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13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 09:58

Ouragan de Saint-Martin et Saint-Barthélémy, Ouest-France

 

La révélation du manque et l'ouragan

de Saint-Martin

 

Il y avait autrefois à Ispahan un petit paysan qui vivait péniblement avec deux chèvres et trois moutons. Dans la petite cour qui bordait la maison, un figuier offrait son ombre juste à côté d’une petite source. Un jour, à deux heures de l’après-midi, le paysan fait sa sieste et son sommeil est illuminé par un grand rêve. Il voit une route avec des maisons et des arbres de toute nature, qui l’emmène jusqu’à la porte d’une grande ville. Une voix se fait entendre : « Ici, c’est la grande ville du Caire ». Notre promeneur traverse alors des rues somptueuses jusqu’à ce qu’il arrive près d’un pont. A gauche et juste au début du pont, il découvre un grand coffre rempli de bijoux et d’étoffes précieuses. La voix déjà entendue s’exprime à nouveau : « Ce coffre t’est destiné ». C’est à ce moment précis qu’il se réveille. « Ce rêve est trop beau, se dit-il. Il est une révélation de Dieu lui-même ». Aussitôt il se met en tenue pour partir, prend son bâton et entreprend son pèlerinage. Tous les détails de son rêve deviennent réalité jusqu’à la grande porte du Caire. Ici les mêmes rues somptueuses le conduisent jusqu’au grand pont qui chevauche le Nil. Mais là, à la place du coffre, il y a un homme déjà bien éprouvé par le temps, qui mendie des croutons de pain. Trompé par son rêve, le pèlerin enjambe la margelle du pont et tente de s’élancer dans le fleuve. C’est alors que le mendiant le rattrape par le col de son blouson et lui demande les raisons de son désespoir. «  Pauvre sot que tu es, rétorque le sauveur. Moi aussi, toutes les nuits, je fais le même rêve : j’arrive près d’une  ville qui s’appelle Ispahan et là dans une  cour où coule une petite source, je creuse au pied d’un figuier et je découvre un somptueux trésor. Penses-tu que je me mette en marche pour autant ? » Ebloui par  ce récit, le pèlerin embrasse le mendiant et s’empresse de revenir à sa maison. Là il creuse au pied du figuier et déterre le trésor du mendiant. C’est en creusant le manque que l’on finit par recevoir le trésor de la vie. Telle était la révélation de son rêve.


L’ouragan Irma et les habitants qui ont tout perdu (retouché)

L’ouragan Irma vient de souffler sur Saint-Martin et Saint-Barthélemy,  et a presque tout emporté sur son passage. Pour certains, ces deux îles étaient un petit paradis où affluaient les touristes. En même temps, riches, pauvres, trafiquants se côtoyaient sur une même terre de contrastes, surtout à Saint-Martin. Et, en dépit  des inégalités et de certaines souffrances, une atmosphère de rêve imprégnait l’imaginaire des uns et des autres. Mais l’ouragan a tout enlevé, les vivres, les maisons et même les rêves. Lorsque le rêve disparaît, c’est le manque complet qui fait son apparition.  Il n’est pas question d’oublier les drames que la tornade vient de susciter mais, au cœur de ces drames, une lumière commence à scintiller : elle s’élève au-dessus des dévastations de toute nature, là où est le manque que la tempête vient de réveiller. Elle est appel au partage du rien, pour faire resurgir la vie plus belle encore qu’elle avait été jusqu’ici. Déjà les solidarités de toute nature se manifestent en dépit des pilleurs qui volent au lieu de partager.


De l’ouragan à la leçon du déluge

Dans les temps anciens, les hommes ont subi les mêmes épreuves que les habitants de Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Il ne s’agissait pas alors de typhons mais de déluges. Faisant partie d’une histoire commune, ils se sont inscrits dans l’inconscient de l’humanité, donnant naissance à des mythes rapportés par plusieurs cultures. Or que dit le mythe grec du déluge ? Il nous dit que le manque avait disparu de la terre, entraînant une inversion des valeurs. Une catastrophe finit par réintroduire le manque disparu. Et Deucalion et Pyrrha, formant un couple exemplaire, eurent pour mission de faire sortir l’humanité de la catastrophe en lançant les pierres derrière eux. Les pierres représentaient les os des personnes disparues. Celles  que dispersait Pyrrha se transformaient en femmes et celles de Deucalion donnaient naissance à des hommes. Autrement dit, c’est en mettant la catastrophe derrière soi, que l’on peut aujourd’hui faire surgir la vie en avant de soi. En puisant l’énergie de la vie dans le manque ou même dans la mort, il est possible, aujourd’hui encore, de recréer un avenir pour la vie.

 

Isis l’Egyptienne, qui inventa Dieu lui-même à partir du manque

En Egypte, Isis faisait partie des neuf dieux primordiaux. Mais l’un d’entre eux, Ré, le soleil, était le dieu par excellence, surpassant tous les autres. Se suffisant à lui-même, il s’enfermait dans sa toute-puissance. Isis pensait qu’il lui manquait quelque chose ; il lui manquait le manque lui-même pour entrer en relation avec les autres. C’est ainsi qu’elle confectionna un serpent avec de l’argile et le plaça sur son trajet journalier. Lorsque le soleil arriva, il reçut la vie et piqua le tout-puissant. Ré n’en revenait pas. Il venait d’être piqué, au risque d’en mourir, par un animal qu’il n’avait pas créé. Aussitôt il appelle à l’aide les dieux de l’Ennéade. Tous s’affairent mais seule Isis peut lui apporter le véritable remède. Pour cela il faut qu’il lui donne son nom. Il hésite parce qu’en donnant son nom il sera à la merci de l’autre. Au lieu de donner son nom, il raconte sa vie comme nous le faisons tous lorsque quelqu’un cherche à savoir qui nous sommes. Isis n’est pas satisfaite. Le nom, c’est l’être dans son mystère. On parlerait aujourd’hui de sujet. Il lui dit alors : « Prête-moi ton oreille ». Elle lui prête son oreille et le grand dieu y glisse son nom en lui recommandant de ne le communiquer à personne si ce n’est à son fils Horus. Désormais elle peut le guérir parce que, pour un dieu primordial, appeler quelqu’un par son nom, c’est lui communiquer l’existence et la vie. Isis appelle donc Ré par son nom et, de ce fait, le fait exister, au-delà du mal qui le ronge, dans toute sa plénitude. C’est à ce moment même qu’il devient réellement Dieu parce que le manque dont il manquait l’a rendu plus parfait qu’il n’était en rendant possible le désir et l’amour de l’autre.


