.
https://www.idixa.net/Pixa/pagixa-0604121206.html
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I
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G
Tout à fait d'accord, y compris sur ce que tu dis à propos de l'art. J'avais à l'esprit cette utilisation trop fréquente de l'art comme évasion, ou comme discours ornemental ou de « distinction » : une posture qui permet de jouer à la belle âme qui ne se salit pas les mains.
D'accord avec ce que tu dis de Le Corbusier. Il a bel et bien marqué nos vies, nos conceptions, nos choix. J'entendais, ces deux dimanches derniers, à Talmudique, un architecte (Antoine Grimbach, je crois) invité par Marc-Alain Ouaknine, expliquer son travail. Il conçoit et réalise ses maisons en pensant d'abord à l'ombre là où il faut créer de l'intimité, puis de la lumière, puis de l'inattendu -y compris un peu de désordre - , puis des formes belles et simples, fonctionnelles, et un ensemble qui soit prêt à évoluer, à devenir autre chose. Bref, suggérait-il, des maisons humaines de part en part, ombres et désordre compris. (Puis il s'est aperçu que cette démarche était conforme à des recommandations du Talmud - ce dont je ne saurais rendre compte - soukhot en étant un archétype).
Et il est bien vrai que le travail de « création artistique » met en mouvement la liberté et le plaisir de faire ou la joie d'avoir fait ; surtout si le résultat, ou déjà le travail, sont l'occasion d'un vrai partage, dont sort, en effet, quelque chose de nouveau. Une démarche radicalement humaine.
En ce sens, la politique est « tout un art ».
Bien cordialement.
Gérard
Répondre
E
Je pense que tu as tout résumé dans ta dernière phrase : « la politique est tout un art ». Je ne veux rien rajouter.
O
J ai lu ton texte. je suis d’accord ; il n’est pas loin e propos que je tiens sur la frontière.
je vais à Briancon en fin de semaine et reviens vers le 20
A plus
Olivier
Répondre
O
A plus pour une discussion plus étoffée. Bon séjour à Briançon !
G
Bonjour Etienne !
Quelques réflexions sommaires comme d'habitude, à propos des tiennes qui ne le sont pas et qui m'intéressent toujours.
Je crois aussi, depuis très longtemps, à l'importance vitale du « jeu ». Du temps du lycée – et du scoutisme !, j'avais des copains qui commençaient des formations professionnelles à l'Arsenal de Brest, en mécanique, ajustage, etc. Ils réclamaient souvent du « jeu fonctionnel » dans l'organisation ou les prévisions d'activités. J'y étais alors trop peu porté, craignant l'improvisation et le vide qui peut en résulter. Il faut bien concevoir la mécanique, et qu'elle existe. Mais pour qu'elle marche bien, il faut ce « jeu fonctionnel ».
Bien plus tard, dans nos rencontres d'octobre à La Tourette, je t'ai entendu plusieurs fois juger que, dans la loi et les règles, l'important était les interstices qui ne définissaient rien, laissaient un vide et donc de la liberté. Devenu « proviseur » un peu plus tard, je m'en suis souvenu -ainsi que du nécessaire « jeu fonctionnel ». Je fixais -obligation du métier – le cadre (les emplois du temps, quelques calendriers : conseils de classe et autres rites) :la mécanique ; et je veillais autant que possible à ce que chacun puisse faire son travail, réaliser les projets qu'il concevait, avec autant de souplesse et, d'abord, de moyens ! que possible. Je ne pense pas avoir fait trop de mécontents.
Ce « jeu » et cette « liberté » (relative) n'allait pas de soi. Le système est très défini (moyens, horaires, locaux etc... et statuts stricts), très contraint, très centralisé. Des décisions vitales nous échappaient, ou étaient bloquées par les « autorités supérieures ». Le « jeu fonctionnel » officiel était des plus réduits ; et, de ce fait, l'autorité -ou le pouvoir ? - des petits chefs locaux l'était aussi. Dans certains cas heureusement, d'ailleurs. J'ai dix ans - et plus-d'exemples.
Tu connais mon point de vue là-dessus. Il s'est confirmé dans ce contexte ; et il est nourri par quelques considérations historiques, suggérées par quelques bons auteurs. Depuis 1792 , puis 1798 et 1802, nous bénéficions, dans l'Hexagone sacré, d'un centralisme politique et administratif fétichisé qui tend à tout contrôler, à tout décider, tout normaliser d'un point de vue unique, surplombant, abstrait. On le sait bien. Mais à entendre les discours politiques -ceux des électeurs ou des élus, potentiels ou réels - , rien ne bouge, rien ne se dit. Rien, semble-t-il, n'est pensé sur le sujet. La mécanique est sacrée, le sujet tabou. Comme si les cerveaux ne disposaient, sur ce type de questions, d'aucun « jeu fonctionnel ».
(J'en étais là après la lecture de ton texte incomplet , et tenté d'ajouter un couplet sur la bureaucratie étatique et européenne, l'une s'appuyant sur l'autre et réciproquement. Tu l'as fait. J'ai donc peu à rajouter. )
Ces « bureaucraties » ont pour effet de nous faire croire que rien n'est possible hors des cadres, des Traités sacrés, et a fortiori contre eux. Nous voilà donc enfermés dans leur « logique ». Quelle est-elle ?, sinon d'assurer le meilleur fonctionnement possible de l'économie dite libérale, celle du marché « libre et non faussé », bref : du capitalisme débridé, qui, lui, s'octroie un jeu fonctionnel indiscuté. Il impose une consommation maximum, une « productivité » sans limites, et les destructions dont il se nourrit. On sait bien cela, puis on oublie. Notre « jeu fonctionnel » est limité : nous choisissons nos yaourts, nos programmes de télé, la destination de nos vacances si nous pouvons en prendre. On a les libertés qu'on peut. On peut juger celles-là essentielles, nécessaires et suffisantes. Pour le reste, les causes sont facilement présentées et perçues comme des fatalités, et la mécanique comme utile et nécessaire, la meilleure ou la seule possible : intouchable.
Bien sûr, l'art, la poésie libèrent, créent un espace. Mais ne changent rien. La « raison » serait de voir la vraie « raison » des choses (des institutions, logiques, intérêts, pouvoirs...) qui interdisent le jeu, et la vie ; qui interdisent même d'y penser et de vouloir pour de bon une autre vie, où la justice et l'amitié seraient autre chose qu'un idéal. Évidemment, c'est un peu complexe. Mais on n'est intelligent qu'à plusieurs.
Le premier pas serait de concevoir que, si rien ne sort de rien et que tout s'inscrit dans un donné historique préalable, l'histoire est faite de multiples et continuels croisements où se présentent à tous (du moins en démocratie – qui se mesure à cela ) un grand nombre de possibles. Si les choix sont relativement déterminés par un cadre, un contexte, aucun n'est obligatoire. Somme toute, il faut croire aux possibles et vouloir le jeu. Il en vaut parfois la peine.
Gérard Jaffrédou, 10, 12 . X . 2017,
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E
Tout à fait d’accord sur le centralisme et le blocage du jeu. C’est bien le centralisme démocratique, qui, pour une part, a discrédité complètement l’application du marxisme. En ce qui concerne le capitalisme débridé, c’est vrai que son jeu qui encadre le jeu des autres contrarie la construction de véritables sujets.

