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13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 09:58

Ouragan de Saint-Martin et Saint-Barthélémy, Ouest-France

 

La révélation du manque et l'ouragan

de Saint-Martin

 

Il y avait autrefois à Ispahan un petit paysan qui vivait péniblement avec deux chèvres et trois moutons. Dans la petite cour qui bordait la maison, un figuier offrait son ombre juste à côté d’une petite source. Un jour, à deux heures de l’après-midi, le paysan fait sa sieste et son sommeil est illuminé par un grand rêve. Il voit une route avec des maisons et des arbres de toute nature, qui l’emmène jusqu’à la porte d’une grande ville. Une voix se fait entendre : « Ici, c’est la grande ville du Caire ». Notre promeneur traverse alors des rues somptueuses jusqu’à ce qu’il arrive près d’un pont. A gauche et juste au début du pont, il découvre un grand coffre rempli de bijoux et d’étoffes précieuses. La voix déjà entendue s’exprime à nouveau : « Ce coffre t’est destiné ». C’est à ce moment précis qu’il se réveille. « Ce rêve est trop beau, se dit-il. Il est une révélation de Dieu lui-même ». Aussitôt il se met en tenue pour partir, prend son bâton et entreprend son pèlerinage. Tous les détails de son rêve deviennent réalité jusqu’à la grande porte du Caire. Ici les mêmes rues somptueuses le conduisent jusqu’au grand pont qui chevauche le Nil. Mais là, à la place du coffre, il y a un homme déjà bien éprouvé par le temps, qui mendie des croutons de pain. Trompé par son rêve, le pèlerin enjambe la margelle du pont et tente de s’élancer dans le fleuve. C’est alors que le mendiant le rattrape par le col de son blouson et lui demande les raisons de son désespoir. «  Pauvre sot que tu es, rétorque le sauveur. Moi aussi, toutes les nuits, je fais le même rêve : j’arrive près d’une  ville qui s’appelle Ispahan et là dans une  cour où coule une petite source, je creuse au pied d’un figuier et je découvre un somptueux trésor. Penses-tu que je me mette en marche pour autant ? » Ebloui par  ce récit, le pèlerin embrasse le mendiant et s’empresse de revenir à sa maison. Là il creuse au pied du figuier et déterre le trésor du mendiant. C’est en creusant le manque que l’on finit par recevoir le trésor de la vie. Telle était la révélation de son rêve.


L’ouragan Irma et les habitants qui ont tout perdu (retouché)

L’ouragan Irma vient de souffler sur Saint-Martin et Saint-Barthélemy,  et a presque tout emporté sur son passage. Pour certains, ces deux îles étaient un petit paradis où affluaient les touristes. En même temps, riches, pauvres, trafiquants se côtoyaient sur une même terre de contrastes, surtout à Saint-Martin. Et, en dépit  des inégalités et de certaines souffrances, une atmosphère de rêve imprégnait l’imaginaire des uns et des autres. Mais l’ouragan a tout enlevé, les vivres, les maisons et même les rêves. Lorsque le rêve disparaît, c’est le manque complet qui fait son apparition.  Il n’est pas question d’oublier les drames que la tornade vient de susciter mais, au cœur de ces drames, une lumière commence à scintiller : elle s’élève au-dessus des dévastations de toute nature, là où est le manque que la tempête vient de réveiller. Elle est appel au partage du rien, pour faire resurgir la vie plus belle encore qu’elle avait été jusqu’ici. Déjà les solidarités de toute nature se manifestent en dépit des pilleurs qui volent au lieu de partager.


De l’ouragan à la leçon du déluge

Dans les temps anciens, les hommes ont subi les mêmes épreuves que les habitants de Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Il ne s’agissait pas alors de typhons mais de déluges. Faisant partie d’une histoire commune, ils se sont inscrits dans l’inconscient de l’humanité, donnant naissance à des mythes rapportés par plusieurs cultures. Or que dit le mythe grec du déluge ? Il nous dit que le manque avait disparu de la terre, entraînant une inversion des valeurs. Une catastrophe finit par réintroduire le manque disparu. Et Deucalion et Pyrrha, formant un couple exemplaire, eurent pour mission de faire sortir l’humanité de la catastrophe en lançant les pierres derrière eux. Les pierres représentaient les os des personnes disparues. Celles  que dispersait Pyrrha se transformaient en femmes et celles de Deucalion donnaient naissance à des hommes. Autrement dit, c’est en mettant la catastrophe derrière soi, que l’on peut aujourd’hui faire surgir la vie en avant de soi. En puisant l’énergie de la vie dans le manque ou même dans la mort, il est possible, aujourd’hui encore, de recréer un avenir pour la vie.