Moncef, le pèlerin de Saint Jacques

Moncef est un ami, professeur d’université. Il vient de parcourir 1800 km à pied, en allant de Liège à Saint-Jacques de Compostelle. Il est pressé de me raconter son voyage. Il me donne rendez-vous une heure plus tard dans un petit café tout proche. Je sens que c’est important et je me rends à l’endroit prévu. Il est 20 h.30. Je lui glisse mon oreille, comme Isis elle-même, pour écouter son récit. « J’avais besoin de faire le vide en moi et autour de moi, de vivre dans le manque. Cela m’a permis de rencontrer le bien et le mal. Commençons par le bien. Un jour, je me suis trouvé sans refuge. Il n’y avait de place nulle part. J’avais beau chercher et je ne savais pas où j’allais pouvoir passer la nuit. Racontant mon infortune à des gens que je ne connaissais pas, ils m’invitent à manger pour me restaurer et me demandent quel sera  mon lieu de départ, le lendemain matin. « Ne vous inquiétez pas, me disent-ils, c’est là que nous avons un appartement vide. Nous allons vous y conduire et vous y passerez la nuit. » Ils me conduisent à l’endroit prévu et je peux dormir comme un bienheureux jusqu’à cinq heures du matin. Aussitôt, je reprends ma route, en prenant soin de laisser la clef dans la boîte aux lettres.

Une autre fois, j’étais fatigué et je décidais de faire un peu d’auto-stop. Avec ma barbe, je devais faire peur à tous les chauffeurs. Pendant une heure aucun ne s’arrêta. Tout à coup un taxi fit halte à ma hauteur. « Je ne cherche pas de taxi, dis-je au conducteur. – Mon service est fini, reprit-il, je ne prends plus de client. Venez donc à la maison. Vous mangerez avec nous et vous pourrez même dormir puisque nous avons une chambre libre. » Tout se passa merveilleusement bien comme l’avait prévu la providence. Lorsque le manque est là, la solidarité fait son apparition. »

J’interpelle alors Moncef : « Où donc as-tu rencontré le mal ? – C’était tout à fait banal. Une femme qui faisait le pèlerinage voulait remplir sa gourde d’eau. Elle s’adressa à l’aubergiste. Il pouvait lui vendre de l’eau minérale mais il lui était impossible de lui donner gratuitement de l’eau qui sortait du robinet. J’étais hors de moi car il allait contre la loi. J’allais donc parler au diable en personne. Il ne voulut rien entendre et, depuis ce jour-là, j’ai compris que le diable lui-même était sourd… »


La place aux quatre cafés de la Croix-Rousse

Sur la place où je suis  avec Moncef, il y a quatre cafés qui font le plein en cette soirée du début septembre. Je pense que le café est un lieu génial qui permet le partage de la parole. La petite table autour de laquelle nous sommes installés nous sépare en même temps qu’elle nous rapproche. Le partage est impossible sans l’espace de séparation qui permet la rencontre. Mais, en ce moment, je ne partage plus seulement avec Moncef mais aussi avec tous ceux qui, en ce moment, animent la place. Le courant passe entre nous tous, entre clients, entre serveurs et clients, car le partage se démultiplie comme une traînée de poudre et provoque la communion avec une joie discrète, qui se remarque dans les variations rieuses des discussions.


Michel et le pauvre au grain d’or

Je repense maintenant à Michel à qui je donne un ou deux euros par semaine avec quelques petits cadeaux pour les fêtes de fin d’année. Avec le temps, il est devenu un ami très proche. Il a environ soixante-dix ans. Autrefois, il était professeur d’histoire-géographie et directeur de collège en Roumanie. Certains s’en méfient mais d’autres, comme moi, lui viennent régulièrement en aide, lui offrant même une nuit à l’hôtel ou des billets pour aller aux matchs de l’OL. Il en aurait des histoires à raconter sur la solidarité du public ! En Roumanie, sa retraite de 250 à 300 euros ne lui permet pas de vivre. C’est pourquoi, dépassant la honte de mendier, il n’hésite pas à venir vendre les journaux des sans-abri auprès d’une grande surface. Il est lui-même devenu grand ami de Jean-Pierre, un clochard qui a vécu une trentaine d’années dans une cabane qu’il avait édifiée sur un toit. Souvent ils vont ensemble boire un café ou regarder un match dans une des brasseries de la Croix-Rousse. Il a  même eu l’idée d’acheter une voiture d’occasion et d’emmener Jean-Pierre en Roumanie pour lui faire refaire, à bon compte, une dentition disparue depuis longtemps. Chez lui la solidarité avec ceux qui n’ont rien est une réalité. Bien plus il n’hésite pas à faire des cadeaux à ceux qui lui viennent en aide. Cela me rappelle une vieille histoire venue d’Orient. Un jour, un mendiant, enfermé dans sa pauvreté, aperçoit un roi sur un chariot d’or. Spontanément il court à sa poursuite car il pense que sa vie de misère est enfin terminée. Près du char il se prosterne. Le roi lui tend alors la main. Le miséreux le regarde à deux fois. La main est toujours là. « Qu’as-tu à me donner ? » lui dit le souverain. Cherchant dans sa poche, le mendiant y trouve une poignée de riz ; il prend un grain et le donne au grand seigneur. Poliment celui-ci le remercie et s’en va,  continuant son déplacement dans la ville. Or, le soir, le miséreux, regardant dans sa poche, y trouve un grain d’or. Alors il comprend : « Que n’ai-je donné tout mon riz ?» C’est pourquoi, à Saint-Martin et Saint-Barthélemy,  il n’est plus seulement question de recevoir. Il faut aussi que tout le monde, y compris  les plus démunis, accepte de partager pour que renaissent des îles encore plus belles…

 

Etienne Duval


 

 

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commentaires

Paule Sassrd 26/09/2017 17:16

Merci pour ces belles histoires !

Etienne Duval 26/09/2017 17:17

Merci d'avoir pris le temps de les lire !

Josiane Bochet 24/09/2017 16:56

Merci beaucoup pour ces réflexions qui permettent d’espérer après les images et les phrases de désolation vues et entendues au sujet de ces îles qui n’étaient- je crois - paradisiaques que pour certains ... (au sens où les Occidentaux entendent cette notion de "paradis " plages / cocotiers etc. ... qui n'est pas la mienne !).
Oui s'il n'y a pas de manque il ne se passe rien. Le jour succède à la nuit ...
Le geste d’humanité survient quand on ne l'attend pas et pas forcément de la personne de qui on l'espérait comme tes contes ou histoires vécues le montrent.
C'est ce que j'essaie de faire comprendre à un proche (veuf avec 2 garçons) qui se sent bien seul et souhaite rencontrer une compagne. Les mots c'est une chose, la réalité, c'en est une autre, pour lui.