Alors ce qui reste à discuter, c’est ce que tu dis sur l’art, à savoir que finalement il ne change rien. Je ne pense pas que ce soit vrai à condition de reconnaître qu’il agit autrement. Regarde comment un bâtiment comme celui de Le Corbusier continue toujours à nous faire parler et à dégager, en nous, de nouvelles idées. Il est au-delà du politique, et, pour moi, il faut qu’il le reste, mais il peut rétroagir sur le politique en manifestant la nécessité de respecter l’espace de l’autre ou l’espace du sujet. Je trouve que le conte sur les meilleurs peintres est extraordinaire pour en montrer la nécessité. Lorsque tu as aménagé ta maison de Lesches, tu as voulu faire la place à l’art et c’est pour cela qu’on s’y sent bien. Parce que l’art fait sa place à l’autre. L’art ne remplace pas le politique mais il révèle ce qui lui manque pour produire tous ses effets potentiels. Et, en plus, il y a quelque chose qui m’a toujours étonné chez Le Corbusier. C’est qu’il est d’une extrême rationalité et peut donc nous enfermer dans une forme de nécessité. Mais c’est précisément parce qu’il n’a rien voulu céder à la rationalité qu’il a donné naissance à la poésie et à la musique et par là à la possibilité d’un habitat pour l’homme. Mais tout en disant cela, je peux concevoir qu’on pense autrement. Il reste là quelque chose à discuter
G
LES DEUX THEOREMES D'INCOMPLETUDE DE GODEL