 

Isis l’Egyptienne, qui inventa Dieu lui-même à partir du manque

En Egypte, Isis faisait partie des neuf dieux primordiaux. Mais l’un d’entre eux, Ré, le soleil, était le dieu par excellence, surpassant tous les autres. Se suffisant à lui-même, il s’enfermait dans sa toute-puissance. Isis pensait qu’il lui manquait quelque chose ; il lui manquait le manque lui-même pour entrer en relation avec les autres. C’est ainsi qu’elle confectionna un serpent avec de l’argile et le plaça sur son trajet journalier. Lorsque le soleil arriva, il reçut la vie et piqua le tout-puissant. Ré n’en revenait pas. Il venait d’être piqué, au risque d’en mourir, par un animal qu’il n’avait pas créé. Aussitôt il appelle à l’aide les dieux de l’Ennéade. Tous s’affairent mais seule Isis peut lui apporter le véritable remède. Pour cela il faut qu’il lui donne son nom. Il hésite parce qu’en donnant son nom il sera à la merci de l’autre. Au lieu de donner son nom, il raconte sa vie comme nous le faisons tous lorsque quelqu’un cherche à savoir qui nous sommes. Isis n’est pas satisfaite. Le nom, c’est l’être dans son mystère. On parlerait aujourd’hui de sujet. Il lui dit alors : « Prête-moi ton oreille ». Elle lui prête son oreille et le grand dieu y glisse son nom en lui recommandant de ne le communiquer à personne si ce n’est à son fils Horus. Désormais elle peut le guérir parce que, pour un dieu primordial, appeler quelqu’un par son nom, c’est lui communiquer l’existence et la vie. Isis appelle donc Ré par son nom et, de ce fait, le fait exister, au-delà du mal qui le ronge, dans toute sa plénitude. C’est à ce moment même qu’il devient réellement Dieu parce que le manque dont il manquait l’a rendu plus parfait qu’il n’était en rendant possible le désir et l’amour de l’autre.


Moncef, le pèlerin de Saint Jacques

Moncef est un ami, professeur d’université. Il vient de parcourir 1800 km à pied, en allant de Liège à Saint-Jacques de Compostelle. Il est pressé de me raconter son voyage. Il me donne rendez-vous une heure plus tard dans un petit café tout proche. Je sens que c’est important et je me rends à l’endroit prévu. Il est 20 h.30. Je lui glisse mon oreille, comme Isis elle-même, pour écouter son récit. « J’avais besoin de faire le vide en moi et autour de moi, de vivre dans le manque. Cela m’a permis de rencontrer le bien et le mal. Commençons par le bien. Un jour, je me suis trouvé sans refuge. Il n’y avait de place nulle part. J’avais beau chercher et je ne savais pas où j’allais pouvoir passer la nuit. Racontant mon infortune à des gens que je ne connaissais pas, ils m’invitent à manger pour me restaurer et me demandent quel sera  mon lieu de départ, le lendemain matin. « Ne vous inquiétez pas, me disent-ils, c’est là que nous avons un appartement vide. Nous allons vous y conduire et vous y passerez la nuit. » Ils me conduisent à l’endroit prévu et je peux dormir comme un bienheureux jusqu’à cinq heures du matin. Aussitôt, je reprends ma route, en prenant soin de laisser la clef dans la boîte aux lettres.