Etienne Duval 24/09/2017 16:57

Merci Josiane pour tes réflexions. Sans manque il n’y a pas de désir et donc pas de véritable réalisation humaine : le désir est le moteur de la vie et le manque est le moteur du désir. J’aime bien ta remarque : « Le geste d’humanité survient quand on ne l'attend pas et pas forcément de la personne de qui on l'espérait… ». Ce que tu suggères c’est que le geste d’humanité est quelque chose de gratuit. Il est de l’ordre du don et le don ne s’impose pas. Je suis d’accord avec toi. Et, pourtant, l’âme sœur ne va pas forcément tomber du ciel. Il faut bien préparer le terrain. L’âme sœur viendra là où elle se sent accueillie…

François-Paul Cavallier 24/09/2017 15:02

BESOIN, MANQUE, DESIR

Par François-Paul Cavallier


Différencier besoin, manque et désir est une première étape que rencontre l’homme blessé pour entrer dans la guérison et accéder à la paix intérieure.
Comme tous les mammifères l’homme a des besoins qui, s’ils ne sont pas régulièrement satisfaits entraînent une perte de la qualité de la vie puis une détérioration allant jusqu’à la mort.
A. Maslow les a hiérarchisé dans une fameuse pyramide qui montre aisément que l’on ne peut accéder à un certain niveau de développement. que si le niveau de besoin précédent est satisfait.
Les besoins de base commencent avec la nourriture, l’air, l’attachement qui passent avant la sécurité, la protection. Puis viennent aimer et être aimé suivis de l’estime de soi ; tout cela est de l’ordre de la psychologie élémentaire et semble aller de soi. Cela devient plus subtil quand nous abordons le champ spirituel qui s’appuie sur ces fondations. La permission d’explorer et de rentrer dans la quête du sens nous ouvre la porte sur les besoins spirituels, la transcendance avec la relation à un être qui nous accueille tel que nous sommes et nous ouvre les bras pour rencontrer les besoins esthétiques que sont l’Amour, la Paix et les Vertus.
Le désir lui est tout autre, c’est une pulsion qui prend l’être humain, il faut absolument qu’il tende à se réaliser, le résultat importe moins que la possibilité que cette pulsion s’exerce. C’est une poussée de vie qui n’est jamais satisfaite, comme la sève dans l’arbre tend à porter du fruit même si le gel a détruit les fleurs. La non satisfaction du désir provoque l’inconfort qui peut réorienter le désir mais n’altère pas la qualité de la vie. La frustration du désir peut être fondatrice en ce sens qu’elle permet de trouver une juste place pour sortir de la toute-puissance de l’enfant, qui enferme sur soi. Nous disons que le désir est le colorant de l’identité. Nos désirs sont le reflet de qui nous sommes. Avoir envie c’est être en-vie, cela nous ouvre vers la relation à l’autre. Par contre "J’en ai envie, donc j’y ai droit" exclut l’autre dans la relation équitable puisque son propre désir risque d’être nié. L’enfant est souvent dans la confusion entre besoin et désir. La maturation aidera à écouter ce qui est de l’ordre de l’essentiel à la croissance et sans lequel la vie s’étiole et de ce qui est relatif.
Le besoin s’arrête quand la demande est satisfaite, le désir rencontre satisfaction ou frustration l’un et l’autre participe à la croissance.
Quant au manque il est ce qu’il y a de plus difficile à prendre en compte car il n’existe pas ! Ce dont on a manqué ne pourra jamais être donné, il reste une sorte de gouffre impossible à combler. Tout entier inscrit dans le passé, le manque ne voit qu’une issue, le pardon. Se cramponner au manque c’est s’accrocher au vide et à ce que l’on aura jamais. Nous ne pouvons pas changer notre histoire, mais nous pouvons à tout moment changer le souvenir que nous avons des évènements qui la compose.

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yves BAJARD 23/09/2017 07:53

"Nos ressources nous rendent trop sûrs de nous alors que ce qui nous manque nous profite" (Le Roi Lear. Acte IV scène 1).
Shakespeare avait semble t-il lui aussi intégré l'idée que c'est le manque qui est à l'origine du désir. C'est cette capacité qu'ont les poètes ou les auteurs à traduire une pensée que j'envie, d'où le désir de tenter d'écrire, c'est à dire traduire, c'est à dire chercher à dire ce que nous sommes ou ce que nous pressentons. La tâche n'est pas aisée et je veux bien la tenter.
En premier lieu, en ce qui concerne le premier paragraphe, j'ai toujours pensé que ce conte nous renvoyait à l'idée que nul n'est besoin d'entreprendre de grands voyages, en un mot de chercher en dehors de nous un quelconque trésor puisque c'est dans notre propre cœur qu'il faut creuser pour le voir apparaître. Ton interprétation m'offre un autre angle de vision et je t'en remercie.
Pour ce qui est de l'ouragan Irma, certes cette catastrophe a laissé émergé de nombreuses solidarités que l'on peut penser qu'une "lumière commence à scintiller", qu'au travers de toutes ces émotions partagées chacun prend conscience de son appartenance à une même humanité. Mais depuis le temps que l'homme se trouve confronté aux calaminés de toute sorte, j'ai le sentiment que c'est la mémoire qui semble lui faire défaut, car à peine une paix signée, une ville reconstruite, a t-il déjà oublié et le voilà en train d'envier, ou bien de malmener celui qu'il avait reconnu comme son frère dans l'adversité. Mon scepticisme ne m'empêche pas de partager l'idée que la satiété peut créer le vertige, qu'en quelque sorte nous ne vivons que si nous avons faim.
D'ailleurs le feu ne peut se satisfaire de rien, il doit bien avoir quelque chose à consumer et de ses cendres renaîtra d'autres biens. Aussi l'église catholique n'a t’elle pas une part de responsabilité en ayant toujours apparenté le feu à l'embrasement final, comme ces flammes signifiant l'enfer, que le déluge ne pourrait être que le châtiment dû à nous errances?
Bien sûr que des épreuves d'une telle ampleur doivent être l'occasion de se retourner et d'observer ce dont nous avons trop usé comme ce que nous n'avons pas su donner.
Au regard de cet article je me demande si le saut vers la foi ne serait pas dans l'acceptation de cette espèce de danse entre apparition et disparition, entre la vie et la mort, en un mot que l'au-delà est déjà là?

Etienne Duval 23/09/2017 09:37

Qu’elle est belle la phrase de Shakespeare ! Bien sûr, ton interprétation du cœur me paraît juste. Mais, comme tu sembles le souligner, notre existence marche toujours à deux niveaux, le cœur et le matériel, la mort et la vie, le manque et l’avoir… Nous éprouvons toujours beaucoup de difficulté à marcher sur nos deux jambes. C’est pourquoi lorsque nos désirs sont satisfaits, nous avons de la peine à donner une place au manque, alors que le désir est le moteur de la vie et qu’il n’y a pas de désir sans manque. Le manque est l’essence de notre moteur intérieur. Tu as une belle intuition en disant que la foi est dans l’acceptation de ce qui permet la danse de la vie et plus encore la possibilité de marcher sur nos deux jambes. Peut-être la foi concerne-t-elle le tiers absent : sans tiers nous ne pouvons pas vivre. Je n’y avais pas pensé. Il y a longtemps que je ne m’indigne plus sur les manques de notre église catholique… C’est un peu la marque de son humanité. Normalement elle devrait être dans l’union du ciel et de la terre. Ses manques, c’est lorsqu’elle oublie le ciel ou la terre.
En tout cas, merci Yves et bonne journée !