Premier
Il n'y a aucun moyen de générer toutes les vérités au sujet des nombres.
Quelle que soit la méthode, il existera toujours au moins une assertion non prouvée.
Quelle que soit la formalisation cohérente d'une arithmétique, il existera des vérités non décidables dans cette arithmétique.
Même en forgeant une arithmétique qui rend décidables les assertions non-décidables d'une autre arithmétique, on retrouvera d'autres assertions non-décidables.

Second
Une affirmation ne peut pas être vraie et fausse en même temps. Comment résoudre ce type paradoxe?

Pour s'en sortir, il faut sortir du système lui-même, se mettre en méta-position, en vision externe.
Une arithmétique est trop faible pour pouvoir prouver sa propre consistance.
L'assertion "cette arithmétique est cohérente" ne peut pas être prouvée, quelle que soit l'arithmétique choisie.

Appuyer sur Gödel pour retrouver le site
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E
La raison ne peut pas tout formaliser puisqu'il y a des vérités indémontrables. D'une certaine façon, le monde est incomplet. Mais peut-être va-t-il vers sa complétude. Et dans l'incomplétude, il y a, peut-être, une place pour l'homme.

« Le théorème de Gödel prouve qu'il y a des vérités indémontrables. L'intuition humaine n'est pas formalisable. »
M
Ton dernier texte m'a intéressé je t'envoie en pièce jointe quelques idées qui me semblent être en relation avec ce que tu veux dire. Tu n'es pas obligé de les publier. Je cite Gödel, plutôt son principe d'incomplétude, il me semble qu'il serait intéressant d'en découvrir le sens profond.

Ton dernier texte me parle beaucoup. Déjà l’association des mots : jeu, liberté, création est intéressante. Pour qu’un mécanisme fonctionne il faut qu’il y ait du jeu, c’est le jeu entre le moyeu et la roue qui permet à celle-ci de tourner.
Les droits de l’homme n’ont d’objectifs que de laisser aux hommes un espace de liberté. La créativité du savant comme de l’artiste et même de l’artisan ne peut s’exprimer que dans la liberté. Dans le domaine sociopolitique le principe de subsidiarité qui vise à donner le maximum de liberté aux institutions de base est pour elles une généralisation des droits de l’homme.
C’est l’esprit de centralisation qui conduit l’Etat à vouloir tout contrôler par la loi mais c’est un travail sans fin car, et là je m’avance un peu, il est face au principe d’incomplétude de Göedel. Il restera toujours des trous qui permettront d’échapper à la loi qui veut enfermer. Dans un système basé sur des valeurs plus que sur des interdictions ou obligations le juge est plus à même de répondre à un cas particulier qu’un juge qui ne devrait décider qu’à partir de lois par une déduction au sens de la logique formelle. Il n’est pas étonnant qu’en France chaque année les assemblées législatives se plaignent du nombre de textes de lois qu’elles doivent étudier et voter, que le livre du code du travail comporte 8000 pages comparativement au suisse qui n’en a que 500.