Une autre fois, j’étais fatigué et je décidais de faire un peu d’auto-stop. Avec ma barbe, je devais faire peur à tous les chauffeurs. Pendant une heure aucun ne s’arrêta. Tout à coup un taxi fit halte à ma hauteur. « Je ne cherche pas de taxi, dis-je au conducteur. – Mon service est fini, reprit-il, je ne prends plus de client. Venez donc à la maison. Vous mangerez avec nous et vous pourrez même dormir puisque nous avons une chambre libre. » Tout se passa merveilleusement bien comme l’avait prévu la providence. Lorsque le manque est là, la solidarité fait son apparition. »

J’interpelle alors Moncef : « Où donc as-tu rencontré le mal ? – C’était tout à fait banal. Une femme qui faisait le pèlerinage voulait remplir sa gourde d’eau. Elle s’adressa à l’aubergiste. Il pouvait lui vendre de l’eau minérale mais il lui était impossible de lui donner gratuitement de l’eau qui sortait du robinet. J’étais hors de moi car il allait contre la loi. J’allais donc parler au diable en personne. Il ne voulut rien entendre et, depuis ce jour-là, j’ai compris que le diable lui-même était sourd… »


La place aux quatre cafés de la Croix-Rousse

Sur la place où je suis  avec Moncef, il y a quatre cafés qui font le plein en cette soirée du début septembre. Je pense que le café est un lieu génial qui permet le partage de la parole. La petite table autour de laquelle nous sommes installés nous sépare en même temps qu’elle nous rapproche. Le partage est impossible sans l’espace de séparation qui permet la rencontre. Mais, en ce moment, je ne partage plus seulement avec Moncef mais aussi avec tous ceux qui, en ce moment, animent la place. Le courant passe entre nous tous, entre clients, entre serveurs et clients, car le partage se démultiplie comme une traînée de poudre et provoque la communion avec une joie discrète, qui se remarque dans les variations rieuses des discussions.


Michel et le pauvre au grain d’or

Je repense maintenant à Michel à qui je donne un ou deux euros par semaine avec quelques petits cadeaux pour les fêtes de fin d’année. Avec le temps, il est devenu un ami très proche. Il a environ soixante-dix ans. Autrefois, il était professeur d’histoire-géographie et directeur de collège en Roumanie. Certains s’en méfient mais d’autres, comme moi, lui viennent régulièrement en aide, lui offrant même une nuit à l’hôtel ou des billets pour aller aux matchs de l’OL. Il en aurait des histoires à raconter sur la solidarité du public ! En Roumanie, sa retraite de 250 à 300 euros ne lui permet pas de vivre. C’est pourquoi, dépassant la honte de mendier, il n’hésite pas à venir vendre les journaux des sans-abri auprès d’une grande surface. Il est lui-même devenu grand ami de Jean-Pierre, un clochard qui a vécu une trentaine d’années dans une cabane qu’il avait édifiée sur un toit. Souvent ils vont ensemble boire un café ou regarder un match dans une des brasseries de la Croix-Rousse. Il a  même eu l’idée d’acheter une voiture d’occasion et d’emmener Jean-Pierre en Roumanie pour lui faire refaire, à bon compte, une dentition disparue depuis longtemps. Chez lui la solidarité avec ceux qui n’ont rien est une réalité. Bien plus il n’hésite pas à faire des cadeaux à ceux qui lui viennent en aide. Cela me rappelle une vieille histoire venue d’Orient. Un jour, un mendiant, enfermé dans sa pauvreté, aperçoit un roi sur un chariot d’or. Spontanément il court à sa poursuite car il pense que sa vie de misère est enfin terminée. Près du char il se prosterne. Le roi lui tend alors la main. Le miséreux le regarde à deux fois. La main est toujours là. « Qu’as-tu à me donner ? » lui dit le souverain. Cherchant dans sa poche, le mendiant y trouve une poignée de riz ; il prend un grain et le donne au grand seigneur. Poliment celui-ci le remercie et s’en va,  continuant son déplacement dans la ville. Or, le soir, le miséreux, regardant dans sa poche, y trouve un grain d’or. Alors il comprend : « Que n’ai-je donné tout mon riz ?» C’est pourquoi, à Saint-Martin et Saint-Barthélemy,  il n’est plus seulement question de recevoir. Il faut aussi que tout le monde, y compris  les plus démunis, accepte de partager pour que renaissent des îles encore plus belles…

 

Etienne Duval


 

 

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commentaires

Paule Sassrd 26/09/2017 17:16

Merci pour ces belles histoires !

Etienne Duval 26/09/2017 17:17

Merci d'avoir pris le temps de les lire !