La Croix du 18 septembre 20/09/2017 10:49

« A SAINT-MARTIN, NOUS REPARTONS D’UNE PAGE BLANCHE »

Recueilli par Flore Thomasset, le 18/09/2017 à 6h00

Philippe Gustin
Délégué interministériel à la reconstruction
De retour hier de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, le délégué interministériel à la reconstruction explique à La Croix qu’il faudra « douze à dix-huit mois » pour tourner la page Irma.
Vous revenez de quatre jours aux Antilles. Qu’avez-vous découvert sur place ?
Philippe Gustin : J’ai été frappé par une grande désolation : la présence de débris partout donne une impression apocalyptique. Les habitants sont profondément choqués, nombreux à avoir vu la mort de près. Il faut imaginer des vents soufflant à la vitesse d’un TGV, puis le manque de nourriture, ne pas pouvoir boire, se laver, donner ou prendre des nouvelles.
À Saint-Barthélemy, le déblaiement est largement entamé. À Saint-Martin, les opérations sont moins avancées. Mais je pense qu’on a surestimé les dégâts en évoquant 95 % de destruction. Probablement que 20 à 30 % des bâtiments seront irrécupérables, le reste nécessitant surtout du déblaiement, du nettoyage et des réparations.
Vous mentionnez l’eau, la nourriture, l’électricité. La population y a-t-elle maintenant accès ?
P. G. : Nous sommes sortis de la première phase d’urgence. L’accès à l’eau et à la nourriture revient progressivement. De plus en plus d’habitants peuvent se laver à l’eau courante, acheter de l’eau potable dans les deux supermarchés qui ont rouvert, même si les distributions d’eau perdurent. L’électricité est rétablie dans 40 % des foyers et la couverture du réseau a fait un bond ce week-end. Les difficultés resteront néanmoins prégnantes encore plusieurs semaines, pour les 10 à 20 % des foyers qui sont moins accessibles.
L’urgence maintenant est l’école, car l’absence d’enseignement a fait fuir de nombreuses familles. Nous espérons accueillir une bonne partie des 10 000 élèves de ces îles d’ici à mardi ou mercredi, au moins quelques heures par jour.
Des craintes pour la sécurité des habitants et sur le risque d’épidémie circulent. Qu’en est-il ?
P. G. : Sur la sécurité, nous avons prolongé le couvre-feu jusqu’au 21 septembre. Le retour de l’électricité est un levier majeur pour sécuriser les rues. Quant aux épidémies, nous sommes très vigilants. L’hôpital de Saint-Martin a ouvert, deux dispensaires ont été créés. Le risque sanitaire est en partie lié à la question des déchets. La voie d’accès à la décharge a rouvert lundi dernier et les opérations de nettoyage ont pu commencer.
Concernant la reconstruction à proprement parler, quelles sont vos échéances ?
P. G. : Le président m’a donné six semaines pour élaborer un plan d’aménagement des îles. L’enjeu est de ne pas reproduire les erreurs d’hier. Si Saint-Barthélemy a mieux résisté que Saint-Martin, c’est parce qu’il y a moins de logements construits dans des zones vulnérables et que les constructions y ont été plus respectueuses des normes. Je note qu’à Saint-Martin l’habitat social ne s’est pas effondré car il est contrôlé et surveillé. En revanche, la médiathèque construite en 2014 a été lourdement touchée : certaines choses n’ont pas dû être faites dans les règles de l’art.
Aujourd’hui, nous repartons d’une page blanche et nous devons bâtir un modèle raisonnable et innovant : où construit-on et de quelle manière, dans le respect de l’écologie ? Car le tourisme est un secteur clé de l’économie, et il se fonde en grande partie sur l’environnement de ces îles. Nous voulons en faire des modèles de développement durable. Certains demandent qu’on réinstalle des groupes électrogènes fonctionnant au fioul. Mais cela n’aurait aucun sens !
La population a deux peurs : celle d’être abandonnée par l’État et celle du provisoire qui dure. Nous devons éviter ces écueils. J’espère que dans douze à dix-huit mois, nous aurons montré que ces deux îles ont repris vie, encore mieux qu’avant ce drame.
Recueilli par Flore Thomasset

Google 20/09/2017 09:35

Google renvoie au blog et à cet article du blog.

Pascal 19/09/2017 17:40

LE VIDE DE DIEU CHEZ L'HOMME

«Qu’est-ce donc que nous crie cette avidité et cette impuissance, sinon qu’il y a eu autrefois dans l’homme un véritable bonheur, dont il ne lui reste maintenant que la marque et la trace toute vie, et qu’il essaie inutilement de remplir de tout ce qui l’environne, recherchant des choses absentes le secours qu’il n’obtient pas des présentes, mais qui en sont toutes incapables, parce que ce gouffre infini ne peut être rempli que par un objet infini et immuable, c’est-à-dire que par Dieu même².»
¹Blaise Pascal, Pensées (pensée n°181 dans l’édition de Sellier ou 425 ou 148 ou 138 selon les autres éditeurs).

Exode 3 19/09/2017 17:39

EXODE, LE BUISSON ARDENT : EN DIEU LE MANQUE DE L’HOMME

3:1 Moïse faisait paître le troupeau de Jéthro, son beau-père, sacrificateur de Madian; et il mena le troupeau derrière le désert, et vint à la montagne de Dieu, à Horeb.
3:2 L'ange de l'Éternel lui apparut dans une flamme de feu, au milieu d'un buisson. Moïse regarda; et voici, le buisson était tout en feu, et le buisson ne se consumait point.
3:3 Moïse dit: Je veux me détourner pour voir quelle est cette grande vision, et pourquoi le buisson ne se consume point.
3:4 L'Éternel vit qu'il se détournait pour voir; et Dieu l'appela du milieu du buisson, et dit: Moïse! Moïse! Et il répondit: Me voici!
3:5 Dieu dit: N'approche pas d'ici, ôte tes souliers de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte.
3:6 Et il ajouta: Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob. Moïse se cacha le visage, car il craignait de regarder Dieu.
3:7 L'Éternel dit: J'ai vu la souffrance de mon peuple qui est en Égypte, et j'ai entendu les cris que lui font pousser ses oppresseurs, car je connais ses douleurs.
3:8 Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens, et pour le faire monter de ce pays dans un bon et vaste pays, dans un pays où coulent le lait et le miel.
(Bible Segond)

D’APRES CE TEXTE, DIEU SE SACRIFIE POUR L’HOMME SANS RIEN PERDRE DE CE QU’IL EST. AUTREMENT DIT, DIEU MANQUE DE L’HOMME SANS CESSER D’ÊTRE DIEU

Carmen Martin 19/09/2017 09:07

Merci Etienne,
c'est de la belle littérature et je vais l'imprimer car j'ai besoin de le lire tranquillement Bises

Etienne Duval 19/09/2017 09:10

Merci Carmen. J'espère que la lecture t'amènera à faire surgir tes propres idées.