Il y a un autre sujet qui, important pour moi, semble en relation avec ces réflexions sur les espaces de liberté. Dans les années 1970 les communes, particulièrement dans les territoires ruraux, ont ressenti le besoin de collaborer entre elles pour résoudre des problèmes dont la solution devait se trouver à un niveau plus large : collecte des ordures ménagères, recherche de nouvelles ressources d’eau potable, défense incendie, transport scolaire puis d’autres se sont ajoutés plus tard etc…

Se sont donc créés des syndicats intercommunaux à vocations multiples mais à géométries variables. Les communes pouvaient adhérer à l’un d’eux selon leurs intérêts pour quelques compétences et pas à d’autres. Il était ainsi vraiment au service de ses communes. On a voulu, toujours pour satisfaire à une volonté de contrôle, fermer la frontière des communautés de communes en en faisant des quasi collectivités où toutes les communes doivent participer à tout. C’était probablement inutile. C’est une liberté perdue qui permettait de s’adapter à des espaces variables. L’espace pertinent pour la protection des cours d’eau n’est pas celui du transport scolaire, celui de l’assainissement n’est pas le même que celui de la collecte des ordures ménagères etc… Dans le territoire d’une communauté de communes peuvent coexister plusieurs réseaux d’assainissement totalement indépendants qui n’ont aucune raison d’être gérés par la même entité.
Cette contrainte fait aussi que si deux communes, appartenant à deux communautés de communes distinctes, ont un intérêt à collaborer sur un sujet déterminé, cette collaboration se fera sous l’égide de leurs communautés. Ce qui ne simplifie pas.

Voilà quelques réflexions suscitées par le nouveau texte de ton blog.
Répondre
E
Merci pour toutes tes réflexions auxquelles j’adhère complètement. Il y a deux choses que tu fais apparaître plus que je ne l’ai fait moi-même, c’est le rapport entre la bureaucratie et la centralisation, et les structures à géométrie variable.
En ce qui concerne le rapport entre la bureaucratie et la centralisation, cela va un peu de soi. Ayant été amené personnellement à travailler sur les mesures concernant la formation, j’ai bien vu la tendance des administrations centrales à tout maîtriser sans tenir compte vraiment du terrain. En verrouillant les dispositifs, on les stérilisait parce qu’on oubliait de laisser du jeu entre leur définition et leur application locale.
J’avoue aussi que j’apprécie bien les structures à géométrie variable. Là encore il faut accepter de laisser parler les acteurs locaux et de les écouter pour inventer et faire fonctionner les structures sur le terrain. C’est vrai que la démocratie est à ce prix.

Il y a vraiment des combats à mener en ce sens pour un plus de démocratie..
W
JEU ET REALITE DE WINNICOTT PAR MATHIEU RIGARD