Josiane Bochet 24/09/2017 16:56

Merci beaucoup pour ces réflexions qui permettent d’espérer après les images et les phrases de désolation vues et entendues au sujet de ces îles qui n’étaient- je crois - paradisiaques que pour certains ... (au sens où les Occidentaux entendent cette notion de "paradis " plages / cocotiers etc. ... qui n'est pas la mienne !).
Oui s'il n'y a pas de manque il ne se passe rien. Le jour succède à la nuit ...
Le geste d’humanité survient quand on ne l'attend pas et pas forcément de la personne de qui on l'espérait comme tes contes ou histoires vécues le montrent.
C'est ce que j'essaie de faire comprendre à un proche (veuf avec 2 garçons) qui se sent bien seul et souhaite rencontrer une compagne. Les mots c'est une chose, la réalité, c'en est une autre, pour lui.

Etienne Duval 24/09/2017 16:57

Merci Josiane pour tes réflexions. Sans manque il n’y a pas de désir et donc pas de véritable réalisation humaine : le désir est le moteur de la vie et le manque est le moteur du désir. J’aime bien ta remarque : « Le geste d’humanité survient quand on ne l'attend pas et pas forcément de la personne de qui on l'espérait… ». Ce que tu suggères c’est que le geste d’humanité est quelque chose de gratuit. Il est de l’ordre du don et le don ne s’impose pas. Je suis d’accord avec toi. Et, pourtant, l’âme sœur ne va pas forcément tomber du ciel. Il faut bien préparer le terrain. L’âme sœur viendra là où elle se sent accueillie…

François-Paul Cavallier 24/09/2017 15:02

BESOIN, MANQUE, DESIR

Par François-Paul Cavallier


Différencier besoin, manque et désir est une première étape que rencontre l’homme blessé pour entrer dans la guérison et accéder à la paix intérieure.
Comme tous les mammifères l’homme a des besoins qui, s’ils ne sont pas régulièrement satisfaits entraînent une perte de la qualité de la vie puis une détérioration allant jusqu’à la mort.
A. Maslow les a hiérarchisé dans une fameuse pyramide qui montre aisément que l’on ne peut accéder à un certain niveau de développement. que si le niveau de besoin précédent est satisfait.
Les besoins de base commencent avec la nourriture, l’air, l’attachement qui passent avant la sécurité, la protection. Puis viennent aimer et être aimé suivis de l’estime de soi ; tout cela est de l’ordre de la psychologie élémentaire et semble aller de soi. Cela devient plus subtil quand nous abordons le champ spirituel qui s’appuie sur ces fondations. La permission d’explorer et de rentrer dans la quête du sens nous ouvre la porte sur les besoins spirituels, la transcendance avec la relation à un être qui nous accueille tel que nous sommes et nous ouvre les bras pour rencontrer les besoins esthétiques que sont l’Amour, la Paix et les Vertus.
Le désir lui est tout autre, c’est une pulsion qui prend l’être humain, il faut absolument qu’il tende à se réaliser, le résultat importe moins que la possibilité que cette pulsion s’exerce. C’est une poussée de vie qui n’est jamais satisfaite, comme la sève dans l’arbre tend à porter du fruit même si le gel a détruit les fleurs. La non satisfaction du désir provoque l’inconfort qui peut réorienter le désir mais n’altère pas la qualité de la vie. La frustration du désir peut être fondatrice en ce sens qu’elle permet de trouver une juste place pour sortir de la toute-puissance de l’enfant, qui enferme sur soi. Nous disons que le désir est le colorant de l’identité. Nos désirs sont le reflet de qui nous sommes. Avoir envie c’est être en-vie, cela nous ouvre vers la relation à l’autre. Par contre "J’en ai envie, donc j’y ai droit" exclut l’autre dans la relation équitable puisque son propre désir risque d’être nié. L’enfant est souvent dans la confusion entre besoin et désir. La maturation aidera à écouter ce qui est de l’ordre de l’essentiel à la croissance et sans lequel la vie s’étiole et de ce qui est relatif.
Le besoin s’arrête quand la demande est satisfaite, le désir rencontre satisfaction ou frustration l’un et l’autre participe à la croissance.
Quant au manque il est ce qu’il y a de plus difficile à prendre en compte car il n’existe pas ! Ce dont on a manqué ne pourra jamais être donné, il reste une sorte de gouffre impossible à combler. Tout entier inscrit dans le passé, le manque ne voit qu’une issue, le pardon. Se cramponner au manque c’est s’accrocher au vide et à ce que l’on aura jamais. Nous ne pouvons pas changer notre histoire, mais nous pouvons à tout moment changer le souvenir que nous avons des évènements qui la compose.