La force du vide 18/09/2017 09:03

DESIR D’ÊTRE
LA FORCE DU VIDE

Avez-vous l’habitude de conserver des objets inutiles, en pensant qu’un jour, qui sait quand, vous pourriez en avoir besoin ?
Avez-vous l’habitude d’accumuler de l’argent et de ne pas le dépenser parce que vous pensez que vous pourriez en manquer dans l’avenir ?
Avez-vous l’habitude de mettre en réserve des vêtements, des chaussures, des meubles, des ustensiles et autres fournitures domestiques que vous n’avez pas utilisés depuis quelque temps ?
Et en vous ? Avez-vous l’habitude de garder des reproches, du ressentiment, de la tristesse, des peurs et plus encore ?
Ne le faites pas !
Il est nécessaire de faire de la place, de laisser un espace vide pour permettre à de nouvelles choses d’arriver dans votre vie. Il est nécessaire de vous débarrasser de toutes les choses inutiles qui sont en vous et dans votre vie afin que vienne la prospérité. La force de ce vide est une force qui va absorber et attirer tout ce que vous souhaitez.
Tant que vous retenez matériellement ou émotionnellement des sentiments anciens et inutiles, vous n’aurez pas de place pour de nouvelles opportunités. Les biens doivent circuler. Nettoyez vos tiroirs, les armoires, les ateliers, le garage. Donnez ce que vous n’utilisez plus.
L’attitude qui consiste à garder un amas de trucs inutiles enchaîne votre vie en bas. Ce ne sont pas les objets que vous gardez qui font stagner votre vie… mais plutôt l’attitude de garder… Quand nous gardons en réserve, nous envisageons la possibilité du manque, de la pénurie… Nous croyons que cela pourrait manquer demain et que nous ne serons pas capables de satisfaire ces besoins.
Avec cette idée, vous envoyez à votre cerveau et à votre vie deux messages : Que vous ne faites pas confiance à l’avenir et que vous pensez que ce qui est nouveau et ce qui est meilleur ne sont pas pour vous.
Pour cette raison, vous vous réconfortez en conservant de vieux trucs inutiles.
Débarrassez-vous de ce qui a perdu de ses couleurs et de son éclat…
Laissez entrer chez vous et en vous-mêmes ce qui est nouveau…
Tiré du livre « The Principle of Emptiness » de JOSEPH NEWTON

Appuyer sur la force du vide.

M. 17/09/2017 09:15

Ton texte (nouveau) est très bien. Nous rentrons à la maison, avec son ordinaire précieux et sécurisant. Nous devons nous mettre de temps en temps en état de manque pour mieux savourer ce que nous avons pour l’instant. Pour l’instant, parce que tout peut arriver et nous plonger dans un manque bien plus dramatique.

Etienne Duval 17/09/2017 09:16

Merci pour tes réactions. Pour moi la paix se manifeste lorsque je dépasse la peur de la mort et des catastrophes, lorsque je n’ai plus peur du manque d’aujourd’hui et de demain. Mais je ne suis pas non plus présomptueux. C’est pourquoi je me confie à la providence…

Hugues Puel 16/09/2017 16:16

Merci, Etienne, de ces beaux textes.

Etienne Duval 16/09/2017 16:17

Merci surtout à toi de les lire !