Winnicott part du principe que l’enfant possède une tendance innée à se développer jusqu’à devenir une personne totale, saine.
Héritage de la période pré-natale et dépendance absolue des premiers moments, le nouveau né fait corps avec son environnement, c’est le plus souvent l’ensemble mère-enfant qui tient lieu de cette première unité. L’auteur parle alors de "mère suffisamment bonne" pour comprendre les premières
interactions mère enfant et de phénomènes transitionnels pour expliquer comment cette position d’omnipotence du bébé sera dépassée. La mère suffisamment bonne crée tout d’abord par une adaptation presque à 100% l’illusion de l’omnipotence du bébé, puis devra peu à peu le désillusionner, augmentant l’espace entre elle et le bébé, en différant ses réponses par exemple.
« L’espace potentiel ne se constitue qu’en relation avec un sentiment de confiance de la part du bébé [...]» p.139.
Le doudou, l’objet transitionnel, assure pour le petit enfant une fonction de réassurance, de lien de permanence entre ce qui est là et ce qui n’est plus là et, par sa chaleur affective et le plaisir de manipulation qu’il procure, permet une expérimentation progressive de l’indépendance. Il sera la première possession, sera unique, devra survivre aux pulsions d’amour comme de haine. Il sera voué à
un désinvestissement progressif. Winnicott donne des exemples cliniques de pathologies liées au rapport à l’objet extérieur (angoisse de perte, emprise des fantasmes et des rêves...).
Ce qui est important ici c’est ce qui se passe entre : entre le pouce et le doudou, entre l’enfant et sa mère, entre l’intérieur et l’extérieur, entre ce qui est moi et ce qui n’est pas moi. C’est cet espace qui est le lieu de la construction psychologique de l’enfant, mais il est bien plus. Objet transitionnel et phénomènes transitionnels sont des termes qui servent à "désigner l’aire intermédiaire d’expérience" (p.8). Un lieu qui permet d’objectiver le monde, mais aussi un lieu où naît l’expérience culturelle de l’humanité en ce qu’il permet l’expression de ce qui n’est ni au dehors ni au dedans, à la limite du
dehors et du dedans. Le jeux libre (différent du game avec ses règles) est une activité créative qui joue un rôle dans la quête du moi. Il se déploie dans l’espace potentiel car il nécessite une dose de magie, d’omnipotence. C’est également le lieu de la création
artistique et de l’acte psychanalytique (vu comme un jeu entre le praticien et le patient). Winnicott en revient toujours a ce rôle du psychanalyste et à sa méthode, faisant ainsi un vas et viens llustrant comment une théorie psychanalytique s’invente, se cherche et se trouve. Plusieurs études de cas viennent à nouveau illustrer ces idées. « L’espace potentiel est donc non seulement le lieu de création du moi mais, partant, le lieu de l’expérience culturelle et de la créativité. La place où se situe l’expérience culturelle est l’espace potentiel entre un individu et son environnement originellement l’objet). On peut en dire autant du jeu. L’expérience culturelle commence avec un mode de vie créatif qui se manifeste d’abord dans le jeux» p.139.