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yves BAJARD 23/09/2017 07:53

"Nos ressources nous rendent trop sûrs de nous alors que ce qui nous manque nous profite" (Le Roi Lear. Acte IV scène 1).
Shakespeare avait semble t-il lui aussi intégré l'idée que c'est le manque qui est à l'origine du désir. C'est cette capacité qu'ont les poètes ou les auteurs à traduire une pensée que j'envie, d'où le désir de tenter d'écrire, c'est à dire traduire, c'est à dire chercher à dire ce que nous sommes ou ce que nous pressentons. La tâche n'est pas aisée et je veux bien la tenter.
En premier lieu, en ce qui concerne le premier paragraphe, j'ai toujours pensé que ce conte nous renvoyait à l'idée que nul n'est besoin d'entreprendre de grands voyages, en un mot de chercher en dehors de nous un quelconque trésor puisque c'est dans notre propre cœur qu'il faut creuser pour le voir apparaître. Ton interprétation m'offre un autre angle de vision et je t'en remercie.
Pour ce qui est de l'ouragan Irma, certes cette catastrophe a laissé émergé de nombreuses solidarités que l'on peut penser qu'une "lumière commence à scintiller", qu'au travers de toutes ces émotions partagées chacun prend conscience de son appartenance à une même humanité. Mais depuis le temps que l'homme se trouve confronté aux calaminés de toute sorte, j'ai le sentiment que c'est la mémoire qui semble lui faire défaut, car à peine une paix signée, une ville reconstruite, a t-il déjà oublié et le voilà en train d'envier, ou bien de malmener celui qu'il avait reconnu comme son frère dans l'adversité. Mon scepticisme ne m'empêche pas de partager l'idée que la satiété peut créer le vertige, qu'en quelque sorte nous ne vivons que si nous avons faim.
D'ailleurs le feu ne peut se satisfaire de rien, il doit bien avoir quelque chose à consumer et de ses cendres renaîtra d'autres biens. Aussi l'église catholique n'a t’elle pas une part de responsabilité en ayant toujours apparenté le feu à l'embrasement final, comme ces flammes signifiant l'enfer, que le déluge ne pourrait être que le châtiment dû à nous errances?
Bien sûr que des épreuves d'une telle ampleur doivent être l'occasion de se retourner et d'observer ce dont nous avons trop usé comme ce que nous n'avons pas su donner.
Au regard de cet article je me demande si le saut vers la foi ne serait pas dans l'acceptation de cette espèce de danse entre apparition et disparition, entre la vie et la mort, en un mot que l'au-delà est déjà là?

Etienne Duval 23/09/2017 09:37

Qu’elle est belle la phrase de Shakespeare ! Bien sûr, ton interprétation du cœur me paraît juste. Mais, comme tu sembles le souligner, notre existence marche toujours à deux niveaux, le cœur et le matériel, la mort et la vie, le manque et l’avoir… Nous éprouvons toujours beaucoup de difficulté à marcher sur nos deux jambes. C’est pourquoi lorsque nos désirs sont satisfaits, nous avons de la peine à donner une place au manque, alors que le désir est le moteur de la vie et qu’il n’y a pas de désir sans manque. Le manque est l’essence de notre moteur intérieur. Tu as une belle intuition en disant que la foi est dans l’acceptation de ce qui permet la danse de la vie et plus encore la possibilité de marcher sur nos deux jambes. Peut-être la foi concerne-t-elle le tiers absent : sans tiers nous ne pouvons pas vivre. Je n’y avais pas pensé. Il y a longtemps que je ne m’indigne plus sur les manques de notre église catholique… C’est un peu la marque de son humanité. Normalement elle devrait être dans l’union du ciel et de la terre. Ses manques, c’est lorsqu’elle oublie le ciel ou la terre.
En tout cas, merci Yves et bonne journée !