Libération 16/09/2017 15:09

SAINT-MARTIN : UNE ÎLE, PLUSIEURS MONDES
Par Willy Le Devin, photo Cyril Zannettacci — 15 septembre 2017 à 20:36
Saint-Martin jeudi 15 septembre 2017. Ouragan Irma. Dans le quartier Orléans, quartier défaforisé à forte commmunauté venant d'Haiti et Jamaique. Photo Cyril Zannettacci pour Libération
L’ouragan a dévoilé les inégalités économiques et sociales qui minent la partie française de ce territoire des Antilles. Entre immigrés, locaux et métropolitains, l’après-Irma ne sera pas le même pour tout le monde.
• Saint-Martin : une île, plusieurs mondes
Les Saint-Martinois ont coutume de dire qu’il y a plus de frontières sur leur île que dans toutes les Amériques. Ajoutez-y un cyclone de force 5 et la maxime devient plus vraie que nature. Saint-Martin est une constellation. Les frontières y sont physiques - l’île est partagée entre la France et les Pays-Bas -, linguistiques - on parle français, anglais, espagnol, créole, néerlandais, papiamiento - et surtout sociales. Parfois, il suffit d’à peine 500 mètres pour passer d’une gated community (résidence fermée et sécurisée) peuplée de «métros» (métropolitains), à un quartier populaire qui rappelle les faubourgs de Kingston, la capitale de la Jamaïque. Pour compliquer les choses, ici, au moins trois populations - les Saint-Martinois «de souche», les métros et les immigrés - vivent côte à côte. Et la frontière sociale ne se résume pas à un strict clivage entre Noirs et Blancs.
Bien que les autorités s’en défendent, il existe bien un Saint-Martin à deux vitesses, comme il existera sans nul doute, pour des raisons administratives et structurelles, une reconstruction à deux vitesses. Ainsi, parcourir la seule route de l’île, longue d’une trentaine de kilomètres, permet de plonger dans la «société la plus balkanisée de la Caraïbe», dixit Thierry Nicolas, chercheur à l’université de Guyane. Sur les quasi 40 000 habitants que compte aujourd’hui la partie française de Saint-Martin, on estime à un gros tiers le ratio d’immigrés venus d’Haïti ou de Jamaïque durant le boom immobilier des années 80. Une population reléguée dans des zones extrêmement paupérisées, où, en outre, les clandestins sont légions.
«On bosse, nous, au moins»
Jeudi matin, c’est jour de réouverture à Marigot. Le Super U de la plus grande ville de l’île est enfin réapprovisionné, et les pouvoirs publics mettent les petits plats dans les grands pour que les journalistes couvrent l’événement. L’accès aux rayons remplis à bloc est farouchement filtré par les paras, donnant à la scène des airs d’état de siège. Dans la queue, les gens aisés se pressent. Et surtout, ressortent avec des paniers bien plus gros que les personnes en détresse, reconnaissables à leurs guenilles. La nature même des produits varie selon que l’on est en haut ou en bas de l’échelle sociale. Les uns sont là dans une logique d’appoint - bières fraîches, nourriture pour animaux, confiture du petit-déjeuner -, d’autres fondent sur les aliments de première nécessité - farine, lait, pain, huile. A Saint-Martin, 21 % de la population vit du RSA (contre 7 % en Ile-de-France), 40 % des ménages n’ont pas l’eau chaude et 30 % des foyers sont en surpeuplement, selon une étude publiée par l’Insee en 2016.
Non loin, vers le front de mer, deux femmes, la quarantaine, en minishort et lunettes noires, ont d’autres préoccupations. Arrivées à Saint-Martin il y a 18 ans, elles gèrent un parc de locations de vacances. Ce matin, leur objectif est de convaincre «des copines de créer un groupe Facebook» pour demander au gouvernement un gel des crédits et une fiscalité encore plus avantageuse - depuis la loi Pons, Saint-Martin est déjà un paradis fiscal. «C’est nous qui faisons tourner cette île et qui créons de la richesse» , attaque d’emblée la blonde. Son amie brune opine du chef : «La saison se déroule d’octobre à mars ici. Vu les dégâts, il n’y aura aucun touriste cette année. Sans rentrer d’argent, on ne pourra pas rembourser nos banques. Quant aux assurances, on essaye de les joindre quand on a un éclair de réseau mais on se demande ce qu’elles foutent.» De fil en aiguille, la discussion glisse sur un versant plus politique. La blonde : «On est matraqués alors qu’on bosse, nous, au moins. C’est n’importe quoi, l’ordre à Saint-Martin. Ça, ils sont forts les gendarmes pour nous foutre des amendes quand on téléphone au volant, mais quand un jeune roule à contresens sans casque en moto-cross, là, ils n’y vont pas. Il faut que ça change. Sinon les métros vont partir et il ne restera que la racaille.» La brune conclut ce numéro de duettistes : «Côté hollandais, ils imposent un couvre-feu à 19 heures et si quelqu’un ne le respecte pas, ils tirent. Je ne suis pas pour la mort, mais regardez, tout le monde s’en fout du couvre-feu côté français.»
Voiturettes de golf
A une dizaine de kilomètres au nord s’étire la baie d’Orient. Une sublime plage turquoise, occupée par de gros iguanes verts alanguis sous le cagnard. Pour entrer dans les résidences privées, il faut montrer patte blanche ou connaître l’un des directeurs des resorts. Ici, chaque établissement inclut dans ses frais de fonctionnement une taxe pour se payer une sécurité privée trois étoiles. Alors qu’à quelques centaines de mètres des blessés soignent encore leurs plaies avec un fond de rhum, des malabars sillonnent les propriétés en voiturettes de golf. Les engins de terrassement sont déjà à l’œuvre et le petit personnel élague les palmiers. «On est choqués mais ça va aller, on est assurés, livre, imperturbable, le taulier d’un hôtel. Pour nous, l’important est de rouvrir à l’automne 2018 pour notre clientèle, à 80 % américaine.»
L’impudeur de certains métros suscite depuis une trentaine d’années un fort ressentiment chez les Saint-Martinois. «Les familles autochtones depuis plusieurs générations se sentent dépossédées et déclassées», confirme le géographe Thierry Nicolas. Colonie peu valorisée depuis l’arrivée des premiers contingents en 1631, Saint-Martin a connu une fulgurante accélération de son développement à partir des années 80. Des infrastructures touristiques et commerciales ont poussé comme des champignons, financées essentiellement par des sociétés de la métropole. Si certains Saint-Martinois se sont enrichis en vendant les terrains, la majeure partie de la population truste aujourd’hui les postes dans la fonction publique. Et se radicalisent. Au premier tour de la présidentielle, en avril, le taux de participation n’était que de 26 %. En tête, François Fillon avec 27 % des suffrages, devant Marine Le Pen, à 24 %. Un vote cependant plus contestataire que xénophobe. Car si les métros irritent au plus haut point, ce sont vers les ghettos, où vivent les étrangers, que les regards se tournent lorsqu’affleure le sujet des pillages.
Si les gendarmes et l’armée ont repris le contrôle de l’île, les premières quarante-huit heures ont été marquées par des attaques de distributeurs automatiques et de magasins d’électroménager. Gilles, installé sur l’île depuis une vingtaine d’années, y a assisté : «On a essuyé Irma en pleine nuit, entre 2 heures et 8 heures. Vers 10 heures, c’était fini. Avec ma femme, on a ouvert les volets, hébétés, et je suis parti sur Marigot pour voir l’état de mon bureau. Là, il y avait des bandes qui pillaient. En revanche, il est faux de dire que c’est le seul fait des immigrés. J’ai vu des Blancs sortir d’un magasin, micro-ondes à la main. L’être humain est parfois complètement con.» Pour éviter que leurs devantures ne soient fracassées, des commerçants ont ouvert eux-mêmes leurs boutiques et ont laissé la population se servir.
A l’extrême est de la partie française, Quartier-d’Orléans savait qu’il ferait office de coupable tout désigné. Une centaine de nationalités cohabitent dans ce village composé d’un entrelacs de maisons délabrées. Les jeunes, sapés à la Snoop Dogg, enchaînent les courses à moto, sans casque et en tongs. Sur les trottoirs, les jeunes femmes adoptent des poses lascives, laissant entrevoir la prostitution. Haïtiens, Dominicains, Trinitéens, Jamaïcains ont débarqué lors du boom économique pour faire les petits boulots. Les femmes gardent les enfants et assurent l’entretien des hôtels pendant que les hommes œuvrent au jardinage et aux travaux publics. Mais depuis vingt ans, la montée de la criminalité gangrène le quartier. Les vols avec armes atteignent 3,5 pour 1 000 habitants à Saint-Martin contre 0,6 en métropole, selon l’Insee. 80 % des Haïtiens ne sont pas diplômés, et de nombreux adolescents basculent dans le trafic de drogue. Pour éviter que les «p’tits» ne s’adonnent aux exactions, les travailleurs sociaux de Quartier-d’Orléans leur ont offert un pécule en échange de leur aide pour déblayer.
Autour d’un tas d’immondices, Noely, 22 ans, haïtienne, constate l’éventration d’une église. Elle dit que «grâce à Dieu» sa famille est vivante. Elle dit surtout que son quartier ne sera «jamais reconstruit». «Nous n’avions pas de toit avant Irma, pourquoi en aurait-on un après ? Les Saint-Martinois sont gentils avec nous quand on travaille pour eux. Sinon, ils nous ignorent.»
Willy Le Devin photo Cyril Zannettacci

Le Monde 16/09/2017 11:05

SAINT-MARTIN, UN CONCENTRE D'INEGALITES, BIEN AVANT IRMA

Les problèmes d’insécurité et d’administration dans l’île des Caraïbes, ravagée par Irma, ne datent pas du passage de l’ouragan.
LE MONDE | 12.09.2017 à 14h48 • Mis à jour le 13.09.2017 à 17h27 | Par Mathilde Damgé