Winnicott cartographie ainsi une troisième aire, distincte d’une part de la réalité psychique intérieure et d’autre part du monde environnant. Tout en développant sa théorie, Winnicott insiste sur les enseignements pratiques que l’existence de l’espace potentiel implique au niveau de la pratique psychanalytique. Le thérapeute doit amener le patient à découvrir et explorer cet espace lui-même, dans le jeu (particulièrement évident lorsqu’il s’agit d’enfant mais à appliquer également aux adultes), et en ne formulant pas forcément la compréhension qu’il peut avoir des troubles du patient.
Répondre
C
Étienne rebonjour.
Pourquoi ton article de ce blog m'a-t-il renvoyé à celui d'Alain Supiot dans le "Monde diplomatique" de ce mois d'octobre ? Parce que, me semble-t-il, par delà notre individualisme occidental de mai 68 , il observe que "nées de la seconde révolution industrielle, nos institutions sont aujourd'hui déstabilisées et remises en cause. Elles sont par les politiques néolibérales, qui entretiennent une course internationale au mous-disant social, fiscal et écologique. Elles le sont aussi par la révolution informatique..." Son article "Et si l'on refondait le droit du travail..." est à lire jusqu'au bout car c'est à la condition de ce niveau de réflexion et d'analyse, je trouve pour ma part, que notre "je" du "jeu" - selon les termes de ta jolie dialectique - peut acquérir une dimension non seulement "poétique" comme tu le dis très justement mais ... politique ! Amicalement
Répondre
E
Merci Charles d’expliciter davantage tes propos. J’aime bien ton expression du je du jeu à tel point que je me demande si ce n’est pas une sorte de tautologie. En tout cas, il n’y a pas de je sans jeu. Pour ma part, je ne pense pas que mai 68 ait développé l’individualisme. Il a plutôt mis l’accent sur le sujet, en tout cas, le sujet du désir. Ce qui est devenu problématique, c’est la dimension collective. Comment repenser le collectif en acceptant la priorité du sujet. En tout cas, pour moi, il n’y a pas de sujet sans collectif. Mais il ne s’agit plus du même collectif. C’est pourquoi la défense du collectif n’est pas un retour à quelque chose de dépassé. C’est quelque chose à réinventer. On voit bien qu’un certain collectif tend à développer de la bureaucratie. De cela, nous ne voulons plus. Il faut donc en venir à la règle du jeu. C’est là, je crois, qu’est la solution.
A
Voici ce que me rappelle ton blog sur les règles du jeu. Hèraclite a écrit: "La vie est un enfant qui déplace les pions sur un échiquier, royauté de l'enfant."
Einstein n'aimait pas le jeu du hasard: " Dieu ne joue pas aux dés" . Il s'opposait à ce qui était mal déterminé, mais on ne sait pas à quel niveau il situait la détermination.
Il n'y a pas nécessairement plus de "jeu" dans une organisation de petites unités que dans un ensemble de grandes structures.
Répondre
E
Merci pour ces précisions dans les domaines qui te concernent. Einstein parlait quand même du joueur de flûte invisible comme si une forme de jeu présidait, en définitive, sur la détermination elle-même. Qu'il y ait, chez lui, un lien entre le jeu et ce qui est déterminé me paraît assez plausible.S'il en est ainsi le jeu ou l'art serait premier. Par contre, je n'ai pas d'opinion sur le jeu dans les ensembles de petites unités et ceux de grandes structures.
J
Je vais essayer.
En réponse à :" Peut-être que, comme nous tous, tu dois accepter de quitter le personnage sérieux qui n'est pas toi, pour retrouver, en toi, l'enfant qui est toi-même. Lui sait jouer."
Répondre
E
Bravo !
G
Cet article est maintenant référencé par google.
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X
Cher Etienne,

Je vois ton blog. Pendant des années, j’ai tenté de dire à mes élèves (à propos de l’anthropologie)s qu’il y avait “homo faber”, mais que l’ “homo ludens” était aussi indispensable.

Et puis il faut bien des règles du jeu pour éviter de donner “libre cours aux violents” (Luther), mais que le carcan des règles est étouffant.. et effroyablement démobilisant et stérile. Bien d’accord. Xavier.
Répondre
E
Ta position ne m'étonne pas d'autant plus que tu as une longue expérience d'enseignement. Je suppose qu'un des rôles de l'enseignant est d'apprendre aux élèves à jouer. Il y a un psychanalyste que j'aime bien,.c'est Winnicott : il a profondément mis en valeur le jeu dans la psychologie.
Bien amicalement.
C
Merci Étienne pour ce thème judicieux que tu développes et qui, je trouve, illustre - au sens d'images et de mythes - en pleine actualité le remarquable article d'Alain Supiot dans le "Monde diplomatique" de ce mois d'octobre :"Et si l'on refondait le droit du travail..." Amicalement
Répondre
E
Merci Charles de ta bienveillance et de ton écoute. J'espère que nous pourrons dialoguer plus amplement sur le sujet que j'essaie de développer.
J
Bonsoir Etienne, Je viens de lire ton blog. Je me pose une question: je ne sais pas jouer et je ne suis pas très artiste a contrario de mon épouse à moins que je joue sans m'en apercevoir. Cela dit, je trouve que ton point de vue est bon mais comment changer de caractère et devenir joueur ou être artiste?
Amicalement.
Répondre
E
Peut-être que, comme nous tous, tu dois accepter de quitter le personnage sérieux qui n'est pas toi, pour retrouver, en toi, l'enfant qui est toi-même. Lui sait jouer.
O
Merci à Olivier qui réagit aussi vite que le chat de ma cour intérieure. Appuyer sur son nom pour atterrir sur son blog de blogs.
Répondre

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