La Croix du 18 septembre 20/09/2017 10:49

« A SAINT-MARTIN, NOUS REPARTONS D’UNE PAGE BLANCHE »

Recueilli par Flore Thomasset, le 18/09/2017 à 6h00

Philippe Gustin
Délégué interministériel à la reconstruction
De retour hier de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, le délégué interministériel à la reconstruction explique à La Croix qu’il faudra « douze à dix-huit mois » pour tourner la page Irma.
Vous revenez de quatre jours aux Antilles. Qu’avez-vous découvert sur place ?
Philippe Gustin : J’ai été frappé par une grande désolation : la présence de débris partout donne une impression apocalyptique. Les habitants sont profondément choqués, nombreux à avoir vu la mort de près. Il faut imaginer des vents soufflant à la vitesse d’un TGV, puis le manque de nourriture, ne pas pouvoir boire, se laver, donner ou prendre des nouvelles.
À Saint-Barthélemy, le déblaiement est largement entamé. À Saint-Martin, les opérations sont moins avancées. Mais je pense qu’on a surestimé les dégâts en évoquant 95 % de destruction. Probablement que 20 à 30 % des bâtiments seront irrécupérables, le reste nécessitant surtout du déblaiement, du nettoyage et des réparations.
Vous mentionnez l’eau, la nourriture, l’électricité. La population y a-t-elle maintenant accès ?
P. G. : Nous sommes sortis de la première phase d’urgence. L’accès à l’eau et à la nourriture revient progressivement. De plus en plus d’habitants peuvent se laver à l’eau courante, acheter de l’eau potable dans les deux supermarchés qui ont rouvert, même si les distributions d’eau perdurent. L’électricité est rétablie dans 40 % des foyers et la couverture du réseau a fait un bond ce week-end. Les difficultés resteront néanmoins prégnantes encore plusieurs semaines, pour les 10 à 20 % des foyers qui sont moins accessibles.
L’urgence maintenant est l’école, car l’absence d’enseignement a fait fuir de nombreuses familles. Nous espérons accueillir une bonne partie des 10 000 élèves de ces îles d’ici à mardi ou mercredi, au moins quelques heures par jour.
Des craintes pour la sécurité des habitants et sur le risque d’épidémie circulent. Qu’en est-il ?
P. G. : Sur la sécurité, nous avons prolongé le couvre-feu jusqu’au 21 septembre. Le retour de l’électricité est un levier majeur pour sécuriser les rues. Quant aux épidémies, nous sommes très vigilants. L’hôpital de Saint-Martin a ouvert, deux dispensaires ont été créés. Le risque sanitaire est en partie lié à la question des déchets. La voie d’accès à la décharge a rouvert lundi dernier et les opérations de nettoyage ont pu commencer.
Concernant la reconstruction à proprement parler, quelles sont vos échéances ?
P. G. : Le président m’a donné six semaines pour élaborer un plan d’aménagement des îles. L’enjeu est de ne pas reproduire les erreurs d’hier. Si Saint-Barthélemy a mieux résisté que Saint-Martin, c’est parce qu’il y a moins de logements construits dans des zones vulnérables et que les constructions y ont été plus respectueuses des normes. Je note qu’à Saint-Martin l’habitat social ne s’est pas effondré car il est contrôlé et surveillé. En revanche, la médiathèque construite en 2014 a été lourdement touchée : certaines choses n’ont pas dû être faites dans les règles de l’art.
Aujourd’hui, nous repartons d’une page blanche et nous devons bâtir un modèle raisonnable et innovant : où construit-on et de quelle manière, dans le respect de l’écologie ? Car le tourisme est un secteur clé de l’économie, et il se fonde en grande partie sur l’environnement de ces îles. Nous voulons en faire des modèles de développement durable. Certains demandent qu’on réinstalle des groupes électrogènes fonctionnant au fioul. Mais cela n’aurait aucun sens !
La population a deux peurs : celle d’être abandonnée par l’État et celle du provisoire qui dure. Nous devons éviter ces écueils. J’espère que dans douze à dix-huit mois, nous aurons montré que ces deux îles ont repris vie, encore mieux qu’avant ce drame.
Recueilli par Flore Thomasset

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