Les critiques sur l’incurie supposée de l’Etat face au climat d’insécurité à Saint-Martin se sont multipliées sur les réseaux sociaux après le passage de l’ouragan Irma, mercredi 6 septembre. L’extrême droite, notamment, a violemment attaqué le gouvernement à ce sujet :
« Regardez du côté hollandais, il n’y a pas d’émeutes, de pillages, les mesures anticipatrices ont été prises », a affirmé en écho le député proche du Front national du Gard, Gilbert Collard, sur BFM TV dimanche.
En réalité, le problème des inégalités et de l’insécurité à Saint-Martin n’est pas un problème nouveau : « On est, à Saint-Martin, dans un territoire isolé, peu administré parce que les services administratifs d’Etat sont à renforcer », expliquait la ministre des outre-mer, Annick Girardin, lundi 11 septembre sur l’antenne de France Inter.
« Saint-Martin, c’est un territoire où il y avait énormément de violences, où il y avait beaucoup, déjà, de délinquance. Saint-Martin avait des difficultés économiques, on avait déjà un territoire (…) fragile. »
Dans un rapport de 2016, l’Insee faisait le portrait d’un territoire qu’il qualifiait pudiquement de « terre de contrastes » : l’île de 90 km² est marquée par un éloignement géographique de la métropole, mais aussi de ses plus proches voisines comme la Guadeloupe, à 240 kilomètres.
Une mono-industrie touristique
Après avoir cultivé tabac, coton et canne à sucre, Saint-Martin s’est tourné dans les dernières décennies vers une économie quasi exclusivement vouée au tourisme (plus de quatre emplois sur cinq en dépendent). Mais le secteur perd des emplois depuis quelques années.
Sa proximité – et la concurrence – avec la partie néerlandaise, Sint Maarten (qui abrite la majeure partie des infrastructures et jouit d’une réglementation plus avantageuse), ont encouragé les Saint-Martinois à faire le choix d’une plus grande autonomie vis-à-vis de Paris. En 2007, le département d’outre-mer (rattaché à la Guadeloupe) a opté pour le statut de collectivité d’outre-mer. Résultat, l’île a désormais plus de compétences (elle cumule celles d’une commune, d’un département et d’une région), mais aussi plus de dépenses… Par contre, elle a toujours autant de chômage et de précarité.
Un habitant sur cinq touche le RSA
Le niveau de vie est sous le coup d’une précarité marquée : en 2012, six habitants sur dix étaient allocataires d’une prestation de la Caisse d’allocations familiales (CAF). Parmi ces allocations, le revenu de solidarité active (RSA) permet à 21 % de la population de survivre. A titre de comparaison, ce taux est de 7 % en Ile-de-France, une des régions qui concentrent le plus de précarité en France. Autres indicateurs inquiétants : ils ne sont que 40 % des ménages à avoir l’eau chaude chez eux et près de 30 % des logements sont en situation de surpeuplement.
Quant au niveau d’activité, seule la moitié des adultes déclare occuper un emploi (contre 64 % en métropole) ; chez les moins de 24 ans, cette proportion tombe à 19 %. Un tiers de 15-24 ans n’est ni en emploi ni en formation. Pas étonnant dans ces conditions que la population saint-martinoise diminue depuis la fin des années 2000, en raison notamment des départs des natifs de Saint-Martin.
Une intégration problématique
Pour ceux qui arrivent dans l’île, l’intégration reste problématique. Du fait des arrivées massives des années 1980, répondant au besoin de main-d’œuvre (boom immobilier touristique lié aux lois successives de défiscalisation), la proportion d’immigrés atteint plus de 50 % chez les 40-59 ans.
De manière générale, note l’Insee, les « étrangers » sont surreprésentés dans toutes les classes d’âges entre 30 et 74 ans. Dans l’ensemble, un tiers de la population saint-martinoise est immigrée, contre 4 % en Guadeloupe et 9 % en métropole.
Saint-Martin : plus d'un tiers des immigrés viennent d'Haïti
Répartition (en %) des immigrés selon leur lieu de naissance, en 2012
0 %10 %20 %30 %40 %HaïtiRépublique dominicaineDominiquePays-Bas (dont Sint-Maarten)JamaïqueRoyaume-Uniautre
Source : Insee
Autre problème : le niveau d’éducation est beaucoup plus faible qu’en métropole : moins d’un quart des 18-24 ans sont scolarisés alors que c’est plus de la moitié en France métropolitaine. Un déséquilibre qui devient très net parmi les immigrés : 70 % d’entre eux ne possèdent aucun diplôme, 80 % chez les Haïtiens.
Une criminalité inquiétante
Le nombre de vols ou d’actes de violence enregistrés par la police et la gendarmerie rapporté à la population était globalement plus élevé à Saint-Martin que dans les autres territoires ultramarins ou en métropole, en particulier les vols avec armes, selon les statistiques du ministère de l’intérieur.
Saint-Martin, une île plus violente que ses voisines d'outre-mer
Délinquance enregistrée par les forces de l’ordre (gendarmerie et police) outre-mer en 2015
0 2 4 6 8 10 12 14 GuadeloupeSaint-BarthélemySaint-MartinTotal Outre-merFrance métropolitaineVols avec arme…Vols violents sans armeVols sans violence contre de…Coups et blessures volontair…Coups et blessures volontair…Cambriolages de logementsVols de véhicules (automobil…
Source : Interstats, ministère de l'intérieur
« Saint-Martin apparaît comme un territoire hors norme avec 124 vols avec armes pour 35 000 habitants (soit 3,5 pour 1 000). A titre de comparaison, dans aucun département de métropole l’intensité des vols avec armes ne dépasse 0,6 fait pour 1 000 habitants », note le ministère.
En cause, le port d’arme illégal, une particularité que soulignait l’Inspection générale de l’administration en 2014. La préfecture de la Guadeloupe a lancé une opération permettant aux personnes détenant illégalement des armes d’aller les déposer dans les commissariats et gendarmeries, « avec l’engagement que les procureurs de la République ne les poursuivront pas ». Le bilan, de l’aveu même de la préfecture, a été mitigé : 200 armes seulement ont été remises aux autorités en 2016.
« La situation géographique de Saint-Martin au sein de l’arc antillais, sur les axes d’approvisionnement de l’Amérique du Nord et de l’Europe, en fait un lieu propice aux trafics tels que celui des stupéfiants. Le trafic de stupéfiants s’accompagne en outre d’activités de blanchiment de capitaux », ajoutait un rapport parlementaire de 2005. C’est dans ce « territoire fragile », dévasté par l’ouragan, que le président français, Emmanuel Macron, s’est rendu mardi.

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Jean Puel 15/09/2017 21:37

J'ai lu ton blog; je l'ai trouvé très intéressant mais le manque et la solidarité ne m'inspirent pas; donc,excuse moi de ne pas produire un commentaire.

Etienne Duval 15/09/2017 21:41

C'est déjà bien que tu aies lu l'article avec un certain intérêt. J'ai eu peur d'avoir suivi une mauvaise piste, tout en croyant avoir été dans la bonne. Il y a des choses qui nous parlent sans parler aux autres....

M. 15/09/2017 15:04

Merci Etienne pour ces 3 contes qui illustrent les bienfaits du manque. Y a-t-il une différence entre la frustration et le manque ? Dès son plus jeune âge , l’enfant est amené à faire l’apprentissage de la frustration : il ne peut pas obtenir tout ce qu’ il désire, soit les parents cèdent à ses moindres désirs soit ils amènent leur enfant à connaître les limites de son désir de puissance et l’oblige peu à peu à assumer ses frustrations. Pour le manque, c’est une autre histoire, pour n’importe quelle personne , le manque d’amour, de reconnaissance, de confiance s’avère destructeur, et à jamais porteur de mort, il y a manque et manque, ce qui a été traumatisant pour les habitants des deux îles, c’est qu’ ils se sont vus morts, la violence de l’ouragan les ont ébranlés suffisamment pour croire qu’ ils n’en sortiraient pas vivants .. Le manque fait partie de la vie, belle journée, affectueusement.

Etienne Duval 15/09/2017 15:06

Merci pour cette participation au blog. Le manque est un moteur du désir et fait même partie du désir. Dans certains cas, la transgression peut être nécessaire pour dépasser l’interdit qui empêche la naissance et le développement du désir. Mais c’est vrai qu’il y a manque et manque. Le manque d’amour, de reconnaissance et de confiance sont en effet destructeurs de l’autre. Comme tu le soulignes la frustration est d’une autre nature. Elle est là pour mettre des limites, pour détourner de la toute-puissance.
En ce qui concerne Saint-Martin et Saint-Barthélemy, le manque a été créé par l’ouragan. Mais de manière paradoxale, il peut devenir un lieu d’énergie pour repartir de l’avant.
En fait, nous sommes obligés de jouer entre le non pour la séparation nécessaire et le oui pour l’ouverture au possible, entre la vie et la mort, entre le passé et l’avenir. Nous avons beaucoup avancé lorsque nous avons compris que la vie est une sorte de jeu musical. Nous avons pour mission, entre autres choses, de faire chanter la vie.

Philippe Blasquez 15/09/2017 09:31

LE DESIR SELON PHILIPPE BLASQUEZ, PSYCHANALYSTE

Désirer, on le rattache à deux verbes latins desiderare et considerare. Ces verbes appartenaient au langage des augures, ou des astrologues dirions-nous aujourd’hui. Considerare voulait dire contempler les astres pour savoir si la destinée était favorable, astre se disant sidus (pl. Sideria – sidération). On allait trouver l’augure pour savoir si le moment était opportun pour prendre une décision dans un projet. L’augure lisait les signes dans le ciel et répondait favorablement ou défavorablement. Desiderare signifiait regretter l’absence de l’astre (le manque), du signe favorable de la destinée.
Le désir implique donc une attente qui doit être satisfaite. Tout désir est la nostalgie d’une étoile. Il y a donc dans le désir la marque d’un manque, mais en même temps la dimension d’un projet, d’une quête, d’une recherche.
Le désir rencontre cependant les aléas des événements du Monde. A l’état de veille, la satisfaction du désir suppose la patience du temps, elle n’est pas aussi immédiate qu’en rêve. Le désir rencontre nécessairement et est en constante lutte avec l’ordre de la réalité (principe de réalité), ce qui implique qu’il pose des exigences qui passent les limites de ce que la réalité actuelle présente.
Le désir veut transformer la réalité en autre chose qu’elle n’est pas, mais qu’elle doit devenir pour pouvoir le satisfaire réellement.

Appuyer sur Philippe Blasquez pour la totalité de son texte

Platon 15/09/2017 09:11

TEXTE DE PLATON : DESIRER, C'EST MANQUER


- "Essaie donc aussi, reprit Socrate, à propos de l'Amour, de nous dire s'il est l'amour de quelque chose ou de rien. - Il est certainement l'amour de quelque chose. - Garde donc dans ta mémoire, dit Socrate, de quoi il est amour, et réponds seulement à ceci : l'Amour désire-t-il ou non l'objet dont il est amour ?
- Il le désire, répondit-il.
- Mais, reprit Socrate, quand il désire et aime, a-t-il ce qu'il désire et aime, ou ne l'a-t-il pas ?
- Vraisemblablement il ne l'a pas, dit Agathon.
- Vois, continua Socrate, si, au lieu de vraisemblablement, il ne faut pas dire nécessairement que celui qui désire désire une chose qui lui manque et ne désire pas ce qui ne lui manque pas. Pour ma part, c'est merveille comme je trouve cela nécessaire, et toi ?
- Moi aussi, dit Agathon.
- Fort bien. Donc un homme qui est grand ne saurait vouloir être grand, ni un homme qui est fort être fort ? - C'est impossible, d'après ce dont nous sommes convenus.
- En effet, étant ce qu'il est, il ne saurait avoir besoin de le devenir.
- C'est vrai.
- Si en effet, reprit Socrate, [...] quelqu'un soutenait qu'étant en bonne santé il désire être en bonne santé, qu'étant riche il désire être riche et qu'il désire les biens mêmes qu'il possède, nous lui répondrions : Toi, l'ami, qui jouis de la richesse, de la santé, de la force, tu veux jouir de ces biens pour l'avenir aussi, puisque dans le moment présent, que tu le veuilles ou non, tu les possèdes. Vois donc, quand tu prétends désirer ce tu as, si tu ne veux pas précisément dire : je veux posséder aussi dans l'avenir les biens que je possède maintenant. Il en tomberait d'accord, n'est-ce pas ?
- Je le pense comme toi, dit Agathon.
Socrate reprit : N'est-ce pas aimer une chose dont on ne dispose pas encore, et qu'on n'a pas, que de souhaiter pour l'avenir la continuation de la possession présente ? - Assurément, dit Agathon.
- Cet homme donc, comme tous ceux qui désirent, désire ce qui n'est pas actuel ni présent ; ce qu'on n'a pas, ce qu'on n'est pas, ce dont on manque, voilà les objets du désir et de l'amour.".
PLATON, Le Banquet (= 385 av. J.-C.), 199e-200c, Éd. Flammarion,
coll. « G.F. », trad. E. Chambry, 1964, pp. 66-67.

GérardJaffrédou 14/09/2017 16:44

Bien reçu et rassuré pour de bon en ce qui te concerne

Mais nous expérimentons un cas de manque, qui ne manquera pas de me faire réfléchir.

Etienne Duval 14/09/2017 16:47

Je souhaite que, chez vous, le temps du manque ne durera pas trop longtemps et que tout finira par un vrai retour à la santé.

Olivier Schmidt- Chevalier 13/09/2017 21:34

Merci à Olivier qui, une fois encore, fait référence à cet article dans son blog de blogs : appuyer sur le nom pour accéder au blog.

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